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_Le Fait du jour, mercredi 4 septembre 2024 927 mots, p. AUJM2,AUJM3,AUJM3,AUJM4
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4 septembre 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

Mission impossible

Budget 2025|Alors que le nom du futur Premier ministre n'est toujours pas connu, la dégradation de la situation économique exige de prendre des décisions rapides. Mais comment les faire adopter par une Assemblée fracturée comme jamais ?

Vincent Vérier et Erwan Benezet

Votre mission, madame ou monsieur le futur Premier ministre, sera de faire adopter le budget 2025 ! En acceptant Matignon, le nouveau chef du gouvernement devra se résigner à revêtir le costume du Ethan Hunt des finances publiques. Excusez du peu. Sans doute moins glamour que Tom Cruise, héros de la saga cinématographique des « Mission : Impossible », le futur locataire du 57, rue de Varenne devra, pour faire adopter le budget par le Parlement, se lancer dans une de ces missions à l'issue plus qu'incertaine, souvent miraculeuse, qu'affectionne la tête brûlée de Hollywood.

Imaginez. Au sein d'une Assemblée nationale jamais autant fractionnée sous la V e République, dont les programmes portés par les partis oscillent entre la politique de l'offre si chère à Emmanuel Macron et celle de la demande promise aux électeurs, notamment par la France insoumise et un smic à 1 600 €, il faudra trouver une majorité avec des états-majors déjà focalisés sur l'élection présidentielle de 2027. Bon courage !

D'autant que la situation des comptes publics empire. Les documents budgétaires envoyés lundi soir aux présidents et rapporteurs des commissions des Finances des deux assemblées indiquent que le déficit pourrait atteindre 5,6 % du PIB en 2024 au lieu des 5,1 % envisagés. En cause, des rentrées fiscales moins bonnes que prévu pour la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés. Surtout, Bercy pointe un dérapage incontrôlé des finances des collectivités locales de déjà 8 milliards d'euros (Mds€) pour cette moitié d'année et qui devrait atteindre 16 Mds€ fin 2024.

28 jours chrono

Autrement dit, pour rester dans les clous de la trajectoire budgétaire envoyée à Bruxelles au printemps, il faudrait économiser près de 20 Mds€ supplémentaires dès 2024. Si du côté du ministre de l'Économie démissionnaire, Bruno Le Maire, on rappelle que 16,7 Mds€ de crédit ont déjà été gelés et peuvent donc être annulés, Éric Coquerel, président (LFI) de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, propose deux solutions radicalement opposées : la taxation des revenus du capital des plus riches et l'augmentation des salaires pour qu'il y ait davantage de cotisations qui rentrent.

La mèche du compte à rebours est déjà allumée pour cette bombe budgétaire à la fois financière, politique, sociale et même juridique. « Habituellement, nous commençons à travailler sur le budget avant la pause estivale, s'agace la députée socialiste Christine Pirès-Beaune, membre de la commission des Finances depuis 2012. Pour l'instant, le gouvernement sortant propose une reconduction du budget de 2024, soit 492 Mds€, en baisse, puisqu'il ne prend pas en compte l'inflation. Autant dire que nous ne serons pas en mesure de faire un travail sérieux. » Un timing qui irrite députés et sénateurs, dont certains, comme Marine Le Pen (RN), exigent l'ouverture d'une session parlementaire extraordinaire.

Le futur chef du gouvernement sera donc contraint de faire vite. Le projet de loi de finances (PLF) doit normalement être présenté au plus tard le premier mardi du mois d'octobre à l'Assemblée nationale. Avant, il aura dû passer par le Conseil d'État, par le Haut Conseil des finances publiques et avoir été présenté en Conseil des ministres le 25 septembre.

Dans le même temps, le plan de redressement des comptes publics jusqu'à 2027 devra avoir été envoyé à Bruxelles. Sans oublier les nouveaux ministres de l'Économie et des Finances publiques, qui doivent être auditionnés par la commission des Finances de l'Assemblée nationale. La date est fixée au 11 septembre.

« Si on n'a pas de gouvernement à ce moment-là, autant considérer qu'on n'a pas de budget, avertit Éric Coquerel. Même si la Constitution prévoit qu'on puisse avoir un budget par décret, ça serait une situation de crise terrible. Emmanuel Macron devra en tirer les conclusions. »

Les positions des différents partis pour nourrir la construction du budget 2025 apparaissent irréconciliables. Dans une interview accordée à notre journal dimanche, le ministre des Comptes publics démissionnaire, Thomas Cazenave, a rappelé qu'il faudrait « au moins 20 Mds€ d'économie en 2025 », alors que Bruxelles a placé Paris sous le coup d'une procédure pour déficit excessif en juillet. Et même beaucoup plus, selon les documents fournis aux parlementaires. Le budget « réversible » imaginé par l'exécutif, construit hors inflation, prévoit de fait non pas 10 Mds€ mais 15 Mds€ d'économies. « Nous ne sommes pas du tout sur la trajectoire budgétaire organisée par le gouvernement sortant, balaie Christine Pirès-Beaune. On partage l'objectif de réduire le déficit et la dette mais on ne veut pas mourir guéris. »

Un miracle ou le chaos

D'ailleurs, à gauche, on est dans les starting-blocks : « Dès qu'on aura le budget, on déposera des amendements qui rectifient la baisse des dépenses publiques qui sont prévues, assure Éric Coquerel. Tout ça est prêt. » Quant à la droite traditionnelle, rien ne dit qu'elle votera comme un seul homme, présidentielle de 2027 oblige, un budget qui ne resserrait pas suffisamment les cordons de la bourse.

Autant dire que la possibilité qu'aucun budget ne soit voté est loin de n'être qu'une hypothèse. « Si ce scénario se réalise, je pense que les Français se souviendront longtemps de ceux qui auront refusé de voter un budget », met en garde François Jolivet, député Horizons, vice-président de la commission des Finances à l'Assemblée. En début d'année, Bercy annonçait que la marche budgétaire de 2025 pour respecter la trajectoire de baisse des déficits serait haute. Après la dissolution, cette marche est devenue un mur.

Le Monde
France, mercredi 4 septembre 2024 757 mots, p. 9

L’hypothèse d’un premier ministre de droite agite LR

Alors que Nicolas Sarkozy plaide pour la nomination à Matignon d’un membre des Républicains, Laurent Wauquiez s’y oppose

Alexandre Pedro

A défaut de mettre tout de suite un pied à Matignon, la droite a défilé à l’Elysée, lundi 2 septembre, pour échanger avec Emmanuel Macron. Le président de la République a reçu, dans l’ordre, Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand et Gérard Larcher. L’ancien chef de l’Etat et le président de la région Hauts-de-France défendent l’idée d’un premier ministre issu des rangs du parti Les Républicains (LR), quand le président du Sénat s’était lui-même exclu de la course, en juillet. Emmanuel Macron « nous a mis dans le pétrin, et c’est à lui de nous en sortir ! », déclarait alors Gérard Larcher.

Deux mois plus tard, la France attend toujours de connaître le nom de son premier ministre. Samedi, dans un entretien au Figaro, Nicolas Sarkozy qualifiait de « bon choix » la candidature de Xavier Bertrand et torpillait celle du socialiste Bernard Cazeneuve, « un homme de qualité », mais « qui, hélas, porte, sans doute de façon un peu injuste, la tunique d’un hollandisme finissant ».

Rien de nouveau sous le soleil de septembre : Nicolas Sarkozy plaide depuis des mois pour un premier ministre de droite. Souvent dans le désert, du côté des Républicains, où son « macronisme » agace. Laurent Wauquiez a encore acté son différend à ce sujet avec lui récemment. Le président du groupe La Droite républicaine à l’Assemblée nationale exclut plus que jamais de participer à une coalition gouvernementale. Pour l’instant, les troupes semblent solidaires de leur nouveau chef. Mais certains « macroncompatibles » commencent à faire entendre leur différence, comme Nicolas Forissier : « Rester sur le pas de la porte quand il s’agit de sortir le pays de l’ornière, c’est la meilleure façon de nous marginaliser »,avance le député de l’Indre et proche de Nicolas Sarkozy.

« Calculs politiques »

Officiellement, le groupe reste sur la ligne tracée par M. Wauquiez avec son « pacte législatif », présenté en juillet. A savoir des mesures de fond, sur lesquelles la droite accepte de travailler avec un futur exécutif, mais sans participer pour autant à une coalition gouvernementale. Et encore moins revendiquer Matignon pour un parti arrivé cinquième en nombre de députés lors des dernières élections législatives, les 30 juin et 7 juillet. « J’aimerais bien avoir un premier ministre de droite, mais ce n’est pas possible, explique la députée de Savoie Emilie Bonnivard. Cela serait compliqué démocratiquement et mathématiquement aussi. Il y aurait très vite une motion de censure votée par le Nouveau Front populaire et le Rassemblement national. »

Cette proche de Laurent Wauquiez serait prête à s’accommoder d’un gouvernement dirigé par M. Cazeneuve. Du moins à ne pas le censurer, « s’il s’engage à reprendre au moins quatre des propositions de notre pacte législatif et à respecter nos lignes rouges (hausse des impôts et présence de ministre “insoumis”) ». Mais cette version 2024 du soutien sans participation ne satisfait pas tout le monde chez LR.

« C’est plutôt un soutien sans participation et avec conditions », souffle Alain Joyandet. A l’instar de Jean-François Copé, le sénateur de la Haute-Saône défend depuis des mois l’idée d’une coalition entre le bloc central et la droite, « pour le bien du pays » et parce que « tous les sondages montrent que nos électeurs le veulent. »Dans la dernière enquête d’Ipsos pour  Le Monde, la Fondation Jean Jaurès, le centre de recherches politiques de Sciences Po et l’Institut Montaigne, publiée le 30 août, 85 % des sympathisants de LR se disent ainsi favorables à une coalition avec les macronistes en vue de gouverner.

Alors que le nom de Thierry Beaudet, président du Conseil économique, social et environnemental, a surgi lundi pour devenir premier ministre, M. Joyandet regrettait le peu de soutien des chefs de son parti à Xavier Bertrand. « A la différence d’un Beaudet, il a l’expérience ministérielle et parlementaire qu’exige la situation actuelle, mais je regrette qu’il ait été peu soutenu pour des raisons de calculs politiques en perspective de la prochaine présidentielle. »

Une pierre dans le jardin de Laurent Wauquiez, dont l’inimitié avec le président des Hauts-de-France est de notoriété publique. Autre présidentiable revendiqué, David Lisnard dit que « personne ne peut se dérober à l’intérêt national ». Une façon pour le maire de Cannes (Alpes-Maritimes) et président de l’Association des maires de France de peser dans le débat à droite autant que de postuler à Matignon.

Libération
mercredi 4 septembre 2024 1139 mots, p. 28

AUTRE

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3 septembre 2024 - Libération (site web)

Coeur de Caillou

SAMUEL RAVIER-REGNAT

AUTRE

Nicolas Metzdorf Réélu en juillet, le député loyaliste de Nouvelle-Calédonie a été le rapporteur de la réforme constitutionnelle qui a embrasé l'archipel.

I l est à l'aise, Nicolas Metzdorf, dans les couloirs de cette Assemblée nationale déserte et silencieuse, vacances parlementaires obligent. Plaisante, tutoie sur-le-champ, répond sans louvoyer à toutes les questions. «Crevé», les yeux encore rouges du décalage horaire avec la Nouvelle-Calédonie d'où il est arrivé la veille, au coeur de l'été olympique, pour rencontrer des ambassadeurs, mais à l'aise. C'est que le député de 36 ans, figure radicale du camp loyaliste qui défend l'appartenance à la France de l'archipel du Pacifique, est devenu depuis le mois de mai un habitué des médias de métropole, plutôt CNews ou Sud Radio que Libé cependant. Et pour cause : il était le rapporteur à l'Assemblée du projet de loi constitutionnelle sur le corps électoral néo-calédonien, qui a embrasé le Caillou et l'a fait basculer dans une crise sans précédent depuis les «événements» des années 80.

LE P Trois questions et le voilà qui déboutonne sa chemise claire et exhibe l'un de ses tatouages : «Calédonien d'abord, Français toujours.» Un mantra qu'il tient d'un ancien maire de la commune de Poya, où il est né et a grandi, comme ses aïeux avant lui. Ses ancêtres sont arrivés à l'autre bout du monde en 1843, soit «dix ans avant la prise de possession» par la métropole française, aime-t-il à rappeler. Une vieille famille de Caldoches (les Calédoniens d'origine européenne), éleveurs bovins de père en fils. Nicolas Metzdorf est un gars de la «brousse», c'està-dire de la campagne, élevé dans un environnement à majorité kanak. Ses parents étaient des militants loyalistes, lui dirigeant local du Rassemblement pour la Calédonie dans la République, elle plus tard maire de Poya. Plutôt des modérés, partisans des accords de Matignon (1988) et de Nouméa (1998) qui avaient placé le territoire sur la voie de l'autodétermination. Le fils Metzdorf a d'abord suivi leur exemple, étudiant en agronomie exilé à Strasbourg, repéré par Calédonie ensemble (la formation non-indépendantiste de centre droit) pour son engagement en faveur d'un drapeau calédonien commun face au drapeau indépendantiste. Revenu sur le Caillou, il est élu pour la première fois en 2014 au Congrès local, et figure alors parmi les étoiles montantes de son parti, qu'il accuse cependant de laxisme. La rupture intervient en 2019, consommée par la création par Nicolas ORTRAIT Metzdorf d'un parti loyaliste dissident, Générations NC. «Chez les non-indépendantistes, je fais plutôt partie des durs. Et je me suis droitisé avec le temps, clairement», reconnaît sans mal l'intéressé, qui explique que «les indépendantistes eux-mêmes se sont radicalisés». En 2022, il fait son entrée à l'Assemblée, sous bannière macroniste, dans un contexte local explosif, du fait de l'organisation en 2021 d'un troisième référendum sur l'autodétermination boycotté par les indépendantistes. La majorité lui confie la périlleuse réforme constitutionnelle, qui vise à élargir le corps électoral, gelé depuis 2007 en vertu des accords de Nouméa, à tous ceux qui résident en Nouvelle-Calédonie depuis dix ans au moins. Les indépendantistes s'indignent d'une telle proposition, qui augmente mécaniquement la part électorale des nouveaux arrivants face à celle des populations autochtones. Lui soutient que «donner le droit de vote à des gens qui vivent ici, y travaillent et y payent leurs impôts» relève de «l'évidence folle». Plutôt qu'un délai de dix ans, le député à la fine moustache aurait préféré trois ans, mais il s'est résigné à «une concession». Quant aux accusations de «recolonisation», il ne veut pas en entendre parler, considérant que les accords de Matignon et de Nouméa ont réglé la question de la dette coloniale. «Je ne conteste pas le fait colonial. Mais je dis attention, on a fait quarante ans de rééquilibrage. On ne peut pas faire comme s'il ne s'était rien passé», insiste-t-il.

Le 13 mai, l'Assemblée nationale adopte la réforme gouvernementale, et en quelques heures la Nouvelle-Calédonie brûle.

Des manifestations qui virent à l'émeute, des affrontements entre protestataires, forces de l'ordre dépêchées depuis Paris et miliciens caldoches. Onze personnes tuées depuis le début de la crise, et des dégâts matériels qui se comptent en milliards d'euros. Mais le rapporteur s'arc-boute, seul même dans son propre camp à refuser un report du vote du Congrès, censé entériner la réforme. A la radio, il dénonce le «racisme anti-blanc» d'une partie des manifestants et suscite la polémique. «Nicolas Metzdorf a contribué à alimenter la situation par des discours simplificateurs qui rejetaient l'impact du fait colonial. La décolonisation est un processus, elle ne se décrète pas», commente le député socialiste Arthur Delaporte, qui a défendu une motion de rejet du texte à la Chambre basse. L'attitude de l'élu ulcère aussi au-delà des rangs de la gauche. Lui est reproché de s'être situé «à la droite de Zemmour, avec des positions rédhibitoires pour la poursuite du dialogue» par un ancien proche. Entre sa formation politique et son ancien parti, Calédonie ensemble, l'antagonisme est désormais tel qu'Emmanuel Macron les a rencontrés séparément lors de sa visite express fin mai, là où l'habitude veut que le chef de l'Etat discute en même temps avec l'ensemble des dirigeants loyalistes. «Je ne suis pas un va-t-en guerre. Ça ne m'intéresse pas, et ce n'est pas comme ça qu'on construit un pays. Mais je ne suis pas un bisounours non plus», se défend Nicolas Metzdorf, qui se revendique du «bon sens du broussard». Le père de trois enfants raconte avoir vécu des moments douloureux depuis le début de la crise. Les menaces de mort contre lui et sa famille. Les débats véhéments au Palais-Bourbon («On m'a quand même traité de “colon”. T'imagines ? Sept générations que ma famille est là !»). La décision d'Emmanuel Macron de «suspendre» le texte après l'annonce de la dissolution, aussi. «Je me suis senti lâché», dit-il. Lui qui se présente comme «un universaliste de centre droit» a même hésité un temps à passer chez Les Républicains, mais il s'est ravisé.

Début juillet, il a été réélu pour un second mandat, dans la première circonscription de Nouvelle-Calédonie, celle de Nouméa, et non plus la deuxième qu'il a abandonnée pour des raisons stratégiques. Celle-ci est désormais la terre d'élection d'Emmanuel Tjibaou, premier député indépendantiste de Nouvelle-Calédonie depuis quatre décennies, dont Libé avait tiré le portrait fin juillet. Nicolas Metzdorf se déclare ouvert au dialogue, comme avec ceux des indépendantistes à qui il prête «un discours raisonnable». Une fois que les discussions sur l'avenir institutionnel de l'archipel auront abouti à une «stabilisation» de son statut, il arrêtera, promis, parce qu'il est «fatigué» et «a perdu beaucoup d'années d'espérance de vie». Et parce qu'il rêve d'ouvrir en Nouvelle-Calédonie un pub irlandais, «pour servir de la Guinness et des wings». 20 mai 1988 Naissance à Poya (Nouvelle- Calédonie). 19 juin 2022 Entrée à l'Assemblée nationale. Mai 2024 Rapporteur du projet de réforme constitutionnelle sur le corps électoral. Juillet 2024 Réélu député.

Le Figaro, no. 24892
Le Figaro, mercredi 4 septembre 2024 776 mots, p. 5

Politique

La réforme des retraites s'invite au coeur des tractations pour Matignon

Flurin, Richard

La retraite... à 60ans... On s'est battus pour la gagner, on se battra pour la garder!» Le refrain est entonné dans tout ce que la gauche politique et sociale compte de rendez-vous depuis qu'Emmanuel Macron a décidé de porter l'âge de départ à 64 ans. L'abrogation de cette réforme des retraites, adoptée au forceps en mars 2023 par le gouvernement d'Élisabeth Borne après des mois de manifestations, est devenue un cheval de bataille du camp progressiste. Le cartel des partis de gauche l'a fait figurer en bonne place dans son programme des législatives anticipées, la présentant comme l'une de ses priorités. «C'est un des rares points qui ont mis tout le monde d'accord, de Glucksmann à Mélenchon, on veut tous abroger cette réforme» , confie dans un sourire un négociateur du Nouveau Front populaire.

Maintenant que la candidature de Lucie Castets a été définitivement écartée, au grand dam du NFP, se pose la question des conditions dans lesquelles chacun des quatre groupes parlementaires de gauche acceptera de ne pas censurer le premier ministre que voudra bien nommer le président de la République. Et, encore une fois, l'abrogation de la réforme des retraites revient sur la table. Le patron des sénateurs socialistes, Patrick Kanner, conditionne son soutien à, a minima, la suspension des décrets d'application de la réforme. Tout comme le député socialiste Jérôme Guedj. «Il faut remettre le sujet sur la table, commencer par suspendre, geler», a-t-il réclamé sur Radio J dimanche.

Le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, continue, lui, de s'en tenir trait pour trait au programme du NFP, qui prévoit l'abrogation pure et simple. S'il répète depuis plusieurs jours qu'il est prêt au «compromis», ce point-là semble en revanche faire exception. Au sujet de Bernard Cazeneuve, l'ancien premier ministre socialiste pressenti pour Matignon, le député PS de Seine-et-Marne a déclaré que s'il «obtient l'abrogation, (il) réfléchirait, bien sûr» , à ne pas le censurer. Preuve manifeste que le sujet est à lui tout seul de nature à faire bouger les lignes à gauche. «Je peux vous dire que si Bernard Cazeneuve devient premier ministre et qu'il propose l'abrogation de la réforme des retraites, il sera difficile pour les communistes, par exemple, de le censurer», veut croire une huile socialiste.

Cela n'a pas échappé à l'intéressé. Selon la socialiste Carole Delga, proche de Bernard Cazeneuve, l'ancien maire de Cherbourg a expliqué à Emmanuel Macron lors de leur entretien lundi matin qu'il porterait en cas de nomination «un programme qui ne soit pas dans la continuité de la politique macroniste» ,et de citer en particulier «l'abrogation de la réforme des retraites». Sauf que les 87 députés d'Ensemble pour la République (ex-majorité présidentielle) en font un casus belli. «Nous l'avons toujours dit, c'est une ligne rouge pour nous», a répété mardi matin l'élu de Paris Sylvain Maillard, à l'unisson de ses collègues Charles Rodwell et Benjamin Haddad. «Le nouveau premier ministre devra construire une coalition majoritaire avec les parlementaires. Je m'opposerai à toute suppression de la réforme des retraites», a tonné ce dernier, menaçant à demi-mot de voter une motion de censure à quiconque proposerait d'abroger la réforme d'Emmanuel Macron.

Le partenaire d'Emmanuel Macron et président du MoDem, François Bayrou, se montre pour sa part plus conciliant. Il s'est déclaré «persuadé» dimanche de pouvoir «trouver mieux comme équilibre» et de «rechercher des meilleurs réglages» sur le système de retraite. La présidente macroniste de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, est allée dans le même sens en se disant «très favorable» à l'idée de «rediscuter un certain nombre de points» de la réforme, citant la pénibilité ou les inégalités femmes-hommes.

Des messages reçus cinq sur cinq par la gauche, et en particulier par les partisans de Bernard Cazeneuve. «Les députés du camp macroniste ne sont manifestement pas tous d'accord sur le sujet des retraites. Il est normal que certains d'entre eux manifestent des positions initiales très fermes. Ça fait partie du jeu et ne signifie pas qu'ils n'en changeront pas», défend un socialiste de premier rang.

Il est donc fort à parier que le sujet des retraites, éminemment politique, deviendra le premier gros chantier de cette Assemblée nationale éclatée et donc contrainte au compromis. Si l'on adjoint aux 193 députés du NFP les 126 élus du Rassemblement national, qui sont eux aussi favorables à l'abrogation de la réforme des retraites, le texte compte une large majorité contre lui. Mais le camp présidentiel a pour lui une situation budgétaire extrêmement préoccupante qui contraint les parlementaires à la responsabilité en matière de finances publiques s'ils veulent éviter, comme dit le député macroniste Charles Rodwell, le «chaos». R.F.

Libération
mercredi 4 septembre 2024 803 mots, p. 3

AUTRE

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3 septembre 2024 - Libération (site web)

Nomination à Matignon :toujours le même film qui lasse

JEAN-BAPTISTE DAOULAS; LAURE EQUY

AUTRE

Q uand il se fait attendre au mépris du protocole, Emmanuel Macron, pas ponctuel pour un sou, glisse souvent cette excuse à son entourage : «Je ne suis jamais en retard, ça commence quand j'arrive !» Manifestement, le Président est encore en chemin dans la laborieuse quête d'un Premier ministre, cinquante jours après la démission de Gabriel Attal. Habitués à le voir procrastiner, ses partisans, soucieux d'alimenter le mythe d'un chef de l'Etat ayant toujours la main, se plaisent à dépeindre un joueur d'échecs inspectant toutes les options, aimant surprendre et jouer avec les nerfs de ses adversaires. Depuis l'échec de sa dissolution, Macron semble surtout en panne d'inspiration, coincé par cette Assemblée nationale éparpillée.

Lui qui, la semaine dernière, promettait de trancher d'ici dimanche, trouve encore une bonne raison de reporter son choix : une énième consultation des groupes parlementaires, mardi, dont des échanges successifs dans l'après-midi avec les dirigeants socialistes, communistes et écologistes. Au bureau national du PS, le premier secrétaire, Olivier Faure, proposait à ses troupes un texte listant dix «exigences et urgences» sur lesquelles devrait s'engager le futur chef du gouvernement – soit peu ou prou le programme du Nouveau Front populaire (NFP). Sur la liste élyséenne des dirigeants à joindre, Mathilde Panot dénonçait, elle, les «improvisations» et disait «refuser les tentatives désespérées de diviser notre coalition» du NFP, comme si la patronne des députés LFI anticipait in fine la désignation d'un profil comme celui de Bernard Cazeneuve.

«Outrancier». Un jour, un cheval. Après la rumeur autour de la nomination de l'ex-Premier ministre de François Hollande, puis l'option Thierry Beaudet surgie lundi, c'est la cote de Xavier Bertrand qui est repartie à la hausse mardi matin, relancée par un entretien téléphonique d'Emmanuel Macron avec les dirigeants de LR et le président du Sénat, Gérard Larcher. Le chef de l'Etat souhaitait les tester sur la nomination à Matignon du président de la région Hauts-de-France. Signe de la folie ambiante, les chefs de file de la droite à l'Assemblée et au Sénat, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau et Larcher, forts d'à peine 47 députés, ont posé leurs conditions pour ne pas voter la censure contre l'un des leurs. Ils réclament l'application de leur très droitier «pacte législatif », présenté cet été. L'hypothèse Bertrand est dans tous les cas mal embarquée. Même si des soutiens louent ses «relations d'amitié et de respect» avec des élus de gauche, le NFP le censurerait comme un seul homme. Figure du PS critique de l'alliance de gauche, le maire de Rouen, Nicolas Mayer Rossignol, juge «inacceptable» un gouvernement dirigé par Bertrand. Le Rassemblement national en fait même une affaire personnelle. Le parti de Marine Le Pen, défaite par Bertrand dans les Hauts-de-France en 2015, le juge «outrancier et insultant à l'égard du RN», et assure que ses députés le censureraient immédiatement. Pas à une contradiction près, le parti d'extrême droite, qui rejetait la semaine dernière la piste d'un «gouvernement technique», assure désormais qu'il pourrait ne pas en censurer un qui «expédierait les affaires courantes» et aurait pour mandat «de mettre en place la proportionnelle aux législatives» afin «de dégager une majorité dans un an».

«Poulet rôti». Le RN peut-il s'offrir le luxe d'une vengeance contre Xavier Bertrand ? La réplique du bloc central, qui ferait porter à Marine Le Pen le chapeau du blocage, est toute trouvée. «Le RN, qui veut incarner la stabilité institutionnelle et devenir un parti de gouvernement, censurerait les gouvernements les uns après les autres ?» les met au défi Aurore Bergé, ministre démissionnaire chargée de l'Egalité femmes-hommes. Même si la menace de l'extrême droite altère les chances de Bertrand, certains macronistes, en particulier à l'aile droite de Renaissance, louent ses qualités – «il a l'étoffe», estime le député EPR Mathieu Lefèvre –, applaudissent la bonne relation entre l'Etat et la région sur les nombreux projets industriels lancés dans les Hauts-de- France et vantent la méticuleuse préparation estivale du président de région.

A un autre député EPR qui l'a croisé fin août à l'université d'été du Medef, l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy a raconté qu'il avait rencontré du monde et réfléchi à des textes qu'il pourrait porter rapidement, notamment sur le pouvoir d'achat, tout en admettant que sa promotion à Matignon paraissait hautement délicate. Aux yeux des macronistes, Bertrand aurait surtout un avantage sur l'option Cazeneuve : celle de ne pas détricoter leurs lois, chèrement mises en oeuvre, à commencer par la réforme des retraites et la loi immigration. A l'inverse, un cadre du bureau exécutif de Renaissance ne digère pas les critiques acerbes assénées par l'ex-candidat à la primaire LR : «Il a le charisme d'un poulet rôti et il nous vomit dessus depuis sept ans ! Ça me met hors de moi.» Qu'ils s'opposent à la très compromise piste Bertrand ou qu'ils s'y rallient, les macronistes ne sont pas mûrs pour accepter une cohabitation.

Le Monde
International, mercredi 4 septembre 2024 857 mots, p. 7

Un trafiquant libyen de migrants, au cœur du pacte migratoire avec Rome, tué à Tripoli

Abd Al-Rahman Al-Milad dit « Bija » a été abattu devant l’académie navale qu’il dirigeait

Olivier Bonnel et Nissim Gasteli

Rome, Tunis - correspondances - Les images ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux dans la soirée du 1er septembre. On y voit un homme affaissé, le corps criblé de balles à bord d’une voiture blanche. Il vient d’être abattu alors qu’il sortait de l’académie navale de Tripoli (Libye), dans ce qui s’apparente à un règlement de comptes entre milices. L’homme est rapidement identifié comme étant Abd Al-Rahman Al-Milad, surnommé « Bija », ancien commandant des gardes-côtes de Zaouïa, ville située à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Tripoli.

Avec la disparition de « Bija » se referme un des chapitres les moins glorieux de la crise migratoire en Méditerranée et des relations peu avouables entre la Libye et l’Italie. Le 2 février 2017, le premier ministre, Faïez Sarraj, chef du « gouvernement d’accord national », signe à Rome un mémorandum aux côtés du chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni. L’objectif est d’aider la Libye à refouler les migrants, en lui donnant des moyens maritimes. Les gardes-côtes libyens bénéficieront de l’expertise italienne. Sans cet accord, « Bija » n’aurait peut-être pas connu pareil destin.

Trafiquant notoire de migrants, enrichi grâce notamment à la contrebande de pétrole, « Bija » est associé à la triste réalité des camps de rétention libyens, dont les réfugiés qui ont pu gagner les côtes italiennes racontent l’enfer. Très peu d’images ont circulé de lui, dont la biographie officielle le fait naître à Tripoli en 1986. « C’est la chronique d’une mort annoncée, ses liens criminels l’exposaient », raconte au Monde Nello Scavo, qui a révélé dans le quotidien Avvenireles affaires peu reluisantes du Libyen avec l’Italie. En 2019, ce journaliste sicilien publie une enquête sur la venue secrète en Italie deux ans plus tôt d’une mission libyenne dans un centre d’accueil à Mineo, près de Catane. Au sein de la délégation figure « Bija », et certains réfugiés le reconnaissent avec effroi, connaissant sa brutalité. En septembre 2016, il avait été filmé, en uniforme, en train de battre des migrants à l’aide d’une amarre, alors que ces derniers se trouvaient entassés dans une embarcation pneumatique de fortune en haute mer.

S’intéresser de près à la « mafia libyenne » va coûter cher à Nello Scavo : il a reçu des menaces de mort et vit depuis sous protection policière. « Bija » lui-même a tenté d’intimider le journaliste dans une conversation interceptée par les services de renseignement italiens. « Il faisait preuve d’une assurance qui mériterait d’être étudiée par un psy », écrit Scavo dans un livre consacré à ces enquêtes, Le mani sulla Guardia costiera(« main basse sur la garde côtière », 2024, Chiarelettere, non traduit).

Criminel notoire

Comment l’Italie a-t-elle pu confier le dossier migratoire à un criminel notoire ? La question, embarrassante, reste sans réponse. « J’ai interpellé le ministre de l’intérieur Marco Minniti en 2017 devant le Parlement, m’étonnant que les autorités italiennes puissent ignorer la sinistre réputation de “Bija”, se souvient l’ancien député (PD, centre gauche) Erasmo Palazzotto. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai eu qu’une réponse évasive et la garantie que l’Italie œuvrait en faveur de la protection des droits humains. »

En septembre 2018, le Conseil de sécurité de l’ONU place « Bija » sous sanctions. « Abd Al-Rahman Al-Miladet d’autres gardes-côtes auraient directement participé au sabordage d’embarcations de migrants par arme à feu », notent dans leur rapport les experts des Nations unies. « Bija » est interdit de voyage et ses biens sont gelés. En octobre 2020, il est arrêté à la demande du procureur de Tripoli puis maintenu en détention jusqu’en avril 2021. Mais ses connexions locales semblent avoir joué, lui permettant d’être, après sa libération, nommé directeur de l’académie navale de Tripoli.

En février, le parquet d’Agrigente (Sicile) a révélé avoir ouvert une enquête visant « Bija » et son cousin Osama Al-Kuni, qui dirige le centre de détention de Zaouïa, où les tortures contre les migrants sont monnaie courante. Au même moment, la Cour de cassation italienne décrétait que le renvoi des migrants aux mains des gardes-côtes libyens était considéré comme un crime.

Son assassinat a vivement fait réagir les Libyens sur les réseaux sociaux. Khaled Al-Michri, le président du Haut Conseil d’Etat (l’équivalent du Sénat dans la structure institutionnelle de l’Ouest) a appelé le procureur général à faire la lumière sur les personnes impliquées. En Ialie, l’ancien député Erasmo Palazzotto redoute que rien ne change dans la gestion du dossier migratoire avec la Libye, après cette disparition : « Si “Bija” avait affronté la justice internationale, il aurait peut-être livré des informations sur la politique italienne et de l’Union européenne, qui a préféré sous-traiter ce dossier à des organisations criminelles et mafieuses. » « Bija » est mort avec ses secrets. Ne reste de lui que deux photos le montrant souriant, posant à bord d’une vedette des gardes-côtes libyens, offerte par la marine italienne.

Le Monde
France, mercredi 4 septembre 2024 978 mots, p. 11

Cyril Linette s’opposera à Vincent Labrune pour la présidence de la LFP

L’ex-directeur général de « L’Equipe » pourra se présenter face au président sortant de la Ligue de football professionnel

Rémi Dupré et Jérôme Lefilliâtre

Ils seront finalement trois candidats à pouvoir se disputer la présidence de la Ligue de football professionnel (LFP), dont l’élection est prévue mardi 10 septembre. Face à l’actuel titulaire du poste depuis 2020, Vincent Labrune, favori bien que décrié pour sa gestion récente du dossier des droits domestiques de diffusion de la Ligue 1, Cyril Linette s’est finalement qualifié pour concourir, grâce à l’intervention de la ministre des sports démissionnaire, Amélie Oudéa-Castéra, avec l’aval de l’Elysée.

L’ex-directeur général de L’Equipe et du PMU avait dans un premier temps échoué à réunir les parrainages nécessaires à la présélection des prétendants. Un troisième homme, Karl Olive, député (Renaissance) des Yvelines, est aussi en mesure de se présenter à la présidence. Il n’a pas encore précisé ses intentions et pourrait prendre la parole prochainement pour donner sa position. « J’ai dû m’engager formellement auprès des familles[du football], soucieuses de conserver une part de voix, à ne pas rester au conseil d’administration dans l’éventualité où je ne serais pas élu président » , a réagi sur X Cyril Linette, lundi 2 septembre.

Journaliste de formation, celui qui a été aussi directeur des sports de Canal+ estime que « le football français doit revoir son modèle économique », alors qu’il est de nouveau au bord de la crise financière. En cause : l’issue décevante de l’attribution des nouveaux droits TV, cet été, avec un revenu annuel, en nette baisse, de 500 millions d’euros.

L’élection à la présidence de la LFP est un processus particulièrement sophistiqué. Pour être candidat, il faut d’abord l’être à l’un des trois postes d’administrateurs indépendants du conseil de l’instance, qui choisit parmi eux celui qu’il présente in fine à l’assemblée générale de la Ligue. Au préalable, les prétendants doivent obtenir deux parrainages distincts : l’un émane de Foot unis, le regroupement des « employeurs du football professionnel », qui représente la communauté des clubs de Ligue 1, Ligue 2 et National ; l’autre, de l’Union des acteurs du football (UAF), ou les « familles du football », soit les syndicats spécialisés du ballon rond par métiers (joueurs, entraîneurs, arbitres…).

« Sabordage entre amis »

Le 29 août, l’assemblée générale de Foot unis avait choisi d’accorder sa confiance à quatre hommes : Vincent Labrune, arrivé en tête des votes, Cyril Linette, bien placé en deuxième position, Gervais Martel, ex-président du Racing Club de Lens, et le député Karl Olive, très proche d’Emmanuel Macron. Désigné par la Fédération française de football pour la représenter, ce dernier, qui fait déjà partie du conseil d’administration de la LFP, est assuré d’être reconduit comme membre indépendant.

Pour les deux postes d’administrateur indépendant restants, et la tête de la Ligue, un duel semblait donc se dessiner entre Vincent Labrune et Cyril Linette. C’était sans compter le choix de l’UAF, le 30 août, de ne pas accorder son parrainage à l’ancien directeur général de L’Equipe et du PMU. Les « familles » ont choisi de retenir Vincent Labrune, Karl Olive et Alain Guerrini, trésorier de la LFP et PDG de Panini France. Ce proche de Philippe Piat, puissant patron du syndicat des joueurs, l’Union nationale des footballeurs professionnels, et fidèle de Vincent Labrune, ne pouvait pourtant être réélu au conseil d’administration, où il siège déjà, n’ayant pas reçu la veille l’aval de Foot unis.

Cette décision avait été aussitôt dénoncée par Cyril Linette, qui semble un adversaire de poids face à M. Labrune : « Nous ne laisserons pas faire cette entreprise de sabordage entre amis qui met les intérêts d’un petit nombre au-dessus de l’intérêt général du football français », avait réagi sur X l’ancien directeur des sports de Canal+ (contacté par Le Monde, il n’a pas souhaité s’exprimer).

« Le truc est verrouillé de l’intérieur, avec des arrangements entre Labrune et Piat. Ils ne veulent pas que Linette ou Martel concourent, ils avaient pour objectif qu’il n’y ait pas d’élection »,commente une source proche du dossier, qui a voulu rester anonyme.

En 2022, la LFP a validé une réforme, avec le soutien des pouvoirs publics : le nombre d’administrateurs indépendants a été réduit de cinq à trois. Ce qui, sous couvert de concentration du conseil d’administration (à dix-sept membres), réduit de facto la possibilité d’opposants internes.

Pendant le week-end du 31 août, à force d’agitation et de consultations, la situation a cependant évolué. Sollicitée par M. Linette – lui-même proche du chef d’entreprise Alexandre Bompard (PDG du Groupe Carrefour, qui a recruté Amélie Oudéa-Castéra en 2018) –, la ministre démissionnaire des sports est intervenue, avec l’aval de l’Elysée, auprès des dirigeants de Foot unis et de l’UAF. « Elle aexercé une pression très lourde », selon un participant aux discussions, pour demander que le processus d’élection soit le plus ouvert possible. M. Labrune, proche de la ministre et en cour à Elysée, dit au Monde avoir alors validé ce principe de repêchage des parrainages.

« L’exécutif cherche aussi à renforcer la légitimité démocratique de Labrune pour son deuxième mandat », estime un acteur influent du foot français. Contactés par Le Monde, ni le cabinet d’Amélie Oudéa-Castéra ni le conseiller sport de M. Macron, Cyril Mourin, n’ont donné suite.

C’est à la suite de ces interventions que l’UAF a décidé de revoir ses parrainages. A une condition : que les candidats s’engagent à réformer les statuts de la LFP pour que les « familles » disposent d’une représentation permanente au conseil d’administration. De quoi renforcer leur influence, après s’être fait tordre le bras.

Le Figaro, no. 24892
Le Figaro, mercredi 4 septembre 2024 557 mots, p. 8

International

Aussi paru dans
3 septembre 2024 - Le Figaro (site web)

Le casting resserré de la présidentielle tunisienne

Seules trois candidatures ont finalement été validées lundi par l'Isie, l'instance électorale.

Dumas, Maryline

Lundi soir, le ciel était orageux à Tunis. Tout comme son paysage politique. L'Isie, l'instance électorale, a annoncé en milieu de journée la liste des candidats à la présidentielle du 6 octobre prochain. Ils seront trois, dont le président de la République actuel. L'Isie maintient donc sa position, passant outre la décision de réintégrer certains candidats prise par le tribunal administratif la semaine dernière. Les réactions d'indignation n'ont pas tardé. D'autant plus qu'un des trois candidats officiels, Ayachi Zammel, avait été placé en garde à vue quelques heures plus tôt.

Sur la petite vingtaine de dossiers déposés en juillet, seuls trois ont finalement été retenus par l'Isie. Sans surprise, Kaïs Saïed, l'actuel locataire de Carthage, en fait partie. Ses concurrents sont Zouhair Maghzaoui, ancien député et cadre du Mouvement du peuple (gauche panarabe), qui a soutenu Kaïs Saïed lors de son coup de force du 25 juillet 2021 et lui a permis de s'arroger la quasi-totalité des pouvoirs, ainsi qu'Ayachi Zammel, ex-député à tendance libérale. Ce dernier a été arrêté lundi matin à l'aube et est accusé de «falsification de parrainages».

Quatorze dossiers de candidature avaient été rejetés par l'Isie début août, car considérés non conformes. Les 10 000 parrainages de citoyens nécessaires étaient difficiles à réunir dans cette Tunisie au climat politique délétère, où une trentaine d'opposants sont en prison. Des candidats potentiels avaient aussi évoqué des embûches dans la constitution de leur dossier, notamment face au refus du ministère de l'Intérieur de délivrer des extraits de casier judiciaire.

Face aux recours déposés en août, le tribunal administratif avait, en appel, décidé de réadmettre trois candidats dans la course, dont Mondher Zenaïdi, ancien ministre sous Ben Ali et considéré comme un sérieux concurrent à Kaïs Saïed. Mais Farouk Bouakser, président de l'Isie, a sifflé lundi la fin de la partie en validant la liste du 11 août dernier.

Passage en force de l'Isie

« Il n'y a pas de recours possible, la liste est définitive» , a-t-il assuré, justifiant la décision par le fait que l'Isie n'aurait pas reçu les jugements du tribunal administratif dans les temps et qu'elle est la seule autorité en charge : «Il est clair que l'Isie est l'unique partie constitutionnelle chargée de garantir l'intégrité du processus électoral et, partant de cela, l'Instance n'a pas retenu les candidatures de ceux qui ont agi, participé ou incité à falsifier les parrainages des électeurs ou qui portent une nationalité étrangère ou qui ne bénéficient pas de leurs droits civils et politiques comme l'exige la Constitution.»

Nombreux sont les magistrats et les experts à critiquer ce passage en force qui, selon l'Association tunisienne de droit constitutionnel, porte «atteinte aux principes de la République et de la démocratie». Cette organisation évoque également une confiance «ébranlée» des citoyens «dans le processus électoral, sa crédibilité et son intégrité».

L'équipe juridique de Mondher Zenaïdi, exilé en France, a qualifié les décisions de l'Isie de «contraires à la loi» et a annoncé déposer un recours. Seul candidat officiel et en liberté face à Kaïs Saïed, Zouheir Maghzaoui a publié une vidéo critique sur les réseaux sociaux : «Je ne peux ni être content, ni être satisfait de la démarche de l'Isie, qui a piétiné la loi et dépassé les décisions du tribunal administratif.» M.D.

Le Monde
International, mercredi 4 septembre 2024 872 mots, p. 6

Tunisie : l’instance électorale verrouille la présidentielle

Seuls le président sortant, Kaïs Saïed, et deux autres candidats participeront au premier tour, prévu le 6 octobre

Monia Ben Hamadi

Tunis - correspondance - L’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) a pris, lundi 2 septembre, la décision de verrouiller définitivement la course à la présidentielle tunisienne, passant outre les récentes décisions de réintégration de certains candidats prises par le tribunal administratif de Tunis.

Finalement, seuls trois candidats, dont le président, Kaïs Saïed, participeront à cette élection qui ne devrait pas réserver de grandes surprises et dont le premier tour est prévu le 6 octobre. Les deux autres sont Ayachi Zammel, ex-député et chef d’un petit parti peu connu, placé en garde à vue, lundi matin, pour une affaire de falsification de parrainages, et Zouhair Maghzaoui, autre ancien député et leader du Mouvement du peuple, un parti qui a soutenu le coup de force de M. Saïed lorsqu’il s’est arrogé les pleins pouvoirs, le 25 juillet 2021.

« Il n’y a pas de recours possible », a déclaré, lundi, Farouk Bouasker, le président de l’ISIE, mettant fin à l’espoir suscité au sein de l’opposition par les jugements du tribunal administratif de Tunis, qui avait réintégré trois candidats dans la course. Pour justifier sa décision, M. Bouasker a souligné que seule cette instance était constitutionnellement compétente pour organiser le processus électoral. Il a également affirmé que le tribunal administratif n’avait pas transmis ses décisions à l’ISIE dans les délais impartis.

Il a aussi évoqué les affaires judiciaires en cours contre les candidats exclus pour justifier sa position, alors qu’aucun jugement définitif n’a été prononcé. Au même moment, des dizaines de personnes ont manifesté devant le siège de l’ISIE, à l’appel de plusieurs partis politiques et organisations de la société civile, pour pousser l’instance électorale à respecter les décisions du tribunal.

Un bras de fer politico-juridique

Fin août, le tribunal administratif de Tunis avait créé la surprise en décidant de réintégrer Abdellatif Mekki, ancien ministre affilié au parti islamo-conservateur Ennahda, Imed Daïmi, vice-président du Hizb El-Harak, le parti de l’ancien président Moncef Marzouki, ainsi que Mondher Zenaïdi, ancien ministre sous Zine El-Abidine Ben Ali et considéré comme un sérieux concurrent du président, Kaïs Saïed. Selon le porte-parole du tribunal administratif et plusieurs juristes, ces réintégrations étaient légalement considérées comme définitives.

C’est donc un bras de fer politico-juridique que l’instance électorale a choisi d’engager, provoquant de vives réactions parmi les experts en droit. « L’ISIE se positionne non seulement en juge, mais elle s’érige en instance supérieure de contrôle, portant ainsi une atteinte gravissime au principe de séparation des pouvoirs. Ses arguments ne sont que des prétextes, c’est une perversion et une manipulation des règles juridiques ainsi que du principe de droit. Cela s’appelle une forfaiture », s’insurge Sana Ben Achour, professeure de droit public. « C’est un deuxième coup d’Etat, après celui du 25 juillet 2021. Ces élections ne sont pas de véritables élections, ce sont des procédures de consolidation du pouvoir autoritaire », a-t-elle dénoncé.

Pour Ayachi Hammami, avocat, ancien ministre et militant des droits humains, le refus de l’ISIE d’exécuter les jugements du tribunal administratif est passible de sanctions pénales. « Les candidats concernés peuvent déposer des plaintes pénales contre l’ISIE », estime-t-il.

Peine d’inéligibilité à vie

Depuis juillet, le chemin vers l’élection présidentielle a été semé d’embûches pour les adversaires de Kaïs Saïed, dont plusieurs n’ont pas été en mesure de déposer leur dossier de candidature ou ont été contraints de soumettre des dossiers incomplets en raison d’obstacles administratifs. Outre les parrainages requis, l’ISIE exigeait un extrait de casier judiciaire vierge prouvant l’absence de condamnations, que le ministère de l’intérieur a refusé de fournir à un certain nombre de candidats.

D’autres concurrents potentiels de Kaïs Saïed ont été emprisonnés et ont vu leurs dossiers rejetés, parmi lesquels Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre, une formation anti-islamiste regroupant des sympathisants de l’ancien régime de M. Ben Ali, ainsi que des nostalgiques du père de l’indépendance, Habib Bourguiba.

M. Mekki, qui avait été réintégré dans la course à la présidentielle par le tribunal administratif de Tunis, a été condamné, début août, à huit mois de prison ferme en première instance, une peine assortie d’une inéligibilité à vie. Accusé d’avoir falsifié des parrainages nécessaires au dépôt de sa candidature, il a fait appel du jugement et reste en liberté. Par ailleurs, il a été interdit de quitter son quartier et de faire toute apparition médiatique ou de prendre la parole en public. De son côté, M. Zenaïdi menait sa campagne depuis la France, où il est exilé, alors que la justice a relancé des affaires de corruption le visant, datant de 2011.

Officiellement, M. Maghzaoui reste le seul candidat en liberté, non poursuivi en justice, à participer à l’élection face à Kaïs Saïed. Bien qu’il ait pris ses distances vis-à-vis du chef de l’Etat depuis l’annonce de sa candidature, il est vivement critiqué au sein de l’opposition, qui considère que son soutien au coup de force du 25 juillet 2021 discrédite sa candidature.

Le Monde
France, mercredi 4 septembre 2024 692 mots, p. 8

Marine Le Pen se pose en défenseuse de l’Assemblée nationale

La cheffe des députés RN appelle les présidents de groupe à convenir d’un « ordre du jour consensuel » pour obtenir une session extraordinaire

Corentin Lesueur

Emmanuel Macron lui a fermé la porte des discussions sur le premier ministre, Marine Le Pen veut donc passer par la fenêtre du Parlement. Et sans attendre le 1er octobre, jour d’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée nationale. Dans une lettre ouverte datée du lundi 2 septembre, la cheffe de file des députés du Rassemblement national (RN) invite l’ensemble des présidents de groupe à « travailler à un ordre du jour consensuel » en vue de contraindre le chef de l’Etat à convoquer une session extraordinaire au Palais-Bourbon.

« Les Français ne nous ont pas élus pour être les spectateurs de la tragi-comédie autour de la formation d’un nouveau gouvernement, mais pour travailler à améliorer leur quotidien », justifie la triple candidate à la présidentielle dans sa missive. Le 26 août déjà, en marge de son entretien avec Emmanuel Macron, Marine Le Pen avait réclamé une reprise anticipée des travaux parlementaires, afin que « l’Assemblée nationale puisse être en situation d’opérer une censure si c’est nécessaire ». Surtout en cas de nomination d’un premier ministre issu de la gauche. « Cette lettre vise à en remettre une couche et à préciser le champ de la session extraordinaire » , temporise Renaud Labaye, secrétaire général du groupe RN.

Quand l’Assemblée nationale est à l’initiative d’une session extraordinaire, l’article 29 de la Constitution exige que la moitié des députés (289 sur 577) s’accordent sur un « ordre du jour déterminé ». Si Marine Le Pen propose d’y inscrire des « débats » sur la « situation des finances publiques » ou la « situation sécuritaire », la dirigeante d’extrême droite est prête à toutes les concessions pour convaincre ses adversaires. « Nous sommes ouverts à tous les sujets, même à ceux avec lesquels nous ne serions pas d’accord, et prêts aussi à renoncer à certaines propositions, confirme Renaud Labaye. Nous préférerons toujours un ordre du jour sans proposition de loi sécuritaire qu’une absence d’ordre du jour. »

Spectatrice des tractations pour choisir le prochain premier ministre, Marine Le Pen poursuit son entreprise de notabilisation parlementaire en se posant en défenseuse d’un pouvoir législatif entravé par des « manœuvres dilatoires » et entraîné dans un « chaos institutionnel ».

« Une tactique politique »

Pas question pour la députée du Pas-de-Calais d’abandonner l’initiative à des adversaires, après que la présidente de l’Assemblée (Yaël Braun-Pivet), le premier secrétaire du Parti socialiste (Olivier Faure), les communistes et le groupe Ecologiste et social ont eux aussi appelé à une session extraordinaire. Ni de laisser la conduite de l’opposition à Jordan Bardella, qui exigeait le 29 août la mise en débat d’une « grande loi de sursaut sécuritaire » avant le 1er octobre.

Pour Marine Le Pen, la démarche est condamnée au symbole. Sa stratégie de la cravate n’a fait qu’accentuer l’isolement de ses troupes à l’Assemblée nationale, où le RN n’a obtenu aucun des 22 postes-clés en juillet. Une première sous la Ve République pour le groupe le mieux doté (126 membres). Aucune chance donc de rallier 163 autres députés à sa cause, même en comptant les 16 élus d’Eric Ciotti, unique président à avoir échangé avec le RN sur un hypothétique ordre du jour.

Et même en cas d’improbable majorité, Emmanuel Macron ne serait pas tenu de faire droit à la demande de session extraordinaire, par décret. Le général de Gaulle l’avait refusé à l’Assemblée nationale en 1960, puis François Mitterrand en 1987. Depuis 1958, une seule session extraordinaire a été convoquée à la demande d’une majorité de députés, en 1979. « La communication de Marine Le Pen relève de la tactique, résume Bertrand Mathieu, professeur de droit constitutionnel à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Une tactique politique, pour remettre au centre du jeu un RN laissé en marge des discussions. Et une tactique institutionnelle, pour montrer que l’initiative revient au Parlement dans un moment d’attente et de débat sur la répartition des pouvoirs. »

Le Monde
France, mercredi 4 septembre 2024 1271 mots, p. 11

Climat : la pose de volets à Paris rencontre des résistances

Au nom de la préservation du patrimoine, les architectes s’opposent souvent à cette mesure permettant de se protéger des canicules

Véronique Chocron

Ce message fut un des buzz inattendus de l’été. Au cœur du mois d’août, la députée écologiste de Paris Sandrine Rousseau poste sur le réseau social X un tweet sur la nécessité de se protéger de la canicule imminente. « Aujourd’hui, il va faire entre 35 °C et 40 °C à Paris. Bien des immeubles de béton n’ont pas de volets aux fenêtres. Des familles, des enfants, des personnes malades y vivent. Le réchauffement climatique s’emballe et nous n’avons même pas de volets… Juste des volets » , écrit-elle. Le message, objet de railleries, approchera les 2 millions de vues et suscitera plusieurs milliers de commentaires railleurs.

Dans les réunions publiques que la Ville de Paris consacre à la rénovation énergétique des copropriétés, afin de guider les propriétaires dans leurs travaux, le sujet des volets arrive pourtant très fréquemment au moment des questions. « Le confort d’été et l’habitabilité des logements pendant les canicules revient de plus en plus, constate Dan Lert, adjoint à la maire de Paris, chargé de la transition écologique et du plan climat. Paris est une ville très minérale construite sous un climat tempéré – qui n’est plus le climat présent –, donc les immeubles ne sont pas adaptés. »

Solution moins coûteuse

Au printemps 2023, une étude de la revue scientifique  The Lancet Planetary Healtha placé la capitale française en tête des villes d’Europe où le risque de mortalité en cas de canicule est le plus élevé. « Il est en effet question d’un enjeu majeur de santé publique ; il peut faire 70 °C ou même 80 °C sur un toit en zinc. S’il n’est pas isolé, le logement en dessous n’est pas habitable, avec des températures de 30 °C la nuit », poursuit l’élu.

Or, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) souligne que la présence de volets permet de diminuer la température intérieure de 2 °C lorsque la température extérieure est maximale. Fermer les volets en journée « peut réduire les besoins de climatisation de 60 % », ajoute l’Ademe. Cette solution simple, moins coûteuse que d’autres gestes de rénovation thermique, reste toutefois soumise à autorisation d’urbanisme et peut se heurter au refus des architectes des bâtiments de France (ABF), profession sous tutelle du ministère de la culture, chargée de protéger le patrimoine. A Paris, ville éminemment riche en monuments historiques, 97 % des surfaces bâties sont soumises à l’avis des ABF, dont les trois quarts sont des avis « conformes » – qui s’imposent.

Bien souvent, le dogme des ABF en matière de protections solaires extérieures constitue un obstacle pour les spécialistes de la rénovation énergétique. « Il n’existe pas de règle claire et nette que nous pourrions consulter en amont, car chaque architecte des bâtiments de France émet un avis personnel », explique Charles Lemonnier, chef de projet énergie, architecture, urbanisme à l’Agence parisienne du climat, le guichet unique de conseil et d’accompagnement de la rénovation énergétique dans la capitale. « Nous abordons le sujet d’abord par l’histoire, sachant qu’à chaque période il y a eu des moyens différents d’occulter la lumière et que les volets extérieurs arrivent tardivement dans l’histoire de l’architecture et se généralisent aux XVIIIe et XIXe siècles », précise Fabien Sénéchal, président de l’Association nationale des ABF.

Après plusieurs milliers de rénovations énergétiques réalisées en région parisienne, Marc Benard, architecte à la tête de l’agence Equateur, a trouvé le chemin d’un dialogue fructueux. « Il faut faire des recherches pour avoir de quoi discuter avec les ABF, retrouver de vieilles cartes postales de 1900 sur Internet ou consulter les archives publiques numérisées de la Ville de Paris, et comprendre si l’immeuble a déjà eu des protections solaires, raconte-t-il. Si ce n’est pas le cas, il faut souvent trouver d’autres solutions. » Tout dépend cependant de la valeur patrimoniale du bâtiment. « On n’ira pas faire du bricolage en ajoutant des stores sur un hôtel particulier du XVIIe siècle », dit-il, tandis que moins de précautions seront prises avec les immeubles faubouriens, « aux qualités patrimoniales faibles, et souvent altérées car ils ont déjà supporté des transformations ».

« Capacité de blocage »

Les immeubles d’expression moderne, à partir des bâtiments très vitrés des années 1930, peuvent eux aussi poser des difficultés. A Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), pour la cité Maurice-Thorez, en brique rouge des années 1950, il a été décidé, après discussion avec les ABF, que stores ou volets ne pourraient pas être ajoutés. « Dans ces cas-là, il reste la possibilité de poser des vitrages très performants pour protéger de la chaleur, comme des pare-brise de voitures, même si cette solution reste moins efficace : il est toujours mieux d’empêcher le soleil de taper sur la fenêtre », affirme M. Benard. L’architecte reconnaît qu’en matière de rénovation énergétique, les relations entre sa profession et les ABF tournent régulièrement au vinaigre, « ce qui peut bloquer des opérations, assez fréquemment ».

Ces dialogues compliqués ont pris un tour politique, car la querelle ne porte pas seulement sur les volets, mais aussi sur la pertinence de tester la peinture claire sur les toits en zinc ou d’isoler par l’extérieur les élégants immeubles parisiens ; en bref, sur la manière de concilier la préservation du patrimoine et l’adaptation au changement climatique. Un rapport d’information de l’Assemblée nationale « sur l’évaluation de l’adaptation des logements aux transitions démographique et environnementale », publié en mai, n’a ainsi pas ménagé les architectes des bâtiments de France. « Les ABF méconnaissent leur obligation légale de tenir compte des objectifs nationaux de rénovation énergétique des bâtiments » et montrent une « capacité de blocage à ne pas sous-estimer », critiquent ses autrices, les députées Véronique Louwagie (Les Républicains) et Annie Vidal (Renaissance). A la tête de la direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France, on rétorque que « la qualité patrimoniale de Paris, que chacun a admirée pendant les Jeux olympiques, c’est aussi le résultat des avis des ABF ».

La Ville de Paris tente donc d’avancer sur le front de la rénovation, tout en jouant la carte de la concertation avec les architectes des bâtiments de France. Elle a inscrit un « plan volets et occultation » visant à lutter contre la surchauffe estivale, dans son projet de plan climat 2024-2030. Voté en décembre 2023, celui-ci devrait être adopté définitivement avant la fin de l’année. Ecoles et crèches seront prioritaires, et, dans les logements sociaux, les protections solaires seront systématisées. Côté logements privés, la Ville vise la création d’une aide spécifique pour le financement des protections solaires, en direction des ménages modestes. Un groupe de travail commun avec les ABF sur l’adaptation du bâti au changement climatique a bien été créé, mais il ne s’est que peu réuni.

« Ce temps de discussion, on ne l’a plus. Paris se prépare à des étés à 50 °C, à des canicules plus fréquentes et plus longues, nous sommes dans une course contre la montre pour nous adapter, mais un tiers des projets de rénovation énergétique sont stoppés ou freinés par les avis des ABF », tempête Dan Lert, adjoint à la maire de Paris. Appelant le futur gouvernement à « se réveiller » pour ne pas laisser les architectes des bâtiments de France « sans consignes claires », l’élu n’hésite pas à briser un tabou : « Il faut accepterqu’à cause de l’accélération du réchauffement climatique le paysage de Paris change. »

L'Humanité
mercredi 4 septembre 2024 1061 mots, p. 2

Derrière le choix pour Matignon, la bataille du budget

Lisa Guillemin

Finances publiques D'après les documents d'orientation budgétaire pour 2025, le gouvernement démissionnaire opte pour un nouveau tour de vis austéritaire. Ce qui explique pourquoi Emmanuel Macron tarde tant à nommer un premier ministre et a écarté l'hypothèse Lucie Castets.

En bon français, on appelle cela vouloir le beurre et l'argent du beurre. Si Emmanuel Macron temporise depuis plus de sept semaines sur la nomination d'un premier ministre, c'est qu'il tente de faire passer en force le budget austéritaire que le gouvernement démissionnaire prépare en cachette. Le voilà désormais révélé au grand jour grâce aux députés Éric Coquerel (FI) et Charles de Courson (Liot). Le président de la commission des Finances et le rapporteur général du budget ont, le 2 septembre, enfin reçu les documents de synthèse de Bercy. Et la vérité des prix fait frémir : il s'agit d'une purge des finances publiques. « En tenant compte de l'inflation, on enregistre une baisse de 15 milliards d'euros », révèle Éric Coquerel dans un communiqué de presse. Soit une baisse réelle de 3 % des 492 milliards d'euros de crédits.

Deux semaines plus tôt, Matignon annonçait pourtant que le projet de loi de finances 2025 devait être identique à celui de l'année en cours. Un cadrage budgétaire, présenté comme « réversible », transmis aux ministères le 20 août dans des lettres de cadrage. « Seuls les budgets dédiés à la défense et la sécurité augmenteront plus vite que l'inflation, souligne Éric Coquerel. À cette exception, tous les budgets des ministères diminueront par rapport aux plafonds prévus en 2024. » L'insoumis ajoute, auprès de l'Humanité, qu'en plus des effets de l'inflation « les documents transmis par Bercy prévoient des coupes en valeur absolue dans de nombreux ministères ». Cela se traduirait par des coupes drastiques pour l'aide publique au développement (-18 %), le sport (-11 %), l'agriculture (-6 %), l'outre-mer (-6 %), la santé (-1%) et l'écologie (-1 %). Une véritable saignée décidée par un gouvernement battu deux fois dans les urnes. Et donc sans légitimité pour mener ces choix politiques.

remous au sein de l'exécutif

Si le détail des économies reste encore inconnu, le dessein budgétaire brossé par l'exécutif va totalement à contresens des exigences posées par l'urgence sociale et écologique. Une aberration qui crée même des remous au sein du gouvernement. Le 31 août, Christophe Béchu, le ministre démissionnaire de la Transition écologique, a fait part de son mécontentement, regrettant que « les orientations évoquées ne permettent pas de garantir un financement efficace de la transition écologique ». Déjà, le tour de vis budgétaire opéré en février sur le budget de l'année 2024 avait conduit à l'annulation de 10 milliards de crédits, dont 2 milliards alloués à son ministère.

« Le Travail et l'Éducation nationale seront aussi concernés par une baisse de leurs moyens  », détaille, par exemple, Éric Coquerel. Car, même si leur budget respectif a sur le papier augmenté respectivement de 1 et de 0,5 %, cela ne permettrait pas de combler les effets de l'inflation. Nicole Belloubet, ministre démissionnaire de l'Éducation nationale, s'en était d'ailleurs émue lors de la traditionnelle conférence de presse de la rentrée mardi dernier : « Les plafonds qui ont été adressés à notre ministère nous contraindraient à une particulière rigueur budgétaire », avait-elle déclaré devant les journalistes.

C'est en réalité la bataille qui se joue derrière la lutte pour Matignon. Lucie Castets, candidate du Nouveau Front populaire pour la fonction, s'est vue récusée par le chef de l'État officiellement pour des raisons de « stabilité » institutionnelle. Officieusement, c'est pour ses orientations économiques opposées à la politique menée depuis sept ans par Emmanuel Macron, lequel ne veut pas perdre la main. D'après l'Opinion, il souhaiterait d'ailleurs être celui qui choisit le futur locataire de Bercy, même en cas de cohabitation. Mais une guerre se joue au sein même de l'exécutif démissionnaire : à qui sera le plus austéritaire ? Le budget 2025 aurait pu être encore pire si Bruno Le Maire avait eu le dernier mot. Ses équipes planchaient sur plusieurs milliards d'euros d'économies supplémentaires. L'ex-ministre, toujours chargé des affaires courantes, continue de pousser pour de nouvelles coupes. Ou, du moins, il le sous-entend. En plus de ce document de synthèse sur les arbitrages pris il y a un mois par Matignon, Bercy a joint dans son courrier au président de l'Assemblée une note du Trésor arguant que le déficit public pourrait encore déraper en 2024, et pourrait en réalité être de 5,6 %, contre les 5,1 % initialement prévus. Soit un niveau très largement supérieur à l'objectif de 4,1 % en 2025, qui avait été fixé par le programme de stabilité en avril 2024. « C'est une manière pour Bruno Le Maire de mettre la pression, et de faire plus que le budget escompté il y a un mois », siffle le député insoumis de la Seine-Saint-Denis.

le programme du NFP pris à contrepied

Selon les calculs de l'administration publique rattachée à Bercy, il faudrait que son ministère table désormais sur 30 milliards d'économie pour l'État et la Sécurité sociale pour atteindre les 5,1 %, et le double pour atteindre l'objectif fixé pour 2025. « Ce serait une politique de super-austérité, et à mon avis une dégringolade économique. Parce que baisser les dépenses publiques a un effet récessif sur l'économie  », s'alarme le président de la commission des Finances. Mais ce contexte austéritaire explique aussi pourquoi Emmanuel Macron semble se tourner vers la droite et le retour de l'hypothèse Xavier Bertrand à Matignon. Apôtres de la rigueur, les 47 parlementaires « Les Républicains » (LR) seraient prêts à soutenir leur camarade. Ils avaient d'ailleurs présenté l'année dernière un contre-budget encore plus austéritaire tablant sur 25 milliards d'euros d'économies. Et, évidemment, sans aucune augmentation des recettes. Encore un point commun avec le camp présidentiel.

À contrepied total du programme du NFP. Pour rétablir les services publics, la coalition arrivée en tête des législatives tablait sur une augmentation des dépenses de 150 milliards d'euros à l'horizon 2027. Soit 22 % de plus que le budget public actuel. Mais ces dépenses pour le bien commun pourraient être entièrement financées par le retour d'impôts supprimés par Emmanuel Macron comme l'impôt sur la fortune (ISF) vert. Et la création de nouveaux, comme la taxe sur les superprofits. « Ce n'est pas la gauche qui a conduit à l'ouverture d'une procédure pour déficit excessif à Bruxelles », a d'ailleurs rappelé Lucie Castets au président lors de son entrevue à l'Élysée. Pour avoir le beurre et l'argent du beurre, il faut donc changer de crémerie.

L'Humanité
mercredi 4 septembre 2024 997 mots, p. 4

« À force de pertes fiscales, les caisses de l'État sont à sec »

Entretien réalisé par Margot Bonnéry

Le député PCF Nicolas Sansu, membre de la commission des Finances, estime que le macronisme mène le pays à la faillite et appelle à retrouver des recettes fiscales.

Que pensez-vous du projet de budget du gouvernement, qui prévoit une purge de 15 milliards d'euros, et potentiellement 30 milliards pour l'année suivante ? Quelles seront les conséquences pour les Français ? Emmanuel Macron a été battu lors des législatives. A-t-il encore une légitimité pour poursuivre sa politique de baisse des recettes et de diminution de la dépense publique ? Si Lucie Castets était nommée première ministre, serait-elle en capacité d'aller chercher de nouvelles recettes ? Le Modem, l'an dernier, était favorable à l'instauration d'une taxe sur les superprofits... Que se passerait-il si les députés ne s'entendaient sur aucun budget ? Est-ce qu'en allant combattre la fraude fiscale cela pourrait révolutionner notre rapport au budget et au déficit ?

Que pensez-vous du projet de budget du gouvernement, qui prévoit une purge de 15 milliards d'euros, et potentiellement 30 milliards pour l'année suivante ?

C'est dramatique. Après sept ans de macronisme, nous en arrivons à une faillite du pays. À force de pertes fiscales, le budget est à sec. Des ministères très importants vont se retrouver plombés. Le fonds vert s'effondre, la dotation d'équipement des territoires ruraux va diminuer. Les collectivités territoriales et le ministère du Travail vont aussi être impactés. Le déficit est extrêmement important, ce qui génère une difficulté puisque, avec l'augmentation du taux d'intérêt, le remboursement de la dette devient préoccupant. Comment réinternaliser cette dette ? Comment remettre en place un circuit du Trésor pour la financer directement sans passer par les marchés financiers ? Seul un gouvernement de gauche ultra-majoritaire pourrait y parvenir. Or, pour financer l'économie et nos services publics, ces points sont fondamentaux.

Quelles seront les conséquences pour les Français ?

Quoi qu'il arrive, les fonctionnaires seront heureusement payés. Mais toutes les dépenses d'intervention vont se retrouver diminuées. Les aides aux populations, aux entreprises, aux maires, à l'environnement et à la rénovation des écoles vont être diminuées. Le soutien aux services publics et de très nombreux projets d'investissement et d'accompagnement des personnes vont être différés, ou annulés pour le pire. Les Français risquent de payer la note.

Emmanuel Macron a été battu lors des législatives. A-t-il encore une légitimité pour poursuivre sa politique de baisse des recettes et de diminution de la dépense publique ?

En réalité, nous ne sommes sûrs de rien concernant les décisions budgétaires qui seront prises. Quel que soit le gouvernement à venir, je ne vois pas comment il pourrait faire prospérer son projet. L'idéal serait d'avoir la main à gauche pour proposer un budget. Ce n'est pas le cas. Pire : pour l'heure, aucun document ne nous permet de travailler, notamment sur la question des recettes, qui est un sujet majeur. Nous sommes début septembre et les ministères n'ont toujours pas bouclé leur copie. Comment trouver et orienter de nouvelles recettes ? Faut-il garder toutes les exonérations sociales et fiscales ? Faut-il mettre le paquet sur la transition écologique ? Ces questions devraient être débattues au Parlement, que le président refuse de convoquer en session extraordinaire. Mais nous continuerons quoi qu'il arrive de nous battre pour imposer le débat.

Si Lucie Castets était nommée première ministre, serait-elle en capacité d'aller chercher de nouvelles recettes ? Le Modem, l'an dernier, était favorable à l'instauration d'une taxe sur les superprofits...

Il serait effectivement possible d'en faire la proposition et d'avoir une majorité sur certains sujets. Nous pourrions certainement discuter de mesures symboliques et utiles pour rapporter de l'argent pour les services publics. Mais je ne suis pas sûr qu'il y aurait la possibilité de modifier en profondeur notre politique fiscale au vu de la composition de l'Assemblée. Car notre objectif majeur est surtout de changer d'architecture fiscale. C'est-à-dire : comment faire pour que les gros payent gros et que les petits payent petit ? Le but est de sortir du chaos politique et économique dans lequel Emmanuel Macron a plongé le pays. Mais qui sait, peut-être que dans quinze jours il nous sera demandé de porter un gouvernement avec une « gauche tolérée » associée à une aile gauche de la Macronie et du Modem. Plusieurs propositions pourraient obtenir une majorité à l'Assemblée. À moins que le président ne recherche la bienveillance de l'extrême droite pour gouverner à droite. Mais comme il change beaucoup d'avis en ce moment...

Que se passerait-il si les députés ne s'entendaient sur aucun budget ?

Il ne faut pas oublier que le débat sur les deux derniers budgets a été complètement empêché ces deux dernières années à coups de 49.3 à répétition. Le pays a besoin d'un gouvernement capable de présenter un budget puis de le mettre en débat en commission et dans l'Hémicycle pour que les députés puissent remplir leur rôle, discuter, amender, modifier les articles et voir si une majorité se détache.

Est-ce qu'en allant combattre la fraude fiscale cela pourrait révolutionner notre rapport au budget et au déficit ?

Évidemment : de 60 à 100 milliards d'euros partent chaque année en évasion et en fraude fiscales. Nous devons mettre en place des mécanismes empêchant les plus riches d'échapper à l'impôt. Il faut aussi s'attaquer aux holdings familiales qui permettent de faire remonter les dividendes et les actions sans transparence ni imposition... Ce sont des questions sur lesquelles je souhaite avancer.

La Croix, no. 43012
Monde, mercredi 4 septembre 2024 599 mots, p. 11
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5 septembre 2024 - La Croix (site web)

Privé de majorité absolue, Narendra Modi n’est plus tout-puissant en Inde

Côme Bastin

Pour arracher un troisième mandat, le premier ministre indien s’est allié avec des partis opportunistes.

Depuis, ce dirigeant habitué à régner sans partage doit ménager les sensibilités, alors que l’opposition s’est renforcée.

New Delhi (Inde)

De notre correspondant

Ce n’est pas encore une fronde, mais pour le premier ministre indien Narendra Modi, c’est du jamais-vu. Lorsque son parti nationaliste, le BJP, a voulu imposer cet été aux restaurants musulmans d’inscrire leur nom sur leur devanture, plusieurs de ses alliés ont dénoncé une discrimination et l’ont fait reculer. Idem lorsque son gouvernement a souhaité recruter en court-circuitant les quotas des basses castes. Certains ont même signé un appel à la fin de la vente d’armes à Israël, aux côtés de l’opposition.

Depuis les élections législatives de juin, le BJP n’a plus la majorité absolue au Parlement. Pour atteindre cette barre, fixée à 273, les 240 députés du parti de Narendra Modi ont dû s’allier à d’autres partis. Parmi eux, deux forces régionales, le Telugu Desam Party (TDP), de l’État de l’Andhra Pradesh, et le Janata Dal United (JDU), de l’État du Bihar, qui juraient jusqu’alors de renverser Narendra Modi. Des portefeuilles ministériels leur ont fait revoir leurs ambitions.

Officiellement, on fait comme si de rien n’était. « La National Democratic Alliance (NDA, coalition de Narendra Modi) sera aussi efficace et transformatrice que les mandats précédents, assure Tejasvi Surya, député du BJP. Les partis qui la composent partagent la vision de Narendra Modi. » En réalité, les conséquences de ce rééquilibrage se font déjà sentir, alors que le Parlement était réduit depuis 2014 à une chambre d’enregistrement. « Finie l’époque où le BJP faisait passer des lois sans discussion et excluait les députés contestataires, constate Sanjay Jha, analyste politique proche du Parti du Congrès, la principale force d’opposition. Ce rééquilibrage le force à respecter le Parlement, où l’ambiance a changé. Rahul Gandhi impose le débat sur les questions sociales face à un premier ministre fatigué. »

L’opposition veut croire que le temps joue en sa faveur. Elle laisse Narendra Modi et le BJP se dépêtrer avec leurs alliés de circonstance, dont l’alliance paraît fragile. Les électeurs du JDU et du TDP appartiennent en effet aux basses castes et minorités, que le BJP est régulièrement accusé de mépriser. « Cette coalition est opportuniste, elle peut donc être brisée, pronostique Sanjay Jha. Le jour où le vent tournera vis-à-vis de leurs électeurs, ces partis rejoindront l’opposition. Et alors tout est possible ! »

L’effondrement de la NDA relève pour l’heure de la politique-fiction. Le premier ministre devrait parvenir à conserver ses alliés s’il consent au compromis. « Le récent recul sur le recrutement des fonctionnaires mais aussi le retrait d’une régulation controversée des médias numériques montrent qu’un changement dans le gouvernement de Modi est possible », juge l’analyste politique Neerja Chowdhury dans le quotidien The Indian Express.

Depuis juin, des promesses phares sur la centralisation du pouvoir ou les « privilèges » musulmans ont disparu. Narendra Modi s’affiche plutôt en bon gestionnaire, comme lors de son discours pour la Fête de l’indépendance, le 15 août. « Ce n’est pas inspirant car les résultats sont minces, regrette l’analyste Tavleen Singh. Notre système scolaire est toujours mauvais et nos villes ressemblent toujours à de vastes bidonvilles. » À l’approche d’élections régionales importantes, son parti est mis au défi de trouver un nouveau souffle.

Libération
mercredi 4 septembre 2024 1384 mots, p. 2,3,4

ÉVÉNEMENT

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3 septembre 2024 - Libération (site web)

Dans le flouze total

ANNE-SOPHIE LECHEVALLIER

ÉVÉNEMENT

Entre un poste de Premier ministre toujours vacant, l'annonce par Bercy d'une probable aggravation du déficit et un calendrier budgétaire contraint, la situation des finances publiques devient de plus en plus préoccupante. Et le débat parlementaire s'annonce bouillant.

L es quatre cartons ont été remplis à ras bord de centaines de feuilles, le nom de leur destinataire scotché sur le dessus. Ils ne contiennent plus des ramettes à papier, comme leur précédent usage, mais des notes des directions générales de Bercy, des documents ministériels, et autres rapports des inspections générales. Des coursiers en ont transporté deux de Bercy à l'Assemblée nationale, l'un pour le président de la Commission des finances, l'insoumis Eric Coquerel, l'autre pour le rapporteur général du budget, le Liot Charles de Courson. Deux autres ont été livrés au Sénat, pour leurs homologues, le socialiste Claude Raynal et le LR Jean-François Husson. Le tout est arrivé lundi en début de soirée au Palais-Bourbon et à celui du Luxembourg. Dans chaque carton, une lettre cosignée par les deux ministres démissionnaires, celui de l'Economie et des Finances depuis sept ans, Bruno Le Maire, et celui chargé des Comptes publics Thomas Cazenave. Ils y résument la situation des finances publiques et insistent sur cette démarche «en toute transparence» qui vise à permettre de lancer les travaux des deux chambres sur le prochain budget. L'envoi a été parfois, comme pour Eric Coquerel, doublé d'un appel de Bruno Le Maire. C'est peu dire que ces parlementaires attendaient les documents avec impatience, ils avaient d'ailleurs prévu de se rendre à Bercy pour les obtenir s'ils ne leur avaient pas été communiqués lundi. Ils en réclamaient certains depuis des mois, telles que la petite vingtaine de revues générales de dépenses réalisées depuis la fin de l'an dernier par les administrations, d'autres depuis quelques semaines, comme l'état précis des finances publiques ou encore les lettres plafond, qui indiquent les plafonds de dépenses envisagés pour l'an prochain, que le Premier ministre démissionnaire Gabriel Attal a envoyé à chacun des ministres le 20 août. Ces dernières restent virtuelles, puisque le prochain gouvernement pourra les modifier, mais elles témoignent des intentions du gouvernement démissionnaire pour le prochain budget.

De quoi y voir plus clair dans le vaste capharnaüm dans lequel la préparation du projet de loi de finances (PLF) pour l'an prochain a été plongée depuis la dissolution, et surtout depuis le deuxième tour des élections législatives le 7 juillet. Sept semaines où le gouvernement chargé des affaires courantes ne pouvait plus rien décider, une période que les deux ministres qualifient dans leur lettre dans un euphémisme comme «des circonstances exceptionnelles».

«NOUS N'AVONS PAS ÉTÉ INFORMÉS» Les parlementaires n'ont pas encore achevé de scanner ni de lire les milliers de pages que déjà ils s'alarment. Jean-François Husson se dit «très en colère» de n'obtenir que maintenant des «documents qu' [ils auraient] dû avoir mi-juillet». Il fait référence au 15 juillet, la date inscrite dans la loi à laquelle le «tiré à part», synthèse des crédits envisagés par ministère pour l'année suivante, doit être transmis aux parlementaires et qui n'a pas été respectée cet été en raison de la situation politique. «En trente jours, nous n'avons pas le temps de bien travailler, la démocratie est piétinée», tempête-t-il. Sur le contenu du carton, il déplore «l'état désastreux des finances». Eric Coquerel explique, lui, qu'il y a «une surprise dans tous ces documents, c'est l'ampleur de la dégradation du déficit public dont nous n'avons pas été informés.» Même étonnement chez Claude Raynal : «Ils laissent en testament des mauvaises nouvelles supplémentaires. C'est de la folie quand même quand on pense qu'un gouvernement avec des résultats aussi catastrophiques s'autorise à porter un jugement sur le futur gouvernement que formerait Lucie Castets.» Une note confidentielle a parti - culièrement retenu l'attention des deux commissions des finances, trois pages envoyées aux ministres le 17 juillet par la direction générale du Trésor (DGT). Dans cette «actualisation des prévisions de déficit public» que Libération a pu consulter, l'administration anticipe un déficit de 5,6 % du PIB cette année et de 6,2 % en 2025 alors qu'en avril, dans le programme de stabilité (Pstab) envoyé à la Commission européenne, qui établit la trajectoire de redressement des finances publiques, le gouvernement tablait sur 5,1 % et 4,1 %. Ces chiffres ne tiennent compte que des mesures déjà adoptées, le décret de 10 milliards d'euros d'annulation de crédits de février notamment.

«DE LA SUPER AUSTÉRITÉ» «Nous ne pouvions pas réguler les déficits, puisque nous n'avions plus aucun instrument après le refus de faire passer un projet de loi de finances rectificative et avec la dissolution», plaide-t-on à Bercy.

Pour expliquer cette dégradation, la DGT avance plusieurs facteurs, dont à nouveau, comme l'an dernier, de moindres recettes qu'escompté en matière de TVA, d'impôt sur les sociétés ou d'impôt sur les revenus. «Début septembre, les risques sur les recettes ne sont pas avérés, mais les prochains mois risquent d'être moins fastes en raison de la typologie de la croissance, liée notamment à l'export, qui rapporte moins de recettes fiscales. On ne veut pas revivre l'épisode de 2023, donc on préfère la prudence», expliquet-on au cabinet de Bruno Le Maire. Pour l'heure, la croissance est anticipée à 1,1 % pour cette année (légèrement plus que le 1 % inscrit dans le Pstab), et autant pour l'an prochain (moins que le 1,4 % prévu dans le même document). La DGT pointe aussi des dépenses des collectivités locales plus élevées, de 3,4 milliards d'euros, audelà des 2 milliards d'économies qui leur avaient été demandés plus tôt dans l'année par Suite page 4 Suite de la page 3 le gouvernement. Dans leur lettre, les ministres de Bercy insistent : «Le risque principal est lié à la une augmentation extrêmement rapide des dépenses des collectivités territoriales et pourrait à elle seule dégrader les comptes de 16 milliards en 2024» par rapport à ce qui a été inscrit dans le Pstab. «C'est un chiffrage qu'on ne comprend pas», dénonce Claude Raynal. «Ils mettent tout sur le dos des collectivités, mais ils surjouent la surprise, elles les ont prévenus depuis longtemps que les 2 milliards d'économies, ils ne devaient pas compter dessus», rappelle Eric Coquerel. Les collec - tivités, elles, se considèrent être des boucs émissaires (lire ci-contre).

De quoi compliquer un peu plus la tâche du prochain gouvernement. Celui-ci, une fois en place, devra décider du sort des plus de 16 milliards de crédits gelés par le gouvernement cette année. Eric Coquerel a calculé que «si tous les gels devenaient des annulations, comme le souhaite Bruno Le Maire, en prenant en compte les 10 milliards d'annulations de crédits du décret, cela conduirait à des baisses massives des budgets, de 17,5 % pour l'asile et l'immigration, de 17,3 % pour l'aide au développement, de 14 % pour l'écologie, de 6,8 % pour le travail et l'emploi, de 6,2 % pour la culture… De la super austérité.» «INSUPPORTABLES ET INVOTABLES» Le prochain Premier ministre devra aussi rendre rapidement des arbitrages pour le PLF. Il trouvera sur son bureau le brouillon de texte que le gouvernement démissionnaire a préparé, qui correspond à un budget dit «zéro valeur», soit 492 milliards d'euros, comme cette année. La non prise en compte de l'inflation entraînerait de facto une quinzaine de milliards d'économies avec des coupes dans plusieurs budgets. «Ils ont chargé la mule au maximum avant de partir, déplore un député macroniste. Les mesures budgétaires qu'ils ont inscrites ne pourront évidemment pas être reprises par le nouveau gouvernement quel qu'il soit, tant elles sont insupportables et invotables.» Plus le temps passe sans nouveau gouvernement, moins l'argument du budget «réversible» défendu par Matignon tient. Le PLF doit, en effet, être soumis mi-septembre au Conseil d'Etat et au Haut Conseil des finances publiques puis déposé le 1er octobre au plus tard à l'Assemblée. Alors que Matignon considère que le nouveau gouvernement pourrait le déposer deux semaines plus tard sans se mettre dans l'illégalité, les parlementaires s'offusquent que leur temps de débat puisse être sabré. «Il faut arrêter ce cirque, considère Claude Raynal. On a pu tolérer certaines choses, comme ne pas avoir de tiré à part, mais c'est fini de jouer. Le nouveau gouvernement aura tout le temps de changer quelques signaux dans le PLF puis de faire passer ses messages et ses amendements pendant la navette parlementaire.»

Le Figaro, no. 24892
Le Figaro Économie, mercredi 4 septembre 2024 719 mots, p. 21

Économie

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3 septembre 2024 - Le Figaro (site web)

À l'hôpital public, le déficit financier s'aggrave encore

Il devrait dépasser les 2 milliards d'euros en 2024, obérant la capacité d'investissement des établissements.

Renault, Marie-Cécile

La rentrée s'annonce compliquée dans les hôpitaux. La réforme des études de médecine menée par le gouvernement conduit à la suppression de 1 500 postes d'internes dans les hôpitaux dès le 1er novembre. Or, après un pic mi-août, une quarantaine d'établissements restent « en tension » , avec six établissements ayant activé le plan blanc, a reconnu mardi matin Frédéric Valletoux, ministre délégué à la Santé démissionnaire. «Il va falloir s'adapter. Certains établissements vont avoir recours à des praticiens étrangers, dont le nombre va sensiblement augmenter en 2024-2025, avec 1300postes supplémentaires» , a admis Arnaud Robinet, maire de Reims et président de la Fédération hospitalière de France (FHF), tout en soulignant que le nombre d'étudiants va progresser dans les années à venir.

Si la FHF se félicite d'une baisse du taux d'absentéisme à l'hôpital public - à 9,5 % en 2023 contre 11,1 % en 2022 -, ce dernier reste toujours supérieur à son niveau d'avant-Covid (8,9 % en 2019). Et, si les hôpitaux se félicitent d'un « regain d'attractivité » auprès des soignants à la suite des revalorisations salariales du Ségur de la santé, 98 % des établissements restent confrontés à des difficultés de recrutement de personnel médical, notamment aux urgences, mais aussi en psychiatrie, radiologie, anesthésie, pédiatrie et médecine générale. Pour y remédier, le public plaide pour la mise en place de mesures coercitives sur le privé. La FHF propose ainsi d' « instaurer pour une période donnée un engagement de servir, pendant les premières années de plein exercice des professionnels médicaux, consistant en une participation à la permanence des soins en établissement public de santé ».

Face à la saturation des urgences durant la période estivale, l'hôpital public réclame également de durcir les obligations des cliniques privées, accusées une nouvelle fois de ne pas prendre leur part. La FHF enjoint ainsi aux pouvoirs publics de publier au plus vite le décret sur la participation obligatoire aux gardes pour la prise en charge des soins non programmés.

« Avoir le courage de réformer »

Malgré une bonne coordination avec « les médecins de ville qui ont joué le jeu cet été » , admet Martin Trelcat, directeur général du groupement hospitalier du Havre, « la fermeture intempestive d'une clinique a renvoyé le flux vers l'hôpital public ». « Certains sont très vertueux, mais on ne peut pas travailler sur la base du volontariat avec le libéral. Sans régulation, ça ne peut pas marcher » , affirme Jean-Luc Jouve, président de la commission médicale d'établissement de l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille. Au-delà de leurs difficultés de ressources humaines persistantes, les hôpitaux publics alertent sur la dégradation de leur situation financière, avec un déficit qui devrait dépasser les 2 milliards d'euros en 2024. Cette situation entraîne «une augmentation desdélais de paiement» des fournisseurs, prévient Cécile Chevance, responsable finances de la FHF. Elle impacte également les capacités d'investissement des établissements. Dénonçant un sous-financement de l'inflation, qui perdure - même si l'évolution des prix a nettement ralenti -, mais aussi une «iniquité de traitement sur le plan fiscal»par rapport au privé, la FHF réclame aux pouvoirs publics «un financement complémentaire estimé à 2,4milliards d'euros en 2024». Soit une hausse de 2,3 % de l'Objectif national des dépenses de santé (Ondam) prévu cette année pour les hôpitaux, corrigé à 108 milliards d'euros. Pour 2025, la FHF plaide pour une augmentation des financements de 3,9 milliards d'euros pour un Ondam 2025 de 111,9 milliards d'euros.

Mais, alors que Bercy a alerté lundi sur un nouveau dérapage du déficit public à 5,6 % du PIB cette année, bien au-delà des 5,1 % prévus pour 2024, l'exercice promet d'être difficile. « Le gouvernement prévoit 15milliards d'euros d'économie sur le budget de l'État en 2025 et 5milliards sur le budget de la Sécu » , a prévenu mardi matin le député LFI Éric Coquerel, président de la commission des finances lors d'une rencontre avec l'Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). «Nous attendons qu'un ministre de la Santé de plein exercice soit nommé au plus vite. Quel que soit le futur gouvernement, il faudra avoir le courage de réformer» , a martelé Arnaud Robinet. Il réclame en particulier une loi de programmation pluriannuelle qui donnerait davantage de visibilité budgétaire aux établissements. M.-C. R.

Le Figaro, no. 24892
Le Figaro, mercredi 4 septembre 2024 896 mots, p. 16

Débats

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3 septembre 2024 - Le Figaro (site web)

« Sauf exception, la loi enjoint aux juges de ne pas envoyer les délinquants en prison »

Après le décès d'un gendarme à Mougins, renversé par un multirécidiviste, et la remise en liberté d'un homme ayant renversé une fillette à Vallauris, le laxisme de la justice est pointé du doigt à juste titre, tant tout est fait pour que les délinquants échappent à l'incarcération, analyse l'avocat*.

Lehman, Hervé

Après les décès tragiques d'un gendarme et d'une fillette causés par des chauffards, l'opinion publique ne comprend pas les décisions des juges. Dans le premier cas, l'auteur avait été poursuivi dix fois sans jamais aller en prison ; dans le second, l'auteur a été remis en liberté avant même que l'enfant soit enterrée. Les juges doivent, une fois encore, faire face à l'accusation de laxisme. Suffoqués par l'indignation, certains politiques en viennent à perdre le bon sens. Karl Olive, député Renaissance, a déclaré : «Je suis pour un délit de criminalité(?). Je suis pour la présomption de culpabilité.»Il ferait mieux de s'interroger sur sa responsabilité propre, en qualité de législateur.

Christiane Taubira a fait voter la loi du 15 août 2014 qui interdit aux juges, sauf exception, d'envoyer les délinquants en prison. L'article L. 132-19 du code pénal disposait ainsi : «En matière correctionnelle, une peine d'emprisonnement sans sursis ne peut être prononcée qu'en dernier recours si la gravité de l'infraction et la personnalité de son auteur rendent cette peine nécessaire et si toute autre sanction est manifestement inadéquate; dans ce cas, la peine d'emprisonnement doit, si la personnalité et la situation du condamné le permettent, et sauf impossibilité matérielle, faire l'objet d'une des mesures d'aménagement.»Le moins de peines de prison possible, et dans tous les cas la peine de prison s'effectue... en dehors de la prison. Le code de procédure pénale proclame de même que la détention provisoire ne peut être prononcée qu'à titre exceptionnel. Emmanuel Macron s'est fait élire en 2017 en promettant la construction de quinze mille places de prison et en affirmant que toute peine de prison doit être exécutée. On attend toujours les quinze mille places, et Nicole Belloubet a fait modifier l'article L. 132-19 par la loi du 23 mars 2019, mais pour remplacer le mot « nécessaire » par celui d' « indispensable » , renforçant ainsi l'injonction faite aux juges de ne pas envoyer les délinquants en prison. Il faut donc admettre que les juges appliquent la loi.

Mais allons plus loin. La loi Taubira était le fruit de la longue lutte de la gauche judiciaire pour l'abolition de la prison. La ministre avait organisé en 2012 une conférence du consensus sur la récidive, présidée par Nicole Maestracci, figure du Syndicat de la magistrature, et qui n'avait pas eu de mal à parvenir à un consensus puisque tous les membres avaient été choisis parce qu'ils étaient hostiles à l'emprisonnement. La conférence concluait, «au vu des connaissances scientifiques et professionnelles rassemblées» ,qu'elle «dispos(ait) d'éléments fiables pour remettre en cause l'efficacité de la peine de prison en termes de prévention de la récidive».On ne sait ce que les connaissances scientifiques fiables enseignent en matière de prévention de la récidive sur le cas de cet homme qui a fini par foncer sur un gendarme après dix peines de substitution à l'emprisonnement... C'est, depuis cinquante ans, la conviction et le combat des juges du Syndicat de la magistrature : la prison est cause de récidive, et elle est surtout un instrument d'oppression de la bourgeoisie. Cela se traduit nécessairement dans la pratique de ces magistrats, et cela s'inscrit dans la loi à chaque fois que la gauche est au pouvoir et donc que les membres du Syndicat de la magistrature occupent les postes de responsabilité à la Chancellerie et au cabinet du garde des Sceaux. Rappelons-nous, en écho à ce qu'a dit Harmonie Comyn sur la politique depuis 1981, que, dès son arrivée au ministère de la Justice, en juin 1981, Robert Badinter avait fait libérer 40 % des détenus.

Sur ces questions, Emmanuel Macron s'est toujours comporté, avec une constance qu'on ne lui connaît pas dans tous les domaines, comme un président de gauche, à commencer par le choix des ministres de la Justice, une fervente militante socialiste puis un avocat pénaliste, en passant par la libération de milliers de détenus lors de l'épidémie du Covid. Mais, nous dit-on, les prisons sont pleines, et trop pleines. C'est vrai, et cela s'explique par l'augmentation de la délinquance, en particulier des trafics de stupéfiants et des actes de violence. C'est pourquoi il faut construire de nouvelles places de prison. La proposition de Valérie Pécresse était judicieuse qui consistait à construire ou récupérer des établissements plus légers pour les petits délinquants, ce qui serait plus rapide et moins cher qu'un système dans lequel il faut appliquer le même niveau de sécurité pour la plupart des détenus. Une politique pénale n'est pas une question de capacité d'accueil, manière de penser qui amène la gauche judiciaire à demander un numerus clausus : pas de place en prison, pas de peine de prison, subterfuge pour baisser encore le nombre d'incarcérations. La question n'est pas : combien de places de prison avons-nous ?, mais combien nous en faut-il pour assurer la politique pénale que les Français souhaitent ?, c'est-à-dire une politique pénale qui conduise à ce que les personnes qui dealent, agressent ou tuent aillent en prison. - * Hervé Lehman est l'auteur de «Soyez partiaux! Itinéraire de la gauche judiciaire» (Éditions du Cerf, 2022).

Le Figaro, no. 24892
Le Figaro, mercredi 4 septembre 2024 778 mots, p. 5

Politique

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3 septembre 2024 - Le Figaro (site web)

La pression monte pour une session extraordi naire à l'Assemblée

Plusieurs groupes d'opposition, dont le RN et les Écologistes, souhaitent que les députés puissent entamer sans plus attendre le travail législatif.

Bordas, Wally

Les travaux de l'Assemblée nationale reprendront-ils rapidement ? C'est en tout cas ce que souhaitent plusieurs groupes importants du Palais Bourbon, qui depuis quelques jours manifestent leur volonté d'accélérer la reprise des débats. Marine Le Pen a notamment exigé, dans une lettre ouverte publiée en début de semaine, la tenue d'une session extraordinaire à la Chambre basse, compte tenu de «la situation difficile que traverse» la France. «Le groupe que je préside estime qu'il est intolérable que les parlementaires ne soient pas réunis en session extraordinaire pour honorer sans plus de délai l'ensemble des responsabilités que nous ont confiées nos concitoyens» , fustige la présidente du groupe Rassemblement national à l'Assemblée.

Un avis partagé par le groupe communiste, qui, dans la foulée, s'est également fendu d'un communiqué de presse. «Nous refusons que le Parlement soit réduit au silence. Il doit pouvoir délibérer au plus vite (...). Une session extraordinaire s'impose donc et nous demandons au président de la convoquer rapidement», écrit le président du groupe, André Chassaigne, qui réclame également que les commissions permanentes du Palais Bourbon se réunissent «sans attendre pour entamer le travail législatif». Même opinion pour le groupe écologiste, qui estime que «ce n'est pas au président de la République de se substituer à l'Assemblée». «Il a précipité le pays dans l'incertitude en prononçant la dissolution, il ne peut plus retarder l'expression de cette nouvelle Assemblée», écrivent les Écologistes.

Pour l'heure, le président de la République n'a pas décidé, comme il est de coutume, de publier le décret annonçant l'ouverture de cette session extraordinaire. Et la session ordinaire ne s'ouvrira quant à elle que le 1er octobre. Beaucoup trop lointain, estiment donc certaines oppositions, qui pressent la présidente de l'Assemblée de faire le nécessaire pour que les débats reprennent plus tôt.

La conférence des présidents de l'Assemblée, qui doit se réunir prochainement, devrait débattre de ce sujet. Et, si une majorité se dégage, les députés pourront donc, comme les autorise la Constitution, demander l'ouverture de cette session. Emmanuel Macron pourra alors accepter ou refuser. Ce fut notamment le cas en 1960 où le général de Gaulle avait refusé la demande des parlementaires qui souhaitaient débattre de la crise agricole.

«Les groupes font leur petite communication en hurlant au scandale, mais ça n'aurait aucun sens politique d'ouvrir une session sans gouvernement. Il n'y aurait aucun texte à l'ordre du jour et encore moins de ministres pour répondre aux questions des députés», fait valoir un habitué du Palais Bourbon. Le député Renaissance Mathieu Lefèvre abonde : «Demander une session extraordinaire est clairement un coup politique des oppositions. Sans premier ministre ni gouvernement, cela n'a aucun intérêt.»

Dimanche, sur France Inter, Yaël Braun-Pivet n'a pas fermé la porte à l'ouverture d'une session extraordinaire. «S'il devait y avoir, dans les jours qui viennent, un premier ministre et un gouvernement, je considère qu'ils devraient venir se présenter devant l'Assemblée et je demanderai une session extraordinaire parce que, dans mon esprit, dans les circonstances politiques actuelles, nous ne pouvons pas ne pas faire entendre ce premier ministre et son gouvernement», a argué l'occupante du perchoir. «Session extraordinaire veut dire possibilité de faire une déclaration de politique générale, d'exposer aux parlementaires et aux citoyens quel serait le programme que ce gouvernement aurait l'intention de mettre en oeuvre», a-t-elle également précisé.

Sauf que pour l'heure, aucun gouvernement, si ce n'est, celui, démissionnaire, de Gabriel Attal, n'est aux responsabilités. «Ouvrir une session extraordinaire n'a de sens que s'il y a un gouvernement», plaide, auprès du Figaro, le cabinet de Yaël Braun-Pivet. Avant d'ajouter : «Si un gouvernement est nommé cette semaine, Yaël Braun-Pivet demandera l'ouverture de cette session et le président l'acceptera, puisqu'ils en ont parlé.» Ce qui pour l'instant, semble pour le moins très hypothétique, au vu de la valse des noms pour le poste de premier ministre.

Le temps commence donc à être long, pour de nombreux parlementaires qui ont hâte de revenir dans le chaudron de l'Assemblée, après les législatives anticipées et un premier round d'observation, au cours de l'été. Avec une première étape ô combien importante pendant l'examen des textes budgétaires à l'automne. «Il faut que la parenthèse de la nomination du premier ministre se referme, c'est incontestable», avoue par exemple un cadre macroniste du Palais Bourbon. Un autre soutien du président de la République admet, pessimiste : «De toute façon, l'équation politique est insoluble. Donc il va bien falloir finir par trancher et par envoyer quelqu'un dans la fosse aux lions.» Quitte à ce que la censure soit rapide. W B

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mercredi 4 septembre 2024 829 mots, p. AUJM4
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3 septembre 2024 - Le Parisien (site web)
4 septembre 2024 - Le Parisien

L'impasse, jusqu'à quand ?

Futur Premier ministre|Ce mardi, Emmanuel Macron a encore passé sa journée à consulter les responsables politiques. Ses proches veulent croire en un dénouement ce mercredi.

Olivier Beaumont, Pauline Théveniaud et Quentin Laurent

Le président de la République voulait une clarification, c'est pour le moment une impasse. Après cinquante jours de gouvernement démissionnaire, Emmanuel Macron n'est toujours pas parvenu à trouver un nom pour Matignon. Ce mardi soir, de consultations en tergiversations, d'hypothèses sérieuses en démentis catégoriques, tous les scénarios restaient sur la table du chef de l'État. Avec son lot de rebondissements.

On croyait la piste Bernard Cazeneuve bien avancée en fin de semaine dernière ? C'est finalement le nom de Thierry Beaudet, patron du Cese, qui a surgi lundi matin, ouvrant la voie vers la nomination d'un Premier ministre issu de la société civile. Crédible ? Pas sûr, puisque vingt-quatre heures plus tard, c'est celui de Xavier Bertrand qui est de nouveau revenu dans la course, comme nous l'avons révélé dans nos colonnes... Avant que le RN ne brandisse la menace d'une censure immédiate

Résultat, Macron désarçonne, y compris dans son propre camp : « Il est comme un joueur de rugby qui veut traverser le terrain pour marquer l'essai tout seul. Mais il a face à lui des adversaires féroces. S'il ne passe pas le ballon, il va se prendre un placage dont il ne se relèvera pas », lâche un ministre démissionnaire, dubitatif sur la méthode. « Il tâtonne et navigue à vue », poursuit un député Renaissance, en parlant d'un « président qui a perdu la vista et ne joue plus qu'en défensive ».

La preuve, poursuivant toute la journée de mardi les consultations avec les différents représentants des partis politiques, Emmanuel Macron n'avait quasiment plus qu'un critère de sélection : choisir la personnalité qui, une fois nommée, aura la garantie de ne pas subir dans la foulée une motion de censure à l'Assemblée nationale. Mais une certitude quand même : « Il faut maintenant que ça aille vite », a-t-il lâché ces dernières heures devant plusieurs de ses interlocuteurs, considérant être allé « au bout du bout des discussions » entamées avec les uns et les autres... dès juillet.

Tout a commencé par un entretien très tôt au téléphone avec les LR Gérard Larcher, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau pour discuter de l'hypothèse de nommer l'actuel patron des Hauts-de-France à Matignon. « Quand il a vu le tir de barrage autour du scénario Thierry Beaudet, il s'est rendu à l'évidence qu'il fallait revenir à une solution politique », glisse l'un de ses soutiens.

Bertrand et Cazeneuve restent dans la course

Dans la foulée, Wauquiez réunit ses députés en visioconférence pour leur rendre compte de la situation. « Vous connaissez les relations difficiles que j'ai pu avoir avec Xavier Bertrand, mais il faut savoir passer au-dessus de ça », fait-il valoir, ouvrant la porte à « un soutien » à cet encore hypothétique gouvernement. Un changement d'attitude notoire pour l'ancien président d'Auvergne - Rhône-Alpes, qui jusqu'ici refusait fermement tout soutien à un futur gouvernement.

Preuve que les choses avancent, il a même échangé dans l'après-midi, selon nos informations, avec Xavier Bertrand, qui lui a certifié avoir des « garanties » fermes de non-censure... malgré les déclarations du RN. De quoi ouvrir désormais un boulevard au Picard ?

Ce serait aller un peu vite en besogne. D'autant que d'autres noms, comme celui du maire de Cannes, David Lisnard, continuent d'être étudiés avec attention. Et « l'option Cazeneuve est encore sur la table aussi », assure l'entourage d'Emmanuel Macron. Lequel a surveillé de près la tonalité du bureau national du PS où les opposants internes à Olivier Faure plaidaient, sans succès, pour que leur parti soutienne la nomination de Bernard Cazeneuve.

Une chose est certaine, le choix d'un profil technique, plébiscité par une partie de l'entourage Macron, « est désormais totalement écarté », dit-on. Alors que d'autres noms que celui de Thierry Beaudet ont été sondés ces derniers jours par le président de la République.

Attal plante son arbre

Y compris les plus inattendus, comme l'ancien patron de la CFDT Laurent Bergé qui a pourtant eu des relations glaciales avec lui par le passé. Les deux hommes se sont vus en tête à tête en milieu de semaine dernière, puis un nouvel échange a eu lieu par téléphone jeudi dernier, juste avant que le président ne décolle pour la Serbie. Emmanuel Macron a proposé le poste au syndicaliste qui, selon nos informations, a posé ses conditions, notamment sur la réforme des retraites et l'instauration d'une véritable cohabitation. Avant de conclure qu'elles n'étaient pas réunies pour qu'il puisse accepter. Fin de non-recevoir.

Et pendant ce temps-là, Gabriel Attal est toujours à Matignon, valises prêtes. Lundi, le Premier ministre démissionnaire a quand même eu le temps de respecter in extremis une tradition juste avant son départ : planter un arbre (un érable cannelle) dans les jardins, comme le font tous les occupants après six mois en poste. In extremis.

L'Humanité
mercredi 4 septembre 2024 906 mots, p. 7

« Le RN, une possibilité d'ascension pour les cadres de LR »

Entretien réalisé par Lisa Guillemin

dérive Pour Safia Dahani, docteure en science politique et spécialiste du RN, les transferts de responsables politiques de la droite vers l'extrême droite ont toujours existé. Mais ils ont pris une autre ampleur avec le ralliement d'Éric Ciotti, aux législatives.

Qui sont ces transfuges LR arrivés au RN ? Que faisaient-ils dans leur parti d'origine ? Les motivations de ces transfuges sont-elles aussi d'ordre idéologique ? Après les polémiques liées aux profils des candidats RN aux législatives, venir de la droite traditionnelle peut-il offrir au parti de Marine Le Pen un semblant de respectabilité ? L'arrivée de ces figures pourrait-elle ouvrir la voie à une nouvelle vague de recrutements ? Pendant les législatives, certains cadres du RN ont tempéré, voire contredit le discours pseudo-social construit par leur parti. Cela permet-il d'attirer des LR ?

Il est la grosse prise du Rassemblement natio- nal (RN). Éric Ciotti, président des « Républicains » (LR), n'est pas le premier à avoir rejoint l'extrême droite. Mais ce transfert pourrait en augurer d'autres, d'après Safia Dahani, docteure en science politique à Sciences-Po Toulouse. Ces transferts étaient jusqu'alors limités aux cadres relativement anonymes, mais les dernières législatives ont changé la donne. Elles témoignent des convergences idéologiques entre les deux camps. Mais pas seulement...

Qui sont ces transfuges LR arrivés au RN ? Que faisaient-ils dans leur parti d'origine ?

Depuis les années 2010, et avant le ralliement d'Éric Ciotti et de Guilhem Carayon (président des Jeunes LR - NDLR), les transfuges étaient des déclassés de l'UMP. Des personnes qui n'étaient pas dans les espaces dominants du parti. En arrivant au RN, ils ont opéré une ascension rapide qu'ils n'auraient pas forcément pu connaître en restant à droite. Quand Sébastien Chenu, conseiller ministériel, entre au RN, il est nommé secrétaire départemental du Nord. Très vite, il est élu conseiller régional, puis député. Julien Odoul, simple attaché parlementaire, est parachuté dans l'Yonne, un territoire avec de bonnes dynamiques. À une autre échelle, on trouve aussi des personnes qui n'occupaient pas forcément de poste à l'UMP, et qui vont trouver au RN un marché des postes. Ce sont souvent des jeunes à peine sortis d'études qui deviennent collaborateurs d'élus.

Les motivations de ces transfuges sont-elles aussi d'ordre idéologique ?

L'idéologie et la promotion individuelle ne doivent surtout pas être décorrélées pour comprendre ces popula- tions spécifiques. Mais ces professionnels de la politique ne sont pas de simples électeurs. Ils veulent vivre de et pour leurs activités politiques. Dans leurs récits, on observe une prise de conscience que les idées du RN leur sont plus adaptées mais cela s'intègre dans une trajectoire personnelle souvent reconstruite a posteriori. La radicalisation de la droite ne date pas vraiment d'hier. Il suffit de voir les campagnes présidentielles de Nicolas Sarkozy et son quinquennat : il a mis certains sujets à l'agenda dans l'espoir de récupérer les électeurs de l'extrême droite.

Après les polémiques liées aux profils des candidats RN aux législatives, venir de la droite traditionnelle peut-il offrir au parti de Marine Le Pen un semblant de respectabilité ?

Cette fois, pour les législatives, il ne s'agissait pas d'inconnus qui voulaient monter plus vite mais de têtes d'affiche des LR. Elles ont décidé de s'allier publiquement avec l'extrême droite. De fait, il y a comme un transfert de légitimité sur lequel compte le RN pour se respectabiliser.

L'arrivée de ces figures pourrait-elle ouvrir la voie à une nouvelle vague de recrutements ?

Il y en a toujours eu depuis les années 1980 et 1990. Avec des personnalités qui venaient alors du RPR, et qui ont participé à restructurer l'organisation du FN. Dans les milieux étudiants aussi, il y avait déjà, dans les années 2000-2006, une circulation entre des partis ou groupuscules de droite et d'extrême droite. Ces transferts sont assez ordinaires chez les militants. Mais on peut faire l'hypothèse que le ralliement de dirigeants peut inciter certains à opérer le même raisonnement qu'un Guilhem Carayon. Cela dépendra de nombreux paramètres. Le parti LR perd certes beaucoup de députés, mais reste relativement puissant localement, par rapport au RN. Il faudra donc voir ce qui se passera en 2026 pour les élections municipales.

Pendant les législatives, certains cadres du RN ont tempéré, voire contredit le discours pseudo-social construit par leur parti. Cela permet-il d'attirer des LR ?

Je pense que c'est vraiment une idée reçue. Quand on interroge les dirigeants, les militants, il n'y a jamais eu cette idée de remettre en cause la distribution des richesses. Il y a toujours eu des tentatives de se rapprocher du patronat, que ce soit les TPE-PME ou les grandes entreprises. Le social, selon le RN, c'est l'idée de défendre les Français d'abord, en luttant contre l'immigration qui serait la cause de la baisse de leur pouvoir d'achat, du chômage... Et puis, ces derniers temps, il y a surtout eu des effets d'annonce, comme la proposition d'abrogation de la réforme des retraites sur laquelle Jordan Bardella est d'ailleurs revenu durant l'entre-deux-tours.

Le Monde
International, mercredi 4 septembre 2024 1004 mots, p. 7

L’industrie indienne du cinéma rattrapée par la vague #metoo

Un rapport sur les dérives de Mollywood, remis en 2019 au gouvernement de l’Etat du Kerala, a été publié avec cinq ans de retard

Sophie Landrin

New Delhi - correspondante - L’Inde est rattrapée par une nouvelle vague #metoo dans le cinéma. Elle touche, cette fois, l’industrie cinématographique du Kerala, surnommée Mollywood, qui produit près de deux cents films par an, en langue malayalam. Son concurrent Bollywood, basé à Bombay, avait été secouéen 2018 par un premier scandale.

Le 19 août, un rapport explosif, qui révèle une pratique généralisée de harcèlement et d’agressions sexuelles, a été rendu public. Il émane de la commission Hema du nom du juge qui la préside, créée en 2017 sous la pression d’un groupe d’actrices par le gouvernement communiste local à la suite de l’enlèvement et de l’agression sexuelle par plusieurs hommes d’une star, Karthika Menon.

Fait rare, la victime avait porté plainte et les enquêteurs avaient découvert que l’acteur et producteur Gopalakrishnan Padmanabhan, une superstar aux 130 films, était l’instigateur de cet enlèvement, une « opération punitive » s’apparentant à une vengeance personnelle. Il a été inculpé en 2017, arrêté puis libéré sous caution après quatre-vingt-cinq jours de prison. L’affaire est toujours pendante.

Pendant deux ans, la commission Hema a mené des entretiens confidentiels avec tous les intervenants, acteurs, actrices, mais aussi toutes les petites mains, des costumiers aux maquilleuses. Elle a remis ses conclusions en décembre 2019 au gouvernement du Kerala, mais ce dernier a mis l’épais document de 290 pages sous le tapis. Il vient seulement d’être publié, avec cinq ans de retard, sur ordre de la commission d’information de l’Etat, le 6 juillet. Le recours d’un acteur a encore retardé sa publication, mais la Haute Cour du Kerala l’a rejeté.

« Mafia d’hommes puissants »

Le rapport, expurgé d’une soixantaine de pages pour masquer l’identité des témoins et des accusés, est édifiant concernant cette industrie, décrite sous l’emprise et le contrôle d’une « mafia d’hommes puissants », un groupe d’une quinzaine de personnes, et au sein de laquelle « le harcèlement sexuel à l’encontre des femmes est endémique ».

Les victimes témoignent d’un chantage à l’emploi, de la part des acteurs, des producteurs, des réalisateurs, obligeant les actrices, en particulier les débutantes, à accepter des « compromis » ou des « ajustements », c’est-à-dire des rapports sexuels contre des rôles ou une progression dans leur carrière. « Les hommes de l’industrie exigent ouvertement des relations sexuelles sans aucun scrupule, comme s’il s’agissait d’un droit acquis », écrivent les auteurs.

La commission relève des conditions de travail dangereuses sur les tournages, avec l’absence d’installations de base, comme des toilettes ou des vestiaires, obligeant les femmes à se soulager dans des endroits isolés, ou à s’empêcher de boire de l’eau, les caravanes étant réservées aux actrices principales. Les tournages en extérieur sont particulièrement propices à des agressions. Une actrice a raconté qu’un réalisateur en état d’ébriété tambourinait la nuit si violemment à la porte de sa chambre d’hôtel qu’elle craignait que celle-ci ne cède. Le seul moyen de se protéger, pour les protagonistes, consiste à se faire accompagner sur les plateaux par un parent ou un proche.

Des années durant, les victimes ont subi ces violences sans oser porter plainte, craignant pour leur réputation, leur sécurité et celle de leur famille. Le rapport Hema évoque une « culture du silence », entretenue par « une psychose de la peur » alimentée par les puissants de cette industrie que personne n’ose défier. « Les femmes,expliquent les auteurs, ont peur d’en parler, car elles craignent les conséquences qu’elles pourraient avoir à subir. Elles ont peur d’être bannies du cinéma et de subir d’autres harcèlements. »L’Inde vit encore dans la tyrannie d’une culture patriarcale.

La journaliste et critique Anna Vetticad, autrice de The Adventures of an Intrepid Film Critic (« les aventures d’un intrépide critique cinématographique », OM Books International, 2012, non traduit), assure que « les comportements dans l’industrie cinématographique malayalam ont commencé à changer bien avant la publication de ce rapport grâce au courage de la survivante de l’agression de 2017 et à la formation du Collectif des femmes au cinéma. Mais le démantèlement des structures de pouvoir patriarcales est un exercice de longue haleine ».Le rapport Hema a néanmoins eu l’effet d’une déflagration. L’Association des artistes du cinéma malayalam, organisation-clé au cœur du scandale, présidée par l’acteur Mohanlal Viswanathan, a été dissoute fin août. Les témoignages des victimes affluent. Dix-sept plaintes ont été déposées contre des acteurs de premier plan comme Mukesh Madhavan (« Mukesh »), également député régional, ou le cinéaste Ranjith Balakrishnan. Après avoir tergiversé, le gouvernement du Kerala a mis en place, le 25 août, une équipe d’investigations composée de sept membres, dont plusieurs femmes officiers, pour mener une enquête préliminaire sur les violences dénoncées.

Accusés réhabilités

La commission Hema avait préconisé de créer un tribunal indépendant chargé de traiter les cas de harcèlement et d’exploitation au sein de l’industrie cinématographique du sud de l’Inde. La précédente vague #metoo de 2018 à Bollywood a montré ses limites. Les révélations sur les agressions commises par des producteurs, réalisateurs, acteurs et célébrités n’ont été suivies d’aucune condamnation. Les accusés ont finalement été réhabilités.

La célèbre actrice Kutty Padmini a révélé que les violences concernaient aussi le cinéma tamoul. Victime sur un tournage alors qu’elle n’avait que 10 ans, elle affirme que rien ne changera tant qu’une loi ne sera pas adoptée pour prévenir et punir ces pratiques : « La situation est si mauvaise que je n’ai pas laissé mes trois filles s’approcher de l’industrie cinématographique tamoule. »

Ces révélations interviennent alors que le pays est déchiré par le viol et le meurtre d’une médecin dans un hôpital public de Calcutta, qui souligne l’extrême insécurité des femmes indiennes.

Le Figaro, no. 24892
Le Figaro, mercredi 4 septembre 2024 967 mots, p. 3

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3 septembre 2024 - Le Figaro (site web)

Matignon : l'indécision d'Emmanuel Macron exaspère la classe politique

Au cinquantième jour sans gouvernement de plein exercice, le chef de l'État entame ce mercredi un quatrième tour de consultations avec les forces politiques.

Gentilhomme, Célestine, Galiero, Emmanuel, Flurin, Richard

Le quatrième tour de manège pourrait bien donner le vertige aux oppositions. Toujours en quête d'un successeur à Gabriel Attal, Emmanuel Macron a repris ce mardi les discussions, par téléphone cette fois, avec les forces politiques. Dans les différents partis, l'on commence à s'agacer alors que ce mercredi marque le cinquantième jour aux responsabilités d'un gouvernement démissionnaire. Un cycle presque interminable, tant la chorégraphie se répète depuis le 23 août, date du premier round des consultations présidentielles. Le chef de l'État avait déjà reçu les patrons de partis et des groupes parlementaires, avant de sonder les représentants d'élus locaux. En vain. «Ça tourne au ridicule... Il veut jouer le maître des horloges, mais, la vérité, c'est que l'horloge est déréglée» , souffle un parlementaire de gauche.

Résultat, le grand ballet des concertations politiques a fini par lasser beaucoup de monde. Contactés par l'entourage du chef de l'État pour un «échange de quinze minutes», les Insoumis Mathilde Panot et Manuel Bompard ont déjà fait savoir qu'ils ne se plieraient pas à l'exercice. «Nous dénonçons ces improvisations», ont-ils sèchement répliqué sur X, une semaine après que la candidate du Nouveau Front populaire (NFP), Lucie Castets, a été écartée de la course à Matignon. Même au sein du petit groupe Liot, plutôt modéré, on juge aussi que le feuilleton s'éternise : «L'attente a assez duré (...), il y a urgence à changer de méthode et de cap», ont prévenu les élus ce mardi dans un communiqué.

Plus d'un mois et demi après la défaite de son camp aux élections législatives, un centriste tourne en rond : «Quand on pense en voir le bout, le tunnel se rallonge.» D'une heure à l'autre, les rumeurs enflent, puis se dégonflent. Celle de Xavier Bertrand, convié la veille à l'Élysée, s'est encore propagée mardi matin, avant de s'essouffler après la menace d'une motion de censure agitée par le Rassemblement national. Signe pour certains que le chef de l'État laisse fuiter des noms pour observer les réactions qu'ils suscitent, comme autant de ballons d'essai. «Macron donne surtout le sentiment qu'il ne trouve personne! », peste l'Insoumis Damien Maudet.

D'autres ne sont pas loin de penser qu'au bout du compte, quel que soit le premier ministre choisi, ils auront été largement «instrumentalisés» lors d'une séquence infernale pour cultiver l'image d'un président soucieux de démocratie, se plaçant en chef d'orchestre au-dessus de la mêlée pour faire vivre la réflexion collective... «Foutaises! On a plutôt l'impression que tout est écrit d'avance dans sa tête» , s'agace un élu de droite. Chez Les Républicains, plusieurs retiennent surtout une forme de constance chez Emmanuel Macron depuis 2017 dans sa propension à vouloir, méthodiquement, déstabiliser la droite. Y compris en alimentant la piste Xavier Bertrand, alors que Laurent Wauquiez rejette toujours toute participation au gouvernement. «Il fera la même chose avec la gauche » , grince un député du parti.

Un pressentiment qui s'est confirmé en début de semaine, lorsque la roue semblait s'être arrêtée sur Bernard Cazeneuve. Les socialistes ne savent sur quel pied danser avec l'éphémère premier ministre de François Hollande, qui a quitté le parti de la rose il y a deux ans. «La seule obsession d'Emmanuel Macron est d'essayer de fracturer le Nouveau Front populaire pour pouvoir converser le pouvoir», a dénoncé dimanche le patron de La France insoumise, Manuel Bompard, sur le plateau de BFMTV.

L'ancien ministre de l'Intérieur a lui aussi connu les montagnes russes, voyant Matignon se rapprocher, puis s'éloigner. Mais Bernard Cazeneuve connaît le goût du chef de l'État pour les intrigues. Les jeux semblent presque faits lorsque les deux hommes se rencontrent officiellement lundi matin à l'Élysée. En coulisses, certains de ses fidèles imaginent déjà le casting de son gouvernement. Quand Emmanuel Macron se fend d'une bise amicale à l'ancien socialiste qu'il raccompagne jusqu'au vestibule, une autre piste fait pourtant les gros titres. Celle de Thierry Beaudet, président du Conseil économique, social et environnemental (Cese), inconnu du grand public et pressenti pour décrocher Matignon.

Si le nom de cet ancien instituteur occupe rapidement les chaînes de télévision, nombreux n'y voient qu'un énième stratagème du président. Une quille supplémentaire pour contraindre ses interlocuteurs à faire un pas vers lui. «C'est quand même très, très bizarre ce nom qu'il sort du chapeau comme ça, c'est à n'y rien comprendre», s'étonne-t-on dans l'entourage de Bernard Cazeneuve. Quand d'autres à gauche avancent la «peur»du président de perdre la main en nommant un profil trop politique. «Si Emmanuel Macron avait pu se nommer lui-même et cohabiter avec lui, il l'aurait fait», a encore raillé ce mardi Mathilde Panot lors d'une conférence de presse. «Le principe d'une démocratie, c'est que si vous convoquez des élections, vous vous exposez au risque de devoir changer de politique. Le chef de l'État doit le comprendre», professe de son côté Nicolas Mayer-Rossignol, numéro deux du Parti socialiste, partisan assumé d'une promotion de Bernard Cazeneuve.

Pour beaucoup, l'attitude d'Emmanuel Macron n'a fait que consommer son divorce avec les oppositions, qui se sentaient déjà peu considérées par l'Élysée. D'autant plus s'il choisit finalement un chef de gouvernement technique, comme le réclament les troupes de Marine Le Pen. «Ça va laisser des traces dans notre démocratie. C'est une catastrophe ce qu'il est en train de faire», alerte Damien Maudet. Signe de la rupture de dialogue, les Insoumis ont déjà déposé ce mardi leur longue et complexe procédure de destitution, qui n'a presque aucune chance d'aboutir. Reste que ces semaines d'hésitations et de divisions ne faciliteront pas la tâche du futur premier ministre, qui sera contraint de bâtir des compromis dans un Hémicycle éclaté. C.G. ET E.G. ET R.F.

Le Figaro, no. 24892
Le Figaro, mercredi 4 septembre 2024 1481 mots, p. 3

Politique

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3 septembre 2024 - Le Figaro (site web)

Xavier Bertrand contre Bernard Cazeneuve : le chef de l'État met en scène une laborieuse « finale »

Flurin, Richard, Galiero, Emmanuel, Hausalter, Louis, Quinault-Maupoil, Tristan

Seuls les cultes n'ont pas été consultés!», s'esclaffe un familier de l'Élysée. Dans le camp présidentiel et au-delà, l'interminable litanie des entretiens et des coups de fil à l'initiative d'Emmanuel Macron devient un gag. «Donnez-nous n'importe quel premier ministre mais sortez-nous de là!», plaisante à moitié une ministre démissionnaire. Ce mercredi, cela fait cinquante jours que le chef de l'État a accepté la démission de Gabriel Attal et son gouvernement. Et douze jours qu'il a entamé des consultations des différents camps politiques pour tenter de trouver un premier ministre. Sans issue pour l'instant.

«On arrive au terme», assure un proche d'Emmanuel Macron, qui aurait «acquis la conviction que la solution serait un profil politique», selon la même source. Exit donc le nom de Thierry Beaudet, le président du Conseil économique, social et environnemental (Cese), rapidement testé et écarté. Signe d'un processus qui tourne désormais en boucle, Les Républicains ont appris lundi soir le retour de l'hypothèse Xavier Bertrand, après la rencontre entre le président du Sénat, Gérard Larcher, et le chef de l'État. Macron, Larcher, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau ont tenu dès mardi matin une conférence téléphonique pour en discuter. Disposée à afficher une attitude plutôt «constructive» , la droite avait néanmoins jugé important de poser ses conditions.

Lors d'un débrief organisé avec les députés de son groupe en fin de matinée mardi, Laurent Wauquiez a reconnu qu'il ne s'attendait pas à cette proposition, tout en précisant que Xavier Bertrand ne l'avait pas contacté et qu'il n'avait pas davantage appelé Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat. «Tout le monde s'est retrouvé sur la ligne de Laurent Wauquiez. Il nous a dit qu'un gouvernement de droite était préférable à un gouvernement de gauche, condition de pouvoir mener une politique de droite, mais il nous a dit aussi que Macron refusait de parler de notre pacte législatif», raconte un participant. En réalité, les LR ont posé deux conditions à «l'option XB» : que sa nomination ne provoque pas de censure immédiate et qu'il soit possible de prendre en compte le fond de leur «pacte législatif». Si le président des Hauts-de-France parvenait à décrocher Matignon, le député Antoine Vermorel a réclamé l'unité derrière Xavier Bertrand.

Côté Sénat, le groupe LR s'est également retrouvé en visioconférence dès le début d'après-midi. Un certain consensus s'est dégagé pour admettre que la nomination d'un premier ministre de droite pouvait obliger LR à une forme de participation. Un verrou psychologique aurait-il alors sauté à droite ? «Pas vraiment, car participer à un gouvernement LR n'est pas la même chose que s'allier avec un gouvernement Attal», répond-on.

Mais à peine la piste Bertrand réactivée, un violent tir de barrage est venu de Marine Le Pen, qui a aussitôt fait savoir que son groupe à l'Assemblée voterait «immédiatement» en faveur d'une motion de censure, «qu'importe sa politique». Alors que le président de la région Hauts-de-France est un farouche adversaire de Marine Le Pen, électoralement implantée dans le Pas-de-Calais, l'entourage de cette dernière pointe «le comportement odieux du personnage envers le RN depuis des années» et estime que sa nomination serait «une insulte aux 11millions d'électeurs du RN». Arithmétiquement, l'addition des voix de l'ensemble des députés du RN et de la gauche suffirait à faire chuter un gouvernement. Sans cesse, Emmanuel Macron bute donc sur le résultat de ces législatives qu'il a lui-même provoquées, et la fragmentation inédite de l'Assemblée. Une sénatrice LR résume la situation en termes fleuris : «Xavier Bertrand ou un autre, la situation est indémerdable. Il faudrait qu'il ait évidemment les moyens d'appliquer notre pacte mais personne ne peut compter sur une majorité dans la situation actuelle.»

Dans la journée de mardi, le scepticisme a gagné progressivement la droite concernant les intentions réelles d'Emmanuel Macron. Un parlementaire assure que plusieurs de ses collègues pensent que président de la République aura simplement créé les conditions pour écarter la «carte droite Bertrand» après avoir démonétisé celle de «la gauche Cazeneuve». Tout cela pour mieux installer, à la fin, une candidature du centre. Lassé, un élu fustige la méthode et accuse Macron d'avoir fait cela «uniquement pour nommer quelqu'un de technique et pour garder le pouvoir. Depuis dix jours, on voit bien qu'il ne veut rien lâcher et qu'il veut simplement donner l'impression d'avoir tout essayé.» Certains LR pensent qu'en optant pour un profil technique, le président de la République voudra garder la main sur le pouvoir sans prendre le risque d'un détricotage de la réforme des retraites, une obsession pour lui. «Il est vrai que le poids politique d'un Bertrand, comme d'ailleurs celui d'un Cazeneuve, serait plus problématique pour lui», glisse-t-on à droite.

S'ils ont accepté d'entrer dans le petit jeu présidentiel, les deux intéressés prennent le soin de fermer les écoutilles. «Regardez comme je suis zen», fanfaronnait mardi Xavier Bertrand au micro de BFMTV, alors qu'il visitait la foire de Châlons-en-Champagne, sans dire un mot de Matignon. Bernard Cazeneuve s'est, lui aussi, muré dans le silence depuis son entretien à l'Élysée lundi, et se contente d'observer de loin les petites et grandes manoeuvres. Son entourage, serein, donne peu de crédit à la piste Thierry Beaudet, le président du Cese dont Emmanuel Macron a volontairement fait circuler le nom, tout comme à l'option Xavier Bertrand. Lorsque le nom de l'homme de droite s'est retrouvé sur les bandeaux des chaînes d'info mardi matin, on expliquait chez Cazeneuve qu'il s'agissait vraisemblablement de «purger la dernière option», convaincus que Bertrand recueillerait une majorité de voix contre lui à l'Assemblée. «Tout le monde sait que ça ne passe pas», défend un proche de l'ancien maire de Cherbourg. «L'option technique a été écartée. Je ne crois pas au quatrième homme. Il ne va donc plus rester qu'une seule option», déduisait cette source, qui se voulait tout de même prudente : «On ne sait jamais.»

Loin de l'apparente quiétude de Bernard Cazeneuve, son ancienne famille politique, le Parti socialiste, continue de se diviser férocement sur l'attitude à adopter. Les opposants internes à Olivier Faure lui ont intimé d'annoncer «clairement qu'il ne censurera pas un gouvernement de cohabitation mené par Bernard Cazeneuve, premier ministre, partant du programme du Nouveau Front populaire». Le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, figure de l'aile « droite » du PS, veut croire qu'un tel message serait de nature à convaincre Emmanuel Macron de nommer l'ancien socialiste, «homme de gauche» revendiqué. Mais l'attitude des 66 députés socialistes reste assez imprévisible. «Nous sommes devant des responsables de parti qui veulent tous être président, mais qui ne veulent pas gouverner», peste le patron des sénateurs macronistes, François Patriat.

«Cazeneuve a beaucoup plus de chances que Bertrand», soupesait un cadre macroniste mardi soir, en jugeant tout de même plus probable «un profil technique». De son côté, le Rassemblement national, qui compte censurer tout premier ministre porteur d'une politique de gauche, a justement mis l'option suivante sur la table : «un gouvernement technique, qui expédierait les affaires courantes» et aurait pour mandat «de mettre en place la proportionnelle aux législatives» avant une nouvelle dissolution, qui ne sera possible qu'à partir de l'été prochain. Emmanuel Macron comptait s'entretenir mardi soir avec Marine Le Pen, au cours d'un énième cycle de consultations des partis et groupes parlementaires. Il a notamment discuté avec les responsables socialistes Olivier Faure et Boris Vallaud, tandis que La France insoumise a refusé tout nouvel échange qui porterait sur un autre sujet que la nomination de Lucie Castets, la candidate du NFP pour Matignon.

En attendant, le temps est suspendu à Matignon où Gabriel Attal prépare sa sortie. «Nous sommes prêts à partir depuis le jour où le président a accepté sa démission. Les cartons sont faits mais les ordinateurs sont encore allumés», explique-t-on au cabinet du premier ministre démissionnaire. Même s'il a gardé un oeil sur la rentrée scolaire et le naufrage tragique de migrants dans la Manche, mardi, le rythme est moins soutenu. Avant la passation de pouvoirs, faisant fi de sa «frustration», il finalise un document pour dresser le bilan de son action et contrecarrer le récit d'un semestre inutile à la tête du gouvernement.

Gabriel Attal échange aussi ponctuellement avec le chef de l'État, avec sa nouvelle casquette de patron des députés macronistes. Lundi, après l'avoir rencontré, pensant imminente la désignation de son successeur, il a réuni quelques proches à la hâte en fin de journée dans le jardin de l'hôtel particulier. Pas question de quitter les lieux sans y planter son arbre, conformément à la tradition. Tant pis si son érable cannelle, réputé pour sa croissance lente, fut mis en terre sans caméras pour immortaliser l'instant. Quelques ministres dont il est devenu proche ont été conviés : Franck Riester, Catherine Vautrin, Amélie Oudéa-Castéra et Prisca Thevenot. Une cérémonie d'adieu est aussi un moyen d'occuper le temps. R.F. ET E.G. ET L.H. ET T.Q.-M.

Le Figaro, no. 24891
Le Figaro, mardi 3 septembre 2024 793 mots, p. 4

Politique

Belloubet, Darmanin, Lecornu... Ces ministres qui espèrent rester au gouvernement

Condamnés à l'attente depuis un mois et demi, certains membres du gouvernement se verraient bien retrouver leur ministère, ou même un autre portefeuille.

Gentilhomme, Célestine

Un mois et demi que les cartons sont prêts, mais, après tout, ils se verraient bien les défaire. Poussés vers la sortie au début de l'été, certains ministres démissionnaires caressent désormais l'espoir de conserver leur poste. Le scénario privilégié d'un gouvernement élargi, comprenant des personnalités de divers horizons, a redonné une bouffée d'oxygène à ceux qui se pensaient jusque-là condamnés. «On a besoin de la meilleure équipe politique possible, et il y a des gens de grands talents dans l'actuel gouvernement» , plaide le député macroniste Mathieu Lefèvre.

À l'Éducation nationale depuis sept petits mois, Nicole Belloubet a en tout cas déjà avancé ses pions : «On n'est jamais candidat à un poste ministériel. Mais, si vous me demandez si j'ai envie de continuer, la réponse est oui», a-t-elle assumé mardi dernier lors de sa conférence de presse de rentrée. Même ceux de ses collègues qui se montraient sur le départ semblent depuis avoir changé d'avis. Au lendemain des Jeux olympiques, Gérald Darmanin laissait entendre dans un entretien au Figaro qu'il quitterait la Place Beauvau après la démission de Gabriel Attal. Il y a quelques jours, le ministre de l'Intérieur distribuait à toutes fins utiles quelques conseils à son successeur, qui n'a pas encore été désigné.

Mais, après avoir échoué à prendre la tête du groupe parlementaire, le député du Nord pourrait lorgner un nouveau portefeuille ministériel. Une manière de rester au centre du jeu, alors qu'il ne candidatera pas non plus à la présidence du parti. Certains l'imaginent déjà briguer le ministère de l'Économie pour déployer son discours social, susceptible de créer des ponts avec les bancs de la gauche. D'autant que, après sept années passées à Bercy, Bruno Le Maire aimerait rendre les clés au plus vite.

Même si, par le passé, l'on a parfois prêté au Nordiste l'envie de rejoindre le Quai d'Orsay pour façonner sa stature de présidentiable. Mais Stéphane Séjourné risque lui aussi de s'accrocher à son fauteuil, alors qu'il ne devrait pas candidater à sa succession à la tête de Renaissance. Surtout que le ministère des Affaires étrangères est selon la coutume le « domaine réservé » du chef de l'État. Un poste stratégique, où le président pourrait imposer un de ses proches sans s'attirer les foudres des oppositions.

Tout comme aux Armées, dont le ministre démissionnaire, Sébastien Lecornu, n'exclut pas non plus de prolonger son bail. Au soir du 14 juillet, le député de l'Eure laissait en effet planer le doute sur son avenir : « Le président a par le passé pu avoir un droit de regard particulier sur ce ministère...» ,confiait-il auprès du Figaro.

À la Justice depuis plus de quatre ans, Éric Dupond-Moretti n'a quant à lui jamais caché sa déception de quitter la Place Vendôme. Certains estiment que son profil, issu de la société civile, pourrait lui permettre de rebondir dans un nouveau gouvernement. Candidate surprise à Matignon, Ségolène Royal l'a même cité dans son éventuelle équipe d' «union républicaine»...

Mais ces ambitions à peine voilées irritent jusqu'au sein de la macronie. Dans un entretien au Figaro, Agnès Pannier-Runacher juge même qu'il serait «très dangereux»de «donner l'impression» que son camp s'accroche au pouvoir. «Le vote des Français implique un changement de casting gouvernemental. Le premier ministre, comme beaucoup de ministres, ne peut pas être issus de nos rangs», tranche la ministre déléguée, devenue députée à la faveur de la dissolution.

Il faut dire que le Nouveau Front populaire (NFP) ne compte pas non plus faire de cadeaux au bloc central, après que leur candidate, Lucie Castets, a été écartée de la course à Matignon. « Je trouve indécent que certains ministres démissionnaires imaginent pouvoir rester après avoir été désavoués par le peuple de la sorte», s'agace un baron socialiste. Un de ses collègues prévient : « Même l'aile droite du Parti socialiste, qui appelle à reprendre les discussions sur la désignation du futur premier ministre et se déclare favorable à l'hypothèse Cazeneuve, refusera en bloc la présence de ministres macronistes.»

Comprendre : la reconduction de poids lourds macronistes déclencherait automatiquement le vote d'une motion de censure à gauche. Certains stratèges plaident donc pour écarter les profils trop identifiés au macronisme, qui pourraient braquer les oppositions. «Il y a un besoin de renouvellement qui est fort, incontestablement, reconnaît un député du bloc central. Il est quand même nécessaire d'arriver devant le Parlement avec une certaine forme de virginité.» C.G.

Le Monde
International, mardi 3 septembre 2024 1471 mots, p. 4

Allemagne : l’extrême droite en tête en Thuringe

A un an des législatives, la coalition au pouvoir à Berlin recule dans deux régions au profit de partis prorusses

Thomas Wieder

Berlin - correspondant - Sans surprise, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) est le grand vainqueur des élections régionales qui se sont tenues, dimanche 1er septembre, en Thuringe et en Saxe, dans l’est du pays. Sans surprise non plus, les trois partis de la coalition d’Olaf Scholz ont été sévèrement sanctionnés. Sans surprise, enfin, les chrétiens-démocrates (CDU) ont plutôt bien résisté, ce qui, à un an des élections législatives du 28 septembre 2025, est un sérieux coup dur pour le chancelier social-démocrate (SPD), qui compte briguer un deuxième mandat.

Avec 32,8 % des voix, selon les résultats quasi définitifs publiés dans la nuit de dimanche à lundi, l’AfD arrive en tête en Thuringe, où il progresse de 9,4 points par rapport à 2019. En Saxe, il recueille 30,6 % des suffrages, soit seulement 1,3 point de moins que la CDU (31,9 %). Aux dernières élections, l’ordre d’arrivée était le même, mais l’écart s’est resserré : dans cette région aussi, la dynamique est du côté de l’AfD qui, en cinq ans, a gagné 3,1 points, alors que la CDU en a perdu 0,2.

Tractations compliquées

Les grands perdants de ces élections – marquées par une participation de près de 75 %, en hausse de 8 points par rapport à celles de 2019 – sont les partis de la coalition « feu tricolore » au pouvoir à Berlin depuis 2021. Ils ne partaient pourtant pas de haut. Si le SPD de M. Scholz limite la casse en Saxe (7,3 %, − 0,4), il recule en revanche de 2,2 points en Thuringe, où il atterrit à seulement 6,1 %. Avec 5,1 % des voix en Saxe (− 3,5), les Verts se maintiendraient tout juste au-dessus de la barre des 5 % nécessaires pour être représentés au Parlement régional ; en revanche, ils ne compteront plus aucun député en Thuringe, où ils ne recueillent que 3,2 % (− 2). Quant au Parti libéral-démocrate (FDP), sa débâcle est encore plus cuisante : déjà absent du Parlement de Saxe depuis 2014, il est cette fois évincé de celui de Thuringe, où il obtient à peine 1 % des voix, un score divisé par quatre en cinq ans.

Si l’AfD est le grand gagnant de ces deux scrutins régionaux, un autre parti a de quoi se féliciter des résultats de dimanche : l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW). Fondée en janvier par cette ancienne dirigeante du parti de gauche Die Linke, par ailleurs députée du Bundestag, cette formation, qui défend un programme très généreux sur le plan social, mais résolument conservateur sur les questions sociétales, recueille 11,8 % des voix en Saxe et 15,8 % en Thuringe.

La principale victime collatérale de cette percée fulgurante est Die Linke. Lointain héritier du SED, qui dirigea la République démocratique allemande (RDA) de 1949 à 1989, ce parti en crise profonde s’effondre littéralement. En Saxe, ses 4,5 % (− 5,9) ne lui permettent pas de rester représenté au Parlement régional de Dresde. En Thuringe, le seul des seize Länder du pays dont il tenait l’exécutif, Die Linke dégringole à 13,1 %, soit 18 points de moins qu’en 2019, et ce malgré la popularité du ministre-président sortant, Bodo Ramelow, dont le pragmatisme était apprécié, même par ses adversaires.

Malgré ses scores sans précédent, l’AfD ne devrait pas être en mesure de diriger la Saxe et la Thuringe, ni de participer à leurs prochains gouvernements, tous les autres partis s’étant engagés à ne pas former de coalition avec le parti d’extrême droite. « Dans des circonstances normales, c’est en tout cas l’usage dans ce pays, le parti arrivé en tête lance des consultations pour bâtir un gouvernement. Or ce parti, en Thuringe, est l’AfD », s’est indignée sa coprésidente, Alice Weidel, dimanche soir, avant de prévenir : « Dès lors que nous représentons plus de 30 % des électeurs, aucun gouvernement stable n’est possible sans nous. »

De fait, les prochaines semaines s’annoncent compliquées en termes de tractations. Dans les deux régions, la CDU est en effet la seule force – hors AfD – qui peut prétendre former une coalition. Que ce soit en Saxe, où ils dirigent sans discontinuer depuis la réunification de 1990, ou en Thuringe, où ils sont dans l’opposition depuis 2014, les chrétiens-démocrates pourront difficilement se passer du nouveau parti de Mme Wagenknecht. Or celle-ci a affirmé que ses troupes ne participeraient qu’à des gouvernements favorables à l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine et opposés au stationnement en Allemagne de missiles américains de longue portée, annoncé en juillet au sommet de l’OTAN. Pour la CDU qui, au niveau fédéral, ne manque jamais une occasion de reprocher à M. Scholz son soutien trop timide à l’Ukraine, de telles exigences risquent d’être difficiles à accepter.

Bien que prévisibles, ces résultats n’en constituent pas moins un coup de tonnerre pour le pays tout entier. Au début de l’année, plus de 4 millions d’Allemands, notamment à l’Est, étaient descendus dans la rue pour manifester après que le site d’investigation Correctiv avait révélé que plusieurs dirigeants de l’AfD avaient participé à une réunion secrète, en présence de néonazis, sur un projet de « remigration » de millions d’immigrés et d’Allemands d’origine étrangère en Afrique du Nord.

En mai, puis en juillet, Björn Höcke, chef de l’AfD en Thuringe et leader de l’aile radicale du parti, fut condamné à deux reprises par la justice pour avoir proféré en public les mots « Alles für Deutschland » (« Tout pour l’Allemagne »), le slogan des SA hitlériennes. Beaucoup espéraient que de telles outrances ralentiraient la progression du parti d’extrême droite, par ailleurs « mis sous surveillance » par l’Office fédéral de protection de la Constitution, le service chargé du renseignement intérieur. Il n’en a rien été.

Politique migratoire plus ferme

En dépit de leurs différences, l’AfD et le nouveau parti de Mme Wagenknecht, qui à eux deux ont séduit près de la moitié des électeurs, dimanche, ont en commun de réclamer un arrêt du soutien à Kiev, un rapprochement avec Moscou, mais aussi une politique migratoire et sécuritaire beaucoup plus ferme. Deux jours avant le scrutin, M. Scholz a tenté de prendre les devants : sommé de réagir après l’attaque au couteau perpétrée le 23 août par un réfugié syrien à Solingen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), qui a fait trois morts et plusieurs blessés, le gouvernement a présenté une batterie de mesures durcissant fortement les conditions d’accueil des réfugiés et interdisant le port d’armes blanches dans l’espace public. Il a également fait expulser un groupe de vingt-huit Afghans vers leur pays, une première depuis l’arrivée au pouvoir des talibans en 2021.

Au vu des résultats de dimanche, ces décisions prises dans l’urgence par une coalition aux abois n’ont été d’aucun secours pour M. Scholz et ses alliés. A l’inverse, le président de la CDU, Friedrich Merz, élu à la tête du parti en 2022 en promettant de rompre avec la politique migratoire généreuse de l’ex-chancelière Angela Merkel, peut se sentir conforté. Même s’il a pour le moment échoué à « diviser par deux le score de l’AfD », comme il s’y était engagé, le fait que la CDU soit le seul des grands partis de gouvernement à être en mesure de diriger la Saxe et la Thuringe après le séisme de dimanche dégage un peu son horizon dans la perspective des législatives de septembre 2025.

Crédités de 31 % à 34 % des intentions de vote à l’échelle nationale, plus de 15 points devant le SPD de M. Scholz, les conservateurs attendent cependant les régionales du 22 septembre dans le Brandebourg pour se projeter pleinement vers la grande échéance de l’an prochain. Egalement situé en ex-RDA, ce Land qui encercle Berlin a toujours été tenu par les sociaux-démocrates depuis la réunification. Or la CDU pourrait y talonner le SPD. Si tel est le cas, cela handicaperait encore un peu plus M. Scholz. Pour l’heure, cependant, le chef du gouvernement allemand ne semble guère inquiet. « J’aime être chancelier. Mon objectif est que le SPD soit le plus haut possible et qu’il dirige la prochaine coalition », a-t-il déclaré au Spiegeldans un entretien paru à la veille des élections en Saxe et en Thuringe.

Au vu des sondages, une telle ambition n’est-elle pas « présomptueuse », lui a demandé l’hebdomadaire ? Réponse de M. Scholz : « Avant les dernières législatives, les conditions de départ n’étaient pas meilleures. Vous connaissez le résultat. Le paysage politique bouge beaucoup. Je suis persuadé que nous réussirons une fois de plus. »

L'Humanité
mardi 3 septembre 2024 994 mots, p. 6

« Macron veut une cohabitation avec lui-même »

Gaël De Santis

Matignon Le président de la République a poursuivi, lundi, ses consultations en vue de trouver un premier ministre autre que Lucie Castets. Il a plusieurs fers au feu. Des profils politiques, Xavier Bertrand et Bernard Cazeneuve, et un profil technique, Thierry Beaudet.

L e Nouveau Front populaire (NFP) tient un discours simple. C'est sa candidate, Lucie Castets, et elle seule qu'Emmanuel Macron, qui poursuivait lundi ses consultations, doit nommer à Matignon. Dans une adresse publiée dimanche, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, le président du groupe GDR à l'Assemblée nationale, André Chassaigne, et la présidente du groupe CRCE-K au Sénat, Cécile Cukierman, préviennent que  « si le président de la République s'entêtait à poursuivre sa politique d'austérité au nom de la "stabilité institutionnelle" , il provoquerait une crise démocratique grave », et l'appellent à « accepter de laisser respirer la démocratie en laissant l'opposition de gauche, sortie en tête du scrutin, gouverner la France ». Les dirigeants communistes ne nient pas les difficultés, notamment l'impossibilité d'appliquer l'entièreté du programme du NFP : « C'est notre état d'esprit lorsque nous proposons Lucie Castets pour conduire une nouvelle politique pour la France. Nous avons clairement affirmé au président de la République notre volonté d'ouverture, de dialogue, de compromis pour travailler à des majorités parlementaires capables de gouverner dans la durée. » Même son de cloche de la part du député de Picardie debout !, François Ruffin, dans la Somme, où il tenait une initiative politique, dimanche : « Les gens, ici à Flixecourt et dans le pays, demandent de pouvoir bien vivre de leur travail plutôt que de se rationner. Macron doit céder les manettes et nommer Lucie Castets. Nous ferons l'indexation des salaires et la fin de la retraite à 64 ans. »

Toutes les directions des partis de gauche sont sur cette ligne, unis derrière Lucie Castets pour un changement de politique, au moment où des hameçons sont lancés par la Macronie pour la contourner et l'empêcher de gouverner. Les insoumis mettent en garde contre la diversion présidentielle que représenterait une nomination au poste de premier ministre de l'ancien socialiste Bernard Cazeneuve, reçu lundi à l'Élysée. « Que ce soit lui, Xavier Bertrand ou un autre, il est fort capable de mener la politique de droite que veut mener Macron », attaque Éric Coquerel. Le président FI de la commission des Finances de l'Assemblée rappelle que, lors des dernières législatives, l'ancien premier ministre de François Hollande a tourné le dos au Nouveau Front populaire et adopté la ligne du « ni ni » : ni la France insoumise, ni le Rassemblement national. Du côté d'Olivier Faure, de nombreux socialistes se montrent également sceptiques quant à la capacité d'un Cazeneuve à infléchir la ligne de Macron.

Le NFP reste sur ses positions : le respect du vote des Français

Le président, chantre du dépassement du clivage gauche-droite en 2017 (pour en réalité faire disparaître la gauche), soigne évidemment son flanc droit. Il a reçu, lundi après-midi, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France et membre de LR, dont le nom circule également pour Matignon. « L'idée générale est de regarder si les hypothèses de Bernard Cazeneuve et Xavier Bertrand sont viables au regard du critère de stabilité », a assuré à l'AFP un proche du président. C'est en convoquant cet impératif que le président a écarté, la semaine dernière, l'hypothèse d'un gouvernement Castets, avant de reconnaître qu'il refusait de mettre la gauche en situation de gouverner pour des questions programmatiques. « Emmanuel Macron veut être en cohabitation avec lui-même », fustige ainsi l'insoumise Manon Aubry. Et le chef de l'État, qui veut garder la main sur la nomination de la plupart des ministres, cherche, à travers le long ballet des visites à l'Élysée, le profil qui permettrait à son camp de gouverner sans infléchir sa politique vers la gauche et sans que le Rassemblement national (RN) ne participe à voter une motion de censure. Le RN a d'ailleurs précisé qu'il ne s'opposerait pas forcément à une nomination de Bernard Cazeneuve.

Le chef de l'État a également reçu ses prédécesseurs à l'Élysée, François Hollande et Nicolas Sarkozy. Mais, sans garantie d'un soutien des socialistes à Bernard Cazeneuve ou d'un soutien de LR à Xavier Bertrand, Emmanuel Macron teste auprès de ses interlocuteurs un nouveau nom. Thierry Beaudet, président du Conseil économique, social et environnemental, a ainsi été reçu, vendredi, pour se voir proposer d'être premier ministre. Inconnu du grand public, cet ancien enseignant a dirigé la MGEN, la mutuelle enseignante et la Fédération de la mutualité française. Selon nos informations, il serait prêt à relever le gant, à plusieurs conditions qui n'ont pas été précisées.

Emmanuel Macron espère, grâce à ce profil, constituer un « gouvernement technique » qui tiendrait grâce à la non-censure des forces siégeant à l'Assemblée nationale. Thierry Beaudet a l'avantage, pour amadouer la gauche, d'avoir pris ses distances avec l'une des forfaitures du second quinquennat d'Emmanuel Macron, puisqu'il avait appelé à manifester contre la loi immigration, en janvier. Fin juin, dans un entretien à la Tribune, il avait dénoncé le danger que représentait le Rassemblement national pour les corps intermédiaires. Mais le NFP reste sur ses positions : le respect du vote des Français en juillet, donc la nomination de Lucie Castets à Matignon.

D'autant plus que la marge de manoeuvre d'Emmanuel Macron est en réalité des plus réduites. Les députés LR, par la voix de leur président, Laurent Wauquiez, refusent en effet toute coalition. « De qui Thierry Beaudet tiendrait-il sa légitimité ? Du président de la République exclusivement, a aussi souligné sur BFM la députée Génération.s Sophie Taillé-Polian. Or, le président de la République et sa politique ont été défaits dans les urnes. Comment Beaudet pourra-t-il donc faire, lui qui n'est pas connu, qui ne bénéficie pas de rapports de force issus de son action antérieure, ni de soutiens dans la population ? Comment pourrait-il faire pour imposer à un chef de l'État qui n'a pas envie de changement, le changement que les Français attendent ? » Car les Français n'attendent pas qu'un nom mais le respect de leur exigence de changement.

Le Monde
International, mardi 3 septembre 2024 568 mots, p. 2

Les circonstances de la destruction d’un F-16 restent floues

Emmanuel Grynszpan

Le commandant en chef de la force aérienne ukrainienne, Mykola Olechtchouk, a été limogé vendredi 30 août par le président Volodymyr Zelensky. La décision est intervenue quatre jours après la perte d’un des dix appareils de fabrication américaine reçus par Kiev et la mort son pilote, le médiatique Oleksi Mes. En fonction depuis 2021 et âgé de 52 ans, Mykola Olechtchouk est issu de la défense antiaérienne. Il est remplacé par Anatoli Kryvonojko, 59 ans, un ancien pilote d’avion.

Les circonstances de la destruction du F-16 ne sont pas encore clairement établies, mais on sait que l’appareil effectuait une mission de protection de l’espace aérien ukrainien au moment de l’attaque russe, la plus massive depuis le début de la guerre. Lundi 26 août, la Russie avait lancé 127 missiles de divers types et 109 drones d’attaque de type Shahed. On sait aussi que plusieurs F-16 ont effectué des missions pour abattre les projectiles ennemis. Selon le commandement de la force aérienne ukrainienne (PSU), les F-16 ont détruit quatre missiles. L’appareil d’Oleksi Mes n’a été perdu ni du fait d’une erreur de pilotage, ni abattu par la chasse russe, affirme la PSU, qui a ouvert une enquête.

« Sanction à caractère politique »

Sans attendre les conclusions, une députée ukrainienne connue pour ses diatribes visant les personnalités déplaisant à la présidence a attaqué, jeudi, Mykola Olechtchouk. Membre de la commission défense du Parlement, Mariana Bezuhla a dénoncé le « silence »,sur l’incident, de ces « généraux à l’ancienne qui nous mènent à la défaite ».Selon elle, le F-16 a été abattu par erreur par un système de défense antiaérienne Patriot (fourni par les Etats-Unis) « en raison d’une mauvaise coordination entre les unités ».

M. Olechtchouk a immédiatement répliqué sur sa chaîne Telegram, qualifiant sa critique « d’instrument servant à discréditer le commandement militaire », promettant que « viendra le temps où vous[Mariana] viendrez au tribunal vous excuser devant toute l’armée pour ce que vous avez fait ». Au passage, il accuse la députée de discréditer en même temps le fabricant américain du système Patriot.

Dans son édition du samedi 31 août, le New York Times cite des sources militaires américaines affirmant que la cause du crash n’est « probablement pas un tir ami », mettant ainsi hors de cause le système Patriot. M. Zelensky n’a pas donné d’explication au limogeage de M. Olechtchouk. Pour éteindre la polémique, le ministre de la défense, Rustem Umerov, a déclaré vendredi à la chaîne CNN que le crash et le limogeage « sont deux questions distinctes» et qu’il s’agit « s implement d’une rotation de personnel ».

L’analyste militaire ukrainien Oleksandr Kovalenko pense au contraire qu’il s’agit d’une « sanction démonstrative à caractère politique » prise parce que l’acquisition des F-16, qui a été très complexe, est « cruciale pour le pays ». Tout en exonérant M. Oleschouk d’une responsabilité directe dans le crash, M. Kovalenko affirme que le F-16 a probablement été perdu en abattant un Shahed. « Le F-16 n’est pas été conçu pour abattre au canon un drone volant beaucoup plus lentement que lui, et dont les éclats risquent fortement de l’endommager. »

Plusieurs pays européens se sont engagés à fournir 79 appareils F-16 d’ici à 2028, alors que Kiev en réclame au moins 128, le plus rapidement possible.

Libération
mardi 3 septembre 2024 1073 mots, p. 8,9

FRANCE

Casting pour Matignon Au suivant !

CHARLOTTE BELAÏCH; JEAN-BAPTISTE DAOULAS

FRANCE

Bernard Cazeneuve et Xavier Bertrand ont été reçus lundi à l'Elysée, alors qu'une nouvelle hypothèse a vu le jour pour le poste de Premier ministre : Thierry Beaudet, président du Conseil économique, social et environnemental.

U n nouveau train de consultations à l'Elysée, et toujours pas de Premier ministre lundi soir, près de deux mois après le second tour des élections législatives. Ni l'ancien Premier ministre socialiste, Ber- nard Cazeneuve, ni le président LR de la ré- gion Hauts-de-France, Xavier Bertrand, n'ont reçu d'Emmanuel Macron un billet pour ten- ter leur chance à Matignon. Ont-ils été reçus en tant que pistes sincères envisagées ou comme des leurres agités pour gagner du temps ? «Il les teste encore au regard de deux critères : la stabilité, et la capacité à inventer une troisième forme de Ve République, ni majorité présidentielle, ni cohabitation pure», as- sure un conseiller de l'Elysée, où l'on assure qu'Emmanuel Macron évalue «sincèrement» ces pistes. Le Président, qui a également reçu ses prédé- cesseurs François Hollande et Nicolas Sar- kozy, le président du Sénat, Gérard Larcher, et les membres de son ex-majorité Gabriel At- tal et François Bayrou, semblait pourtant avoir déjà en tête une autre option pour dompter une Assemblée nationale ingouver- nable : Thierry Beaudet, le président du Con- seil économique, social et environnemental (Cese). Une figure de la société civile au lieu d'un profil politique pur et dur. «Ça permet au Président de rester président et Premier ministre», ironise un ministre du gouverne- ment démissionnaire, en référence à la faible expérience politique de l'ancien syndicaliste enseignant et patron de la Mutualité française. Sur le papier, son pedigree est moins hostile au Président que celui d'un op- posant résolu comme Bertrand ou Caze- neuve. Selon le Nouvel Obs, Emmanuel Macron et Thierry Beaudet se sont rencontrés à deux reprises au cours du week-end. Pour imposer le patron du Cese face à un Nouveau Front populaire (NFP) arc-bouté sur la candidature de Lucie Castets et à une droite refusant toute coalition, encore faut-il dé- montrer aux Français que les pistes Caze- neuve et Bertrand, deux figures modérées, sont des impasses.

«UN HOMME D'ÉTAT» Reçu en premier lundi matin, au moment même où sa cote dévissait, Bernard Caze- neuve s'est rendu à l'Elysée sans trop y croire. Celui qui répète qu'il ne demande rien mais qu'il est disponible avait des exigences, no- tamment institutionnelles : l'un préside, l'au- tre gouverne. «Ça aurait été un énorme sacrifice mais il était prêt à relever le gant si les conditions étaient réunies, affirme-t-on dans son entourage. On savait que, vraisemblablement, tout se fracasserait sur les orientations de fond.» A ses proches, Bernard Cazeneuve promettait un gouvernement de «cohabitation», avec des changements clairs sur les re- traites ou les salaires. Un scénario bien trop proche de la «cohabitation pure» que l'Elysée veut éviter. «On peut dire ce qu'on veut de Cazeneuve, mais c'est un homme d'Etat, qui connaît l'administration, la technostructure, l'Assemblée… S'il est nommé, il va prendre le pouvoir et Macron va en perdre», analysait l'ancienne ministre socialiste Marie-Noëlle Lienemann ce week-end. Aux yeux d'Emmanuel Macron, Cazeneuve est insuffisamment soutenu par la gauche pour s'éviter une motion de censure à l'As- semblée. L'Elysée a regardé de loin les socia- listes se déchirer à son sujet aux universités d'été du PS, à Blois, de jeudi à samedi. Si quel- ques-uns louaient un homme d'Etat, de gau- che, auquel il fallait laisser sa chance, beau- coup de socialistes étaient effrayés à l'idée d'apparaître comme une béquille du macro- nisme et de se couper du reste de la gauche, qui avait promis une motion de censure. In- vité lundi après-midi, Xavier Bertrand reste, lui, handicapé par le choix de Laurent Wau- quiez de ne pas engager les députés LR dans une coalition avec le camp présidentiel. Sa nomination ne cocherait pas la case de la «stabilité» réclamée par l'Elysée. Puisque Macron ne voit aucun profil politi- que capable d'éviter une censure immédiate à l'Assemblée, place donc à l'option de la so- ciété civile avec Thierry Beaudet. «C'est très sérieux, juge un conseiller de l'exécutif. Beaudet est un ballon d'essai de l'Elysée pour tester une alternative à Cazeneuve. A voir si le RN dit qu'il censure ou non.» Inattendu, le profil du très discret président du Cese sur- prend au sein même de l'ex-majorité prési- dentielle. Un ministre réélu député ne lui promet pas un soutien automatique à la ren- trée parlementaire : «Ça dépend de son projet. Moi, je n'en sais rien.» Sur le papier, le par- cours de l'ancien syndicaliste enseignant, marqué à gauche, ne fait pas rêver l'aile droite de la macronie.

«J'EN AI PLEIN LE CUL» Les partis de gauche ne sont guère plus em- ballés. Quelle autonomie vis-à-vis du Prési- dent aurait un Premier ministre sans troupes ni légitimité politique ? «La rumeur de la nomination de Thierry Beaudet est pour le moins surprenante, a réagi la présidente PS de la ré- gion Occitanie, Carole Delga. C'est un homme de qualité, mais il n'a aucune expérience, n'a jamais gouverné, jamais travaillé au rassemblement des forces politiques.» Le coordina- teur de La France insoumise, Manuel Bom- pard, s'est agacé sur X à la lecture d'un article du Monde assurant que «l'Elysée aurait déjà trouvé un directeur de cabinet» à Beaudet : «Macron a perdu les élections. Mais Macron veut choisir le Premier ministre, le directeur de cabinet du Premier ministre, le ministre de l'Economie et le ministre de l'Intérieur.» François Hollande a plaidé lundi en fin de matinée pour une «solution politique», a pri- ori incompatible avec l'option Thierry Beau- det. «Le vote a exprimé une envie de changement», a-t-il rappelé à son successeur. «François Hollande écarte l'option technique car il faut avoir un poids politique conséquent pour mener un programme de changement et assumer une forme de cohabitation», explique-t-on dans son entourage. Comme toujours, Macron a donné l'impression d'écouter chacun sans que personne ne puisse parier sur le dénouement. «J'en ai plein le cul», résume simplement un député socialiste. Dans les couloirs presque déserts de l'Assemblée, des députés du camp prési- dentiel soufflent à la gauche que Macron au- rait dû laisser sa chance au NFP. «Ça me rappelle la formule d'Henri Queuille, grince un député Ensemble pour la République (ex-Re- naissance) : “La politique, ce n'est pas de résoudre les problèmes, mais de faire taire ceux qui les posent.” Sauf que le problème a été posé au président de la République par les Français eux-mêmes !»

Le Monde
France, mardi 3 septembre 2024 1054 mots, p. 7

Cazeneuve reçu par Macron, sans certitudes

Toujours à la recherche d’un premier ministre, le chef de l’Etat s’est entretenu avec l’ex-socialiste lundi

Sandrine Cassini et Nathalie Segaunes

Pas moins de huit semaines après le second tour des élections législatives, l’ancien premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve, dont le nom a été testé ces derniers jours par l’Elysée pour occuper le poste de premier ministre, sera reçu par Emmanuel Macron, lundi 2 septembre. Cet entretien, annoncé par Bernard Cazeneuve dimanche matin, avant d’être confirmé par l’Elysée, ne vaut toutefois pas nomination. Il s’inscrit, précise l’entourage du chef de l’Etat, dans le cadre de la « poursuite des consultations » pour Matignon, entamées le 23 août, alors que l’Assemblée nationale est divisée en trois blocs depuis le 7 juillet. Un autre prétendant, le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand (Les Républicains, LR) – dont la nomination serait un casus belli pour le chef de file des députés LR, Laurent Wauquiez, comme pour son homologue du Rassemblement national, Marine Le Pen – devait lui aussi être reçu, lundi après-midi, par Emmanuel Macron.

Soucieux de donner un parfum de concorde nationale à ces consultations, le chef de l’Etat devait accueillir successivement ses deux prédécesseurs, François Hollande et Nicolas Sarkozy, dans la matinée. Si François Hollande reproche à Emmanuel Macron d’avoir exclu de nommer à Matignon la candidate du Nouveau Front populaire (NFP), Lucie Castets, il ne devrait logiquement pas le décourager de promouvoir son ami et ex-premier ministre, Bernard Cazeneuve.

« Hollandisme finissant »

Nicolas Sarkozy, en revanche, a contesté, vendredi dans Le Figaro, le choix de l’ancien maire de Cherbourg, qui, à ses yeux, « porte la tunique d’un hollandisme finissant », et a plaidé pour un « premier ministre de droite ». L’offensive de l’ex-président de la République fera-t-elle bouger les lignes au sein de la droite républicaine, qui refuse toute coalition ou participation au futur gouvernement, quitte à laisser Emmanuel Macron nommer un premier ministre de gauche ? C’est ce que va tenter de mesurer le chef de l’Etat, lundi.

Se démarquant de la ligne de M. Wauquiez, David Lisnard, maire de Cannes (Alpes-Maritimes), membre de LR et président de l’Association des maires de France, a estimé, vendredi, que « personne ne peut se dérober à l’intérêt national », dans le contexte de « blocage » politique actuel.

« Rester sur le pas de la porte quand il s’agit de sortir le pays de l’ornière, c’est la meilleure façon de nous marginaliser », renchérit le député de l’Indre Nicolas Forissier (LR), qui se dit même prêt à participer à un gouvernement Cazeneuve, si ce dernier « est dans une démarche de rassemblement des sociaux-démocrates aux Républicains ». Tandis que le député du Lot Aurélien Pradié (non-inscrit, ex-LR) appelle dans La Tribune Dimanche à un « rassemblement des patriotes de droite et de gauche dans un gouvernement ».

L’entourage du chef de l’Etat considère que la semaine écoulée «a fait bouger les lignes, à droite comme à gauche ». A gauche, plusieurs personnalités socialistes, comme les opposants à la direction du parti Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin (Rhône), et Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen, auxquels se sont associés Carole Delga, présidente de la région Occitanie, et Anne Hidalgo, maire de Paris, ont exprimé leur soutien à Bernard Cazeneuve.

S’il n’a pas prononcé le mot de « censure »à l’encontre de ce dernier, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a, de son côté, averti que tout autre premier ministre que Lucie Castets serait « l’obligé d’Emmanuel Macron ». Le 20 août, le groupe des députés socialistes avait pris une position plus nuancée, en décidant de censurer « tout ce qui pourrait ressembler à une prolongation du macronisme ».

Divisés sur le casting, les socialistes sont au moins unis sur un point : à trois ans de la présidentielle, pas question de se compromettre avec un « macronisme finissant ». A l’unisson, la famille socialiste conditionne son adhésion à un premier ministre à l’abrogation de la réforme des retraites, à l’augmentation du smic ou à la restauration de l’impôt sur la fortune. Bref, qu’il mène une vraie politique de gauche.

« Nouvelle façon de gouverner »

Autant d’exigences rédhibitoires pour le chef de l’Etat comme pour le groupe macroniste Ensemble pour la République (EPR). « Le projet et la prise en compte de nos priorités seront déterminants », prévient-on déjà dans l’entourage de Gabriel Attal, président du groupe EPR, pour lequel « le sujet du “quoi” est au moins aussi important que le sujet du “qui” ».

Pour Bernard Cazeneuve, le parti présidentiel a perdu les élections, il serait donc « étrange » de poursuivre la politique macroniste. La semaine du 26 août, il s’est dit prêt, en privé, à « faire son devoir », mais pas à n’importe quelle condition. Dans l’hypothèse où il accepterait une éventuelle mission, ce serait pour faire en sorte que « les préoccupations exprimées par les Français soient prises en compte », celles du NFP, mais aussi celles « d’autres sensibilités », sur la politique européenne, le respect de l’ordre républicain ou les alliances de la France. Plus mesuré à la veille du rendez-vous élyséen, son entourage souligne que l’ex-premier ministre « est un homme de gauche responsable, qui tiendra compte de la situation politique, mais aussi économique du pays ».

L’entourage du chef de l’Etat prévient, de son côté, que, « quelle que soit la personnalité » nommée à Matignon, « elle devra à la fois impulser une nouvelle politique et composer avec les parlementaires de la coalition présidentielle »(166 députés). Une mission « difficile », estime-t-on à l’Elysée, qui nécessite de trouver « une personne capable d’inventer une nouvelle façon de gouverner, une nouvelle forme de Ve République ».

En convoquant Bernard Cazeneuve, on peut penser qu’Emmanuel Macron veut s’assurer de l’ouverture d’esprit de ce dernier, alors qu’il devrait, s’il était nommé, faire le plein des soutiens à gauche, au centre et à droite. Le chef de l’Etat est rentré dans le money time , comme on dit au basket-ball, ce moment où tout se joue. Le temps presse, car le budget 2025 doit être déposé au Parlement le 1er octobre, au plus tard. Avant cette date, une fois le gouvernement composé, le Parlement devrait être convoqué en session extraordinaire, pour écouter le discours de politique générale du nouveau premier ministre.

L'Humanité
mardi 3 septembre 2024 541 mots, p. 7

À La Courneuve, Lucie Castets revendique un « mandat » populaire

Anthony Cortes

Gauche La candidate du Nouveau Front populaire pour le poste de première ministre, Lucie Castets, était en déplacement en Seine-Saint-Denis, lundi, autour des questions d'éducation. Elle entend porter un « changement de cap sur la méthode et le fond ».

Q u'importe l'agitation observée autour des « consultations » du président de la République et les multiples rumeurs sur l'identité du futur premier ministre, Lucie Castets maintient son cap. Celui de se montrer comme la seule première ministre possible, donc comme une alternative crédible au macronisme, le programme du Nouveau Front populaire (NFP) au poing. À La Courneuve (Seine- Saint-Denis), lundi, à la rencontre de représentants syndicaux de la communauté éducative locale, que ce soit dans les murs du collège Jean-Vilar comme ensuite à l'hôtel de ville, elle a prévenu : « Nous sommes venus parler de fond et préparer l'avenir du pays. » « Pendant sept ans, par un manque de vision et la seule obsession du prisme budgétaire, l'école a été mise à mal, a- t-elle observé. Nous voulons recréer, avec les parties prenantes ignorées jusqu'ici par le camp présidentiel, un service public de l'éducation. »

Présent à ses côtés, le maire PCF de la ville, Gilles Poux, a tenu à rappeler la nécessité de porter « une exigence d'égalité sur tout le territoire », d'autant plus dans un département où la jeunesse « se heurte au mur du manque de moyens ». « Il faut rompre avec le macronisme », a ajouté Aurélie Trouvé, députée FI. Et cela ne peut passer que par un « choc d'égalité », selon Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental, contenu dans les propositions du NFP : 19 élèves par classe, revalorisation des enseignants, titularisation et revalorisation des AESH et grand plan de recrutement des personnels nécessaires...

« proposer des solutions pour le bien de tous »

Difficile d'éviter de se frotter aux questions autour des manoeuvres du président de la République pour ne pas nommer la représentante du NFP. Face à elle, une nuée de journalistes s'égosillent : « Quel sens y a-t-il à continuer d'apparaître médiatiquement ? » « Pensez-vous encore pouvoir faire changer d'avis Emmanuel Macron ? » « Connaissez-vous Thierry Beaudet ? » « Ce n'est pas une question de personne, mais de mandat, a-t-elle tranché. Les Français ont donné un mandat au NFP pour porter un programme. Ce que veut Emmanuel Macron, c'est poursuivre sa politique. Cette politique qui a mené le pays à de terribles échecs, l'éducation en est un symbole. Les inégalités sont au plus haut, l'école n'est pas vraiment gratuite, et la réforme du lycée professionnel a affaibli cette voie... Nous changerons cela. »

Dans les pas de son discours lors des universités d'été du PS à Blois (Loir-et-Cher), vendredi, où elle a plaidé pour un « changement de méthodes » démocratiques, Lucie Castets a promis ne pas « chercher à convaincre » le président de la République, mais d'oeuvrer à « changer la façon dont la politique est menée ». « Il faut un changement de cap, sur le fond comme sur la méthode, inclure sur tous les sujets les acteurs de terrain pour construire et proposer des solutions pour le bien de tous », a- t-elle ajouté. Et qu'importe le coup de force démocratique du président, ignorant ostensiblement les résultats des législatives : « Nous assumons de nous inscrire dans un temps long », précise-t-elle. Pour réformer l'éducation, comme pour proposer une autre voie au pays.

Le Monde
Economie & Entreprise, mardi 3 septembre 2024 505 mots, p. 15

A l’Est, le retour de la « femme traditionnelle » promu par l’extrême droite

C. Bt (Berlin, correspondance)

Candy Jacob a posté, sur le réseau social X, une illustration issue d’un autre temps : une mère de famille entourée de trois enfants blonds, sous le bras protecteur d’un homme, crucifix en fond. Le texte qu’elle relaie explique que la meilleure façon de lutter contre la « dégénérescence de l’époque moderne » est de « se marier, d’avoir beaucoup d’enfants » et de « trouver Dieu ». Sur TikTok, la jeune femme aux 14 000 abonnés affiche son attachement à la « tradition », blottie au bras de son petit ami dans une manifestation politique à Erfurt (Est), sous le titre : « La résistance nous lie. »

Candy Jacob est une des figures de la section Thuringe de Junge Alternative, une organisation de jeunesse liée au parti AfD (Alternative pour l’Allemagne), et classée « extrême droite certaine » par les renseignements généraux. Le mouvement est un des soutiens les plus ardents du candidat de droite ultraradicale Björn Höcke à la présidence de la région Thuringe, qui renouvelle son Parlement le 1er septembre. L’AfD, qui y est créditée de plus de 30 % des voix, milite notamment pour une « hausse de la natalité de la population autochtone » contre l’immigration, ainsi que pour le retour de la « garde individualisée des enfants de moins de 3 ans ».

Modèle poussé par la propagande

C’est un des paradoxes de l’extrême droite allemande : très implantée dans l’est du pays, où elle capitalise sur les frustrations de la réunification, elle défend une image de la femme… en vogue en l’Allemagne de l’Ouest dans les années 1950. En République démocratique allemande, le modèle dominant était aux antipodes : les femmes étaient incitées à faire des études, à travailler, à exercer des métiers typiquement masculins, et à confier leurs enfants aux crèches, qui accueillaient les bébés dès l’âge de 3 mois.

Certes, ce modèle était poussé par la propagande d’une dictature aux intérêts économiques bien compris. Mais les représentations est-allemandes restent marquées par ces images de femmes indépendantes aux manches retroussées, coiffées de casques de chantier, travaillant à l’usine ou dans des professions scientifiques. Aujourd’hui, les régions de l’Est affichent encore un écart de salaire femmes-hommes jusqu’à trois fois plus faible qu’à l’Ouest.

Le mouvement antiféministe des jeunes recrues AfD ne fait pas l’unanimité parmi les membres du parti, notoirement dirigé par une femme lesbienne, Alice Weidel. « A l’Est, les femmes étaient aussi conductrices de tractopelles et de grues ! Pourquoi devraient-elles soudain toutes vouloir se mettre au fourneau ? », a récemment protesté dans la presse Barbara Benkstein, 41 ans, députée AfD au Bundestag pour la Saxe.

Le mouvement tradwife (« femme traditionnelle »), né aux Etats-Unis, glorifiant l’épouse dévouée à son mari et la mère en cuisine sur les réseaux sociaux, en particulier TikTok, semble peser plus lourd que les acquis spécifiques des régions est-allemandes. Une contradiction de plus pour ce parti qui prétend défendre les traditions locales contre une culture mondialisée.

La Croix, no. 43011
Monde, mardi 3 septembre 2024 86 mots, p. 10

Tunisie Trois candidats à la présidentielle retenus

L’autorité électorale en Tunisie a décidé lundi 2 septembre de ne retenir que trois candidats à la présidentielle du 6 octobre, parmi lesquels le président sortant Kaïs Saïed, et d’exclure trois autres postulants qui avaient été réadmis par le tribunal administratif la semaine passée. Mis à part le président sortant, les deux autres candidats sont Zouhair Maghzaoui, un ancien député de la gauche panarabe, et Ayachi Zammel, un industriel peu connu, chef d’un petit parti libéral.

Libération
mardi 3 septembre 2024 965 mots, p. 9

AUTRE

Mode d'emploi européen pour pays ayant du mal à former un gouvernement

JEAN QUATREMER

AUTRE

Alors que la France attend toujours son Premier ministre, nos voisins européens s'amusent de notre impatience. La plupart sont déjà rompus au parlementarisme et à la culture du compromis.

I l y a un pays, voisin de la France, où l'on observe avec étonnement l'impatience voire l'énervement de la classe politique et des médias parce qu'aucun Premier ministre n'a encore été nommé. Il s'agit de la Belgique, où il n'y a pas non plus de gouvernement alors que les législatives ont eu lieu il y a trois mois, le 9 juin. Outre- Quiévrain, on sait que la formation d'une majorité prend du temps, et il faudrait plus qu'une vacance du pouvoir de deux mois pour émouvoir un pays qui a connu la plus longue crise politique de la planète, son gouvernement ayant été 541 jours en «affaires courantes», entre le 13 juin 2010 et le 6 décembre 2011. Une crise qui succédait à celle de 2007-2008 où il avait fallu 194 jours pour accoucher d'une majorité… A vrai dire, en dehors de la France qui s'est dotée d'un régime présidentiel fort unique en son genre, tous les autres Etats de l'Union européenne – hormis la Pologne – sont des démocraties parlementaires. En outre, tous ont adopté un mode de scrutin proportionnel, ce qui rend obligatoire, la plupart du temps, la formation de coalitions. Ce n'est pas un hasard si les institutions communautaires ont adopté ce système.

«Arbitre impartial» Dans ces démocraties par - lementaires, les pouvoirs du chef de l'Etat (monarque, président de la République élu au suffrage universel ou par le Parlement) sont extrêmement limités et il ne dispose d'aucune marge pour nommer le chef de gouvernement qui sera celui que les partis de la majorité désigneront.

«Mais, il n'y a pas d'exemple en Europe où le chef de l'Etat nomme d'emblée un Premier ministre si celui qui prétend à cette charge ne peut pas prouver qu'il dispose déjà d'une majorité absolue à la Chambre basse», souligne le politologue Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS et au Cevipof. Partout, on demande au patron du parti politique arrivé en tête d'essayer de réunir une majorité. S'il n'y parvient pas, il passe le relais à la seconde force politique, comme cela a été le cas en Espagne en juillet 2023 avec la désignation du conservateur Alberto Núñez Feijóo, qui a dû passer la main au socialiste Pedro Sánchez en octobre. «Nulle part il ne revient au chef de l'Etat de former une majorité puisqu'il est censé être un arbitre impartial, au-dessus des partis», poursuit Oliver Costa. En Belgique, où l'éclatement croissant du paysage politique, aggravé par l'existence de deux espaces politiques et linguistiques qui s'ignorent de plus en plus (la Flandre au nord, Bruxelles et la Wallonie au sud), on a fait preuve d'imagination pour sortir de situations inextricables : «Emmanuel Macron aurait dû s'en inspirer», ironise Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen Modem. Ainsi, en 2010, après avoir désigné un «informateur» pour faire le point sur la situation, le roi désigne un «préformateur» puis, après son échec, deux «médiateurs», suivis d'un «clarificateur», d'un «conciliateur», d'un nouvel «informateur», d'un nouveau «médiateur» et enfin d'un «formateur», le socialiste Elio di Rupo, qui est finalement devenu Premier ministre… Aujourd'hui, alors que la situation politique est beaucoup plus simple après les élections de juin 2024 (la droite a gagné au nord et au sud), le «formateur» désigné vient de jeter l'éponge et on en est au «médiateur» chargé de rapprocher les points de vue sur les questions fiscales entre les cinq partis de droite qui vont former la majorité… Et tout cela dans l'indifférence des Belges qui s'amusent à donner des noms baroques aux majorités : après la «Suédoise» et la «Vivaldi», ce sera «l'Arizona». Car les électeurs, habitués aux délices du scrutin proportionnel, savent que les négociations prennent du temps, comme c'était le cas en France sous les IIIe et IVe Républiques. En Allemagne, Olaf Scholz n'est devenu chancelier que le 8 décembre 2021, presque trois mois après les élections. En 2017, il avait fallu plus de quatre mois de négociations à Angela Merkel pour constituer une majorité. En Espagne, le gouvernement Sánchez II a mis neuf mois à voir le jour en janvier 2020, et Sánchez III a duré quatre mois… De même, ce n'est pas forcément le parti dominant qui obtient le poste de Premier ministre : aux Pays-Bas, le leader d'extrême droite Geert Wilders, pourtant largement arrivé en tête lors des élections de novembre 2023, a dû laisser la place à un technicien pour qu'un gouvernement soit constitué en mai 2024.

Expédient Il arrive aussi dans ces démocraties parlementaires que l'on constitue des gouvernements minoritaires, faute d'accord possible entre les forces en présence, un expédient qui nécessite soit des conditions politiques (abstention des autres partis, soutien sans participation), soit l'existence, dans la Constitution, de mécanismes contraignants (absence de vote d'investiture, exigence d'une «motion de censure constructive» qui oblige l'opposition à proposer un successeur pour renverser le gouvernement). Ces gouvernements minoritaires ont existé en Finlande, en Espagne, en Belgique, en Italie ou encore… en France.

Généralement, les accords de coalitions résistent plutôt bien à l'usure du temps. Avec des exceptions, comme on l'a vu en 2023 aux Pays-Bas où les élections ont dû être anticipées de deux ans à la suite d'un désaccord sur la politique d'asile. Généralement, cela débouche sur un nouveau scrutin, ou une nouvelle coalition. Ainsi, en Allemagne, les libéraux du FDP ont rompu, en 1982, leur alliance avec les sociaux-démocrates du SPD et se sont alliés avec la CDU-CSU, ce qui a permis à Helmut Kohl de devenir chancelier. «La clé de ces majorités partout en Europe, insiste Bourlanges, c'est la négociation entre les partis politiques, et donc la capacité à bâtir des compromis.»

Le Figaro, no. 24891
Le Figaro Économie, mardi 3 septembre 2024 797 mots, p. 25

Menacé de « prison à vie » par Trump, Mark Zuckerberg tente d'arron dir les angles

À deux mois de la présidentielle américaine, le PDG de Meta multiplie les gestes pour apaiser ses relations difficiles avec le candidat républicain, qui l'accuse d'avoir interféré avec le scrutin de 2020.

Woitier, Chloé

Nous avons Mark Zuckerberg à l'oeil. S'il fait quelque chose d'illégal, il passera le reste de sa vie en prison - comme tous ceux qui interféreront avec la présidentielle de 2024.» Cet avertissement, qui figure dans son livre Save America, à paraître ce mardi, est signé Donald Trump. En légende d'une photo de lui et du PDG du groupe Meta, l'ex-président des États-Unis dénonce l'hypocrisie supposée de l'entrepreneur, «qui vient dîner avec sa charmante épouse à la Maison-Blanche, qui se montre aussi sympathique qu'on puisse l'être, tout en complotant» dans son dos afin d'empêcher sa réélection en 2020, affirme-t-il, sans apporter de preuves.

Ces quelques lignes disent tout de la pression que met le camp républicain sur le patron de Facebook à deux mois de l'élection présidentielle. Elle illustre aussi l'opinion exécrable que le candidat républicain entretient envers le roi des réseaux sociaux. «Si on se débarrasse de TikTok, alors Facebook et Zuckershmuck(erreur volontaire et insultante, NDLR) vont gagner deux fois plus d'argent. Je ne veux pas que Facebook aille mieux. Ils sont les véritables ennemis du peuple!», clamait en mars dernier celui qui, quatre ans plus tôt, voulait pourtant bannir le réseau social chinois...

Donald Trump n'a jamais digéré d'avoir été exclu de Facebook et d'Instagram au lendemain des émeutes du Capitole de janvier 2021. Mais le camp conservateur entretient aussi l'idée que Mark Zuckerberg et son épouse, Priscilla, auraient aidé à la victoire de Joe Biden grâce à un don illégal de 400 millions de dollars.

Les époux ont versé en 2020 ces « Zuckerbucks » , comme les surnomment certains républicains, à deux ONG qui les ont ensuite reversés à des milliers de bureaux de vote sous-financés. Objectif officiel : aider ces derniers à faire face aux frais inattendus d'un scrutin en temps de pandémie : mise en place de bureaux « sans contact » , traitement des bulletins envoyés par correspondance... Selon le camp Trump, cet argent aurait, en fait, bénéficié aux circonscriptions favorables aux démocrates. La polémique, qui nourrit la rhétorique d'une « élection volée » , est telle que, à ce jour, 27 États américains ont interdit ou strictement encadré ce type de donation privée.

Difficile pour Meta d'ignorer ces menaces alors que J. D. Vance, le colistier de Donald Trump, appelle à démanteler les grandes entreprises américaines de la tech. Mark Zuckerberg semble donc bien décidé, ces dernières semaines, à arrondir les angles avec les conservateurs. Le 19 juillet, le PDG est ainsi revenu sur la tentative d'assassinat contre le candidat républicain. «Voir Donald Trump se relever, le poing en l'air, avec le drapeau américain... c'est l'une des choses les plus « badass » que j'ai vu de ma vie, s'extasie-t-il au micro de Bloomberg. En tant qu'Américain, il est difficile de ne pas être ému par cet esprit de combat, et je pense que c'est la raison pour laquelle beaucoup de gens l'apprécient.»

Commission d'enquête

Outre la flatterie, le milliardaire s'est engagé fin août à ne soutenir aucun des deux candidats à la Maison-Blanche. «Mon objectif est d'être neutre et de ne pas jouer un quelconque rôle dans ce scrutin - ou même d'avoir l'air d'en jouer un. Je ne ferai donc aucune donation lors de ces élections», écrit-il.

Cet engagement apparaît dans une lettre, qui a été brandie comme un trophée par le Parti républicain. Dans cette missive adressée au député Jim Jordan, qui mène une commission d'enquête sur la supposée censure des discours conservateurs sur les réseaux sociaux, le PDG de Meta évoque les «pressions répétées des hauts fonctionnaires de l'Administration Biden» pour que son groupe «censure» en 2021 «certains contenus autour du Covid-19, y compris l'humour et la satire». «Je crois que la pression du gouvernement était une erreur, et je regrette que nous n'ayons pas davantage pris la parole à ce sujet», poursuit Mark Zuckerberg, tout en précisant que les décisions de retirer ou non les contenus étaient celles du groupe Meta, «et nous les assumons». «C'est une victoire pour la liberté d'expression», ont commenté les élus républicains.

«Pourquoi Zuckerberg a envoyé une telle lettre? Pour signaler aux républicains qu'il n'a rien contre eux», commente Nina Jankowicz, spécialiste de la lutte contre la désinformation. Katie Harbath, ancienne directrice des politiques de modération de Facebook (2011-2021), rappelle dans sa newsletter que «Meta, qui est coincé entre le marteau et l'enclume»des camps républicains et démocrates, «joue avec cette lettre sur une ligne très fine». «Mark (Zuckerberg) ne souhaite vraiment pas être mêlé aux polémiques politiciennes cet automne» , poursuit-elle. Les prochaines semaines montreront si sa stratégie d'apaisement fonctionne. C.W.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mardi 3 septembre 2024 1034 mots, p. AUJM4

Macron veut garder la main envers et contre tout

Si le président temporise et concerte à tout-va, c'est aussi parce qu'il veut rester au centre de l'échiquier politique.

Pauline Théveniaudet Olivier Beaumont

Ce lundi, cela faisait cinquante-sept jours que s'est tenu le second tour des élections législatives perdues par son camp et quarante-huit que le Premier ministre Gabriel Attal lui a remis la démission du gouvernement. Mais Emmanuel Macron n'a toujours pas nommé son remplaçant à Matignon, préférant ouvrir d'énièmes concertations. « Je ne sais pas qui il lui reste à consulter ? Le Dalaï-Lama, peut-être ! » grince le président du groupe Liot, Stéphane Lenormand. Plus que jamais, la procrastination du président déroute jusque dans son camp, avec bien souvent seulement deux alternatives posées : déni de réalité ou tentative de garder la main malgré la défaite ? La fumée blanche est désormais annoncée pour ce mardi. Mais le doute domine.

« J'ai l'impression qu'il est en train de faire n'importe quoi. À ce petit jeu-là, il va s'auto-détruire. C'est affolant », s'étouffait un cadre de l'ex-majorité en découvrant que le chef de l'État avait décidé de recevoir ce lundi deux candidats au poste de Premier ministre, Bernard Cazeneuve puis Xavier Bertrand, mais aussi ses deux prédécesseurs à l'Élysée, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Gare à ne pas raviver la vague d'incompréhension et de colère qui s'était levée avec la dissolution. « Elle commence à se faire sentir, témoigne Lenormand. Le nom du Premier ministre sera révélateur de ce que le président a compris ou non du message de ces élections. »

« Il joue avec les hommes comme avec des pions »

« Il a la main tant qu'il n'a pas nommé de Premier ministre... » relève un soutien d'Attal, y devinant l'une des raisons pour lesquelles il a sans cesse repoussé le calendrier. C'est, de fait, l'un des grands pouvoirs qu'il lui reste. « Il va quand même décider, le Premier ministre ne lui est pas imposé, rappelle le chef des sénateurs Renaissance, François Patriat. Il prendra bien qui il voudra. » D'ailleurs, Emmanuel Macron teste des noms. Ceux de Bernard Cazeneuve et Xavier Bertrand, à l'affiche ce lundi matin. « Ma crainte, c'est que ce soient des leurres », soufflait alors un ministre démissionnaire.

Qui n'a pas eu le sentiment d'être démenti quand a surgi celui du président du Cese, Thierry Beaudet. « Sauf que j'ai l'impression qu'il fait aussi un test avec Beaudet. Je ne suis pas sûr que ce soit complètement stabilisé », glisse un ponte du camp présidentiel, dont une partie s'élève contre l'option d'un Premier ministre technique. Il n'en fallait pas plus pour qu'un second y voit la preuve que « le président joue avec les hommes comme avec les pions ». La dent d'autant plus dure que les nerfs sont à vif.

Face aux élus des Républicains, qu'il a vus la semaine dernière, Emmanuel Macron avait montré patte blanche. « Vous vous trompez sur le rôle que j'ai là. Je suis là en tant qu'arbitre. Je ne suis pas là pour élaborer un contrat de gouvernement. Ce sera au Premier ministre de le faire », avait-il certifié à Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau et Annie Genevard. Ces temps-ci, le chef de l'État aime aussi à se poser en « garant institutionnel du suffrage des Français ». Non sans renvoyer ses opposants à leurs responsabilités. « C'est très étrange, les partis de gouvernement qui ne veulent pas gouverner... », a-t-il grincé face à l'un de ses récents interlocuteurs. Sous-titre d'un proche : « Nous, on est prêts à laisser les clés. Encore faut-il que quelqu'un les prenne ! »

Demeure le sentiment qu'il cherche sans le dire à bâtir une coalition à sa main, qu'il s'accroche au pouvoir malgré la défaite, s'insurgent ses adversaires. Et l'hypothèse qu'il puisse préférer un profil technique et « Macron-compatible » à la Beaudet, à des figures de la gauche et de la droite comme Cazeneuve ou Bertrand, n'a fait qu'alimenter cette idée. « La séquence voulait qu'on ait un profil très politique et au final on va avoir un nobody. En gros, ça va être un collaborateur et ça va donner l'impression que Macron ne veut vraiment pas partager le pouvoir », tranche un autre poids lourd du gouvernement sortant, qui achève : « Il veut un gouvernement à sa main, avec un budget à sa main. » Sauf qu'après avoir tout raflé en 2017, Emmanuel Macron a été défait. Il a mis du temps à reconnaître qu'il avait perdu ces législatives anticipées par sa décision de dissoudre. Il l'admet, désormais, même en privé, quand il dit que « les Français ont demandé une alternance ». Mais il ne semble pas s'y résoudre pour autant. « Le pire, pour lui, ce serait d'avoir quelqu'un qui déferait tout ce qu'il a fait », souffle Patriat.

Tenté par la « coalitation »

La semaine passée, un néologisme a fait son apparition dans le vocable élyséen : « la coalitation », mixe de coalition et de cohabitation. Après que le président a balayé l'option Lucie Castets du Nouveau front populaire (NFP), le premier bloc à l'Assemblée, s'est peu à peu affirmée l'idée que « le bloc central » (le camp présidentiel) serait incontournable pour le nouveau gouvernement, voire « au coeur » de l'alliance. « Quand vous revenez à 166 députés, alors que vous avez cru être mort, vous n'avez pas envie de lâcher », décode un pilier du groupe Ensemble pour la République (EPR).

Mais Emmanuel Macron a-t-il vraiment les moyens de sa stratégie ? Pour Marc Ferracci, il faut encore attendre quelques jours pour le savoir. « C'est le casting et la feuille de route qui permettront de dire s'il a encore du poids politique, juge le député EPR et ami de longue date du chef de l'État. Si dans le prochain gouvernement, il y a quelques ministres issus du bloc central et si dans les Premières expressions du nouveau Premier ministre, notamment lors de sa déclaration de politique générale, il préserve une partie de ce qui a été fait depuis 2017, alors cela signifiera que le Président a encore une influence. Même si celle-ci sera forcément plus faible qu'auparavant. »

La faute à l'usure d'un second quinquennat, amplifiée et accélérée par la dissolution. « Il est dans une situation redoutable, dont il sait qu'il est responsable. Thierry Beaudet ou pas, il n'échappera pas à la confrontation avec les partis politiques, juge un historique. C'est leur moment. Il découvre la brutalité de ceux qui ont désormais les clés du camion. »

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mardi 3 septembre 2024 713 mots, p. AUJM4

SurpriseiBeaudet, un inconnu pour Matignon ?

Président du Conseil économique et social, discrète troisième chambre de la République, représentant de la société civile, tient la corde à ce stade pour devenir le prochain chef du gouvernement.

Henri Vernet, Olivier Beaumont, avec Véronique Hunsinger

Dans son communiqué à l'issue du premier round stérile de consultations, le 26 août, l'Élysée faisait savoir que le président devait encore s'entretenir avec des « personnalités se distinguant par l'expérience du service de l'État et de la République ». Une définition qui convient au profil de Thierry Beaudet. L'homme est inconnu du grand public et novice en politique, mais doté d'une indéniable expérience de l'État.

À 62 ans, cet ancien instituteur préside depuis 2021 le Conseil économique, social et environnemental (Cese), la troisième chambre de la République (après l'Assemblée et le Sénat). « Le président a cette idée en tête depuis plusieurs jours, confie un poids lourd du gouvernement sortant : une grande figure de la société civile, de gauche, très présent dans les réseaux mutualistes. C'est avec lui qu'il a eu l'idée de lancer les conventions citoyennes, son grand dada. C'est là qu'ils ont commencé à bien se connaître, au point que Beaudet est devenu un interlocuteur régulier de Macron. »

« Pas d'expérience politique »

Beaudet connaît bien aussi le premier cercle macroniste, le secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler, l'ex-président de l'Assemblée Richard Ferrand. Mais aussi... Laurent Berger, l'ex-leader de la CFDT qui mena la bataille contre la réforme des retraites. « Ne faites surtout pas l'erreur de nommer un haut fonctionnaire », a pourtant glissé Gérard Larcher, président LR du Sénat à Macron. Le moment serait trop « politique » pour un « technique ». « Il n'a pas d'expérience politique, mais dans le contexte compliqué actuel, est-ce que c'est un plus ? Est-ce que c'est un moins ? » interroge Cyril Chabanier, président de la CFTC. « Il n'est pas plus ridicule que les autres », tranche son homologue de la CFE-CGC, François Hommeril.

Reste que Thierry Beaudet, selon ceux qui le connaissent, n'a rien d'un technocrate. Après avoir enseigné six ans en Normandie, ce fils d'une aide-soignante et d'un employé de banque a fait carrière dans le secteur mutualiste, qui le conduira à la présidence de la MGEN. Il la fusionne avec d'autres grandes sociétés pour créer en 2017 VYV, premier groupe mutualiste français, et devient président de la puissante Mutualité française. « C'est très agréable de travailler avec lui parce qu'il écoute les gens, témoigne un ex-collaborateur de la Mutu. C'est un instituteur de formation, donc il a besoin de tout bien comprendre et il ne s'exprime pas sur un sujet avant de le posséder complètement. Il incarne vraiment la méritocratie républicaine. » Une autre source mutualiste regrette son « grand immobilisme » à la tête de cet organisme, et raille son goût pour le « titre » et la « surface sociale liée à la fonction ».

« Il incarne vraiment la méritocratie républicaine »

Pourquoi lui ? « Cette nomination aurait le mérite d'incarner un changement de méthode, vante le député Renaissance Marc Ferracci. Symbolique car le Cese incarne le lien entre la société civile et l'action publique. Et technique car ça peut signifier une nouvelle façon de coconstruire les lois, plus coopérative et collaborative ». À condition de s'imposer dans une Assemblée fractionnée.

« Il ne connaît pas les partis, ça va être chaud dans l'hémicycle si c'est lui », pronostique un ministre. L'avantage, c'est qu'il « sera plus difficile pour les oppositions de censurer quelqu'un qui vient de la société civile, à brève échéance en tout cas », reprend Ferracci. Et sa sensibilité de gauche « peut être une protection contre la censure ». Pour Michel Chassang, vice-président du Cese, Beaudet est « l'homme de la situation car il n'aime pas la politique partisane. C'est un homme de gauche qui considère qu'il faut dépasser les clivages et faire en sorte que les gens se parlent. Sa ligne rouge c'est le RN. »

Il n'hésite pas à affirmer ses positions, comme, en 2020, sa tribune au « JDD » en faveur de l'aide active à mourir. Ou, en janvier, en postant sur Instagram une photo de lui dans une manif contre la loi Immigration. Ou, récemment, en critiquant la dissolution de l'Assemblée plongeant la France « dans une crise démocratique sans précédent ». Peut-être est-ce pour garder les rênes courtes que l'Élysée, selon « le Monde », aurait déjà songé à choisir son directeur de cabinet s'il va à Matignon.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Faits divers, mardi 3 septembre 2024 511 mots, p. AUJM13

« Ce n'est pas un refus d'obtempérer, c'est un crime »

Ce lundi à Nice, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, a salué la mémoire de l'adjudant Éric Comyn.

Matthias Galante Correspondant À Nice (alpes-Maritimes)

À sa manière, le ciel a aussi pleuré. Comme un signe, ce lundi après-midi à Nice (Alpes-Maritimes), les nuages ont attendu les derniers instants de l'hommage national à l'adjudant Éric Comyn, du peloton motorisé de Mandelieu-la-Napoule, pour verser leurs larmes.

Durant plus d'une heure, lors d'une cérémonie sobre et poignante, en présence de la famille, l'État a salué la mémoire du militaire de 54 ans, père de deux enfants de 16 et 12 ans, percuté le 26 août par un automobiliste qui avait voulu se soustraire à un banal contrôle routier à Mougins. Lorsque le cercueil du sous-officier, recouvert du drapeau bleu-blanc-rouge, fait son entrée dans la cour de la caserne Ausseur du groupement de gendarmerie des Alpes-Maritimes, le silence est pesant et les yeux embués.

De nombreux gendarmes sont présents en rangs serrés pour saluer leur camarade, qui allait prochainement prendre sa retraite. Des élus, le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti et le maire de Nice Christian Estrosi, notamment, ainsi que des responsables de la police nationale, sont là. Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur démissionnaire, prend la parole. « Si la mort fait partie de la vie du gendarme, si elle fait partie de la vie du policier, si elle fait partie de l'uniforme, les conditions de celles-ci ne sont pas toutes acceptables », lance-t-il. Sa violente disparition « nous révolte et elle nous entraîne avec lui dans l'abîme », poursuit-il, en fustigeant notamment « les rodéos urbains, les chauffards de la route qui ne s'arrêtent pas quand on leur dit de s'arrêter et tuent plus de personnes, plus de forces de l'ordre que les règlements de comptes ou les braquages ».

L'allusion est explicite : elle vise le conducteur de Mougins, déjà condamné pour des infractions routières et sous l'empire de l'alcool, placé en détention provisoire.

« La société doit se reprendre »

« Ce n'est pas un refus d'obtempérer, c'est un crime », assène Gérald Darmanin, poursuivant sur le thème très politique de la fermeté. « La mort de votre mari nous scandalise et nous révolte. Elle est un message nouveau, répété, strident et dérangeant qui doit être entendu et qui doit se traduire partout, dans toutes les sphères de décision. » Une manière également de dire son assentiment aux propos de la veuve d'Éric Comyn qui avait accusé, la semaine dernière, « la France d'avoir tué [son] mari par son laxisme ». « La société doit se reprendre. On ne peut pas applaudir les forces de l'ordre lors des Jeux olympiques et relativiser quand l'un d'entre eux se fait assassiner sur le bord de la route », ajoute-t-il.

« Héros du quotidien », « ange gardien des Français », discret comme « le colibri qui tente d'éteindre le feu de forêt », dit le ministre, Éric Comyn a été promu ce lundi à titre exceptionnel au grade d'adjudant-chef. Il a également reçu les médailles militaires, de la gendarmerie, de la sécurité intérieure et a été fait chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Sports, mardi 3 septembre 2024 211 mots, p. AUJM21,AUJM22

FOOTBALL Danilo quitte le PSG Le défenseur

FOOTBALL

Danilo quitte le PSG

Le défenseur ou milieu du PSG Danilo Pereira (photo) a pris la direction d'Al-Ittihad contre une indemnité estimée à 5 millions d'euros. À 32 ans, il n'entrait plus dans les plans de Luis Enrique. Il aura joué 157 matchs et inscrit 10 buts en quatre saisons à Paris. Il jouera aux côtés de Karim Benzema et N'Golo Kanté en Arabie saoudite.

LFP : Linette sera bien candidat

Recalé vendredi dernier par l'Union des acteurs du football (UAF), Cyril Linette a finalement obtenu le parrainage de ce syndicat et peut se présenter à la présidence de la Ligue de football professionnel (LFP). L'ex-directeur général de PMU ferait donc face au président sortant Vincent Labrune et au député Karl Olive (Renaissance), qui n'a pas encore confirmé sa participation au scrutin.

Coman reste au Bayern

Un temps tenté par un départ, neuf ans après son arrivée, Kingsley Coman va rester au Bayern Munich. Pisté par Al-Hilal, l'ailier français (28 ans) privilégiait plutôt une équipe européenne.

RUGBY

Les Bleus changent d'équipementier

Après six ans de contrat avec le Coq Sportif, le XV de France va changer d'équipementier. Adidas va en effet habiller les 14 équipes de France de rugby jusqu'en 2028.

Le Figaro, no. 24891
Le Figaro, mardi 3 septembre 2024 955 mots, p. 7

International

En Thuringe, Björn Höcke fait triompher l'aile radicale de l'AfD

Le leader de ce parti d'extrême droite devenu la première force politique de la région y distille des idées révisionnistes.

Pierre, Avril

Jörg Prophet tient sa revanche. Il y a un an, suite à la mobilisation d'un collectif d'historiens qui accusaient ce militant Alternative für Deutschland (AfD) de propos révisionnistes sur la Seconde Guerre mondiale, le candidat avait échoué à remporter la mairie de Nordhausen en Thüringe. Cette ville est voisine du camp de concentration nazi de Dora, où périrent 5 000 personnes : aux yeux de Jörg Prophet, leur sort semblait moins important que celui des victimes civiles allemandes des bombardements alliés du 4 avril 1945. Des Alliés dépourvus «de morale» , animés par «la terreur et l'arbitraire» et dont le but était de «s'approprier» les technologies allemandes pour «asseoir leur domination dans le monde» , avait-il lancé.

Le 24 septembre 2023, ces propos, donc, l'avaient empêché d'accéder à la magistrature de cette ville de 40 000 habitants. Dimanche, lors des élections régionales en Thuringe, l'affaire était oubliée : Jörg Prophet, qui avait coutume de faire sécuriser ses meetings par des militants néonazis et accusait les médias de propager des «calomnies» sur son compte, a été élu député du Parlement régional, sis à Erfurt (la capitale régionale), obtenant pas moins de 40 % des voix.

«Notre plan a fonctionné: d'abord le conseil municipal et le conseil d'arrondissement(où il fut élu sans remporter la mairie, NDLR) , et maintenant le Parlement régional» , se félicitait le candidat AfD. Dans la circonscription voisine, sa collègue AfD Kerstin Düben-Schaumann a été également élue : un résultat «grandiose», selon cette dernière.

Dimanche, c'est toute l'extrême droite de Thuringe qui jubilait. Pour la première fois dans l'histoire de l'Allemagne post-nazisme, l'AfD y est devenue la première force politique du Land avec 32,8 des voix, en hausse de 9,4 % par rapport au scrutin de 2019. La Thuringe est une région fortement agricole de 2 millions d'habitants, dotée néanmoins d'un puissant pôle industriel de pointe situé à Jena et à Eisenach. Le parti de gauche Die Linke qui dirigeait le gouvernement régional depuis dix ans, en coalition avec le SPD d'Olaf Scholz et les Verts, a été balayé. Le tout nouveau parti populiste de gauche (Alliance Sahra Wagenknecht) - qui s'aventure à l'occasion sur les plates-bandes de l'AfD - a remplacé Die Linke, avec 15 % des voix.

«Il s'agit d'une journée noire, effrayante» , s'inquiète lors d'un entretien avec Le Figaro Jens-Christian Wagner, directeur du Mémorial des camps de concentration de Buchenwald (proche de Weimar en Thüringe) et de Dora, très actif dans la mobilisation passée contre Jörg Prophet. «Pour quelqu'un qui s'est engagé depuis des décennies dans la lutte contre les crimes nazis, il est bouleversant et déprimant de voir l'extrême droite devenir le premier parti, pour la première fois depuis 1945.»

Fin 1932, la Thuringe fit office de marchepied à Hitler dans son accession au pouvoir. Après-guerre, c'est ici que les politiciens de l'AfD ont particulièrement tenté d'assimiler la culture du souvenir au «culte de la culpabilité», concept élaboré en 1980 par Franz Schönhuber, ancien sous-officier de la Waffen SS et instructeur de la division Charlemagne.

Son représentant victorieux dimanche dans la région, Björn Höcke, appartient à la branche radicale du parti, baptisée l'Aile. Il s'est plusieurs fois affiché lors de manifestations néonazies. Avant les élections, cet idéologue était critiqué au sein même de son parti, qui lui reprochait d'agiter la promesse de « grands soirs » conquis par la force plutôt que de privilégier la perspective d'une gouvernance politique. Dimanche soir, ce professeur d'histoire de 52 ans changeait de posture. Enclin à des «coopérations avec d'autres partis» ,il se disait également «prêt à prendre des responsabilités pour gouverner».

L'offre a été aussitôt rejetée, d'abord par la CDU, arrivée en deuxième position. «Les électeurs savent que nous ne faisons pas de coalition avec l'AfD» , a tranché le secrétaire général des conservateurs, Carsten Linnemann. Le lendemain, c'est Olaf Scholz qui fermait la porte à toute alliance avec l'AfD qui, selon lui, «nuit à l'Allemagne, affaiblit l'économie, divise la société et ruine la réputation de notre pays». Malgré son impopularité grandissante, qui s'est traduite par une nouvelle érosion de son parti en Thuringe (7 %), le chancelier social-démocrate a appelé «tous les partis démocratiques à former des gouvernements stables et sans l'extrême droite».

Une véritable gageure. Pour ce faire, la CDU devrait théoriquement s'allier avec l'Alliance Sahra Wagenknecht, dont une grande partie des responsables n'ont quasiment aucune expérience politique, et dont le populisme de gauche représente l'exact contraire de la démocratie chrétienne. Les conservateurs ont part ailleurs exclu de gouverner avec Die Linke.

En 2019, l'AfD, arrivée seconde, était parvenue à agréger les voix de la CDU pour faire élire à la présidence du parlement un candidat FDP, alternatif à Die Linke. Le vote avait suscité un séisme politique et brisé la carrière de la dauphine d'Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer. «Aujourd'hui, l'AfD a tellement dérivé vers la droite qu'il faudra de longues années pour stopper ce processus et parvenir peut-être à une normalisation du parti. Et Björn Höcke n'est pas la bonne personne pour cela», estime Thorsten Faas, politologue à l'Université libre de Berlin.

À défaut de gouverner, l'extrême droite, qui disposera par ailleurs d'une minorité de blocage au parlement de Thuringe, pourrait entraver le fonctionnement de l'Assemblée, bloquer la nomination de juges ou compromettre les décisions du Bureau de protection de la Constitution (services de renseignement). Le Bundesamt für Verfassungsschutz surveille justement et sanctionne les activités délictueuses du parti.

«Les idées révisionnistes de l'AfD vont continuer à s'installer dans les esprits, renchérit le conservateur du Mémorial de Dora, Jens-Christian Wagner. Et, dans le pire des cas, comme nous sommes financés par des fonds régionaux, nous pourrions devoir cesser notre travail éducatif.»

Le Monde
France, mardi 3 septembre 2024 1082 mots, p. 10

Une mission ardue dans un délai de dix ou quinze jours

Le prochain gouvernement aura peu de temps pour imprimer sa marque sur le projet de budget avant de trouver un compromis au Parlement

De. C.

Quel qu’il soit, le prochain ministre de l’économie et des finances aura pour première tâche un objectif digne de Mission impossible : boucler un budget en dix jours, quinze maximum, compte tenu des délais constitutionnels. Puis le faire voter.

Choisir des prioritésLe nouvel argentier de l’Etat ne partira pas de rien. Sur son bureau, au sixième étage de Bercy, il trouvera un projet de budget pour 2025 élaboré par les ministres démissionnaires Bruno Le Maire et Thomas Cazenave, ainsi que les lettres envoyées dans les ministères le 20 août pour fixer des plafonds de dépenses. Mais devra-t-il rester fidèle à ce texte, qui, pour l’essentiel, reconduit le budget initial de 2024, sans hausse ni baisse, et pérennise les économies décidées en urgence au premier semestre ? Ou au contraire imprimer sa marque dans un sens ou un autre ?

Rien de moins neutre qu’un budget. C’est ici, dans chacune de ses innombrables lignes, que se concrétisent la plupart des choix politiques. Or les projets des différents partis qui se disputent le rôle-clé dans la nouvelle Assemblée ont peu en commun.

Pour la coalition de gauche arrivée en tête, l’essentiel est de « répondre à l’urgence sociale, au défi climatique, à la réparation des services publics » et de créer « plus de justice fiscale ». Cela passe par d’importantes dépenses publiques, assorties de nouveaux impôts. Ainsi le programme du Nouveau Front populaire (NFP) prévoit-il d’augmenter de 10 % le point d’indice des fonctionnaires, de revaloriser d’autant les aides au logement, d’investir dans l’écologie, etc. Sans oublier l’abrogation de la réforme des retraites, prônée aussi par le Rassemblement national (RN), qui accroîtrait les pensions à verser. Au total, le NFP a estimé le coût de son programme à 25 milliards d’euros en 2024, puis à 100 milliards en 2025.

La droite, à l’inverse, souhaite réduire les impôts, « remettre de l’ordre dans les comptes ».Dans leur « pacte législatif d’urgence », le patron des députés la Droite républicaine à l’Assemblée, Laurent Wauquiez, et celui du parti Les Républicains (LR) au Sénat, Bruno Retailleau, proposent d’économiser 25 milliards d’euros. Les macronistes, de leur côté, tiennent avant tout à préserver la politique de l’offre, favorable aux entreprises, dans l’idée de lever les freins à l’initiative privée pour soutenir la croissance. Ils veulent aussi ramener le déficit budgétaire à 3 % du produit intérieur brut en 2027, contre 5,5 % en 2023, comme ils s’y sont engagés.

Augmenter les dépenses ou les diminuer, relever les impôts ou les alléger, respecter ou non les objectifs européens, jouer la continuité ou marquer une rupture : à ce stade, tous les choix restent à faire. Encore faudra-t-il trouver ensuite une majorité qui les soutienne. Ou, du moins, qui ne s’y oppose pas au point de faire tomber le gouvernement.

Dépenser mieux Créer un fonds de rénovation énergétique, accroître encore le budget de l’armée, donner des moyens supplémentaires aux hôpitaux… Les idées de dépenses ne manquent pas. Trouver des économies se révèle plus ardu. LR propose de supprimer « les agences paraétatiques inutiles ». En tant que président des députés macronistes, Gabriel Attal suggère de « s’appuyer sur les revues de dépenses effectuées pour prendre des décisions fortes » et « éteindre les dépenses publiques qui n’atteignent pas leurs objectifs ». Les lettres plafonds donnent un avant-goût des possibilités, avec des coupes dans le budget d’organismes comme France Travail ou France Compétences, dans les aides à l’apprentissage ou celles à l’achat de voitures électriques. Mais, à chaque fois, ces efforts provoquent des levées de boucliers parmi les intéressés et leurs relais au Parlement.

Au-delà des gestes politiques structurels, la question des dépenses doit aussi être appréciée en fonction de la conjoncture. « Il faut être extrêmement vigilant à ne pas casser la croissance »par des mesures d’austérité prises à contretemps, souligne Philippe Brun, député (Parti socialiste, PS) de l’Eure et vice-président de la commission des finances. Les chiffres publiés le 30 août par l’Insee incitent à la prudence : le PIB français a progressé de tout juste 0,2 % au deuxième trimestre, si bien qu’il ne devrait guère augmenter que de 1 % sur l’année.

La gageure des impôts Accroître certaines dépenses, en freiner d’autres ne sera toutefois sans doute pas la partie la plus compliquée pour le nouveau ministre. « Modifier la fiscalité est autrement plus compliqué techniquement et juridiquement, sans compter la question politique,met en garde un fin connaisseur de cette machinerie. Bon courage ! »

Pour contenir le déficit budgétaire, plusieurs pistes déjà lancées semblent relativement consensuelles. L’une consiste à taxer les rachats d’actions, l’autre à mieux calibrer la contribution sur la rente inframarginale, cette taxe sur les superprofits de l’électricité qui n’a rapporté que 300 millions d’euros en 2023, alors que le gouvernement en attendait initialement 12,3 milliards.

Au-delà de ces deux sujets, de nouvelles mesures s’annoncent complexes à faire passer, la droite considérant désormais toute hausse des impôts comme une « ligne rouge » impossible à franchir, dans la mesure où la France affiche déjà le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé de l’Union européenne. Pour la gauche, au contraire, l’équité implique d’imposer davantage « les foyers les plus aisés et les multinationales »,selon le projet présenté le 12 août par Lucie Castets pour le NFP. Imposer les milliardaires « est politiquement et financièrement inévitable », juge l’économiste Jean Pisani-Ferry, un temps proche d’Emmanuel Macron, dans Les Echos du 30 août. Il reprend l’idée avancée par son collègue Gabriel Zucman d’une taxe mondiale d’au moins 2 % sur le patrimoine des ultrariches. Mais trouver un accord international sur le sujet n’a rien d’acquis.

Maîtriser la dette Entre les recettes et les dépenses, quel solde viser ? C’est la question-clé, sur laquelle se joue en grande partie la crédibilité du pays. Après le dérapage incontrôlé de 2023, le gouvernement Attal s’était engagé à ramener le déficit public à 5,1 % du PIB en 2024, puis à 4,1 % en 2025. Tout nouveau décalage risque d’inquiéter les investisseurs, voire de provoquer une crise financière. Mais comment tenir la promesse sans austérité douloureuse ni matraquage fiscal ? Le suspense vaut presque celui de Mission impossible.

L'Humanité
lundi 2 septembre 2024 574 mots, p. 7

François Ruffin invite la gauche à « jeter des ponts » pour « gagner »

Anthony Cortes

Picardie debout Dans sa circonscription, à Flixecourt, le député de la Somme a fait sa rentrée politique accompagné de plusieurs représentants du Nouveau Front populaire, comme Clémentine Autain ou Sébastien Jumel. Avec un objectif : pousser son camp à « s'adresser à tous » pour « réunir la France des quartiers et celle des clochers ».

Flixecourt (Somme), envoyé spécial.

E n avril, il y a la chasse aux oeufs. En août, celle aux symboles politiques qui signent parfois des déclarations d'intention. Dans son bastion de Flixecourt, samedi 31 août, François Ruffin, député (Picardie debout) de la Somme, fait de sa rentrée politique une fête de village. Comme pour mieux conjurer le souvenir de sa fin d'année : son divorce avec la France insoumise et sa difficile réélection à l'Assemblée nationale. Sur le chemin qui mène aux débats pour « gagner », entre l'urgence de « se faire aimer » et de tirer des « leçons des deux fronts », un lot d'activités est parsemé. Un chamboule-tout de la Macronie, un jeu du « Qui est-ce ? » grandeur nature reprenant un certain nombre de prétendants à l'Élysée, une pétanque où il est primordial de viser juste pour l'emporter... Et des costumes de sumotori (lutteurs japonais), sont à disposition de qui veut jouer à la bagarre - pour mieux devenir des poids lourds capables d'en renverser d'autres. En fond sonore, des chants militants historiques, puis un tube des Fatals Picards pleurant une gauche « partie » en même temps que le père.

Aux côtés de Ruffin, pas de chefs de parti, ni de prétendants à Matignon, mais des représentants de toutes les forces du Nouveau Front populaire (NFP), élus des « tours » comme des « bourgs ». Des socialistes comme le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel ; des communistes tels que le député du Cher, Nicolas Sansu ; des écologistes, avec la présence de l'ancienne députée européenne Karima Delli. Quelques électrons libres comme Clémentine Autain, Alexis Corbière ou Pierre Larrouturou. Et deux parlementaires insoumis, Damine Maudet et Leïla Chaibi.

« Briser les murs pour faire France ensemble»

« Cette journée est un modèle de respiration politique populaire, festive et joyeuse, se réjouit Sébastien Jumel, ancien député PCF de Seine-Maritime. Aujourd'hui, la gauche est rassemblée, diverse, et ne renonce à s'adresser à aucune France. » Car, pour l'emporter, tout ce petit monde assure être réuni autour d'un objectif commun : pousser toute la gauche à se « réconcilier ». « J'entends souvent que je suis attaché à la France rurale industrielle, observe François Ruffin. Non, je suis attaché à la France en entier, pas à moitié. Moi, je ne veux pas diviser, je veux réunir la France des quartiers et celle des clochers. La gauche doit être le camp qui brise les murs et jette des ponts. Pour faire France ensemble ! »

Alors que François Ruffin s'avance à la tribune pour s'adresser aux 1 600 fidèles réunis face à lui, certains de ses partisans s'interrogent. Comment entend-il convertir ces intentions en chemin concret ? Va-t-il annoncer la création d'un mouvement pour peser sur ce NFP dont il regrette qu'il « n'existe pas de lieu de débats » ? La réponse est négative : « On dit " Ruffin, il a une traversée du désert" , si le désert c'est ne pas être dans la tambouille, ne pas à avoir à fréquenter d'apparatchiks, je signe pour les vingt-cinq prochaines années ! lance-t-il à la foule. Pas mal de gens me disent, " nous, on veut le parti" , mais le parti, il existe, c'est Picardie debout ! » Comme un retour à la case départ.

Libération
lundi 2 septembre 2024 467 mots, p. 11

AUTRE

Sans LFI ni parti, Ruffin trace sa route

CHARLOTTE BELAÏCH

AUTRE

Pour la première fois, le député de la Somme François Ruffin organisait samedi sa rentrée à Flixecourt, dans sa circonscription. Une journée à son image, sorte de grande kermesse avec jeux gonflables pour les enfants, chambouletout pour les adultes, odeur de merguez et fanfare. 1 600 personnes sont venues, plus que le seuil de 1 000 à partir duquel ses soutiens considéraient que l'événement serait une réussite.

Venus le soutenir, l'écolo Karima Delli ou le communiste Sébastien Jumel. Egalement présents, le président du conseil département de Seine- Saint-Denis Stéphane Troussel, la députée Génération·s Sophie Taillé-Polian, les insoumis Damien Maudet et Leïla Chaibi mais aussi Clé- mentine Autain, Raquel Garrido, Danielle Simonnet et Alexis Corbière, qui ont tous rompu avec Mélenchon. «Ça fait deux ans qu'on s'est coalisés et ça tient», se félicite Garrido, même si, dans la bande, certains regrettent un peu de voir Ruffin rester en lisière du groupe, comme à son habitude.

Cette journée était en préparation depuis des mois, pensée comme une étape de son affirmation. Le député n'est jamais tout à fait parvenu à convaincre de sa volonté d'aller plus loin. «C'est un velléitaire», répète-t-on souvent à gauche. Beaucoup pariaient qu'il n'oserait jamais «tuer le père» et qu'il finirait par laisser la place à Mélenchon, qui ne renoncerait que contraint.

Mais la dissolution a tout accéléré. La rupture, finalement, a été brutale.

Ruffin, désormais, doit avancer en dehors de tout cadre partisan. Aussi libre que seul. Pendant les négociations du Nouveau Front populaire, qu'il a lui-même lancées, il a pu mesurer le poids des partis, leur façon de reprendre la main, et de la garder serrée. «Il pouvait être un bon capitaine d'équipe pour Matignon mais personne ne voulait vraiment que ce soit lui», regrettait un proche cet été.

L'essayiste s'est rendu compte qu'il ne lui suffirait pas de s'affirmer face aux partis. Il lui faut s'imposer. Pas à pas, il poursuit son chemin, avec un film sur le travail qui doit sortir cette année et une tournée d'avant-première pour l'accompagner. «Il y a un écart entre le poids de François dans les partis et son capital auprès des Français», assure un soutien. Dans son entourage, certains veulent s'en servir comme d'un avantage, en faisant le récit de l'homme libre, porté par le peuple, face aux vieux partis. David contre Goliath à l'heure du dégagisme. Mais beaucoup, à gauche, pensent que ça ne suffira pas. «Là, il a été un peu pris de court, mais il va falloir jouer avec les armes des partis, on entre dans la deuxième phase de structuration, rassure Baptiste de Fresse de Monval, maire écolo de Margny-sur- Matz (Oise). Les gens arrivent quand ça devient sérieux et on est en chemin.» A lire en intégralité sur Libé.fr

Le Monde
International, lundi 2 septembre 2024 1039 mots, p. 5
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31 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Au Brésil, la justice ordonne la suspension de X

Le réseau social n’a pas accédé à la demande du juge Moraes de supprimer plusieurs comptes problématiques

Bruno Meyerfeld

Sao Paulo - correspondant - Immédiate, complète et intégrale »: trois mots, aussi cinglants qu’implacables, ont fait tressaillir, vendredi 30 août, le plus grand pays d’Amérique latine. Alexandre de Moraes, juge au Tribunal suprême fédéral (TSF), a ordonné la suspension au Brésil du réseau social X, propriété d’Elon Musk. Un nouveau chapitre du duel qui oppose aujourd’hui le milliardaire à la plus haute juridiction brésilienne, mais certainement pas son épilogue.

Le magistrat a donné vingt-quatre heures à l’Agence nationale des télécommunications pour faire entrer la mesure en vigueur. Ordre a également été donné aux fournisseurs d’Internet d’ « introduire des obstacles technologiques »afin d’empêcher le fonctionnement de X « sur le territoire national » , tant sur smartphone que sur ordinateur. Les internautes récalcitrants, qui tenteraient d’user d’un VPN afin de contourner l’interdiction, encourent une amende de 50 000 reais (8 000 euros).

« Dictateur diabolique »

Aussi brutale soit-elle, la décision est tout sauf une surprise et couvait depuis des mois, si ce n’est des années. Alexandre de Moraes, bête noire de l’extrême droite, est chargé des principales enquêtes visant l’ex-président Jair Bolsonaro (2019-2023), ses proches et ses partisans. Plusieurs d’entre elles concernent la diffusion de fausses informations ou l’existence de « milices numériques » qui utiliseraient divers réseaux sociaux pour propager leurs messages au Brésil.

La situation se durcit après le 8 janvier 2023 et le saccage des institutions de Brasilia par des milliers de manifestants bolsonaristes. Le juge intensifie son action et ordonne le blocage par les plates-formes en ligne des comptes de personnalités accusées de menacer la démocratie ou d’avoir intenté un coup d’Etat… au grand dam d’Elon Musk, incarnation des libertariens, qui accuse Alexandre de Moraes de « censure »et refuse d’obtempérer.

En avril, le magistrat hausse le ton et ajoute le nom du milliardaire à la longue liste des suspects de son enquête sur les « milices numériques ». Ce dernier risque désormais des poursuites au Brésil pour « obstruction à la justice, organisation criminelle et incitation au crime ». Mais le puissant patron de Tesla et de SpaceX s’en moque.

Le 15 août, le juge élève à 200 000 reais (32 000 euros) l’amende quotidienne imposée à la plate-forme pour son refus de suspendre des profils – une amende que le réseau social ne paie pas. Deux jours plus tard, Elon Musk réplique et annonce la fermeture des bureaux de X au Brésil, alléguant, sans présenter de preuves concrètes, qu’Alexandre de Moraes aurait menacé d’envoyer en prison certains de ses employés.

L’entreprise n’a désormais plus de représentant légal dans le pays et contrevient à la loi brésilienne en la matière. C’en est trop pour le magistrat, qui, le 28 août, lance un ultimatum et donne vingt-quatre heures à X pour nommer un représentant légal, au risque d’être suspendu. Mais l’insolent milliardaire refuse de s’exécuter, et Alexandre de Moraes tient parole : la plate-forme est retirée de l’Internet brésilien.

Visiblement outré qu’on ose lui tenir tête, le chef d’entreprise s’est répandu en ligne. « La liberté d’expression est le fondement de la démocratie et, au Brésil, un pseudo-juge non élu est en train de la détruire à des fins politiques », écrit-il sur X, après avoir traité Alexandre de Moraes de « dictateur diabolique », de « tyran », comparé au lugubre sorcier Voldemort dans Harry Potter ou aux méchants Sith de Star Wars.

« Elon Musk a eu une réaction attendue. Il emploie, au Brésil, les mêmes méthodes qu’il a déjà utilisées ailleurs, en Australie ou en Europe. Il crée des conflits publics avec les institutions démocratiques pour obtenir le droit de ne rendre de comptes à personne à propos de sa plate-forme », décrypte Bruna Santos, activiste à l’ONG Digital Action, qui lutte pour protéger la démocratie et les droits de l’homme contre les menaces numériques.

« Certes, ce bannissement d’un réseau social est une mesure brutale et extrême en démocratie. Mais ce n’est pas une première au Brésil », ajoute Bruna Santos. La messagerie cryptée Telegram, dont le cofondateur Pavel Durov a été mis en examen en France, a déjà été bloquée temporairement dans le pays en 2022 et 2023. « Face aux refus de la plate-forme d’obéir à la loi ou de s’acquitter de ses amendes, le TSF n’avait guère d’autre choix », tranche l’activiste.

« Pour qui se prend-il ? »

Vendredi, les bolsonaristes ont logiquement fait bloc pour défendre Elon Musk. « La dictature continue », a réagi en ligne (et en anglais) le député d’extrême droite Nikolas Ferreira, 28 ans seulement mais déjà présenté comme un successeur à Jair Bolsonaro. « La censure est passée en force et le Brésil intègre désormais la liste honteuse des pires dictatures », a tonné sa collègue députée Bia Kicis.

Le compagnonnage entre Jair Bolsonaro et Elon Musk remonte à plusieurs années. En mai 2022, celui qui est encore président recevait chaleureusement le milliardaire dans un hôtel de luxe de l’Etat de Sao Paulo, dans le sud-est du pays. Enjoué, Jair Bolsonaro qualifiait alors pompeusement son invité de « mythe de la liberté » et lui remettait l’ordre national du Mérite pour « services rendus » au Brésil.

L’hommage au patron libertarien sympathisant de Donald Trump a hérissé la gauche locale, où la décision d’Alexandre de Moraes a largement été applaudie. Elon Musk s’est vu qualifié, vendredi, de « playboy gâté, brutal et arrogant » par la présidente du Parti des travailleurs, Gleisi Hoffmann. « Pour qui se prend-il ? Il doit respecter la décision de la Cour suprême brésilienne ! », a réagi, de son côté, le président de la République, Luiz Inacio Lula da Silva.

Reste à savoir combien de temps durera cette suspension et quelles seront les conséquences à terme sur les autres entreprises d’Elon Musk présentes au Brésil. Le juge Alexandre de Moraes a parallèlement ordonné le blocage des comptes bancaires de Starlink. Une décision critiquée par beaucoup de juristes, mais aussi par une partie de la population vivant dans des zones isolées et, en particulier, en Amazonie, très dépendante de ce service d’accès à Internet. p

Le Figaro, no. 24890
Le Figaro, lundi 2 septembre 2024 806 mots, p. 4

Politique

À Levens, Éric Ciotti lance l'Union des droites pour la République

Galiero, Emmanuel

C'est une forme de renaissance. Finalement, nous revenons à l'esprit de notre famille politique. L'UDR, c'était 68. C'était lorsque la France était au fond du trou, la capacité de rebond à porter une nouvelle espérance. C'est ce que nous faisons dans la fidélité du parti gaulliste.»Happé par les micros et les caméras juste après son discours de rentrée politique, Éric Ciotti explique le sens de son projet dévoilé devant plus de 2 000 militants rassemblés à Levens (Alpes-Maritimes). Dans le prolongement de son alliance électorale aux législatives avec le RN, qui lui a valu une rupture avec les principaux cadres d'un parti LR qu'il préside toujours, le parlementaire poursuit ainsi son projet d'union des droites en estimant qu'il est « le seul chemin possible »pour redresser la France. Message qu'il a répété dimanche sur TF1, en parlant d'un « nouveau cap »pour la droite, «sans compromissions».

Éric Ciotti, qui se pose en rassembleur de « tous ceux qui aiment la France et qui ne se résolvent pas au déclin français » , précise également qu'il serait prêt à censurer « volontiers » tout gouvernement de gauche. « M. Cazeneuve est un socialiste. C'est quand même assez inédit de penser que le salut viendra du socialisme, héritier du hollandisme » ,ajoute l'élu. Pour autant, se vantant de vouloir avancer sur un chemin d' « indépendance » , il n'envisage pas de soutenir l'hypothèse d'un premier ministre de droite, comme l'a proposé Nicolas Sarkozy, dès vendredi, dans les colonnes du Figaro.

Éric Ciotti s'est montré même très critique à l'égard de l'ancien président de la République. « Je ne partage en rien, depuis des années, son approche favorable au macronisme. Et je dénonce le fait qu'il n'ait cessé de fragiliser notre famille politique en prônant cet accord avec Emmanuel Macron » ,a déclaré le nouveau président de l'UDR, avant d'ajouter : « Je crois que le président Sarkozy s'abîme dans ces discours qui aujourd'hui ne portent plus, que l'on n'écoute plus et que l'on n'entend plus. Je regrette qu'il en soit réduit, parce qu'il méritait mieux, à être, quelque part, le petit télégraphiste du président Macron. »Quant à Laurent Wauquiez, qui refuse de participer à un gouvernement rassemblant « des gens qui ne pensent absolument pas la même chose » ,Éric Ciotti estime qu'il a «raison».

En lançant l'UDR, le chef des LR ne s'exclut-il pas des Républicains ? Ils seront sans doute nombreux chez ses anciens amis à penser que le discours prononcé à Levens samedi est une clarification. Interrogé sur ce sujet, Éric Ciotti répond par la négative en assurant que sa démarche consiste, à ce stade, à conserver sa présidence pour engager une « transformation »des Républicains. On sait cependant que des initiatives sont prises en coulisses pour tenter de trouver une porte de sortie et mettre fin à la crise du parti LR, qui risquerait de se prolonger éternellement dans les tribunaux. Car, finalement, du côté des partisans de Wauquiez comme de ceux de Ciotti, chacun constate que personne n'a vraiment intérêt à nourrir une confusion qui finit par agacer les militants.

Accueilli comme une rock star

En attendant, parmi les ciottistes qui ont accueilli leur chef comme une rock star dans son fief des Alpes-Maritimes, samedi, nombre d'entre eux applaudissent son initiative. « Finalement, il n'est pas si seul » ,glisse l'un avec un sourire. « Il a raison parce qu'il faut un renouveau et c'était la meilleure façon de le faire » , juge Gérard, comme Lucas, un peu plus jeune, qui voit dans ce projet de l'UDR une occasion de mettre un terme aux « divisions »qui minent la droite. « Il faut une nouvelle union des droites pour préparer 2027 » ,soutient-il. Pour sa part, Paul, 75 ans, juge l'idée « extraordinaire »et croit urgent de reconstruire quelque chose sur les « ruines »des LR. Les adhésions à l'UDR ont été lancées samedi.

Vendredi, sous le soleil encore brûlant de Levens, Guilhem Carayon, le président des Jeunes LR, s'est présenté en héritier des résistants, de « ceux qui n'ont jamais tergiversé ».Christelle D'Intorni, la seule députée sortante qui avait choisi de suivre Éric Ciotti dans sa stratégie d'alliance, a également fustigé les « accords contre-nature »aux législatives. « Ici, on chante Sardou et on aime Delon. Ici, la France est chez elle » ,a enchaîné Éric Ciotti. Contre la « conjuration des impuissants... de Christian Estrosi à Xavier Bertrand »et le « parti unique qui préfère Mélenchon à l'union des droites » ,le député des Alpes-Maritimes s'est engagé à refonder l'UDR sur « trois piliers »: « La liberté pour sortir du socialisme, l'identité pour conserver ce que nous sommes et l'autorité. » Tout un programme, qu'il souhaite bâtir loin du « Paris mondain coupé des réalités » ,avec des mesures «inédites et fortes».

Un drone survole les tables tricolores. Un grand drapeau s'agite derrière les promesses politiques d'Éric Ciotti : « Nous serons au rendez-vous de l'histoire. Ce sera notre victoire ou le chaos. » E. G. à Sivens (Alpes-Maritimes)

Libération
lundi 2 septembre 2024 1603 mots, p. 4,5

ÉVÉNEMENT

Soumission chimique : l'angle mort des soignants

MARLÈNE THOMAS

ÉVÉNEMENT

L a violence s'ancre dans le doute, s'enracine dans les «peut-être». Dans le cas de Gisèle P., l'incertitude prend la forme de près de dix ans de fatigue, de pertes de mémoire et de douleurs gynécologiques inexpliquées. Entre 2011 et 2020, droguée au Temesta et parfois au Zolpidem – des anxiolytiques de la famille des benzodiazépines – par son mari, Dominique P., elle a été violée par des dizaines d'hommes recrutés en ligne. Pendant cette décennie, Gisèle P. consulte plusieurs médecins, alertée, comme ses proches, par ses absences répétées.

Un scanner cérébral ne montre aucune anomalie, tandis qu'une échographie révèle une «grosse inflammation du col de l'utérus» inexplicable. Dix ans d'errance médicale durant lesquels aucun médecin n'identifie une soumission chimique. Ce mode opératoire visant à administrer, à l'insu ou de force, une substance psychoactive à une personne à des fins criminelles ou délictuelles (des violences sexuelles dans la majorité des cas) reste encore méconnu des soignants. «La soumission chimique et plus largement les violences, ce n'est pas ce à quoi on va penser en premier», reconnaît Emeline Pasdeloup, médecin généraliste à Gien (Loiret) et coresponsable du groupe de travail sur les violences interpersonnelles du Collège de médecine générale.

«ENJEU DE SANTÉ PUBLIQUE» Le procès des viols de Mazan devrait permettre de déterminer si le doute a surgi dans le secret des cabinets médicaux. Et le cas échéant, s'il a été balayé. Il faut dire que les violences subies par Gisèle P. bousculent les présupposés qui cantonneraient la soumission chimique à des violences sexuelles commises par un inconnu usant du GHB, connu comme la «drogue du violeur», en boîte de nuit. Lancée en 2003, l'enquête «Soumission chimique» de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) objective que 43 % des 82 cas «vraisemblables» recensés en 2021 ont eu lieu dans la sphère privée contre 20 % dans les lieux festifs. Plus de 41 % des auteurs sont connus de la victime. «Les cas que l'on voit se passent beaucoup dans le cadre intrafamilial, mais aussi dans la sphère amicale», appuie le pro- fesseur Jean-Claude Alvarez, chef de service du laboratoire de pharmacotoxicologie du CHU de Garches (Hauts-de-Seine) et expert auprès de la Cour de cassation. Quant aux substances utilisées, il s'agit de plus en plus de drogues illicites. Mais la majorité se déniche toujours en pharmacie (56 % de benzodiazépines, opioïdes et autres sédatifs). L'enquête de l'ANSM, au début des années 2000, a fait de la soumission chimique un «enjeu de santé publique», rappelle Leïla Chaouachi, pharmacienne au centre d'addictovigilance de Paris et rapporteure de cette étude. Sans que cela ne se traduise pour autant par une sensibilisation accrue des soignants : celle-ci est encore aujourd'hui le fruit de bonnes volontés individuelles. «Il y a une quantité astronomique de sujets dans le cursus et la soumission chimique a toujours été perçue comme un épiphénomène», relève Leïla Chaouachi, tout en reconnaissant que «ce n'est pas le quotidien d'un médecin ou d'un pharmacien». Parmi les sept soignants interrogés par Libération, aucun n'en a entendu parler durant ses études. Tous y ont pourtant déjà été confrontés au moins une fois dans leur carrière. En 2021, l'ANSM faisait état de 727 signalements suspects, et 1 229 en 2022, dans le sillage de la vague #MeTooGHB. Un décompte partiel, puisqu'il s'appuie majoritairement sur les dépôts de plaintes, et que seulement 6 % des victimes de violences sexistes et sexuelles se manifestent auprès des forces de l'ordre ou de la justice. «Il y a eu l'an dernier une vague de patients ayant subi une soumission chimique en boîte de nuit. On n'a pas eu de formation spécifique pour autant, regrette Camille Graffin, 29 ans, interne en médecine d'urgence à Grenoble. On regardait dans l'urine et le sang de ces personnes toutes les drogues qu'on peut détecter. Ensuite, on voyait si elles voulaient porter plainte. La prise en charge psychologique est assez bâclée. C'est dramatique.» «RETROUVER LA MOLÉCULE» Les conséquences de ces violences sont pourtant majeures : maladies chroniques, état de stress post-traumatique, dépressions… «L'amnésie ne protège pas. L'incertitude sur ce qui aurait pu se passer est très difficile pour les victimes», remarque Dorothée Charre, psychiatre de 38 ans au CHU de Marseille et autrice d'une thèse sur la soumission chimique. Emeline Pasdeloup se souvient, elle, d'une consultation «perturbante» alors qu'elle était encore interne. «La patiente n'était pas sûre de ce qui lui était arrivé en soirée, la veille. Elle voulait tout de suite passer des tests urinaires.

Son discours était assez décousu. Je me suis posé la question d'une pathologie psychiatrique et l'ai finalement orientée dans une unité médico-judiciaire, déroule la médecin. Est-ce qu'il y a une prise de sang à prescrire ? Quels sont les délais ? Aujourd'hui, je ne saurais pas dire.» L'élimination rapide des composés dans le corps nécessite d'agir vite. «Si un médecin non formé vous envoie vers un laboratoire de ville, le prélèvement sanguin ou urinaire va être envoyé à des gros laboratoires privés qui font de l'immuno-analyse. Il n'y a aucune chance de retrouver la molécule», pointe Jean-Claude Alvarez en notant que «la plupart des labos habilités se trouvent dans les CHU». Faute d'un protocole clair pour les soignants, de faux négatifs entravent ainsi régulièrement l'accessibilité à la preuve. La députée Sandrine Josso (Les Démocrates), elle-même victime de soumission chimique, estime «avoir eu de la chance» : «Si ça m'était arrivé à La Baule, où j'habite, ces traces n'auraient pas pu être décelées.» L'intérêt de l'analyse capillaire reste également trop souvent ignoré. «Elle permet de retrouver trois ou six mois plus tard les substances que les victimes ont prises à leur insu», note la députée. A l'origine de la mission parlementaire sur la soumission chimique, qu'elle espère pouvoir relancer dès la nomination d'un Premier ministre, Sandrine Josso appelle à «développer» cette technique onéreuse, que la justice prend en charge en cas de dépôt de plainte.

Consciente de l'urgence, Ghada Hatem- Gantzer, gynécologue et fondatrice de la Maison des femmes, assure depuis février avec Leïla Chaouachi des formations dédiées. «Les soignants que je forme sont comme moi, ils découvrent le sujet. Avant le témoignage de Caroline Darian [la fille de Gisèle P., qui a révélé l'affaire de Mazan ndlr], je ne m'étais jamais posé la question en ces termes. On ne peut pas penser à quelque chose dont on ne nous a jamais parlé», insiste la gynécologue de 65 ans. Le questionnement systématique des violences, effectué par seulement 3 % des généralistes malgré la recommandation de la Haute Autorité de santé, peut aussi servir d'appui. «Même si la personne ne sait pas qu'elle a été victime de violences en raison de la soumission chimique, si elle le suspecte, si un jour ça lui revient en mémoire, elle saura qu'on est capable de l'entendre», souligne Gilles Lazimi, médecin généraliste de 66 ans et militant associatif.

«RÉDUIRE LES RISQUES» «Certaines victimes s'ignorent mais il ne faut pas en faire une généralité. Dans la majorité des cas, elles ont la puce à l'oreille. Il est question de leur demander d'écouter leurs doutes», cadre Leïla Chaouachi. Un Doliprane à la forme inhabituelle glissé par son conjoint, un réveil dans son lit déshabillée… Accompagner leurs interrogations est d'autant plus crucial que les symptômes d'une soumission chimique ne sont pas spécifiques. «Il peut y avoir une amnésie, des troubles de la mémoire, parfois des vertiges, des nausées, de la fatigue. Ça peut être n'importe quel trouble neurologique, une démence, un début d'Alzheimer… Le rôle du médecin est d'abord d'écarter toutes les autres pistes possibles», poursuit-elle. Lucie Bosméan, médecin généraliste en ville et à la Maison des femmes du CHU de Grenoble, abonde : «Je dis à mes étudiants de penser aux violences dès que “ça ne colle pas”. De la même manière, quand on a tout essayé, que les douleurs ou troubles de la mémoire persistent, il faut penser à la soumission chimique.» Les professionnels de santé doivent aussi prévenir les potentiels détournements des médicaments prescrits. «On n'a pas envie d'imaginer que nos ordonnances aient de telles conséquences. On sait que ce sont des molécules à risque de dépendance, mais il faut aussi s'autoriser à penser l'horreur», lâche Lucie Bosméan. Dans le cas de Dominique P., son généraliste, qui a refusé d'être entendu dans le cadre de l'enquête, a été quasiment l'unique prescripteur des remèdes, mués en arme de crime : au moins 780 comprimés de Temesta entre 2013 à 2020, sans qu'aucune motivation n'apparaisse dans son dossier médical. «Normalement, on n'est pas censé prescrire plus de quelques semaines ces traitements», note Lucie Bosméan.

Un mille-feuille réglementaire entend pourtant limiter leur détournement. «Certains médicaments sont sur ordonnance, voire sur ordonnances sécurisées, certains avec un renouvellement tous les mois… La réglementation est pensée pour réduire les risques, mais il y a peut-être moyen de faire mieux», glisse Leïla Chaouachi. Dans les années 90, le Rohypnol, prescrit contre les insomnies et régulièrement détourné, s'est ainsi vu ajouter un colorant afin de le rendre plus facilement détectable. Le Rivotril (un puissant sédatif), dont les spécialistes avaient constaté un usage frauduleux, a aussi vu sa réglementation renforcée. Dans le cas de Gisèle P., Dominique P. a reconnu au cours de l'enquête avoir évité le Zolpidem en raison d'un goût salé, plus facilement détectable. «On ne peut en revanche pas ajouter d'amérisant dans tous les médicaments, plus personne ne les prendrait», prévient la pharmacienne. Pour Sandrine Josso, les médecins se retrouvent au carrefour du «crime parfait» : la lutte contre la soumission chimique «est une course contre la montre, contre la technologie et la désinformation».

«Les personnes que je forme sont comme moi, elles découvrent le sujet. […] On ne peut pas penser à quelque chose dont on ne nous a jamais parlé.» Ghada Hatem-Gantzer gynécologue

L'Humanité
lundi 2 septembre 2024 1265 mots, p. 10

Les Vulves assassines « On est claires et on y croit dur comme fer »

Entretien réalisé par Clément Garcia

Rock Le trio électro-punk sera sur la Grande Scène, le 13 septembre, après s'être taillé pendant deux ans la réputation flatteuse de groupe explosif. Les deux fondatrices, DJ Conant et MC Vieillard, reviennent sur leur épopée marxiste-féministe.

Vous avez arpenté toutes les scènes de la Fête de l'Humanité. Comment vivez-vous le fait de chanter cette année sur sa Grande Scène ? Vous avez fait état, cet été, d'un déferlement de haine sur les réseaux sociaux à la suite du concert que vous avez donné au festival des Vieilles Charrues. Que s'est-il passé ? Comment qualifiez-vous votre musique ? Vous avez titré votre deuxième album Das Kapital. Un hommage ou de l'humour ? Qu'est-ce que ça vous a fait d'entendre la Retraite reprise dans toutes les manifestations, jusqu'à être citée par un député à l'Assemblée nationale ? Où trouvez-vous le ressort pour déployer tant d'énergie ?

Un nom délicieusement baudelairien pour une musique sans concession. Depuis leur premier album en 2019, Godzilla 3 000, les Vulves assassines ont contribué à ressusciter le rock alternatif. Une musique vite troussée, des paroles abrasives et une énergie débordante. MC Vieillard et DJ Conant ont étoffé leur palette grâce à la guitariste Samy, pour former un trio « marxiste-féministe ». Un succès qu'elles doivent notamment à leur chanson la Retraite, bande-son des mobilisations de 2023. Arborant autocollants CGT ou tee-shirt de soutien à l'audiovisuel public, le combo affichera ses engagements devant un public qui lui avait réservé, l'année dernière sur la scène Zebrock-Nina Simone, un accueil brûlant. Place, désormais, à la scène Angela Davis.

Vous avez arpenté toutes les scènes de la Fête de l'Humanité. Comment vivez-vous le fait de chanter cette année sur sa Grande Scène ?

DJ Conant Quand on a créé le groupe, un de nos buts était de jouer à la Fête de l'Huma et c'est à chaque fois la même émotion, un rêve qui se réalise d'année en année.

MC Vieillard Qu'est-ce qu'on fera après ça ? Apprendre un autre métier, peut-être... On est arrivées au but ultime, il faudra en imaginer d'autres.

Vous avez fait état, cet été, d'un déferlement de haine sur les réseaux sociaux à la suite du concert que vous avez donné au festival des Vieilles Charrues. Que s'est-il passé ?

DJ Conant C'était un super concert et le public était en feu, puis une vidéo est sortie sur Internet. La fachosphère s'en est donné à coeur joie en laissant des centaines de commentaires pour le moins désagréables...

MC Vieillard Ce n'était pas juste désagréable, mais de l'intimidation pour que nous arrêtions. Ils s'y prennent très bien et ce n'est pas la première fois. À chaque fois qu'on a pu atteindre une grosse scène, comme à la Fête de l'Huma ou au Hellfest, c'est systématique : un déchaînement de commentaires de néonazis ou de masculinistes. C'est très violent, avec menaces de viol et de mort.

DJ Conant C'est aussi de l'intimidation personnelle. C'est insupportable pour eux que des nanas pas standard, avec une grande gueule, des trentenaires qui ont dépassé l'âge légal de médiatisation, aient cette visibilité.

MC Vieillard Et on n'est pas dans la séduction...

DJ Conant Leur but, c'est qu'on disparaisse de leurs écrans et des grandes scènes de musique. L'an passé, c'était lors de notre concert à la Fête de l'Humanité. Le lendemain, sur les réseaux sociaux, c'était un déferlement de haine sexiste et anticommuniste. On a été jetées en pâture à la meute de Twitter par une éditorialiste de l'Incorrect, un truc d'extrême droite, qui avait relayé la vidéo du concert. On a même atterri sur Radio Courtoisie, c'était la consécration ! Je ne pense pas que des groupes d'hommes qui font la même musique se prendraient ce type de commentaires dans la figure. On a une pensée tous les jours pour Aya Nakamura, qui, elle, est toute seule et se prend en plus le racisme. Mais il faut relativiser. Le déferlement de soutien a été beaucoup plus important que celui de haine.

Comment qualifiez-vous votre musique ?

DJ Conant On ne définit pas tant notre style de musique que notre positionnement. On pourrait dire qu'on fait de l'électro-punk marxiste-féministe.

MC Vieillard C'est plus un meeting déguisé que de la musique. Ce qui nous plaisait, c'était de parler d'un contenu avec une position politique très claire, enrobée dans de la musique punk. Mais depuis qu'on est écoutées, on essaie de s'appliquer un peu plus, toujours dans un style électro-punk, donc un peu bourrin.

Vous avez titré votre deuxième album Das Kapital. Un hommage ou de l'humour ?

MC Vieillard Un hommage ! Plein de personnes se demandent si c'est du second degré de s'afficher communiste avec un autocollant CGT. On est pourtant claires et on y croit dur comme fer. Et s'il y a de l'autodérision avec ce côté communiste et féministe, finalement, il n'y a pas de sens caché.

DJ Conant Ce n'est pas pour rien qu'il y a des comptines pour apprendre l'alphabet ou à compter jusqu'à dix. Pour nous, la musique est un moyen de transmission. On s'en est servi pour faire apprendre le Capital.

MC Vieillard Et ça fonctionne ! On a un public de plus en plus large. Des syndicalistes qui viennent écouter la Retraite prennent le côté féministe, et tout un public plutôt queer entend la lutte des classes.

DJ Conant C'est sûrement un pet de mouche dans la galaxie de la vie politique française, mais on fait notre part.

Qu'est-ce que ça vous a fait d'entendre la Retraite reprise dans toutes les manifestations, jusqu'à être citée par un député à l'Assemblée nationale ?

MC Vieillard Ça nous a fait marrer comme des baleines. Ce projet est né dans un garage, et il y a quelque chose d'absurde à être citées à l'Assemblée nationale. Mais ça nous flatte que nos familles nous entendent dans les cortèges et comprennent enfin ce qu'on fait. Maintenant on est rémunérées, mais pendant des années on faisait ça en parallèle de notre boulot, et tout le monde se demandait pourquoi on perdait notre temps à ces « âneries ». Et avec ce petit hymne des derniers mouvements sociaux, on est vachement fières.

Où trouvez-vous le ressort pour déployer tant d'énergie ?

DJ Conant On n'a pas fait le Conservatoire et il fallait qu'on arrive à se sentir légitimes pour monter sur scène. Parce qu'on ne sait ni vraiment chanter, ni jouer d'un instrument correctement, on écrit nos paroles et on bidouille nos instrus. Mais le public nous parle toujours de l'effet du concert qui fait lâcher les chiens. Après ça tu te sens un peu plus motivé pour aller en manif, affronter les petits tracas quand tu es une femme, queer, ou syndicaliste.

MC Vieillard Ça fait ressortir des choses pour beaucoup de gens. Il y a un côté exutoire, cathartique.

DJ Conant Quand on tient une table pour vendre nos CD ou vinyles à la fin d'un concert, pas mal de femmes viennent nous voir. C'est un peu un bureau psy. On échange et c'est cool qu'on puisse tenir ce rôle-là. 

Le Figaro, no. 24890
Le Figaro, lundi 2 septembre 2024 1256 mots, p. 2

Politique

Cazeneuve et Bertrand reçus à l'Élysée, Macron reprend les consultations

Le chef de l'État recevra ce lundi François Hollande et Nicolas Sarkozy, avant de désigner un nouveau premier ministre en début de semaine.

Gentilhomme, Célestine

Jusqu'au bout, Emmanuel Macron fait durer le suspense de Matignon. Certains espéraient voir une fumée blanche s'échapper de la Lanterne, résidence versaillaise où le chef de l'État avait posé ses valises pour le week-end. Il leur faudra encore attendre au moins le début de semaine, une fois passée la rentrée scolaire de ce lundi. Derrière le silence présidentiel, les coups de fil s'enchaînent pour tenter de résoudre l'infernale équation, alors que le pays navigue à vue sans gouvernement de plein exercice depuis plus d'un mois et demi. Le plus gros du travail a déjà été fait la semaine passée avec la rencontre des chefs de parti et représentants d'élus locaux, assure-t-on à l'Élysée. Depuis, rien ou presque ne filtre sur les derniers échanges.

De ces discussions informelles, une piste pourrait en tout cas se concrétiser dans les prochains jours : celle de Bernard Cazeneuve, dont le nom revient avec insistance depuis le refus du chef de l'État de nommer à Matignon la candidate du Nouveau Front populaire (NFP), Lucie Castets (lire page 4). L'ancien premier ministre socialiste (2016-2017) sera officiellement reçu lundi matin à l'Élysée par Emmanuel Macron, avec lequel aucun contact n'avait été jusque-là établi. Dans la même journée, François Hollande, redevenu député en juillet, s'entretiendra lui aussi avec son successeur en sa qualité d'ancien président. Nul doute que l'élu de Corrèze devrait glisser quelques mots sur celui qui l'a accompagné tout au long de son quinquennat.

L'hypothèse de l'ex-socialiste «a l'air de tenir», veut ainsi croire un ministre démissionnaire. Un de ses collègues concède : «J'ai l'impression que Macron n'arrive pas à trouver d'autres plans B.» Peu importe si les Insoumis ont déjà prévenu qu'ils voteraient la censure contre un gouvernement Cazeneuve. Rangé derrière Lucie Castets, le mouvement mélenchoniste espère toujours tordre le bras au chef de l'État, qui aurait manqué «au respect de la volonté exprimée par le suffrage universel» en disqualifiant leur prétendante. Pour accroître la pression, les députés LFI ont déposé samedi leur proposition de destitution d'Emmanuel Macron. Une procédure longue et complexe qui n'a presque aucune chance d'aboutir, puisqu'elle doit entre autres recueillir une majorité à deux tiers à l'Assemblée nationale comme au Sénat. D'autant que la manoeuvre n'est soutenue par aucun de leurs partenaires de gauche.

Une première fissure qui pourrait bien se creuser en cas de promotion de Bernard Cazeneuve. Les bancs socialistes restent divisés sur l'attitude à adopter à l'égard de leur ancien camarade, qui a pourtant assuré à ses proches qu'il mènerait une politique de gauche s'il était nommé. Sans que la promesse ne suffise à écarter complètement la menace d'une motion de censure, votée y compris par le parti de la rose. Dans le camp présidentiel, on voit aussi d'un drôle d'oeil le retour du hollandisme que la vague macroniste de 2017 avait pourtant semblé définitivement enterrer. Tout comme la candidature surprise de Ségolène Royal, qui a fait part de sa «disponibilité» pour Matignon.

À droite, Xavier Bertrand ne fait pas non plus mystère de sa disponibilité : le président LR des Hauts-de-France se verrait bien enfiler le costume de chef du gouvernement. Déjà avancé par ses proches au cours de l'été, son nom ne semblait plus jusqu'à ce dimanche en haut de la liste des premiers ministrables. «Le fait qu'il n'ait pas de nouvelles... C'est plutôt bon signe!», plaisante l'un de ses soutiens, en référence à l'habitude du chef de l'État à ne pas se laisser dicter ses choix par la pression médiatique. Le téléphone de l'ancien ministre du Travail a pourtant fini par sonner : il est lui aussi attendu lundi à l'Élysée pour échanger avec Emmanuel Macron.

Une autre option continue elle aussi de tenir la corde en coulisses. Reçu jeudi dernier par Emmanuel Macron à l'Élysée, David Lisnard n'aurait pas totalement fermé la porte de la rue de Varenne. Depuis, les discussions se poursuivent entre les deux hommes, qui auraient échangé dimanche par téléphone - ce que ne confirme pas l'entourage de l'élu de droite. Signe que la poutre travaille, le maire LR de Cannes (Alpes-Maritimes), qui faisait vendredi soir sa rentrée politique dans sa ville, a estimé que «personne ne pouvait se dérober à l'intérêt national».

Un grand pas de côté au regard du refus catégorique de sa famille politique de rentrer dans une coalition gouvernementale. Mais une réponse à l'appel de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro, pour lequel la droite doit «assumer sa capacité à gouverner». L'ancien chef de l'État sera d'ailleurs lui aussi convié ce lundi à l'Élysée, où devrait se jouer l'un des derniers bras de fer pour décrocher Matignon.

Certains voient donc en David Lisnard un profil idéal pour «couper les deux bouts de l'omelette», selon la célèbre formule d'Alain Juppé. «La solution du président de l'Association des maires de France (AMF) coincerait la droite et embarrasserait beaucoup les socialistes», avance un conseiller de l'exécutif. À la tête de l'AMF depuis 2021, le patron de Nouvelle Énergie a en effet appris à travailler avec des édiles de gauche comme de droite. Les rumeurs lui prêtent aussi des ambitions ministérielles au sein d'un éventuel gouvernement Cazeneuve, au point de le voir place Beauvau en remplacement de Gérald Darmanin.

Les lignes bougent encore à droite, où d'autres n'excluent pas de prendre part à la nouvelle équipe gouvernementale. À l'image d'Aurélien Pradié, ex-numéro deux de LR et désormais député non inscrit, qui s'est dit prêt à travailler avec des «patriotes»de droite et de gauche dans un entretien à La Tribune Dimanche. De quoi laisser entrevoir de possibles alliances au sein de l'Hémicycle.

Reste qu'Emmanuel Macron semble bien décidé à prendre son temps, malgré plusieurs offres de service. «Il met deux mois à nommer des gens chez nous, alors à l'extérieur...», ironise un ministre qui attend toujours de plier bagage. Quitte à agacer dans son propre camp, pressé de tourner la page de la dissolution. «Il est temps, en cette rentrée, que nous ayons un gouvernement nommé. C'est le choix souverain du président de la République», a martelé ce dimanche la présidente macroniste de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, sur le plateau de Franceinfo. La longue attente risque surtout de peser sur les Français, auxquels le chef de l'État avait promis de nommer un nouveau premier ministre à la sortie des Jeux olympiques. Les deux tiers d'entre eux (66 %) le jugent d'ailleurs responsable de la crise politique et institutionnelle, comme le révèle un sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro.

S'il joue les prolongations, Emmanuel Macron n'a toutefois pas la main sur les horloges du budget. Le projet de loi de finances doit être présenté au Haut Conseil des finances publiques d'ici au 13 septembre, avant d'être débattu à partir du mois d'octobre à l'Assemblée nationale. Pas encore nommé, le successeur de Gabriel Attal connaît déjà son premier défi : faire adopter le budget 2025, au moment où des milliards d'économies doivent être trouvées. Les oppositions se sont déjà alarmées du retard pris par les négociations, qui se déroulent traditionnellement pendant la pause estivale. Un casse-tête qui vient s'ajouter à un autre : la composition du futur gouvernement. Là encore, le nouvel hôte de Matignon devra obtenir, selon l'article 8 de la Constitution, le feu vert d'Emmanuel Macron. Qui devrait, comme à son habitude, faire durer le suspense... C.G.

Le Monde
International, lundi 2 septembre 2024 112 mots, p. 6

Ukraine

Le commandant de l’armée de l’air limogé

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a annoncé, vendredi 30 août, le limogeage de Mykola Olechtchouk, le commandant de l’armée de l’air. Cette décision intervient quatre jours après le crash d’un avion de combat F-16, un précieux équipement militaire récemment livré à Kiev par ses alliés occidentaux après deux ans d’attente. Peu d’informations ont été fournies sur cet épisode par les autorités. Selon la députée ukrainienne Mariana Bezuhla, membre de la commission de la défense du Parlement, le F-16 a été abattu par erreur par un système antiaérien Patriot, « en raison d’une mauvaise coordination entre les unités ».

L'Humanité
lundi 2 septembre 2024 1097 mots, p. 8

En Avignon, le procès hors normes de monstres ordinaires

Kareen Janselme

Violences de genre Du 2 septembre au 20 décembre, la cour criminelle départementale du Vaucluse va juger 51 hommes qui ont violé l'épouse de l'un d'entre eux, sous soumission chimique.

Ce procès s'annonce exemplaire. Non par sa durée hors norme de quatre mois, le nombre effarant d'inculpés concernés ou encore l'horreur des faits qu'il va dénoncer, mais parce qu'il peut démontrer l'obscénité dont est capable Monsieur-Tout-le-Monde. Cinquante pères de famille ou célibataires jeunes et vieux, un large panel de personnes parfaitement insérées dans la société, seront jugés à partir de lundi en Avignon (Vaucluse) pour avoir violé une femme sous l'emprise de somnifères administrés à son insu. Pas des monstres, mais 50 hommes ordinaires - pompier volontaire, infirmier, journaliste, entrepreneur... - niant la gravité de leur acte. Et un mari, Dominique Pélicot, 70 ans, qui certaines nuits pendant des années droguait sa compagne, « l'amour de (s)a vie », pour la livrer aux fantasmes d'inconnus.

dix ans d'abus

Ce procès doit être un modèle parce qu'il a le pouvoir de démontrer le continuum de violence toléré dans notre société à l'égard des femmes et des minorités de genre. Une culture du viol qui permet à Dominique Pélicot de multiplier les blagues salaces entre copains, de photographier sous les jupes des clientes de supermarché ou sa fille sortant de la douche, d'imposer des relations sexuelles à sa femme sans consentement, de la considérer comme un objet au point de s'autoriser à donner son corps à d'autres pendant près de dix années. Ce large spectre des violences peut aussi inclure des féminicides. C'est pour cette raison que le parquet de Nanterre a tenu à creuser la piste d'un cold case, une femme violée puis assassinée à Paris en 1991, le mettant en examen dans cette affaire. Mais l'homme nie totalement ces dernières accusations.

C'est le 2 novembre 2020 que Gisèle Pélicot (1) a été convoquée au commissariat. Elle savait que son mari de 68 ans avait été pris en flagrant délit par un vigile de supermarché, photographiant sous les jupes des femmes. Mais une enquête plus poussée a mené les enquêteurs à d'autres éléments dans son ordinateur : de nombreux clichés et vidéo d'elle, violée dans son sommeil par des hommes au visage anonyme. « Un cataclysme », résume son conseil Caty Richard dans le Parisien, un an plus tard. « C'est son monde qui s'effondre ce jour-là, poursuit l'avocate. Comment soupçonner une telle face sombre, une telle duplicité chez cet homme avec qui elle était en couple depuis près de cinquante ans ? »

Des mois d'enquête vont permettre de saisir le modus operandi de l'époux, qui remonte à 2011 et s'est même brièvement poursuivi après son interpellation en 2020. Dominique Pélicot recrutait des inconnus sur un réseau social spécialisé, enfin fermé en juin dernier. Sans demander de contrepartie financière, il les faisait venir en toute discrétion à leur domicile de Mazan (Vaucluse), leur enjoignait de se déshabiller dans la cuisine, de se laver les mains à l'eau chaude pour éviter une sensation froide sur le corps de sa femme qui pourrait la réveiller. Le principal accusé reconnaît avoir usé de la soumission chimique en droguant lui-même sa femme au Temesta, un puissant anxiolytique, avant les rendez-vous programmés.

une manie d'archiviste

Ce recours récurrent aux sédatifs ne sera pas sans conséquences sur son épouse : fatigue sévère, absences, la victime se plaint régulièrement de ces étranges symptômes. Elle ne comprend pas son inflammation du col de l'utérus constatée par un gynécologue. Personne ne s'en inquiète, aucun professionnel ne croise les diagnostics : le procès devrait souligner aussi les écueils de notre système médical dans le repérage des drogues et médicaments largement utilisés pour agresser sexuellement. Selon l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), 42,6 % des personnes victimes de soumission chimique l'ont été dans l'espace privé, par des auteurs connus d'elles (41,5 %). Le GHB ou « drogue du violeur » arrive bien loin derrière l'utilisation plus accessible de benzodiazépines comme le Stilnox, le Xanax, le Valium, le Temesta... mélangés à de l'alcool. Un cocktail terrible, administré régulièrement à Gisèle Pélicot, qui l'a privé d'une grande partie de sa vie sur une décennie.

« Elle va véritablement vivre pour la première fois, mais en différé, ce qui lui est arrivé, à l'audience, explique maître Antoine Camus, l'un des avocats de la victime. On le sait, elle ignorait tout de ce qui lui était infligé. Elle n'a aucun souvenir des viols qu'elle a subis pendant dix ans. Elle va les découvrir tout au long de ces quatre mois. C'est ce qui fait de ce dossier, pour elle, une épreuve absolument terrible. » La manie d'archiviste du mari a permis d'identifier 83 agresseurs, mais 30 ont disparu dans la nature. Cinquante et un s'assiéront cependant sur le banc des accusés, ce lundi, et beaucoup sont déjà en détention. Certains se défendent encore, assurant ne pas avoir été informés de l'état de la victime, ce que dément l'époux. D'autres ont vécu la scène jusqu'à six fois et auront du mal à se défausser devant les juges professionnels de la cour criminelle départementale d'Avignon. Longtemps prévue en huis clos, l'audience sera finalement publique. « Le temps a fait son oeuvre, expose maître Camus. Aujourd'hui (la victime) comprend qu'à partir de sa propre histoire, il y a beaucoup d'enseignements à tirer et sa première volonté est évidemment que ça se sache. Le silence, c'est ce que veulent les agresseurs, finalement. »

Aux côtés de Gisèle Pélicot, Caroline Darian, sa fille, s'est portée partie civile. Des photos d'elle en déshabillé, endormie, ont aussi été retrouvées, sauvegardées par son père. Depuis, elle s'est investie dans le combat contre la soumission chimique, racontant son histoire dans le livre Et j'ai cessé de t'appeler papa (JC Lattès), et a créé le mouvement #MendorsPas, marrainé par la députée centriste Sandrine Josso, victime également de soumission chimique. Elles avaient obtenu la formation d'une mission gouvernementale sur la question, interrompue par la récente dissolution de l'Assemblée nationale...

Le procès de Mazan créera-t-il une onde de choc au même titre que celui de Bobigny en 1972, qui entraîna la légalisation de l'IVG, ou celui de Jacqueline Sauvage sur les violences conjugales ? C'est à nous tous de l'utiliser en ce sens, qu'il ne soit pas traité vulgairement comme un fait divers sensationnaliste, mais qu'il fasse émerger ce que la domination et le patriarcat permettent, et qu'il nous faut combattre en tout lieu, sur tout le spectre du continuum de violence.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 2 septembre 2024 927 mots, p. AUJM4

ProfiliBernard Cazeneuve, un politique à l'ancienne

L'ancien Premier ministre avait pris du champ, mais reste titillé par l'idée d'un retour.

Il n'ira pas à Matignon à n'importe quel prix. Il veut des gages. C'est l'objet de son échange, ce lundi à l'Élysée, avec Emmanuel Macron. Mais c'est peu dire qu'un retour aux avant-postes titille Bernard Cazeneuve. Celui-ci multiplie depuis quelques jours les appels téléphoniques et les rendez-vous avec des élus et des hauts fonctionnaires pour préparer un retour aux affaires. La politique, c'est toute sa vie.

Ce fils de pieds-noirs né à Senlis (Oise) a gravi, un à un, tous les échelons. Jeune, il milite chez les radicaux de gauche, avant de rejoindre le PS. En 1994, il est conseiller général de la Manche, territoire où il a été parachuté par Laurent Fabius, puis maire de Cherbourg à partir de 2001, vice-président du conseil régional de Basse-Normandie en 2004, enfin député et ministre sous tous les gouvernements Hollande (Affaires européennes, Budget, Intérieur). Il finit Premier ministre pendant cinq mois, jusqu'à l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée.

« Le sens de l'État »

Ses contempteurs voient en lui l'incarnation du « vieux monde ». Lui assume la continuité. « Je suis radicalement modéré. Vous ne me ferez pas dévier à mon âge de ce que je suis, ni de mon style oratoire ou vestimentaire », répète-t-il à ses amis. Avec son phrasé ciselé et ses costumes de notable, il revendique une forme de retenue un brin démodée, à mille lieues des clashs sur les réseaux sociaux.

« Il tranche avec le personnel politique actuel. Il est animé par le sens de l'État. Il est avare de petites phrases, il nous réprimande si nous réagissons trop fortement, même contre ses détracteurs », témoigne un parlementaire qui le soutient.

Ses sujets de prédilection : le respect de l'ordre public, la défense de la laïcité, la construction européenne, la lutte contre les déficits, la justice sociale... Comme ministre de l'Intérieur, il est aux premières loges de la vague d'attentats qui ensanglantent la France en 2015. « Il ne s'est pas écoulé un jour sans que je ne me sois posé la question de savoir s'il y avait quelque chose que j'aurais pu faire et que je n'aie pas fait. Cette question me hante en permanence », confiera-t-il devant la Cour d'assises spéciale de Paris sur les attaques du 13 Novembre.

En 2017, Bernard Cazeneuve prend du champ. Il intègre le cabinet d'avocats d'affaires August Debouzy. Ses camarades le poussent à récupérer la direction du PS, en ruine. Il refuse. « Ne me demandez pas de m'occuper des appareils, je ne sais pas faire, je ne le ferai pas, je ne m'y épanouirais pas », explique-t-il à ses fidèles. Il laisse également passer le train de la présidentielle 2022, cette fois à contrecoeur. « La gauche a besoin d'ambition, pas d'ambitieux supplémentaires », lance-t-il lors de la Fête de la rose à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire) en septembre 2020. Il pointe le tir de barrage, selon lui, de « l'état-major socialiste ».

Le rapprochement électoral avec la France insoumise, dans le cadre de la Nupes de 2022, le met bientôt hors de lui. Il estime que sa formation politique a perdu son âme. Il dénonce le « parti de l'insulte » de Jean-Luc Mélenchon. Il quitte le PS et fonde pendant la réforme des retraites un mouvement au nom suranné, la Convention. Une « fédération de gauche social-démocrate, laïque, républicaine, notariale, polie et bien habillée », raillera le leader de LFI. Ce collectif, rejoint par les radicaux de gauche, peine à prendre son envol.

Entre lui et le président, la relation est glaciale

Mitraillé par la gauche de la gauche, en désaccord avec la direction du PS, Bernard Cazeneuve doit aussi faire face au rejet des écologistes, qui lui reprochent la mort du manifestant Rémi Fraisse lors d'une action contre le barrage de Sivens, en 2014. « Cette accusation l'a beaucoup affectée », glisse un ami. S'occupant de ses dossiers d'avocat, cultivant ses rosiers dans sa propriété de l'Oise ou randonnant dans les gorges du Verdon, Bernard Cazeneuve se replie sur un dernier carré (le radical Guillaume Lacroix, l'ex- secrétaire d'État Clotilde Valter, le sénateur Hussein Bourgi, etc.).

Au cours des premiers mois de 2024, il cesse même toute activité militante, alors qu'un drame personnel le terrasse. Son épouse se voit diagnostiquer la maladie de Charcot. L'ancien Premier ministre participe alors à une campagne de sensibilisation. L'éditrice de profession s'éteint en juin. Une information rendue publique par l'entrepreneur Olivier Goy sur le plateau de « C à vous ». Ses amis pensent alors qu'il va tourner la page de la politique.

D'autant que, avec Emmanuel Macron, les liens sont très distendus. En 2016, Bernard Cazeneuve est ulcéré par les pas de côté - « la déloyauté » - du alors jeune ministre de l'Économie vis-à-vis de François Hollande. « Que seraient-ils devenus, tous ces ministres qui critiquent le président, si François Hollande ne les avait pas nommés », dira-t-il en privé. Depuis, leur relation est glaciale.

Pour pacifier les choses, et sans doute au passage écarter un possible candidat à gauche en 2022, le chef de l'État propose en 2019 à Bernard Cazeneuve de le nommer au Conseil constitutionnel. L'intéressé flaire le piège et balaie la proposition. Cette animosité rend-elle impossible une nomination à Matignon ? « Non, c'est même une bonne chose qu'il soit critique, lâche un familier de l'Élysée. Les Français veulent une vraie alternance, un changement ». Les deux hommes ne se sont pas parlé directement de tout le mois d'août, alors que les consultations pour Matignon battaient leur plein, assure ainsi l'entourage de l'ex-socialiste.

L'Humanité
lundi 2 septembre 2024 836 mots, p. 18

TPMP, le baroud d'horreurs

Tom Demars-Granja

Télévision Cyril Hanouna revient ce lundi en direct sur C8 avec Touche pas à mon poste. L'animateur star de Bolloré, invité de sa propre émission, a déjà annoncé vouloir régler ses comptes avec l'Arcom, qui n'a pas renouvelé la fréquence TNT de la chaîne de son milliardaire de patron.

Ce 2 septembre marque le début d'une nouvelle ère pour le paysage audiovisuel français. Il est synonyme de rentrée pour Touche pas à mon poste (TPMP), talk-show multicondamné et plateforme populiste du milliardaire d'extrême droite Vincent Bolloré. Il lance surtout un compte à rebours qui doit prendre fin le 28 février 2025, date fatidique pour C8, dont la fréquence n'a pas été renouvelée par l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel français, en juillet. La chaîne du groupe Canal Plus disparaîtra donc de la TNT, pour laisser sa place à OFTV (groupe Ouest-France) ou RéelsTV (Czech Media Invest), deux nouvelles venues. Pour ce retour, l'animateur Cyril Hanouna l'a annoncé : il sera l'invité de sa propre émission. Laurence Ferrari, tête d'affiche de CNews, se chargera de mener « l'entretien ». De quoi permettre au présentateur et producteur de dérouler sa véhémence contre la décision de l'Arcom, comme il l'a annoncé en direct sur Europe 1. « Nous avons simplement déposé une candidature pour défendre un projet, rappelle un cadre du groupe Ouest-France interrogé par l'Humanité et préférant rester anonyme. C8 et les autres ne sont pas dans notre champ de vision. Nous n'avons pas à nous poser en soutien ou en opposition de qui que ce soit. »

Le retour d' On marche sur la tête sur Europe 1, autre émission d'Hanouna, depuis le lundi 26 août, permet d'avoir un avant-goût de sa stratégie. En une semaine, l'animateur y a déjà fait scandale en proposant à Thaïs d'Escufon, militante d'extrême droite et ancienne porte-parole de Génération identitaire, de devenir chroniqueuse. Cette dernière a finalement été écartée à la demande de Constance Benqué, présidente de Lagardère News (maison mère d'Europe 1), selon les informations de Puremedias. L'animateur chien de garde du groupe Bolloré s'en est aussi pris à des journaux tels que Libération, le Monde et l'Humanité, qui, selon lui, « ont fait énormément de mal à la France, ces derniers mois ». Les trois titres de presse ont en commun d'avoir donné une grande place dans leurs colonnes à la décision de l'Arcom.

Le plan semblait pourtant parfait. D'un côté, la mise en place d'une plateforme pour vilipender la gauche, lors des législatives anticipées, avec une émission quotidienne sur Europe 1, devait porter l'union des droites en tête des élections. De l'autre, les pontes du groupe Canal Plus, comme le directeur Maxime Saada, et le patron de C8 Franck Appietto, estimaient avoir fait leur part du travail, avec la présentation d'un dossier jugé solide lors des auditions de l'Arcom visant à renouveler leur fréquence TNT. Selon le Parisien, des membres de l'entourage de l'animateur Cyril Hanouna se rêvaient même en conseillers de l'Arcom, grâce à la victoire espérée du Rassemblement national et l'arrivée de Jordan Bardella à Matignon. Il n'en est finalement rien.

« La fin de l'impunité totale »

À l'arrivée, l'équipe d'On marche sur la tête s'est vu intimer par l'Arcom de respecter ses obligations en termes de « pluralisme » et « d'honnêteté ». Le RN n'est arrivé qu'en troisième position aux dernières législatives - derrière le Nouveau Front populaire et la coalition présidentielle - et le régulateur de l'audiovisuel a fait un choix historique : ne pas renouveler les fréquences de NRJ12... et de C8. « Nous avons franchi une première étape avec la fin de l'impunité totale », se réjouit Aurélien Saintoul, député de la France insoumise et auteur du rapport issu de la commission d'enquête sur la TNT lancée par l'Assemblée nationale.

C'est donc dans un contexte tendu que Cyril Hanouna et sa bande reprennent l'antenne. D'autant plus que, malgré la perte de la fréquence TNT, C8 doit respecter les obligations inscrites dans sa convention jusqu'à la fin. Les mises en demeure et les amendes émises par l'Arcom peuvent donc continuer de pleuvoir. Malgré tout, « il faut s'attendre à ce que TPMP soit instrumentalisée pour régler des comptes avec tous les détracteurs du groupe Bolloré, estime l'historien des médias Alexis Lévrier. Et puis, il y a énormément d'heures de production contractuelle en jeu, donc Hanouna va devoir se démultiplier. » Preuve en est, la chaîne a balayé sa promesse d'une diffusion de TPMP avec un différé de 15 à 45 minutes, en réaction à la décision de l'Arcom. L'émission sera donc de retour en direct.

De plus, Cyril Hanouna va exploser son temps de présence médiatique hebdomadaire. En plus de Touche pas à mon poste et d' On marche sur la tête, deux quotidiennes, l'animateur présentera aussi Face à Hanouna, deux émissions enregistrées et diffusées les samedis et dimanches. Et le programme diffusé en préambule de TPMP devient Pascale, Éric, Yann et les autres, en référence à ses têtes d'affiche : Pascale de La Tour du Pin, Éric Naulleau et Yann Moix. Aurélien Saintoul le sent : « C'est une bataille politique qui s'annonce, même s'ils prétendent le contraire. »

Le Figaro, no. 24890
Le Figaro, lundi 2 septembre 2024 1421 mots, p. 10

International

Santiago Peña : « Le Paraguay est le meilleur allié des États-Unis dans la région »

Palem, Fabien

Le président Santiago Peña, 45 ans, a été élu l'an dernier à la tête du Paraguay, considéré comme l'un des pays les plus corrompus d'Amérique latine. Dans une interview au Figarodonnée à Asuncion, le chef d'État issu du parti Colorado, très conservateur, y déroule son plan pour relever une nation minée par les inégalités et la criminalité organisée. Les relations avec les États-Unis sont l'une des clés de voûte du pays, qui n'a pas pour autant oublié le soutien de l'Oncle Sam à la dictature du général Alfredo Stroessner (1954-1989), arrivé au pouvoir il y a soixante-dix ans.

LE FIGARO. - LE FIGARO. - Croissance du PIB autour de 5 % annuels, inflation contrôlée, stabilité monétaire et équilibre fiscal... La macroéconomie du Paraguay fait exception dans la région. Les plus optimistes parlent du « tigre » sud-américain. Mais ce « tigre » a les pattes fragiles, à en croire la persistance des inégalités, de la pauvreté extrême et du travail dissimulé. Comment comptez-vous relever le pays ?

- SANTIAGO PEÑA. - Le réveil du Paraguay sera le renouveau d'un géant. Il y a cent soixante-dix ans, notre nation était la plus prospère du sous-continent. Nous avions éradiqué l'analphabétisme, développé une industrie dynamique et accueilli le premier train à vapeur public. Malheureusement, la guerre de la Triple Alliance (1864-1870) a mis fin à cette prospérité. Aujourd'hui, nous sommes prêts à exploiter notre potentiel. Avec plus de 40 millions d'hectares de terres arables et une population de 6,9 millions d'habitants, dont 75 % ont moins de 40 ans.

LE FIGARO. - Vous avez déclaré que le président argentin, Javier Milei, voulait imiter le modèle paraguayen. Quel est ce modèle ? Est-il réplicable ailleurs, par exemple en Argentine ?

- Réduction de la bureaucratie et des dépenses publiques, équilibre fiscal, diminution des impôts pour permettre au secteur privé d'investir et de créer des emplois... Milei tente de mener des réformes qui, chez nous, ont été faites au début des années 2000. J'admire le courage du président argentin, qui est en train de révolutionner son pays à travers l'économie. Comme Bukele révolutionne le Salvador via le volet sécuritaire.

LE FIGARO. - Le Paraguay est un grand exportateur de produits agricoles, mais importe des denrées de première nécessité. Comment comptez-vous remédier à cette situation ?

- Nous accompagnons l'installation de serres et la formalisation de l'agriculture paysanne et familiale. En un an, 6 500 titres de propriété ont été délivrés. La propriété, la technologie, l'assistance technique et l'accès au crédit sont les piliers du développement des petits producteurs. Nous souhaitons aussi rapprocher le producteur du consommateur. Avec cela, le pays pourra économiser chaque année 600 millions de dollars d'importation en produits horticoles.

LE FIGARO. - Hormis l'agriculture, quels sont les atouts du Paraguay ?

- Notre situation géographique. Nous devons changer les mentalités et ne plus croire que nous sommes une île entourée de terres. Nous nous trouvons au coeur de l'Amérique du Sud. Notre rôle est majeur dans la grande voie navigable formée par l'axe Rio Parana-Rio Paraguay. La construction du corridor bi-océanique entre le Pacifique et l'Atlantique sera aussi un moteur de développement. Par ailleurs, nous voulons continuer à exporter notre énergie et à renforcer notre industrie.

LE FIGARO. - Où en sont les négociations au sujet de l'accord commercial entre le Mercosur et l'Union européenne ? Est-ce un sujet que vous avez évoqué avec Emmanuel Macron, lors de votre dernière visite en France, en juillet dernier ?

- Nous n'en avons pas parlé avec le président Macron. Malheureusement, les négociations sont à l'arrêt. Du côté du Mercosur, nous sommes prêts, mais il semble y avoir un manque de consensus en Europe, où certains secteurs craignent cet accord de libre-échange. Pourtant, nous avons toujours été de bons alliés pour l'Europe.

-

Votre mentor politique, l'ex-président de la République Horacio Cartes, est aujourd'hui considéré par les États-Unis comme « significativement corrompu » , en raison de liens présumés avec le crime organisé et le Hezbollah. Comment la situation judiciaire de Cartes vous affecte-t-elle, politiquement ?

Cela ne m'affecte en rien. Le président Cartes est un allié politique important, mais je trace ma propre route en tant que chef de l'exécutif, avec une totale indépendance. Nous avons une excellente relation avec le gouvernement des États-Unis, qui reconnaissent le rôle du Paraguay dans la défense de la démocratie et des libertés et dans la lutte contre le crime organisé. Nous sommes alignés sur les dossiers internationaux : Israël, l'Ukraine, Taïwan... Aujourd'hui, le Paraguay est le meilleur allié des États-Unis dans la région.

LE FIGARO. - Si les États-Unis demandaient l'extradition de Cartes, que feriez-vous ?

- Laissons la justice faire son travail. Horacio Cartes nie les accusations. Tout au long de sa vie, il a démontré une proximité vis-à-vis d'Israël. C'est donc difficile de croire qu'il puisse être lié à un groupe, le Hezbollah, qui prétend vouloir exterminer ce pays.

LE FIGARO. - Votre parti, le Partido Colorado, a gouverné de manière presque discontinue au cours des 76 dernières années, en incluant les 35 années de la dictature (1954-1989). Comment expliquer cette continuité, symptôme de l'absence de pluralité ?

- Le parti Colorado a été créé à la suite de la guerre de la Triple Alliance, pour permettre l'unité. Cette institution est une fidèle démonstration de la « paraguayité » , qui dépasse le clivage droite-gauche et à laquelle 55 % de l'électorat est affilié. Historiquement, le parti a accompagné les grandes conquêtes sociales. Il a donné à Stroessner le carcan nécessaire pour gouverner de manière stable, puis c'est ce même parti qui l'a expulsé du pouvoir.

LE FIGARO. - Cette année, le Paraguay commémore les 35 ans de la chute du dictateur, le général Stroessner. Depuis, bien peu de mesures ont été prises pour affronter les fantômes du passé...

- Je suis fier d'être le premier président à évoquer la dictature. Ce sujet était tabou, ce n'est plus le cas. Mon prédécesseur, Mario Abdo Benitez, n'a jamais parlé de dictature. Son père était le secrétaire privé de Stroessner. J'ai 45 ans, j'avais 10 ans quand Stroessner a été renversé. Je n'ai aucune attache émotionnelle avec cette époque. Pour ma génération, tout ça, c'est du passé. En cette Journée nationale des forces armées (le 29août, NDLR),j'ai donné un discours devant l'armée, dans lequel j'ai regretté que l'échec des politiciens ait poussé les militaires à prendre le pouvoir à cette époque.

LE FIGARO. - À l'école, les jeunes Paraguayens n'ont qu'une matière, facultative, consacrée à ce chapitre de l'histoire... Est-ce suffisant pour entamer un travail de mémoire ?

- L'histoire est fondamentale. Il nous faut connaître tout le passé de la nation, depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours, en incluant la dictature de Stroessner et le retour à la démocratie. Mais je me refuse à penser la dictature comme une matière à part entière.

LE FIGARO. - En février, un policier tortionnaire, Eusebio Torres, a été condamné à trente ans de prison. C'est le premier membre de l'ancien appareil dictatorial à recevoir une condamnation pour crime de lèse-humanité. Doit-il y en avoir d'autres ?

- Oui, nous souhaitons que la justice soit implacable et rapide, afin que les procès puissent avoir lieu à temps.

LE FIGARO. - Le 19 août dernier, Eulalio Gomes, un député de votre parti, a été tué dans un échange de tirs avec la police antidrogue, qui intervenait à son domicile. Il était mis en cause, ainsi que son fils, dans une enquête portant sur des liens présumés avec le narcotrafic. Cela n'entache-t-il pas la confiance des citoyens en votre gouvernement, censé lutter contre le crime organisé ?

- Le parti Colorado n'est pas responsable. Pas plus que les électeurs qui l'ont élu. C'est la faute de la justice, qui n'a pas été capable d'enquêter à temps sur son cas.

LE FIGARO. - Certains spécialistes parlent du Paraguay comme d'un narco-État, où même l'appareil judiciaire est gangrené par la corruption. Que pensez-vous de cette description ?

- La justice n'est pas exempte de cas de corruption, qui est un fléau pour notre société.

LE FIGARO. - L'indice mondial du crime organisé considère que le Paraguay est le quatrième pays le plus corrompu au monde. Comment remédier à cette situation ?

- Le gouvernement précédent a permis l'entrée d'organisations criminelles dans le pays. Celles-ci ont utilisé le Paraguay comme lieu de transition dans leur route de la drogue, en direction de l'Europe. Nous avons changé cette image. La défense et la sécurité font partie de nos priorités, c'est pourquoi nous allons investir 500 millions de dollars pour moderniser notre police et notre armée.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 2 septembre 2024 321 mots, p. AUJM4

À droiteiLes lignes bougent

Alors que Xavier Bertrand est reçu ce lundi à l'Élysée, les LR « canal historique » se divisent sur l'opportunité de participer à un gouvernement.

Q.L.

Ce lundi, Xavier Bertrand est convié à l'Élysée par Emmanuel Macron dans le cadre des consultations en vue de nommer un nouveau Premier ministre. La question qui en découle : et si la droite est invitée à conduire ou participer à un gouvernement d'un genre inédit, que répondra-t-elle ?

Jusqu'à présent, le gros des troupes s'est rangé derrière la stratégie défendue par Laurent Wauquiez : un non ferme à toute entrée dans un gouvernement quel qu'il soit, afin de rester à bonne distance d'un macronisme jugé radioactif, mais une volonté d'être constructifs. Ils avaient présenté en juillet un « pacte législatif » de mesures de fond, sur lesquelles ils acceptent de travailler avec un futur exécutif.

Mais depuis quelques jours, des voix s'élèvent à nouveau pour appeler à ne pas refuser d'appliquer un programme de droite, si l'éventualité se présente. Nicolas Sarkozy l'a répété samedi dans « le Figaro », applaudi par l'ancien chef de l'UMP Jean-François Copé, quand, la veille au soir, le maire de Cannes, David Lisnard (LR), a aussi appelé la droite à « faire appliquer ses idées ».

Le doute gagne

S'il n'est plus à LR, le député du Lot Aurélien Pradié a appelé dans « la Tribune Dimanche » ses anciens collègues à « quitter le jeu de rôle » des partis politiques pour instaurer une cohabitation. Au sein du groupe des députés Droite républicaine, certains, ralliés à la stratégie collective, commencent à douter. « Il faut que l'on soit le ciment d'une plate-forme de gouvernement. Les Républicains doivent prendre leurs responsabilités », plaide l'élu de l'Indre Nicolas Forissier.

Les rangs restent serrés derrière Wauquiez, pour l'instant. Mais certains redoutent le reproche des électeurs. Dans la dernière enquête électorale du Cevipof, en partenariat avec « le Monde », 85 % des sympathisants de LR se disaient favorables à une coalition avec les macronistes en vue de gouverner.

Libération
lundi 2 septembre 2024 1041 mots, p. 10

EXPRESSO

La renaissance de Duralex en scop, un «enjeu immense»

FRANTZ DURUPT

EXPRESSO

Devenu une société coopérative et un objet politique durant l'été, le verrier qui a traversé moult difficultés veut se relancer et sortir de son image nostalgique avec de nouvelles gammes.

L'HISTOIRE DU JOUR E t maintenant, tout commence pour eux. Désormais propriétaires de leur usine, les 228 salariés de Duralex et leur directeur général, François Marciano, lancent pour de bon, ce lundi, le projet industriel qui doit conduire le verrier français presque octogénaire vers des horizons prospères, après plusieurs décennies de chocs financiers – dont le dernier, a l'orée de l'été, a bien failli le briser définitivement. La presse a été conviée à visiter l'usine en ce jour de rentrée des classes, qui n'a pas été choisi au hasard : les Duralex savent que leur plus grande richesse réside dans les souvenirs de cantine que convoquent un verre Gigogne et son nombre imprimé au fond – non pour signifier un âge, mais pour identifier le moule qui l'a fait naître.

Seulement, cette nostalgie constitue aussi une faiblesse : «Depuis 1997, il n'y a pas eu une nouveauté chez Duralex», relève François Marciano, qui dirige l'usine depuis 2021. Autant dire, comme le délégué syndical CFDT Suliman El Moussaoui, que la coopérative «part d'une page blanche», après un été agité. Le 26 juillet, le tribunal de commerce d'Orléans a décidé de placer le sort de Duralex, lâché par sa maison mère, la Maison française du verre, entre les mains de ses propres salariés. Près de 60 % d'entre eux avaient voté pour la transformation de la société anonyme en une société coopérative de production (scop), un projet notamment porté par la CFDT, premier syndicat du site. Ces presque 150 personnes avaient même déboursé 500 euros par tête de pipe afin d'abonder le pécule de départ. L'offre avait le mérite de conserver l'intégralité des emplois. Sa concurrente la plus sérieuse, portée par la holding Tourres & Cie, déjà propriétaire notamment du verrier et cristallier Waltersperger, prévoyait quant à elle d'en supprimer une cinquantaine. Soutenue par la DU métropole d'Orléans et la région Centre-Val de Loire, la proposition de scop a emporté l'adhésion du tribunal, qui a jugé son «projet marketing et commercial cohérent et sérieux». Ils sont désormais 138, selon la CFDT, à cumuler le statut de salarié et d'associé.

«Hammam». C'est ainsi qu'en pleine ferveur patriotique autour des Jeux, Duralex s'est transformé en un objet JOUR politique. Le 31 juillet, l'aspirante Première ministre du Nouveau Front populaire, Lucie Castets, s'y est rendue accompagnée de plusieurs figures de la coalition de gauche : la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, le député LFI Antoine Léaument… Vêtus de vestes de protection bleues siglées Duralex, des bouchons antibruit dans les oreilles, ils ont pu observer le fascinant parcours qui transforme le calcin (verre brisé), versé dans le four à 700 °C, en une paraison (goutte de verre en fusion) qui sera méthodiquement pressée sous forme d'assiette, de gobelet ou de bol, puis soumise à un choc de température pour tremper le verre, le tout en une quinzaine de minutes. La chaleur, qui peut flirter avec les 50 °C en été, était étouffante, au point que Marine Tondelier l'a comparée à celle d'un «hammam». Quelques médias ont immortalisé le moment. Aussitôt postées sur les réseaux sociaux, leurs images ont déclenché l'ironie des comptes militants macronistes, qui ont moqué «une gauche bobo déconnectée». Mais aussi du RN, son vice-président, Sébastien Chenu, raillant des représentants du NFP «déguisés en bleu de travail» – une tenue pourtant réglementaire pour visiter le site, comme cela se pratique dans la plupart des usines. Le ministre démissionnaire de l'Industrie, Roland Lescure, s'est quant à lui fendu d'un tweet, puis d'une interview au Point, pour dénoncer une «mise en scène de théâtre». Et rappeler que Duralex a bénéficié ces dernières années du soutien de l'Etat : un prêt garanti de 15 millions d'euros au plus haut de la crise du Covid-19, puis près de 2,9 millions d'euros d'aides énergie, et encore 1 million pour l'activité partielle à laquelle a recouru l'entreprise en 2023, quand elle avait mis son four en veille pendant sept mois pour minimiser les effets de la hausse des prix de l'énergie. Soit 19 millions d'euros comptabilisés par les services du ministre.

En réalité, ces 19 millions, «je ne les ai jamais vus passer», affirme François Marciano. De fait, ils n'ont pas été versés à Duralex mais à la maison mère de Pyrex, la Maison française du verre, qui avait repris l'entreprise fin 2020, déjà à l'issue d'un redressement judiciaire. A l'époque, quand Libé s'était rendu sur place, tout le monde semblait convaincu des vertus d'une alliance Duralex-Pyrex. Seulement, quand les ennuis financiers ont commencé sur fond d'inflation énergétique, «naturellement, ils se sont recentrés sur Pyrex, et ils ont littéralement abandonné Duralex», explique François Marciano.

Limité. Partir d'une «plage blanche», pour les Duralex, cela veut dire sans les dettes accumulées, mais aussi avec un pécule limité. Additionnés, les prêts bancaires (à hauteur de 4 millions d'euros) et le rachat du terrain et du bâtiment par la métropole (autour de 6 millions d'euros), ne laissent voir venir que jusqu'à la fin de l'année, selon Suliman El Moussaoui. «L'enjeu est immense», reconnaît volontiers Vincent Vallin, le nouveau directeur de la stratégie et du développement, comme l'illustre la difficulté à se procurer du Duralex dans les grandes surfaces. Il ambitionne de gonfler le chiffre d'affaires (autour de 30 millions d'euros aujourd'hui) de 30 % en cinq ans. Ce qui doit passer par «trois innovations produit par an pendant les cinq ans qui viennent». Et par un changement fondamental de culture pour l'entreprise devenue coopérative ? Pas vraiment, selon Vincent Vallin : «Ça ne veut pas dire que le management soit fondamentalement différent.» Dit autrement par François Marciano : «Aujourd'hui, il y a un nouvel actionnaire, les Duralex, qui nous suivent», résume le DG. Avec eux, «on va prouver à tout le monde qu'on peut gagner». LIBÉ.

FR «Le modèle des scop est séduisant mais sa mise en place est parfois complexe» A l'aune de la transformation de Duralex en société coopérative de production, le sociologue Maxime Quijoux juge ce modèle méconnu comme «prometteur» mais pas suffisamment soutenu.

Le Figaro, no. 24890
Le Figaro et vous, lundi 2 septembre 2024 2661 mots, p. 35

NICK CAVE : « JE PENSE ÉCRIRE DES CHANSONS ASSEZ COMIQUES »

LE CHANTEUR AUSTRALIEN SORT UN NOUVEL ALBUM EXALTÉ, ENREGISTRÉ AVEC SON GROUPE, LES BAD SEEDS.

Nuc, Olivier

Depuis dix ans, l'Australien avait choisi de ne plus parler à la presse. Les morts successives de deux de ses fils, Arthur en 2015 et Jethro, en 2022, l'avaient contraint au silence. Après une série d'albums époustouflants et marqués par ces deuils, le chanteur a choisi de faire rugir son groupe de 40 ans sur l'excellent Wild God, un des disques les plus exubérants de sa longue carrière. Calme et posé, attentif à son interlocuteur, souvent drôle, Nick Cave nous a reçu longuement dans un hôtel chic de Chelsea. « Je suis toujours heureux de parler aux personnes qui connaissent mon travail » , nous explique-t-il en préambule. Religion, politique, famille, le sexagénaire aborde chaque sujet avec grâce et intelligence, ce qui donne une tonalité rare à ces 80 minutes de conversation nourrie.

LE FIGARO. - Votre nouvel album, Wild God, est à la fois surprenant et réconfortant. Étonnamment réconfortant, pourrait-on dire.

Nick CAVE - Je n'ai jamais entendu notre musique qualifiée de la sorte. Mais je suis content de l'entendre.

Cet album est très différent de vos deux derniers avec les Bad Seeds. Prenez-vous chaque fois la décision consciente de produire quelque chose de nouveau ?

Oui. En réalité, nous jetons tout ce qui ressemble à quelque chose que nous avons déjà enregistré auparavant. C'est la première décision que nous prenons. Warren (Ellis) et moi sommes comme cela. J'ai décidé de préparer un nouvel album le 1er janvier dernier. J'avais alors quelques idées prêtes depuis plusieurs semaines, peut-être un mois. J'ai appelé Warren pour lui dire que je voulais aller en studio pour écrire de la musique. Nous avons réservé un petit studio pour 3 jours. Dès le premier jour, nous sommes retombés sur nos pattes : j'ai commencé à chanter au piano et, lui, a branché ses synthés. À la fin de la journée, ce que nous avions produit ne me plaisait pas : cela sonnait trop familier. Alors j'ai invité notre ami Colin Greenwood - bassiste de Radiohead - à venir avec sa basse, afin d'ajouter du rythme et de bousculer les morceaux. Notre bassiste Martyn vit à Perth, c'était plus facile de faire venir Colin à Londres. À l'arrivée, Colin joue sur beaucoup de chansons, au moins celles qui sont issues de ces premières séances.

Ne craignez-vous pas l'incompréhension de vos fans ?

Au contraire, je me félicite que nos disques aient la capacité de décevoir les vrais fans. C'est comme ça qu'ils avaient réagi à la sortie de The Boatman's Call, en demandant « qu'est-ce que c'est que ça ? » Bien sûr, ce n'est pas délibéré de ma part, mais cela nous permet de renouveler notre public... Beaucoup de gens n'avaient pas supporté la direction que nous avions prise avec cet album, à l'époque. Peut-être avaient-ils un problème avec le son, je ne sais pas. Je suis content que le groupe ait cette faculté de renouvellement. Le contraire serait désespérant...

Avez-vous toujours considéré ce groupe comme une affaire de long terme ?

Oui. Récemment, j'ai joué des chansons anciennes, juste accompagné par Colin Greenwod à la basse. Certaines d'entre elles ont 45 ans. Et ce qui m'a frappé, étant confronté à elles, c'est à quel point elles sont cohérentes. La même vision du monde les traverse toutes. C'en est même assez perturbant. Les disques sont différents, mais les chansons couvrent les mêmes préoccupations. Pendant ce temps, pourtant le monde a beaucoup changé : il est radicalement différent aujourd'hui d'il y a dix ans, par exemple. C'est excitant et terrifiant à la fois.

Vous n'avez jamais joué la carte de la jeunesse. Vos disques ont toujours visé un public adulte.

Cela m'intéresse d'autant moins que je suis aujourd'hui âgé de 66 ans. Je n'ai jamais entretenu le désir de construire ma musique à destination des jeunes. Cela dit, il y a pas mal de jeunes gens qui sentent qu'il y a quelque chose d'authentique dans ma musique. Ils viennent nous écouter en connaissance de cause, en somme. J'ai toujours produit la musique telle que je le voulais. Ce qui m'y encourage le plus, c'est de jouer live avec les Bad Seeds devant un public jeune. Le monde a toujours été propulsé par les désirs de la jeunesse. Pourtant, celui-ci avance dans une direction non conforme à ces derniers. Je sens une attraction pour les choses plus traditionnelles, comme la religion. Le monde séculaire n'a pas fourni le sens réclamé par la jeunesse. Alors les jeunes le recherchent dans leur identité, la politique et une forme d'outrage. Mais, à mon sens, cela ne fonctionne pas.

Comment en êtes-vous témoin ?

Lors de ma dernière tournée des festivals avec les Bad Seeds, il y avait de jeunes vacanciers qui ne nous avaient jamais vus. Ils ne savaient pas quoi penser de nous initialement, avant de succomber. Ils ressentent certainement notre authenticité, et le fait que nous faisons ce en quoi nous croyons. On se rend compte lorsqu'un artiste, sur scène, pense à autre chose en se produisant. Ceux-là doivent sûrement réfléchir à la manière dont ils pourraient rajeunir leur public.

Cette année marque le 40e anniversaire du groupe...

Nous sommes dans cette situation étrange où nous continuons de produire des disques. À notre âge, et vu le nombre d'albums que nous avons sortis, c'est inhabituel. Notre trajectoire est intéressante, tout comme cette longévité. La condition, c'est de faire des choses nouvelles pour nous. Ce n'est pas un cul-de-sac pour moi. Et je n'ai jamais commencé à regarder en arrière pour retrouver l'essence de ce que nous faisons. Les choses avancent naturellement pour nous.

La formation du groupe a changé radicalement, aussi. Vous en êtes aujourd'hui le seul membre original.

Si j'avais un conseil à donner à quelqu'un qui souhaiterait que son groupe dure longtemps, je lui dirais de ne pas hésiter à virer les gens régulièrement.

Wild God est le premier album où le groupe est au complet depuis plusieurs années. Que vous procure le fait de jouer avec cet ensemble ?

En réalisant l'album Carnage, avec Warren Ellis, j'ai senti que les Bad Seeds me manquaient. Je m'inquiétais pour la santé du groupe, dans la mesure où je les avais très peu sollicités sur nos dernières productions. La musique devenait de plus en plus intérieure. J'avais hâte de refaire un disque avec eux, sans pour autant produire un album comme avant ni même un disque de strict rock'n'roll. Je voulais produire quelque chose de neuf. Comme les Bad Seeds ont été mis de côté pendant huit années, ils étaient à fond quand je les ai appelés. En particulier Tommy, le batteur. Il avait été gravement malade pendant trois ans et venait de guérir lorsque nous avons commencé à enregistrer. Il était comme un animal derrière sa batterie. C'était spectaculaire. Nous étions tous assis à l'observer, incrédules. C'était très stimulant.

Le disque est très exubérant.

Oui. C'est aussi dû au mix de Dave Friedman. Son travail est très controversé au sein du groupe. Certains musiciens - je ne dirai pas lesquels - n'en sont pas heureux du tout. Warren et moi sommes allés à Buffalo pour rencontrer Friedman. Il ne nous a pas autorisés à entrer dans son studio. Je lui ai expliqué le sujet des chansons, il nous a fait attendre des heures dans une petite cuisine pendant qu'il travaillait. Il n'a pas d'équipe avec lui. C'est très étrange de confier sa dernière création à quelqu'un, surtout que Warren et moi voulons être impliqués dans chaque aspect. Trois heures plus tard, Friedman est ressorti de sa petite pièce en disant : « C'est prêt, écoutez et dites-moi ce qui ne vous convient pas. » Et là, le son a jailli des haut-parleurs comme un rugissement. Il a débarrassé les Bad Seeds de leur espèce d'élégance raffinée pour pousser les curseurs dans le rouge : les cordes, les choeurs, les synthés et tout le reste.

Le disque est très accrocheur, et ce dès la première chanson.

Song of the Lake est pourtant une pièce vraiment complexe. Elle me fait penser à la musique de King Crimson ou des Moody Blues, des choses d'avant l'enregistrement numérique. Les cordes y sont jouées au mellotron (synthétiseur polyphonique NDLR), même si nous avons ajouté quelques cordes véritables. Mais celles-ci ne sont pas jouées de façon ample et majestueuse, plutôt passées à travers la distorsion. J'adore ce son.

Vous avez même travaillé avec Robert Fripp, le leader de King Crimson. Comment était-ce ?

Quand j'étais petit, j'étais grand fan de King Crimson, des débuts de Pink Floyd et de Procol Harum. Robert Fripp a toujours été mon guitariste favori. C'est une personnalité complètement excentrique. Il parle de lui à la troisième personne. « Le guitariste pense qu'il manque quelque chose à cette prise », ce genre-là... À la fin de la séance, il est parti après avoir annoncé : « Le guitariste va prendre congé, maintenant. » Une fois, je l'ai rencontré dans un aéroport. Il avait son passeport autour du cou, avec son nom écrit dessus, comme un gamin.

Conversion est la chanson centrale du disque, n'est-ce pas ?

Oui, et ce pour de nombreuses raisons. Cela a à voir avec un événement magnifique qui nous est arrivé, à mon épouse et moi. Mais je ne souhaite pas entrer dans les détails. Ma femme elle-même m'avait déconseillé d'écrire dessus.

Le disque est assez explicitement personnel, avec une inclination pour le religieux. En même temps, on y trouve des traces de votre humour. Pensez-vous que celui-ci a été sous-estimé ?

Oui. Et je trouve cela d'autant plus étrange que je pense écrire des chansons assez comiques. Je ne sais pas trop ce qu'écrivent les autres groupes. Pour moi, un album comme Murder Balladsdoit être pris au second degré, par exemple.

Pourtant, on vous prend très au sérieux.

Oui, et je ne sais vraiment pas pourquoi.

Vous avez toujours considéré vos fans comme des gens intelligents, capables de saisir les nuances de votre écriture, comme s'il s'agissait de personnes avec qui vous dialoguiez depuis longtemps.

Oui, ils font vraiment partie de l'expérience. D'autant plus aujourd'hui avec The Red Hand Files. Une personne vient justement de m'écrire au sujet de la chanson Frogs. Il en trouve les paroles stupides. Alors j'ai pris le temps de lui expliquer en détail la structure narrative de ce titre, qui est différente d'ordinaire. Cette chanson est comme une série de déclarations. J'adore ce texte.

Qui sont les douze vampires blancs de Cinnamon Horses. C'est une très belle image...

C'est une chanson très visuelle. Là encore, il s'agit d'une série de déclarations. Elle commence comme une chanson d'amour et se termine presque comme une dispute.

L'eau est partout dans les textes. Pourquoi ?

Je suis désolé de donner une réponse aussi prosaïque mais c'est dû au fait que j'ai commencé à nager tous les jours dans un lac près de chez moi depuis deux ou trois ans.

Vous êtes revenu vivre en Grande-Bretagne après un séjour à Los Angeles ?

Oui, nous sommes restés une année

là-bas.

On ne vous imagine pas vous épanouir dans cette ville...

Pourtant, j'ai aimé ce séjour. J'ai rencontré de bons amis, des gens intelligents et créatifs avec qui nous nous rassemblions tous les week-ends autour d'un bon repas. Il y avait là un acteur, un sculpteur et différentes sortes de gens qui échangeaient des idées à table pendant des heures. Je me suis aperçu que je ne faisais plus ça depuis des années. Il est donc possible de créer un environnement qui permette à chacun de s'exprimer librement sans que la personne en face en prenne ombrage. J'accorde beaucoup de valeur à l'art de la conversation. La promesse que nous pouvions nous débarrasser de la religion et avoir un monde merveilleux dans lequel on puisse interagir entre êtres humains n'a pas été tenue me semble-t-il. Attention, je ne dis pas que le retour de la religion nous sauverait. Mais la communication entre deux personnes doit être une expérience transcendante. De nos jours, l'idée de débattre de deux idées différentes semble être caduque. De la même façon, l'intelligence artificielle est une attaque directe contre l'écriture de chansons et la musique. Comme si on tentait de nous ôter les dernières opportunités d'aborder le sacré dans nos vies. C'est démoralisant.

Le personnage que vous incarnez sur scène a énormément changé. Il y a trente ans, vous étiez agressif et tendu avec le public. Aujourd'hui, vous avez l'aura d'une quasi-divinité.

Lorsque mon fils Arthur est mort, il m'est arrivé ce qui survient lorsqu'une personne est confrontée à un drame, que ce soit un divorce douloureux, un profond chagrin ou la perte d'un proche ; vous devez recomposer la manière dont vous évoluez dans le monde. Et vous êtes confronté à un dilemme : soit vous passez le reste de votre vie à vénérer l'absence du défunt, en vous isolant du reste ou bien vous essayez de voir le monde d'une autre manière. Et c'est l'option que j'ai choisie. J'ai alors vu que ce qui m'est arrivé n'a rien d'extraordinaire : nous sommes tous sur le même bateau, comme autant de créatures faites d'une accumulation de pertes, qu'elles soient personnelles ou historiques. Nous ne sommes pas juste ces accumulations d'atomes emballés dans de la chair, il y a autre chose. Je pense que le monde tend vers le beau et l'amour même si cela ne semble pas être le cas, parfois. C'est une manière de le regarder du coin de l'oeil. Cela permet de voir le monde comme étant extrêmement beau et les êtres humains aussi. On nous rabâche tout le temps que le monde n'est fait que d'oppression, de destruction et de guerre. Voilà pourquoi il est important pour moi de concevoir un disque aussi explicite. Il ne s'agit pas d'un disque joyeux, je ne dis pas « tout va bien » , mais il nous faut veiller à laisser les voies du délice ouvertes. Bien sûr, il existe le réchauffement climatique et toutes sortes de sujets d'inquiétude mais à force de ne parler que des atrocités, on a encouragé les gens à laisser tomber.

Nous avons été surpris de vous voir assister au couronnement de Charles III.

Oui, je sais que les gens n'ont pas aimé que j'y sois. Certains me l'ont manifesté avec colère. Autant que lorsque j'ai déclaré être heureux d'avoir été vacciné contre le Covid. Là, certains fans m'ont dit avoir dû revendre mes disques... Je ne sais pas quoi leur dire. Le pire, c'est pour ceux qui se sont fait tatouer mon visage sur le bras...

Pourquoi avoir été présent à cette cérémonie ?

Je vis ici depuis quarante ans. Je suis un immigrant, et j'adore l'Angleterre, qui m'a toujours très bien traité. Je me suis toujours senti le bienvenu dans ce pays. Et le roi m'invite à son couronnement. J'y suis allé par gratitude. Et puis il s'agit d'un moment historique. Qui n'irait pas ? Je me suis retrouvé assis entre un député conservateur, un royaliste du nord du pays et une aborigène d'Australie, que cela torturait d'être là. Soit les deux faces du colonialisme. J'ai trouvé courageux de la part de la fille d'être présente. Sa famille lui avait conseillé d'y assister. C'était donc pour moi l'occasion de côtoyer des personnes que j'ai peu de chances de croiser dans ma vie de tous les jours.

Les fans de rock ne sont pas toujours aussi ouverts...

Récemment, on m'a demandé si j'étais de droite, de façon très directe. Je me considère comme un conservateur, même si je ne vote pas pour le Parti conservateur. Je suis conservateur depuis dix ans. Il me semble que la gauche est très concernée par la structure politique des choses. Les personnes pathologiquement progressistes me paraissent fondamentalement insatisfaites, dans le sens où elles visent un futur utopique, qui n'existe pas à mon avis. Tandis que les gens de droite ont plus à voir avec l'idée de perte, ce qui les entraîne à se méfier du progrès.

Nick Cave & the Bad Seeds, Wild God (PIAS).

En concert le 17 novembre à l'Accor Arena (Paris 12e).

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 2 septembre 2024 582 mots, p. AUJM4

Le RN met la censure en veilleuse

Le parti de Jordan Bardella assure qu'il ne déposerait pas « automatiquement » une motion pour faire tomber un Bernard Cazeneuve Premier ministre.

Quentin Laurent

Qui voudra la peau d'un Bernard Cazeneuve ? En cogitant sur le bon casting pour Matignon, Emmanuel Macron n'a eu de cesse de se demander qui était le plus à même... de ne pas tomber sous le coup d'une motion de censure à l'Assemblée. À l'Élysée, on guette avec attention les prises de position du RN. En juillet, Marine Le Pen avait d'abord assuré qu'elle ferait feu de tout bois : « Le groupe RN censurera tout gouvernement où des LFI et des écologistes auraient des responsabilités ministérielles », avait promis la patronne du groupe. Reçus à l'Élysée la semaine dernière, Jordan Bardella et elle ont affiné leur propos, précisant qu'il n'était pas uniquement question de la présence de tel ou tel ministre, mais que c'est le programme du NFP qui demeurait la ligne rouge. « Nous voterions la censure de tout gouvernement issu d'une gauche qui fracturerait le pays », a ainsi déclaré Jordan Bardella, président du Rassemblement national.

Et un Cazeneuve, ex-socialiste mais connu pour sa virulence envers LFI ? Le RN ne s'est pas gêné pour dégommer l'hypothèse. « On est en train de se dire que le futur Premier ministre d'Emmanuel Macron serait le dernier Premier ministre de François Hollande ! Sept ans pour revenir à ce que les Français ont honni ! » a taclé Laurent Jacobelli, député RN de Moselle et porte-parole du parti. « La France est confrontée à des problèmes absolument insupportables, on a un mur budgétaire qui arrive, je ne suis pas sûr que Bernard Cazeneuve soit un magicien », a déclaré, sans trop sortir les griffes, son collègue Sébastien Chenu.

Éviter les postures

Et la motion de censure ? « Elle n'est pas automatique » avec un Cazeneuve, reconnaît Laurent Jacobelli sur Franceinfo, tout en précisant : « On pourrait le censurer si le programme amenait la France dans le mur. » Ainsi, le RN semble retrouver une position de prudence plus en phase avec la stratégie de ces deux dernières années. « Par principe, on ne censure jamais pour censurer. Tout dépendra du gouvernement, du discours de politique générale ou des textes présentés », avait bien déclaré le secrétaire général du groupe RN, Renaud Labaye, cet été. « Il ne faudrait pas donner l'impression que l'on participe à un blocage du pays. Et éviter d'être sur des postures », confie un cadre du groupe des députés. Et de ne dégainer une arme comme la motion de censure qu'en « responsabilité ». C'est-à-dire : pas à tout bout de champ.

Ainsi, si l'été a été propice à porter le fer contre les Insoumis et les écologistes pour tenter de peser sur la décision du chef de l'État, les troupes de Marine Le Pen veulent à tout prix éviter d'être perçus dans l'opinion comme de potentiels agents de déstabilisation des institutions, dans lesquelles elles aspirent à se fondre.

De son côté, Éric Ciotti, à la tête d'un groupe de 16 députés, a affirmé sur X qu'il s'opposait « de toutes ses forces » à la nomination d'un Bernard Cazeneuve, sans dire précisément s'il serait prêt ou non à voter une motion de censure - qu'il ne peut cependant, lui, pas déposer seul car il faut un minimum de 58 députés.

Si le Bernard Cazeneuve Premier ministre de 2017 avait estimé que « le FN est une option mortifère », le RN de cette fin d'été ne semble pour l'instant pas prêt à essayer de tuer son hypothétique gouvernement dans l'oeuf.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 2 septembre 2024 275 mots, p. AUJM2

Le piège Emmanuel Macron aura pris le

Le piège

Emmanuel Macron aura pris le temps, laissé perplexes la plupart de nos concitoyens qui n'ont toujours pas compris la dissolution précipitée de l'Assemblée nationale, il aura fait enrager les militants du NFP et leur Première ministre virtuelle et chamboulé les plans de certains élus qui ne souhaitaient pas sortir du bois avant plusieurs mois.

Cependant, aurait-il trouvé la faille et lentement mûri le piège qui pourrait se refermer sur une partie de la gauche et de la droite ? Notamment si l'hypothèse la plus probable, celle de Bernard Cazeneuve était retenue pour Matignon. D'ailleurs Jean-Luc Mélenchon est le premier qui l'aura perçu, écrivant sur son blog la semaine dernière que cette nomination « affaiblirait » le NFP. Il faut dire qu'entre Cazeneuve et Mélenchon, ce n'est pas le grand amour. Cazeneuve a toujours considéré que s'allier avec l'idéologie des Insoumis était une faute morale de la gauche, quand Mélenchon l'avait par ailleurs traité de « bedeau du grand prêtre François Hollande ».

Cazeneuve à Matignon, c'est mettre le PS face à ses responsabilités, ou ses contradictions. L'homme est de gauche mais ne le serait-il plus suffisamment aux yeux des éléphants du parti ? Comment Hollande, redevenu député, pourrait-il censurer celui qu'il avait lui-même nommé à l'Intérieur et à Matignon, son plus fidèle allié ? Idem à droite. Cazeneuve est un serviteur de l'État incarnant une forme d'autorité qui n'est pas pour déplaire aux Français.

La droite républicaine pourrait-elle censurer Cazeneuve quand Nicolas Sarkozy appelle les siens à tendre la main dans l'intérêt du pays ? En coulisses les couteaux s'aiguisent, et certains commencent à entrevoir la possibilité d'une participation à un gouvernement. Toujours appétissante.

Libération
lundi 2 septembre 2024 895 mots, p. 1,8,9

FRANCE

MATIGNON Bientôt la fumée blanche ?

LAURENCE BENHAMOU

FRANCE

PAGES 8-9 CHOIX DU PREMIER MINISTRE Macron joue au ni oui ni nom Le Président, qui reçoit Bernard Cazeneuve et Xavier Bertrand ce lundi, devrait nommer le chef du gouvernement «d'ici mercredi». Alors que l'hypothèse de l'exministre de Hollande montre ses faiblesses, aucun autre nom ne paraît tenir la route.

Q ui gagnera le loto de Matignon ? L'heureux élu du bon plaisir présidentiel sera-t-il de gauche ou de droite ? Cazeneuve ou pas Cazeneuve ? Un «monsieur ou madame X» ? Avec ou sans le soutien de la gauche modérée ? Patience, encore un ou deux jours de suspense puis «ce sera d'ici mercredi», souffle un familier d'Emmanuel Macron. Lequel repousse encore son interminable réflexion sur le choix du successeur de Gabriel Attal. Dans son camp, des ténors le pressaient de trancher avant ce lundi. Emmanuel Macron n'y est pas parvenu. Explications : le Président veut poursuivre ses consultations pour «trouver un Premier ministre non censurable», selon l'expression qui court au Palais. Il recevra donc ce lundi l'ex-Premier ministre de François Hollande Bernard Cazeneuve, qui fait encore figure de favori (mais bien moins qu'avant le week-end), avec qui il n'avait encore eu aucun contact. Il rencontrera également François Hollande, qui vient de critiquer vertement son refus de nommer la candidate du Nouveau Front populaire (NFP) Lucie Castets – une «faute institutionnelle» – ainsi que Nicolas Sarkozy, qui l'a appelé publiquement à nommer un Premier ministre de droite. Autre invité : le président LR des Hauts-de- France, Xavier Bertrand, dont le nom a également circulé.

Ce week-end, où le chef de l'Etat s'est retranché dans sa résidence de la Lanterne, a vu l'hypothèse Cazeneuve testée. La question centrale était celle de l'accueil que les socialistes pourraient réserver à un tel profil, respecté par la droite et opposant déclaré à LFI. Question subsidiaire, Macron accepterait-il de nommer ce proche de Hollande – Cazeneuve a fait un discours chaleureux pour les 70 ans de l'ancien président en août – qui a jugé sa réforme des retraites «fondamentalement injuste» ? S'il le reçoit, c'est pour le sonder, sans que l'on puisse en déduire qu'il veut le nommer. «Mais ce n'est pas pour s'enquérir de sa petite santé», s'agace l'entourage présidentiel.

«TRAIT D'HUMOUR» Jean-Luc Mélenchon a déclaré jeudi que cette nomination pourrait fracturer le NFP en faisant «des dégâts dans les rangs parlementaires du PS». Opinion qui aurait pu convaincre Emmanuel Macron… Sauf que les conseillers de l'exécutif scrutaient les réactions des socialistes à Blois, où le parti tenait son université d'été de jeudi à samedi. Et Cazeneuve n'a pas semblé passer le test. Si les opposants à Olivier Faure et à l'alliance avec les insoumis se sont dits prêts à donner une chance à un Premier ministre issu du PS comme Cazeneuve, le premier secrétaire a vendredi semblé refuser tout compromis et s'en tenir à la ligne du NFP : censurer tout gouvernement non dirigé par leur candidate Lucie Castets. Avec dérision, Olivier Faure, cité par le Monde, a ironisé sur la possibilité qu'Emmanuel Macron le nomme : «Imaginez que j'aille à Matignon sans vous, mes amis. Est-ce que j'aurai un gyrophare, parce que toute trahison a un prix ?» Et comment «imposer au chef de l'Etat un rapport de force», avec ses 66 députés «minoritaires par rapport aux macronistes» ? Dans le camp présidentiel, sa tirade a fait l'effet d'une porte qu'on claque. «Cazeneuve est très rassurant, il dit qu'il rallie les députés socialistes, mais il faut voir ce qu'Olivier Faure a dit à Blois, notamment son trait d'humour sur “pourquoi pas moi Premier ministre”, commente un conseiller de l'exécutif. L'Elysée envisage d'attendre le milieu de semaine, le temps de voir si Cazeneuve passe au PS. Et sur le fond, il lui faudrait accepter qu'un gouvernement Cazeneuve revienne sur des réformes pour qu'il puisse donner des symboles pour le “peuple de gauche”. Or on ne sait pas ce que le Président est prêt à lâcher. Sans doute pas sur la politique de l'offre, qui pour lui a permis la baisse du chômage. Mais il semble ouvert à retravailler la réforme des retraites via une concertation avec les partenaires sociaux, sans abrogation sèche.» LE TEMPS PRESSE Puisque l'option Cazeneuve a du plomb dans l'aile, d'autres noms ont ressurgi ce weekend, cités par plusieurs conseillers, mais aucun ne semble tenir la route. Côté droite, David Lisnard, maire LR de Cannes et président de l'Association des maires de France, qui a été reçu vendredi par le chef de l'Etat. Son atout, être un élu local. «Mais il serait censuré a priori par la droite», évacue un macroniste. Venu de la gauche, Didier Migaud, 72 ans, ex-député socialiste, président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et ex-président de la Cour des comptes ? Alexis Kohler, l'éminence grise de Macron, serait pour. Un proche de Macron conteste : «Le Président veut un politique et Migaud n'est plus élu depuis que Sarkozy l'a nommé à la Cour des comptes» il y a quinze ans. «Et puis ce n'est pas un de nos alliés», renchérit un autre proche de Macron. Aucun n'exclut que le Président opte pour un candidat surprise. Le nouveau Premier ministre devra ensuite composer un gouvernement, ce qui peut être long, alors que le temps presse pour élaborer le budget. L'épreuve de la motion de censure pourrait ne pas attendre son examen : la présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a réclamé dimanche une session extraordinaire sitôt le gouvernement nommé.

Le Monde
International, lundi 2 septembre 2024 1092 mots, p. 5

Les écoles françaises d’Ankara et d’Istanbul sans nouveaux élèves turcs

La Turquie exige de la France et de l’Allemagne une « réciprocité » qui lui permettrait d’ouvrir des écoles dans ces deux pays

Nicolas Bourcier

Istanbul - correspondant - Des parents inquiets qui ne parlent qu’à mots couverts, des directions d’écoles muettes, deux ministères des affaires étrangères, en Allemagne et en France, qui préfèrent garder le silence, de peur de contrarier encore un peu plus Ankara : depuis la décision brutale, annoncée au cœur de l’été, par le ministre turc de l’éducation nationale, Yusuf Tekin, d’interdire toute nouvelle inscription d’élève turc ou binational dans les deux écoles françaises et les trois établissements allemands du pays, la communauté enseignante étrangère et ses tutelles donnent, en cette veille d’ouverture des classes, un sentiment, troublant, de malaise et d’impuissance collective.

L’objet du courroux turc ? L’exigence de « réciprocité » réitérée depuis des années par Ankara, qui demande à ouvrir des écoles de droit turc sur les sols français et allemand, à l’instar de ces cinq écoles françaises et allemandes en Turquie. Un sujet épineux qui n’a eu de cesse d’empoisonner les relations entre les capitales.

En début d’année, des rumeurs relayées par la presse turque avaient évoqué l’intention des autorités de fermer purement et simplement l’accès à ces écoles aux élèves de nationalité turque. Il est rappelé que les lycées français Charles-de-Gaulle, à Ankara, et Pierre-Loti, à Istanbul, n’ont pas d’existence au regard de la loi turque. Initialement ouvertes pour les enfants de diplomates, ces écoles privées sont de fait soumises à la législation française. Or ces établissements, qui comptent quelque 2 400 élèves, accueillent aujourd’hui principalement des collégiens et lycéens turcs et binationaux, comme les écoles allemandes.

A la suite d’un entretien avec le ministre turc, l’ambassade de France avait transmis, au printemps, un projet d’accord administratif. Des réunions et des consultations s’organisent au niveau académique et ministériel. Et puis, début juillet, le ton est subitement monté. « La partie turque nous a remis un projet d’accord allant au-delà des propositions évoquées jusqu’à présent », affirme l’ambassade française dans un courrier alors envoyé aux parents d’élèves. S’ensuit une « note verbale » des autorités turques, présentée sous forme d’ultimatum.

Indice de la persistante dégradation des relations bilatérales, les reproches publics formulés par le ministre Yusuf Tekin. Le 13 juillet, dans un entretien au journal progouvernemental Habertürk, il dénonce l’ « arrogance »de la France avant de s’emporter : « Nous ne sommes pas comme les pays que vous avez colonisés. Nous sommes un Etat souverain. Si vous voulez enseigner ici, vous devez agir selon nos conditions. »

Une semaine plus tard, une lettre de la direction de l’école allemande Ernst-Reuter d’Ankara, adressée aux parents d’élèves, indique de façon succincte que le ministère turc des affaires étrangères a « malheureusement interdit d’accepter de nouveaux étudiants munis d’un passeport turc, y compris les double-nationaux ». Sur quoi le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung titrera : « Conflit avec Berlin, la Turquie veut faire pression pour ouvrir ses propres écoles en Allemagne ».

En 2019 et 2020, déjà, des négociations ont eu lieu entre la Turquie et le ministère allemand des affaires étrangères à propos de la création de trois écoles turques à Berlin, Cologne et Francfort. Soumis à la critique, l’accord échoue en raison de la résistance des Länder concernés. Lors des discussions au Bundestag, le député libéral (FDP) Peter Heidt avait déclaré que le ministère des affaires étrangères se devait de « veiller à ce que les écoles turques en Allemagne ne deviennent pas une porte d’entrée pour les idéologies d’Erdogan », ajoutant que rien ne devrait y être enseigné « qui contredise nos intérêts et nos valeurs ».

Même son de cloche, à la même période, en France, lorsque deux projets d’écoles turques à Paris et à Strasbourg ont été soumis à la discussion. Le ministre de l’éducation de l’époque, Jean-Michel Blanquer, motiva son refus en invoquant les « trop nombreux gestes inamicaux venant de Turquie » : « Si nous avions un Etat neutre sur le plan idéologique et religieux, qui ne cherche pas ces logiques d’expansion, bien entendu, il y a toujours des possibilités de discuter. Mais ça n’est pas la situation que nous avons aujourd’hui. »

Si Ankara maintient sa ligne de fermeté, les établissements privés allemands et français pourraient se trouver, à terme, dans une situation financière difficile. Du côté des familles, et même parmi celles qui ne sont pas directement inquiétées, la décision d’Ankara n’a pas fini de susciter des troubles. Plusieurs parents ont envisagé de retourner en France ou en Allemagne. Certains ont émis l’idée de rendre leur nationalité turque. « Lorsque l’avenir des enfants est ainsi remis en cause par une simple note verbale envoyée en plein été, l’arbitraire n’est pas loin », confie une mère d’élève, sous le couvert de l’anonymat.

Cours de langue et de culture

Officiellement, des négociations sont toujours en cours. Mi-août, les directions d’établissement ont accepté d’intégrer en plus du programme habituel un parcours turcophone obligatoire, de quatre heures au collège et trois heures au lycée, pour les ressortissants turcs, y compris les binationaux. Des cours de langue, de culture, de littérature et d’histoire turques qui ne pourront être dispensés « que par des enseignants citoyens de la République de Turquie », précise le ministère de l’éducation turc, et ce « jusqu’à ce que ces écoles obtiennent » un statut légal.

« Ces écoles sont anciennes et bien connues des Turcs, rappelle Sebnem Gumuscu, professeure spécialiste de l’islam politique. La demande d’inscriptions d’élèves de nationalité turque est croissante, on dit même que des cadres du parti au pouvoir, l’AKP[Parti de la justice et du développement] , y ont mis leurs enfants. Alors pourquoi une telle décision ? Parce que le gouvernement et son partenaire de coalition, le MHP [Parti d’action nationaliste], sont déterminés à empêcher leurs citoyens de se soustraire au programme islamique et nationaliste qu’ils tentent de mettre en place d’une manière toujours plus intense. »

Dans son sermon distribué dans les 81 provinces turques, le 23 août, la direction des affaires religieuses a appelé les parents à « faire les efforts nécessaires pour que[les] enfants choisissent des cours de religion ». L’avant-veille, le ministère de l’éducation avait exigé, sans donner la liste des établissements visés, que trente écoles privées dont les noms ne sont pas en turc se trouvent « un nouveau nom ».p

Le Monde
France, lundi 2 septembre 2024 1045 mots, p. 9

Affaire Fillon : l’ex-premier ministre saisit la Cour européenne des droits de l’homme

François et Penelope Fillon, ainsi que l’ex-député UMP Marc Joulaud, ont déposé, vendredi, une requête devant la juridiction européenne pour faire annuler leur condamnation

Rémi Dupré

Plus de sept ans après son commencement, en pleine campagne présidentielle de 2017, l’affaire François et Penelope Fillon connaît un nouveau développement. Comme l’a appris Le Monde, le premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012) a déposé, le 23 août, un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), à Strasbourg, après que sa culpabilité pour, notamment, « détournement de fonds publics » a été reconnue par la Cour de cassation, le 24 avril, dans le dossier des emplois fictifs à l’Assemblée nationale.

A l’instar de son mari, Penelope Fillon, condamnée en appel et dont la peine a été confirmée par la Cour de cassation, a également émis une requête auprès de la CEDH. Tout comme Marc Joulaud, suppléant de M. Fillon à l’Assemblée nationale entre 2002 et 2007, et dont la peine en appel a été validée par la Cour de cassation. « L’objectif que nous poursuivons est l’annulation des condamnations pénales et civiles pour nos trois clients » , assure leur avocat, François-Henri Briard. Une nouvelle audience se tiendra devant la cour d’appel concernant les peines prononcées en appel à l’encontre de l’ex-chef du gouvernement, pour l’emploi fictif de son épouse.

Les trois requérants considèrent que plusieurs paragraphes de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme (« droit à un procès équitable », « indépendance », « impartialité et droit d’accès à un tribunal », « droits de la défense ») ont été violés par la France dans leur dossier. « La question des nullités[vices de procédure] de l’instruction (…) n’a hélas pas été tranchée par la Cour de cassation dans son dernier arrêt, explique Me Briard. Nos trois clients recherchent une condamnation de la France par la juridiction européenne pour faire censurer les manquements qui ont été commis aux principes d’indépendance et d’impartialité dans la hiérarchie judiciaire et la conduite du procès. »

Devant la CEDH, les trois requérants mettent en avant les moyens de nullité que M. Fillon avait soulevés sans succès en 2021, lors de son procès en appel, pour tenter de faire annuler la procédure pénale à son encontre. Ils s’appuient principalement sur les déclarations fracassantes de l’ancienne patronne du Parquet national financier (PNF), Eliane Houlette, en juin 2020, devant la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale sur l’indépendance du pouvoir judiciaire.

« Paradoxe de la défense »

A l’époque, Mme Houlette avait évoqué « un contrôle très étroit et une pression très lourde »qu’elle avait ressentis en février 2017 – la gauche était alors au pouvoir – en raison des « très nombreuses demandes »de remontées d’informations (« sur les perquisitions en cours », « sur les auditions », etc.)de sa supérieure hiérarchique rattachée au ministère de la justice, la procureure générale de Paris, Catherine Champrenault.

Par ailleurs, Mme Houlette – sollicitée, elle n’a pas souhaité s’exprimer – avait raconté avoir été « convoquée[en février 2017] au parquet général », qui l’aurait engagée « à changer de choix procédural[celui-ci ne convenant pas] , c’est-à-dire à ouvrir une information judiciaire »,plutôt que de poursuivre l’enquête préliminaire. Cela sera fait le 24 février 2017, avec la désignation de trois juges d’instruction, qui mettront en examen M. Fillon le 14 mars 2017.

Les dessous de ce choix procédural sont au cœur des griefs des avocats de l’ancien premier ministre. L’arrêt de la cour d’appel de mai 2022 indique pourtant que ses conseils de l’époque avaient adressé au PNF, le 9 février 2017, un courrier pour lui demander de se dessaisir de l’enquête préliminaire et de « requérir l’ouverture d’une information judiciaire ». « Il ne peut être énoncé que la poursuite des investigations dans ce cadre juridique paraissait alors une anomalie ou un dévoiement de procédure dans l’esprit de celui pour le compte duquel ce courrier a été adressé au PNF », soulignait la cour d’appel, pointant un « évident paradoxe de la défense ».

Questionnée, Mme Champrenault réaffirme aujourd’hui n’avoir exercé « aucune pression politique de quelque nature qu’elle soit » et plaide « le fonctionnement normal du pouvoir hiérarchique ».

Même si le Conseil supérieur de la magistrature, dans un avis de septembre 2020, n’a pas relevé de « pression » et rappelé – comme Mme Houlette l’avait fait devant les députés – que l’ouverture d’une information judiciaire « n’est intervenue qu’au seul motif du risque de prescription, du fait d’une évolution législative imminente », M. Fillon, éliminé au premier tour du scrutin présidentiel, et son entourage ont dénoncé, depuis 2017, un « assassinat politique », comme le rappelle Me Briard.

« Il existe effectivement un faisceau d’indices qui caractérisent à notre sens une intention délibérée de neutraliser sa candidature à l’élection présidentielle », maintient Me Briard, qui souligne entre autres « l’enquête de police conduite au pas de charge pour vérifier quinze ans de rémunération », le « réquisitoire introductif rédigé sous pression », les « demandes de remontées incessantes d’information du parquet général, formulées de façon non écrite, contrairement à la loi ». La CEDH, après avoir examiné la recevabilité de la requête, ne statuerait que dans plusieurs années. Quant à M. Fillon, il devrait, après le prochain arrêt de la cour d’appel de renvoi, former un nouveau pourvoi devant la Cour de cassation.

Si le calendrier de la CEDH ne concorde pas avec celui des juridictions françaises, les requérants demanderaient, s’ils avaient gain de cause à Strasbourg, une révision de leur condamnation pénale. Me Briard est persuadé qu’une décision de la Cour de cassation sur la nullité du réquisitoire introductif pourrait suffire pour que « le château de cartes s’écroule et pour que toute la procédure soit déclarée nulle. Dans le jeu du mikado, un seul élément peut déséquilibrer tout le jeu. »

Les démarches de M. Fillon et de son entourage devant la CEDH pourraient à terme convaincre Nicolas Sarkozy de les imiter. Condamné en 2021 pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire des écoutes (condamnation confirmée en appel), l’ex-chef de l’Etat n’avait pas exclu de déposer un recours devant la CEDH.

L'Humanité
lundi 2 septembre 2024 1027 mots, p. 6

Ces fantômes qui planent au-dessus du Parti socialiste

Emilio Meslet

Gauche Alors qu'Emmanuel Macron s'apprête à nommer un premier ministre, les universités d'été de Blois ont donné lieu à des passes d'armes. Coincé entre Cazeneuve et Mélenchon, le parti s'avance vers un congrès tendu.

Blois (Loir-et-Cher), envoyé spécial.

I ls ne sont pas là. Mais c'est tout comme. À Blois (Loir-et-Cher), où se sont tenues de jeudi à samedi leurs traditionnelles universités d'été, les socialistes (et les journalistes) n'ont à la bouche que ces noms : Bernard Cazeneuve et Jean-Luc Mélenchon. Deux fantômes du passé d'un parti qu'ils ont quitté il y a longtemps et de retour au centre des discussions. Parce que le premier est pressenti pour être nommé à Matignon par un Emmanuel Macron cherchant à fracturer le Nouveau Front populaire (NFP). Parce que le second sert d'épouvantail à l'aile sociale-libérale du PS, nostalgique de son hégémonie, qui accuse l'actuelle direction d'être inféodée au leader insoumis et à ses ambitions présidentielles.

Les années passent mais les rentrées politiques des socialistes se ressemblent. Et alors que la gauche unie prétend gouverner, le PS se livre au spectacle de la division sur fond de congrès larvé. Les tiraillements, au moins de façade, sont légion. Faut-il continuer à discuter avec Emmanuel Macron ? Faut-il rompre avec la France insoumise ? Quelle place pour la social-démocratie dans le NFP ? Lucie Castets doit-elle rester la candidate commune à Matignon, même si elle n'est pas nommée ? Comment réagir à la potentielle nomination de Bernard Cazeneuve ? Et c'est bien Blois, et sa couverture médiatique conséquente, que l'aile droite du PS a choisi pour étaler ses désaccords avec la direction d'Olivier Faure. Parfois en toute mauvaise foi.

D'après Hélène Geoffroy, cheffe de file de ce qu'il reste du hollandisme, la « vieille maison » de Blum et Mitterrand serait « au bord de la rupture » à cause des orientations stratégiques de son premier secrétaire. « Sommes-nous un parti d'agit-prop, comme le disent les militants d'extrême gauche, qui joue la rue contre les institutions ? » fait mine de s'interroger la maire de Vaulx-en-Velin. Le numéro un du PS serait lobotomisé par « le bruit et la fureur » de Jean-Luc Mélenchon, au point que les courants minoritaires - lesquels assurent peser 51 % du parti - exigent un nouveau congrès où ils iront unis pour le faire tomber.

« La détestation de Faure et de Mélenchon ne fait pas un projet », se marre un cadre socialiste. « Jean-Luc Mélenchon est un problème. On ne le soutiendra pas à la présidentielle. On l'a déjà dit et on peut le redire encore et encore », rappelle Laurent Baumel, député proche du premier secrétaire qui estime que les opposants cherchent « des motifs pour prendre le parti ».

Pour l'aile droite du PS, Lucie Castets, désignée candidate à Matignon par les quatre formations du NFP, n'est presque plus un sujet à partir du moment où Emmanuel Macron l'a déjà récusée. « Une succession de censures pourrait mener à Lucie Castets, qui reste notre candidate tant qu'on n'a pas de première ministre. Mais est-elle légitime pour incarner le destin de la gauche ? Les militants ont-ils voté ? Cela mérite un débat », pose Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat. D'autres, à Blois ou à Paris, sont plus frontaux et ne se cachent pas d'envisager l'option Bernard Cazeneuve, « un homme d'État (...) au service de l'idéal de gauche », selon Carole Delga, présidente de la région Occitanie. Une hypothèse « crédible et sérieuse » pour Anne Hidalgo, la maire de Paris. Tous assurent tout de même souhaiter une « cohabitation » avec Emmanuel Macron et jurent qu'ils ne seront pas ses « supplétifs » : « Il a perdu. Il faut, par exemple, un bougé sur les retraites », demande Michaël Delafosse, édile de Montpellier (Hérault).

Du côté de la direction socialiste, l'option Cazeneuve n'en est pas une. Comme pour les insoumis, les communistes et les écologistes. « Si ce n'est pas Lucie Castets à Matignon mais une autre personnalité venue de la gauche, nous n'avons aucune raison de penser que celle-ci conduira une politique de gauche », avance Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis. « On pourra dire que c'est le retour de l'aile sociale-libérale si Cazeneuve est nommé, qu'il fait des annonces de seconde zone et que ses camarades restés au PS le soutiennent », pense Laurent Baumel.

« Il y a quelque chose qui devrait nous unir : redonner une place centrale au PS »

« En réalité, nous craignons tous un premier ministre qui nous fracture. Ce qui se joue, c'est notre unité », avance un cadre qui, comme ses camarades de tous courants, pose des « lignes rouges » : hausse des salaires, fiscalité plus juste, abrogation de la réforme des retraites, défense des services publics, planification écologique.

Malgré les dissensions, les roses ont offert un accueil de rock star à la candidate du NFP pour un meeting improvisé, avec Olivier Faure, l'écologiste Marine Tondelier, l'insoumis Éric Coquerel, le communiste Léon Deffontaines et l'ex-FI Clémentine Autain. L'occasion d'envoyer un avertissement à l'aile droite. « La gauche ne pourra peser que si elle est unie. Et ce que je dis vaut aussi pour le PS. Ceux qui pensent que c'est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient », adresse Marine Tondelier aux éléphants, qui ont pour l'essentiel boycotté l'événement du NFP. « Si nous voulons que la gauche puisse aller chercher les classes populaires, les ouvriers, qu'ils vivent en métropole ou dans les ruralités, il nous faut un cap clair », leur glisse Léon Deffontaines, avec en prime un clin d'oeil à un effet de Raphaël Glucksmann. Et Lucie Castets de prévenir : « Restons ensemble pour que l'espoir levé le 7 juillet ne retombe pas, et qu'on puisse changer la vie. » « Si vous allez avec la droite, vous gouvernerez avec la droite et vous serez la droite », résume Olivier Faure à la tribune.

« Il y a quelque chose qui devrait nous unir : redonner une place centrale au PS. Comment pourrions-nous imaginer un seul instant que nous pourrions redevenir cette force si nous sommes les briseurs de la gauche ? » a appuyé le premier secrétaire, samedi, en clôture de l'université d'été. Mais si Olivier Faure reste un unioniste acharné, il estime que seul son parti peut « propulser la gauche ». Il ne veut pas non plus que « le bal des ego » reprenne à gauche, ou alors, prévient-il, « nous partirons seuls ».

L'Humanité
lundi 2 septembre 2024 169 mots, p. 3

Enseignement privé L'argent public en question

Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour demander des comptes à l'enseignement privé sous contrat, financé à 75 % par de l'argent public, comme l'avait mesuré la Cour des comptes en juin 2023. La semaine dernière, une enquête de Mediapart révélait qu'en plus des 3 milliards d'euros de subventions que les régions lui versent au titre de leurs obligations légales, 1,2 milliard d'euros viennent s'ajouter de manière supralégale. Au niveau des communes, la chambre régionale des comptes du Centre-Val de Loire a donné raison à trois municipalités du Loiret : quand des parents scolarisent leurs enfants dans une école privée d'une autre commune alors qu'une école publique existe dans leur ville de résidence, rien n'oblige celle-ci à financer leur scolarité. Quant au député Paul Vannier (FI), il a demandé au préfet d'Île-de-France la résiliation du contrat du désormais célèbre lycée Stanislas, en raison de ses multiples infractions aux règles du service public d'éducation. Le séparatisme scolaire aurait-il du souci à se faire ?

Le Monde
France, lundi 2 septembre 2024 1046 mots, p. 10
Aussi paru dans
31 août 2024 - Le Monde (site web)

Reportage

L’hypothèse Cazeneuve pour Matignon divise le PS

A l’université d’été du parti à Blois, Olivier Faure doit faire face aux partisans de l’ex-chef du gouvernement

Sandrine Cassini

Blois - envoyée spéciale - Bernard Cazeneuve sera-t-il le successeur de Gabriel Attal à Matignon ? A Blois, l’hypothèse de la nomination de l’ancien premier ministre de François Hollande, nourrie par l’Elysée ces derniers jours, a parasité l’université d’été du Parti socialiste (PS), qui se tenait du 29 au 31 août, et brouillé le message autour de Lucie Castets, candidate du Nouveau Front populaire (NFP) à Matignon.

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, lui avait pourtant préparé un programme sur-mesure. Conviée à son grand meeting vendredi, en fin de journée, aux côtés d’autres personnalités du NFP, comme l’ex-« insoumise » Clémentine Autain ou l’écologiste Marine Tondelier, celle qui prétend au poste de premier ministre a été ovationnée par les militants. « Lucie Castets à Matignon, Lucie Castets à Matignon » , ont scandé les Jeunes Socialistes, à son arrivée.

Mais sur scène, Olivier Faure s’est résolu à répondre aux rumeurs, et a, pour la première fois, livré le fond de sa pensée sur l’éventuelle nomination d’un socialiste à Matignon. Outre Bernard Cazeneuve, le nom du maire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Karim Bouamrane, assis dans les premiers rangs, a également circulé. Vendredi matin, ce dernier a reconnu sur TF1 avoir eu des contacts avec l’Elysée, mais a averti que si on lui proposait Matignon, il se retournerait vers sa famille politique pour dessiner la suite.

Evitant l’attaque personnelle, Olivier Faure a choisi la dérision et a fait comme si c’était lui qu’Emmanuel Macron appelait. « Imaginez que j’aille à Matignon sans vous, mes amis. Est-ce que j’aurai un gyrophare, parce que toute trahison a un prix ? », a-t-il ironisé. Le député de Seine-et-Marne s’est attelé à décourager quiconque de croire qu’ «avec[sa] force de conviction,[son] talent,[il] pourrait convaincre[ses] amis d’hier, d’aujourd’hui, de demain, et imposer au chef de l’Etat un rapport de force », a-t-il embrayé, calculant qu’avec seulement 66 députés, les socialistes, qui n’auraient pas le soutien des trois autres forces de gauche, resteraient « minoritaires par rapport aux macronistes ».

« Si vous voulez gouverner sans le NFP avec la droite, vous serez la droite », a-t-il prévenu, faisant comme s’il n’y avait désormais plus d’autre option que le NFP et Lucie Castets. Un nouveau virage après une expression plus modérée mardi 27 août, quand il avait expliqué, lors d’un bureau national houleux, qu’un premier ministre de gauche ne serait pas censuré a priori, sauf s’il poursuivait la « politique d’Emmanuel Macron ». A ce moment-là, la porte était alors ouverte à d’autres prétendants.

« Le bruit et la fureur »

Mais entre-temps, Lucie Castets, à laquelle La France insoumise (LFI) a promis un soutien durant toute la législature, a fait savoir qu’elle quittait son poste à la Mairie de Paris pour poursuivre la campagne, espérant une nomination à Matignon dans un deuxième temps. « Je continuerai à mettre ma part dans le maintien de cette unité de la gauche », a proclamé l’énarque de 37 ans vendredi devant les militants du PS.

En face d’Olivier Faure, ses opposants internes, qui représentent la moitié du PS, continuent, eux, de demander la réouverture de discussions avec le chef de l’Etat et sont pressés de refermer la parenthèse Castets. « Il faut reconnaître qu’on est dans une impasse, car ce n’est pas nous qui décidons[du premier ministre] », a expliqué la maire de Vaulx-en-Velin (Grand Lyon), Hélène Geoffroy, qui conduit le courant des proches de François Hollande.

« Nous avions une candidate, nous avons été unitaires. Mais, qu’on le veuille ou non, c’est le président de la République qui nomme », a fait valoir le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, à la tête du second courant minoritaire du PS. A demi-mot, certains se montrent méfiants à l’égard de Lucie Castets, qui leur paraît insuffisamment indépendante de Jean-Luc Mélenchon. Son refus de condamner clairement l’un des slogans phares du fondateur de LFI – « la police tue » –, le 29 août, sur BFM-TV, a par exemple été souligné. Comme ses tergiversations sur le smic à 1 600 euros : se montrant d’abord souple sur le délai de mise en place, elle s’est ensuite raidie, au diapason des « insoumis ».

En toile de fond des désaccords, l’alliance avec LFI continue de polluer les relations au PS. « Nous sommes inquiets car la direction du PS a choisi le bruit et la fureur »,a dénoncé Hélène Geoffroy, qui demande un congrès début 2025. « Ramener le NFP à une soumission à Jean-Luc Mélenchon est une aberration », a contesté Olivier Faure.

« Cohabitation » ou « coalition »

Dans ce contexte, la perspective de voir M. Cazeneuve à Matignon sonne comme une possible sortie de crise. L’ex-chef du gouvernement de François Hollande est toujours très estimé par les opposants au chef de file du PS. C’est « une figure de la gauche, respectée par la droite », salue le président du groupe au Sénat, Patrick Kanner. « C’est un homme d’Etat, un homme libre et c’est aussi un ami », renchérit M. Mayer-Rossignol.

Tout l’enjeu, aux yeux des socialistes, reste de savoir s’il pourra être en capacité de mener une politique de gauche. Pour que son arrivée à Matignon soit perçue comme une bonne nouvelle, encore faudra-t-il que Bernard Cazeneuve puisse proposer l’abrogation de la réforme des retraites, l’augmentation du smic ou la restauration de l’impôt de solidarité sur la fortune. Autant de « lignes rouges », listées au PS par ceux qui ne veulent pas être associés à une « Macronie finissante ».

La nécessité d’imposer une « cohabitation » à M. Macron est revenue en boucle. « Cohabitation, et pas “parfum de cohabitation” », précise M. Kanner, en référence à l’euphémisme employé par l’Elysée. « Il ne peut y avoir de “coalition” avec le bloc central : nous ne sommes pas alliés à Macron » , renchérit Hélène Geoffroy, en accord, pour une fois, avec Olivier Faure. A Blois, la rumeur autour de Bernard Cazeneuve paraissait, aux yeux de certains, comme une tentative de l’Elysée d’alimenter les divisions au PS. A ce titre, l’opération a été réussie.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_ActuD, dimanche 1 septembre 2024 606 mots, p. AUJM16

Le Parisien Lundi 2 En rang deux par

Le Parisien

Lundi 2

En rang deux par deux !

C'est la rentrée scolaire pour quelque 12 millions d'élèves en France. Parmi les nouveautés de cette année, la mise en place dans quelques semaines de groupes de niveau en français et en mathématiques pour les classes de 6 e et de 5 e, voulue par Gabriel Attal, alors ministre de l'Éducation nationale. Sauf à ce que la mesure soit détricotée en urgence par un nouveau gouvernement...

Un procès hors norme

Le procès emblématique de la soumission chimique s'ouvre ce lundi devantµ la cour criminelle du Vaucluse à Avignon : pendant près de dix ans, Dominique Pélicot, un septuagénaire aux airs de gentil papy, a drogué sa femme aux anxiolytiques pour la livrer à des inconnus recrutés sur Internet, qui la violaient. Un procès qui est aussi celui de la démesure puisque 51 accusés seront jugés jusqu'à mi-décembre.

Babeth, Barthès et Baba

Les trois talk-shows d'access prime time, comme on dit en bon français audiovisuel, reprennent ce lundi. « C à vous », animé sur France 5 par Anne-Élisabeth Lemoine, se trouve pour une nouvelle saison face à « Quotidien » de Yann Barthès et « TPMP » de Cyril Hanouna. Mais pour « Baba », l'émission ne fera pas toute la saison. En tout cas pas sur C 8 dont l'Autorité de régulation de la communication (Arcom) n'a pas renouvelé l'autorisation d'émettre : la chaîne disparaîtra de la TNT en février.

Mardi 3

Du volant à la barre

Patron de Volkswagen pendant huit ans, jusqu'en 2015, Martin Winterkorn est jugé à Brunswick (Allemagne) dans le cadre du scandale du « dieselgate ». Le procès devra déterminer sa part de responsabilité dans le trucage des mesures d'émissions de CO par le constructeur automobile.2

Le long voyage papal

De l'Indonésie, premier pays musulman du monde mais comptant environ 3 % de catholiques, à Singapour, une cité-État principalement bouddhiste,

en passant par la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Timor oriental à majorité chrétienne, le pape François se rend en Asie et en Océanie jusqu'au 12 septembre. Soit le plus long déplacement depuis le début de son pontificat, en mars 2013.

Burton enfin « star » de Hollywood

Le réalisateur américain Tim Burton (« Edward aux mains d'argent », « Mercredi »...) inaugure une étoile à son nom, la 2 788 e sur le fameux Walk of fame de Hollywood boulevard, à Los Angeles. L'événement coïncide avec la sortie de son dernier film, « Beetlejuice Beetlejuice » (le mercredi 11 septembre en France).

Mercredi 4

Des cachalots au cachot

Détenu depuis fin juillet au Groenland, le capitaine Paul Watson, militant écologiste et opposant à la chasse à la baleine, comparaîtra devant le tribunal de Nuuk, qui doit statuer sur la fin de sa détention provisoire. Le Japon demande son extradition, l'accusant d'avoir causé des blessures et des dégâts matériels lors d'une action contre un baleinier en 2010.

Jeudi 5

Qui après Wauquiez ?

L'assemblée plénière du conseil régional d'Auvergne - Rhône-Alpes (Aura) élit le successeur de Laurent Wauquiez. Le patron du groupe la Droite républicaine a dû renoncer à la présidence de région pour ne pas cumuler les mandats, après avoir été élu député lors des législatives anticipées, un scrutin qui a marqué son retour sur la scène nationale.

Dimanche 8

« Je déclare clos... »

Cette fois, le rêve Paris 2024 se termine bel et bien, avec la fin des Jeux paralympiques. La vasque s'éteindra à l'issue de la cérémonie de clôture qui débute au Stade de France à 20 h 30.

Libération
samedi 31 août 2024 1075 mots, p. 1,8,9

FRANCE

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30 août 2024 - Libération (site web)

A Blois, l'option Cazeneuve agite le PS

CHARLOTTE BELAÏCH

FRANCE

PAGES 8-9 Matignon A Blois, les socialistesen plein désarroi Au deuxième jour de leur université d'été, les socialistes ont ovationné Lucie Castets, vendredi soir. Mais c'est surtout l'hypothèse Bernard Cazeneuve, dont le nom circule avec insistance pour le poste de Premier ministre, qui risque de diviser le parti.

P endant les vacances, le socia- liste Jérôme Guedj a l'habi- tude de faire des sudokus sur la plage. Mais cette année, le député s'est amusé à composer des gouver- nements. La rentrée est arrivée sans que ni lui, ni le Président ne soient parvenus à finir le jeu. C'est ainsi que les socialistes se sont retrouvés pour leurs universités d'été, organi- sées à Blois de jeudi à ce samedi, avec des sujets d'interrogation et autant de débats. Faut-il poursuivre les discussions avec Emmanuel Ma- cron, qui a évacué l'hypothèse d'un gouvernement du Nouveau Front populaire ? Faut-il continuer, mal- gré le refus du Président, à pousser la candidature de Lucie Castets, qui représente la coalition de gauche depuis cet été ? Comment se posi- tionner face à l'hypothèse Bernard Cazeneuve à Matignon ? Pour le PS, Lucie Castets reste la candidate légitime du parti. «On doit poursuivre cette démarche, aller jusqu'au bout», affirme la maire de Nantes, Johanna Rolland. Les soutiens d'Olivier Faure aiment raconter que c'est lui qui a proposé nom alors que les négociations du NFP patinaient en juillet. «C'est qui ?» a alors interrogé Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise.

«Réalité parallèle». Depuis son intronisation par le Nouveau Front populaire, Lucie Castets est pourtant perçue par ses détracteurs comme trop proche de Jean-Luc Mélenchon. «En réalité, c'est elle qui le contredit le plus», affirme un cadre socialiste. Alors que le leader insoumis répétait que le NFP mettrait en oeuvre tout son programme, sans concession, la candidate à Matignon a affirmé qu'elle ferait des compromis. «Lucie Castets n'est pas une marionnette entre les mains des chefs de partis, insiste Olivier Faure auprès de Libération. C'est elle qui fait la synthèse entre nous. Elle a permis d'objectiver un certain nombre de sujets qui faisaient débat entre nous.» A Blois, vendredi, la représentante du NFP a été mise à l'honneur, accueillie sur le campus par une nuée de journalistes et de militants. Juste avant, elle s'était entretenue avec des cadres et des élus du parti, qui lui ont conseillé d'appuyer encore sur son ouverture au dialogue, et de dresser une liste de priorités : abro- gation de la réforme des retraites, hausse des salaires, investissement dans les services publics, police de proximité et grand plan écologique. «On a indiqué et réindiqué qu'on voulait faire des compromis, a ensuite rappelé Castets face à la presse. Rien n'est terminé. Nous allons continuer à travailler.» La haute fonctionnaire a ensuite participé à un meeting aux côtés de représentants de la coalition de gauche : Marine Tondelier pour les écologistes, Eric Coquerel pour les insoumis, Léon Deffontaines pour les communistes ou encore la députée Clémentine Autain, qui a rompu avec La France insoumise.

Accueillie par des «Castets à Matignon», dans une salle remplie, l'énarque a dénoncé le «mensonge qui dit que nous sommes responsables du blocage». «Nous irons chercher des accords texte par texte, a-telle répété. Mais le Président n'a jamais voulu l'entendre. Ils acceptent la gauche à condition qu'elle ne soit pas la gauche». «On vit dans une réalité parallèle, je n'ai rien contre elle, mais tout ça n'existe plus», s'agace le socialiste Philippe Doucet, opposant interne. Plus mesuré, le patron des sénateurs socialistes, Patrick Kanner, interroge : «On peut avoir une successon sion de censures qui mènent à Castets, qui reste notre candidate tant qu'on n'a pas de Premier ministre. Mais est-elle légitime pour incarner le destin de la gauche ? Ça mérite un débat.» Ils sont rares à ce stade, mais quelques socialistes privilégient désormais l'hypothèse Cazeneuve. L'ancien Premier ministre a fait part à ses proches de son envie de mettre en place «un gouvernement de cohabitation». En off, certains affirment désormais qu'il faut bien admettre que s'ils pourraient défendre les mêmes mesures, la haute fonctionnaire et l'ancien Premier ministre ne sont pas perçus de la même manière. «Castets a été récusée sur le motif de la stabilité mais Macron a reconnu qu'il fallait du changement, on en arrive à Cazeneuve, analyse Kanner, qui a longtemps soutenu l'ex-socialiste. C'est une figure de la gauche respectée par la droite, notamment en tant que ministre de l'Intérieur pendant les attentats.» «Logique sacrificielle». Castets, elle, est encore lestée par les déclarations de Mélenchon, qui servent de prétexte à la droite et la macronie pour la disqualifier. Si elle a par exemple marqué sa différence sur la procédure de destitution engagée par les insoumis, certains socialistes ont observé, irrités, la candidate hésiter lorsqu'on lui demandait, sur le plateau de BFM jeudi, de réagir aux propos de l'insoumis sur la police qui «tue». «Quand on prétend devenir le chef de la majorité, il faut savoir dire non, y compris à ses partenaires», regrette un élu PS. «Cazeneuve a plus d'autonomie politique, juge un député socialiste. Quand j'observe la composition de l'Assemblée, je ne vois que lui.» Les insoumis et les écolos ont pourtant prévenu qu'ils le censureraient immédiatement.

Olivier Faure, de son côté, continue de répéter que les socialistes censureront «toute prolongation du macronisme». Dans son entourage, certains le pressent d'appeler Cazeneuve, qui n'a pas non plus contacté les représentants socialistes. Un simple exercice de courtoisie, pour l'avertir qu'il risque de ne pas avoir le soutien de la gauche. «Je sais ce qu'il pense de Macron, ce parvenu de l'avenue Saint-Jean du Touquet, s'agace Kanner. Mais il peut être dans une logique sacrificielle, pour éviter le chaos.» Le socialiste met toutefois en garde : «Est-ce que Macron acceptera une cohabitation, avec un Premier ministre qui met en oeuvre une politique de gauche ? Cazeneuve n'est pas un joueur, c'est un homme d'Etat, et il va se retrouver avec un président joueur qui n'est pas un homme d'Etat.» En réalité, l'hypothèse Bernard Cazeneuve gêne presque tout le monde au PS. Comment censurer un ancien Premier ministre socialiste sans apparaître comme des bloqueurs ? En même temps, personne ne veut apparaître comme la béquille de Macron, ni s'isoler du reste de la gauche. A ce stade, il est donc plus aisé de faire comme si tout était encore possible avec Lucie Castets.

«Bernard Cazeneuve a plus d'autonomie politique [que Lucie Castets]. Quand j'observe la composition de l'Assemblée, je ne vois que lui.» Un député socialiste

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, samedi 31 août 2024 463 mots, p. AUJM4
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31 août 2024 - Le Parisien

Les ex-frondeurs de LFI cherchent encore leur place

Les anciens Insoumis critiques se retrouveront ce samedi à la rentrée politique de François Ruffin.

Julien Duffé

Envoyé spécial à Blois (Loir-et-Cher)

« Si vous voulez adhérer au PS, c'est par ici », harangue, blagueur, Alexis Corbière à l'entrée du campus d'été des socialistes à Blois (Loir-et-cher). Le député de Seine-Saint-Denis, ex-frondeur de la France insoumise réélu dans sa circonscription malgré la purge décidée par la direction de LFI en juin, retrouve le sourire chez ses anciens camarades socialistes. Un peu plus loin, on croise deux autres « insurgées » (contraction d'Insoumis purgés) : Clémentine Autain et Raquel Garrido. La semaine dernière, les mêmes étaient accueillis aux universités d'été des écologistes à Tours (Indre-et-Loire). Et ce samedi, ils participeront à la rentrée que François Ruffin, autre frondeur, organise pour la première fois dans la Somme, à Flixecourt.

Raquel Garrido, qui a perdu son siège de députée, assure que, à gauche, ils sont « super bien reçus partout » (sauf évidemment à LFI). « Ici, on est comme des poissons dans l'eau car le NFP, c'est notre bébé. C'est la ligne qu'on a défendue pendant deux ans à LFI, en faisant tout pour qu'elle ne casse pas », argue-t-elle.

« Risque d'invisibilisation »

Les ex-Insoumis rebelles, parmi lesquels on trouve aussi les députés Danielle Simonnet et Hendrik Davi, oeuvraient à un destin unitaire de la gauche en vue de 2027 quand la dissolution puis la « purge » les ont cueillis. Les cinq qui ont récupéré leur place à l'Assemblée ont peiné pour trouver un point de chute, finalement chez les Écologistes. Pour se relancer, Autain, Corbière, Davi, Garrido et Simonnet ont créé l'Après (Association pour une République écologique et sociale). « On a un compte en banque depuis ce vendredi et les 5 000 personnes qui ont déjà adhéré en ligne vont pouvoir envoyer leur cotisation, annonce Raquel Garrido. On se veut démocratique donc c'est important de pouvoir être membre. Un des problèmes à LFI, c'était l'impossibilité d'adhérer. »

Problème : l'emblématique député de la Somme François Ruffin n'a pas rejoint leur mouvement. Corbière ne désespère de le convaincre de les rejoindre : « Je le souhaite ardemment. Il faut qu'on se parle. » « S'ils veulent revenir dans le jeu, ils ont intérêt à s'unir un minimum, peut-être en agrégeant Génération·s (créé par Benoît Hamon), estime un proche du patron du PS, Olivier Faure. S'ils se structurent localement, ce seront des interlocuteurs intéressants lors des municipales car tout le monde va vouloir de bons Insoumis dans les exécutifs locaux. » Un cadre du PS pointe « le risque d'invisibilisation » qui les guette. La formule fait sourire Raquel Garrido. « On a justement eu des problèmes à LFI parce qu'on était trop visibles. Et dans notre mouvance, on compte deux personnalités reconnues comme des présidentiables : Clémentine Autain et François Ruffin. Il y a pire ! »

Le Monde
International, samedi 31 août 2024 1430 mots, p. 2
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30 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Au Royaume-Uni, une extrême droite éclatée

Longtemps marginalisée dans le pays, la mouvance radicale a montré, lors des émeutes, sa capacité à se mobiliser

Cécile Ducourtieux

Londres - correspondante - Un mois après le début des émeutes qui ont agité l’été britannique, le calme est revenu. A la source de ces heurts, de fausses informations diffusées par des réseaux d’extrême droite selon lesquels le meurtrier présumé de trois fillettes à Southport (nord-est de l’Angleterre), le 29 juillet, était musulman et venait d’arriver dans le pays en small boat alors qu’il est britannique. La police a procédé à plus de 1 000 arrestations et au moins 200 personnes ont déjà été condamnées (la plupart à des peines de prison).

Le gros de l’orage semble passé, les contre-manifestations à l’initiative de collectifs antiracistes ont aussi joué leur rôle, démontrant dans la rue l’opposition de dizaines de milliers de personnes à l’islamophobie et au racisme proférés par les émeutiers. Ces derniers « ont exploité les failles de notre société après quatorze années de populisme et d’échecs [des conservateurs] », a estimé, mardi 27 août, Keir Starmer, le premier ministre britannique travailliste, installé à Downing Street depuis juillet, qui a promis de faire de la politique « différemment » pour répondre au « trou noir social » que ces émeutes ont révélé.

Celles-ci mettent aussi en lumière un paradoxe au cœur de l’extrême droite britannique. Contrairement à ailleurs en Europe, aucun mouvement issu de cette mouvance n’a réussi à percer électoralement. Pourtant, son pouvoir de mobilisation, décuplé par les réseaux sociaux, s’est révélé considérable lors des émeutes et son potentiel de violences, bien réel. Le 27 juillet, Tommy Robinson, figure la plus connue de la droite radicale britannique, parvenait à rassembler 30 000 sympathisants à Trafalgar Square, au cœur de Londres. Ils étaient des centaines, les jours suivants, à Southport, à jeter des briques sur les policiers.

Outre Reform UK, le parti du charismatique Nigel Farage, que les politistes britanniques considèrent plutôt comme un parti de droite dure que d’extrême droite (« il accepte les principes démocratiques », précise Tim Squirrell, de l’Institute for Strategic Dialogue), il existe une dizaine d’autres formations n’ayant parfois même pas le statut de partis politiques : le Reclaim Party, la Patriotic Alternative, le Homeland Party ou Britain First. Ces groupuscules – au plus quelques milliers de militants actifs (les chiffres exacts ne sont pas disponibles) – sont souvent rivaux mais ils ont en commun de professer la haine des étrangers et de l’islam, et attirent majoritairement des hommes blancs. Pour Tim Squirrell, « ils ne gagnent souvent même pas assez de voix pour se faire rembourser leur caution électorale ».

Il n’en a pas toujours été ainsi : fondé en 1932, le parti fasciste British Union of Fascists (BUF), dirigé par Oswald Mosley, un ex-député Labour puis conservateur, a compté jusqu’à 40 000 membres. Impérialiste et antisémite, le BUF s’illustra surtout par ses débordements de rue : la fameuse manifestation de Cable Street, en octobre 1936, dans l’Est londonien, contre l’antisémitisme parvint à le stopper dans son élan. Les mouvements fascistes britanniques deviennent interdits après l’entrée en guerre du pays contre l’Allemagne nazie. A la fin des années 1960, l’extrême droite se reconstitue sous l’ombrelle du National Front (NF), mobilisé contre la migration venue des ex-colonies britanniques, dont les membres battent le pavé et terrorisent les populations d’origine caribéenne et asiatique.

« Méthodes du Front national »

Au NF succède le British National Party (BNP) dans les années 1980. « Son leader[de 1999 à 2014] , Nick Griffin, s’est inspiré des méthodes du Front national en France et a normalisé un peu son discours, l’axant sur l’importance des valeurs familiales pour devenir plus respectable », explique Paul Jackson, spécialiste des radicalismes à l’université de Northampton.A son apogée, le BNP parvient à avoir deux de ses candidats élus députés européens en 2009.Il est supplanté à partir de 2009 par l’English Defense League (EDL), cofondée par Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, un ex-membre du sBNP concentrant ses attaques contre le « fascisme islamiste ». Mais le mouvement se délite à son tour en 2013 après la révélation de ses liens avec le criminel norvégien Anders Behring Breivik.

Depuis,avec l’essor des réseaux sociaux, les avatars de l’EDL et du BNP n’ont pas dépassé le stade de groupuscules. Ce sont davantage des personnalités comme Mark Collett, Paul Golding et surtout Tommy Robinson, qui suscitent les mobilisations, dominent les discours haineux sur X, Facebook et la messagerie Telegram. La réinstallation du compte de Stephen Yaxley-Lennon sur X, en novembre 2023, par Elon Musk, après que l’extrémiste en eut été banni en 2018, lui a redonné une visibilité considérable, avec désormais un million d’abonnés. « Tommy Robinson est devenu un avatar de l’extrême droite[britannique] »car « ce qui compte désormais, c’est la capacité d’individus à capter l’attention des jeunes hommes en ligne», affirme Ben Quinn, journaliste du Guardian, dans un récent podcast du quotidien de gauche sur les émeutes.

Pour Paul Jackson, « l’extrême droite a dépassé le stade des partis, avec des figures partageant les mêmes émotions, ayant subi les mesures d’austérité [de l’ère conservatrice] , n’ayant plus confiance dans les partis politiques traditionnels et pensant que l’immigration est hors contrôle ». Dans la revue Prospect, la chercheuse Julia Ebner, spécialiste des radicalismes à Oxford, souligne à quel point la réinstallation des comptes d’extrémistes sur X, vecteur de désinformation, « leur donne l’impression que leurs idéologies et activités sont normalisées et légitimées ».

Les commentateurs politiques se rassurent en invoquant une supposée exception britannique, les électeurs ayant jusqu’alors refusé, contrairement à d’autres pays d’Europe, de voter pour eux lors des scrutins nationaux. « Mais c’est d’abord le système électoral [dit « first past the post », majoritaire uninominal à un tour à la Chambre des communes] , qui fait barrière aux partis radicaux en favorisant les partis centristes », estime Paul Jackson. L’arrivée de quatre élus Reform UK à la Chambre des communes, dont Nigel Farage, élu après sept tentatives infructueuses, prouve d’ailleurs que cette barrière du mode de scrutin n’est pas étanche.

Faits de terrorisme

Les échecs électoraux des partis d’extrême droite sont aussi dus à la plasticité du Parti conservateur, dont l’aile droite pioche dans leurs thématiques. Des figures comme Suella Braverman ont banalisé leur rhétorique, l’ex-ministre de l’intérieur de l’ancien premier ministre Rishi Sunak dénonçant une « invasion » du pays par les migrants ou les gangs pédophiles « presque tous constitués de Britanniques d’origine pakistanaise ». Dans son rapport sur l’état de l’extrême droite en 2024, l’association de lutte contre l’extrémisme Hope not Hate pointe l’expansion d’un « écosystème d’extrême droite », avec les émissions jugées « toxiques » de la chaîne de TV GB News (dont Nigel Farage est un présentateur vedette) ou l’obsession des journaux de droite tel The Telegraph pour la migration.

Hope not Hate invite à ne pas sous-estimer la violence d’extrême droite, une mise en garde validée par les récentes émeutes. L’association observe le regain des « chasses aux antimigrants », manifestations hostiles devant des hébergements d’urgence pour demandeurs d’asile. Elle en a décompté 247 en 2022 et 158 en 2023. Dans un pays où le multiculturalisme est célébré, l’universitaire Paul Jackson note aussi la montée du radicalisme d’extrême droite chez des jeunes : « Les médias en parlent peu pour ne pas encourager ces phénomènes en leur donnant trop d’écho mais ils représentent un risque pour la sécurité nationale. »

En 2023, 23 activistes d’extrême droite ont été condamnés pour faits de terrorisme. L’assassinat de la députée travailliste Jo Cox par un homme radicalisé en juin 2016 prouve tristement que cette violence ne peut être sous-estimée. « L’implication des figures d’extrême droite, leur présence sur les réseaux, n’est pas la seule cause des explosions de violence », met aussi en garde Simon Winlow, vice-président de la Société britannique de criminologie, enseignant à l’université de Northumbria. Le fait que des membres du public adhérent à leurs discours de haine « révèle des tensions existant depuis des années au Royaume-Uni ». « La colère, l’hostilité, le cynisme sont devenus des composantes de la culture des classes populaires. Un grand nombre de gens se sentent profondément ignorés. Les partis politiques dominants refusent d’affronter les raisons de ces colères et frustrations. Quand tant de gens demandent du changement, ils ne leur offrent que la continuité » , estime encore Simon Winlow.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Faits divers, samedi 31 août 2024 260 mots, p. AUJM10
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31 août 2024 - Le Parisien

PROCèS Après l'accident de la route, le

PROCèS

Après l'accident de la route, le député Ratenon jugé en janvier

Impliqué dans un accident de la circulation, durant la nuit du 23 au 24 août, sur l'île, le député NFP de la Réunion, Jean-Hugues Ratenon (LFI) sera jugé en janvier pour conduite en état d'ivresse manifeste, défaut de maîtrise et refus de se soumettre aux tests de dépistage de l'alcool et des stupéfiants. Une automobiliste n'avait pas pu éviter la voiture de l'élu, assoupi dans son véhicule, feux éteints et arrêté sur une nationale à Sainte-Suzanne. Le parlementaire invoque, lui, un malaise.

JUSTICE

Non-lieu pour Benalla

L'enquête portant sur la disparition d'un coffre-fort d'Alexandre Benalla, juste avant une perquisition en juillet 2018 dans l'appartement de l'ex-chargé de mission à l'Élysée, « n'a pas établi de volonté de nuire à la manifestation de la vérité ». La juge d'instruction a donc rendu un non-lieu le 27 juin dans ce dossier, a indiqué ce vendredi le parquet de Paris. La disparition du coffre, où Benalla rangeait ses armes, était survenue au début du scandale qui lui a valu une condamnation définitive à un an ferme pour les violences du 1 er mai.

ACCIDENT

Décès d'un spéléologue dans le Lot

Un spéléologue de 32 ans est décédé jeudi dans le Lot et les secours tentaient ce vendredi de récupérer son corps dans une cavité. Originaire du Var, le trentenaire a trouvé la mort alors qu'il pratiquait la spéléologie aquatique dans la résurgence de Saint-Georges. Une enquête a été ouverte pour définir les causes exactes du décès.

Le Figaro, no. 24889
Le Figaro, samedi 31 août 2024 929 mots, p. 8

International

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30 août 2024 - Le Figaro (site web)

Avec la vente des Rafale, la France veut arrimer la Serbie à l'Europe

Pour le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, derrière la technologie, « il y a de l'influence, du soft power » .

Gélie, Philippe

La vente de douze avions de combat Rafale à la Serbie, scellée jeudi soir à Belgrade, va contribuer à «arrimer» ce pays clé des Balkans à l'Union européenne. C'est l'intérêt géostratégique majeur qu'a mis en avant Emmanuel Macron lors de la conclusion du contrat en présence de son homologue serbe, Aleksandar Vucic. «La place de la Serbie est en Europe,a martelé le président de la République. Le choix des avions Rafale par la Serbie est le choix clair d'une alliance de long terme entre nos deux pays au sein d'une Europe plus forte et plus souveraine» ,a-t-il déclaré.

Le contrat signé par le PDG de Dassault Aviation*, Éric Trappier, et le ministre serbe de la Défense, Bratislav Gasic, porte sur la livraison d'ici à 2028-2029 de douze appareils neufs au standard F4.1, dont neuf monoplaces et trois biplaces. La Serbie devient ainsi le quatrième pays d'Europe à s'équiper de l'avion de combat omnirôle français - et le troisième dans les Balkans, après la Grèce et la Croatie. «Cela montre une volonté politique forte de la France de s'impliquer dans cette région,souligne Éric Trappier. Nous nous félicitons d'accueillir ce nouveau client, qui n'avait jamais acquis d'avions Dassault auparavant. C'est le résultat d'une combinaison entre la volonté politique des deux présidents et les qualités d'excellence de l'avion, démontrées partout.»

Le feu vert des autorités françaises à cette vente est intervenu à l'issue de délibérations au plus haut niveau, la Serbie étant réputée proche de la Russie et de la Chine. Belgrade refuse notamment d'appliquer les sanctions occidentales contre Moscou, tout en vendant des munitions d'artillerie à l'Ukraine. La Serbie est aussi le pays le plus engagé en Europe dans un partenariat stratégique avec Pékin ; le président chinois, Xi Jinping, s'y était rendu en mai dernier après sa visite à Paris.

«Que ne se félicite-t-on quand le partenariat avec la France est formidable?» ,s'est interrogé Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse, jeudi soir, à Belgrade. En écho, Aleksandar Vucic a assuré : «Nous ne sommes pas des espions de la Russie en vue de transferts de technologie. Nous payons pour ce contrat avec l'argent des contribuables serbes.»Il a ajouté : «Je suis fier de la politique étrangère serbe. Je sais qu'Emmanuel (Macron) aimerait qu'on impose des sanctions à la Russie (...). Mais nous ne l'avons pas fait et nous n'en avons pas honte.»

« Reprendre pied dans les Balkans »

La France observe avec intérêt le jeu d'équilibre auquel se livre le président serbe entre ses différents partenaires, à l'Est comme à l'ouest. «La Serbie est un grand pays qui a besoin de protéger sa souveraineté et qui cherche à diversifier ses partenariats, souligne le ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Ce n'est pas la première fois que des nations qui refusent de s'aligner complètement sur des blocs choisissent la France. Ici, c'est d'autant plus significatif qu'il s'agit d'un pays slave, historiquement proche de la Russie. La décision d'aujourd'hui montre que les dirigeants serbes souhaitent s'arrimer à l'Europe, et c'est aussi notre intérêt en matière de sécurité.»

On fait valoir côté français que l'achat de matériels aussi sophistiqués que des avions de combat, des sous-marins ou des bateaux de guerre s'accompagne de modalités et d'une logistique - formation, opérabilité, entretien - qui instaurent un partenariat de long terme, «une intimité» ,dit Sébastien Lecornu. À titre d'exemple, la Grèce participerait, depuis l'acquisition de frégates françaises, en 2021, à la protection du porte-avions Charles-de-Gaullelorsque son groupe naval croise en Méditerranée. «Après une vente d'armes, il y a de l'influence, du soft power» ,insiste le ministre des Armées.

«Je vois ce contrat sous un jour plutôt favorable pour trois raisons,analyse le député LR Jean-Louis Thiériot, vice-président de la commission de la défense nationale. Il permet à la France de reprendre pied dans les Balkans, région volatile, il offre l'occasion de renouer avec un allié historique et il ancre assez solidement la Serbie dans le camp occidental.»Son «point de vigilance»concerne les risques de pillage de technologie, mais il rappelle que ce type de vente doit être validé par la Commission interministérielle pour l'étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG) et par la Direction générale de l'armement (DGA). L'industriel est aussi connu pour sa vigilance. «Personne n'est réellement capable de faire de la rétroconception» ,dit un expert.

En Serbie, le débat porte moins sur le «changement stratégique» salué à Paris que sur la volonté supposée d'Aleksandar Vucic de s'acheter la bienveillance de l'Élysée et des dirigeants européens à l'égard de ses entorses à la démocratie et à l'État de droit. Les élections tenues il y a huit mois ont été entachées d'irrégularités, selon l'OCDE et le Parlement européen, et une fronde populaire agite en ce moment le pays contre l'exploitation des réserves de lithium - un projet soutenu en juillet par le chancelier allemand Olaf Scholz, venu spécialement à Belgrade.

Candidate à l'Union européenne, la Serbie a très peu avancé dans le processus d'adhésion, notamment en raison du blocage sur le Kosovo, dont Belgrade ne reconnaît pas l'indépendance. «La place de la Serbie est dans l'Union européenne, elle a un rôle important à jouer, qui peut avoir valeur d'exemple et d'entraînement pour toute la région» ,a souligné Emmanuel Macron, promettant d' «appuyer tous les efforts de consolidation (...) des réformes économiques, de l'amélioration de la vie et de l'État de droit». P. G.

* Le Groupe Dassault est propriétaire du «Figaro».

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_Paris_2024, samedi 31 août 2024 818 mots, p. AUJM15
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31 août 2024 - Le Parisien

Léauté, une fierté bretonne

Le para-cycliste, qui a décroché la médaille d'or sur la poursuite (C2), a pu compter sur l'appui de plus de 100 supporters venus de son village dans la nuit.

Samuel Gothot

« Si vous êtes là le 30 août, ça risque d'être drôle. » Vendue comme ça, la première journée de compétition d'Alexandre Léauté était immanquable. Aligné sur la poursuite individuelle (C2), le Breton, qui vise cinq médailles lors de ces Jeux paralympiques, savait pertinemment que quelque chose se tramait. Et pour cause, il avait invité son fan-club local à venir le soutenir au Vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines. Cent cinq supporters partis dans la nuit de Saint-Caradec (Côtes-d'Armor) , à 100 km à l'ouest de Rennes, avec le tee-shirt à l'effigie de leur champion, pour hurler leur soutien et l'accompagner jusqu'à une première « Marseillaise » amplement méritée.

Dans les tribunes, impossible de les louper. À l'entrée du virage, deux blocs sont remplis de ces fans, qui ont sorti les drapeaux français et bretons pour l'occasion. Alexandre Léauté les repère d'ailleurs dès son arrivée au vélodrome pour son échauffement matinal, et se permet d'aller les saluer, s'imprégnant de leur énergie avant de se mettre dans sa bulle, au calme, près du staff des Bleus.

« La commune de Saint-Caradec a rempli un bus et le Vélo Club du pays de Loudéac, où est licencié Alex, un deuxième, raconte Anne Cojean, qui a coordonné l'organisation du déplacement. C'est lui-même qui nous a dit que c'était la journée la plus intéressante, donc on a réservé les cars depuis le mois de décembre et en quelques jours, toutes les places étaient vendues. Il y a un vrai engouement autour de lui, d'autant qu'il y aura aussi un écran géant à Loudéac pour ceux qui ne sont pas venus. »

Le maire de Saint-Caradec, Alain Guillaume, et le nouveau député de la troisième circonscription des Côtes-d'Armor, Corentin Le Fur, sont de la partie. « Je ne voulais pas louper ça, assure le premier. Dans une commune de 1 200 habitants, le maire se déplace, surtout pour un champion paralympique et multiple champion du monde. C'est la fierté du village, de toute une région, et bientôt de la France. » Survoltés dès leur arrivée sur le parvis du vélodrome, sur les coups de 9 heures du matin, les 105 Bretons n'attendent pas l'ouverture des portes pour mettre l'ambiance. En rond, aux côtés des bénévoles, ils testent leurs chants, notamment le célèbre et très breton « le Loup, le Renard et la Belette ». Rapidement, des « Alex, Alex » émergent. Des encouragements que le Français n'entend pas, mais qui vont lui résonner dans les oreilles dès les qualifications. Survolté, celui qui est 19 fois champion du monde à seulement 23 ans en profite pour claquer un record du monde. Rien que ça.

« J'avais le coeur à 180 »

Dans les tribunes, où d'autres groupes de supporters sont réunis pour lui, notamment un composé de jeunes du centre de formation du FC Lorient, un mélange d'euphorie et d'émotion flotte déjà dans l'air, avant même la finale. « Alexandre, c'est mon voisin, confie le maire de Saint-Caradec. Je l'ai connu, il était haut comme trois pommes, il ne pouvait même pas encore faire du vélo. Mais il a ça dans le sang, son grand-père faisait du vélo, son père est encore un cycliste averti. C'est beau de le voir ici. »

Et encore plus beau de le voir décrocher l'or. Car, ce vendredi, Alexandre Léauté n'a aucun rival. Face au Belge Ewoud Vromant, le Français démarre idéalement, avant de résister jusqu'au bout des 3 000 m de course pour s'offrir une première « Marseillaise ». Un moment particulièrement émouvant pour lui, mais aussi pour ses supporters. « Je ne l'ai jamais chantée, mais là, c'était fabuleux, j'avais des frissons, c'était magique », savoure Philippe, debout sur son siège avec son drapeau français entre les mains.

« Il n'y a qu'en sport qu'on peut vivre un moment aussi intense, poursuit Corentin Le Fur. On n'a plus de voix, mais on est heureux. Cela valait le coup de se lever très tôt ce matin, surtout quand je vois le monde, l'ambiance et la joie d'Alexandre. »

La médaille autour du cou, le désormais double champion paralympique ne peut en effet cacher un bonheur immense. « Quand tous les gens de Saint-Caradec criaient mon nom, j'avais le coeur à 180, c'était un truc de fou, savourait-il. C'est la médaille de tout un peuple. Je n'ai jamais fait du vélo avec autant de bruit. »

Il est 18 heures, leur mission est accomplie, la centaine de supporters peut repartir en Bretagne l'esprit léger. Si la soirée s'annonce encore longue, elle sera sans aucun doute très belle. La fête organisée au retour d'Alexandre Léauté, comme ce fut le cas après Tokyo avec 400 Caradocéens présents, devrait l'être encore plus. Tout est déjà prévu, de nouveaux tee-shirts avec la caricature ont déjà été imprimés, tant le Breton, qui vise d'autres titres d'ici à la fin des Jeux, est irrésistible.

Aujourd'hui en France
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_Loisirs, samedi 31 août 2024 826 mots, p. AUJM28
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« J'avais envie d'un nouveau défi »

France culture|La médecin et présentatrice Marina Carrère d'Encausse, qui a quitté « le Magazine de la santé » sur France 5, fera ses débuts ce samedi à midi avec « Carnets de santé ».

Propos recueillis par Carine Didier

Quand on l'a croisée en début de semaine à la conférence de presse de rentrée de Radio France, Marina Carrère d'Encausse se disait stressée à l'idée de faire ses débuts ce samedi à midi sur France Culture. Une première à la radio pour la médecin et présentatrice (62 ans) du « Magazine de la santé », qu'elle a quitté fin mai après vingt-six ans de quotidienne sur France 5, et où Jimmy Mohamed lui succède. Depuis, elle a répété et enregistré le premier numéro de « Carnets de santé », entretien d'une demi-heure avec une personnalité.

Une grande habituée de l'antenne comme vous est donc stressée avant de prendre le micro à la radio ?

MARINA CARRÈRE D'ENCAUSSE. Je l'étais, mais je suis plus rassurée après avoir fait des essais ! J'enregistre les 3-4 premiers numéros, pour me sentir plus à l'aise, maîtriser mieux la technique... Après, je serai en direct. La radio, ce n'est pas pareil que la télé : on ne peut pas s'appuyer sur un sourire, des mimiques... Pour moi, c'est un nouveau monde, et c'est très bon pour les neurones ! J'avais envie d'un nouveau défi, d'un rendez-vous plus complet, plus lent, plus long. La proposition aimable de France Culture est venue à point nommé.

Parler de la santé vous manquait ?

Non. C'est mon métier, je ne pourrais pas faire autre chose. Les vingt-six ans passés au « Magazine de la santé » n'ont fait que me conforter. Je souhaite pouvoir m'impliquer davantage dans des sujets sociétaux qui touchent la santé, les approfondir. Chaque samedi, nous aborderons un thème avec un invité lors d'un tête-à-tête de trente minutes pour avoir le temps d'aller au fond des choses, de parler du présent, de l'avenir, de discriminations et d'inégalités avec une liberté totale. Il s'agira de sujets complexes, possiblement en lien avec l'actualité, qui nous concernent tous et me passionnent.

C'est-à-dire ?

Face à moi, je n'aurai pas que des professionnels de la santé mais aussi des philosophes, des religieux... car il s'agira d'évoquer la santé au sens large, à travers l'économie, l'éthique, la politique, les progrès, la politique de santé comme la santé mentale, celle des femmes, la fin de vie, les exclus... Je ne veux rien m'interdire. Pour la première émission sur le handicap, je reçois Philippe Croizon à l'occasion des Jeux paralympiques et du succès incroyable du film d'Artus « Un p'tit truc en plus » : a-t-on fait assez de progrès ?

Être désormais seule, sans chroniqueur. Ça change tout ?

C'est un challenge très intéressant. Je le suis déjà un peu lors des débats d'« Enquête de santé », sur France 5. Mais là, c'est un tête-à-tête : il faut bien bosser en amont pour maîtriser parfaitement le sujet car il n'y a personne pour vous rattraper. Cet exercice me plaît beaucoup.

Vous continuerez « Enquête de santé » et de réaliser des documentaires comme celui sur la fin de vie l'an dernier ?

Oui. Je ferai deux documentaires par an. Là, je commence le tournage d'un prochain sur l'alcoolo-dépendance des femmes. J'aimerais en réaliser un autre sur la santé des femmes en prison. Je continue « Enquête de santé » une fois par mois autour de thèmes plus grand public et plus médicaux que ce que je ferai à France Culture, dont « le bien vieillir » en octobre.

Pas de regret d'avoir quitté « le Magazine de la santé » ?

Pas du tout. Je suis très heureuse du résultat car le magazine a bien marché jusqu'au bout et il a été utile. On a apporté quelque chose, notamment pendant le Covid. C'était un service important à rendre. Je ne m'y ennuyais pas mais j'ai eu envie d'évoluer, d'avancer.

Regarderez-vous la quotidienne de France 5 ?

Honnêtement, je vais surtout profiter du fait d'avoir le droit de déjeuner, ce que je n'ai pas pu faire en vingt-six ans car nous étions en direct !

Le projet de loi sur la fin de vie a été victime de la dissolution de l'Assemblée nationale en juin. Vous gardez espoir ?

Oui. Cela va se jouer un peu en fonction du futur Premier ministre. Pour l'instant, le député Olivier Falorni (rapporteur du premier texte), a remis une proposition de loi au programme de la rentrée parlementaire qui prend en compte les discussions en commission, les amendements adoptés. Le texte est donc plus avancé. C'est une telle évolution pour la société, une telle demande que cela me paraîtrait bizarre et pas très honnête pour les Français qu'il ne soit pas examiné rapidement. Ce n'est pas le fait de légiférer qui divise. Il y a eu, au fil des débats et selon les partis politiques, des reculs et des avancées. Malgré certaines insuffisances, le texte me semble abouti.

Libération
samedi 31 août 2024 532 mots, p. 11

AUTRE

Le Conseil d'Etat tacle le décretsur les logements exigus

ALEXANDRE BOUYÉ

AUTRE

Le Conseil d'Etat ferme la porte sur les doigts de l'exécutif. Dans une décision publiée jeudi, l'institution a estimé que le décret «Habitat 2023-695», portant sur les règles d'hygiène et de salubrité des locaux propres à l'habitation, était en partie invalide, et l'a donc en partie annulé. L'institution avait été saisie en décembre 2023 puis en juin 2024 par l'association Droit au logement (DAL), épaulée par plusieurs organisations. Dans sa délibération, le Conseil d'Etat explique que la dernière version du décret, adopté et publié le 29 juillet 2023, n'a pas été consultée par le Haut Conseil pour la santé publique (HCSP). Une procédure pourtant prévue par le code de la santé publique, et que le gouvernement semble avoir voulu enjamber.

En janvier 2024, le ministre délégué démissionnaire chargé du Logement, Guillaume Kasbarian, avait expliqué devant l'Assemblée nationale que l'objectif de ce texte était de lutter contre la crise du logement en ouvrant le marché locatif à des biens «atypiques en termes de plafond, de largeur, de longueur, de superficie». La gauche et les associations avaient protesté contre un décret qui, selon le député LFI des Yvelines William Martinet, «autorise la mise en location de logements dont la hauteur de plafond est de 1,80 mètre». En réalité, comme l'ex - pliquait Checknews en août 2023, si le décret «ne permettait pas la mise en location de nouveaux logements plus bas de plafond qu'auparavant», il rendait plus difficile, «voire impossible», les recours des locataires mal logés. En effet, avec ce texte, des habitats dont la hauteur sous plafond se situe entre 1,80 m et 2,20 m pouvaient être «désormais considérés comme à la fois décents et salubres», sous réserve d'atteindre les 20 mètres cubes. Pour les associations, qui qualifiaient ce texte de «décret marchand de sommeil», le projet gouvernemental ressemblait à un cadeau de l'exécutif envers les propriétaires abusifs. Cette annulation par le Conseil d'Etat est donc fêtée comme une victoire judiciaire importante. Dans un communiqué, l'association DAL évoque «une décision de bon sens, qui va bien au-delà des demandes du rapporteur public», avant de se féliciter d'une «victoire pour les locataires aux mains des marchands de sommeil, petits et grands». Toutefois, le DAL regrette que le Conseil d'Etat n'ait pas supprimé les parties du décret autorisant «la location de logement d'une pièce muni d'un W.-C. à 30 mètres de distance à vol d'oiseau», «la location de pièce avec seulement une ventilation mécanique», ou permettant «d'expulser un locataire pour suroccupation.» Désormais, pour faire face à la crise du logement, le gouvernement doit proposer un nouveau décret, assorti d'un avis du HCSP, avec des solutions alternatives… ou pas. Comme l'explique à Libération Jean-Baptiste Eyraud, fondateur de DAL, «le gouvernement peut simplement présenter le même décret au Haut Conseil, et rien ne l'empêche de ne pas tenir compte de son avis». Il estime toutefois que «le gouvernement ferait preuve d'un cynisme conséquent s'il ne revoyait pas de fond en comble le décret qui a été annulé», alors même qu'il n'est désormais supposé se charger que des affaires courantes. Dans le doute, les associatifs se préparent à une nouvelle saisine du Conseil d'Etat.

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_Votre Argent, samedi 31 août 2024 919 mots, p. AUJM12,AUJM13
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30 août 2024 - Le Parisien (site web)
31 août 2024 - Le Parisien

Les premiers effets de la loi antisquat

Exclusif|Le ministère du Logement divulgue un premier bilan, un an après l'application de la loi Kasbarian-Bergé, montrant que les évacuations forcées ont triplé.

Anne-Laure Abraham

Alain et Martine craignaient que leur cauchemar s'éternise. Finalement, le squat de leur maison en Seine-et-Marne n'aura duré « que » trois mois. L'occupant illégal a été expulsé par la police le 5 août dernier. « On a eu beaucoup de chance. J'avais commencé à arrêter de manger », souffle la sexagénaire au bout du fil.

Le couple de retraités, résidant dans le sud de la France et propriétaire d'une maison familiale à Villeparisis (Seine-et-Marne), en travaux dans le but d'une revente, fait partie des victimes ayant bénéficié de la procédure express d'expulsion permise par la loi Kasbarian, promulguée le 27 juillet 2023 (du nom de Guillaume Kasbarian, alors député, aujourd'hui ministre du Logement démissionnaire).

Ce sont des voisins qui les ont prévenus en juin. L'individu s'était en fait installé chez eux un mois plus tôt en forçant la serrure et en brisant des fenêtres. Il avait mis le compteur électrique à son nom. D'après les propriétaires, l'homme louait même des logements dans une partie de la maison à des gens en toute impunité et faisait du trafic de stupéfiants. « C'est inimaginable ! s'exclame Alain. Il se pavanait sur les réseaux sociaux, comme si c'était chez lui ! »

Deux plaintes, déposées en juin, ont été transmises au sous-préfet de Meaux, mais d'après les propriétaires, c'est la lettre de leur fille envoyée au préfet qui a tout accéléré. « Trois jours plus tard, on avait un arrêté préfectoral d'expulsion », confie le couple. Aujourd'hui, ils font garder leur maison par des vigiles.

Un an après l'application de la loi Kasbarian, le ministère dresse, en exclusivité, un premier bilan sur la partie squat. Selon une première remontée de chiffres (27 préfectures), la force publique a été sollicitée à 432 reprises entre septembre 2023 et mai 2024 (soit 48 sollicitations en moyenne par mois), contre 147 en 2022 (soit 12 sollicitations par mois). « Le nombre de saisines a donc été multiplié par quatre entre avant et après la loi », se félicite le ministère du Logement.

Le nombre d'arrêtés d'expulsions forcées a quant à lui plus que triplé. Il est en effet passé de 101 en 2022 à 356 en neuf mois (septembre 2023 à mai 2024), soit une évolution du taux de suite favorable de 68 à 82 %. Certaines préfectures, comme celle du Rhône, sont particulièrement volontaristes. « Ces résultats traduisent un succès de l'élargissement de la loi qui permet de répondre à une forte demande des propriétaires et des locataires, mais aussi de mieux circonscrire les motifs de refus, qui sont très limités » reprend le ministère.

Un phénomène marginal

Le juge ne peut ainsi plus accorder de délai si le squatteur est entré dans les locaux à l'aide de manoeuvres, voies de fait ou contraintes. Les délais moyens de réponse varient de vingt-quatre heures à douze jours, précise le ministère.

S'il était déjà possible, par le passé, de saisir directement le préfet, sans attendre une décision de justice, pour demander une évacuation forcée en cas de squat avant la loi Kasbarian, cette dernière a, par le biais l'article 38 de la loi Dalo, élargi la procédure à tout logement illégalement occupé et non plus seulement au domicile. Cet article facilite et accélère également l'expulsion effective des squatteurs soixante-douze heures après saisine du préfet (mise en demeure sous quarante-huit heures, évacuation forcée vingt-quatre heures plus tard) lorsqu'il s'agit d'un domicile (résidence principale ou secondaire), sept jours après pour tout autre logement.

Sylvain Grataloup, président de l'Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI), relativise : « On reconnaît le droit de propriété, c'est très bien, car il a une fonction sociale. Plus il est garanti, plus le logement sera protégé. Après, le squat est un épiphénomène par rapport au problème du logement. C'est extrêmement marginal comparé aux millions de baux d'habitations en France. La priorité est de redonner du pouvoir d'achat aux Français. »

Le ministère du Logement défend la portée de la mesure. « Face à la crise du logement, nous devons redonner confiance aux propriétaires pour les encourager à louer », insiste-t-il. Un avis qui laisse perplexe Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation Abbé Pierre. « Si les propriétaires ne louent plus, ça n'est pas par peur du squat, mais plutôt parce qu'ils trouvent plus intéressant financièrement de louer en location touristique », lâche le représentant.

« Il faut prendre en compte la détresse des gens »

Ce dernier critique le côté « bulldozer » de la loi : « Tous les squatteurs ne sont pas d'affreux délinquants qui prennent le logement d'un retraité et le cassent. Si tel est le cas, nous défendons bien sûr l'expulsion. Mais parfois, c'est plus complexe, il y a des bâtiments qui sont vides depuis longtemps et où il n'y a pas de projet. On a aussi des expulsions expéditives ou abusives où il ne s'agit pas de squat mais d'un conflit entre un locataire et un propriétaire, ce dernier faisant passer le premier pour un squatteur... C'est au juge d'examiner ces situations. Il faut prendre en compte la détresse des gens qui sont arrivés à occuper ces logements. On a des familles, des enfants, des personnes malades qui se retrouvent à la rue sans avoir le temps de se retourner alors qu'ils occupaient des locaux vides. Il faut concilier le droit de la propriété et le droit au logement. »

Le Figaro, no. 24888
Le Figaro, vendredi 30 août 2024 557 mots, p. 6

Plutôt bienveillante, la droite fixe des lignes rouges à la nomination de Cazeneuve

Lagrave, Martin

La campagne souterraine de Bernard Cazeneuve infuse jusqu'à la droite. Très discret depuis que son nom est évoqué pour être nommé premier ministre, en coulisse, le fondateur de La Convention s'emploie à rendre cette piste crédible. Alors qu'à gauche, son nom peine à faire l'unanimité, étonnamment, à droite, il n'est pas rare d'entendre d'élogieux commentaires à l'égard de l'ancien socialiste. La perspective d'un retour de Bernard Cazeneuve à Matignon n'offusque pas au sein des Républicains (LR), certains élus allant même jusqu'à le plébisciter.

Lorsque l'on évoque la nomination du prochain premier ministre, la secrétaire générale des Républicains Annie Genevard botte en touche : «Je me garde des conjectures, c'est au président de la République de le nommer» , évacue-t-elle. La vice-présidente de l'Assemblée nationale rappelle les lignes rouges fixées par son camp pour travailler avec le prochain gouvernement : ne pas augmenter les impôts, ne pas diminuer les pensions de retraite et reprendre les 13 mesures du « pacte législatif » présenté par Laurent Wauquiez fin juillet.

Pourtant, Annie Genevard a rencontré par deux fois Emmanuel Macron ces derniers jours en compagnie de Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, justement pour tenter de résoudre l'équation Matignon. «Avec le président, nous avons évoqué brièvement ce que pourrait être le portrait-robot du premier ministre. Quelqu'un qui ait la carrure d'un homme d'État, qui soit pétri du sens de l'intérêt supérieur de la nation et qui soit forcément rassembleur», confie la députée du Doubs au Figaro. « Bernard Cazeneuve? Je l'ai connu comme député, comme ministre de l'Intérieur, et comme premier ministre. C'est à l'évidence quelqu'un qui a les épaules pour exercer cette responsabilité», précise l'ancienne maire de Morteau. Dans ce cas-là, «nous devrons être exigeants mais constructifs». «La notion d'intérêt supérieur de la nation vaut pour tout le monde » , conclut-elle.

Pour les LR « canal historique » , si l'ancien socialiste reste un vieux compagnon de route de François Hollande, l'ennemi d'hier incarne aujourd'hui le visage d'une gauche modérée, hors du Nouveau Front populaire. Ainsi, au sein du groupe présidé par Laurent Wauquiez, de nombreux députés partagent cette ligne vis-à-vis de l'ex socialiste. «Il faut que le pays fonctionne», martèle Hubert Brigand, député DR de Côte-d'Or. « Compte tenu des équilibres dans l'Hémicycle, il faut un socialiste modéré. Bernard Cazeneuve a l'expérience et la poigne pour proposer des textes qui dégagent des majorités.» Son collègue Jean-Pierre Taite abonde : «On reste ouvert, c'est un homme d'État, tout le monde le sait.» Tout comme Jean-Pierre Vigier, député de Haute-Loire : «Il a de l'expérience et il est modéré. S'il reprend nos mesures, pour moi, il n'y aura pas de problème.»Enfin, Frédérique Meunier, élue en Corrèze, admet une certaine «bienveillance(de la droite) à l'égard d'un homme qui bonne réputation et beaucoup d'expérience».

Toutefois, rien n'indique que l'ensemble des 47 députés du groupe DR accueilleront favorablement la nomination à Matignon de l'ancien maire de Cherbourg. La précédente législature a démontré que plusieurs élus pouvaient faire preuve d'une certaine autonomie, notamment lors de la réforme des retraites. Le député de l'Aisne Julien Dive - seulement apparenté au groupe DR - estime que si l'hypothèse Cazeneuve venait à se concrétiser, «c'est la droite qui aura perdu», «un retour au gouvernement de 2012» , persifle ce très proche de Xavier Bertrand, lui aussi en lice pour s'installer Rue de Varenne. ML

Le Monde
International, vendredi 30 août 2024 1256 mots, p. 4
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29 août 2024 - Le Monde (site web)

En Argentine, la politique mémorielle sapée par Milei

Des députés du parti au pouvoir ont rendu visite à des condamnés pour crimes contre l’humanité liés à la dernière dictature

Anaïs Dubois

Buenos Aires - correspondance - La photo fait froid dans le dos. Prise le 11 juillet à la prison fédérale d’Ezeiza, à une trentaine de kilomètres de Buenos Aires, on y voit six députés du parti de Javier Milei, La Libertad avanza (LLA), souriant aux côtés de détenus, tous âgés. Ces derniers, quinze au total, ont été condamnés pour avoir commis des crimes contre l’humanité incluant enlèvements, tortures, disparitions forcées et viols durant la dernière dictature argentine (1976-1983). D’après l’enquête menée sur cette visite par la revue argentine Crisis , la rencontre a duré plusieurs heures et s’est déroulée dans une salle commune de l’unité 31 du pénitencier où sont enfermés ces détenus.

L’un des plus tristement célèbres, Alfredo Astiz, surnommé l’« Ange de la mort », a été condamné à la prison à vie par contumace en France, en 1990, pour la disparition, en 1977, des religieuses françaises Alice Domont et Léonie Duquet. En 2011 puis en 2017, il a été de nouveau été condamné à la perpétuité en Argentine. D’après Crisis, cet après-midi du 11 juillet à Ezeiza, il n’aurait pas prononcé un seul mot de toute la rencontre.

Réalisée sous le couvert de « visite humanitaire »afin d’ « observer les conditions de vie des détenus », comme l’a assuré a posteriori l’un des organisateurs, le député Beltran Benedit, cette visite, révélée par le quotidien Pagina 12 le 17 juillet, a provoqué un tollé en Argentine. D’autant qu’elle revêtait un caractère officiel. En effet, un véhicule a été sollicité formellement auprès de la Chambre basse afin d’assurer le transport des élus jusqu’à la prison.

Alors que la polémique enflait, mettant le gouvernement de Javier Milei dans l’embarras, la députée LLA Lourdes Arrieta, présente lors de la visite à Ezeiza, a lâché dimanche 25 août une véritable bombe sur son compte X. La parlementaire – qui a démissionné de LLA mardi – a mis en ligne les captures d’écran d’une conversation sur WhatsApp qui retracent la genèse de cette visite. Parmi les membres de ce groupe de messagerie, on retrouve des législateurs mais aussi des avocats et des magistrats.

Les échanges montrent notamment que Javier Olivera Ravasi, prêtre youtubeur d’extrême droite et fils de Jorge Olivera, condamné trois fois à perpétuité pour crimes contre l’humanité, notamment pour la disparition d’une autre Française, Marie-Anne Erize, est à l’origine de cette initiative avec Beltran Benedit.

Dans la discussion, l’objectif du prêtre et du député apparaît clairement : faire pression sur l’exécutif afin d’adopter des législations qui permettraient de remettre en liberté certains des détenus âgés ou en attente de condamnation. « Nous avons rendu visite à des anciens combattants qui ont livré la bataille contre la subversion marxiste », avait justifié Beltran Benedit dans un document qui a circulé sur WhatsApp.

« Subversion marxiste »

On y apprend aussi l’existence de deux avant-projets de loi et de décret. Ils visent notamment à établir un « délai maximum de vingt-cinq ans[depuis la commission du délit] pour que l’Etat parvienne à une sentence définitive », après quoi toute poursuite est considérée comme éteinte. Cela exclut de fait de nombreuses procédures encore en cours, mais concerne aussi les nombreux dossiers en appel. D’après les statistiques publiées par le parquet chargé des crimes contre l’humanité, seuls 20 % des 636 détenus – parmi lesquels 504 ont déjà été condamnés – sont effectivement en prison, les autres étant assignés à résidence.

Depuis le retour de la démocratie en 1983, jamais une délégation de députés ou d’officiels n’avait osé se montrer aux côtés des tortionnaires. « Ce ne sont pas des personnes avec une simple condamnation, ce sont les criminels les plus féroces de notre pays », soulignait, le 5 août, Guillermo Pérez Roisinblit, petit-fils d’un des milliers de disparus de la dictature, face à des députés ayant sollicité une audience publique sur le sujet.

Depuis que l’affaire a éclaté au grand jour, tant Javier Milei que le président de la Chambre des députés, Martin Menem (LLA), et la ministre de la sécurité (dont dépend le service pénitentiaire), Patricia Bullrich, ont tenté de minimiser la portée de cette visite, et d’en attribuer la responsabilité aux seuls députés concernés.

Mais dans une société argentine où les blessures laissées par la dictature ne sont pas cicatrisées, le scandale a pris une telle ampleur que l’exécutif a dû s’expliquer. Sur les ondes de Radio Rivadavia, vendredi 23 août, Javier Milei assurait que la libération des détenus condamnés pour crime contre l’humanité « n’est pas au programme ».

Depuis son arrivée au pouvoir avec sa vice-présidente, Victoria Villarruel (fille, petite-fille et nièce de militaires), et le démantèlement des politiques de mémoire mises en place en Argentine sous les mandats de Nestor et Cristina Kirchner (2003-2015), c’est ce que redoutent les défenseurs des droits humains.

Et pour cause. Déjà en mars, à la veille des commémorations du coup d’Etat du 24 mars 1976, qui avait porté la junte au pouvoir, le ministre de la défense, Luis Petri, posait au côté de Cecilia Pando, militante négationniste bien connue en Argentine, et d’épouses de condamnés, regrettant « la diabolisation des forces armées qui ont agi dans les années 1970 ». Deux fonctionnaires du ministère avaient alors rendu visite à des détenus de l’unité 34 de la prison de Campo de Mayo, dont le Franco-Argentin Mario Sandoval, extradé par Paris en 2019 et condamné en 2022. Selon Pagina 12, les détenus leur avaient alors remis un brouillon de projet de décret sur le délai de vingt-cinq ans.

Fin mars, Luis Petri démantelait l’équipe d’archivistes des Forces armées argentines qui collaboraient aux enquêtes sur les crimes de la dictature. Le 27 mai, la ministre Patricia Bullrich décidait, dans un geste inédit, que les dossiers de militaires ne seraient désormais plus remis à l’unité d’enquête (UEI) de la Commission nationale pour le droit à l’identité qui en ferait la demande dans le cadre d’investigations sur des enfants nés en captivité et volés pendant la dictature, estimant que cela relevait de « caprices politiques d’un organisme militant ».

Enfin, le 14 août, Javier Milei dissolvait par décret l’UEI, qui avait notamment la possibilité d’accéder sans restriction à des informations publiques sensibles permettant de retrouver ces enfants – 133 ont été identifiés à ce jour.

Décision « aberrante »

Pour justifier ce décret, le gouvernement a avancé que ces enquêtes devaient être menées par la justice et non par une entité créée par l’exécutif, mettant en avant la « séparation des pouvoirs » et le « droit à l’intimité ». Une décision qualifié d’ « aberrante » par Estela de Carlotto, la présidente de l’association des Grands-Mères de la place de Mai, qui cherchent leurs petits-enfants disparus. « Le système judiciaire va être surchargé car grâce aux enquêtes de l’UEI, des cas étaient résolus sans nécessité d’entreprendre une action en justice », a averti une autre grand-mère, Adriana Metz.

« Le gouvernement a compris qu’une tentative d’amnistie ou de grâce des crimes contre l’humanité s’installerait au premier plan du débat public, avec des conséquences politiques imprévisibles, estime Felix Crous, procureur du parquet général chargé d’enquêter sur les crimes contre l’humanité . En revanche, une stratégie qui consiste à détériorer la production d’éléments pour alimenter les procès peut être tout aussi efficace, sinon plus. »

Libération
vendredi 30 août 2024 955 mots, p. 8,9

FRANCE

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29 août 2024 - Libération (site web)

La scène politique balkanisée en France, Macronfile en Serbie

VICTOR BOITEAU ; LAURE EQUY

FRANCE

Comme ils semblaient tous réjouis, à leur sortie de l'Elysée, vendredi dernier ! Se composant un rôle, les représentants du Nouveau Front populaire, qui escortaient Lucie Castets, leur candidate pour Matignon, affichaient leur confiance, ravis d'avoir échangé en toute franchise avec un Président «lucide» sur le «souhait d'un changement d'orientation politique» exprimé lors des élections législatives. A la droite, reçue ensuite, d'être séduite, en entendant le chef de l'Etat glisser quelques noms de premier-ministrables issus de leurs rangs. Enfin, après une «trêve olympique» et un été de «décantation», Emmanuel Macron donnait l'impression de chercher pour de bon un successeur à Gabriel Attal, démissionnaire depuis le 16 juillet.

«LES RELATIONS SONT GLACIALES» Las… Après le communiqué de l'Elysée balayant lundi l'option Lucie Castets et annonçant une deuxième salve de consultations pour cette semaine, ce n'est plus la même chanson. Exaspérés par ce «coup de force», communistes, écologistes et socialistes ont décliné. Le RN n'était pas convié. Et les autres patrons de groupes parlementaires et de partis, qui y sont retournés, ne sont pas loin de le regretter. Déconcertés, déçus par ce Président qui les rencontre dans ce même salon vert, prend des notes mais ne leur soumet aucun nom. «Une chorégraphie dont le sens m'échappe», déplore le sénateur LR Bruno Retailleau, tandis que la députée Droite républicaine Annie Genevard a senti leur hôte «indécis, ne sachant pas comment se sortir de cette situation» : «Ça reste nébuleux.» Laurent Wauquiez reproche à Emmanuel Macron de «procrastiner». «A un moment donné, il faut arrêter de tourner autour du pot», s'impatiente Stéphane Lenormand, chef des députés Liot.

Le Président continue de glisser à ses interlocuteurs qu'il tranchera d'ici dimanche, comme si ces pseudo-consultations dessinaient une solution.

Derniers invités jeudi, avant que Macron n'appuie sur pause, s'envolant pour quarantehuit heures en Serbie : les représentants des élus locaux, pourtant assez éloignés du cassetête parlementaire. La patronne PS d'Occitanie Carole Delga et celui de Provence-Alpes- Côte d'Azur, Renaud Muselier (Renaissance), échangent une bonne heure avec le chef de l'Etat. «Les pistes s'éliminent, le chemin s'éclaire», avance ce dernier, soucieux d'une nomination «acceptable pour le plus grand nombre» : «Le principal, c'est d'éviter la censure.» A Macron, le chiraquien glisse le nom de l'ancien ministre Jean-Louis Borloo, sans l'avoir prévenu. «Ecoute Renaud, je rentre de vacances le 4 septembre !» lui renvoie son ami au téléphone, une fois alerté.

Les présidents de régions plaident chacun pour un profil issu de leur camp, rendant l'exercice encore plus déroutant. Acmé de l'imbroglio élyséen, Macron enchaîne avec le maire LR de Cannes, David Lisnard, mais à quel titre ? Ni sa casquette de patron de Nouvelle Energie, son micro-mouvement, ni celle de président de l'Association des maires de France ne sont officiellement invoquées par l'Elysée. Son binôme socialiste à l'AMF râle publiquement… «Les relations sont glaciales, s'irrite un proche de l'édile. Le Président s'en fout des élus locaux, son parti ne dirige aucune mairie ou presque.» «Les élus locaux sont des gens ouverts, habitués, dans leur collectivité, à travailler avec des coalitions», défend de son côté un proche du chef de l'Etat.

Si les boss de collectivités défilent, les «personnalités se distinguant par l'expérience du service de l'Etat» que l'Elysée annonçait vouloir consulter, restent invisibles. «C'est un processus plus itératif et informel que la première phase, défend un conseiller élyséen. Ce n'est plus la même chorégraphie.» Prétendues à ciel ouvert, les recherches pour Matignon se jouent surtout en coulisse, via un coup de téléphone à Nicolas Sarkozy, aux présidents d'Horizons et de Renaissance, Edouard Philippe et Stéphane Séjourné, une entrevue avec Gabriel Attal en marge d'une réunion, un déjeuner avec François Bayrou.

FERMER LES ÉCOUTILLES Chargés depuis quarante-cinq jours des affaires courantes, les ministres ont renoncé à glaner des informations. Certains ont hâte d'être enfin délivrés, d'autres se prennent à rêver de rempiler. «On n'entend plus rien. Si le Président avait trouvé une solution évidente, il l'aurait nommée le 8 juillet», justifie un ministre démissionnaire. «C'est le moment où il arrête de répondre aux messages jusqu'à ce qu'il prenne sa décision», complète un autre, habitué à ces week-ends lors desquels Macron ferme les écoutilles et cogite dans sa résidence de la Lanterne, à Versailles. Réfutant des consultations en carton, le camp présidentiel défend une méthode par élimination. Le NFP écarté, la droite était-elle prête à monter à bord ? Mercredi, l'interrogation du chef de l'Etat irrite Laurent Wauquiez, le chef de file de la droite toujours fermé à une coalition. «Vous allez m'obliger à nommer quelqu'un de gauche ?» lui renvoie, en substance, Macron.

Issus de LR ou du PS, les pressentis pour Matignon disent, eux, ne pas avoir été contactés durant la semaine. Si le chef de l'Etat a croisé Michel Barnier en août lors d'une épreuve olympique de natation, ni Xavier Bertrand ni Bernard Cazeneuve ne disent avoir été approchés. Des macronistes et anciens du PS, qui connaissent bien l'ancien Premier ministre de François Hollande, comme Jean-Yves Le Drian, Richard Ferrand ou Patrice Vergriete, ont-ils pu faire le lien ? Troublant pour les socialistes, pas forcément repoussoir pour la droite, Cazeneuve pourrait ne pas être censuré d'entrée, parient certains macronistes. «Ce n'est pas une solution confortable pour le Président, et il ne faut pas que ça le soit. On doit montrer que celui appelé à Matignon est un opposant. Cazeneuve ne se laissera pas marcher sur les pieds», vante un député EPR. «On est dans une troisième forme de la Ve République, dans laquelle le camp présidentiel n'a pas la majorité mais pourrait être en soutien d'un gouvernement et fera partie de l'équation», analyse un proche de Macron, qui résume d'une trouvaille ce mode hybride, ni coalition ni cohabitation : «Une coalitation !» Cazeneuve, l'homme de la situation ? Ou énième leurre avant de décider.

Le Figaro, no. 24888
Le Figaro, vendredi 30 août 2024 779 mots, p. 7
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29 août 2024 - Le Figaro (site web)

L'hypothèse Bernard Cazeneuve à Matignon di vise la gauche

L'ancien premier ministre de François Hollande fait campagne de moins en moins discrètement pour Matignon. Les socialistes ont déjà prévenu que leur soutien n'allait pas de soi.

Flurin, Richard

La rumeur s'accrédite. Son nom, cité depuis plusieurs semaines, se détache de plus en plus nettement dans le bourdonnement des hypothèses. Bernard Cazeneuve : et si c'était lui, finalement, le futur premier ministre ? Le franc-tireur de gauche coche d'évidence des cases pour le poste. Il n'y a qu'à voir son CV. Déjà premier ministre au crépuscule de la présidence Hollande, il avait exercé au préalable, entre 2012 et 2016, la fonction de ministre, aux Affaires européennes, au Budget puis à l'Intérieur. Ces expériences lui ont appris à manoeuvrer dans un Parlement parfois récalcitrant, ce qui constitue un atout au vu des circonstances politiques. Avant cela, Bernard Cazeneuve a suivi le cursus honorum républicain : conseiller général, maire, député. Autant d'expériences qui lui valent, dans la bouche de ses amis comme de ses adversaires, le statut d'homme d'État.

Politiquement aussi, son positionnement comporte bien des avantages. «Il est de gauche sans appartenir au Nouveau Front populaire, il est républicain sans être de droite», résume l'ancien premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, qui ne boude pas son plaisir de voir l'hypothèse Cazeneuve «crédibilisée».Le nommer permettrait donc à Emmanuel Macron de reconnaître l'avantage de la gauche après les législatives anticipées, tout en s'épargnant l'opprobre de céder à la croisade du NFP. «Réputé pour son sens de l'intérêt général, il se trouve à la jointure du bloc de gauche et du bloc de la droite républicaine», ajoute Jean-Christophe Cambadélis. Des cadres des Républicains ne cachent pas, au reste, avoir de la sympathie à l'endroit de cet ancien socialiste (lire ci-dessous), confirmant qu'il pourrait éviter une censure de leur part en cas de nomination.

L'avocat de profession connaît tous ses atouts et manoeuvre en coulisses pour en tirer profit. «Il a très envie d'aller à Matignon», confie l'un de ses proches, insistant : «Il est prêt.» Même s'il n'a pour l'heure reçu aucun signe d'Emmanuel Macron, Bernard Cazeneuve fait campagne auprès des députés socialistes, leur assurant que son magistère, s'il venait à l'exercer, ne serait pas une continuation de la politique macroniste par d'autres moyens, mais bien une «cohabitation». Le groupe socialiste à l'Assemblée nationale en a d'ailleurs fait la condition sine qua non de sa «non-censure» : que le futur gouvernement ne «prolonge» pas la politique du président de la République. Ce qu'a répété le premier secrétaire Olivier Faure dans un entretien à Libérationjeudi : «Ce n'est pas une question de personne.» Autrement dit, qu'Emmanuel Macron nomme une personnalité de gauche, qui plus est issu du PS, ne signifie pas qu'elle disposera d'un blanc-seing des socialistes.

Mais si la direction du parti à la rose reste arc-boutée sur la candidate du NFP, Lucie Castets, malgré la fin de non-recevoir que lui a finalement opposée Emmanuel Macron en début de semaine, tout un pan du parti se félicite de voir Bernard Cazeneuve cité. «Un premier ministre social-démocrate constituerait d'évidence un atout», assumait dans Le Figaro jeudi le premier secrétaire délégué du PS, Nicolas Mayer-Rossignol, à l'unisson d'autres cadres, de plus en plus sceptiques vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon.

Mais, au-delà des socialistes, le nom de l'ancien premier ministre de François Hollande crispe à gauche. Les Insoumis, qui censureront par principe tout autre candidat que la leur, ont expressément balayé d'un revers de main l'hypothèse Cazeneuve, trop éloignée du programme qu'il sanctuarise. Même refus des Écologistes, qui ne lui pardonnent pas sa «gestion catastrophique du dossier de Sivens» (dixit la secrétaire nationale Marine Tondelier) lorsqu'il était ministre de l'Intérieur. Le militant écologiste Rémi Fraisse avait trouvé la mort à cause d'une grande offensive de la gendarmerie dans des manifestations contre la construction d'un barrage à Sivens. «Ce n'est pas une solution qui est possible pour les écologistes», a prévenu la chef de parti.

La nomination de Bernard Cazeneuve pourrait permettre au président de fractionner une gauche qui, tant qu'elle est unie, handicape son camp. C'est ce dont l'accusent déjà les socialistes. «Je considérerais la nomination de Bernard Cazeneuve comme une provocation du président vis-à-vis du NFP», prévient par exemple la députée PS Céline Hervieu. Mais Emmanuel Macron acceptera-t-il de faire sien le dernier premier ministre de François Hollande ? «Ce choix sera immédiatement interprété comme un retour à la vieille politique et donc un désaveu pour le projet politique d'Emmanuel Macron, qui repose depuis 2017 sur le dépassement et la disruption» , analyse une source qui connaît bien les deux hommes. Tout dépend de la façon dont le président de la République veut écrire la fin de son décennat. R.F.

Le Monde
France, vendredi 30 août 2024 1010 mots, p. 7
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29 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Matignon : Emmanuel Macron dans l’impasse

Après avoir exclu la gauche, le chef de l’Etat fait face au refus de LR de participer à un gouvernement

Robin D’Angelo

Dans le salon vert de l’Elysée, les journées de consultations se suivent et se ressemblent pour les dirigeants du parti Les Républicains (LR) qui n’ont pas suivi le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti dans son alliance avec l’extrême droite.

Mercredi 28 août, Emmanuel Macron recevait au palais présidentiel le président du groupe à l’Assemblée nationale, Laurent Wauquiez, son homologue au Sénat, Bruno Retailleau, et la secrétaire générale du mouvement, Annie Genevard. Et pour ce nouveau tour de table, le même décor, les mêmes acteurs et les mêmes répliques que lors de leur premier entretien avec le chef de l’Etat, vendredi 23 août, déjà dans le cadre de ses consultations pour trouver un nouveau premier ministre.

A la sortie du rendez-vous, Laurent Wauquiez n’a pas manqué d’exprimer son irritation après cet échange, qu’il a jugé « décevant », et dont Bruno Retailleau « pose la question de l’utilité ». Le premier a demandé au chef de l’Etat de nommer « enfin un premier ministre » sans « procrastiner », brossant le portrait d’un Emmanuel Macron naviguant à vue et sans perspectives à proposer aux forces politiques du pays. « Aucune position nouvelle, pas de véritable projet structuré pour les Français, pas de vision de ce que serait un programme gouvernemental pour les mois à venir », a regretté le député de Haute-Loire, alors qu’il n’avait pas émis de telles critiques à l’issue de la première rencontre, et qu’il avait épargné le président de la République lors de sa rentrée politique, le 25 août, au mont Mézenc.

Pas l’unanimité chez LR

La tirade conclut le deuxième acte de la pièce mise en scène par Emmanuel Macron. Après deux journées de consultation les 23 et 26 août, le chef de l’Etat avait exclu l’hypothèse d’une nomination de Lucie Castets, la candidate du Nouveau Front populaire (NFP), avant de renouveler son appel à la droite. « Les partis politiques de gouvernement ne doivent pas oublier les circonstances exceptionnelles d’élection de leurs députés au second tour des législatives. Ce vote les oblige », leur avait-il commandé, dans un communiqué diffusé lundi soir, actant la fin de la première phase des consultations.

Désormais, le président de la République a sa réponse qui lui permet d’imputer le blocage à LR. « Ce sont eux qui prennent la responsabilité de ne pas vouloir participer, y compris après que l’hypothèse d’un gouvernement NFP a été levée », accuse un conseiller d’Emmanuel Macron. Pour M. Wauquiez, le blocage est le fait du chef de l’Etat, à qui il a réitéré sa demande de « s’engager »sur « le pacte législatif » que LR a proposé à la majorité sortante depuis le 23 juillet, en échange de son soutien sans participation à un nouveau gouvernement. « A partir du moment où son camp a perdu, le président n’est pas dans son rôle d’évoquer la feuille de route avec LR, rétorque-t-on à l’Elysée. Ce sera au futur premier ministre de le faire. »

La stratégie de Laurent Wauquiez ne fait pas l’unanimité au sein de son propre groupe parlementaire. En privé, des députés déplorent le positionnement de leur président qui ne répond « à aucune logique », puisqu’il s’est allié avec la majorité sortante au Palais-Bourbon pour obtenir deux postes de vice-président, un de questeur et celui, stratégique, de rapporteur de la loi de financement de la Sécurité sociale. Mais l’ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes veut à tout prix conserver son rôle d’opposant avec en ligne de mire l’élection présidentielle de 2027. « Une posture, considère Hervé Marseille, le président de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), l’une des composantes du camp présidentiel. Il ne veut surtout pas apparaître comme un allié, mais il est contraint et forcé d’apporter sa contribution, car sinon nous aurions la gauche. »

Sa contribution, Laurent Wauquiez l’a confirmée au président de la République lors de leur nouvel entretien. « Il a rappelé le fait qu’il n’était pas dans une posture de censure a priori », se félicite-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat. « Mais seulement si nos lignes rouges sont respectées », ajoute Bruno Retailleau, à savoir pas de hausse d’impôts, ni de gel du point d’indexation des retraites.

Bon profil

De son côté, Emmanuel Macron cherche toujours le bon profil pour Matignon. Après avoir fermé la porte au NFP et devant le refus de la droite de participer à une coalition gouvernementale, il s’apprête à tester un nouveau scénario : l’hypothèse d’un gouvernement dominé par des élus locaux.

« Les élus locaux sont ceux qui permettent de répondre clairement aux préoccupations des Français sans être pris en otage par des stratégies en vue de la présidentielle », estime le maire (LR) de La Baule (Loire-Atlantique), Franck Louvrier, proche de Nicolas Sarkozy, et interlocuteur régulier d’Emmanuel Macron. Mercredi soir, les Intercommunalités de France publiaient un communiqué dans laquelle l’association appelait « les responsables politiques nationaux à faire preuve de bon sens en s’inspirant de leur fonctionnement ».

Jeudi matin, le chef de l’Etat reçoit le maire (LR) de Cannes (Alpes-Maritimes) et président de l’Association des maires de France, David Lisnard, après le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier (Renaissance), et la présidente de la région Occitanie – et de l’association Régions de France –, Carole Delga (Parti socialiste, PS).

La veille, dans un entretien accordé au Parisien, cette dernière a critiqué la décision du premier secrétaire du PS, Olivier Faure, de rompre le dialogue avec Emmanuel Macron et trouve « ridicule » d’appliquer « tout le programme, rien que le programme du Nouveau Front populaire ». « Il faut s’ouvrir aux autres forces républicaines pour dégager des consensus », estime Carole Delga, alors que sa formation est en proie à des dissensions sur le positionnement à adapter. Des déclarations qui vont «dans le bon sens » , pour l’Elysée.

Libération
vendredi 30 août 2024 808 mots, p. 9

AUTRE

Université d'été du PS : une «fièvre interne» modérée

CHARLOTTE BELAÏCH

AUTRE

ABlois, les divergences sur les discussions avec le Président sont restées feutrées. Avec en toile de fond le rapport tendu aux insoumis.

C' est un don des socialistes, une qualité de l'époque : se recentrer sur soi. Même quand tout vacille, le PS ne s'oublie jamais. Alors que la France est tou- jours sans gouvernement, le PS a trouvé un nouveau sujet de dis- corde interne : reprendre ou non les discussions avec Emmanuel Ma- cron. L'occasion de poursuivre un débat qui dure depuis deux ans : en finir ou pas avec les insoumis. «Le parti est au bord de la rupture» sur ce sujet, a mis en garde son oppo- sante interne Hélène Geoffroy, la maire de Vaulx-en-Velin (Métropole de Lyon).

EUET SARTHE LOIETCINDRE ET LOIRE «Posture». Les universités d'été du parti se sont ainsi ouvertes à Blois jeudi mais à la tombée de la nuit, le bain de sang promis n'avait pas eu lieu. «Delga et Mayer- Rossignol sont dans la posture, en réalité, ils disent la même chose que nous», affirmait un pro- che du premier secrétaire du parti, Olivier Faure. La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, qui a rencontré Macron jeudi matin dans le cadre de ses fonctions de 10 présidente de l'association Régions de France, avait pourtant appelé à la E OIR LOIRET R reprise des discussions dans un en- tretien au Parisien, contrairement à la direction du PS. Le maire de Rouen, Nicolas Mayer- Rossignol, a fait de même dans le Figaro. «Le rôle du PS est d'aller voir le Président pour lui dire les choses : la gauche est prête à passer l'épreuve du feu, affirme aussi le maire de Marseille Benoît Payan, interrogé par Libé. Discuter ne veut pas dire trahir.» Mais tous s'accordent en réalité sur l'essentiel. Habitué à la contestation is CHER DRE km interne, Faure a contenu les diver- gences en répétant une formule : «Tous les socialistes soutiennent le NFP et considèrent que nous ne pouvons pas devenir les supplétifs de la macronie.» «La montée de fièvre avant les universités d'été, c'est un classique. Tous les premiers secrétaires l'ont subie», se rassure Sébastien Vincini, président du conseil dépar- temental de Haute-Garonne. Même l'hypothèse de voir Bernard Caze- neuve à Matignon n'a pas réellement été un sujet de discorde. L'ex-Pre- mier ministre n'a pas été contacté par l'Elysée mais fait savoir à ses soutiens qu'il est «très préoccupé par l'état du pays et soucieux de la montée de l'extrême droite». «Il veut que la social-démocratie reprenne toute sa place», affirme un soutien qui «n'ose imaginer une censure des députés PS en cas de nomination».

Signe. «Le groupe PS ne se scindera pas, assure un député. Soit le compte y est, soit il n'y est pas.» A ses interlocuteurs, Cazeneuve assure que ce serait «un vrai gouvernement de cohabitation, un gouvernement de gauche», selon un socialiste qui échange avec lui. «On ne collabore pas en juin 44», s'amuse-t-il. «Les socialistes ne peuvent pas le soutenir seuls. Il faut les communistes et les écolos», poursuit le même, alors que les Verts ont déjà annoncé qu'ils ne suivraient pas, invoquant le dossier du barrage de Sivens. «S'il promet de revenir sur la réforme des retraites, une augmentation du smic et un plan pour la biodiversité, qui va le censurer ?» poursuit cet élu PS. Le camp Faure assure qu'il n'y a pas de débat : soit Cazeneuve apparaît comme un prolongement du ma- cronisme et il sera censuré, soit il promet de mettre en place un projet de gauche, et ils le soutiendront. Tout dépend donc de Macron : est-il prêt à laisser un Premier ministre mener une politique de gauche ? Jusqu'ici, il n'a donné aucun signe allant dans ce sens. En toile de fond, le vrai débat qui agite le PS est ailleurs. Comme depuis la création de la Nupes, en 2022, c'est le rapport aux insoumis qui tiraille les socialis- tes. «Au fond, c'est le seul sujet, ana- lyse le député socialiste Jérôme Guedj. Il n'y a pas de risque de rupture, c'est de la dramaturgie. La confrontation avec les insoumis est inscrite dans le calendrier. La question, c'est à quel moment on l'opère.» Tout le monde au PS considère au- jourd'hui que Jean-Luc Mélenchon est devenu un obstacle pour la gau- che. Beaucoup jugent qu'en marte- lant dès l'annonce des résultats le 7 juillet que le NFP appliquerait son programme et tout le programme, le leader insoumis a lesté la coali- tion. «Au lieu de s'enfermer dans une salle pour faire un casting, il fallait poser des priorités et engager la discussion avec les autres groupes», a regretté Raphaël Glucksmann à Blois. L'eurodéputé a échangé avec Olivier Faure, avec lequel les rela- tions se sont tendues depuis la dis- solution. «C'était cordial», résume- t-on. Pas de bain de sang, mais pas de grande réconciliation.

Le Figaro, no. 24888
Le Figaro Économie, vendredi 30 août 2024 867 mots, p. 29
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29 août 2024 - Le Figaro (site web)

Craintes autour de l'usine Renault de moteurs de F1 en région parisienne

L'écurie Alpine F1 Team pourrait dès 2026 être motorisée par Mercedes.

Hermet, Elisa

L' « histoire d'amour » entre Renault et la Formule 1 pourrait être écornée. Une rumeur, confirmée par L'Équipe le mois dernier, affirme que l'écurie française BWT Alpine F1 Team s'apprête à se séparer de ses moteurs Renault pour opter pour ceux de l'allemand Mercedes à l'issue de la saison 2025. De quoi plonger les 334 salariés de l'usine Alpine de Viry-Châtillon (Essonne), qui fabrique ses moteurs, dans l'incertitude la plus totale. Contacté par Le Figaro, Alpine, filiale du groupe Renault, calme le jeu, en assurant que la décision « n'est pas encore actée » et qu' « une expertise est en cours jusqu'au 30 septembre ». À l'issue de celle-ci, une décision sera prise sur l'arrêt ou le maintien du développement du moteur Renault.

D'ores et déjà, les responsables politiques ont réagi. La députée LFI-NFP de l'Essonne Claire Lejeune a appelé les ministres démissionnaires de l'Industrie et de l'Économie à intervenir « pour garantir la sauvegarde de ces emplois et assurer un avenir digne aux salariés(e)s ». Le maire centriste de Viry-Châtillon, Jean-Marie Vilain, s'est, quant à lui, adressé à Emmanuel Macron, dans une lettre ouverte repartagée sur X. Il appelle le gouvernement à agir, sachant que l'État détient 15,01 % du groupe Renault. Et ajoute que les salariés « ne conçoivent pas d'être reconvertis dans la conception de voitures de série ».

Fin juillet, le patron d'Alpine en F1, Bruno Famin, avait annoncé, lors d'une conférence de presse, « quitter (son) rôle à la fin du mois d'août pour (se) consacrer entièrement à partir du 1er septembre aux activités à Viry-Châtillon ». « Compte tenu des enjeux, je pense qu'il sera beaucoup plus utile pour l'entreprise de concentrer mon temps sur les activités à Viry », ajoutait-il. Un projet, présenté fin juillet aux représentants du personnel à Viry-Châtillon, « consiste à réaffecter les ressources consacrées au développement des moteurs de Formule 1 fabriqués à Viry » vers d'autres programmes, a expliqué Bruno Famin, qui conserve sa position de directeur d'Alpine Motosports, chargé du programme d'endurance.

« Une catastrophe pour l'innovation »

« Les ressources de la partie moteur F1 (pourraient être utilisées) pour des projets spécifiques comme le développement des moteurs à hydrogène ou électriques à haute densité de puissance ou encore le programme endurance », suggère quant à lui le maire de Viry-Châtillon, Jean-Marie Vilain. Chez Alpine, on met en avant le plan de « neutralité carbone » et de développement des modèles, qui nécessitera un « besoin de ressources et de financement ». Ce qui pourrait impliquer une « transformation du site de Viry-Châtillon » et une « réallocation des ressources humaines ».

Les quelque 300 salariés de l'usine Alpine F1 demeurent malgré tout dans l'inconnu, les déclarations de l'entreprise ne suffisant pas à effacer le trouble. Dénonçant « un choc et une catastrophe pour l'innovation automobile, la souveraineté technologique française et l'innovation industrielle », le comité social et économique (CSE) d'Alpine Racing a annoncé jeudi que des actions de contestation seraient menées ce vendredi, à l'occasion du Grand Prix à Monza. « Une centaine de collaborateurs » seront présents en Italie et arboreront une banderole à message et des tee-shirts au logo d'Alpine. Le but n'étant pas d'empêcher les courses du week-end mais de « plaider la cause du maintien d'un moteur français en F1 », explique le CSE. À Viry-Châtillon, les autres salariés seront, eux, en grève, soutenus sur site par « des élus locaux ». La ville a appelé la population à être présente sur place, ajoute-t-il.

« Beaucoup de départs »

La CGT Renault, qui est représentée au CSE, a, elle, indiqué qu'elle allait se réunir ce vendredi à Dieppe (Seine-Maritime), où se trouve l'usine de production des voitures de sport Alpine, afin de décider d'actions à mener. « Une grève pourrait être actée » à Viry-Châtillon, explique David Leblond-Maro, délégué syndical CGT du groupe Renault, qui aurait plus pour but d'affirmer la volonté des salariés de garder leur usine que de perturber les activités. Le syndicaliste dénonce une décision « scandaleuse » prise pendant l'été, sans prévenir les employés, qui l'ont apprise dans la presse. La direction n'a à ce jour « rien (annoncé) de concret », uniquement des reclassements ou des formations, déplore-t-il. Trop peu pour satisfaire la CGT et les employés puisque « cela implique beaucoup de départs », ajoute David Leblond-Maro. De son côté, Alpine insiste sur le fait que « tout est à l'étude ». Si abandon du moteur Renault il y a, « chaque personne aura un poste », assure-t-on.

À la veille du 16e Grand Prix (sur 24) de la saison, ce week-end, Alpine n'est classée que huitième parmi les dix écuries en lice. Les quatre écuries dotées d'un moteur Mercedes sont pour trois d'entre elles mieux classées, avec McLaren 2e, Mercedes 4e et Aston Martin 5e - Williams est 9e. L'aspect financier joue aussi dans le possible choix d'un moteur Mercedes, puisque la législation en Formule 1 plafonne les budgets des écuries. Le nouveau moteur Renault, actuellement en développement, pourrait coûter jusqu'à 120 millions d'euros par an, sans pour autant être accompagné de garanties de compétitivité. En revanche, acheter le moteur Mercedes, qui a déjà prouvé son efficacité, ne coûterait annuellement « que » 17 millions à l'écurie française. ELISA HERMET

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Loisirs, vendredi 30 août 2024 147 mots, p. AUJM30
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30 août 2024 - Le Parisien

Drôles de jumeaux

C.B.

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« Jumeaux mais pas trop »

21 h 10 (1 h 40) Comédie française d'Olivier Ducray et Wilfried Meance (2022), avec Ahmed Sylla (à g.), Bertrand Usclat (à dr.), Pauline Clément...

M 6

Anthony Girard, 33 ans, vit de petits boulots et d'arnaques. À la suite d'un incident, il découvre qu'il a un jumeau, Grégoire Beaulieu, un député ambitieux, arrogant et... blanc (alors que lui est noir). Un pitch improbable - une telle naissance a une chance sur un million de se produire - qui pourrait donner lieu à une comédie lourdingue... mais sert au contraire de prétexte à un film très drôle. Car les scénaristes ont eu la bonne idée de développer une intrigue riche, bien ficelée. Et même touchante dès que l'on suit le rapprochement entre les deux frères et leur quête des origines.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Économie, vendredi 30 août 2024 607 mots, p. AUJM7
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30 août 2024 - Le Parisien

L'avenir du bonus-malus en suspens

Ce système module les cotisations chômage des employeurs selon leur recours aux contrats courts.

Catherine Gasté

Maintenu, étendu, généralisé ou supprimé... Quel sort réservera le prochain gouvernement au système de bonus-malus, mis en place le 1 er septembre 2022 ? Cette promesse de campagne de 2017 d'Emmanuel Macron, censée représenter l'arme suprême contre la précarité, prévoit une modulation des cotisations chômage des employeurs en fonction de leur recours aux contrats courts (dont la durée n'excède pas 31 jours, selon la définition officielle).

Conséquence de la dissolution de l'Assemblée nationale et de la remise en cause de la réforme de l'assurance chômage, son application s'arrête juridiquement fin octobre. « Ce dispositif est prolongé jusqu'au 31 octobre 2024 », précise le site officiel d'information administrative pour les entreprises (Entreprendre.service-public.fr). Et après ? « Cette période pourrait s'étendre selon la position du prochain gouvernement », indique elliptiquement ce service en ligne de l'État.

En attendant, « l'Urssaf procède actuellement à la notification des taux de contribution auprès de chacune des entreprises éligibles », nous confirme l'organisme. « La modulation sera effective pour les périodes d'emploi de septembre et octobre 2024 », précise-t-on. Près de 30 000 employeurs sont concernés (soit autour de 2 millions de salariés). À la charge des entreprises, ce bonus-malus conçu par Marc Ferracci, économiste et député Renaissance, est le résultat d'une formule complexe. Il mesure le nombre de contrats courts utilisés par l'entreprise rapporté à l'ensemble de ses effectifs, et le compare aux pratiques du secteur. Le taux modulé des cotisations chômage (actuellement de 4,05 %) ne peut cependant pas être inférieur à 3 % si l'entreprise est vertueuse (bonus), ni supérieur à 5,05 % pour les très mauvais élèves (malus).

Les syndicats veulent un durcissement des règles

Aujourd'hui, seules les entreprises de plus de onze salariés et relevant de sept secteurs réputés être de gros utilisateurs de contrats courts sont concernées (l'hébergement et la restauration, la fabrication du bois et l'industrie du papier, la fabrication de produits en caoutchouc, la production et la distribution d'eau...). Si plusieurs études du ministère du Travail ont mis en avant les effets vertueux de ce système reposant sur la carotte et le bâton, une enquête de l'Unédic, elle, apporte un bémol. Quelle est la part du changement de comportement des employeurs ? Est-ce lié à une évolution des règles d'indemnisation ou à une amélioration de la conjoncture, permettant d'embaucher en CDI ? interroge l'organisme chargé de la gestion de l'assurance chômage. Des évaluations indépendantes devront consolider les données pour faire la part des choses.

Lors des dernières négociations sur l'assurance chômage (à l'automne 2023), les partenaires sociaux ont fait part de leurs positions sur le dispositif. Le Medef, avec l'ensemble du patronat, a redit tout le mal qu'il en pensait, dénonçant « une usine à gaz antiéconomique », et réclamé un ajustement faute de pouvoir le débrancher. De leur côté, les syndicats ont demandé son durcissement. La ministre (démissionnaire) du Travail, Catherine Vautrin, qui a défendu son maintien, prévoyait de l'étendre à plus de secteurs, voire sa généralisation en contrepartie du serrage de vis des règles d'indemnisation. Une position qui, au printemps, divisait au sein de l'exécutif. Sauf que la dissolution est passée par là. La réforme de l'assurance chômage a été suspendue et l'avenir du bonus-malus renvoyé dans le même temps aux discussions attendues d'ici au 31 octobre.

Le sujet sera évidemment dans la pile des nombreux problèmes économiques et sociaux à résoudre. « Cela fait partie des dossiers sur lesquels le futur gouvernement devra se prononcer », indique une source ministérielle suspendue, comme tous les Français, à l'annonce du président.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, vendredi 30 août 2024 864 mots, p. AUJM5
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30 août 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

La ligne de crête d'Éric Ciotti

Le président du groupe parlementaire À droite tient sa rentrée politique ce samedi dans les Alpes-Maritimes. Son défi : être loyal à Marine Le Pen tout en assumant son autonomie.

Alexandre Sulzer et Quentin Laurent

Le 27 août 2023, Éric Ciotti avait lancé au Cannet (Alpes-Maritimes), à l'occasion de sa rentrée politique, un appel aux électeurs LR tentés par le vote Macron ou Le Pen de ne pas « se laisser abuser » et de revenir à la maison. Un an plus tard, le même organise à nouveau sa rentrée. Ce sera dans son fief traditionnel de Levens ce samedi avec un nouveau costume : celui d'allié de Marine Le Pen. Et avec un nouvel appel aux électeurs, à 180 degrés de celui de l'année passée : tourner le dos à la droite LR et rejoindre son « offre nouvelle », qu'il présente déjà comme « une réponse à l'aspiration de l'union des droites ».

« LR est atteint d'une maladie incurable »

Celui qui n'a pas « à ce stade » renoncé formellement à la présidence de LR - un jugement sur le fond est prévu au tribunal à ce sujet le 14 octobre - promet des annonces. Les quinze autres députés de son groupe parlementaire ont été invités à ne rien dévoiler à la presse pour préserver l'effet de surprise alors que certains le pressent de développer son micro-parti en coupant les ponts avec LR... pour mieux prendre sa place. Un nouveau canal de discussion sur Instagram, encore privé, baptisé « À droite (AD) » (du nom du groupe parlementaire inspiré du nom que porte le micro-parti d'Éric Ciotti depuis décembre 2021) a en tout cas été ouvert mardi soir.

L'entourage du député des Alpes-Maritimes présente la rentrée de Levens comme rien de moins qu'une « nouvelle étape dans la refondation de la droite ». Dans sa prise de parole, le Niçois reviendra sur ce qui l'a poussé à opter aux législatives pour une alliance avec le RN et expliquera en quoi il veut construire un « grand parti de la droite populaire ». AD dispose du plus petit groupe parlementaire de l'Assemblée nationale ? L'équipe d'Éric Ciotti préfère se féliciter d'avoir des élus dans les trois assemblées : au Parlement européen, Laurent Castillo, élu sur la liste LR, et au Sénat avec une dizaine de sénateurs revendiqués dont Henri Leroy (LR), qui sera présent à Levens samedi. « LR est atteint d'une maladie incurable, on va mourir, on ne peut pas rebondir », lâche celui-ci.

Une ligne économique résolument libérale

Désormais, tout en assumant son alliance avec le RN, Éric Ciotti entend bien revendiquer son indépendance. Besoin d'être loyal avec un parti lepéniste beaucoup plus fort électoralement que lui tout en affichant une singularité qui justifie de ne pas s'y fondre purement et simplement : la ligne de crête est étroite. Le sujet sera abordé dès ce vendredi lors d'un séminaire à huis clos dans un hôtel de luxe de l'aéroport de Nice. Un premier acte d'indépendance a été posé quand Éric Ciotti a refusé que les trois députés proches de Marion Maréchal siègent dans son groupe. « Il veut être maître à la maison », décrypte un collaborateur d'AD.

D'ores et déjà, les élus d'AD assument des différences de sensibilités avec le RN sur les questions économiques. « Nous serons fidèles à l'esprit du pacte de campagne que nous avions proposé, mais nous resterons un groupe autonome et indépendant, avec sa singularité et son histoire, fier de porter une approche économique tournée vers la liberté, l'entreprise, la restauration du pouvoir d'achat, la baisse de la fiscalité [...] », avait déjà théorisé Éric Ciotti dans « le Figaro » en juillet.

« On tient à notre indépendance : notre ligne est libérale... », développe un parlementaire du groupe AD issu de LR : « J'ai toujours été élu contre le RN... Voir Marine Le Pen lors de notre réunion des deux groupes (le 18 juillet dernier) ça m'a fait un peu drôle... » Car entre les deux responsables politiques, les différences demeurent. Comme sur la réforme des retraites qu'Éric Ciotti avait portée à bout de bras en 2023... et que le RN entend bien abroger. Et ce, dès sa prochaine niche parlementaire, le 31 octobre. « Comment vont évoluer les relations avec le RN ? Ça va être une expérience », grince un ancien de la maison frontiste.

Autre point de divergence : la sacro-sainte « union des droites » qu'Éric Ciotti a encore défendue le 26 août devant le président de la République et qu'elle rejette. Un créneau sur lequel il devra d'ailleurs subir la concurrence du parti d'Éric Zemmour, Reconquête, et de la future formation que doit lancer dans les prochaines semaines Marion Maréchal. « Cette structuration gauche-droite ne fonctionne plus. Ceux qui, comme Éric Zemmour, en font l'alpha et l'oméga de l'analyse électorale finissent par s'y perdre et s'y noyer », estimait au contraire Marine Le Pen en juillet dans « Valeurs actuelles ». « Deux groupes, ça multiplie les temps de parole dans l'hémicycle », se réjouit un cadre du groupe RN qui nie compter sur AD pour s'adresser à un électorat plus bourgeois : « On n'a pas acheté un créneau politique avec lui. Ciotti maintenant, c'est Marine. »

Le Monde
Economie & Entreprise, vendredi 30 août 2024 607 mots, p. 13
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29 août 2024 - Le Monde (site web)

Les Pays-Bas touchés par une panne informatique

La cause de cette perturbation, qui a affecté des services essentiels, n’a pas été identifiée

J.-P. S.

Bruxelles - correspondant - Services gouvernementaux et municipaux, Chambre des députés, gendarmerie, gardes-côtes, centres de vaccination, avions cloués au sol durant plusieurs heures, jusque dans la soirée, à l’aéroport d’Eindhoven où des milliers de passagers étaient bloqués : les Pays-Bas ont connu une journée noire, mercredi 28 août, en raison d’une panne informatique qui a débuté dans la soirée de mardi et dont la cause n’est pas encore clairement identifiée. La police nationale a pu recourir à un plan B, impliquant l’usage de téléphones portables.

Le problème aurait découlé d’une perturbation et d’une mise à jour défectueuse sur le réseau de fibre optique Netherlands Armed Forces Integrated Network, dont dépend le système de communications d’urgence C2000 utilisé par divers services officiels. Ils sont un grand nombre à utiliser ce canal à l’architecture complexe, doté d’un noyau central et de quatorze ramifications, pour échanger des informations confidentielles.

Les autorités refusaient toutefois de confirmer que C2000 était bien à l’origine des difficultés rencontrées mercredi dans la moitié du royaume. L’impact sur l’aéroport d’Einhoven – alors que celui d’Amsterdam-Schiphol n’a pas été affecté – s’expliquerait par le fait qu’il comporte une partie militaire et que le trafic civil y est soumis à un contrôle aérien commun avec l’armée.

Le rôle central de la défense

Le ministère de la défense, qui serait donc à l’origine de cette grave perturbation, affirmait dans la soirée de mercredi qu’il livrerait davantage d’informations quand il aurait « une vision complète » du problème. Après des hésitations, les autorités ont, pour leur part, écarté l’hypothèse d’un acte malveillant. Plusieurs experts des technologies de l’information, qui ont rapidement examiné les caractéristiques de la panne, excluaient aussi l’idée d’un sabotage. « Un pirate informatique qui aurait accès à un réseau aussi sensible ne favoriserait pas l’effondrement du système, mais examinerait plutôt ce qu’il contient », confiait mercredi au quotidien néerlandais NRCMendel Mobach, un spécialiste de la cybersécurité.

David van Weel, le ministre de la justice, jugeait, lui, que le pays devrait sans doute s’habituer à de telles défaillances, « la question étant de savoir à quelle vitesse nous pourrons réagir », ajoutait-il. Le premier ministre, Dick Schoof, a évoqué de son côté une situation « terriblement ennuyeuse », mais, selon lui, impossible à prévenir totalement. Un propos qui lui a valu les critiques de l’opposition socialiste et écologiste. « Non, il ne faut pas s’y habituer mais veiller à être résilients et indépendants », écrivait ainsi, sur X, le député Songül Mutluer. Comme beaucoup d’autres, le pays avait déjà été victime, en juillet, de la gigantesque panne provoquée par la mise à jour du programme antivirus Falcon Sensor, le logiciel développé par la société de cybersécurité américaine CrowdStrike.

Aux Pays-Bas, l’épisode de mercredi devrait, en tout cas, relancer les questions sur le rôle central confié au ministère de la défense en matière de technologies de l’information et de la communication. Son département IT compte 3 500 membres répartis en une cinquantaine d’unités et chargés d’organiser les échanges entre les trois composantes des forces armées. Son expertise a amené les autorités, également soucieuses d’économies, à lui confier progressivement le contrôle d’autres départements (dont les services de l’immigration et ceux du premier ministre), la police, les pompiers, les ambulanciers et les municipalités étant tous progressivement connectés au système C2000. Jugé trop vaste par certains, celui-ci a désormais fait la preuve de sa fragilité.

Le Figaro, no. 24888
Le Figaro, vendredi 30 août 2024 853 mots, p. 5
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29 août 2024 - Le Figaro (site web)

Dévastée, la Nouvelle-Calédonie appelle l'État à l'aide

Si la situation sécuritaire s'est améliorée, l'île subit une crise économique d'ampleur. Les acteurs locaux s'inquiètent de l'absence d'interlocuteurs à Paris.

Trois mois après le déclenchement d'une révolte sur fond de crise politique contre le projet de loi constitutionnelle, l'archipel est toujours plongé dans un chaos économique et social. Quelque 25 000 personnes sont désormais au chômage total ou partiel, soit plus d'un tiers des 68 000 salariés du privé, et le coût total des dégâts a été estimé à plus de 2 milliards d'euros. Alors que l'État tente par tous les moyens de remettre de l'ordre dans la rue et les tribus, une mobilisation inédite des gendarmes et des policiers a permis de déblayer une grande partie des barricades érigées sur les grands axes de la capitale et sa banlieue, permettant à la population de retrouver un semblant de vie normale. «Même au plus fort des événements des années1980, nous n'avions pas une telle concentration de forces de gendarmes mobiles» avec le déploiement de 29 escadrons contre 4 en temps normal, observe le général Nicolas Matthéos, commandant de la gendarmerie en Nouvelle-Calédonie.

En outre, l'interpellation de 2 625 émeutiers et l'activité incessante du parquet - autant de comparutions immédiates ces trois derniers mois que sur l'ensemble de l'année dernière - ont nécessairement contribué à faire redescendre d'un cran les tensions. L'opération judiciaire surprise visant Christian Tein, leader de la cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), et ses lieutenants, accusés d'avoir commandité les actions violentes et pour certains écroués en métropole, a par ailleurs considérablement perturbé la chaîne de commandement de «cette organisation criminelle», selon les mots du procureur de la République Yves Dupas. Une difficulté subsiste, et pas des moindres : le blocus total de Saint-Louis, un quartier de la commune du Mont-Dore, à une vingtaine de minutes de route de Nouméa, où plus aucune voiture ne peut circuler, coupant du monde les quelque 15 000 personnes qui y résident. Des chicanes infranchissables ont été installées par l'État en raison du danger qui règne dans ce secteur, où s'est réfugiée une bande d'une quarantaine de délinquants lourdement armés et radicalisés qui n'hésitent pas à tirer à balles réelles sur les gendarmes. La mort de Rock Victorin Wamytan, dit « Banane » , considéré comme le meneur de ce groupe, par un tir de riposte du GIGN le 10 juillet dernier, n'a pas permis à l'État de reprendre le contrôle de cette zone.

Mais, aujourd'hui, c'est surtout la crise économique et sociale qui inquiète les autorités locales, redoutant des émeutes de la faim et une recrudescence de cambriolages. «La Nouvelle-Calédonie traverse la plus grande crise de son histoire, bien plus forte que celle que nous avons connue dans les années1980. Le pays est ruiné et à besoin de 5milliards d'euros, le chômage explose et la famine ne devrait pas tarder. Nous sommes dans l'urgence et cette urgence n'est pas traitée à la hauteur de sa gravité», constate Nicolas Metzdorf, député (Renaissance) de la première circonscription. Des voix s'élèvent de plus en plus pour enjoindre à l'État de reprendre la main sur le dossier au plus vite. Au cours d'une visite à Paris, la patronne du Medef de Nouvelle-Calédonie, Mimsy Daly, a plaidé pour la mise en place d'un «comité interministériel». «Car, sans l'État, nous ne nous en sortirons pas» , a-t-elle ajouté au micro de Franceinfo.

La dissolution de l'Assemblée nationale et l'absence de premier ministre et de gouvernement depuis sept semaines compromettent tout espoir d'une résolution de ce dossier particulièrement sensible, et dont la seule issue est politique. Elles participent également au sentiment d'abandon ressenti par une partie de la population. «Aujourd'hui, les ministres démissionnaires ne sont pas concernés par le dossier puisqu'ils ont désormais leur propre calendrier et leur propre agenda politique. Il en va de même pour les groupes parlementaires. Nous avons donc besoin d'un État stable en ordre de marche et en capacité de travailler pour nous aider à résoudre cette crise. Un gouvernement démissionnaire ne peut certainement pas être en capacité de gérer une crise de telle ampleur en Nouvelle-Calédonie», poursuit Nicolas Metzdorf.

Les acteurs locaux attendent désormais une initiative forte de Paris pour sortir de l'impasse institutionnelle. «Il faut que le premier ministre ou le ministre en charge du dossier invite les élus et les enferme dans une salle pendant le temps qu'il faut pour se mettre d'accord, comme l'avait fait Michel Rocard en son temps» , propose l'élu. Le mois dernier, Emmanuel Macron avait promis aux quatre parlementaires calédoniens une reprise du dialogue politique entre indépendantistes et loyalistes en septembre. Une manière de laisser passer le congrès du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui se tient vendredi 30 et samedi 31 août. Jugée décisive, cette réunion de la coalition indépendantiste pourrait pourtant accoucher d'une souris, puisque deux des quatre composantes (l'UPM et le Palika) ont annoncé ce mercredi leur non-participation. Tiraillé en interne sur ses méthodes de revendication, et alors que les indépendantistes ont subi un revers inattendu en perdant la présidence du congrès ce jeudi, le FLNKS est plus que jamais proche de l'éclatement. JEAN-ALEXIS GALLIEN-LAMARCHE

Le Monde
France, vendredi 30 août 2024 1713 mots, p. 8
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28 août 2024 - Le Monde (site web)

Gouvernement

Ces dossiers en attente d’un ministre

En cette période de vacance du pouvoir, de nombreux secteurs nécessitent des décisions ou des engagements

Service société

Avec l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin, s’est ouverte une phase inédite de simple gestion des affaires courantes. Dans de nombreux domaines, des décisions relevant de choix budgétaires ou d’orientations politiques sont en suspens. Cette mise sur pause de l’action politique concerne des sujets variés et des modalités diverses ; il peut s’agir de la publication de décrets organisant tel ou tel secteur, de concertations tout juste engagées ou de réformes de fond lancées mais inachevées. La décision politique prise par Emmanuel Macron affecte bon nombre de chantiers importants.

La crise du logement se durcit Alors que les difficultés des Français à se loger ne cessent de s’accentuer, les réformes lancées pour tenter de fluidifier le marché immobilier et l’accès à la location ont été stoppées net. Selon la note de conjoncture publiée cet été par les Notaires de France, le volume des ventes de logements anciens « pourrait passer sous la barre des 750 000 à la sortie de l’été »,alors qu’il culminait à plus de 1,2 million à l’automne 2021. Sur le marché du neuf, seuls un peu plus de 14 000 nouveaux logements ont été mis en vente par les promoteurs au deuxième trimestre 2024, en chute de 36 % sur un an. Un trou d’air perceptible dans les défaillances d’entreprises. Selon le président du Medef, Patrick Martin, dans le secteur du bâtiment, il y aurait « 10 000 suppressions d’emplois par mois dorénavant ».

Face à cette crise, le gouvernement Attal n’avait pas déployé les grands moyens, mais un projet de loi « pour développer l’offre de logements abordables » devait, malgré tout, favoriser le logement intermédiaire et permettre d’accélérer la construction. Le texte aurait dû être débattu au Sénat à la mi-juin ; sa discussion a été interrompue par la dissolution. De même, la proposition de loi transpartisane (Renaissance-Parti socialiste) renforçant la régulation des meublés touristiques de type Airbnb, votée par les deux Chambres, n’a pas eu le temps d’être examinée en commission mixte paritaire.

L’hôpital en souffrance, priorité en santéFermeture de services des urgences, régulation systématique par le 15, temps d’attente qui explosent… Les tensions à l’hôpital, désormais récurrentes l’été, illustrent la crise du système de soins. Au-delà des réformes structurelles attendues par de nombreux acteurs, la question budgétaire devrait s’imposer très vite au futur gouvernement. « Le budget de l’hôpital est une priorité absolue », défend Arnaud Robinet, à la tête de la Fédération hospitalière de France, soulignant « une situation financière très dégradée, avec 1,7 milliard d’euros de déficit et deux tiers des établissements concernés ». L’incertitude domine, alors que la préparation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui fixe notamment l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie – soit les moyens dévolus à l’hôpital et à la médecine de ville –, est en suspens.

Autre dossier en stand-by, qui devait permettre de soulager l’hôpital : la plus grande participation des cliniques à la permanence des soins (le soir, la nuit, le week-end), inscrite dans la loi « Valletoux » de décembre 2023, attend encore son décret d’application pour être mise en œuvre. La refonte du métier des infirmiers, repoussée déjà à de nombreuses reprises, ainsi que le plan promis par le gouvernement à l’automne pour lutter contre les violences envers les soignants, dont les quarante-deux mesures doivent encore être déclinées, figurent parmi les autres dossiers en attente.

L’examen du projet de loi sur la fin de vie interrompu La grande « réforme sociétale » promise par Emmanuel Macron verra-t-elle le jour ? Le projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie, précédé d’un « débat national » et d’une convention citoyenne en 2023, a fait l’objet d’intenses discussions dans l’Hémicycle, depuis le 27 mai. Le vote solennel devait avoir lieu le 18 juin, avant que la dissolution n’interrompe l’examen.

Quinze articles sur vingt et un restaient à examiner, mais les plus décisifs avaient été votés : l’article 5, qui instaure l’accès à une « aide à mourir », sous la forme d’un suicide assisté ou d’une euthanasie. Et l’article 6, qui énonce les conditions posées à l’administration d’une substance létale pour les malades « atteints d’une affection grave et incurable avec pronostic vital engagé en phase avancée ou terminale ». Le projet de loi comprenait aussi un volet sur le développement des soins palliatifs, avec une enveloppe de 1,1 milliard d’euros d’ici à 2034.

Dès le 19 juillet, le rapporteur de ce projet de loi avorté, le député divers gauche Olivier Falorni, réélu en Charentes-Maritimes, a annoncé déposer la « première proposition de loi de la XVIIe législature », en reprenant intégralement le texte voté par la commission ainsi que tous les amendements adoptés en séance. Au 28 août, il avait réuni 120 signatures de députés issus de neuf groupes parlementaires (hormis le Rassemblement national [RN] et les députés alliés au RN du groupe d’Eric Ciotti, A droite !). « L’examen repartira du début du texte, mais pas de zéro », défend le parlementaire.

Les réformes de la lutte contre le crime organisé et la corruption sur pausePlus de trois mois et demi après l’évasion de Mohamed Amra ayant causé la mort de deux agents pénitentiaires, et alors qu’il demeure introuvable, l’incertitude est entière sur le devenir des réformes de la lutte contre la criminalité organisée, avancées par le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, fin avril. Si la chancellerie assurait, mi-juin, que la phase de concertation se poursuivait, il est impossible de dire si le projet de loi sur le sujet sera discuté à l’Assemblée à l’automne comme envisagé. Parmi les mesures attendues figuraient un renforcement du statut du repenti, des cours d’assises spécialement réservées aux affaires liées au narcotrafic, mais aussi la création d’un parquet spécifique à compétence nationale consacré à la lutte contre le crime organisé.

Autre chantier suspendu : le plan national de lutte contre la corruption pour la période 2024-2027, porté par l’Agence française anticorruption. D’abord annoncé pour le « début d’année prochaine » par Bruno Le Maire, en décembre, le plan censé améliorer la prévention, la détection et la répression de la corruption attendait toujours, au printemps, les derniers arbitrages de l’exécutif.

La rentrée scolaire dans le flouA l’école, la promesse d’une rentrée sous le signe du « choc des savoirs », proposé en décembre par Gabriel Attal alors ministre de l’éducation nationale, pour « élever le niveau » des élèves français, a fait long feu. La démission du gouvernement n’a pas permis la publication d’arrêtés et de décrets qui permettaient d’officialiser toutes les évolutions annoncées, la parution de ces textes ne relevant pas des affaires courantes. Il en va ainsi des nouveaux programmes scolaires pour les classes de petite section de maternelle au CE2 ou de la labellisation des manuels scolaires. Nicole Belloubet a beau assurer que ces dispositions entreront en vigueur à la rentrée 2025, tout dépendra des choix politiques du prochain gouvernement. Il en va de même pour les programmes relatifs à l’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité, un dossier sensible.

Idem pour la réforme du brevet qui devait entrer en vigueur pour la session 2025. Elle prévoit de refondre les modalités d’évaluations et de donner un caractère obligatoire à ce diplôme pour accéder au lycée. Les enseignants et principaux de collège vont donc commencer l’année scolaire sans savoir que dire à leurs élèves de 3e sur cet examen qu’ils passent à la toute fin de l’année scolaire.

Autre chantier d’ampleur dans les limbes : la réforme de la formation des enseignants, censée répondre à la crise d’attractivité que traverse la profession. Le décret n’est pas paru, « faute d’un contreseing » dans les jours précédant la démission du gouvernement, a expliqué Nicole Belloubet, lors de sa conférence de presse, mardi 27 août.

Privé lucratif et bourses étudiantes restent au milieu du gué Sylvie Retailleau quitte le ministère de l’enseignement supérieur sans avoir achevé un chantier très attendu : la mise en place d’un label de qualité des formations proposées dans l’enseignement supérieur privé lucratif, qui bénéficie à plein des financements publics sur l’apprentissage depuis 2018. La ministre avait confié au Monde, fin mai, vouloir mener une « opération commando » pour retirer de Parcoursup des formations qui posent problème, notamment en proposant de faux diplômes. Les annonces auraient dû être faites en juin.

Alors que la rentrée 2024 marque la fin d’un gel de quatre ans du montant des droits d’inscription à l’université, le syndicat étudiant la FAGE alerte sur la hausse de la précarité étudiante, évaluant entre 200 000 et 300 000 le nombre d’étudiants qu’il faut d’urgence intégrer au système des bourses. La réforme des bourses selon de nouveaux critères d’attribution n’a pas été menée à son terme. Sous l’égide du ministère des solidarités et de la santé, l’intégration des bourses au chantier de la « solidarité à la source » devait aboutir, en 2025, à une vision coordonnée des aides apportées aux différents membres d’une famille.

La promesse d’un congé parental s’éloigne L’annonce, en janvier, d’une refonte à venir du congé parental, rebaptisé « congé de naissance », avait suscité l’intérêt des parents de jeunes enfants. La réforme avait été brandie par Emmanuel Macron lors d’un discours sur le « réarmement démographique ». Sept mois plus tard, la dissolution a interrompu le cycle des concertations engagées par la ministre déléguée à l’enfance, à la jeunesse et aux familles, Sarah El Haïry. L’espoir que ce nouveau congé, « plus court et mieux rémunéré » , selon la promesse du gouvernement, voie le jour dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale de cette année, s’est envolé. C’était l’un des volets de réponse à une crise plus large touchant la petite enfance. Un des nombreux dossiers qui seront sur la table du prochain gouvernement.

Le Monde
France, jeudi 29 août 2024 1362 mots, p. 7
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28 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Les socialistes divisés sur leur stratégie face à Macron

Les deux courants minoritaires critiquent la politique d’alliance du premier secrétaire, Olivier Faure

Sandrine Cassini

Ala veille de l’université d’été du Parti socialiste (PS), qui se tient du jeudi 29 au samedi 31 août à Blois, la tension monte au sein du mouvement. Mardi 27 août, lors d’un bureau national, l’organe exécutif, les divisions entre pro et anti-Jean-Luc Mélenchon, mises en sourdine le temps des élections législatives, ont repris de plus belle, et l’attitude à tenir vis-à-vis d’Emmanuel Macron a suscité des divergences.

La réunion a été provoquée par les deux courants minoritaires, soit la moitié du PS. « Le parti est au bord de la rupture », a averti, dans une sévère allocution, la maire de Vaulx-en-Velin (Grand Lyon), Hélène Geoffroy, qui conduit les partisans de François Hollande. Le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, soutenu par la maire de Paris, Anne Hidalgo, et par la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, s’est, pour sa part, déclaré « complètement raccord avec Hélène Geoffroy ».

Si les derniers faits d’armes du fondateur de La France insoumise (LFI) après le refus du président de la République de nommer Lucie Castets à Matignon – un appel à la destitution d’Emmanuel Macron et à la manifestation – ont réveillé les opposants au premier secrétaire du PS, Olivier Faure, c’est surtout la décision prise lundi par les membres de la coalition de gauche, le Nouveau Front populaire (NFP), de ne pas se rendre aux nouvelles consultations du chef de l’Etat, qui a provoqué la fronde. Mardi matin, sur France 2, le chef de file du PS a maintenu son refus de retourner à l’Elysée, afin de ne pas être le « supplétif d’une Macronie finissante ».

« Litanie » de reproches

« Nous ne pouvons pas être des supplétifs de La France insoumise », lui a répondu Mme Geoffroy lors du bureau national, demandant que le PS reprenne des « discussions avec le président de la République ». Pas question, ont répliqué les partisans du premier secrétaire, répétant qu’ils ne veulent pas faire le jeu d’Emmanuel Macron. Récusant toute inféodation à Jean-Luc Mélenchon, ils se sont dits conscients que le septuagénaire était un « problème », mais ils ont reproché à leurs opposants de le replacer en permanence au centre du jeu.

Il n’empêche que le ras-le-bol se propage au PS et commence à s’exprimer publiquement, y compris dans le courant du premier secrétaire. « Il est temps de rompre », a estimé le secrétaire national du PS, Sébastien Vincini, dans La Dépêche du Mididu 26 août.

Mardi, Hélène Geoffroy a commencé par faire la « litanie » de reproches à l’encontre du premier secrétaire du PS. Parmi eux, un manque de consultation sur les décisions prises dans le cadre de la nouvelle alliance à gauche. La dernière réunion commune avait eu lieu le 13 juillet, a rappelé la maire de Vaulx-en-Velin, lorsque le PS avait décidé que le premier secrétaire serait le candidat du NFP à Matignon. Une proposition refusée par LFI. Mais quand les chefs des quatre formations du NFP se sont accordés sur Lucie Castets, Olivier Faure n’avait cette fois pas consulté le parti.

« Tu annonces être prêt à censurer tout gouvernement qui ne serait pas dirigé par Lucie Castets, y compris s’il est dirigé par un premier ministre dans un gouvernement de cohabitation ? », a interpellé Hélène Geoffroy, réfutant aussi tout « procès en macronisme déguisé ». Les partisans d’Olivier Faure soupçonnent les courants minoritaires de préférer le camp présidentiel aux « insoumis ». « Aucun socialiste ne souhaite être le ministre d’Emmanuel Macron », assure Nicolas Mayer-Rossignol.

Le premier secrétaire a expliqué qu’un premier ministre de gauche ne serait pas censuré a priori, sauf s’il poursuivait la « politique d’Emmanuel Macron ». Un geste d’ouverture : lors du rendez-vous de la gauche avec le chef de l’Etat, vendredi 23 août, M. Faure avait promis de ne soutenir aucune autre première ministre que Lucie Castets, la candidate du NFP (excluant ainsi l’ancien chef du gouvernement de François Hollande, l’ex-socialiste Bernard Cazeneuve, ou le maire (PS) de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, dont les noms circulent depuis plusieurs semaines pour Matignon). « Cela laisse de la marge pour un gouvernement conduit par une personnalité de gauche », s’est félicité l’ancien député des Bouches-du-Rhône Patrick Mennucci, qui appartient au courant d’Hélène Geoffroy.

La maire de Vaulx-en-Velin a aussi exprimé son refus « d’aller manifester », après l’appel à la mobilisation du Parti communiste français (PCF) et des « insoumis ». « Les manifestations, c’est ajouter du désordre au désordre », a ajouté M. Mayer-Rossignol. Là aussi, la direction du parti n’a pas formellement transigé, mais il n’y aura probablement pas d’appel à participer à la marche lancée par les organisations de jeunesse, programmée le 7 septembre, et à laquelle participeront les chefs des trois autres partis du NFP : Fabien Roussel (PCF), Marine Tondelier (Les Ecologistes) et Manuel Bompard (LFI).

L’inflexion d’Olivier Faure n’est pas tant une initiative personnelle que le fruit d’une discussion entre les députés, lundi, sanctuarisée lors d’une réunion du groupe présidé par l’élu des Landes Boris Vallaud, mardi. « Nous devons avoir une attitude ferme mais responsable, car nous sommes les socialistes et nous devons à chaque étape penser aux Français », a justifié l’ancien président de la République François Hollande, député de la Corrèze. Il explique, en privé, ne vouloir être entraîné « ni par Macronni par Mélenchon ».

Comme d’autres, François Hollande a également déploré les appels à manifester du NFP. Le député (PS) de l’Eure Philippe Brun, qui a recommandé à la gauche, dans une tribune publiée dans Le Monde, d’engager des « discussions afin de former un gouvernement de coalition », a fait remarquer que, si les sympathisants de gauche étaient prêts à se mobiliser contre Emmanuel Macron, ils n’iraient probablement pas soutenir Lucie Castets, qui reste peu connue du grand public.

Redessiner la ligne du PS

De son côté, cette dernière continue de faire campagne. La candidate de la gauche s’est connectée en visioconférence à la fin de la réunion de groupe des députés socialistes, évoquant la poursuite des groupes de travail et sa présence lors de l’université d’été de Blois, vendredi – après avoir participé à celles des écologistes et des « insoumis ».

Le matin même, sur France Inter, elle avait annoncé qu’elle resterait le visage de l’union de la gauche, après que La France insoumise a acté vouloir en faire sa candidate à Matignon durant toute la législature, quelle que soit l’issue des consultations menées par le chef de l’Etat. Cette sortie a eu le don d’agacer certains députés, qui se sont sentis ignorés dans leur rôle d’élus.

Olivier Faure a réussi, mardi, à éviter un vote qui aurait exposé les divisions du PS. Mais le premier secrétaire n’est pas au bout de ses peines. Ses opposants commencent à organiser leur réplique en vue de l’université d’été de Blois. Vendredi, Hélène Geoffroy, Nicolas Mayer-Rossignol, Carole Delga et Karim Bouamrane, qui ont comme point commun leur rejet de Jean-Luc Mélenchon, se réuniront en privé pour imaginer ce que devrait être la réponse du PS à la crise politique. Une manière polie d’expliquer que la ligne Faure n’est pas la bonne.

Le lendemain, le quatuor s’exprimera devant les militants. L’idée à plus long terme : obtenir la tenue d’une « convention », une procédure qui permettrait de redessiner la ligne politique du PS. Cette demande a jusque-là été repoussée par Olivier Faure. « Une convention sur quoi ? Il faudrait déjà qu’ils essaient de définir une stratégie et qu’ils nous disent dans quelle direction ils veulent aller », s’énerve le député (PS) du Calvados Arthur Delaporte.

Parmi les invités de marque de cette université d’été, le député européen (Place publique) Raphaël Glucksmann, qui entretient des relations glaciales avec Olivier Faure depuis les élections européennes, sera aussi de la partie. Le 20 août, il a appelé, dans Le Point, à « tourner la page Macron et Mélenchon ». A Blois, le premier secrétaire du Parti socialiste croisera autant d’amis que d’ennemis.

L'Humanité
jeudi 29 août 2024 758 mots, p. 6

Pour la rentrée, les socialistes étalent leurs dissensions

Lisa Guillemin

Gauche Alors que l'université d'été du PS démarre ce jeudi à Blois, des figures du parti hostiles au premier secrétaire Olivier Faure réclament une rupture formelle avec les insoumis et la poursuite du dialogue avec Emmanuel Macron en vue de trouver un premier ministre.

Les universités d'été des socialistes, organisées à Blois (Loir-et-Cher) à partir de ce jeudi, s'annoncent à couteaux tirés. Des différends ont été étalés au grand jour lors du bureau national qui s'est tenu en urgence mardi, à la demande du maire de Rouen (Seine-Maritime), Nicolas Mayer-Rossignol, et de l'édile de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, tous deux porte-parole de la frange hostile à la ligne incarnée par Olivier Faure. « Le PS est au bord de la rupture ! » a même asséné Hélène Geoffroy. En cause, la décision du premier secrétaire du PS, prise de concert avec les autres partis du Nouveau Front populaire (NFP), de refuser de poursuivre toute discussion avec Emmanuel Macron, à moins qu'il ne s'agisse de la nomination de Lucie Castets à la tête du gouvernement. Olivier Faure dit refuser de jouer « les supplétifs d'une Macronie finissante », et appelle plus que jamais le président de la République à respecter le choix des urnes en nommant le NFP à Matignon.

Hélène Geoffroy, elle, lui répond que les socialistes doivent cesser d'être « des supplétifs de la France insoumise » et assume de vouloir reprendre des discussions institutionnelles avec le président de la République. Autrefois adversaires revendiqués de la Nupes, les critiques d'Olivier Faure plaquent aujourd'hui les mêmes reproches au NFP, alors que les rapports de force ont changé à gauche, que le nombre de députés PS a augmenté et que la possibilité de gouverner sans aucun ministre insoumis, proposée directement par Jean-Luc Mélenchon afin de lever les réticences des macronistes, a été acceptée par Lucie Castets.

« ce qui se joue c'est le rapport au pouvoir »

Mais les socialistes, qui appellent à rompre définitivement avec la FI, bouillonnaient déjà depuis plusieurs semaines et n'ont pas digéré la volonté des insoumis de lancer une procédure de destitution contre Emmanuel Macron. « Dès le début de l'alliance, Jean-Luc Mélenchon s'est condamné en se montrant intransigeant sur sa capacité à gouverner et en refusant les concessions », avance une cadre du bureau national. « Si nous l'avons emporté, ce n'est pas que grâce au NFP, mais à tout le front républicain ! » poursuit Rachid Temal, sénateur du Val-d'Oise.

Patrick Kanner, président du groupe PS au Sénat, Michaël Delafosse, maire de Montpellier (Hérault) proche de la présidente de région Occitanie, Carole Delga, font notamment partie de ceux qui ont réclamé un bureau national en urgence. Des critiques fusent également concernant le programme du NFP, jugé irréalisable. Et avant même qu'Emmanuel Macron annonce son refus de nommer Lucie Castets à Matignon, certains socialistes ont tenté de pousser d'autres candidats dans la danse, soutenant les options Bernard Cazeneuve et Karim Bouamrane, notoirement anti-insoumis, lancées par les cercles macronistes afin de diviser le NFP et d'attirer l'aile droite du PS dans une large coalition. « L'anti-mélenchonisme est un argument extrêmement performant au sein du PS », analyse le député Laurent Baumel, proche d'Olivier Faure, qui prévient : « Ceux qui l'excitent devraient savoir que l'anti-macronisme aussi ! » « En jouant le jeu de Macron, on pourrait penser que ces socialistes sont en réalité plus prompts à gouverner avec lui », mesure également le député PS Arthur Delaporte, porte-parole du parti.

« Aujourd'hui personne ne veut être ni la béquille ni le soutien d'Emmanuel Macron », rétorque le sénateur Rachid Temal, qui assure qu'en cas de reconduction de la politique libérale d'Emmanuel Macron, les socialistes s'uniront pour censurer immédiatement le gouvernement. « Il faut arrêter de voir des procès en trahison. Ce qui se joue, c'est le rapport au pouvoir de la gauche, et elle ne pourra le conquérir qu'avec la social-démocratie », poursuit une cadre du bureau national. Raphaël Glucksmann, tête de liste du PS aux élections européennes, appelle les socialistes à « tourner la page Macron et Mélenchon », et sera présent ce week-end à Blois. Hélène Geoffroy, Nicolas Mayer-Rossignol, Carole Delga et Karim Bouamrane ont prévu de s'exprimer conjointement devant les militants et réclament la tenue d'une « convention » afin de redessiner la ligne du PS. « Nicolas Mayer-Rossignol cherche à grossir des nuances stratégiques pour alimenter un prochain congrès », nuance cependant Laurent Baumel. « À Blois, ce sera comme tous les ans, un moment de convivialité et d'engueulades. C'est normal, et on ira boire un verre après », tempère pour sa part Rachid Temal. Reste que les socialistes apparaissent de nouveau divisés concernant leur centre de gravité et leur rôle au sein de la gauche.

Le Figaro, no. 24887
Le Figaro, jeudi 29 août 2024 761 mots, p. 4

Société

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28 août 2024 - Le Figaro (site web)

Vers un renforcement de la réponse pénale face aux refus d'obtempérer ?

Paturaud, Jeanne

La mort de l'adjudant Éric Comyn à Mougins, décédé ce lundi 26 août après avoir été percuté par un chauffard qui refusait d'obtempérer, a suscité une vague d'émotion et de sidération. L'émotion de la veuve du gendarme, lors de son hommage poignant, conduit naturellement à s'interroger sur l'efficacité des lois en vigueur concernant ce délit routier. 24 heures après le drame, Éric Ciotti a ainsi proposé un texte pour «renforcer la réponse pénale contre les refus d'obtempérer et les crimes et délits contre les forces de l'ordre».

Concrètement, le président des Républicains et leader du groupe « A droite » à l'Assemblée souhaite augmenter la peine d'emprisonnement de 2 à 3 ans pour les refus d'obtempérer dits « simples » , doubler l'amende aujourd'hui fixée à 15 000 euros pour atteindre 30 000 euros ou encore annuler le permis de conduire pour une durée maximale de cinq ans, contre trois aujourd'hui. En cas de refus «aggravé», le groupe propose l'annulation obligatoire du permis de conduire pour une durée de sept ans. Le texte limite également les réductions de peines maximales et introduit des peines planchers «pour les crimes et délits commis contre les agents de la force publique et les pompiers».

En juillet 2023, Élisabeth Borne, alors première ministre, avait déjà annoncé la création de « l'homicide routier » , censé se substituer au délit d'homicide involontaire pour les accidents de la route. Ce texte, annoncé quelques mois après l'accident provoqué par Pierre Palmade, ne concerne pas uniquement les refus d'obtempérer et vise surtout à modifier l'appellation d'homicide «involontaire» , qui scandalisait les associations de victimes. Mais au-delà du champ sémantique, l'exécutif avait surtout espoir que le juge apprécie les faits avec plus de sévérité : la proposition de loi ne modifie pas les peines encourues mais fait du refus d'obtempérer une circonstance aggravante. «Le travail législatif s'est arrêté brutalement. Je souhaite que le texte soit voté avant la fin de l'année, compte tenu de l'actualité», observe Éric Pauget, député LR des Alpes-Maritimes et corapporteur du texte à l'Assemblée nationale.

Surtout, l'élu ne ferme pas la porte à un ajout de mesures issues du texte proposé par Éric Ciotti. «Les deux textes pourraient se compléter. Nous pourrions par exemple intégrer, si on le peut juridiquement, des renforcements de peine ou une peine plancher», développe Éric Pauget. Mais le député de droite craint que de telles mesures «ne dissuadent les élus à gauche». «Le texte de 2023 était transpartisan, car volontairement édulcoré. La batterie de mesures auxquelles je pense pourrait repousser les députés qui ont une vision différente des refus d'obtempérer», poursuit-il.

Quoi qu'il arrive, le renforcement des peines, ne se traduit que très rarement en jugement plus sévère. «Je ne suis pas sûr que cela ait un impact sur la situation, analyse Me Rémy Josseaume, avocat spécialiste en droit routier. Il est déjà très rare pour un automobiliste reconnu coupable, même récidiviste, d'être incarcéré puisqu'une peine d'un an de prison est toujours aménageable. La plupart savent déjà qu'ils n'encourent pas grand-chose.» Sur l'idée d'instaurer une peine plancher, le spécialiste tempère également : «C'est difficile d'imposer quelque chose au juge, en particulier sur un acte comme celui-ci, souvent sujet à débat et contestation».

Dans les faits, Me Rémy Josseaume constate que les responsables de refus d'obtempérer préfèrent «prendre le risque de fuir et d'être rattrapés par la police». «Le plus souvent il s'agit d'automobilistes qui conduisent sous l'emprise d'alcool, de stupéfiant ou qui transportent de la drogue. Ils savent que s'ils sont attrapés, ils perdent leur permis immédiatement». Et donc, bien souvent, leur moyen de transport pour aller travailler. «La peur de se retrouver sans emploi les conduit à faire un calcul simple: en fuyant et en se rendant au commissariat plusieurs heures après, ils seront simplement sanctionnés pour refus d'obtempérer et ne perdront pas leur voiture» , développe l'avocat.

Les chiffres fournis par le ministère de l'Intérieur confirment cette hypothèse. Entre 2016 et 2023, 25 700 délits de refus d'obtempérer routiers ont été recensés en moyenne par an. Mais chaque année, seuls 7 000 font l'objet d'une condamnation. «Les autres ne sont pas poursuivis, pas identifiés ou relaxés... Ce ratio interroge», note Me Rémy Josseaume. Si le nombre de refus a diminué de 5 % sur la période, la part de délits aggravés est passée de 16 % en 2016 à 21 % en 2023. «Si nos lois ne dissuadent pas, peut-être qu'il faudrait que les responsables d'homicides routiers répondent de leurs actes aux assises. Cela impliquerait de débloquer des moyens mais cela marquerait aussi un grand coup» , suggère l'avocat. J.P.

Libération
jeudi 29 août 2024 791 mots, p. 11

AUTRE

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28 août 2024 - Libération (site web)

A l'Elysée, la poursuitedes discussions et le pari des dissensions

VICTOR BOITEAU ; LAURE EQUY

AUTRE

La reprise des échanges à l'Elysée n'a apporté mercredi aucune issue. La gauche comme la droite sont confrontées à des tensions internes autour des stratégies adoptées.

rustré alors qu'il n'attendait rien, ou si peu.

F Déplorant, à sa sortie de l'Elysée, un échange «décevant», Laurent Wauquiez, le chef de file de la droite, a étrillé mercredi l'absence chez Emmanuel Macron de «véritable projet pour les Français» et de «vision de ce que serait un programme gouvernemental». Flanqué d'Annie Genevard et de Bruno Retailleau, le député de Haute-Loire lui a demandé de cesser de «procrastiner» et de nommer enfin un Premier ministre. Quarante-quatre jours après la démission de Gabriel Attal, le chef de l'Etat poursuit sa laborieuse quête, enchaînant les discussions. Péniblement, assène Retailleau. «Il n'y avait aucun élément de plus, regrette le sénateur LR. Ça n'avançait à rien. Il n'a pas donné de noms, le calendrier reste flou.» La droite n'avait rien de nouveau non plus à soumettre au Président. «Les positions des uns et des autres sont connues», a campé Wauquiez, accroché à son «pacte législatif» présenté en juillet. A ses côtés, Genevard a défendu l'idée d'un «travail collaboratif avec le futur gouvernement», sur les bases défendues par son camp. Retailleau a bien tenté de sonder le chef de l'Etat sur les propositions de la droite… Mais «il est toujours d'accord avec son interlocuteur. Il est agile !» «Courage». «Le Président salue le fait qu'ils soient venus de manière républicaine», commente, grand seigneur, un conseiller de l'Elysée, après le départ de la délégation de droite : «Il les recevait en tant qu'arbitre. C'est au Premier ministre qu'il reviendra de bâtir la majorité et le contrat de gouvernement. C'est peut-être ça qui explique leur déception !» S'il exclut toujours une participation gouvernementale, l'esprit déjà tourné vers 2027, Wauquiez sait qu'il compte des détracteurs internes. A l'Assemblée comme au Sénat, certains réclament une large coalition, comme Philippe Juvin ou Roger Karoutchi. Même l'ex-président du groupe, Olivier Marleix, pourtant anti-macroniste pur jus, avait plaidé début juillet pour la nomination d'un Premier ministre issu de son camp. «Ce que dit Wauquiez n'est pas représentatif de tous les LR», pointe Hervé Marseille, patron de l'UDI, allié du bloc central. La ministre de la Culture démissionnaire, Rachida Dati, prône aussi ce rapprochement. «Les Français sont sensibles au courage, ils n'aiment pas la fuite», a-t-elle lâché mercredi sur France Inter. Rejoindre un gouvernement central, pointe Retailleau, ne résoudrait pas le casse-tête : «Le “en même temps” ne mène à rien. Et arithmétiquement, ça ne fait pas 289 députés.» Puzzle. Au fil de ces consultations à l'aveugle, le brouillard se dissipe-t-il à l'Elysée ? Au sein du bloc central, certains observent avec inquiétude les tergiversations d'un Président «un peu paumé». Et s'interrogent sur le sens des entretiens prévus jeudi, avec Carole Delga et Renaud Muselier, puis avec le président de l'association des maires de France, David Lisnard (LR). Pourquoi mêler les grands élus locaux au micmac parlementaire ? «C'est une façon d'avoir deux présidents de région qui incarnent deux tendances, un ex-RPR devenu Renaissance, une socialiste capable de construire. Ce n'est pas du protocolaire», défend un proche de Muselier. D'autres veulent croire qu'en dépit des apparences, le chef de l'Etat procède méthodiquement. Après avoir balayé l'option Lucie Castets amenée par le NFP, «il évacue successivement les hypothèses, c'est une sélection par élimination», justifie le sénateur Hervé Marseille, qui décèle des signaux faibles : «Emmanuel Macron laisse la nature faire son oeuvre. A gauche, comme à droite, ça commence à bouger.» Les macronistes se délectent de voir le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, chahuté par ses deux courants minoritaires. Notant que les socialistes se divisent sur la conduite à tenir vis-à-vis d'un gouvernement mené par une personnalité de gauche, des partisans du Président y voient un coup à jouer. Si l'ambition n'est plus de dénicher une coalition majoritaire dans le puzzle de l'Assemblée nationale, l'idée est du moins de trouver un Premier ministre qui ne braque pas illico une majorité de députés comptant le censurer. Les socialistes oseraient-ils ainsi renverser Bernard Cazeneuve sans lui laisser sa chance à Matignon ? En attendant la fumée blanche, l'écosystème bruisse toujours de la même petite liste de Premier-ministrables. «Mardi la cote de Didier Migaud était haute puis est redescendue, comme celle de Xavier Bertrand. Aux dernières nouvelles, c'est Bernard Cazeneuve qui avait le vent en poupe», s'amuse un député EPR. Entre une pause diplomatico-sportive pour assister à la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques, mercredi, et son départ pour la Serbie ce jeudi, Macron maintient qu'il tranchera vite. D'ici dimanche soir, a-t-il glissé à un ministre démissionnaire.

«Emmanuel Macron laisse la nature faire son oeuvre. A gauche, comme à droite, ça commence à bouger.» Hervé Marseille président de l'UDI

Libération
jeudi 29 août 2024 716 mots, p. 23

IDÉES

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28 août 2024 - Libération (site web)

En refusant de nommer Lucie Castets, Macron choisit d'être l'otage du RN

HENDRIK DAVI

IDÉES

Le Président s'aligne sur la politique de l'extrême droite, qui a signifié qu'elle censurerait tout gouvernement de gauche. Pour le député écologiste Hendrik Davi, les citoyens comme les entreprises doivent réagir.

P lus que jamais, notre monde est instable. L'agression russe en Ukraine se poursuit. La réponse de l'Etat d'Israël aux attaques terroristes du 7 Octobre risque de se traduire par un génocide à Gaza et menace la stabilité de toute la région. Les tensions économiques entre les Etats-Unis et la Chine sont grandissantes. Le capitalisme financier est incapable de résorber les inégalités qui minent nos sociétés. Les 1 % des plus riches possèdent 50 % des richesses. Le productivisme auquel il conduit réchauffe la planète. Nous n'avons jamais émis autant de CO2 du fait de la combustion des énergies fossiles. Enfin, nous atteignons les limites écologiques de notre planète et la dynamique d'extinction de la biodiversité doit être stoppée au plus vite.

Cette situation de crise chronique du capitalisme génère une instabilité politique Député du groupe Ecologiste et social de la cinquième circonscription des Bouches-du-Rhône durable et dans tous les régimes, y compris les plus démocratiques. En Europe, nous sommes dans une situation de tripartition entre un bloc de gauche, un centre droit et l'extrême droite. Les élections de juin et juillet, provoquées par Emmanuel Macron, ont constitué un sursaut qui a permis d'éviter le pire : l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir. Nous devons être lucides. L'extrême droite est une force néofasciste qui menace partout les libertés publiques, le droit des femmes et des minorités. En général, quand elle arrive au pouvoir, elle augmente les inégalités, fait régresser les droits des travailleurs et mène une politique écocide, comme ce fut le cas au Brésil avec Bolsonaro et aujourd'hui en Argentine.

Jouer avec le feu. Entre les deux tours des élections législatives, un front uni a semblé se reconstituer pour éviter l'arrivée au pouvoir du Rassemblement national en France. C'était une bonne nouvelle, qui a permis au bloc de gauche d'arriver en tête au second tour, reléguant le bloc d'extrême droite en troisième position. Tous les démocrates auraient dû être heureux de ce sursis.

Malheureusement, le président Emmanuel Macron et les parlementaires du centre et de la droite continuent de jouer avec le feu. Il aurait dû nommer Lucie Castets Première ministre et laisser le bloc de gauche, arrivé en tête, tenter de trouver des majorités, texte par texte. Au contraire, le président a préféré s'aligner sur l'extrême droite qui a, dès le début, signifié qu'elle censurerait tout gouvernement de gauche. Mais en agissant ainsi, Emmanuel Macron choisit d'être l'otage du Rassemblement national jusqu'à la prochaine dissolution. En effet, le gouvernement choisi mènera une politique d'austérité contraire au programme du NFP, sinon il n'aura pas le soutien de la droite. Ce gouvernement sera donc légitimement censuré par tous les groupes parlementaires de gauche. Il ne devra sa stabilité qu'à la «non-censure» de la part des députés du RN. Et évidemment, le RN va tout de suite jouer de cette position de force et exiger une politique encore plus raciste pour justifier de ne pas censurer le gouvernement. Ces dirigeants l'ont déjà signifié. Ils exigent un référendum sur l'immigration. Emmanuel Macron est condamné à poursuivre la fuite en avant avec le RN dans les bagages, ce qu'il avait déjà bien entamé avec la loi immigration. Or cette politique «austéritaire» et raciste renforce le parti d'extrême droite. Emmanuel Macron creuse donc le tombeau politique du centre et de la droite.

Espoir. Le Nouveau Front populaire a fait émerger un immense espoir. Il a su rester uni en dépit des difficultés. Nous avons une candidate au poste de Premier ministre avec Lucie Castets. Elle n'a pas démérité, nous avons donc une porte-parole légitime du NFP. Nous devons d'une part renforcer partout le NFP en constituant des comités de bases quartier par quartier et d'autre part, avec les syndicats et les associations, nous devons organiser une riposte massive dans la rue et les entreprises. Cela commencera le 7 septembre avec les organisations de la jeunesse, mais cela doit s'élargir très rapidement avec, si les syndicats le décident, des mouvements de grève. Si la rue ne réagit pas maintenant, à terme le pouvoir passera dans les mains de l'extrême droite.

La Croix, no. 43007
Événement, jeudi 29 août 2024 1134 mots, p. 4,5

L’écologie, aussi une affaire de retraités

Diane Merveilleux

Loin de l’image du « boomer » méprisant les questions environnementales, de plus en plus de seniors adoptent des « écogestes ».

Par leurs habitudes de consommation, ces générations ont aussi tendance à être plus sobres que les jeunes.

« En matière d’écologie, nos enfants nous rappellent à l’ordre régulièrement», reconnaissent volontiers Anne-Marie et Jean-François Bijon. Installé à Avignon, ce couple de retraités a été progressivement sensibilisé aux « écogestes » par ses filles : il mange moins de viande, achète souvent bio, trie méticuleusement ses déchets et a même installé un compost dans son jardin. « Nos filles ont mis un an à nous convaincre pour le compost, mais nous sommes très contents, s’exclame Anne-Marie. C’est incroyable : cela a complètement changé notre vision des poubelles. »

Ce « rappel à l’ordre » adressé par les enfants à leurs parents septuagénaires n’est pas sans évoquer le conflit générationnel symbolisé par le qualificatif de « boomers ».Lancée en 2019 par une députée néo-zélandaise, l’expression désigne les baby-boomers, les personnes nées entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début des années 1960, accusées d’avoir contribué, par leur mode de vie, au réchauffement climatique.

« Bien que, comme toutes les tranches d’âge, celle des seniors ne soit pas homogène, on observe que l’empreinte carbone par personne tend à être maximale vers 60 ans »,explique Ziad Malas, maître de conférences en sciences de gestion à l’université Paul-Sabatier de Toulouse, spécialiste des comportements de consommation et d’épargne des personnes âgées.

Bien sûr, tous les retraités des pays développés ne sont pas aisés, mais globalement, plus on vieillit, plus on accumule du patrimoine. Ce qui se traduit par un mode de vie plus carboné – une maison vide depuis le départ des enfants qu’il faut tout de même chauffer en hiver – mais aussi, souvent, par des revenus plus élevés qui permettent des investissements plus durables (voiture électrique, travaux d’isolation…).

Les seniors se démarquent aussi par une sobriété « naturelle », mise en pratique dans leur enfance. «Les personnes nées avant 1960 ont grandi dans une France en forte croissance, mais où le niveau de vie était beaucoup plus faible qu’aujourd’hui, analyse Ziad Malas. Et l’on considère que c’est sur cette période de l’enfance à l’entrée dans l’âge adulte que se forment les habitudes de consommation.»

Ils ont ainsi tendance à être plus sobres que les jeunes dans leurs gestes au quotidien, selon le baromètre sobriété et modes de vie de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), publié en mars. Si 40 % des plus de 65 ans disent conserver six ans ou plus leur smartphone, cette proportion tombe à 22 % pour l’ensemble de la population. Et parmi ceux qui sont équipés en climatisation, 61 % disent l’utiliser uniquement durant les pics de chaleur, contre 54 % dans l’ensemble de la population.

Au-delà des petits gestes à l’échelle individuelle, les personnes âgées développent une ouverture plus importante au sujet. Toujours poussé par ses filles, le couple Bijon a par exemple créé dans sa paroisse un groupe d’étude sur l’encyclique Laudato si’, du pape François. Un travail qui les a incités à changer leurs habitudes. En effet, les seniors ont tous les atouts pour être des acteurs de cette transition écologique. « Notre spécificité, c’est d’avoir du temps et, généralement, de l’argent, affirme Estelle Le Touzé, présidente de l’association Grands-parents pour le climat. Le temps pour s’informer, échanger, alerter, conseiller ; l’argent pour consommer et épargner de manière plus vertueuse. »

« Plutôt que de stigmatiser les uns et les autres, il vaudrait mieux favoriser les actions intergénérationnelles et solidaires », estime le sociologue Serge Guérin (1). D’ailleurs, les retraités étant bien représentés dans le monde associatif, il n’est pas surprenant d’en voir parmi les bénévoles des ONG environnementales. Estelle Le Touzé reçoit régulièrement des appels de seniors préoccupés par l’avenir et désireux de s’engager concrètement. L’association oriente alors ces primo-militants vers des actions locales.

Jean-Louis Virat, 77 ans, s’est sensibilisé aux questions climatiques à l’approche de la retraite. « Pendant très longtemps, j’avais juste mes préoccupations de bon bourgeois tranquille qui pensait à son business »,avoue en riant cet ancien expert-comptable qui s’est transformé en « bénévole à temps plein ».

Comme les autres Français de son âge, Jean-Louis Virat a été adulte à une époque où la croissance et ses conséquences sur le vivant étaient très peu remises en cause. Avec le temps qu’il a aujourd’hui, le grand-père de dix petits-enfants découvre l’engagement associatif et s’éveille aux enjeux écologiques.

Il a créé en 2016 le Laboratoire de la transition, une association qui intervient notamment dans des établissements scolaires de la Drôme, où il réside, et auprès des jeunes du service national universel pour les rapprocher de la nature. Ils passent ainsi plusieurs heures en forêt.

« Quand j’étais gamin, on allait dans les fermes regarder traire les vaches, on cueillait des fleurs au printemps, il y avait un lien à la nature simple et authentique qui n’existe plus pour les jeunes d’aujourd’hui », remarque-t-il. À ses yeux, il y a « urgence » à transmettre la connexion à la nature qu’il a connue enfant.

L’action environnementale peut constituer pour les seniors un grand épanouissement personnel. En psychologie, on appelle cela la « générativité ». « Il s’agit du souci de l’avenir des générations suivantes », traduit Ziad Malas. Dans l’engagement écologique, ce concept est pris au sens large : on cherche à protéger ses petits-enfants, mais aussi l’ensemble des sociétés futures, en luttant contre le dérèglement climatique. Et cela peut constituer une véritable source de bonheur.

C’est tout le projet de Grands-parents pour le climat. L’association, créée en France en 2015, s’est depuis fédérée en réseau avec des groupes de seniors pour l’environnement à travers le monde. «Notre association cherche à aider les seniors à se projeter dans la passation des générations », explique Estelle Le Touzé. Transmettre, c’est aussi continuer à apprendre, et donner plus de sens à ses années de retraite.

« Mon engagement me comble », abonde Jean-Louis Virat, qui s’ouvre quotidiennement à des échanges « très touchants » avec les jeunes. « La planète brûle, mais la société – les adultes notamment – reste dans une forme d’insouciance, une insouciance triste, déplore-t-il. Dans ce contexte, l’action est avant tout source d’espoir. »

(1) Et si les vieux aussi sauvaient la planète ? , Éd. Michalon, 2024, 258 p., 20 €.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, jeudi 29 août 2024 319 mots, p. AUJM12
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28 août 2024 - Le Parisien (site web)
29 août 2024 - Le Parisien

Attal et Borne s'exprimeront samedi « sur la situation nationale »

Le Premier ministre et sa prédécesseure seront réunis aux universités d'été de Renaissance Paris.

Marcelo Wesfreid

Leurs expressions seront scrutées... Alors que le chef de l'État est en pleine réflexion pour trouver un Premier ministre et que les grandes manoeuvres ont d'ores et déjà commencé au sein de l'ex-majorité, Gabriel Attal et Élisabeth Borne vont, selon nos informations, prendre la parole samedi devant les militants de leur camp. Ce sera à l'occasion des universités d'été de la fédération parisienne de Renaissance, au siège national du parti, rue du Rocher (VIII e arrondissement). L'événement est organisé à l'initiative du député de Paris Sylvain Maillard, qui dirige la première fédération Renaissance de France.

Au menu de leurs discours : « La situation nationale, la suite des élections européennes et législatives et les municipales dans la capitale », selon un organisateur. Le Premier ministre démissionnaire, et actuel président du groupe des députés Ensemble pour la République, prendra la parole en introduction, le matin. Lèvera-t-il le voile sur ses ambitions futures ? Certains le voient briguer l'Hôtel de Ville. D'autres le disent attiré par la présidence de Renaissance. L'intéressé n'a jamais confirmé ces hypothèses.

400 militants attendus

De son côté, l'ex-Première ministre, qui a fait, elle, acte de candidature le 22 août dans nos colonnes pour prendre la tête du parti à l'automne, interviendra le même jour, vers 13 heures. Elle « présentera son engagement pour Renaissance », glisse un proche, elle qui veut « rassembler de façon très large » et « préserver l'unité de ce parti » sans le transformer « en écurie présidentielle ».

400 militants sont attendus pour participer à des ateliers axés sur la préparation des municipales 2026 : logement, voirie, fonctionnement du Conseil de Paris, propreté, héritage des Jeux olympiques, etc. Pour l'heure, le camp Macron n'a pas déterminé de stratégie ni de candidat pour les prochaines élections dans la capitale... même si Rachida Dati est elle aussi sur les rangs.

Le Monde
France, jeudi 29 août 2024 1219 mots, p. 8
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28 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Entretien

« La “stabilité institutionnelle”, un argument politique »

Pour le constitutionnaliste Benjamin Morel, le maintien des ministres démissionnaires est « un problème »

Propos recueillis parNathalie Segaunes Propos recueillis parNathalie Segaunes

Emmanuel Macron a lancé, mardi 27 août, de nouvelles consultations pour trouver un premier ministre, sans le Nouveau Front populaire (NFP), le Rassemblement national (RN), ni le président du groupe A droite ! à l’Assemblée nationale, Eric Ciotti, après avoir écarté, la veille, l’option Lucie Castets (NFP) pour Matignon. La France se trouve-t-elle plongée dans une crise politique ou dans une crise institutionnelle ? Benjamin Morel, politiste et constitutionnaliste, maître de conférences à l’université Paris-Panthéon-Assas, répond au Monde.

Emmanuel Macron se réfère à l’article 5 de la Constitution pour refuser de nommer Lucie Castets, invoquant la nécessité de garantir la « stabilité institutionnelle » dont il doit être le garant. A-t-il raison ?

Il n’a pas raison, il n’a pas tort non plus. L’article 5 est rédigé de manière extrêmement floue. Il définit les grandes orientations du rôle du président de la République, mais ne confère pas de pouvoir, de compétence ou de rôle particulier quant à la nomination d’un gouvernement.

La « stabilité institutionnelle » est davantage un argument politique qu’une contrainte juridique. On parle beaucoup de « l’esprit de la Constitution », c’est une expression que je trouve un peu idiote. On fait du droit ou l’on fait de la politique, mais on ne fait pas du spiritisme. Michel Debré était le premier étonné de ce que l’on avait fait de son texte.

La Constitution dit simplement que le président de la République nomme qui il veut et, qu’une fois qu’il a nommé quelqu’un, c’est à l’Assemblée nationale de lui dire qu’il a eu tort en votant une motion de censure. Nommer Lucie Castets n’est pas du tout une obligation, et il est vrai qu’elle serait probablement renversée dans les quarante-huit heures. Ce n’est pas non plus une interdiction.

La gauche crie au déni de démocratie…

On confond, depuis quelques semaines ou quelques mois, les notions de majorité relative et de gouvernement minoritaire. Celle qui est intéressante, du point de vue constitutionnel, c’est la seconde : un gouvernement qui n’a pas de majorité, certes, mais qui n’a pas non plus de majorité pour le renverser.

C’est la situation de 2022 à 2024, où les députés Les Républicains (LR) n’ont pas renversé la majorité macroniste. C’est également le cas de 1988 à 1993, où les centristes et les communistes n’ont pas voté de motion de censure contre les gouvernements socialistes. Un gouvernement Castets ne peut pas tenir, car, a priori, il aurait une majorité pour le renverser. Donc, il n’y a pas de déni de démocratie.

Emmanuel Macron est-il juge et partie ?

On ne peut pas dire qu’il agit de façon idoine pour permettre à une majorité parlementaire de se former ! Dans sa lettre aux Français du 10 juillet, le chef de l’Etat dit que la coalition doit exclure La France insoumise (LFI) et le RN, et aller du parti Les Ecologistes (EELV) à LR, ce qui est tout juste suffisant pour faire tenir un gouvernement.

Or, dans un régime parlementaire classique, ce n’est pas le président qui choisit sa coalition. Il désigne quelqu’un réputé lui ramener une majorité, avant de le nommer premier ministre s’il y parvient. Et si celle-ci comprend des LFI ou des RN, eh bien, il dit banco. Mais ce n’est pas à lui de dire a priori « pas avec eux ».

Par ailleurs, Emmanuel Macron se pose aujourd’hui comme négociateur entre les partis, tout en étant lui-même comptable d’un bilan et tête d’affiche d’une force politique. Enfin, le chef de l’Etat garde le rôle d’arbitre : à la fin, c’est lui qui tranche et qui donne le nom du premier ministre. Donc, ça ne fonctionne pas. Pas parce que ce n’est pas constitutionnel, mais parce que, forcément, vous créez des tensions, vous braquez les partenaires et vous n’arrivez pas à former une coalition.

Le président peut-il maintenir longtemps un gouvernement démissionnaire ?

Juridiquement, cela ne pose pas de problème… et c’est un problème. On a découvert dans cette affaire une faille juridique. Est-ce qu’un gouvernement démissionnaire pourrait proposer un budget et le faire voter ? Je n’ai pas de réponse absolue, car on n’a pas de jurisprudence en la matière.

Le Conseil constitutionnel se trouverait devant un dilemme : soit censurer le budget, parce que le gouvernement est incompétent, auquel cas on se retrouverait dans une situation extrêmement compliquée, sans budget, et, selon la date, pouvant aller jusqu’au shutdown  [un arrêt des activités gouvernementales] et à un effondrement économique. Ou bien il dirait que cela relève de la continuité de la vie de la nation, et le validerait. Sans être grand clerc, on peut penser qu’il choisirait la deuxième option. Mais vous voyez que plus votre gouvernement démissionnaire dure, plus il a de pouvoirs et plus il se rapproche d’un gouvernement de plein exercice. Donc, oui, cela peut durer longtemps, et c’est un problème. On peut considérer qu’Emmanuel Macron prend du temps, mais il ouvre une brèche, crée un précédent, et c’est très inquiétant.

Dix-sept ministres démissionnaires sont députés. Est-ce inconstitutionnel ?

Oui, pour les ministres de plein exercice. Or, actuellement, les membres du gouvernement ne sont pas de plein exercice. On les appelle ministres, mais, en toute rigueur, ils ne le sont pas. Gabriel Attal fait office de premier ministre, mais il ne l’est pas.

L’un de ces dix-sept élus pourrait-il, lors des questions au gouvernement (QAG), poser une question en tant que député et y répondre en tant que ministre ?

On a un vide juridique sur les QAG. Ce sont des instruments de contrôle. Quand un gouvernement ne peut pas être renversé, ce qui est le cas d’un gouvernement démissionnaire, il n’y a pas de questions au gouvernement. Or, en même temps, le Conseil constitutionnel nous dit qu’un texte voté lors d’une semaine où il n’y a pas eu de QAG est inconstitutionnel. Donc, si ce gouvernement devait durer et faire passer des textes, que ferait-on ? Le texte est-il inconstitutionnel parce qu’il n’y a pas eu de QAG ? A ce stade, rien ne permet de répondre.

Comment qualifiez-vous la période que l’on est en train de vivre ?

Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une crise institutionnelle. Il y a 25 % de RN et environ 12 % de LFI à l’Assemblée. En excluant ces deux groupes, on gouverne sur les deux tiers de l’Hémicycle. Toute coalition les excluant implique une alliance d’EELV à LR. Les leçons de l’histoire, c’est qu’on ne peut pas gouverner de manière stable avec une si petite proportion de l’Assemblée et avec de telles différences idéologiques.

Donc, soit les cordons sanitaires sautent, avec des alliances entre la droite et l’extrême droite, entre LFI et une partie du centre, ou bien avec des alliances plus baroques, soit on fait baisser ces partis politiques. Modifier le mode de scrutin peut faire bouger quelques lignes et rendre plus simples les alliances. Toutefois, in fine, on ne règle pas institutionnellement une crise politique.

La Croix, no. 43007
Religion, jeudi 29 août 2024 88 mots, p. 13

Judaïsme Deux plaintes annoncées contre le grand rabbin de France

Aymeric Caron, député de La France insoumise, et Abdallah Zekri, délégué général du Conseil français du culte musulman, ont chacun annoncé porter plainte contre le grand rabbin de France pour « apologie de crimes de guerre ».Ces actions en justice font suite à des propos de Haïm Korsia, qui, interrogé lundi 26 août sur BFMTV sur « les massacres de Gaza »,a notamment assuré ne pas être « mal à l’aise avec une politique qui consiste à défendre ses ressortissants ».

Le Monde
jeudi 29 août 2024 1892 mots, p. 22
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28 août 2024 - Le Monde (site web)
29 août 2024 - La Matinale du Monde

Avec « Les Paravents », l’héritage toujours à vif de la guerre d’Algérie

Les batailles du théâtre — 3/6 — A la création, en 1966, une galaxie d’opposants, notamment issus de l’extrême droite, s’en prend à la pièce, joyau noir auquel peu de metteurs en scène ont osé se confronter par la suite

Brigitte Salino

Cernée par des cars de police, la place de l’Odéon, à Paris, est envahie par une foule de manifestants où s’affrontent deux camps : les partisans des  Paraventset ses détracteurs, repérables à leurs drapeaux bleu-blanc-rouge. Ils hurlent : « Genet au poteau ! », « Genet pédé ! »D’une fenêtre du théâtre, Jean Genet les regarde. Il rit, leur lance un bras d’honneur. Le metteur en scène, Roger Blin, est à ses côtés. Il jubile aussi, mais il se tient sur le qui-vive. Chaque soir, les représentations sont perturbées, parfois très violemment, et les forces de l’ordre doivent intervenir. Annoncée comme l’événement théâtral de l’année 1966, la création des Paravents vire à l’événement politique.

Jean Genet a écrit Les Paravents en 1961, mais Roger Blin attend cinq ans avant de monter la pièce. Le temps que la guerre s’achève, et de trouver un théâtre assez solide pour financer une production lourde, engageant une soixantaine de comédiens. Jean-Louis Barrault, alors directeur de L’Odéon-Théâtre de France – tout un symbole, que les adversaires de Genet ne se priveront pas d’exploiter –, accepte. Il sait qu’il risque gros. La France justement vit dans les débris de la guerre d’Algérie : Les Paravents sont créés quatre ans après les accords d’Evian qui, le 18 mars 1962, ont signé la fin de la colonisation.

La pièce de Genet est habitée par des soldats, des « putains », des colons, et puis Saïd et sa mère, les plus pauvres des pauvres. Si pauvres que Saïd n’a pu s’acheter que la femme la plus laide. Il rêve de travailler de l’autre côté de la mer et de devenir riche. En attendant, il vole, indifférent au bruit du monde autour de lui, où les armes claquent. L’Algérie n’est pas citée dans  Les Paravents, mais on y est, tout du moins dans un pays colonisé, au bord de l’insurrection. Genet, qui se défend d’avoir écrit une pièce politique, n’est tendre ni pour l’impérialisme des colons, ni pour la morale révolutionnaire. Pour lui, la révolte s’aliène dans la révolution.

« Ne gauchissez pas ma pièce », dit-il à Roger Blin – un des signataires du « Manifeste des 121 », publié le 6 septembre 1960, qui réclame le droit à l’insoumission pendant la guerre d’Algérie. Blin connaît bien Genet. Il a créé  Les Nègres en 1959. Il coupe dans Les Paravents afin de réduire la représentation à quatre heures, et décide de faire jouer sur le plateau une scène que Genet situe en coulisses : des soldats pètent sur le visage de leur lieutenant qui va mourir, pour qu’il respire une dernière fois l’air de France. C’est la scène qui va tout déclencher.

Echauffourées sévères

La presse est convoquée le quatrième jour. Les critiques sont tranchées, entre admiration (Le Monde, Le Figaro littéraire, Combat…) et répulsion. « Et Barrault appelle ça le Théâtre de France ! », titre Minute, l’hebdomadaire à la ligne éditoriale alors antigaulliste.  Le Figaro accuse Barrault de « souiller le théâtre français ». « Je me suis fait gravement chier (comme dirait l’auteur) à la pièce du pétomane Jean Genet », persifle  Le Canard enchaîné.

Les milieux d’extrême droite n’attendaient que cela. Des membres de l’Organisation armée secrète, des élèves de l’école de Saint-Cyr, d’anciens combattants de 1939-1945, d’Indochine et d’Algérie… Une galaxie d’opposants lance l’attaque le soir de la douzième représentation. Ils sifflent, jettent des chaises et des bouteilles depuis les balcons. Un commando envahit l’allée centrale, lance des fumigènes. Bagarre. Un tapissier est légèrement blessé. Jean-Louis Barrault, qui joue La Voix, fait baisser le rideau de scène et prend la parole : « Au nom de la  liberté humaine, je vous demande le calme. » La pièce reprend avec la réplique de Maria Casarès : « Et maintenant, causons un peu. »

Les Paravents, qui ont commencé le 16 avril, sont perturbés jusqu’à la dernière, le 7 mai, avec des lancers d’œufs, de boulons ou de tomates… sans compter les menaces de mort. Les contre-manifestants s’organisent, des militants et des étudiants protègent le spectacle. Parmi eux, Daniel Cohn-Bendit et Patrice Chéreau.

Les échauffourées sont sévères, mais toutes les représentations vont jusqu’au bout, devant des salles combles. Le 5 mai, Le Monde annonce que le député centriste du Morbihan Christian Bonnet demande au Parlement le retrait des subventions au Théâtre de France. Le 27 octobre, alors que la pièce est reprise depuis le 14 septembre et que des associations d’anciens combattants réclament son « retrait immédiat et définitif », la commission des finances de l’Assemblée nationale adopte l’amendement déposé par Christian Bonnet.

André Malraux, alors ministre de la culture sous la présidence de De Gaulle, monte au créneau pour défendre Jean-Louis Barrault et Les Paravents. Devant les députés, il livre le 6 octobre un discours qui fait rêver aujourd’hui : « L’argument invoqué “Cela blesse ma sensibilité, on doit l’interdire” est un argument déraisonnable. L’argument raisonnable est le suivant : “Cette pièce blesse votre sensibilité. N’achetez pas votre place au contrôle. On joue d’autres choses ailleurs.” »Le 6 novembre, Malraux assiste à une partie de la dernière des  Paravents, dont les représentations s’arrêtent plus tôt que prévu, le préfet de Paris déclarant qu’il ne pouvait plus assurer la sécurité.

Il faut attendre dix-sept ans avant que la pièce soit reprise, par Patrice Chéreau, à Nanterre-Amandiers, en 1983. Pourquoi tout ce temps ? Parce que l’éclat de la création des  Paravents reste dans les mémoires, et peut-être aussi, tout simplement, parce que le théâtre de Genet est un joyau noir auquel peu osent se confronter. Pas Chéreau. La guerre d’Algérie est fondatrice de son engagement à gauche. Ce fut son premier combat politique : élève au lycée Louis-le-Grand, il allait à toutes les manifestations. Qu’il présente  Les Paravents l’année même où il arrive à Nanterre, là où les émigrés algériens s’entassaient dans des bidonvilles pendant la guerre d’Algérie, prend son sens.

Roger Blin assiste à la première des  Paravents de Chéreau, qui se donne dans la grande salle, maquillée en un cinéma décrépi. Il y a une alerte à la bombe, la salle est évacuée, puis le spectacle reprend. Deux autres alertes suivront. Aucune ne sera revendiquée. Le temps des commandos d’extrême droite est loin : la police soupçonne « un individu isolé voulant faire le malin », se souvient Philippe Coutant, l’administrateur de l’époque.

Lycéen aux Ulis (Essonne), Arthur Nauzyciel vient voir le spectacle avec sa classe : « On est la génération “Touche pas à mon pote”, le mouvement né après l’élection de François Mitterrand en 1981. On parle alors des banlieues mais pas de travail de mémoire, ni de réparation. A Nanterre, je vois un plateau “colonisé” par des acteurs arabes qui jouent les Arabes, tandis que les comédiens jouant les colons sont dans la salle et les allées. Un choc. Cette inversion modifie mon regard sur la guerre d’Algérie. » Arthur Nauzyciel, 57 ans, dirige aujourd’hui le Théâtre national de Bretagne, à Rennes, et il vient de mettre en scène  Les Paravents. Il a aussitôt pensé à cette pièce quand Stéphane Braunschweig, le directeur de L’Odéon-Théâtre de l’Europe (et non plus Théâtre de France) lui a proposé de faire un spectacle. Nauzyciel trouve magnifique de faire revenir Les Paraventssur leur scène natale. Nécessaire aussi : « On a besoin de fiction pour comprendre le monde, et Genet passe par la fiction. Il réinvente l’Algérie pour mettre au jour les rapports dominants-dominés, et il honore les personnages les plus misérables en leur donnant une langue fabuleuse. »

Histoires familiales

Une génération sépare Nauzyciel de Margaux Eskenazi, Baptiste Amann et Louise Vignaud. Chacun a consacré une pièce à la guerre d’Algérie. Plutôt que de remonter la fiction de Genet, ils préfèrent écrire eux-mêmes et fouiller le réel, relier ce qu’ils vivent aujourd’hui à ce qui s’est passé hier. « Le combat de notre génération est celui de la décolonisation, explique Margaux Eskenazi, et on ne peut pas la comprendre sans passer par la guerre d’Algérie. »Juive algérienne par sa famille maternelle, elle grandit en Seine-Saint-Denis. « Je n’avais à la maison qu’un aspect de l’histoire, celle du paradis perdu. Au lycée, toutes mes amies étaient arabes, subsahariennes ou d’outre-mer, et j’aimais cette France métissée.  Mais c’était comme s’il y avait deux morceaux du puzzle qui ne pouvaient pas s’assembler. »

Etudiante, Margaux Eskenazi découvre Aimé Césaire et Kateb Yacine, une autre histoire de la colonisation que celle qu’on lui racontait. En 2020, dans  Et le cœur fume encore, elle recadre ce que l’on appelait « les événements », en s’appuyant sur des documents, archives et récits. « Pendant les répétitions, on s’est rendu compte que tout le monde avait un lien avec la guerre d’Algérie », constate Margaux Eskenazi. Louise Vignaud aussi. Pieds-noirs, pieds-rouges, militants pour ou contre l’indépendance : des histoires familiales, longtemps tues, sont ressorties. « Dans mon équipe, précise Louise Vignaud, il y en a un dont le grand-père fabriquait des chars, l’autre dont le père était à la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris. »

C’est cette manifestation, suivie d’une nuit au cours de laquelle des dizaines d’Algériens furent tués par la police, que la metteuse en scène fait revivre dans la pièce Nuit d’octobre, écrite avec Myriam Boudenia et créée en 2023. « La guerre d’Algérie s’inscrit dans une histoire de la colonisation qui se traduit par une pensée raciste systémique toujours à l’œuvre. C’est pour cela que l’on s’y intéresse », explique Louise Vignaud.

Baptiste Amann, lui, a été marqué par son enfance dans un quartier populaire d’Avignon, où ses parents étaient travailleurs sociaux. Il a appris la guerre d’Algérie à travers les microrécits de familles d’origine algérienne. « Je voyais comment la colonisation se poursuivait par la ghettoïsation et la stigmatisation. Mes amis étaient tiraillés entre les valeurs enseignées à l’école et celles transmises dans leurs familles. Ils me racontaient comment les questions du Moyen-Orient ou du foulard généraient des débats avec leurs parents, qui en même temps leur demandaient de s’assimiler. »

En 2016, Baptiste Amann a créé le premier volet d’une trilogie, Des territoires – une sœur et deux frères qui voient leur quartier se replier sur des crispations identitaires. En 2023, il a présenté l’intégrale de sa trilogie au Festival d’Avignon, où il n’avait jamais vu de spectacle avant d’aller dans un lycée du centre-ville. « Il y avait deux mondes, comme quand j’étais enfant : ceux qui viennent des quartiers manger une glace, et ceux qui vont au spectacle. Je n’ai jamais idéalisé le théâtre dans sa capacité à changer le monde, mais je me disais : il y a encore du travail. » Ce n’est pas Jean Genet qui le contredirait.

La Croix, no. 43007
France, jeudi 29 août 2024 569 mots, p. 9
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28 août 2024 - La Croix (site web)

La hausse modérée de la taxe foncière masque de fortes disparités

Nicolas Senèze

Les communes semblent avoir limité l’augmentation de la taxe foncière.

De grandes différences demeurent, du fait de fortes disparités sur la valeur locative servant de base

au calcul de la taxe.

Trente-trois millions de propriétaires reçoivent depuis mercredi 28 août leur avis de taxe foncière pour 2024. Celle-ci devrait être en hausse, notamment à cause de la revalorisation, à hauteur de l’inflation (+ 3,9 %), des valeurs locatives servant de base au calcul de la taxe.

Les communes ont toutefois été plutôt sages cette année, après une année 2023 qui avait connu une hausse record de la taxe foncière (+ 9,9 %, portée par la forte revalorisation de 7,1 % des valeurs locatives). Il faut dire que les grands travaux du mandat communal s’achèvent et que les élections municipales de 2026 approchent…

Selon le cabinet Finances et stratégies locales, qui s’est concentré sur les villes, la plupart ont en effet choisi de maintenir inchangé leur taux de taxe. Seulement 19 % des communes de plus de 100 000 habitants l’augmentent en 2024, et 12 % de celles de plus de 40 000 habitants. En moyenne, l’augmentation du taux serait de 1,2 % pour les premières, et de 0,6 % pour les secondes. Mais certaines communes sont allées plus loin : + 15,8 % pour Nice, + 14,1 % pour Saint-Étienne, + 13,2 % pour Annecy…

Lissée sur le temps, l’augmentation de la taxe foncière serait toutefois limitée à 3 points par an, estimait fin mai le député Ensemble pour la République du Gers Jean-René Cazeneuve. Celui qui était alors rapporteur général du budget appelait aussi à prendre aussi en compte la suppression de la taxe d’habitation, mesure emblématique du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, qui a bénéficié aux propriétaires. Selon Jean-René Cazeneuve, les propriétaires occupants ont certes vu leur taxe foncière augmenter de 30,1 % entre 2017 en 2023, mais aussi l’ensemble de leurs impôts locaux baisser de 34,6 % sur la même période (les multipropriétaires ont toutefois connu une hausse de 2,7 %).

Les taux sont pourtant très différents selon les communes. Boulogne-Billancourt (15,9 %) et Paris (20,5 %) ont les plus faibles, tandis que les Grenoblois sont soumis au taux le plus fort (67,08 %), devant les Annéciens (56,42 %). Mais cette forte disparité doit être mise en regard avec celle des valeurs locatives.

En décembre dernier, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), lié à la Cour des comptes, mettait d’ailleurs en garde contre une assiette de la taxe foncière devenue « obsolète », « archaïque », « aberrante ». « Établie en 1970, elle surévalue les constructions de cette époque alors réputées modernes, et sous-évalue les immeubles anciens de centre-ville, maintenant beaucoup plus cotés », relevait alors le premier président de la Cour des comptes Pierre Moscovici.

Résultat, selon le CPO, « les ménages qui possèdent les patrimoines immobiliers les plus élevés résident dans les localités où le taux de taxe foncière est, en comparaison, plus faible ». Il donnait l’exemple flagrant de la région parisienne où la taxe foncière représente 1,5 % du revenu disponible des ménages à Paris, mais souvent 2,5 %, voire 3,5 %, en Seine-Saint-Denis…

Le CPO plaidait donc pour « une réforme majeure » des valeurs locatives, plus en lien avec la valeur vénale des biens immobiliers. Une réforme d’autant plus délicate que l’essentiel de la fiscalité locale repose désormais sur les propriétaires via la taxe foncière.

Libération
jeudi 29 août 2024 1275 mots, p. 1,10,11

FRANCE

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28 août 2024 - Libération (site web)

«Macron ne cherche pas à assurer la stabilité du pays, mais la sienne»

CHARLOTTE BELAÏCH ; SACHA NELKEN

FRANCE

PAGES 10-11 Olivier Faure «Les socialistes ne seront pas les supplétifs du macronisme» Le premier secrétaire du PS défend la position du NFP, qui rejette tout dialogue avec l'Elysée depuis le refus de nommer Lucie Castets à Matignon. Les universités d'été socialistes, ouvertes ce jeudi, pourraient être la scène d'une fronde interne.

est reparti pour un tour.

C' Alors que le Parti socialiste lance ce jeudi 29 août ses universités d'été à Blois, revoilà la maison rose en proie aux divisions. Depuis le refus d'Emmanuel Macron de nommer Lucie Castets à Matignon, l'opposition interne à Olivier Faure appelle à poursuivre les discussions avec le chef de l'Etat. Une position à rebours de celle du premier secrétaire, qui rejette une reprise des échanges avec l'Elysée. Considérant que les querelles internes du PS ne sont pas à la hauteur de la crise politique, le député de Seine-et-Marne martèle à Libé que son parti ne se compromettra pas avec le macronisme. Tout gou - vernement bâti sur un principe de continuité de la politique mise en place ces sept dernières années sera censuré, prévient-il également. Deux jours après la décision de Macron d'évacuer l'hypothèse Castets à Matignon, refusezvous toujours de revenir à la table des négociations ? Nous refusons de participer aux consultations dont le seul objectif est de fracturer le NFP. Le Président cherche à bâtir une majorité qui repose sur les groupes battus lors des élections législatives. Les socialistes ne seront pas les supplétifs du macronisme. L'hypothèse d'un gouvernement qui ne reviendrait pas sur la réforme des retraites, de l'assurance chômage, qui ne lutterait pas contre les inégalités salariales, qui ne prendrait pas à bras-le-corps le réchauffement climatique, n'est pas envisageable. Nous avons été élus pour redonner des raisons d'espérer à tous ceux qui ont souffert ces sept dernières années de la politique menée.

Mais pour infléchir la ligne, ne faut-il pas justement négocier ? Il n'y a pas eu de négociation. Il n'y a qu'une entourloupe d'un Président qui cherche à imposer un nom derrière lequel nous serions sommés de nous aligner. Sur quelle base ? Personne ne le sait. Emmanuel Macron ne cherche pas à assurer la stabilité du pays mais la sienne. Son rôle constitutionnel n'est pas de choisir les coalitions. Il se limite à appeler la force arrivée en tête. Charge à elle de négocier ensuite une majorité élargie ou des majorités texte par texte.

Certains dans votre famille politique demandent la reprise des discussions. Que répondez-vous ? Après notre bureau national et la réunion de groupe de nos députés, nous sommes dans une convergence de vues sur le fait que nous censurerons tout gouvernement qui assurerait la prolongation du macronisme.

C'est une formulation qui reste floue. Que veut dire concrètement «un gouvernement qui serait dans la prolongation du macronisme» ? Un gouvernement qui ne reviendrait pas sur les injustices nées des sept années passées. La social-démocratie, modèle nordique, c'est surtout un lien entre les partis de gauche, les organisations syndicales et la société pour obtenir des avancées sociales et démocratiques. C'est la création d'un rapport de force à partir duquel peuvent se nouer les compromis. La social-démocratie n'a pas pour vocation de servir de béquille au macronisme. Cela veut dire qu'un gouvernement dirigé par Bernard Cazeneuve serait censuré par le PS ? Ce n'est pas une question de personne. On peut avoir de l'estime pour un ancien Premier ministre et un ancien compagnon de route, mais ce n'est pas le sujet. La question, c'est avec quel soutien et pour quoi faire ? A l'évidence aujourd'hui, n'importe quel Premier ministre, quelles que soient son histoire ou ses convictions, sera à la fois l'otage du chef de l'Etat et des groupes de droite qui le soutiennent. Il n'aura aucune autonomie. On a bien compris qu'Emmanuel Macron souhaitait un «parfum de cohabitation». Mais un parfum, ce n'est pas la cohabitation. Contrairement aux insoumis, vous avez décidé de ne pas appeler à la manifestation du 7 septembre, pourquoi ? Je comprends que des gens souhaitent exprimer leur colère, leur déception, leur incompréhension, leur exaspération face à un pouvoir qui n'entend rien ni personne. Nous participerons en fin de mois aux manifestations organisées par les syndicats. En attendant nous mènerons le débat à l'échelle parlementaire. Dans ce cadre-là, nous aurons l'occasion de censurer le probable gouvernement macroniste et ensuite nous reviendrons à la table des discussions.

Manuel Bompard a annoncé le dépôt d'une procédure de destitution. Vous ne souscrivez toujours pas à la démarche ? Non. D'abord parce qu'elle remet le chef de l'Etat au centre et lui permet de se victimiser. Ensuite, parce qu'au lieu d'affaiblir le Président, le résultat sera de le renforcer puisqu'il faut deux tiers des voix à l'Assemblée et au Sénat pour aboutir, ce qui est évidemment inatteignable. Je ne vois pas l'intérêt, sinon celui d'un coup de communication sans lendemain.

Avez-vous le sentiment qu'Emmanuel Macron tente de diviser le PS ? Il vit dans l'illusion de fracturer le PS et la gauche. C'est assez vexant qu'il puisse imaginer qu'un socialiste puisse tomber dans un piège aussi grossier. Si le NFP se divise, la majorité relative passe à droite. Si nous voulons, nous socialistes, redevenir le pivot de la gauche – ce que je souhaite – notre devoir est de maintenir l'unité de la gauche, aussi imparfaite soit elle.

La maire de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, une de vos opposantes en interne, parle d'un PS «au bord de la rupture». Vous avez la même analyse ? Au bureau national personne n'a parlé de rupture. Tous les socialistes soutiennent le NFP et considèrent que nous ne pouvons pas devenir les supplétifs de la macronie. La mise en scène de vos divisions ne renforce-t-elle pas Emmanuel Macron ? Malheureusement. Comment peut-on être aussi loin de l'intérêt général ? Comment peut-on donner la priorité à un débat entre courants du PS ? Vous croyez vraiment qu'il y a des gens qui se demandent qui dirigera le PS dans un an ? Non, la question que les gens se posent, c'est «qui va diriger la France ?». Je me lasse, comme les militants, de ces jeux qui affaiblissent le Parti socialiste et donnent un angle d'attaque à toutes celles et ceux qui rêvent de notre disparition. Comme Raphaël Glucksmann, est-ce que vous appelez à tour- ner la page Mélenchon ? A négo- cier des compromis ? L'ensemble du NFP est prêt à des compromis. Il n'y a que Mélenchon qui à 20 h 03 le 7 juillet – peutêtre dans l'euphorie du résultat – a expliqué que ce serait «tout le programme, rien que le programme». Avec une majorité relative, c'est forcément impossible. Sauf à expliquer que l'objectif est de se faire battre au bout d'une demi-heure et de repartir sans rien avoir obtenu.

Les universités d'été du PS s'ou- vrent ce jeudi. Quel message allez-vous porter ? Celui que nous avons porté tous ensemble pendant les élections législatives. Le Parti socialiste a été unanime pour soutenir le programme du NFP et l'ensemble de ses candidats. C'est grâce au NFP que nous avons conjuré la menace de l'extrême droite. Le front républicain constitué entre les deux tours de l'élection législative a certes montré qu'une fois encore, dans un réflexe magnifique, les Français ne se résolvaient pas à voir gouverner l'extrême droite. Mais ne confondons pas sursis et sursaut. Répit et repos. J'ai parfois le sentiment que depuis le 7 juillet, les comportements dénotent une forme de relâchement. Le soulagement a laissé place au détachement. Comme si la menace avait disparu et qu'il était possible de reprendre nos mauvaises habitudes. Plus que jamais nous devons faire la démonstration de notre capacité à changer la vie. Je suis déterminé à offrir aux Français ce visage des socialistes.

Le Figaro, no. 24887
Le Figaro, jeudi 29 août 2024 810 mots, p. 4

Société

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28 août 2024 - Le Figaro (site web)

Derrière la colère de la veuve du gendarme tué à Mougins, un appel au sursaut

Trois rassemblements ont eu lieu ce mercredi, après la mort tragique du militaire, percuté à la suite d'un refus d'obtempérer.

Hélin, Lucas

Bouleversée, la veuve du gendarme tué après un refus d'obtempérer a pris la parole, mercredi, à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes), pour un hommage poignant. Ses mots ont traduit un immense désarroi et une colère profonde. Devant les frères d'armes d'Éric Comyn, 54 ans, brutalement décédé lundi soir, son épouse, Harmonie Comyn, a accusé la France d'avoir tué son mari. Elle l'a répété plusieurs fois, lentement, avec froideur. Inconsolable. «Je l'affirme haut et fort, la France a tué mon mari par son insuffisance, son laxisme et son excès de tolérance», a-t-elle martelé.

Derrière ces propos, qui ont rapidement saisi l'ensemble du pays et sa classe politique, des faits tragiques survenus lundi soir, vers 21 heures, lors d'un banal contrôle routier sur la commune de Mougins, au niveau d'une bretelle vers l'autoroute A8. L'adjudant qui officiait dans la brigade motorisée de Mandelieu depuis 2007 a été violemment percuté par un chauffard. En fuite avec sa berline noire, le suspect a fini par être interpellé à 4 heures du matin. C'est son profil, troublant, qui a provoqué la colère froide de l'épouse du gendarme, deux jours après ce drame. «Comment et pourquoi cet homme multirécidiviste peut-il évoluer en toute liberté?» , s'est emportée Harmonie Comyn.

Âgé de 39 ans, ce Cap-Verdien, en situation régulière sur le territoire français, était «défavorablement connu des services de police et de justice», a indiqué le parquet de Grasse, qui l'a mis en examen mercredi soir pour « meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique » et « refus d'obtempérer ». Son casier judiciaire fait état de dix condamnations, «principalement pour des atteintes aux personnes et des infractions à la circulation routière», a ajouté le procureur de la République. Ce soir-là, l'homme, qualifié de «criminel» par Emmanuel Macron sur X, était alcoolisé au volant de sa BMW Série 5.

« Pris de panique »

Alors que le parquet a requis son placement en détention provisoire mardi après-midi, certaines de ses déclarations interrogent. Au cours de sa garde à vue prolongée, le chauffard déclare avoir percuté «involontairement» le gendarme et que, «pris de panique» , il avait quitté les lieux. «Il affirme n'avoir pas vu le gendarme sur la chaussée», a fait savoir le parquet grassois.

Dans la suite de son discours, l'épouse meurtrie a été jusqu'à remettre en cause l'abolition de la peine de mort. « 1981 n'aurait jamais dû exister», a-t-elle répété à deux reprises. Avec une triste ironie, elle a alors évoqué «des procédures (judiciaires) tellement bien faites» , et la suite d'une histoire qu'elle pense déjà écrite : «déferrement immédiat dans l'attente d'être jugé, trois repas chauds, aides sociales», a-t-elle énuméré en comparant cette situation à celles des retraités qui, eux, «doivent potentiellement retravailler pour avoir trois repas par jour».

Elle a appelé le pouvoir politique à «réellement ouvrir les yeux». «Nous, on a pris perpétuité», a-t-elle conclu en pensant à ses deux enfants de 12 et 16 ans, orphelins d'un père «attentionné, juste et aimant»et qui devait bientôt prendre sa retraite après trente ans de service. Son émotion et sa colère ont fait basculer cet instant en un appel au sursaut national. «Cette colère ne passera pas, a réagi Sébastien Leroy, le maire Les Républicains de Mandelieu. Il ne suffira pas de beaux discours, de belles promesses sans lendemain, de phrases toutes faites qu'on entend à chaque fois. Cette fois, il faut des actes», a-t-il lancé. La veille, sur l'antenne locale de BFMTV, l'élu avait appelé à «une sanction automatique» pour des refus d'obtempérer et à «revoir la doctrine de légitime défense et d'autorisation de tir».

Présent lors de ce rassemblement, le député niçois Éric Ciotti a vu dans ce témoignage «le point de départ de ceux qui attendent autre chose». «Il faut que ceux qui nous dirigent entendent, écoutent pour enfin sortir de l'immobilisme», a ajouté le président du groupe À droite, qui a proposé avec une nouvelle loi afin de durcir les peines pour les refus d'obtempérer.

En fin de journée, mercredi, un dernier rassemblement a réuni environ 500 personnes devant l'hôtel de ville de Cannes. Le maire, David Lisnard, a déclaré : «Nous n'acceptons plus les ressorts du laxisme qui mènent à ces décès infondés», a-t-il assumé. Un peu plus tôt, Jordan Bardella et Laurent Wauquiez avaient aussi réagi . «L'État doit relever la tête et assumer son rôle: protéger et défendre les Français» ,avait écrit le second sur X. «Je demande à ce que mes propos ne soient pas utilisés à des fins politiques» , avait prévenu Harmonie Comyn avant son discours. Au vu du contexte et de la force de son témoignage, elle n'a pu y échapper. L. H.

Le Figaro, no. 24887
Le Figaro, jeudi 29 août 2024 898 mots, p. 4
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28 août 2024 - Le Figaro (site web)

Le PS fait sa rentrée, miné par les divisions straté giques face à Macron et à LFI

Fort de ses 62 députés, le Parti socialiste est redevenu une force centrale à gauche. L'occasion pour certains cadres de rompre définitivement avec la gauche radicale incarnée par Jean-Luc Mélenchon.

Flurin, Richard

Même lieu, même date, même casting ou presque, mais d'évidence pas les mêmes enjeux. Les universités d'été 2024 du Parti socialiste s'ouvrent ce jeudi à Blois dans un contexte politique électrique. Il y a bien sûr l'interminable attente d'un premier ministre de plein exercice après des élections législatives anticipées à l'issue totalement inattendue, puisque la gauche, unie alors que rien ne le laissait présager, est arrivée en tête. Le jeu de « qui est-ce ? » se poursuit donc, le président de la République ayant décidé en début de semaine de couper court à la candidature de Lucie Castets, portée par le Nouveau Front populaire. Mais il y a aussi, pour les socialistes, des divisions internes de plus en plus saillantes sur la meilleure attitude à adopter dans le bazar ambiant.

Un bureau national du parti a donné le ton en début de semaine. Les opposants internes au premier secrétaire, Olivier Faure, ont fait savoir leur mécontentement, alors qu'ils s'étaient alignés sur ses positions comme rarement ils l'avaient fait à la mi-juillet. À la défense jusqu'au-boutiste de l'union des gauches promue par la direction, qui l'oblige à la rupture de communication avec les macronistes, d'autres voix font valoir le devoir de responsabilité d'un parti de gouvernement comme le PS. «Nous devons participer aux discussions(avec le président de la République, NDLR) au plus vite», plaide dans nos pages le premier secrétaire délégué, Nicolas Mayer-Rossignol, et opposant interne à Olivier Faure, en parfait accord avec Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin, qui dirige un autre courant d'opposition au PS.

La direction du parti, en bonne intelligence avec les députés socialistes, a fini par statuer par consensus sur une position mardi soir : censurer tout gouvernement qui « prolongerait » la politique d'Emmanuel Macron. Un bougé significatif par rapport au communiqué commun du NFP publié la veille, dans lequel les quatre partis de gauche expliquent qu'ils ne participeront à aucune discussion qui ne consiste pas à porter leur candidate unique à Matignon. Il faut dire que, à l'exception notable d'Olivier Faure, qui reste très attaché à la coalition des gauches, de plus en plus de cadres du PS s'accordent sur une ligne « ni Macron ni Mélenchon » , déjà plébiscitée lors de la campagne des européennes.

Le revenant François Hollande, désormais député de Corrèze en plus de son statut d'ancien président, a défendu cette position dans une interview au Pointmercredi. «Quand les socialistes cèdent leur leadership, doutent d'eux-mêmes, baissent la tête ou se font des procès en trahison, ils ouvrent un espace à la radicalité qui enlève à la gauche toute chance d'accéder au pouvoir», analyse-t-il, en gratifiant au passage Jean-Luc Mélenchon du statut de «fardeau».

Emmanuel Macron aussi en prend pour son grade. Je ne crois pas à l'alliance avec le centre. Il n'existe pas et, quand il existe, c'est la droite , fusille François Hollande. Il plaide donc pour un PS débarrassé du double joug mélenchoniste et macroniste. Raphaël Glucksmann ne disait pas autre chose, une semaine plus tôt, dans un entretien au même hebdomadaire : Il faut tourner la page Macron et Mélenchon.»

Ces deux voix ne manqueront pas de se faire entendre lors des universités d'été, où ils ont été l'un et l'autre conviés, malgré des relations fraîches, sinon glaciales, avec Olivier Faure. La fronde engagée par ses opposants se poursuivra. Une réunion est déjà programmée vendredi matin à Blois avec tout ce que le PS compte d'antimélenchonistes : Hélène Geoffroy, Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol ou encore Karim Bouamrane. Le but ? «Imaginer la réponse que le parti doit apporter à la crise politique», signale-t-on dans leur entourage. Avec l'envie de voir bientôt advenir une «convention» pour modifier le logiciel idéologique du parti, rompre définitivement avec la gauche mélenchoniste, avant l'organisation prochaine d'un congrès. La direction du parti serait alors soumise au vote et pourrait changer.

La position des 62 députés socialistes sera particulièrement scrutée à Blois. Ce sont eux, au bout du compte, qui décideront du sort réservé au futur premier ministre nommé par Emmanuel Macron. Or la menace d'une nouvelle dissolution dans un an, au vu de la configuration ingouvernable de l'Assemblée nationale, ne les encourage pas à rompre avec le reste de la gauche. Les règles des législatives étant ce qu'elles sont, se voir opposer un autre candidat de gauche, en particulier dans certains territoires, conduit assurément ou presque à perdre son siège. «C'est la seule chose qui préoccupe Olivier Faure(élu dans une circonscription plutôt favorable à LFI, NDLR) et l'unique raison pour laquelle il refuse de rompre avec Mélenchon», veut croire un cadre qui ne porte pas le premier secrétaire dans son coeur.

Au-delà des ambitions personnelles, le Parti socialiste se trouve à un carrefour de son histoire. Une décennie de décrépitude a laissé place ces derniers mois à une reviviscence surprenante, mais salutaire pour la gauche de gouvernement. Un bon score aux européennes, puis un contingent de députés considérablement accru à la faveur des législatives, redonne le goût des convoitises au seul parti de gauche à avoir conquis l'Élysée sous la Ve République. À condition, comme dit un haut gradé du parti à la rose, de «ne pas tout gâcher». R.F.

Le Monde
International, mercredi 28 août 2024 1472 mots, p. 3
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27 août 2024 - Le Monde (site web)

La montée des extrêmes dans l’est de l’Allemagne

La Thuringe s’attend à une percée électorale de l’extrême droite et de la gauche populiste, dimanche

Thomas Wieder

Altenbourg et Erfurt (Thuringe, Allemagne) - envoyé spécial - Avec seulement 2,1 millions d’habitants, soit 2,5 % de la population du pays, la Thuringe est l’un des Länder les moins peuplés d’Allemagne. Les élections qui s’y dérouleront, dimanche 1er septembre, n’en sont pas moins attendues avec fébrilité. D’abord, parce que le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), dirigé par l’ultraradical Björn Höcke, a de bonnes chances d’arriver en tête, les derniers sondages le créditant de 30 % des voix, soit 7 points de plus qu’aux élections régionales de 2019. Ensuite, parce qu’une toute nouvelle formation, l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), fondée il y a seulement sept mois, frôle les 20 % d’intentions de vote. Une percée qui, si elle se confirme, risque d’avoir des répercussions bien au-delà des frontières de cette petite région de l’ex-République démocratique allemande (RDA).

Situer politiquement le BSW n’est pas une mince affaire. Sur les questions économiques et sociales, il ne se distingue guère de Die Linke (« la gauche »), ce qui n’est pas étonnant dans la mesure où Sahra Wagenknecht fut pendant des années l’une des figures les plus influentes de ce parti dont elle animait l’aile la plus orthodoxe, la Plate-forme communiste, fidèle à l’héritage de Karl Marx.

En matière sociétale, en revanche, le BSW assume un positionnement plus conservateur, Sahra Wagenknecht ayant elle-même quitté Die Linke, fin 2023, parce qu’elle estimait que son parti était devenu le porte-voix d’une « gauche lifestyle, engagée pour la diversité et l’ouverture des frontières, et contre le racisme et le changement climatique ». Des causes certes « honorables » mais qui, selon elle, « intéressent principalement les milieux éduqués des grandes villes », au risque de « créer du ressentiment chez les gens moins privilégiés, qui ont l’impression qu’on ne leur parle pas des vrais problèmes du quotidien ».

Dans la rurale Thuringe, couverte de vastes forêts et dépourvue de grandes métropoles, ce discours est porteur. Née elle-même à Iéna, la capitale économique de la région, Mme Wagenknecht en a fait l’un des axes forts de sa campagne. Et, manifestement, cela plaît, à en juger par les applaudissements qu’elle déclenche quand elle ironise sur « les gens branchés des grandes villes qui boivent du lait d’avoine et du macchiato, font leurs courses dans des magasins bio et roulent en vélo-cargo », comme lors du meeting qu’elle a tenu sur la place d’Altenbourg, le 20 août, devant près de 400 personnes. Etait également présent son mari, Oskar Lafontaine, ancien président du Parti social-démocrate (SPD, 1995-1999), éphémère ministre des finances de Gerhard Schröder (1998-1999) et cofondateur, en 2007, de Die Linke, dont il a lui aussi fini par claquer la porte.

Située aux confins de la Thuringe et de la Saxe, un Land où se tiendront aussi des élections régionales, dimanche, avec, là encore, une flambée attendue de l’AfD et un probable score à deux chiffres pour le BSW, Altenbourg fait partie de ces petites villes périphériques, mal desservies par les transports publics et en déclin démographique. Le parti de Sahra Wagenknecht espère y tailler des croupières à l’extrême droite, qui a totalisé, à elle seule, 40 % des voix au scrutin communal du 26 mai.

Y parviendra-t-il ? Rien n’est moins sûr. Aux élections européennes du 9 juin, où le BSW a recueilli 6,2 % des voix à l’échelle nationale et obtenu son meilleur score en Thuringe (15 %), les analyses postélectorales ont révélé qu’il a attiré très majoritairement d’anciens électeurs du SPD et de Die Linke, et un peu mordu sur l’électorat de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et du Parti libéral-démocrate (FDP), mais beaucoup moins sur celui de l’AfD.

Venu écouter Sahra Wagenknecht sur la place d’Altenbourg, Toni Hollstein reconnaît qu’il y a encore un ou deux ans, il n’aurait « jamais imaginé »voter pour l’ancienne dirigeante de Die Linke. Le 1er septembre, il le fera sans hésiter, lui qui affirme pourtant avoir été « depuis toujours » un électeur de la CDU.

« Parce que je suis profondément pacifiste et que je ne peux plus voter pour un parti qui veut augmenter les dépenses militaires et livrer toujours plus d’armes à l’Ukraine », explique cet agent de maintenance chez un équipementier automobile. « Wagenknecht a raison de dire qu’il faut aboutir à une paix au plus vite et que nous devons utiliser notre argent pour nos écoles, nos hôpitaux et nos retraites plutôt que financer une guerre sur le sol européen. Et puis, c’est une femme qui a de l’allure et de l’autorité », ajoute le quinquagénaire.

« Ligne prorusse »

Favorable à une levée des sanctions contre Moscou et à une reprise des importations de gaz russe, opposée à l’installation de missiles américains à longue portée sur le territoire allemand, annoncée par les Etats-Unis au dernier sommet de l’OTAN, Mme Wagenknecht a prévenu : « Nous ne participerons qu’à des gouvernements régionaux qui prendront clairement position pour la diplomatie et contre la guerre », a-t-elle assuré, fin juillet. En posant ainsi ses conditions, celle qui n’est pas candidate elle-même – elle est députée au Bundestag – met sous pression la CDU, qui, en Thuringe comme en Saxe, pourrait avoir besoin de faire alliance avec le BSW si elle veut diriger les prochains exécutifs régionaux.

Aux yeux de ses détracteurs, qui se plaisent à rappeler qu’elle avait pris sa carte au Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED), le parti au pouvoir en RDA, peu avant la chute du mur de Berlin, les prises de position de Sahra Wagenknecht sur la guerre en Ukraine sont la preuve qu’elle n’est pas une vraie démocrate. « Ce qui la fascine chez Poutine, c’est le modèle de l’Etat autoritaire qu’il défend. Pour moi, il est clair qu’elle rêve de devenir une Vladimira Poutinova », a ainsi déclaré l’historien Ilko-Sascha Kowalczuk, le 21 août, sur la chaîne ZDF.

Deux semaines plus tôt, d’anciens dissidents est-allemands avaient publié une lettre ouverte accusant le BSW de « propager la désinformation produite par le Kremlin, comme au temps de la RDA » et demandant aux autres partis d’exclure toute alliance avec cette formation « adepte d’un socialisme national »et « sur la même ligne prorusse » que l’AfD.

Demande de justice sociale

Ces critiques indignent les partisans de Sahra Wagenknecht. « Dire que le BSW soutient Poutine, ça, c’est de la désinformation, alors que notre programme dit que “nous condamnons l’agression de la Russie contre l’Ukraine, qui est contraire au droit international” », s’agace Steffen Quasebarth. Après trois décennies passées à présenter le journal du soir sur la chaîne publique régionale MDR, ce quinquagénaire a décidé, en mai, de rejoindre le BSW, qui l’a investi en troisième position sur sa liste en Thuringe, ce qui lui garantit d’être élu député régional. Résolument « de gauche », il reproche à des partis comme les Verts ou Die Linke d’avoir « délaissé les questions sociales » et de « ne pas avoir le courage d’aborder avec franchise certains sujets compliqués »,comme l’immigration.

Quand Mme Wagenknecht a fondé son nouveau parti, en janvier, ses détracteurs n’ont pas manqué de rappeler qu’en 2018, déjà, cette invitée régulière des talk-shows télévisés, où son verbe mordant fait merveille, avait promis de rebattre les cartes du paysage politique en lançant un mouvement baptisé « Aufstehen » (« debout »), dont l’existence a duré à peine quelques mois.

Six ans plus tard, le BSW semble en mesure de s’enraciner plus durablement. Mieux structuré, il répond également à une demande de justice sociale qui ne s’exprimait pas avec la même intensité il y a six ans, dans une Allemagne qui n’avait pas encore été éprouvée par le Covid-19, ni subi les conséquences économiques de la guerre en Ukraine.

Qu’un tel parti séduise principalement à l’Est n’est pas surprenant. « Après la réunification, les habitants de l’ex-RDA ont connu des années douloureuses, avec un chômage élevé et le sentiment collectif d’être abandonnés. Cela en a conduit beaucoup à se tourner vers la droite, voire l’extrême droite, alors qu’au fond, ils aspirent à un modèle social qui correspond aux idées traditionnelles de la gauche. C’est ce vide que le BSW veut combler » , résume M. Quasebarth, convaincu que l’aventure de ce nouvel objet politique difficilement identifiable ne s’arrêtera pas à la Thuringe et à la Saxe. A treize mois des législatives, le BSW est déjà crédité de 8 % à 9 % des voix, devant Die Linke et le FDP, menacés de ne pas atteindre les 5 % nécessaires pour entrer au Bundestag, et seulement 3 points derrière les Verts.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, mercredi 28 août 2024 752 mots, p. AUJM5
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27 août 2024 - Le Parisien (site web)
28 août 2024 - Le Parisien

Lucie Castets, après la lumière

L'énarque de 37 ans propulsée en juillet candidate du NFP à Matignon ne sera pas nommée Première ministre, a décidé lundi le président de la République. Mais elle voudrait bien jouer les prolongations.

Julien Duffé et Marcelo Wesfreid

« Je lui ai dit : Attention, prépare-toi à la descente. C'est comme les champis ! » l'a mis en garde un de ses amis il y a quelques jours. L'intense campagne estivale de Lucie Castets, choisie le 23 juillet comme candidate à Matignon par le Nouveau Front populaire (NFP), s'est achevée lundi soir sur un niet présidentiel. L'énarque de 37 ans, cofondatrice du collectif Nos services publics et complète inconnue avant sa désignation, n'a pourtant pas ménagé sa peine un mois durant pour convaincre, multipliant déplacements, interviews, courriers aux parlementaires et aux Français, et faisant une croix sur ses vacances... Jusqu'au grand oral présidentiel de vendredi où elle a été en première ligne pendant une heure trente. « Elle avait bien préparé les choses et était claire dans ses intentions, elle était loyale et courtoise », reconnaît-on dans l'entourage du président.

À gauche, son destin ne cesse d'interpeller

« La marche était haute, on ne va pas se le cacher, mais elle l'a gravie sans problème, salue l'eurodéputée LFI Manon Aubry. Toute son énergie était concentrée à obtenir sa nomination. » Un député dont elle est proche reconnaît avoir été impressionné par sa « grande assurance : « Quand elle dit Voilà mon gouvernement, elle le pense vraiment. » À gauche, son destin ne cesse d'interpeller. « C'est quand même fascinant ce qui lui est arrivé : se réveiller en étant anonyme et de s'endormir comme candidate à Matignon », souffle un cadre PS.

Mardi matin, invitée de la matinale de France Inter, Lucie Castets affichait son éternel sourire malgré la déception, elle qui avait fini par y croire. Douze heures plus tôt, le chef de l'État estimait qu'un gouvernement du NFP serait « immédiatement censuré » par l'Assemblée nationale où la coalition de gauche ne dispose que d'une majorité ultrarelative de 193 députés. « Elle est incroyablement intelligente, elle savait bien que le président n'allait pas la nommer, veut croire un élu dont elle est proche. C'est une brute de connaissance de l'État, très engagée à gauche, pas du tout une marionnette. » Quitte à plonger durablement dans le bain politique ? Samedi, face aux militants Insoumis réunis à Valence (Drôme), elle a promis qu'elle ne les lâcherait pas. « Elle ne m'a pas donné le sentiment d'être au bout du rouleau, confie le député PS Laurent Baumel. Elle a été reboostée par les universités d'été de gauche où elle a reçu un accueil incroyable. C'est finalement la première incarnation à un haut niveau de l'union de la gauche : en gros, une socialo écolo en phase avec les Insoumis. »

Sa situation « va se décanter » à la mairie

Au NFP, on estime d'ailleurs qu'elle a encore un rôle à jouer, notamment en cas de censure du Premier ministre finalement choisi par Emmanuel Macron. « Il peut y avoir un deuxième épisode Lucie Castets », prévient Baumel. « Elle peut s'installer dans la durée comme potentiel recours », abonde un autre député PS. « L'aventure doit se poursuivre, car Lucie Castets agit comme un tiers de confiance, à équidistance entre les quatre formations politiques du Nouveau Front populaire, estime Manon Aubry. L'option Castets restera sur la table jusqu'à ce qu'elle devienne réalité. » Au Parti socialiste, les opposants à Olivier Faure veulent, au contraire tourner la page, comme l'a fait valoir ce mardi en bureau national Hélène Geoffroy, maire PS de Vaulx-en-Velin (Rhône), très anti-NFP. « Lucie Castets est pieds et poings liés et dans une position jusqu'au-boutiste qui ne permet pas de créer les conditions d'un nouveau gouvernement », tacle un socialiste.

Plus prosaïquement, l'avenir immédiat de Lucie Castets se décidera... à la mairie de Paris, où elle est directrice des Finances et des Achats depuis octobre dernier. Ses vacances studieuses s'achèvent officiellement le 31 août. « Elle va devoir faire un choix : soit elle retourne à la cantoche, soit elle se met en disponibilité », résume un proche. Sa patronne, la maire de Paris, aura peut-être aussi son mot à dire. « Ce doit être dur pour Anne Hidalgo de voir sa directrice financière à la télévision tous les jours, elle peut la virer dans la seconde », poursuit son ami. À l'Hôtel de Ville, une source glisse que la situation professionnelle de Castets « va se décanter » dans les prochains jours mais qu'évidemment l'intéressée en aura « la primeur ».

Libération
mercredi 28 août 2024 1216 mots, p. 2,4

autre

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27 août 2024 - Libération (site web)

COUP DE FORCE DE MACRON Pour la gauche, c'est l'hallu finale

CHARLOTTE BELAÏCH ; SACHA NELKEN

autre

E mmanuel Macron voulait diviser la gauche, il l'a peut-être ressoudée. Avant les européennes, les grandes manoeuvres étaient lancées pour s'émanciper de l'hégémonie insoumise. Socialistes, écologistes et communistes jugeaient dans leur grande majorité la stratégie de Jean-Luc Mélenchon vouée à l'échec, à force d'outrances verbales et de brutalité stratégique. Mais la dissolution a tout bouleversé. Le Président, qui croyait profiter des divisions de la gauche, l'a vue se recomposer sous la forme du Nouveau Front populaire (NFP). Et sa décision, lundi, d'exclure l'hypothèse d'un gouvernement NFP a, à court terme au moins, encore renforcé l'alliance.

Certes, chacun garde sa singularité, qui agace parfois les autres. Elle s'exprime notamment dans le type de réplique envisagé vis-à-vis du chef de l'Etat. Malgré les critiques de leurs partenaires, les insoumis ont immédiatement relancé leur campagne visant à soumettre au Parlement une motion de destitution du chef de l'Etat. C'est le seul moyen, à leurs yeux, de sanctionner Emmanuel Macron après «son coup de force antidémocratique». Durant leurs universités de rentrée à Valence, le week-end dernier, les méÉVÉNEMENT lenchonistes ont martelé qu'un tel processus n'était pas «mort dans l'oeuf», contrairement à l'analyse dominante. Ils n'ont cessé d'affirmer que les écologistes, socialistes et communistes avaient mis en doute la forme davantage que le fond. «Si vous êtes vraiment des opposants, vous ne pouvez pas accepter un tel coup de force» de la part de Macron, insistait jeudi dernier le député des Bouches-du-Rhône Manuel Bompard, histoire de mettre la pression sur les autres groupes politiques.

«Macron ne comprend pas la gauche» A ce stade, l'idée ne convainc toujours pas les partenaires PS et écolos, à l'exception de Sandrine Rousseau, la seule hors Suite page 4 Suite de la page 3 LFI à s'être déclarée en sa faveur. «Etre pour la destitution, c'est être pour la présidentielle anticipée, relève le député socialiste Laurent Baumel. C'est balayer sans avoir essayé la situation inédite de parlementarisme dans laquelle on se trouve.» Les insoumis en appellent aussi, désormais, à la rue. «La réplique populaire et politique doit être rapide et ferme», a écrit Jean-Luc Mélenchon sur X. Ses troupes appellent à «une grande manifestation contre le coup de force» et «l'autocratie» d'Emmanuel Macron le 7 septembre, lancée notamment par l'Union étudiante, syndicat étudiant proche du mouvement. Les cadres de LFI estiment par ailleurs qu'une forte mobilisation populaire contribuera à rendre acceptable la destitution aux parlementaires réfractaires et hésitants. Comme eux, le secrétaire national du PCF Fabien Roussel appelle les Français «à se mobiliser partout là où ils sont, dans les centres-villes, devant les préfectures». Socialistes et écolos, eux, se cantonnent pour l'instant à dénoncer la décision du Président et à répéter que Lucie Castets doit être nommée. Les roses n'appellent pas non plus «à aller dans la rue». «Je ne pense pas que ce soit la bonne réponse, a expliqué le député Arthur Delaporte sur BFM. La bonne réponse est entre les mains des parlementaires, c'est la censure.» «S'il y a des mobilisations populaires, on y sera», abonde la présidente du groupe écolo à l'Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain. Tous, cependant, ont condamné le veto présidentiel, qualifié de «déni de démocratie». Tous aussi ont refusé de poursuivre les discussions proposées par le chef de l'Etat aux forces politiques. «Les socialistes ne seront pas les supplétifs d'une macronie finissante et censureront toute tentative de prolongation du macronisme», à prévenu Olivier Faure, le patron socialiste. Alors que Macron avait misé gros, y compris dans sa décision de dissoudre l'Assemblée, sur un divorce entre tout ou partie du PS et la gauche radicale. La formulation choisie par les roses reste cependant floue. Où s'arrête «la prolongation du macronisme» ? Que feraient-ils en cas de nomination d'une personnalité proche idéologiquement de la social-démocratie ? Les élus PS ne se bousculent pas pour répondre à ces questions et préfèrent affirmer que «ce n'est pas le scénario le plus crédible». «Macron ne comprend pas la gauche, analyse un élu local qui a l'habitude d'échanger avec lui. Il ne sait pas comment la faire péter. Pour cela, il aurait fallu qu'il nomme Lucie Castets. Le gouvernement serait tombé à un moment ou à un autre, et c'est là que le NFP se serait divisé.» Le Président espère toutefois encore attirer une partie de la social-démocratie, critique de l'alliance avec LFI et sensible à la notion de compromis. Le plan, qui nourrit entre autres l'hypothèse d'une désignation de l'ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve, pourrait fracturer le NFP ainsi que le PS, tout en donnant l'impression d'avoir en- tendu le choix des électeurs, qui ont placé la coalition de gauche en tête du scrutin. «Tactiquement, le coup de génie est là», admet un socialiste. Contacté par Libération, Cazeneuve, qui a quitté le PS en 2022 après l'alliance avec LFI au sein de la Nupes, assure cependant ne pas avoir de contact avec l'Elysée «pour l'heure». «Je ne souhaite pas alimenter la chronique qui prévaut depuis plusieurs semaines bien malgré moi», explique-t-il.

Beaucoup pensent que l'ancien chef du gouvernement de François Hollande n'acceptera pas d'être «le jouet de Macron», au moment où celui-ci tente de diviser son ancienne famille politique. Malgré ses critiques envers le PS, et contrairement à beaucoup d'autres, Cazeneuve n'a jamais cédé aux appels macronistes. «Pourquoi irait-il làdedans s'il n'a pas les moyens d'agir ? interroge le patron du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, fervent soutien. C'est un homme de gauche. Il défendrait le pouvoir d'achat avec une hausse du smic, une vraie conférence salariale, des moyens pour les services publics, une fiscalité plus juste. Quelle marge de manoeuvre aurait-il pour mettre tout cela en oeuvre ?» «Qui va s'isoler pour suivre Cazeneuve ?» De fait, le camp présidentiel et la droite ne se contentent plus de dire qu'elles s'opposeraient à un gouvernement incluant des ministres insoumis. Ils rejettent aussi, sur le fond, une hausse du smic, des dépenses publiques et des impôts et rechignent à l'idée de remettre en cause la réforme des retraites. Patrick Kanner a fait ses comptes : «Même si les socialistes ne votaient pas la censure, arithmétiquement, on ne pourrait pas l'empêcher.» Le 16 août, l'hypothèse Cazeneuve a été abordée lors d'une réunion des députés PS, sans que les élus ne se prononcent sur l'attitude à observer en cas de nomination. Mais un socialiste interroge, alors que les écolos ont déjà prévenu qu'ils ne soutiendraient pas l'ancien Premier ministre, invoquant «la gestion catastrophique du dossier de Sivens» et «la mort de Rémi Fraisse» : «Qui va s'isoler pour suivre Cazeneuve ? Même s'ils sont copains avec lui, c'est grâce au NFP que les 60 députés PS seront réélus en cas de nouvelle dissolution.» Ces questions étaient à l'ordre du jour du bureau national du PS mardi midi. Depuis plusieurs semaines, les opposants internes d'Olivier Faure crient au manque de démocratie et exigent de débattre de la situation. Au cours des trois longues heures de réunion, la maire de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, a fait valoir une ligne bien différente de celle de la direction. L'élue locale plaide pour une poursuite des discussions avec le président de la République et le refus «d'un vote d'une motion de censure par principe». Pas de quoi, a priori, faire bouger la majorité. Un membre de la direction minimise : «C'est du cinéma de rentrée politique assez classique au PS.»

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_24 Heures en Region, mercredi 28 août 2024 377 mots, p. AUJM11

Auvergne - Rhône-Alpes Un PV pour le

Auvergne - Rhône-Alpes

Un PV pour le député

Nouveau député de la 7 e circonscription du Rhône, Abdelkader Lahmar est dans la tourmente. Le 2 août, alors qu'il se trouvait à Paris, son véhicule stationné devant le garage d'une propriété à Caluire-et-Cuire était vidéo-verbalisé. Selon « Lyon Mag », de retour à Lyon, l'élu LFI a brandi sa carte de député au commissariat pour mieux contester l'amende de 135 €.

Le tunnel ferme

Le tunnel du Mont-Blanc baissera ses barrières pour quinze semaines, du 2 septembre à 17 heures jusqu'au 16 décembre pour des travaux de rénovation de la voûte de grande ampleur. La période automnale est considérée comme l'une des plus faibles en termes de fréquentation.

Prévus en 2023, ces travaux avaient été reportés à la suite d'un éboulement sur l'A 43 en Maurienne.

Franche-Comté

Lac pollué

Le lac de Vaivre, en Haute-Saône, devait accueillir la 40 e édition du triathlon de Vesoul ce week-end. Mais, en fin de semaine dernière, des analyses de l'ARS ont mis en évidence un taux anormalement élevé de cyanobactéries. Du coup, la préfecture a interdit la baignade et les épreuves de natation prévues se tiendront dans une piscine olympique proche.

Corse

Pénurie médicale

En raison d'un manque de manipulateurs radio dans le service de radiothérapie du centre hospitalier de Castelluccio à Ajaccio (Corse-du-Sud), certains patients atteints d'un cancer seront désormais contraints de se faire soigner à Bastia, à deux heures de route de leur domicile. D'autres patients dont l'état de santé le permet devront, eux, se rendre sur le continent.

Grand-Est

Grenat et bleu

L'uniforme que porteront 800 élèves de six écoles de Metz (Moselle) à la rentrée a été présenté. Il s'agit d'une blouse rouge grenat et bleu, boutonnée, que les élèves enfileront par-dessus les vêtements et qui ne couvre pas les jambes. Cette tenue scolaire a été confectionnée par des entreprises textiles lorraines. Le dispositif a coûté 56 000 €, à moitié acquittés par l'État.

normandie

La surmortalité des coques inquiète

Les pêcheurs à pied professionnels du Calvados sont très préoccupés. Les coques connaissent une surmortalité vertigineuse estimée à près de... 80 % des spécimens, notamment après de fortes pluies. Ils soupçonnent une pollution humaine et ont manifesté ce mardi pour demander une enquête au préfet.

Le Monde
France, mercredi 28 août 2024 1041 mots, p. 6
Aussi paru dans
27 août 2024 - La Matinale du Monde

La gauche dénonce un « déni » de démocratie et reste unie

Alors que le chef de l’Etat a exclu La France insoumise d’une nouvelle journée de consultations, les autres composantes font bloc

Sandrine Cassini et Rachel Garrat-Valcarcel

Emmanuel Macron voulait fracturer le Nouveau Front populaire (NFP), en isolant La France insoumise (LFI). Mais c’est peut-être l’inverse qui est en train de se produire, les membres de l’alliance de gauche faisant bloc contre lui. Lundi 26 août, le président de la République a officiellement écarté la candidature de Lucie Castets à Matignon, au nom de la « stabilité institutionnelle ». En échange, il a demandé au Parti socialiste (PS), au Parti communiste français (PCF) et aux Ecologistes de trouver des « chemins » pour coopérer avec les trois partis du camp présidentiel (Ensemble, le MoDem et Horizons), le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT), les radicaux et l’UDI. Excluant de facto les « insoumis », qui ne sont pas conviés à l’Elysée pour les nouvelles consultations qui débutent mardi afin de nommer un premier ministre, au même titre que le Rassemblement national et Eric Ciotti.

Le communiqué de l’Elysée a fait l’effet d’une bombe au sein du NFP, où les superlatifs ont déferlé toute la soirée pour dénoncer un « déni »de démocratie. Premier visé, Jean-Luc Mélenchon a immédiatement réagi : « Le président de la République vient de créer une situation d’une exceptionnelle gravité. La réplique populaire et politique doit être rapide et ferme », a écrit sur X le fondateur de LFI. « Dans aucune démocratie au monde, il n’y a un droit de veto du président de la République sur le résultat des élections »,a embrayé le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard.

« Le chaos, l’instabilité, c’est lui »

Les trois autres formations de gauche se sont également révoltées contre le chef de l’Etat. « La République est née du refus du pouvoir personnel », a fulminé le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, sur X. Le président du groupe PS au Sénat, Patrick Kanner, se dit « scandalisé » et dénonce le « cynisme assumé » du locataire de l’Elysée, rappelant que les macronistes n’ont obtenu qu’un tiers des suffrages aux législatives anticipées. « Emmanuel Macron parle de stabilité, mais c’est lui le dégoupilleur », ajoute le socialiste. Le chef de file du PCF, Fabien Roussel, considère qu’ «il ouvre une crise très grave pour le pays, alors que les Français ont exprimé une envie de changement lors de deux élections importantes ».

La secrétaire nationale des écologistes, Marine Tondelier, juge, de son côté, « honteux d’invoquer la stabilité après une dissolution surprise et un été d’obstruction ». « On est face à un président de la République qui veut être à la fois président, premier ministre et chef de parti. Les institutions ne peuvent pas fonctionner comme cela », a dénoncé Lucie Castets, mardi matin, sur France Inter.« Le chaos, l’instabilité, c’est lui »,accuse le député (écologiste et social) de la Somme François Ruffin.

Dans la journée de lundi, le chef de l’Etat avait tenté de diviser la coalition de gauche en conviant individuellement Olivier Faure, Marine Tondelier et Fabien Roussel, à une réunion à l’Elysée, sans LFI, pour le lendemain. A ce moment-là, la stratégie était déjà actée. Le matin même, le NFP s’était réuni avec Lucie Castets, et, pressentant que leur candidate ne serait pas désignée, avait élaboré son plan d’action : les quatre partenaires avaient décidé de ne pas participer à une nouvelle consultation à l’Elysée, autrement que pour discuter des modalités d’une cohabitation avec leur première ministre. « On a dit qu’on ne participerait pas à un piège », relate Fabien Roussel.

Lors de ce rendez-vous, les partenaires de gauche ont également évoqué un plan d’attaque pour la suite. Fabien Roussel avait prévu d’appeler « les Français à se mobiliser, dans la rue, au Parlement, dans les lieux de travail, devant les préfectures et les permanences des députés ».Dès lundi soir, après le communiqué de M. Macron, il a donc appelé à « une grande mobilisation populaire ». Olivier Faure a d’ailleurs précisé mardi sur France 2 que s’il y avait des manifestations, il y participerait. « Il y a des Françaises et des Français qui vont commencer à s’agacer pour ne pas dire davantage. Et c’est en réalité le risque que prend le chef de l’Etat. Parce que la colère, elle, ne va pas s’interrompre. »

« Que de la communication »

LFI souhaite aussi organiser la riposte. Tout d’abord, une motion de censure sera déposée contre le futur locataire de Matignon. Le mouvement s’attelle aussi à organiser des « marches pour le respect de la démocratie ». « Cela peut prendre la forme d’une journée nationale pour la démocratie par exemple », détaille Manuel Bompard. Enfin, les députés « insoumis » déposeront une motion de destitution à l’Assemblée nationale. A ce stade, la démarche ne fait toujours pas consensus au PS, qui préfère la censure.

Le NFP accuse aussi Emmanuel Macron de les avoir dupés en faisant mine de les écouter lors de leur rendez-vous à l’Elysée. « Ces consultations n’étaient que de la communication »,s’emporte Marine Tondelier. « Nous lui avons dit qu’on n’était pas majoritaire, et qu’on irait chercher des compromis », rappelle Patrick Kanner. D’où la colère de certains parlementaires de gauche.

Bâti dans la précipitation pour les législatives, l’édifice du NFP a jusque-là tenu bon. Mais mardi 27 août, il sera soumis aux secousses des dissensions socialistes. Les deux courants minoritaires du parti, conduits par la maire de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, proche de François Hollande, et par le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, demandent, depuis le projet de destitution lancé par LFI, la tenue d’un bureau national.

Sous la pression, Olivier Faure en a fixé un mardi à midi. Il doit y être question de la réponse politique à apporter à Emmanuel Macron. Une partie des socialistes est en désaccord avec le refus d’aller au rendez-vous de l’Elysée, plaide pour construire un projet de coalition et souhaite prendre ses distances avec LFI. « Il va nous falloir choisir entre l’intérêt des Français et l’obsession présidentielle de Mélenchon » , avance l’ancien député des Bouches-du-Rhône Patrick Mennucci. Un nouveau test pour l’alliance à gauche.

L'Humanité
mercredi 28 août 2024 1310 mots, p. 2

Pour se sauver, Macron table sur le RN

Lisa Guillemin et Emilio Meslet

Institution Refusant de nommer Lucie Castets première ministre, le chef de l'État tente un nouveau coup de force pour garder le manche. Il est aidé dans sa quête par l'extrême droite, qui ne promet pas la censure à un gouvernement libéral.

«Vous allez voir ! » Nous sommes en février et, interrogé par l'Humanité, Emmanuel Macron préfère botter en touche plutôt que de répondre à la question : « En quoi, comme vous l'avez affirmé, le vote des électeurs de gauche, qui ont fait barrage à l'extrême droite en 2022, vous oblige-t-il ? » Il aura fallu six mois pour « voir » que la réponse ne serait en rien une inflexion à gauche de sa politique. C'est bien un bras d'honneur que le chef de l'État, prêt à tout pour garder le manche, adresse à ceux qui, par la suite, ont placé le Nouveau Front populaire (NFP) en tête des élections législatives. Il a non seulement écarté la nomination de Lucie Castets à Matignon, mais aussi noué un pacte faustien, plus ou moins tacite, avec l'extrême droite. Celle qu'il est censé combattre ; celle dont il fait la béquille de son deuxième mandat.

À la suite de la série de consultations avec les forces politiques menée par l'Élysée, un communiqué de la présidence, peu avant 20 heures lundi, tombe dans les boîtes mails des rédactions. Emmanuel Macron y écrit ne pas retenir l' « option » Lucie Castets, bien qu'elle soit à la tête de « l'alliance regroupant le plus de députés ». « Le Nouveau Front populaire serait immédiatement censuré par l'ensemble des autres groupes représentés à l'Assemblée nationale », affirme-t-il, car son gouvernement aurait « une majorité de plus de 350 députés contre lui, l'empêchant de fait d'agir ».

Les trois groupes du camp présidentiel, la droite et l'extrême droite avaient, en effet, tous annoncé, avec les mêmes arguments, qu'ils censureraient la gauche et son équipe gouvernementale. Et ce, qu'elle comporte ou non des insoumis. Mais, Emmanuel Macron outrepasse ainsi, une fois de plus, la séparation des pouvoirs, anticipant une censure avant même que le pouvoir législatif ne se soit prononcé. « Le président ne peut pas être arbitre et sélectionneur », avertissait, dimanche, son ancien ministre et actuel député NFP Aurélien Rousseau.

« Il utilise des notions constitutionnelles à des fins politiques »

« Au nom de la stabilité institutionnelle », Jupiter se prend malgré tout pour Didier Deschamps. Il entend reconduire à la tête du pays la coalition battue dans les urnes (Ensemble pour la République, Modem et Horizons) par deux fois, aux européennes puis aux législatives. Le groupe centriste Liot, l'UDI et le Parti radical se seraient dits prêts à « un travail commun possible » avec les forces macronistes, lesquelles se sont montrées ouvertes « à soutenir un gouvernement dirigé par une personnalité qui ne serait pas issue de leurs rangs ». Celui-ci, pour Emmanuel Macron, aurait donc plus de chances de rester en place qu'un exécutif du NFP, alors qu'additionnés, les sièges de la gauche (193) et du RN et ses alliés (142) le feraient chuter. « Je souhaite que le prochain gouvernement, soutenu par le camp présidentiel, soit censuré et rejeté. Ceux qui feront la différence, c'est le RN », alerte Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

Au sortir de leur échange avec le chef de l'État, Jordan Bardella et Marine Le Pen, dirigeants du RN, ont uniquement indiqué qu'ils feraient tomber un exécutif Castets. Et pas « un gouvernement issu du centre gauche, du centre droit ou de la droite » ? les questionne alors un journaliste. « Nous sommes totalement libres de nos actions et de nos votes, répond Marine Le Pen. Depuis deux ans, à l'Assemblée nationale, nous sommes attachés au contenu des projets présentés. » « On va voir ce que représentera un tel premier ministre, on mettra des conditions sur l'immigration, l'insécurité, le pouvoir d'achat », a confirmé, mardi matin sur TF1, le député Sébastien Chenu.

Emmanuel Macron table donc bien sur l'extrême droite pour essayer de sauver la fin de son mandat, tout en osant évoquer le barrage républicain pour tenter de débaucher les socialistes, les écologistes et les communistes : « Les partis politiques de gouvernement ne doivent pas oublier les circonstances exceptionnelles d'élection de leurs députés au second tour des législatives. Ce vote les oblige. »

Aussi, pour mener à bien son coup de force, le locataire de l'Élysée dévoie encore une fois la lettre et l'esprit de la Constitution. Dans son communiqué, la présidence énonce qu'elle a reçu les partis dans un « rôle constitutionnel d'arbitre, garant de la stabilité institutionnelle et de l'indépendance de la nation ». De quoi faire s'émouvoir le constitutionnaliste Paul Cassia : « Emmanuel Macron utilise des notions constitutionnelles à des fins politiques. » La Loi fondamentale ne fait d'ailleurs aucune mention, stricto sensu, de la notion de « stabilité institutionnelle ». Seul l'article 5 dit que le président s'assure du « fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que de la continuité de l'État ». « Ceux-ci sont garantis par le fait que le Parlement ne peut pas être dissous d'ici à un an, que le président de la République reste en poste pendant encore trois ans, et que si un gouvernement fait l'objet d'une motion de censure, le président peut en nommer un second immédiatement », explique Paul Cassia. Emmanuel Macron craindrait donc plutôt pour la pérennité de sa propre majorité. « (Il) se réfugie derrière le besoin de ''stabilité''. S'il savait combien de personnes au contraire ont très envie que ça change... Besoin même ! (...) Mais, lui et toutes celles et ceux qu'il enrichit, c'est sûr, n'ont intérêt à rien d'autre que la stabilité. Et on comprend très bien pourquoi. Et on ne laissera pas faire », lui rétorque Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes.

Quant au rôle d'arbitre, le terme signifie « que le président de la République doit s'élever au-delà de la contingence politique, ce qui n'est pas ce que l'on constate  », poursuit le juriste Paul Cassia, pour qui «   le rôle du chef de l'État n'est pas de déterminer quels sont les cadres de coalition possibles ». Cette entorse à l'esprit de la Constitution fait dire à Lucie Castets qu'Emmanuel Macron « veut à la fois être président de la République, premier ministre et chef de parti ».

Pendant que le chef de l'État lançait, mardi, son nouveau cycle de consultations, la gauche a commencé à préparer la riposte. Le NFP ne retournera pas échanger à l'Élysée. « Ce que l'on n'a pas obtenu par les urnes, nous allons l'obtenir peut-être par le rapport de force, par la mobilisation sociale. D'ailleurs, je donne rendez-vous à tout le monde à la Fête de l'Humanité, grand rendez-vous de la liberté, de la démocratie, de la défense de l'égalité », appelle Fabien Roussel, sur BFMTV, accusé de mener « un coup d'État » par la macroniste Prisca Thevenot. Marine Tondelier pousse dans le même sens que le communiste : « Si voter ne suffit plus, on passera donc par la rue. » « La démocratie est dans un état préoccupant », abonde Lucie Castets, qui juge « fondamental que les gens se mobilisent aujourd'hui ».

La France insoumise, quant à elle, maintient sa menace de destitution à l'encontre d'Emmanuel Macron et appelle à des manifestations le 7 septembre. Le PS a rejeté « à ce stade » l'idée d'y participer. « Nous serons de toutes les mobilisations qui permettent de faire respecter le vote des Français. Nous y serons sur la base de nos mots d'ordre », indique pour sa part Ian Brossat, porte-parole du PCF. À l'heure d'écrire ces lignes, les Verts devaient, eux, encore étudier la question.

L'alliance objective entre Emmanuel Macron et l'extrême droite soude le NFP, même si l'aile droite du PS demande la reprise des négociations avec l'Élysée. Dans l'interview qu'il avait accordée, en février, à l'Humanité, le chef de l'État, rempart autoproclamé contre l'extrême droite, revendiquait le droit d'appliquer son programme car il était arrivé en tête au premier tour de la présidentielle, sans réussir à réunir une majorité à l'Assemblée nationale. Ce même Emmanuel Macron refuse cette possibilité aujourd'hui à la gauche, première coalition parlementaire. Peut-être est-il temps pour lui de se relire.

Le Figaro, no. 24886
Le Figaro, mercredi 28 août 2024 749 mots, p. 5

« Le parti est au bord de la rupture » : après le rejet du NFP, le PS divisé sur sa stratégie

Flurin, Richard

C'est une partie non négligeable de l'équation. Maintenant que le président de la République a annoncé qu'il ne nommerait pas de premier ministre émanant du Nouveau Front populaire, quelle sera l'attitude du Parti socialiste ? Unioniste jusqu'au bout, comme le laisse entendre pour l'instant le premier secrétaire, Olivier Faure, qui refuse de participer à des discussions sur la nomination d'un premier ministre autre que Lucie Castets, porte-étendard du NFP ? Ou bien les socialistes se résigneront-ils à apporter leur pierre à la future architecture gouvernementale, comme le leur enjoignent les macronistes ?

Le dilemme fracture depuis plusieurs jours déjà le parti à la rose, où l'on avait anticipé le refus en bloc du président de la République de voir le programme du NFP s'appliquer au pays, et donc l'inanité de l'hypothèse Castets. Un bureau national - collège décisionnaire du parti - s'est réuni mardi à la mi-journée pour échanger sur le sujet. Olivier Faure a fini par accepter de convoquer cet aréopage, après les demandes renouvelées des deux courants minoritaires du PS (mais majoritaires à eux deux). Et c'est peu dire que les débats ont été animés.

Estimant que le parti se trouve «au bord de la rupture», Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin et principale opposante d'Olivier Faure en interne, a plaidé pour une reprise immédiate des discussions avec le président de la République. «J'assume de chercher encore des solutions pour un premier ministre socialiste ou social-démocrate qui nous permettrait d'appliquer des mesures immédiates d'apaisement du quotidien», a-t-elle déclaré au premier secrétaire. «Il y va de notre volonté d'incarner un parti de gouvernement», ajoute auprès du Figaro un parlementaire socialiste.

Dans les faits, Olivier Faure et sa ligne pro-NFP se trouvent de plus en plus contestés au sein du parti. Outre les sorties acerbes d'opposants internes, ainsi que celle de Raphaël Glucksmann, qui n'a pas eu de mots assez durs sur l'attitude postlégislatives des socialistes dans une récente interview, le secrétaire national du parti, Sébastien Vincini, pourtant réputé proche du premier secrétaire, a appelé lundi à «rompre avec Jean-Luc Mélenchon et son entourage (...), qui sont toujours dans l'excès» et qui, de ce fait, empêchent «la gauche de montrer qu'elle veut apaiser le pays».

Pas question de tergiverser pour autant pour le premier secrétaire. La décision d'Emmanuel Macron d'écarter d'un revers de la main la candidature de Lucie Castets semble au contraire l'avoir conforté dans son élan unioniste. «En se comportant de manière aussi brutale, Emmanuel Macron a resserré la gauche autour de sa candidate, Lucie Castets, et de son programme», a d'ailleurs défendu l'eurodéputée LFI Manon Aubry.

Le premier des socialistes lui a donné raison en réaffirmant mardi matin sur France 2 son refus de reprendre les discussions avec Emmanuel Macron, en expliquant qu'il ne voulait pas que le PS devienne «le supplétif d'une macronie finissante». Son opposante interne Hélène Geoffroy lui a répondu quelques heures plus tard, lors du bureau national du parti, qu'elle ne voulait pas non plus que les socialistes deviennent «des supplétifs de LaFrance insoumise», tout en se défendant d'une quelconque proximité avec le macronisme.

Pourtant, rompre avec le NFP ferait d'évidence les affaires du camp présidentiel, qui n'a de cesse de vouloir dynamiter l'union des gauches. Des émissaires macronistes pressent les socialistes de négocier avec eux, à l'instar de Gérald Darmanin, député Ensemble pour la République et ministre démissionnaire de l'Intérieur, qui a imploré le PS de se montrer «responsable» sur BFMTV mardi matin. Il a défendu le principe d'une «coalition large» sur des accords a minima pour «permettre à la France de fonctionner». Un modèle qui pourrait se rapprocher de celui esquissé par le député socialiste Philippe Brun dans LeMonde le week-end dernier : un accord de non-censure à partir de plusieurs mesures de compromis entre les groupes parlementaires. Une prise de position largement saluée par le centre.

Reste que les 62 députés socialistes, si on les ajoute aux 166 du bloc central et aux 47 élus de la droite républicaine dans un hypothétique pacte de non-censure, ne suffisent pas à composer une majorité absolue (279 au total, contre 289 députés pour la majorité absolue). Sans compter que certains députés PS pourraient faire défection en cas de trahison des partenaires du NFP, sachant que la menace d'une nouvelle dissolution encourage les députés de gauche à plaider l'union s'ils veulent être réélus dans un an. Signe que l'affaire est loin d'être entendue. R.F.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, mercredi 28 août 2024 867 mots, p. AUJM4,AUJM5
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27 août 2024 - Le Parisien (site web)
28 août 2024 - Le Parisien

Macron à la pêche aux alliés

Le président tente de construire une coalition gouvernementale avec la gauche hors France insoumise et avec la droite. Sans succès à ce stade.

Pauline Théveniaud, Quentin Laurent et Julien Duffé

Qui l'eût cru ? Le bureau national du PS, qui s'est tenu mardi à midi, a été suivi avec attention à... l'Élysée. Hélène Geoffroy, la maire de Vaulx-en-Velin, opposante interne au premier secrétaire, Olivier Faure, y a poussé un gros coup de gueule pour demander une reprise « des discussions avec le président de la République ». Autour d'Emmanuel Macron, il n'en fallait pas plus pour y voir une raison d'espérer. Car après avoir balayé l'option Lucie Castets, candidate du Nouveau Front populaire (NFP) pour Matignon, le chef de l'État est désormais en quête d'alliés pour bâtir une coalition alternative.

Ce n'est pas officiellement formulé ainsi, mais c'est bien l'objectif du deuxième cycle de discussions qu'il a entamé mardi. Une série d'échanges ouverts « à toutes les forces de gouvernement », selon l'Élysée, qui en exclut LFI, le RN et son allié Éric Ciotti. Mais aussi à d'éminentes « personnalités » dont les noms restaient inconnus mardi. « La porte est ouverte et je reçois tous ceux qui veulent bien venir continuer à oeuvrer pour l'intérêt supérieur du pays », a déclaré le chef de l'État sur le perron de l'Élysée. « Il sait que la majorité a perdu, il y aura un changement de politique et d'incarnation », promet en écho un proche.

Une façon de montrer patte blanche, alors qu'une partie du NFP, première force à l'Assemblée, appelle à manifester le 7 septembre contre ce qu'elle considère comme un « coup de force antidémocratique » (lire p. 5). Coup de force ? « Il ne faut pas inverser les choses », a renvoyé Emmanuel Macron devant l'un de ses interlocuteurs. Sous-titre d'un proche : « Il y a une trumpisation assez avancée de LFI, ce sont eux qui jouent le coup de force. »

Le PS refuse de jouer « les supplétifs »

Problème, à ce stade, le président peine à élargir le « bloc central ». Ce mardi, excepté les centristes de Liot qui lui ont demandé de « nommer un Premier ministre rapidement », « un politique [...] pas de son camp », le chef de l'État n'a échangé qu'avec des représentants de l'ex-majorité. Il a ainsi déjeuné avec le président du MoDem, François Bayrou. Puis reçu celui d'Horizons, Édouard Philippe, dans l'après-midi. Et discuté par téléphone avec les chefs de Renaissance, parti et groupe, Stéphane Séjourné et Gabriel Attal.

Mais alors que le président nourrit toujours l'espoir de décrocher des socialistes du NFP, Olivier Faure refuse tout net de poursuivre les échanges depuis l'officialisation de son opposition à un gouvernement Castets. Pas question pour le premier secrétaire du PS de se rendre « complice d'une parodie de démocratie » et de jouer « les supplétifs d'une macronie finissante », a-t-il prévenu sur France 2. Autant dire que le changement de stratégie réclamé par ses opposants internes a été vu, dans l'entourage de Macron, comme le signe que tout n'est pas totalement perdu.

Mais pour le député PS Laurent Baumel, proche de Faure, toute personnalité de gauche qui accepterait d'être nommée à Matignon se placerait « dans le rôle du traître ». « Nous avons eu une réunion du groupe ce mardi matin et notre position commune, c'est que l'on censurera toute prolongation du macronisme », douche le député PS Arthur Delaporte. La main reste tendue « aux socialistes, aux écologistes et aux communistes tant que durent les discussions », assure l'Élysée. Mais elle a peu de chance d'être saisie.

Et la droite, alors ? Les élus des Républicains (LR) Laurent Wauquiez, Annie Genevard et Bruno Retailleau se rendront à nouveau au Palais, ce mercredi. « Par respect des institutions et de la fonction » du président, glisse-t-on sobrement dans l'entourage de ce triumvirat. Un proche d'Emmanuel Macron veut toutefois y voir un « bon signal ». Mais la même question demeure : les lignes bougeront-elles ? C'est pour le moment peu probable. « Demain, nous avons l'intention de rappeler en notre nom à tous ce qui est notre position, indépendante, équilibrée et constructive depuis le début étant donné qu'aucun élément nouveau n'est sur la table », a ainsi écrit Wauquiez aux députés son groupe.

Jean-Louis Borloo, « il est en forme ? »

En attendant, Emmanuel Macron teste des noms, lance des hypothèses en fonction de ses interlocuteurs. De Bernard Cazeneuve à Xavier Bertrand, qu'il a croisé au Touquet (Pas-de-Calais) le week-end dernier, en passant par Valérie Pécresse, Christine Lagarde et Jean-Louis Borloo. « Il est en forme ? », a-t-il par exemple récemment interrogé, à propos de l'ex-ministre de la Ville et de l'Écologie. Selon un familier du pouvoir, qui juge « Macron perdu », le chef de l'État « réfléchit » en outre « à nouveau à une solution émanant de la société civile ». « Un politique, quel qu'il soit, sera fusillé à l'aube », tranche l'un de ses fidèles.

Reste à savoir quand le président remplacera le Premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, sachant qu'il sera retenu ce mercredi par l'ouverture des Jeux paralympiques, avant de s'envoler jeudi après-midi en Serbie. « Sous huitaine », avait-il dit lundi à l'un de ses invités. « Avant dimanche », a-t-il avancé devant d'autres, mardi. Cela fera alors près de deux mois que les Français ont exprimé leur volonté de changement.

Le Monde
France, mercredi 28 août 2024 943 mots, p. 8
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27 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Synagogue attaquée : le Parquet antiterroriste saisi

Le suspect aurait eu pour objectif de tuer des juifs, ce qui marque un tournant dans les violences antisémites

Christophe Ayad et Henri Seckel

L’attentat contre la synagogue de La Grande-Motte (Hérault) marque un tournant dans la longue série d’actes antisémites recensés en France depuis la séquence ouverte par l’attaque, accompagnée de massacres et de nombreuses exactions, du Hamas palestinien contre Israël, le 7 octobre 2023, suivie de la destruction de la bande de Gaza en représailles par l’armée israélienne. Ces actes antisémites ont crû non seulement en nombre mais aussi en gravité. Pour la première fois, il semble que l’intention d’El Hussein K., l’Algérien âgé de 33 ans et suspecté de ce projet d’attentat, était de tuer des juifs.

L’augmentation des actes antisémites – en 2023, 1 676 actes ont été recensés, quatre fois plus qu’en 2022, et 887 durant le premier semestre de cette année, contre 304 à la même période en 2023, soit un triplement – n’est pas seulement numérique. Elle est marquée par un crescendo de la violence. Du tag sur les murs de synagogues et de commerces tenus par des membres de la communauté juive, on est passé à des agressions physiques, comme celle subie par Marco S., 62 ans, devant une synagogue du 20e arrondissement à Paris, le 1er mars.

« Attaque planifiée »

Puis il y a eu l’incendie criminel de la synagogue de Rouen en mai et, enfin, l’attentat à La Grande-Motte, samedi 24 août. Selon le ministre de l’intérieur démissionnaire, Gérald Darmanin, l’auteur présumé de l’attaque, qui était interrogé, dimanche, dans les locaux de la sous-direction antiterroriste à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), ne cherchait pas seulement à incendier la synagogue de la ville balnéaire, dans laquelle se trouvaient cinq fidèles, dont le rabbin : un drapeau palestinien ceint autour des reins et un keffieh sur la tête, il avait, semble-t-il, l’intention de s’attaquer à ceux qui auraient cherché à échapper aux flammes avec une hache, qui a été retrouvée non loin de là, et un pistolet, qu’il arborait à la ceinture sur une image de vidéosurveillance et dont il a d’ailleurs usé contre les policiers venus l’arrêter.

Cette intention terroriste a amené le Parquet national antiterroriste à se saisir du dossier, pour la première fois dans une affaire de violence antisémite depuis le 7 octobre 2023. Elle marque une gradation très nette dans la violence par rapport à l’incident jusqu’ici le plus grave : la tentative d’incendie de la synagogue de Rouen, alors vide, à l’aube du 17 mai par un ressortissant algérien en situation irrégulière, qui a été abattu par les forces de l’ordre lorsqu’il s’est avancé dans leur direction avec un couteau et une barre de fer. Entre ces deux événements, un drame a été évité de justesse : comme l’ont révélé les auditions de garde à vue de Dereck R., dévoilées par Le Parisien, cet ancien détenu de droit commun radicalisé, qui a failli tuer un chauffeur de taxi à la feuille de boucher près du Mans, en juillet, avait l’intention de massacrer des juifs « pour ce qu’ils ont fait à nos frères et sœurs… ».

Pour Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), avec l’attentat raté de la synagogue de La Grande-Motte, « on est face à quelque chose qui n’est pas seulement de l’ordre de l’incendie criminel, mais de l’attaque planifiée. Ce n’est pas seulement un acte antisémite de plus. Depuis le 7 octobre, je perçois une émotion particulière liée au fait qu’on a passé un cap en termes de gravité par rapport à ce qu’on avait connu ces derniers mois. Là, l’objectif était de tuer ».

Le président du Consistoire israélite, Elie Korchia, accuse La France insoumise, sans la nommer, de contribuer à un climat délétère : « Ce climat antisémite sous couvert d’antisionisme n’a fait que croître. On peut critiquer l’Etat d’Israël mais, depuis le 7 octobre, une partie de la classe politique a fait campagne aux européennes puis aux législatives sur une haine d’Israël, alors que ce n’était pas du tout le sujet, en faisant des juifs, victimes hier de la Shoah, les nouveaux nazis, et en occultant complètement le pogrom terroriste du 7 octobre. »

« Pompier pyromane »

« Je ne crois pas à la sincérité de Jean-Luc Mélenchon[le chef de file des “insoumis”] quand il condamne cet acte antisémite », a renchéri Yonathan Arfi, sur RMC, le 26 août. « Il est pompier pyromane. Il a contribué à ce climat délétère qui met les juifs en danger. Et ensuite, il vient s’apitoyer sur le sort, non pas des juifs qui sont désignés collectivement, mais simplement des croyants, des fidèles », a-t-il poursuivi. Jean-Luc Mélenchon avait posté samedi sur X : « Incendie criminel contre la synagogue de La Grande-Motte. Intolérable crime. Pensées pour les fidèles et les croyants ainsi agressés. La laïcité et la liberté de conscience est fille de la liberté des cultes. Nous ne l’oublions jamais. »« Ce n’est pas la laïcité qui a été attaquée samedi matin à La Grande-Motte, a rétorqué le président du CRIF . Ce sont des juifs qui ont été pris pour cible personnellement, au nom de leurs convictions supposées par rapport à un conflit qui est à 4 000 kilomètres. »

La députée « insoumise » de Paris Danièle Obono a récusé toute forme d’antisémitisme : il n’y a « aucune ambiguïté » au sein du parti, a-t-elle affirmé sur Franceinfo, dénonçant au passage une « instrumentalisation politicienne grossière et dangereuse » de la part de ses adversaires politiques.

Le Monde
International, mercredi 28 août 2024 820 mots, p. 3
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26 août 2024 - Le Monde (site web)
27 août 2024 - La Matinale du Monde

Attentat de Solingen : Olaf Scholz promet d’accélérer les expulsions

Le chancelier allemand, qui s’est rendu dans la ville où a eu lieu l’attaque au couteau, a également assuré vouloir légiférer sur le port d’armes

Elsa Conesa

Berlin - correspondante - Trois jours après l’attaque au couteau survenue dans la nuit du 23 au 24 août, qui a coûté la vie à trois personnes lors d’un festival à Solingen, dans l’ouest de l’Allemagne, le chancelier Olaf Scholz a promis un tour de vis en matière d’immigration et un durcissement de la réglementation sur le port d’armes. A moins d’une semaine d’élections régionales dans l’est du pays, qui s’annoncent marquées par une forte progression de l’extrême droite, il s’est rendu, lundi 26 août, dans la ville où s’est déroulé le drame, située entre Düsseldorf et Cologne.

« Il s’agit de terrorisme, de terrorisme contre nous tous », a déclaré M. Scholz à la presse, en évoquant une attaque contre le mode de vie occidental. « Je suis en colère », a-t-il ajouté.

Lors d’un festival célébrant le 650e anniversaire de la ville de Solingen, vendredi soir, trois personnes ont été tuées et huit autres ont été blessées. Le suspect, identifié comme Issa Al-H., est un réfugié syrien arrivé en Allemagne fin 2022, qui faisait l’objet d’une mesure d’expulsion. Soupçonné de liens avec l’organisation Etat islamique, il s’est rendu à la police samedi et a été arrêté.

« Nous devrons tout faire pour que ceux qui ne peuvent et ne doivent pas rester en Allemagne, soient expulsés », a promis le chancelier, affirmant que les reconduites à la frontière avaient augmenté de 30 % en 2024, et de deux tiers depuis 2021. « Nous serons très attentifs à la façon dont nous pouvons faire croître davantage ces chiffres », a-t-il poursuivi, expliquant que les contrôles à la frontière orientale de l’Allemagne avaient, en parallèle, permis de réduire le nombre de migrants illégaux. Selon les données de la police fédérales citées par l’Agence France-Presse, le pays a procédé à l’expulsion de 21 206 personnes en 2023, alors qu’il en avait prévu près de 53 000.

« Moratoire »

L’attaque remet au premier plan les questions sécuritaires. Surtout, elle intervient moins de trois mois après la mort d’un policier poignardé par un réfugié afghan à Mannheim (sud-ouest), fin mai, qui avait suscité une vive émotion, juste avant les élections européennes. Olaf Scholz avait déjà promis des mesures d’expulsion contre les « criminels », y compris originaires de Syrie et d’Afghanistan.

Toutefois, l’Allemagne ne procède pas à des expulsions vers ces pays, considérant que les conditions de sécurité sur place ne les permettent pas. Berlin avait indiqué, avant l’été, avoir lancé des discussions afin de les rendre possibles. L’attentat de vendredi vient alimenter les critiques des oppositions, qui reprochent au gouvernement son immobilisme, alors que l’immigration est un enjeu central des élections régionales de septembre.

« Des annonces seules ne suffiront pas », a averti Hendrik Wüst, le premier ministre (CDU, droite) de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, où est située Solingen, qui accompagnait Olaf Scholz, lundi. « Cela fait trois mois que nous débattons des conséquences de Mannheim, ça suffit. Il faut maintenant travailler ensemble », a renchéri le président de la CDU, Friedrich Merz, dimanche soir, appelant à l’arrêt de la politique d’accueil de réfugiés afghans et syriens, ainsi qu’à un contrôle plus strict des entrées aux frontières de l’Allemagne, plutôt qu’à des mesures sur la longueur des couteaux. Depuis plusieurs semaines, la ministre fédérale de l’intérieur, Nancy Faeser, a, en effet, mis en chantier un projet de loi visant à restreindre les armes à feu et à interdire le port de couteaux dont la lame dépasse 6 cm de long, contre 12 cm actuellement.

Plusieurs responsables du Parti social-démocrate (SPD, gauche), la formation du chancelier, ont rappelé que la Loi fondamentale et le droit européen rendaient impossible tout refus d’accueillir des demandeurs d’asile en provenance de Syrie ou d’Afghanistan.

Friedrich Merz devrait rencontrer Olaf Scholz, mardi, et évoquer avec lui les conséquences de l’attaque de Solingen. Sans surprise, l’extrême droite a demandé, elle aussi, «un moratoire » permettant l’ « arrêt de l’immigration, de l’accueil et de la naturalisation pendant au moins cinq ans », selon Alice Weidel, qui codirige le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), tandis que la députée Sahra Wagenknecht, à la tête du nouveau parti populiste de gauche qui se distingue par ses positions anti-immigration, a estimé, sur X, que « quiconque [permettait] une immigration incontrôlée[récoltait] une violence incontrôlée ».

Les critiques ont aussi émané de l’intérieur de la coalition. Le parti libéral FDP a appelé à un changement en profondeur de la politique migratoire, ironisant sur la pertinence de mesures encadrant le port de couteaux.

La Croix, no. 43006
Événement, mercredi 28 août 2024 661 mots, p. 6,7
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28 août 2024 - La Croix (site web)

En Europe, la peur de la chaise vide française

Céline Schoen

Alors que les activités législatives reprennent à Bruxelles au sein des institutions, l’absence de premier ministre tricolore inquiète.

D’autant que des échéances européennes de taille attendent Paris.

Bruxelles

De notre correspondante

L’absence de premier ministre en France n’aide pas à la stabilité des institutions européennes. Dès le jeudi 29 août, les 27 ministres des affaires étrangères de l’Union européenne (UE) doivent se rendre à Bruxelles pour une réunion certes « informelle » (sans prise de décisions, donc), mais non sans importance, car les dossiers traités par le Conseil des affaires étrangères sont brûlants : guerre en Ukraine, situation au Proche-Orient, coopération avec les Balkans occidentaux, etc. Le ministre Stéphane Séjourné est attendu en Belgique, tout comme ses homologues allemand (Annalena Baerbock), italien (Antonio Tajani) ou luxembourgeois (Xavier Bettel), mais à la table de négociations, la voix du Français risque de ne pas – ou de ne plus – porter.

Le même problème se pose dans toutes les « formations » au sein du Conseil de l’UE (agriculture, transports, affaires économiques et financières). « L’Europe a besoin d’une France en capacité d’agir. Or il y a un souci d’interlocuteur : on ne sait pas à qui l’on parlera demain, ni ce que valent les promesses et les arbitrages d’aujourd’hui », analyse Yann Wernert, politiste au Centre Jacques-Delors de Berlin. Le spécialiste rappelle que c’est tout l’équilibre européen, qui repose sur le célèbre « moteur franco-allemand », qui se voit bouleversé par le malaise politique tricolore. « C’est une très mauvaise nouvelle, à un moment où beaucoup de décisions sont à prendre dans le contexte de la guerre en Ukraine, de la transition écologique, des élections américaines, des problèmes commerciaux avec la Chine, etc. », abonde le chercheur. Élargissement de l’UE, réajustement des cibles climatiques du Vieux Continent, imposition des droits de douane définitifs sur les voitures électriques chinoises sont en effet autant de dossiers sur lesquels les États seront rapidement appelés à se prononcer – Paris y compris.

Au Parlement européen, l’instabilité en France ne facilite pas non plus la tâche des eurodéputés. « Durant mon précédent mandat, je travaillais en étroite collaboration avec les ministres du commerce Franck Riester et Olivier Becht. Alors oui, il peut y avoir des conséquences – selon la personnalité à qui le poste sera confié », estime Marie-Pierre Vedrenne, élue au sein de Renew Europe (qui rassemble les députés macronistes et les autres centristes européens). Durant le séminaire du groupe mi-septembre à Ostende, au bord de la mer du Nord, Marie-Pierre Vedrenne s’attend à répondre à une foultitude de questions de ses collègues quant à l’avenir politique en France.

Aux yeux de Bruxelles, le temps presse : l’existence d’un déficit excessif en France a été confirmée, et Paris a jusqu’au 20 septembre pour présenter à Bruxelles son « plan budgétaire et structurel national à moyen terme », qui n’est autre qu’une vision, étalée sur quatre ans, de la trajectoire à suivre pour revenir à l’équilibre des finances publiques. Le chercheur Yann Wernert en est persuadé : la France ne tiendra pas les délais imposés. La députée Marie-Pierre Vedrenne se veut plus optimiste : « L’engagement de la France à sortir du déficit excessif est fort, et elle a la volonté de respecter le calendrier. C’est là un enjeu de crédibilité. »

Pour garantir cette dernière, une seule option : choisir un premier ministre et former un gouvernement. Au plus vite. Car dans le cas contraire, la France risque d’être pointée du doigt comme étant le nouvel « homme malade de l’Europe ».« Si la situation se prolonge, l’on pourra vraiment opter pour cette formulation », explique Yann Wernert. « Chaque État a ses propres difficultés », relativise Marie-Pierre Vedrenne qui constate notamment qu’ « en Allemagne ce n’est pas simple non plus ». Mais à ses yeux, « chaque affaiblissement national contribue à un affaiblissement de l’UE. » Et d’ajouter : « Nous n’avons vraiment pas besoin de cela. »

Libération
mercredi 28 août 2024 961 mots, p. 4,5

ÉVÉNEMENT

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27 août 2024 - Libération (site web)

A l'Elysée, Macron augmente les impros

VICTOR BOITEAU ; LAURE EQUY

ÉVÉNEMENT

Le chef de l'Etat, qui espère nommer un Premier ministre d'ici la fin de la semaine, a entamé mardi un déroutant deuxième round de consultations avec les forces politiques, recevant le groupe Liot ou François Bayrou.

C ette fois, l'Elysée a remballé sa chorégraphie. Pas d'entrée de dirigeants de partis empruntant le sentier de gravier dans les jardins de l'Elysée au vu et au su des journalistes, pas de déclaration à la sortie, pas même un programme listant les responsables politiques ou les mystérieuses «personnalités se distinguant par l'expérience du service de l'Etat et de la République» que doit rencontrer Emmanuel Macron. Si le premier round de consultations voulues par le Président en quête d'un Premier ministre avait été dûment mis en scène, ce nouveau cycle d'échanges qui vise toujours à dégoter un locataire pour Matignon se déroule en douce – souvent au téléphone. Comme improvisé pour donner le change, au lendemain du refus du chef de l'Etat de nommer Lucie Castets, la candidate désignée par le Nouveau Front populaire, pourtant arrivé en tête aux élections législatives.

Tout est déroutant dans cette tentative de rebond élyséen, à commencer par le choix des premiers hôtes reçus mardi matin, Stéphane Lenormand et Christophe Naegelen, du petit groupe Liot, a priori pas les plus déterminants… Le chef de l'Etat les reçoit seul, durant une heure, flanqué d'aucun conseiller, avant de déjeuner avec le président du Modem, François Bayrou. «Et il va en consulter d'autres dans les heures et jours à venir», assure un de ses proches. Comme pour tromper l'impression de flottement et de vacance du pouvoir, Emmanuel Macron se fend, dans l'aprèsmidi, d'une brève apparition, sur le perron de l'Elysée, avant de recevoir le chef du gouvernement irlandais. «Les travaux continuent, promet-il. La porte est ouverte et je reçois tous ceux qui veulent bien venir continuer à oeuvrer pour l'intérêt supérieur du pays.» «ÉVITER UNE COALITION NÉGATIVE» La porte s'est toutefois refermée lundi soir sur le Rassemblement national, son allié Eric Ciotti et LFI, aucun n'étant convié pour cette nouvelle série d'échanges. Communistes, socialistes et écologistes ont de leur côté décliné l'invitation, furieux de voir l'option Castets balayée. Reste la droite, dont les représentants – Laurent Wauquiez, Annie Genevard et Bruno Retailleau – retrouveront quant à eux le chemin de l'Elysée ce mercredi. Ils comptent redire leur volonté de voter certains textes, sans pour autant participer au gouvernement. Une ligne de crête, alors que certains chez Les Républicains (LR) embarqueraient bien à bord d'un fu- tur gouvernement. «On considère qu'on a été constructifs dès juillet», assume un proche de Wauquiez, mentionnant son «pacte législatif». Les chefs de la droite, qui menaçaient de censurer un gouvernement comprenant des ministres LFI, feraient-ils de même pour un gouvernement de centre gauche ? Lors de sa rentrée dimanche, Wauquiez a exhorté les «gens de gauche sincères» à s'éloigner de Jean-Luc Mélenchon. Un signe d'ouverture ? Cramponné à son objectif de «stabilité institutionnelle», le chef de l'Etat n'en est plus à ambitionner l'émergence d'une majorité relative. Tout juste espère-t-il trouver un Premier ministre qui ne risquerait pas de tomber à la première motion de censure. «On ne va pas faire une coalition positive mais on peut éviter une coalition négative», résume le sénateur Renaissance François Patriat. La tâche n'est pas plus aisée. Au tandem centriste de Liot, Macron assure toujours viser une nomination d'ici la fin de la semaine. Mais il reste évasif : le chef de l'Etat les sonde sur les «noms entendus dans la presse»… Sans les citer. Parmi eux, le patron des Hautsde-France, Xavier Bertrand, dit ne pas avoir d'échange prévu avec Macron prochainement. L'ex-Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve indique, lui aussi, qu'il n'a pas été contacté. Tout comme le maire PS de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, en pleine lumière après le succès des Jeux dans son département. Quid encore de Michel Barnier, l'ex-négociateur du Brexit ; de Jean-Louis Borloo ; du patron de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, Didier Migaud, ou de celui de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, dont les noms circulent ? «MOUTON À CINQ PATTES» Dans le camp présidentiel, on dresse le portrait-robot de ce «mouton à cinq pattes» : expérimenté mais sans ambition présidentielle, politique sans être trop affilié à un camp, «pas quelqu'un qui brille mais qui gère», prône un député Renaissance. «Il faut une personne qui a déjà gouverné, mais sortie du jeu depuis suffisamment longtemps pour avoir le moins d'ennemis possibles, une sorte d'agent dormant qu'on pourrait réactiver !», phosphore un interlocuteur du Président. «Nommer un Premier ministre de gauche, après avoir refusé Castets serait un bras d'honneur au NFP. Mais le Président rêve toujours de les fracturer», ajoute un ministre démissionnaire, qui guette les fissures potentielles au sein du PS. Un Premier ministre ces prochains jours, comme l'espère le chef de l'Etat ? Rien n'est moins sûr, son agenda de la semaine étant bien garni, entre un déjeuner ce mercredi avec le président allemand, la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques dans la soirée et un déplacement en Serbie jeudi et vendredi. De quoi faire encore durer une situation déjà inédite depuis 1945… Démissionnaires depuis quarante-trois jours, les ministres ont quant à eux reçu mardi un message du Secrétariat général du gouvernement (SGG) leur indiquant que, même après la nomination du futur Premier ministre, ils resteraient en place jusqu'à la formation du prochain gouvernement. Pas de quoi tracasser Amélie Oudéa-Castéra, la ministre des Sports «à fond» à la veille des Jeux paralympiques : «Je ne ressens pas un statut démissionnaire !» a-t-elle lâché mardi matin sur LCI. Désarmant d'honnêteté.

LIBÉ.

FR A lire aussi sur Libé.fr : n Interview de Fabien Roussel : «Je crois qu'Emmanuel Macron a décidé de déclarer la guerre» n CheckNews Le programme défendu par Lucie Castets était-il exactement celui du NFP ? n Notre live politique…

Le Figaro, no. 24886
Le Figaro, mercredi 28 août 2024 781 mots, p. 5

Pendant que le président cogite, les ministres démissionnaires toujours dans le brouillard

Lagrave, Martin

C'est chaque jour un nouveau record. Ce mercredi, Gabriel Attal et son gouvernement démissionnaire entament leur 43e jour de «gestion des affaires courantes». Chargés d'assurer - sauf affaires urgentes - «la continuité de l'État», certains ministres voient désormais leur agenda percuté par l'actualité nationale et internationale. Jeux olympiques et paralympiques, rentrée des classes, situation au Moyen-Orient ou menace terroriste obligent les ministres à s'exprimer, rendant flou le périmètre des «affaires courantes». Dans cette période transitoire, censée ne durer que quelques jours, les membres du gouvernement marchent désormais sur une ligne de crête, entre simple gestion et arbitrage sur le long terme.

« J'ai bien conscience que cette rentrée scolaire se déroule dans un contexte un peu inédit sur le plan politique.» Ce mardi 27 août, la ministre de l'Éducation Nicole Belloubet se présente pour la traditionnelle conférence de presse de rentrée. Devant les journalistes, l'ex-socialiste avance que «le rôle d'un ministre est d'assurer, jusqu'au bout la mission qui lui a été confiée». «Les affaires courantes ne sont ni un temps suspendu pour l'école ni un temps mort», justifie-t-elle à moins d'une semaine de la rentrée des classes.

Se laissant aller à une grande liberté de ton et justifiant cette légèreté par son statut «démissionnaire», la ministre a toutefois profité de ce moment médiatique obligé pour faire passer quelques messages. Confirmant son désir de poursuivre sa mission Rue de Grenelle, l'ancienne membre du Conseil constitutionnel s'est prononcée en faveur de la «sanctuarisation» du budget de l'Éducation nationale avant l'ouverture du débat sur le budget 2025 que devra mener le futur gouvernement. Puis, Nicole Belloubet n'a pas manqué de décocher quelques flèches en direction de Gabriel Attal, son prédécesseur à l'Éducation, en prenant ses distances vis-à-vis du « choc des savoirs » voulu par le trentenaire. Des reproches, notamment sur les « groupes de niveau » , qui ont fait tiquer un conseiller de l'exécutif : «Elle veut rester à tout prix (au gouvernement) et montrer qu'elle est gauche-compatible».

« Jusqu'à la dernière minute »

Comme sa collègue Rue de Grenelle, Bruno Le Maire - qui, lui, souhaite quitter son ministère au plus vite - a profité des dernières semaines pour s'opposer frontalement au jeune chef du gouvernement. En coulisses, le ministre de l'Économie a tenté coûte que coûte de réduire les dépenses publiques prévues dans le prochain budget. Pour ce faire, il souhaitait amputer de cinq milliards d'euros l'enveloppe totale de fonctionnement des ministères pour l'année 2025. Début août, il a donc fait parvenir à Matignon sa version des « lettres plafonds » , qui détaillent les moyens alloués aux ministères pour l'année à venir et servent de socle aux débats sur le budget.

Un zèle qui s'est finalement avéré inutile, Matignon renouvelant finalement pour 2025 le montant de l'enveloppe prévu lors du projet de loi de finances 2024, soit 492 milliards d'euros. Dans un dernier tour de piste, celui qui a passé plus de sept ans à Bercy s'est rendu ce lundi à la Rencontre des entrepreneurs de France (REF), l'événement de rentrée du Medef. La seule évocation du nom de ce simple invité - puisque ministre démissionnaire - par le président du syndicat, Patrick Martin, a suscité les applaudissements du public. « Tu as été un artisan déterminé et déterminant de ces politiques pro-entreprises», lui a même lancé le patron des patrons. Scène inédite rompant avec la réserve habituellement observée vis-à-vis d'un ministre en exercice.

L'actualité a également surmobilisé le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Celui qui, après la dissolution martelait vouloir «retourner à l'Assemblée et s'occuper de son territoire» est non seulement resté en poste durant les Jeux olympiques, mais a dû faire face à l'attentat contre la synagogue de La Grande-Motte ainsi qu'au décès d'un gendarme après un refus d'obtempérer près de Cannes. C'est un brin dépité que le locataire de Beauvau s'est présenté sur le plateau de France 2, dimanche soir, semblant incapable de dire s'il sera toujours en poste jusqu'à la fin des Jeux paralympiques qui débutent ce mercredi : « C'est au président de la République de décider. (...) Je serai au travail jusqu'à la dernière minute», a-t-il lâché.

Pour les autres membres du gouvernement, aussi, l'attente commence à se faire longue, notamment pour les 21 ministres délégués et secrétaires d'État. Ces « petits » ministres ont vu les effectifs de leurs cabinets fondre comme neige au soleil, et leurs bureaux se remplir de cartons. Pour ceux ayant réussi à se faire élire député, l'inactivité ministérielle couplée à la rentrée politique déclenche des fourmis dans les jambes. Ainsi, ce mardi matin, Guillaume Kasbarian (Logement) et Prisca Thevenot (porte-parole du gouvernement) occupaient les matinales radio pour commenter la situation de blocage institutionnel du pays. Que pourraient-ils faire d'autre ? ML

Le Figaro, no. 24886
Le Figaro, mercredi 28 août 2024 1085 mots, p. 4
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27 août 2024 - Le Figaro (site web)

Après avoir écarté le NFP, Macron veut mettre la droite devant le fait accompli

Le président va recevoir une nouvelle fois les responsables des Républicains. Il espère un engagement plus ferme que le pacte législatif proposé par Laurent Wauquiez.

Conruyt, Claire, Quinault-Maupoil, Tristan

L'alliance de gauche du Nouveau Front populaire (NFP) écartée de Matignon par Emmanuel Macron, les regards se tournent plus que jamais vers la droite. «Les travaux continuent. La porte est ouverte, et je reçois tous ceux qui veulent bien venir continuer à oeuvrer pour l'intérêt supérieur du pays», a lancé mardi le président de la République depuis le perron de l'Élysée, où il attendait le premier ministre... irlandais. Les cadres des Républicains seront à nouveau reçus mercredi alors que la présidence de la République a appelé lundi soir «l'ensemble des responsables politiques à se hisser à la hauteur du moment en faisant preuve d'esprit de responsabilité». Lors de sa dernière rencontre avec le chef de l'État, «la Droite républicaine a défini ses lignes rouges, détaillé son pacte législatif sans s'engager à un vote du budget ni à un soutien ou une participation au gouvernement » , a rappelé le palais présidentiel dans un communiqué.

Une formulation «pas respectueuse», estime un ténor des Républicains qui affirme que son parti a été «positif»dans son approche de la situation. Maintenant qu'il a mis en exergue le manque d'appuis de la gauche, Emmanuel Macron chercherait-il à faire porter aux LR la responsabilité d'une impasse politique ? «Cela donne en effet cette impression», souffle un poids lourd du parti avant une réunion des LR mardi soir pour définir la ligne à tenir. «Il essaie de nous mettre dans la seringue, de nous faire porter le chapeau», s'agace d'ores et déjà un parlementaire. Un proche de Laurent Wauquiez précise : «Nous considérons que nous avons été très constructifs et ce, dès le mois de juillet. C'est désormais au président de la République de trouver la solution, d'autant qu'il est le principal responsable de la situation.» «Ce n'est pas nous qui avons déclenché l'arme atomique de la dissolution» ,insiste Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR.

«Nul ne peut contester que le pays a besoin de stabilité, souhaite de la sécurité pour les citoyens, la poursuite d'une politique d'indépendance énergétique avec le développement du nucléaire, de la rigueur dans la gestion des finances publiques. C'est dire si nous sommes d'accord sur l'essentiel, et sur le fait de ne pas mettre le pays à la merci d'une gauche dominée par ses pompiers pyromanes, qui est très largement minoritaire dans le pays comme au Parlement», rétorque Rachida Dati, la ministre démissionnaire de la Culture auprès du Figaro. « Les Républicains ont l'occasion de s'inscrire dans la continuité de la droite française, responsable et qui trouve des compromis pour gouverner. Je crois en leur sens des responsabilités pour agir au service des français et éviter une impasse institutionnelle», insiste de son côté Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur démissionnaire.

Avant de retrouver Emmanuel Macron, la droite martèle cette «piqûre de rappel» : «Le président doit sortir de ce jeu de dupes: arithmétiquement, l'Assemblée nationale n'a pas bougé. Le bloc central et LR, ça ne fait toujours pas une majorité.» À l'un de ses interlocuteurs, lundi, Emmanuel Macron aurait donné le sentiment de vouloir «obliger» Laurent Wauquiez à apporter son soutien à une future coalition du bloc central. «Il ferait mieux de réfléchir et de voir comment faire pour obtenir une non-majorité de censure, rétorque l'entourage de Wauquiez. On tourne en rond.» La droite persiste et signe : «Nous sommes constructifs, nous avons dit qu'il y avait des textes que nous serions prêts à voter sans participer à la coalition.» «Cela ne me semble pas être à la hauteur de l'enjeu. Laissons ce type d'habileté au NFP et choisissons la responsabilité » , plaide Rachida Dati. «Les LR sont historiquement une famille politique qui a vocation à assumer des responsabilités. Pas à les fuir» , insiste-t-elle. « Un pacte gouvernemental est indispensable. Il faut en discuter ».

La macronie, qui a finalement admis sa défaite aux élections législatives anticipées de juin dernier, ne peut se permettre de gouverner seule. Au risque de donner corps aux accusations de déni de démocratie. D'autant que La France insoumise veut déplacer l'imbroglio politique dans les rues. Excédé par le refus d'Emmanuel Macron de charger le NFP de former un gouvernement, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon appelle à «une grande manifestation contre le coup de force» du président, le 7 septembre.

«Le NFP veut obtenir par la force ce qu'il n'a pas obtenu par le vote. C'est cela qu'on appelle un coup d'État», a réagi sur les réseaux sociaux la porte-parole démissionnaire du gouvernement, Prisca Thevenot. Le député Renaissance Mathieu Lefèvre a lui aussi qualifié de «séditieux» l'appel du patron des communistes, Fabien Roussel, à «se mobiliser partout» jusque devant les préfectures. Le rejet de cette initiative de LFI rassemble macronistes et élus de droite, Bruno Retailleau jugeant qu'il «faut être intraitable vis-à-vis de ce mouvement, qui a une fascination toute révolutionnaire pour la violence». Mais la critique de la gauche ne fait pas un gouvernement.

«Il faut déminer cette majorité de blocage et trouver une voie de passage», a recommandé Valérie Pécresse, invitée mardi de RTL. Si elle jure être «vraiment candidate à rien» et «ne pense pas»que les députés de droite doivent «être des supplétifs de la macronie», la présidente LR de la région Île-de-France a estimé que «l'attitude de la droite doit être d'être responsable». Un propos suffisamment conciliant pour que des responsables du parti présidentiel y entrevoient une ouverture, même si Valérie Pécresse n'a pas annoncé être conviée prochainement à l'Élysée. À l'inverse, un rendez-vous entre le chef de l'État et Xavier Bertrand semblait être envisagé. Même si le président LR des Hauts-de-France, qui n'a pas fait mystère de sa disponibilité à s'installer à Matignon, n'avait pas encore été contacté mardi soir. Gérald Darmanin l'a de nouveau cité mardi sur BFMTV et RMC comme potentiel premier ministre, comme le socialiste Bernard Cazeneuve.

En attendant, Emmanuel Macron a échangé mardi avec François Bayrou, son allié du MoDem, qui plaide pour «sortir du jeu des partis» en s'appuyant sur des personnalités politiques expérimentées. Le président de la République a aussi échangé avec le groupe parlementaire Liot, dont les 22 membres sont incontournables pour former une coalition. ET T.Q.-M.

Libération
mercredi 28 août 2024 62 mots, p. 1

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«MACRON CROIT GAGNER, IL FAIT PERDRE LE PAYS»

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Après le refus d'Emmanuel Macron de nommer Lucie Castets à Matignon, la gauche prépare sa riposte avec une première manifestation prévue le 7 septembre. Le député de la Somme donne son interview de rentrée à «Libération». PAGES 2-5

Libération
mercredi 28 août 2024 634 mots, p. 6

ÉDITOS/

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27 août 2024 - Libération (site web)

Face au blocage politique, un Macron fautif et une gauche pas innocente

THOMAS LEGRAND

ÉDITOS/

Les responsables politiques de l'ancienne majorité relative comme ceux de la nouvelle majorité très relative font tout à l'envers. Le font-ils exprès ou ont-ils véritablement tous un problème de moeurs démocratique ? Ce n'est pas au président de la République (qui n'est pas responsable devant l'Assemblée) de consulter pour former une majorité, mais plutôt à l'ensemble politique arrivé en tête et qui prétend prendre les commandes à Matignon de se mettre en branle pour créer cette majorité. La gauche ne l'a pas fait. Du haut de ses 28 % et de ses 178 députés, elle a cru pouvoir offrir de diriger avec un gouvernement juste NFP, agrémenté d'un peu de société civile. Une majorité, c'est un nombre de députés suffisant mais c'est aussi, et concomitamment, un gouvernement composé de façon que ce nombre de député se reconnaisse dans l'équipe de l'exécutif. Donc si le Nouveau Front populaire avait voulu imposer la candidature de Lucie Castets avec quelque crédibilité, encore aurait-il fallu qu'il travaille, ces dernières semaines, à négocier avec d'autres forces politiques, non pas des accords législatifs, éventuels et ponctuels, mais un accord de gouvernement. Certes les macronistes auraient refusé (autre incongruité démocratique) à cause de la présence des insoumis. Mais le NFP ne l'a même pas proposé.

La lettre ou l'esprit Dès le 8 juillet au matin, le Président avait le choix, en respectant la lettre (article 5) de la Constitution ou l'esprit (discours du général de Gaulle à Bayeux en 1946), de nommer une personnalité à même de réunir sur son nom un maximum de députés pour un projet de compromis, ou alors de demander à l'ensemble politique NFP (même si cette structure n'en est juridiquement pas une au sein du Parlement) de travailler, par exemple pendant le temps des Jeux olympiques, à s'ouvrir pour former un gouvernement qui tiendrait le choc de la responsabilité devant l'Assemblée. Rien de tout ça n'a été fait.

Le nouveau round de négociations en cours depuis mardi ne peut rien donner, puisque ce n'est pas au Président de le mener et que la gauche ne veut plus y participer. Les seules négociations possibles maintenant seraient autour d'une personnalité désignée par le chef de l'Etat. Et ces négociations seront plus compliquées, plus méfiantes après tout ce temps de procrastination intéressée. Les socialistes, communistes et écologistes auraient certainement dû les accepter, si elles étaient intervenues après la chute d'un gouvernement Castets purement NFP.

La gauche NFP est plombée par la nature de son alliance. Le NFP était une machine utile et efficace pour lutter contre l'extrême droite et pour faire élire un maximum de députés des partis qui la compose. Mais elle n'est pas conçue pour gouverner. Et si ses membres le prétendent pourtant, elle n'en a de toute façon pas les moyens. Les socialistes, les écologistes et les communistes renonceraient-ils, en vertu de l'accord électoral qui les lie à LFI, à négocier avec une personnalité désignée par le Président et qui leur tendraient la main ? Responsabilités partagées C'est une question qui doit se poser. Pour l'instant, c'est non. La réponse à cette question n'est malheureusement pas, il faut le craindre, alimentée par la recherche d'une solution politique de compromis, de coalition, un moindre mal pour le pays qui va avoir besoin de voter un budget. Elle est alimentée par la peur de laisser le champ de l'opposition de gauche libre aux insoumis et d'ainsi ouvrir un boulevard pour Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle qui peut intervenir à n'importe quel moment d'ici 2027.

Dans le blocage qui devient préoccupant, les responsabilités sont partagées. Le premier fautif est le Président, devenu maître en dérèglement des horloges de notre démocratie. Mais la gauche, incapable d'admettre qu'elle n'est que la plus importante de toutes les minorités, n'est pas en reste.

La Croix, no. 43006
Débats, mercredi 28 août 2024 484 mots, p. 9

Faisons de cette lutte une grande cause nationale

Recueilli par Paula Pinto Gomes

Mathieu Lefèvre

Député Ensemble pour la République

(Source photo : Mathieu Lefèvre)

J’ai proposé de faire de la lutte contre l’antisémitisme une grande cause nationale parce que ce n’est pas seulement l’affaire des juifs de France. Il faut faire en sorte que tous les Français se sentent concernés, car c’est un danger pour la communauté nationale : l’antisémitisme est toujours

le sismographe d’une société

qui ne va pas très bien et le prélude à d’autres maux.

Si le nombre d’actes antisémites a explosé depuis le 7 octobre 2023, l’antisémitisme est présent de façon très importante dans notre pays depuis plusieurs années.

On enregistrait jusqu’ici près

de 500 actes de cette nature par an, soit 50 à 60 % des violences antireligieuses. Ce qui est absolument massif, compte tenu du poids de la population juive, qui ne représente que 1 % de la population nationale.

Cette lutte fait, évidemment, déjà partie du plan national d’action de lutte contre les discriminations, le racisme et l’antisémitisme, qui prévoit des actions spécifiques. Mais cela ne semble pas suffisant. Faire de ce combat une grande cause nationale lui donnera

d’abord une visibilité beaucoup plus importante et permettra aussi de sensibiliser tous les citoyens afin que chacun se sente responsable

de ce fléau et de ses conséquences potentielles. Compte tenu de l’explosion du nombre d’actes, du contexte international, mais aussi des départs des juifs de France vers Israël, il est temps de redire que ces derniers sont les bienvenus.

Il est d’autant plus important de solenniser cette cause que, dans le débat public, la lutte contre l’antisémitisme n’est pas unanimement partagée, ou est partagée de façade. On voit bien, chez certains hommes politiques d’extrême gauche, la difficulté à nommer les choses quand il y a des actes aussi graves que l’attentat contre la synagogue de La Grande-Motte. Il y a, par ailleurs, tout un discours qui peut contribuer à libérer la parole antisémite.

Une grande cause nationale engagera les pouvoirs publics, mais elle devra aussi mobiliser la société civile et les entreprises parce que l’antisémitisme s’exprime partout. Elle pourra prendre la forme d’une campagne de communication d’envergure, d’un fonds de soutien pour le financement de projets éducatifs et mémoriels sur

la Shoah, bien sûr, mais aussi sur l’histoire de cette haine depuis deux mille ans, ou encore la forme d’un agenda avec des événements (expositions, stages pédagogiques) organisés par les collectivités locales.

Cela passera également par des actions de la part d’ambassadeurs, qui peuvent être des historiens,

des philosophes, des militants,

des personnalités de la société civile, mais aussi des personnes d’autres communautés religieuses. Il y aura des actions concrètes, mais l’objectif est de faire en sorte que cette lutte devienne l’affaire

de tous.

Le Figaro, no. 24886
Le Figaro, mercredi 28 août 2024 1618 mots, p. 21
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28 août 2024 - Le Figaro (site web)

Silvy Araujo, s'enrichir en faisant rêver les pauvres

Héritière de l'une des familles les plus fortunées de Colombie, la blogueuse prodigue des conseils de bien-être à ses 2,9 millions d'abonnés, auxquels aucun détail de son mariage glamour n'a été épargné.

Bèle, Patrick

Silvana Araujo et Felipe Pino ont convolé en justes noces à Carthagène, en Colombie, le 2 juin dernier. Leur mariage a largement alimenté les réseaux sociaux pendant plusieurs semaines. Le faste des cérémonies a suscité à la fois des messages d'admiration pour la beauté de sa robe et la magnificence de la fête, et de réprobation sur le coût de l'événement dans un pays où 70 % de la population sont considérés comme étant en situation de précarité, selon la Banque mondiale.

Silvana et Felipe se sont rencontrés en 2022. Il lui a fait sa demande en juin 2023 sur une terrasse de café romantique de Madrid, dont il avait auparavant fait couvrir le sol de pétales de rose. «Quand je suis entrée, j'ai eu peur,se rappelle Silvana Araujo. Je me suis dit: « C'est le moment. » Il est entré et immédiatement il s'est agenouillé devant moi. Je me suis caché les yeux. Et j'ai pleuré.» Elle a pu partager son émotion avec son père, Alberto Ignacio Araujo Perdomo, qui était de passage au même moment dans la capitale espagnole. Ses plus de 2 millions d'abonnés sur les réseaux sociaux ont aussi pu profiter en direct de tous les détails cette belle histoire.

L'héritière a hésité longtemps avant de choisir sa robe de mariée. Elle a fait plusieurs allers-retours aux États-Unis pour peaufiner son choix. Elle a fini par élire une robe de la très chic boutique Goretty Medina. Si le prix exact n'en a pas été révélé, les spécialistes s'accordent sur une somme minimum de 30 000 dollars.

Les festivités ont commencé le 30 mai, sur les plages de la presqu'île de Baru, à l'ouest de Carthagène. Celles-ci sont bordées de fastueuses villas, et des fêtes somptueuses sont organisées régulièrement sur des yachts de luxe dans les baies abritées de la presqu'île. Champagne et cocaïne y sont consommés sans modération. Au bout de la presqu'île, dans la mangrove, se love un village fondé par des nègres marrons. Ces esclaves en fuite ont exploité cette végétation, qui crée d'interminables labyrinthes pour se cacher de leurs maîtres au XIXe siècle. Dans ce village, les conditions de vie sont, encore aujourd'hui, particulièrement difficiles. Très isolée, la population vit dans une grande précarité, sans accès aux services de distribution d'eau ou d'électricité.

Après une fête de deux jours dans ce paradis pour milliardaires baignant dans les eaux chaudes et bleu profond des Caraïbes, la cérémonie de mariage s'est déroulée dans la superbe cathédrale de Carthagène, d'architecture Renaissance espagnole. Le choeur est orné d'un luxuriant décor de bois sculpté recouvert de feuilles d'or. À la sortie, la foule se pressait sur la place de la Proclamation, chacun voulant approcher la blogueuse aux 2,9 millions d'abonnés, héritière de l'une des familles les plus fortunées de Colombie.

La noce s'est alors dirigée vers le Théâtre Adolfo Mejia, lui aussi situé à l'intérieur des magnifiques murailles de « l'Héroïque ». Les Colombiens surnomment ainsi cette ville, qui fut l'un des principaux points d'exportation des énormes quantités d'or de l'Amérique latine ayant enrichi la couronne espagnole. Cette activité a longtemps attisé la convoitise des pirates français et anglais, qui ont, à plusieurs reprises, tenté de prendre la ville et qui pillaient régulièrement les bateaux la quittant. Aujourd'hui, « l'Héroïque » est très prisée des visiteurs nationaux et internationaux pour son charme colonial. C'est aussi l'un des principaux centres du tourisme sexuel du pays, exploitant la pauvreté d'une grande partie de la population locale.

Le Théâtre Adolfo Mejia, ou Théâtre Heredia, a été inauguré en 1911. C'est un théâtre à l'italienne avec son escalier d'entrée en marbre de Carrare, son imposant lustre de cristal, ses balcons à colonnade et son plafond peint d'un ciel où dansent des angelots. Le parterre peut accueillir 224 spectateurs, le premier étage 120, et les galeries 100. Le prix de location de base de la salle est officiellement de 5 000 euros, auxquels s'ajoutent de nombreuses options proposées. Avec la corruption qui entoure cette activité, le coût réel serait plus proche de 30 000 euros. Beaucoup regrettent que cette magnifique salle de spectacle soit plus souvent utilisée pour des fêtes privées que pour des représentations musicales ou théâtrales.

Parmi les invités au mariage de Silvana et Felipe, de nombreuses personnalités du monde de la musique et du cinéma colombien : Greeicy Rendon, actrice, chanteuse et danseuse qui a gagné le « Danse avec les stars » mexicain en 2018. Elle s'est fait connaître dans la très populaire telenovela colombienne Vampiras. Daniela Salazar, mannequin et influenceuse aux 2 millions d'abonnés sur TikTok et 1,7 million sur Instagram, a tourné dans un clip de Maluma, la grande star du reggaeton colombien. Lina Tejeiro, actrice qui s'est fait connaître dans la telenovela Padres e hijos, comme Johanna Fadul, également présente, et qui a créé ensuite une entreprise de cosmétiques. Le footballeur Juan Sebastian Quintero, du club brésilien de Vila Nova. Mais l'artiste qui a volé la vedette à tout le monde est le très populaire chanteur de salsa Camilo. Il a chanté, en l'honneur de l'influenceuse, LaBoda (« le mariage »). «C'est Felipe qui a pratiquement écrit toute la chanson,explique-t-il. Je me suis contenté de la chanter.»

La popularité de Silvy Araujo, son nom d'influenceuse, vient de ses activités sur les réseaux, où elle prodigue des conseils de bien-être, de nutrition et surtout des exercices physiques «pour obtenir le corps que vous rêvez d'avoir».Elle y raconte aussi tous les détails de sa vie. Parmi ses millions de followers, l'épouse de Lionel Messi, Antonela Roccuzzo. Selon le magazine Forbes, Silvy Araujo fait partie du top 10 des influenceuses fitness. Sur la plupart des photos, elle apparaît en crop top, mettant en valeur une ceinture abdominale qui se veut parfaite.

Silvy Araujo voyage beaucoup en Amérique latine, en Europe et aux États-Unis pour faire la promotion de ses sites Instagram et TikTok. Friande de publicité, elle poste des photos d'elle avec des stars, comme le footballeur argentin Messi. Elle a aussi créé une marque de vêtements de sport qui commence à connaître un vrai succès : Leonisa.

La famille de Silvana Araujo n'appartient pas au club très fermé des dix premières fortunes de Colombie. Selon le magazine Forbes, le plus riche colombien est David Vélez, avec une fortune évaluée à 11, 5 milliards de dollars. Mais les Araujo peuvent revendiquer la place de la famille la plus influente et la plus fortunée de Carthagène. Son influence est d'abord économique. C'est le grand-père de Silvana qui a fondé l'empire familial, Alberto Araujo. Il comprend une chaîne d'hôtels de luxe, Las Américas, avec notamment un établissement de prestige à Carthagène et un autre au Panama. Les Araujo possèdent plusieurs propriétés aux États-Unis, une agence immobilière, des entreprises de BTP qui travaillent pour l'État. Ils sont propriétaires de plusieurs médias, comme Eluniversal, un quotidien de Carthagène. Ils ont également des activités dans l'import-export.

Mais leur influence est aussi politique. Fernando Araujo, l'oncle de Silvana, a été plusieurs fois ministre et député. Il est le représentant de l'uribisme à Carthagène, un très influent mouvement politique conservateur à la tête duquel se trouve l'ancien président Alvaro Uribe. Il a passé six ans aux mains des Farc dans des conditions très difficiles, de 2000 à 2006, avant de parvenir à tromper la vigilance de ses gardiens et de passer plusieurs jours dans la forêt seul et sans vivres. Il a été cité dans un scandale de corruption à la fin des années 1990, alors qu'il était ministre du président Andrés Pastrana. Il se serait servi de sa position politique pour faire expulser des dizaines de familles afro-colombiennes dans le but de s'approprier des terrains à bas prix et d'y lancer de juteux projets immobiliers.

«La Colombie est l'un des pays les plus inégalitaires d'Amérique latine, qui est la région la plus inégalitaire du monde» ,rappelle l'économiste colombienne Monica Uribe Gomez. Selon le Département administratif national de statistiques colombien (DANE), dans les zones urbaines en 2021, 33,6 % des personnes étaient en situation de pauvreté et 23,1 % en situation de vulnérabilité, ce qui représente 56,7 % de la population.

Depuis 2010, la misère avait diminué en Colombie, le taux de pauvreté passant de 40 % à 29,9 % en 2018 selon la Cepal (Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes). Mais la pandémie de Covid a fait des ravages en 2020, plus de la moitié des Colombiens travaillant dans le secteur informel sans protection sociale. Quand le confinement a été décrété, beaucoup de familles se sont retrouvées sans ressources et livrées à elles-mêmes. La population en situation de pauvreté a presque retrouvé ses niveaux de 2010, s'élevant à 39,8 %. En 2022, la situation s'est quelque peu améliorée, retombant à 35,4 %. Mais les inégalités restent un fléau pour le pays.

Selon Oxfam, «en Colombie, pour 100dollars de richesses qui se sont créées dans le pays pendant la dernière décennie, 45 ont été accaparés par les 1% les plus riches, et seulement 12,40dollars sont revenus aux 90% les plus pauvres».Depuis des années, une réforme agraire est promise, car la pauvreté est particulièrement criante dans les zones rurales. Une multitude de paysans sans terre font face à quelques propriétaires qui détiennent des milliers d'hectares, parfois laissés en friches. Mais les freins sont nombreux. Le premier président de gauche du pays, élu en 2022, Gustavo Petro, a promis des changements. Il peine cependant à les mettre en oeuvre, devant l'opposition d'une élite très conservatrice qui garde le contrôle du Parlement. P. B.

La Croix, no. 43006
Événement, mercredi 28 août 2024 1135 mots, p. 6,7
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27 août 2024 - La Croix (site web)

La quête d’un gouvernement toujours dans l’impasse

Laurent de Boissieu et Lauriane Clément

Lundi 26 août, le président de la République a exclu de nommer un premier ministre issu du Nouveau Front populaire, et a ouvert un second cycle de consultations avec des personnalités politiques.

La France reste donc plongée dans une impasse politique inédite, qui soulève plusieurs questions.

Pourquoi Lucie Castets n’a-t-elle pas été nommée première ministre ?

En cas de majorité relative, la procédure classique dans un régime parlementaire est que le chef de l’État – le président de la République en France – charge une personnalité issue du parti ou de la coalition majoritaire de trouver une majorité absolue. Ce n’est qu’une fois qu’elle y parvient que cette personnalité est nommée cheffe du gouvernement.

Sur ce modèle, Emmanuel Macron n’aurait pas dû nommer Lucie Castets à Matignon, mais proposer à une personnalité de son choix, issue du Nouveau Front populaire, de chercher une majorité absolue. Or, explique le communiqué publié lundi 26 août par l’Élysée, ce dernier « a constaté qu’un gouvernement sur la base du seul programme et des seuls partis proposés par l’alliance regroupant le plus de députés, le Nouveau Front populaire, serait immédiatement censuré par l’ensemble des autres groupes représentés à l’Assemblée nationale ».

Autrement dit, s’il nommait Lucie Castets à Matignon, le gouvernement de cette dernière serait aussitôt renversé. Bref, toujours pas de majorité stable, et un gouvernement démissionnaire de gauche qui remplacerait un gouvernement démissionnaire du centre, celui de Gabriel Attal. Entre les deux, Emmanuel Macron a choisi l’option la plus avantageuse pour sa famille politique. En attendant, jusqu’à la nomination d’un suivant, tout gouvernement démissionnaire garde la main sur les affaires courantes nécessaires (budget, rentrée scolaire…).

Peut-on parler d’un déni démocratique ?

Après le communiqué publié par l’Élysée, de nombreuses figures du Nouveau Front populaire ont dénoncé un « déni »de démocratie, rappelant qu’en nombre de sièges la coalition est arrivée en tête des élections législatives. « Dans aucune démocratie au monde, il n’y a un droit de veto du président de la République sur le résultat des élections »,a ainsi clamé le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a lui fustigé une « parodie de démocratie ».

Est-ce pour autant le cas ? « D’un point de vue constitutionnel, rien n’oblige Emmanuel Macron à quoi que ce soit. L’article 8 dispose que le président de la République nomme le premier ministre, un pouvoir qu’il exerce seul car il est dispensé de contreseing, décrypte Mathieu Carpentier, professeur de droit public à l’université Toulouse-Capitole. Cela est d’autant plus vrai que le NFP ne dispose pas d’une majorité suffisante à l’Assemblée nationale pour prétendre gouverner. »

En réalité, c’est surtout le positionnement du chef de l’État qui est critiqué par la gauche. Emmanuel Macron « veut être président, premier ministre et chef de parti, ce n’est pas respectueux des Français ni de la démocratie », a dénoncé Lucie Castets le 27 août sur France Inter. Un constat partagé par Mathieu Carpentier : « Comment être le leader d’un bloc à l’Assemblée nationale tout en prétendant être un simple arbitre veillant à la continuité de l’État, conformément à l’article 5 de la Constitution ? C’est toute l’ambiguïté de la Ve République, dont on voit aujourd’hui les effets néfastes. »

Que propose chaque parti ?

Le chef de l’État espère toujours sortir de l’impasse, en ouvrant le 27 août un second cycle de consultations avec des responsables politiques et des personnalités « se distinguant par l’expérience du service de l’État ». Il a reçu, en tout premier, les élus du groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), et devait rencontrer ce 28 août les trois dirigeants de LR, au parti (Annie Genevard), à l’Assemblée nationale (Laurent Wauquiez) et au Sénat (Bruno Retailleau). N’ont en revanche été conviés ni le Rassemblement national et son allié Éric Ciotti, ni La France insoumise.

À rebours du communiqué d’Emmanuel Macron les pressant à « coopérer avec les autres forces politiques », les élus socialistes, écologistes et communistes ont refusé d’y participer et continuent à faire bloc. La France insoumise et plusieurs organisations syndicales étudiantes appellent déjà à une journée de manifestation « contre ce coup de force »,le samedi 7 septembre. Le parti mélenchoniste promet que « toute proposition de premier ministre autre que Lucie Castets fera l’objet d’une motion de censure ». Il brandit également la menace d’une motion de destitution du chef de l’État, en s’appuyant sur l’article 68 de la Constitution… Une procédure qui a, en réalité, peu de chances d’aboutir.

Quelles majorités sont-elles possibles ?

Sous la Ve République, un bloc électoral n’a jamais été aussi loin d’atteindre la majorité absolue. Difficile dans ces conditions de former un gouvernement majoritaire, soit directement, soit indirectement grâce à la bienveillance d’un ou plusieurs groupes : soutien sans participation ou encore « accord de non-censure », comme l’a théorisé le député PS Philippe Brun. L’extrême droite étant isolée et la droite trop faible, tout se joue au centre et à gauche.

La gauche mise sur la bienveillance de l’aile gauche des macronistes. Deux obstacles empêchent toutefois un tel rapprochement. D’une part, les mouvements qui la représentent (Territoires de progrès, En commun !, Fédération progressiste) ne pèsent au total qu’une dizaine de députés. D’autre part, il est difficile de dégager une cohérence idéologique de l’ancienne première ministre Élisabeth Borne à Mathilde Panot (LFI).

Le centre, lui, mise sur la double bienveillance de LR, acquise, et surtout du PS. D’où l’idée d’une personnalité issue de la gauche modérée. La cohérence idéologique serait cette fois plus grande, en ce qu’elle cadre avec la majorité d’Ursula von der Leyen au Parlement européen, comme avec celles qui se forment en France pour la ratification de chaque traité européen, de l’Acte unique en 1986 au pacte budgétaire en 2012.

Cette dernière perspective est espérée dans les allées de l’université de rentrée du Medef : Alain Minc parlait, mardi 27 août, de « cercle de la raison », les patrons préfèrent parler aujourd’hui de « coalition des raisonnables ». « Si on s’en sortait avec une légère augmentation du smic étalée sur plusieurs mois, une petite imposition supplémentaire des plus riches et une réforme des retraites revisitée mais pas abolie, nous hurlerions pour la forme, mais ce serait assez positif… », analyse un vieux routier du mouvement patronal. Pour l’instant, Olivier Faure reste fidèle à l’union avec LFI. Mais son opposition interne fourbit ses armes avant l’université d’été du parti, qui s’ouvrira jeudi.

Libération
mercredi 28 août 2024 332 mots, p. 3

autre

Chaos

ALEXANDRA SCHWARTZBROD

autre

Le quotidien britannique de référence The Guardian n'a pas pris de détours, lundi soir, pour résumer la situation politique en France : «Le chaos.» Et il sait de quoi il parle, lui qui vient de couvrir une crise politique à rallonge au 10, Downing Street. De fait, en annonçant qu'il était hors de question de constituer un gouvernement issu du Nouveau Front populaire, pourtant arrivé en tête aux législatives, Emmanuel Macron a prouvé que les prétendues «consultations» engagées de façon bonhomme n'étaient qu'un leurre. Il a déchaîné la colère de toutes celles et tous ceux qui, dans leur grande majorité, ont indiqué par leur vote qu'ils voulaient une autre politique, et ouvert une période d'incertitudes majeures, alors que les Jeux paralympiques s'ouvrent ce mercredi sous les yeux du monde entier, et que la rentrée scolaire se prépare dans une ambiance de plomb avec une ministre démissionnaire. Pour que le chef de l'Etat en soit réduit à envisager de consulter Nicolas Sarkozy et à déjeuner avec François Bayrou, c'est qu'il ne sait plus comment s'extraire du piège dans lequel il s'est lui-même enfermé. Mais tout vaut mieux, à ses yeux, qu'une gauche au pouvoir qui détricoterait sa réforme des retraites passée au forceps et menacerait les plus riches qu'il ne cesse de favoriser depuis son arrivée au pouvoir. «A travers lui, c'est toute une classe qui réagit», déclare dans Libération le député ex-LFI de la Somme François Ruffin. Des propos qui résonnent étrangement avec la réaction, mardi, du patron du Medef, Patrick Martin, se disant ouvertement «rassuré» par l'éviction du NFP. Cette incertitude et cette inquiétude vont bien au-delà du court terme. Vu l'ampleur de la crise politique ouverte par le chef de l'Etat, il est probable que les Français devront retourner aux urnes à brève échéance. Et vu le peu de cas qui est fait de leur vote, on peut craindre que les électeurs de gauche, cette fois, ne se déplaceront pas, au risque de laisser l'extrême droite emporter la mise.

Libération
mercredi 28 août 2024 1131 mots, p. 3

autre

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27 août 2024 - Libération (site web)

François Ruffin : «Il faut mettre une limite à l'hubris du Président»

Ch. B.

autre

INTERVIEW Pour le Picard, éloigné depuis quelques semaines de La France insoumise, le coup de force d'Emmanuel Macron n'est que le prolongement de la politique antidémocratique qu'il mène depuis 2017.

E n campagne pour sa réélection lors des législatives, chez lui, à Amiens, François Ruffin avait prévenu : en cas de défaite le 7 juillet, dans cette circonscription où le Rassemblement national monte d'élection en élection, le député de la Somme arrêterait la politique. Réélu, il continue, désormais hors du mouvement insoumis, avec lequel il a rompu. Candidat potentiel à la présidentielle de 2027, il organise sa rentrée à Flixecourt samedi. A travers la décision d'Emmanuel Macron d'écarter le NFP de Matignon, «c'est toute une classe qui réagit», juge le Picard, déplorant que «certains libéraux préfèrent l'extrême droite à la gauche». Emmanuel Macron a évacué l'hypothèse d'un gouvernement NFP. Il s'agit selon vous d'un déni de démocratie ? C'est une évidence. Mais rien de neuf sous le roi-soleil de Macron : depuis sept ans, «la démocratie c'est moi !» Qu'on se souvienne des gilets jaunes, que lui règle non pas par une solution politique mais policière, avec lacrymos et bulldozers. Ou encore le Covid, avec une France suspendue tous les soirs à ses lè- vres, sur les confinements, les couvre-feux, les commerces fermés, etc. Et le pire, sans doute : les retraites. J'insiste : on est dans ce prolongement. Macron est sorti fortement affaibli des législatives de 2022, sans majorité à l'Assemblée, et encore moins dans le pays. Mais plutôt que de gouverner avec prudence, il a passé les 64 ans en force, contre 8 Français sur 10, contre tous les syndicats unis, et vraisemblablement une majorité des députés. Le bond du vote RN, plusieurs millions d'électeurs en plus, c'est directement lié à cette manière de faire : si c'est ça la démocratie, à quoi bon la démocratie ? Mais même aujourd'hui, il poursuit dans le déni, comme s'il n'avait pas essuyé une défaite, comme s'il détenait les manettes. Encore une fois, il croit gagner, en minable Machiavel, mais il fait perdre le pays et la démocratie.

Nous offrons à la macronie une porte de sortie honorable. Sinon ce sera le RN. Mais certains libéraux préfèrent l'extrême droite à la gauche.

Faut-il continuer à dire «rien que le programme et tout le programme» ou faut-il assumer qu'il faudra faire des compromis ? De toute façon, Lucie Castets serait contrainte de diriger comme Macron aurait dû le faire : avec sagesse, retenue et prudence. Le tri dans nos projets de loi sera effectué par l'Assemblée : sur quelles mesures nous trouverons une majorité, sur quelles mesures pas ? Aujourd'hui, le souci, c'est de mettre une limite à Macron, à son hubris. Je personna- lise, mais il faut élargir : à travers lui, c'est toute une classe qui réagit. Le bloc libéral perd la main, et comme quand le sable s'échappe, il faut serrer encore plus fort pour le retenir. Pour quoi ? Pour que ne se referme pas la parenthèse libérale ouverte en 1983. Et on voit le patron du Medef sortir du bois, entrer sur le ring politique, réclamer un gouvernement technique. Mais ça n'existe pas, un gouvernement technique ! Ça veut dire, simplement, continuer la politique menée depuis quarante ans. Il y a vingtcinq ans, les 500 premières fortunes françaises représentaient 5 % du PIB, 20 % à l'arrivée de Macron au pouvoir, et aujourd'hui, c'est audelà des 40 %. Depuis sept ans, ils sont parvenus pas seulement à geler les salaires réels, mais à les faire reculer ! Le capital se gave, les travailleurs sont rationnés : forcément, les premiers veulent que ça continue comme ça.

Qu'est ce qui vous fait dire qu'un changement est aujourd'hui possible ? Sur le terrain idéologique, nous avons gagné. Les mots marché, compétitivité, mondialisation ne suscitent plus d'enthousiasme, mais de l'inquiétude. 80 % des Français sont pour un impôt sur la fortune, encore plus pour l'indexation des salaires sur l'inflation. 80 % des ouvriers avaient voté, il y a près de vingt ans, contre la «concurrence libre et non faussée». D'où le raidissement du pouvoir. Comme le dit Gramsci : «Quand les masses se détachent des idéologies traditionnelles, la classe dominante recourt à la force de coercition.» Comment analysez-vous le vote du 7 juillet ? La gauche a-t-elle gagné ? Je considère qu'on a sauvé les meubles. C'est un sursis, un répit, qu'il faut mettre à profit. Dans les mois à venir, il faut que les Français voient que sur les retraites, les salaires, même si on ne gagne pas tout, on gagne quelque chose. Il faut qu'on montre qu'il y a un débouché pour eux à gauche. C'est comme ça qu'on préparera la prochaine dissolution, pour avoir cette fois une majorité absolue dans le pays.

Et pour vous, quelle est la suite ? L'avenir le dira. Déjà, être une corde de rappel, ne pas oublier pour qui on se bat : les petits retraités, les salariés qui se lèvent tôt, qui ont mal au dos, et qui le 5 du mois reçoivent un SMS de leur banque parce qu'ils doivent payer des agios. Des Françaises, des Français qui demandent avant tout, bien souvent, de la stabilité, quand Macron installe de l'instabilité partout, en improvisant une dissolution, en alimentant l'injustice, en abîmant les piliers de la République que sont l'école ou la santé… En face, nous devons être une force qui incarne la stabilité et la protection.

Vous faites votre rentrée à Flixecourt. C'est un tournant ? C'est une première, certes. Mais, j'y vois une continuité : porter une voix libre, une parole vraie, dans un bourg ouvrier, là où la gauche doit faire mieux.

Un mois après votre rupture avec La France insoumise, vous ne regrettez rien ? Un désaccord profond, électoral et moral, s'est installé, enkysté, et a pourri depuis deux ans. Il ne pouvait qu'éclater.

Comment se passe la vie hors des partis ? Comme toujours, libre ! Ma famille, c'est la gauche. Celle que j'ai appelée à se rassembler le 9 juin au soir : des insoumis aux socialistes. Mais de toute façon, la vie, ce n'est pas les partis, c'est être auprès des gens. Pendant les négociations du NFP, vous avez dénoncé le blocage du «cartel des partis». Ce sont eux qui font obstacle à la reconstruction de la gauche aujourd'hui ? Non, dans cette rentrée, ils maintiennent l'unité. Quand ça bloque, ça traîne, je le dis. Et quand ça roule, je le dis aussi. Maintenant, la référence au Front populaire a un sens : à l'époque, la société s'en est emparée. Il faut apprendre des erreurs de la Nupes, de son échec : laissées entre les mains des seules directions, les forces de division l'emporteront sur les forces d'unité. Le déni de démocratie de Macron peut être le chemin, le ferment, pour embarquer large : associations, syndicats, hommes et femmes de bonne volonté.

Le Monde
France, mercredi 28 août 2024 1306 mots, p. 6,7
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27 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Gouvernement

Macron rejette un gouvernement issu du NFP

Le chef de l’Etat a écarté, lundi soir, la candidature de Lucie Castets, proposée par l’alliance de partis de gauche, invoquant la « stabilité institutionnelle »

Robin D’Angelo et Nathalie Segaunes

Après avoir tergiversé pendant plusieurs semaines, Emmanuel Macron a finalement fermé la porte à un gouvernement du Nouveau Front populaire (NFP) lundi 26 août, au soir. Dans un communiqué adressé par l’Elysée aux rédactions peu avant 20 heures, le président de la République a exclu de nommer Lucie Castets à Matignon.

« La stabilité institutionnelle impose de ne pas retenir cette option », avance-t-il, car un tel gouvernement « sur la base du seul programme et des seuls partis proposés par l’alliance regroupant le plus de députés, le Nouveau Front populaire, serait immédiatement censuré par l’ensemble des autres groupes représentés à l’Assemblée nationale ». Il « disposerait immédiatement d’une majorité de plus de 350 députés contre lui, l’empêchant de fait d’agir » , poursuit le chef de l’Etat, additionnant les voix de la coalition présidentielle (166), de la droite (47) et de l’extrême droite (142), qui lui ont tous promis ces derniers jours de censurer immédiatement un gouvernement du NFP, qui serait soutenu par seulement 193 députés.

Nommer la haut fonctionnaire Lucie Castets à Matignon, comme le demandent les quatre partis composant l’alliance de gauche, « c’était accepter qu’elle soit renversée,explique l’entourage du chef de l’Etat. Or si le président nommait un premier ministre en sachant qu’il va tomber, il serait en infraction avec la Constitution, qui lui impose d’assurer la stabilité et l’indépendance du pays ».

Samedi 24 août, le chef de file des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, avait défié le camp présidentiel en évoquant l’hypothèse d’un gouvernement du NFP sans ministre de La France insoumise (LFI), afin de démontrer que ce premier round de consultations était en réalité construit pour écarter la coalition de gauche, dont le programme est rejeté par l’ancienne majorité.

Emmanuel Macron a laissé Gabriel Attal répondre au leader de LFI, lundi. Dans une lettre adressée aux 99 députés de son groupe, le premier ministre démissionnaire a dénoncé « un simulacre d’ouverture » et « une tentative de coup de force » de la part de M. Mélenchon . Avant de juger que « l’application unilatérale » du programme du NFP aboutirait notamment« à un effondrement économique de notre pays ».

« Des voies de coalition »

Gabriel Attal n’en a pas moins tendu la main au reste de la gauche, assurant qu’il était « prêt à évoluer » et qu’il soutenait « la nomination d’un premier ministre qui ne serait pas issu de[leurs] rangs ». « Nous sommes prêts à de nouveaux compromis sur le fond, notamment sur des chantiers portés par d’autres groupes », a-t-il ajouté. Son entourage rappelle sa proposition, évoquée le 13 août dans une lettre aux présidents de groupes parlementaires – hors Rassemblement national (RN) et LFI –, de taxation des superprofits.

Les appels du pied de figures de la majorité sortante en direction de la gauche de gouvernement se sont multipliés ces dernières heures. En dépit du jeu de dupes qui s’est déroulé ces derniers jours, le camp présidentiel ne renonce pas à obtenir le ralliement de députés du NFP, mais non LFI. Ainsi le secrétaire général de Renaissance, Stéphane Séjourné, dans une déclaration transmise à l’Agence France-Presse lundi soir, quasiment simultanément avec le communiqué de l’Elysée, appelle-t-il « les formations républicaines, dont les écologistes et les socialistes font partie, à rejoindre la table des négociations ».

M. Macron croit-il encore possible de diviser les formations de gauche, en attirant vers lui les « raisonnables » et en les poussant à se détacher de M. Mélenchon ? Le communiqué de l’Elysée assure que les partis du camp présidentiel ont « dessiné des voies de coalition et de travail commun possibles entre différentes sensibilités politiques ». A l’inverse du Parti socialiste, des écologistes et des communistes, qui n’ont « pas proposé de chemins pour coopérer avec les autres forces politiques ». « Il leur appartient désormais de le faire », commande-t-il. « Il n’y a pas eu une adhésion massive des Français au programme de LFI aux élections européennes et législatives, rappelle un conseiller du chef de l’Etat. Le président invite les forces de gauche qui ont déjà gouverné à travailler avec les autres forces républicaines. »

Sera-t-il entendu ? Alors qu’Emmanuel Macron entame, mardi 27 août, un « nouveau cycle de concertations » –auquel ne sont invités ni LFI, ni le RN, ni Eric Ciotti (président du groupe A droite à l’Assemblée nationale) –, les membres du NFP ont prévenu, lundi, qu’il était hors de question pour eux de se rendre une nouvelle fois à l’Elysée, dès lors qu’il ne s’agit pas de discuter de la mise en place d’un gouvernement Castets.

M. Macron consultera également mardi, précise le communiqué, « des personnalités se distinguant par l’expérience du service de l’Etat et de la République ». Il s’agit, précise l’Elysée, de « personnes qui ont servi l’Etat au plus haut niveau, susceptibles d’avoir un avis éclairé ou d’occuper la fonction de premier ministre ».

Parmi elles, les ex-présidents de la République Nicolas Sarkozy et François Hollande, ainsi que les personnalités citées depuis plusieurs semaines comme pouvant prétendre au poste de premier ministre, comme l’ancien locataire de Matignon Bernard Cazeneuve ou le président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), Didier Migaud, laisse-t-on entendre Rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Une personnalité « non politique »

Avant de présider l’autorité administrative indépendante, Didier Migaud a été député, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale et premier président de la Cour des comptes. C’est précisément en faveur de ce type de profil qu’a plaidé la présidente (Renaissance) de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, lundi matin, lors d’un entretien avec M. Macron. Reconduite au perchoir grâce à un accord entre le « bloc central » et les députés du parti Les Républicains (LR), elle préconise la nomination d’une personnalité « non politique, qui soit aujourd’hui à la tête d’une institution ou d’une autorité administrative, qui ait une bonne connaissance du milieu politique, afin d’inspirer suffisamment d’assurance pour permettre l’adoption du budget, et plutôt d’origine socialiste ou sociale-démocrate ».

Si rien n’a filtré de l’entretien de M. Macron avec le président (LR) du Sénat, Gérard Larcher, reçu lundi en fin d’après-midi, le chef de l’Etat semble ne pas douter de la bienveillance des élus LR à l’égard du prochain gouvernement, dès lors qu’il ne serait pas estampillé NFP. Ainsi les représentants de la droite lui ont-ils fait savoir, vendredi, qu’ils ne s’opposeraient pas au budget, pourvu qu’il ne prévoie pas d’augmentation d’impôt, ni de gel des pensions de retraite. Ni à un premier ministre issu de la gauche, pourvu qu’il ait « le sens de l’Etat et de l’intérêt général et connaisse bien la machine d’Etat », précise le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau. Quant à Marine Le Pen, si elle a promis, lundi matin, au chef de l’Etat de censurer n’importe quel gouvernement du NFP, elle ne censurerait pas a priori tout autre exécutif, veut-on croire à l’Elysée.

Mais plus de quarante jours après la démission du gouvernement Attal, la France n’a toujours pas de premier ministre. « Ma responsabilité est que le pays ne soit ni bloqué ni affaibli », écrit le chef de l’Etat en conclusion du communiqué élyséen, appelant aussi « l’ensemble des responsables politiques à se hisser à la hauteur du moment en faisant preuve d’esprit de responsabilité ». Etonnamment prompt à se tourner vers les formations politiques qu’il abhorre pour démêler une crise qu’il a lui-même créée en décidant de dissoudre l’Assemblée nationale

Le Monde
France, mardi 27 août 2024 981 mots, p. 8
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26 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Avec Lucie Castets, le NFP pense le coup d’après, Matignon ou pas

Les partis de la coalition de gauche s’accrochent à leur candidate, quelle que soit l’issue des concertations menées par Emmanuel Macron

Sandrine Cassini et Rachel Garrat-Valcarcel

Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), Tours - envoyées spéciales - Les « insoumis » lui avaient promis qu’elle serait bien accueillie, ils ont tenu parole. Lucie Castets, candidate de la gauche à Matignon, n’a pas été déçue par son périple à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, samedi 24 août, aux Amfis, les universités d’été de La France insoumise (LFI), où le mouvement lui avait préparé un programme de rock star. Elle effectuait là son troisième bain militant de la semaine, après les journées d’été des Ecologistes, à Tours, jeudi, et les universités d’été du Parti communiste français à Montpellier, vendredi. A Tours, elle s’était même essayée pour la première fois au discours en meeting devant 2 000 à 3 000 personnes, sans encombre.

Samedi, dans la Drôme, devant une salle comble, la haut fonctionnaire de 37 ans s’est prêtée pendant une heure et demie au jeu d’un questions-réponses bienveillant concocté par ses deux alliés de LFI, l’eurodéputée Manon Aubry et le député de Haute-Garonne Hadrien Clouet, maniant l’humour, l’ironie, ou devenant sérieuse quand il s’agissait de décrire son programme. « Lucie Castets à Matignon, sinon Macron destitution », scandait la salle.

« Les gens l’aiment »

La candidate du Nouveau Front populaire (NFP) n’était toutefois que devant des audiences acquises. Vendredi, à l’Elysée, devant Emmanuel Macron, la partie était plus difficile. Pendant quatre-vingt-dix minutes, la postulante de Matignon a été soumise aux questions du chef de l’Etat. La présidente du groupe Ecologiste à l’Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, décrit un échange « d’une grande qualité », notamment sur les sujets institutionnels et l’international. « Le premier face-à-face d’une cohabitation », ajoute-t-elle. Selon plusieurs participants, Lucie Castets y a pleinement endossé le costume de première ministre. Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, et son homologue des Ecologistes, Marine Tondelier, pensent tous les deux qu’ « Emmanuel Macron a été surpris ».

Depuis qu’elle a été choisie par le NFP, le 23 juillet, Lucie Castets a annulé ses vacances et passé son été à bûcher sur le programme, sur elle-même. Samedi, il ne restait plus rien de la diction hésitante et robotique des premières interviews. « Tu vas voir, la politique, c’est violent », l’a avertie Manon Aubry, qui l’a rencontrée quand elle était chez Oxfam. « Je vais apprendre », lui a répondu la novice. « Détermination », « solidité » sont les mots qui reviennent le plus, à gauche, pour décrire Lucie Castets, parmi nombre de superlatifs.

Inconnue il y a quelques semaines, elle est désormais « portée » par les militants de gauche. « Les gens l’aiment car ils aiment l’union. C’est ça qu’elle incarne. L’idée et la stratégie s’incarnent dans une personne et pas l’inverse, c’est une belle leçon pour les populistes », juge la députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain, ex-« insoumise » désormais membre du groupe Ecologiste et social à l’Assemblée. « La marche était très haute, et le pari est gagné », se félicite Manon Aubry.

Certains reconnaissent toutefois n’avoir ni le choix ni le luxe de se dire qu’ils pourraient trouver mieux. Les membres du NFP ont tout intérêt à faire bloc derrière elle, et à lui tresser des lauriers. Quitte à en faire trop. Même Jean-Luc Mélenchon chante ses louanges. « Lucie Castets n’est pas une “insoumise”, mais elle le mériterait », a-t-il lancé, vendredi, aux Amfis, peut-être pour mieux démentir la volonté qu’on lui prête de torpiller sa candidature pour privilégier l’élection présidentielle de 2027.

A défaut d’avoir (encore) convaincu Emmanuel Macron, l’énarque promo « Jean Zay » aura réussi ce dernier mois son « grand oral » auprès de partis de gauche. « Elle ne s’est pas limitée à être la porte-parole des quatre formations politiques qui la soutiennent, assure Olivier Faure. C’est elle qui conduit les réunions des chefs de parti, qui les conclut, qui fixe l’ordre du jour, en coordination bien sûr. Ce n’est pas une marionnette. Elle a permis de fluidifier le débat entre nous, elle a un rôle très positif. »« Je suis leur trait d’union », aime euphémiser Lucie Castets, en référence aux partis de gauche, qui se chamaillent sans cesse.

« Renforcer l’unité »

Si ses congés se terminent le 31 août, son voyage en politique n’est peut-être pas achevé. Déjà, jeudi, aux journées d’été des Ecologistes, elle lançait en conclusion : « Quoi que décide Emmanuel Macron, nous n’allons pas nous arrêter là. Chacune et chacun d’entre vous à un rôle à jouer, le mien est de soutenir et de renforcer l’unité entre nos formations politiques. » LFI a acté que Lucie Castets resterait la candidate du NFP « aussi longtemps que durerait cette Assemblée », a affirmé Jean-Luc Mélenchon, vendredi. Cette idée recueille beaucoup de suffrages à gauche, où certains pensent que la haut fonctionnaire a ses chances d’être nommée dans quelques mois, après une éventuelle censure du premier choix d’Emmanuel Macron.

Si, en privé, Olivier Faure est favorable à cette stratégie, ce n’est pas le cas d’une partie du PS où ni le nom de Lucie Castets ni le programme du NFP ne sont des totems. « Ça veut dire que, pendant toute la législature, on ne gouverne pas ? Ce n’est pas Jean-Luc Mélenchon qui décide pour le PS. Le bureau national n’a jamais délibéré sur le choix de Lucie Castets » , s’énerve l’ancien député des Bouches-du-Rhône Patrick Mennucci, partisan du courant de la maire de Vaulx-en-Velin (Rhône), Hélène Geoffroy, proche de François Hollande. Lucie Castets devrait achever son tour des universités d’été des partis vendredi 30 août, à Blois, au campus socialiste. L’étape la plus difficile se jouera donc peut-être auprès du seul parti du NFP dont elle a déjà été membre.

Libération
mardi 27 août 2024 1356 mots, p. 2,3,4

ÉVÉNEMENT

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26 août 2024 - Libération (site web)

Matignon Macron créeun bazar sans nom

LAURE EQUY ; NICOLAS MASSOL

ÉVÉNEMENT

Le chef de l'Etat, qui a clos lundi ses consultations avec les partis, a rejeté dans la soirée tout gouvernement NFP,sans pour autant être en mesure de désigner qui succèdera à Gabriel Attal.

A près avoir laissé décanter tout l'été, il se trouve fort dépourvu (de Premier ministre), une fois la rentrée venue. Si Emmanuel Macron n'a toujours pas d'inspiration pour Matignon, il a du moins rayé un nom, s'offrant le luxe d'écarter la «candidate» désignée par le Nouveau Front populaire, pourtant arrivé en tête des élections législatives. Anticipant, lundi soir dans un communiqué, le fait qu'un gouvernement dirigé par Lucie Castets, «sur la base du seul programme et des seuls partis» de l'alliance de gauche, serait «immédiatement censuré» à l'Assemblée nationale, l'Elysée, sans jamais citer la haute fonctionnaire, ne lui donne même pas l'occasion de tenter le coup. «La stabilité institutionnelle de notre pays impose donc de ne pas retenir cette option», balaie la présidence de la République. «Emmanuel Macron considère que Lucie Castets sauterait direct et que ce serait étrange de nommer une femme qui se ferait tout de suite renverser», complète une exministre qui a échangé avec lui dimanche.

Le 23 juillet, le chef de l'Etat avait déjà renvoyé la gauche unie à sa position minoritaire dans l'hémicycle, où elle dispose de 193 sièges sur 577. «Il est faux de dire que le Nouveau Front populaire aurait une majorité quelle qu'elle soit», avait-il argué, décrétant une commode «trêve» olympique. Ni les cinquante jours écoulés depuis le second tour des législatives, ni le grand oral qu'il a fait passer vendredi à la Première-ministrable du NFP, ni le coup habile de Jean-Luc Mélenchon suggérant un possible soutien sans participation de La France insoumise à un gouvernement Castets n'ont infléchi la position présidentielle. «Ma responsabilité est que le pays ne soit ni bloqué, ni affaibli», estime-t-il, à l'issue de ces deux jours de tractations avec les partis… qu'il mouille aussi, les priant de «se hisser à la hauteur du moment».

AGENDA CHARGÉ Repartis pour un tour, les mêmes responsables politiques sont donc convoqués, dès ce mardi, à un second round de consultations, cette fois élargies à de mystérieuses «personnalités se distinguant par l'expérience du service de l'Etat et de la République». L'Elysée ne précise pas le calendrier de ces entretiens, mais vu l'agenda présidentiel – ouverture des Jeux paralympiques mercredi, déplacement en Serbie jeudi et vendredi – la désignation d'un Premier ministre pourrait encore être reportée de plusieurs jours.

Les représentants du NFP, qui voient leur prétendante écartée, accepteront-ils de retourner à l'Elysée ? Avant même l'annonce de la présidence, les dirigeants de partis de gauche et Lucie Castets, soupçonnant le chef de l'Etat de «continuer à tergiverser», ont de nouveau exigé la nomination de cette dernière et averti, dans un communiqué commun, qu'ils ne participeraient «à de prochaines discussions […] que pour travailler sur les modalités de cette cohabitation». «Le président de la République vient de créer une situation d'une exceptionnelle gravité. La réplique populaire et politique doit être rapide et ferme», a tweeté sur le réseau X, Jean-Luc Mélenchon, réitérant sa menace de dépôt d'une motion de destitution (lire réactions ci-contre).

En quête d'une «solution institutionnellement stable» – ou d'un miracle vu le paysage politique en mille morceaux – Macron croit, lui, encore possible de dégoter un autre Premier ministre immunisé contre tout risque de censure. Il note que les partis EPR, Modem, Horizons, les Radicaux et UDI – lesquels composent le camp présidentiel – et le petit groupe indépendant Liot, «se sont montrés ouverts à soutenir un gouvernement dirigé par une personnalité qui ne serait pas issue de leurs rangs». «La Droite républicaine [le groupe des députés Les Républicains, ndlr] a défini ses lignes rouges, détaillé son pacte législatif sans s'engager à un vote du budget ni à un soutien ou une participation au gouvernement», relève-t-il encore. Le Président appelle le PS, les écologistes et les communistes, qui «n'ont à ce stade pas proposé de chemins pour coopérer avec les autres forces politiques», à «le faire». Comme si ces composantes du NFP allaient si facilement tirer un trait sur leur option Castets… Les autres partis d'opposition ont contribué, au passage, à canarder cette hypothèse. Reçus lundi matin, avec le même cérémonial que leurs homologues du NFP et du bloc central, Jordan Bardella et Marine Le Pen, passés à leur tour par les jardins de l'Elysée, ont confirmé, deux heures plus tard, leur intention de censurer tout gouvernement issu de la gauche. «Il n'est pas question de laisser une politique qui viserait à aggraver considérable- ment l'immigration, régulariser les clandestins, supprimer la loi antisquat et autres choses qui, je crois majoritairement, sont rejetées dans le pays», avertit la députée du Rassemblement national, redoutant qu'une Première ministre de gauche puisse gouverner par circulaire ou décret et appelant, pour l'éviter, à une session extraordinaire de l'Assemblée avant la rentrée officielle d'octobre.

«CES PARTIS SONT DANGEREUX» «L'idée qu'il y ait un gouvernement du NFP où il n'y aurait pas de ministre insoumis ne change strictement rien, c'est LFI et donc c'est Jean-Luc Mélenchon qui dirigera en réalité ce gouvernement», justifie Le Pen, qui avait pourtant promis, par la voix de ses porte-parole, de ne s'opposer qu'à des gouvernements constitués de ministres insoumis et écologistes. Reçu ensuite, le nouvel al- Suite page 4 Suite de la page 3 lié du RN, Eric Ciotti, frappe toutes les formations de gauche du même anathème. «Tous ces partis sont dangereux parce qu'ils portent un projet extrêmement pernicieux et menaçant pour le pays», déclare le patron du groupe de seize députés. Les macronistes gardaient aussi le doigt sur la détente au cas où la prétendante du NFP s'installait rue de Varenne… avec des insoumis ou pas. Dans un message adressé lundi aux députés du groupe EPR, Gabriel Attal dénonçait «un simulacre d'ouverture» tenté par Mélenchon et y voit, sans craindre l'absurde, «une tentative de coup de force». Le Premier ministre, qui gère les affaires courantes depuis quarante et un jours, juge «inévitable» la censure d'une équipe NFP. Quitte à étendre la ligne fixée en juillet : au-delà d'éventuels ministres LFI, ce sont désormais les mesures portées par la gauche qui coincent. «Les programmes du NFP et de LFI ne font qu'un. On ne peut pas être ceux qui le cautionnent ce projet ni l'abrogation de nos lois», prévient Guillaume Kasbarian, ministre du Logement démissionnaire. Deux mois après avoir joué le jeu du désistement républicain avec la gauche pour contrer l'extrême droite, le camp présidentiel est donc sur la même ligne que le RN pour barrer la route de Matignon au NFP.

LE RN VEUT UN RÉFÉRENDUM Pour le reste, les consultations à l'Elysée, qui se sont achevées lundi par un entretien avec le président (LR) du Sénat, Gérard Larcher, n'ont guère fait avancer le schmilblick. Les leaders d'extrême droite n'ont aucune intention d'aider le Président à sortir de la nasse. «Avant même les élections, nous avons dit : soit il y aura une majorité stable RN, soit ce sera le chaos. Emmanuel Macron a choisi le chaos […] donc je ne peux pas vous apporter de solution», grince Marine Le Pen, dont le mouvement a régulièrement appelé à la dissolution de l'Assemblée nationale.

Encore ulcérée par le front républicain qui a privé son poulain, Jordan Bardella, de Matignon, elle écarte l'hypothèse d'un gouvernement technique et réclame au chef de l'Etat, faute de majorité au sein de l'hémicycle, un référendum sur l'immigration. Le matin même, sur RTL, Laurent Jacobelli, porte-parouge role du RN, voyait dans une nouvelle dissolution de l'Assemblée, possible à partir de juin 2025, «la solution la plus probante pour trouver une nouvelle majorité», en espérant que cette fois-ci sera la bonne. Peu disposé lui-même au compromis, Eric Ciotti a acté, non sans plaisir, l'échec des discussions élyséennes. «Manifestement la décision n'est pas imminente», croit comprendre le Niçois. Mais Macron peut-il encore jouer les prolongations ? «Qu'il sorte un nom de Premier ministre. On va atteindre la limite de l'acceptable. On est à un niveau de pression tel qu'il doit refiler la patate chaude à quelqu'un», implore un député EPR, convaincu qu'une nomination «fera hurler les premiers jours puis obligera chacun à bouger». Au forceps.

Le Monde
France, mardi 27 août 2024 1160 mots, p. 8,9
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26 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Gouvernement

Mélenchon met la pression sur le camp Macron… et sur la gauche

En évoquant un soutien sans participationà un gouvernement NFP, La France insoumise s’épargne d’éventuels compromis et pousse les macronistes à s’exprimer sur le fond

Sandrine Cassini et Rachel Garrat-Valcarcel

Aune table de poker, Jean-Luc Mélenchon serait un redoutable adversaire. D’une simple phrase, le fondateur de La France insoumise (LFI) a rebattu les cartes du jeu politique, suspendu, depuis le 7 juillet, à la nomination par Emmanuel Macron d’un futur premier ministre. A Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), où se tenaient les universités d’été de La France insoumise (Amfis), Jean-Luc Mélenchon a interpellé le camp présidentiel.

Si un gouvernement conduit par Lucie Castets, la candidate du Nouveau Front populaire (NFP), « ne comportait aucun ministre “insoumis”, est-ce que vous vous engagez à ne pas voter la censure et à lui permettre d’appliquer le programme » du NFP, a-t-il interrogé sur TF1. La veille, le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, avait fait savoir que son groupe à l’Assemblée nationale adopterait « une motion de censure immédiate » en cas de ministres LFI. Une position partagée par ses alliés du MoDem et d’Horizons.

Officiellement, la déclaration surprise de Jean-Luc Mélenchon a réjoui les membres du NFP. « C’est une bonne nouvelle car elle retourne le piège. Cela prive les macronistes de leur prétexte. A eux d’expliquer pourquoi ils se refusent à respecter le suffrage des Français »,explique le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure. « Si cela peut permettre d’être nommé plus facilement à Matignon, ça me va. Tout n’est pas calcul ! Si on peut avoir un gouvernement NFP, certes avec des conditions qui ne sont pas exactement celles du départ, je prends », renchérit Laurent Baumel, député PS d’Indre-et-Loire. Jean-Luc Mélenchon ouvre-t-il la voie à un « soutien sans participation », à l’image du Parti communiste, qui avait refusé d’entrer en 1936 dans le gouvernement du Front populaire ? D’après l’un des chefs de parti, l’hypothèse avait été discutée au moment où les écologistes, les socialistes et les communistes envisageaient de propulser l’économiste Laurence Tubiana, une candidature refusée par LFI.

« Position constructive »

A Châteauneuf-sur-Isère, les « insoumis » refusaient d’acter un renoncement définitif à une entrée dans un exécutif de gauche. « Nous posons la question : aux macronistes de répondre si le problème est La France insoumise ou le programme du NFP », évacue l’eurodéputée Manon Aubry, qui ne veut pas « mettre la charrue avant les bœufs ». Avertie en amont, Lucie Castets refuse d’envisager cette option. Tout en saluant « la position constructive de Jean-Luc Mélenchon », elle répétait, samedi aux Amfis, que « les quatre forces du NFP avaient vocation à gouverner ».

En réalité, le dernier coup politique de Jean-Luc Mélenchon met en difficulté aussi bien le camp présidentiel que le NFP. Car, pour les « insoumis », il ne s’agit pas seulement d’éviter une censure préalable à un gouvernement Castets, mais de pousser Emmanuel Macron à « s’engager à la laisser mettre en place le programme de NFP », détaillait le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard, aux Amfis.

Si Gabriel Attal n’a pas formellement réagi, des membres du groupe Ensemble pour la République (qui rassemble les députés Renaissance), tous situés à l’aile droite du parti, ont commencé à livrer le fond de leur pensée. « Non au matraquage fiscal, à l’augmentation des dépenses publiques, à l’abrogation de la réforme des retraites et à la reconnaissance immédiate d’un Etat palestinien ! », a écrit, samedi sur le réseau social X, l’élue Renaissance des Hauts-de-Seine Constance Le Grip, qui censurerait n’importe quel gouvernement NFP. « Je ne soutiendrai aucun gouvernement qui appliquerait un programme synonyme d’aller simple pour le Venezuela », a embrayé Naïma Moutchou, députée Horizons du Val-d’Oise, sur X.

Pour l’ancien premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Luc Mélenchon ne chercherait qu’une chose, « faire la démonstration que ce n’est pas lui le sujet, mais que Macron ne veut pas de la gauche tout court ». Dans l’hypothèse où le président se résoudrait à nommer Lucie Castets, l’interpellation de Jean-Luc Mélenchon prendrait les allures d’un coup de pression sur le NFP « pour tenir la ligne », comme le reconnaît l’eurodéputé écologiste David Cormand, pour qui Jean-Luc Mélenchon « se redonne de la marge de manœuvre politique ». « Si elle est nommée, elle aura une dette morale vis-à-vis des “insoumis”. Et il pourra lui dire de respecter le mandat qu’elle devra aux Français », poursuit Jean-Christophe Cambadélis.

D’où un certain nombre de réticences au sein du NFP, même si, à ce stade, ses membres s’expriment de façon anonyme, pour ne pas fragiliser l’alliance ou passer pour des diviseurs. En se tenant à distance d’un gouvernement de gauche, Jean-Luc Mélenchon serait en position d’avoir « un regard très critique des accords passés au Parlement », se désole un ténor du PS, qui préférerait que les « insoumis » soient partie prenante.

« À la fois le problème et la solution »

Cet été, Lucie Castets, tout à son souci de construire une majorité, avait commencé à ouvrir la porte à des compromis avec d’autres formations politiques, indiquant au Parisienque le smic à 1 600 euros ou la mise en œuvre d’un impôt de solidarité sur la fortune « renforcé », deux mesures phares du programme du NFP, étaient des « horizons »à atteindre.

Aux Amfis, devant des centaines de militants « insoumis » survoltés, il n’était plus question de transiger. A Manon Aubry, qui lui a demandé si elle avait promis à Emmanuel Macron, rencontré la veille, de « ne pas toucher un seul cheveu des milliardaires », Lucie Castets a répondu qu’elle était « venue avec [sa] tondeuse ». La haut fonctionnaire a aussi expliqué qu’elle retirerait les textes de loi « trop amendés par la droite » et qui n’auraient plus « le niveau d’ambition du Nouveau Front populaire ». « On ne souhaite pas détruire ce qu’on a construit », a-t-elle ajouté.

Si Jean-Luc Mélenchon adopte une posture sacrificielle, c’est pour se « remonétiser tant il est devenu repoussoir. Il est à la fois le problème et la solution », analyse, sur Facebook, le politologue Rémi Lefebvre. Sur TF1, le leader « insoumis » répétait « toujours être du côté de la solution ». En se mettant en retrait, le septuagénaire laisserait écologistes et socialistes se débattre dans un gouvernement sans majorité. Lui n’aurait pas à endosser d’éventuels compromis ou une déception des électeurs. La route serait alors libre pour une quatrième candidature en 2027. « Jean-Luc Mélenchon n’est qu’à son service, il n’a de comptes à rendre à personne », conclut Rémi Lefebvre.

Refuser de prendre les rênes du pays serait de toute façon impossible pour l’union de la gauche. « Les gens ne comprendraient pas » , ajoute Olivier Faure. Certains députés du NFP préviennent néanmoins que l’échec d’un éventuel gouvernement Castets serait celui de toute la gauche, y compris d’« insoumis » réfugiés hors de l’exécutif. Même un bon coup de poker comprend des incertitudes.

Le Figaro, no. 24885
Le Figaro, mardi 27 août 2024 702 mots, p. 2

Politique

Les lignes rouges mouvantes du RN face aux ambitions gouvernementales de la gauche

Cimbidhi, Eloïse

L'offensive mélenchoniste fut soudaine. Contraignant le Rassemblement national (RN) à répliquer dans la foulée. En émettant l'idée d'un gouvernement du Nouveau Front populaire (NFP) sans ministres Insoumis, dont la présence constituait jusqu'ici une ligne rouge pour le parti à la flamme, Jean-Luc Mélenchon a tenté de mettre ses adversaires politiques dos au mur. Mais c'était sans compter la grande plasticité des conditions édictées par le Rassemblement national pour adouber la future équipe gouvernementale. Aussi, ce lundi midi, à l'issue d'un entretien à l'Élysée avec Emmanuel Macron, Jordan Bardella s'est dit «en faveur d'un vote d'une motion de censure à l'égard d'un probable gouvernement du NFP».Avant que Marine Le Pen, également présente, ne durcisse le ton, indiquant que «l'idée qu'il y ait un gouvernement du NFP où il n'y aurait pas de ministre Insoumis ne change strictement rien».

Une réponse cristalline à la question posée samedi dernier par l'Insoumis en chef, en marge de l'université d'été de son mouvement politique à Valence (Drôme). «Le gouvernement de Lucie Castets, s'il ne comportait aucun ministre Insoumis, est-ce que vous vous engagez à ne pas voter la censure?», a-t-il interrogé le camp présidentiel au « 13 Heures » de TF1. «Si vous nous répondez non, on dira que les ministres Insoumis, en fait, sont un prétexte. C'est du programme dont vous ne voulez pas», a-t-il conjecturé. Hypothèse confirmée ce lundi matin sur France 2 par le député lepéniste du Nord Sébastien Chenu. «On censurera tout gouvernement qui est issu du Nouveau Front populaire mais surtout qui applique le programme du Nouveau Front populaire», a-t-il assuré, actualisant la ligne préalablement fixée par le RN, qui s'opposait jusqu'alors à la participation de ministres Insoumis et écologistes à un gouvernement.

Au lendemain des élections législatives, dont le NFP est sorti victorieux malgré une courte majorité relative, un cafouillage était venu brouiller la position du RN vis-à-vis de la gauche. «Par principe, on ne censure jamais pour censurer. Tout dépendra du gouvernement, du discours de politique générale ou des textes présentés», avait déclaré Renaud Labaye, secrétaire général du groupe parlementaire et bras droit de Marine Le Pen, au Figaro. «Nous ne faisons jamais de censure a priori. Si la gauche fait des mesures consensuelles que l'on peut voter, on ne la censurera pas. Puis, la temporalité est importante. Il y a des paramètres à prendre en compte comme la bonne tenue des Jeux olympiques», arguait-il. Avant de faire volte-face auprès de l'AFP, ajoutant « qu'en cas de gouvernement comprenant un ministre de La France insoumise», les chances pour le RN d'approuver son discours de politique générale seraient «quasiment nulles».

Une précision insuffisante, qui avait forcé Marine Le Pen à sortir du bois pour rectifier le tir. «Le bourbier dans lequel nous a plongés Emmanuel Macron ne permet pas de connaître le futur gouvernement de la France», avait-elle déclaré sur X avant d'officialiser les exigences de son parti. «Mais il y a une chose qui est sûre: le groupe RN censurera tout gouvernement où des LFI et des écologistes auraient des responsabilités ministérielles», avait-elle fini par trancher. Et si le RN a depuis totalement évacué la possibilité d'un gouvernement de gauche, le porte-parole du parti Julien Odoul resserrait encore l'étau autour du casting gouvernemental ce lundi matin, excluant cette fois-ci les communistes. «On ne veut pas de ministres LFI, écologistes ou communistes. C'est bonnet blanc et blanc bonnet» ,a soutenu le député de l'Yonne auprès du Parisien.

Le Rassemblement national ne prétend certes plus à Matignon après sa défaite aux élections législatives, mais il entend toujours peser sur la nomination du chef du gouvernement. Fort de ses 126 députés, le premier groupe à l'Assemblée nationale pourrait avoir les moyens de renverser le prochain gouvernement en apportant ses voix à une éventuelle motion de censure. Une menace qu'il n'hésite pas à brandir. «Nous rappellerons au président de la République la puissance du RN à l'Assemblée nationale et que, face à cela, le mépris et l'ignorance ne peuvent plus fonctionner. Sans nous, pas grand-chose ne sera possible au Parlement» , prévenait déjà Laurent Jacobelli, député de la Moselle et porte-parole du parti, en amont de la rencontre organisée à l'Élysée par Emmanuel Macron.

Le Figaro, no. 24885
Le Figaro, mardi 27 août 2024 801 mots, p. 2

Politique

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26 août 2024 - Le Figaro (site web)

Avec sa proposition de soutien sans participation, Jean-Luc Mélenchon tente de repren dre la main

Flurin, Richard

Sacré coup de Trafalgar. Une simple question lancée par Jean-Luc Mélenchon au micro du « 13 heures » de TF1 samedi a agité l'ensemble de la classe politique depuis lors. «Le gouvernement de MmeLucie Castets, s'il ne comportait aucun ministre Insoumis, est-ce que vous vous engagez à ne pas voter la censure?» , s'est-il contenté de demander à la droite et au centre. La présence de personnalités issues du parti mélenchoniste est effectivement utilisée comme prétexte au renversement d'un gouvernement du Nouveau Front populaire depuis début juillet. Emmanuel Macron lui-même a demandé à Lucie Castets, lors de leur entretien à l'Élysée vendredi, si elle comptait bien nommer des ministres issus de LFI dans son gouvernement. Preuve de l'importance que revêt cet élément pour le président dans le choix du futur premier ministre.

Force est de constater que la sortie tactique de Jean-Luc Mélenchon a plutôt bien fonctionné. La droite et le centre ont rapidement expliqué qu'ils voteraient de toute façon une motion de censure pour renverser un gouvernement NFP, avec ou sans Insoumis. Marine Le Pen et Jordan Bardella, notamment, l'ont répété lundi à la sortie de leur entretien avec le président de la République, expliquant que l'absence de LFI «ne change strictement rien» à leurs yeux. «Pas de ministre LFI, pas de propositions LFI dans le programme et plus de LFI à l'Assemblée nationale», avait tweeté dès samedi le député macroniste Jean-René Cazeneuve.

Dès lors, le parti de gauche radicale a beau jeu d'expliquer que ce n'est pas lui le problème. «Ce qu'on voit depuis 48heures, c'est qu'une bonne partie de la droite, en réalité, veut juste ne pas reconnaître le résultat des élections. Leur souci n'a jamais été les ministres Insoumis, puisque, lorsqu'on leur dit « sans ministre LFI, qu'est-ce que vous faites? » , ils répondent « on censure quand même le choix des Français »», a déclaré lundi le député Insoumis Hadrien Clouet sur BFMTV. Le même argumentaire a été repris par l'ensemble de la gauche, qui a, en outre, salué, par la voix de sa candidate unique à Matignon, Lucie Castets, la «position courageuse» du leader Insoumis.

« Ça va être compliqué dans les mois à venir »

Des déclarations précieuses pour la stratégie de «dédiabolisation» que doit impérativement engager LFI si Jean-Luc Mélenchon veut prétendre à l'Élysée en 2027. Le déjà triple candidat à la présidentielle est aujourd'hui plombé par un déficit notoire de popularité dans l'opinion publique. En ouvrant la voie à un soutien sans participation de son parti dans un hypothétique gouvernement du NFP, il se dédouane à peu de frais des accusations d'obstacle à gouverner qui pèsent sur son mouvement, et apparaît même comme un facilitateur. Un comble.

Dans le cas - peu probable - où la proposition finit par convaincre Emmanuel Macron de nommer Lucie Castets à Matignon, et que LFI se trouve donc empêché de gouverner, le parti occupera alors la confortable position de vigie du programme sans risquer de se compromettre aux responsabilités. Un arrière-poste idéal pour mener bataille en 2027. «Le scénario rêvé pour nous, c'est qu'Emmanuel Macron nomme un gouvernement de droite. Ça va être tellement compliqué dans les mois à venir! Il n'y a qu'à voir l'équation budgétaire...», confessait même sous cape un élu de gauche au cours du mois d'août.

En démontrant que ce sont autant les personnalités issues de LFI que le fond du programme qui conduit la droite et le centre à censurer le NFP, Jean-Luc Mélenchon fait de surcroît la preuve de la centralité de ses idées dans la coalition de gauche. Dans leur réquisitoire, depuis samedi, les opposants ont associé, voire assimilé, le programme du NFP à celui de LFI. «Pour nous, c'est non aux ministres LFI et non à un programme inspiré par LFI», a ainsi exposé le président du groupe de la Droite républicaine à l'Assemblée nationale, Laurent Wauquiez, quand son homologue au Sénat, Bruno Retailleau, emploie cette formule : «Le programme du NFP est programmé par Jean-Luc Mélenchon.»

Un constat sur lequel s'accordent volontiers les mélenchonistes. «Ce programme marque une rupture avec la social-démocratie, son centre de gravité est plus proche de LFI», confiait Manuel Bompard fin juillet, alors qu'Insoumis et socialistes se disputaient l'hégémonie de la gauche. La nomination de Lucie Castets, ancienne socialiste, proche d'Anne Hidalgo, comme candidate du NFP à Matignon avait d'ailleurs été analysée comme un petit désaveu pour LFI, qui se montre donc soucieux de voir sa prééminence réaffirmée. Comme souvent avec les Insoumis, le moment n'a pas été choisi au hasard. La coordination du mouvement avait identifié cette «fenêtre de densité politique» , entre les Jeux olympiques et paralympiques, au moment précis où beaucoup de Français sortaient de la torpeur estivale, pour refaire l'un de ces coups dont elle a le secret. R.F.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, mardi 27 août 2024 605 mots, p. AUJM6
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26 août 2024 - Le Parisien (site web)
27 août 2024 - Le Parisien

Ces socialistes qui esquissent déjà l'après-Lucie Castets

En coulisses, des élus PS réfléchissent à de possibles négociations avec le chef de l'État.

Julien Duffé (avec Marcelo Wesfreid)

Castets à Matignon,sinon rien. Ce lundi, les quatre chefs de parti du Nouveau Front populaire ont réclamé, une énième fois, dans un communiqué, la désignation de leur candidate au poste de Première ministre, arguant du fait qu'ils forment la coalition arrivée en tête le 7 juillet. Et prévenu le président : après leur première entrevue, vendredi dernier, ils ne retourneront à l'Élysée « que pour travailler sur les modalités d'une cohabitation » avec eux.

Une hypothèse qui semble pourtant s'éloigner. Ce lundi, lors de la deuxième journée de consultations, Emmanuel Macron a tiré un trait sur l'option Castets, selon un communiqué de l'Élysée tombé en fin de journée.

« Une attitude constructive pour limiter les dégâts »

En coulisses, certains socialistes commencent désormais à phosphorer sur l'après. Y compris chez les tenants de la ligne du patron du PS, Olivier Faure. « Si c'est un autre Premier ministre que Castets, notamment un profil techno, on déposera une motion de censure par principe mais elle ne passera pas, esquisse une parlementaire PS. La question, c'est ensuite comment on travaille pour mettre sur la table des propositions de lois issues du programme du NFP et dont on pense qu'elles sont majoritaires dans le pays. De toute façon, les accords se feront texte par texte, amendement par amendement. » Un cadre PS abonde : « Le futur Premier ministre pourrait reprendre une partie du programme du NFP a minima, par exemple une augmentation du smic. Il n'y aurait alors pas de raison de ne pas rentrer dans le jeu parlementaire. Une attitude constructive pourrait être envisagée pour limiter les dégâts. »

Nouvelles réunions

Une fois la piste Castets définitivement écartée, un député proche de la direction envisage, quant à lui, « d'aller voir Macron en posant [leurs] conditions pour une non-censure du futur gouvernement, au moins pour une durée à déterminer. Et, à ce moment-là, dans la négociation, [ils peuvent] faire figurer l'instauration de la proportionnelle (aux élections législatives). C'est cette mesure qui [leur] permettra de ne plus être prisonniers de LFI, de commencer à [s'en] détacher. Aujourd'hui, tout le monde y a intérêt, à la proportionnelle. »

Pour l'heure, du côté d'Olivier Faure, pas question de dévier de la ligne unitaire. « Si ce n'est pas Castets, il n'y aura pas de soutien », assure une de ses proches qui dépeint Macron en « Ubu président qui joue la conservation du pouvoir à tout prix ».

Les questionnements qui émergent parmi ses soutiens sont néanmoins qualifiés de « légitimes » dans son entourage. Selon nos informations, une réunion de la direction du PS s'est tenue ce lundi soir pour faire le point. Et ce mardi, à midi, Faure convoquera un bureau national (l'organe exécutif du parti) en visioconférence. Une demande formulée depuis plusieurs jours par les deux motions d'opposition internes à la direction animées par Hélène Geoffroy et Nicolas Mayer-Rossignol.

« La situation est bloquée, il faut qu'on puisse en débattre démocratiquement », confie un des opposants à Olivier Faure. À LFI, la stratégie a déjà été tranchée : censure du gouvernement, mobilisation dans la rue et enclenchement de la procédure de destitution du président. « La réplique populaire et politique doit être rapide et ferme », a réagi Jean-Luc Mélenchon. Dès lors, un député LFI juge durement les débats internes au PS. « S'il y a des divisions, ce n'est pas dans le NFP mais au sein du PS. Ça a toujours été comme ça : le capharnaüm socialiste rend confus tout ce que l'on fait. »

Le Figaro, no. 24885
Le Figaro, mardi 27 août 2024 848 mots, p. 2

Politique

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26 août 2024 - Le Figaro (site web)

Macron écarte le NFP de Matignon et se donne encore du temps

Le chef de l'État va poursuivre ses consultations mardi avant de désigner un nouveau premier ministre.

Conruyt, Claire, Quinault-Maupoil, Tristan

Quarante-deux jours après la démission de Gabriel Attal, la France n'avait, lundi soir, toujours pas de nouveau premier ministre. Deux jours de consultations menées par Emmanuel Macron n'ont pas été suffisants pour dégager un compromis. Sauf à laisser entrevoir un solide front parlementaire dressé contre la gauche. Au nom de «la stabilité institutionnelle», le chef de l'État a écarté la nomination d'une figure du Nouveau Front populaire dans un communiqué publié en fin de journée. Un tel gouvernement «serait immédiatement censuré par l'ensemble des autres groupes représentés à l'Assemblée nationale», a observé l'Élysée. Après de premiers échanges qualifiés de «loyaux, sincères et utiles», le président poursuivra ce mardi une nouvelle série de discussions avec «les responsables des partis» et «des personnalités se distinguant par l'expérience du service de l'État».

Le matin même, le chef de l'État a entendu le Rassemblement national faire bloc contre le Nouveau Front populaire (NFP). Qu'importe la suggestion de Jean-Luc Mélenchon de tenir sa formation à distance de l'exécutif. «L'idée qu'il y ait un gouvernement du NFP où il n'y aurait pas de ministre Insoumis ne change strictement rien», a prévenu Marine Le Pen, qui veut empêcher «une politique qui viserait à aggraver considérablement l'immigration et à régulariser les clandestins». Un premier ministre venu du NFP «subirait immédiatement une censure des députés de mon groupe», a complété son allié Éric Ciotti (à droite).

« Tentative de coup de force »

Un tir de barrage qui s'est ajouté aux marques d'hostilité déjà formulées la semaine dernière par les Républicains et les partis macronistes. Même Gabriel Attal, premier ministre démissionnaire et patron des députés du parti présidentiel, a dénoncé lundi dans un message à ses troupes la «tentative de coup de force» de Jean-Luc Mélenchon. Sa proposition de soutien sans participation à un gouvernement NFP n'est qu'un «simulacre d'ouverture», a-t-il jugé en relatant l'échange qu'il a eu avec Emmanuel Macron, vendredi dernier, aux côtés du secrétaire général de Renaissance Stéphane Séjourné. Contre «l'application unilatérale du seul projet de LFI et du NFP (...) la censure serait inévitable», a-t-il certifié. Une déclaration qui a poussé le sénateur communiste Ian Brossat à le juger pas «fondamentalement différent des cinglés» trumpistes qui ont pris d'assaut le Capitole américain le 6 janvier 2021... La gauche refuse d'admettre que la nomination de Lucie Castets, sa candidate désignée pour Matignon, a définitivement du plomb dans l'aile. Le Nouveau Front populaire a d'ailleurs prévenu qu'il ne participerait à de nouvelles consultations «que pour travailler sur les modalités d'une cohabitation». Mais l'Élysée a encore espoir de poursuivre les négociations avec le PS, les écologistes et les communistes, qui «n'ont à ce stade pas proposé de chemins pour coopérer avec les autres forces politiques. Il leur appartient désormais de le faire».

Dans l'entourage d'Éric Ciotti, on dresse le constat que cette première série de consultations avait d'abord été organisée par Emmanuel Macron pour «faire dire aux autres(formations politiques) qu'un accord avec LFI n'est pas possible». «En substance, « Ce n'est pas moi qui le dirai mais vous »», analyse ce responsable politique. Depuis la défaite de son camp, en juin dernier, le chef de l'État cherche à justifier auprès de l'opinion publique la mise à écart du Nouveau Front populaire. Exercice délicat puisque sa première place aux élections législatives anticipées lui confère une légitimité à être chargée de former un gouvernement. «Le président devrait nommer une personnalité issue des rangs» du NFP, a ainsi recommandé le député de la Vienne Sacha Houlié, ancien macroniste de l'aile gauche qui siège maintenant avec les non-inscrits. «Les élus(macronistes) ne peuvent conserver la posture d'un rejet en bloc d'une gauche de gouvernement, qui revient à nier le scrutin», a-t-il écrit lundi sur X (ex-Twitter). Mais «les Français de province ont plus peur de LFI que du RN» , aurait toutefois tranché Emmanuel Macron auprès d'un interlocuteur.

Lorsqu'elle a été reçue par le chef de l'État en début de journée, la présidente de l'Assemblée nationale a préconisé une solution hybride en louant le profil de Didier Migaud. Ancienne figure du Parti socialiste, il dirige depuis 2020 la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique après avoir présidé la Cour des comptes. Un profil entre politique et technique, que Yaël Braun-Pivet juge opportun pour rallier quelques socialistes et la droite afin de mener à bien les discussions budgétaires de l'automne. Mais devant Éric Ciotti, Emmanuel Macron se serait davantage montré enclin à propulser à Matignon un élu local. Probablement de droite puisque les socialistes rechignent à s'extraire de la tutelle du NFP. «On pensait Laurent Wauquiez(président des députés LR, NDLR) comme une huître, c'est finalement lui le premier qui a ouvert « l'instant de partage » au lendemain du scrutin en proposant un pacte législatif. Voilà qui va dans le bon sens. L'ancienne majorité présidentielle fait la même chose. Il nous manque un catalyseur», a résumé le député Karl Olive sur RTL en fin de journée. ET T.Q.-M.

La Croix, no. 43005
La dernière page, mardi 27 août 2024 877 mots, p. 24
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27 août 2024 - La Croix (site web)

À l’heure du déjeuner

Maryline Desbiolles

À l’heure du déjeuner, mon mari me dit qu’il est bien prétentieux de tenir une chronique hebdomadaire, de penser qu’on a quelque chose de pertinent à écrire chaque semaine. Oui, prétentieux. Je m’insurge, mais le mot fait mouche. D’autant qu’il fait suite à des critiques émises au moment des élections européennes puis des législatives quant à la posture des artistes, des « gens de culture » qui auraient « lâché le peuple »(ce n’est pas mon mari qui le dit, mais Ariane Mnouchkine dans Libération, le 12 juin 2024). Des artistes impuissants, narcissiques, sectaires. Prétentieux ? Des artistes, des gens de culture qui ne sauraient pas donner voix aux électeurs du Rassemblement national, ces ouvriers modestes, mais pas pauvres, pas donner voix, pas représenter les Blancs habitant dans des petites villes ou dans des pavillons en périphérie urbaine et en milieu rural (Michel Guerrin, éditorial du Monde , le 14 juin 2024).

Je ne suis pas à l’abri de ces critiques, même si j’habite au beau milieu : une campagne rattrapée par la périphérie urbaine, même si j’habite à l’est de Nice une commune dont le maire est communiste et qui, aux législatives anticipées, a réélu au premier tour la députée du Rassemblement national à 58,72 %. Je ne suis pas à l’abri de ces critiques même si de nombreux modèles des personnages de mes romans font partie, sans nul doute, de ces 58,72 %. Pas du tout à l’abri, moi qui les ai injuriés en silence, mais les dents serrées, qui ai pris ce vote contre moi, qui me suis sentie visée, puérilement, prétentieusement (ça ne passe pas).

Je ne sais pas si cela me vaudra l’absolution, mais je ne les insulte pas dans leur ensemble, mais chacun et chacune, la douce auxiliaire maternelle qui clame qu’il faut renvoyer chez eux les fichés S et la racaille, ou la marchande de légumes qui en a après les arrivistes, et comme je ne comprends pas, mais vous savez bien, ceux qui arrivent chez nous, qui arrivent à tout nous prendre, les arrivistes, répète-t-elle en détachant les syllabes, ou le type fustigeant « les belles personnes » qui les accueillent dans la vallée de la Roya, si vous voyez ce que je veux dire, et qui fait gentiment le clown en arborant le bob La vache qui rit que lui a jeté la Caravane du Tour de France, qui est passé le 20 juillet sur la route historique du sel, notre route commune.

Et puis je mets toutes ces bribes de pensées, de sentiments confus dans le four de l’été, je ne sais pas ce qui en sortira. C’est la rentrée, mais l’été n’est pas encore fini.

Ce que je sais, c’est ce à quoi je prétends. Je ne me reconnais pas dans les « gens de culture »,mais je prétends écrire des livres. Des livres qui ne parlent pas des périphéries urbaines, ni des villes, ni des campagnes, mais des paysages singuliers et, tout aussi singuliers, des personnages qui les habitent, qui s’y dessinent. Pas des gens, pas le peuple, ni de gauche ni des électeurs du Rassemblement national. Pas Des électeurs ordinaires, titre d’un livre de Félicien Faury paru récemment qui enquête sur la normalisation de l’extrême droite. Je prétends, j’ai cette prétention qu’aucun de mes personnages n’est ordinaire. Je m’y emploie.

Pour me rasséréner, tout l’été avec Par des langues et des paysages (1965-2022)(1) du grand poète James Sacré dont le nom (prononcer « James » à la française) est déjà un poème. Des poèmes de la Vendée d’enfance « tout emmêlés de patois », des États-Unis, du Maroc, de Galice, du Languedoc et d’Italie avec leurs traductions qui sont comme le bruit des langues qu’on entend quand on traverse des paysages hors de France. Des paysages vibrant de voix et d’accents. En voyageant tout l’été avec James Sacré, j’éprouve un plaisir intense à lire et relire les poèmes et leurs traductions ou, dans le cas de l’arabe, à simplement les voir. Un plaisir dont je ne m’explique pas l’intensité, ce qui ne l’amoindrit pas, au contraire. Et particulièrement les poèmes traduits en occitan, langue que longtemps je ne considérais pas, voire dont je me méfiais, sa défense me paraissant réactionnaire, mais qui, aujourd’hui, à la lettre, m’enchante.

À la fin du livre, il est demandé à James Sacré de définir la poésie, et sa réponse pourrait s’appliquer à la prose (tant mieux pour moi) car il ne fait « aucune différence entre écrire en vers ou en prose » : « La poésie ? Une affaire de langue entre le monde et les dictionnaires, une affaire de formes, entre le vécu et la langue ; si c’est geste de vivant ou rien, peut-être qu’un lecteur me dira. »

Peut-être aussi que, munie de ce viatique, de ces quelques mots d’une profonde modestie, j’ai une chance de ne pas sombrer dans la prétention en écrivant cette chronique que je voudrais aussi ne pas tenir, mais à laquelle j’espère lâcher la bride. On verra.

(1) Éditions Apic, Alger, 2024.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Loisirs, mardi 27 août 2024 1166 mots, p. AUJM28
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27 août 2024 - Le Parisien

Ils sont comment, les nouveaux ?

Radio|Ce lundi, les stations ont débuté la saison 2024-2025. Nombre de journalistes et animateurs ont changé d'antenne, d'émission... Nous avons suivi leurs débuts.

Carine Didier, Benjamin Meffre, Émeline Collet et Kevin Boucher

Huit animateurs ont fait leurs premiers pas dans de nouveaux costumes ce lundi.

6 heures sur Europe 2 Benjamin Castaldi, l'ami du petit-déjeuner

Le débit mitraillette de Benjamin Castaldi, 54 ans, résonne sur Europe 2 peu avant 6 heures. Pour arriver en quotidienne avec « Casta réveille la France » (6 heures-10 heures), l'ancien de la bande de « Touche pas à mon poste », sur C 8, a la pêche ! « On va s'amuser, s'informer. Cette émission, on va la faire ensemble. »

Entre infos, titres musicaux, astuces de Marie, pseudo-reportages de Fabien et sujets prétextes à anecdotes ou à faire intervenir les anonymes (les pourboires, le lien entre les prénoms et l'intelligence...), le nouvel ami du petit-déjeuner prend ses aises, se marre. Notamment avec Michel Drucker, soixante ans de carrière et parrain de l'émission. « Mon papa de télévision », avance Castaldi. La bonne humeur est bien de mise.

7 h 42 sur France Inter Tout roule pour Patrick Cohen

« Qu'il soit le bienvenu ! » Nicolas Demorand, le matinalier de France Inter, a accueilli chaleureusement le retour de Patrick Cohen sur la station, où il a piloté la matinale de 2010 à 2017. Il s'occupe de l'édito politique de 7 h 42, à la place de Yaël Goosz, désormais audible à 18 heures.

Patrick Cohen n'a rien perdu. Pour sa première, il a délivré un billet dense et sans accroc, malgré un débit rapide. Avec son style caractéristique, il a évoqué l'impact des Jeux olympiques sur la société et la rentrée politique. Un retour qu'a salué à sa façon Matthieu Noël, se moquant de l'appétit légendaire de son collègue. « Avec sa boulimie d'info, Patrick a becté au passage Yaël Goosz ! »

9 h 45 sur France Inter Charline Vanhoenacker toujours incisive

Dans cette matinale d'Inter, Charline Vanhoenacker fait aussi son come-back. Elle sera à l'antenne tous les jours à 9 h 45, pour « aider » Nicolas Demorand « à gérer une bande avec de fortes personnalités », a-t-elle prévenu. Évoquant avec acidité la rentrée politique française, elle a ensuite croqué Léa Salamé et son animation de « Quels Jeux ! » cet été. « Jusqu'à présent, le seul exploit sportif que vous aviez commenté, c'était l'épreuve d'exfiltration de Carlos Ghosn de la malle », a-t-elle lancé, en référence à l'interview de l'ex-patron de Renault par la journaliste, en 2020. « En dessous de la ceinture ! » a réagi Nicolas Demorand. « Vous êtes content de me retrouver ? » a-t-elle rétorqué.

12 heures sur France Bleu Valérie Damidot dynamite le déjeuner

Veste à paillettes et bronzage estival, Valérie Damidot est « tellement contente d'être là ». Sitôt installée au micro de France Bleu, elle demande à Éric Bastien, son binôme : « T'as prévu une choré ? Une musique ? » Comme l'indique le nom du nouveau jeu de la station, au cours duquel les auditeurs s'affrontent sur des questions de culture générale parfois improbables, l'animatrice est « Au taquet ! »

Dès la présentation des candidats, elle se lâche. Sébastien collectionne les (vraies) locomotives, dont une qu'il a appelée Georgette ? « C'est mieux qu'un mec qui a une limo ! » s'enthousiasme l'animatrice, connue pour ses émissions de déco. À chaque pause musicale, elle se déchaîne. « J'espère que vous kiffez vos races et que vous tortillez vos petits cuculs sur le sable pour ceux qui ont la chance d'être en vacances. » « Ils sont pas habitués », glisse Éric Bastien. Avec une heure d'émission du lundi au vendredi, ça viendra.

16 heures sur Europe 1 Cyril Hanouna secoue mais pas trop

« Ça va secouer sec ! » a promis Cyril Hanouna lors de sa rentrée sur Europe 1 pour une saison d'« On marche sur la tête ». Testée en juin, la quotidienne avait valu à la station une mise en demeure de l'Arcom pour manque de « mesure » et d'« honnêteté ». L'animateur n'a pas hésité à s'en moquer : « On est certainement la seule radio qu'ils écoutent. »

À ses côtés, des fidèles comme Valérie Benaïm, Gilles Verdez et Guillaume Genton, le journaliste de CNews Eliott Deval, ou l'ancienne porte-parole du mouvement Génération identitaire Thaïs d'Escufon. Rapidement, l'animateur peste contre la France insoumise : « On a été sanctionnés par l'Arcom parce qu'on ne recevait pas de LFI. Ce n'est pas de notre faute s'ils ne veulent pas venir. » Puis d'accueillir « une amie », Marlène Schiappa. Au final, « On marche sur la tête » ressemble à sa version de juin, avec un peu plus de mesure.

16 heures sur France Inter Matthieu Noël en XXL

Double dose de « Zoom zoom zen » sur France Inter. Matthieu Noël a présenté pour la première fois la nouvelle version, rallongée d'une heure, de son émission (16 heures-18 heures). Après une première partie sur « les femmes à chats », l'animateur et sa bande ont lancé une deuxième heure promettant « un décryptage rieur de l'actualité ».

Pari globalement tenu. Si l'équipe a évoqué avec sérieux la difficile formation du nouveau gouvernement avec le communicant Gaspard Gantzer, elle a surtout multiplié les pas de côté comiques, y compris sur des sujets graves comme la scolarisation des enfants handicapés. Lancements ciselés de l'animateur, chroniques des nouvelles recrues Marie de Brauer et Merwane Benlazar, encore un brin stressées : l'ensemble, rythmé, est prometteur.

18 heures sur RTL Yves Calvi muscle le débat

« Je suis particulièrement heureux de ce nouveau rendez-vous », se réjouit Yves Calvi, qui, après dix ans de matinale, revient sur « RTL Soir », suivi du grand débat « On refait le monde ». Deux heures d'émission quotidiennes au cours desquelles il décode l'actualité du jour. À 18 heures, il prend la parole avant de la céder à Agnès Bonfillon, son binôme, qui présente le journal.

« Toujours pas de fumée blanche à l'Élysée, toujours pas de Premier ministre », note le journaliste qui interroge ensuite Karl Olive, député macroniste des Yvelines : « Le président est-il conscient de la gravité de la situation ? » Le ton est didactique, les questions pugnaces. Reportages en immersion et invités « pour tout comprendre » de l'actualité nationale et internationale complètent le rendez-vous. La suite de l'émission est consacrée au débat avec des spécialistes.

20 heures sur RTL Faustine Bollaert, nature et à l'écoute

Huit ans qu'elle n'avait pas pris le micro sur les ondes. À 20 heures pétantes, Faustine Bollaert a débarqué sur RTL avec « Héros », et ce qu'elle fait avec succès : écouter et mettre en valeur ses invités. La promesse : découvrir « des héros du quotidien, des hommes et des femmes comme nous tous, qui ont touché à l'extraordinaire » pour « nous transporter, nous passionner, nous émouvoir ».

« Nos héros, c'est vous », résume la présentatrice avant d'accueillir Arthur, premier enfant issu d'un don de gamètes à avoir retrouvé son donneur en France. À l'aise, la journaliste n'hésite pas à le relancer, à poser les bonnes questions, à donner son avis, à montrer son étonnement, sa joie ou même sa colère, dénonçant les lois en vigueur pour les tests ADN. Elle offre ainsi une heure d'entretien qui se dévore.

L'Humanité
mardi 27 août 2024 789 mots, p. 6

Emmanuel Macron et le coup d'État permanent

Emilio Meslet

Matignon La série de consultations du chef de l'État s'est poursuivie avec le RN. Le président a annoncé, lundi soir, refuser de nommer Lucie Castets à Matignon et cherche à garder la main coûte que coûte.

Et si, dans la France de 2024, la gauche, même victorieuse, ne pouvait gouverner ? Bien qu'arrivé en tête aux élections législatives, le Nouveau Front populaire (NFP) se voit refuser la charge de former un gouvernement, avec à sa tête Lucie Castets, la candidate à Matignon de la coalition. Emmanuel Macron confirme son déni de démocratie.

« Le NFP serait immédiatement censuré par l'ensemble des autres groupes représentés à l'Assemblée nationale. Un tel gouvernement disposerait donc d'une majorité de plus de 350 députés contre lui, l'empêchant de fait d'agir », a annoncé le chef de l'État dans un communiqué peu avant 20 heures, mardi. Ce dernier tente même un coup de force avec une alliance entre perdants des législatives sur le modèle du camp présidentiel entre 2022 et 2024 : « Les échanges avec le groupe Liot et les partis Ensemble pour la République, Modem, Horizons, les Radicaux et UDI ont dessiné des voies de coalition et de travail commun possibles entre différentes sensibilité politiques. » Elle ne pèserait que 188 députés contre 193 pour la gauche. Ainsi, il tente de diviser le NFP en tendant la main aux socialistes, aux Écologistes et aux communistes. Ce que ces derniers refusent.

Macronie, droite et extrême droite avaient déjà accordé leurs violons. Parce que des insoumis pourraient être présents à la table du Conseil des ministres ? L'argument a été battu en brèche après que Jean-Luc Mélenchon a évoqué un éventuel soutien sans participation de la FI à un gouvernement Castets. En raison du « programme de rupture » du NFP, alors ? C'est bien ici que la réponse se trouve.

Emmanuel Macron a poursuivi lundi ses consultations. À l'Élysée, en plus des présidents des deux chambres, Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, il a reçu, dans la matinée, Marine Le Pen et Jordan Bardella pour le Rassemblement national, puis leur allié Éric Ciotti, président du groupe d'extrême droite à l'Assemblée, À droite ! Eux aussi comptent faire tomber, quoi qu'il en coûte, une équipe ministérielle du NFP. Avec les mêmes arguments, à la virgule près, que ceux du camp présidentiel. L'éventuelle absence d'insoumis « ne change strictement rien » pour Marine Le Pen car « c'est Jean-Luc Mélenchon qui dirigera en réalité le gouvernement ».

Migaud, Moscovici, Demurger...

le bal des rumeurs reprend de plus belle

Pour la présidente du groupe RN au Palais Bourbon, « il n'est pas question » de laisser appliquer une « politique qui viserait à aggraver considérablement l'immigration, à régulariser les clandestins ». Alors qu'en réalité, c'est bien les mesures de justice sociale du NFP qu'elle craint. Une fois au pouvoir, la gauche pourrait ainsi abroger la réforme des retraites, augmenter les salaires ou encore réinstaurer une fiscalité plus juste. De quoi débusquer l'imposture de Marine Le Pen, qui voudrait liquider le report à 64 ans de l'âge de départ à la retraite dans la niche parlementaire de son groupe, le 31 octobre, et ainsi en tirer les bénéfices politiques.

Les macronistes ne disent pas autre chose, à l'instar du député Mathieu Lefèvre, lequel assure que l'application du programme du NFP serait « une triple catastrophe pour le pays : catastrophe économique, catastrophe fiscale et catastrophe sécuritaire ». C'est pourquoi Gabriel Attal jure, auprès des députés du groupe qu'il préside, que la « censure » est « inévitable » et dénonce un « coup de force de Jean-Luc Mélenchon ». Et tant pis si la gauche est arrivée en tête des élections...

Emmanuel Macron, dont l'objectif jusqu'ici était de nommer un premier ministre d'ici à mercredi et la cérémonie d'ouverture des jeux Paralympiques, dit reprendre un cycle de consultations, ce mardi. Le Nouveau Front populaire refuse alors d'y participer. La coalition ne se rendrait à l'Élysée que « pour travailler sur les modalités de cette cohabitation » : « Nous attendons du président de la République qu'il agisse en garant des institutions en tirant la seule conclusion politique d'un scrutin qu'il a lui-même décidé : la désignation de Lucie Castets », persistent la candidate et les quatre chefs de parti.

D'après la Tribune du dimanche, le chef de l'État a d'autres idées en tête pour trouver un chef de gouvernement. La coalition de son camp s'est montrée « ouvert(e) à soutenir un gouvernement dirigé par une personnalité qui ne serait pas issue de (ses) rangs », indique le chef de l'État dans son communiqué. Sont évoqués les noms de Didier Migaud, président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes, Pascal Demurger, directeur général de la Maif, ou encore Jean-Dominique Senard, dirigeant de Renault. Une façon pour Emmanuel Macron d'essayer de brouiller les frontières de la majorité.

Le Monde
International, mardi 27 août 2024 1417 mots, p. 4

Le PDG de Telegram, Pavel Durov, arrêté à Paris

Le fondateur de la messagerie est visé par une enquête sur le manque de modération de sa plate-forme

Damien Leloup (à Paris) et Benjamin Quénelle

Moscou - correspondant - Pavel Durov, le fondateur et PDG de la messagerie Telegram, a été arrêté à son arrivée à Paris, samedi 24 août, dans le cadre d’une procédure accusant la société de complicité dans de nombreux dossiers liés aussi bien au trafic de drogues, à l’apologie du terrorisme qu’au cyberharcèlement. Selon l’AFP, le juge d’instruction parisien chargé de l’affaire a prolongé dimanche soir sa garde à vue, avant une éventuelle remise en liberté ou une mise en examen.

Avec près de 1 milliard d’utilisateurs, dont une large partie dans les ex-républiques soviétiques, Telegram est devenu, avec WhatsApp, l’une des plus importantes messageries au monde. Un succès lié notamment à sa large absence de modération. Libertarien revendiqué, M. Durov se dit en effet opposé à toute « censure ». Or quelques minutes de recherche dans Telegram suffisent pour y trouver des groupes faisant l’apologie du terrorisme ou promouvant des escroqueries aux cryptomonnaies.

Ressortissant français

C’est pour son manque de collaboration et la modération déficiente de son application que M. Durov était visé en France par un mandat d’arrêt : l’Ofmin, chargé de la lutte contre les violences aux mineurs, avait discrètement lancé une enquête sur la diffusion de contenus pédopornographiques sur Telegram. Enquête à laquelle se sont ensuite associés, pour des infractions allant du cyberharcèlement au crime organisé, plusieurs services enquêteurs, dont l’Unité nationale cyber de la gendarmerie nationale et l’Office national antifraude dépendant des douanes, où se déroule la garde à vue.

Dans un communiqué transmis au Monde, Telegram a assuré dimanche soir « appliquer les lois européennes »et que son PDG n’avait « rien à cacher ». « Nous attendons une résolution rapide de la situation », écrit l’entreprise.

L’arrestation du PDG d’une application aussi populaire est une première mondiale. Par le passé, de nombreux gouvernements avaient tenté de bloquer Telegram ou menacé de le faire, mais aucun n’avait émis de mandat d’arrêt contre M. Durov ou ses proches collaborateurs.

Début 2022, l’Allemagne, agacée du manque de collaboration de la plate-forme dans une enquête sur un mouvement d’extrême droite soupçonné de préparer un coup d’Etat, avait menacé de bloquer l’application, avant qu’un accord, dont le contenu n’a pas été rendu public, ne soit trouvé. A la fin des années 2010, la Russie avait – sans grand succès – tenté de bloquer le service sur son territoire, accusant Telegram de ne pas collaborer avec ses services d’enquête, avant de renoncer. La semaine dernière encore, Telegram faisait l’objet de vives critiques de la Ligue de football professionnel française, qui l’accusait de ne pas modérer les flux pirates de matchs de Ligue 1.

L’arrestation de M. Durov est d’autant plus surprenante qu’en 2021 il avait discrètement obtenu la nationalité française, vraisemblablement à l’issue d’une procédure rare – et très politique – dite « de l’étranger émérite », qui permet au gouvernement d’accorder un passeport français à une personne contribuant au « rayonnement international de la France ». Cette procédure, à l’initiative du Quai d’Orsay, profite en général à des célébrités francophones et francophiles. Elle a aussi, ces dernières années, bénéficié à des entrepreneurs. M. Durov, qui parle français, a souvent séjourné en France, dans de grands hôtels parisiens ou dans la villa d’Antibes de l’oligarque Roman Abramovitch.

Né à Saint-Pétersbourg, où il a lancé avec son frère Nikolaï le très populaire réseau social VKontakte à sa sortie de l’université en 2006, Pavel Durov a d’abord été considéré dans son pays comme le Robin des Bois du Web, plaçant la défense des libertés individuelles au-dessus de tout. En 2014, celui qui est souvent surnommé le « Mark Zuckerberg russe » se trouve au cœur d’un bras de fer avec les autorités au sujet du contrôle de VKontakte : jugée trop indocile, l’application sera finalement reprise par des amis du Kremlin en échange d’un gros pactole (évalué entre 50 millions et 100 millions de dollars), tandis que Pavel Durov est contraint de quitter la Russie. « Malheureusement, la situation y est incompatible en ce moment avec le business sur Internet », déclare-t-il alors, obligé d’abandonner la direction de VKontakte.

Depuis 2014, il vit officiellement en exil. Même si, les premières années, il a continué de revenir à Saint-Pétersbourg pour voir sa famille, rares sont ceux qui y ont croisé « Pacha » (son surnom) : il s’était fâché avec beaucoup de monde. Les habitants se souviennent encore d’un épisode à la fois insolite et déplacé : en 2012, du haut de ses bureaux de Saint-Pétersbourg, M. Durov avait lancé par la fenêtre des billets de 5 000 roubles (120 euros à l’époque) pliés en forme d’avions et s’amusait à regarder les passants.

Après son départ, il avait installé le siège social de Telegram à Dubaï, où il réside principalement. Il a souvent affirmé que sa société n’avait plus de lien avec la Russie. Ce qui n’a pas empêché la diplomatie russe de s’emparer de son arrestation : tout en reconnaissant ne pas avoir été saisi d’une quelconque demande par Telegram ou par son PDG, le ministère des affaires étrangères a annoncé dimanche qu’il avait « pris toutes les mesures pour tenter de clarifier la situation » de Pavel Durov, décrit comme un « citoyen russe ».

Dès samedi soir, la machine à propagande du Kremlin s’est mise en branle, les autorités et leurs relais médiatiques accusant la France d’être un pays liberticide. Le sujet fait la une des journaux télévisés. La première chaîne a même laissé entendre que les services de renseignement américains étaient derrière cette arrestation.

Des revenus faibles

Moins d’une heure après l’interpellation au Bourget, Vladislav Davankov, député libéral toléré par le Kremlin a rapidement appelé le ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à adresser officiellement un appel à Paris pour la libération du fondateur de Telegram. « L’arrestation de Durov peut avoir des motifs politiques et être un outil pour accéder aux informations personnelles des utilisateurs de Telegram. Cela ne peut pas être permis », a insisté M. Davankov, désormais vice-président de la Douma. Le sénateur Andreï Klichas a, quant à lui, fustigé les autorités françaises, ironisant à propos de leur « lutte pour la liberté d’expression et pour les valeurs européennes ». Son collègue Alexeï Pouchkov est allé plus loin, évoquant une « dictature libérale »qui « ne tolère pas les solitaires qui revendiquent la liberté et ne respectent pas ses règles ».

L’arrestation de M. Durov a également provoqué d’importants remous aux Etats-Unis, où il dispose de nombreux soutiens dans les cercles libertariens et parmi les conservateurs. Elon Musk, l’influent propriétaire du réseau social X, qui se pose en défenseur de la liberté d’expression, a publié des messages critiquant l’arrestation de Pavel Durov, lançant le mot-clé « #freepavel » (« libérez Pavel ») ou prédisant de manière ironique qu’en 2030 « on pourra être exécuté en Europe pour avoir mis un “j’aime” sur un mème ». Plusieurs figures de droite, dont l’ex-candidat complotiste à la présidentielle américaine Robert Kennedy Jr., ont aussi apporté leur soutien à M. Durov – Telegram est très utilisé par différents mouvements conspirationnistes.

Pour l’entreprise, l’arrestation de M. Durov pourrait avoir de lourdes conséquences. Si ce dernier a affirmé à plusieurs reprises avoir prévu un plan de secours pour assurer la continuité du service en cas d’arrestation, il est jusqu’à présent très directement impliqué dans sa gestion au quotidien. Gérée par une toute petite équipe (un peu plus d’une centaine de personnes, hors modération) qui travaille principalement en télétravail, Telegram est une structure dans laquelle M. Durov est l’autorité incontestée sur tous les sujets.

Telegram développe par ailleurs un projet stratégique majeur : la mise en place d’applications sur la blockchain TON, une technologie permettant de créer des cryptoactifs et des services liés à Telegram. Après une levée de fonds torpillée par les autorités américaines, et alors que les revenus de Telegram (abonnements premium et publicité) sont faibles par rapport à son nombre d’utilisateurs, TON est considéré comme le principal levier de transformation de l’application, historiquement déficitaire et financée par M. Durov sur ses deniers personnels, en machine à cash. Après l’arrestation de M. Durov, la valeur du TonCoin, la cryptomonnaie liée à TON, a plongé de plus de 20 %.p

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, lundi 26 août 2024 732 mots, p. AUJM5
Aussi paru dans
26 août 2024 - Le Parisien

Le Rassemblement national rencontre Macron... par politesse

Marine Le Pen et Jordan Bardella sont attendus ce lundi matin à l'Élysée dans le cadre des consultations lancées par le chef de l'État. Mais ils se tiennent en retrait des discussions. En position d'observateurs.

Alexandre Sulzer avec Quentin Laurent

L'heure de la rentréea sonné pour le couple Le Pen-Bardella. Ou plutôt la prérentrée tant les deux têtes du RN semblent montrer peu d'entrain à l'idée de rencontrer ce lundi à 10 h 45 le président de la République à l'Élysée dans le cadre de ses consultations avec les différentes forces politiques pour trouver enfin une sortie de crise au blocage institutionnel. Invité à échanger dès vendredi dernier, dans la foulée du Nouveau Front populaire (NFP) et du bloc présidentiel, le duo RN a préféré reporter à ce lundi pour des raisons d'agenda personnel. Son nouvel allié Éric Ciotti (À droite !) sera, lui, reçu à midi.

« Il n'y a pas beaucoup à espérer de cette rencontre », prévient d'emblée le député et porte-parole du RN Julien Odoul. « Emmanuel Macron fait ces consultations pour la forme. C'est de la com, point final. Nous sommes respectueux des institutions et des invitations, donc nous y allons. Mais nous sommes lucides sur la suite : le blocage va perdurer, le président de la République est coincé... », poursuit le même. Il faut dire que le parti qui rêvait de Matignon début juillet se retrouve dans la situation peu enviable de simple observateur : aucune hypothèse de coalition gouvernementale ne permet d'envisager une participation ni même un soutien du RN.

Une attitude boudeuse

« On ne va pas revendiquer le poste de Premier ministre, nous ne sommes que la troisième force à l'Assemblée », concède un cadre du groupe RN. Depuis plusieurs semaines, le parti se tient bien éloigné du débat politique, le président et la cheffe du groupe parlementaire se contentant de commenter sur X les soubresauts de l'actualité, et surtout d'applaudir les médailles françaises aux Jeux olympiques. Marine Le Pen s'est simplement demandé le 18 août « à quel titre Lucie Castets prétend participer » aux consultations élyséennes, n'étant « ni députée, ni chef (sic) de parti, ni présidente de groupe ». Mais ni elle ni Jordan Bardella n'ont pris la peine de répondre à Jean-Luc Mélenchon qui se demandait samedi si un gouvernement NFP sans ministre LFI serait censuré ou non.

« Bien sûr qu'on le censurerait, répond sans nuance Julien Odoul. On ne veut pas de ministres LFI, écologistes ou communistes. C'est bonnet blanc et blanc bonnet. Ils sont dangereux pour la cohésion sociale, les forces de l'ordre et sont des partisans du Hamas ! Lucie Castets n'est que la marionnette de Mélenchon, elle est gouroutisée et appliquerait à la lettre son programme. » Le RN cultive une attitude d'autant plus boudeuse qu'il n'a pas apprécié de perdre les postes clés qu'il détenait à l'Assemblée nationale et qu'il entendait bien conserver au nom de son score aux législatives.

« Il faut utiliser le référendum »

« Onze millions de Français sont invisibilisés à l'Assemblée nationale. Nous allons rappeler que la macronie a perdu deux fois sévèrement aux européennes et aux législatives, que les Français veulent du changement mais qu'ils ne le voient pas venir », poursuit Julien Odoul.

Réduits de facto à un rôle périphérique dans les tractations en cours, les dirigeants du RN devraient surtout se concentrer sur les sujets de fond, se présentant comme les porte-parole de leurs électeurs. « Il faut défendre les questions centrales que l'on a portées pendant la campagne : le pouvoir d'achat, la sécurité, l'immigration, réfléchit un député RN. Et dire aussi qu'il faut utiliser le référendum. Les Français peuvent dégager des majorités qu'on ne trouvera pas à l'Assemblée. »

Une mélodie entamée depuis plusieurs jours dans les rares interventions médiatiques des élus RN. Comme le député de l'Oise Philippe Ballard, le 22 août sur Franceinfo : « Pourquoi ne pas redonner la parole au peuple [...] lors de référendums ? [...] Il peut y avoir un référendum sur la réforme des retraites. Est-ce qu'il faut abroger cette réforme ? Ce sera sans doute à l'ordre du jour de la niche parlementaire du RN, le 31 octobre. » Loin déjà de la prise de parole télévisuelle probable d'Emmanuel Macron, ce lundi soir, qui devrait clore cette première séance de rencontres élyséennes.

Le Monde
France, lundi 26 août 2024 2251 mots, p. 6,7
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24 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Gouvernement Récit

Matignon : Macron consulte sans trancher

Les représentants du camp présidentiel et de la droite, reçus à l’Elysée après ceux du NFP, vendredi, ont fait savoir au chef de l’Etat qu’ils censureraient tout gouvernement comprenant des « insoumis »

Sandrine Cassini, Robin D’Angelo, Rachel Garrat-Valcarcel et Nathalie Segaunes

La mise en scène était impeccable. Introduite dans les jardins de l’Elysée par la discrète entrée de l’avenue Gabriel peu avant 10 h 30, vendredi 23 août, la délégation du Nouveau Front populaire (NFP) a remonté en silence, la mine grave, l’allée de gravier serpentant entre les bosquets et conduisant au château. La haut fonctionnaire Lucie Castets et une douzaine de représentants des partis de gauche – La France insoumise (LFI), le Parti socialiste (PS), Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et le Parti communiste français (PCF) – ont été conduits au premier étage, où les attendait le chef de l’Etat.

C’est Emmanuel Macron qui a décidé cette arrivée insolite par le jardin, sous l’œil des caméras. Après avoir balayé le nom de Lucie Castets d’un revers de main, le 23 juillet sur France 2, le président de la République, à la recherche d’une «solution institutionnellement stable » qui lui permettrait de nommer un premier ministre, se devait de reconnaître, au préalable, la victoire de la gauche aux élections législatives du 7 juillet.

Aussi les quatre-vingt-dix minutes de dialogue entre le chef de l’Etat et les représentants du NFP, dans le salon vert de l’Elysée, se sont-elles déroulées sans accroc. Les élus de gauche font état d’un dialogue « sincère », « respectueux », « franc », « cordial ». « C’était propre », résume un parlementaire. Emmanuel Macron « a semblé prendre acte du fait que les Français avaient demandé un changement de cap politique » et c’est « un immense progrès », positivait Lucie Castets, vendredi soir à Montpellier, lors de la rentrée politique du PCF.

« Grand oral »

Le matin même, dans le salon vert, Emmanuel Macron était seul, pas même accompagné de son bras droit, le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler. Le NFP avait pour sa part fait le choix de laisser Lucie Castets s’exprimer, les chefs des partis se contentant d’interroger le président de la République. Une chorégraphie qui avait pour but de placer la postulante au premier plan, et d’éviter aux quatre formations de gauche, de culture différente et pas toujours sur la même longueur d’onde, de se contredire.

Bien préparée, assise face au chef de l’Etat, la candidate de la gauche pour Matignon a expliqué la méthode qu’elle comptait mettre en place une fois au pouvoir, et les compromis qu’elle était prête à consentir pour obtenir des majorités. Evitant d’aborder les éléments de son programme, elle a évoqué des convergences possibles avec le « pacte d’action » du président du groupe Ensemble pour la République (EPR) à l’Assemblée nationale – qui rassemble les députés Renaissance –, Gabriel Attal. Elle a également laissé entrevoir un éventuel élargissement, progressif, de la coalition gouvernementale. « Il s’agirait de trouver texte par texte des majorités, et chemin faisant, on verrait si des gens sont prêts à venir avec nous », résume le premier secrétaire du PS, Olivier Faure.

Devant ses hôtes, Emmanuel Macron a reconnu la victoire du NFP dans les urnes, et il a admis que, avec ce vote, les Français avaient exprimé la volonté d’un changement d’orientation politique. Mais il n’a pas renoncé pour autant à afficher sa prééminence. Il a soumis Lucie Castets, une énarque de 37 ans, directrice des finances à la Ville de Paris, à un interrogatoire sur l’Ukraine, le Proche-Orient, le budget, les retraites, etc.

« Quelle est votre solution pour la Nouvelle-Calédonie ? », a même osé le chef de l’Etat, alors que l’archipel est au bord de l’effondrement économique. « Je retirerais le projet de loi constitutionnelle »,qui a déclenché les émeutes et plongé le territoire dans le chaos au printemps, a répondu en substance la haut fonctionnaire. Nullement désarçonnée par ce « grand oral » qui ne disait pas son nom, Lucie Castets a fait remarquer à Emmanuel Macron qu’il ne revenait pas à ce dernier de gouverner, ni de procéder au casting gouvernemental, encore moins de trouver des majorités. « La tentation semble encore présente chez le président de composer son gouvernement », observait-elle à la sortie. Tandis que Marine Tondelier, secrétaire nationale de EELV, a dit son fait à chef de l’Etat en quittant le palais : « Il faut arrêter de nous sous-estimer, maintenant ! »

Le chef de l’Etat a prudemment abordé l’éventuelle présence de ministres mélenchonistes dans un gouvernement Castets. « Certains disent que la présence de LFI au gouvernement serait pour eux rédhibitoire… », soulève-t-il, faisant allusion, notamment, à la motion de censure promise par Marine Le Pen et le Rassemblement national (RN) dans l’hypothèse où des « insoumis » entreraient au gouvernement. Lucie Castets a confirmé son intention de nommer des ministres LFI, rappelant que le front républicain a été mieux respecté par la gauche que par le camp présidentiel, et qu’il a finalement permis à Renaissance de conserver un important bataillon au Palais-Bourbon. Emmanuel Macron en a convenu, « tous les partis du NFP sont légitimes à gouverner », y compris les « insoumis », a-t-il assuré. A aucun moment au cours de l’entretien, il n’a exclu de nommer Lucie Castets à Matignon ni de récuser des ministres LFI. « Mais je ne sais pas quel crédit apporter aux paroles d’Emmanuel Macron », confie le président du groupe PS à l’Assemblée nationale, Boris Vallaud.

Le chef de l’Etat a pris en revanche ses distances avec les noms de premiers ministres potentiels qui ont circulé dans la presse ces derniers jours, Xavier Bertrand, le président (Les Républicains) de la région Hauts-de-France, Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre socialiste, ou Karim Bouamrane, le maire socialiste de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), jurant qu’il ne cherchait pas à diviser la coalition de gauche. Olivier Faure l’a mis en garde : s’il devait nommer une autre personnalité socialiste que Lucie Castets, le NFP ne la soutiendrait pas. « Le Guépard est mort. Il n’est pas possible que tout le monde vote pour que rien ne change », l’a averti le premier secrétaire, paraphrasant Alain Delon dans ce film culte.

A la sortie du rendez-vous, socialistes et communistes préféraient retenir de cet entretien le verre à moitié plein. Olivier Faure voulait croire que « l’hypothèse Castets n’[était] pas du tout exclue » et pensait qu’ « une comparaison[allait] s’imposer »: « Nous sommes les seuls à proposer un projet commun,à avoir une candidate au poste de premier ministre, et la majorité relative la plus large. » Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, optait aussi pour l’optimisme : « Il y a un faisceau d’arguments pour nommer Lucie Castets ». Les « insoumis » se montraient plus prudents. « Emmanuel Macron est spécialiste pour vous dire ce que vous avez envie d’entendre », se méfiait Manuel Bompard, soupçonnant le chef de l’Etat de vouloir « jouer les sélectionneurs ». Pour le coordinateur de LFI, les menaces de censure proférées par la droite, l’extrême droite et les macronistes relèvent en partie de la posture. « Qui va censurer un gouvernement qui veut abroger la réforme des retraites comme l’exigent les Français ? », se demande le député des Bouches-du-Rhône, avant d’interroger la différence de discours entre le chef de l’Etat et des membres de son camp.

Dans la journée, le député Renaissance d’Eure-et-Loir et ministre délégué au logement démissionnaire, Guillaume Kasbarian, a tweeté « Nous sommes prêts », affichant une image de motion de censure, en réponse à un message posté par Lucie Castets. « Soit le président de la République ne contrôle plus rien, et il doit en tirer les conséquences, soit il joue un double jeu, et c’est lui le responsable du blocage ; il doit éclaircir ce point », interpelle Manuel Bompard.

Sujets de dissension

Le « bloc central », lui, n’est pas arrivé en bloc à l’Elysée, sur le coup de 13 heures, mais brique par brique. Edouard Philippe d’abord, flanqué du président du groupe Horizons à l’Assemblée nationale, Laurent Marcangeli. Puis le trio de dirigeants sénatoriaux François Patriat (Renaissance), Hervé Marseille (Union des démocrates et indépendants) et Claude Malhuret (Horizons), suivis des chefs de Renaissance, Stéphane Séjourné, et du Parti radical, Laurent Hénart, accompagnés de Marc Fesneau, le président du groupe MoDem au Palais-Bourbon. Le président du MoDem, François Bayrou, s’est distingué en déambulant seul, les mains dans les poches, fort de son statut de « plus vieil ami du président ». Enfin, invité en tant que président du groupe EPR à l’Assemblée, le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, fermait l’étrange procession, traversant seul, lui aussi, les jardins de l’Elysée.

Deux heures plus tard, c’est encore par clans que les dirigeants du chancelant « camp présidentiel » ont effectué leur sortie. Alors que toutes les autres familles politiques ont pris la parole à l’issue de leur entrevue avec le chef de l’Etat, aucun représentant du bloc central ne s’est arrêté pour rendre compte des discussions.

Autour de la table, Emmanuel Macron a pourtant tenté de ressouder les troupes, notamment en observant que les élections législatives ont certes envoyé un « message d’alternance » au camp présidentiel, mais ne sont « pas un désaveu complet » pour la Macronie. Les sujets de dissension ont cependant très vite pris le dessus. Laurent Marcangeli a rappelé que le RN va proposer d’abroger la réforme des retraites dans le cadre de sa niche parlementaire, le 31 octobre, et qu’une stratégie doit être déterminée. En privé, le Corse plaide pour envisager des aménagements, une condition sine qua non, selon lui, pour qu’une coalition se tienne. Gabriel Attal écoute, mais n’en pense pas moins. Il s’est refusé à mettre dans la balance le sujet des retraites dans son « pacte d’action ».

Invoquant le général de Gaulle, François Bayrou a expliqué au chef de l’Etat qu’il ne doit pas « donner quitus » aux partis pour espérer un dénouement à la crise politique, et qu’il lui revient d’être à l’initiative. Pas vraiment du goût de ses partenaires d’Horizons, qui jugent le conseil peu en phase avec la réalité de la situation. Le sénateur de l’Allier, Claude Malhuret, a évoqué l’hypothèse d’un « premier ministre technique », à laquelle son homologue des Hauts-de-Seine Hervé Marseille a répondu, expliquant que « la période était très politique » et nécessitait « quelqu’un de politique ». Quant à la proposition que le premier ministre ne soit pas issu de la majorité sortante, elle fait l’unanimité. Jusqu’à la prise de parole de François Bayrou, qui a fait sourire les convives en plaidant pour « un gouvernement raisonnable, fait de personnalités lourdes et estimées ».

Un bref instant, même la censure d’un gouvernement comprenant des ministres de LFI a semblé faire l’objet d’un désaccord. Edouard Philippe, partisan du « ni LFI ni RN » entre les deux tours des législatives, a laissé entrevoir qu’il pourrait ne pas s’opposer d’emblée à un gouvernement Castets, expliquant ne pas vouloir censurer les étiquettes mais les propositions. Un ange est passé dans le salon vert, avant que son lieutenant, Laurent Marcangeli, n’intervienne pour clarifier leur position.

Car c’était tout l’enjeu de la réunion pour le camp présidentiel. Dès son entame, le président de la République a posé le débat : « Le NFP a un programme, ils prétendent avoir la majorité et affirment que toutes leurs composantes seront au gouvernement. J’ai besoin de savoir comment vous vous positionnez. »Les trois chefs de groupe ont promis à Emmanuel Macron une censure immédiate. « Comment cautionner, sans s’y opposer, un ministre de l’intérieur qui qualifie nos policiers de barbares ? Un ministre de l’agriculture qui définit nos agriculteurs comme des pollueurs ? Un ministre de l’économie qui traite nos chefs d’entreprise comme des bandits ? Et ainsi de suite », a justifié Gabriel Attal dans un communiqué. « Le vrai critère du président, c’est la non-censurabilité,indique un proche du chef de l’Etat. S’il y a une majorité contre les ministres LFI, ça n’est pas possible de nommer Castets. »

Emmanuel Macron avait-il besoin de convoquer ses troupes pour s’entendre dire ce qu’elles répètent depuis près de trois mois ? « Maintenant, c’est clair et net et pas au détour d’un article, les choses sont établies, avance Hervé Marseille. Désormais, il faut passer à une deuxième phase, qui est : comment ça se passe sans LFI ? »

Les représentants du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez (président du groupe à l’Assemblée), Annie Genevard (députée du Doubs) et Bruno Retailleau (président du groupe au Sénat), tout en promettant de censurer un gouvernement comprenant des « insoumis », ont redit au chef de l’Etat, vendredi, leur refus de s’allier avec le camp présidentiel pour constituer une coalition numériquement supérieure au NFP.

Lundi, après avoir reçu Marine Le Pen, puis Eric Ciotti, président du groupe A droite !, Emmanuel Macron devrait prendre la parole, pour annoncer qu’il ne nommera pas Lucie Castets à Matignon. Avant de lancer, le lendemain, un nouveau « round » de consultations. Le risque d’une censure, « il ne veut pas jouer avec ça, explique l’un de ses proches, et il pense qu’il peut trouver un premier ministre face auquel les forces politiques ne diront pas “on censure” immédiatement ». Emmanuel Macron « est encore à la recherche du bon profil » , concluait, vendredi soir, Stéphane Lenormand, le président du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires à l’Assemblée nationale, reçu en fin d’après-midi à l’Elysée.

L'Humanité
lundi 26 août 2024 539 mots, p. 7

La France insoumise entend rester la force centrale à gauche

Emilio Meslet

Réunie aux traditionnels Amfis dans la Drôme, la FI a poussé pour envoyer Lucie Castets à Matignon au nom du Nouveau Front populaire. Coalition dont le mouvement veut rester le pivot pour qu'un programme de rupture soit appliqué.

Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), envoyé spécial.

Ils n'ont pas attendu de la rencontrer pour l'adopter : « Lucie Castets à Matignon, sinon Macron destitution », chantent à tue-tête les militants insoumis depuis les Amfis, leur université d'été de Châteauneuf-sur-Isère (Drôme). « Elle fait consensus car elle n'appartient à aucun parti. Face au RN, elle incarne le retour des services publics », loue Camille, 30 ans. Et Léa, « éternelle optimiste » venue de Nice, d'ajouter : « Emmanuel Macron n'a d'autre choix que de la nommer. C'est la fin de la Macronie. Et s'il faut aller dans la rue, on ira ! »

Tous font bloc derrière la candidate du Nouveau Front populaire (NFP) à la fonction de premier ministre, y compris Jean-Luc Mélenchon, qui assure que « Lucie Castets n'est pas une insoumise mais elle le mériterait ». « Nous n'attendons qu'une chose, c'est de pouvoir enfin répondre aux besoins du peuple français. Ce (qu'Emmanuel Macron) aurait dû faire il y a déjà au moins un mois en nommant Lucie Castets à Matignon », rappelle Mathilde Panot, présidente du groupe FI à l'Assemblée.

Dans des Amfis résolument orientés vers la lutte antifasciste, Lucie Castets n'a donc eu aucun mal, samedi, à embarquer avec elle les milliers d'insoumis réunis près de Valence. « Notre gouvernement assumera la rupture idéologique avec les politiques qui sont menées », leur promet-elle lors de son grand oral, dans lequel elle fait observer que, « le rôle de l'État, c'est de réguler ». Le mouvement dirigé par Manuel Bompard prévoit d'ailleurs d'accentuer la pression sur le président de la République, menacé d'une procédure de révocation : les « caravanes de la destitution » sont donc lancées, avec une pétition. Une façon, aussi, de donner le tempo à une gauche dont la FI veut rester la force centrale.

Déterminés à faire plier Emmanuel Macron

« Les socialistes sont le seul problème que rencontre l'unité du NFP, affirme Jean-Luc Mélenchon en référence à l'aile droite du PS, qui envisage une coalition sans eux. Expulser les insoumis de la coalition, c'est condamner la gauche à être perpétuellement minoritaire. » Aux velléités des sociaux-libéraux, dont certains envisagent une coalition avec le camp présidentiel, les insoumis, comme Manuel Bompard, répondent qu'ils sont « les garants du programme » puisque ce dernier a pour base l'Avenir en commun, le projet présidentiel de Jean-Luc Mélenchon. « Aujourd'hui, nous n'avons jamais été aussi cohérents, unis et en osmose. Qu'ils règlent leurs affaires », leur enjoint la députée Sophia Chikirou. « Malgré les tentatives de division du NFP, les socialistes ne sont pas prêts à monter sur le radeau de la Méduse », veut croire le député Hadrien Clouet.

Pour autant, la FI a déjà commencé à évoquer un potentiel soutien sans participation au gouvernement Castets (lire pages 2 et 3). Preuve, d'après Manuel Bompard, que les insoumis n'auraient aucune volonté hégémonique : « C'est encore à nous de faire les pas, de faire les gestes. (...) Pour nous, l'intérêt du peuple est plus important que nos intérêts personnels. » C'est donc déterminé à faire plier Emmanuel Macron que le mouvement aborde l'incertaine séquence politique, avec un mantra : « Censure, mobilisation, destitution. » 

Libération
lundi 26 août 2024 1151 mots, p. 2,3

ÉVÉNEMENT

Aussi paru dans
25 août 2024 - Libération (site web)

LFI envoie un message La macronie sur répondeur

DOMINIQUE ALBERTINI, CHARLOTTE BELAÏCH ; SACHA NELKEN

ÉVÉNEMENT

C e lundi, la présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet, les représentants du Rassemblement national, leur nouvel allié Eric Ciotti et le président du Sénat, Gérard Larcher, seront successivement reçus à l'Elysée par Emmanuel Macron. Cinquante jours exactement depuis le second tour des législatives, le chef de l'Etat achèvera sur ces échanges les consultations entamées vendredi, comme préalable à la nomination d'un ou d'une Première ministre. Dans la foulée, il pourrait s'adresser au pays. Et annoncer d'autres échanges la semaine prochaine, les premiers ayant si peu résolu l'équation, comme il l'a envisagé devant certains interlocuteurs.

Résolues à barrer l'entrée de Matignon à la gauche, la droite et une partie de l'ex-majorité présidentielle ont encore durci leurs positions ce week-end. Devant Emmanuel Macron, leurs responsables s'étaient dits résolus à censurer tout gouvernement du Nouveau Front populaire (NFP) qui comprendrait des ministres issus de la France insoumise. Samedi, le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, les a pris au mot, évoquant la possibilité d'un soutien sans participation de son parti à l'éventuel gouvernement de Lucie Castets, candidate du NFP à Matignon. En réponse, la droite et certains macronistes ont surenchéri : avec ou sans LFI, ils soutiendront la censure d'un gouvernement NFP, cette fois en raison de son programme. La démarche, pour réussir, nécessiterait l'appui du RN, qui devrait confirmer lundi à Macron qu'il la soutient.

RÊVE SECRET «Pour nous, c'est non aux ministres LFI et non à un programme inspiré par LFI», a posté sur X le président des sénateurs LR, Bruno Retailleau, décriant «un retour aux vielles lunes de la gauche radicale qui déclasserait la France et appauvrirait les Français». «Je ne soutiendrai aucun gouvernement qui appliquerait un programme synonyme d'aller simple pour le Venezuela !» a annoncé Naïma Moutchou, vice-présidente de l'Assemblée et membre d'Horizons, le parti d'Edouard Philippe. Quant au député Renaissance Jean- René Cazeneuve, réélu en juillet à la faveur du désistement d'un candidat LFI, il a fantasmé tout haut le rêve secret de son camp : «Pas de ministre LFI, pas de propositions LFI dans le programme et plus de LFI à [l'Assemblée nationale]. Là oui, on commence à être bien…» Cette ligne est-elle aussi celle des présidents des groupes macronistes à l'Assemblée ? Interrogé par le Figaro, le président du groupe Horizons, Laurent Marcangeli, a été moins tranché, envisageant la censure si Lucie Castets devait défendre «le programme du NFP, et rien que le programme du NFP». Gabriel Attal, président du groupe Ensemble pour la République, et Marc Fesneau, chef des députés Modem, n'ont pas répondu à Libération. Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, les a aussi pressés de s'exprimer : «Je vais reposer la question parce que je n'ai pas bien entendu la réponse. Elle est simple pourtant, elle devrait entraîner une réponse simple», a-t-il lancé dimanche lors du meeting de clôture de l'université d'été du parti, dans la Drôme. A gauche, voilà longtemps que Jean-Luc Mélenchon n'avait pas eu si bonne presse parmi ses alliés. Certes, son évocation d'un soutien sans participation n'est à ce stade qu'une hypothèse soumise aux macronistes, pas une décision arrêtée. C'est tout de même «un joli coup politique qui renvoie la patate chaude entre les mains du Président, applaudit Christian Picquet, cadre du PCF. Maintenant, il va être obligé de sortir du bois. Il veut tout faire pour éviter un gouvernement de gauche, mais à force de pulvériser le champ politique, il n'a plus de solution». Le numéro 2 du PS, Pierre Jouvet, salue lui aussi «un très bon coup d'ouverture politique [et] une forme de lucidité. Si Macron ne nous nomme pas, il devra se justifier, puisque vendredi il disait que c'était ça qui bloquait». Si les chefs de la macronie tiennent une ligne dure, et que le chef de l'Etat s'en tient à la sienne, il exclura de nommer Lucie Castets à Matignon, au motif de la «stabilité». Quoique rien ne l'interdise, il semble écarter la nomination d'un gouvernement susceptible d'être rapidement censuré. Mais la gauche hors-jeu, le problème resterait entier, car aucun des autres blocs n'a présenté de garantie plus solide. «Vendredi, il a dû prononcer le mot stabilité six ou sept fois, rapporte le sénateur PS Patrick Kanner, membre de la délégation du NFP à l'Elysée. Mais quelle alliance sera plus stable ? Je ne vois pas qui passe l'épreuve de la motion, j'ai fait les calculs.» Un véto au NFP nourrirait aussi le procès en déni de démocratie qui guette le camp présidentiel, après la réélection de Yaël Braun-Pivet au perchoir d'une Assemblée aux deux tiers antimacroniste, et la longue «trêve» estivale décrétée par le chef de l'Etat fin juillet. Sur la liste noire de l'ex-majorité, «j'imagine que les écologistes sont les suivants sur la liste, quand il n'y aura plus LFI», a ironisé sur RTL la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier : «Les communistes vont à mon avis suivre pas longtemps après, et sans doute même une partie des socialistes ne seront pas assez dans l'arc républicain à leur goût.» PROCHAINE ÉTAPE : LA DESTITUTION Dimanche, le député PS Philippe Brun a quand même pris sur lui de jouer les mauvaises consciences de son camp. Dans une tribune publiée par le Monde, il a regretté que, pour se prémunir d'une censure, le NFP n'ait pas cherché à «former un gouvernement de coalition, comme cela est le cas dans l'ensemble des grandes démocraties parlementaires». Quant aux menaces de censure d'un gouvernement NFP, poursuit Brun, «imaginonsnous, dans une situation inversée, renoncer à censurer un budget d'austérité qui serait présenté par un Premier ministre de droite libérale au seul motif de vouloir éviter l'instabilité politique ?» Lui appelle à des «accords de non-censure» entre adversaires, fondés sur des «engagements réciproques». De même, pour l'ancien député socialiste Patrick Mennucci, très critique envers LFI, «il faut que le PS ait une ligne autonome. Si c'est Lucie Castets qui est nommée, c'est simple. Mais si c'est quelqu'un d'autre, Bernard Cazeneuve par exemple ? Même si on n'est pas d'accord sur tout, on doit faire des compromis. Il faut quand même diriger le pays, voter un budget». Tel n'est pas l'état d'esprit chez LFI où, si Lucie Castets n'entrait pas à Matignon, «l'étape suivante est le processus de destitution» du chef de l'Etat, selon le député Hadrien Clouet. Les insoumis ont évoqué pour la première fois le 18 juillet le recours à l'article 68 de la Constitution, qui prévoit la déchéance du président en cas de «manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat». Procédure difficile, qui nécessite l'accord des deux tiers de chaque Chambre, et envers laquelle les autres forces de gauche ont exprimé leur scepticisme. «A l'Assemblée nationale, les macronistes de l'ex-minorité présidentielle constituent moins d'un tiers des députés. Deux tiers des élus sont donc opposés au Président», a pourtant insisté Manuel Bompard, dimanche dans la Drôme. Les mélenchonistes disent désormais vouloir mobiliser les citoyens sur ce sujet, pour vaincre les réticences d'une bonne partie de l'opposition.

Le Figaro, no. 24884
Le Figaro, lundi 26 août 2024 963 mots, p. 2

Politique

Le week-end où Lucie Castets a joué son va-tout

Lepelletier, Pierre

Dans un TGV qui file vers Montpellier ce vendredi après-midi, Fabien Roussel attend Lucie Castets au wagon-bar. Après la rencontre du Nouveau Front populaire (NFP) à l'Élysée un peu plus tôt dans la matinée, les deux sont montés dans le même train pour rejoindre les universités d'été du Parti communiste. L'occasion de faire le bilan, d'en tirer les conséquences. L'épreuve n'était pas mince. La candidate du NFP pour Matignon devait marteler à Emmanuel Macron, les yeux dans les yeux, qu'il n'avait d'autre choix que de la nommer première ministre après la première place de la coalition de gauche aux législatives.

Dire qu'il y a à peine plus d'un mois, la directrice des finances et des achats de l'hôtel de ville de Paris pensait qu'elle passerait ses vacances en Italie... Les dirigeants des quatre partis du Nouveau Front populaire ont contrarié ses plans en se mettant d'accord, à la surprise générale, sur son nom pour Matignon après des jours et des jours de négociations. Son profil issu de la société civile et son combat pour les services publics avaient séduit. Même si, en réalité, lorsque Olivier Faure a évoqué Lucie Castets dans le huis clos des discussions, la plupart des cadres du NFP ont pris un air étonné, au point de demander : «C'est qui?».

Toujours est-il que, vendredi matin, les mêmes - les chefs de parti et les présidents des groupes parlementaires - l'écoutaient dérouler son argumentaire devant le chef de l'État, à l'Élysée. Tous s'étaient accordés en amont pour que seule Lucie Castets défende la coalition. «Emmanuel Macron faisait sans doute le pari que ce serait la cacophonie entre nous alors que nous sommes extrêmement soudés. Clairement, il nous a sous-estimés, encore une fois» ,estime Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Écologistes. La rencontre a donc rapidement tourné au face-àface. Le chef de l'État, qui ne la connaissait pas, a enchaîné les questions pointilleuses, notamment sur la Corse et la Nouvelle-Calédonie. «C'était le grand oral de l'ENA», raille un des participants. «Lucie a fait un sans-faute. Elle était impeccable, imprenable. On a senti Emmanuel Macron bluffé», salue Marine Tondelier.

Trouver des majorités « texte par texte »

Lucie Castets a, elle, assuré au président que son gouvernement abrogerait la réforme des retraites et augmenterait les impôts des plus riches, tout en lui certifiant qu'elle était capable de trouver des majorités «texte par texte» à l'Assemblée nationale. Emmanuel Macron l'a notamment interpellée sur la présence, ou non, de ministres Insoumis dans son gouvernement, rappelant que la plupart des autres partis politiques en avaient déjà fait une ligne rouge absolue. Non négociable, a répliqué Lucie Castets, rappelant que des candidats LFI s'étaient désistés au second tour des élections législatives pour permettre l'élection de macronistes pour «faire barrage» au RN. «Elle a du cran», se félicite Patrick Kanner, président du groupe PS au Sénat.

Tout au long de sa tournée des rentrées de la gauche, qui a débuté jeudi, à Tours, aux Journées d'été des Écologistes, la candidate à Matignon a rappelé que le NFP n'était pas à vendre «à la découpe». «Le président de la République s'est présenté non pas comme un arbitre, comme le prévoit la Constitution, mais plutôt comme un sélectionneur qui semble vouloir composer lui-même son gouvernement à la place du futur premier ministre» ,a déploré Lucie Castets devant les militants communistes vendredi soir, à Montpellier. À côté d'elle, Fabien Roussel embraye : «Hier, c'est parce que nous étions communistes. Aujourd'hui, c'est parce que nous sommes Insoumis. Demain, c'est parce que nous serions écologistes. La réalité, c'est qu'ils ne veulent pas de changement.»

Avec son plongeon dans le grand bain de la politique, Lucie Castets a aussi découvert de l'intérieur comment se fomentent les coups de billard. Peu avant d'arriver samedi après-midi à Valence, où étaient organisés les Amfis de La France insoumise, la haute fonctionnaire reçoit un coup de téléphone. Au bout du fil : Manuel Bompard, le coordinateur national de LFI. Ce dernier lui annonce que Jean-Luc Mélenchon va soumettre, au « 13 Heures » de TF1, l'idée d'un gouvernement NFP sans Insoumis, pour mettre sous pression le camp macroniste. Devant la presse, Lucie Castets salue une «position courageuse» de LFI, répétant malgré tout que, pour elle, «les quatre forces du Nouveau Front populaire» avaient «vocation à gouverner».

Au milieu des militants mélenchonistes, la représentante du NFP est également revenue sur la menace très critiquée, y compris à gauche, des responsables de LFI qui prônent la «destitution» par voie parlementaire du président, s'il ne nommait pas Lucie Castets à Matignon. «C'est Emmanuel Macron qui nous a mis dans cette situation. C'est fort de café de reprocher aux partis de trouver des moyens institutionnels pour sortir de cette situation», a-t-elle répondu, sous les applaudissements des militants. Selon elle, la motion de censure reste néanmoins le moyen «le plus simple, le plus accessible» pour en finir avec la politique du chef de l'État. Même si elle n'exclut pas, in fine, de soutenir l'idée d'une destitution «si la question se pose».

Bien qu'elle soit loin d'être nommée première ministre, Lucie Castets aura malgré tout en un mois réussi à faire consensus au sein des quatre partis de gauche du NFP. «J'essaie de jouer un rôle de trait d'union», explique-t-elle. Comme un petit exploit à gauche, alors que les quatre forces restent marquées par de lourdes divergences idéologiques et des tensions interpersonnelles. «Ce n'est pas plus mal qu'elle soit inconnue, sans passif avec les uns ou les autres», en conclut une députée écologiste. «Elle a un profil à la Jaurès: réformiste et révolutionnaire. Elle est aussi calme, posée, ce qui permet de faire consensus. Cela doit nous faire réfléchir», propose une députée du NFP, pour dépeindre, en creux, une figure opposée à celle de... Jean-Luc Mélenchon. P.L.

Le Figaro, no. 24884
Le Figaro, lundi 26 août 2024 780 mots, p. 4

Politique

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25 août 2024 - Le Figaro (site web)

Le Rassemblement national entame sa rentrée après un été discret

Marine Le Pen et Jordan Bardella sont conviés ce lundi par Emmanuel Macron à l'Élysée, à l'issue d'une période d'introspection.

Cimbidhi, Eloïse

Seule une invitation présidentielle sera parvenue à mettre un terme aux longues vacances estivales de Marine Le Pen. Comme chaque été, la chef de file des députés Rassemblement national (RN) s'est rendue dans la demeure familiale du clan Le Pen de La Trinité-sur-Mer (Morbihan). Un repos écourté par la rencontre proposée par Emmanuel Macron, qui a lancé dès vendredi une série de consultations avec les représentants des partis et les présidents de groupe parlementaire, dans la perspective de nommer un premier ministre. Discrète sinon effacée depuis la défaite de son parti aux élections législatives le 7 juillet, Marine Le Pen se rendra donc lundi à l'Élysée, aux côtés de Jordan Bardella, signant ainsi sa prérentrée politique avant un séminaire à l'Assemblée nationale, les 14 et 15 septembre, et un meeting à Nice, le 6 octobre.

Si le RN ne prétend plus à Matignon après être arrivé en troisième position aux législatives, l'entretien avec Emmanuel Macron reste l'occasion d'exercer une pression sur la nomination du prochain chef du gouvernement. «Nous rappellerons au président de la République la puissance du RN à l'Assemblée nationale et que, face à cela, le mépris et l'ignorance ne peuvent plus fonctionner. Sans nous, pas grand-chose ne sera possible au Parlement», martèle Laurent Jacobelli, député de la Moselle et porte-parole du parti. Avec ses 126 députés, et autant de voix apportées à une éventuelle motion de censure, le groupe mariniste représente une menace existentielle pour le futur gouvernement. D'ailleurs, le parti a déjà tracé ses lignes rouges : «pas de ministres La France insoumise ou écologistes».

« Nous devons être plus performants »

Habituées aux trêves estivales étendues, les troupes lepénistes n'ont pas dérogé à la règle cette année, malgré l'explosivité du contexte politique. Jordan Bardella, qui écumait les plateaux télévisés pour avertir de son arrivée imminente à Matignon pendant la campagne des législatives, a depuis disparu des écrans radars, se fendant seulement de publications sur X pour féliciter quelques champions olympiques français pendant les Jeux. Comme si le RN avait fini par céder à la «trêve politique et olympique» appelée de ses voeux par Emmanuel Macron. «Nous ne sommes ni responsables du calendrier parlementaire ni de la trêve olympique. Ce sont des vacances forcées», balaie le député de l'Yonne Julien Odoul, qui plaidait pour «une session extraordinaire» à l'Assemblée.

Pourtant, à gauche, les vacances n'ont pas empêché le Nouveau Front populaire, arrivé en tête des législatives avec une courte majorité relative, d'être sur tous les fronts pour soutenir la candidature de Lucie Castets à Matignon. Laquelle s'est même rendue à la rencontre organisée par le président de la République vendredi, entourée des représentants de la gauche. «Ce n'est pas parce qu'on ne s'agite pas comme le NFP, qui cherche à faire d'une parfaite inconnue la future première ministre, qu'on ne réfléchit pas. Les échanges ont continué entre nous, notamment sur la rentrée parlementaire et sur l'organisation du parti» ,soutient Laurent Jacobelli.

L'été a constitué un intense moment d'introspection pour le parti à la flamme, promis aux ors de Matignon après sa flamboyante victoire aux élections européennes et ses bons scores du premier tour aux législatives. La puissance du barrage républicain, couplée à des investitures parfois hasardeuses, a finalement eu raison des ambitions du RN. S'ils se refusent à évoquer une «défaite», les lepénistes ne cachent pas leur «déception» et admettent des «dysfonctionnements». «Nous devons être plus performants, plus rigoureux dans les investitures», reconnaît Julien Odoul, alors que plusieurs candidats marinistes ont été accusés de racisme pendant la campagne. Un constat qui a mené à la démission de Gilles Pennelle, ancien directeur général du RN, tenu responsable de l'échec du « plan Matignon » qu'il avait chapeauté.

Pour remettre le parti sur les rails, un homme a été missionné, Aleksandar Nikolic. Depuis Paris, l'eurodéputé enchaîne les appels avec les fédérations frontistes. Selon le magazine Le Point, entre 25 % et 30 % des délégués départementaux du mouvement pourraient ainsi être remplacés dans les prochains mois. «C'est surtout un point global, fédération par fédération. J'essaie de faire des synthèses avec deux objectifs en ligne de mire: les législatives de 2025 en cas de dissolution et les municipales de 2026», assure Aleksandar Nikolic au Figaro. Le député européen fait déjà part de ses «suggestions personnelles». «Je pense que les députés doivent pouvoir redevenir délégués départementaux pour qu'on ait toujours les meilleurs à ce poste. Il faudrait également créer des échelons intermédiaires, des coordinateurs régionaux, qui apporteraient un regard supplémentaire sur l'état des fédérations au siège» , conclut-il. Aleksandar Nikolic doit livrer ses conclusions au parti début septembre.

Le Monde
lundi 26 août 2024 797 mots, p. 26
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25 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Philippe Brun Un accord de non-censure serait la seule issue pour sortir de la crise politique

Le député (PS) de l’Eure suggère aux groupes parlementaires de négocier des engagements réciproques en échange d’une renonciation à la censure du futur gouvernement

Depuis le 7 juillet, nous nous montrons incapables de répondre à la double exigence posée par les Français lors des élections législatives, qui ont demandé à la fois un grand changement au premier tour et ont créé au second tour les conditions d’un grand rassemblement pour mener ce changement.

Aucun bloc politique de l’Assemblée ne peut prétendre avoir la majorité à lui seul, et le plus important d’entre eux, celui de la gauche, doit trouver cent voix supplémentaires pour faire adopter un budget. La sinistre perspective de la succession de gouvernements minoritaires tombant les uns après les autres tous les deux mois est le plus sûr moyen de la victoire de l’extrême droite en 2027, si ce n’est à la prochaine dissolution, dans un an.

La sagesse aurait commandé au bloc en tête, celui de la gauche, qu’il engage des discussions pour former un gouvernement de coalition, comme cela est le cas dans l’ensemble des grandes démocraties parlementaires, afin de nous donner les coudées franches pour doter le pays d’un gouvernement stable qui appliquerait l’essentiel de notre programme. Le poison de la présidentielle invite chacun à l’attentisme, tandis que les accusations de « compromission » ou de « trahison » ont suffi à refroidir les plus téméraires.

L’irresponsabilité ne s’est pas limitée à notre camp. Le bloc central refuse de constater sa défaite, et ne laisse d’imaginer pouvoir conserver l’intégralité du pouvoir après avoir été très sévèrement désavoué dans les urnes. Pire, ses principaux responsables se permettent de poser des conditions inacceptables comme le refus de tout gouvernement comprenant des ministres écologistes ou insoumis.

Liberté de critique

D’autres ont réclamé des « lignes rouges » impossibles à ne pas franchir pour un gouvernement de salut public tel que nous l’imaginons, à l’image des députés de la droite républicaine, qui exigent « aucune augmentation d’impôts », alors même que ces derniers avaient voté en faveur d’une hausse de la taxe sur la rente inframarginale des énergéticiens.

En l’absence de tout accord, la tâche du futur chef de gouvernement semble impossible. Si des discussions peuvent amener à des compromis sur des textes peu clivants, comme la fin de vie, personne ne peut affirmer être capable de faire passer un budget en comptant sur l’abstention miraculeuse des autres groupes, ou l’absence de censure par bonté d’âme.

Mettons-nous nous-mêmes à la place de nos opposants : imaginons-nous, dans une situation inversée, renoncer à censurer un budget d’austérité qui serait présenté par un premier ministre de droite libérale au seul motif de vouloir éviter l’instabilité politique ? Cela n’existe pas.

La mise en œuvre de notre programme rend obligatoire l’adoption d’un budget. Personne ne pourrait se satisfaire d’une situation de blocage qui verrait la France être le seul pays démocratique du monde à ne pouvoir se doter d’un budget.

On ne fait de la politique qu’avec des réalités. Une coalition de gouvernement majoritaire étant impossible tant que l’élection présidentielle concentrera l’essentiel des stratégies personnelles des dirigeants politiques de ce pays, il reviendra donc au chef de gouvernement de négocier un accord de non-censure avec un nombre suffisant de groupes politiques pour atteindre la barre de la majorité des 289 députés à l’Assemblée nationale.

Cet accord de non-censure devra comprendre des engagements réciproques et non de simples « lignes rouges », qui tomberaient comme des ultimatums changeant au gré de l’actualité. La majorité gouvernementale relative devra, et c’est bien normal, consentir à des compromis pour appliquer son programme et évacuer le risque de censure. Les groupes d’opposition ayant pris part à l’accord de non-censure pourront se faire fort, en échange de leur renoncement à la censure, d’avoir obtenu l’application de certaines de leurs propositions.

L’accord aura de quoi satisfaire ceux que la perspective présidentielle rend rétifs à l’idée d’une coalition : ils pourront ainsi préparer la prochaine échéance en laissant le gouvernement travailler, sans être associés directement à son action, et en gardant leur liberté de critique, voire d’opposition franche.

Cette solution s’impose comme la seule issue pour sortir de la crise politique dans laquelle la France est plongée. Bien sûr, le gouvernement aura, dans les mois qui le séparent de la prochaine élection présidentielle de 2027, d’immenses défis à relever : relancer notre économie, augmenter la rémunération du travail, faire la planification écologique, doter le pays d’institutions plus démocratiques.

L'Humanité
lundi 26 août 2024 799 mots, p. 6

À Montpellier, les communistes veulent réorganiser leur parti

Diego Chauvet

Le PCF demeure influent malgré les défaites électorales et une extrême droite à son plus haut niveau historique, plus menaçante que jamais. Lors de leur université d'été, les militants se sont donné un second souffle pour la rentrée.

Montpellier (Hérault), envoyé spécial.

«Après la période qu'on vient de vivre, ça rebooste... » Avant de rentrer dans l'Aude, le secrétaire de la section de Narbonne, Patrick Castey, exprime un sentiment très partagé après l'université d'été de son parti, le PCF. Préoccupé par la situation politique mais galvanisé par ces trois journées studieuses dans le grand auditorium du Corum de Montpellier. Un rendez-vous qui a commencé fort, vendredi en fin de journée, avec l'arrivée de Lucie Castets et de Fabien Roussel, sous les ovations des militants communistes. La candidate du Nouveau Front populaire  (NFP) à Matignon, inconnue du grand public il y a un peu plus d'un mois, était très attendue après sa rencontre avec Emmanuel Macron et le sujet de sa nomination à Matignon aura occupé les discussions entre militants en marge des ateliers qui se sont succédé jusqu'à dimanche en fin de matinée.

Mais c'est bien la « période » traversée par le PCF, dont parle Patrick Castey, qui a mobilisé les adhérents et devrait les occuper dans les mois qui viennent. Lors de son allocution de samedi soir, Fabien Roussel abondait : « Cette période est pleine de contradictions. Elles nécessitent une analyse profonde, à l'échelle nationale comme locale. » Le Parti communiste exerce toujours une forte influence sur la vie politique française, comme il l'a encore montré dans la séquence qui a vu la création du NFP et les négociations pour trouver un nom à proposer pour Matignon. Pourtant, aux élections européennes, il n'a pas réussi à faire mieux qu'en 2019 (2,5 %). Et, aux législatives, il a perdu quatre députés.

Léon Deffontaines, tête de liste aux élections européennes, s'est livré à une analyse de ces échecs devant les militants. S'il note une augmentation de 3 points des quatre listes de gauche entre 2019 et 2024, celle-ci serait due, selon lui, à « un vote à gauche d'électeurs macronistes, et une augmentation de la participation dans des territoires acquis à la gauche ». Mais, aux deux scrutins, « nous ne sommes pas parvenus à aller chercher de nouveaux électeurs dans les classes populaires », déplore le dirigeant communiste, avant de suggérer un « grand débat » pour « réorganiser notre parti afin que de tels échecs ne se reproduisent plus ».

Le niveau historique de l'extrême droite s'est également retrouvé au centre des discussions. « Je suis du milieu hospitalier, pointe une militante, et j'ai entendu dire dans les couloirs que si la gauche arrivait au pouvoir, nous serions appauvris. » Une autre souligne le « lien direct entre qualité de vie au travail, abstention et vote RN ». Le député communiste de l'Allier, Yannick Monnet, réélu de justesse face au RN, souligne, lui, ce qu'il a relevé de la nature de ce vote : « Nous avons mené une campagne très difficile dans un territoire très fracturé. (...) J'ai vu la montée en puissance d'un racisme d'adhésion. On ne peut plus continuer à penser que les gens qui votent RN sont juste malheureux », explique-t-il devant ses collègues Nathalie Oziol (FI) et Jean-Louis Roumégas (EELV), aux côtés d'Emma Rafowicz (PS) et Igor Zamichiei (PCF). Ce dernier pointe une « invisibilisation des ouvriers et des employés, la place prise par les réseaux sociaux, qui enferment les gens ». « Tout cela a conduit au recul des repères de classe, à une structuration identitaire qui nourrit la progression de l'extrême droite », estime le dirigeant communiste.

c'est un chantier qui ne fait que commencer

Pas question cependant de céder à une forme de défaitisme. Le NFP est venu montrer qu'il existe une issue. C'est Jean-Louis Roumégas qui le rappelle : « Au soir de la dissolution, tous les journaux s'imaginaient un gouvernement Bardella. C'est la gauche qui a empêché l'extrême droite d'arriver au pouvoir », salue le député écologiste.

Les militants, eux, s'attachent à ce qu'ils connaissent le mieux : le terrain. C'est sur celui-ci qu'ils comptent non seulement reprendre la main face au RN, mais aussi relancer leur parti. « Il faut aider le mouvement social à se construire, et les gens à faire de la politique », lance une jeune militante à Léon Deffontaines. « Le PCF est le parti qui est en capacité de le faire, ajoute-t-elle. Mais il faut engager des moyens, sur le terrain comme sur les réseaux. » Pour les communistes, c'est un chantier qui ne fait que commencer. En attendant les événements politiques de la rentrée, ils ont déjà un calendrier pour poursuivre leur travail de réflexion et de réorganisation. Fabien Roussel leur a annoncé un conseil national le 7 septembre, puis une conférence nationale « d'ici la fin de l'année ». Et, en attendant, rendez-vous est pris pour la Fête de l'Humanité, les 13, 14 et 15 septembre. 

Libération
lundi 26 août 2024 829 mots, p. 21

AUTRE

Jeux paralympiques : rendre le sport plus accessible aux personnes malentendantes

AUTRE

Alors que 10% de la population est concernée par les surdités, des associations, des élus et des sportifs exhortent fédérations et clubs à s'équiper et à se former pour une meilleure inclusion des enfants sourds et malentendants.

L e sport est un puissant vecteur de sociabilisa- tion, offrant de nom- breux bienfaits physiques et mentaux tout en favorisant l'intégration sociale. Alors que les Jeux olympiques et para- lympiques mettent en lumière l'importance de l'inclusion des personnes en situation de handicap, il est urgent de repenser notre approche pour intégrer pleinement les per- sonnes sourdes, malenten- dantes ou sourdaveugles dans le monde du sport amateur, qu'elles se reconnaissent, ou pas, en situation de handicap.

Trop de barrières dans la communication L'inclusivité dans le sport est un principe essentiel qui doit être promu à tous les niveaux, des clubs amateurs aux compétitions internationales. Pourtant, une grande dispa- rité persiste : trop souvent, les personnes sourdes ou malen- tendantes se heurtent à des barrières considérables. Elles rencontrent des difficultés pour accéder aux informa- tions importantes, comme les consignes de jeu et les stra - tégies d'équipe, en raison de la prédominance des signaux sonores et des instructions verbales. Dans les sports col- lectifs, où la communication rapide et efficace est cruciale, ces obstacles peuvent les empêcher de participer plei- nement et de profiter des mêmes opportunités que les personnes entendantes. De plus, les clubs sportifs ne sont pas toujours équipés ni formés pour accueillir ces personnes de manière adéquate, ce qui renforce leur sentiment d'ex- clusion et limite leur enga - gement sportif.

Des performances remarquables Les personnes sourdes ou malentendantes ont pourtant prouvé qu'elles sont autre- ment capables en dévelop- pant des stratégies de communication singulières. De nombreux athlètes malen- tendants concourent avec suc- cès aux Jeux olympiques réguliers, montrant que leur handicap ne les empêche pas de réaliser des performances remarquables. Cependant, dans les clubs amateurs, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour assurer une véritable inclusion à tous les âges de la vie, enfants, adultes et seniors. Pour cela, il est urgent de for- mer les fédérations et les clubs à l'accueil des personnes sour- des ou malentendantes, quel que soit leur type de surdité. Quelques aménagements peu- vent transformer leur expé- rience sportive : répertorier les aides techniques disponibles, former les entraîneurs à la communication avec les per- sonnes sourdes et utiliser des dispositifs adaptés. Ces mesu- res simples mais efficaces peuvent grandement amélio- rer l'accessibilité des activités sportives. Les fédérations et les clubs doivent également intensifier leurs efforts de communica- tion dans les territoires, par- tout en France, pour promou- voir l'accueil des jeunes sourds ou malentendants dans les clubs. Chaque enfant ou adolescent sourd a le droit de pratiquer le sport de son choix, et il est de notre devoir moral, éthique de leur offrir les moyens nécessaires pour le faire. Des solutions existent déjà pour rendre le sport accessible à d'autres types de handicaps. Il est temps de mettre en place des dispositifs similaires pour les personnes sourdes ou mal- entendantes. En France, le nombre de personnes concer- nées par les surdités, soit 10 % de la population, justifie plei- nement l'élaboration de mesures spécifiques pour ce public. Le programme Club inclusif et l'outil Trouve ton parasport portés par la Comité paralympique et sportif fran- çais (CPSF) sont des initiatives allant dans la bonne direction, mais nous pouvons aller encore plus loin.

Changer les mentalités pour une intégration L'investissement des fédéra- tions sportives et des clubs est primordial : une campagne de communication et de sensibi- lisation sur l'inclusion des personnes sourdes dans le sport est nécessaire pour changer les mentalités et encourager une véritable intégration. Les dispositifs adaptés existent déjà ; ils doi- vent être déployés largement pour qu'ils profitent à tous. L'inclusion des personnes sourdes et malentendantes dans le sport est non seule- ment une question de justice, mais aussi de reconnaissance de leurs talents et de leur potentiel. En tant que société, nous avons la responsabilité de garantir que chacun ait accès aux mêmes opportu - nités, quelle que soit sa différence. Par LA FONDATION POUR L'AUDITION et UNANIMES La Fondation pour l'audition est depuis 2015 reconnue d'utilité publique et oeuvre au quotidien pour faire avancer la cause de la santé auditive (fondationpourlaudition.org) Unanimes est une association de représentation des personnes sourdes, malentendantes et sourdaveugles et de leurs familles (unanimes.fr) Les premiers signataires, députés, associations, professionnels et personnalités qui soutiennent la tribune : Philippe Fait député du Pas-de-Calais Pierre Rabadan adjoint à la maire de Paris, chargé du sport, des Jeux olympiques et paralympiques et de la Seine François Gernigon député du Maine-et-Loire Sandrine Chaix vice-présidente déléguée à l'action sociale et au handicap, région Auvergne-Rhône-Alpes Manon Haab sportive haut niveau à la Fédération française handisport Pauline Leynier porteuse de la flamme olympique....

L'inclusion des personnes sourdes et malentendantes dans le sport est une question de justice et de reconnaissance de leurs talents et de leur potentiel.

Le Figaro, no. 24884
Le Figaro, lundi 26 août 2024 980 mots, p. 4

Politique

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25 août 2024 - Le Figaro (site web)

L'appel de Laurent Wauquiez à rebâtir une « nouvelle droite, de fond en comble »

Lors de sa traditionnelle ascension du mont Mézenc, le chef de file de la Droite républicaine a pris pour cible LFI.

Conruyt, Claire

Coup de chance, la brume qui cachait la cime des arbres a disparu. Dans la foule venue ce dimanche participer à la traditionnelle ascension du mont Mézenc (Auvergne-Rhône-Alpes), certains croient même y voir le signe des beaux jours à venir. Il reste pourtant tout à faire, et le chef de file de la Droite républicaine à l'Assemblée le sait.

Le député de la Haute-Loire fait le tour de la vingtaine de tables installées. Plusieurs centaines de fidèles, militants, élus locaux et parlementaires, entre deux bouchées de sandwich, le saluent, se prennent en photo, discutent. Laurent Wauquiez est chez lui. Il goûte un morceau de cantal et déguste une tranche de saucisson. «Les gens sont venus de partout, ça me touche énormément», glisse-t-il, tout sourire. À quelques mètres, plusieurs cadres Les Républicains (LR) conversent, l'air fort détendu. Le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, la secrétaire générale du parti, Annie Genevard, les députés Michèle Tabarot, Antoine Vermorel-Marques, Isabelle Valentin ou encore Brice Hortefeux... Ils sont venus écouter celui dont «personne ne peut contester le leadership» et sur qui l'on mise pour entreprendre la «refondation de la droite» , dixit Othman Nasrou, secrétaire général délégué Les Républicains.

Tracer un « chemin d'avenir »

En attendant sa prise de parole, l'on médite sur cette rentrée politique singulière, trois jours après les consultations d'Emmanuel Macron avec les présidents de parti et des groupes parlementaires. Des échanges qui, estime un proche de Laurent Wauquiez, «n'ont pas éclairci» ce que le chef de l'État «a en tête» pour Matignon. Cette rencontre avec le président de la République, juge Bruno Retailleau, «c'était un premier round: purger l'hypothèse Lucie Castets». Place au second round : la nomination d'un premier ministre, alors que la droite et le bloc central ont affirmé qu'ils voteraient une motion de censure contre un gouvernement comprenant LFI. Invité au journal de 13 heures de TFI, samedi, Jean-Luc Mélenchon n'a pas tardé à riposter et à cibler les « chefs des trois partis macronistes et de la droite», leur demandant s'ils étaient prêts à renoncer à la censure en cas d'un gouvernement ne comprenait aucun visage Insoumis.

«C'est niet, rétorque Bruno Retailleau. Que ce soit sous la forme d'une participation de ministres ou de sous-ministres. On ne veut ni de LFI, ni de ses représentants invisibles, ni de leurs idées. Le programme du NFP est programmé par Jean-Luc Mélenchon.» Pour l'entourage de Laurent Wauquiez, l'affaire est claire : «C'est très mignon ce jeu du chat et de la souris entre l'Élysée et Mélenchon. Mais le fond du sujet est ailleurs: c'est quoi un gouvernement de gauche sans LFI? Où sont la majorité et la base parlementaire?»

Pour la droite, le mélenchonisme reste l'adversaire principal. «LFI est aujourd'hui le plus grand danger politique pour notre pays», martèle Laurent Wauquiez, visant une «extrême gauche reniant tous les principes de la République». La foule abonde. «Ne vous abaissez pas à les siffler. Engageons-nous et portons les valeurs de la droite républicaine.» S'adressant aux «gens de gauche sincères», le député de la Haute-Loire poursuit : «Qu'attendez-vous? Cessez de vous taire et rompez enfin avec les folies de l'extrême gauche.» La phrase ne peut être anodine, à l'heure où le nom de Bernard Cazeneuve circule en macronie pour Matignon. «Bien sûr, un Cazeneuve, ce n'est pas la même chose qu'une Castets», glissait-on à droite, un peu plus tôt.

« La grande et magnifique bataille »

Entre «l'impuissance du « en même temps »» et le «rejet du RN et de son manque de crédibilité pour gouverner», Laurent Wauquiez veut tracer un «chemin d'avenir» pour la droite. Rappelant sa volonté de ne pas s'opposer «systématiquement, car le pays ne peut pas se le permettre», le chef des 46 députés de la Droite républicaine a rappelé le contenu de son « pacte législatif ». Et fixé ses «lignes rouges» : «Aucune augmentation d'impôts et pas d'économies sur le dos des retraités qui ne seront pas les boucs émissaires du « quoi qu'il en coûte ». » Sinon, le gouvernement «s'exposerait à l'opposition immédiate de notre part sur le vote du budget», prévient-il.

Pour sa rentrée politique, Laurent Wauquiez entend fixer un «cap» pour la droite. Lequel repose en majeure partie sur l' «enjeu prioritaire» de la «reconnaissance du travail». «Le système social n'est plus juste, affirme-t-il. Par le passé, quand la droite parlait de notre système social, elle donnait le sentiment de vouloir le démanteler. Moi, je ne veux pas le démanteler, je veux le sauver.» Donner la priorité à ceux qui ont un emploi pour obtenir un logement social, détaxer le travail pour augmenter les salaires, davantage contrôler les abus... «Le plus grand scandale dans notre pays, ce sont les travailleurs pauvres.»

Alors que repose sur ses épaules l'avenir du parti, Laurent Wauquiez veut faire de sa treizième ascension du mont Mézenc «la première pierre pour reconstruire la droite». «On nous disait voués à disparaître... Nous sommes là. On nous disait condamnés aux compromissions, nous portons fièrement nos convictions.» Et d'ajouter : «Ce qui n'a pas manqué de désarçonner le président de la République.» Il poursuit : «La droite française a pu, par le passé, se diviser, décevoir et échouer: arrêtons de nous diviser, reconnaissons nos erreurs et rebâtissons de fond en comble une nouvelle droite.» Là est «la grande et magnifique bataille» de LR, à la veille d'une rentrée de tous les dangers pour le parti, encore marqué par l'alliance d'Éric Ciotti, président contesté du parti, avec le RN lors des législatives anticipées. «Il n'est pas prévu que Laurent et Éric se parlent, glisse un proche de Wauquiez. Mais Ciotti n'a pas intérêt à se bunkériser.» Ainsi que le résume un ténor : «Le plus dur est à venir.» Il commence ici, au pied du mont Mézenc, «cette montagne colossale», promet Laurent Wauquiez.

L'Humanité
lundi 26 août 2024 1395 mots, p. 2

La gauche met Macron face à ses responsabilités

Florent LE DU et Emilio Meslet

Institutions Pourquoi le chef de l'État ne nomme-t-il pas Lucie Castets : en raison du programme ou de la présence des insoumis au gouvernement ? Jean-Luc Mélenchon a sommé les droites de répondre. Le Nouveau Front populaire lève ainsi un obstacle à son arrivée au pouvoir.

U n record et un blocage. La France est sans gouvernement depuis désormais quarante et un jours. Voilà pour le record, lequel datait de la IVe République. Rien que ça. Pour le blocage, le responsable est le même : Emmanuel Macron. Plus de cinquante jours ont passé depuis les élections législatives et le président de la République s'obstine, malgré le résultat des urnes, à refuser au Nouveau Front populaire (NFP) la possibilité de former un gouvernement. Et ce au motif que celui-ci serait immédiatement censuré du fait de la présence de membres insoumis en son sein.

Alors, par la voix de Jean-Luc Mélenchon, la gauche a offert la possibilité de desserrer l'étau : « C'est à mon tour de poser une question aux trois chefs de partis macronistes et de la droite : le gouvernement de Mme  Lucie Castets, s'il ne comportait aucun ministre insoumis, est-ce que vous vous engageriez à ne pas voter la censure et à lui permettre d'appliquer (son) programme ? » a interrogé, samedi, en duplex sur TF1 depuis l'université d'été de la FI dans la Drôme, le triple candidat à la présidentielle. Et d'ajouter : « Si vous répondez non, on dira que les ministres insoumis, en fait, c'est un prétexte. C'est du programme dont vous ne voulez pas. » Un coup tactique inattendu, car la FI possède le contingent d'élus le plus fourni du NFP. Nous ne voulons « pas être un problème mais une solution », a tranché Jean-Luc Mélenchon.

Ainsi, voici Emmanuel Macron placé au pied du mur : va-t-il inventer un nouvel argument pour sauver ses sacro-saintes orientations économiques ou se résoudre à, enfin, nommer Lucie Castets à Matignon ? Il s'est, d'après les retours des consultations à l'Élysée avec les chefs de parti et présidents de groupes parlementaires, fixé la date de l'ouverture des jeux Paralympiques, mercredi 28 août, pour annoncer sa décision. « Mais nous ne sommes pas à vingt-quatre ou quarante-huit heures près », a-t-il ajouté, vendredi matin, devant les représentants du NFP, lesquels ont laissé Lucie Castets s'exprimer en leur nom devant le chef de l'État. Ce dernier, selon la Tribune du dimanche, pourrait s'exprimer ce lundi et rouvrir un cycle de concertations dès mardi.

Emmanuel Macron aurait, en coulisses, indiqué à ses proches qu'il ne comptait pas nommer la candidate du NFP, persuadé que son gouvernement tomberait aussitôt. À l'issue de leur entretien avec le président de la République, Gabriel Attal et Laurent Wauquiez, respectivement à la tête des groupes parlementaires « Ensemble pour la République » (ex-Renaissance) et « La droite républicaine » (ex-« Les Républicains »), ont assuré que leurs troupes censureraient tout exécutif avec des insoumis. D'où l'interpellation de Jean-Luc Mélenchon, piégeant ainsi tous ceux qui veulent voler le résultat des urnes. « Nous gardons le manche : c'est nous qui posons les questions, et pas Macron, traduit le député FI Hadrien Clouet. On tente la guerre de position pour déstabiliser le paysage et trouver une porte de sortie. »

Le chef de file insoumis n'a pas tardé à être appuyé par le reste du NFP. « Le président de la République et ses soutiens sont donc placés face à leurs responsabilités. Ils doivent s'engager publiquement à laisser Lucie Castets et le Nouveau Front populaire gouverner sans agiter la menace de la censure », a réagi Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, depuis l'université d'été de son parti à Montpellier (Hérault). « C'est malin et courageux de sa part. Il va falloir que les macronistes répondent : est-ce qu'ils refusent tout simplement un gouvernement du NFP, dont Macron a reconnu la victoire ? », abonde le député socialiste Arthur Delaporte. Mais certains refusent « les oukases », comme les écologistes Charles Fournier ou Sandrine Rousseau : « Je comprends et salue la stratégie politique. Mais ne pas céder aux tactiques du camp libéral est aussi une manière de nous affirmer », écrit, sur X, cette dernière.

« La priorité du NFP, c'est de changer la vie du pays »

Pour l'heure, Lucie Castets, avertie par Jean-Luc Mélenchon en amont de son intervention, se bornait, jusqu'ici, à affirmer que « les quatre forces politiques du NFP ont vocation à gouverner ». Elle indique d'ailleurs à l'Humanité que « la priorité du NFP, c'est de changer la vie du pays et de proposer un gouvernement dans les plus brefs délais » (lire pages 4 et 5).

Le coup de poker de Jean-Luc Mélenchon a aussi redonné de l'espoir aux militants progressistes, jusque-là en colère face au déni de démocratie du chef de l'État. Lancée dans un week-end marathon entre l'Élysée, Montpellier (Hérault), Châteauneuf-sur-Isère (Drôme) et Tours (Indre-et-Loire), Lucie Castets a conquis le peuple de gauche, qui entrevoit une possible nomination. « J'ai apprécié son passage aux universités d'été vendredi. Elle ne sort pas du cadre du programme du NFP et je la trouve plus active et enthousiaste que lorsqu'on l'entend à la radio. Vivement qu'on passe aux actes », sourit Anne-Marie Bouquet, militante communiste des Yvelines. Mais, à ses côtés, Alexandre, 53 ans et nouvel adhérent PCF, la reprend : « Macron ne nommera pas Lucie Castets, je n'y crois pas. Pas sans une majorité plus nette. Il faut descendre dans la rue pour mettre la pression, continuer la lutte en respectant la Constitution. »

Dans le camp d'en face, la riposte n'a pas tardé. Les droites n'ont eu d'autre choix que de dévoiler leur jeu. « Un gouvernement soumis aux injonctions de Jean-Luc Mélenchon, qui appliquera le programme du NFP-FI : explosion des impôts et de la dépense publique, dirigisme économique, complicité avec les régimes autoritaires, remise en question de la laïcité : c'est évidemment non », a ainsi caricaturé le macroniste Benjamin Haddad. Et son collègue Mathieu Lefèvre de résumer : « Si c'est pour appliquer le programme des insoumis, censure en effet. »

Si Gabriel Attal et Marc Fesneau (Modem) n'ont pas répondu, leur homologue d'Horizons Laurent Marcangeli a estimé, auprès du Figaro, que le programme du NFP « provoquerait une crise » : « Je réponds donc à Jean-Luc Mélenchon que nous nous y opposerons avec tous les instruments que la Constitution nous offre. » Laurent Wauquiez promet, lui, de « faire barrage à la FI », sans dire si son groupe s'attaquerait à un exécutif ne comprenant que des socialistes, des écologistes et des communistes.

« Qui s'opposera à la revalorisation de la rémunération des enseignants ? »

« À nous de créer les conditions du rapport de force dans la société pour qu'il se traduise sur le rapport de force parlementaire », rétorque Manuel Bompard, coordinateur national de la FI. Le NFP estime, malgré tout, qu'un bon nombre de ses propositions sont suffisamment consensuelles dans le pays pour forcer les députés d'autres bancs à ne pas s'y opposer. D'autant moins avec un risque de nouvelle dissolution de l'Assemblée d'ici dix mois. « La droite et la gauche ne sont pas la même chose : il est important de rétablir ce clivage idéologique. On est conscients que nous n'avons pas la majorité absolue à l'Assemblée (193 sièges sur 577 - NDLR), pose Lucie Castets. Mais beaucoup de textes du NFP pourront réunir un consensus. Qui s'opposera à la revalorisation de la rémunération des enseignants et des infirmières ? »

De quel autre choix que celui de nommer la haute fonctionnaire dispose aujourd'hui Emmanuel Macron ? Une large coalition, laquelle irait des sociaux-démocrates à la droite dite républicaine, s'avère être une chimère. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a mis en garde le chef de l'État, vendredi : ses troupes censureraient tout premier ministre, même issu des rangs socialistes, autre que Lucie Castets. Dès lors, les hypothèses Bernard Cazeneuve, ex-locataire de Matignon sous François Hollande, et Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), s'envolent.

Barricadé derrière les menaces de ce qu'il reste de son camp, le président de la République voit donc dynamitées toutes les autres options à sa disposition. Un Jupiter mis à nu, sommé d'assumer qu'il ne confie pas les clés du pays, comme la logique institutionnelle le lui demande pourtant, à la gauche uniquement pour des raisons idéologiques. Lui-même, lors de la rencontre à l'Élysée avec le NFP, a concédé que la coalition était bien arrivée en tête (raison pour laquelle elle était reçue en premier), que les Français ont voté pour un changement de politique et que « tous les partis du NFP sont légitimes à gouverner », y compris les « insoumis ». « J'attends qu'il passe aux actes », le met au défi Lucie Castets.

Libération
lundi 26 août 2024 748 mots, p. 9

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25 août 2024 - Libération (site web)

«On va à la synagogue la boule au ventre»

ÈVE SZEFTEL

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A l'initiative d'associations juives de gauche, une centaine de personnes se sont rassemblées dimanche à Paris pour dire non à la «banalisation de l'antisémitisme».

D avid, du collectif Golem, ne s'attendait pas à ce qu'il y ait autant de monde. Signe de l'émoi suscité par l'attentat visant la synagogue de La Grande-Motte samedi, plus d'une centaine de personnes se sont réunies dimanche sur la place Armand-Carrel, dans le populaire XIXe arrondissement de Paris, où l'association de juifs de gauche créée après le 7 Octobre a organisé ce rassemblement au pied levé. Des mains jaunes font leur apparition – les militants de SOS Racisme – et chaque organisation de gauche ou presque est représentée : l'Unef, la Fage, la Ligue des droits de l'homme, la CGT, en plus des Juifs et Juives révolutionnaires ou des Guerrières de la paix.

«Banal». Ce n'est pas la première fois qu'un tel rassemblement a lieu tant les actes antisémites se multiplient en France depuis le 7 Octobre. Mais, plutôt que sur la place de la République comme après le viol d'une fille juive de 12 ans à Courbevoie en juin, Golem a voulu qu'il se tienne cette fois dans un quartier où vivent de nombreux juifs, «afin de montrer à la communauté qu'on est là pour eux». Kippa sur la tête, Raphaël s'approche pour écouter les discours. Il promenait sa nièce en poussette au parc des Buttes-Chaumont quand son regard a été attiré par la foule. Le jeune homme dit ne pas avoir été surpris par l'attentat visant la synagogue dans l'Hérault : «C'est triste, mais c'est devenu tellement banal qu'on n'est plus choqué.» Ce juif pratiquant dit subir, au quotidien, des crachats sur son passage et des insultes de type «sale juif». Est-il inquiet à l'approche des fêtes juives qui auront lieu du 3 au 16 octobre, dans un contexte marqué par le premier anniversaire du 7 Octobre ? «Oui, mais ce n'est pas nouveau. On va à la synagogue la boule au ventre. Aujourd'hui, quand vous êtes pratiquant, vous avez tout le temps peur, quand vous accompagnez les enfants à l'école, quand vous faites vos courses, etc.» Envisagedes t-il de faire son «alya», c'est-àdire d'émigrer en Israël ? La réponse fuse : «Bien sûr, et c'est dans la tête de nombreux juifs. C'est triste, car de base on est français, on aime la France, moi je dois tout à la France.» Dans la foule, il y a aussi Yasmina, qui a fait le trajet depuis Créteil, avec son fils de 15 ans et sa mère de 71 ans. Sympathisante des Guerrières de la paix, elle trouvait important, «en tant que Maghrébine», de témoigner sa solidarité à ses compatriotes juifs. «J'ai grandi dans un quartier populaire avec une grande mixité qui aujourd'hui a disparu à cause de la politique d'attribution des logements et j'aimerais qu'on arrête de juger les gens par rapport à ce qu'ils sont. Tous les juifs ne sont pas Nétanyahou et tous les Arabes ne sont pas le Hamas», dit celle qui juge l'extrême droite et l'extrême gauche également responsables du climat de haine. «Parlons-nous, peut-être qu'on ne sera pas d'accord, mais on n'est pas obligés de se cracher dessus», poursuit-elle.

Les militants de gauche appellent à un sursaut de la société, et les responsables politiques à faire preuve de responsabilité, y compris à gauche. «On ne peut pas rajouter toujours plus de policiers devant les synagogues. La réponse sécuritaire ne suffit pas», juge David, qui mise sur la formation des militants et élus politiques. Golem a rédigé une charte de lutte contre l'antisémitisme que des députés écologistes ont signée : «On attend que LFI la signe aussi.» Parmi les engagements, celui de se former au combat contre l'antisémitisme.

Résistants. Tout juste rentrés de Tours où ils ont participé à l'université d'été des Ecologistes, leur nouveau groupe de rattachement à l'Assemblée, les ex-LFI Danielle Simonnet et Alexis Corbière ont tenu à être là. La députée de Paris rappelle le rôle des résistants juifs dans la libération de la capitale, il y a quatrevingts ans, mais refuse de se prononcer sur la responsabilité éventuelle de LFI dans la recrudescence des actes antisémites. «Les actes antisémites ne sont pas résiduels», dit-elle cependant, allusion à une phrase de Jean-Luc Mélenchon. Pour Alexis Corbière, ce qui s'est passé à La Grande-Motte n'est pas «un banal fait divers, mais a une dimension nationale». La raison de sa présence ici ? «On refuse toute forme de banalisation, de la parole raciste comme de l'antisémitisme.»

Le Monde
France, lundi 26 août 2024 89 mots, p. 9

Politique

Laurent Wauquiez démissionne de la présidence d’Auvergne-Rhône-Alpes

Laurent Wauquiez (Les Républicains), redevenu député, a démissionné jeudi 22 août de la présidence de la région Auvergne-Rhône-Alpes en application de la loi sur le non-cumul des mandats, a-t-on appris vendredi auprès de la Région. Sa démission entraîne celle de son exécutif. De nouvelles élections se dérouleront lors d’une assemblée plénière le 5 septembre. Président de la région depuis 2016, Laurent Wauquiez reste conseiller régional. A l’Assemblée nationale, il dirige désormais le groupe de la Droite républicaine. – (AFP.)

Libération
lundi 26 août 2024 756 mots, p. 5

AUTRE

Aussi paru dans
25 août 2024 - Libération (site web)

Au mont Mézenc, «l'extrême gauche» donne le vertige à Wauquiez

VICTOR BOITEAU

AUTRE

Lors de sa traditionnelle ascension dans le Massif central dimanche, le patron des députés LR a tapé plus fort sur La France insoumise que sur le parti de Marine Le Pen, contre laquelle il s'imagine un duel en 2027.

C ombien sont-ils à avoir grimpé là-haut, au sommet du Mézenc, au coeur du Massif central en Haute-Loire, au gré des années et des revirements, des haines recuites et des fidélités rompues ? En 2022, c'est Eric Ciotti qui souriait sur la photo à côté de Laurent Wauquiez. «Cher Laurent», lui donnait le Niçois, alors patron du parti, désormais allié du Rassemblement national. Une éternité.

Pour l'édition 2024 de sa traditionnelle ascension du sommet de 1 753 mètres, dimanche, le patron des députés «Droite républicaine» (ex-LR) a évité de faire allusion au drame politico-juridique qui secoue la droite depuis les élections européennes. Cette année, c'est le chef de file des sénateurs Les Républicains, Bruno Retailleau, qui goûte aux joies de la montée entre les pins. Devant les quelques centaines de fidèles réunis pour l'occasion, Wauquiez a joué la carte du rassemblement, remerciant son homologue du Sénat et Annie Genevard, patronne du parti par intérim. «Esprit d'équipe», «amitié», «climat de confiance»… Dans sa bouche, que du velours, histoire de montrer une famille unie. Tous – Wauquiez, Genevard et Retailleau – ont été reçus à l'Elysée vendredi, comme les forces de gauche, pour les consultations lancées par le chef de l'Etat, toujours en quête d'un Premier ministre. Devant Emmanuel Macron, les PUY DEDÔME HAUTE LOIRE CANTAL Mont LOZÈRE 10 représentants de la droite ont juré qu'ils voteraient «immédiatement une motion de censure» contre un gouvernement qui comprendrait des ministres issus des rangs de La France insoumise.

«Fichés S». Depuis son fief, Wauquiez a chargé la barque, sans prendre de gants. «Il faut protéger notre pays. Je vais le dire d'emblée, La France insoumise est sans doute le plus grand danger politique pour notre pays.» Et LOIRE Puyen-Velay l'ancien maire du Puy-en-Velay de cartonner : «Comment qualifier autrement un parti qui prône la haine de la police, qui a rompu avec la laïcité pour pactiser avec l'islamisme, qui appelle au mépris des lois, qui diffuse des messages de haine, et dont certains élus sont fichés S ?» Parlant de l'attentat qui a visé samedi la synagogue de La Grande-Motte (lire pages 8 et 9), l'ancien ministre a pointé la «responsabilité immense» qu'aurait Jean-Luc Mélenchon «dans la banalisation de l'antisémitisme». Avant de sermonner : «LFI est en rupture avec les valeurs de la République.» Sans la nommer, Wauquiez a tancé la candidate du Nouveau Front populaire pour Matignon, Lucie Castets, «qui a comme seule titre de gloire d'avoir ruiné Paris», une allusion à son poste de directrice des finances de la capitale. A une gauche «laïque et républicaine», celle, selon lui, de Pierre Mendès France ou de Jean-Pierre Chevènement, Wauquiez a aussi exigé qu'elle rompe «avec les folies de l'extrême gauche». Mais censurerait-il un gouvernement de gauche sans ministres LFI, comme l'a suggéré samedi Jean-Luc Mé- Mézenc ARDÈCHE lenchon ? Entre les tables dressées pour un pique-nique géant, un proche de Wauquiez commente : «Ce n'est pas un sujet de personne, c'est un sujet de programme. […] C'est à [Emmanuel] Macron de trouver la martingale.» «Assistanat». En attendant la nomination du successeur de Gabriel Attal, Laurent Wauquiez, lui, garde toujours un oeil sur 2027. De retour à l'Assemblée nationale et au coeur des tractations avec les macronistes, le prétendant à la prochaine présidentielle n'oublie pas d'entretenir ses classiques. Sa recette ? «Travail», «mérite», «effort». Et un coup de griffe à Marine Le Pen, contre laquelle il se voit en duel en 2027 : «Marine Le Pen ne défend pas le travail, elle défend l'assistanat.» Pour le patron de la droite, «celui qui travaille n'est pas reconnu dans notre pays. Le travail n'est pas récompensé à sa hauteur en France. […] C'est le noeud gordien de tous nos problèmes». L'ancien tenant d'une ligne sociale à droite prône la sempiternelle baisse des charges pour augmenter les salaires. Il rappelle aussi les propositions de son «pacte législatif» annoncé en juillet et ses lignes rouges : ni hausses d'impôts ni «économies dans le dos des retraités». En réaffirmant, au passage, sa position à l'endroit des macronistes : «Nous voterons les lois qui iront dans le bon sens. Nous ne serons pas dans une opposition systématique parce que le pays ne peut pas se le permettre.» Un député présent au mont Mézenc ajoute : «On a la même stratégie que LFI, ne pas entrer au gouvernement, mais peser à mort.»

L'Humanité
lundi 26 août 2024 462 mots, p. 7

Le double objectif des Écologistes

Lisa Guillemin

Tout en assumant l'unité à gauche, les Verts préparent les élections de 2026, avec des ambitions dans le monde rural mais sans réellement tirer le bilan de leur échec aux européennes.

Tours (Indre-et-Loire), envoyée spéciale.

«Servez-vous, il y a du blanc et du rouge bio de la région », sourit Marie Toussaint au milieu d'une guinguette improvisée dans un recoin de l'île Balzac, à Tours. C'est là que les Écologistes tiennent leurs journées d'été (JDE) annuelles. Ici, on trinque bien sûr à la possibilité de voir Lucie Castets - extrêmement bien accueillie lors de sa visite jeudi - devenir première ministre. Mais pas seulement. Ces JDE sont également pour les Verts et leur candidate aux européennes l'occasion de rencontrer leurs militants, de s'expliquer sur le revers subi dans les urnes.

Car, depuis le 9 juin, les Écologistes n'ont pas pris le temps du bilan. « 5,5 % (comparés aux 13,4 % de Yannick Jadot en 2019), c'est un échec pour l'écologie, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas fait un aussi faible score, admet Marie Toussaint. Je n'ai pas réussi à fendre l'armure. J'ai peut-être voulu porter trop de choses et trop de choses nouvelles. » Mais beaucoup, comme son colistier Christian Lammens, aimeraient interroger la direction sur cet échec, et notamment « sa décision de faire liste unique ». « Les JDE sont un temps tourné vers l'extérieur, pas un temps d'introspection. Il faudra prendre le temps de se poser et de dialoguer », évacue Marine Tondelier, la secrétaire nationale.

« Se réancrer dans les territoires »

Son parti est, en réalité, déjà tourné vers deux objectifs : la nomination de Lucie Castets à Matignon et les municipales de 2026. Pour ces échéances, plus personne ne semble remettre en question la nécessité de l'union. « Ma majorité municipale à Lyon est faite de composantes du NFP, on est une sorte de précurseur de ce qui s'est joué », analyse Grégory Doucet, l'édile de Lyon. Les Écologistes veulent continuer à jouer le rôle « de liant entre les partis du NFP ». Mais sans délaisser leur singularité, avertit Éric Piolle, maire de Grenoble : « L'enjeu des prochains mois sera d'amener notre contenu d'écologie politique dans l'union. » Pour élargir leur socle électoral, ils entendent miser sur des sujets, pour l'heure, trop peu investis, comme le rapport à la voiture dans le monde rural ou les services publics. « Il nous faut montrer que la gauche, que l'écologie s'intéressent à la vie des gens. Nous avons du travail pour nous réancrer dans les territoires non urbains », prescrit le député Charles Fournier. Peut-être aussi en affirmant davantage le lien entre écologie et social, comme l'indique le nouveau nom de leur groupe « Écologiste et social » à l'Assemblée, lequel accueille désormais les anciens insoumis Clémentine Autain, François Ruffin et Alexis Corbière, accueillis à Tours par leur nouvelle famille politique. 

Le Monde
lundi 26 août 2024 4560 mots, p. 14,16
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25 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Nabil Wakim

La longue bataille du climat dans « Le Monde »

Il aura fallu la persévérance de quelques reporters pionniers, dès les années 1970, puis les rapports alarmants du GIEC et l’audace de jeunes journalistes pour que les enjeux liés à l’environnement se fraient, pour de bon, un chemin dans le journal. Non sans railleries envers les « pages pingouin »…

Nabil Wakim (Avec Sophie Dupont à la documentation)

Al’ouverture de cette grand-messe pour le climat, un haut diplomate promet que « l’ère des conférences rhétoriques est révolue. Il faut maintenant des actes ». A l’extérieur, des manifestants dénoncent le « bla-bla-bla » des dirigeants qui parlent du sujet mais n’agissent pas assez. La scène paraît familière. Pourtant elle ne se déroule pas à la COP28, en 2023, mais en 1990, en Norvège, lors de l’une des premières conférences mondiales pour le climat, à Bergen. L’histoire est racontée par la correspondante du journal en Scandinavie, Françoise Nieto. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) n’est pas encore très connu, mais Le Monde commence timidement à prendre la mesure du problème… en avant-dernière page.

Il serait trompeur de raconter que le titre, né en décembre 1944, a toujours été aux premières loges des grandes questions environnementales. Au premier rapport sur les limites de la croissance, publié en 1972 – dit « rapport Meadows » –, le journal réserve un traitement minimal et sceptique. Dans un très court article, quelques lignes en page 18, titré « La fin du monde en 2100 ? », Jean-Louis Lavallard souligne que « ce rapport est loin de faire l’unanimité » et que « les méthodes utilisées sont critiquées, ainsi que les conclusions ».Les tribunes publiées dans la foulée par le quotidien s’inquiètent, dans leur quasi-totalité, du « catastrophisme » des « futurologues » du Club de Rome. Ces sujets ont rarement eu les honneurs des premières pages : centré sur les questions diplomatiques et de politique intérieure, Le Monde a d’abord réservé un strapontin aux problématiques écologiques – qu’il s’agisse d’enjeux internationaux ou de combats locaux.

L’un des pionniers de cette couverture, Marc Ambroise-Rendu, entré au journal en 1974, a raconté, quelques jours avant son décès, en juin, le souvenir de « l’immense liberté »que lui laissait la rédaction en chef. Mais il se trouvait surtout « un peu seul dans son coin ». Il partait en reportage à moto et dictait souvent ses articles par téléphone, à des sténos. Il se rappelait avoir « été percuté » par ce sujet, à l’époque où la France était encore un pays qui déployait massivement des autoroutes et des usines. Dans une série d’articles parus en 1983, il listait les menaces qui conduisent à « l’épuisement de la biosphère »et appelait à « la gestion de notre globe en bon père de famille » –des sujets rarement présents à la une du quotidien .Il sera suivi dans cette démarche par un autre journaliste, Roger Cans, qui témoignera, des années plus tard, de la difficulté à imposer ces sujets dans la rédaction. Les questions écologiques, réduites à la protection de la nature, sont alors considérées par une partie du journal comme une curiosité plus que comme un sujet sérieux. Roger Cans, mort en 2018, racontait notamment qu’il s’était vu refuser, dans les années 1980, une série sur l’agriculture biologique, jugée marginale et sans avenir…

Même pour ces pionniers, la question du réchauffement climatique semblait encore un peu lointaine, et surtout très technique : c’est du côté du service Science & médecine que l’on a commencé à regarder de plus près ce que l’on appelait à l’époque « le problème de l’effet de serre ». En 1990, Yvonne Rebeyrol publie une série d’articles depuis Genève, qui trouvent pour la première fois une place notable dans les pages. « Tous les scientifiques sérieux sont d’accord : pour la première fois de son histoire, l’humanité met en danger grave sa propre survie », écrit-elle dans un papier dont la quasi-totalité pourrait être reproduite telle quelle aujourd’hui, tant cette journaliste (décédée vingt ans plus tard) identifie déjà clairement le rôle joué par les combustibles fossiles dans le réchauffement du climat.

Coexistence tendue

Pourtant, le journal peine encore à faire le lien entre ce bouleversement climat et ce qui le cause. Le 27 juillet 1990, le premier rapport du GIEC est certes évoqué à la une, mais il ne bénéficie que d’un court article en page 7, rédigé par l’envoyée spéciale du journal à Genève, Elisabeth Gordon – qui ne manque pas de clairvoyance en soulignant à la fois les conclusions des scientifiques et la timidité des solutions proposées : « On aurait pu malgré tout s’attendre que les experts préconisent clairement une réduction des émissions de gaz carbonique », écrit-elle. Mais l’information partage la une du Mondeavec ce qui apparaît bien plus important à l’époque : une autre conférence, qui se tient également à Genève, celle de l’OPEP, le cartel des pays producteurs de pétrole. Le journal titre, inquiet : « Les prix du pétrole pourraient durablement augmenter ». La question du pétrole – au cœur des enjeux géopolitiques et économiques de l’époque – est traitée en majesté par le journal, sans lien apparent avec les gaz à effet de serre, pourtant émis par l’usage du même pétrole.

Cette tension dans les pages du Monde, comme plus tard sur le site Internet, continue de traverser la couverture de l’actualité : comment faire coexister d’un côté les pétroliers, les avionneurs, les industriels et, de l’autre, les rapports scientifiques qui s’accumulent et appellent de plus en plus ouvertement à cesser de brûler des énergies fossiles, à diminuer la consommation d’énergie et à changer de mode de vie ?

La conférence de Rio sur l’environnement, en 1992, sera l’occasion d’une première confrontation dans la presse française. La veille de l’événement, le 2 juin, un appel est signé par des dizaines de Prix Nobel de toutes disciplines et plusieurs intellectuels de renom – dont Pierre Bourdieu, Pierre-Gilles de Gennes, Elie Wiesel ou encore Haroun Tazieff. Son titre : l’appel de Heidelberg. Le texte, très court, dénonce « l’émergence d’une idéologie irrationnelle qui s’oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement économique et social » et est perçu comme une dénonciation de la montée en puissance des discours écologiques. L’appel rencontre un écho mondial. En France, Le Figaro est le premier à s’en faire le relais. Libération titre : « Rio : faut-il brûler les écologistes ? ».

Le Monde se montre plus prudent, dans un éditorial qui met en doute le bien-fondé de la démarche. Une distance qui s’explique par la méfiance de Roger Cans, qui racontera des années plus tard avoir « tout de suite soupçonné qu’il y avait des intérêts économiques derrière »cet appel. Il refuse la publication du texte dans Le Monde. Son instinct journalistique ne l’avait pas trompé : on apprendra plus tard que le texte était une initiative des lobbys de l’amiante et du tabac pour affaiblir les discours qui demandaient davantage de réglementations environnementales.

L’année 1995 apparaît comme le premier virage climatique du Monde. En mars, un article écrit en partenariat avec la revue scientifique britannique Nature détaille, sur une pleine page, les pistes dessinées par le deuxième rapport du GIEC, à paraître. En septembre, pour la première fois, une longue analyse démarre en une, intitulée « Le nouveau défi climatique ». Elle est signée d’un journaliste récemment recruté au Monde, Jean-Paul Besset. Il a une particularité : il n’est pas chargé de la couverture de ce sujet. Il fait partie de la rédaction en chef mise en place par Jean-Marie Colombani et Edwy Plenel, qui viennent d’arriver à la tête du journal. Mais il entend bien utiliser sa position au sein de la rédaction pour faire progresser la compréhension du sujet. « Personne ne prenait vraiment en charge cette question en tant que telle », se souvient-il aujourd’hui. «Le Monde n’a jamais été un journal militant sur ce sujet, mais a fait preuve de pragmatisme et s’est progressivement emparé de la question », estime celui qui a été, après son départ du journal, député européen écologiste, de 2009 à 2014.

Curieusement, cette même année, les pages science restent prudentes dans leur couverture du GIEC : si la nature du réchauffement ne fait plus de doute, ses conséquences sont encore difficiles à mesurer. En creux, apparaît déjà une question qui continue de traverser les débats journalistiques aujourd’hui : faut-il traiter cette question uniquement sous l’angle scientifique ? Dans quelles rubriques du journal doit-elle être abordée ? A l’époque, quelques chercheurs commencent à assumer que les réponses à apporter sont d’abord politiques.

Rythme d’escargot

A l’occasion du sommet du protocole de Kyoto, en 1997, Le Mondeaborde cette question pour la première fois à travers une série de grandes enquêtes titrées « La Terre se réchauffe ». A cette époque, le journal n’a toujours pas consacré une seule manchette à ce sujet, qui apparaît encore comme assez lointain. Près de trente ans plus tard, ces pages semblent désespérément actuelles : elles expliquent la mécanique du changement climatique et détaillent les risques, continent par continent. Le dernier volet de la sérietraite des premières pistes de solutions… et des blocages possibles. « La mise en œuvre d’une “transition énergétique” aura un coût et provoquera des grincements de dents. Les lobbys ne manqueront pas de dresser des sièges », écrit Jean-Paul Besset, en concluant – sans doute bercé par l’optimisme de la volonté: « Du mal, finalement, peut naître un bien : une meilleure productivité, une croissance plus équilibrée, et des comportements moins hystériques. » Un vœu qui n’empêche pas l’envoyé spécial du Monde à Kyoto de souligner, déjà, le poids des lobbys qui s’y pressent pour « caler contre le mur » les délégués des pays et leur expliquer « combien une réduction de la consommation énergétique serait dommageable pour la croissance économique mondiale ».

Kyoto est un virage… pris à un rythme d’escargot. Certes, pour la première fois, la communauté internationale se met d’accord sur des principes pour faire face au changement climatique. Mais les engagements sont timides et peu suivis d’effets, notamment à cause du blocage des Etats-Unis – il faudra attendre huit ans avant que le protocole de Kyoto puisse entrer en vigueur, le 16 février 2005.

Ces premiers pas suscitent aussi les premières réticences… et les premières confusions, y compris au Monde.Le journal publie, quelques mois après la signature du protocole de 1997, une tribune qui conteste ouvertement la science climatique. L’économiste Michel Godet écrit ainsi en août 1998, à rebours des connaissances déjà bien établies : « Certains sont ainsi persuadés que le réchauffement actuel de la planète est lié aux activités humaines. Cela reste à prouver ! »Il esquisse ce qui sera par la suite l’un des axes favoris de ceux qu’on n’appelle pas encore les climatosceptiques : « A qui profite le doute ? Certainement aux chercheurs, qui voient se multiplier les crédits et les missions d’études. »

Pour un journal qui a reconnu dès 1992, dans un éditorial, que « la responsabilité humaine dans l’accentuation de l’effet de serre n’est plus contestée », il s’agit d’une brèche douteuse – qui ne passe d’ailleurs pas inaperçue. En septembre 1998, Cédric Philibert – alors conseiller de la direction de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), rebaptisée depuis Agence de la transition écologique – répond vertement dans un autre texte, qui dénonce une « ignorance abyssale ». Le journal est loin de se douter que cette première passe d’armes va en appeler de nombreuses autres, près de dix ans plus tard.

Au tournant des années 2000, la question climatique prend timidement plus de place dans le débat public. Le journaliste Hervé Kempf, qui rejoint alors le journal – aujourd’hui, il est à la tête du site Reporterre, qu’il a fondé –, est envoyé au service International pour traiter cette question. Dans une équipe obsédée par la géopolitique, les questions environnementales apparaissent mineures, voire incongrues. « Les premières années, il fallait vraiment convaincre les gens que c’était du journalisme, on me prenait un peu pour un imbécile », se souvient Hervé Kempf. Mais une discrète coalition interne se construit, avec des rédacteurs du service Régions, confrontés de manière croissante aux sujets environnementaux sur le terrain, et des journalistes scientifiques qui prennent de plus en plus conscience du problème.

Ce début de consensus sur la place à donner à la question climatique va se heurter à un nouveau défi. En 2007, pour la première fois, Le Monde mentionne le « climatoscepticisme » – il s’agit de la première occurrence du terme dans la presse française. « J’ai traduit le terme depuis les publications anglo-saxonnes que je lisais, explique aujourd’hui Stéphane Foucart, journaliste scientifique, mais je ne savais pas que ce serait le début d’une longue bataille. »

Démonter les mensonges

Pendant plusieurs années, Le Mondeva mener un travail précis et documenté pour démonter les mensonges des climatosceptiques. Mais, au sein du journal, le débat est loin d’être serein : une partie de la rédaction estime qu’il faut leur laisser le droit de défendre leurs opinions. En janvier 2008, le journal étale au grand jour ses contradictions en publiant, sur une pleine page, un droit de réponse du climatosceptique Vincent Courtillot. Mais, contrairement à l’usage, il est précisé : « Pour la bonne compréhension du sujet, nous avons exceptionnellement intercalé[nos] commentaires, en italique et entre crochets, dans le texte de M. Courtillot. »Une pratique jamais vue au Monde : critiquer un propos pièce par pièce au sein même du texte.

Une bizarrerie qui va ouvrir une période d’allers-retours et d’hésitations au sein du journal, entre des journalistes scientifiques qui défendent les travaux de recherche et d’autres journalistes qui souhaitent faire état du débat qui agite la société à ce moment-là.

Il faut dire que, à l’époque, le premier des climatosceptiques n’est autre que l’ancien ministre de l’éducation Claude Allègre, qui n’est pas climatologue, mais qui dispose de nombreux relais politiques et médiatiques. En 2010, la sortie de son livre L’Imposture climatique (Plon) bénéficie d’une large couverture. La rédaction se divise : faut-il laisser la parole à un homme dont le discours s’éloigne totalement du consensus scientifique ? Stéphane Foucart s’attache, sur une pleine page, à expliquer les principales erreurs factuelles figurant dans le livre de Claude Allègre. Mais l’ancien ministre de Lionel Jospin parvient à faire publier deux réponses successives. D’abord un droit de réponse court, dans lequel il fait mine de s’interroger, à rebours du consensus scientifique : « La planète est-elle menacée de réchauffement ? Oui, de deux ou trois degrés dans… un siècle. Mais elle est aussi, peut-être, menacée de refroidissement. »La direction du journal est embarrassée par cette passe d’armes avec une personnalité dont le livre est un succès – d’autant qu’à l’époque Claude Allègre affiche son soutien au président Nicolas Sarkozy, qui a envisagé de le nommer ministre.

En mai 2010, l’occasion lui est donnée d’exposersur une pleine page, titrée « Le droit au doute », une série de contrevérités. La page est présentée ainsi par Le Monde : « Nous donnons la parole à Claude Allègre, chef de file en France des climatosceptiques, et à ceux qui contestent sa démarche et son analyse. » Sur la page d’en face, deux tribunes, l’une du philosophe Bruno Latour et l’autre des climatologues Edouard Bard et Valérie Masson-Delmotte, répondent aux arguments du climatosceptique. Mais le mal est fait : le journal pose une fausse équivalence, comme si l’on pouvait donner le même temps de parole à des scientifiques et à ceux qui nient la science. « Il a fallu se battre au sein de la rédaction, où on trouvait aussi des climatosceptiques », se souvient Hervé Kempf.

L’épisode laisse des traces dans la rédaction. D’un côté, la direction estime avoir tenu son rôle en organisant le débat public. De l’autre, les journalistes experts du sujet s’estiment déçus et méprisés dans leur travail. Les lecteurs et les lectrices se divisent également, comme l’illustre une chronique de la médiatrice du Monde Véronique Maurus, titrée « La guerre du climat ». Certains lecteurs critiquent le quotidien, jugétrop complaisant avec Claude Allègre, d’autres lui reprochent au contraire d’être de mauvaise foi contre l’ancien ministre.La médiatricerésume le dilemme journalistique d’alors : « S’il se borne à rendre compte des faits avérés, en ignorant le reste, le journaliste garde la distance nécessaire mais il s’expose au reproche de taire certaines idées à contre-courant.(…) A l’inverse, s’il rectifie les erreurs constatées, le journaliste prend le risque d’entrer dans l’arène et de se voir accusé de parti pris. »La directrice de la rédaction d’alors, Sylvie Kauffmann, reconnaît que « l’expertise de Stéphane Foucart était sans faille », mais assure pourtant : « Il faut rester ouvert à tous les points de vue. »

Révolution copernicienne

La polémique interne sur le sujet est d’autant plus étonnante que, depuis mars 2008, Le Monde a entamé une révolution copernicienne : le lancement de ses pages Planète et la création d’un service consacré aux sujets environnementaux. Le directeur du journal, Eric Fottorino, cherche alors des idées pour renouveler la formule du journal, empêtré dans des difficultés économiques. Il s’appuie alors sur le journaliste scientifique Pierre Barthélémy, qui lui propose de rassembler les services Environnement et Science & médecine sous une même bannière. « On voyait monter dans les revues scientifiques tous les sujets liés aux limites de la biosphère, qu’il s’agisse du changement climatique ou de la biodiversité », explique aujourd’hui Pierre Barthélémy. En 2008, Eric Fottorino se fend d’un éditorial titré « Bienvenue sur notre Planète » et remplace, sur la une du journal, le « o » de Monde par une planète bleue, dans le logo en lettres gothiques. Un service d’une douzaine de journalistes est créé dans la foulée. Plus fort encore, les pages Planète viennent se placer devant la séquence « International » dans le déroulé du quotidien. Un sacrilège. A l’époque, le chef du service International, Rémy Ourdan, proteste de se voir ainsi doublé, les services politiques et économiques râlent d’être relégués dans les pages du milieu.

Au départ, l’intention d’Eric Fottorino n’est pourtant pas de se centrer sur les questions environnementales ou le climat. « Je voulais surtout que l’on parle des problèmes mondiaux, l’environnement bien sûr, mais aussi la santé, le numérique, les migrations, tous ces sujets qui transcendent les cases du vieux monde », explique-t-il aujourd’hui. Dans son éditorial de l’époque, le climat occupe d’ailleurs une place secondaire – avec un propos qui pourrait sembler aujourd’hui assez décalé. Pour ne pas se voir taxé de catastrophisme, le directeur du journal imagine même que le changement climatique pourrait être une occasion pour l’humanité. Et d’imaginer dans le futur « la libération de terres cultivables sur les hautes latitudes, l’augmentation de la période propice à la croissance des végétaux, l’ouverture de nouvelles routes circumpolaires ».Surtout, il espère que ces pages ne seront pas des pages « catastrophes » et qu’elles se concentreront sur les solutions face aux menaces climatiques ou démographiques. A la même période, le Guardian britannique nomme un rédacteur en chef dévolu à l’environnement, le New York Timescrée également un service ad hoc.

Dans le même temps, une autre journaliste va donner plus de place aux questions climatiques environnementales – cette fois sur le site Lemonde.fr. De sa propre initiative, et de manière un peu isolée dans un premier temps, Audrey Garric lance, dès 2009, le premier blog du journal consacré au sujet, intitulé « Eco-lo ». Le succès de ses posts de blog contribue à imposer le sujet à la une du site – qui est encore animé par une rédaction différente de celle du quotidien papier.

« Les lecteurs vont adorer »

Pour faire face aux résistances dans la rédaction, Eric Fottorino tente de convaincre en expliquant : « Vous, vous allez détester, mais les lecteurs vont adorer. » De ce côté, le pari est plutôt réussi : les courriers de soutien affluent et les pages Planète sont un succès éditorial. Dans la vie du journal, c’est plus difficile : tous les jours, à la conférence de rédaction, les chefs du service Planète doivent batailler pour imposer leurs sujets. « Quand j’arrivais, on me regardait en me disant : “Qu’est-ce que tu vas nous annoncer comme catastrophe encore” », se souvient Pierre Barthélémy. De fait, pour tenir le haut du pavé, il faut avoir des histoires assez fortes. « Or, le problème des sujets sur les solutions qu’on voyait passer à l’époque, c’est que ces pistes techniques ne nous semblaient pas très crédibles », note le premier chef de ce service, qui doit jouer des coudes pour exister, parfois sous les railleries du service International ou du service Politique – où l’on moque la place prise par les « pages pingouin ».

Cette animosité à l’égard du service Planète subsiste des années plus tard. En 2014, la nouvelle directrice du journal, Natalie Nougayrède, ne cache pas sa méfiance envers les questions climatiques. Quelques mois après son élection à la tête du quotidien, elle propose la suppression des pages Planète et leur rattachement au service International. Elle juge le traitement du climat à la fois trop politisé et trop proche des scientifiques. Une démarche qui suscite une bronca dans la rédaction, et l’émotion de la Société des rédacteurs. Mais aussi une avalanche d’e-mails, dont fait état le médiateur Pascal Galinier, dans une chronique de mai 2013, titrée « Planète pour tous ! ». « En réinscrivant le monde (etLe Monde ) dans un contexte dominé par les questions diplomatiques, politiques et économiques, vous faites un contresens historique majeur : vous traitez l’écume du jour sans voir la lame de fond », écrit ainsi Frédéric Petit, un lecteur bordelais. La direction se défend d’un retour en arrière, mais sème le doute en commandant un article sur le possible refroidissement de la planète ou en voulant minimiser la couverture des manifestations pour le climat.

Bousculée par ce sujet, parmi de nombreux autres, la directrice du journal démissionne en mai 2014. Par une étonnante tectonique des plaques, elle est remplacée par un directeur par intérim, Gilles van Kote… issu du service Planète. L’élection de Jérôme Fenoglio, un an plus tard, verra l’arrivée à la tête du journal d’un ancien journaliste du service Science, convaincu que la question climatique doit occuper une place centrale dans la couverture du journal.

Il faut dire que l’actualité climatique commence à occuper sérieusement les devants de la scène. Après l’échec des négociations climatiques de Copenhague en 2009, l’organisation de la COP21 à Paris, en décembre 2015, apparaît comme un moment crucial pour mobiliser la communauté internationale – même si la France, meurtrie par les attentats terroristes du 13-Novembre, semble regarder ailleurs. « Le journal a vraiment mis les moyens pour assurer une couverture complète de la COP », se souvient Simon Roger, qui arrive alors au service Planète. Les rédacteurs tapissent les murs du service des reportages réalisés à travers le monde pour raconter les conséquences du changement climatique, comme autant de preuves du dérèglement en cours. Sur le Web, les articles « environnement et sciences » se classent parmi les plus lus du site. Un supplément spécial et un hors-série sont édités pour l’occasion. « C’est un tournant, pour moi ça correspond au moment où on a mis le paquet », estime Simon Roger. La signature de l’accord de Paris suscite pourtant des discussions dans la rédaction. Le titre du 13 décembre 2015, soit le lendemain de la signature de l’accord, illustre cette perplexité : « Climat : un accord historique mais fondé sur un “droit mou” ».

Mais la bataille de l’actualité est toujours là : le jour même de l’annonce de la conclusion de la COP21, sur la une du journal comme sur celle du site Internet, les gros titres sont occupés par les résultats des élections régionales. Et l’éditorial du directeur du Monde, Jérôme Fenoglio, titré « Agir avant la catastrophe », se concentre sur l’abstention aux régionales, et évoque en quelques lignes, en conclusion, l’espoir suscité par cet accord.

Malgré les difficultés, la machine est lancée, et les questions climatiques commencent à occuper progressivement plus de place dans les pages. En premier lieu au service Economie, longtemps peu préoccupé par le sujet. A force de voir les secteurs de l’énergie, de l’automobile et du bâtiment secoués par les questions de décarbonation de leur activité, les conférences de rédaction du service commencent à y accorder une importance centrale. De même au service Vidéo, qui lance « Plan B », une série à succès de reportages sur les défis environnementaux. Pionnière, l’équipe de vidéastes est la première du journal à calculer l’empreinte carbone de ses reportages, et à la rendre publique.

Luc Bronner, alors directeur de la rédaction, se souvient d’un tournant autour de 2017. « La rédaction faisait déjà le boulot sur le fond, mais on a eu le sentiment d’un point de bascule dans la société », explique-t-il. Un sentiment partagé par l’actuelle cheffe du service Planète, Gaëlle Dupont, pour qui « c’est le moment où on commence à monter en une beaucoup de sujets sur le climat et la biodiversité ». En 2017, Luc Bronner incite par exemple le service à mettre en scène un appel de plus de 15 000 scientifiques inquiets de la dégradation de la planète. Le Monde titre en gros caractères : « Il sera bientôt trop tard » et consacre quatre pages au sujet – une manchette qui aura des répercussions bien au-delà des frontières françaises. « Notre travail, c’est de hiérarchiser l’information », explique Luc Bronner, pour qui « une une comme celle-ci, c’est une manière de dire aux lecteurs que tout ceci a une importance considérable ».

En quelques années, le climat devient une des briques majeures de l’identité éditoriale du Monde. En 2020, pour la première fois, le réchauffement climatique est plus mentionné que le pétrole, selon un comptage réalisé par la Société des rédacteurs. Mais la couverture reste encore réservée aux spécialistes – alors que la question climatique percute de plus en plus l’ensemble des rubriques. Le journal finit par engager lui-même sa propre transformation, en réalisant, en 2019, son premier bilan carbone, et en s’engageant à réduire l’empreinte carbone du groupe.En parallèle, la rédaction a adopté une charte climat et environnement qui précise notamment que Le Monde« se fixe comme objectif de réduire progressivement la part des publicités de produits et activités exclusivement basés sur le recours aux énergies fossiles ».Autre front ouvert : celui de la formation interne, avec l’organisation de conférences avec des scientifiques et de fresques du climat (des ateliers pédagogiques et collaboratifs visant à sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux climatiques). Et, pour la première fois, en 2023, une série d’enquêtes sur l’adaptation nécessaire face aux bouleversements en cours et à venir a entraîné plus d’une centaine de journalistes dans la bataille du climat.

Preuve que la question climatique a dépassé le seul cadre des journalistes spécialisés, l’éditorial qui lançait ce travail collectif se concluait par ces mots : « Ce mouvement de refondation pacifique de nos sociétés passe inévitablement par des réflexions et des débats auxquels notre journal entend pleinement contribuer dans les mois qui viennent. » Comme une manière d’ancrer, plus encore, Le Monde dans l’avenir de la planète.

L'Humanité
lundi 26 août 2024 981 mots, p. 11

Les Serbes refusent les mines de lithium

Jean-Arnault Dérens

Minerai Au milieu de l'été, le président Aleksandar Vucic a annoncé la relance des projets d'exploitation du lithium menés par la multinationale Rio Tinto, gelés depuis 2021. Il fait face à une opposition inédite réunissant des militants écologistes et des ruraux attachés à leur mode de vie.

Serbie, correspondance particulière.

Chaque soir ou presque, des cortèges battent le pavé des villes de Serbie, parfois même dans de très petites bourgades bien peu habituées aux manifestations. Lundi, ils étaient ainsi des milliers dans les rues de Valjevo, d'Ivanjica et de Prijepolje. « Des initiatives éclosent spontanément dans tout le pays, c'est cela qui est le plus inquiétant pour le régime », note l'économiste Aleksandar Matkovic. Le 10 août, ils étaient au moins 40 000 dans les rues de Belgrade.

À la suite d'un premier « soulèvement écologique » à l'automne 2021, le président serbe, Aleksandar Vucic, avait promis l'arrêt des projets d'exploitation du lithium, mais la Cour constitutionnelle a autorisé le 12 juillet l'ouverture d'une mine dans la vallée du Jadar. Cette région de l'ouest du pays est au coeur d'un important gisement qui se prolonge en Bosnie-Herzégovine voisine, même si aucune étude sérieuse n'est jamais venue confirmer l'enthousiasme de Rio Tinto sur l'importance des réserves serbes. La compagnie minière, présente en Serbie depuis le début des années 2000, compte surtout sur l'autoritarisme d'un régime en quête de liquidités financières pour faire passer des projets plus difficiles à défendre dans des États membres de l'Union.

L'INtérêt de l'inDUSTRIE ALLEMANDE

Le 19 juillet, le chancelier allemand s'est rendu à Belgrade pour assister à la signature d'un « partenariat stratégique sur les ressources naturelles » entre l'Union européenne et la Serbie. Olaf Scholz était accompagné d'une délégation d'entreprises allemandes, dont Mercedes et d'autres constructeurs automobiles, très intéressées par le lithium et la possibilité de développer une filière complète de production de batteries électriques de voitures dans ce pays. Alors que d'autres technologies se développent, les cours mondiaux du lithium sont pourtant à la baisse, mais ce minerai a bien d'autres utilisations possibles, notamment dans les domaines aéronautique et militaire. L'Allemagne dispose elle-même d'importantes réserves, mais son exploitation a toujours de très lourdes conséquences environnementales.

Las, dès la signature de l'accord, les manifestations se sont multipliées dans la zone concernée et quasiment toute la Serbie. Bien sûr, les villageois de la vallée du Jadar, notamment ceux de Gornje Nedeljice, dont les terres sont cernées par des zones déjà expropriées au profit de Rio Tinto, restent au coeur de la mobilisation. C'est l'un d'eux, l'agriculteur Zlatko Kokanovic, qui a lancé aux dizaines de milliers de manifestants réunis à Belgrade : « C'est en ces jours que se jouent notre avenir et celui de toute la Serbie », soulignant que, « si le projet d'exploitation du lithium et du bore dans la vallée du Jadar passe, tous les autres projets de mine prévus dans le pays passeront, et nous deviendrons une colonie minière de l'Europe ».

Dans la foule composite, on pouvait voir flotter une bannière du petit Parti de la gauche radicale, proclamant : « L'UE ordonne, Vucic exécute, Rio Tinto profite », tandis que les courants plus libéraux de l'opposition espèrent que la mobilisation relancera la contestation du régime, non sans un peu d'hypocrisie puisque ce sont ces partis, quand ils étaient au pouvoir au début des années 2000, qui ont ouvert les portes à Rio Tinto. Bien loin de ces enjeux tacticiens naturellement mis en exergue par les médias proches du régime, c'est une Serbie rurale, paysanne, plutôt conservatrice et passionnément attachée à son mode de vie traditionnel qui se mobilise. Le slogan devenu viral sur les réseaux sociaux aurait été lancé par des enfants : « Nous ne voulons pas de mine, nous voulons le village de grand-père. » Journaliste dans la petite ville de Pozega, Miroslav Tamburic avait lancé l'expression en 2021, parlant du « premier soulèvement éco-tchétnik de l'histoire », en référence aux nationalistes serbes de la Seconde Guerre mondiale.

Entre répression et promesse de référendum

Cette alliance du nationalisme traditionnel et des luttes environnementales a tout pour inquiéter Aleksandar Vucic, qui croyait pourtant pouvoir dormir quelque temps sur ses deux oreilles après ses succès électoraux de l'hiver et du printemps derniers. Le président de la République a bien évoqué la piste d'un mystérieux projet « d'agitation de masse et de coup d'État », naturellement ourdi par « des agences étrangères » et dont les services secrets russes auraient informé la Serbie, avant de tenter la carte de l'intimidation et de la répression. L'hypothèse paraît peu crédible, alors que les Occidentaux - l'UE, l'Allemagne mais aussi les États-Unis - ont multiplié les déclarations de soutien au projet d'exploitation du lithium. Elle a aussi l'effet ironique de mettre en porte-à-faux l'extrême droite prorusse et antilithium...

Dès le lendemain de l'immense défilé du 10 août, le chef de l'État s'est adressé à la nation, tentant de désamorcer la révolte en assurant qu'il voulait « parler avec le peuple » et les citoyens inquiets des projets d'exploitation du lithium. Il a promis qu'il se rendrait dans la zone la plus concernée, « à Loznica, Krupanj, Mali Zvornik, Milanovac, Cacak et Valjevo ». Il a évoqué la possibilité de convoquer un référendum, sans préciser quelle serait la question posée ni si la consultation serait locale ou nationale.

Dans le même temps, une vague de répression s'est abattue : dès le mois de juillet, des militants avaient été « auditionnés » par la police, tandis que beaucoup d'autres ont été arrêtés après les manifestations. Pour Milena Vasic, directrice du Comité des avocats pour les droits de l'homme, ces arrestations de militants écologistes accusés « d'appel à un changement violent de l'ordre constitutionnel » représentent une attaque directe contre la liberté d'expression. « Cette infraction pénale est de plus en plus souvent utilisée pour intimider les militants », souligne-t-elle. « Cette répression montre l'inquiétude du régime, qui est prêt à recourir à la violence », estime le député Radomir Lazović, l'un des dirigeants du Front écologiste de gauche, qui promet une poursuite du mouvement à l'automne.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, lundi 26 août 2024 484 mots, p. AUJM5
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26 août 2024 - Le Parisien

Wauquiez veut repartir du bon pied

Pour sa traditionnelle ascension du mont Mézenc, il a voulu panser les plaies qui traversent la droite.

Taslime Maazouzi Envoyé Spécial Au Mont Mézenc (haute-Loire)

Après un été fratricide, où la droite s'est fracturée, Laurent Wauquiez a voulu faire de sa traditionnelle ascension du mont Mézenc, sur ses terres de Haute-Loire, un parcours de rédemption. « C'est la treizième ascension que nous faisons ensemble et pourtant elle résonne comme une première. C'est la première pierre de la reconstruction de la droite », lance le patron de la Droite républicaine (le groupe des députés de droite non ralliés au RN).

Ce dimanche en début d'après-midi, l'ex-président de la région Auvergne - Rhône-Alpes (poste dont il vient de démissionner en raison du cumul des mandats) n'est pas venu seul. Une fois n'est pas coutume, il a convié une quarantaine d'élus et préparé un discours. « Bien sûr que ma présence ici est une démonstration de notre unité, explique Bruno Retailleau, le patron des sénateurs Républicains, qui n'était jamais venu. Il y a eu une menace d'éclatement au sein du parti, mais on va vers une reconstruction. »

LFI, « le plus grand danger politique »

Laurent Wauquiez promet de tourner la page d'une droite qui a pu se « diviser, décevoir et échouer ». Grâce à une ligne d'indépendance : « Nous défendrons nos idées et nous voterons les lois qui iront dans le bon sens. » Si le leader de la droite a épargné les macronistes dans son discours, il n'a pas hésité à étriller les « extrêmes ». À commencer par LFI, qu'il qualifie de « plus grand danger politique pour notre pays ». Et d'ajouter : « Les Français n'ont pas voté pour installer Mélenchon à la tête du pays. » Puis il tire à boulets rouges sur Lucie Castets, la candidate du NFP à Matignon dont « le seul titre de gloire est d'avoir ruiné la Ville de Paris ».

Laurent Wauquiez s'en est également pris au RN, parti qui présente la même « démagogie », selon lui, que les Insoumis et incarne « l'assistanat ». Un discours de mobilisation, parasité par une poignée de détracteurs brandissant une banderole « Laurent ripou rends-nous les sous » (en référence à la demande de la justice de communiquer la liste d'invités à des dîners organisés par la région). En fin de discours, Wauquiez harangue ses troupes : « Mes amis, nous avons entre les mains toutes les clés du sursaut : il y a l'esprit d'équipe, il y a l'esprit d'audace, il y a l'esprit de conquête. En avant, mes amis ! » Une « Marseillaise » résonne bientôt.

Reste encore à convaincre les militants, déboussolés. Venue écouter le député, Caroline, de Fraisses (Loire), juge qu'il a raison de « rester indépendant ». Non loin, Marie estime, elle, qu'il faudra bien se « rapproche[r] du RN pour exister, mais pas tout de suite, Ciotti l'a fait trop tôt »... Micheline*, elle, se dit « plus proche du camp Macron ». La clarification, à droite, n'est pas encore terminée.

Le Figaro, no. 24884
Le Figaro, lundi 26 août 2024 790 mots, p. 3

Politique

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25 août 2024 - Le Figaro (site web)

Laurent Marcangeli : « S'il était mis en oeuvre, le programme du NFP provoquerait une crise »

Quinault-Maupoil, Tristan

Laurent Marcangeli est député de Corse-du-Sud et président du groupe Horizons et Indépendants.

LE FIGARO. - LE FIGARO.- Jean-Luc Mélenchon a suggéré que le Nouveau Front populaire pouvait former un gouvernement sans participation des Insoumis. Est-ce une proposition de nature à débloquer la situation politique ?

- LAURENT MARCANGELI.- Il s'agit d'un coup tactique dont il n'avait même pas informé ses partenaires du NFP. Je veux quand même rappeler que la nomination d'un premier ministre est une prérogative qui n'appartient qu'au président de la République. Il le fera en fonction des soutiens dont une personnalité disposera pour un gouvernement le plus stable et solide possible. Chez Horizons, nous continuons de penser que cet ensemble est celui qui va de la droite républicaine aux sociaux-démocrates ne voulant pas engager le pays dans le programme du NFP. Nous avons toujours dit notre opposition presque totale aux grandes lignes qu'ils défendent. C'est un programme qui, s'il était mis en oeuvre, provoquerait une crise. Je réponds donc à Jean-Luc Mélenchon que nous nous y opposerons avec tous les instruments que la Constitution nous offre.

LE FIGARO. - Un gouvernement du NFP sans participation de LFI s'exposerait donc à une censure des députés du groupe Horizons ?

- Si Mme Castets était nommée et qu'elle concertait l'ensemble des présidents des groupes parlementaires avant son discours de politique générale, je lui demanderais quels sont les grands axes de celui-ci. Si c'est le programme du NFP, et rien que le programme du NFP, alors il appartiendra aux députés qui ne s'y reconnaissent pas de prendre leurs dispositions. Cela peut passer par le vote d'une motion de censure. C'est d'ailleurs ce qu'a fait la Nupes avant tous les discours de politique générale précédemment.

LE FIGARO. - Avant de rencontrer le président de la République, Lucie Castets a dit être « prête à construire des coalitions ». Doutez-vous de ce discours d'ouverture ?

- Il faudra juger sur pièces si elle devenait première ministre. Plutôt que de parler de l'incarnation, je préfère aujourd'hui parler des grandes orientations qu'attend notre pays. Quelle ligne pour la loi de finances ? Quelle ligne pour l'énergie ? Je doute que le NFP souhaite poursuivre le programme nucléaire que nous avons mis en route. Quelle vision pour nos services publics, notre sécurité, pour l'immigration et la justice ? Pour notre politique étrangère ? A priori sur tous ces sujets, nous sommes très éloignés.

LE FIGARO. - Les partis qui se situent dans l'arc que vous imaginez pouvoir constituer un gouvernement, de la droite à la gauche sociale-démocrate, ont participé vendredi à des consultations à l'Élysée. Avez-vous l'impression que les choses ont évolué ?

- Nous sommes moins dans le brouillard qu'avant ce cycle de discussions. Le soutien sans participation évoqué par la droite républicaine est une évolution notable. Mais j'insiste : si personne ne sort de la logique de bloc, rien ne sera possible. Je regrette que nos collègues de la droite républicaine ne souhaitent pas contrer la tentative de formation d'un gouvernement par le NFP, alors qu'ils pourraient participer à un pacte de stabilité et de responsabilité. Je constate avec amertume que seuls les groupes et partis du bloc central sont aujourd'hui prêts à s'ouvrir vers d'autres pour s'inscrire dans cette logique. Face au péril de la paralysie, il faut se mettre à la hauteur des enjeux.

LE FIGARO. - Vous enjoignez aux Républicains de reconsidérer leur position afin de travailler avec vous et barrer la route au NFP ?

- Je les connais, j'ai travaillé avec eux. Je sais qu'ils ont une vision pour le pays qui n'est pas très éloignée de la nôtre à Horizons. Une voie est possible pour un contrat gouvernemental afin de stabiliser la vie politique. On ne peut pas se permettre d'entrer dans un tunnel de gouvernements renversés. Ce serait prendre le risque d'une crise financière majeure. Il faut sortir de ce déni et s'élever au-dessus des intérêts partisans.

LE FIGARO. - Vendredi, les partis du bloc central sont arrivés en ordre dispersé à l'Élysée, quand ceux du NFP ont affiché leur unité. Assumez-vous de faire bande à part ? Participerez-vous à des événements de rentrée communs ?

- Nous sommes partis sous nos propres couleurs pendant la campagne électorale. Ce n'est pas antagoniste avec nos partenaires de Renaissance et du MoDem. Nos rentrées parlementaires se feront au même moment, il sera difficile d'être présents à toutes. Mais nous voulons que le pays fonctionne. À l'Élysée, nous avons défendu vendredi la même ligne politique.

LE FIGARO. - Serez-vous présent, comme l'année dernière, à la rentrée politique de Gérald Darmanin à Tourcoing le 15 septembre ?

- C'est un ami. Si je suis disponible, pourquoi pas. Il fait partie des personnalités politiques qui comptent.

Le Monde
International, lundi 26 août 2024 698 mots, p. 4
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23 août 2024 - Le Monde (site web)
24 août 2024 - La Matinale du Monde

L’Allemagne ouvre une enquête après le survol de sites stratégiques par des drones

Les engins, probablement russes, pourraient avoir été utilisés « à des fins de sabotage »

Cécile Boutelet

Berlin - correspondance - Les autorités allemandes ont confirmé, vendredi 23 août, avoir ouvert une enquête après que plusieurs drones inconnus ont été aperçus au-dessus d’un site industriel sensible à Brunsbüttel (Schleswig-Holstein), à moins de 100 kilomètres de Hambourg. Les appareils ont survolé, dans la nuit de jeudi à vendredi, une zone industrielle chimique et gazière considérée comme critique pour la sécurité énergétique du pays.

La menace est d’autant plus préoccupante qu’elle semble récurrente : plusieurs vols du même type ont été enregistrés, ces deux dernières semaines, au même endroit, avec des incursions qui sont allées jusqu’à cinq appareils par nuit, a précisé la police. Le parquet de Flensburg (nord) a déclaré, vendredi matin, que l’enquête portait sur une « suspicion d’activité d’agent à des fins de sabotage » contre des infrastructures critiques, sans plus de détail. La piste d’une opération russe est sérieusement envisagée par les services de renseignement. Selon le journal Bild , les engins pourraient avoir décollé depuis des navires civils en mer du Nord, pilotés par des agents russes.

Brunsbüttel est une cible aussi stratégique que symbolique. La petite ville à l’embouchure de l’Elbe est célèbre pour son terminal de gaz naturel liquéfié (GNL), qui a été raccordé au réseau début 2023. Le site accueille un des trois terminaux flottants actuellement en fonctionnement outre-Rhin, commandés à la hâte par Berlin après le déclenchement de la guerre en Ukraine, en février 2022. Ces gigantesques bateaux, qui servent d’unité de stockage et de regazéification du GNL, ont permis à l’Allemagne de substituer partiellement ses livraisons de gaz russe par des importations de GNL venues surtout des Etats-Unis.

Pendant des années, Berlin avait refusé de s’équiper de terminaux de ce type, tablant sur la sécurité des approvisionnements russes par pipeline, plus économiques. Selon les plans du gouvernement allemand, cinq unités flottantes doivent à terme être raccordées au réseau. A Brunsbüttel, le site énergétique, qui comprend également des installations chimiques, est interdit de survol.

L’armée mise à contribution

Les incursions répétées de ces dernières semaines au-dessus du site confirment que l’Allemagne est particulièrement vulnérable aux attaques de ce genre. Aucune des mesures prises par la police jusque-là n’a permis de mettre fin à ces survols de drones, au point que l’armée allemande a été mise à contribution. Le ministère de la défense s’est doté depuis quelques mois d’une force de frappe spécialisée dans les drones, après avoir constaté de multiples survols illégaux au-dessus des sites d’entraînement de la Bundeswehr. Cela s’est notamment produit à la base de Klietz, dans l’est du pays, où des soldats ukrainiens s’entraînent au maniement des chars Leopard.

En début d’année, le député Marcus Faber, membre de la commission défense du Bundestag, avait critiqué l’ « énorme besoin de rattrapage » de l’Allemagne en matière de défense contre les drones. « Ces attaques sont clairement organisées et font fortement penser à la Russie », expliquait-il. Depuis, la pression s’est encore accrue. Mi-juillet, la presse américaine a révélé que le patron du fabricant d’armement Rheinmetall, Armin Papperger, avait probablement été la cible d’une tentative d’attentat. Mi-août, Berlin a relevé son niveau d’alerte face aux risques de sabotage, dans le contexte de l’avancée des troupes ukrainiennes sur le territoire russe.

La ministre de l’intérieur, Nancy Faeser, a appelé à une « vigilance renforcée » et annoncé « des mesures de protection maximale dans tous les domaines ». Elle a évoqué des risques d’attaques accrues contre des infrastructures critiques, comme les lignes électriques, les parcs éoliens en mer, les entreprises d’armement et les voies de communication.

Les services de renseignement considèrent que l’Allemagne est particulièrement exposée dans la guerre hybride que mène la Russie contre les partisans de l’Ukraine. « Les menaces contre lesquelles nous devons nous protéger vont de l’espionnage au terrorisme d’Etat, en passant par les sabotages et les cyberattaques », avait averti Mme Faeser, estimant que le pays faisait face à un danger d’ « une nouvelle dimension ».

Libération
lundi 26 août 2024 1067 mots, p. 1,6,7

MONDE

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25 août 2024 - Libération (site web)

Des tirs et une guerre de récits

ARTHUR SARRADIN

MONDE

PAGES 6-7 Israël-Hezbollah Déluge de feu et guerre des récits Après une journée d'extrême tension et des échanges de tirs inédits à la frontière israélo-libanaise, la fièvre semble retomber aussi vite qu'elle a surgi. Sur le champ de bataille et pour les civils, un autre conflit, psychologique, s'installe au fil des menaces.

«N otre maison a tellement vibré que j 'ai cru qu'elle allait s'effondrer… C'était la nuit la plus terrifiante depuis le début de la guerre.» Dans son village en périphérie de Tyr, dans le sud du Liban, le son des frappes a arraché Ibrahim à son sommeil, comme des milliers d'autres Libanais. A l'horizon, d'immenses champignons de fumée s'élèvent là où s'embrase la vallée voisine. Des détonations ont brisé les vitres d'habitations du quartier. Accusant le Hezbollah de préparer une attaque d'ampleur contre l'Etat hébreu, l'armée israélienne a revendiqué dans la nuit de samedi à dimanche une série de «frappes préventives» dans la région. Le parti-milice chiite, de son côté, assure avoir lancé 320 roquettes sur le nord d'Israël pour venger la mort de Fouad Chokr, un de ses chefs militaires tué à Beyrouth le 30 juillet.

Si la pression militaire retombe peu à peu dans le sud du pays, celle qui pèse sur les civils ne s'est pas évaporée si vite. Le Hezbollah a juré qu'il ne s'agissait que de la «première phase» d'une riposte promise depuis des semaines. La menace, encore, et le doute, toujours, composent le brouillard de la guerre qui a cours à la frontière depuis plus de dix mois… Car dans le sud du Liban, le conflit est aussi verbal. Dans une chorégraphie de postures martiales, les communiqués menaçants pleuvent autant que les tirs d'artillerie. A la frontière, le champ de bataille est aussi celui d'une guerre psychologique.

DISQUE RAYÉ «Des milliers de rampes de lancement de roquettes» : c'est ce qu'affirme avoir détruit l'armée israélienne dans un communiqué officiel publié dès dimanche matin. Tel- Aviv jure avoir voulu empêcher le Hezbollah de frapper des bases du Mossad et du renseignement militaire israélien près de sa capitale. «Mensonges !» s'indigne la chaîne de télévision Al-Mayadeen, proche du Hezbollah. Ce dernier nie en bloc avoir été pris de court par Israël. Les médias sous son influence évoquent en choeur «un grand nombre de missiles lancés pour tromper le Dôme de fer, pour que des drones puissent frapper des cibles au nord de Tel-Aviv […] au moment prévu et à partir des plateformes de lancement prévues». Au Liban comme en Israël, le jeu des communiqués répond à la même logique : jurer avoir trompé l'ennemi et revendiquer avoir frappé plus fort, et plus juste que lui.

S'y superposent les communiqués des autres, ceux qui gravitent autour des tensions depuis plusieurs mois déjà. Le Hamas et le Jihad islamique ont, eux aussi, encensé le groupe chiite. Seule la Force intérimaire des Nations unies au Liban, dans un énième appel désabusé par l'actualité d'un conflit en disque rayé, a demandé à «toutes les parties de cesser le feu et empêcher toute escalade». Comme un sentiment de déjà lu.

Des deux côtés de la frontière, les cibles visées étaient avant tout militaires. Pour empêcher l'embrasement, le Hezbollah ne s'est pas risqué à frapper de grands centres urbains comme Haïfa, pas plus qu'Israël à alourdir le bilan déjà lourd des morts civils au Sud-Liban. Pour le moment, seuls deux combattants du Hezbollah et un homme allié du mouvement Amal auraient péri dans les frappes israéliennes. Dans une note écrite envoyée à plusieurs titres de presse libanais, un responsable du Hezbollah a affirmé que les pourparlers pour un cessez-le-feu à Gaza avaient «retardé» leur riposte, qui aurait en outre été pensée pour «ne pas déclencher une guerre à grande échelle». Le ton pesé et soupesé des communiqués n'a rien à envier à celui des prises de paroles officielles. Le Haaretz rapporte que les ministres et députés du Likoud, parti de Benyamin Nétanyahou, ont été sommés de se taire, et de ne pas accorder d'interviews aux médias après l'opération du Hezbollah. Le quotidien israélien avance que le Premier ministre souhaiterait éviter la surenchère de discours vengeurs. «Quiconque nous fait du mal, nous lui faisons du mal», a-t-il martelé dimanche au début d'une réunion du cabinet israélien de sécurité. Une déclaration qui ne rejoindra pas le panthéon de ses plus vindicatives. Même constat côté Hezbollah : pas un ministre, ni un député en plateau pour commenter autre chose qu'une «riposte réussie» et achevée. Le Hezbollah profite simplement de ses canaux Telegram pour diffuser des vidéos à sa gloire. Tunnels, missiles, plateforme de lancement… De la com hollywoodienne, paraphée de quelques sourates et rythmée en musique orchestrale. Le leader du parti-milice, Hassan Nasrallah, a aussi prononcé un de ses traditionnels discours télévisés dimanche en fin d'aprèsmidi. Avec le même objectif : ne pas déclencher la guerre mais montrer les gros muscles dans le petit écran.

INQUIÉTUDE Fait assez rare, aucun rassemblement n'a été organisé dans la banlieue sud de Beyrouth pour suivre le discours du leader. «La situation a quand même changé… Vu l'attaque de ce matin, il serait dangereux de réunir autant de sympathisants», confie un proche du Hezbollah. «Nous avons retardé [la riposte] pour donner une chance aux négociations», jure Nasrallah au début de son allocution. Le ton est sobre, et le leader donne sa lecture des dernières heures, précisant de but en blanc que le Hezbollah ne coordonnera pas sa riposte avec l'Iran. «Nous avons pris pour cible individuellement la base de Glilot, qui organise des opérations israéliennes d'assassinat», affirme-t-il. En plein milieu du discours, l'armée israélienne réplique par un communiqué affirmant que la base en question n'a «pas été touchée». En réalité, la plupart des Libanais ne lisent plus les communiqués guerriers, d'où qu'ils émanent. Pour eux, la guerre psychologique se vit d'abord par ce qui se voit. L'aviation israélienne, dont le survol de la capitale, inédit il y a encore un mois, est presque devenu une habitude. Les assassinats ciblés, qui faisaient hier les grands titres, désormais relégués au rang de faits divers quasi quotidiens. Alors que le cessez- le-feu en gestation peine à voir le jour, la véritable inquiétude réside peut-être là. Dans cette nouvelle réalité qui, au milieu du va-et-vient des éternelles menaces, s'installe doucement, mais dangereusement.

La menace, encore, et le doute, toujours, composent le brouillard de la guerre qui a cours à la frontière depuis plus de dix mois.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_ActuD, dimanche 25 août 2024 499 mots, p. AUJM8
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25 août 2024 - Le Parisien

Jean-Luc Mélenchon tente à nouveau le forcing

Le leader Insoumis se dit prêt à soutenir un gouvernement NFP sans ministre de sa formation.

Julien Dufféenvoyé Spécialà Valence (drôme)

Dans l'interminable feuilleton de la nomination du nouveau gouvernement, Jean-Luc Mélenchon a tenté un coup tactique. Au lendemain des consultations menées par Emmanuel Macron au cours desquelles les macronistes et la droite ont fait de la participation de ministres Insoumis à un éventuel gouvernement du Nouveau Front populaire (NFP) une ligne rouge, il a ouvert la voie à un soutien sans participation de LFI.

Invité du 13 Heures de TF 1 en duplex depuis ses universités d'été près de Valence (Drôme), il a demandé « aux chefs des trois partis macronistes et de la droite » si, dans l'hypothèse d'une absence de ministres Insoumis au gouvernement de Lucie Castets, ils pouvaient s'engager « à ne pas voter la censure et à lui permettre d'appliquer le programme » du NFP : « Si vous nous répondez non, on dira que les ministres Insoumis, en fait, c'est un prétexte, c'est du programme dont vous ne voulez pas. »

Après un instant de stupéfaction en apprenant la nouvelle, le député socialiste Arthur Delaporte, invité du campus LFI ce samedi, a validé le coup de pression. « C'est malin et courageux, souligne-t-il. Ça a le mérite de renvoyer la balle dans le camp présidentiel. J'essaie d'imaginer la tête de Stéphane Séjourné (chef du parti présidentiel). Quel nouveau prétexte va-t-il trouver pour nous censurer de manière pavlovienne ? » Le patron des socialistes, Olivier Faure, qui n'avait pas été informé de la sortie de Mélenchon, ne dit pas autre chose dans un message sur X. « Le prétexte de la présence de ministres LFI n'existe plus. On attend maintenant la réponse de tous ceux qui pensaient avoir trouvé là un moyen de rejeter en bloc le NFP », écrit-il. « La question est pertinente », a reconnu la cheffe des députés écologistes, Cyrielle Chatelain, qui elle non plus n'avait pas été mise au courant. « Il semblerait que ça a été au moins concerté avec Lucie Castets », confie un cadre du PS.

Les réponses négatives n'ont pas tardé

Interrogée sur l'initiative, la candidate à Matignon a salué ce samedi « une position constructive » de Mélenchon, tout en répétant : « Les quatre forces du NFP ont vocation à gouverner. » Chez LFI, il y a une certaine jubilation. « Les macronistes pensaient gérer le tempo politique et médiatique, eh bien, non ! » souligne l'un d'eux. « On veut montrer qu'on garde la main. C'est nous qui posons les questions, c'est pas Macron ! » s'est réjoui le député LFI Hadrien Clouet.

Sauf que, sans surprise, les réponses négatives n'ont pas tardé. « Si c'est pour avoir le programme des Insoumis, c'est la même chose », lâche un cadre LR canal historique. « Nous sommes opposés à leur participation à un gouvernement comme à leurs idées », a confirmé le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau. Même tonalité chez les députés Renaissance Mathieu Lefèvre (Renaissance) ou Naïma Moutchou (Horizons). Ce samedi soir, l'Élysée n'avait pas répondu à la contre-attaque de Jean-Luc Mélenchon.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_ActuD, dimanche 25 août 2024 846 mots, p. AUJM8
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24 août 2024 - Le Parisien (site web)
25 août 2024 - Le Parisien

Lucie Castets, le tube de l'été à gauche

En un mois, la candidate du Nouveau Front populaire à Matignon est passée de l'ombre à la lumière. Mais Emmanuel Macron n'a pas l'intention de la nommer.

Julien Duffé

Envoyé Spécialà Valence (drôme)

« Castets à Matignon, Castets à Matignon ! » Pas de doute, les militants Insoumis ont, eux aussi, retenu le tube de l'été à gauche. De mémoire d'Insoumis, on avait rarement entendu autant d'applaudissements que ceux réservés à Lucie Castets, candidate du Nouveau Front populaire à Matignon, accueillie ce samedi après-midi aux universités d'été de LFI, près de Valence (Drôme). « Un vrai accueil de Première ministre », a plaisanté l'eurodéputée Manon Aubry, qui a évoqué « les folles semaines » estivales de la haute fonctionnaire de 37 ans.

« Ne nous lâche pas »

Difficile, en effet, de croire que la nouvelle égérie de la gauche, accueillie avec la même ferveur par les campus des écologistes et des communistes jeudi et vendredi, était une quasi-anonyme il y a encore un mois. Depuis le 23 juillet, elle est le « trait d'union » des quatre formations du Nouveau Front populaire. Et son patronyme synonyme d'espoir malgré les vents contraires venus de l'Élysée, Emmanuel Macron faisant comprendre qu'il n'a pas l'intention de la nommer à Matignon.

Elle-même répond par une pirouette quand on lui demande si, la rentrée approchant, elle va reprendre son poste à la mairie de Paris ? « Je vous ferai connaître ma décision à l'achèvement de mes vacances, le 31 août », a-t-elle précisé ce samedi. « Elle ne se projette pas dans l'idée que tout est fini », souffle un de ses proches, qui loue son « mental solide ». « Aussi longtemps que durera cette Assemblée nationale, Lucie Castets sera la candidate au poste de Première ministre du Nouveau Front populaire », a assuré Jean-Luc Mélenchon vendredi. « Imaginons que Macron nomme quelqu'un d'autre, elle sera la remplaçante post-motion de censure », confirme un député LFI. Samedi, un militant Insoumis lui a posé la question en forme de supplique : « Ne nous lâche pas. On peut compter sur toi ? » « La réponse est oui », a promis Castets.

Vendredi matin, c'est en tout cas cette énarque, directrice des finances de la Ville de Paris et cofondatrice du collectif Nos services publics, qui était en première ligne face à Emmanuel Macron. « La seule voix du NFP, c'était Lucie Castets. Aux trois quarts, c'est elle qui a parlé, on a l'impression que ça a un peu vexé Macron », assure la présidente du groupe LFI à l'Assemblée, Mathilde Panot. Initialement prévue pour durer deux heures trente, l'entrevue s'achève donc avec une heure d'avance. Un participant estime qu'« elle a eu du cran » face au président. « Elle s'est vraiment imposée et Macron a été assez bluffé », vante la patronne des écologistes, Marine Tondelier. Le soir même, Jean-Luc Mélenchon l'adoube : « Lucie Castets n'est pas une Insoumise mais elle le mériterait. »

La candidate a pourtant eu à peine vingt-quatre heures pour sauter dans le grand bain politique. Sondée le 22 juillet au téléphone par le patron du PS, Olivier Faure, elle est intronisée dès le lendemain. « J'ai compris que, s'il n'y avait pas d'accord sur un nom, l'union de la gauche explosait. Je me suis dit à mon humble échelle que cet espoir ne pouvait être déçu », a-t-elle raconté ce samedi. Confiant aussi que, petite, elle voulait être pompière. « J'avais déjà peut-être un goût pour l'engagement public ou un goût du risque. Voire les deux. »

D'emblée, le président balaie l'hypothèse Castets. Malgré tout, elle enchaîne les déplacements, à Lille puis chez les ouvriers de Duralex, multiplie les interviews jugées parfois lisses. « Elle fait des réponses courtes : sujet, verbe, complément. Ça déstabilise les journalistes », défend un député dont elle est proche. En lien quasi quotidien par visio avec les représentants du NFP, elle martèle sa volonté de gouverner. « De la méthode Coué », raille cet opposant interne au PS. « On lui fait jouer un rôle bien difficile. Elle est prisonnière des contradictions du NFP et de la volonté de fracturation des Insoumis », soupire l'un d'eux.

« Elle a endossé le costume »

Au contraire, pour la cheffe des députés écologistes, Cyrielle Chatelain, « Lucie Castets est tout sauf une candidate d'affichage. Elle a endossé le costume de façon impressionnante. C'est sous son impulsion que sont nées l'idée d'une lettre aux Français, et quelques jours auparavant d'une lettre aux parlementaires sur l'appel à un changement de pratique du travail parlementaire ».

Dans cette dernière missive, l'objectif du smic à 1 600 € n'apparaît pas. Interrogée dans nos colonnes le 13 août, elle parle alors d'un simple « horizon ». Le mot fait clairement tiquer chez les Insoumis. Deux jours plus tard, elle rectifie sur X : « Le smic à 1 600 €, c'est un engagement de campagne et nous le ferons. » Un socialiste anti-NFP soupire : « À la seconde ou elle a infléchi son discours, elle s'est fait rappeler à l'ordre. » Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, dément : « Je ne lui ai rien demandé. Elle avait créé une interrogation, on en a parlé, elle a clarifié. »

Le Monde
France, samedi 24 août 2024 933 mots, p. 9
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23 août 2024 - Le Monde (site web)

Elisabeth Borne candidate à la présidence de Renaissance

L’ex-première ministre tente d’agréger les ressentiments envers Gabriel Attal pour l’empêcher de verrouiller le parti présidentiel

Robin D’Angelo

L’annonce de sa candidature a pris de court Gabriel Attal. Mercredi 21 août, il est 18 heures lorsque Le Parisien publie une interview d’Elisabeth Borne, dans laquelle elle annonce être candidate à la présidence de Renaissance. « Un enjeu vital est de préserver l’unité de ce parti, qui n’a pas vocation à être une chapelle ou une écurie présidentielle », justifie l’ex-première ministre. Mais c’est bien le premier ministre démissionnaire, qui lorgne lui aussi le poste et qu’elle n’a pas jugé bon de prévenir en amont de son annonce, qui est visé. « Il n’est pas d’usage d’être président de groupe en même temps que l’on dirige le parti » , déclare-t-elle à propos de M. Attal, déjà président du groupe Ensemble pour la République (EPR) à l’Assemblée nationale.

Dans les médias, la bataille a déjà commencé. Dès le lendemain, Aurore Bergé, députée Renaissance des Yvelines, prenait la parole sur France Inter pour apporter « tout[son] soutien » à la députée du Calvados et promettre qu’elle sera « à ses côtés pour mener cette campagne ».Quelques minutes plus tôt, l’ancien ministre délégué au transport Clément Beaune s’exprimait sur TF1, vantant l’ « expérience »de Mme Borne, « élue d’une circonscription rurale, qui a gagné face au RN ». Soit tout l’inverse de Gabriel Attal qui a conservé son siège dans une circonscription sur mesure des Hauts-de-Seine.

Les deux soutiens de l’ex-première ministre n’ont pas manqué d’égratigner son successeur à Matignon. « On ne peut pas être[président de groupe] à mi-temps », a insisté Mme Bergé, qui a occupé la fonction de 2022 à 2023. M. Beaune a, lui, rappelé que son camp sortait de « deux défaites électorales ». « La solution ne viendra pas d’une seule personne comme par magie », a-t-il appuyé alors que M. Attal avait été présenté comme l’ «arme anti-Bardella » de la coalition présidentielle pour les élections européennes, avant de mener tambour battant celle des législatives.

La sortie coordonnée ne manque pas de sel, les divergences politiques entre Mme Bergé et M. Beaune étant profondes, à tel point qu’elles frisent l’aversion. « Qu’ils n’aient pas la même sensibilité et soient prêts à soutenir Elisabeth Borne montre qu’elle fait consensus, ce dont le parti a besoin », rétorque le député Renaissance de Moselle Ludovic Mendès, un autre soutien de Mme Borne.

« Le parti n’est pas un fan-club »

A ce duo inattendu s’ajoute un troisième homme : Gérald Darmanin, dont le soutien public à Elisabeth Borne pourrait intervenir prochainement. Là encore, l’attelage a de quoi surprendre puisque Mme Borne avait vivement critiqué le ministre de l’intérieur lors de sa rentrée politique, il y a un an.

« La seule chose qui les réunit, c’est leur rancœur contre Gabriel Attal et leur désir de revanche après avoir été tenus à l’écart des responsabilités », juge un membre du gouvernement. Une allusion à l’élection pour la présidence du groupe parlementaire, le 13 juillet. Accusé d’avoir hâté le scrutin pour profiter de sa popularité auprès des députés, au lendemain des législatives, et ainsi être élu, M. Attal avait vu M. Darmanin tenter de contrecarrer ses plans en proposant une direction collégiale par intérim, en attendant une élection en septembre. Une fois élu, M. Attal avait sacrifié la candidature de Mme Bergé au poste de questeur, ainsi que celle de son prédécesseur, et désormais soutien de Mme Borne, Sylvain Maillard, à la vice-présidence du perchoir, en vertu d’un accord avec la Droite républicaine.

Elisabeth Borne peut aussi compter sur le soutien de la dizaine de députés qui avaient échoué à créer un groupe parlementaire « social-démocrate » à la gauche d’EPR et qui siègent pour la plupart en apparenté. A l’instar de l’ancien ministre de l’agriculture Stéphane Travert, qui n’a d’ailleurs pas renouvelé son adhésion à Renaissance depuis 2022. « Pourquoi adhérer à un parti qui ne produit rien ? », questionne-t-il, laconique.

Les soutiens de Mme Borne se défendent de tout ressentiment et disent s’inscrire dans le champ des « idées ».« Au moment où nous sortons du gouvernement, il faut montrer que nous sommes capables de tracer une ligne politique claire et de produire des propositions innovantes »,affirme la ministre déléguée à l’agriculture démissionnaire, Agnès Pannier-Runacher. Difficile cependant de voir ce qui différencie Gabriel Attal d’Elisabeth Borne sur le fond. La candidature de cette dernière vise avant tout à empêcher son rival de verrouiller le parti dans l’optique de 2027, avec l’assentiment de l’Elysée. « Tous les pouvoirs ne doivent pas être dans les mains d’une personne, reconnaît M. Mendès. Le parti n’est pas un fan-club, c’est l’erreur qui a été commise avec En marche ! et Emmanuel Macron. »

En privé, les thuriféraires de Gabriel Attal moquent l’ « absence d’engouement » que suscite sa rivale, l’ « aigreur »de ses soutiens ou le « timing à côté de la plaque » de sa déclaration de candidature, à quelques jours de la nomination d’un premier ministre. « Est-ce que la priorité ne serait pas d’assurer la stabilité politique du pays avant la vitalité d’un parti qui vit déjà grâce à nos représentants locaux ? » , fait mine de s’interroger la porte-parole du gouvernement démissionnaire Prisca Thévenot, proche de Gabriel Attal. Le scrutin doit se tenir au plus tard le 30 novembre, d’après les statuts du parti. La campagne risque d’être longue.

Le Figaro, no. 24883
Le Figaro, samedi 24 août 2024 728 mots, p. 2

Politique

Les Insoumis veulent malgré tout croire au scénario Castets

Lepelletier, Pierre

Pendant que les responsables du Nouveau Front populaire (NFP) étaient reçus à l'Élysée par Emmanuel Macron vendredi matin, Antoinette était, elle, dans sa voiture, sur la route, entre Saint-Étienne et Valence. L'infirmière retraitée de 71 ans, qui a voté toute sa vie à gauche, est venue participer ce week-end aux « AmFis » , la rentrée politique de La France insoumise. En dégustant sous le cagnard de la Drôme une glace aux marrons, elle écoute les cadres Insoumis promettre sur scène que Lucie Castets serait bien nommée à Matignon dans les prochains jours. «Je ne suis pas sûre que Macron va céder...», finit par souffler Antoinette. «Mais je garde espoir que la gauche arrive bientôt au pouvoir», ajoute-t-elle, craignant néanmoins que l'unité du NFP fasse long feu. «Les partis se sont unis pour battre le RN et Macron, mais est-ce que ça tiendra? Il y a quand même de grandes divergences» , rappelle-t-elle.

À Valence, les militants et cadres Insoumis attendaient donc avec impatience le retour de Manuel Bompard, coordinateur national du mouvement, et de Mathilde Panot, la présidente du groupe LFI. Les deux ont fait un aller-retour express dans la capitale pour participer à la réunion élyséenne du NFP vendredi matin. «Nous leur faisons confiance. Nous savons qu'ils ont une stratégie, un plan. À chaque fois, ils obtiennent des résultats», soulignent Paul et Audrey, 26 et 25 ans, venus de Toulouse pour leurs premiers « AmFis ». Les deux jeunes militants s'y préparent : «On sait qu'il va falloir s'arracher, comme pour toutes les batailles que nous avons menées jusqu'ici.»

L'irréaliste menace de destitution

Sur place, les députés le répétaient encore et encore : Emmanuel Macron n'aura pas d'autre solution que de nommer leur représentante. «Quel autre choix a-t-il? Aucune force politique n'a intérêt à s'allier avec lui», estime Sébastien Rome, ex-député de La France insoumise de l'Hérault, battu aux dernières législatives face au Rassemblement national. «Il reconnaît qu'il a perdu les élections. Un pas a été fait», juge-t-il. «Quelle est l'alternance? On voit ceux qui essaient de tuer de l'intérieur cette option, mais comment trouvent-ils une majorité?», embraye l'eurodéputée Manon Aubry, alors que certains au sein des deux courants minoritaires du Parti socialiste ne se disent pas opposés, par principe, à un autre nom que celui de Lucie Castets.

Les Insoumis ont déjà annoncé qu'ils ne soutiendraient pas et feraient tomber un gouvernement avec un autre premier ministre, même de gauche, que leur représentante. «Le point d'équilibre ne serait plus la gauche, mais macroniste», prévient Manon Aubry. «Nous ne sommes pas dans une logique de coalition, car les autres groupes portent des politiques incompatibles avec nous», défend Paul Vannier, député et stratège Insoumis, qui faisait le lien entre les Insoumis à Valence et les deux représentants de LFI à Paris.

Depuis la rentrée de LFI, tout le monde soutient en attendant la lourde mais irréaliste menace de destitution érigée par Jean-Luc Mélenchon et les responsables Insoumis, dimanche dernier. «C'est un avertissement. C'est complémentaire à la campagne de Lucie Castets pour Matignon», soutient Paul Vannier. Une façon de répondre aux deux courants minoritaires du Parti socialiste, qui considéraient que cette proposition ne ferait que «braquer» Emmanuel Macron avant la rencontre de vendredi. «Le fait d'avoir brandi cette menace en toile de fond permet de répondre à la gravité de la situation. Ce n'est pas possible d'avoir organisé des élections pour ensuite dire que le résultat ne compte pas», dénonce Claire Lejeune, nouvelle députée de La France insoumise.

En fin de journée vendredi, Jean-Luc Mélenchon a voulu donner le ton pour les étapes à venir. Très applaudi par ses troupes pour une conférence, le chef des Insoumis, qui reste à leurs yeux le candidat incontestable pour la présidentielle de 2027, a dénoncé «l'autoritarisme» d'Emmanuel Macron. Selon lui, le «refus» du président de reconnaître les résultats des élections législatives s'inscrirait dans un contexte mondial. «Partout dans le monde, le néolibéralisme donne le sentiment qu'il n'a plus besoin de la démocratie», a dénoncé l'ancien candidat à la présidentielle. Or, a-t-il lancé aux siens : «Quand on dérive vers l'autoritarisme, la seule borne à cette dérive, c'est la résistance.» De quoi motiver les Insoumis à mener la lutte contre Emmanuel Macron jusqu'à la désignation de Lucie Castets à Matignon. Et de la poursuivre si le chef de l'État fait un autre choix dans les prochains jours. P. L.

Le Figaro, no. 24883
Le Figaro, samedi 24 août 2024 1314 mots, p. 3

Politique

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23 août 2024 - Le Figaro (site web)

La rentrée politique de Wauquiez, « moment d'unité » voulu par la droite

Dimanche, le patron des députés la Droite républicaine entame sa traditionnelle ascension du mont Mézenc, en Haute-Loire.

Conruyt, Claire

Le ciel n'a guère prévu d'être clément. Mais il ne saurait avoir raison de ce rendez-vous politique traditionnel. Ce dimanche, comme à chaque fin du mois d'août, Laurent Wauquiez entame l'ascension du mont Mézenc, sur ses terres, en Haute-Loire. Comme les choses peuvent évoluer en un an... La dernière fois, la dissolution était inimaginable, Éric Ciotti était le président incontesté du parti et à la tête du groupe Les Républicains (LR) à l'Assemblée nationale. Depuis, les élections législatives anticipées ont rebattu les cartes et poussé l'élu des Alpes-Maritimes à faire alliance avec le Rassemblement national (RN), entraînant son exclusion par ses anciens amis du bureau politique. Tout a changé. Alors, ce 25 août, Laurent Wauquiez ne compte pas se faire discret. «Il a voulu donner à cette journée plus d'importance que par le passé, confirme le député européen François-Xavier Bellamy. D'habitude, c'est un événement plutôt local. Cette fois, il souhaite être entouré et montrer que la droite est prête et qu'elle sera au rendez-vous.»

C'est que le fraîchement élu député de Haute-Loire a désormais sur les épaules l'avenir d'un parti fragilisé depuis son score à la dernière présidentielle, bien sûr, et un temps profondément affaibli par ce que beaucoup, au sein du « canal historique » de LR, appellent la «trahison» d'Éric Ciotti. Laurent Wauquiez est également le chef des 46 députés de la Droite républicaine (et apparentés), que le dernier scrutin a épargnés, mais qui avancent dans le brouillard d'une rentrée législative singulière tandis qu'Emmanuel Macron n'a toujours pas nommé de premier ministre. Reçus vendredi à l'Élysée, Laurent Wauquiez, le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, et la secrétaire générale du parti, Annie Genevard, ont rappelé au chef de l'État la ligne de la droite : un « pacte législatif » , afin de voter des textes à l'Assemblée et éviter le «blocage du pays» , mais pas question de participer au gouvernement. «La phase du casting politique commence à durer, souffle Antoine Vermorel-Marques, député de la Loire. Bientôt, le sujet ne sera plus au concours de beauté, mais: que va faire le gouvernement dans les trois prochaines années?». Et alors que plusieurs noms circulent, comme celui de Xavier Bertrand ou encore celui de Valérie Pécresse, la droite attend, non sans une pointe d'appréhension, le choix à venir du chef de l'État. Un proche de Laurent Wauquiez préfère préciser : «Notre position ne changera pas en fonction de la personne qui est nommée.»

Voilà le délicat contexte dans lequel Laurent Wauquiez fait sa rentrée politique, à laquelle ont été conviés l'ensemble des députés. «Quelques dizaines» de parlementaires devraient participer, fait savoir son entourage. Après un pique-nique à la mi-journée, une prise de parole de Laurent Wauquiez est prévue avant d'entamer la fameuse randonnée, pour les plus courageux.

Parmi ceux qui ont répondu présent, le président de la délégation française du groupe PPE au Parlement européen, François-Xavier Bellamy, la vice-présidente de l'Assemblée nationale, Annie Genevard (Doubs), Michèle Tabarot (Alpes-Maritimes) ou encore Bruno Retailleau. Une première pour le chef des sénateurs LR, qui affirme que la rentrée politique de Laurent Wauquiez sera un «moment d'unité» pour la droite. Ce, ajoute-t-il, alors que «partout il y a de la désunion, à gauche comme au sein du camp macroniste». Chacun son tour, pourrait-on être tenté de rétorquer. «Nous avons eu notre propre épreuve avec Éric Ciotti. Mais nous sommes parfaitement alignés, assure Bruno Retailleau. Nous ne pouvons pas nous permettre ce luxe d'appuyer sur nos différences et nos sensibilités. Ce que l'on attend de nous, c'est un esprit de responsabilité, et cela doit commencer dans notre propre famille.» Alors, le mont Mézenc doit en être la «première manifestation». Même si, cette rentrée politique, «c'est vraiment celle de Laurent» , fait observer un ténor LR.

Loin du ballet de cadres qui, en juin dernier, s'étaient réunis lors d'un bureau politique exceptionnel afin de trancher quant au sort d'Éric Ciotti, une fois son accord avec Marine Le Pen officiel. Valérie Pécresse, qui avait conjointement signé une tribune avec Laurent Wauquiez, le président du Sénat, Gérard Larcher, ou encore François Baroin, pour qualifier la position d'Éric Ciotti d' «impasse» , sera absente. Le maire de Cannes, David Lisnard, sera pris, tandis que la ville maralpine fête les 80 ans de la Libération. Le président de Nouvelle Énergie a d'ailleurs prévu lui aussi de faire sa rentrée politique le 30 août, soit la veille de celle d'Éric Ciotti, au Grand Pré de Levens, non loin de Nice. À la suite de l'alliance électorale avec le RN, David Lisnard appelait d'ailleurs au «renouveau» de la droite, qui doit «apporter une espérance». Voudrait-il l'incarner ? «On n'est pas du tout là-dessus, balaie un proche. Si on prend le risque de partir dans une bataille d'ego intraparti, on ne va pas s'en sortir.»

« Faire table rase du passé »

L'union de cette famille politique devra aussi s'éprouver au Parlement. «Nous avons réussi le début de la 17elégislature en étant unis. Laurent a eu le courage de revenir à l'Assemblée et de prendre pour méthode la concertation et la force du renouvellement,loue Antoine Vermorel-Marques (Loire) . Le pacte législatif nous a protégés, car nous sommes tout de suite rentrés sur le fond. Désormais, la question est de savoir comment mettre ça en musique? On ne peut pas dire que notre courrier ait reçu de réponse en macronie...» Qu'à cela ne tienne, l'élu l'assure : «Si les choses n'avancent pas, il faudra batailler au Parlement. Négocier l'ordre du jour, s'il le faut, et bien sûr batailler au sein de notre niche parlementaire.» Tout cela devrait être plus précisément déterminé lors des journées parlementaires de la droite, prévues les 11, 12 et 13 septembre, à Aix-les-Bains et à Annecy, dont une en commun avec les sénateurs.

Dimanche, Laurent Wauquiez pourrait-il enfin détailler la forme que prendrait possiblement le parti que se disputent Éric Ciotti et ses adversaires ? Si la justice devrait clarifier la situation de LR à la mi-octobre, les réflexions vont naturellement bon train. «À partir du moment où Ciotti n'a pas démissionné, et que la justice ne l'a pas encore obligé à le faire, le parti est bloqué, estime un proche de Laurent Wauquiez. Même s'il est optimiste sur le fait que la rentrée devrait permettre à chacun de se retrouver.» Au Figaro, Éric Ciotti a récemment affirmé que l'option de créer un nouveau mouvement était tout au moins une «hypothèse». En attendant, ce qui fait en revanche «consensus» , chez LR, poursuit l'entourage de Wauquiez, «c'est la volonté de changer». François-Xavier Bellamy précise : «Il y a tout à réinventer: la méthode, le fonctionnement, l'ambition intellectuelle... Il y a encore un vrai actif qu'il ne faut pas négliger, et des militants. Nous sommes le premier réseau d'élus locaux, nous avons le groupe majoritaire au Sénat, et LR est le parti qui représente la France au sein du PPE. Il n'y a aucune raison d'abandonner tout cela, malgré les difficultés que nous avons connues.» Un député insiste : «Il faut faire table rase du passé, le truc est contaminé. Tout changer, y compris la marque.» À savoir que l'actuel nom du groupe, Droite républicaine, «n'est pas forcément le futur nom du parti» , glisse un cadre. Un élu commente : «C'est de toute façon un nom qui n'est pas identifié. Dans mon territoire, je suis obligé de dire « la droite sans Ciotti ».»

Enfin, se pose l'inévitable question : qui pour tenir les rênes du parti ? «Il faut montrer notre utilité avant de savoir qui sera le président du parti. Si on se projette trop tôt, on fera 5% en 2027» , élude un cadre LR. Même si, «sur le papier» , Laurent Wauquiez «est fait pour». Un proche du député de la Haute-Loire répond : «Il n'exclut pas d'y aller lui-même.»

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, samedi 24 août 2024 801 mots, p. AUJM7
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24 août 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

Entre Laurent Wauquiez et Éric Ciotti, un divorce à l'amiable ?

Le toujours président de LR, qui a rallié le RN, et ses anciens compagnons de route ont discrètement échangé cet été pour tenter de sortir de l'imbroglio judiciaire qui les oppose.

Quentin Laurent (avec A.S.)

Dans tout divorce, il convient traditionnellement d'organiser le partage des biens. La tumultueuse séparation entre Éric Ciotti, toujours légalement président du parti les Républicains, et la quasi-totalité de cette même formation politique, offre, elle, une situation inédite, accompagnée d'une interrogation qui ne l'est pas moins : qui va garder LR ?

Un début de bras de fer s'était organisé en juin, après la décision unilatérale du député niçois de s'engager dans une alliance avec Marine Le Pen. Saisie en urgence, la justice a rejeté les demandes d'exclusion de Ciotti, renvoyant à un jugement sur le fond lors de lointaines calendes automnales. Le 14 octobre exactement. En attendant ? Silence médiatique... et tractations en arrière-boutique.

Éric Ciotti songe à lancer son propre mouvement

Il est 11 h 30, le vendredi 12 juillet, quand Éric Ciotti se présente en mairie d'Antibes (Alpes-Maritimes). Il a sollicité une rencontre avec le maire, son ami Jean Leonetti, pour parler de la situation. Considéré à LR comme un des sages de la bande - ancien président par intérim du parti et souvent chargé des missions diplomatiques -, « Léo » lui redit que c'est lui, Ciotti, qui a quitté le parti et non l'inverse. Et lui suggère de rendre officiellement les clés de la maison.

À ce moment-là, l'intéressé n'aurait pas rejeté cette suggestion. Autre sujet abordé ce jour-là : la situation au conseil départemental, alors que le nouvel allié du RN est toujours président du groupe majoritaire, autre situation jugée intenable localement. « J'ai fait ma mission de Casque bleu ! » lâche plus tard le maire auprès d'un proche.

Trois jours plus tard, lundi 15, se tient une discrète réunion de la direction LR « canal historique » pour parler de la suite. Il est convenu que, si Ciotti abandonne la présidence, il n'y aura pas de suite judiciaire, mais que s'il ne renonce à rien, le parti menace de le poursuivre en son nom propre en lui demandant des dommages et intérêts. « Il est évident qu'il a porté préjudice à nos candidats. S'il s'entête, il engage donc sa responsabilité personnelle. Je ne dirai rien de plus », commente alors Daniel Fasquelle, trésorier du parti.

Patatras : le canal de discussion ouvert avec l'élu de Nice se referme quelques jours plus tard, ce dernier évoquant des fuites dans la presse concernant l'hypothèse d'un accord. Un échange téléphonique a lieu avec Laurent Wauquiez, mais il ne permet que de constater que les choses sont « figées ». Un coup de fil, aussi, au maire (LR) de Cannes et président de l'Association des maires de France, David Lisnard, mais rien qui permette à ce dernier d'y voir clair dans le plan de son voisin sudiste.

« Éric est intelligent, il ne dit pas tout », glisse Lisnard. Il s'agit de laisser passer l'été, et d'espérer que les vacances fassent décanter l'inextricable. Côté Wauquiez, nouveau président du groupe des députés Droite républicaine (ex-LR), on assure ne pas vouloir de « guerre de tranchées » avec Éric Ciotti, espérant une solution qui mette un terme à cet « imbroglio politico-juridique ».

Pour l'instant, le Niçois a la main. « On a le temps pour nous, il faut maturer notre décision. Tout est possible », veut croire un proche. Attendre le jugement du 14 octobre... ou annoncer plus rapidement la création d'un nouveau parti, pour clarifier sa situation et sa ligne politique.

« Attendre, c'est perdre du temps. Il vaut mieux le faire le plus vite possible », plaide un ciottiste. D'ailleurs, si Éric Ciotti demeure président de LR, n'aura-t-il pas les mains liées par des instances (bureau politique, commission d'investiture) qui ne lui sont plus acquises ? Ainsi, si la décision n'a pas été arrêtée, il songe à annoncer la création de son nouveau parti à Levens, le samedi 31 août, à l'occasion de sa traditionnelle rentrée politique. Afin d'écrire, libre, sa propre histoire.

Ambitions pour 2027

Selon un LR proche du dossier, Ciotti et Wauquiez devraient se reparler, sous peu. Même si aucun rendez-vous n'a pour l'instant été fixé. Le député de Haute-Loire, qui a démissionné ce vendredi de la présidence de la région Auvergne - Rhône-Alpes, aspire lui aussi à donner un nouvel élan à sa famille politique... et à son ambition bien connue pour 2027.

Dans le creux de l'été, il a fait largement compléter l'objet de son association personnelle lancée fin 2017, laquelle mentionne désormais explicitement l'organisation de déplacements, de déjeuners visant à développer son réseau ou des commandes de sondages. Une fois le feuilleton LR réglé, il pourrait aussi reprendre la présidence des LR canal historique. Là aussi, en changeant de nom. Qui va garder LR ? Symboliquement, en tout cas : personne.

Le Monde
samedi 24 août 2024 838 mots, p. 23
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23 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Benjamin Huin et Brigitte Klinkert Il est temps de réparer un injuste silence mémoriel sur l’Alsace-Moselle

Les deux élus demandent un nouveau cycle mémoriel dans cette région frappée, pendant la seconde guerre mondiale, par l’enrôlement forcé de ses habitants dans la Wehrmacht

Ce 25 août, l’Alsace-Moselle commémore le tragique décret du 25 août 1942 par lequel l’Allemagne nazie enrôlait de force les Alsaciens-Mosellans dans ses forces armées. Au total, ils sont 134 000 à avoir été enrôlés malgré eux dans l’armée allemande après l’annexion de fait. Parmi ces incorporés de force, 20 000 furent portés disparus dans les camps soviétiques (dont le tristement fameux camp de Tambov), 30 000 furent blessés, 40 000 furent tués. Parmi les survivants, beaucoup ne revinrent dans leur famille qu’après 1945, après un long et éprouvant périple. Le dernier ne revit l’Alsace qu’en 1955, soit dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale.

Alors que 2024 et 2025 marquent le 80e anniversaire du Débarquement puis de la Libération, il est temps d’ouvrir un nouveau cycle mémoriel en Alsace-Moselle. Ce dernier doit tout d’abord passer par un temps de connaissance de l’annexion de fait et de l’incorporation de force, trop méconnues. Cet enseignement doit concerner les plus jeunes. Nous proposons que l’annexion de fait et l’incorporation de force soient inscrites dans les programmes et donc les manuels scolaires de 3e et de terminale, lorsque la seconde guerre mondiale est étudiée.

Dans une dimension européenne, un parallèle pourra être fait avec les Zwangssoldaten, ces Belges des cantons de l’Est également incorporés malgré eux dans la Wehrmacht, ou encore les enrôlés de force au Luxembourg. En un mot : l’incorporation de force doit être un passage obligé des enseignements d’histoire. Ce temps de connaissance doit aussi être un temps de diffusion et de débat au sein de la population alsacienne et mosellane. En ce sens, l’Etat pourrait soutenir toutes les initiatives organisées par les collectivités ou les associations visant à mieux faire connaître l’incorporation de force et à favoriser un processus mémoriel actif de ce drame.

Visibilité dans l’espace public

Le cycle mémoriel doit ensuite passer par une visibilité dans l’espace public. L’hommage de la Nation aux incorporés de force doit être visible en permanence et par tous. Aussi, nous proposons qu’une plaque soit déposée aux Invalides en la mémoire de tous les incorporés de force. En Alsace-Moselle, des plaques pourraient être déposées devant le dernier domicile des incorporés de force victimes malgré elles de la folie guerrière nazie, avec un soutien financier fort à destination des communes s’engageant dans cette démarche mémorielle.

Dans une dimension européenne, une plaque pourrait être apposée à l’entrée des cimetières européens où reposent des incorporés de force pour signaler la présence de leurs tombes et expliquer ce que fut l’incorporation de force. Ces démarches mémorielles s’inscriraient dans la droite ligne de l’hommage rendu par le président Nicolas Sarkozy, qui avait déclaré à Colmar le 8 mai 2010 que « Les “malgré-nous” ne furent pas des traîtres, mais, au contraire, les victimes d’un véritable crime de guerre ». Par leur caractère européen, elles contribueraient également à renforcer la mémoire et donc l’identité européennes.

L’action mémorielle en Alsace-Moselle ne peut se limiter à la seconde guerre mondiale et doit également concerner la première guerre mondiale. En effet, entre 1914 et 1918, environ 380 000 Alsaciens-Mosellans – de nationalité allemande depuis la défaite de 1870 et le traité de Francfort de 1871 – ont combattu sous l’uniforme allemand, celui des Feldgrauen. Parmi eux, 37 500 sont morts. Leur sort tragique est hélas systématiquement passé sous silence alors qu’ils furent eux aussi victimes de la première guerre mondiale. Il est donc temps de réparer un injuste silence mémoriel.

Ainsi, nous proposons qu’avant les prochaines commémorations du 11 novembre, un hommage national soit rendu aux Alsaciens-Mosellans blessés ou tombés sous l’uniforme des Feldgrauen pendant la première guerre mondiale. Nous demandons également que le message ministériel lu dans chaque commune mentionne la situation des Alsaciens-Mosellans allemands pendant la première guerre mondiale ou, a minima, qu’il soit adapté en Alsace-Moselle. En effet, aujourd’hui, le message lu par les maires est le même partout en France, d’Hendaye à Wissembourg, de Quimper à Menton, de Cerbère à Dunkerque.

Si cette uniformité est compréhensible – la Nation tout entière devant commémorer ensemble, au même moment, le sacrifice héroïque des poilus, l’horreur du premier conflit mondial ainsi que l’armistice –, elle ne correspond pas à la réalité historique alsacienne et mosellane et ne contribue donc pas au profond travail mémoriel qui doit être fait. De même qu’hier Aimé Césaire, notre choix est fait. « Nous sommes de ceux qui refusent d’oublier. Nous sommes de ceux qui refusent l’amnésie même comme méthode. »

Libération
samedi 24 août 2024 1127 mots, p. 8,9

FRANCE

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23 août 2024 - Libération (site web)

Macron fait passer à la gauche un entretiend'embûches

DOMINIQUE ALBERTINI ; ANNE-SOPHIE LECHEVALLIER

FRANCE

ompte-t-elle appliquer tout le programme, C rien que le programme du Nouveau Front populaire ? Veut-elle nommer des ministres issus de La France insoumise ? Quelle est sa position sur l'article 68 de la Constitution sur la destitution du chef de l'Etat, dont les insoumis ont envisagé l'utilisation ? Comment financerait-elle l'abrogation de la réforme des retraites, annoncée comme sa première mesure ? Envisage-t-elle des ruptures en politique étrangère ? Durant une heure et demie vendredi matin à l'Elysée, Emmanuel Macron a passé à la question Lucie Castets, qu'il rencontrait pour la première fois, et onze autres représentants de l'alliance de gauche qui revendique Matignon depuis qu'elle est sortie en tête des élections législatives, le 7 juillet.

Sans conseiller à ses côtés, courtois, prenant quelques notes, il a «respecté le fait que ce soit Lucie Castets qui parle» et n'a «posé aucune question piège», constate l'un des participants. Aux interrogations présidentielles, Lucie Castets a répondu en se référant au programme du NFP. Oui, elle a pris acte que la gauche n'avait pas la majorité absolue et devrait trouver des compromis. Oui, elle nommerait des ministres insoumis. Oui, elle respecterait les prérogatives présidentielles en matière diplomatique… A sa sortie, elle a qualifié le président de la République de «lucide» sur le «souhait d'un changement d'orientation politique». Un participant relève pourtant «un grave désaccord» : le chef de l'Etat, ont ressenti ses interlocuteurs, persiste à penser «être celui qui doit trouver le chemin pour que le pays soit gouverné, alors que c'est à Lucie Castets que cette tâche revient».

«FEUILLETON INSTITUTIONNEL» Reçue dans le Salon vert qui jouxte le bureau présidentiel, au premier étage de l'Elysée, la gauche inaugurait la série de consultations devant déboucher sur la nomination d'un Premier ministre. L'exercice, qui débutait quarante-sept jours après le second tour des législatives, finira lundi avec les réceptions du Rassemblement national, de son nouvel allié Eric Ciotti et des présidents du Sénat, Gérard Larcher, et de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet. Quant à son dénouement, Emmanuel Macron «n'a pas annoncé de date précise mais a dit que ce serait rapide», a rapporté le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure. «Si les choses sont claires, il nommera mardi», ont compris la présidente des députés écologistes Cyrielle Chatelain et le secrétaire national des communistes, Fabien Roussel. De toute façon, fait valoir Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes, «ce feuilleton institutionnel [va] devoir s'achever. […] Il nous faut une réponse mardi». Une autre échéance invite à ne pas traîner : celle du projet de loi de finances, qui doit être présenté au parlement le 1er octobre, et qui devra, a déclaré le chef de l'Etat devant la gauche, être constitué par un gouvernement de plein exercice.

Mais Macron n'a pas non plus tout à fait exclu un deuxième round de consultations la semaine prochaine si besoin était. Car, s'agissant du ou de la future occupante de Matignon, les entretiens n'ont pas résolu l'équation. Le Président a fait comprendre à la gauche que les noms cités ces derniers jours n'étaient que des rumeurs, et «n'a pas exclu la nomination d'un gouvernement du NFP», retient Boris Vallaud, président du groupe PS à l'Assemblée. Il semble pourtant l'avoir fait un peu plus tard, devant des plateaux-repas partagés avec les figures de son ancienne majorité présidentielle. A deux de ses Premiers ministres, Edouard Philippe et Gabriel Attal, à plusieurs des actuels et anciens ministres, comme Stéphane Séjourné, François Bayrou, ou Marc Fesneau, il a dit qu'il ne souhaitait pas «jouer avec les institutions, nommer Lucie Castets et attendre qu'elle soit censurée», rapporte l'un d'eux à BFMTV.

Dans un message envoyé à ses troupes, Gabriel Attal, désormais à la tête du groupe macroniste Ensemble pour la République à l'Assemblée, a en effet indiqué que son groupe «s'est très clairement prononcé pour l'adoption d'une motion de censure immédiate dans le cas d'un gouvernement comportant des ministres issus de LFI» et que «l'ensemble des autres groupes du bloc central a adopté la même position». La droite, par la voix de Laurent Wauquiez, président des députés LR, a pris le même engagement lors de sa réception, dans l'après-midi. Mais «si vous ne nommez pas Lucie Castets, parole d'insoumis, il y aura une motion de destitution», a de son côté grondé Jean-Luc Mélenchon depuis l'université d'été de LFI à Valence, vendredi soir.

Alors qui ? Refusant toute coalition, la droite n'a pas souhaité «faire de propositions», a indiqué la députée LR Annie Genevard, y voyant la «responsabilité pleine et entière» du chef de l'Etat. Du côté des macronistes, «François Bayrou veut un gouvernement raisonnable fait de personnalités lourdes et esti- mées qui ne soit pas renversable, Marc Fesneau, [le président des députés Modem], a déconseillé d'accepter un gouvernement avec des LFI, Laurent Marcangeli, [le président des députés Horizons], a dit qu'il ne faut pas prendre quelqu'un de notre camp sous peine de passer pour des autoritaires…» énumère le sénateur macroniste François Patriat.

«LARGE SPECTRE» Gabriel Attal indique quant à lui, avoir «défendu la nomination d'un nouveau Premier ministre ne venant pas des partis du bloc central, avec un gouvernement représentant un large spectre de sensibilités de la gauche à la droite républicaines». L'ouverture, mais pas trop, car ses députés seront «intraitables sur nos valeurs et déterminés sur le soutien à notre économie, au rétablissement des finances publiques, au renforcement de nos services publics, au soutien à nos forces de l'ordre». Entendre le désir de changement, mais y poser des limites, semble aussi la ligne du chef de l'Etat. Le chef des socialistes Olivier Faure s'est réjoui de l'entendre reconnaître «très clairement que la stabilité qu'il appelle de ses voeux ne signifie pas la continuité de la politique qui a été jusqu'ici conduite». Mais devant son ex-majorité, il a interrogé, au sujet des derniers scrutins : «Est-ce un désaveu complet ? Pas totalement, nous sommes la deuxième coalition et le deuxième groupe au Parlement.» Dans un échange avec la presse, jeudi, l'Elysée était aussi revenu sur des propos tenus par Macron lors d'un entretien télévisé, le 23 juillet : «Le Président a indiqué que ce qui était important, c'est que la France puisse se doter d'une majorité pour bâtir et pas pour démolir.» Après sa rencontre avec cet indéchiffrable interlocuteur, Lucie Castets a évoqué la «tentation très grande pour le président de la République de composer son gouvernement». Pour Cyrielle Chatelain, «Emmanuel Macron ne peut pas jouer tous les rôles, celui de président de la République, de Premier ministre et de parlementaire. Son rôle, c'est de nommer une première ministre, qui formera un gouvernement, et les parlementaires construiront les accords». Manuel Bompard, le chef des insoumis, a usé d'une métaphore footballistique, le comparant à un «sélectionneur» plutôt qu'à l'arbitre qu'il devrait être. De ce dernier, Macron garde en tout cas l'une des prérogatives : la maîtrise du chronomètre.

Le Monde
France, samedi 24 août 2024 893 mots, p. 12
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22 août 2024 - Le Monde (site web)

Wauquiez visé par un signalement transmis au parquet financier

L’opposition dénonce le financement par la région d’études sur son image

Rémi Dupré

En partance de la présidence du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, en raison de la règle du non-cumul des mandats, le nouveau député (Les Républicains) de la 1re circonscription de la Haute-Loire, Laurent Wauquiez, n’a pas encore été remplacé à la tête de la collectivité. L’élu fait face à de nouvelles accusations concernant sa gestion des deniers publics, après que le groupe d’opposition socialiste au conseil régional a émis, mardi 20 août, un signalement au Parquet national financier (PNF).

Le PNF a confirmé au Monde, mercredi 21 août, avoir reçu ce « courrier » « attirant[l’] attention sur les conclusions d’un rapport de la chambre régionale des comptes[CRC] »sur des « études d’opinion et d’image » commandées en 2020 et 2021 (pour 20 400 euros) par la région à la société Médiascopie.

Comme l’ont rapporté plusieurs médias locaux dont Rue 89 Lyon,ces études devaient analyser « en temps réel » l’impact d’interventions médiatiques du président de la région, Laurent Wauquiez. Dans le cadre de ce marché, une étude de mars 2021 (pour 6 000 euros), en pleine campagne pour les élections régionales, a intrigué la CRC.

Elle avait pour but de mesurer l’impact d’ « une interview sur BFM-TV, à la suite de la fermeture du lycée La Martinière-Duchère [à Lyon], propriété de la région, après des faits de violences urbaines, le 4 mars 2021 », comme le note la CRC dans son « rapport d’observations définitives » sur la « communication externe des collectivités locales » depuis 2016, que Le Monde a consulté.

« Intérêt politique personnel »

« Les résultats Médiascopie de l’émission de 2021 sont complètement centrés sur les réactions des auditeurs en fonction de leur affiliation politique (vote à la présidentielle), développe la CRC dans ce rapport encore confidentiel de 95 pages. Ceci est d’autant plus problématique que cette analyse a eu lieu lors de la période de la campagne électorale pour les élections régionales de 2021. Autrement dit, elle permettait d’affiner les propos du candidat en fonction des réactions d’un groupe politique donné. »

L’instance de contrôle enfonce le clou : « D’une manière générale, la nature politique de ces éléments d’enquête interroge sur le fait que ce travail soit commandé par la région(…). Une enquête qui porte sur l’image du président du conseil régional présente un intérêt politique personnel pour l’intéressé, mais pas nécessairement un intérêt public local. »

Se fondant sur le code électoral, le groupe socialiste a également saisi le président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. « M. Wauquiez a utilisé les moyens de la collectivité, l’argent du contribuable, pour sa campagne électorale. Ce qui est illégal», estime Johann Cesa, vice-président du groupe socialiste, écologiste et démocrate au conseil régional.

Contacté par Le Monde, M. Wauquiez n’a pas donné suite. Le conseil régional rétorque que, « à aucun moment, la CRC ne constate d’irrégularités dans les dépenses de communication de la région », tout en soulignant que l’ « étude Médiascopie » est une « pratique récurrente de la collectivité ». La région affirme être« très déterminée à suivre les utiles propositions » de la CRC.

Le rapport émet plusieurs recommandations et souligne un « amalgame entre le président du conseil régional et la collectivité régionale », qui « peut mener à engager des dépenses qui ne sont pas uniquement motivées par des logiques de communication institutionnelle ».

La CRC évalue à 372 556 euros la facture totale des « 21 études ou sondages recensés »entre 2018 et 2023, et précise que la région avait « omis de produire initialement(…) les deux enquêtes Médiascopie réalisées en 2020 et 2021 ».

Le signalement du groupe socialiste est actuellement « à l’analyse » au PNF. Lequel a déjà ouvert deux enquêtes préliminaires relatives à la région et à M. Wauquiez. La première est menée depuis septembre 2020 pour « détournement de fonds publics », après un signalement de la CRC, en juin 2020. Les enquêteurs tentent de faire la lumière sur des soupçons d’emploi fictif, en rapport avec plusieurs collaborateurs de cabinet de la région.

Une seconde enquête préliminaire a été ouverte par le PNF, en décembre 2022, pour « favoritisme », « recel de favoritisme » et « détournement de fonds publics ». Elle se polarise sur les fameux « dîners des sommets », révélés par Mediapart, et mentionnés également par la CRC dans son rapport. Ces « réceptions dînatoires de prestige » devaient « réunir des personnalités de la région issues de différents réseaux (culturels, économiques, sportifs, sociaux), ayant toutes en commun de rayonner dans la région et au-delà ».

« Toutes les dépenses liées à ces dîners n’ont pas fait l’objet de marchés publics, écrivent les rapporteurs de la CRC. (…) En définitive, si, selon le président du conseil régional, ces dîners auraient permis aux invités de nouer des contacts et d’initier des projets, il résulte des éléments recueillis au cours du contrôle qu’ils ont été organisés dans des conditions peu transparentes et dans le but principal de promouvoir l’image personnelle du président du conseil régional, pour un coût total de 178 428 euros. »

La CRC s’est également intéressée à des « déjeuners et dîners parisiens », « frais de bouche » et « repas » onéreux, pris par M. Wauquiez, en particulier avec l’écrivain Michel Houellebecq, en mars et octobre 2022 (pour 2 148 euros), ainsi qu’avec des journalistes.

Le Monde
France, samedi 24 août 2024 962 mots, p. 10
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23 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Lucie Castets séduit les écologistes lors de son premier meeting

La candidate du Nouveau Front populaire pour le poste de premier ministre a commencé, jeudi, sa tournée des universités d’été

Rachel Garrat-Valcarcel

Et Lucie Castets se retrouve à dire « Vive la République et vive la France ! »devant 2 000 à 3 000 personnes. Que peut-il se passer dans la tête de cette haut fonctionnaire, encore inconnue il y a tout juste un mois, qui est ovationnée au son de « Lucie ! Lucie ! Lucie ! » ? La candidate du Nouveau Front populaire (NFP) pour le poste de premier ministre tenait, jeudi 22 août au soir, son premier meeting aux journées d’été des Ecologistes à Tours.

C’est la première étape de son marathon des universités d’été de la gauche : elle devait être vendredi soir chez les communistes, à Montpellier, samedi chez les « insoumis », près de Valence, et le week-end du 31 août chez les socialistes, à Blois. « Elle va porter la flamme de l’espoir » , a lancé le député écologiste d’Indre-et-Loire Charles Fournier, filant la métaphore olympique. Au milieu de tout ça ? Un rendez-vous peut-être décisif vendredi matin avec Emmanuel Macron à l’Elysée. Lucie Castets y mènera la délégation du NFP composée des chefs des quatre partis et de leurs présidents de groupe parlementaire.

Les écologistes avaient décidé de faire leur traditionnelle plénière de fin de journée, consacrée au « Nouveau Front populaire, nouvel espoir », un meeting ouvert à tous. Pas certain que beaucoup de personnes extérieures aux journées aient fait le déplacement, mais une bonne partie des 3 600 personnes inscrites – un record d’après les chiffres de la direction du parti – était bien là pour la vedette du jour, voire de l’été à gauche : Lucie Castets.

« J’ai eu la trouille »

Il semblait y avoir un peu plus que la curiosité de la nouveauté dans l’attention des militants écologistes présents. Une sorte d’envie d’avoir envie de s’enthousiasmer derrière une leader unificatrice neuve à qui personne n’a encore rien à reprocher. Dès la mi-journée, lors de son arrivée dans les allées des journées d’été, Lucie Castets a fait tourner toutes les têtes et brièvement interrompu les ateliers en cours sur son passage.

Appelée sur scène vers 19 h 30, Lucie Castets a remercié les militants pour « l’énergie »qu’ils lui donnent dans « cet été si particulier ». Alors qu’on lui reproche parfois des réponses trop « techno » dans ses interviews, la candidate a commencé par un couplet plus personnel. « La mission qui m’a été confiée est un immense honneur même si, je dois vous l’avouer, j’ai connu des étés un peu plus reposants ! (…) Cette mission que certains qualifient d’impossible, je la qualifie d’audacieuse ! »

« J’ai envie de dire je l’ai fait pour vous… mais ce ne serait pas complètement vrai. La vérité, c’est que le 9 juin dernier au soir, comme beaucoup d’entre vous, j’ai eu peur, j’ai eu la trouille, j’ai eu très peur », a-t-elle reconnu devant la perspective d’une arrivée au pouvoir de l’extrême droite à la faveur de la dissolution décidée par Emmanuel Macron.

Devant les écologistes, Lucie Castets a bien sûr axé son discours sur la « bifurcation écologique » qui, d’après elle, pour être menée à bien, devra faire sauter « deux verrous déterminants : l’austérité et l’injustice sociale ». Optimiste, elle s’est dite « convaincue »de pouvoir trouver des compromis « mesure après mesure »à l’Assemblée nationale pour ne pas financer la transition écologique « sur le dos des classes populaires et des classes moyennes mais en faisant payer les gros pollueurs, les plus riches ».

Plus étonnamment, la candidate à Matignon n’a fait qu’une allusion rapide au rendez-vous avec le président de la République de vendredi. « Nous rappellerons au président son devoir de respecter le choix des Français, de désigner une première ministre en phase avec la volonté populaire. » Le sujet avait été largement abordé dans une lettre aux Français qu’elle et les chefs de parti du NFP avaient publiée plus tôt jeudi.

Traits d’humour

Le discours d’un petit quart d’heure ne rentrera pas dans les annales. Mais elle a semblé satisfaire un public qui ne demandait qu’à être conquis. En jugeant que « si la prise de conscience de la nécessité d’opérer une bifurcation écologique avance dans notre société, c’est dû, en grande partie, au travail de conviction et de pédagogie que, vous, écologistes, vous menez depuis plus de quarante ans », elle s’était habilement mis l’assistance dans la poche.

Surtout, pour une novice au pupitre, la candidate du NFP au poste de premier ministre n’a clairement pas eu à rougir de sa prestation. Tendue, mais suffisamment à l’aise pour improviser : « J’ai l’habitude de jongler avec les milliards, c’est vrai, mais ce ne sont pas les miens. Mais, si ça avait été les miens, j’aurais été ravie de payer l’ISF », a-t-elle lancé au maire de Trappes (Yvelines), Ali Rabeh (Génération.s), qui, quelques minutes avant, avait rappelé ses fonctions de directrice financière à la Mairie de Paris. Elle a aussi tenté quelques traits d’humour et interagi avec le public. Au fil du temps, Lucie Castets a néanmoins semblé rattrapée par l’enjeu pour adopter un ton beaucoup plus mécanique.

« Nous aurons besoin d’une intégration encore plus forte du Nouveau Front populaire », a-t-elle demandé en conclusion : « Quoi que décide Emmanuel Macron, nous n’allons pas nous arrêter là. Chacune et chacun d’entre vous à un rôle à jouer, le mien est de soutenir et de renforcer l’unité entre nos formations politiques. » Le tour de piste de Lucie Castets pourrait bien se poursuivre, même si elle n’accède pas à Matignon.

Le Figaro, no. 24883
Le Figaro, samedi 24 août 2024 742 mots, p. 3

Politique

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23 août 2024 - Le Figaro (site web)

La course à la succession à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes est ouverte

Boche, Justin

L'annonce se faisait attendre, Laurent Wauquiez l'a confirmée ce vendredi en fin de journée : il n'est plus président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. De nouveau député, non-cumul des mandats oblige, il aurait dû quitter son fauteuil de président de la région Auvergne-Rhône-Alpes avant le 7 août. Mais le patron du groupe Droite républicaine à l'Assemblée a joué la montre, profitant d'un recours national contre le scrutin des législatives. « On n'a pas de gouvernement, donc a priori on peut patienter encore un peu pour savoir qui va succéder à Laurent », temporisait un élu LR régional avant l'annonce de la démission.

La droite locale attendait la décision de Laurent Wauquiez avec un mélange d'impatience et de confiance totale en sa hiérarchie. «Quoi qu'il arrive, le choix de Laurent sera évidemment le bon», confient plusieurs élus régionaux contactés. Son départ a même été vécu avec «anxiété» par certains. Une réunion de groupe organisée en visioconférence après les législatives a servi de thérapie collective avant les départs en vacances. «Beaucoup se demandaient comment ils allaient faire sans lui» , explique un conseiller régional présent ce jour-là. D'autres décrivent plutôt une «ambiance chaleureuse» et un Laurent Wauquiez «expliquant les raisons de son départ». «Il a fait ce choix parce que la situation le commande et parce que le bateau amiral région est sur une bonne vague. On a besoin de lui au niveau national. Notre parti doit être incarné. À une époque, LR a souffert de trop de chefs, aujourd'hui de pas assez. Que Laurent prenne ses responsabilités dans un moment politique comme celui-ci est une très bonne chose» , assure Jérémie Bréaud, maire LR de Bron.

Preuve du pouvoir sans partage de Laurent Wauquiez dans sa région, aucun élu n'a essayé de pousser ses pions cet été et tout le groupe LR a « joué collectif ». En réalité, plusieurs profils semblent s'imposer sans qu'aucun soit officiel. Tous savent déjà que Laurent Wauquiez restera le président officieux de la région et que les directions des cabinets devraient très peu bouger. Nicolas Daragon, maire de Valence et vice-président délégué aux finances de la région, est le premier d'entre eux et tient la corde, selon nos informations. Loué «pour sa rigueur et son sens du travail» , il est vu par beaucoup comme «celui qui s'inscrit le mieux dans les pas» de Laurent Wauquiez et comme étant «assez loyal» pour ne pas s'émanciper trop rapidement de sa tutelle. Reste à savoir s'il acceptera de quitter ses sièges de maire de Valence et président d'agglomération.

Maintenir un équilibre

Stéphanie Pernod, première vice-présidente de la région, très régulièrement mise en avant lors du deuxième mandat de Laurent Wauquiez, et Frédéric Aguilera, maire de Vichy, sont également cités. Élu en Auvergne, ce dernier aurait pour lui son origine, le conseil régional ayant toujours essayé de maintenir un équilibre depuis la fusion entre les deux anciennes régions. Politiquement, l'Auvergne a également fortement contribué aux victoires de Laurent Wauquiez en 2015 et 2021 et au fort ancrage LR dans la région.

Laurent Wauquiez rejoint le Palais Bourbon en laissant à Lyon quelques affaires judiciaires, dont certaines pilotées directement par le Parquet national financier. La révélation, début août, dans un rapport de la chambre régionale des comptes, de ses dîners parisiens facturés 77 180 euros en 2022 et 45 988 euros en 2023 - dont un avec l'écrivain Michel Houellebecq pour 1 248 euros -, a également conduit le président de région à «assumer à titre personnel le remboursement» de certains repas jugés «excessifs». «C'est une double connerie pour son image d'avoir répondu ça,commente un cadre LR. D'une part, il admet qu'il a fait une faute et, d'autre part, il explique aux gens qu'il peut rembourser des sommes très élevées sans soucis.» Difficile toutefois d'estimer les conséquences de ces procédures sur son avenir parisien.

L'annonce officielle de son successeur n'interviendra pas avant la fin du mois d'août, où une nouvelle visioconférence est prévue avec les cadres LR. Selon nos informations, une assemblée plénière extraordinaire a été fixée au 5 septembre, date à laquelle le successeur de Laurent Wauquiez sera élu par l'assemblée régionale. D'ici là, il réunira ses proches ce dimanche lors de son ascension annuelle du mont Mézenc. Marche prélude à son retour à Paris, qu'il travaille depuis de nombreux mois en sillonnant les permanences LR partout en France, attendant le moment opportun, et que la dissolution a précipité. J. B.

Libération
samedi 24 août 2024 726 mots, p. 9

AUTRE

«Tout autre gouvernement que celui du NFP serait profondément illégitime»

SACHA NELKEN

AUTRE

Clémence Guetté, vice-présidente LFI de l'Assemblée, dénonce «l'autoritarisme» du Président et appelle la gauche à entendre la «forte demande de radicalité» de ses électeurs.

L a gauche s'impatiente et maintient la pression sur Emmanuel Macron. Malgré quelques tensions dans la coalition et même si rien dans l'attitude du chef de l'Etat n'indique qu'il souhaite se tourner vers le Nouveau Front populaire pour former un gouvernement, Clémence Guetté, vice-présidente LFI de l'Assemblée nationale, rappelle qu'Emmanuel Macron doit tenir compte du résultat des élections législatives. A ce stade des discussions, rien ne garantit encore que le chef de l'Etat appellera Lucie Castets à Matignon… Aucun des arguments déployés par le camp macroniste pour justifier de ne pas nommer Lucie Castets Première ministre ne tient. Tout gouvernement autre que celui du Nouveau Front populaire serait profondément illégitime. Il ne serait que le fruit de bricolages politiciens. Ce serait la continuation du coup de force, de la répression et de l'autoritarisme qu'impose Emmanuel Macron au pays depuis des années.

Quelles seraient vos priorités si Lucie Castets venait à être nommée à Matignon ? L'abrogation de la retraite à 64 ans est une urgence qui changera immédiatement la vie des gens. La question de la rentrée scolaire est également imminente. Nous avons mis à l'ordre du jour la question de sa gratuité (fournitures, sorties, cantine). Quand nous serons nommés la semaine prochaine, il faudra tendre vers cet objectif en mettant en oeuvre ce qui est faisable dans l'urgence. Nous aurons aussi à nous pencher sur les réorientations budgétaires très nettes que nous souhaitons mener, pour investir massivement dans les services publics, et rétablir de l'égalité fiscale, en remettant en place l'impôt sur la fortune par exemple pour récupérer des recettes. Et à l'inverse, si Emmanuel Macron faisait le choix de nommer quelqu'un d'autre, que pourriez-vous faire ? Ce n'est pas la perspective dans laquelle nous nous plaçons, car ce serait incorporer l'anomalie démocratique actuelle. Nous sommes mobilisés pour que Lucie Castets s'installe à Matignon. Après, si Emmanuel Macron venait à passer outre le résultat des législatives, il y aurait à l'évidence la voie de la censure contre ce potentiel gouvernement.

Lucie Castets parle désormais beaucoup de «compromis» tandis que les insoumis ont d'abord martelé qu'il faudrait appliquer «tout le programme, rien que le programme». Est-ce compatible ? Le fait de se poser cette question montre que l'on s'est déshabitué du rôle que doit occuper le Parlement. Emmanuel Macron a mis en place un rouleau compresseur sur le Parlement, avec des séries de 49.3. Ce que nous disons, c'est que ce que notre gouvernement proposera, c'est le programme pour lequel nous avons été élus, celui qui comprend la hausse du smic à 1 600 euros, l'abrogation de la réforme des retraites, la bifurcation écologique… Et ensuite il y aura les débats et la navette parlementaire.

Ça ne s'annonce pas simple d'obtenir des majorités avec la macronie et la droite sur votre projet… Il y a des sujets sur lesquels il y a des majorités à l'Assemblée. Par exemple, lors de la dernière législature, l'idée d'une taxe sur les superprofits et les superdividendes portée par des députés Modem avait été votée avant d'être annulée par un 49.3… Cela montre que c'est possible. Puis, chaque député aura à prendre ses responsabilités. Je me demande comment seraient reçus des députés par leurs électeurs en circonscription après avoir voté contre des augmentations de salaire ou contre l'abrogation de la réforme des retraites. La Nupes a explosé au bout d'un an. Le Nouveau Front populaire est-il condamné au même destin s'il n'accède pas à Matignon ? Nous sommes dans un calendrier de combat et non de résignation. Tous les membres du Nouveau Front populaire partagent le même objectif : gouverner. Après, évidemment, il y a des débats qui reviennent à gauche, notamment du côté du Parti socialiste. Ce sont des questions d'orientation programmatique. Certains comme Raphaël Glucksmann défendent une ligne sociale-démocrate, alors que la question a été tranchée lors de la dernière présidentielle [où Jean-Luc Mélenchon est parvenu en tête des candidats de gauche, ndlr]. François Hollande, qui portait le même projet, n'avait pas pu se représenter en 2017. Nous avons construit cette coalition sur la base d'un programme qui a été négocié, et dont je ne renie aujourd'hui aucune ligne. Il y a une forte demande de radicalité.

Le Monde
France, samedi 24 août 2024 1392 mots, p. 10
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23 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

A la recherche d’un premier ministre

Emmanuel Macron reçoit, à partir de vendredi, l’ensemble des partis représentés au Parlement

Nathalie Segaunes

Sept semaines après des élections législatives anticipées qui devaient permettre de « clarifier » la situation politique, Emmanuel Macron est-il enfin prêt à nommer un premier ministre, comme le lui commande la Constitution ? La « trêve olympique » et les bains de mer – le chef de l’Etat est rentré jeudi 22 août au soir – ont-ils permis de ramener au sein de la classe politique la « concorde » et l’ « apaisement » qu’il appelait de ses vœux un mois après avoir décidé de dissoudre l’Assemblée nationale ? Les prochains jours devraient au moins permettre de répondre à ces deux questions.

Le président de la République, qui est « du côté des Français, garant des institutions » et de « l’expression de leur vote », selon son entourage , reçoit vendredi 23 et lundi 26 août l’ensemble des forces politiques représentées au Parlement, « en vue de la nomination d’un premier ministre ». Celle-ci devrait intervenir « assez rapidement après ces rencontres », dit-on au palais, sans plus de précision. Les forces politiques ont été invitées à l’Elysée « dans l’ordre du nombre de députés des intergroupes » , souligne un conseiller.

Ainsi les partis de gauche (La France insoumise [LFI], le Parti socialiste [PS], Les Ecologistes et le Parti communiste français), emmenés par Lucie Castets, candidate du Nouveau Front populaire (NFP) au poste de chef du gouvernement, ouvriront-ils le bal à 10 h 30. Une façon d’acter que le NFP est la première force politique à l’Assemblée nationale, alors que les macronistes martèlent qu’il n’y a eu « ni gagnant ni perdant » aux élections législatives.

Les dirigeants de la coalition présidentielle, conduite par Gabriel Attal, François Bayrou et Edouard Philippe, déjeuneront ensuite à la table du chef de l’Etat. « C’est comme au Club Med, on a droit à la formule all inclusive », se réjouit l’un de ces privilégiés.

Les Républicains (LR), représentés par Annie Genevard, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, verront, quant à eux, Emmanuel Macron en début d’après-midi, suivis par les représentants du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires, puis du Parti radical de gauche. Marine Le Pen et Jordan Bardella (Rassemblement national) ont fait savoir qu’ils ne seraient pas rentrés avant la fin de la semaine. Ils seront donc reçus lundi, tout comme leur allié Eric Ciotti, président du groupe A droite !. Le chef de l’Etat, qui avait omis de consulter en bonne et due forme les présidents des Assemblées avant de dissoudre, devrait enfin s’entretenir, lundi, avec Yaël Braun-Pivet, réélue au perchoir, et Gérard Larcher, président du Sénat.

Obligation de résultat

Dans sa lettre aux Français le 10 juillet, qui s’adressait en réalité aux partis politiques, Emmanuel Macron demandait « à l’ensemble des forces politiques (…) d’engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide, nécessairement plurielle, pour le pays ». Loin d’inciter les chefs des partis républicains à se retrouver autour de la même table, la requête a eu pour modeste conséquence, au cœur de l’été, l’envoi de lettres dans lesquelles chacun exposait ses propositions. Des lettres « que personne ne lit et auxquelles personne ne répond », a résumé cruellement le patron du MoDem, François Bayrou. « Le rapport de force n’a pas bougé depuis le 7 juillet,se désole le patron des sénateurs macronistes, François Patriat. LR n’a pas voulu se rapprocher de nous, et le PS ne s’est pas séparé de LFI. »

Pas plus avancé qu’au soir du second tour, Emmanuel Macron a désormais une obligation de résultat. Alors que le gouvernement démissionnaire de Gabriel Attal aura battu vendredi un record historique, celui d’avoir expédié le plus longtemps les affaires courantes (trente-neuf jours) depuis la seconde guerre mondiale, le chef de l’Etat doit nommer un premier ministre. « Les Français n’en peuvent plus de l’absence de réponse aux élections,souligne Annie Genevard, vice-présidente LR de l’Assemblée nationale. Il y avait beaucoup de colère dans ces élections, elle a fait place à l’inquiétude. » « Combien de temps allons-nous continuer comme si rien ne s’était passé au début de l’été ? », s’impatientent, dans une lettre aux Français publiée jeudi, les partenaires du NFP et Lucie Castets, jugeant que « l’inaction du président de la République est grave et délétère ».

Les représentants de la gauche déplorent que le chef de l’Etat « tergiverse plutôt que de tirer les conséquences » des législatives qui ont vu la gauche unie obtenir le plus fort contingent de députés (193), mais sans majorité absolue (289). « Il est plus que temps maintenant de passer à l’action : comme dans toutes les démocraties parlementaires, la coalition arrivée en tête doit pouvoir former un gouvernement et se mettre au travail », revendiquent les représentants du NFP.

Le chef de l’Etat semble toutefois toujours exclure de nommer Mme Castets à Matignon. « Le plus cynique mais le plus habile aurait été de la nommer dès qu’elle a surgi, en juillet, regrette un député Renaissance. La gauche aurait été piégée. »Et l’hypothèque levée, estime le même, convaincu qu’un gouvernement Castets, composé notamment d’« insoumis », aurait été renversé par une motion de censure avant la fin de l’été. Mais il est désormais trop tard pour s’offrir le luxe d’une telle démonstration.

Le président de la République souhaite « avancer vers la constitution d’une majorité la plus large et la plus stable possible au service du pays, affirme son entourage. La plus stable, cela veut dire qui a la capacité de ne pas tomber à la première motion de censure déposée ». Une majorité si ce n’est effective, du moins tacite.

Car si l’idée d’Emmanuel Macron est d’ « aller vers une logique de coalition »,selon son entourage, un « accord de coalition à l’allemande n’adviendra pas à court terme », juge l’ancien ministre des affaires européennes Clément Beaune. Ni le PS, qui n’a aucun intérêt à s’affranchir de ses alliés « insoumis » et écologistes alors que plane la perspective d’une nouvelle dissolution dans un an, ni Les Républicains, jaloux de leur indépendance, ne se compromettront avec l’ancienne majorité.

Laurent Wauquiez, président du groupe Droite républicaine à l’Assemblée nationale, devrait rappeler à Emmanuel Macron, vendredi, que, si LR n’a pas pour objectif de créer la paralysie, il n’est pas question pour eux de voler au secours du chef de l’Etat, seul responsable de la situation dont il cherche aujourd’hui à s’extirper. « Vous pouvez toujours essayer de former une coalition, mais sur l’immigration ou sur les retraites, les positions du PS et de LR sont incompatibles, rappelle par ailleurs le sénateur LR Philippe Bas. Faire semblant de penser qu’une coalition est possible entre les contraires, c’est déboucher sur l’immobilisme. »

« Tu vois qui ? »

Face à ce « Parlement composé de minorités », comme on le décrit à l’Elysée, « le sujet, c’est : quel premier ministre présente le moins de risques d’être censuré ? », résume Clément Beaune. Depuis Brégançon (Var), Emmanuel Macron a bombardé de SMS responsables politiques, élus locaux ou grands patrons ces dernières semaines. « Tu vois qui ? » – sous-entendu, pour Matignon –, « tu penses quoi ? », a interrogé le chef de l’Etat, à la recherche de l’oiseau rare.

Un débordement d’énergie qui fait craindre une forte implication du chef de l’Etat durant la suite du quinquennat, en dépit de deux récents revers électoraux. Ainsi Emmanuel Macron enjoint-il d’ores et déjà au futur gouvernement de ne pas « défaire ce qui a été fait », notamment la réforme des retraites et la politique de l’offre.

« Pour que les opposants à Emmanuel Macron acceptent de ne pas censurer le gouvernement, il faut que celui-ci ne soit plus un gouvernement présidentiel, avertit Philippe Bas. Il faut donc que le président de la République désigne à Matignon une personnalité qui soit notoirement indépendante, qui présentera à l’Assemblée son propre programme, et qu’Emmanuel Macron accepte sa mise en retrait et se contente d’assurer la continuité de l’Etat. Or, aujourd’hui, il prétend continuer à gouverner. »L’ancien premier ministre Dominique de Villepin l’énonçait dès le 11 juillet : « Jupiter est mort, il a été battu dans les urnes. Les Français veulent un gouvernement qui puisse tenir tête au président. »

Libération
samedi 24 août 2024 792 mots, p. 14

EXPRESSO

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23 août 2024 - Libération (site web)

La Nouvelle-Calédonie menacéed'une crise sociale et économique

GILLES CAPRAIS

EXPRESSO

L'HISTOIRE DU JOUR D eux semaines après avoir diminué les pensions de retraite de 3 % et augmenté d'autant les cotisations, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a voté jeudi l'augmentation de l'âge de départ en retraite des qui passera de 60 à 62 ans, plus tôt que prévu. Ces mesures, qui répondent en partie à un déséquilibre de long terme, sont une nouvelle tentative des pouvoirs publics de s'adapter dans l'urgence à la crise économique et sociale qui déferle sur l'archipel du Pacifique. «On peut se dire que la réforme est injuste dans le moment que nous vivons, mais elle est nécessaire», plaide Vaimu'a Muliava (du parti Eveil océanien), membre du gouvernement chargé de la Fonction publique, connu pour sa sensibilité aux questions sociales.

Depuis le 13 mai, début de l'insurrection indépendantiste, plus de 700 entreprises ont été partiellement ou totalement détruites, tout comme d'innombrables infrastructu- res publiques (dont 26 établissements scolaires) pour des dégâts estimés à près de 1,5 milliard d'euros.

«Dominos». Dans l'archipel aux 271 000 habitants, sur les 66 000 salariés du secteur privé, 28 000 ont fait l'objet, auprès de l'administration, d'une demande de placement en chômage partiel. Les incendies d'entreprises ont dévasté une économie déjà fragile, dont l'ancestrale perfusion d'argent public avait encore DU été renforcée par l'Etat, ces dernières années. D'une part, dans le cadre de la crise du Covid. D'autre part, en réponse aux difficultés du secteur du nickel, fortement concurrencé par les pays à bas coûts. Premier employeur du secteur privé, la métallurgie est en train de perdre l'une de ses trois usines. Koniambo Nickel, dans le nord, procède actuellement au licenciement de ses 1 200 salariés, qui s'accrochent à un mince espoir de reprise de dernière minute.

Le pouvoir d'achat des habitants est fragilisé, surtout celui des plus pauvres – en Nouvelle-Calédonie, où le coût de la vie est supérieur de 31 % à celui de la France métropolitaine, le salaire minimum équivaut à 1 200 euros net pour une semaine de 39 heures.

JOUR Les recettes fiscales et sociales sont en berne : les élus anticipent pour 2024 une perte de 360 millions d'euros qui met en danger la collectivité, déjà surendettée, ainsi que les régimes de retraite ou d'assurance maladie. L'ensemble tient encore grâce aux allocations de chômage partiel, cofinancées par l'Etat, qui a déjà versé près de 260 millions d'euros, toutes aides confondues, depuis le 13 mai. Mais la mesure est temporaire et «les dominos continuent de tomber», préviennent les élus locaux. Le Congrès a examiné mardi un «plan quinquennal de reconstruction et d'accompagnement [par] l'Etat pour éviter la mort économique et sociale du pays», une résolution déposée par les loyalistes du parti Calédonie ensemble, qui demandent 500 milliards de francs Pacifique (4,2 milliards d'euros) au gouvernement national, que beaucoup jugent responsable de la situation, Emmafonctionnaires, nuel Macron ayant multiplié les partis pris en faveur des loyalistes jusqu'à l'insurrection indépendantiste. «Il y a urgence à agir», reconnaît l'élue au Congrès de Nouvelle-Calédonie Virginie Ruffenach (Les Républicains), néanmoins défavorable à la résolution, en raison du caractère «politique» de l'insurrection et des destructions. «Nous ne pouvons pas demander à l'Etat cette somme sans solution politique qui nous permette de mettre la Nouvelle-Calédonie dans une situation de stabilité, de sérénité. Si nous mettons de l'argent pour reconstruire et que dans six mois, nous vivons la même chose, nous repartirons de zéro. Il faut absolument que cet accompagnement fort de l'Etat se fasse dans le cadre d'un accord politique» sur le futur statut du pays, plaide-t-elle.

«Ecroulement». Son raisonnement suit celui des partis indépendantistes. «Il ne faut pas reconstruire sur du sable», a répété mercredi Gilbert Tyuienon, vice-président de l'Union calédonienne, parti fondateur de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), qui mène les mobilisations et dont les principaux responsables, dont Christian Téin, sont en détention provisoire en métropole. «Poser l'accord politique comme préalable, c'est ne pas négocier le plan quinquennal», regrette Philippe Gomès, leader de Calédonie ensemble, pour qui le risque d'«émeutes de la faim» ne doit laisser aucune place aux atermoiements. «Au moment où l'on parle, on est en voie d'écroulement, assure-t-il. Notre pronostic vital est engagé. Ce n'est pas une dramatisation. Entreprises en dépôt de bilan, salariés incapables d'alimenter leur famille… C'est vers cela que nous allons à brève échéance.» Son insistance n'a pas payé. Le voeu des 500 milliards n'a pas franchi le cap des débats. Le député Renaissance Nicolas Metzdorf a obtenu le vote d'une motion préjudicielle pour «étoffer la résolution» en commission et en faire un texte susceptible de rassembler les deux camps, dans toutes leurs tendances internes. Ce qui n'est jamais une mince affaire.

Le Monde
France, samedi 24 août 2024 982 mots, p. 9
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22 août 2024 - Le Monde (site web)
23 août 2024 - La Matinale du Monde

Les limites de la gestion des affaires courantes

Le gouvernement assure le fonctionnement minimal de l’Etat depuis trente-neuf jours. Un record

Denis Cosnard

Le gouvernement de Gabriel Attal a battu bien malgré lui un record historique : celui du gouvernement ayant expédié le plus longtemps les affaires courantes depuis la seconde guerre mondiale, si ce n’est plus. Vendredi 23 août, c’est en effet le 39e jour avec un gouvernement démissionnaire. Trente-neuf jours durant lesquels, n’étant pas remplacé, le gouvernement démissionnaire est resté en place pour assurer, selon une tradition républicaine, le fonctionnement minimal de l’Etat.

Une durée exceptionnelle dans l’histoire. Sous la Ve République, depuis 1958, les périodes de gestion des affaires courantes étaient jusqu’à présent restées courtes. Un, deux ou trois jours la plupart du temps ; neuf au maximum, en 1962. La France était ainsi le pays le plus rapide d’Europe en matière de transition entre gouvernements, d’après le pointage de deux politologues, Alejandro Ecker et Thomas Meyer.

Sous la IVe République, les délais étaient plus longs. Deux semaines en moyenne. Le sommet avait été atteint au printemps 1953. Après la chute du gouvernement radical de René Mayer, trente-huit jours avaient été nécessaires pour trouver un président du Conseil. Sept candidats, dont Pierre Mendès France, avaient refusé le poste ou été bloqués par l’Assemblée. C’est en partie par lassitude que les députés avaient finalement accordé leur confiance à l’industriel Joseph Laniel, un député indépendant, partisan de l’union nationale.

Affaires ordinaires et urgentes

Cette fois-ci, l’expérience encore plus hors normes de Gabriel Attal a montré les limites de l’exercice. La gestion des affaires courantes est un concept conçu pour des périodes réduites. Inscrit dans la Constitution de la IVe République, il ne figure pas dans celle de la Ve, mais reste considéré par la jurisprudence comme un « principe traditionnel du droit public », toujours valable.

Une décision rendue par le Conseil d’Etat en octobre 1962l’énonce clairement : jusqu’à ce qu’il soit remplacé, un gouvernement démissionnaire ne peut plus prendre d’initiatives nouvelles, mais « garde compétence(…) pour procéder à l’expédition des affaires courantes ».

Reste à définir ces « affaires courantes ». En pratique, elles peuvent être de deux ordres, relève le secrétariat général du gouvernement dans une note du 2 juillet : soit des affaires ordinaires, « si mécaniquement dictées par la marche normale de l’Etat qu’elles ne nécessitent aucune appréciation de nature politique », soit des affaires urgentes, dont le traitement ne saurait être différé. « Il s’agit en somme de l’ensemble des décisions dont on peut raisonnablement estimer que n’importe quel gouvernement les aurait prises, parce qu’elles sont entièrement dictées par une forme d’évidence ou par les circonstances », résume le secrétariat général.

Depuis sa démission, le gouvernement Attal a pris de très nombreuses décisions. Plus de 1 160 décrets, arrêtés et autres actes juridiques ont déjà été publiés au Journal officiel. Beaucoup relèvent des « affaires ordinaires », à teneur politique faible, voire insignifiante. Des nominations de hauts fonctionnaires, comme la sous-préfète de Thiers (Puy-de-Dôme). Des mises à la retraite. L’homologation du cahier des charges du Label rouge pour le saumon fumé. Le changement du nom de la commune de Faux en Faux-en-Périgord. L’attribution de la Légion d’honneur à d’anciens combattants.

D’autres sont dictés par l’urgence, comme la création par arrêté d’une « zone interdite temporaire » sur le site de l’accident d’avions Rafale qui a fait deux morts le 14 août à Colombey-les-Belles (Meurthe-et-Moselle).

Budget « réversible »

Mais plus l’intérim s’éternise, plus la nécessaire continuité de l’Etat amène à effectuer des gestes marquants, normalement proscrits. Cela avait déjà été le cas sous la IVe République. Des gouvernements démissionnaires avaient par exemple autorisé l’utilisation de bases militaires françaises par l’armée américaine en 1951, procédé à une dévaluation et signé des accords avec le Maroc en 1957, ou encore allongé la durée du service militaire en 1958.

Cette année, plusieurs mesures ont une vraie coloration politique. A l’image du gel des avoirs d’un homme né en Russie, Emir Saydoulaev, décidé par Bercy le 19 août. C’est cependant en matière budgétaire que le gouvernement en sursis s’est autorisé à aller le plus loin. Devant la dégradation des finances publiques, le ministre délégué aux comptes publics, Thomas Cazenave, a annoncé avoir gelé, le 16 juillet, « près de 10 milliards d’euros »de crédits. Gabriel Attal s’est résolu à élaborer un budget et à envoyer, le 20 août, à ses ministres des « lettres plafonds » prévoyant un gel global des dépenses de l’Etat en 2025.

Son argument : l’urgence. « Ces lettres plafonds ne sont pas gravées dans le marbre », mais si l’exécutif n’avait rien fait, l’Etat risquait de ne pas avoir de budget en 2025, se justifie-t-on à Matignon. L’intérêt supérieur du pays imposait d’éviter ce « mur budgétaire », pour assurer, en 2025, le fonctionnement normal des services publics, payer les fonctionnaires, etc., martèlent les ministres.

Le plaidoyer n’a pas convaincu la gauche. Ce budget dit « réversible » est « complètement en dehors de la gestion des affaires courantes », a réagi la cheffe des députés de La France insoumise, Mathilde Panot, sur France Inter, le 21 août. « La préparation d’un budget est l’acte le plus politique qui soit », a appuyé, le même jour sur X, l’écologiste Sandrine Rousseau. « Il est temps de limiter la durée de vie d’un gouvernement démissionnaire », conclut pour sa part le sénateur communiste Ian Brossat, qui juge « hallucinant » le projet de Gabriel Attal.

Qu’un gouvernement cantonné aux affaires courantes, sans légitimité politique et impossible à renverser, imprime sa marque sur un texte aussi décisif que le budget peut en effet susciter le débat. L’expérience devrait toutefois s’achever sous peu. Emmanuel Macron consulte les partis politiques à partir de vendredi 23 août.

Le Figaro, no. 24883
Le Figaro, samedi 24 août 2024 1164 mots, p. 2

Politique

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23 août 2024 - Le Figaro (site web)

Matignon : face à Emmanuel Macron, les partis restent figés dans leurs positions

Les consultations menées à l'Élysée ne permettent pas à ce stade de dégager une solution institutionnelle à l'absence de majorité à l'Assemblée nationale. La formation d'une éventuelle coalition bute sur la présence de LFI au gouvernement.

Conruyt, Claire, Quinault-Maupoil, Tristan, Lepelletier, Pierre

Il est un peu plus de midi, vendredi, quand Lucie Castets sort de l'Élysée, encadrée de près par une dizaine de dirigeants des partis qui composent le Nouveau Front populaire (NFP). Les sourires sont de mise. «Nous sommes extrêmement satisfaits d'avoir été reçus par le président de la République, tous ensemble et unis», déclare la haute fonctionnaire de la ville de Paris. Allant même jusqu'à saluer une «discussion très riche» avec celui qui rechigne pour l'heure à la nommer à Matignon.

Après six semaines de bras de fer entre Emmanuel Macron et la gauche, celle-ci pense entrevoir une ouverture pour accéder au pouvoir. Face au chef de l'État, la candidate désignée par son camp pour s'installer à Matignon vient de développer longuement ses priorités. Répondant à ses nombreuses questions pendant 1 h 30 sur les contours du gouvernement qu'elle bâtirait si elle était nommée, sa méthode, la crise en Nouvelle-Calédonie ou même l'avenir institutionnel de la Corse... «Emmanuel Macron a demandé à Lucie Castets s'il y aurait des Insoumis dans son gouvernement, elle a répondu oui. Il en a pris acte en disant qu'il en ferait part aux autres forces», rapporte un participant socialiste. Avant même de s'installer devant lui, Lucie Castets avait dit vouloir lui proposer une «solution de stabilité» , «prête à construire des coalitions».

Le président de la République «a lui-même reconnu» que les partis du NFP qui ont «participé au front républicain»sont «parfaitement légitimes à la fois à gouverner et à incarner (le) changement, donc il y a des points positifs à ce rendez-vous», affirme Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste. «Le président semble commencer à comprendre qu'il a perdu les législatives, mais n'en tire pas encore toutes les conséquences», juge pour sa part Manuel Bompard, le coordinateur national de La France insoumise, qui soupçonne son hôte de vouloir autant être «l'arbitre» des institutions que «le sélectionneur»de l'exécutif. Le ton a toutefois changé, plus conciliant que les jours précédents. «C'est un premier signal extrêmement favorable», remarque l'Écologiste Marine Tondelier.

« Il est inutile de chercher à jouer les uns contre les autres »

Ouverture sincère d'Emmanuel Macron aux demandes du bloc arrivé en tête des élections législatives anticipées ou stratégie pour convaincre la droite à saisir la main tendue des macronistes ? À l'issue d'une journée de consultations et avant de recevoir, lundi, le Rassemblement national, le président du Sénat, Gérard Larcher, et son homologue de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, l'incertitude dominait encore. D'autant que Laurent Wauquiez, le président des députés LR, est clair : ses troupes voteraient «immédiatement une motion de censure» contre un gouvernement comprenant des ministres de La France insoumise. De quoi plomber l'euphorie matinale du NFP, avant même de connaître la position de Marine Le Pen.

Les représentants de l'ancienne majorité macroniste venaient de précéder la droite. Reçus à l'heure du déjeuner autour d'une salade César et d'une crème au chocolat, ils ont entendu le chef de l'État dire que le scrutin qu'il a précipité en juin avait abouti à «un message d'alternance» des Français, mais n'avait pas signé «un désaveu complet»de sa politique . Laissant planer le doute sur les leçons qu'il en tire. «Le président est en train de réaliser le résultat des élections législatives. La question est désormais de savoir s'il va passer de cette prise de conscience aux actes», s'interroge le député LFI du Val-de-Marne Paul Vannier, alors que les mélenchonistes font figure d'épouvantails aux yeux des macronistes. Comme la droite, ces derniers réaffirment qu'ils censureraient immédiatement un gouvernement composé d'Insoumis. Emmanuel Macron, qui cherche un gouvernement à même de ne pas être censuré aussitôt nommé, est prévenu. Avant même la bataille du budget, à l'automne, l'édifice pourrait être mis à terre. Ses alliés caressent l'espoir de convaincre les autres composantes du NFP de se dissocier du mélenchonisme pour faciliter la construction d'une coalition. Sans succès à ce stade, à en croire Olivier Faure : «Nous sommes parfaitement rassemblés. Il est inutile de chercher à jouer les uns contre les autres. Il n'y aura de pas de division du NFP». Et ce alors que les noms de l'ancien premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve et du maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, sont régulièrement cités pour faire la jonction entre le camp présidentiel et la gauche de gouvernement.

De façon incongrue, Emmanuel Macron a écouté son premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, lui conseiller de ne pas nommer quelqu'un de son camp. Présent au titre de ses nouvelles fonctions de chef des députés du parti présidentiel, il rejoint le constat de son homologue d'Horizons, Laurent Marcangeli, en faveur d'un premier ministre issu des rangs de l'opposition pour ne pas donner l'impression d'un hold-up électoral après le succès du front républicain contre le Rassemblement national. Faut-il alors se tourner vers Xavier Bertrand, Valérie Pécresse ou David Lisnard ? Des noms testés en une phrase par le chef de l'État devant les représentants des Républicains.

« Il nous faut une réponse mardi »

Dans une «Assemblée nationale archipélisée» ,dixit la vice-présidente LR de l'Assemblée nationale, Annie Genevard, Laurent Wauquiez se méfie d'apparaître comme le sauveur du macronisme : «Nous n'avons pas l'intention d'être des opposants systématiques, parce que le pays a besoin de continuer d'avancer» ,mais «nous ne participerons à aucune coalition gouvernementale». Charge à Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR de détailler le «pacte législatif» qui permettrait de voter des textes sans revendiquer des ministères. Emmanuel Macron écoute, attentif, les interroge. «Il a été très réceptif, très positif, a indiqué que sur beaucoup de points il pourrait nous rejoindre», retient Bruno Retailleau tandis qu'Annie Genevard parle «d'un échange approfondi et franc».

Mais la droite se tient à bonne distance du pouvoir, la gauche veut rester soudée, macronistes et élus Républicains font bloc contre LFI... Les consultations du jour ne révèlent pas d'évolutions significatives des partis. «On assume vouloir aller assez rapidement» pour désigner un nouveau chef du gouvernement, dit-on pourtant à l'Élysée alors que la gauche continue de mettre la pression. «Ce feuilleton institutionnel va devoir s'achever. Il nous faut une réponse mardi», clame Marine Tondelier. La cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques se tiendra le lendemain, avant que le président de la République s'envole pour un voyage officiel en Serbie, où il restera jusqu'à vendredi. Gabriel Attal, qui détient désormais le record du plus long bail à Matignon en affaires courantes après avoir démissionné le 16 juillet, pourrait être libéré de sa charge d'ici à la fin de semaine prochaine. «Le président ne s'est pas engagé sur une date», nuance cependant un proche d'Emmanuel Macron. Tandis que, dans l'entourage d'un ministre démissionnaire, on anticipe des «petits pas»qui «prendront du temps»pour cheminer vers un nouveau gouvernement. ET T.Q.-M. ET P.L.

Le Monde
France, vendredi 23 août 2024 1208 mots, p. 11
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22 août 2024 - Le Monde (site web)

Les profils singuliers des collaborateurs RN

Le parti d’extrême droite peine à recruter en dehors de son vivier militant

Bastien Loeuillot

Après leur élection lors des législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet, les députés du Rassemblement national (RN) préparent leur retour à l’Assemblée nationale. Malgré un groupe gonflé, passant de 88 à 126 députés, la rentrée a un goût amer pour les élus d’extrême droite, qui espéraient la majorité absolue. Et pour Jordan Bardella qui s’est un temps vu premier ministre, bénéficiant de la préparation du parti.

Gilles Pennelle, alors directeur général du RN, avait été chargé, avec le « plan Matignon », de rechercher des candidats fiables afin d’être prêt pour d’éventuelles élections législatives anticipées. Mais le 7 juillet, le soir des résultats, le parti se retrouve relégué au troisième rang, derrière le Nouveau Front populaire et la coalition présidentielle, après une campagne plombée par les propos racistes, homophobes, antisémites ou xénophobes de plusieurs dizaines de candidats. La conquête de Matignon est un échec, Gilles Pennelle démissionne le 8 juillet.

Derrière cette rentrée, s’en cache une autre. Dans les pas des députés menés par Marine Le Pen, plus de 250 collaborateurs entrent au palais Bourbon. Moins exposés que les élus, plusieurs se sont tout de même fait remarquer pendant la campagne. Et malgré les polémiques, des profils sulfureuxconservent la confiance du parti, à l’image d’Andrea Orabona. Epinglé par la presse pour avoir « liké » sur Facebook un « hommage au maréchal Pétain » et une page « Front patriotes » qui célèbre le suprémacisme blanc, il reste le collaborateur parlementaire de Lionel Tivoli (Alpes-Maritimes).

Symbole nazi

Autre affaire dans le Pas-de-Calais : pendant le conseil municipal de Boulogne-sur-Mer du 19 juin, le maire socialiste Frédéric Cuvillier révèle le pseudo qu’utilise le conseiller municipal d’opposition Thomas Pamart (RN) sur les réseaux sociaux : « Schwarze Sonne ». Une référence à l’une des chansons du groupe de metal allemand E Nomine, se défend l’élu d’extrême droite dans La Voix du Nord. Mais également le nom allemand du symbole nazi du soleil noir. Peu importe, le néodéputé RN Antoine Golliot (Pas-de-Calais) l’a recruté dans son équipe dès son élection, alors qu’il était déjà son suppléant pour ces élections législatives.

Par ailleurs, si Marine Le Pen a pris ses distances avec le pouvoir russe depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, cette rupture semble plus floue pour plusieurs assistants parlementaires. Pascal Erre, collaborateur de la députée RN Laurence Robert-Dehault (Haute-Marne) depuis 2022 et conseiller municipal de Vitry-le-François (Marne), partage sur son compte Facebook des fausses informations sur la guerre en Ukraine et des articles de propagande russe, provenant notamment du site Internet donbass-insider.com, enregistré à Moscou. De son côté, Luc Le Garsmeur, qui travaillepour le député RN Christophe Bentz (Haute-Marne),demandait sur X, quatre jours après l’invasion de l’Ukraine, la reconnaissance de la Crimée russe, et réclamait un référendum pour l’annexion des régions ukrainiennes de Donetsk et de Louhansk.

Parmi cesadmirateurs du Kremlin, le profil de Rémy Berthonneau sort du lot. L’ancien assistant de Nicolas Dupont-Aignan, militant pour la levée des sanctions contre la Russie, a été l’un des représentants de l’entreprise Cifal, installée en Russie et ciblée par une enquête préliminaire du Parquet national financier pour soupçon de corruption d’agent public étranger. Ce qui n’a pas empêché Alexandre Loubet, député RN de Moselle, de l’enrôler dans son équipe. Contactés, les responsables du parti n’ont pas souhaité réagir à ces éléments. Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe RN à l’Assemblée nationale, a toutefois affirmé que « s’il devait être avéré que des collaborateurs avaient des positions contraires[au] programme ou[aux] valeurs[du parti] , leurs députés devr[aie] nt mettre fin à leur collaboration ».

Mais un autre nom surprend les spécialistes de l’extrême droite. Depuis 2022, André-Yves Beck accompagne la députée RN Bénédicte Auzanot (Vaucluse). Responsable du parti dans le canton d’Orange, investi par le Rassemblement national lors de plusieurs élections depuis 1998, il a aussi accompagné Jacques Bompard à la mairie d’Orange et Robert Ménard à Béziers, avec lequel il n’a plus de contacts. « Je ne parlerai pas de ce monsieur », lâche froidement le maire de Béziers au téléphone.

Recruter dans l’entourage

Mais cet assistant était aussi un membre des mouvements d’extrême droite Troisième Voie et Nouvelle Résistance. Nationaliste révolutionnaire, il y côtoie Christian Bouchet, une des figures de ces cercles radicaux, et participe à son livre Les Nouveaux Nationalistes paru en 2001. Un ouvrage auquel contribue aussi l’identitaire Philippe Vardon, collaborateur parlementaire de trois députés du groupe, proche de Marion Maréchal. « J’ai rejoint le Front national, je suis parfaitement dans la ligne du parti », justifie André-Yves Beck, coupant court aux questions sur son passé. Le secrétaire général du groupe parlementaire RN à l’Assemblée, Renaud Labaye, n’a pas souhaité réagir.

Cette session de recrutement des collaborateurs a aussi été un moyen de faire entrer, par la petite porte, des candidats battus aux législatives. Une cinquantaine, investis par le parti de Jordan Bardella, ont enfilé le costume d’assistant parlementaire. Plusieurs accompagnaient déjà des députés, comme le protégé de Marine Le Pen, Andréa Kotarac, ancien militant de La France insoumise battu dans l’Ain. D’autres découvrent ce métier, en même temps que la politique. Candidate dans les Ardennes face au sortant Pierre Cordier (Les Républicains), Pauline Mester ne milite au RN que depuis janvier 2023.

Certains députés ont décidé d’intégrer leur propre suppléant à leur équipe parlementaire. A la marge en règle générale, la pratique est particulièrement courante dans le groupe RN, où vingt-neuf élus ont recruté leur potentiel remplaçant à la mi-août, alors même qu’une dizaine n’ont pas encore constitué leur cellule. D’autres préfèrent recruter dans leur entourage. Laurent Ledoux, infirmier indépendant, accompagne le député RN Marc de Fleurian (Pas-de-Calais), dont la suppléante n’est autre que sa femme, Tatiana Ledoux. Une trentaine de militants, sans expérience politique professionnelle, ont aussi suivi leur candidat à l’Assemblée nationale. Un manque de candidats ou une volonté politique ?

« Il faut bien récompenser les gens par des postes quand on arrive à les avoir », analyse l’historien de l’extrême droite Nicolas Lebourg. Mais d’autres y voient surtout une difficulté du parti de s’ouvrir, notamment auprès des jeunes qui sortent de grandes écoles. « C’est plus facile de se lancer en politique et d’assumer son engagement quand vous avez 35 ans et un emploi stable dans le privé, que quand vous mettez tout votre avenir en jeu à la sortie de Sciences Po en devenant assistant parlementaire RN », estime le chercheur spécialiste des mouvements d’ultradroite Jean-Yves Camus.

D’une manière générale, le RN peine à dépasser les frontières de son parti. Une dizaine de collaborateurs de droite s’étaient engagés pour un parlementaire d’extrême droite en 2022, mais en 2024, les choses ont changé. Malgré les appels du pied de Marine Le Pen aux membres des Républicains, peu de mouvements ont été réalisés au cours de l’été. Finalement, Eric Ciotti est l’un des seuls à avoir passé le cap.Que ce soit sur les bancs de l’Assemblée ou dans les coulisses.

Le Figaro, no. 24882
Le Figaro, vendredi 23 août 2024 734 mots, p. 3

Politique

Avec la candidature de Borne, les grandes manoeuvres commencent à Renaissance

Lagrave, Martin

Serait-ce les prémices d'une nouvelle bataille politique en macronie ? Ce mercredi, Élisabeth Borne a annoncé, dans un entretien au Parisien, qu'elle se portait candidate à la tête du parti présidentiel Renaissance. Une déclaration surprise au coeur de l'été alors que l'entourage de Gabriel Attal ne fait pas mystère des ambitions du trentenaire pour le parti et que le flou demeure autour des intentions de Stéphane Séjourné, actuel secrétaire général du mouvement.

En tirant la première, Élisabeth Borne a fait sienne l'obsession macronienne de maîtriser l'agenda politique. Si les statuts du parti indiquent que le congrès doit se tenir avant le 30 novembre, nul ne sait pour l'heure quand l'élection aura lieu ni les modalités précises du scrutin. La députée du Calvados oblige de fait son camp à définir ces dernières. Plutôt discrète depuis son retour au Palais Bourbon, en février dernier, l'ex-première ministre a eu tout le temps nécessaire pour préparer minutieusement son initiative politique. Un coup d'accélérateur malvenu pour Gabriel Attal, toujours contraint d'assurer l'intérim à Matignon et de préparer ses débuts à l'Assemblée nationale en tant que président du groupe Ensemble pour la République.

Dans son interview, l'ancienne ministre du Travail prend d'ailleurs soin d'écarter son potentiel rival : «Traditionnellement, il n'est pas d'usage d'être président de groupe en même temps que l'on dirige un parti» , cingle-t-elle. Si, jusqu'ici, Gabriel Attal n'a rien dévoilé de ses projets, il glissait récemment en privé que «rien n'empêchait» d'occuper simultanément les deux postes. Il pourra notamment s'appuyer sur la jurisprudence de Stéphane Séjourné, qui a longtemps cumulé la fonction de secrétaire général avec son poste de président du groupe Renew (libéraux) au Parlement européen. À cette heure, aucun des deux hommes n'a réagi aux déclarations de l'ancienne première ministre.

Une chose est sûre, en cas de duel Borne-Attal, la confrontation sera musclée. Ces deux poids lourds du camp Macron entretiennent des relations très dégradées depuis que le trentenaire a été propulsé chef du gouvernement, poussant, de fait, son aînée vers la sortie. Redevenue députée, Élisabeth Borne avait notamment dénoncé publiquement le projet de réforme de l'assurance-chômage de son successeur, suspendu depuis. En juillet dernier, la haute fonctionnaire a ensuite tenté de s'opposer à son rival lors de l'élection à la présidence du groupe macroniste au Palais Bourbon, avant de se raviser face aux soutiens exprimés en faveur du premier ministre.

Pour éviter une nouvelle déconvenue face à Gabriel Attal, très populaire tant auprès des militants que des députés, Élisabeth Borne a amorcé la constitution d'une alliance baroque entre opposants à la ligne Attal. Elle cite notamment Gérald Darmanin, dont elle dit partager la «même vision» pour une «approche collégiale» du parti. Elle assistera d'ailleurs à la rentrée politique de l'ancien maire de Tourcoing, le 15 septembre prochain. Preuve que tout bouge rapidement en politique, elle s'était rendue au même rendez-vous l'an passé en tant que première ministre pour éteindre les ambitions trop bruyantes de son ministre de l'Intérieur.

En plus du transfuge de la droite, plusieurs figures de la macronie ont d'ores et déjà apporté leur soutien à la députée du Calvados. Ce jeudi, au micro de France Inter, la ministre Aurore Bergé s'est dite «aux côtés d'Élisabeth Borne pour mener cette campagne». Elle «aura tout mon soutien» , a-t-elle appuyé, car «je crois qu'on a besoin de cet esprit collectif, de cet esprit de rassemblement dont elle est capable». L'ancien ministre des Transports Clément Beaune - qui incarne l'aile gauche du camp Macron - s'est lui aussi rangé derrière sa candidature, mettant en avant son «expérience». «Une ancienne première ministre, une femme, élue d'une circonscription rurale, qui a gagné face au Rassemblement national, c'est un atout pour notre famille politique. Et, surtout c'est une bosseuse» , a poursuivi l'ex-député de Paris sur TF1. Faut-il y voir une «candidature anti-Attal» ? «Je ne crois pas», a-t-il balayé préférant parler de «différents talents complémentaires».

Dans les faits, de nombreux poids lourds du parti voient d'un très mauvais oeil l'ascension éclair de Gabriel Attal. Alors qu'Emmanuel Macron ne peut pas se représenter, le contrôle du parti devient un enjeu crucial dans la perspective de la désignation d'un candidat pour 2027. Bien consciente de l'ambition de son cadet, Élisabeth Borne enfonce le clou : «Le parti n'a pas vocation à être une écurie présidentielle. Il doit d'abord se concentrer sur la réflexion de fond et la mobilisation militante.» ML

L'Humanité
vendredi 23 août 2024 427 mots, p. 11

Les Écologistes à l'heure de la remobilisation

Lisa Guillemin

Après deux échéances électorales, les Verts se tournent vers le scrutin municipal. Mais la rentrée politique accaparera une grande partie de leur université d'été, débutée le 22 août.

D ogmatiques, déconnectés, pas assez ancrés dans les territoires... Quelques exemples d'idées reçues que les Écologistes veulent démentir lors de la 40e édition des journées d'été du parti. Elles se sont ouvertes jeudi 22 août à Tours, ville d'Indre-et-Loire dirigée depuis 2020 par l'écologiste Emmanuel Denis. Ce qui donnera « l'occasion de découvrir concrètement comment les équipes municipales écologistes changent la vie et la ville », avance Léa Balage El Mariky, députée et coorganisatrice de l'événement où 3 000 personnes sont attendues. Un record.

Un élan de « positivité » bien nécessaire après la débâcle subie aux européennes en juin, où le groupe écologiste à Strasbourg a fondu de moitié. « Ce n'est pas le moment de se regarder le nombril », évacue Léa Balage, qui préfère se concentrer sur « l'alternative heureuse » à proposer au pays lors de la prochaine échéance électorale : les municipales de 2026. Avec une ambition cruciale : s'implanter au-delà des rocades, alors que le parti souffre d'un manque d'implantation rurale.

« Le liant entre les différents partis »

Pourtant, il y travaille depuis au moins un an, comme en témoignait la tenue, en octobre 2023, de son « université des ruralités écologistes » : « Nous avons un enjeu extrêmement fort de réancrage partout dans le territoire, en inscrivant nos perspectives de transformation radicale de la société dans la vie des gens », reconnaît Charles Fournier, député de Tours. Un changement de méthode qu'avait déjà tenté de porter la secrétaire nationale Marine Tondelier en lançant les états généraux de son parti, l'an passé. Mais l'écologie serait-elle en train de perdre du terrain dans la bataille des idées ? Selon une étude du Cevipof portant sur les motivations de vote des électeurs aux législatives, « la protection de l'environnement » n'arrive qu'en sixième position, loin derrière le pouvoir d'achat, l'immigration et la sécurité.

Les Écologistes devront aussi s'atteler à apaiser les tensions internes ravivées par les européennes, alors que des voix réclamaient la tenue d'un congrès anticipé pour reconsidérer le mandat de Marine Tondelier. « Celles-ci se sont faites plus discrètes aujourd'hui », tempère Aminata Niakaté, porte-parole des Verts, car « Marine a été très motrice dans la réalisation de l'accord du Nouveau Front populaire. Elle a été le liant entre les différents partis ». Un meeting des différentes composantes du NFP, avec la candidate commune à Matignon Lucie Castets, s'est par exemple tenu jeudi soir. Malgré les bisbilles entre insoumis et socialistes, les Verts veulent être un trait d'union.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, vendredi 23 août 2024 595 mots, p. AUJM5
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23 août 2024 - Le Parisien

La rentrée particulière de Marine Le Pen

La cheffe de file du RN sera reçue lundi à l'Élysée avec Jordan Bardella dans le cadre des consultations d'Emmanuel Macron. Un retour anticipé avant un mois de septembre qui s'annonce chargé.

Quentin Laurent

Ceux qui la connaissent le rappellent souvent : l'été, Marine Le Pen « n'aime pas qu'on la dérange ». La patronne des députés Rassemblement national s'octroie toujours une large pause estivale et la grande famille frontiste est souvent la dernière à faire sa rentrée politique. La triple candidate à la présidentielle met le cap sur La Trinité (Morbihan), où sa famille a ses attaches. Rareté, cette année, elle y a croisé sa nièce, Marion Maréchal, qui a politiquement rompu avec Éric Zemmour après les européennes.

Mais les consultations lancées par Emmanuel Macron en vue de choisir un Premier ministre l'obligent à sortir de sa torpeur estivale. Comme tous les chefs de groupe parlementaire, la députée du Pas-de-Calais est conviée à l'Élysée, où elle se rendra lundi avec le président du RN, Jordan Bardella. Elle a déjà ressorti les griffes. « À quel titre Lucie Castets prétend-elle participer à la réunion de vendredi à l'Élysée [...] ? Elle est imposée par la coalition minoritaire du NFP », a-t-elle taclé sur X, dénonçant « un coup de force ».

Digérer l'échec

« Ces consultations, c'est de la com pour marquer la rentrée médiatique du président », maugrée un cadre RN. Pour envoyer un nouvel hôte à Matignon... dont le parti s'était un temps imaginé prendre possession. S'ils savent que leur avis ne comptera pas dans la nomination, Le Pen et Bardella pourraient pousser une de leur marotte : le recours aux référendums, arme utile dans un contexte d'Assemblée bloquée.

Cet été, pour Le Pen comme Bardella, il s'est agi de digérer cet échec, dû notamment aux polémiques liées à des candidats RN épinglés pour propos radicaux, parfois à connotation raciste, et à la résurgence d'un front républicain que beaucoup pensaient enterré. La direction du parti a confié une mission d'audit à l'eurodéputé Aleksandar Nikolic : un grand ménage dans les fédérations. « Je fais un point fédération par fédération, auprès des délégués départementaux », dit l'intéressé, refusant le terme « d'audit ». Mais avec en tête de trouver, partout, les personnalités pouvant être « à la hauteur du premier parti de France ». En ligne de mire, les municipales, si ce n'est d'éventuelles législatives anticipées dès juin 2025, que Marine Le Pen juge probables. « On a vu que le parti avait encore un gros problème côté ressources humaines », souffle un député RN.

Deux mois de procès

Les 126 députés élus en juillet - ils étaient 88 depuis 2022 - et les 30 eurodéputés se retrouveront pour un studieux séminaire de rentrée à l'Assemblée, les 14 et 15 septembre. « D'habitude, on bosse une demi-journée, ensuite on bronze et on boit des coups. Vu ce qui s'est passé cet été, ce n'est pas si mal que ça soit surtout du travail... », note un cadre. Pour la vraie rentrée politique, un meeting est prévu le 6 octobre à Nice, sans doute en présence du nouvel allié Éric Ciotti. Mais la principale épreuve de l'automne pour Marine Le Pen sera judiciaire.

Le 30 septembre s'ouvrira un procès de deux mois dans l'affaire des assistants parlementaires époque FN. Elle sera jugée pour « détournements de fonds publics » et « complicité », au côté d'une trentaine de personnes. Elle encourt jusqu'à cinq ans d'inéligibilité. Une ombre menaçante sur son ambition présidentielle.

Libération
vendredi 23 août 2024 803 mots, p. 3

AUTRE

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22 août 2024 - Libération (site web)

Pour Marine Tondelier, «il n'y a pas de plan B à Lucie Castets»

ANNE-SOPHIE LECHEVALLIER

AUTRE

La candidate du Nouveau Front populaire pour Matignon a été acclamée jeudi aux universités d'été des verts, à la veille de sa réception à l'Elysée.

I ls ne connaissaient pas Lucie Castets avant le 23 juillet, avant que son nom mette enfin le NFP d'accord et, aujourd'hui, ils l'acclament à chaque fois qu'il est prononcé. Les centaines de militants réunis pour les 40es journées d'été des Ecologistes à Tours (Indre-et- Loire) – 4 500 personnes sont attendues pendant ces trois jours – ont réservé un accueil enthousiaste à la «candidate» du Nouveau Front populaire (NFP) à Matignon pour son premier meeting, où interviennent aussi d'autres membres du NFP, comme le communiste Léon Deffontaines ou l'insoumise Aurélie Trouvé, des économistes, des personnalités associatives et syndicales. Le premier d'une série, puisqu'elle se rendra dans les prochains jours aux autres universités des partis du NFP.

Sur scène, Lucie Castets a rappelé pourquoi elle a accepté cette mission qu'elle qualifie d'«audacieuse» et non d'«impossible» : «Le 9 juin, j'ai eu peur, j'ai eu la trouille, j'ai pensé que l'extrême droite contre laquelle je milite depuis des années pouvait vraiment arriver au pouvoir. Alors j'ai dit oui.» Et de prévenir : «Je ne compte pas m'arrêter là.» Dans ce discours d'une dizaine de minutes, elle a insisté sur la bifurcation idéologique, qu'il est possible selon elle de concrétiser en faisant «sauter deux verrous, l'austérité et la justice sociale», sur les services publics, et sur un changement de méthode pour donner «le cap d'une France rassemblée, juste et solidaire».

Ironie. Quelques heures plus tôt, un journaliste lui lançait à la volée : «Que va-t-il se passer si vous n'êtes pas choisie ?» Lucie Castets avait tenté d'esquiver avant que Marine Tondelier, la secrétaire générale des Ecologistes, ne s'exclame : «Cela n'arrivera pas.» Et de repartir s'enfermer dans l'une des yourtes blanches installées sur l'île Balzac de cette ville passée écologiste en 2020. Sur sa porte en bois, une affiche placardée indique «Ne pas déranger».

C'est là que Lucie Castets a passé une bonne partie de l'après-midi, durant laquelle se sont succédé responsables et élus écologistes, qui, pour beaucoup, la rencontraient pour la première fois. Ils ont discuté des prochaines semaines, de la manière dont ils projetaient un gouvernement, de la stratégie à adopter vis-à-vis du budget, des textes à passer au Parlement… C'est dans cette yourte aussi qu'ont été faits les derniers réglages avant la rencontre du NFP avec Emmanuel Macron ce vendredi matin à l'Elysée, en vue de la nomination du prochain Premier ministre (lire ci-contre). Un rendezvous évoqué avec ironie par Marine Tondelier dans son discours du matin : «Je suis pressée d'être consultée par Emmanuel Macron demain, j'en attends énormément», a-t-elle dit, déclenchant les rires de l'assistance.

«Légitime». Cyrielle Châtelain sera aussi à l'Elysée, ce vendredi, parmi la douzaine de représentants du NFP. La députée à la tête du groupe Ecologiste et social à l'Assemblée, passé de 21 à 38 députés, considère que Lucie Castets «est la seule personne légitime, qui a quatre partis, quatre groupes parlementaires, qui la soutiennent. Elle est la seule à réunir autant de parlementaires». La députée Eva Sas juge, elle aussi, que «toute autre option sera moins légitime et a encore moins de chances de réunir la majorité». Marine Tondelier est persuadée que le NFP va à nouveau déjouer les pronostics. «N'oublions jamais à quel point à chaque étape de cette histoire on a essayé en face de nous faire croire que c'était peine perdue», a rappelé, dans son discours, la conseillère régionale des Hauts-de- France. «Maintenant, ils nous disent : “Oui, mais Lucie Castets ne sera jamais nommée”, “oui, mais leur entente, ça ne va pas durer”, “oui, mais quand bien même ils ne savent pas voter un budget”. Je leur réponds que c'est très simple, il n'y a pas de plan B à Lucie Castets. Il n'y a pas d'autre majorité plus large, de plus solide et de plus cohérente. […] On va le faire même si c'est compliqué.» Compliqué en effet, tant Macron ne semble pas envisager cette option. Mais comment, s'est interrogée Tondelier, «expliquer aux Françaises et aux Français à qui on a demandé de venir voter en urgence que huit semaines après le vote, on a le même Premier ministre, la même présidente de l'Assemblée nationale et qui sont tous les deux macronistes ?» Thomas Vacheron, un des secrétaires confédéraux de la CGT, intervenant au meeting, raconte qu'il sent l'agacement monter parmi les salariés. «La colère est présente, il lui faut un débouché progressiste. Nous réaffirmons l'indépendance syndicale vis-à-vis de tous les pouvoirs. Ce qui ne veut pas dire neutralité et nous continuerons à mettre une pression populaire pour nos revendications sur les salaires, sur l'abrogation de la réforme des retraites ou sur les services publics.» L'intersyndicale doit se réunir prochainement.

Le Figaro, no. 24882
Le Figaro Économie, vendredi 23 août 2024 665 mots, p. 21

Économie

Impôt participatif : comment l'État pourrait laisser les Français flécher l'argent de leurs contributions

Attal veut permettre au contribuable d'attribuer plus de moyens à une politique publique.

Ruiz Perez, Julie

Dans le « pacte d'action » envoyé aux présidents de groupe des partis représentés à l'Assemblée (hors Rassemblement national), le nouveau chef de file des députés Ensemble, Gabriel Attal, propose deux mesures pour « une démocratie revitalisée et une plus grande souveraineté populaire ».L'une d'entre elles est une proposition fiscale qui ouvre la porte à la « possibilité de flécher une partie de son impôt sur le revenu ou une contribution additionnelle sur une mission du budget de l'État librement choisie ». Un souci du « consentement à l'impôt » qui s'inscrit dans la ligne politique premier ministre démissionnaire.

L'an dernier, alors qu'il était encore ministre délégué au Budget, celui-ci avait mis en place une plateforme en ligne, « En avoir pour mes impôts » , qui permettait non seulement aux Français de connaître le prix des politiques publiques (10 986 euros par élève pour une année au lycée, 2 600 euros pour un accouchement, etc.), mais qui offrait aussi un volet consultatif, offrant la possibilité aux participants de donner leur avis sur les politiques publiques qui mériteraient plus de moyens.

Si le document envoyé par le chef du gouvernement ne donne pas plus de détails, il est probable que Gabriel Attal s'inspire des propositions en ce sens qui ont émergé - à droite comme à gauche - depuis des années au moment de voter le budget. Depuis 2021, par exemple, la députée socialiste et pilier de la commission des finances à l'Assemblée, Christine Pirès Beaune, soumet à chaque examen de projet de loi de finances un amendement qui vise à faire adopter l'idée d'un « budget participatif » à l'échelle du pays à partir d'une fraction des recettes de l'impôt sur le revenu.

Concrètement, « les personnes assujetties à l'impôt sur le revenu auront la possibilité d'affecter 5 % de l'impôt dû à une mission budgétaire. Ce choix devra se faire au moment de la déclaration de revenus, au printemps, le contribuable devra cocher la case du projet de son choix » ,détaille l'exposé des motifs de l'amendement déposé l'an dernier. Ce dernier avait finalement été rejeté, en raison notamment de l'opposition des députés macronistes en commission des finances.

À droite, l'idée mise en avant par Gabriel Attal pourrait en séduire certains. Avant de passer dans le camp de l'ancienne majorité, Éric Woerth, transfuge des Républicains (LR), avait défendu une mesure très similaire à celle ébauchée par la députée socialiste au nom du renforcement du consentement à l'impôt. D'autres, toujours à droite de l'échiquier, rejettent complètement l'idée. C'est le cas d'Éric Ciotti, président du parti LR et chef de file des élus ralliés au Rassemblement national, qui a pris position sur X (ex-Twitter). « Le but caché de l'impôt participatif de Gabriel Attal c'est une augmentation déguisée des impôts ! Il annonce « une contribution additionnelle sur une mission du budget de l'État librement choisie ». Au lieu d'inventer des usines à gaz fiscales, baissons massivement impôts et charges ! » ,s'exclame-t-il.

Certains mécanismes existants permettent déjà aux contribuables de financer les causes qui leur tiennent à coeur, en bénéficiant d'une réduction d'impôt. Aujourd'hui, si un contribuable choisit de faire un don à une association reconnue d'intérêt général par l'État, il peut prétendre à une réduction d'IFI (impôt sur la fortune immobilière) égale à 75 % du montant des dons dans la limite de 50 000 euros et à une réduction d'impôt sur le revenu égale à 66 % du montant versé, dans la limite de 20 % du revenu imposable. Cette réduction peut être plus importante pour certaines entités précises comme, par exemple, la Fondation du patrimoine. Au global, ces mécanismes fiscaux sont assez utilisés par les Français, qui sont une majorité à donner à des associations. En 2024, « la majorité des Français (55 %, stable versus 2023) et 83 % des hauts revenus (tendance en hausse de 3 points) ont déjà donné ou projettent de le faire en 2024 » , explique un rapport paru en mars dernier. J. R. P.

Le Monde
International, vendredi 23 août 2024 1082 mots, p. 6
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21 août 2024 - Le Monde (site web)

Reportage

Le président mexicain passe le flambeau à sa successeure

Andres Manuel Lopez Obrador et la présidente élue, Claudia Sheinbaum, ont sillonné ensemble, durant l’été, les 32 Etats mexicains

Laurence Cuvillier

Monterrey (Mexique) -envoyée spéciale - Sur l’esplanade des Héros de Monterrey, en plein cœur d’une ville prospère mais écrasée par la chaleur, les militants de Morena (le parti au pouvoir, de gauche) cherchent encore une nouvelle version de leur slogan favori, dimanche 18 août. Bientôt, « Es un honor estar con Obrador ! »(« C’est un honneur d’être aux côtés d’Obrador ! ») sera caduc. Leur président Andres Manuel Lopez Obrador (dit « AMLO ») a annoncé son retrait de la vie politique à la fin de son mandat, le 30 septembre. Mais la phrase est scandée depuis de si longues années qu’elle semble être devenue un ciment identitaire. Ce dimanche, quand Claudia Sheinbaum apparaît sur scène en sa compagnie, la présidente, élue le 2 juin avec plus de 59 % des voix, est acclamée chaleureusement : « Presidenta ! Presidenta ! » Faute de slogans plus élaborés pour l’instant, on redouble d’applaudissements.

Leurs équipes de communication appellent cela des « visites de travail », des « évaluations de programmes » ou des « inspections de terrain ». Mais les voyages de fin de semaine que le président sortant a organisés, depuis la mi-juin, en compagnie de sa successeure ressemblent bien plus à une tournée d’adieu pour l’un, et à un triomphal tour de piste inaugural pour l’autre.

Du débit lent qu’on lui connaît, « AMLO » se laisserait presque porter par un élan lyrique : « Merci à la science, à la nature, au créateur et au peuple !, lance-t-il, en référence aux nombreux galons académiques de la physicienne membre du GIEC qui le remplacera. Vous allez avoir une présidente docteure en sciences, vous vous rendez compte ? »A son tour, Sheinbaum passe aux louanges, sous les acclamations de l’assistance : « Jamais un président mexicain n’aura quitté ses fonctions porté par autant d’amour de son peuple ! » Cette tournée restera sans doute la plus longue fête de départ en retraite du Mexique.

Des événements publics taillés pour transférer la ferveur populaire d’une figure à l’autre. « Dire Claudia, c’est dire “AMLO” ; et dire “AMLO”, c’est dire Claudia ! », lance Idalia Trejo, une juriste de 55 ans venue « dire au revoir à[son] président ».

Voix critiques pas invitées

Claudia Sheinbaum ne prendra ses fonctions que le 1er octobre. Ce jour-là, son mentor quittera le pouvoir auréolé d’une cote de popularité dépassant les 80 % – un moteur à propulsion pour son successeur. Alors que l’amphitryon de l’événement, le gouverneur du Nuevo Leon, Samuel Garcia, du parti progressiste Mouvement citoyen, se fait siffler dès qu’il prend la parole, ou quand Sheinbaum le remercie sur scène pour son accueil. Il traîne, en effet, derrière lui plusieurs affaires de corruption. Mais la future cheffe de l’Etat, d’un ton calme et autoritaire, lève la main et intime : « Non, non ! Un applaudissement pour tous, s’il vous plaît ! »

Humberto Garcia, un chauffeur de taxi de 65 ans, agite sa poupée à l’effigie de « la presidenta »à chaque salve d’applaudissements. « Notre pays est stable, prospère, les gens ont confiance. Mais “AMLO” a été attaqué de toute part par l’opposition, et ils attaqueront encore plus Sheinbaum. Alors il est important qu’il l’accompagne, et que le peuple la connaisse, et lui transmette tout son soutien ! », estime-t-il.

L’euphorie postélectorale semble faire oublier que le Mexique compte par jour, en moyenne, 84 homicides et 29 disparitions forcées, et a vécu en 2024 une campagne électorale d’une rare violence, avec 36 candidats à des mandats locaux assassinés. Une insécurité endémique qu’ « AMLO » n’est pas parvenu à réduire significativement par sa politique controversée de « Abrazos, no balazos » (« des accolades, pas des fusillades »).

Les voix critiques sont absentes de l’événement. Elles n’ont simplement pas été invitées, comme le confirme Carlos de la Fuente, le leader du groupe des députés du Parti Action nationale (PAN, droite) du Nuevo Leon. « Il serait sain que le président sortant ait son propre processus de fin de mandat, et qu’il laisse [sa successeure] prendre ses propres initiatives. En apparaissant constamment avec elle sur scène, il l’oblige à prendre des engagements qui sont, en fait, les siens », juge le député.

L’opposition s’inquiète aussi de la situation hégémonique dans laquelle se retrouve de fait le parti au pouvoir. Avec les deux partis alliés – le Parti du travail (PT, social-démocrate) et les écologistes (PVEM) –, ils totalisent 74 % des sièges à la Chambre des députés. Cela leur permettrait de faire passer des réformes constitutionnelles qui ne pourraient être contrées que de justesse au Sénat, où l’alliance est à trois sièges de la majorité nécessaire des deux tiers pour les entériner.

« L’opposition va se convertir en simple spectatrice à l’Assemblée, regrette le député. On pourra toujours argumenter et élever la voix, mais ça ne servira pas à grand-chose. » Et de fait, « AMLO » avait proposé en février un paquet de réformes constitutionnelles, dont va hériter la nouvelle législature, qui fera sa rentrée le 1er septembre, avec une opposition presque réduite au rôle de passe-plateau. En haut de l’agenda, le très polémique projet de réforme judiciaire, qui propose entre autres que les juges et les magistrats soient élus par vote populaire. En cette fin de mois d’août, grèves et manifestations de magistrats et du personnel administratif des organes judiciaires se multiplient. Un cadeau de bienvenue épineux pour Sheinbaum.

« Traditionnellement, au Mexique, les trois premières années d’un président[sur les six que compte son mandat] sont très actives. C’est le moment où ils mettent en route de grandes réformes et prennent des initiatives d’envergure, analyse Enrique Gutierrez, politologue à l’Université ibéro-américaine. Les trois dernières années, ils réduisent la voilure. Il est très rare que le chef de l’exécutif entreprenne ainsi de grandes réformes dans les derniers mois de son mandat. Mais cette fois-ci, “AMLO” fait monter Sheinbaum dans un train en marche. »

L’expert en profite pour souligner le caractère exceptionnel de ce fondu enchaîné politique, étalé sur scène dans tous les Etats du pays : « Lopez Obrador restera dans l’histoire comme un président qui aura passé son mandat comme s’il était constamment en meeting de campagne. Il est très à l’aise dans ce genre d’événements. Il est resté un mobilisateur social. » On verra ce que Claudia Sheinbaum, d’un tempérament plus discret, fera de cette ferveur populaire dont elle hérite.

L'Humanité
vendredi 23 août 2024 531 mots, p. 11

Les insoumis face à la contestation de leur leadership

Maël Galisson

Désormais talonnée par le Parti socialiste à l'Assemblée, la France insoumise ne compte pas perdre la main, ni adoucir le programme du Nouveau Front populaire. Elle compte même continuer à accentuer la pression pour envoyer Lucie Castets à Matignon pour qu'elle l'applique.

E n cette fin d'été synonyme de rentrée politique, les insoumis ont décidé de donner de la voix. Avant leurs Amfis (universités d'été) à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), débutées lundi à huis clos, les dirigeants du mouvement, dont Jean-Luc Mélenchon, ont agité le débat public en menaçant Emmanuel Macron d'une destitution. Un coup de pression pour le contraindre à nommer Lucie Castets à Matignon. Une façon, aussi, de faire tourner les débats autour de leur parti, dont le leadership est contesté au sien du Nouveau Front populaire.

Aux élections européennes, la France insoumise a amélioré significativement son score, passant de 6,31 % des voix en 2019 à 9,9 % cette année, soit plus de 1 million de voix. Pas suffisant pour finir en tête à gauche puisque la liste PS-Place publique de Raphaël Glucksmann pointait alors à 13,8 %. Dans la foulée, les législatives anticipées ont continué de rebattre les cartes, bien que la FI ait, peu ou prou, conservé le même nombre d'élus (71, contre 75 en 2022). Désormais talonnés par le groupe PS, les insoumis ne sont plus aussi dominants.

« La FI n'a pas besoin de réaffirmer son leadership au sein de la gauche », estime toutefois le député Antoine Léaument, qui considère que « les élections européennes ont montré que nous sommes la première force de la gauche radicale ». Ce dernier reconnaît toutefois qu'il y a eu « un rééquilibrage à gauche », qui s'explique par « le choix de céder une centaine de circonscriptions » pour solidifier le barrage républicain. « Près de 500 nouveaux militants ont rejoint la FI à la suite de la dissolution », ajoute-t-il, preuve d'une « réelle dynamique ». Circuler, il n'y a rien à voir ?

La formation fondée par Jean-Luc Mélenchon reste pourtant au coeur des critiques, surtout venues de la droite de la gauche. À commencer par Raphaël Glucksmann, qui appelle « à tourner la page de Macron et de Mélenchon », dans un entretien au  Point. « Taper sur Mélenchon, c'est d'abord adopter le discours de la Macronie, mais c'est surtout remettre en question l'unité de la gauche construite sur un programme de rupture », balaie le député Éric Coquerel. Pour les insoumis, la priorité absolue de la rentrée reste de voir la candidate du NFP nommée à Matignon, pour qu'elle y applique le projet commun avec pour mantra « le programme, rien que le programme ».

Mais ils préparent aussi la rentrée parlementaire (au plus tard le 1er octobre) et le flot d'attaques sur le comportement de leurs députés au Palais Bourbon qui en découlera. Éric Coquerel en soupire d'avance : « Si on regarde objectivement ce qu'il se passe à l'Assemblée, ce qui dérange, ce n'est pas le fait qu'on ait quelques députés " remuants", c'est parce que nous tenons bon sur des questions de lutte contre le racisme ou de soutien au peuple palestinien. En vérité, c'est ça qui nous est reproché. » Persister et signer, pour les insoumis, le cap de la rentrée politique semble clair.

Le Figaro, no. 24882
Le Figaro Économie, vendredi 23 août 2024 933 mots, p. 24

Médias & Publicité

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23 août 2024 - Le Figaro (site web)

Bâtir une cité idéale, le rêve contrarié de magnats de la tech

Des figures du secteur ont acheté pour 1 milliard de dollars de terres en Californie afin de créer ex nihilo une ville nouvelle. Mais leur utopie se heurte à la réalité.

Woitier, Chloé

Rejoindre le comté de Solano depuis la Silicon Valley est un voyage en soi. Sous réserve que l'autoroute 101, dorsale routière traversant le coeur battant de la tech américaine, ne soit pas embouteillée, il faut compter une heure et demie d'un trajet alternant voies rapides, traversée de la baie de San Francisco par ses ponts mythiques et routes départementales pour enfin atteindre cette région rurale. Le décor change du tout au tout. L'urbanisme triomphant laisse place à des champs dans de vastes étendues semi-désertiques, glaciales l'hiver, étouffantes l'été. C'est ici, dans cette aride diagonale du vide entre capitale politique (Sacramento) et économique (San Francisco) du nord de la Californie, que des milliardaires de la tech ont jeté leur dévolu pour bâtir ex nihilo leur cité idéale de 400 000 habitants.

Pendant six ans, Reid Hoffman, fondateur de LinkedIn, l'incontournable figure du capital-risque Marc Andreessen, Laurene Powell Jobs (veuve de Steve Jobs) ou Patrick et John Collison, cofondateurs de la solution de paiements Stripe, ont ainsi apporté leurs capitaux pour racheter en toute discrétion plus de 200 km² de terres agricoles, soit deux fois la surface de Paris, pour 800 millions de dollars. Ils ont agi toutes ces années cachés derrière une mystérieuse société écran aux motivations inconnues, que le New York Timesfinira par démasquer à l'été 2023.

Oubliez le fantasme d'une ville futuriste robotisée, guidée par la data et l'intelligence artificielle. La vision du Tchèque Jan Sramek, 38 ans, ancien trader chez Goldman Sachs à l'origine de cette grande opération montée grâce à ses réseaux personnels dans la Silicon Valley, est bien plus terre à terre. «Tous les habitants vivront à moins de 10minutes à pied de rues commerçantes, et les enfants pourront aller tout seuls à l'école», clame celui qui a endossé le rôle de PDG du projet California Forever. Espaces verts, pistes cyclables, transports publics efficaces, immeubles bas, le tout alimenté par des énergies renouvelables avec un foncier accessible : California Forever est la transposition d'un écoquartier européen dans une région où le quotidien tourne autour de l'automobile.

Sur le papier, le projet a de quoi séduire. «Vivre dans la région de San Francisco n'est pas facile», rappelle le sociologue Olivier Alexandre, auteur du livre La Tech. Quand la Silicon Valley refait le monde (Seuil). Outre des loyers astronomiques qui ont fait exploser le nombre de sans-abri et de monstrueux embouteillages, «la ville est minée par la crise des opiacés, les écoles publiques sont de bas niveau et les bons établissements scolaires affichent complet». Le manque criant de logements, dû à des lois d'urbanisme votées il y a des décennies qui limitent sciemment la construction, est une problématique bien identifiée. California Forever pense s'épargner tous ces problèmes en bâtissant son utopie à partir de zéro.

Rancoeurs et oppositions politiques

Mais l'enthousiasme de Jan Sramek se heurte à l'incrédulité des acteurs locaux du comté de Solano. Est-ce bien sérieux de vouloir bâtir une métropole verte dans une région qui manque cruellement d'eau ? Combien cela va coûter et qui paiera pour la construction des infrastructures pour éclairer, chauffer, gérer les déchets et permettre à ces centaines de milliers d'habitants de circuler ? Les manières de California Forever ont aussi provoqué une forte défiance. Personne à Solano n'a oublié que cette société a traîné en justice des agriculteurs du coin qui refusaient de lui vendre leurs terres. Accusant ces derniers de s'entendre pour faire monter les enchères, elle leur réclamait 500 millions de dollars de dommages et intérêts. De quoi nourrir les rancoeurs et les oppositions politiques. «C'est un Disneyland de carton-pâte qui ne verra jamais le jour», cinglait l'an passé le député local John Garamendi.

Il faut dire que les magnats de la tech californienne ont oublié un détail majeur dans leur plan : la loi. Même s'ils sont propriétaires du sol, leur projet ne pourra voir le jour sans le feu vert des autorités (comté, État, agences fédérales...), ce qui signifie de très longues années d'études de faisabilité. Et un gigantesque obstacle se dresse devant leur ambition : une législation locale datant des années 1980 interdit tout développement urbain en dehors des villes déjà existantes du comté. Pour la faire tomber, California Forever doit remporter un référendum local. S'il échoue, son rêve s'arrêtera net.

L'organisme a donc sorti les grands moyens ces derniers mois pour tenter de gagner le coeur des électeurs avant le vote fixé à novembre 2024. Fonds de centaines de millions de dollars pour ouvrir des centres de soins, rénover les centres-villes, financer la formation des habitants au numérique, aider à l'accession à la propriété, créer 15 000 emplois bien rémunérés... Rien n'est trop beau pour vaincre les résistances de ce territoire délaissé. À ces promesses s'ajoute l'embauche de lobbyistes qui ont travaillé pour des figures politiques californiennes majeures.

Las. Annoncé perdant dans plusieurs sondages, California Forever a pris, fin juillet, la décision de décaler le référendum à 2026. «Jan Sramek a compris que son calendrier était irréaliste, indique le comté de Solano. Nous le mettons au défi. Montrez-nous comment vous apporterez de l'eau, comment vous résoudrez les problèmes de transports, et comment financer ces milliards de dollars d'infrastructures sans augmenter les impôts. Nous prendrons le temps qu'il faut pour prendre une décision éclairée.»Le député démocrate John Garamendi, lui, jubile : «L'usine à rêves California Forever a fermé ses portes pour de bon.» C.W.

Le Monde
International, vendredi 23 août 2024 133 mots, p. 2

L’Ukraine a voté pour rejoindre la CPI

Le Parlement ukrainien a voté, mercredi 21 août, pour que Kiev rejoigne la Cour pénale internationale (CPI), dans l’espoir de punir la Russie pour des crimes de guerre présumés, commis en Ukraine, ont annoncé plusieurs députés. Cette décision ouvrira « de plus grandes possibilités pour punir les Russes et renforcera l’isolement de la Russie », s’est félicitée, sur Facebook, la députée du parti présidentiel Ievguénia Kravtchouk. Selon elle, l’Ukraine a invoqué l’article 124 du statut de Rome, qui permet d’exempter, pendant sept ans, tout Ukrainien, civil comme militaire, de toute poursuite pour crimes de guerre par la CPI. La ratification de ce document soumis au Parlement par le président Volodymyr Zelensky fait partie des engagements de Kiev auprès de l’UE.

Le Monde
France, vendredi 23 août 2024 101 mots, p. 8

Borne candidate à la tête de Renaissance

Dans un entretien au Parisienmercredi 21 août, l’ex-première ministre a fait part de ses ambitions avec l’objectif de « rassembler de façon très large ». Son successeur à Matignon, Gabriel Attal, n’exclut pas aussi de mener campagne. « Il n’est pas d’usage d’être président de groupe en même temps que l’on dirige le parti », déclare la députée du Calvados, au sujet de M. Attal, qui préside le groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée. Renaissance doit élire son nouveau président lors d’un congrès avant le 30 novembre.

Le Figaro, no. 24882
Le Figaro, vendredi 23 août 2024 753 mots, p. 3

Politique

Après l'échec des européennes, l'écologiste Marine Tondelier a réussi sa remontada grâce au NFP

Lepelletier, Pierre

C'est Yannick Jadot qui le dit : «Tout va bien!» Assez rare pour être souligné dans un parti comme Les Écologistes qui a connu dans son histoire plus de montagnes russes que de calmes plats. Au mois de juillet, le parti au tournesol est même redevenu le parti politique préféré des Français, selon un sondage Odoxa réalisé avec Backbone pour LeFigaro. «Vous vous demandez bien ce que vous allez pouvoir raconter, hein?» , nargue une députée depuis Tours (Indre-et-Loire) où se tiennent les Journées d'été des Écologistes.

Même la météo est avec les Verts : un doux soleil domine la belle île Balzac, où ont poussé un peu partout des yourtes le temps de l'événement. Pour son discours d'introduction sous un grand dôme, jeudi matin, Marine Tondelier avait donc un sourire jusque-là. «C'est notre cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques à nous. Nous n'avons pas le même budget, donc il n'y aura ni Aya Nakamura ni garde républicaine» , a lancé la secrétaire nationale sous les rires du public.

La patronne des Écologistes sait qu'elle a marqué des points en interne. Après la dissolution, elle a émergé dans l'opinion pour ses mises en garde contre le risque d'un gouvernement RN, inspirée de son expérience d'élue locale d'opposition dans la municipalité mariniste d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Sur un banc en bois, verre de rosé à la main, l'ancien chef du parti David Cormand commente : «Son engagement contre le RN ne vient pas de nulle part. Contrairement à d'autres, elle ne répète pas des éléments de langage trouvés par une boîte de communication. C'était sincère, elle disait exactement ce que les gens avaient besoin d'entendre à ce moment-là» , souligne l'eurodéputé.

Marine Tondelier revient pourtant de loin. Aux européennes, la liste des Écologistes a frôlé le drame en ne recueillant que 5,5 % des voix. Un score au-dessous de la barre des 5 %, et les Verts français auraient disparu du Parlement européen. Une catastrophe pour la formation qui se veut la plus européenne de l'échiquier politique. La dissolution et la campagne express des législatives ont permis de faire oublier ce pire score depuis trente ans. Et à la secrétaire nationale de ne pas voir son mandat de chef de parti remis en cause. «Finalement, si Marine Tondelier a autant le sourire aujourd'hui, c'est grâce à Emmanuel Macron. Elle lui doit tout! Elle pourra le remercier à l'Élysée vendredi» , raille un bon connaisseur de la galaxie verte.

« Aucun plan B »

Lors de son discours d'introduction jeudi matin, Marine Tondelier a d'ailleurs fait le choix d'esquiver cette campagne manquée. Seulement, a-t-elle regretté, «le vent de face» qu'a rencontré l'écologie politique en aurait fait partout en Europe «un bouc émissaire». Elle a malgré tout remercié son ancienne tête de liste, Marie Toussaint : «Cette campagne a été dure. Merci à toi de ne pas avoir lâché l'affaire.» Un peu court pour certains, qui réclament toujours un vrai bilan.

«La réalité, c'est que personne ne veut reparler de cette campagne... Et vu le moment politique, rien ne nous y oblige» , balaie un cadre du parti. Un « apéro convivial » est bien organisé par Marie Toussaint vendredi pour «partager des analyses et des retours d'expérience»sur la campagne, mais la plupart des responsables écologistes expliquaient dès jeudi avoir déjà coché autre chose dans leur agenda à ce moment-là...

Marine Tondelier préfère, elle, regarder devant, à commencer par ce vendredi matin, à l'Élysée, où elle sera reçue par Emmanuel Macron avec les représentants du Nouveau Front populaire (NFP). Sur scène, jeudi, elle a répété qu'il n'existait «aucun planB» à la désignation à Matignon de leur représentante, Lucie Castets. Selon la porte-drapeau des Verts, aucune autre personnalité politique ne serait aujourd'hui en mesure d'avoir «une majorité plus large, plus solide, plus cohérente». Et il serait donc, pour Emmanuel Macron, le moment de reconnaître que la coalition de gauche a gagné les élections législatives. «Nous sommes face à l'incapacité d'un homme et d'un camp à savoir perdre. On dirait mon fils au Monopoly junior» , a-t-elle ironisé.

Quid de son avenir à elle ? Renforcée en interne après la campagne législative, la secrétaire nationale ne devrait pas être inquiétée au futur congrès du parti (la date n'est pas encore fixée). Si elle est désignée à Matignon, Lucie Castets assure avoir déjà réfléchi au poste que l'écologiste pourrait occuper dans son gouvernement. Des plans sur la comète ? «Ceux qui pensent que c'est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient» , répond Marine Tondelier. P.L.

La Croix, no. 43002
France, vendredi 23 août 2024 99 mots, p. 6
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22 août 2024 - Le Télégramme (Bretagne)

Politique Élisabeth Borne candidate à la tête du parti Renaissance

L’ancienne première ministre Elisabeth Borne a annoncé, dans un entretien au Parisien, sa candidature à la tête de Renaissance, le parti d’Emmanuel Macron, avec l’ambition de « rassembler de façon très large » pour « préserver l’unité de ce parti ». Renaissance, qui doit tenir un congrès avant la fin novembre, « n’a pas vocation à être une chapelle ou une écurie présidentielle », estime la députée du Calvados. Gabriel Attal, élu à la présidence du groupe à l’Assemblée, pourrait également vouloir s’emparer de la direction du parti.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Faits divers, vendredi 23 août 2024 764 mots, p. AUJM12
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23 août 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

En Isère, la CAF s'attaque aux trafiquants de drogue

Grâce à une convention entre le parquet de Grenoble et la Caisse d'allocations familiales locale, les dealers condamnés perdent leurs prestations sociales. L'initiative reste unique en France.

Catherine Gasté et Thomas Pueyo Correspondant À Grenoble (isère)

La chasse aux trafiquants de stupéfiants se mène jusque dans les fichiers de la Caisse d'allocations familiales. Cette initiative menée en Isère est une première en France. Une convention passée en décembre 2020 a permis de tisser une collaboration entre le parquet de Grenoble et la Caisse d'allocations familiales de l'Isère pour sanctionner tout dealer condamné.

Grâce à un partage d'informations, ce dispositif inédit porté et mis sur pied par le procureur de la République de Grenoble, Éric Vaillant, et la directrice de la CAF départementale, Florence Devynck, a permis à ce jour de supprimer ou de réduire les droits aux prestations sociales (allocations familiales, RSA, prime d'activité, aide au logement...) de 55 personnes. Motif théorique retenu : absence de déclaration des revenus perçus illégalement.

« Croiser les informations »

« Il n'y a pas de raison que les trafiquants gagnent sur les deux tableaux ! » martèle Éric Vaillant. Florence Devynck, directrice de la CAF, insiste de son côté sur le fait que « les prestations sociales que l'on verse doivent correspondre à la réalité ». « Si on veut éviter les fraudes, il faut travailler en synergie avec les autres services de l'État pour croiser les informations dont nous ne disposons pas. C'est ce que nous faisons grâce au Comité opérationnel départemental anti-fraude (Codaf), qui rassemble les organismes de protection sociale, les services de l'État, les services du parquet, la gendarmerie et la police. »

« On faisait déjà cela avec les impôts. L'idée est de faire la même chose avec la CAF et de réintégrer les revenus occultes dans le calcul des prestations indues. Lors d'une enquête sur un trafic, les enquêteurs regardent si la personne vit en couple, a des enfants... », détaille le procureur de Grenoble. L'info est croisée avec la CAF. Récemment, le tribunal correctionnel a condamné deux hommes pour un trafic qui durait depuis plusieurs années. Les gains illicites ont été estimés et leurs allocations recalculées. 3 000 € de pénalité leur ont été infligés en plus.

« Pour récupérer le trop-perçu, la CAF procède à des retenues sur prestations, complète Florence Devynck. Autre exemple : une allocataire sans activité et sans ressources percevait d'importantes sommes. Nous nous sommes rendu compte que son époux était connu de la justice. Nous avons communiqué ces informations au parquet et quelque 100 000 € ont été saisis à leur domicile. Le préjudice de la CAF s'élevait alors à 10 000 €. » Dans ce cas, la Caisse peut notifier une demande de remboursement des allocations indues. La Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) a désormais inscrit le dispositif grenoblois dans ses « bonnes pratiques » à destination des autres parquets de France.

Frilosité au niveau national

Cette idée de sanctionner toute personne condamnée pour trafic de drogue, notamment en l'excluant temporairement du bénéfice des aides sociales versées par la CAF, n'est pas nouvelle. En octobre 2011 une proposition de loi - qui n'a jamais vu le jour - avait été déposée à l'Assemblée nationale par la députée Fabienne Labrette-Ménager et une trentaine de collègues Républicains. Il s'agissait d'appliquer la perte automatique du droit aux prestations sociales à toute personne concernée (et ses ayants droit) pour une durée de six mois, et d'un an en cas de récidive.

En septembre 2023, c'est une proposition de loi déposée au Sénat par le Républicain Stéphane Le Rudulier qui visait l'ensemble de la cellule familiale, avec l'impossibilité « pour les responsables des mineurs trafiquants de bénéficier (ou de continuer de bénéficier) d'un logement social et des prestations familiales pour toute la durée de la peine ». La disposition est restée lettre morte faute d'avoir été inscrite dans un projet de loi (avec le soutien du gouvernement) et votée. Une frilosité que l'on retrouve, semble-t-il, parmi les autres CAF.

Pourquoi ne pas étendre systématiquement ce dispositif en s'inspirant de l'expérience menée en Isère ? Contactée, la direction nationale des Caisses d'allocations familiales (Cnaf) botte en touche, mettant en avant sa politique générale de lutte contre la fraude. Et de rétorquer : « Cette action avec le procureur (en Isère) n'en est qu'à ses débuts, les éléments étant en cours d'instruction à la CAF ». « Chaque territoire a une autonomie, chacun est libre de mettre en place les actions qu'il souhaite » nous glisse néanmoins une source, en reconnaissant à demi-mot le caractère sensible du sujet.

Le Monde
Le Monde des Livres, vendredi 23 août 2024 590 mots, p. LIV10
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23 août 2024 - Le Monde (site web)

Chroniques FIGURES LIBRES

Relire Maine de Biran, mort depuis 200 ans

ROGER-POLDROIT

Il appartient au club des célébrités délaissées. Maine de Biran (1766-1824) et sa quête philosophique et spirituelle ont suscité nombre de travaux, tous publiés chez Vrin, depuis Victor Delbos (1931) jusqu’à François Azouvi (1995), en passant par Henri Gouhier (1948), sans compter bien d’autres interprétations, notamment celle de Michel Henry (PUF, 1965). Son œuvre, monumentale (dix-huit volumes, sept mille pages), est depuis longtemps disponible en version papier et en version numérique, toujours chez Vrin (1984-2001).

Il n’empêche qu’on le lit peu. Et le bicentenaire de sa mort, le 20 juillet, n’a guère attiré l’attention. Il est vrai qu’entre crise politique et Jeux olympiques, les regards ne pouvaient se tourner vers ce philosophe, bien qu’il ait été un des rares penseurs de l’effort, et de l’effort musculaire en particulier, ainsi qu’une figure politique, conseiller d’Etat et député de la Dordogne. Une occasion de le redécouvrir s’offre aujourd’hui avec l’étude originale que lui consacre le théologien et philosophe Emmanuel Falque, directeur de recherche à la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris.

Il insiste sur le fait que Maine de Biran est un « cas », une figure inclassable, qui n’entre pas dans les catégories habituelles – et s’emploie activement à les récuser –, que ce soit dans son existence quotidienne ou dans l’élaboration de sa philosophie. Né à Bergerac, mort à Paris, fils de médecin, l’homme a toujours vécu dans les zones frontières de mondes dissemblables, entre Ancien Régime et Révolution, province et capitale, philosophie et sciences. Sa biographie semble marquée par une sorte de permanente « coïncidence des opposés » : ce penseur déroutant est un ermite et un mondain, un notable et un solitaire, un graphomane qui ne publie presque rien…

Philosophe du « sens intime »

La singularité de son cas se retrouve dans son œuvre, plus complexe et plus contemporaine qu’on ne le croit. Sans doute ses éditeurs successifs, à commencer, au XIXe siècle, par Victor Cousin, ont-ils contribué à forger les stéréotypes qui l’entourent : précurseur de la phénoménologie, philosophe du « sens intime » et de la subjectivité, inventeur de l’introspection comme voie royale vers le réel. Artisan du renouveau spiritualiste contre le sensualisme des Lumières, Maine de Biran oppose radicalement activité de la conscience et passivité du corps, volonté libre du moi et résistance du monde, et critique subtilement l’habitude, dont les enchaînements mécaniques viennent obscurcir la claire conscience de notre volonté souveraine.

L’intérêt de l’étude d’Emmanuel Falque est de montrer que l’œuvre ne se réduit pas à ces clichés. Il en met en lumière d’autres dimensions, conflictuelles et actuelles. Il discerne en effet, textes en main, une attention constante de Maine de Biran envers les expériences affectives où l’on perd jusqu’au sentiment de soi, où le moi s’éprouve « hors de lui », « étranger à lui-même ». Dans le sommeil, le délire ou l’aliénation mentale, le philosophe s’intéresse à la « suspension progressive de l’exercice du vouloir et de l’effort », à « l’obscuration et l’éclipse totale du moi ». En suivant cette exploration d’une vie d’où s’absente le sentiment de soi, et ses tribulations multiples au long du parcours intellectuel et spirituel de Maine de Biran, cet essai renouvelle l’approche de ce classique que menace l’oubli.

Le Figaro, no. 24882
Le Figaro, vendredi 23 août 2024 1188 mots, p. 5

International

À Koursk, les autorités russes se veulent rassurantes, mais les évacués craignent que les combats s'éternisent

Barluet, Alain

Les sirènes résonnent sur la grande place Lénine, au centre de Koursk, sans interrompre la circulation des voitures, ni la marche des passants. «C'est comme cela... dix ou même vingt fois par jour. Mais vous voyez que les gens réagissent calmement. Nos défenseurs combattent, les moyens de protection aérienne fonctionnent, nous avons toutes les installations nécessaires» , assure Igor Koutsak, 40 ans. Le maire de cette ville de 400 000 habitants est descendu en personne sur la vaste esplanade, accompagné d'une conseillère et d'un garde du corps, pour répondre à nos questions.

Voilà plus de deux semaines que les forces ukrainiennes ont pénétré par surprise dans cette région frontalière où les combats font toujours rage - une incursion étrangère inédite en Russie depuis la Seconde Guerre mondiale. C'est d'ailleurs aux environs de Koursk que s'est déroulée la plus grande bataille de chars de l'histoire, qui fut un des tournants du conflit. Dans ses propos, comme il se doit rassurants, le jeune édile ne manque pas d'y faire allusion : «Les habitants de Koursk sont des gens de fer, ils sont habitués à relever de tels défis, il est impossible de nous casser...»

À quelques centaines de mètres de là, pas de discours martiaux mais l'accablement, le désarroi et la sidération de ceux qui ont tout perdu en quelques heures. La guerre faisait rage à leur porte depuis deux ans et demi, mais c'est comme s'ils ne la voyaient pas. Le cirque de Koursk héberge l'un des quinze points d'aide humanitaire mis en place après le 6 août. Selon le gouverneur Alexeï Smirnov, quelque 133 000 personnes ont quitté les zones frontalières devant l'avancée des Ukrainiens. La plupart ont été évacués vers Koursk, où ils ont été accueillis dans des centres d'hébergement provisoires, par de la famille ou des amis.

La nuit du 5 au 6 août, Andreï, 34 ans, travaillait dans une entreprise céréalière du district de Soudja. Il raconte : «Le matin, je suis rentré chez moi. Il y avait des tirs d'obus mais j'espérais que cela s'arrêterait. Comme cela tirait fort, nous avons plié bagage et nous sommes partis dans un autre village. Là, nous avons reçu un coup de téléphone nous informant que les chars arrivaient à Soudja, alors nous avons pris deux voitures et nous sommes partis pour Koursk, avec ma femme, mon fils, ma belle-mère et la famille de mon frère ». Il n'a même pas pris la peine d'emporter son passeport. Son père, âgé, est resté sur place, et il est depuis sans nouvelle de lui.

Chaque jour, des centaines de familles font la queue devant le cirque pour s'enregistrer et obtenir de l'aide. La directrice, Natalia Leonova, est une figure locale, engagée de longue date dans l'action caritative, par ailleurs à la tête de la section régionale du mouvement des femmes de Russie unie, le parti présidentiel. Cette mère énergique de trois enfants nous entraîne dans les locaux du cirque où s'activent chaque jour entre cent cinquante et deux cents volontaires. Sous le chapiteau et dans les couloirs s'entassent des montagnes de denrées et de produits de première nécessité, sacs de farine, couches pour bébés, lait maternisé et bidons d'eau. La chaleur estivale, 37 °C, est accablante.

Un drame géré comme une catastrophe naturelle

Comme l'a expliqué le maire avec fierté, «l'aide vient de toutes les régions de notre grand pays, la Volga, le Caucase, la Transbaïkalie, Moscou, Saint-Pétersbourg, Donetsk, Lougansk, Kherson...».Même les grandes plateformes de ventes en ligne (Ozon, Avito...) ont annoncé jeudi une campagne de soutien en faveur de Koursk. La patronne du cirque, Natalia Leonova, ajoute que «la Crimée a envoyé un wagon entier de pommes, et la région de Pskov (nord-ouest de la Russie ,NDLR), dix tonnes d'oeufs frais...».Des familles ont été installées dans une aile du cirque où des chambres accueillent habituellement les artistes de passage.

«Au début, lorsque les gens arrivaient et que les enfants pleuraient, nous les emmenions voir les animaux du cirque et donner à manger à l'éléphant, cela les aidait à surmonter leur stress. Aujourd'hui, on a retiré les animaux pour faire de la place aux réfugiés» , explique Natalia Leonova. «Grâce au gouvernement régional, nous avons organisé des repas chauds. La responsable du théâtre pour jeune public s'occupe des enfants. Il y a également un psychologue, un prêtre, une salle de prière, nous ne manquons de rien...» , ajoute-t-elle.

Dans sa bouche, comme dans la plupart des témoignages, pas de «politique», pas de récriminations, pas d'interrogations sur les causes premières de ce drame humain, géré finalement comme une catastrophe naturelle, ainsi que les autorités en ont l'habitude dans ce pays régulièrement en proie aux incendies et aux inondations. «Les meilleurs traits du caractère russe, le soutien, l'assistance mutuelle, la compassion, sont en train de se manifester» , veut croire Roman Tcheked, député à la Douma régionale, qui fait les cent pas devant le cirque.

La solidarité est évidente, mais surtout que de détresse, où pointe parfois aussi une colère rentrée. La présence des journalistes français attise le ressentiment. «Comment osez-vous venir nous humilier?» , lâche cette femme en tournant les talons. On entend parler de soi-disant «mercenaires français» qui auraient franchi la frontière. Les récriminations fusent aussi contre la France, «qui fournit des armes» à l'ennemi. En ville, aucune présence militaire n'est particulièrement visible, mais il est notoire que la région fortifie ses lignes de défense. Là encore, on ne parle pas de guerre mais de «régime antiterroriste...».

Une babouchka aux cheveux très blancs fouille dans le tas de vêtements apportés par les habitants de Koursk devant le cirque . «Nous sommes arrivés les pieds nus» , dit-elle. Un homme approche, déballe son dépit, d'une phrase, et disparaît : «Il faudrait quand même savoir comment ils ont pu rentrer si facilement ! »

À la question : « Quand espérez-vous pouvoir rentrer chez vous ? » ,Andreï répond : «Dieu seul le sait. Tant que les Allemands(c'est le mot qu'il utilise) n'auront pas été chassés et détruits, il ne sera guère possible de rentrer. Je pense que cela prendra beaucoup de temps.» Une attente que beaucoup évaluent, a priori, en termes de mois. On s'inquiète pour les animaux, laissés sur place et dont personne ne s'occupe plus. «Et puis il est temps de récolter les tomates, les concombres et les pommes de terre dans le potager» ,se lamente Kolya, un homme âgé dont les yeux se voilent. Lui aussi est du district de Soudja.

Sous un soleil de plomb, on se préoccupe déjà de récupérer dans les cartons d'aide les habits chauds pour l'hiver. Bientôt la rentrée des classes. Sergueï, directeur de l'école no 1 de Soudja, qu'il a quitté le 6 août en fin de journée, pense sans cesse à ses 500 élèves. «Nous allons organiser le travail en ligne mais l'enseignement va souffrir» , déplore-t-il, ajoutant avoir conscience que tout cela risque de durer. Selon le maire, Igor Koutsak, «plus vite nous reviendrons à la vie normale, plus facile ce sera pour nous tous». À l'entendre, la perspective reste toute tracée : «Nous aspirons tous à une seule chose: notre victoire...» A. B. (envoyé spécial à koursk)

L'Humanité
vendredi 23 août 2024 120 mots, p. 7

Safi Said

Vadim Kamenka

À quelques semaines de la présidentielle, le journaliste et opposant tunisien a été incarcéré durant deux jours pour franchissement illégal de la frontière vers un pays voisin, l'Algérie. L'ancien député Safi Saïd, 70 ans, qui a voulu se présenter à l'élection du 6 octobre, a été condamné en juin à quatre mois de détention pour avoir falsifié des parrainages lors de sa candidature en 2014. Une répression des autorités tunisiennes qui a conduit à évincer ou emprisonner au moins huit prétendants à la présidentielle, a condamné Human Rights Watch. Pour l'ONG, « le gouvernement devrait immédiatement cesser ses ingérences politiques dans le processus électoral ». La commission électorale n'a approuvé que trois candidatures, dont celle du président sortant, Kaïs Saïed.

Le Monde
France, vendredi 23 août 2024 1007 mots, p. 8
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21 août 2024 - Le Monde (site web)
22 août 2024 - La Matinale du Monde

L’union du NFP face à Macron divise le PS

Le choix d’arriver ensemble et avec Lucie Castets à l’Elysée ravive les tensions entre les courants socialistes

Sandrine Cassini

Désignée en juillet première ministre potentielle par le Nouveau Front populaire (NFP), Lucie Castets va enfin rencontrer Emmanuel Macron. Vendredi 23 août à l’Elysée, la directrice financière de la Mairie de Paris, ni élue ni cheffe de parti, sera au cœur des discussions avec le président de la République. Telle est la volonté des présidents de groupe et de parti du NFP qui seront à ses côtés. « On va laisser Lucie Castets s’exprimer et nous représenter, et dire les mesures à mettre en œuvre rapidement », explique le chef de file des communistes, Fabien Roussel.

A l’Elysée, on prend soin de préciser que la candidate à Matignon n’a pas été spécifiquement conviée, mais qu’elle sera reçue « dans un esprit constructif, républicain et d’ouverture ».Ce rendez-vous est le premier d’une série de rencontres d’Emmanuel Macron avec les chefs de parti et de groupe parlementaire, qui doivent lui permettre de nommer un successeur à Gabriel Attal.

Discussions informelles

La secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, ne se fait guère d’illusions sur la capacité d’écoute du chef de l’Etat. « Ces consultations se sont toujours présentées comme des grands exercices de communication », relativise celle qui était déjà présente aux rencontres de Saint-Denis de 2023, censées faire émerger un compromis politique, ou en mars à l’Elysée, pour évoquer la guerre en Ukraine. Le NFP a choisi de jouer le jeu, de voir un signal positif dans le fait d’être reçu en premier et de ne pas écouter l’Elysée, qui répète sur tous les tons que Lucie Castets ne sera pas choisie. « Je pense qu’Emmanuel Macron n’a pas de meilleur plan. Notre majorité, c’est la plus cohérente et la plus solide », poursuit Marine Tondelier.

Lucie Castets, elle, tente de donner des gages au président de la République. « Nous dirons que nous sommes prêts à travailler, que nous sommes sérieux et ensemble », a-t-elle expliqué mardi 20 août à Libération, en se disant prête à « faire des pas vers les autres ». Un chemin de compromis que La France insoumise (LFI) semble peu disposée à emprunter. Sur France Inter mercredi 21 août, sa présidente à l’Assemblée, Mathilde Panot, a répété vouloir respecter « la parole donnée aux électeurs autour[du] programme ».

Cet été, les partis de gauche ont organisé des « réunions régulières », et adressé le 12 août une lettre aux chefs de groupe de l’Assemblée et du Sénat, en leur proposant une nouvelle méthode de travail plus collaborative, dont le partage de l’ordre du jour parlementaire par exemple. En parallèle, certains socialistes ont entamé des discussions informelles avec l’aile gauche du camp présidentiel.

En attendant, le NFP a choisi de mettre ses querelles de côté, et de ne plus évoquer la tribune surprise des « insoumis » menaçant Emmanuel Macron de destitution. Au Parti socialiste (PS), le coup de force a laissé des traces. Les deux courants minoritaires anti-Mélenchon, conduits par la maire de Vaulx-en-Velin (métropole de Lyon), Hélène Geoffroy, proche de François Hollande, et par l’édile de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, soutenu par la maire de Paris, Anne Hidalgo, et Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, ont demandé la tenue d’un bureau national au premier secrétaire, Olivier Faure. Et ce, avant le 23 août, afin de décider s’il fallait maintenir un rendez-vous commun et quelle serait la position du PS si Emmanuel Macron ne nommait pas Lucie Castets.A la place, Olivier Faure leur a proposé une réunion en petit comité. Une option qu’ils ont repoussée.

Qu’il s’agisse de ballons d’essai ou de leurres envoyés par l’Elysée, les noms de l’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve (sous François Hollande) et du maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, qui circulent pour Matignon, alimentent les divisions au PS, entre les partisans d’Olivier Faure, qui craignent les procès en trahison de la part de LFI, et les opposants de Mélenchon, qui y voient des solutions intéressantes. Quelle que soit la personnalité choisie, LFI choisirait la défiance, et les Verts s’inscriraient « dans l’opposition », explique la présidente du groupe, Cyrielle Chatelain. Seul Fabien Roussel « jugerait sur pièce », car le Parti communiste français « n’est pas dogmatique ».

« On ne va quand même pas nous pousser à dire du mal de Bouamrane ou de Cazeneuve. Ne tombons pas dans ce piège, mais ils ne sont pas le choix du NFP », se désole Luc Broussy, ancien président du conseil national du PS et proche d’Olivier Faure, qui regrette le « jeu tactique de Macron » destiné à mettre le parti à la rose « en difficulté ». « La question ne se pose pas en ces termes. C’est celle du “quoi” qui importe », évacue le député socialiste du Calvados Arthur Delaporte.

Karim Bouamrane se place

« Si c’est une personnalité de gauche, c’est de bon augure par rapport au respect des électeurs », rétorque l’adjointe à la maire de Paris Lamia El Aaraje, opposée au premier secrétaire. Elle pense qu’il « ne peut y avoir d’alliance avec des gens qui sèment le chaos ». « Je préfère un homme ou une femme de gauche, plutôt que la droite », lance le sénateur Rachid Temal (Val-d’Oise), du courant de François Hollande.

L’habile entretien accordé par Karim Bouamrane à La Voix du Nord, mercredi 21 août, ne leur facilite pas les choses. Tout en soutenant la candidature de Lucie Castets, le fringant quinquagénaire se montre ouvert à une éventuelle proposition d’Emmanuel Macron. Avant d’accepter, il se « retournerait vers sa famille politique », afin de « disposer d’une dynamique ». Et si les mesures de gauche devaient « être prioritaires », il proposerait de bâtir un gouvernement « représentatif des formations républicaines » , à l’inverse de Lucie Castets, qui limiterait un exécutif au NFP. Ce langage pourrait sonner doux aux oreilles du chef de l’Etat, toujours hésitant six semaines après les législatives.

Le Monde
France, vendredi 23 août 2024 932 mots, p. 9
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18 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

A l’Assemblée, la parité a reculé depuis les législatives anticipées

Moins de femmes investies, encore moins d’élues. Les députés issus des élections de juillet sont à 64 % des hommes. Une curiosité française

Juliette Guéron-Gabrielle

Le nombre de femmes à l’Assemblée nationale diminue. Encore. Seulement 208 vont siéger à l’issue des élections législatives de juillet, soit 36 % des députés. Elles étaient 215 en 2022, et 224 en 2017. Cette baisse est une curiosité par rapport aux Parlements des autres pays, où les effectifs se féminisent.

Les partis la justifient par « l’urgence » d’une campagne éclair. Difficile de trouver autant de femmes que d’hommes « avec des investitures à décider en quarante-huit heures » , tente d’expliquer Kévin Pfeffer, le trésorier du Rassemblement national (RN).

« Quand une élection est perçue à très fort enjeu, les partis ont tendance à investir moins de femmes candidates, à l’exception de ceux qui sont engagés pour la parité depuis leur création comme les Verts », analyse Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS et autrice d’un Que sais-je ? sur le sujet (La parité, PUF, 2008). Les formations politiques choisissent plutôt de reconduire leurs députés sortants. Les femmes sont également moins représentées dans les commissions d’investiture des partis. Une dynamique d’entre-soi masculin peut par conséquent se créer, où des hommes investissent d’autres hommes.

La France a longtemps été un cancre de la parité. Les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1944. Elles ont quasiment disparu de l’Assemblée nationale pendant les mandats du général de Gaulle. Les lois « parité » des années 2000 ont contribué à améliorer la situation, en introduisant par exemple des retenues de subventions publiques pour les partis investissant trop peu de femmes lors des élections législatives.

Circonscriptions ingagnables

Reste un imaginaire « viriliste »du pouvoir, selon Sandrine Lévêque, professeure de science politique à l’université de Lille et autrice avec Catherine Achin de Femmes en politique (La Découverte, 2006). « Le rôle de député s’est imaginé sous la IIIe République, alors que les femmes étaient exclues. »Sont valorisées des qualités vues comme masculines : « La compétence technique, parler fort, s’imposer. »Imaginaire dont se saisit le président de la République, Emmanuel Macron, avec des photos à la salle de sport et un entourage de conseillers très masculin.

Il y a néanmoins une forte différence entre les partis. La France insoumise a choisi des candidats de manière strictement paritaire aux législatives de juillet, quand Les Républicains n’ont investi que 32,8 % de femmes, et Eric Ciotti… 17,5 %. La coalition présidentielle a désigné 6,3 % de femmes en moins aux législatives de 2024 qu’à celles de 2017.

Ces écarts s’expliquent par leurs histoires et idéologies, mais aussi par leurs ancrages locaux. « Quand on a un parti de notables, c’est-à-dire d’élus très implantés localement, les candidats sont plutôt des hommes », avance Sandrine Lévêque. Difficile pour ces mouvements de renouveler leurs candidats. Les figures historiques de la scène locale, souvent des hommes, sont réinvesties.

Les femmes ont par ailleurs beaucoup été investies dans des circonscriptions où elles avaient peu de chances de gagner. Notamment au RN, avec par exemple quinze à Paris, pour seulement deux hommes. Autant de défaites assurées. L’histoire se répète à travers la France. Résultat, 47,2 % de femmes investies, mais seulement 35,6 % d’élues. Soit presque aussi peu que le groupe parlementaire des Républicains (26,7 %), alors que la formation d’extrême droite avait investi 15 % de plus de femmes que celui-ci.

Cet écart important entre le nombre de candidates et le nombre d’élues se retrouve aussi du côté de la coalition présidentielle : respectivement 43,6 % et 33 %. Le RN et Ensemble échappent ainsi aux importantes retenues de subventions publiques prévues par la loi en cas d’investitures non paritaires, tout en menant des troupes fortement masculines au Palais-Bourbon.

Du côté de la répartition des postes-clés de l’Assemblée nationale, « un effort de parité a été fait », juge Sandrine Lévêque : Yaël Braun-Pivet, première femme à la présider, a été réélue au perchoir ; le bureau, composé de douze secrétaires, trois questeurs et six vice-présidents, sera composé à 62 % de femmes.

Un scrutin de liste ?

Des logiques genrées ont néanmoins prévalu dans la distribution des présidences des commissions. Les hommes sont aux finances, à la défense, aux affaires étrangères et économiques, ainsi qu’à la commission des lois ; les femmes sont au développement durable et à l’éducation. La présidence des commissions échappe aux députées, sauf lorsqu’il s’agit de thèmes traditionnellement construits comme féminins (l’enfance, l’environnement). Une exception : un homme présidera la commission des affaires sociales.

Face à une parité en berne au Parlement, faudrait-il changer les lois ? « On a vu qu’augmenter les pénalités des partis pour non-respect de la parité avait été efficace », avance Sandrine Lévêque. En 2014, la proportion d’aide retirée aux formations investissant des candidats à la députation de manière non paritaire avait été doublée. La part de femmes à l’Assemblée nationale était alors passée de 27 % à 39 % aux élections suivantes. Un record jamais égalé depuis. Pour féminiser le Palais-Bourbon, les législateurs pourraient augmenter la retenue de subventions publiques prévue. Ou bien les partis pourraient instaurer une gouvernance paritaire dans leurs statuts.

Autre piste, les législatives pourraient se transformer en scrutin de liste, comme pour les européennes, plutôt qu’en élection uninominale à deux tours : ce type de scrutin possède une obligation de parité, puisque les listes doivent présenter une alternance de noms féminins et masculins pour être déclarées recevables. Résultat, la France envoie 49,6 % d’eurodéputées à Bruxelles.

L'Humanité
jeudi 22 août 2024 1495 mots, p. 6

(Page6) Ceux avec qui Macron veut contourner la gauche

Maël Galisson

Exécutif Depuis plusieurs semaines, quelques noms de potentiels premiers ministrables reviennent comme Bernard Cazeneuve ou Xavier Bertrand. Le chef de l'État cherche un profil lui permettant d'éviter de reconnaître sa défaite.

Lucie Castets a « hâte que la cohabitation commence », mais pas Emmanuel Macron. C'est pourquoi le président de la République tente tout pour contourner la candidate du Nouveau Front populaire. Quitte à faire fi de la réalité politique issue des résultats électoraux.

Le chef de l'État, qui considère que « personne n'a gagné les élections », mûrit son plan depuis près de sept semaines. Qui pour remplacer Gabriel Attal ? Le bout du tunnel serait proche, en témoigne la convocation à l'Élysée, ce vendredi 23 août, des chefs de partis et des présidents de groupes parlementaires. La nomination du prochain premier ministre « interviendra dans le prolongement des consultations et de leurs conclusions ». Mais comme la nature (médiatique) a horreur du vide, les rumeurs vont bon train. Ballon d'essai ou leurre, le mystère reste épais. Une chose semble actée : Emmanuel Macron ne veut pas que le futur chef de gouvernement bouleverse sa politique économique.

Alors, à l'Élysée, on s'active pour brouiller les pistes et, au passage, tenter de fissurer l'unité de la gauche. On fouille dans les carnets d'adresses et on ressort des vieilleries héritées du chiraquisme ou de la Hollandie : Michel Barnier, ancien ministre des Affaires étrangères de Jean-Pierre Raffarin (lui-même évoqué), Xavier Bertrand, quatre fois ministre entre 2004 et 2012, ou encore Bernard Cazeneuve, l'ex-premier ministre de François Hollande. Des profils régulièrement cités ces dernières années à chaque remaniement.

Mais la liste s'est allongée, y compris avec des noms improbables comme celui du maire LR de La Baule (Loire-Atlantique), Franck Louvrier. D'autres émergent de manière savamment pilotée, comme celui du maire PS de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Karim Bouamrane. L'Humanité passe en revue les profils des principaux candidats. Ceux qui semblent aujourd'hui les plus crédibles.

Bernard Cazeneuve, le cheval de Troie anti-NFP

C'est le caillou dans la chaussure du NFP qui vient fragiliser sa candidate, Lucie Castets, comme le PS, son ancienne maison. Depuis plusieurs semaines, le nom de Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre socialiste d'un François Hollande en bout de course et ex-maire de Cherbourg (Manche), circule.

Officiellement, il ne serait pas demandeur mais indique « être préoccupé que le pays ne bascule pas dans le déclassement ou dans l'ingouvernabilité ». Si elle séduit une partie du PS, dont bon nombre d'éléphants, l'idée fait frémir le NFP. L'insoumis Paul Vannier verrait dans sa nomination une « trahison totale des millions d'électeurs qui n'ont jamais voté pour un retour aux années Hollande ». Même son de cloche chez les communistes, qui défendent Lucie Castets plutôt qu'un « socialiste en rupture de ban », qui appliquerait « la même politique que celle portée depuis sept ans », d'après les mots du porte-parole et sénateur Ian Brossat. Bernard Cazeneuve n'est pas non plus une solution pour les écologistes, ne serait-ce que pour sa « gestion catastrophique du dossier Sivens » marquée par la mort du militant écologiste, en 2014. Il était alors ministre de l'Intérieur.

C'est d'ailleurs lors de son passage Place Beauvau qu'a été adoptée la loi « Sécurité publique », laquelle permet à la police d'ouvrir le feu sur un automobiliste en cas de refus d'obtempérer lors d'un contrôle routier. Ou encore qu'ont été mises en place les assignations à résidence d'activistes écologistes pendant la COP21 en 2015.

Foncièrement hostile à la Nupes comme au NFP, cet anti-insoumis assumé a quitté le PS pour fonder La Convention, avec quelques caciques de l'aile sociale-libérale du parti à la rose.

Xavier Bertrand, la prétendue « droite sociale »

Il serait « prêt à relever le défi » de Matignon, d'après l'un de ses proches cité dans le Figaro. Même si l'actuel président LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, est loin de faire l'unanimité dans son propre camp, lui qui entretiendrait des relations exécrables avec Laurent Wauquiez, président du groupe à l'Assemblée aux ambitions présidentielles assumées. L'ancien maire de Saint-Quentin (Aisne) se trouve pourtant au barycentre d'une union entre Macronie et droite traditionnelle.

Ancien agent d'assurance chez Swiss Life, l'ex-député de l'Aisne peine à camoufler son opposition de façade avec le chef de l'État. Sur le fond, ils sont en réalité très proches. Xavier Bertrand, 59 ans et partisan d'une droite qui n'a de « social » que le nom, fut un fervent défenseur du traité sur la constitution européenne de 2005 et, comme ministre du Travail entre 2007 et 2008, celui qui a porté le projet de réforme des régimes spéciaux de retraite.

Proche des chasseurs, son arrivée en 2015 à la tête de la région des Hauts-de-France coïncide avec une baisse drastique des subventions destinées aux associations environnementalistes. Mais son opposition sincère au RN, dans un territoire où se développe l'extrême droite, lui permet de ne pas être totalement honni de la gauche. Voilà qui pourrait plaire à Emmanuel Macron.

Karim Bouamrane, l'opportuniste macron-compatible

Ballon d'essai ou de baudruche ? En l'espace de quelques jours, le maire PS de Saint-Ouen depuis 2020, Karim Bouamrane, 51 ans, s'est fait un nom à l'échelle nationale.

Ex-porte-parole du PS de Jean-Christophe Cambadélis, l'ancien soutien de Manuel Valls lors de la primaire socialiste de 2017 plaît à l'aile sociale-libérale du parti, jusqu'à séduire une partie de la Macronie. Le baron noir du PS, Julien Dray, voit en lui « la relève de la gauche » ; l'ancien conseiller en communication de François Hollande, Gaspard Gantzer, considère qu'il a « clairement le profil pour l'Élysée », quand l'ex-député LaREM de Paris, Clément Beaune, salue sa volonté de construire une coalition.

Rassembleur, Karim Bouamrane ne l'a pas toujours été. L'ancien adhérent du Parti communiste, à peine élu, en 2008, conseiller municipal sur une liste du PCF, a saisi la première opportunité pour rallier le PS. En 2014, la liste PS/EELV qu'il mène lors des élections municipales divise la gauche et permet à l'UDI William Delannoy de remporter la mairie communiste depuis 1945. Lors des législatives de 2017, il refuse d'appeler à voter pour le candidat FI, Éric Coquerel, dans son duel face au macroniste Sébastien Ménard.

Spécialiste des questions de cybersécurité, cet ancien entrepreneur de la Silicon Valley rêve de faire de sa commune une « start-up nation du 93 ». Son penchant sécuritaire le pousse aussi à augmenter les effectifs de police dans sa ville, où il a instauré un couvre-feu pour les mineurs.

Valérie Pécresse, la naufragée de 2022

Valérie Pécresse surfe sur l'embellie née des jeux Olympiques. « Il y a trois ans, la maire de Paris, la présidente de la région Île-de-France et moi nous étions en compétition les uns contre les autres pour l'élection présidentielle, loue Emmanuel Macron à son sujet dans un entretien à l'Équipe publié le soir de la clôture. Et pourtant, on a travaillé ensemble et je les en remercie. » L'idylle pourrait continuer avec le chef de l'État.

L'époque de son inimitié avec le camp présidentiel semble loin. Pendant d'un remaniement lors de son premier mandat, le président de la République se refusait alors à l'idée de nommer Valérie Pécresse à Matignon, estimant « ne pas avoir confiance en elle ». Aujourd'hui, la Macronie loue les qualités de l'ancienne députée des Yvelines, décrite comme « remarquable de pragmatisme » et « d'intelligence » par la secrétaire d'État démissionnaire, Sabrina Agresti-Roubache.

Présente dans les cortèges de la Manif pour tous en 2013, opposée à la PMA et à la GPA, Valérie Pécresse, 57 ans, reste sur un échec cuisant lors de la dernière présidentielle, où elle n'a recueilli que 4,78 % des voix, soit le plus faible score de la droite.

Lors de cette campagne, l'ex-ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche de François Fillon défendait une ligne ultralibérale, réclamant « la retraite à 65 ans, la dégressivité des allocations-chômage et une grande réforme visant à diminuer la pression fiscale ».

Michel Barnier, l'éternel candidat à Matignon

Un CV long comme le bras. Ministre de l'Environnement, des Affaires étrangères, de l'Agriculture, commissaire européen, sénateur, député, eurodéputé, président de conseil départemental... Michel Barnier a cinquante années de vie politique au service de la droite derrière lui. Mais il lui manque Matignon, poste qui l'intéresse, d'après l'Opinion.

À la différence de Xavier Bertrand, l'ancien négociateur de l'Union européenne pour le Brexit entretient de bonnes relations avec Laurent Wauquiez. Un atout qui pourrait se révéler déterminant, vu les équilibres au sein de l'Assemblée, pour conclure un pacte de gouvernement.

En juin, ce poids lourd de la droite qualifiait la décision d'Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée nationale de « pari très risqué ». Mais l'expérience, en France et à l'échelle européenne, et le CV de l'ancien député de Savoie jouent pourtant en sa faveur.

Celui qui se définit comme « un libéral ne croyant pas à l'autorégulation des marchés » a porté la campagne en faveur du traité de constitution européenne en 2005. La victoire du « non » lors de ce référendum ne l'empêchera pas, deux ans plus tard, de faire partie de l'équipe des rédacteurs du traité de Lisbonne. Lors de la campagne des primaires LR de 2021, où il a fini en troisième place, il a porté la même ligne libérale.

Le Monde
International, jeudi 22 août 2024 1222 mots, p. 4
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21 août 2024 - La Matinale du Monde

L’Eglise orthodoxe prorusse bientôt bannie d’Ukraine

Le Parlement ukrainien a approuvé mardi une loi interdisant les organisations religieuses liées à la Russie

Emmanuel Grynszpan

La recherche d’une « souveraineté spirituelle » en temps de guerre conduit l’Ukraine à dissoudre un clergé orthodoxe sous emprise russe. Le Parlement ukrainien a approuvé, mardi 20 août, une loi interdisant les organisations religieuses liées à la Russie, ouvrant ainsi la voie à une interdiction complète des activités de l’Eglise orthodoxe affiliée à Moscou sur son territoire. Quelque 265 législateurs de la Verkhovna Rada ont voté, mardi matin, en faveur de la loi en seconde et dernière lecture, soit une nette majorité sur un total de 450 députés. Vingt-neuf législateurs ont voté contre la loi, le reste s’est soit abstenu soit était absent de l’hémicycle.

Pour être appliquée dans trente jours, la loi doit encore être promulguée par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Ce qui ne fait guère de doute, car ce dernier a salué sur Telegram quelques heures après le vote « le travail de la Verkhovna Rada. La loi sur notre indépendance spirituelle a été adoptée. Nous en avions parlé avec les membres du Conseil des Eglises et des organisations religieuses. Je m’entretiendrai avec des représentants du patriarche œcuménique [de Constantinople] Bartholomée. Nous continuerons à renforcer l’Ukraine et notre société », a-t-il déclaré.

Collaboration avec le FSB

Les autorités ukrainiennes affichent une hostilité croissante depuis 2014 envers le clergé de l’Eglise orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou (connu sous le sigle ukrainien « UPC MP »), affirmant que cette dernière influence sa population dans les intérêts du Kremlin. Kiev lui préfère un autre clergé orthodoxe (connu sous le sigle ukrainien « PCU ») formé en 2018 et qui a obtenu l’année suivante – au grand dam de Moscou – le statut d’Eglise autocéphale des mains du patriarche de Constantinople.

L’UPC MP est accusé par Kiev d’être un relais de l’Eglise orthodoxe russe, elle-même au service du Kremlin, ce qui s’observe à travers des prêches dissolvant l’identité ukrainienne dans l’identité russe et imposant un récit absolvant la Russie de sa responsabilité dans l’agression militaire subie par l’Ukraine depuis 2014. Les autorités ukrainiennes accusent, en outre, l’UPC MP de travailler en étroite collaboration avec le FSB, le puissant service de sécurité russe. De nombreux membres du clergé de l’UPC font l’objet de poursuites judiciaires pour intelligence avec l’ennemi et certains ont déjà été échangés contre des prisonniers de guerre ukrainiens capturés par la Russie.

Le haut clergé de l’UPC MP affirme avoir clairement rompu ses liens avec l’Eglise orthodoxe russe (EOR), le 27 mai 2022, au cours d’un synode durant lequel un changement de statut a précisé « l’autonomie et l’indépendance complète de l’UPC ». Sous la pression de l’opinion publique ukrainienne après trois mois de guerre, le clergé avait quelques jours plus tôt publié un communiqué offrant pour la première fois son soutien aux forces armées ukrainiennes, tout en condamnant l’invasion russe. La loi votée mardi accorde neuf mois aux paroisses affiliées à l’UPC MP pour « couper ses liens avec l’Eglise orthodoxe russe ».

Pour ses très nombreux détracteurs en Ukraine, l’UPC MP n’est pas tant un culte qu’un réseau d’influence et une entreprise politique hostile à l’Ukraine. Pour Roman Lozynskyi, un député indépendant ukrainien qui a voté en faveur de la loi, « aujourd’hui, nous nous sommes engagés sur la voie inévitable du nettoyage de l’intérieur du réseau d’agents du Kremlin, qui s’est caché pendant des décennies derrière le masque d’une organisation religieuse ».

La députée d’opposition Iryna Guerachtchenko, l’une des plus ardentes partisane de la loi, a réagi sur Telegram : « Décision historique ! Le Parlement a voté un projet de loi qui interdit une filière du pays agresseur en Ukraine(…).  Nous espérons que la décision d’aujourd’hui accélérera le passage de ces paroisses vers l’Eglise orthodoxe » indépendante de la tutelle de Moscou .

Le christianisme orthodoxe reste la religion la plus pratiquée en Ukraine (72 %), loin devant le catholicisme (9 %), le protestantisme, l’islam et le judaïsme. Autrefois dominant en Ukraine tant par le nombre de ses fidèles que par son influence politique, le clergé UPC MP possédait plus de 10 000 églises et monastères à travers le pays. La branche ukrainienne demeurait cruciale pour le patriarcat de Moscou, en raison de ses racines historiques à Kiev et en Ukraine, et parce que près d’un tiers des 36 000 congrégations du patriarcat de Moscou se trouvent en Ukraine.

Mais l’orientation clairement prorusse de l’UPC MP lui a fait perdre de nombreux fidèles ukrainiens depuis l’annexion de la Crimée et de la première phase de l’invasion du Donbass en 2014.

L’hémorragie des fidèles a réellement commencé au moment où l’Eglise orthodoxe ukrainienne indépendante de Moscou, la PCU, a reçu le statut d’autocéphale en 2019. Elle s’est accélérée avec l’invasion à grande échelle il y a deux ans et demi.

Jusqu’en 2022, tous les offices de l’UPC MP démarraient par une bénédiction du patriarche russe Kirill et certains prêtres rétifs au synode du 27 mai 2022 continuent de l’honorer, rapportent les médias ukrainiens.

Essor de l’Eglise ukrainienne

Kirill (né Vladimir Goundiaïev), âgé de 77 ans, a dès son élection au rang de patriarche en 2009 manifesté une déférence et une loyauté entière au chef d’Etat russe Vladimir Poutine, qualifiant son règne de « don de Dieu ». Il a à maintes reprises donné son soutien à l’invasion de l’Ukraine, déclarant notamment le 6 mars 2022 que l’invasion déterminerait « de quel côté de Dieu se trouve l’humanité ».

L’UPC MP compterait toujours actuellement 9 000 paroisses en Ukraine, contre un chiffre à peu près équivalent de paroisses affiliées à PCU. Mais cette dernière connaît un essor rapide. Le politologue ukrainien Rostislav Pavlenko estime que le clergé de l’UPC MP n’a « pas d’autre choix que de mener des négociations avec le PCU »afin, au final, d’intégrer les rangs de son rival.

Selon un sondage réalisé en 2023 par l’Institut international de la sociologie de Kiev, 66 % des Ukrainiens se déclaraient favorables à l’interdiction de l’Eglise affiliée à Moscou. 54 % des Ukrainiens s’identifiaient au PCU et seulement 4 % à l’UPC MP, selon une étude d’opinion réalisée par la même organisation, contre respectivement 42 % et 18 % l’année précédente.

Niant l’évidente porosité entre le politique et le spirituel dans cette affaire, la Russie a dénoncé après le vote de la Rada une tentative de Kiev de « détruire l’orthodoxie canonique ». La décision du Parlement ukrainien vise, selon la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, à « détruire l’orthodoxie canonique et véritable et d’apporter à sa place un substitut, une fausse Eglise ».

L’UPC MP, qui s’est adjoint les services de l’avocat international Robert Amsterdam, a déclaré que la journée de mardi marquait « un nouveau chapitre sombre pour les droits de l’homme en Ukraine ».Sur la sellette, le clergé cherche à présenter les mesures prises par le gouvernement comme une « persécution des chrétiens » , et espère que ce récit résonnera dans les milieux conservateurs occidentaux hostiles à l’Ukraine. p

Le Monde
France, jeudi 22 août 2024 663 mots, p. 10
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21 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

La gauche travaille sur son propre projet de loi de finances

Dans l’hypothèse où ils seraient appelés à gouverner, des élus du Nouveau Front populaire préparent un budget visant à soutenir la croissance

De. C.

Un plan de soutien à la croissance, d’importants investissements publics, de nouveaux impôts, un déficit contenu. Le budget 2025, version de gauche, commence à se dessiner. Si le Nouveau Front populaire (NFP) est appelé à gouverner ces prochaines semaines comme il l’espère, ses dirigeants ne veulent pas être pris de court. Dans une telle hypothèse, ils n’auraient sans doute qu’une semaine ou deux pour boucler le projet de loi de finances, à partir du travail effectué depuis des mois par l’administration de Bercy. Aussi certains élus ont-ils passé une partie de leur été à préparer les grandes lignes d’un possible budget. « Nous sommes en train de travailler sur le sujet et nous serons en mesure d’apporter des rectifications importantes avant le vote du budget », assure Lucie Castets, la haute fonctionnaire de la Mairie de Paris que le NFP souhaite porter à Matignon, dans un entretien à  Libération , mardi 20 août.

Côté dépenses, la gauche diverge clairement du gel envisagé par les macronistes ou de la baisse souhaitée plus à droite. « Mener une politique austéritaire dans le contexte actuel me paraît inadapté et irresponsable, juge Lucie Castets. Cela relève du dogme plus que de la logique économique. »

Le socialiste Philippe Brun est sur la même ligne. « Nous ne devons surtout pas renouveler les erreurs commises au début des années 2010, quand la politique budgétaire a durablement cassé la croissance », plaide le député de l’Eure, vice-président de la commission des finances de l’Assemblée nationale. La droite avait alors pris des mesures de rigueur, puis François Hollande, une fois élu à l’Elysée, avait peiné à relancer la machine.

Inspiration keynésienne

Aujourd’hui, la France connaît encore une croissance faible. Malgré l’effet des Jeux olympiques, elle devrait se limiter à 1,1 % en 2024, selon l’Insee, autant qu’en 2023, alors que le ralentissement de la Chine, moteur de l’économie mondiale depuis des années, suscite des craintes dans le reste de la planète.

Le projet élaboré avec des experts par Philippe Brun vise donc à soutenir la croissance en engageant un plan de relance à l’occasion du prochain budget. D’inspiration keynésienne, ce plan ciblé sur les investissements et les infrastructures pourrait atteindre 10 milliards d’euros. « Investir dans la transition écologique, la santé, l’éducation, les transports de proximité, oui, on ne peut qu’y souscrire », applaudit Christine Arrighi, députée écologiste de Haute-Garonne. Le projet doit être discuté par les parlementaires socialistes qui se retrouveront le 29 août pour leur université d’été à Blois. Il faudra aussi l’harmoniser avec les réflexions des autres composantes du NFP, La France insoumise, le Parti communiste et les Ecologistes, ce qui pourrait se révéler délicat au regard des dissensions persistantes au sein de la gauche, notamment sur l’économie.

Côté recettes, le NFP souhaite financer de nouvelles dépenses sans creuser un déficit déjà record ni provoquer de crise de confiance sur les marchés. « Nous travaillons à des mesures fiscales qui rapporteraient plusieurs milliards d’euros dès 2024, dans un projet de loi de finances rectificative si le calendrier le permet, et plusieurs dizaines de milliards en 2025 », indique Lucie Castets dans Libération.Une promesse de matraquage fiscal ? Non, affirme la candidate à Matignon, qui évoque la suppression de diverses niches, ainsi que des mesures sur le patrimoine « qui ne toucheront que les ultrariches ».

Avant les élections législatives, le NFP avait fait du rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) un point phare de son contrat de législature. Selon la coalition, cet « ISF renforcé » pourrait rapporter 15 milliards d’euros de recettes par an. Mais, à gauche même, certains doutent qu’une telle mesure puisse trouver une majorité à l’Assemblée nationale, et prônent un ISF moins massif.

Le Monde
France, jeudi 22 août 2024 1079 mots, p. 10
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20 août 2024 - Le Monde (site web)
21 août 2024 - La Matinale du Monde

Budget : Attal propose un gel des dépenses

Le premier ministre démissionnaire envisage un projet de loi de finances 2025 similaire à celui de 2024

Denis Cosnard

Etrange objet que les « lettres plafonds » envoyées, mardi 20 août, par Gabriel Attal, premier ministre démissionnaire, à tous ses ministres. Il leur y annonce un gel général des dépenses de l’Etat en 2025, à 492 milliards d’euros, et leur précise comment chaque ministère sera touché. Les budgets de la défense, de la culture et des sports seraient relativement privilégiés, au détriment, notamment, de celui du travail et de l’emploi, selon Matignon. Ebauche de budget ? Indispensable mesure technique ? Signal politique ? Brouillon voué à la poubelle ? Un peu tout cela, sans doute.

Sous la Ve République, c’est la première fois qu’un premier ministre démissionnaire fixe ainsi un cadre budgétaire à des ministres tout aussi démissionnaires, en indiquant d’emblée que ce cadre a vocation à être ajusté, voire remis en question, dès les prochaines semaines. Il s’agit d’un « budget réversible », selon l’étonnante formule inventée à Matignon : « Il pourra être modifié par le prochain gouvernement et le Parlement. » Une situation inédite de plus entraînée par la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale, le 9 juin, puis par celle de ne pas nommer immédiatement de premier ministre après le second tour des élections législatives, le 7 juillet.

L’envoi des lettres plafonds, des textes sans valeur juridique, marque traditionnellement une étape-clé dans la préparation du budget de l’Etat. Elles sont en principe signées par le premier ministre entre la mi-juillet et le début d’août, à l’issue de tractations entre Bercy et les autres ministères. Cette année, le ministre délégué aux comptes publics, Thomas Cazenave, avait promis d’accélérer le calendrier, et commencé à discuter ligne à ligne avec ses collègues chargés de la fonction publique et des sports, quand la dissolution a tout stoppé.

« Surréaliste »

Thomas Cazenave et son ministre de tutelle, Bruno Le Maire, imaginaient alors laisser la main au futur exécutif, d’autant qu’un gouvernement démissionnaire est censé se limiter à expédier les affaires courantes. Mais, Emmanuel Macron tardant à nommer un premier ministre, les responsables de Bercy ont jugé indispensable de continuer à préparer un projet de loi de finances, donc des lettres plafonds, pour ne pas immobiliser la lourde mécanique budgétaire. Après avoir hésité, Gabriel Attal a choisi à son tour d’envoyer ces lettres, non sans les avoir revues et corrigées, et avec environ un mois de retard sur le calendrier classique.

« Il a souhaité assurer la continuité de l’Etat », explique-t-on à Matignon. L’envoi des lettres, qui fixent à chaque ministère ses futurs crédits de paiement par mission et par programme, ainsi que son plafond d’emplois, constitue « une étape nécessaire », plaide l’entourage du premier ministre. Sans cette base de travail, comment le futur gouvernement pourrait-il boucler un budget dans les temps ?

Le projet de loi doit être transmis mi-septembre au Haut Conseil des finances publiques, pour que ce dernier ait le temps de donner son avis, puis être validé par le conseil des ministres fin septembre, et présenté au Parlement le 1er octobre. L’affaire devenait donc urgente. « Le premier ministre va au bout de son devoir en évitant le mur budgétaire », vante Matignon.

Un argument contesté par certains. « Est-ce qu’envoyer des lettres plafonds relève des affaires courantes ?, s’interroge Charles de Courson, député (Les Centristes) de la Marne et rapporteur général du budget à l’Assemblée. Je trouve curieux qu’on n’attende pas le nouveau gouvernement. Pour le respect de la démocratie, ce n’est pas très bon. »Christine Arrighi, députée écologiste de la Haute-Garonne et secrétaire de la commission des finances, se montre tout aussi critique : « Un gouvernement chargé des affaires courantes continue de préparer un budget comme si de rien n’était, comme s’il n’y avait pas eu d’élections. C’est surréaliste, et grave démocratiquement ! »

Diète relative

De fait, ces lettres n’ont rien de neutre. Les dépenses ont fait l’objet d’un double arbitrage politique. Sur le montant global, d’abord. Pour « tenir la trajectoire » de redressement des comptes publics, Bruno Le Maire proposait de réduire les dépenses de l’Etat de 5 milliards d’euros. Il préconisait notamment de tailler dans les aides à l’apprentissage, d’une efficacité contestée, afin de les orienter vers les étudiants qui en ont le plus besoin. Le ministre de l’économie n’a pas été suivi. Gabriel Attal a préféré un effort moindre, avec un budget stable à 492 milliards d’euros. Autant que dans le projet initial pour 2024, et un tout petit peu plus que ce qui a été effectivement utilisé en 2023, où le pilotage du budget par Bercy a limité les dépenses à 489 milliards d’euros.

Compte tenu d’une inflation anticipée autour de 2 %, « cela veut dire une dizaine de milliards d’euros d’économies » par rapport à l’évolution spontanée des dépenses, souligne tout de même Matignon. Selon le premier ministre, cette diète relative doit permettre de faire un premier pas pour ramener le déficit budgétaire de 5,5 % du produit intérieur brut en 2023 à moins de 3 % en 2027, une promesse jugée peu crédible par de nombreux experts.

Matignon et l’Elysée ont ensuite arbitré le détail des dépenses par ministère, au lieu de reconduire tel quel l’ensemble du budget de 2024. Ce projet « répond aux priorités définies par le président et le Parlement, notamment dans le domaine militaire », indique Matignon, sans donner beaucoup plus de précisions.

Quelles seraient les missions de l’Etat vraiment sacrifiées ? Comment évoluerait la fiscalité ? Le déficit public baisserait-il vraiment ? A ce stade, ce « budget réversible » laisse nombre de questions ouvertes. La principale reste de savoir s’il sera possible de trouver en décembre une majorité de députés prêts à adopter le futur budget, quel qu’il soit, ou du moins à ne pas faire tomber le gouvernement à l’occasion de ce vote. Compte tenu du morcellement de l’Assemblée, l’hypothèse d’une France sans budget au 1er janvier 2025 ne paraît plus totalement folle. Et l’interrogation s’étend au projet de loi sur le financement de la Sécurité sociale, l’autre grand texte budgétaire de l’automne. Dans ce domaine, il n’existe pas de lettres plafonds. Mais, dans la même logique, le gouvernement, tout démissionnaire qu’il est, prépare aussi un projet sur ce sujet éminemment sensible.

Le Figaro, no. 24881
Le Figaro, jeudi 22 août 2024 1364 mots, p. 8

Société

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20 août 2024 - Le Figaro (site web)

« On vit une injustice monstrueuse » : le grand désarroi des internes

Jaigu, Charles, Renault, Marie-Cécile

La colère s'amplifie chez les nouveaux internes en médecine (étudiants de sixième année), mais le gouvernement ne veut toujours rien entendre. Or le temps presse car la procédure de choix des postes démarre vendredi. «Il reste peu de temps pour obtenir un arrêté modificatif» ,fait observer le député LR Yannick Neuder. Le débat sur l'attribution des postes d'internes a été lancé par une lettre ouverte à la ministre de la Santé, Catherine Vautrin, et plusieurs pétitions d'étudiants en médecine, l'une d'entre elles, lancée par Hélène Hérubel sur Change.org, atteignant plus de 28 000 signatures.

Début juillet, le gouvernement a supprimé 1 500 postes d'internes pour 2024. Résultat, «le choix de spécialité tourne au cauchemar. On est en train de vivre une injustice monstrueuse» , déplore Clara, étudiante de l'université Paris Cité, qui rêvait de devenir chirurgienne en urologie, mais ne pourra finalement accéder à aucune spécialité chirurgicale malgré un bon classement. Comme elle, de nombreux jeunes se retrouvent obligés de choisir par dépit la spécialité qu'ils exerceront toute leur vie.

Alors même que Frédéric Valletoux, ministre délégué à la Santé, affirmait mardi qu' «une cinquantaine d'hôpitaux sont actuellement en tension», le gouvernement justifie la coupe dans les postes d'internes par le fait que 1 500 candidats ont refusé de passer le concours. Ces étudiants ont préféré redoubler plutôt que d'essuyer les plâtres de la réforme entrée en vigueur cette année. «Vous pensez qu'ils ont redoublé parce qu'ils pensaient qu'ils allaient finir premier ou plutôt dernier? Les places que personne ne veut prendre auraient été pour eux» ,explique Clara. «Les étudiants - souvent les meilleurs - qui ont joué le jeu et passé le concours se retrouvent de facto pénalisés,conforte Baptiste Sabatier, vice-doyen étudiant de l'UFR de médecine Paris Cité . Notre promo « crash test » est sacrifiée car elle se retrouve avec moins de choix de postes que les autres années, il y a une vraie rupture d'égalité.»

«Les postes les plus demandés ont été réduits parce que la promotion est moins nombreuse» ,se contente de répéter le ministère de la Santé, qui n'a pas l'intention de modifier l'arrêté publié début juillet. «Techniquement le nombre de postes ouverts dans chaque spécialité est proportionnel au nombre de candidats. Comme d'habitude. Il n'y a donc aucune perte de chance pour les candidats de cette année» ,indique le cabinet de Gabriel Attal. «Si nous ouvrons 1500 postes de plus, nous créerons un déséquilibre catastrophique dans les spécialités les moins attractives qui risquent de n'avoir aucun interne. Le président de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), Lucas Poittevin, nous soutient» ,défend Matignon.

Pourtant, l'arbitrage de ce gouvernement « des affaires courantes » laisse perplexe. Car ces candidats, justement, n'ont pas échoué. Leur rang leur aurait permis d'obtenir ce qu'ils voulaient dans la promotion précédente, ou dans la suivante. «À l'issue d'une course ou compétition sportive, réduit-on le nombre de médailles ou accessits prévus au départ, au prorata du nombre de ceux qui ont réussi à aller au bout de l'épreuve?» ,nous a écrit le père d'une étudiante en médecine, François Petit, qui ne cache ni sa surprise ni sa colère.

Mais les réactions sont aussi politiques, malgré la trêve estivale. Car ce débat n'est pas catégoriel. Il touche le coeur des contradictions françaises à l'égard du système de santé. «Cela témoigne de la désorganisation des études de médecine, sans cesse dans des réformes, avec peu de stabilité» ,regrette Philippe Juvin, patron des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou et député LR. «Ce n'est pas en diminuant le nombre de postes dans les filières attractives que l'on va rendre attractives celles qui ne le sont pas! Réfléchissons aux moyens de les rendre plus attirantes» ,s'agace Yannick Neuder, médecin cardiologue et rapporteur général du budget de la Sécurité sociale, qui soutient la pétition en faveur d'une réouverture de postes pour les étudiants. Autrement dit, le gouvernement veut forcer les étudiants à embrasser des spécialités qu'ils ne souhaitent pas exercer. Pourquoi ne les choisissent-ils pas ? Un médecin généraliste n'est payé que 26,50 euros pour une consultation. On comprend que cela puisse en dissuader certains.

«Tous les étudiants ne peuvent choisir les spécialités les plus rémunératrices à Paris» ,balaie Frédéric Valletoux. Mais ce n'est pas qu'une affaire d'argent, plaident les étudiants, qui demandent que l'on prenne au sérieux leur vocation pour certaines spécialités plutôt que d'autres. Surtout dans des études longues - entre dix et douze ans - et difficiles, qui demandent beaucoup de sacrifices.

«Nous avions alerté au printemps au Sénat sur la situation. Mais honnêtement, je crois qu'on est tous surpris par l'ampleur des retraits. Ils doivent nous alerter sur le malaise des jeunes médecins, qui depuis trop d'années ne sont pas écoutés. On n'a pas fini avec les désengagements si on continue ainsi» , s'inquiète Bertrand Jomier, médecin généraliste et sénateur PS. «C'est une réforme faite par des technos qui fonctionnent avec des tableaux Excel. La réalité, c'est que le gouvernement a mal calibré sa réforme. Il avait pourtant promis des postes en adéquation avec les besoins de la population. Mais au-delà des grands discours, on fait tout pour dégoûter les jeunes» ,conforte Philippe Mouiller, président LR de la commission des affaires sociales au Sénat.

Ce dernier va d'ailleurs saisir la Cour des comptes pour demander une évaluation de la réforme des études médicales : celle de l'internat (mise en place de nouvelles épreuves « Ecos » , nouvel algorithme, concours avancé de huit mois) mais aussi celle de la première année, la fameuse Pass (ex-Paces), où les étudiants sont désormais sélectionnés via un oral jugé inopérant. Un travail de long terme qui n'aboutira pas avant 2025. «À court terme, nous avons un problème d'interlocuteur dans la vacance du pouvoir actuel,se désole Philippe Mouiller. Nous allons quand même saisir le gouvernement car il n'est pas possible de laisser tous ces jeunes sans réponse.»

«Tout cela m'attriste et me désole,confie Bernard Accoyer, ancien médecin et ex-président de l'Assemblée nationale (2007-2012). Nous exerçons un métier de passion, et on fait tout pour nous en dégoûter.» Dégoûter d'exercer en France ? «Il y a plusieurs milliers de médecins qui ont quitté la France ces dernières années» ,confirme Yannick Neuder. Ce que confirme Michaël Peyromaure, chef de service en urologie de l'hôpital Cochin : «Le ministère a profité du désistement de 1500 étudiants pour ventiler les postes comme il le souhaitait. Je pense qu'il a fait ce choix car il sait pertinemment que beaucoup d'internes de spécialités dans les CHU viennent de l'étranger et coûtent moins cher. Par exemple, en urologie, à Cochin, cela fait de nombreuses années que sur nos cinq postes d'internes budgétés, trois ou quatre sont systématiquement occupés par des FFI (Faisant fonction d'interne) roumains ou libanais» , nous dit-il, avant de conclure : «On incite les médecins français à s'installer à l'étranger, et on incite les médecins étrangers à s'installer en France.»

À l'échelle du territoire, ces décisions interrogent. En Île-de-France, les médecins exercent face à une population de 12 millions d'habitants toujours plus incrédules face aux délais de consultation qui s'allongent... Par exemple, en rhumatologie, «seulement 12 internes ont été nommés cette année en Île-de-France alors qu'il en faudrait 44 par an pour espérer seulement retrouver le pauvre nombre actuel de 316. Pour remplacer ceux qui sont partis à la retraite sans successeur, il en faudrait au moins 60, soit cinqfois le nombre proposé» ,observe Valérie Briole, rhumatologue et présidente de l'Union régionale des professionnels de santé d'Île-de-France. «Peut-être le schéma voulu est-il le remplacement des spécialistes par les généralistes, celui des généralistes par des infirmières ou des pharmaciens ou des kinésithérapeutes, comme si toutes ces professions de santé étaient « faciles » , sans pénurie et interchangeables...» Et de rappeler qu'un patient insuffisamment soigné suit obligatoirement un parcours de soins qui s'allonge ou se complique par des hospitalisations, au prix de dépenses de soins qui augmentent, parfois sans trouver de solutions à son problème, tant qu'il ne peut accéder à un médecin ou à un spécialiste d'organe. Le surcoût des dépenses de santé s'explique davantage dans les errances de parcours de soins en amont de la rencontre avec un médecin plutôt qu'en aval. C. J. ET M.-C. R.

L'Humanité
jeudi 22 août 2024 706 mots, p. 10

(Cap-Tra) Démissionnaire, Attal table sur le budget 2024

Pauline Achard

Finance L'actuel locataire de Matignon prévoit de reconduire la loi de finance de l'année dernière à l'identique pour le prochain exercice. Compte tenu de l'inflation, cela représente 10 milliards d'euros d'économies pour l'État.

Nouveau déni de démocratie sur la planète Macronie. Dans la soirée du mardi 20 août, alors que la France est sans gouvernement de plein exercice depuis plus d'un mois, Gabriel Attal a annoncé que les 492 milliards d'euros de crédits alloués au budget 2024 resteraient, selon sa feuille de route, inchangés à l'horizon 2025. Le premier ministre, pourtant démissionnaire, a déjà envoyé les lettres plafonds aux ministères, leur précisant les contours de cette trame.

Si Matignon s'est gardé d'appliquer les 5 milliards d'euros de coupes franches promises par Bruno Le Maire fin juillet, la stabilité du budget n'est qu'illusion. En effet, la reconduction de ces crédits à l'identique ne tient compte ni de l'augmentation des prix, ni des dépenses suspendues ces derniers mois. Elle se traduit en réalité par un rabotage de 10 milliards d'euros. Pour Denis Gravouil, membre du bureau confédéral de la CGT, « poser les bases d'un budget fixe dans un contexte où les prix explosent revient à arbitrer en faveur d'un budget à la baisse ».

« Ces mesures relèvent donc bien d'un choix politique et non d'affaires courantes ! assène le syndicaliste, avant d'insister : un gouvernement démissionnaire ne doit pas prendre de décisions politiques. » Même son de cloche pour l'écologiste Sandrine Rousseau, sur X : « La préparation d'un budget est l'acte le plus politique qui soit. » Le sénateur PCF Ian Brossat, dont le groupe veut limiter la durée de vie d'un gouvernement démissionnaire à huit jours, dénonce un exécutif « désavoué dans les urnes, privé de légitimité, qui ferait mieux de geler toute initiative qui dépasse la gestion des affaires courantes ».

Il n'y a pas qu'à gauche que la méthode est remise en question. Le député Liot Charles de Courson, aussi rapporteur général du budget à l'Assemblée, s'interroge dans les colonnes du Monde : « Est-ce qu'envoyer des lettres plafonds relève des affaires courantes ? Je trouve curieux qu'on n'attende pas le nouveau gouvernement. Pour le respect de la démocratie, ce n'est pas très bon. »

D'autant que ce gel général des dépenses de l'État n'a pas vocation à se répercuter équitablement sur chaque ministère. Celui du Travail et de l'Emploi sera par exemple pénalisé au profit de la Défense, de la Culture et des Sports. « Ce budget d'austérité implique que davantage de dépenses sociales soient mises en cause, mais lesquelles ? Doit-on s'attendre à une énième réforme de l'assurance-chômage ? » Autant de questions sans réponse soulevées par Denis Gravouil et qui traduisent, selon lui, « la ligne inchangée imposée par Gabriel Attal à son successeur ». Sur X, l'eurodéputée FI Manon Aubry abonde : « Nos services publics ne doivent pas payer le prix du coup de force de Macron : vite un gouvernement du Nouveau Front populaire pour un budget qui réponde aux urgences sociales et au vote des Français ! »

De son côté, l'entourage du premier ministre défend un « budget réversible, qui permet à la fois à la France de se doter d'un budget en temps et en heure mais qui permettra également au prochain gouvernement de faire ses propres choix sur la base de ce qui a été préparé et transmis aux ministères ». La Constitution de la V e République veut que des délais très précis soient respectés pour la discussion du projet annuel de loi finances (PLF), afin que l'État soit doté d'un budget avant le 1 er janvier. Le texte doit, pour ce faire, être présenté au premier Conseil des ministres du mois d'octobre, qui tombe cette année le 1 er. « Emmanuel Macron a précipité une dissolution ubuesque de l'Assemblée nationale, Bercy précipite aujourd'hui la préparation illégitime d'un projet de loi de finances, mais cela fait trente-cinq jours que nous attendons la nomination d'un premier ministre ! » fustige le cégétiste.

Si le président reçoit, à partir de vendredi, les différents chefs politiques et parlementaires, les représentants du NFP appellent l'Élysée à accélérer le processus, dans un souci évident de respect de la démocratie. « Emmanuel Macron doit nommer Lucie Castets à Matignon afin de préparer un budget à la hauteur des attentes du pays », s'offusque le député Manuel Bompard, coordinateur national de la FI.

Libération
jeudi 22 août 2024 1218 mots, p. 24

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21 août 2024 - Libération (site web)

En politique, nous délivrer du mâle

VIRGINIE BALLET

autre

Gisèle Halimi Avec l'avocate passionnée, conquérons l'égalité femmes-hommes et allons au bout du partage du pouvoir.

LE PORTRAIT «L a politique est une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls hommes.» Ce slogan, le vôtre dès les législatives de 1978, aurait eu tellement de gueule lors de celles, anticipées, de cet été 2024. Chère Gisèle Halimi, nul doute que vous auriez su trouver les mots justes pour pointer le recul de la parité, dans cette Assemblée nationale que vous avez déjà fréquentée, trois années durant, après votre élection en 1981. Réélue cette année, vous auriez, à n'en pas douter, partagé cet accablant constat récemment posé par la politologue Réjane Sénac dans Mediapart : «Nous ne sommes toujours pas à l'étape du partage du pouvoir, et pas uniquement dans le monde politique.» Après tout, l'un de vos premiers coups d'éclat dans l'Hémicycle ne fut-il pas de faire adopter des quotas sur les listes aux municipales, avant que cette mesure ne soit retoquée par le Conseil constitutionnel ? Cette année, 208 femmes ont été élues dans 577 circonscriptions, contre 215 auparavant. Soit seulement 36 %. Si vous étiez de celles-ci, vous auriez su continuer de faire avancer leurs droits, vous à qui elles doivent déjà tant.

LE P Dans une arène politique massivement testostéronée, vous avez insufflé votre verve. Celle qui vous faisait tant briller dans les prétoires. Vous y entriez, disiez-vous, en emportant votre vie avec vous. Ainsi, plaidant en 1972 pour la jeune Marie- Claire Chevalier et ses coaccusées au procès de Bobigny, poursuivies pour avoir avorté ou contribué à mettre fin à cette grossesse non désirée dont vous aviez fait un emblème, vous estimiez devoir gagner, «pour elles et pour toutes les autres», comme vous l'avez relaté lors de vos entretiens avec la journaliste Annick Cojean (1). Finalement, c'est ce même mantra, qui vous a guidée votre vie durant, qui vous a aussi amenée à briguer un mandat, par le biais des législatives en 1967, en 1978, puis en 1981, quand vous serez finalement élue députée. Pas contre votre gré, mais presque : c'est quasiment un sentiment de devoir autant que votre envie «d'actions fortes pour la cause des femmes» qui ont achevé de vous convaincre d'y aller. Et ce, bien que vous ayez pertinemment ORTRAIT su que «les femmes n'avaient rien à gagner dans la conquête des miettes du festin patriarcal, et tout à perdre à fricoter avec la politique des mecs». Plus de quatre décennies plus tard, le sexisme en politique n'ayant clairement pas été éradiqué, il semble encore normal aux caciques encravatés, confits dans l'entre-soi, d'évincer leurs brillantes égales des débats télévisés. Vous, du haut de votre éloquence polie sans être polissée, armée de votre force contenue dans votre frêle silhouette, vous sauriez les moucher et étouffer les quolibets des malotrus.

Il y a bien longtemps que vous exhortez à ce qu'on laisse la parole aux femmes, comme vous saviez si bien la prendre. Bien avant que l'on ne pose les mots «mansplaining» ou «manterrupting». «On évoque souvent la difficulté des femmes à pénétrer l'espace public. Voilà une femme qui l'a rempli, qui y est entrée, avec le geste, la parole et la cause», disait de vous l'historienne et féministe Michelle Perrot à Libé, lors de votre décès, en juillet 2020. Vous auriez su vous faire entendre dans le vacarme politique, défendre vos soeurs, sans cesse interrompues, méprisées, prises pour cible, vous qui toujours et jusqu'au bout avez plaidé pour la «sororité» et la «solidarité», développant dans le Monde, en 2019 : «Quand les femmes comprendront-elles que leur union leur donnerait une force fabuleuse ? Désunies, elles sont vulnérables. Mais, ensemble, elles représentent une force de création extraordinaire.» C'est encore une fois l'intérêt de toutes qui a fait émerger chez vous dès 1979 cette idée diablement actuelle, reprise notamment par Raphaël Glucksmann, de clause de l'Européenne la plus favorisée, en vertu de laquelle vous proposiez de s'inspirer des législations les plus favorables aux droits des femmes chez nos voisins. Ferrailler contre l'injustice, toujours.

Bien sûr, il faut tout de même admettre que la situation a évolué – et heureusement – depuis votre première élection, en 1981 : à l'époque, vous n'étiez que 28 femmes à siéger dans l'Hémicycle, soit à peine 5,7 %, proportion désespérément proche des statistiques de 1944 (5,6 %), lorsque les femmes ont obtenu le droit de vote. Ce qui n'a pas bougé, en revanche, c'est l'acuité des mesures que vous portiez. A l'aube des années 80, La situation politique générale étant assez désespérée, Libération ressuscite des personnalités françaises disparues pour qu'elles reprennent les choses en main.

dès votre premier mandat, tout était déjà là : les difficultés des mères célibataires, confrontées aux impayés de pensions alimentaires et pour lesquelles vous souhaitiez la mise en place d'un fonds de garantie, si proche de ce qui fut déployé trente ans plus tard. Vous souhaitiez aussi interdire les enquêtes de moralité pour les victimes de violences sexuelles, aujourd'hui encore largement passées à la question lorsqu'elles osent prendre la parole, dans une société post-#MeToo toujours empreinte de culture du viol. Vous auriez probablement exprimé, avec la plus grande justesse, votre soutien aux femmes ayant pris part à la révolte revigorée dans le monde du cinéma. Auriez fulminé d'entendre le Président sacrer Gérard Depardieu «fierté de la France». Vous sauriez aussi mettre votre expérience de la robe et du droit au service du brûlant débat actuel sur la définition juridique du viol, vous qui avez permis de le faire reconnaître comme crime après le procès d'Aix-en-Provence.

En 1978, lors de votre seconde campagne, entreprise sous la bannière «100 femmes pour les femmes» aux côtés de Choisir, le mouvement féministe que vous avez cofondé, lorsqu'on vous demandait ce que vous attendiez des femmes, vous rétorquiez, en toute simplicité : «Qu'elles fassent la révolution. Je n'arrive pas à comprendre qu'elle n'ait pas déjà eu lieu.» Accompagnez donc cette révolution. Menez-la. Elle a besoin de vous. Si l'on pouvait penser à vous pour Matignon, voire pour l'Elysée en 2027, il est à parier que vous n'y songeriez pas : trop contraire à cette liberté qui vous est si chère. Si la députation française, vous pèse, pourquoi ne pas envisager de siéger à Strasbourg ? Il est aisé de vous imaginer aux côtés des centaines de Polonaises qui fin juillet se sont rassemblées dans le pays pour réclamer que soit levée la loi inique pénalisant toute aide à l'avortement, dans ce pays où il n'est permis qu'en cas d'inceste, de viol ou de danger pour la mère. Vous, qui avez clamé sans rougir (dans les prétoires et dans le «Manifeste des 343») avoir eu recours à l'IVG lorsque celle-ci était encore interdite, sauriez trouver les mots pour rassurer les femmes qui, de Lublin à Varsovie, disent aujourd'hui leur «peur» de tomber enceinte. Vous les auriez comprises, et sans doute, galvanisées. Petite, vous disiez de votre sort de fille, en vertu duquel il vous aurait fallu vous acquitter des tâches ménagères pour vos frères, qu'il n'était «pas juste». Jusqu'au crépuscule de votre vie, vous déploriez qu'il ne le soit toujours pas. Mais combative, vous n'oubliez jamais d'ajouter : «Le combat est une dynamique. Si on arrête, on dégringole.» (1) Une farouche liberté, Grasset, août 2020.

La situation politique générale étant assez désespérée, Libération ressuscite des personnalités françaises disparues pour qu'elles reprennent les choses en main.

Le Figaro, no. 24881
Le Figaro, jeudi 22 août 2024 874 mots, p. 3

Société

Loin des exploits de Léon Marchand, le laborieux apprentissage de la natation

Le Du, Catherine, Baldassari, Shaya

Les exploits aquatiques de Léon Marchand cet été ont mis en lumière une contradiction : la France, qui a largement célébré son héros, fait partie des mauvais élèves en matière d'apprentissage de la natation. Selon une étude de la Direction générale de l'enseignement scolaire (Dgesco), un tiers des enfants (33,7 %) ne savent pas nager à la fin du primaire. Et ce alors que la noyade reste la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans.

Pourtant, des actions concrètes ont été mises en place ces dernières années pour mieux transmettre le « savoir-nager ». Le ministère des Sports, conjointement avec le ministère de l'Éducation nationale, propose ainsi deux programmes. Le plan J'apprends à nager, lancé en 2015, offre un cursus d'apprentissage de la natation aux enfants de 4 à 12 ans, principalement issus des quartiers prioritaires et des zones de revitalisation rurale. Les séances, gratuites, sont encadrées par du personnel qualifié et peuvent être organisées pendant les vacances scolaires, et sur les temps périscolaires. En 2019 est venu s'ajouter le programme Aisance aquatique, destiné aux petits de 4 à 6 ans. Celui-ci a pour objectif d'inculquer des réflexes permettant notamment de regagner le bord d'une piscine lors d'une chute accidentelle.

Pour autant, un rapport ministériel publié en 2023 dresse un constat préoccupant quant à la proportion d'élèves échouant à la certification de nage à la fin de la classe de sixième. Sur la totalité des établissements ayant répondu à l'enquête, 17,1 % des élèves ne savent toujours pas nager à l'issue de leur première année de collège. Une statistique sans doute loin de retranscrire l'entière réalité. «Nos chiffres se basent sur du déclaratif, ce sont les maîtres-nageurs, puis les écoles qui communiquent leurs chiffres, et rien ne les y oblige» , explique une source au ministère de l'Éducation nationale. Difficile donc de quantifier précisément le nombre d'élèves demeurant inaptes à la nage.

« Applaudir un nageur c'est bien, savoir nager c'est mieux. » Dans une récente tribune publiée dans Le Télégramme, la conseillère régionale de Bretagne (divers droite), Agnès Le Brun, appelle à un renforcement des budgets consacrés à l'apprentissage de la natation pour les enfants. Pour l'ancienne maire de Morlaix, le plan Aisance aquatique actuel est «inadapté».Elle pointe un besoin «urgent» de financement, notamment via les intercommunalités, pour réhabiliter les piscines municipales, dont «l'état est déplorable».

Répondant à un tweet de la députée NFP, Aurélie Trouvé, qui demandait «où sont les moyens pour le sport populaire?» , la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, avait évoqué, début août, «l'héritage des Jeux en Seine-Saint-Denis» qui «comprendra 17 nouveaux bassins de natation et 1 bassin entièrement rénové»ainsi que les « 300millions d'euros» consacrés au «plan 5000 équipements-Génération 2024».Du côté du ministère de l'Éducation nationale, on reconnaît un manque «indéniable d'infrastructures par rapport au nombre d'élèves» , dans «certains secteurs clés». On admet également des disparités. Certaines académies comprennent des «zones très rurales, au sein desquelles les problématiques de transport des élèves sont un vrai sujet».

Pourtant, des solutions alternatives existent, comme les camions-piscines, innovation mobile conçue pour offrir des leçons de natation dans des zones dépourvues d'infrastructures aquatiques. Primés au concours Lépine en 2019, ces camions sont équipés de piscines intégrées, permettant aux enfants et aux adultes d'apprendre à nager sans avoir à se rendre dans une piscine traditionnelle. «Ces solutions sont cruciales pour garantir que tous les enfants, y compris ceux des zones rurales éloignées des piscines, puissent apprendre à nager» ,explique au FigaroAgnès Le Brun.

«La natation à l'école est un sujet qui concerne à la fois les collectivités, le ministère de l'Éducation nationale et le ministère des Sports», rappelle par ailleurs le ministère de l'Éducation nationale. Déjà source de difficultés logistiques, cette gestion conjointe a été mise à rude épreuve par l'épidémie de Covid puis la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine. «Beaucoup d'enfants ont pris un retard non négligeable du fait de l'épidémie et de la fermeture des établissements», reconnaît-on Rue de Grenelle.

C'est le cas des enfants de Pierre. Son fils et sa fille, âgés de 11 et 8 ans, courent après le temps perdu dans leur apprentissage de la natation. «Mon aîné ne sait vraiment nager que depuis cette année. Entre le CP et le CE2, il n'est pas allé à la piscine avec l'école. J'ai essayé de lui apprendre les bases mais je ne suis pas maître-nageur. Il fait déjà du basket, du piano et des échecs, je ne voulais pas lui rajouter une autre activité extrascolaire avec la natation. À mon époque, nous apprenions à nager à l'école. C'est une des missions de l'Éducation nationale» ,grince le père de famille . Un apprentissage «obligatoire dans les programmes scolaires depuis 1956» , souligne Agnès Le Brun. Après la crise du Covid, la reprise des cours a été chaotique. «Les créneaux ont été pris d'assaut par les classes de CM1-CM2, les élèves les plus en retard. On nous a également opposé un manque de parents accompagnateurs pour réaliser les sorties piscine...» ,poursuit le quadragénaire, encore «loin d'être serein»quand il surveille ses enfants qui se baignent en bord de mer . C. L. D. et S. B.

Le Monde
France, jeudi 22 août 2024 658 mots, p. 11

Matignon : la hype soudaine de Karim Bouamrane

Solenn de Royer

Soudain, il est partout. Karim Bouamrane, qui évolue dans le microcosme politique depuis trente ans, connaît son quart d’heure warholien. Inconnu du grand public, le socialiste, âgé de 51 ans, a fait une percée médiatique fulgurante à la faveur des JO, qui se sont en partie déroulés sur sa commune, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), dont il est maire depuis 2020.Après le jumelage de Saint-Ouen avec Los Angeles, qui va prendre le relais des JO en 2028, le New York Timeslui a consacré, le 12 avril, un portrait, publié à sa une. Ce qui a entraîné une flopée d’articles louangeurs à l’étranger. « Obama von der Seine »(« le Obama de la Seine ») a même titré le quotidien allemand Die Welt.

Le 17 août, un portrait, dans Le Figaro Magazine, dans lequel le socialiste plaide pour une « coalition » et critique La France insoumise (qui « communautarise le pays au travers du prisme ethnico-religieux »), a suscité l’enthousiasme sur X, de la part d’une partie de la gauche antimélenchoniste. « Respect », a lancé le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner. « Motivant ! », a appuyé l’ex-députée socialiste Valérie Rabault. « A star is born », a résumé l’ancien conseiller de François Hollande Gaspard Gantzer, qui voit en lui un futur président de la République. Rien de moins. Le socialiste dispose de solides appuis, de l’ancien ministre de la ville Jean-Louis Borloo, qui – en privé – le voit aller jusqu’à l’Elysée, au banquier Matthieu Pigasse (membre du conseil de surveillance du Groupe Le Monde), qui vante notamment son sens du « compromis ». Il entretient aussi d’excellentes relations avec l’ex-ministre macroniste Clément Beaune.

Toutes ces attentions ont fini par attirer celle de l’Elysée. Au jeu des pronostics pour Matignon, fait de leurres et de ballons d’essai, son nom est l’un des plus cités, ces jours-ci. Dans le camp du chef de l’Etat, on rappelle que ce dernier a toujours aimé surprendre : après avoir nommé une femme (Elisabeth Borne), puis le plus jeune premier ministre de la Ve République (Gabriel Attal), la promotion d’un fils de maçon marocain entrerait dans l’histoire. Même si l’intéressé, qui affiche des convictions « universalistes », déteste qu’on le ramène à ses origines. Né en 1973 à Saint-Ouen, dans une famille « pauvre » mais « aimante », Karim Bouamrane s’engage très tôt en politique, au Parti communiste français, puis au Parti socialiste, dont il devient porte-parole en 2016. Chef d’entreprise spécialisé dans lacybersécurité, il a travaillé dans la Silicon Valley, aux Etats-Unis, « premier pays où[il s’est] senti respecté pour[s] es qualités », a-t-il confié au New York Times.

Il défend « l’idéal républicain » et la laïcité, fait chanter La Marseillaise aux enfants de sa ville, se targue d’avoir obtenu des résultats sur le front de la sécurité et plaide pour le « progrès partagé ». En 2015, il s’est opposé à la proposition de François Hollande et de Manuel Valls d’instaurer la déchéance de la nationalité pour les terroristes.

Si le maire assure ne pas avoir eu de contacts avec l’Elysée, il ne se drape pas dans des pudeurs de gazelle quand ses interlocuteurs évoquent Matignon. Il rappelle qu’il a toujours été sur une ligne de « main tendue » avec « toutes les forces politiques »de sa ville. Son « obsession », dit-il au Monde, c’est que, à l’issue des consultations organisées par Emmanuel Macron à partir du 23 août à l’Elysée, sorte un « compromis » qui permette d’ « améliorer la vie des gens ».

Il termine ses SMS par « force ». Si le président décidait de le nommer à Matignon, il en aura besoin. Dans le cas contraire, celui qui nourrit de grandes ambitions, au risque de devenir une cible à gauche, en aura besoin aussi. Devant le New York Times, il s’est soudain mis à chanter A Question of Time de Depeche Mode. C’est une question de temps…

Libération
jeudi 22 août 2024 3927 mots, p. 12,13,14

FRANCE

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21 août 2024 - Libération (site web)

SYNDROME DE DIOGÈNE «Jeter est un geste impossible»

GUILLAUME TION;BENJAMIN ADAM

FRANCE

Comment et pourquoi les personnes se mettent-elles à stocker indéfiniment ? «Libération» est parti à la rencontre de ceux touchés, de près ou de plus loin, par ce symptôme de maux profonds.

Ç a commence par un ami d'un ami, qui a «un Diogène dans son immeuble, c'est l'enfer». Ça commence par la découverte d'un cafard au milieu de la nuit, puis par des odeurs détectées derrière la porte du voisin d'à côté.

Ça commence par une enfance compliquée et des mécanismes de survie.

Ça commence par un questionnement : à partir de quand un objet devient un déchet, un souvenir, une aide ? On connaît le syndrome de Diogène par des documentaires montrant des personnes âgées dans des logements surencombrés, à la fois capharnaüm et poubelle, où elles vivent tant bien que mal. Ceux qui présentent ce trouble, marqué par une accumulation compulsive, irréfrénée, inquiètent par le danger qu'ils occasionnent pour eux-mêmes et leur voisinage : risques d'incendie, insalubrité, présence de nuisibles. Mais nul ne sait combien ils sont. Et aucun d'eux ne se signalera. Malgré l'inconfort de leur existence, les personnes touchées par le syndrome de Diogène vivent à l'écart. Dans l'ombre de leur secret, ils stockent, tout en s'interrogeant sur leurs maux et leur chemin de souffrance. Ils sont aussi le symptôme d'un monde sans joie et presque sans issue, que nous avons tenté de comprendre en allant à la rencontre des différents protagonistes touchés par ce syndrome, des deux côtés de la porte.

I. La propriétaire «C'est fini, les locataires. Plus jamais ! Jamais.» En 2012, Elizabeth a la quarantaine, un peu d'épargne et l'envie d'investir. Elle acquiert, à l'aide d'un emprunt, une chambre de bonne de 9 m² dans un quartier chic de Paris. «On ne peut jamais perdre d'argent avec ce genre de bien.» Elle cherche un locataire pour un bail de trois mois avant le début de l'année scolaire. «Je voulais être sympa et ne pas demander trente-six dossiers.» Une candidate débarque. «Une dame, la cinquantaine, avec un petit chariot. Elle avait trouvé des fleurs et une jupe dans la rue, elle me les a offertes. C'était amusant. Elle était comédienne. Un peu déguisée. Des couettes. Un petit ruban. Un truc qui brille. Je suis séduite. Je la choisis et je sens tout de suite que j'ai fait une bêtise.» La locataire ne règle pas son loyer. «Je suis allée la voir pour lui demander de payer. Elle est illico allée faire un certificat médical bidon chez le médecin. Puis elle m'a attaquée en justice, elle a pris les devants : chambre trop petite, agression verbale et physique…» Elizabeth rôde alors autour du logement. Elle peut observer, par un fenestron de la cage d'escalier, la fenêtre de la chambre qui donne sur la cour. «Il y avait plein d'objets. Elle ramassait tout ce qu'elle trouvait dans la rue, des choses sans valeur, des vêtements. Elle entassait. Jusqu'à ce que la fenêtre soit obstruée.» Elizabeth reçoit des remarques de la part des voisins. Les affaires de la locataire débordent sur le palier. «Puis j'ai eu des plaintes à propos de l'odeur, une odeur indéfinissable. Pas horrible, mais présente. Du faisandé. Le conseil syndical en parlait à chaque AG.» La procédure judiciaire n'en finit pas. «Elle était incapable d'avoir une discussion mais tous les actes étaient impeccables, pas une faute d'orthographe, elle bénéficiait de l'aide juridique.» Elizabeth n'en dort plus. «J'ai appelé les services de la mairie de Paris. Un gars est venu. Elle avait peint un grand coeur sur la porte, elle ne lui a pas ouvert. “J'ai l'habitude”, m'a-t-il dit. Il a écrit un rapport, ça n'a rien donné.» Cette situation dure trois ans.

«Début d'été 2015. Mon téléphone sonne, j'étais au travail. Elle avait mis le feu.» Le départ d'incendie est suffisamment mince pour que la locataire puisse l'éteindre, suffisamment important pour occasionner une fumée qui incite le voisinage à appeler le 18. «Quand je suis arrivée, les pompiers avaient jeté une partie du contenu de la chambre dans la cour, qui était entièrement remplie, une masse inimaginable : meubles, vêtements, nourriture…» Dans la chambre, «il en restait pourtant jusqu'au plafond. Elle devait vivre dans un recoin de tout cela. A ce moment-là, elle avait un chien en plus». Profitant du passage de la locataire à l'hôpital pour blessures superficielles après l'incendie, Elizabeth condamne la porte. «Elle a commencé à dormir sur le palier de la chambre, elle allumait des allumettes la nuit. Elle a lancé une procédure pour qu'on n'enlève pas les objets dans la cour. Tous les proprios me sont tombés dessus.» Elizabeth gagne le jugement en référé et fait débarrasser la cour à ses frais. «Les voisins se sont à nouveau plaints. La chambre condamnée était comme un terrier d'animal. La fenêtre était remplie de mouches qui avaient éclos.» Elizabeth écrit alors au commissaire d'arrondissement, fait valoir son imposant dossier. «Les flics ont pris les choses en main. Ils l'ont arrêtée et l'ont conduite en HP sur le fondement d'une loi autorisant à expulser les gens dangereux [hospitalisation d'office d'urgence quand la personne présente un danger pour l'ordre public, ndlr]. De l'incendie à l'expulsion, il y a eu le temps d'un été.» Elizabeth a revu sa locataire une fois, lorsqu'elle est passée récupérer quelques affaires dans le logement. Puis elle a revendu la chambre de bonne sans se débarrasser des mauvais souvenirs. «Maintenant je sais les repérer, les Diogène. Les gens avec un petit chariot qui piquent tous les bouquins des boîtes à livres.» II. La politique Maud Gatel, 45 ans, est conseillère de Paris.

Concernée par les problématiques de santé publique, elle se penche aujourd'hui sur le dossier Diogène. «Derrière il y a l'isolement, la solitude et les maux de notre ville : la perte du lien social, le repli sur soi post-Covid avec une tendance à considérer que l'autre est un danger, l'accumulation de choses qui rassurent… cela nous dit que notre société, collectivement, psychologiquement, ne va pas bien, définit-elle. Je crains que ce phénomène ne prolifère, avec les risques que ça implique.» Avant de se demander quoi faire pour remédier à ce syndrome «hyper transverse», qui touche à la salubrité, la santé, la propriété ou le vivre ensemble, l'ex-députée (Modem) dresse trois constats.

D'abord, l'absence de statistiques, «ou alors très parcellaires». A Paris, une étude de 2010 dans le XVe arrondissement estime la prévalence des personnes Diogène à 2,5 cas pour 1 000 habitants chez les plus de 60 ans. En 2022, la préfecture a fait état de 107 signalements, contre 133 en 2023. Ensuite, «les pompiers relèvent que leurs appartements sont un déclencheur ou un accélérateur d'incendie». Enfin, le cadre législatif est suffisant, selon elle, pour qu'ils puissent être pris en charge.

Depuis 2021, l'article L511 du code de la construction et de l'habitation définit le périmètre d'intervention en cas d'insalubrité : lorsqu'un Diogène est repéré et que des nuisances sont constatées, il peut être signalé par «toute personne ayant connaissance de la situation» à la préfecture. Laquelle fait «procéder à toutes visites [du logement] qui lui paraissent utiles». Si l'occupant s'y refuse, le préfet peut alors demander «l'autorisation du juge des libertés et de la détention». Une fois dans les lieux, un expert, souvent dépêché par l'Agence régionale de santé, «dresse constat […] et propose des mesures de nature à mettre fin au danger». Soit, dans ce cas, un désencombrement du logement après adoption par la préfecture d'un «arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité». Si les mesures ne sont pas prises dans les délais fixés par l'arrêté, le préfet peut faire «procéder d'office à leur exécution», toute cette procédure étant à la charge du résident à l'origine des nuisances.

A Paris, un infirmier psychiatrique a été spécialement désigné par le Service technique de l'habitat pour tendre la main aux personnes Diogène. «Cela fonctionne, se réjouit Maud Gatel. Le problème, c'est la détection puis la mise en route du processus législatif.» Et la conseillère d'évoquer cet administré qui a prévenu quinze fois son syndic de la présence d'un Diogène dans sa résidence. «Les voisins se retrouvent dans une situation d'impuissance.» Alors Maud Gatel a proposé une délibération au Conseil de Paris, le 9 juillet, «Pour une meilleure prise en charge du syndrome de Diogène». En préambule, elle demande à la ville et à l'ARS «une étude générale sur le nombre de personnes porteuses du syndrome dans [la] capitale». Elle souhaite ensuite «sensibiliser le plus grand nombre à l'identification des symptômes des personnes Diogène», ce qui permettrait «la création d'un réseau de sentinelles informées des démarches à effectuer», c'est-à-dire «gardiens d'immeuble, propriétaires, voisins, syndics, aidants, facteurs, livreurs, porteurs de repas, artisans, professionnels de santé à domicile (médecin généraliste), pompiers, etc.» Sur la prise en charge du trouble, elle demande à ce qu'«une équipe pluridisciplinaire se mette en place autour du patient : médecin traitant, gériatre, centre médico-psychologique, services sociaux…» Elle préconise aussi que la ville mette «à disposition divers types de logements relais [de la chambre d'hôtel à la résidence médicalisée] adaptés au profil de la personne Diogène afin de permettre un travail de désencombrement au rythme du patient», avec lui si nécessaire. Elle rappelle enfin que des aides financières au désencombrement existent et doivent être mises en avant, tout comme elle propose aux propriétaires des aides de la ville pour la réfection de leurs logements si ceux-ci sont ensuite reversés dans le programme Louez solidaires. La proposition a été adoptée à l'unanimité par le Conseil de Paris.

III. Les médecins Laurence Hugonot-Diener, psycho-gériatre, connaît bien le profil des personnes Diogène, qu'elle suit depuis une quinzaine d'années : «L'opposition à tout est le critère principal, alors qu'ils ont besoin de tout. Ils vous disent : “Je n'ai pas besoin de vous. Je suis chez moi. Dehors.” Ils sont seuls, souvent misanthropes et n'aiment pas les médecins. Ce syndrome touche toutes les catégories socioprofessionnelles.» Il n'a rien à voir avec la saleté ou la pauvreté, et les Diogène savent vivre en société, travaillent, sortent. «Un de mes patients a hérité de cinq appartements à Paris. Il les a tous remplis du sol au plafond. Il vit dans la rue. Et son fils, à la cave.» Les personnes Diogène sont vieilles, ou plutôt : on les découvre Diogène une fois âgées, entre 55 et 70 ans. «Les plus jeunes ont encore des parents, des frères, des soeurs, des conjoints qui peuvent s'en occuper.» Avec l'avancée en âge, la solitude est plus prégnante et le poids de l'accumulation plus visible. «On s'alimente aussi moins bien, on devient sarcopénique [diminution de la masse et de la force musculaire], on peut faire des chutes nécessitant une intervention au domicile, ce qui trahira alors une personne Diogène.» Laurence Hugonot-Diener a dirigé un ouvrage avec Matthieu Piccoli, gériatre à l'AP-HP, le Syndrome de Diogène, comprendre et soigner (éd. De Boeck). Au téléphone, ce dernier précise : «Il ne faut surtout pas croire que c'est une maladie. C'est le symptôme d'autres pathologies. En gros, 50 % ont développé des maladies neurodégénératives (MND), comme une dégénérescence lobaire fronto-temporale ou encore Alzheimer, et 50 % des maladies d'ordre psychiatrique ou bien sont victimes d'un état de stress post-traumatique (ESPT) sans patho - logie avérée. L'urgence est de faire le diagnostic.» Et de traiter ce que Diogène recouvre.

Si les MND ne peuvent être guéries mais uniquement corrigées, certains traitements sont possibles, notamment pour l'ESPT. L'impossibilité à trier ou jeter peut aussi être travaillée via la réalité virtuelle, en plaçant la personne dans une situation où elle devra simuler des tâches de rangement sans être émotionnellement affectée, ce qui peut lui permettre ensuite de développer des stratégies de tri par elle-même.

Matthieu Piccoli s'alarme d'une intensification des signalements. «Si la finalité est de détecter des personnes qui provoquent un trouble de voisinage, on est dans le contrôle social.

Si c'est pour des soins, ce n'est pas la même chose. L'important, c'est l'accès aux soins.

Il faut regarder nos démons en face. Ces gens font partie de la société, ce sont des personnes souffrantes, pas des bêtes de foire.» Dans un bureau de l'Afar où il organise des formations pour les professionnels de santé, Jean-Claude Monfort, neuro-psycho-gériatre, spécialiste du syndrome de Diogène, complète : «Lorsqu'ils ne souffrent pas d'une pathologie, ce sont des personnes qui, enfant, ont traversé l'enfer et ont développé de grandes capacités de survie. Ils ont ensuite mené une existence sans problème, souvent brillante. Puis, à un moment donné, à la suite d'un déclic, un accident, un décès, ils réactivent leurs anciens réflexes.» Ils se protègent, entourés d'une citadelle, d'une seconde peau d'objets et de déchets s'épaississant chaque jour.

IV.

L'associatif Ses bureaux sont situés dans le XVIe arrondissement de Paris. Une large surface en étage élevé avec parquet à chevrons ? Non. Un studio en souplex dont on accède par la rampe du parking. Pierre Ludosky a créé il y a cinq ans l'association «Survivre à l'insécurité». Son rôle : aider les personnes Diogène. Il n'est pas lui-même atteint du syndrome, mais il aurait pu. «Jadis, je dirigeais une usine de conditionnement de la nourriture sous plastique, se souvient-il, le regard concentré, les mains jointes. Je me suis senti discriminé, j'ai vécu une grande déception. Je me suis demandé pourquoi un être humain souhaitait détruire un autre être humain qui voulait avancer dans la vie sans faire de mal.» Alors il plaque tout. Et cherche à comprendre de plus près ces fameux êtres humains. Ludosky se lance dans les ménages, clientèle sélectionnée, niveau social élevé. «Un jour, j'entre dans l'appartement d'une personnalité et je découvre par terre des assiettes, des verres, des vêtements, des emballages de colis, des déchets…» Il dénombre plusieurs cas similaires. Certains, malgré des logements vastes, n'ont qu'un petit espace pour évoluer. «J'ai commencé à étudier ce trouble. J'ai discuté avec eux pour comprendre leur enfance, leur famille, leur filiation. Je n'ai pas appris Diogène dans les livres, mais à leur contact.» Il mesure qu'on ne peut percer leur muraille sans montrer patte blanche. «Ces gens ont été déçus par l'humain, ils ne font plus confiance aux autres. 90 % de ceux que j'ai vus ne connaissent pas de trouble psychiatrique.» Il dresse néanmoins un profil semblable à celui évoqué par les psys : des personnes au passé difficile, tortueux, où il faut parfois chercher dans les brumes de la psychogénéalogie. «Des enfants avec des questionnements, souvent non résolus. A un certain moment de notre vie, nous avons besoin d'avancer. Ils occultent alors ces traumas – qui restent là, enfouis. Souvent ils plongent dans le travail. Puis souvent le travail leur donne un blâme, ce qu'ils reçoivent comme une injustice par rapport à la passion et au temps écoulé.» La personne Diogène est alors ramenée aux difficultés antérieures, à une vie d'insécurité dont elle cherche à se protéger et trouve dans les objets une forme de «compensation : quelque chose qui ne mentira jamais, ne trahira jamais, ne l'abandonnera jamais. Elle les amasse, c'est sa bouée de sauvetage». Puis, peu à peu, les objets sont personnifiés, «au départ enrobage, ils deviennent comme un être humain. Cet essuie-tout qui m'a permis d'éponger du liquide par terre, je ne le jette pas. Il m'a aidé, il était là pour moi». Ludosky bénéficie d'une position neutre : il n'a pas d'attache avec les personnes Diogène, il ne représente pas l'autorité, il ne fait pas partie de leur famille. Ce sont eux la plupart du temps, «en questionnement sur ce trouble et qui ne comprennent Suite page 16 Suite de la page 15 pas ce qui leur arrive», qui le sollicitent, quand leur situation est intenable ou qu'ils sont sommés de désencombrer leur logement. Ludosky en rencontre environ cinq par jour, «souvent des têtes bien faites, avec une bonne gymnastique intellectuelle, mais pas forcément simple». Son travail consiste à leur faire prendre conscience que les objets sont une échappatoire. «Je leur dis que la chaleur, la confiance, l'aide, seul un humain peut les leur apporter. Ils pourraient remplir des pièces à l'infini, ils n'en auraient jamais assez. Il faut un humain.» L'augmentation du nombre de personnes Diogène et leur médiatisation ont conduit à la création de sociétés de nettoyage hyper - efficaces. Elles transforment en deux jours un appartement surchargé en un modèle d'Airbnb spacieux avec comme seul objet une bougie parfumée sur une table basse, tout le reste partant à la benne. Ce genre de désencombrement radical peut être fatal à la personne Diogène, avec risque de suicide ou de somatisation extrême. Ludosky, lui, est un associatif, il propose la manière lente. Après avoir reçu leur approbation, il désencombre le logement avec eux, s'occupe de la désinfection. Il agit discrètement, fait passer cela aux yeux du voisinage pour des travaux d'aménagement. «Quand vous voyez la façon dont ces personnes ont du mal à se dessaisir d'un objet, même souillé… c'est incompréhensible, cette souffrance.» V. La personne Diogène Bastien Rezé, 44 ans, est un repenti. Nous le rencontrons dans un bar de la banlieue Est. Il surgit en scooter, dans une cape de pluie siglée All Black. Rond, cheveux poivre et sel, lunettes, cigarette. Le débit facile. Il dit ceci : «Vers 20 ans je fais mon chemin, tranquille. Je bosse sur des marchés. Je touche un petit héritage. J'achète une rôtisserie ambulante. Je gagne très bien ma vie, jusqu'à 5 000 euros par mois. Chaque trimestre, je pars en vacances en République dominicaine. Je goûte la cocaïne là-bas, puis en France. En plus de ma consommation d'alcool. J'invitais beaucoup d'amis, je faisais des fêtes. Je prenais tout en charge. «A ce moment-là, il m'arrive deux choses. La femme de ma vie veut un enfant, mais je lui demande d'attendre un an, le temps de sortir de l'alcool. Elle me quitte. J'apprends plus tard qu'elle est enceinte d'un autre. Et un proche avec qui je m'étais jadis engueulé fait courir des bruits sur mon compte, des trucs invraisemblables. Je coupe avec tous les gens qui ont su ces conneries et ne sont pas venus m'avertir. Alors que je leur avais payé à manger et tout.

«Je vends ma rôtisserie, presque à perte. Je me retrouve au RSA, sans logement, alcoolique, cocaïnomane, je vais aux Restos du coeur. J'ai 30 ans. Grâce à un ami, j'emménage dans un studio. Je fais de l'intérim. Sans argent pour la cocaïne ou l'herbe, je me noie dans l'alcool. Je fais une cure, deux cures. Sans résultat.

«Diogène arrive un soir où je sors de chez ma mère. C'est le jour des encombrants. Je vois des planches dans la rue, deux chaises en bon état. Je les prends sur mon scooter, “au cas où”, “ça peut toujours servir”, “au pire je les revendrai”. Mais je n'en fais rien. Dans le hangar où je bosse comme manutentionnaire, je jette des objets à la benne, des jouets pour enfants, des magazines. J'en rapporte chez moi.

«Mon studio se remplit, ça va vite. Avec l'alcool, je passe aussi de 70 à 100 kilos. J'ai des problèmes de dos. Mais je garde mes anciens vêtements. Je stocke tout ce que je trouve. Une nuit, la penderie s'écroule et bloque l'accès à la cuisine. Comment je vais réparer ça, j'ai pas les moyens de la remplacer. Pas grave, c'est bon. Je laisse.

«Je n'ai plus accès à la cuisine. L'évier déborde de vaisselle. Mon frigo tombe en panne. Dans un bar, quelqu'un me vend un frigo pas cher. Je n'ai pas la force pour l'amener dans la cuisine bloquée. Il reste dans l'entrée.

Je m'appuie sur une commode, elle s'écroule. Tout est cassé chez moi avec un frigo dans l'entrée. Je n'arrive pas à trier cet appart, alors que je suis quelqu'un de carré. J'ai un toit mais ce qu'il y a dessous est désolant. Je suis devenu un porc.

«Je vais voir des psys, qui diagnostiquent une “dépression sévère”. Je suis sous antidépresseur. Avec les médocs, je deviens un zombie. J'allais au boulot pas lavé, ça s'est vu, même si je me parfumais beaucoup. Mais je bosse bien, on ne me dit rien. «Un jour, chez moi, la poubelle est pleine. Je mangeais des carottes râpées, je pose la fourchette sur la table, je jette la barquette par terre. Et c'est devenu une habitude. Manger des cordons-bleus froids, c'est dégueulasse, je mange des trucs froids. Directement dans la boîte, que je jette par terre. Comme un homme préhistorique. J'accumule peu à peu 1,40 m de déchets autour de moi.

«Dans le studio, les yeux me piquent, j'ai du mal à respirer. Un jour j'ouvre la porte-fenêtre en baissant les rideaux, pour ne pas que les gens voient. Les Diogène vivent stores baissés. Dans les grottes, il fait noir, on arrive très bien à se repérer : un pas ici, je m'accroche là, j'enjambe le truc au milieu, là je sais qu'il y a du verre cassé, je fais gaffe. Des moucherons entrent. Puis ils prolifèrent, tout mon plafond en est couvert. Je n'ouvre plus les fenêtres. Si je vois une larve sur un aliment, je passe un coup de bombe. Je vis dans un environnement si malsain que je pense être immunisé contre tout.

«Je passe mon temps sur la moitié du lit. L'autre moitié est couverte de déchets. Je me colle entre le mur et les déchets. J'ai de plus en plus mal au dos, je me mets en position foetale, je reste focalisé sur la télé, en permanence. Je ne regarde qu'elle, elle me permet de ne pas voir ce qu'il y a autour.

«La vie de tous les jours, c'est quinze minutes matin et soir pour entrer et sortir du studio. Au judas, je guette, je pose mon oreille sur la porte. Pas de bruit, j'ouvre, je me faufile et je referme tout de suite. Quand j'y arrive, c'est une journée de gagnée. Je n'ai qu'une peur : être dénoncé par un voisin.

«Un des psys me dit : “Les deux pots de fleurs fanés dans votre salle de bains qui ne servent à rien. D'ici à la semaine prochaine, jetez-les.” Facile. Mais je n'ai pas réussi. Jeter est un geste impossible. Quand je m'apprête à jeter un objet, je me retrouve comme quelqu'un qui a peur du vide et marche au bord d'une falaise. Alors je ne jette pas. Cependant, j'ai des épiphanies. Une fois tous les 36 du mois, il se passe un truc : je remplis une dizaine de sacspoubelle que je vais jeter dans la nuit. Ce sont des moments joyeux.

«Je me renseigne sur Internet. Je comprends que je suis Diogène. Je vois qu'il existe des nettoyeurs de l'extrême, qui désencombrent et rendent un appart nu. Où sont les objets qui comptaient ? Je ne veux pas ça. Et j'ai aussi peur du vol. Du coup je ne fais rien. Je me dis que je sombre et que ce qui m'attend c'est le suicide. Le seul moyen de me sauver : mettre le feu à l'appart. Je suis en train de pourrir. Je tombe enfin sur l'association de Pierre Ludosky. Nous discutons beaucoup, jusque tard dans la nuit, je trie avec lui, cela dure une semaine. Je m'en sors, parce que je le voulais. Cela a duré huit ans. Mais c'est un combat quotidien, aujourd'hui encore je sens que parfois je me laisse aller, il y a chez moi des objets qui traînent, des machines à laver en retard. Je fais attention. Et surtout je veux parler pour faire comprendre cette maladie. Il faut que les gens sachent qu'être Diogène ce n'est pas être sale, ce n'est pas de la fainéantise. C'est malgré soi.»

«Je vis dans un environnement si malsain que je pense être immunisé contre tout.» Bastien Rezé qui a souffert plusieurs années du syndrome de Diogène

La Croix, no. 43001
Monde, jeudi 22 août 2024 721 mots, p. 7

Le soutien de l’Inde à Sheikh Hasina renforce la rancœur des Bangladais

Côme Bastin

Après avoir soutenu la « Dame de fer » du Bangladesh jusqu’à sa chute, l’Inde lui offre l’asile, suscitant la colère.

De violentes infox venues de Delhi sur un « génocide des hindous » ont depuis renforcé l’image d’une Inde prête à tout pour vassaliser son voisin.

Dacca (Bangladesh)

De notre envoyé spécial

« Nous remercions Muhammad Yunus d’avoir mis fin au 15 août comme jour férié », s’enthousiasme Akkas Ali, figure du Bangladesh Nationalist Party (BNP), depuis la ville moyenne de Mymensingh. Il y a un an, le 15 août 2023, on commémorait encore au Bangladesh la mort de Sheikh Mujibur Rahman, père de Sheikh Hasina et aussi du pays, selon la doctrine de leur parti dynastique, la Ligue Awami. « Il faut faire pression sur l’Inde pour une extradition qui permette de la juger et la condamner »,demande Akkas Ali, dans les cortèges de Mymensingh, où certains appellent à la pendre.

Dépassée par un soulèvement monstre contre son régime autoritaire, Sheikh Hasina a fui le 5 août en Inde et se trouve sous la protection de Narendra Modi, ami revendiqué. Après l’avoir reçue en grande pompe à New Delhi, puis vanté, en 2024, son cinquième mandat remporté sans opposition, le premier ministre indien n’était pas dans les petits papiers de bon nombre de Bangladais, comme l’indiquent les tags « Go Back Modi » et « Go Back India », à Dacca. En donnant le sentiment de ne pas accepter la chute de sa protégée, l’Inde a fait redoubler cette rancœur.

« Sheikh Hasina nous a oppressés, mais l’Inde aussi », juge Tarequl Islam, leader étudiant de 25 ans, qui exige son extradition. Après avoir appuyé militairement son indépendance du Pakistan en 1971, l’Inde a en effet soutenu sans limite la Ligue Awami. Cette dette de sang fondée sur la rivalité partagée envers le Pakistan a fondé des relations solides entre les deux pays, aujourd’hui mises à mal. « Sheikh Hasina était une marionnette,récuse Tarequl Islam. Elle laissait l’Inde construire des barrages illégaux sur nos fleuves en échange du soutien à son régime fasciste. Aujourd’hui, elle complote avec l’Inde pour renverser notre révolution. »

New Delhi a toujours fait sien l’argumentaire de Sheikh Hasina, assimilant ses opposants à des islamistes assoiffés de sang. Depuis sa démission, l’Inde dénonce un génocide hindou au Bangladesh, pays à majorité musulmane. Des milliers de soutiens du parti nationaliste hindou de Narendra Modi ont défilé, ce vendredi, dans la capitale indienne contre ce génocide. « L’instabilité au Bangladesh a conduit à ce que les hindous y soient pourchassés, violés, torturés », a dénoncé la députée BJP (parti du président Modi) Bansuri Swaraj.

Des rassemblements ont eu lieu à Dacca, et jusqu’aux États-Unis, pendant que l’extrême droite mondiale amplifiait la paranoïa. Les preuves se résument cependant à des vidéos truquées et des rumeurs. Si deux hindous sont morts durant le soulèvement, des centaines de musulmans aussi. « New Delhi a monté ce génocide hindou pour discréditer la révolte », dénonce Zillur Rahman, du Center for Governance Studies à Dacca, qui appelle à « prendre au sérieux les opérations de déstabilisation de l’Inde ».

Muhammad Yunus, à la tête du gouvernement par intérim, privilégie la désescalade et s’est rendu dans plusieurs temples pour promettre que les hindous seraient protégés. Narendra Modi s’est finalement dit rassuré sur leur sort. La séquence a cependant blessé de nombreux Bangladais. « Pas un mot de l’Inde sur les crimes de Hasina, mais des mensonges honteux pour semer la division », résume Tarequl Islam, qui espère que le Bangladesh « se tournera vers l’Occident ».

La méfiance pourrait durer entre deux pays… qui n’y ont aucun intérêt. Malgré la partition qui les a divisés en 1947, l’Inde et le Bangladesh partagent l’amour de la langue bangla et de ses icônes, comme le philosophe Tagore. Leurs échanges commerciaux sont importants. « Nous sommes interdépendants, et l’Inde a été à nos côtés lorsque nous étions en difficulté, rappelle Humayun Kabir, du Bangladesh Enterprise Institute. Si l’Inde soutient la transition actuelle, les Bangladais la verront comme une amie. »

Le Figaro, no. 24881
Le Figaro, jeudi 22 août 2024 1055 mots, p. 5

Politique

Aussi paru dans
21 août 2024 - Le Figaro (site web)

Avant la rencontre avec Macron, le PS replonge dans ses divisions sur l'alliance avec LFI

Deux courants du parti contestent la stratégie de la direction et ne veulent pas exclure l'hypothèse Cazeneuve.

Lepelletier, Pierre

En dégainant, dimanche dernier, la lourde mais impossible menace de « destitution » contre Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon a aussi lancé une belle grenade dégoupillée dans les roses du Parti socialiste. Depuis la publication du texte des Insoumis par La Tribune dimanche, les troupes d'Olivier Faure s'entredéchirent. Si la direction, opposée à la proposition de LFI, ne veut pas s'épancher sur le sujet pour préserver la sacro-sainte unité du Nouveau Front populaire, les deux courants minoritaires estiment que Jean-Luc Mélenchon et les siens sont allés trop loin. À leurs yeux, l'ex-candidat LFI à la présidentielle se livre à une nouvelle «provocation» qui risquerait de « braquer» Emmanuel Macron à quelques heures de la rencontre du NFP avec le président, vendredi matin, à l'Élysée. « Une nouvelle ligne rouge a été franchie» , dénonce un élu du PS.

Les socialistes opposés à Olivier Faure regrettent que le premier secrétaire ne soit pas monté plus haut dans les tours pour se démarquer de cette initiative Insoumise. Sur X (ex-Twitter), le chef des socialistes avait rappelé que cette tribune n'engageait que LFI. «Les militants attendent que notre premier secrétaire soit plus fort vis-à-vis des Insoumis», grince un cadre du parti. Les deux courants minoritaires défendent, eux, un acte symbolique : ne pas se présenter avec les Insoumis lors du rendez-vous avec Emmanuel Macron. «Quelle est la crédibilité de s'afficher avec eux? Ils veulent la destitution, alors que nous souhaitons gouverner» ,souligne Kamel Chibli. Le vice-président de la région Occitanie, proche de Carole Delga, estime par ailleurs qu'une telle décision «acterait la clarification attendue du PS vis-à-vis de La France insoumise».

La direction du parti de la rose refuse de suivre cette piste et a d'ailleurs dit non à la tenue du bureau national réclamé par les opposants pour trancher la ligne. Olivier Faure et les siens ne veulent pas donner l'impression que les socialistes «se regardent le nombril» en ouvrant de nouvelles hostilités internes. Surtout, ils considèrent que seul un bloc de gauche uni peut permettre de tenir le bras de fer face à Emmanuel Macron pour imposer le nom de Lucie Castets, la représentante du NFP, à Matignon. «Lucie Castets ne va pas enchaîner deux rencontres avec Emmanuel Macron, une avec les socialistes et une avec les Insoumis», souligne par ailleurs un parlementaire.

En réalité, se profile une autre bataille au sein du Parti socialiste. Si le courant majoritaire défend la candidature de Lucie Castets - c'est d'ailleurs Olivier Faure qui avait proposé son nom lors des négociations -, cela est de moins en moins évident dans les deux autres chapelles. Le nom de Bernard Cazeneuve, régulièrement cité, est doucement en train de convaincre au sein des courants minoritaires. « C'est Emmanuel Macron qui décide, donc s'il continue de dire non à Lucie Castets, que fait-on? On se retire ou on décide quand même de répondre aux problèmes des Français?» , interroge Patrick Mennucci, stratège socialiste. «Si Bernard Cazeneuve devait accepter, c'est qu'il aurait la capacité de mener la politique dont le pays a besoin. Sinon, il n'acceptera pas. C'est un homme de gauche, un homme de principes», salue l'ancien député de Marseille.

Ces positions agacent les responsables socialistes qui réclament l'unité du parti à deux jours de la rencontre avec le chef de l'État. «Macron sait très bien qu'il peut se servir de Bernard Cazeneuve pour diviser la gauche», soupire un cadre. «Quelle majorité aurait-il? Il faut être rationnel. Les Insoumis, Les Écologistes et une grande partie des socialistes ne le soutiendraient pas. Il aurait donc une majorité encore plus restreinte que Lucie Castets», prévient Pierre Jouvet, eurodéputé et stratège du PS. «Je ne vois pas sur quel mandat Bernard Cazeneuve pourrait gouverner», a également souligné Lucie Castets, lundi, sur BFMTV, rappelant qu'il ne représentait en rien le Nouveau Front populaire, soit la coalition arrivée en tête aux législatives.

Par ailleurs, les alliés écologistes n'ont jamais oublié que l'ancien socialiste était à la tête du ministère de l'Intérieur lors de la mort du militant écologiste Rémi Fraisse sur le barrage de Sivens en 2014. « Je sais que, dans un parti, certains le plébiscitent, mais, chez Les Écologistes, il y a des choses qu'on n'oubliera jamais», a martelé Marine Tondelier, lors d'une conférence de presse en amont des Journées des Écologistes qui débutent ce jeudi à Tours (Indre-et-Loire). En cas de désignation de Bernard Cazeneuve, un soutien de certains cadres socialistes pourrait donc avoir l'effet d'une déclaration de guerre au reste de la gauche.

Pour ne rien arranger, Raphaël Glucksmann, qui s'était fait discret ces dernières semaines, s'est rappelé au bon souvenir des socialistes. Dans un entretien au Point, mardi, l'ancienne tête de liste du PS aux européennes n'a pas manqué de critiquer la stratégie de ses alliés après la dissolution. L'eurodéputé a remis en question le plan du Nouveau Front populaire, regrettant qu'il n'y ait pas eu un «dialogue avec les partis politiques ayant participé au front républicain contre le Rassemblement national sur la base des priorités»plutôt que de se comporter comme si «le NFP avait la majorité absolue». Plus largement, l'essayiste a également reproché aux partis de gauche, dont le PS, de ne pas avoir « autant travaillé» que La France insoumise ces dernières années, au point de «progressivement développer un sentiment d'infériorité politique, intellectuelle et même psychologique» au mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

« Raphaël a pris le melon. Il pourrait avoir un peu plus de reconnaissance pour le Parti socialiste après la campagne des européennes», raille une proche d'Olivier Faure. À en croire plusieurs sources, le premier secrétaire du PS aurait coupé les liens avec son ancienne tête de liste depuis le NFP. Comme une belle histoire qui se termine mal. « Il n'a pas totalement tort sur le fond, mais pourquoi ce timing, juste avant la rencontre avec Emmanuel Macron? Il aurait pu faire ça dix jours plus tard...», soupire une responsable socialiste. En ajoutant : « Il sait qu'il a un vrai capital politique et qu'il y a une attente autour de lui, mais sa sortie fait vraiment mercenaire...» P.L.

Aujourd'hui en France
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_Politique, jeudi 22 août 2024 687 mots, p. AUJM5
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22 août 2024 - Le Parisien

Marine Tondelier, la Casque bleu du NFP

Devenue une figure du Nouveau Front populaire après ses sorties médiatiques, la cheffe des Verts fait sa rentrée ce jeudi. Avant de participer aux consultations sur le futur gouvernement ce vendredi.

Julien Duffé

Cet été, Marine Tondelier a passé une partie de ses vacances au camping de... Matignon, dans les Côtes-d'Armor. « Un pur hasard » puisque le lieu de villégiature avait été réservé six mois à l'avance sans qu'elle remarque le nom de la commune bretonne, précise la secrétaire nationale des Écologistes, dont les universités d'été s'ouvrent ce jeudi pour trois jours à Tours (Indre-et-Loire).

L'anecdote est savoureuse pour celle qui a crevé l'écran ces dernières semaines en défendant farouchement le Nouveau Front populaire (NFP), puis en promouvant la candidature de Lucie Castets. Accompagnée de la prétendante du NFP au poste de Première ministre et des chefs de parti et des groupes parlementaires de gauche, elle participera ce vendredi matin à la consultation organisée par Emmanuel Macron. Celle qui fêtera ce jour-là son 38 e anniversaire ne s'attend pas à ce que le chef de l'État lui fasse de cadeau.

« Beaucoup de femmes me remercient »

« Emmanuel Macron ne choisira pas Lucie Castets pour nous faire plaisir mais parce qu'il n'a pas d'autre choix, veut-elle croire. En attendant, on met toute notre énergie à parler aux Français pour les convaincre. » Depuis la dissolution, c'est ce à quoi s'emploie la patronne des Verts, multipliant les sorties médiatiques, vêtue de son éternelle veste verte. Le 1 er juillet, au bord des larmes, elle fustige ainsi le « comportement de lâche et de privilégié » de Bruno Le Maire qui défend le « ni RN ni LFI ». Elle étrille ensuite Jordan Bardella qui refuse de débattre avec elle dans l'entre-deux-tours. Et lorsque le bras de fer entre socialistes et Insoumis fait s'éterniser les tractations du NFP pour trouver un candidat à Matignon, Marine Tondelier rappelle à l'ordre ses partenaires : « Je suis en colère, je suis écoeurée, j'en ai marre. » Ces derniers jours, c'est encore elle qui démine les désaccords après la menace de destitution brandie par les Insoumis.

Une véritable Casque bleu de l'union qu'on arrête désormais dans la rue pour un selfie. « Beaucoup de femmes qui ne s'intéressaient pas trop à la politique me remercient : je trouve ça émouvant », raconte-t-elle. Son ancrage de toujours à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), où l'écologiste est élue d'opposition de la ville gérée par le Rassemblement national, y est pour beaucoup. « Mes dix ans de combat politique contre le RN ont trouvé un sens très précis dans cette séquence, reconnaît-elle. Si j'ai été utile, tant mieux. Après, je garde la tête froide. En politique, la roue tourne vite. Et la réussite est surtout collective. » Sa bonne entente avec les chefs des Insoumis, du PS et du PCF, Manuel Bompard, Olivier Faure et Fabien Roussel, a contribué à maintenir l'attelage NFP. « Marine est très cash, donc elle peut être surprenante, mais c'est une partenaire fiable », salue un proche de Faure.

« La dissolution l'a sauvée »

Sa visibilité nouvelle agace aussi, inévitablement. « Elle a émergé au moment où Jean-Luc Mélenchon s'est fait plus discret : la nature a horreur du vide », griffe un stratège de gauche. « La dissolution l'a sauvée : ça a fait oublier le fiasco des européennes », raille un député LFI. Sur ce dernier point, Tondelier jure ne pas vouloir mettre sous le tapis les 5,5 % du 9 juin, le plus faible score du parti depuis trente ans. « Le bilan sera tiré en octobre et tous ceux qui voudront s'exprimer pourront le faire », s'engage-t-elle.

En cette rentrée, elle préfère évidemment égrener les bonnes nouvelles. « On n'a jamais eu autant de députés, on est redevenu le parti politique préféré des Français (selon un sondage Odoxa-Backbone pour « le Figaro » publié en juillet) et les chiffres des nouvelles adhésions sont historiques », annonce-t-elle. Dans les prochains jours, la porte-drapeau du NFP continuera à jouer les bons offices à gauche. « C'est le tempérament des écologistes de vouloir faire fonctionner les écosystèmes, de reconnaître que la biodiversité, même en politique, c'est important. »

Le Figaro, no. 24880
Le Figaro, mercredi 21 août 2024 742 mots, p. 2

Politique

La difficile reconversion des macronistes défaits

Cimbidhi, Eloïse

Ils n'ont eu droit à aucun préavis. Le soir du 9 juin, à l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale, les 577 députés de la 16e législature ont été immédiatement démis de leurs fonctions. Et, s'ils ont pour la plupart retrouvé leur siège, 155 d'entre eux ont dû définitivement renoncer à leur écharpe tricolore au lendemain des élections législatives des 30 juin et 7 juillet. Le couperet a été encore plus impitoyable pour le groupe macroniste, fort de seulement 99 députés après avoir été amputé de 72 membres, lesquels se trouvent à présent sans activité.

«Ça fait longtemps que je n'ai pas fait un CV», soupire l'ex-députée Renaissance Caroline Abadie, qualifiée au second tour dans l'Isère avant de se désister pour faire barrage au Rassemblement national (RN). Après deux mandats à l'Assemblée nationale, la macroniste doit désormais penser à «l'après». «En tant que députée, j'avais beaucoup travaillé sur les sujets carcéraux, pénitentiaires et de réinsertion professionnelle. Donc j'aimerais bien pouvoir être utile dans ces domaines-là», se plaît-elle à imaginer. Tout en faisant part de ses doutes : «Mon seul souci, c'est de savoir si ces sept années de boulot à l'Assemblée vont m'être utiles.»Des inquiétudes entretenues par une période estivale peu propice à la recherche d'emploi. «Trouver un travail au mois d'août n'est jamais une chose aisée», constate Cécile Rilhac, qui s'est elle aussi retirée de la course électorale après être arrivée troisième au premier tour dans le Val-d'Oise. L'ancienne chef d'établissement, qui doit signer son retour à l'Éducation nationale à la rentrée, pâtit elle aussi de ce calendrier resserré. «Ce n'est pas une mince affaire d'obtenir une affectation, donc j'attends toujours de savoir quel poste me sera confié d'ici le 1erseptembre» , explique-t-elle.

«Le moral n'est pas au beau fixe», résume l'ancien député MoDem des Yvelines, Bruno Millienne. Aussi, une boucle WhatsApp, nommée « Plus députés mais toujours engagés » , a été créée pour mettre en lien les macronistes défaits lors des législatives de 2022 et de 2024. «C'est un espace de solidarité entre anciens députés de la majorité qui nous permet d'échanger sur l'actualité et de répondre aux questionnements des uns et des autres. Ceux qui ont vécu ça en 2022 sont un vrai soutien», relate Cécile Rilhac. «Si vous pouviez voir la boucle..., lâche de son côté un ex-député du camp présidentiel qui témoigne du désespoir de ses anciens collègues. Certains sont au RSA, d'autres ont abandonné leur entreprise, certains ont divorcé parce que ça rend fou. »

Une réinsertion professionnelle d'autant plus épineuse que l'hypothèse d'une nouvelle dissolution hante déjà l'esprit des ex-députés. Les recruteurs redoutent leur départ prématuré. «Cette question est revenue plusieurs fois lorsque j'ai établi mes premiers contacts professionnels. Il va falloir que je tranche» ,fait savoir Caroline Abadie. «Les patrons craignent que la personne se réengage en politique mais aussi qu'elle ne parvienne pas à s'intégrer au sein d'une équipe et d'une hiérarchie» ,décrypte à son tour Cécile Rilhac. De son côté, Patrick Vignal, député de l'Hérault pendant douze ans avant de retirer sa candidature pour le second tour des législatives, tient «le manque d'ancrage» du parti présidentiel pour responsable de la difficile reconversion des parlementaires dans la fonction publique. «À l'époque, les députés PS ou UMP retrouvaient facilement un job dans les mairies, les conseils départementaux et régionaux. Mais, lorsque vous êtes un député macroniste sortant, toutes les portes vous sont fermées parce que le parti n'a pas d'ancrage local», analyse-t-il.

Sans emploi, les anciens députés peuvent toutefois prétendre à l'assurance-chômage versée par le Fonds d'assurance mutuelle différentielle d'aide au retour à l'emploi des députés (FAMDRE). «Nous avons les mêmes conditions que n'importe quel salarié», assure l'ex-députée MoDem de l'Isère Élodie Jacquier-Laforge. Une prestation qu'elle ne percevra pas puisqu'elle a déjà retrouvé un emploi. « J'ai été contactée quasiment le lendemain du second tour et j'ai tout de suite eu des propositions professionnelles» ,annonce-t-elle. Même réinsertion expresse pour l'ancien élu de Saône-et-Loire Louis Margueritte : «Je suis initialement fonctionnaire de Bercy, alors je réintègre dès septembre le ministère au conseil général de l'économie. Mais c'est provisoire, je regarde déjà vers le secteur privé.»Pour sa part, Bruno Millienne, qui a atteint l'âge de la retraite, n'a «droit à rien du FAMDRE». «Je n'ai que ma retraite de député, qui s'élève à moins de 900euros net par mois. Je suis aussi retraité du privé mais ça ne suffit pas» , déplore celui qui doit lancer sa boîte de conseil à partir de septembre.

Le Figaro, no. 24880
Le Figaro, mercredi 21 août 2024 910 mots, p. 4

International

La bataille américaine divise aussi la classe politique française

Timsit, John

L'image avait fait le tour du monde. Le visage ensanglanté, Donald Trump lève le poing ce 13 juillet après avoir échappé de peu à un attentat lors d'un meeting en Pennsylvanie. Les États-Unis sont sous le choc. Fait rare pour le candidat républicain à la présidentielle, ses plus fervents détracteurs sont obligés de lui apporter leur soutien. Y compris en France, où la plupart des responsables politiques, dont Emmanuel Macron, y sont allés d'un commentaire bienveillant. Une unanimité de quelques heures qui n'aura pas suffi à tempérer une classe politique polarisée sur la bataille outre-Atlantique. Si la victoire de la vice-présidente Kamala Harris serait unanimement perçue comme une continuité de l'actuelle Administration démocrate, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche donne déjà à quelques-uns des sueurs froides.

Notamment à gauche. Le Nouveau Front populaire a beau afficher sa préférence pour l'ancienne procureur générale de Californie, ses composantes ne sont pas pour autant au diapason. Chez certains, l'enthousiasme est de mise, comme chez Sandrine Rousseau. Après le retrait de Joe Biden de la course, la députée écologiste avait exhorté sur BFMTV ses homologues à «assumer les valeurs progressistes». Et l'élue de Paris de promouvoir la «candidature incroyable» de Kamala Harris, nécessaire «pour aller contre le conservatisme.»La nouvelle égérie des démocrates étant d'origine indienne et jamaïcaine, l'écoféministe avait chanté les louanges des personnalités «racisées», «de combat», «qui font relever à tête» à la gauche américaine.

L'engouement est réfréné par La France insoumise, méfiante de l'action sur le plan international du prochain président. Quel qu'il soit. «On refuse d'être enfermé dans cette dichotomie», rétorque le député LFI Arnaud Le Gall. Affirmant que le débat est «très mal posé en France» ,le membre de la commission des affaires étrangères martèle qu' «il y a plus de continuité que de rupture entre Obama, Trump, et Biden» dans le rapport protectionniste des États-Unis au monde. Un lieutenant LFI prétend même que «Harris n'est pas du tout à la gauche du Parti démocrate. Ma référence, c'est plutôt Bernie Sanders.»Autre point de discorde qui accroît la méfiance envers l'ancienne sénatrice : la guerre entre Israël et le Hamas. «Quelle que soit la personne que la direction du Parti démocrate choisira, elle ne sera pas de gauche», avait raillé la députée Danièle Obono après le renoncement de celui qu'elle surnommait «Genocide Joe Biden».Manière de souligner la soi-disant mansuétude du président américain vis-à-vis de la riposte de l'État hébreu à Gaza.

De quoi ébranler le bloc central, proche idéologiquement d'une partie des démocrates ? Dans le camp présidentiel, pro-européen, on appréhende surtout un retour de Donald Trump aux affaires. Une attention toute particulière est portée au volet militaro-financier. Quel avenir pour la sécurité du Vieux Continent si les États-Unis se désengagent ? Quid de la guerre en Ukraine si l'aide américaine diminue ? Auprès de L'Opinion, le député Benjamin Haddad (Ensemble pour la République) considérait en début d'année que le milliardaire «reviendrait radicalisé dans ses pires intuitions». «Nous ne pouvons pas laisser les électeurs du Michigan décider de la sécurité européenne» ,avait prévenu le spécialiste en relations internationales. Sans être naïf des velléités américaines, « que Trump l'emporte ou pas».

Moins offensifs, la droite et le RN ont plus jugé l'ancien président sur son bilan que sur sa personnalité sulfureuse. Jusqu'à afficher parfois une certaine bienveillance. Comme l'a montré l'investiture de Nicolas Conquer aux législatives : candidat finalement malheureux dans la Manche, ce Franco-Américain, soutenu par Éric Ciotti dans le cadre de son alliance contestée avec le Rassemblement national, est le porte-parole du Parti républicain en France.

Le symbole est fort, mais Jordan Bardella est sur ses gardes. Alors que le patron du RN a en tête l'échec de Marine Le Pen à construire une relation avec le magnat de l'immobilier - qu'elle avait pourtant espéré rencontrer début 2017 en l'attendant dans le hall de la Trump Tower -, Jordan Bardella a assumé en juillet sur LCI de moins s'engager qu'en 2016, lorsqu'il avait choisi l'homme d'affaires. Devenu entre-temps l'une des principales figures de l'opposition, l'eurodéputé de 28 ans ne se sent pas le besoin de choisir à la place des Américains».Une neutralité qui ne l'avait pas empêché de saluer la supériorité»physique et mentale de Donald Trump par rapport à Joe Biden, alors prétendant à sa réélection. On doit avoir un champion pour les intérêts de la France» ,plastronne un cadre nationaliste, insistant sur les valeurs que le RN partage davantage avec l'un(Trump, NDLR) qu'avec l'autre(Harris) ».

Au point de soutenir officiellement le candidat républicain, à l'image du premier ministre hongrois, Viktor Orban ? Hors de question pour le RN, qui laisse Reconquête monter au créneau. Deux ans après l'échange téléphonique entre Éric Zemmour et Donald Trump lors de la campagne présidentielle de 2022, l'eurodéputée Sarah Knafo a intégré cet été le Claremont Institute, un centre de réflexion proche des milieux conservateurs et trumpistes. «Wokisme, économie, université, « deep state »... Tous les sujets qui occupent la droite américaine sont les mêmes qui nous occupent en France», pointe celle qui a été élue en juin. Selon elle, l'élection de Donald Trump «enverrait un signal fort et montrerait que la droite peut gagner contre un système médiatique qui lui est opposé».Et ce, grâce à l'alliance des «classes populaires américaines et d'une certaine bourgeoisie qui a peur pour l'avenir de ses enfants». À Reconquête, les esprits cogitent toujours autant sur l' « union des droites ». Même si elles sont américaines. T. J.

Le Figaro, no. 24880
Le Figaro, mercredi 21 août 2024 660 mots, p. 2

Politique

Avec un nombre de groupes record, l'Hémicycle menacé de paralysie

Beker, Thomas, Lagrave, Martin

Record battu : jamais l'Assemblée nationale n'avait compté autant de groupes parlementaires sous la Ve République. Avec désormais 11 groupes en son sein, l'Hémicycle n'a jamais été aussi pluriel. En moins d'une décennie, le nombre de formations politiques au Palais Bourbon a quasiment doublé, passant de 6 en 2012 à 11 aujourd'hui.

Cette multiplication des groupes parlementaires puise notamment son origine dans l'éclatement de deux des trois blocs qui structurent l'Hémicycle. Le Nouveau Front populaire (NFP), union des partis de gauche qui a vu le jour à la suite de la dissolution prononcée le 9 juin dernier, a accouché de quatre groupes distincts à l'Assemblée nationale. La France insoumise (72 députés) et le Parti socialiste (66) sont les plus nombreux, et constituent ainsi le moteur parlementaire de la locomotive du NFP. Les Verts et les communistes, qui avaient un temps évoqué l'idée de s'unir au sein d'un seul et même groupe, ont finalement conservé leur chapelle avec 38 députés pour le groupe écologiste et 17 pour les communistes. Du côté du camp présidentiel, trois formations ont leur identité propre : Ensemble pour la République (ex-Renaissance, 99 députés) ; le MoDem (35) et Horizons (26).

C'est finalement le groupe du Rassemblement national (RN) qui est le plus homogène. Il devient ainsi le groupe le plus fourni avec 126 députés. C'est d'ailleurs pour cela qu'il bénéficiera de la première niche parlementaire de la nouvelle législature, prévue le jeudi 31 octobre prochain. Le RN pourra compter sur ses alliés ciottistes du nouveau groupe À droite, composé de 16 membres, présidé par Éric Ciotti. Les Républicains, eux, se retrouvent à 47 députés sous la bannière de la Droite républicaine. Enfin, le groupe hétéroclite Liot est parvenu à se reformer et compte 22 élus.

Dans un Hémicycle sans majorité, cette fracturation fait craindre à certains une grande instabilité. Un mois après la constitution officielle des groupes parlementaires, François Cormier-Bouligeon, député du Cher (Ensemble pour la République) fulmine : «Ça dit quelque chose de nos divisions. Maximiser le nombre de groupes, c'est mettre l'accent sur ce qui nous divise plutôt que sur ce qui nous rassemble. » De fait, une telle profusion de groupes dénote dans un système historiquement majoritaire, où l'Hémicycle fut longtemps partagé en 4 ou 5 groupes, dont deux prédominants (PS et UMP).

Mais avec la révision constitutionnelle de 2008, l'intérêt de bâtir un groupe parlementaire est devenu plus évident. Elle a octroyé des droits spécifiques aux groupes dits d'opposition et minoritaires. De nouvelles prérogatives couplées à la réduction progressive du nombre requis de parlementaires pour constituer un groupe - 30, puis 20 en 1988 et enfin 15 en 2009 - ont favorisé l'émergence de groupes de plus en plus restreints. Avec un impact sur la durée des travaux législatifs : chaque groupe a un temps de parole dédié dans les commissions. Puis en séance publique, ils disposent d'au moins cinq minutes en introduction de chaque examen de texte... et à nouveau cinq minutes d'explication de vote. Avec onze groupes, les débats risquent de s'éterniser.

Constituer un groupe permet aussi aux élus de défendre leurs propres propositions de loi lors des journées « d'initiative parlementaire ». L'occasion pour les petits groupes de faire des coups politiques, d'autant plus dans un contexte de majorité relative. «J'aimerais qu'on augmente le nombre de députés minimum pour constituer un groupe : 6 ou 8 groupes ça serait bien, 11 c'est beaucoup trop», peste Béatrice Piron, députée des Yvelines (Horizons). «Il faudrait changer les règles de la discussion générale. On était déjà à 1h15 de discussion générale... alors qu'il n'y avait parfois que trois personnes présentent dans l'Hémicycle... Donc si on doit passer à 1h30...». L'explosion du nombre de groupes parlementaires peut aussi s'expliquer par la possibilité d'obtenir l'un des postes clés du Palais Bourbon. Par exemple au bureau de l'Assemblée, dans les commissions, voire les postes de questeurs ou de vice-présidents. T. B. et M. L.

L'Humanité
mercredi 21 août 2024 567 mots, p. 7

Cazeneuve, Bouamrane... L'aile droite du PS veut torpiller le NFP

Lisa Guillemin

Gauche Alors qu'Emmanuel Macron doit nommer un premier ministre, plusieurs noms circulent, dont ceux de deux socialistes sociaux-libéraux. Une hypothèse qui divise le parti à la rose et inquiète les autres formations du Nouveau Front populaire.

Pour fracturer, il faut d'abord fissurer. Voilà le plan que le camp présidentiel compte imposer à la gauche en faisait fuiter, comme potentiels premiers ministrables, les noms de Bernard Cazeneuve et de Karim Bouamrane, respectivement ex-premier ministre de François Hollande et maire socialiste de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), jusqu'ici inconnu du grand public. Une fissure qui s'agrandit avec la polémique sur la proposition de destitution d'Emmanuel Macron portée par les Insoumis. Suffisant pour que l'aile droite du PS, criant au scandale, s'y engouffre.

À deux jours d'une rencontre entre le chef de l'État et le Nouveau Front populaire (NFP), les sociaux-démocrates ten- dance sociale-libérale tentent d'avancer leurs pions, au détriment de Lucie Castets, candidate commune de la coalition. L'idée d'un « compromis » avec les bancs macronistes fait son chemin en l'absence de majorité absolue au Palais Bourbon.

Et qui de mieux que Bernard Cazeneuve et Karim Bouamrane, tous deux Macron-compatibles et notoirement anti-insoumis, pour ouvrir une brèche à gauche ? Depuis des mois, les deux socialistes sont déjà des alliés de circonstance du président de la République. Le premier disait, à la veille du premier tour des législatives, que « jamais dans son histoire, même au moment du Front populaire, nous n'avons vu la gauche s'allier avec l'extrême gauche ». Et le second cinglait, en plein week-end du 15 août dans le Figaro magazine : « Comment sort-on de ce bourbier ? Comment voulez-vous arriver à un compromis quand la base d'un accord n'existe pas ? »

hostiles à l'alliance depuis le début

L'hypothèse divise au sein du Parti socialiste, tiraillé entre sa fidélité à l'alliance de gauche et son envie de gouverner. « Ce sont toujours les mêmes socialistes, avec leur positionnement hostile à Olivier Faure, et qui nous appellent aujourd'hui à nous unir avec un gouvernement que nous n'avons cessé de combattre », grince Dieynaba Diop, députée proche d'Olivier Faure. Dans son viseur, les opposants au premier secrétaire du PS Hélène Geoffroy et Nicolas Mayer-Rossignol, lesquels réclament la tenue d'un bureau national pour débattre de l'union avec la FI après sa tribune appelant à la destitution d'Emmanuel Macron. « La direction devrait ouvrir les yeux : nous sommes un certain nombre à préférer Cazeneuve à Castets, siffle une cadre anti-Faure. La seule solution réside dans un profil qui pourrait correspondre aux autres groupes sans susciter de réactions épidermiques. »

Le parti à la rose peine à trouver son équilibre, empêtré dans les dissensions entre ses différentes tendances. D'où la tentative de déstabilisation tentée par le chef de l'État, « avec des noms balancés pour amuser la galerie qui n'ont aucune chance d'advenir », fustige le député Arthur Delaporte. La preuve en est : « Ni l'un ni l'autre n'ont reçu d'appel et ne sont en mesure de former une majorité aussi solide que celle du NFP. »

De toute façon, le reste du NFP refuse déjà un bis repetita du quinquennat Hollande. Insoumis, communistes et écologistes rejettent les deux hypothèses, à l'instar du sénateur PCF Ian Brossat : « Si Macron s'aventurait à envoyer un socialiste en rupture de ban à Matignon, celui-ci lui devra tout et appliquera sa politique. Or, le peuple de gauche a exprimé sa volonté de tourner la page de la politique libérale au- delà du septennat Macron. »

Le Figaro, no. 24880
Le Figaro, mercredi 21 août 2024 803 mots, p. 2

Politique

L'Assemblée dans le flou en attendant la nomina tion d'un gouvernement

Près d'un mois et demi après leur élection, les députés attendent toujours les choix de l'exécutif et une date de rentrée pour attaquer l'examen du budget.

Beker, Thomas

Les députés sont en congé à durée indéterminée. Depuis la clôture officielle, le 2 août dernier, de la première séance publique, l'Assemblée nationale n'a toujours pas d'ordre du jour. La date de la reprise reste inconnue, suspendue à la nomination d'un premier ministre et d'un gouvernement. «Tout le monde est dans le flou,concède un conseiller parlementaire du camp présidentiel . Le calendrier risque de s'accélérer la semaine prochaine, mais j'ai l'impression qu'on a tous envie de couper les chaînes d'info et de se mettre sur les Paralympiques!», poursuit-il, regrettant déjà la trêve politique à l'oeuvre pendant les Jeux.

Sept semaines après les résultats des élections législatives, le chef de l'État a fini par convier les chefs de groupe à l'Assemblée nationale et au Sénat, ainsi que des partis politiques représentés au Parlement pour une «série d'échanges» à l'Élysée, ce vendredi 23 août. Une éternité pour la gauche, qui revendique la nomination de Lucie Castets, la candidate commune du Nouveau Front populaire (NFP) au poste de premier ministre, depuis le 23 juillet dernier. D'autres s'interrogent sur le manque de visibilité, qui risque de sérieusement compliquer la tâche des députés dans le cadre de l'examen du projet de loi de finances pour 2025. « Tout est au ralenti, on a très peu de contact avec les députés... On navigue à vue » , peste Laurent Somon, sénateur Les Républicains, qui s'inquiète de l'instabilité de la Chambre basse.

Car, d'un point de vue calendaire, le temps presse. Le projet de loi de finances pour l'année 2025 doit atterrir sur le bureau de l'Assemblée nationale le 1er octobre, au plus tard. En ayant reçu en amont un avis du Haut Conseil des finances publiques (HCFP) et du Conseil d'État aux alentours de la mi-septembre. « Nous aurions dû avoir des plafonds communiqués par Bercy pour chaque mission budgétaire depuis la mi-juillet... Aujourd'hui, on n'a toujours rien. On ne sait pas si des arbitrages ont été faits » , déplore Véronique Louwagie, vice-présidente (Droite républicaine) de la commission des finances. La députée de l'Orne précise toutefois que le travail concernant le projet de loi de finances est déjà « enclenché ». « On n'est plus à cinq ou dix jours près pour la nomination d'un premier ministre, mais la paralysie sera une catastrophe pour un pays qui a accumulé 154milliards de déficit en 2023 » , cingle-t-elle. Du côté de l'Élysée, on assume cette temporisation estivale. D'abord parce qu'Emmanuel Macron refuse de nommer un gouvernement qui serait censuré dans la foulée. Et ensuite pour se laisser le temps de trouver la meilleure configuration pour obtenir une majorité la plus favorable à son camp.

L'équation n'a pas changé

« Le moment est crucial, c'est normal de prendre son temps pour construire une majorité stable et modérée » , tempère François Cormier-Bouligeon (Ensemble pour la République, EPR), qui plaide plutôt pour une «coalition» allant des «sociaux-démocrates aux Républicains modérés». Il pronostique une clarification au sein de l'Hémicycle à la rentrée : « Pour gouverner, il faut savoir prendre un risque. On va voir qui est capable de le prendre » , assène-t-il.

Reste que l'équation n'a pas changé pour décrocher 289 voix, synonyme d'une majorité absolue : le Nouveau Front populaire compte 184 députés et le camp présidentiel 166. Et à l'approche du mois de septembre, aucune majorité claire ne se dessine. Le député Horizons Christophe Plassard, qui siège au sein de la commission des finances, espère que certains textes déjà examinés lors de la précédente législature pourraient être remis sur la table, pour ne pas partir d'une page blanche. « Sur la loi d'orientation agricole, la loi Airbnb, la loi sur la fin de vie... Je suis convaincu qu'on peut réussir à converger » , explique-t-il. L'élu est convaincu qu'une « culture du compromis » est possible, bien inspiré par le discours d'investiture de John F. Kennedy, en 1961, qu'il a relu pendant ses vacances : « C'est le moment de se demander ce qu'on peut faire pour notre pays! » , lance-t-il, en reprenant une phrase célèbre de l'ancien président américain.

Car après une année politique marathon entre la campagne des européennes, la dissolution puis les élections législatives, les élus profitent d'un mois d'août plus calme pour prendre des congés. L'occasion aussi pour certains de passer du temps sur le terrain et de peaufiner leurs plans. « Je prépare la rentrée avec mes collaborateurs, je ratisse ma circonscription » , détaille Alexandre Sabatou (Rassemblement national), élu dans l'Oise depuis 2022. Réélu il y a deux mois, il reste toutefois sur ses gardes : « On est prudents car le risque d'une nouvelle dissolution dans un an n'est pas écarté... donc on se prépare » , prévient-il. Seule certitude : le groupe RN bénéficiera de la première niche parlementaire, prévue fin octobre. T.B.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, mercredi 21 août 2024 669 mots, p. AUJM5
Aussi paru dans
20 août 2024 - Le Parisien (site web)
21 août 2024 - Le Parisien

Le gouvernement invente le budget « réversible »

Les lettres-plafonds, qui fixent les limites de dépenses pour chaque ministère, devaient être envoyées ce mardi. À charge pour les futurs ministres de revoir la copie s'ils le souhaitent...

Odile Plichon, avec Valérie Hacot, Marcelo Wesfreid et Julien Duffé

C'est le casse-tête de l'été : comment présenter un budget crédible, tout en sachant qu'il sera amendé, voire balayé, par le nouveau gouvernement ? Pour résoudre cette quadrature du cercle, les services du Premier ministre ont opté pour une version résolument... minimaliste du projet de budget 2025. Alors que les lettres-plafonds - qui définissent les limites de dépenses pour chaque ministère - devaient partir, avec trois semaines de retard, ce mardi après-midi, Matignon a bien tenu à préciser que ces lettres doivent permettre aux administrations de poursuivre leur travail : « Le nouveau gouvernement pourra faire les ajustements qu'il estime nécessaires », afin de coller à « ses priorités ». Très souple jusqu'au dernier moment, donc, ce projet joliment qualifié de « réversible » doit être présenté au Parlement au plus tard le mardi 1 er octobre.

Matignon insiste : il ne s'agit que d'un document de travail. « Ce n'est pas un carcan, les lettres ne sont pas gravées dans le marbre. » « C'est une copie blanche, le prochain gouvernement y mettra sa couleur », illustre le député (Ensemble pour la République) Mathieu Lefèvre.

« Zéro valeur »

Seule certitude, pour l'heure : dans un souci affiché de neutralité - de « responsabilité », précise Matignon « pour retrouver la voie du rétablissement des finances publiques » -, le budget présenté se veut « zéro valeur ». En clair ? Il n'augmente pas. Le montant des crédits alloués, soit 492 milliards d'euros, est le même qu'en 2024. « Bruno Le Maire voulait qu'il y ait un objet budgétaire sur la table pour que le prochain gouvernement puisse commencer à travailler », commente un conseiller ministériel. Tout en soulignant : « Bercy voulait 5 milliards d'économies. Matignon a opté pour le zéro valeur. »

Sachant que le gouvernement table sur une inflation annuelle de 2 %, ce choix financier nécessite tout de même de trouver une « dizaine de milliards d'euros » d'économies. À côté des ministères dont les dépenses resteront en hausse ou stables - comme les Sports ou la Culture -, cela signifie que d'autres connaîtront une période de vaches maigres. Sans vouloir en dire trop sur la question, toujours au motif que « ce sera au nouveau gouvernement de choisir ses priorités », Matignon prévoit que le ministère du Travail sera affecté - le dispositif de l'apprentissage notamment.

Question soigneusement éludée par les services du Premier ministre : la France peut-elle se contenter de ce budget zéro valeur, au vu de la procédure pour déficit excessif enclenchée fin juillet par la Commission européenne ? Tout juste Matignon consent-il à reconnaître que sa décision budgétaire n'a pas encore été « notifiée formellement » à Bruxelles.

Ce n'est pas là le seul écueil qui inquiète les experts : au vu de l'instabilité politique née de la dissolution et au vu, aussi, de la perspective d'une Assemblée ingouvernable, le « PLF » (projet de loi de finances) 2025 pourrait ne pas être voté comme il se doit avant la fin de l'année. « J'ai prévu une réunion de la commission des Finances le 11 septembre, avec le nouveau ministre nommé, pour entamer la discussion sur le budget », précise Éric Coquerel, député Insoumis réélu en juillet à la tête de la commission. « Il était prévu qu'il soit présenté le dernier mercredi de septembre en Conseil des ministres. Tant qu'on est dans ces eaux-là... »

Mais, même si Emmanuel Macron nommait la ou le futur occupant de Matignon dans la foulée de sa rencontre - vendredi et lundi - avec les chefs de parti, il resterait à déterminer la composition du gouvernement, avant de s'atteler au budget. Un conseiller ministériel rappelle que « le PLF doit être remis au Haut Conseil des finances publiques deux semaines avant » sa présentation en Conseil des ministres. Autant dire que les délais sont serrés.

Le Monde
International, mercredi 21 août 2024 1154 mots, p. 3
Aussi paru dans
19 août 2024 - Le Monde (site web)

En Allemagne, les élections locales pèsent sur l’aide à Kiev

L’extrême droite et la gauche radicale, pour l’arrêt des livraisons d’armes, ont le vent en poupe dans les trois Länder soumis au scrutin

Thomas Wieder

Berlin - correspondant - Après des semaines d’âpres discussions, les trois partis membres de la coalition du chancelier allemand, Olaf Scholz, semblaient être parvenus à un accord sur le projet de budget 2025. Mais une enquête de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, parue samedi 17 août, est venue rappeler l’ampleur des divisions qui traversent la majorité au pouvoir à Berlin sur un sujet : l’Ukraine.

Selon le grand quotidien de centre droit, le gouvernement, en plein serrage de vis budgétaire, n’entend pas aider Kiev au-delà des 8 milliards d’euros inscrits dans le budget de 2024, des 4 milliards d’euros prévus pour celui de 2025 et des 3 milliards d’euros attendus en 2026, là où les partisans d’un soutien militaire accru – y compris au sein de la coalition de M. Scholz – comptaient sur des enveloppes additionnelles afin de permettre à l’Ukraine de remporter la guerre.

Parmi eux figure le ministre de la défense, Boris Pistorius, membre du Parti social-démocrate (SPD). Au printemps, celui-ci avait réclamé une rallonge de 3,8 milliards d’euros, en plus des 8 milliards d’euros déjà provisionnés pour 2024, afin de financer l’envoi aux forces de Kiev d’un système de défense antiaérien IRIS-T ainsi que des munitions d’artillerie et des drones. Mais, dans une lettre en date du 5 août, également destinée à la ministre des affaires étrangères, Annalena Baerbock (Verts), le ministre libéral-démocrate des finances, Christian Lindner (FDP), lui a adressé une fin de non-recevoir.

Crise d’identité du SPD

Président du Parti libéral, le FDP, qui a fait de l’équilibre des comptes publics le cœur de sa politique, M. Lindner souhaite désormais que les nouveaux crédits alloués à Kiev ne viennent pas des budgets nationaux mais du futur instrument créé par le G7 et l’Union européenne, destiné à utiliser les intérêts générés par les 300 milliards de dollars (270 milliards d’euros) d’avoirs russes gelés dans le monde afin de soutenir l’Ukraine dans son effort de guerre face à Moscou. Le problème est que ces fonds ne seront pas mobilisables avant 2025, au plus tôt.

Sans surprise, les révélations de la Frankfurter Allgemeine Zeitung ont vivement fait réagir les autorités de Kiev. « La sécurité de l’Europe dépend de la capacité et de la volonté politique de l’Allemagne de continuer à jouer un rôle de premier plan dans l’aide apportée à notre pays », a déclaré l’ambassadeur d’Ukraine en Allemagne, Oleksii Makeiev, dimanche, au quotidien Bild.

Sans surprise non plus, l’opposition conservatrice CDU/CSU a tiré à boulets rouges sur la coalition de M. Scholz, comme à chaque fois où celui-ci, par ses atermoiements et ses hésitations à fournir de nouveaux armements, a paru remettre en cause son soutien à l’Ukraine. « Le gouvernement fait de la politique à la façon de Donald Trump, en bloquant toute aide supplémentaire à l’Ukraine en raison de conflits politiques internes. La différence est que, en aidant l’Ukraine, l’Allemagne contribue à sa propre sécurité », a réagi le député Norbert Röttgen, ancien président de la commission des affaires étrangères du Bundestag (2014-2021).

De toute évidence, le contexte politique allemand pèse lourdement dans cette affaire. Dans quelques jours, les électeurs de trois Länder de l’est du pays – la Saxe et la Thuringe, le 1er septembre, puis le Brandebourg, le 22 septembre – sont appelés aux urnes pour élire leurs députés régionaux. Or, dans ces territoires d’ex-Allemagne de l’Est, deux formations politiques favorables à un arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine – le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) et le nouveau parti de l’ex-dirigeante de Die Linke (gauche radicale) Sahra Wagenknecht – ont particulièrement le vent en poupe.

Dans ce contexte où les partis de la coalition de M. Scholz sont en chute libre dans les intentions de vote, le chancelier social-démocrate et son ministre des finances libéral ont un intérêt commun à se montrer prudents vis-à-vis de l’Ukraine, le premier pour préserver son image de « chancelier de la paix », une valeur au cœur de l’ADN d’un SPD en pleine crise d’identité, le second pour rester fidèle à son engagement de garant de l’orthodoxie budgétaire, raison d’être du maintien du FDP au gouvernement.

Coalition qui navigue à vue

Face au tollé provoqué par les révélations du quotidien allemand, le ministère des finances s’est dit prêt, samedi, à « examiner la mise à disposition à court terme de moyens supplémentaires » au cas par cas, en fonction des besoins de l’Ukraine, avant que la chancellerie, dimanche, rappelle que « l’Allemagne se tient fermement aux côtés de l’Ukraine et est son plus gros contributeur en Europe en matière d’aide financière, économique et militaire ».

Quelle que soit l’issue de ce bras de fer interne à la coalition – c’est maintenant le Bundestag qui va se saisir du projet de loi de finances, avec la possibilité de l’amender –, la séquence est politiquement désastreuse pour M. Scholz, dont le silence, une fois de plus, donne le sentiment qu’il est à la tête d’une coalition qui navigue à vue et s’enfonce dans ses contradictions à treize mois des prochaines élections législatives.

Au sein même du parti du chancelier, l’unité n’est que de façade. Si une partie de l’aile gauche du SPD, en phase avec les fédérations des Länder de l’Est, plaide depuis des mois pour un soutien à l’Ukraine plus parcimonieux, d’autres figures du parti militent au contraire pour une aide plus importante, en phase, sur ce point, avec les Verts, qui, depuis le début de la guerre, sont les plus fidèles alliés de Kiev au sein de la coalition au pouvoir à Berlin.

Signe du profond malaise qui traverse les rangs mêmes du SPD : les déclarations du président de la commission des affaires étrangères du Bundestag, Michael Roth. « Le gouvernement envoie un signal fatal en direction de l’Ukraine si aucun moyen supplémentaire n’est prévu pour de nouvelles aides militaires dans les prochaines lois de finances », a déclaré, lundi, le député social-démocrate au groupe de presse Funke, estimant que cette annonce tombe au plus mauvais moment.

« Pour la première fois depuis des mois, l’armée ukrainienne est de nouveau à l’offensive et a donc besoin du soutien total de son principal allié militaire en Europe qu’est l’Allemagne. Au lieu de cela, le débat sur le financement futur de l’aide militaire ressemble à un retrait déguisé de l’Allemagne vis-à-vis de ses responsabilités », s’est inquiété M. Roth, estimant que « l’Allemagne ne peut pas sacrifier sa sécurité sur l’autel des contraintes budgétaires ».

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_24 Heures en Region, mercredi 21 août 2024 281 mots, p. AUJM11,AUJM12

Des chevaux et des machines à sous

Corrèze|Une loi récente permet aux villes hippiques comme Pompadour d'ouvrir un casino.

Alix Vermande

« C'est un projet vital qui va enfin aboutir ! » Alain Tisseuil, maire d'Arnac-Pompadour (Corrèze), ne cache pas sa satisfaction de voir se concrétiser un pari « fou » dans sa commune de 1 100 habitants connue pour son château, celui de la célèbre marquise, et un hippodrome.

Début 2026, un casino y ouvrira sur la place de l'ancien lavoir. Le 14 août, la municipalité a signé un contrat de concession avec le groupe PVG, casinotier, qui possède le Casino impérial d'Annecy (Haute-Savoie). Près de 10 millions d'euros seront investis pour accueillir 75 machines à sous et un restaurant bistronomique, avec 30 emplois à la clé.

« Leur projet ne sera pas en concurrence avec les brasseries du village, qui fonctionnent bien, et ils vont utiliser notre salle des fêtes et nous aider financièrement pour la restaurer », précise Alain Tisseuil. Les retombées fiscales sont estimées à des centaines de milliers d'euros.

Jackpot en vue

Le fruit d'un combat de huit ans du maire, entamé alors qu'Arnac-Pompadour ne rentrait pas dans les critères de la loi pour accueillir un casino, réservés aux villes d'eau.

Avec l'aide de parlementaires comme Laëtitia Saint-Paul, députée du Maine-et-Loire, le département de Saumur, est parvenu à faire évoluer la loi. Depuis décembre 2023, un casino peut être installé dans « des communes [où] sont implantés le siège d'une société de courses hippiques ainsi que le site historique du Cadre noir ou un haras national. » Jackpot en vue pour la Corrèze.

L'Humanité
mercredi 21 août 2024 121 mots, p. 5

[États-Unis Un président en exercice qui adoube...]

États-Unis Un président en exercice qui adoube sa vice-présidente, une ancienne candidate et une future candidate qui prend date : la première soirée de la convention démocrate, qui s'est ouverte lundi 19 août à Chicago, a été placée sous le signe du passage de relais, avec en vedettes Joe Biden, Hillary Clinton et Alexandria Ocasio-Cortez (AOC). Cette place faite à AOC indique à la fois le poids de l'aile gauche dans la coalition démocrate et l'évolution de la jeune députée.

Guadeloupe Près d'une semaine après le passage de la tempête Ernesto, plusieurs communes de l'île des Caraïbes subissent encore des restrictions à la consommation d'eau potable, a annoncé l'agence régionale de santé. Au total, plus de 100 quartiers de Guadeloupe sont affectés.

Le Figaro, no. 24880
Le Figaro, mercredi 21 août 2024 992 mots, p. 3

Politique

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20 août 2024 - Le Figaro (site web)

Annie Genevard (LR) : « La configuration parlementaire est bloquée »

Conruyt, Claire

Annie Genevard est députée LR du Doubs et vice-présidente de l'Assemblée nationale.

LE FIGARO. - LE FIGARO. - Comment abordez-vous la rentrée parlementaire alors que le calendrier législatif n'est toujours pas fixé ?

- ANNIE GENEVARD. - Je l'aborde avec un sentiment de gravité. Nous traversons un moment étrange, source de très grande inquiétude pour les Français, dans une configuration parlementaire bloquée puisque, aujourd'hui, personne n'a atteint la majorité, même relative. Il est donc difficile d'avoir une vision claire de la rentrée. Cette élection législative a montré que les Français attendent des solutions à des problèmes qui n'obtiennent aucune réponse depuis dix ans. Il y a l'injustice inacceptable de l'insuffisante reconnaissance du travail, creusant le clivage entre ceux qui ne s'en sortent pas et ceux dont ils ont le sentiment qu'ils profitent de la solidarité nationale. Il y a la défaillance profonde de nos services publics - la santé, l'éducation. Puis l'effacement de la cohésion nationale sous les coups de boutoir des communautarismes, au premier rang desquels ceux qui résultent de l'immigration massive. Enfin, il y a une véritable perte de la capacité de l'État à assurer ses missions régaliennes. Pendant les JO, cela a fonctionné, mais à quel prix ? Les moyens humains considérables investis ne seront pas reconduits.

LE FIGARO. - La rentrée doit s'ouvrir sur le vote d'un budget. À quoi faut-il s'attendre ?

- D'abord, l'état de nos finances publiques est alarmant. La première épreuve de vérité sera l'arrivée du texte budgétaire à l'Assemblée. Je note que, lorsque Bruno Le Maire appelle à faire des économies - que ne l'a-t-il fait avant ?, nous n'en serions pas là aujourd'hui -, Gabriel Attal, quant à lui, propose la reconduction des dépenses à l'identique. Le bloc présidentiel ne parle pas d'une seule et même voix. L'exercice sera donc horriblement compliqué, tandis que la France est sous le regard de l'Europe. Pour revisiter la logique budgétaire, Les Républicains seront au rendez-vous de la responsabilité et des propositions. La situation, en l'état, est intenable. Nous sommes à l'os. On ne peut pas se permettre d'errance législative.

LE FIGARO. - L'absence de majorité absolue rend-elle cela possible ?

- Nous avons une certaine expérience en la matière. Depuis deux ans, nous avons eu affaire à des textes éruptifs : la loi immigration, la réforme des retraites et, plus tôt encore, les lois d'urgence sanitaire... Des textes qui ont conduit à des débats profondément clivants. C'est ici la vice-présidente de l'Assemblée qui parle : il va falloir, cette fois, avoir un sang froid particulier et être ferme. Je m'emploierai à ce que les discussions puissent se tenir dans le respect du débat parlementaire. Concentrons-nous sur les priorités du pays sans tomber dans l'instrumentalisation des urgences à des fins politiques. Nous verrons très vite qui accepte de servir l'intérêt général et qui cherche à se nourrir des problèmes des Français. Je pense à La France insoumise, qui est dans une posture complètement radicale, et je m'inquiète de sa domination au sein du Nouveau Front populaire. Je pense au Rassemblement national. Je note, par exemple, qu'il a voté contre la loi agriculture, que nous avions profondément améliorée. Le groupe de Marine Le Pen s'en est détourné au mépris du monde agricole. Nous, LR, nous prendrons nos responsabilités sans être les supplétifs de quiconque. Face à une situation qui pâtit de la confusion entretenue par le bloc présidentiel, nous affirmons notre indépendance. La clarté des convictions est une bonne boussole.

LE FIGARO. - À l'occasion de sa niche, le groupe du RN veut proposer l'abrogation de la réforme des retraites.

- C'est une impasse. Aggraver le déficit public, est-ce faire preuve de responsabilité ? Qu'il y ait des choses à améliorer, je pense à la retraite des agricultrices, qui est scandaleusement faible, je le conçois. Mais revenir sur ce débat si douloureux et sur un texte si indispensable... Voilà l'exemple d'une forme d'aveuglement et de déni de la part du RN.

LE FIGARO. - Des responsables du camp présidentiel ont écrit aux élus afin de leur proposer une base de coalition. Est-ce suffisant ?

- Dans les jours qui ont suivi l'installation du Bureau de l'Assemblée nationale, Les Républicains, à l'initiative de Laurent Wauquiez, ont posé sur la table un pacte législatif portant des mesures essentielles, comme base de discussions. On ne va pas reprocher au camp présidentiel de faire de même. Mais il faut passer de la lettre aux actes. Or nous avons actuellement les plus grandes interrogations. Plus de 70 % des Français s'inquiètent de la situation migratoire du pays. Peut-on continuer de les ignorer ? Sur le texte immigration, la majorité de l'époque a fait mine d'accepter nos propositions pour mieux les faire retoquer ensuite, avec l'aval de la première ministre et du président de la République. Nous resterons clairs dans nos convictions et refuserons toute compromission.

LE FIGARO. - Emmanuel Macron doit réunir les chefs de parti et de groupe parlementaire et devrait, dans les semaines à venir, nommer un premier ministre. Y a-t-il urgence ?

- Cela me semble indispensable, même si j'ai conscience que le rôle d'un gouvernement sera terriblement compliqué dans les conditions actuelles du Parlement. Mais notre Constitution est fondée sur le dialogue entre un exécutif et un législatif. On ne peut imaginer un pouvoir législatif autodéterminé ni un exécutif qui s'affranchirait d'un législatif divisé. La France doit être gouvernée. Quel que soit le choix d'Emmanuel Macron, fût-il technique, son premier ministre ainsi que son action seront politiques.

LE FIGARO. - À quel niveau jugez-vous le risque d'une motion de censure ?

- C'est une possibilité. Mais prendre la décision de censurer le gouvernement aurait la plus lourde des conséquences, car la situation du pays est très fragile. Si, bien sûr, un gouvernement prend des dispositions nuisibles à la France, notre devoir sera de le censurer. C'est une arme qu'il faudra manier en cas de nécessité et non par opportunisme politique. Quand on oublie l'intérêt général, on trahit son mandat.

La Croix, no. 43000
Religion, mercredi 21 août 2024 116 mots, p. 11

Ukraine Le Parlement vote l’interdiction de l’Église orthodoxe liée à Moscou

Le Parlement ukrainien a adopté, mardi 20 août, un projet de loi prévoyant l’interdiction de l’Église orthodoxe liée au Patriarcat

de Moscou, et souvent considérée comme un relais d’influence du Kremlin, ont annoncé des députés du pays. Selon le parlementaire Iaroslav Jelezniak, 265 voix

se sont portées en faveur du texte, le minimum requis étant de 226. Après deux ans et demi d’invasion russe du pays, et alors que ce texte avait déjà été adopté en première lecture fin 2023, la députée Iryna Guerachtchenko s’est félicitée d’une décision « qui interdit

une filière du pays agresseur

en Ukraine ».

Le Monde
France, mercredi 21 août 2024 835 mots, p. 8
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20 août 2024 - Le Monde (site web)

Reportage

Une mobilisation toujours forte dans les territoires ruraux

Dans la brousse, les indépendantistes calédoniens restent très mobilisés, sans toutefois s’accorder sur les revendications

Ch. M.

Poya, Poindimié, Ponérihouen, Hienghène (Nouvelle-Calédonie) - envoyée spéciale - Il y a un monde entre Poya, à la frontière entre la province Sud et la province Nord, et le reste de la Calédonie rurale. La commune, traversée par la route territoriale 1, reliant le nord et le sud de Grande-Terre, est l’un des points chauds du territoire. Difficile de discuter à l’embranchement qui conduit aux tribus de Nekliai et de Gohapin, où une trentaine de jeunes armés de frondes lance des cailloux vers la dizaine de gendarmes qui se trouvent là, au cri d’ « Allah akbar ». Une formule dont ces adolescents élevés dans le catholicisme ou le protestantisme ne savent qu’une chose : elle énerve profondément leurs détracteurs.

Quelles sont leurs revendications ? Impossible à savoir : désignées comme journalistes d’un média jugé hostile – qui ne l’est pas et pour lequel nous ne travaillons pas –, nous devons partir, sous les huées. Direction Koné, puis la « transversale », une heure trente de route sinueuse dans la chaîne montagneuse pour basculer sur la côte est, berceau de la lutte indépendantiste. Au milieu de la montagne, à la tribu de Bopope, Joël (il a requis l’anonymat) nous interpelle pour nous offrir le café. Dreadlocks et bonnet vert-jaune-rouge, il le promet : le fusil sur la table, « c’est pour chasser ».

Vacances scolaires obligent, la cabane où les militants se relaient jour et nuit a pris des airs de colonie. Avec des bambous, nombreux dans la région, petits et grands fabriquent des peignes qui seront revendus sur les stands de bord de route, tout en parlant politique. « Nous, si demain on nous dit que le texte sur le dégel du corps électoral est retiré, on lève la mobilisation,assure Joël. Maintenant, c’est vrai que l’on n’est pas tous d’accord. »

Nous sommes d’ailleurs priées de « faire attention à[nous] et de bien choisir [notre] vocabulaire » lorsque nous arriverons sur la côte. Au bout de la route, virage à l’est : Poindimié. L’église de Tyé, classée monument historique, vient de brûler. La structure est sauve, malgré sept départs de feu. Jean-Marie Naboume, le président du conseil paroissial, est fataliste : impossible de savoir qui a incendié l’édifice. Sa mère, qui vient prier chaque jour dans la chapelle dont il ne reste désormais rien, est en larmes. « Il y a des débordements qui nous dépassent », se borne à réagir M. Naboume.

« Penser autosuffisance »

A l’hôtel, les gendarmes ont investi le parking. En Navara double cabine aux vitres teintées, ils naviguent entre des plots orange. Il faut dire que selon des élus locaux, plusieurs accidents ont eu lieu ces dernières semaines, faute de maîtrise des véhicules. Seuls 29 kilomètres séparent Poindimié de Ponérihouen, plus au sud, mais, depuis le début des violences, le 13 mai, la route a pris des allures de parcours du combattant. Une épave à droite, une à gauche, etc. : il faut compter une heure pour relier les deux localités. Au terme de la route, le maire de Ponérihouen, Pierre-Chanel Tutugoro, figure de l’Union calédonienne, parti indépendantistedont il préside le groupe au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Il nous promet « l’écartement des barrages jusqu’à Tchamba », et donc la réouverture des écoles et des collèges le lundi suivant après trois mois de fermeture . Mais après l’annonce d’un onzième mort, à Thio, le 15 août, les écoles de la commune resteront fermées jusqu’à nouvel ordre.

En direction du nord, à Tiwaka, la référente de la cellule de coordination des actions de terrain ne veut pas dire son nom. Avec Jérôme, le « monsieur café » de la région, qui ne souhaite pas non plus donner son nom, elle attend des jeunes pour une formation à la culture du café et du cacao. « Le préalable à la levée de la mobilisation, c’est la libération de nos prisonniers détenus en métropole. En plus du retrait du texte sur le dégel du corps électoral. Mais tout ça, c’est aussi l’occasion de former nos enfants », pose Jérôme. « De ce point de vue, trente ans de luttes ne nous ont menés à rien, assure-t-il. Parce qu’on a pensé seulement à la manière occidentale. » « Maintenant, si on veut l’indépendance, il faut penser autosuffisance. On voit bien que l’usine, c’est pas la solution », conclut-il, en référence au licenciement, le 31 août, des 1 200 salariés de l’usine Koniambo Nickel SAS, à Voh.

A Hienghène, fief de la famille Tjibaou, dont le fils Emmanuel vient d’obtenir un siège de député, une poignée de jeunes reste mobilisée au bord de la route. L’ambiance est bon enfant, mais qu’on ne s’y trompe pas. L’esplanade située devant la gendarmerie a été rebaptisée « place de la résistance » et plantée de part et d’autre de poteaux sculptés à la gloire de l’indépendance. Impossible, pour les gendarmes, de sortir sans passer devant l’avertissement.

Le Figaro, no. 24880
Le Figaro, mercredi 21 août 2024 1429 mots, p. 14

Série été

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21 août 2024 - Le Figaro (site web)

La folle cabriole argentine d'Ari Vatanen

Chaque jour, « Le Figaro » raconte l'histoire d'un pilote sauvé miraculeusement d'un accident de course. Généreux et spectaculaire, le champion du monde effectue, en 1985, une terrible sortie de route qui le prive d'un nouveau titre.

Reisser, Sylvain

Ari Vatanen devait être le champion du monde des rallyes, en 1985. C'est ce qu'avait dit Jean Todt, le directeur de Peugeot Talbot Sport, au pilote Jean Ragnotti venu discuter au siège de la marque sochalienne d'un possible contrat. La nouvelle Peugeot 205 Turbo 16 faisait trembler tous ses adversaires avec ses quatre roues motrices et son architecture à moteur central arrière. Champion du monde en 1981 au volant d'une Ford Escort, le Finlandais n'avait pas mis longtemps à apprivoiser le monstre français répondant à la nouvelle catégorie du groupe B. Vatanen avait gagné les trois dernières épreuves de la saison 1984. Il se présentait comme le favori de la saison suivante. Rien ne s'est passé comme prévu.

La saison 1985 commence comme dans un rêve. Le grand blond buveur de lait remporte les deux premiers rallyes. Au Monte-Carlo, le succès a été lent à se dessiner mais Vatanen a montré des qualités qu'on ne lui connaissait pas. À la fin de la seconde spéciale, il se présente à l'assistance blanc comme un linge. La face avant de sa 205 est démolie, le pare-brise enfoncé. Son copilote Terry Harryman tremble tellement qu'il ne peut pas allumer sa cigarette. Dans la spéciale de Saint-Bonnet-le-Froid, leur Peugeot a touché des spectateurs massés au bord de la route. « L'un d'eux est tombé sur le pare-brise », explique le pilote. À la fin de la première étape, à l'entrée du parc fermé, à Gap, Terry se trompe dans ses calculs. Il pointe avec 4 minutes d'avance. La sanction est lourde : 8 minutes de pénalité. Voici les leaders relégués à 4 ' 41'' de l'Audi Quattro Sport de Walter Röhrl. La course est pliée. C'est oublier la pointe de vitesse du Finlandais, qui reprend une seconde au kilomètre. L'Allemand donne le dernier coup de pouce en faisant le pari insensé de chausser des pneus slicks dans une spéciale en partie enneigée. Dans la foulée, Vatanen et Harryman gagnent en Suède. Au rallye du Portugal, à la suite d'une crevaison, il casse une rotule de suspension mais continue. La roue arrière droite finit par se coucher.

Lorsque la caravane pose ses valises en Corse, Vatanen n'est déjà plus en tête du championnat. Il accuse huit points de retard sur son équipier Timo Salonen qui maîtrise désormais parfaitement sa 205. Dans le championnat, le temps vire à l'orage. Le Tour de Corse, dans toute sa cruauté, vient rappeler à tous la dangerosité du sport automobile. Dans la quatrième spéciale, Attilio Bettega sort de la route à grande vitesse. L'Italien est tué sur le coup. Une chape de plomb s'abat sur le paddock mais la course continue. Dans la 8e spéciale, Vatanen crève après avoir heurté une pierre. Relégué à 27 minutes, il ne s'avoue pas vaincu et remonte à la 4e place après avoir remporté toutes les spéciales. Dans le 16e tronçon chronométré, Ari rate un virage. La 205 part en tonneaux et tombe trente mètres en contrebas. C'est un miracle : l'équipage est quasi indemne. Deuxième au final, Salonen accroît son avance au championnat. Nul doute que cette situation agace Vatanen.

Les compteurs sont remis à zéro au rallye de l'Acropole mais, là encore, Vatanen abandonne. Dans la deuxième spéciale, sa 205 T16 sort de la route, après s'être soudainement écartée de sa trajectoire en pleine ligne droite en raison du désaccouplement de la colonne de direction avec la crémaillère. En Nouvelle-Zélande, à l'heure de la première vague des congés d'été, Peugeot réalise le doublé mais l'ordre ne manque pas de surprendre. Vatanen, privé d'intercom, ne peut suivre le rythme du leader Salonen qui cumule désormais 68 points contre 55 à son compatriote. Au moment où le moral revient après une passe difficile, Ari Vatanen trouve un autre Finlandais sur sa route. Cela ne lui plaît pas. Vatanen n'a-t-il pas largement contribué au développement de la Turbo 16 au point de considérer qu'il serait logique qu'il soit le premier à être récompensé de ses efforts ? À cette période, comme pour jeter de l'huile sur le feu, Jean Todt n'a-t-il pas déclaré à la presse qu' « Ari est fragile psychologiquement ? »

La rivalité entre les deux pilotes Peugeot est à son comble. C'est dans ce contexte que, un mois plus tard, les écuries se présentent en Argentine pour une course longue de 2 656 km dont 956 km d'épreuves spéciales. Les deux concurrents n'auront pas le temps de se jauger. La série noire continue. Dans la deuxième spéciale, la T16 de Vatanen et Harryman est victime d'une effroyable sortie de route. L'équipage est passé très près du drame. L'accident a eu lieu au fond d'une cuvette. À fond de cinquième, à environ 190 km/h, l'avant de la 205 s'est planté dans une ornière que tous les autres équipages évitaient par la droite. Le choc est d'une rare violence. Projetée en l'air, la 205 effectue ensuite plusieurs tonneaux par l'avant. Quatre marques dans le sol attestent qu'elle en avait effectué au moins quatre. La carcasse de la voiture est retrouvée à 160 mètres du point d'impact. Le premier choc avec la chaussée a suffi pour provoquer les blessures les plus graves. Une nouvelle fois, la présence des hélicoptères sur les spéciales, sujet à polémique, s'est avérée d'une grande utilité. Celui de l'équipe Peugeot, qui survolait la T16 de Salonen, porte les premiers secours et permet l'évacuation des deux équipiers à l'hôpital. Le staff Peugeot est soulagé. Le cockpit a bien résisté, preuve de la qualité de réalisation de la Turbo 16. Terry est relevé avec une fracture de la deuxième vertèbre cervicale. L'état d'Ari est plus préoccupant. Le communiqué de Peugeot annonce que le Finlandais a de multiples fractures des côtes gauche, une fracture de la deuxième vertèbre lombaire justifiant une immobilisation stricte et une fracture déplacée de l'extrémité supérieure du tibia gauche nécessitant une opération dès que possible. « Pendant plusieurs heures, nous aurions été incapables de dire s'il allait survivre », dira Jean Duby, le médecin de l'équipe Peugeot. Dans les colonnes du Figaro, il explique à l'époque « avoir été très soucieux pour lui en raison des troubles importants de ventilation pulmonaire dus à l'enfoncement de la cage thoracique. Son teint était bleuâtre par manque d'oxygène. Je n'ai été totalement rassuré que deux jours après l'accident. » Le pilote finlandais a passé une nuit très agitée en raison de ses souffrances. Les médecins argentins lui avaient réduit, sous anesthésie, sa fracture du tibia gauche dont l'extrémité supérieure était complètement éclatée. Aussi pieux que chaleureux, Ari Vatanen revient de très loin. Il connaît une autre alerte à l'hôpital d'Helsinki où il a été rapatrié. La nuit suivant une opération de six heures, il est aux prises avec de graves problèmes respiratoires qui nécessitent un transfert au service de réanimation et quatre jours sous respiration artificielle. Alors que la situation semblait s'améliorer, les médecins détectent des troubles cérébraux suffisamment graves pour justifier le déplacement d'urgence en Finlande du neurologue français Philippe Cornu.

Son état de santé s'améliore de façon spectaculaire. Il est ainsi l'un des premiers à féliciter Salonen pour son titre de champion du monde. Il ne sera jamais champion du monde des rallyes avec Peugeot, mais Ari a gagné la vie. Todt et Peugeot ne l'abandonnent pas. Il est l'un des piliers de l'aventure de la firme franc-comtoise en rallye-raid, à partir de 1987. Il remporte ainsi à quatre reprises le Paris-Dakar avec Peugeot puis Citroën. C'est avec le film vidéo de sa victoire en 1988, lors de la course de côte Pikes Peak aux États-Unis, que Vatanen va vraiment marquer les esprits. On y voit le « Finlandais volant » comme il est souvent surnommé défier les lois de la physique au volant d'une Peugeot 405 T16. Ses glissades généreuses ont laissé des souvenirs mémorables. Il reprend du service en championnat du monde des rallyes à partir de la fin des années 1980 avec successivement Mitsubishi, Subaru et Ford, mais sans connaître beaucoup de réussite. Tout en continuant à piloter de manière sporadique, Vatanen devient député européen en 1999. Il est réélu en 2004. Cette fois-ci, c'est en France sur une liste UMP. En 2009, il est candidat à la présidence de la FIA face à Jean Todt mais échoue. Devenu ambassadeur de BMW France, le grand Ari participe désormais à de nombreuses manifestations automobiles, dont le Tour Auto, sans jamais se départir de sa légendaire bonhomie.

Libération
mercredi 21 août 2024 818 mots, p. 3

AUTRE

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21 août 2024 - Libération (site web)

Les alliés du Nouveau Front populaire s'apprêtent à faire leur rentrée des clashs

SACHA NELKEN

AUTRE

Unis pour exiger les clés de Matignon, les partis de gauche abordent leurs universités d'été sur fond de frictions. La perennité de l'alliance paraît déjà remise en cause.

horizon semblait parfaitement dégagé.

L' Après un été studieux, rythmé par des réunions en visio entre les quatre chefs de partis du Nouveau Front populaire et leur prétendante pour Matignon, Lucie Castets, la gauche pouvait prétendre à une rentrée politique plus sereine qu'à l'accoutumée. Oubliées, les interminables négociations de juillet pour s'accorder sur le chef d'un gouvernement siglé NFP. L'alliance n'avait plus qu'à afficher son unité. Vendredi, les socialistes, insoumis, écologistes et communistes se rendront tous ensemble à l'Elysée. Un moyen de montrer que la coalition est plus solide que jamais, prête à gouverner.

Provocation. C'était trop beau pour être vrai. A quelques jours de leurs universités d'été – à partir de jeudi pour LFI et les écolos, vendredi pour les communistes, du 29 au 31 août pour le PS –, les gauches ont trouvé le moyen de se quereller. Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, le coordinateur de LFI, et Mathilde Panot, la présidente du groupe à l'Assemblée, ont décidé d'animer la fin d'été en portant l'idée d'un processus de destitution contre Emmanuel Macron. Dimanche dans la Tribune, les trois insoumis ont brandi la menace de l'article 68 de la Constitution, prévoyant une destitution du Président en cas de «manquement à ses devoirs». Pour le triple candidat à la présidentielle, il s'agit du «dernier avertissement au capitaine du Titanic». Les insoumis estiment que le locataire de l'Elysée impose un «coup de force institutionnel contre la démocratie» en refusant de «tenir compte» de la victoire relative du NFP au second tour des législatives. Nouveau coup de pression sur le président de la République pour le pousser à nommer Lucie Castets à Matignon avant la rencontre prévue à l'Elysée. L'idée n'a aucune chance d'aboutir, puisqu'elle implique de rassembler les deux tiers de chaque chambre du Parlement. Mais elle a agacé les partenaires du NFP, mis devant le fait accompli. Dans les rangs socialistes, écologistes et communistes, beaucoup y ont vu une provocation insoumise visant à brutaliser les débats. De quoi alimenter la petite musique macroniste, qui affirme que LFI ne ferait pas partie de l'arc républicain. Et surtout d'entacher l'image sérieuse que la coalition voulait afficher en cette rentrée.

Les directions du PS, du PCF et des Ecologistes se sont désolidarisés de la démarche de leurs camarades. En prenant soin de ne pas trop les égratigner pour garder un semblant d'unité. «Face [à la situation], chacun réagit à sa manière. Les insoumis, c'est logique, réagissent d'une manière insoumise […] Est-ce qu'au sein d'une coalition c'est logique de pas être toujours d'accord exactement sur tout ? La réponse est “oui”», a affirmé la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, lundi sur France Info. «C'est un secret pour personne qu'il y a des différences entre les partis», appuie Lucie Castets (lire ci-dessous). Malgré le désir de maintenir une cohésion, la tribune des insoumis pourrait laisser des traces. Au PS, les courants minoritaires dirigés par la maire de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, et par le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, ont sauté sur l'occasion pour questionner à nouveau l'alliance nouée avec LFI. Désormais, de nombreux socialistes estiment que les représentants de leur parti ne peuvent se rendre à l'Elysée vendredi aux côtés des mélenchonistes. Geoffroy a ainsi réclamé un bureau national extraordinaire sur la question. Sans succès pour le moment. «S'ils considèrent qu'une tribune dont l'idée est désormais enterrée doit remettre en cause une stratégie d'union votée à 93 % par le conseil national […] et qu'ils ont une stratégie alternative, il faudrait qu'ils soient plus explicites», grince le député Arthur Delaporte.

«Magique». Mardi, l'ancienne tête de liste du PS aux européennes, Raphaël Glucksmann, s'est joint à la vague de prises de parole hostiles à LFI en affirmant au Point qu'il faudrait «tourner la page Macron et Mélenchon». Le social-démocrate affirme n'avoir «jamais cru à l'aplanissement magique des divergences extrêmement profondes» avec les insoumis.

Voilà donc la direction socialiste sur une ligne de crête, prise en étau entre les courants minoritaires du parti, qui appellent à rompre avec LFI, et la nécessaire union pour espérer gouverner. Mais qu'importent les tensions, les partenaires du NFP partagent pour le moment l'objectif de faire durer l'alliance, au moins jusqu'à la nomination du Premier ministre. Même si rien dans l'attitude du chef de l'Etat n'indique qu'il veuille de Lucie Castets à Matignon, la gauche n'a d'autre choix que de rester unie pour maintenir la pression. Si une scission intervenait, elle serait illico instrumentalisée par le camp présidentiel qui pointerait le manque de sérieux du NFP. De quoi garantir une unité de façade, au moins pour quelques jours encore.

«Est-ce qu'au sein d'une coalition c'est logique de pas être toujours d'accord exactement sur tout ? La réponse est “oui”.» Marine Tondelier lundi sur France Info

Le Figaro, no. 24880
Le Figaro Économie, mercredi 21 août 2024 1520 mots, p. 26

Économie

Les autoroutes ou les privatisations disqualifiées

Les politiques se sont persuadés que l'État s'était fait rouler avec les concessions autoroutières. Près de vingt ans plus tard, les privatisations sont passées de mode. Ce sont les nationalisations qui sont tendance.

Bayart, Bertille

Il faudrait faire passer toute la classe politique sur le divan. Prononcer le mot « autoroutes » , et demander à chacun à quelle idée il l'associe. Faute ? Humiliation ? Racket ? Hold-up ? Le traumatisme de la privatisation des sociétés concessionnaires d'autoroutes, engagée en 2001 par Lionel Jospin et achevée en 2006 par Dominique de Villepin, est profond.

Il y a d'un côté le récit politique qui s'est installé. «Nous nous sommes trompés», a admis Bruno Le Maire en 2023, ministre de l'Économie en poste mais aussi ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon en 2006-2007. «Nous avons sous-évalué l'avantage financier que pouvait en tirer la société concessionnaire.» Formule sobre pour résumer l'idée selon laquelle l'État s'est fait rouler en cédant à des entreprises privées - principalement les groupes français Vinci (ASF) et Eiffage (APRR) et l'espagnol Abertis (Sanef) -, des concessions autoroutières devenues des rentes formidablement profitables.

Il y a de l'autre côté une réalité juridique : celle de contrats de concession en béton armé. Les concessionnaires sont inexpugnables jusqu'à leur échéance. Le concédant - l'État, également garant de l'état de droit - est largement désarmé pour en changer les termes. Depuis près de vingt ans, chacun des bras de fer engagé par le pouvoir exécutif ou législatif s'est soldé par une défaite.

Comment les autoroutes, cet actif au degré zéro du glamour, ont-elles pu devenir une telle bombe à fragmentation politique ? Le dossier a divisé chacun des gouvernements qui s'y est aventuré. Quand celui de Lionel Jospin introduit en Bourse les Autoroutes du sud de la France (ASF) en 2002, et récolte 1,7 milliard d'euros, c'est une épreuve pour sa majorité plurielle, avec le ministre des Transports (communiste) Jean-Claude Gayssot, qui rue dans les brancards.

Quatre ans plus tard, la cession par mise aux enchères des trois grandes concessions ASF, APRR et Sanef, met la droite et le centre en émoi. Au sein du gouvernement précédent, celui de Jean-Pierre Raffarin, Gilles de Robien, ministre de l'Équipement, freinait déjà des quatre fers. Même son de cloche chez le rapporteur général du budget à l'époque, Gilles Carrez. Et puis il y a François Bayrou, qui tempête : « La vente à des intérêts privés des sociétés d'autoroutes est un choix qui porte atteinte à l'intérêt national.»

En 2014-2015, le débat devient hystérique. Les rapports de la Cour des comptes ou de l'Autorité de la concurrence, plus ou moins rigoureux, s'empilent pour décrire la rentabilité exceptionnelle des concessions autoroutières. Les députés socialistes demandent la renationalisation. Le climat est tel qu'il faut se mettre à la table des négociations. Mais quand ce n'est pas le droit qui sert les intérêts des concessionnaires, c'est la politique qui le fait : en décembre 2014, peu après le naufrage de l'écotaxe, la ministre de l'Écologie Ségolène Royal annonce un gel des tarifs des péages. De l'esbroufe. La décision est unilatérale, illégale en réalité. L'État s'est tiré une balle dans le pied. Les directeurs de cabinet des ministres de l'Écologie Ségolène Royal, Élisabeth Borne, et de l'Économie Emmanuel Macron, Alexis Kohler, bouclent un accord avec les sociétés d'autoroutes qui laisse à la future première ministre et au futur secrétaire général de l'Élysée un souvenir cuisant. «Ce n'était pas glorieux», convient un participant. Ségolène Royal, elle, ne se rappelle plus : «Je n'ai pas vraiment suivi les négociations de ce protocole» , balaie-t-elle en 2020 devant les sénateurs.

L'accord conclu avec les sociétés d'autoroutes comporte des avancées en matière de régulation future (plafonnement de la rentabilité - à un niveau jamais atteint depuis - surveillance par une autorité indépendante, l'Arafer...). Mais il prévoit aussi le rattrapage du gel des péages intempestif de 2014, et un allongement des concessions en contrepartie d'un programme de travaux. On voulait expulser les groupes privés des autoroutes ; ils en garderont finalement les rênes plus longtemps ! On voulait, à défaut, les faire payer ; ils obtiennent la garantie d'une stabilité fiscale absolue.

L'affaire sème les premières graines de la fronde qui déchirera un peu plus tard la majorité de François Hollande et Manuel Valls. Pour une partie de la gauche, l'épisode apporte la preuve qu'Emmanuel Macron n'est pas des leurs. Dans l'État, le traumatisme est aussi puissant. Jean-Philippe Tanguy, député RN, confie volontiers que c'est à ce moment-là que ses «petits oiseaux de Bercy», ses relais au sein de l'administration du ministère de l'Économie et des Finances, se sont mis à gazouiller.

Depuis, le fantôme des autoroutes ressurgit périodiquement. La question, longuement auscultée par une commission d'enquête au Sénat en 2020, est devenue quasi obsessionnelle. La renationalisation fait l'objet d'une proposition de loi, de la sénatrice communiste Éliane Assassi, en 2019. Elle est mise à leur programme de la présidentielle 2022 par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, ou encore Arnaud Montebourg. En 2023, la polémique rebondit, encore. La gauche accuse Bercy d'avoir étouffé un rapport de l'Inspection générale des finances. Dans le contexte de forte inflation, l'exécutif taille une taxe sur mesure pour atteindre les concessions d'autoroutes sans enfreindre le protocole de 2015. Le dossier est aujourd'hui devant le Conseil constitutionnel.

De quoi la polémique perpétuelle sur les autoroutes est-elle le signe ? En première analyse, la frustration éprouvée par la classe politique à l'égard des opérations de 2002 et 2006 est le résultat d'une incompréhension des mécanismes financiers de base. Il a fallu des années pour que les parlementaires se familiarisent avec la notion de coût du capital et avec la « courbe en J » , qui est la forme naturelle de l'évolution de la profitabilité dans de telles opérations.

La controverse sur les privatisations des sociétés d'autoroutes aborde un débat plus fondamental. L'État peut-il céder au privé des infrastructures, des biens communs, pour certains en situation de monopole ? Tout dépend de la régulation qui s'applique ensuite. Dans le cas des autoroutes, le péché originel est d'avoir transféré au privé des concessions sans modifier au préalable leurs vieux contrats, initialement conclus avec des entités publiques.

Cette grosse erreur de conception explique l'impuissance de l'État face à Vinci, Eiffage et consorts. Est-ce une fatalité ? Il faut croire que oui, au vu des débats enflammés qui avaient saisi l'Assemblée nationale en 2019, quand le gouvernement avait voulu engager la privatisation d'Aéroports de Paris (ADP), déjà coté en Bourse. Le projet avancé par Bruno Le Maire a immédiatement réveillé le fantôme des autoroutes. Et aucun des garde-fous de régulation, tirant la leçon des erreurs de 2006, n'a jamais pu convaincre les oppositions. Le cas ADP a été saisi par la gauche pour tenter de faire aboutir la première proposition de référendum d'initiative partagée (RIP). La campagne n'a pas recueilli les 4,7 millions de signatures requises, mais plus de 1 million tout de même. Faut-il que le thème des bijoux de famille bradés par l'État soit porteur !

De la privatisation non digérée des autoroutes à celle avortée d'ADP, c'est finalement l'histoire d'un pays qui a, beaucoup, privatisé mais plus jamais de gaieté de coeur. Déjà en 2006, le texte de privatisation de Gaz de France a donné lieu au nombre de record de 137 449 amendements déposés. Le président de l'Assemblée Jean-Louis Debré s'était fait photographier au perchoir, disparaissant derrière les piles de ces amendements qu'il avait fait imprimer.

Même la droite, qui a longtemps mis le désengagement de l'État du secteur concurrentiel au coeur de son programme, n'est plus à l'aise. Elle a été traumatisée par la privatisation des autoroutes un peu comme la gauche est revenue des nationalisations, s'étant persuadée avec le temps que, de la SNCF en 1937 aux grandes nationalisations de 1981, l'État avait surtout sauvé la mise des actionnaires privés.

Les privatisations sont comme disqualifiées. La dernière en date est celle de la FDJ, fin 2019. L'argument financier qui fondait celle des autoroutes en 2006 n'imprime plus. À l'époque, l'État avait empoché 14,8 milliards d'euros, dont 11 milliards ont été affectés au désendettement de l'État. Près de vingt ans plus tard, alors que la dette publique a explosé et que la France tire le diable par la queue pour tenter de rétablir un tant soit peu ses comptes, l'idée même de privatiser n'est plus envisagée par aucun parti politique, aucun candidat, aucun programme. Au contraire. Le Parlement a voté presque comme un seul homme début 2024 la proposition de loi du socialiste Philippe Brun visant à la renationalisation d'EDF, en réalité déjà effective. Le 27 juin dernier, à trois jours du premier tour des élections législatives, le gouvernement en sursis a signé une promesse d'achat d'Alcatel Submarine Networks (ASN) ; on n'a pas vu un seul sourcil froncé sur les bancs de l'opposition. Au contraire. Comme pour les activités souveraines d'Atos quelques semaines plus tôt, l'initiative de Bercy a été applaudie. La nationalisation est devenue tendance. Elle est interprétée comme une démonstration de force de l'État. À moins qu'elle ne soit au contraire un aveu de faiblesse, la démonstration de son impuissance à réguler par la seule force du droit et à influer par celle du politique. B. B.

Le Figaro, no. 24879
Le Figaro, mardi 20 août 2024 941 mots, p. 4

Politique

Les députés du groupe À droite entrent dans l'arène

Conruyt, Claire

Pour la première fois, je ne me suis pas du tout senti représenté, c'était un électrochoc» , se souvient Vincent Trébuchet (Ardèche). Nous sommes en 2022 et, dans sa circonscription, la droite est absente au second tour. Face à un candidat Insoumis, c'est Olivier Dussopt (ex-ministre du Travail) qui l'emporte. «J'ai fait ce constat pénible: beaucoup de mes connaissances, issues des classes populaires, votaient pour le RN quand les classes favorisées, elles, votaient pour LR. Ce parti a abandonné les classes populaires et c'est avoir fait preuve d'une grande infidélité.» Chefs d'entreprise, entrepreneurs, avocats ou encore, commerçants et quelques anciens soutiens d'Éric Zemmour... Ils sont néanmoins plusieurs de la société civile à s'être lancés en politique aux côtés d'Éric Ciotti. Vincent Trébuchet est de ceux-là. À 36 ans, ce père de 4 enfants, ancien directeur mécénat, diplômé de HEC et de Sciences Po, siège désormais au sein du groupe À droite à l'Assemblée nationale.

Tout comme Charles Alloncle, député de l'Hérault, qui n'est guère novice en la matière. Dès ses 18 ans, celui qui fut président de l'UMP Sciences Po, prend sa carte. «J'ai commencé à l'époque Sarkozy, un homme dont les idées et le charisme m'ont fasciné» , raconte-t-il. Repéré par les équipes du dernier président de la République à droite, il est recruté comme stagiaire en 2014. «Une plongée dans le grand bain, se remémore-t-il. J'étais avec ses plus proches, ses fidèles, au service de quelqu'un qui a déclenché une passion politique en moi.» Bientôt, Charles Alloncle devient le président des Jeunes avec Sarkozy. «Avec lui, c'était vraiment la droite populaire, capable de parler à tous: à des jeunes très privilégiés comme à des jeunes des villes moyennes, des grandes banlieues ou des milieux ruraux moins aidés par la vie. Il a proposé un projet commun, ce qui, depuis, a précisément disparu chez LR.» En 2018, et tandis qu'il se présente à la présidence des Jeunes LR, il fait face à Aurane Reihanian, soutenu par Laurent Wauquiez. «Je me suis trouvé exposé à des méthodes que je ne soupçonnais pas dans ma famille politique. C'était une campagne détestable.» Après avoir perdu, il décide de «prendre le large».

« Un choix historique »

Cela fait un an à peine que le député de 30 ans a rencontré Jordan Bardella et ses équipes, au cours d'un dîner avec des chefs d'entreprise. «Le courant est très bien passé, j'ai retrouvé cette énergie et cette vision que je n'arrivais plus à trouver à droite.» Depuis, Charles Alloncle a eu des contacts réguliers avec les équipes du président du RN. «Je leur ai dit que si un jour, ils avaient besoin de moi, quelle que soit la mission, je ne me déroberais pas.» Alors, lorsque Emmanuel Macron annonce sa décision de dissoudre l'Assemblée, l'entourage de Bardella le contacte. L'accord d'Éric Ciotti avec le RN n'est pas encore officiel. «J'ai pris le temps de réfléchir, cela supposait d'abandonner tout ce que j'ai construit à titre professionnel. Puis, j'ai dit « oui » à Éric Ciotti.»

Cette alliance, une fois actée, est «un choix historique, se félicite Bartolomé Lenoir qui, avant d'être député de la Creuse, était l'un des conseillers d'Éric Ciotti depuis 2022. Il a eu le courage de mettre fin à une tactique électorale mitterrandienne qui n'a plus de sens aujourd'hui. Cet acte de responsabilité inédit renforce sa légitimité dans le cadre de l'union des droites.» C'est tout le pari de leur président, à la tête de ce petit groupe de 16 députés qui, l'été durant, doit plancher sur la rentrée avant de se réunir pour leur journée parlementaire, le 30 août. Une première pour Hanane Mansouri, qui a pris sa carte LR en 2019, et qui, du haut de ses 23 ans, est la deuxième plus jeune élue de l'Assemblée. Celle qui ne se définit pourtant pas «comme une ciottiste à l'origine» (elle fut coprésidente des Jeunes avec Michel Barnier, puis soutien de Bruno Retailleau lors de la dernière primaire de la droite) a «toujours été partisane de l'union des droites». Le soir du résultat des européennes, la présidente des Jeunes LR de l'Isère écrit à Éric Ciotti et se voit finalement proposer une circonscription dans son département, face à la candidate macroniste sortante, Caroline Abadie. «La décision d'Éric Ciotti a été courageuse. Il fallait sortir de la logique partisane.» Ce que n'a pas fait Éric Zemmour, poursuit-elle. «C'est dommage. Aujourd'hui, le RN est le plus puissant. Il est sain et logique de se ranger aux côtés des patriotes. »

Soutien historique d'Éric Ciotti, Christelle d'Intorni se félicite de faire partie d'un «petit groupe, certes, mais uni et dans lequel il y a un vrai dialogue». «Ce qui me change d'avant quand j'étais députée LR et que j'apprenais les décisions des chapeaux à plumes dans la presse.» L'élue des Alpes-Maritimes, qui fut étiquetée LR sous la précédente législature, a été élue dès le premier tour sous les couleurs de l'alliance Ciotti-RN, et a vécu un début d'été singulier. En croisant ses anciens collègues au Parlement, lors de la séance d'ouverture, et tandis que chaque groupe se prenait en photo, elle raconte : «C'était particulier... Certains étaient très sympathiques, d'autres plus mitigés et puis, enfin, il y avait ceux qui m'ont complètement ignorée.» Bien qu'allié au RN, le groupe compte bien marteler son indépendance. Vincent Trébuchet renchérit : «Je n'aurais pas pu m'engager sans l'alliance passée par Éric Ciotti. Je ne me reconnaissais plus dans LR, un appareil porté par des barons dont les choix ne reflètent pas ceux des militants. Mais je trouvais important que la doctrine historique de ce parti vienne enrichir le projet politique du RN. » C. C.

L'Humanité
mardi 20 août 2024 794 mots, p. 8

Claire Lejeune, cherche bon plan pour le climat

Cyprien Caddeo

France insoumise Fille d'ouvrier, la normalienne de 29 ans veut mettre à profit ses travaux universitaires sur les planifications pour résoudre l'équation entre écologie et classes populaires.

S ale baptême du feu. Pour sa première semaine en tant qu'élue de la nation, Claire Lejeune aura eu droit à une fake news et une campagne de harcèlement de l'extrême droite. Le 18 juillet, la nouvelle députée de l'Essonne monte à la tribune afin de prendre part au vote pour la présidence de l'Assemblée nationale. Comme ses camarades insoumis et d'autres élus du Nouveau Front populaire, elle refuse, au nom du barrage républicain et du « cordon sanitaire », de serrer la main au député RN Flavien Termet, benjamin de l'Hémicycle, qui veille protocolairement au bon déroulement du scrutin.

L'extrait vidéo où elle apparaît figure parmi ceux retenus par la fachosphère. Le symbole est trop beau. Voici une normalienne, « intello parisienne », méprisant un député provincial, « fils de charcutier ». Sur les réseaux, le pilonnage commence, avec son cortège d'injures sexistes. « Ça a été très violent, d'autant que je n'avais pas encore constitué d'équipe qui pouvait filtrer les messages. J'ai tout pris d'un coup, raconte Claire Lejeune. Évidemment, le cliché est parfait pour eux, et ils n'ont pas pris la peine de vérifier leurs informations... » Une rapide recherche aurait pourtant suffi. Née en 1994 à Juvisy-sur-Orge, dans la circonscription où elle vient donc d'être élue, Claire Lejeune a passé sa jeunesse au sein d'un foyer modeste, avec un père ouvrier électricien qu'elle a vu « arriver le corps cassé à la retraite » et une mère le plus souvent au foyer, à qui elle doit sa double nationalité franco-britannique. « J'ai grandi dans un mélange de quartiers populaire et pavillonnaire, typique de la banlieue parisienne en première ligne face à la dégradation des services publics, relate avec le recul la jeune femme. La maternité où je suis née a été fermée. »

Pas vraiment le profil de « bête à concours » taillée pour enquiller lycée Henri-IV, ENS Lyon et Sciences-Po Paris. Pourtant, Claire Lejeune coche les cases prestigieuses, très consciente, en lectrice assidue de Bourdieu, d'être une « transfuge de classe » (comme le sociologue, d'ailleurs) : « Ça a été un choc, la découverte d'un autre monde. J'y ai vécu la violence symbolique d'être une fille d'ouvrier en classe préparatoire. » Un décalage qu'elle ressent aussi au Palais Bourbon : le temple du peuple a le marbre épais et les lustres clinquants.

Dans l'Hémicycle, elle fait partie du petit club des six députés universitaires du Nouveau Front populaire. Et entend mettre à profit les ressources théoriques de sa thèse, qu'elle doit mettre en pause (mandat oblige), consacrée aux planifications économiques. Elle a trouvé un siège à la commission qu'elle souhaitait, développement durable, et veut résoudre cette vieille équation posée à la gauche : réconcilier écologie et classes populaires. Celle qui, pour être en adéquation avec ses idées, a opté pour le végétarisme et s'interdit de prendre l'avion refuse de stigmatiser ceux qui font le choix inverse. « On ne peut pas incriminer les comportements individuels, car nos décisions sont contraintes, développe-t-elle. On est tous pris dans des imaginaires capitalistes. Le chemin est long pour construire un récit alternatif. » Inutile de la lancer sur l'écoanxiété, terme piégeux qui « psychologise le débat » : « Une des victoires de l'écoféminisme, c'est justement d'avoir montré que nos émotions sont pleinement politiques. »

En 2022, elle claque la porte d'EELV

C'est avec la crise migratoire syrienne que Claire Lejeune se politise, jusqu'à s'encarter, en 2017. Les écologistes seront sa première maison, où le maire Vert de Grande-Synthe Damien Carême devient un mentor. Secrétaire nationale des jeunes écologistes entre 2018 et 2019, elle incarne une des tendances les plus à gauche du parti, sur une ligne radicale de rupture et d'union de la gauche. En 2021, la victoire de Yannick Jadot et sa course solo pour l'Élysée douchent les espoirs de Claire Lejeune. Début 2022, elle claque la porte d'EELV et rejoint la France insoumise : « Chez Jadot, je ne retrouvais pas la clarté qu'il me faut pour militer sereinement, sur la rupture avec le capitalisme. » La disciple de Damien Carême a cette fois pris les devants : ce dernier la rejoindra en 2024.

« J'ai trouvé mon point d'ancrage », estime-t-elle désormais en évoquant le parti de Jean-Luc Mélenchon, rejetant les accusations de manque de démocratie interne : « Au contraire, il y a une vraie culture collective, moins de délibérations, peut-être, mais une priorité à l'action. Une démocratie en actes. » L'essentiel est pour elle de faire vivre le NFP en tant qu'alternative crédible. Car, en bonne amatrice de running - son secret pour déconnecter du flux médiatico-politique -, elle sait qu'elle se lance dans une course de fond, avec cette mandature qui pourrait s'écourter : « Il peut y avoir une dissolution dans un an. J'entre en campagne permanente. »

La Croix, no. 42999
Monde, mardi 20 août 2024 1112 mots, p. 7,8
Aussi paru dans
28 juillet 2024 - La Croix (site web)

La Suède facilite le changement de genre des adolescents

Alain Guillemoles

Face à l’augmentation des demandes de changement de genre, le gouvernement conservateur suédois s’est décidé à faire passer une loi pour faciliter les démarches administratives et le traitement médical.

Le sujet fait débat en Suède, même si l’Église luthérienne a choisi de ne pas se prononcer.

Stockholm (Suède)

De notre envoyé spécial

Rion, 19 ans, est en train de se réinventer en jeune garçon. Frêle, blond, le visage fin, cet étudiant en art à Stockholm rêve de faire disparaître son embryon de poitrine. Il voudrait ne plus sentir cette « terrible gêne » lorsqu’il montre son passeport où il est identifié comme une fille. Il a entrepris les démarches pour changer de sexe et attend depuis trois ans d’avoir un rendez-vous devant la Commission nationale de la santé, seule aujourd’hui en Suède à pouvoir autoriser le traitement.

Une nouvelle loi adoptée en avril permet d’accélérer la procédure. Elle arrivera trop tard pour Rion, qui a rendez-vous devant la commission à l’automne. Mais il voit positivement cette réforme. C’est selon lui un moyen de soulager les nombreuses personnes qui sont dans la même situation que lui.

La Suède fait face à une augmentation des demandes. Le nombre de jeunes de 18 à 24 ans suivis médicalement pour « dysphorie de genre » (un décalage entre le sexe biologique et le genre auquel une personne s’identifie) a augmenté de 400 % entre 2008 et 2018. On est désormais à quelques centaines de nouveaux cas chaque année. Face à ce phénomène, le Parlement suédois a donc adopté le 17 avril, à l’issue de débats houleux, une loi qui permettra, à compter du 1er juillet 2025, de changer de genre dès 16 ans auprès de l’état civil. Jusqu’à 18 ans, l’accord des parents et de la Direction nationale de la santé restera nécessaire. Au-delà, il ne sera plus exigé. Pour engager le traitement médical, il suffira d’être suivi par n’importe quel médecin. Il ne sera plus nécessaire de passer devant une commission spécialisée. L’ablation des ovaires ou des testicules ne sera toutefois possible qu’à partir de 23 ans, comme c’est le cas aujourd’hui.

Les sondages indiquent que 60 % des Suédois restent opposés à cette loi. Malgré ces réserves, le gouvernement conservateur actuel l’a fait adopter, poursuivant le chantier législatif engagé par le gouvernement social-démocrate précédent. La Suède avait déjà été le premier pays au monde à autoriser le changement de genre, dès 1972. Depuis, une dizaine de pays européens l’ont autorisé sur simple déclaration à l’état civil. La Suède, de son côté, n’avait pas voulu s’engager dans cette voie. Mais en 2024, son gouvernement a souhaité rouvrir le débat.

Au sein de la coalition au pouvoir, le sujet a provoqué de vifs débats. La députée chrétienne-démocrate Liza-Maria Norlin a fait valoir, lors du débat au Parlement, que parmi les jeunes concernés on trouve une forte prévalence de diagnostics d’autisme, de troubles de l’attention, de dépressions… L’absence d’études médicales sur le lien entre dysphorie et problèmes psychologiques a poussé la députée à s’interroger : « Qu’est-ce que nous sommes en train de rater ? N’est-on pas face au plus grand scandale du siècle, comme l’a dit un psychiatre ? » Elle a voté contre la réforme. La nouvelle loi n’a pu être adoptée que grâce au soutien de l’opposition de gauche. D’autres arguments ont surgi durant la discussion. Certains députés ont évoqué le risque de faciliter la fraude fiscale. Certains se sont inquiétés de la sécurité dans les vestiaires réservés aux femmes… Quelques féministes suédoises se sont aussi élevées contre le texte.

« C’est une mauvaise compréhension des choses », conteste Peter Sidlund Ponkala, le président de la Fédération nationale pour les droits des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et queers. « Cette loi vise seulement à faciliter la vie d’un petit groupe de personnes aujourd’hui marginalisées. On parle de moins de 1 000 personnes par an… Leur donner des droits n’enlève rien à personne », argumente-t-il.

L’Église luthérienne suédoise, de son côté, ne s’est pas opposée : « Nous avons donné un avis sur l’âge auquel cela devait être autorisé. Nous avons aussi demandé que l’on prévoie un temps de réflexion, pour que le changement de genre ne se fasse pas trop vite », raconte Ulf Lindgren, pasteur de la cathédrale de Stockholm. Pour autant, l’Église n’a pas mis de veto : « La Bible ne dit rien sur le changement de genre. Mais elle nous invite à aller vers celui qui a été poussé en dehors du groupe pour lui parler. »Ulf Lindgren insiste sur le fait que l’Église luthérienne a choisi, depuis une vingtaine d’années, de ne plus se prononcer sur des sujets de société, mais d’accompagner individuellement ceux qui sont face à des interrogations. « Nous avons compris qu’il ne sert à rien d’édicter des règles. Un alcoolique ne va pas s’arrêter de boire parce qu’on le condamne… »

L’augmentation des demandes de changement de genre chez les adolescents reste difficile à expliquer. Peter Sidlund Ponkala conteste toute hausse. Il estime que le phénomène est juste devenu plus visible : « Alors que la société devient plus tolérante, les personnes concernées se manifestent plus ouvertement », juge-t-il. Ceux qui ont emprunté la voie d’un changement de genre témoignent en tout cas du fait qu’il s’agit d’un chemin difficile. C’est ce que raconte Robin Dahlstedt. À 26 ans, ce garçon athlétique, qui se déplace en fauteuil roulant à la suite d’une maladie d’enfance, est aujourd’hui joueur de hockey sur glace handisport. Né fille, il parle de son parcours avec l’espoir de faire changer le regard sur les personnes transgenres. « J’ai su très tôt que je n’étais pas dans mon corps. Enfant, j’ai cessé d’aller à l’école, cela a été très dur », dit-il.

Il avait 16 ans quand il a pu commencer le traitement médical. « J’ai eu de la chance, j’ai été considéré comme prioritaire. Mais d’autres attendent trois ou quatre ans », constate-t-il. Lorsqu’il évoque les années qui ont précédé son opération, son regard se voile et exprime une détresse profonde. « Maintenant, je me sens bien », dit-il. Il est entré en équipe nationale il y a un an. Si on lui fait observer qu’il pratique un sport assez violent, il sourit largement en disant : « C’est vrai, mais c’est fun ! »

Le Figaro, no. 24879
Le Figaro, mardi 20 août 2024 1188 mots, p. 4

Politique

Entre indépendance et alliance avec le RN, Éric Ciotti sur une ligne de crête

Désormais à la tête de son propre groupe à l'Assemblée, le président contesté des LR prépare sa rentrée politique.

Conruyt, Claire

Pour Éric Ciotti, c'est un retour aux sources maralpines mais en terre politique inconnue. Le 31 août, le député donne rendez-vous à ses soutiens au Grand Pré de Levens, dans les Alpes-Maritimes. Mais, cette fois, il faut s'attendre à un autre décor. Le président contesté des Républicains s'avancera seul sur scène, sans le soutien de son ancienne famille politique. La rupture originelle remonte à l'alliance passée avec le Rassemblement national, dans le cadre des élections législatives anticipées. C'était, pour lui, l'acte I. Place à la suite désormais, à la «refondation historique de la droite» ,dixit un collaborateur, autour du concept d' «union des patriotes».Acte II. «Malgré la résistance des vieux cadors, nous avons percé la citadelle,se félicite-t-on dans son entourage. Nous avons opéré une rupture anthropologique et ébranlé un système qui vit depuis trop longtemps sur le concept absurde du barrage républicain. »

Après son accord avec le parti de Marine Le Pen, voilà Éric Ciotti à la tête du seul néogroupe de l'Assemblée nationale, À droite, composé de 16 députés. C'est aussi à lui que revient la charge de veiller à l'indépendance de son mouvement. D'ailleurs, sa rentrée politique, il la veut «personnelle»et incarnée. Ainsi, les quelque 2 000 personnes attendues ne doivent guère s'attendre à la présence d'un visage RN. «C'est un rendez-vous tout particulier, pour moi,confie Éric Ciotti. Celui d'une formation qui prône l'union des droites, qui conteste le fait que la France soit prise en otage depuis trop longtemps par le diktat moral érigé par l'extrême gauche, ou gouvernée par un pôle paralysé par l'impuissance du bloc central.» Son indépendance, Éric Ciotti la veut d'abord vis-à-vis du «plus petit dénominateur commun» ,qualificatif qu'il donne à une potentielle coalition du bloc central. Quant au « pacte législatif » de Laurent Wauquiez, président du groupe La droite républicaine, un élu proche de Ciotti fustige : «Le pacte législatif, ça ne veut pas dire grand-chose, on en a porté mille fois. C'est au moins le signe que, après que son groupe a été élu grâce aux macronistes et au désistement de la gauche, M.Wauquiez n'est pas dans la vraie opposition mais dans la compétition du bloc central pour 2027.»

À cela, l'un de ses adversaires LR rétorque : «Il a fait un mauvais calcul. Ciotti aura le même destin que Dupont-Aignan et sera à la tête d'un parti satellite du RN.» «Ils me font bien rire,répond un député À droite. Nous donner des leçons alors qu'ils ont négocié avec Emmanuel Macron les postes clés de l'Assemblée... Ça ne fait pas d'eux un parti satellite, ça?» Un proche d'Éric Ciotti rapporte cette scène, à la veille du second tour aux législatives : «On était réunis dans sa permanence et on n'était pas sûrs de former un groupe. Je me suis levé et je lui ai dit: « Éric, si on n'a pas de groupe, on ne siège pas avec le RN mais en indépendants. » Et il était d'accord.»La preuve, selon cette même source, que la «fusion-absorption»n'aura pas lieu. Éric Ciotti poursuit : «Notre liberté politique et notre souveraineté sont garanties, ce n'est pas le débat. Nous avons en commun une plateforme électorale, fondée sur une alliance législative. Nous aurons des réunions de coordination, des intergroupes, parce que nous avons un projet commun.»Commun, mais pas identique.

Là où certains identifient les profondes différences de nature entre la ligne Ciotti et le RN, notamment sur le volet économique, l'intéressé, lui, voit une forme de «complémentarité».D'ailleurs, le 31 août, au sein d'un territoire historiquement marqué à droite, Éric Ciotti compte bien détailler la «déclinaison programmatique»de cette «nouvelle droite»qu'il espère porter et qui repose sur trois piliers. D'abord, économique. Baisse massive des prélèvements obligatoires, suppression des droits de succession, lutte contre la fiscalité confiscatoire et défense des retraités. «Je veux que, sur ces sujets, nous ayons notre identité et notre spécificité,insiste Éric Ciotti. Un mot d'ordre: la liberté économique.» L'allié du RN veut aussi décliner les sujets de l'autorité et de l'identité française avec, notamment, des propositions pour «donner la parole au peuple et aller vers plus de démocratie directe» ,précise un proche. «Ce que j'ai porté lors de la primaire de la droite» ,affirme le député des Alpes-Maritimes. La «marque historique Ciotti,insiste son entourage. Et ce que nous avons de parfaitement en commun avec Marine LePen. »

Incertitudes

Qu'à cela ne tienne, ici repose le vrai danger : exister face à l' « ogre RN ». «D'où la nécessité d'avoir une offre différente et de restructurer la droite» ,estime un ciottiste. Apparaît donc l'inévitable question : comment ? Alors que la justice devrait clarifier la situation du parti le 14 octobre prochain, toutes les pistes sont encore ouvertes. Faut-il réinvestir l'appareil des Républicains ou créer un tout nouveau mouvement ? La dernière option est en tout cas une «hypothèse» ,affirme Éric Ciotti. Son entourage précise : «La question n'est pas totalement tranchée dans sa tête. Mais il vaut mieux créer un nouveau mouvement et repartir de zéro. LR est tellement gangrené par les querelles intestines et les ambitions personnelles...»Pas que. Plusieurs, à droite, évoquent le délicat sujet de la situation financière du parti. «Il y a une dette énorme, de plusieurs millions d'euros, et le financement public va chuter... Pour tout le monde, c'est un sujet.»

Alors, chez Éric Ciotti, l'option d'un parti plus «moderne» , plus «agile» ,mené par un «leader incontesté» ,est encore sur la table. «On maîtrise notre calendrier, on a le temps pour nous,assure un conseiller. Éric est tranquille comme Baptiste, on n'a pas le couteau sous la gorge comme les vieilles barbes de chez LR qui ont besoin d'une marque pour survivre.»Les «vieilles barbes»...La formule illustre parfaitement la manière dont les ciottistes veulent se différencier de leurs anciens compagnons de route : ce sont les premiers qui auraient les militants de leur côté - ce que réfutent fermement leurs adversaires du « canal historique » LR. D'où la demande de l'organisation d'un congrès formulée par Éric Ciotti, et qui doit être approuvée par le bureau politique du parti - lequel a justement pris la décision de son exclusion.

Quelle que soit la forme que prendra le mouvement ciottiste, l'accord avec Marine Le Pen sera de nouveau assumé. «Si, dans un an, il y a une nouvelle dissolution, il y aura de nouveau une alliance avec le RN» ,confirme-t-il. Un conseiller justifie : «Il y aura de la place pour trois machines puissantes: l'union des droites, les macronistes et l'extrême gauche. Aux municipales, nous partirons sous nos couleurs, avec des listes communes. Puis, aux sénatoriales, on aura le vent dans le dos.»Avec, bien sûr, cet objectif : préparer l'alternance présidentielle. Alors, naturellement, la question se pose : qui soutenir en 2027 ? «Nous verrons le moment venu» ,élude Éric Ciotti. Pourrait-il lui-même se lancer ? « Je n'y pense pas du tout» ,assure -t-il, à la veille d'une rentrée politique pleine d'incertitudes pour la droite.

Libération
mardi 20 août 2024 1527 mots, p. 12,13

FRANCE

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18 août 2024 - Libération (site web)

BUDGET DU SPORT Le gouvernement met la forme sans les fonds

NOA JACQUET ; ELÉNA RONEY

FRANCE

Malgré la volonté affichée d'Emmanuel Macron de faire de la France une «nation sportive», élus et experts jugent que l'enveloppe dédiée à l'activité physique du quotidien est encore insuffisante. Et craignent que l'élan suscité par les JO ne retombe comme un soufflé.

L a France, une «nation sportive», s'est félicité Emmanuel Macron le 12 août dans l'Equipe, juste après la clôture des Jeux olympiques. Avec 64 médailles, le pays s'est en effet hissé dans le top 5 des nations olympiques. Mais derrière ce record, une réalité moins glorieuse : le budget du ministère des Sports ne s'élève en 2024 qu'à un petit milliard d'euros, 0,2 % du budget total de l'Etat. Un manque de moyens dont le nageur Florent Manaudou s'inquiétait déjà en novembre : «On n'est pas du tout un pays de sport. Ils ont réduit de quatre à deux heures les cours d'EPS. On ne peut pas dire qu'on veut être la meilleure nation en mettant ces moyens-là.» Quelques mois avant le début des Jeux olympiques et paralympiques (JOP), le judoka Teddy Riner poussait lui aussi son coup de gueule, avec les mêmes critiques.

«Le budget est en progression, mais il n'est pas de nature à renverser complètement la table», explique Christophe Lepetit, expert en économie du sport au Centre de droit et d'économie du sport. Le sénateur LR et vice-président de la commission traitant des affaires sportives, Michel Savin, abonde : «Le problème, c'est qu'on n'a pas de visibilité à long terme avec le budget sport aujourd'hui. Il faudrait le penser à moyen et long terme, au moins jusqu'aux prochaines olympiades, pour avoir le temps de construire des infrastructures et entraîner les athlètes.» «UNE DYNAMIQUE TRÈS POSITIVE» Dans le camp macroniste, on balaie ces affirmations d'un revers de la main, en vantant l'augmentation des crédits alloués au programme sport de la mission sport, jeunesse et vie associative, un projet interministériel visant notamment à développer la pratique du sport et la haute performance. Son budget est passé de 348 millions d'euros en 2018 à 760 millions d'euros dans le projet de loi de finances pour 2024. «C'est une dynamique très positive, et si on ajoute toutes les dépenses qui ont touché de près ou de loin le sport, cela représente 7,2 milliards d'euros en 2024», affirme le député Renaissance de Saône-et-Loire Benjamin Dirx, rapporteur spécial du budget sport depuis 2019. Une enveloppe élargie qui comprend notamment l'enseignement du sport en milieu scolaire. Il renchérit : «C'est très important que la politique publique continue d'encourager l'activité physique. Le sport est un endroit où il y a de la mixité sociale, où toutes les catégories socioprofessionnelles peuvent se retrouver.» Emmanuel Macron a semblé d'avance vouloir répondre aux critiques en assurant : «Je ne compte pas baisser le niveau d'engagement, ni pour les équipements, ni pour le sport à l'école, ni budgétaire.» Malgré la satisfaction du camp présidentiel, parlementaires de l'op - position et spécialistes du secteur dénoncent une hausse en «trompe-l'oeil». «Le budget du ministère des Sports a été gonflé par un certain nombre de crédits essentiellement liés aux Jeux, analyse Christophe Lepetit. A partir de 2018, le ministère se met par exemple à financer, à hauteur de plusieurs centaines de millions d'euros, la Solidéo, la société de livraison des ouvrages olympiques, et le comité d'organisation, ce qui est venu gonfler les chiffres du budget.» Idem pour la mission sport. Quant au projet de loi de finances 2024, l'économiste appelle à la vigilance. Derrière les 60 millions d'euros supplémentaires dans le budget ministériel pour le sport, hors organisation des JOP, 40,2 millions étaient pourtant orientés vers ces derniers, avec le financement des primes pour les athlètes médaillés et du programme «gagner en France», accompagnant les sportifs de haut niveau. «Après avoir neutralisé les éléments non reconductibles liés aux Jeux, on verra que la croissance réelle n'est pas si importante que ça», indique Christophe Lepetit, «d'autant que cette hausse est aussi liée à l'inflation». Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé de favoriser la pratique du sport au quotidien : depuis le début du premier quinquennat Macron, le gouvernement n'a pas manqué d'idées, comme l'annonce récente de trente minutes d'exercice physique par jour pour les élèves. «On a construit de nouveaux équipements, notamment en raison des JOP, qui vont rester après. On a aussi rénové des gymnases, des piscines, des cours d'école pour que les élèves puissent y faire du sport», défend Benjamin Dirx, faisant référence au plan «5 000 terrains de sport», lancé en 2021 pour la construction de nouveaux équipements sportifs, avec une enveloppe de 200 millions d'euros.

«IL Y A BEAUCOUP D'INÉGALITÉS» «Une bonne chose», mais qui rate globalement l'essentiel du problème selon certains professionnels. Hugo Pontais, professeur d'EPS, syndiqué au Snep-FSU, dénonce l'hypocrisie de ces projets qui ne répondent que très peu aux besoins des collectivités : «Ce ne sont pas des équipements structurants comme des gymnases ou des piscines, dont on manque grandement. Ce sont par exemple des aménagements de musculation en plein air, qui ne permettent pas d'accueillir de nouveaux sportifs. Il y a aussi beaucoup d'inégalités en ce qui concerne la construction et la présence d'équipements en fonction des territoires et des niveaux de richesse.» Le plan «5 000 terrains de sport» a été réitéré début 2024 avec une enveloppe de 300 millions d'euros, et se poursuivra jusqu'en 2026. Mais «la grande difficulté aujourd'hui, c'est la vétusté des équipements traditionnels, or ce deuxième plan ne concerne que des équipements nouveaux», déplore Jean-Jacques Lozach, sénateur PS de la Creuse et rapporteur pour avis du budget des sports cette année. Il rappelle que 40 % de ces équipements ont aujourd'hui plus de quarante ans, et qu'ils n'ont, pour la plupart, jamais été rénovés. En août 2023, le gymnase du village de Conches-sur- Gondoire (Seine-et-Marne) a par exemple dû fermer définitivement ses portes en raison de sa vétusté et de sa dangerosité. Une catastrophe pour la commune, alors que s'y déroulaient des cours multisports, des stages sportifs, et les cours d'EPS des écoliers, obligés depuis de se rendre dans le village voisin. Un autre problème est pointé par les professionnels : celui des coûts énergétiques, très difficiles à supporter. Hugo Pontais raconte : «En hiver, on doit fermer des gymnases car on n'a pas les moyens de payer le chauffage. C'est pour ça qu'on dit que le budget alloué au sport est largement insuffisant. Il ne prend pas en compte toutes les problématiques et les réalités.» «CE QUI COMPTE, C'EST L'HÉRITAGE DES JOP» Autre occasion manquée du gouvernement : le méconnu pass sport. Mis en place en 2021, il offre une aide de 50 euros à la prise d'une licence sportive, sous condition. «Un niveau très faible», regrette Jean-Jacques Lozach, qui avait porté le projet au Sénat en 2019. «De plus, le pass sport tel qu'il est actuellement ne permet pas de développer la pratique des primo-accédants.» C'est pourquoi le sénateur souhaiterait l'élargissement de cette aide à l'achat d'équipements sportifs ainsi qu'une meilleure communication pour faire connaître le dispositif. Faute d'utilisateurs, 15 millions d'euros alloués au pass sport ont été coupés dans le budget 2024. Le camp présidentiel ne désespère cependant pas de le faire connaître : «Il va y avoir une forte effervescence, liée aux JOP», prédit Benjamin Dirx. Appréciation générale de Christophe Lepetit ? «Des choses ont été faites, mais ce n'est pas assez pour faire de la pratique sportive un élément incontournable de la vie des Français.» L'engouement engendré par les Jeux olympiques redonnera-t-il une place plus importante au budget sport ? «Tout porte à penser que le budget va diminuer», tranche Régis Juanico, ancien député socialiste de la Loire, spécialiste des questions sportives. Le gouvernement a déjà gelé début juillet une partie des crédits de la deuxième vague du plan «5 000 terrains de sport». «Après une telle ferveur populaire, le gouvernement se ridiculiserait à rester à un niveau budgétaire aussi bas», lâche amèrement Jean-Jacques Lozach. «Beaucoup d'acteurs du sport dans les collectivités redoutent que ce qui a été annoncé comme un souffle, fin 2023, finisse sous forme de soufflé après les JOP», s'inquiète Régis Juanico. D'autant que les collectivités territoriales puisent déjà beaucoup dans leur budget pour financer les activités sportives. En 2022, elles y avaient consacré 14 milliards d'euros, soit quatorze fois le budget du ministère des Sports.

«Ce qui compte, c'est l'héritage des JOP, sinon les organiser n'aura servi à rien. Il faut continuer à augmenter les budgets pour le sport», argue Michel Savin. Une loi héritage JOP devait d'ailleurs être débattue à la rentrée, mais la dissolution l'a mise en suspens. Jean-Jacques Lozach espère pouvoir enfin faire passer un amendement – retoqué à plusieurs reprises par le gouvernement – pour déplafonner les recettes des taxes liées aux paris sportifs afin de financer le développement de la pratique sportive. Cette fois pourrait être la bonne : «Toutes les options sont ouvertes», a répondu le ministère des Sports auprès de Libération. De son côté, Michel Savin affirme : «Il faut un vrai plan Marshall pour relancer les activités sportives, notamment sur les équipements structurants. Ça permettrait de rattraper le retard qu'on accumule depuis une trentaine d'années.» «Après la parenthèse enchantée, le moment est venu d'entrer dans une spirale vertueuse», conclut Jean-Jacques Lozach.

Le Monde
France, mardi 20 août 2024 1538 mots, p. 7
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19 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

LFI menace Macron de destitution et divise le NFP

L’initiative isolée de Jean-Luc Mélenchon a agacé ses partenaires à gauche et fragilise un peu plus l’hypothèse Castets à Matignon

Sandrine Cassini

La mort de l’acteur Alain Delon, survenue dimanche 18 août, a probablement atténué la résonance du dernier coup de Jean-Luc Mélenchon dans une opinion publique encore assoupie par les vacances d’été. Mais, encore une fois, le fondateur de La France insoumise (LFI) a fait trembler les murs de la gauche, fissurant le Nouveau Front populaire (NFP), fragile édifice bâti à la hâte en vue des élections législatives du 30 juin.

Dans un texte paru dans La Tribune dimanche, cosigné avec le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, et la présidente du groupe à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, Jean-Luc Mélenchon accuse Emmanuel Macron de « coup de force institutionnel » et d’ « abus de pouvoir ». Dans cet « avertissement solennel », LFI somme le chef de l’Etat d’ « admettre le résultat des législatives » et de « nommer première ministre Lucie Castets », sans quoi le mouvement déclenchera l’article 68 de la Constitution, qui prévoit la possibilité de démettre le président de la République en cas de « manquements à ses devoirs ». L’initiative des « insoumis » a été concoctée en secret, en marge de la nouvelle union de la gauche. Manuel Bompard a simplement prévenu ses partenaires par SMS, samedi, de la sortie du texte le lendemain.

Séisme au Parti socialiste

Concrètement, la mise en œuvre de l’article 68 de la Constitution n’a aucune chance d’aboutir, au regard des équilibres politiques actuels. Une résolution doit d’abord être adoptée à la majorité des deux tiers à l’Assemblée nationale et au Sénat. Puis une haute cour, constituée d’élus des deux chambres, dispose d’un mois pour se prononcer, là aussi à la majorité des deux tiers. La légitimité juridique de la démarche serait aussi questionnée. « Le chef de l’Etat est dans son rôle constitutionnel. En l’absence de majorité, il consulte les groupes politiques afin de nommer un premier ministre », justifie l’Elysée, qui dénonce « une agitation bien peu conforme à l’esprit de la République et à la lettre de la Constitution »et note un « goût pour le désordre peu rassurant ».

Au-delà de la faisabilité de la procédure, c’est surtout les conséquences politiques de la démarche que socialistes (PS), écologistes et communistes (PCF) craignent, à cinq jours d’un rendez-vous crucial avec Emmanuel Macron, en compagnie de Lucie Castets. Dimanche, tous se sont désolidarisés de leurs turbulents partenaires, conscients qu’une telle menace promet d’hypothéquer définitivement les chances du NFP de gouverner, en offrant sur un plateau une bonne raison au chef de l’Etat de repousser leur candidate.

Le président du groupe PS au Sénat, Patrick Kanner, voit là une « provocation incongrue », « une[action] isolée, incorrecte par rapport à la démarche d’être reçus collectivement ». « En déclenchant un scud qui n’a pas de poudre, ils fragilisent le NFP et Lucie Castets », ajoute-t-il. De la Corse, où il passe ses vacances, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, ne décolère pas. « L’ordre du jour n’est pas de menacer le chef de l’Etat de destitution. La priorité, ce n’est pas de provoquer une crise institutionnelle. LFI a le droit de faire de la présidentielle sa priorité, mais ce n’est pas notre choix », avance-t-il, tout en doutant du « bien-fondé constitutionnel de la démarche ».

Si la cheffe de file des écologistes, Marine Tondelier, préfère ne pas « en faire tout un plat », le sénateur de Paris Yannick Jadot dénonce « une initiative inopportune qui ne construit pas le bon rapport de force avec Emmanuel Macron ». « Ce qui peut apparaître comme une pression supplémentaire nous éloigne de la nomination du NFP[à Matignon] et de l’impératif de crédibilité qui est devant nous », se désole l’ancien candidat écologiste à la présidentielle.

Seul le député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière, ancien « insoumis », banni par Jean-Luc Mélenchon pour cause de désaccord politique, préfère nuancer. « C’est une bataille politique intéressante qui peut s’engager dans le pays : il faut revenir à un régime parlementaire, en finir avec l’héritage du bonapartisme, avec un personnage hors de tout contrôle populaire », analyse-t-il. Tout en précisant que cela ne peut pas « être une bataille identitaire, partidaire », mais qu’il « faut que ce débat prospère dans la société, pour faire évoluer les consciences ». LFI a toujours milité pour passer à la VIe République.

Au PS, la tribune a également provoqué un puissant séisme interne, réactivant les clivages au sein du parti à la rose entre le premier secrétaire, Olivier Faure, artisan du NFP, et les opposants de Jean-Luc Mélenchon. Alors que la colère commençait à gronder sur les boucles de communication, dimanche matin, M. Faure, qui fêtait ses 56 ans, a réagi en deux temps.

Il a commencé vers 11 heures par un message prudent évitant soigneusement d’évoquer l’initiative insoumise. « Dans un contexte où l’extrême droite est en embuscade, où Macron cherche à contourner le choix des Français, nous devons faire preuve de responsabilité en montrant que nous sommes la force qui assure au pays justice et stabilité », a-t-il écrit. Ce n’est que deux heures plus tard qu’il a finalement pris ses distances avec les « insoumis ». « Cette tribune n’est signée que par les dirigeants de LFI. Elle n’engage que leur mouvement », a-t-il alors précisé, jugeant que seule « la censure » était « la réponse à une nomination d’un premier ministre qui ne serait pas conforme à la tradition républicaine ».

Il faut dire que les deux courants minoritaires, respectivement conduits par la maire de Vaulx-en-Velin (métropole de Lyon), Hélène Geoffroy, proche de François Hollande, et l’édile de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, qui pèsent ensemble la moitié du PS, avaient déjà demandé la tenue d’un bureau national avant le 23 juillet pour « dire clairement notre refus d’une procédure de destitution ». Chez les partisans de la première, on considère désormais « impossible dans ces conditions d’aller voir le chef de l’Etat », tranche l’ancien député des Bouches-du-Rhône Patrick Mennucci, qui était dès le départ défavorable à un rendez-vous commun avec LFI.

Pour l’ancien premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, la « manœuvre » insoumise était « mûrement réfléchie ». « Mélenchon veut entraîner la gauche dans un affrontement avec le chef de l’Etat, car il souhaite la radicaliser pour en être le champion lors d’une présidentielle anticipée ou pas. C’est toujours la même stratégie : le PS, les Verts et le PCF sont pieds et poings liés au NFP, et, à la fin du match, c’est Mélenchon qui gagne », analyse-t-il.

« La décantation se poursuit »

Au PS, certains observent que depuis le départ, LFI sabote la candidature de Lucie Castets, en l’empêchant d’abord d’aller nouer des coalitions au-delà du NFP, en l’obligeant ensuite à rétropédaler, comme lorsqu’elle a laissé entendre dans Le Parisien, le 13 août, que le smic à 1 600 euros, l’une des mesures phares du NFP, était un « horizon ». Finalement, la lettre des « insoumis » semble faire le jeu d’Emmanuel Macron, qui rêve de voir le NFP se disloquer. « La décantation se poursuit », remarque-t-on à l’Elysée. Pour le chef de l’Etat, il n’est de toute façon pas question de nommer Lucie Castets, officiellement parce qu’un gouvernement comportant des membres de LFI serait censuré.

Parmi les personnalités de gauche citées pour Matignon, les noms du maire (PS) de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Karim Bouamrane, poussé par l’aile gauche du camp présidentiel, et de l’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve circulent toujours. Ils correspondent « au barycentre de l’Assemblée nationale et de la vie politique », commente l’Elysée. Les deux hommes ont en commun d’être des opposants de LFI, un mouvement exclu par Emmanuel Macron de « l’arc républicain ». « Ce serait uniquement pour saper l’union de la gauche », juge Luc Broussy, un proche d’Olivier Faure.

Selon nos informations, l’hypothèse Cazeneuve a d’ailleurs été évoquée lors d’une réunion de groupe du PS, vendredi 16 août. Il en est ressorti que l’ex-ministre de l’intérieur ne rencontrerait pas d’opposition de principe chez les députés du PS, même si la potion pourrait avoir un goût amer pour certains. Ont surtout été discutées les lignes rouges politiques que le PS ne franchirait pas. Olivier Faure a, lui, fait part de ses réticences, arguant en substance que tout autre candidat que Lucie Castets serait un candidat choisi par la droite. Bernard Cazeneuve avait quitté le PS au moment de la formation de la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (Nupes). Depuis, il n’avait cessé de croiser le fer avec le premier secrétaire.

Si Fabien Roussel avait tendu la main à Bernard Cazeneuve, souhaitant rassembler « au-delà de la Nupes », la pilule serait plus difficile à avaler pour les écologistes, qui lui reprochent la mort de Rémi Fraisse, ce militant écologiste tué lors d’affrontements avec des gendarmes, sur le barrage de Sivens (Tarn), en 2014, lorsqu’il était ministre de l’intérieur. A la mi-juillet, M. Cazeneuve avait laissé la porte ouverte. « Je n’ai jamais refusé de mettre de la sagesse là où il y a de la déraison » , avait-il dit.

Le Figaro, no. 24879
Le Figaro, mardi 20 août 2024 824 mots, p. 5

Politique

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19 août 2024 - Le Figaro (site web)

Mélenchon fracture encore la gauche avant la rentrée politique

Conscient que sa menace de destitution ne peut aboutir, l'Insoumis veut surtout s'installer en première ligne face à Emmanuel Macron.

Lepelletier, Pierre

Tout était un peu trop calme à gauche. À quelques jours de la rentrée et des universités d'été, aucune polémique ne semblait se profiler à l'horizon. Les quatre partis avaient un plan simple, limpide : maintenir la pression, bien que sans trop y croire, sur Emmanuel Macron pour qu'il désigne leur représentante Lucie Castets à Matignon. C'était sans compter Jean-Luc Mélenchon. À quelques jours de la rentrée de LFI à Valence (Drôme), l'ancien candidat à la présidentielle est venu mettre un sacré coup de jus en dégainant l'idée d'une procédure parlementaire de «destitution» contre Emmanuel Macron.

Une façon, selon lui et les responsables Insoumis signataires d'un texte publié dans La Tribune Dimanche, de répliquer au «coup de force institutionnel contre la démocratie et la décision du chef de l'État» qui refuse de «tenir compte» de l'arrivée en tête du Nouveau Front populaire (NFP) aux élections législatives. Cette menace, a-t-il précisé un peu plus tard dans une note de blog, représenterait «un dernier avertissement au capitaine duTitanic ». Le chef des Insoumis sait bien que l'idée, certes possible via l'article 68 de la Constitution, devrait ressembler à un coup d'épée dans l'eau puisqu'elle doit recueillir l'approbation des deux tiers des parlementaires.

Mais l'Insoumis y voit un avantage : relever d'un cran le niveau de tension pour cette rentrée politique, et surtout installer un mano a mano avec Emmanuel Macron, dans la perspective de 2027 ou d'une présidentielle anticipée. «Pour Jean-Luc Mélenchon, il n'y a que la bataille pour l'Élysée qui compte. Le reste n'a pas d'importance», croit savoir un responsable de gauche. «Nous, nous voulons gouverner, pas préparer une élection présidentielle...», soupire une élue socialiste. «Nous ne sommes pas à la recherche d'un coup, mais d'une réaction à la hauteur du blocage institutionnel qu'entretient Emmanuel Macron. Nous n'allons pas rester les bras ballants face au coup de force macroniste», défend Paul Vannier, député et stratège de LFI.

En attendant, cette nouvelle pierre à l'habituelle stratégie de la «conflictualisation» de LFI n'a pas été au goût de toute la gauche. Beaucoup déplorent une démarche une nouvelle fois «solitaire» du noyau dur mélenchoniste, au moment où le NFP devrait se présenter comme un seul bloc. Le reste de la coalition lui reproche de s'éloigner du seul objectif : la désignation de Lucie Castets comme première ministre. Et donc, au bout du compte, faire le jeu du chef de l'État. «Jean-Luc Mélenchon fait un beau cadeau à Emmanuel Macron quelques jours avant notre rendez-vous à l'Élysée», a déploré Olivier Faure à Libération, alors que le président doit recevoir les chefs de parti vendredi. «Désormais, si Emmanuel Macron nomme Lucie Castets à Matignon, il donnerait l'impression d'avoir cédé au chantage de LFI», se lamente un député du PS.

Les lignes bougent au PS

Malgré le désaccord stratégique avec LFI, consigne est donnée dans le reste de la gauche de ne pas s'épancher sur la proposition Insoumise pour ne pas donner le sentiment que la fragile union vacille. «Au sein d'une coalition, il est logique de ne pas toujours être d'accord sur tout», a ainsi tempéré Marine Tondelier sur Franceinfo lundi, ajoutant cependant que «la polyphonie ne devait pas se transformer en cacophonie». «Sinon, on s'abîmera collectivement», a prévenu la secrétaire nationale des Écologistes. «Le vrai sujet, ce n'est pas la tribune de Jean-Luc Mélenchon mais la situation dans laquelle Emmanuel Macron maintient le pays», tient également à rappeler l'eurodéputé écologiste David Cormand, qui refuse de faire «du commentaire sur le commentaire».

Pourtant, certains au PS considèrent que les Insoumis sont allés trop loin. Les deux courants minoritaires réclament même un «bureau national» à la direction pour décider s'il faut, ou non, s'afficher avec les mélenchonistes à l'Élysée vendredi. «On ne peut pas arriver ensemble devant Emmanuel Macron en lui disant que certains d'entre nous veulent le destituer alors que nous discutons pour gouverner», estime Hélène Geoffroy, une des chefs de file.

Il faut aussi dire que les lignes bougent au sein du parti de la rose. Face à la «paralysie» de la situation politique et le refus d'Emmanuel Macron de désigner Lucie Castets, certains du courant proche de François Hollande n'excluent pas un «planB». Ils ne se disent, par exemple, pas hostiles à Bernard Cazeneuve, alors que son nom revient depuis quelques jours dans les « premiers-ministrables » potentiels.

«Je soutiendrai la proposition», assume même Hélène Geoffroy, persuadée que l'ancien premier ministre de François Hollande aurait obtenu «les conditions nécessaires pour améliorer la vie des gens» s'il venait à accepter le rôle. «En évoquant publiquement l'hypothèse Bernard Cazeneuve, ce sont les socialistes qui sabordent la campagne de Lucie Castets» , raille l'Insoumis Paul Vannier. Tout était un peu trop calme à gauche. La rentrée s'annonce finalement bouillante. P.L.

La Croix, no. 42999
Débats, mardi 20 août 2024 159 mots, p. 6

[Les médias français portent une...]

Françoise Hostalier, ancienne députée du Nord

Les médias français portent une lourde responsabilité dans le déni de démocratie auquel nous assistons. L’emballement médiatique du « tout sauf le RN » conduit aujourd’hui à mépriser un tiers des électeurs et à ostraciser les élus du plus fort groupe de l’Assemblée nationale. Tous nos principes républicains sont bafoués et nous avons même failli avoir un communiste à la présidence de l’Assemblée nationale, parti qui représente à peine 2 % de l’électorat. Qui doit décider de ce qui est républicain ou non ? Des personnages tels Jean-Luc Mélenchon ou Mathilde Panot sont-ils des démocrates et des républicains ? Je ne le crois pas. Alors pourquoi cette indulgence à leur égard de la part des médias, et pourquoi cette discrimination envers les élus et les électeurs du Rassemblement national ? Il faut dénoncer avec rigueur ce qui est mal ou ce qui est bien ; il faut argumenter avec logique et arrêter les postures de principes complètement dépassés par la réalité.

Le Figaro, no. 24879
Le Figaro Économie, mardi 20 août 2024 908 mots, p. 21

Économie

Le spectre de la désindexation des retraites et des prestations sociales revient hanter le budget

Bercy préconisait un gel des pensions et autres allocations. Matignon a dit non.

Ruiz Perez, Julie

Àcertains égards, l'élaboration du budget 2025 s'apparente à un film d'épouvante. Texte crucial de la rentrée, le projet de loi de finances (PLF) cristallise toutes les angoisses de la crise politique en cours. Fera-t-il l'objet d'une motion de censure ? Mènera-t-il à une impasse budgétaire ou à une crise de la Ve République ? À ces scénarios effrayants s'ajoutent les mesures revenantes qui peuplent les couloirs de Bercy quand il s'agit de proposer des économies pour assainir les comptes publics. Parmi elles, l' « année blanche » - ce dispositif qui consiste à ne pas augmenter les retraites et les prestations sociales d'une année sur l'autre (à ne pas tenir compte de l'inflation, donc) - a récemment fait son retour dans les débats budgétaires en coulisses, selon certaines sources proches de l'exécutif.

Concrètement, début août, Bruno Le Maire - soucieux de mettre les finances publiques sur une trajectoire qui leur permettraient de revenir sous les 3 % de déficit d'ici 2027 - a proposé à Matignon un plan pour réduire les dépenses de l'État de 5 milliards d'euros par rapport à la loi de finances 2024 via les lettres plafonds (lire nos éditions du 19août). Préparés par Bercy, arbitrés et envoyés par le premier ministre (de concert avec l'Élysée), ces documents fixent les dépenses des ministères pour l'année suivante et seront envoyés dans les prochains jours.

Économies substantielles

Dans la copie proposée par Bruno Le Maire, une «large part des coupes» concernait «le gel des retraites des fonctionnaires et des autres prestations sociales» , affirme un conseiller. En tout, cette désindexation aurait permis d'économiser près de 2,6 milliards d'euros, selon les documents présentés par Bercy. En effet, même si beaucoup de prestations indexées dépendent de la Sécurité sociale (c'est le cas des retraites des salariés du privé et des allocations familiales, par exemple), d'autres figurent dans le budget des ministères comme l'allocation adulte handicapé (AAH), la prime d'activité ou encore les aides personnelles au logement (APL). Le régime de retraite de la fonction publique dépend lui aussi du budget de l'État. Il représentait l'enveloppe conséquente de 64 milliards d'euros en 2024, «soit 14% du montant global du budget général» , selon un rapport du Sénat.

Malgré les économies substantielles qu'elle aurait permis de faire, l'idée est loin de séduire dans les rangs de l'ancienne majorité. «Une telle mesure aurait pu peser négativement sur la croissance» , s'indigne un initié. «Il est tout à fait naturel que le ministre en charge des comptes propose des économies et que le premier ministre prenne en compte des considérations plus générales au moment de trancher» , tempère un ponte de Matignon. Justement, ce week-end, Gabriel Attal a arbitré contre cette mesure. «Elle ne figure pas dans la copie qu'il fera parvenir aux ministères» ,confirme-t-on au sein de l'exécutif. Pour sa part, Bercy, malgré la déconvenue, revendique d'avoir mis en avant cette mesure impopulaire. «Nous assumons parfaitement d'avoir préconisé quelques économies - même si ce n'étaient pas les seules - sur des prestations et des pensions.»

Si cette mesure vient pour l'instant d'être rangée dans un tiroir, un haut gradé du camp Macron n'exclut pas son retour très prochain. «Ce n'est pas parce que l'idée d'une forme de désindexation n'est pas pour l'instant dans la copie du gouvernement actuel qu'elle ne peut pas refaire surface dans le débat budgétaire. Il reviendra au prochain premier ministre de prendre cette décision. Le Parlement tranchera» ,professe-t-il.

Ce genre de mesure a, par exemple, déjà été utilisée en 2019, sur l'ensemble des pensions, comme un moyen simple d'assainir quelque peu les comptes. Les retraites de base n'avaient été revalorisées que de 0,3 % alors que l'inflation tournait autour de 1,3 %. Gain financier pour les caisses de l'État : environ 2,8 milliards d'euros. Selon l'expert des finances publiques François Ecalle, «1% de sous-indexation des retraites correspond environ à 3milliards d'euros » aujourd'hui. Alors que l'inflation s'établirait autour de 2,5 % en 2024, une désindexation des retraites pourrait donc permettre d'économiser plus de 2 fois cette somme, et ce sans compter les gains liés à la désindexation des autres prestations sociales (APL, allocations familiales, etc.). Si l'idée peut paraître simple budgétairement, elle est explosive politiquement. C'est pourquoi elle n'est utilisée que très exceptionnellement par les différents gouvernements.

Pourtant, au début de l'année, alors que débutait la campagne des élections européennes, le ministre délégué aux Comptes publics, Thomas Cazenave, avait osé évoquer cette idée en se déclarant ouvert à «un débat sur la désindexation des retraites».Une porte qu'Emmanuel Macron avait aussitôt refermée. «Il faut arrêter de sortir des mesures qui n'ont même pas été évoquées, sauf si vous voulez perdre les élections...» , avait taclé le chef de l'État en Conseil des ministres. Quelques semaines plus tard, le député Sylvain Maillard était pourtant revenu à la charge en affirmant qu'il travaillait avec certains de ses confrères sur la possibilité d'une « année blanche » en 2025.

Ulcérés par cette piste qui devenait récurrente, Les Républicains avaient d'ailleurs, à l'époque, sorti l'artillerie lourde en affirmant que, si le gouvernement incluait une sous-indexation des retraites dans le budget 2025, ils n'hésiteraient pas à déposer une motion de censure. Une motion de censure qui, ironiquement, si elle avait été votée, aurait probablement conduit à... une dissolution de l'Assemblée nationale et à la recherche d'un nouveau premier ministre. J. R. P.

Le Figaro, no. 24879
Le Figaro, mardi 20 août 2024 973 mots, p. 6

International

Aussi paru dans
19 août 2024 - Le Figaro (site web)

La guerre du renseignement fait rage entre Israël et le Hezbollah

Si l'État hébreu, qui multiplie les assassinats ciblés, bénéficie d'une avance technologique sur son adversaire, celui-ci s'équipe et rend les coups.

Rozelier, Muriel

Après l'assassinat par Israël, mardi 30 juillet, de Fouad Chokr, l'un des plus hauts gradés militaires du Hezbollah, une question a hanté la communauté chiite et son principal parti : comment les Israéliens ont-ils obtenu sa localisation, dans la banlieue sud de Beyrouth, alors que celle-ci n'était connue que d'un nombre très restreint de personnes ? Signe d'un début de panique, les groupes WhatsApp des habitants des quartiers chiites de la capitale libanaise ordonnaient aussitôt un strict silence radio. «Ne publiez aucun nom, aucune photographie», lisait-on sur l'un d'entre eux. «Surtout, rien sur les réseaux sociaux», prévenait un autre.

La liste des assassinats ciblés est déjà longue. Sur les quelque 400 combattants du Hezbollah à avoir péri depuis le 8 octobre, soit davantage que durant la guerre de juillet 2006, une bonne vingtaine sont des « commandants » , d'importants responsables politiques et militaires, tués lors d'attaques les visant spécialement, menées à l'aide de drones suicides, de missiles ou d'engins explosifs.

En janvier dernier, l'un des commandants de l'unité d'élite du Hezbollah al-Radwan, Wissam Tawil, a ainsi été tué par une frappe israélienne sur son véhicule au Liban-Sud. Plus tard, deux des trois officiers en charge de la région, Mohammed Nasser et Taleb Abdallah, sont morts dans des circonstances similaires. «La perte de ces combattants est un coup moral pour la résistance. Mais celle-ci a montré par le passé sa capacité à se relever et à renouveler ses cadres», tempère le député Jamil al-Sayyed, général à la retraite et ancien directeur de la Sûreté générale libanaise.

Le « meurtre extrajudiciaire » est une vieille tradition pour Israël - le premier remonte à 1944 et l'assassinat de l'officier britannique Tom Wilkin par le Lehi, un groupuscule sioniste clandestin. Mais ce qui a changé la donne, souligne Jamil al-Sayyed, c'est «la supériorité technologique indéniable des Israéliens, qui de surcroît collectent des renseignements sur le Liban et le Hezbollah depuis des années».

La cellule 8200, l'unité de renseignements de Tsahal, est passée maître dans l'art d'intercepter les appels téléphoniques en utilisant la reconnaissance vocale, de pirater les appareils connectés ou de surveiller les réseaux sociaux. «C'est pour eux un jeu, tant les infrastructures de télécommunication libanaise sont mal protégées,fait valoir Roland Abi Najem, expert en cybersécurité. Des rapports suggèrent que le réseau clandestin de télécommunications du Hezbollah aurait même été hacké.»

Des logiciels d'intelligence artificielle

Ce piratage serait à l'origine de certains assassinats récents, selon le Wall Street Journal,qui s'appuierait sur des sources au sein du Hezbollah, celui de Fouad Chokr. L'homme aurait reçu un appel sur les lignes internes du parti alors qu'il se trouvait dans son bureau au deuxième étage, lui intimant de remonter chez lui au septième, un étage plus facile à viser. L'information a cependant été formellement démentie par le parti chiite.

Comme à Gaza, l'armée israélienne emploie des logiciels d'intelligence artificielle, dont le Lavender, pour collecter et analyser des renseignements d'origine électromagnétique, visuelle, humaine ou géographique. Et des drones sophistiqués capables d'obtenir des photos de haute précision et une dizaine de satellites de reconnaissance militaire , révèle le général à la retraite Khalil Hélou.

Israël s'appuie aussi sur les renseignements de ses alliés, d'abord ceux des États-Unis, et peut aussi compter sur la coopération des États du Golfe et de certains pays du Moyen-Orient. Et puis, il y a les réseaux d'espions. Régulièrement, l'armée libanaise arrête des Libanais ou des étrangers, dont des diplomates, pour «collaboration avec l'ennemi». Un Libanais a récemment été appréhendé alors qu'il scannait les réseaux Wifi d'immeubles de la banlieue sud de Beyrouth ; un autre a été intercepté près de la résidence du président du Parlement, Nabih Berri, cartographiant les alentours. «Israël a toujours eu un accès relativement facile au Liban en raison de la nature du pays, politiquement divisé et, désormais, économiquement affaibli. Comme le Hezbollah possède plusieurs niveaux de bureaucratie, les possibilités d'infiltration israélienne sont nombreuses», explique Bilal Y. Saab, professeur associé à l'université de Georgetown (Washington) et collaborateur du think-tank britannique Chatham House.

S'ils témoignent de «capacités importantes» ,comme note ce spécialiste ,ces renseignements sont «insuffisants pour nuire gravement au mouvement». D'autant que le Hezbollah se défend et rend les coups. D'abord, en colmatant les fuites. En février, Hassan Nasrallah, son secrétaire général, a recommandé aux sympathisants d'abandonner leurs smartphones. «Jetez-les, enterrez-les, mettez-les dans une boîte de métal, mais éloignez-les», a-t-il dit. Le parti a ordonné à ses combattants de ne jamais les emporter avec eux au front et de leur préférer des téléphones de première génération pour communiquer avec l'arrière. Mais il est en partie revenu sur cette recommandation, les Israéliens identifiant comme suspectes les voitures dont les passagers circulent sans smartphone...

Le Hezbollah a ensuite attaqué l'infrastructure des services de renseignements israéliens, notamment ceux situés sur le mont Hermon, dans le Golan occupé, pour réduire leurs capacités d'écoute. Il a aussi abattu plusieurs ballons ou drones de surveillance, «dégradant en partie les défenses du Dôme de fer(système de défense antiaérien mobile d'Israël, NDLR )», explique un militaire libanais.

Enfin, le Hezbollah s'est doté d'un drone de surveillance de fabrication iranienne (Hudhud), qu'il a fait survoler la base aérienne israélienne de Ramat David et la ville de Haïfa, à 30 km de la frontière libanaise, sans être abattu ; ainsi que, très récemment - l'armée israélienne n'en est cependant pas certaine -, la villa de Benyamin Netanyahou à Césarée.

Les vidéos publiées montrent des objectifs potentiels en cas de guerre généralisée : des hélicoptères, des avions de transport, des dépôts de réparation d'équipements... «C'est la première fois depuis 1948 que des engins de reconnaissance survolent le territoire israélien et rentrent ensuite à bon port, prenant des clichés, manoeuvrant pendant plusieurs minutes au-dessus d'installations militaires» , souligne le général Khalil Hélou.

Le Monde
mardi 20 août 2024 4128 mots, p. 16,17
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18 août 2024 - Le Monde (site web)
19 août 2024 - La Matinale du Monde

Les Dassault, la succession des mauvais sentiments

Successions — 1/6 — Le fleuron de l’industrie aéronautique française, créé en 1929 par Marcel Dassault, a prospéré malgré les dissensions d’une dynastie où les pères ont tout à la fois méprisé et jalousé leurs héritiers, refusant de passer la main

Raphaëlle Bacqué et Vanessa Schneider

Le vent souffle violemment depuis plusieurs jours, mais le ciel est clair sur Deauville (Calvados), ce 7 mars 2021. La veille, lorsque Olivier Dassault est arrivé vers 18 h 30, à bord de son hélicoptère personnel, un Airbus AS350-B qu’il apprend à piloter avec un vieux copain aguerri, le soleil se couchait tout juste. Des curieux ont regardé l’appareil se poser presque à la verticale, un peu trop près d’un bouquet d’arbres. Au moment de repartir, il est toujours stationné là, dans la propriété d’un ami, à Touques (Calvados), sur les hauteurs de la cité balnéaire. A moins d’un mètre d’un grand frêne.

L’aîné des héritiers Dassault adore se déplacer à bord de ses propres avions. A 69 ans, c’est sa façon à lui d’incarner sa prestigieuse ascendance, à défaut d’avoir pris les commandes du fleuron de l’industrie aéronautique française créé par son grand-père Marcel Dassault en 1929.Lorsqu’il arrive au Salon du Bourget, avec son blouson, ses lunettes fumées d’aviateur et ce nom, Dassault, qui charrie sa propre légende, il peut avoir l’illusion d’être un peu le patron. Et oublier ce que son père polytechnicien, Serge Dassault, lui a répété presque toute sa jeunesse : « Tu n’es pas un grand ingénieur puisque tu n’as pas fait l’X. »

Pour avoir le plaisir de prendre les commandes d’appareils produits par Dassault Aviation, Olivier Dassault a dû vaincre un tenace mal de l’air qui l’a longtemps saisi au premier trou d’air. A 24 ans, alors qu’il terminait sa formation d’ingénieur et d’officier pilote de l’Ecole de l’air, son instructeur, qui le voyait verdir dès le décollage, lui avait lancé en guise de consolation : « Eh bien… vous ferez un bon réserviste… » Dix fois, l’héritier a raconté comment il avait alors montré sa barrette, sur sa poitrine : « Vous n’avez pas vu le nom qui est inscrit là ? Je serai pilote ! »

Début 2021, il ne manque que quelques heures de conduite en double commande à ce dandy touche-à-tout pour ajouter la licence de pilote d’hélicoptère à celles qu’il possède déjà sur différents types d’appareils. Et enrichir de ce talent supplémentaire la longue liste qu’il a lui-même rédigée sur son blog : « Homme politique, entrepreneur, il est aussi un pilote chevronné, un photographe prisé et un compositeur reconnu »…

« Tu ne travailles donc pas ? »

L’aîné des enfants Dassault n’a pas prévu de s’éterniser en Normandie ce 7 mars. Depuis que son père est mort, trois ans plus tôt, d’une crise cardiaque qui l’a terrassé à son bureau du Rond-Point des Champs-Elysées, à l’âge de 93 ans, il pourrait pourtant se sentir libre d’occuper son temps comme il le veut. A vrai dire, il a toujours mené la vie privilégiée des héritiers fortunés : bureaux somptueux, voitures de sport, chasse en Sologne, musique et photographie en guise de passe-temps. Mais du vivant de Serge Dassault, il se surprenait à mentir, comme ses deux frères, Laurent et Thierry, et leur sœur, Marie-Hélène, pour cacher un week-end au soleil, afin d’éviter d’entendre son père persifler : « Tu ne travailles donc pas ? »

En cette fin d’hiver 2021, l’atmosphère à Deauville est cependant un peu trop morne à son goût. L’épidémie de Covid-19 connaît une reprise, les restaurants n’ont pas rouvert et Olivier Dassault a décidé de repartir vingt-quatre heures après son arrivée, avant la tombée de la nuit. D’autres obligations l’attendent. Elu, depuis 1988, député dans la première circonscription de l’Oise – celle de son grand-père Marcel –, il a l’habitude de faire la tournée des associations et des marchés pour saluer ses électrices le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes.

Chaque année, son épouse l’accompagne. Cela fait douze ans que ce séducteur invétéré s’est remarié avec Natacha Nikolajevic, une ancienne conseillère en communication et marketing, rencontrée en 2003 lors d’une vente aux enchères chez Artcurial, dont le groupe Dassault est l’un des principaux actionnaires. Il avait déjà deux enfants d’un premier mariage, Helena et Rémi. Ensemble, ils ont eu un garçon, Thomas, né en 2011. Chaleureuse et gaie, sa seconde épouse a rapidement compris les douleurs intimes de cette famille où personne ne manifeste jamais un quelconque geste de tendresse, offrant le spectacle de relations froides et pleines de non-dits. « Vous devriez lui dire que vous l’aimez », a-t-elle glissé un jour à son beau-père, en désignant son mari. L’intéressé a-t-il deviné qu’elle était à l’origine de ce mot gentil lâché enfin, quelque temps avant sa mort, par Serge à son fils Olivier ?

Ce samedi, donc, l’aîné des héritiers Dassault a déposé un plan de vol pour repartir le lendemain avec Natacha et le jeune Thomas dans l’Oise. Mais maintenant que l’heure du retour approche, il lâche à sa femme : « Exceptionnellement, je te dispense de l’Oise. » Et Thomas ? « Tu as dit qu’on ne montait jamais l’un sans l’autre dans l’hélico ! », chouine le gamin devant sa mère. C’est décidé, Natacha et leur fils rentreront à Paris en voiture pendant qu’Olivier rejoindra l’Oise. « Il est parti la fleur au fusil, avec son copain pilote… », se souvient-elle. La suite est figée dans sa mémoire, mais aussi dans le rapport minutieux du Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile (BEA).

Olivier Dassault a quitté la maison de Deauville pour rejoindre Touques depuis à peine trente minutes quand le nom de son assistant s’affiche sur le téléphone de sa femme. « Olivier a été éjecté de l’hélico ! », annonce l’homme d’une voix blanche. L’épouse saute dans sa voiture et roule à fond de train jusqu’à la propriété où était stationné l’hélicoptère. Les gendarmes sont déjà là. Se fiant au plan de vol déposé la veille, ils cherchent une femme et un enfant dans les débris fumants et les taillis environnants. Impossible d’approcher : « Il y a du kérosène partout, cela pourrait s’enflammer. » De loin, Natacha Dassault reconnaît les petits pieds de son mari – il chausse du 39 – et comprend l’inéluctable. Le pire, confie-t-elle aujourd’hui, c’est le sentiment terrible qui la déchire alors, « entre la douleur infinie qu’il soit mort et le soulagement immense que Thomas ne soit pas monté avec lui… ».

Que s’est-il passé ? A 17 h 43, décrit l’enquête du BEA, « lors du décollage vertical de l’appareil, à une hauteur d’environ 19 mètres, le rotor de l’hélicoptère a heurté les branches du grand frêne de 23 mètres de hauteur près duquel il s’était posé la veille ». L’appareil s’est littéralement délité, la queue s’est détachée, les glissières et le plancher de la cabine ont été arrachés et cette dernière est tombée jusqu’au sol en tournant sur elle-même. Les enquêteurs ne peuvent certifier qui pilotait alors, mais les résultats de l’autopsie montrent que « les lésions internes subies par des deux personnes à bord ne laissaient aucune possibilité de survie».

Les obsèques d’Olivier Dassault sont célébrées le 12 mars, au sein de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, chef-lieu de la circonscription de l’élu. De nombreux politiques de droite comme de gauche sont présents, par exemple Jean-Luc Mélenchon, qui prend la veuve dans ses bras et lui glisse : « C’est le seul mec de droite que j’aimais. » A l’issue de la cérémonie, deux avions de chasse de l’armée de l’air survolent le parvis de l’église en hommage autant à la famille Dassault qu’au pilote Olivier.

Poison de la division

Le monde des affaires ne tarde pas à se demander comment la famille va gérer la disparition de l’aîné. Car Dassault est l’un des groupes les plus puissants et les plus stratégiques pour la France. Présent dans la conception et la fabrication d’avions militaires et civils ainsi que de systèmes spatiaux (Dassault Aviation, 12 400 collaborateurs et 7,2 milliards de chiffre d’affaires), dans la conception de logiciels de haut niveau (Dassault Systèmes, 20 496 collaborateurs, 4,86 milliards de chiffre d’affaires), il l’est aussi dans les médias, avec son fleuron Le Figaro, l’immobilier, l’art, avec Artcurial, et le vin.Savoir par qui le conglomérat sera dirigé est crucial.

Si Olivier a toujours été le plus connu des héritiers de Serge Dassault, il y a derrière lui deux frères, Laurent et Thierry, ainsi qu’une sœur, Marie-Hélène. Il y a aussi treize petits-enfants, à qui leur grand-père a transmis dès la fin des années 1990 la quasi-totalité du capital du groupe médiatico-militaro-industriel. A eux tous, ils détiennent la sixième fortune française, selon le classement du magazine Challengesde 2024, avec un patrimoine évalué à 26,16 milliards d’euros. La direction opérationnelle du groupe est, elle, entre de solides mains que le patriarche avait pris soin de choisir hors de la famille : celles de Charles Edelstenne, longtemps considéré comme le « double » de Serge Dassault.

Le fils aîné avait néanmoins une place à part au sein de la fratrie. Il ne s’installait pas seulement dans le fauteuil de son défunt père lors des déjeuners de famille. Il était aussi le véritable président au conseil de surveillance de la holding familiale, même lorsque la troisième génération Dassault avait organisé en son sein une présidence tournante. Lui seul pouvait ramener un peu de concorde entre Laurent, Thierry, Marie-Hélène et le conjoint de cette dernière, Benoît Habert. Car il n’est un secret pour personne que le poison de la division s’est installé au sein de la famille actionnaire depuis des décennies…

« Les Dassault, c’est la succession des mauvais sentiments », résume un connaisseur de la dynastie. Pour comprendre ce qu’il veut dire, il faut remonter au père fondateur, Marcel Dassault, que tous vénèrent. Ce formidable concepteur d’avions incarne une histoire à la fois héroïque et tragique. Né en 1892 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) au sein d’une famille juive, Marcel Bloch est le dernier de quatre enfants. C’est un élève brillant, entré à l’Ecole supérieure d’aéronautique et de construction mécanique (Supaéro) dont il sort diplômé un an avant la première guerre mondiale. Pendant la Grande Guerre, il se lance, avec son camarade Henry Potez, dans la conception d’une hélice puis d’un avion complet destiné à l’armée française. Onze ans après la fin de la guerre, il monte sa propre entreprise, la Société des avions Marcel-Bloch, qui a produit plusieurs bombardiers bimoteurs pour l’Etat et que la course à l’armement des années 1930 va rendre très rentable.

Dans cette époque où le fascisme et le nazisme prospèrent, ce chef d’entreprise juif est sans cesse pris pour cible par les journaux d’extrême droite. Dès 1940, son frère Darius Paul Bloch rejoint Charles de Gaulle à Londres après son appel du 18 juin. Marcel, lui, rallie la villa qu’il possède à Cannes, en zone libre, avec femme et enfants, mais il est arrêté dès octobre. Après de multiples épisodes, il sera déporté au camp de concentration de Buchenwald. A la Libération, âgé de 53 ans, il fait figure de véritable miraculé.

La guerre lui a fait prendre des résolutions importantes pour sa famille. Sur les quatre fils Bloch, Darius Paul est devenu général après sa résistance courageuse, mais René, qui était chirurgien des hôpitaux de Paris, est mort à Auschwitz. Lui-même sait bien à quoi il a réchappé. Il décide donc de renoncer à la fois à son patronyme et au judaïsme. Dans la Résistance, le nom de code utilisé par son frère Darius Paul était « Chardasso » (tiré de « char d’assaut »). En 1946, Marcel fait changer son patronyme en Bloch-Dassault, puis en Dassault tout court, dès 1949. L’année suivante, il se convertit au catholicisme.

En 1951, il propose à son fils Serge d’entrer dans la société d’aéronautique qu’il a créée et dirige toujours d’une main de fer. Cela devrait être une chance pour le père et le fils, autant que pour l’entreprise : Serge Dassault, après être sorti bien classé de l’Ecole polytechnique, a choisi Supaéro. Il a le goût de la technique, des capacités de haut niveau en mathématiques et en physique et ce souci de l’esthétique en matière d’aérodynamisme que chérit tant son père, qui professe que « chaque fois qu’un avion est beau, il vole bien ».

Cependant, il n’échappe à personne que Marcel Dassault tient son fils à distance. C’est qu’un drame personnel pèse sur la famille. L’aîné, Claude, né en 1920, est atteint d’autisme sévère. Est-ce la douleur constante de voir les insuffisances de Claude qui le fait mépriser ce cadet dont la naissance, cinq ans plus tard, n’a rien guéri ? L’industriel n’est pas du genre à partager son autorité. Ni à établir la moindre complicité avec son fils. Lorsqu’il lui écrit, il commence ses lettres par « Monsieur », comme s’il s’adressait à un étranger. Serge Dassault est pourtant une bonne recrue. Au début des années 1960, il a largement contribué à la création du Mystère 20, qui ouvrira la voie à l’aviation d’affaires et arrondira largement la fortune de l’entreprise. Mais il n’a pas voix au chapitre. Pis, son père ne perd jamais une occasion de le traîner plus bas que terre en public. « Il ne m’a jamais dit qu’il était fier de moi, n’a jamais été prolixe en compliments », confiera Serge Dassault à Mireille Dumas dans une interview télévisée, en 2011, sur France 3.

Infernal processus de répétition

Avec les années, les relations entre Marcel et Serge Dassault ne se sont pas arrangées et elles ont pris une tournure plus cruelle encore lorsque Serge a lui-même eu des enfants. « Coco » – c’est ainsi que ses petits-enfants appellent Marcel – adore Olivier plus qu’il n’a jamais aimé son propre fils. Il répète sans cesse qu’il laissera à l’aîné de ses petits-fils la présidence de son groupe, alors qu’il n’a jamais rien dit de semblable au sujet de son propre fils. Il s’applique même à saboter son rôle de père et à prendre sa place auprès d’Olivier. Quand ce dernier a voulu monter une petite société de publicité, il a laissé une ardoise conséquente que son grand-père s’est empressé d’éponger, alors que son père voulait le laisser se débrouiller par lui-même. C’est aussi Marcel qui offre à son petit-fils adoré les voitures de sport que Serge lui refuse. En somme, personne n’est vraiment à sa place dans cette lignée d’hommes.

« Serge est véritablement né à 60 ans, quand son père a disparu », résument parfois les héritiers Dassault. Rien n’est plus vrai. La mort de Marcel Dassault, le 17 avril 1986, donne lieu à un hommage exceptionnel aux Invalides de la part du premier ministre d’alors, Jacques Chirac. Marcel Dassault n’a pourtant rien prévu pour sa succession. C’est au conseil d’administration de décider. Serge Dassault est finalement élu à une voix près PDG du groupe, à 61 ans, âge où les ouvriers de ses usines sont déjà à la retraite…

Il est difficile pour un homme qui n’a pas été aimé de témoigner de l’amour à ses propres enfants. Dans un infernal processus de répétition, Serge Dassault se comporte à son tour en autocrate avec sa descendance, méprisant ouvertement ses enfants comme son père le faisait autrefois. Tous ceux qui fréquentent alors la famille se souviennent, mal à l’aise, des humiliations infligées à ses enfants. « Un jour, alors que je venais voir Serge dans son bureau, je me retrouve avec son cadet Laurent qui attendait sagement son tour, raconte un proche de la famille. Je lui ai dit : “Votre fils d’abord !” Il m’a répondu aussitôt : “Il peut bien attendre encore !” »Olivier n’a pas droit à plus d’égards. Au printemps 2004, alors qu’il est censé être chargé du pôle presse du groupe (qui gère notamment Valeurs actuelles et Spectacles du monde), il est convoqué par son père pour une annonce surprise : « Nous avons rachetéLe Figaro ! » Il n’avait pas pris la peine de lui en parler avant.

Comment expliquer, sinon par la jalousie, la façon dont le patriarche observe la carrière politique de son fils Olivier ? Pendant des années, Serge Dassault a essayé de s’installer durablement comme élu dans l’Essonne. Battu plusieurs fois, souvent en ballottage, il a parfois « assuré » son élection en distribuant des enveloppes de billets pour mieux s’attacher les électeurs, ce qui lui vaudra en 2009 l’annulation de son élection par le conseil d’Etat et une inéligibilité d’un an.

D’emblée, il voit d’un mauvais œil qu’Olivier envisage à son tour de se présenter, lors des législatives de 1988. Serge, espérant trouver des obstacles, consulte Jacques Chirac, qui préside alors le RPR et veille sur ces Dassault qui ont toujours été les compagnons de route de la droite. Pour le tranquilliser, Chirac lui dit : « Laisse-le faire, il va être battu, ce sera une bonne leçon et il reviendra dans la boîte. » Seulement, Olivier est élu. Dès le lendemain, il trouve sur son bureau ses affaires dans un carton.

«Tu as choisi, maintenant tu t’en vas,lui lance son père.

–  Mais tu m’avais dit oui !

–  Je t’ai dit oui, mais je pensais non ! »

Olivier Dassault racontait une autre histoire, plus terrible encore, survenue vingt ans plus tard, après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. L’aîné des Dassault espère alors devenir ministre du commerce extérieur. Mais son père assure au chef de l’Etat que l’affaire est impossible, puisqu’il s’apprête à le nommer président du groupe. Le gouvernement est donc annoncé sans lui. Evidemment, jamais Olivier Dassault n’est devenu le patron de l’entreprise…

Serge Dassault n’a jamais eu confiance dans les capacités de ses enfants. « Il avait l’idée qu’il fallait ériger une muraille de Chine entre la famille et l’entreprise et que, pour attirer des types brillants, il ne fallait pas mettre la famille au milieu », l’excuse aujourd’hui un haut cadre du groupe. Ni Thierry – qui s’est un temps spécialisé dans les activités multimédias du groupe – ni Marie-Hélène – qui semblait plus tentée par le mécénat – n’ont jamais revendiqué le pouvoir. Pendant longtemps, il n’est donc resté que les deux aînés pour tenter d’exister l’un contre l’autre, affichant une rivalité que leur père prenait un malin plaisir à exacerber.

Si encore Nicole Dassault avait compensé la dureté de son mari… Mais elle ne s’est pas montrée plus douce avec ses quatre enfants. A Laurent, le cadet de la fratrie, elle est capable de dire devant témoins : « D’un mot, Olivier peut embellir les choses, mais toi, d’un regard tu les salis… »Pour les 50 ans de Laurent, la famille au grand complet se retrouve dans la brasserie Chez Miocque, une institution deauvillaise. Alors que le père de famille se lance dans un discours dans lequel il rabaisse férocement son fils, un invité se penche vers Nicole : « Il y va fort quand même ! » Réponse de la mère : « Il est en dessous de la vérité… »

Lorsqu’il lui revient aux oreilles que ses fils se plaignent, le patriarche s’agace : « Oh, ça va, hein, ils ont tout ! »Et c’est vrai qu’ils vivent dans l’opulence, de restaurants étoilés en palaces, entretenant une écurie pour le polo et collectionnant des œuvres d’art. Le père, lui, vit comme un bon bourgeois de province. Chez les Dassault, boulevard Suchet, dans le 16e arrondissement de Paris, aucun signe extérieur de richesse. Mme Dassault utilise bien une voiture avec chauffeur, mais elle peut également aller acheter elle-même un paquet de lessive au supermarché du coin.

Le 21 novembre 2011, Serge Dassault se laisse filmer par les caméras de Mireille Dumas, la grande spécialiste des confessions intimes, devant des millions de téléspectateurs. Le soir de la diffusion du documentaire sur France 3, les quatre enfants sont devant leur téléviseur comme s’ils attendaient un oracle. Justement, voilà que le patriarche les compare : « Il faut d’abord quelqu’un de compétent. Olivier a fait l’Ecole de l’air, les autres n’ont rien fait d’intéressant,cingle-t-il. Ou du moins pas d’études techniques. » Enfin, il paraît rendre son verdict en faveur de l’aîné : « Sa façon de bien parler, sa connaissance des avions font qu’il est plus apte que les autres… »L’aîné jubile. Le lendemain, alors qu’il retrouve son père lors d’un déjeuner avec des journalistes, il glisse tout haut : « Acceptes-tu que le dauphin s’asseye à tes côtés ? » Son triomphe, cependant, est de courte durée. Dans les quarante-huit heures, son père publie un communiqué affirmant que la succession n’est pas ouverte… « C’est une famille où les pères ont tué les fils », résume un ancien ministre de l’économie.

Comité des sages

De son vivant, Serge Dassault avait mis en place un comité des sages. A sa mort, ce comité a décidé que Charles Edelstenne, l’homme-clé de l’entreprise, continuerait à diriger le groupe et que la holding familiale serait présidée tour à tour par chacun des enfants, qui continuent de se détester. Ainsi, lorsque Martine, l’épouse de Laurent, est décédée, Thierry ne s’est pas rendu à ses obsèques. Alors que son frère lui reprochait vivement son absence, il lui a rétorqué : « Je ne viendrai pas non plus à ton enterrement ! » Ambiance.

Il y a quelques mois, ce comité des sages, présidé cette fois par Henri Proglio, a convaincu les enfants de désigner Eric Trappier, actuel PDG de Dassault Aviation, pour succéder à Charles Edelstenne, le jour des 87 ans de ce dernier, le 9 janvier 2025.

Au sein de la holding familiale, c’est sa fille aînée, Helena, diplômée de l’Institut supérieur de gestion, qui a pris la place d’Olivier Dassault, plutôt que sa veuve. Charles Edelstenne s’est chargé de l’initier. Les héritiers se sont partagé les conseils d’administration du groupe. Laurent Dassault se présente parfois à l’étranger comme s’il était le patron de l’entreprise familiale et en France comme s’il était celui du Figaro,alors qu’il ne siège même pas au conseil d’administration du groupe de presse, où la famille est représentée par Thierry Dassault et Benoît Habert.

Thierry et Marie-Hélène s’arrangent entre eux pour tenir leur frère à l’écart, craignant ses déclarations intempestives et le scandale des compagnes d’un soir affriolantes avec lesquelles il s’affiche sans prudence ni pudeurs. Mis sur la touche, Laurent se contente de financer de temps à autre un film dans lequel il réclame un petit rôle de figuration, quand il ne joue pas au polo.

Parmi les treize petits-enfants, plusieurs ont fait des « stages découverte » au sein du groupe, cornaqués par Charles Edelstenne. Il n’y a cependant aucun ingénieur spécialiste d’aéronautique, comme l’étaient Marcel et Serge, dans cette quatrième génération. Certains ont opté pour la finance, d’autres investissent dans des start-up. Personne ne semble intéressé par les avions, les vignobles, ni même la presse. S’accorderont-ils pour vendre Le Figaro ? A Vincent Bolloré ? En 2021, la rumeur était si forte que Charles Edelstenne a dû démentir cette fake news dans une lettre adressée à tous les collaborateurs du journal. Les connaisseurs des entreprises militaro-industrielles n’y croient d’ailleurs pas. « Un groupe comme Dassault qui vend des avions militaires, notamment grâce à la commande publique, a besoin d’avoir un petit pistolet pointé sur l’Etat », glisse l’un d’eux.

« Les Dassault, c’est une histoire qui commence par une famille et qui finit avec des administrateurs » , dit le ministre de l’économie démissionnaire Bruno Le Maire. Au Rond-Point des Champs-Elysées, dans ce splendide hôtel de cocotte un peu vieillot décoré de toiles de maître qui abrite la direction du groupe, se trouve toujours le bureau qu’occupait autrefois Serge Dassault. Il n’a jamais été vidé, mais aucun de ses enfants ne s’y sera installé.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, mardi 20 août 2024 756 mots, p. AUJM6
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19 août 2024 - Le Parisien (site web)
20 août 2024 - Le Parisien

Le premier jour du reste de la vie politique de Wauquiez

Le chef de file des députés Droite républicaine (ex-LR) fait sa rentrée dimanche en Haute-Loire. De retour en première ligne, avec 2027 dans le viseur, mais dans un contexte très instable.

Quentin Laurent

après la mort d'Alain Delon, dimanche, Laurent Wauquiez a salué sa mémoire, louant sa performance dans « le Guépard » de Visconti (1963). Un film qui dit l'histoire d'une noblesse en voie de disparition dans un contexte de bouleversements politiques. À la fin de la semaine, le chef des députés Droite républicaine (ex-LR) fera la première rentrée du reste de sa vie politique. Avec une question en suspens : sera-t-il le dernier leader d'une lignée partisane vouée à un irrémédiable déclin, ou bien l'homme d'un incertain sursaut ?

La dissolution surprise de juin a précipité le retour sur le devant de la scène du président de la région Auvergne - Rhône-Alpes. Et l'a projeté de fait, tête la première, en direction de ce qui n'a jamais cessé d'être son objectif : la présidentielle de 2027. Ainsi, dimanche après-midi, le député de Haute-Loire réélu reproduira sa traditionnelle ascension du mont Mézenc, entouré non plus seulement de fidèles soutiens locaux, mais de parlementaires venus de tous les coins où son parti en possède encore.

Ainsi, les 46 députés du groupe qu'il préside ont tous été conviés, une vingtaine au moins a déjà répondu présent. Les chefs de file des sénateurs et eurodéputés, Bruno Retailleau et François-Xavier Bellamy, ont également été invités.

D'un avis partagé, même par les députés les plus sceptiques, l'élu de 49 ans a réussi son retour dans l'atmosphère parlementaire de juillet. « Un sans-faute », reconnaissait l'élu de Seine-et-Marne Jean-Louis Thiériot, pourtant prêt, avec une quinzaine d'autres, à mettre les voiles. Liberté de vote, pas d'opposition stérile, des responsabilités données à la jeune garde comme à des non fidèles de la première heure : Wauquiez a multiplié les gages, s'éloignant alors de l'image de celui qui aime tout contrôler. Il a continué, jusqu'à début août, de débriefer ces premières semaines avec certains, d'en remercier ou d'en féliciter d'autres par texto. Diplomatie du SMS.

Résolu à être « indépendant »

Il s'est ensuite évanoui dans l'été, entre la Belgique où il a de la famille et le sud-est de la France, pour reprendre cette semaine. À venir : un rendez-vous à l'Élysée vendredi, conjointement avec Annie Genevard et Bruno Retailleau, pour redire à Emmanuel Macron leur refus de toute « coalition » gouvernementale. En cette rentrée inédite, il s'agira de manoeuvrer aux prises avec un gouvernement aux contours inconnus. S'il était dirigé par une personnalité de droite - le nom de Xavier Bertrand a circulé -, cela compliquerait la tâche d'un Wauquiez résolu à être « indépendant » du pouvoir. Même si Nicolas Sarkozy, qu'il a eu au téléphone plusieurs fois en juillet, continue de plaider la participation.

« Il nous faut retrouver une lisibilité auprès des Français. Cela vaut à l'Assemblée, et aussi au-delà », confie l'entourage de l'ancien ministre sarkozyste. Lequel devra « confirmer son leadership » et « mener le travail de reconstruction » pour que la droite redevienne pleinement politiquement identifiable aux yeux des Français. Là où l'étau macronie-RN la privait d'air depuis des années.

Lisibilité ? Cela passera par le fond, certes, mais aussi par la forme. Il s'agira de régler le différend en cours avec Éric Ciotti, toujours officiellement président du parti les Républicains, plus isolé que jamais depuis son alliance unilatérale, vécue comme une trahison, avec Marine Le Pen. Le canal de dialogue n'aurait pas encore été rouvert.

Un problème d'image ?

Ensuite, il s'agira de reconstruire une autre marque, comme il est acté en interne que LR a vécu. Certains ont d'ores et déjà encouragé Laurent Wauquiez à reprendre la tête de ce parti à la façade rafraîchie (il l'avait présidé entre fin 2017 et juin 2019), ce qu'il « n'exclut pas », nous dit-on. L'homme a un plan... mais il existe aussi une liste de potentiels accrocs.

S'il se dit serein sur le sujet, une enquête pour soupçon d'emplois fictifs à la région Auvergne - Rhône-Alpes est toujours ouverte par le Parquet financier. Et si son blason s'est vu redorer en interne, l'ancien énarque pâtit toujours d'une image d'insincérité. Les enquêtes d'opinion le donnent, en intentions de votes ou en popularité, nettement distancé par des concurrents directs que sont Édouard Philippe, Gérald Darmanin ou Xavier Bertrand. Le fan du « Guépard » est de retour dans une arène où rôdent déjà, à droite, de bien nombreux fauves.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, mardi 20 août 2024 526 mots, p. AUJM6
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19 août 2024 - Le Parisien (site web)
20 août 2024 - Le Parisien

La gauche fait sa rentrée sous le signe de la zizanie

La menace de destitution de Macron brandie par LFI a passablement agacé ses partenaires du NFP.

Julien Duffé

À trois jours des universités d'été des Verts, des Insoumis et des communistes, et avant sa réception collective vendredi à l'Élysée, la gauche aurait pu rêver mieux. Le Nouveau Front populaire (NFP) a à peine eu le temps de se réjouir de la décision d'Emmanuel Macron d'inviter la coalition, en présence de sa candidate à Matignon Lucie Castets, qu'une tribune de Jean-Luc Mélenchon et des figures de son mouvement publiée dimanche dans « la Tribune du dimanche » est venue gripper l'unité affichée. Ils y menacent d'engager une procédure de destitution du président de la République, accusé de « coup de force institutionnel ». « Une possibilité crédible » a répété sur RTL ce lundi matin le coordinateur de LFI, Manuel Bompard.

Sauf que la proposition, solitaire et non concertée, a agacé les autres composantes de la coalition de gauche. « Est-ce que c'était le truc le plus intelligent à faire ce week-end ? Si c'était le cas, je l'aurais dit depuis longtemps », a critiqué ce lundi sur Franceinfo Marine Tondelier, la patronne des Écologistes, tout en cherchant à minimiser la brouille.

L'hypothèse Cazeneuve crée aussi des tensions

Auparavant, les socialistes avaient dénoncé une proposition « impraticable » qui n'engageait que LFI, quand le PCF y voyait le choix des Insoumis « de se lancer dans la présidentielle dès maintenant ». La querelle entre alliés s'est prolongée ce lundi quand une dizaine de députés LFI ont crié à la trahison en relayant sur X un article du « Monde », selon lequel l'hypothèse d'une nomination de Bernard Cazeneuve à Matignon n'avait pas rencontré d'opposition de principe des députés PS, réunis vendredi dernier.

« Il n'y a bien entendu pas eu de vote ou de consultation car ce n'était pas l'objet de la réunion, corrige le député PS Arthur Delaporte. Certains collègues ont souligné que le nom de Cazeneuve était évoqué par la presse en saluant son action passée, quand d'autres, dont Olivier Faure, ont rappelé que l'enjeu était la ligne politique, d'où notre soutien collectif à Lucie Castets qui porte celle du NFP. » Un cadre PS s'agace de cette nouvelle polémique : « Après leur coup politique qui s'est retourné contre eux, les Insoumis ont cherché à rallumer un contre-feu sur des rumeurs infondées. »

L'heure n'est donc pas à la sérénité alors que Lucie Castets prendra la parole aux universités d'été des Écologistes, des communistes puis des Insoumis cette semaine. Le campus des socialistes, qui s'ouvrira le 29 août, promet aussi d'être agité. Ce lundi, l'opposante interne à Olivier Faure Hélène Geoffroy a réclamé la convocation en « toute urgence » d'un bureau national du parti avant vendredi. « Au regard de la ligne portée par LFI, le PS ne peut pas se rendre comme si de rien n'était chez le président, insiste un de ses proches. Avec sa tribune, Jean-Luc Mélenchon a planté les derniers clous sur l'hypothèse Lucie Castets. » Sur son blog, le tribun a néanmoins estimé dimanche soir qu'il avait « déjà eu un résultat : radicaliser le PS qui est dorénavant acquis à une motion de censure qu'il croit préférable à la procédure de destitution ».

Le Monde
France, lundi 19 août 2024 1069 mots, p. 9
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16 août 2024 - Le Monde (site web)
17 août 2024 - La Matinale du Monde

Gabriel Attal relance l’idée d’un « impôt participatif »

Le premier ministre démissionnaire suggère que chaque contribuable puisse déterminer l’usage d’une partie de son impôt

Denis Cosnard

Comment réconcilier les Français avec l’impôt ? Peut-être en instaurant une forme d’« impôt participatif », qui permettrait à chaque contribuable de déterminer l’usage d’une partie de ce qu’il verse à l’Etat. Telle est du moins l’idée de Gabriel Attal. Le premier ministre démissionnaire mentionne cette proposition dans le « pacte d’action pour les Français » qu’il a transmis le 12 août aux présidents des groupes parlementaires comme base de discussion pour « bâtir des compromis législatifs » et surmonter l’absence de toute majorité dans la nouvelle Assemblée nationale.

Désormais patron des députés macronistes, Gabriel Attal y suggère de donner à chaque contribuable la « possibilité de flécher une partie de son impôt sur le revenu ou une contribution additionnelle sur une mission du budget de l’Etat librement choisie ». L’ancien ministre délégué chargé des comptes publics dans le gouvernement Borne relance ainsi un projet évoqué de longue date, mais rejeté jusqu’ici par son parti.

« C’est une vieille idée libérale, celle de l’impôt volontaire », explique Philippe Juvin, député (Les Républicains) des Hauts-de-Seine, qui l’avait défendue avec vigueur lors de sa candidature à la primaire de la droite, en 2021. Pour certains libéraux, sceptiques par principe à l’égard des contraintes fixées par l’Etat, l’impôt pourrait être versé de façon volontaire, comme un don, une contribution justifiée pour chacun par son propre intérêt à l’existence de services publics, au maintien de l’ordre, etc. En 1789, la première « contribution patriotique » des révolutionnaires n’était-elle pas censée être versée à titre volontaire ? Son rendement fut très médiocre.

Redonner du sens à la fiscalité

Le philosophe allemand Peter Sloterdijk a ranimé la piste de l’impôt volontaire dans son livre Repenser l’impôt, Pour une éthique du don démocratique(Libella/Maren Sell, 2012). Pour redonner du sens à la fiscalité, il recommandait que les citoyens puissent choisir non pas le montant qu’ils versent, mais au moins à quoi une fraction de cet argent est employée. Exactement ce qu’évoque Gabriel Attal.

Le dispositif n’est techniquement pas impossible. Il existe déjà en Italie avec le « huit pour mille ». Depuis 1986, chaque Italien peut indiquer sur sa déclaration de revenus à quoi il souhaite voir consacré 0,8 % de son impôt : soit à des actions sociales ou humanitaires menées par les pouvoirs publics, soit à l’une des religions qui ont conclu un accord avec l’Etat. Ce système est devenu la principale source de financement des cultes et des activités humanitaires dans la Péninsule.

En France, « le fléchage de l’impôt existe aussi, mais de façon indirecte », relève Pierre Boyer, professeur à Polytechnique et auteur de Peut-on être heureux de payer des impôts ? (PUF, 176 pages, 12 euros). Les contribuables peuvent en effet orienter vers les causes de leur choix une partie de ce qu’ils versent en effectuant des dons partiellement déductibles de l’impôt sur le revenu ou de celui sur la fortune immobilière. Quelque 5,9 milliards d’euros de dons ont ainsi été déclarés à l’administration fiscale par les particuliers et les entreprises pour obtenir une réduction d’impôt en 2021. Le Loto du patrimoine, créé par Stéphane Bern en 2018, constitue aussi une forme d’impôt volontaire, dont les recettes sont affectées à l’entretien de monuments en péril.

L’idée d’un fléchage de l’impôt sur le revenu va plus loin, en permettant à chacun de choisir où va une part de ce qu’il donne directement à l’Etat. A droite, cette piste a séduit des élus comme Eric Woerth, député (Renaissance) de l’Oise, qui évoquait en 2019 l’hypothèse que les contribuables puissent orienter 5 % de leur impôt sur le revenu vers la politique publique de leur choix ou le remboursement de la dette. « Les prélèvements obligatoires ont tant augmenté qu’un jour les gens vont refuser de payer, appuie Philippe Juvin. Donc, soit on baisse les impôts, soit on trouve des innovations de ce type. » Au passage, ajoute-t-il, ce système peut pousser les élus à mieux tenir compte du point de vue des contribuables : « Imaginez que tout le monde veuille financer une action A, personne une action B. Quelle sera la légitimité de l’action B ? »

« Faire de la pédagogie »

A gauche, ce fléchage a aussi trouvé des défenseurs, dont André Urban, ancien membre du bureau national du Parti socialiste, et Christine Pirès Beaune. Députée socialiste du Puy-de-Dôme, celle-ci a tenté en 2023 de faire voter par l’Assemblée ce qu’elle appelle un « budget participatif », donnant à chacun la possibilité de choisir l’affectation de 5 % de ce dont il s’acquitte. « Le but est de faire de la pédagogie et, surtout, de renforcer le consentement à l’impôt, qui s’est malheureusement beaucoup étiolé ces dernières années »,plaidait-elle.

Un amendement alors balayé par la majorité, en particulier par les élus macronistes. Leurs arguments ? D’abord, c’est au Parlement, et non à tout un chacun, de décider ce que l’Etat doit faire de l’argent public. « Si l’on introduit le principe selon lequel 5 % d’un impôt a vocation à financer des projets selon le bon vouloir de nos concitoyens, on mettra à mal la démocratie représentative »,avait déclaré Mathieu Lefèvre, député (Renaissance) du Val-de-Marne, « très défavorable à cette mesure ».

Certains redoutaient ensuite que ce mécanisme ne favorise les missions de l’Etat à l’image la plus positive, au détriment d’autres, indispensables mais moins cotées. « Je crains que la possibilité de choisir telle ou telle cause n’en vienne à porter atteinte aux politiques publiques »,s’était alarmé Jean-René Cazeneuve (Renaissance), alors rapporteur général du budget.

Autre problème, un tel schéma permettrait à ceux qui gagnent assez d’argent pour payer l’impôt de peser sur les actions de l’Etat, en écartant les plus pauvres. Une sorte de suffrage censitaire, donc.

Jusqu’à présent, ces obstacles avaient suffi à bloquer toute tentative de fléchage de l’impôt. Mais Gabriel Attal, qui, lorsqu’il était au budget, avait lancé une consultation sans lendemain appelée « En avoir pour mes impôts », n’a visiblement pas oublié que cette idée avait des soutiens à droite comme à gauche. Une condition inévitable alors que l’Assemblée est fragmentée comme jamais.

Le Figaro, no. 24878
Le Figaro, lundi 19 août 2024 876 mots, p. 12

International

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18 août 2024 - Le Figaro (site web)

L'Allemagne gèle toute nouvelle aide militaire à l'Ukraine

Les armements promis à Kiev ont fait les frais des arbitrages budgétaires entre les partenaires de la coalition gouvernementale d'Olaf Scholz.

Philippot, David

La fête est finie, le pot est vide» , a déclaré une source gouvernementale pour confirmer l'information parue dimanche dans le Frankfurter Allgemeine (FAS). Au coeur de l'été, au moment où les troupes ukrainiennes mènent une contre-offensive risquée dans la région russe de Koursk, l'Allemagne annonce un gel de toute nouvelle aide militaire à l'Ukraine. Les crédits déjà provisionnés seront bien honorés mais, signal d'un désengagement entamé, ils seront divisés par deux entre cette année (8 milliards d'euros) et le budget 2025 (4 milliards). Selon le quotidien de Francfort, Berlin n'envisage pour 2026 qu'un plafond de 3 milliards d'euros. La portion congrue est prévue pour 2027 et 2028, avec un demi-milliard annuel.

Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, ardent partisan du soutien militaire à l'Ukraine et personnalité politique préférée des Allemands, a appris la nouvelle par un courrier daté du 5 août. Son homologue des Finances, le libéral Christian Lindner, a adressé une fin de non-recevoir à sa demande de financement supplémentaire d'un système de défense antiaérien Iris-T.

Les missiles de croisière russes avaient bombardé le 5 juillet l'hôpital pour enfants de Kiev, et le « deal » avec la société d'armement Diehl était déjà bouclé. Il a fait long feu. Le «nein» pour cette demande d'aide exceptionnelle résonne comme un «demi-tour droite» que les observateurs avaient vu venir. Dans une interview donnée début août à la chaîne ZDF, le ministre des Finances avait insisté sur la nécessité de transférer la charge de ce financement vers les avoirs du Kremlin. «Nous allons mobiliser 50milliards supplémentaires en utilisant les intérêts des fonds de la banque centrale russe qui sont gelés (...). C'est un soutien massif pour les capacités de financement de l'Ukraine.»

En juin, l'Allemagne et d'autres pays du G7 ont bien conclu un accord préliminaire afin d'utiliser la valeur de quelque 300 milliards de dollars d'actifs souverains de la Russie, immobilisés dans des institutions financières occidentales pour garantir le prêt. Mais les gouvernements doivent encore se mettre d'accord sur les détails du plan. Les discussions techniques entre Washington et Bruxelles pourraient se poursuivre pendant des mois. Un délai dont ne disposent pas les troupes de Kiev, prises en étau dans le Donbass, face aux assauts de l'armée russe pour s'emparer du noeud stratégique de Pokrovsk.

Sur la ligne de front, les soldats ukrainiens se plaignent régulièrement d'une pénurie croissante de munitions et de pièces détachées pour les chars et les véhicules blindés fournis par les fabricants d'armes allemands. Les artilleurs sont d'ores et déjà contraints de tirer seulement quatre obus par jour maximum avec les canons des Panzerhaubitze 2000 fournis par Rheinmetall.

De la part du premier contributeur européen et deuxième fournisseur mondial derrière les États-Unis, cette volte-face constitue un revers pour le gouvernement Zelensky. Dans la nuit de samedi à dimanche, Kiev a essuyé une vague d'attaques de missiles et de drones russes, la troisième du mois d'août.

Une volée de critiques

L'ambassadeur d'Ukraine en Allemagne, Oleksiy Makeiev, a pourfendu la réduction annoncée des moyens, dans une interview au journal Bild am Sonntag : «La sécurité de l'Europe dépend de la capacité et de la volonté politique de l'Allemagne de continuer à jouer un rôle de premier plan dans le soutien à l'Ukraine» ,a-t-il déclaré. Ces coupes franches font également l'objet d'une volée de critiques de la presse et des experts, comme Carlo Masala, de l'université de la Bundeswehr, qui les qualifie de «peu judicieuses».

L'opposition accuse le gouvernement de sacrifier l'aide militaire à l'Ukraine sur l'autel de l'équilibre des comptes publics. Selon le député chrétien-démocrate Ingo Gädechens, Olaf Scholz fait preuve d' « hypocrisie sans précédent (...) après avoir promis à Kiev un soutien inconditionnel». «La coalition fait de la politique dans le style de Donald Trump en stoppant toute aide supplémentaire à l'Ukraine en raison de disputes de politique intérieure», a déploré sur X Norbert Röttgen, également député CDU.

Au prix de négociations très laborieuses entre partenaires de la coalition, le gouvernement Scholz avait annoncé vendredi un accord budgétaire de dernière minute. Sans préciser quelles économies allaient permettre d'équilibrer les comptes. L'aide militaire à l'Ukraine fait donc partie des victimes collatérales du compromis. Au sein même du SPD, Nils Schmid qualifie cet arbitrage de «malencontreux». Le porte-parole pour la politique étrangère pèse ses mots : «Au bout du compte, le Parlement devrait réfléchir lors du débat budgétaire à une exception au frein à la dette, car une situation de guerre peut constituer une exception. Il ne faut pas d'interruption de ces livraisons d'armes. Personne ne le comprendrait.»

Indirectement, c'est aussi une manière pour le gouvernement allemand de mettre les autres contributeurs face à leurs responsabilités, et notamment la France, accusée par Berlin de «beaucoup parler mais de peu livrer» , selon les mots d'un diplomate. Sur le plan politique, cette annonce permet de donner du crédit à l'image qu'Olaf Scholz et Christian Lindner veulent se donner en campagne électorale : le «chancelier de la paix» pour le social-démocrate et le «grand argentier resserrant les cordons de la bourse» pour le libéral. Les deux formations sont en grande difficulté dans les sondages, à deux semaines d'élections régionales en Saxe et en Thuringe.

Le Figaro, no. 24878
Le Figaro, lundi 19 août 2024 1283 mots, p. 10

Politique

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18 août 2024 - Le Figaro (site web)

François Bayrou : « Il est urgent de sortir du jeu des illusions des partis politiques »

L'allié de Macron l'invite à nommer un premier ministre « rassembleur » , à la tête d'un « large » gouvernement au-dessus des intérêts partisans.

Boichot, Loris

Pour sortir du « danger d'impasses successives » après les élections législatives anticipées, François Bayrou presse Emmanuel Macron de ne pas attendre d'accord entre les partis, mais de « prendre l'initiative ». Le président du Mouvement démocrate et maire de Pau estime que le futur premier ministre doit être « expérimenté » et « rassembleur » , sans s'estimer hors jeu pour endosser cette fonction.

LE FIGARO. - LE FIGARO. - Emmanuel Macron recevra les chefs des forces politiques vendredi en vue de nommer un premier ministre. N'est-ce pas tard, sept semaines après son échec aux élections législatives anticipées ?

- FRANÇOIS BAYROU. - Beaucoup d'éléments poussaient à temporiser : le caractère inédit d'une Assemblée sans aucune majorité, ni absolue ni relative, les vacances d'été et les Jeux olympiques. Mais le temps de la responsabilité est venu. Et donc celui de la lucidité : il est urgent de sortir de ces semaines de faux-semblants, du jeu des illusions dans lesquelles se complaisent certains partis et acteurs politiques. Ils feignent de vouloir et pouvoir gouverner, alors qu'ils savent pertinemment pour certains qu'ils n'en ont pas les moyens et pour d'autres qu'ils veulent demeurer opposants. Ces jeux sont dangereux, destructeurs. Nous ne pouvons pas en rester là.

LE FIGARO. - Est-ce à dire que vous jugez vains les efforts du chef de l'État, tout comme ceux des dirigeants de Renaissance et d'Horizons, qui ont récemment envoyé des lettres à de potentiels alliés ?

- Évidemment, l'idéal serait qu'une majorité raisonnable soutienne un gouvernement rassembleur. Mais on n'en prend pas le chemin. Tout le monde écrit à tout le monde des lettres que personne ne lit et auxquelles personne ne répond. Chacun fait semblant d'être déterminant dans la recherche d'une majorité. Mais la nature profonde des partis politiques en France, doublée de soixante ans de culture brutalement majoritaire où on ne peut être que pour ou contre, ne conduira qu'à des impasses : il apparaîtra très vite que ces partis ne veulent pas et ne peuvent pas s'entendre. Imaginer le contraire, ce sera du temps perdu, qui aggravera la situation et ne tardera pas à exaspérer les Français.

LE FIGARO. - Sans accord entre partis, comment gouverner ?

- Contre le jeu des partis s'imposera par la force des choses la logique de la Ve République : le pouvoir exécutif est indépendant du pouvoir législatif. Ce ne sont ni les partis ni les groupes qui ont la charge de former le gouvernement. Sauf bien sûr si l'un d'entre eux obtient une majorité absolue ou déterminante dans une élection intermédiaire. - Dans les heures graves, quand on risque de voir les institutions paralysées, c'est au président de la République de prendre l'initiative. Il doit former un vrai gouvernement, désintéressé, pluraliste et cohérent, constitué de personnalités de caractère. Ses membres doivent être représentatifs non pas des appareils de partis, mais des grandes sensibilités du pays. Des personnalités qui se respectent entre elles et suffisamment expérimentées pour que le pays profond puisse se dire : « Dans ce bazar, à ceux-là au moins on peut essayer de faire confiance. »

LE FIGARO. - Quels seraient les contours politiques d'un tel gouvernement ?

- Un gouvernement large et central avec des femmes et hommes d'expérience, de sensibilité compatible, réformistes, de gauche, du centre et de droite, républicains, hors extrêmes. Mais - c'est très important ! - capables aussi de comprendre ce que traduisent les votes à l'extrême droite et à l'extrême gauche. Décidés à rassembler et pas à exclure. Les yeux fixés sur aujourd'hui et pas sur la prochaine élection présidentielle. Et qui croient qu'on peut vraiment changer les choses.

LE FIGARO. - Pourquoi ne pas accéder à la demande du Nouveau Front populaire (NFP), premier bloc de l'Assemblée, qui revendique Matignon ?

- Leur présentation est tendancieuse ! 193 députés, ce n'est pas une majorité, cela fait à peine un tiers des sièges. On l'a vu lors de l'élection de la présidente de l'Assemblée nationale, 220 députés de centre et de droite modérée, sans extrême droite, se sont accordés pour refuser la prééminence du NFP. Ajoutons que la revendication de la désignation pour diriger le gouvernement de Mme Castets, sans aucune expérience de quelque responsabilité politique que ce soit, ni électorale, ni gouvernementale, ni exécutive, apparaît baroque et dangereuse aux yeux d'une immense majorité de Français.

LE FIGARO. - Pourquoi, alors, ne pas réitérer au gouvernement l'alliance avec Les Républicains (LR), qui a permis la réélection de Yaël Braun-Pivet à la tête de l'Assemblée ?

- Tous ceux qui croient qu'on pourrait obtenir une majorité orientée à droite ne voient pas, ou font semblant de ne pas voir, que LR se définit comme un mouvement d'opposition et affirme ne pas vouloir participer à un gouvernement. Dans des circonstances aussi graves et aussi dangereuses, la seule voie possible - et qui s'imposera - ce n'est pas un gouvernement d'un côté, s'opposant à l'autre côté, mais une équipe de rassemblement pour affronter les problèmes si graves de notre pays, du monde et de la planète.

LE FIGARO. - D'autant que le groupe politique le plus important reste celui du RN...

- Ce groupe du RN, le premier numériquement de l'Assemblée nationale, s'est vu exclure des postes de responsabilité parlementaire. Pour moi, c'est inacceptable, c'est un mauvais signal, qui renforce une partie des Français dans l'idée que le système n'est pas juste. Je suis en désaccord avec cette exclusion. Pour moi, un député est égal en dignité à tout autre député, il doit avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs. Je combats les idées, mais je défends la démocratie.

LE FIGARO. - Le gouvernement que vous proposez, au-dessus des partis, ne risquerait-il pas la paralysie ? Serait-il capable de durer plus d'un an pour mener des réformes ?

- J'en suis convaincu. Il s'agit de retrouver l'équilibre et l'élan. Le chantier le plus fondamental est celui de l'éducation nationale. Le plus urgent, c'est un retour planifié à une situation durable des finances publiques. Le plus vital, c'est la reconquête de la production dans le respect de l'environnement. Le quatrième, nécessaire, c'est la recherche d'un équilibre institutionnel, passage à la proportionnelle aux législatives et organisation plus claire des pouvoirs publics décentralisés.

LE FIGARO. - Plusieurs noms de « premier-ministrables » circulent, dont ceux du socialiste Bernard Cazeneuve et, à LR, de Xavier Bertrand et de Michel Barnier. Correspondent-ils au profil idéal ?

- Je ne sais pas si les profils idéaux existent. Mais je sais une chose : c'est le rôle et le devoir du président de la République de trouver un profil qui corresponde aux attentes. C'est-à-dire expérimenté, rassembleur, dont la priorité va à l'intérêt général, et non aux intérêts particuliers ou partisans.

Un procès en appel aura lieu dans l'affaire des assistants d'eurodéputés MoDem, après votre relaxe en février. Cela vous place-t-il toujours « hors jeu » pour Matignon, comme vous l'aviez déclaré avant le premier procès ?

- La relaxe prononcée a fait justice de ces accusations. Cet obstacle est donc complètement levé. Mais le sujet, dans cette affaire, ce n'est pas moi. Mon seul but, c'est d'aider à ce qu'on sorte de cette désespérante impasse. Et il y a plus grave encore que les impasses désespérantes : il y a les impasses ridicules, parce qu'en politique, contrairement à l'adage, le ridicule tue. - Il tue l'esprit public et l'idée que les citoyens se font de leur pacte démocratique, où ils doivent être reconnus et respectés. Nous sommes devant le danger d'impasses successives. Le risque est considérable. Nous serons nombreux à ne pas accepter que notre République et notre démocratie s'abîment sous nos yeux, comme si nous n'étions que des spectateurs de la pire des tragi-comédies.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, lundi 19 août 2024 779 mots, p. AUJM21
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18 août 2024 - Le Parisien (site web)
19 août 2024 - Le Parisien

LFI brouille la rentrée à gauche

Dans un texte paru dans « la Tribune dimanche », LFI menace d'enclencher une procédure pour qu'Emmanuel Macron quitte le pouvoir. Mais aucun de ses partenaires du NFP n'a suivi.

Pauline Théveniaud

Olivier Faure fêtait ses 56 ans ce dimanche et gageons que le premier secrétaire du PS se souviendra de cet anniversaire-là. « Il espérait probablement un cadeau unitaire, Jean-Luc Mélenchon lui a fait un bras d'honneur solitaire... », ironise le député socialiste Jérôme Guedj. En menaçant d'engager une procédure de destitution contre Emmanuel Macron, coupable de ne pas « tenir compte du résultat politique » des législatives, la France insoumise (LFI) a réenclenché la machine à diviser la gauche. Ses partenaires se sont tous désolidarisés de ce texte publié dans « la Tribune dimanche », en particulier Faure, poussé par des troupes indignées à hausser le ton.

Tous avaient été informés, la veille, de la parution de la tribune signée de Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Manuel Bompard. Mais si une partie d'entre eux savaient de quoi il retournait, Bompard a aussi adressé à certains un SMS se contentant d'évoquer... « une démarche autonome » de LFI. Une petite bombe, en réalité, à cinq jours de la rencontre des chefs du NFP regroupés et de leur candidate à Matignon, Lucie Castets, avec le chef de l'État. Emmanuel Macron « doit savoir que seront utilisés tous les moyens constitutionnels de le démettre plutôt que nous soumettre à son mauvais coup », avertissent en effet les cosignataires.

Divergences ravivées

Du côté des Écologistes, on s'emploie à minorer l'incident. « L'entêtement d'Emmanuel Macron qui continue à revendiquer qu'il ne changera pas de cap est inquiétant. Chacun y réagit à sa manière. Il n'y a pas de quoi en faire tout un plat », balaie la cheffe des Verts, Marine Tondelier, préférant « consacrer [son] énergie à ce que Lucie Castets soit nommée ». Mais alors que le NFP s'apprête à jouer une partie serrée face au chef de l'État, ce coup solo de LFI ravive les divergences au pire moment.

Même si ces choses-là sont dites en termes polis. « Chaque force politique de la coalition est tout à fait libre et autonome. LFI choisit de se lancer dans la présidentielle dès maintenant. C'est son choix. Pas le nôtre. Nous, notre priorité, c'est de tout faire pour que les Français soient entendus », réagit Fabien Roussel auprès de notre journal, n'estimant « pas forcément très heureux de faire ça à la veille d'une rencontre avec le président ». « Bien évidemment, cela n'engage en aucun cas les partenaires de la coalition NFP », précise d'ailleurs le président du groupe GDR, André Chassaigne.

Sans surprise, c'est au sein du PS que ce texte a causé le plus de remous. Les téléphones ont chauffé dimanche matin : faut-il ignorer ou dénoncer l'initiative mélenchoniste ? Jusque-là, Faure avait opté pour une ligne consistant à « ne pas répondre aux provocations de LFI » (dixit un élu). « Nous devons faire preuve de responsabilité en montrant que nous sommes la force qui assure au pays justice et stabilité », a-t-il d'ailleurs tweeté, dans un premier temps. Mais bien vite, il s'est retrouvé pressé par une partie de ses cadres d'en finir avec le « pas de vagues », selon l'expression d'un mécontent. Il a donc dû poster un nouveau message, plus ferme, selon lequel cette tribune « n'engage » que LFI. Et que « la réponse à une nomination d'un Premier ministre qui ne serait pas conforme à la tradition républicaine est la censure ».

Des chips ou du pop-corn

Pour une partie du PS, la coupe est plus que pleine. « Dans leur texte, ils préemptent notre vote à l'Assemblée (la procédure doit d'abord faire l'objet d'un vote au sein du bureau de cette institution). Ce ne sont pas des méthodes normales dans les relations entre partis », s'offusque le patron des sénateurs PS, Patrick Kanner, certains élus dénonçant « une logique de coup de force ». « C'est la nouvelle illustration que, pour Jean-Luc Mélenchon, il ne faut pas que ça marche. Oui, c'est du sabotage ! », dénonce Jérôme Guedj.

Côté LFI, le député Hadrien Clouet se défend d'avoir semé « la zizanie ». « S'il y a d'autres idées, je suis preneur. Mais je n'en vois pas de plus efficace, si on se retrouve dans une situation de blocage, assume-t-il. Sinon, on peut aussi rester chez nous, à manger des chips en subissant ! » Autour d'Emmanuel Macron, c'est plutôt le pop-corn qu'on a sorti dimanche, savourant notamment que des élus socialistes réclament que leur parti se rende à l'Élysée sans LFI, vendredi. Un proche du président a même trouvé un sous-titre à la fameuse tribune : « Nouvelle tentative de torpillage du NFP par Mélenchon ».

L'Humanité
lundi 19 août 2024 439 mots, p. 11

Un espace ouvert à la curiosité

Pierric Marrissal et Anna Musso

Sciences et numérique Découvrez de nombreux ateliers, conférences et débats en présence de personnalités du monde scientifique, des syndicats et des associations.

Pour sa deuxième édition, l'espace sciences et numérique offrira au public de la Fête plusieurs ateliers, dont l'un mettra à disposition des lunettes d'observation solaire, mais aussi proposera une dizaine de débats. Côté sciences, la coordination de cet événement est assurée par Amar Bellal, membre du comité exécutif national du PCF et rédacteur en chef de la revue  Progressistes, et par François Perrin, chercheur et responsable de la section Paris-Saclay du PCF.

Vendredi après-midi, un échange sur le thème : « Faut-il rouvrir des mines, et dans quelles conditions ? » Il réunira Yannick Monnet, député communiste de l'Allier, Louis Gallois, haut fonctionnaire, industriel et coprésident de la Fabrique de l'industrie, et un géologue représentant de la filière industrielle et minière.

Samedi, plusieurs rencontres se dérouleront à l'espace : à 11 heures, autour des relations « Arts et sciences », puis à 14 heures, sur le thème : « Les plantes d'hier, d'aujourd'hui et de demain ». À 18 heures, un débat permettra d'échanger autour de la problématique « Expertise, démocratie, journalisme et fake news » avec le journaliste scientifique Sylvestre Huet, un expert du Giec et un ou une youtubeur·se.

Dimanche après-midi, rendez-vous à 14 heures, autour de la présentation du plan climat « Empreintes 2050 », élaboré par l'équipe de  Progressistes et des militant·es du PCF, avec Victor Leny, ingénieur et modélisateur de ce plan, et  Yves Bréchet, professeur des universités à l'Institut polytechnique de Grenoble et membre de l'Académie des sciences.

vous allez aimer les maths !

À 16 heures, Cédric Villani, mathématicien titulaire de la médaille Fields 2010, membre de l'Académie des sciences, donnera une conférence intitulée : « Une heure pour vous faire aimer les maths ! »

Du côté de l'espace numérique, des démonstrations permettront de montrer aux visiteurs les alternatives libres aux logiciels de Microsoft, Apple et autres Google. Vendredi en fin d'après-midi, des associations et syndicats proposeront de mettre ces principes en pratique et présenteront des outils numériques libres, au service des luttes sociales. Trop de mouvements s'organisent sur des réseaux et canaux de discussion qui ne sont ni sûrs ni respectueux des données des utilisateurs. C'est pour cela aussi qu'un temps, vendredi, sera consacré à une table ronde sur l'éducation au numérique.

L'intelligence artificielle et ses conséquences sur le travail constitueront un temps fort du samedi après-midi. Et le dimanche se clôturera sur un temps d'échange et d'information sur nos libertés fondamentales, à l'heure de la cybersurveillance, avec notamment la Quadrature du Net. Tous les curieux et curieuses avides de connaissances scientifiques sont attendus à l'espace sciences et numérique.

La Croix, no. 42998
Monde, lundi 19 août 2024 622 mots, p. 11
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18 août 2024 - La Croix (site web)

L’Allemagne réduira drastiquement son aide à l’Ukraine en 2025

Olivier Tallès

Premiers contributeurs de l’aide militaire à l’Ukraine en Europe, les Allemands diviseront par deux le montant de leur soutien à partir de l’an prochain.

Berlin parie sur la mise en place d’ici là d’un instrument financier qui permette aux Européens d’utiliser les avoirs russes gelés.

La nouvelle a été confirmée dans un article publié dans le média allemand Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. Au sortir d’arbitrages budgétaires difficiles, l’Allemagne a refusé d’accorder toute aide supplémentaire aux 4 milliards d’euros consacrés à l’Ukraine déjà inscrits dans son projet de budget pour l’an prochain. En 2024, Berlin a prévu de dépenser 8 milliards en 2024. La chute est brutale.

Cette décision, prise au nom de l’équilibre des finances publiques, sera regardée de près à Kiev et Moscou, tant la première puissance économique européenne s’est imposée comme étant le fer de lance du soutien occidental aux Ukrainiens, derrière les États-Unis. Entre le début de la guerre et le 30 juin 2024, la contribution de Berlin s’élève, selon les calculs du Kiel Institute, à 14,69 milliards d’euros d’aide directe et 8,87 milliards d’euros via les fonds européens, une somme qui ne prend pas en compte l’argent dépensé pour l’accueil des réfugiés.

En comparaison, la France a dépensé au total sur la même période 12 milliards d’euros (4,43 milliards d’aide directe et 7,56 par l’Union européenne) et le Royaume-Uni 13 milliards d’euros (aide directe). Loin des États-Unis qui ont consacré 75 milliards d’euros au profit de Kiev depuis l’invasion russe. Rapporté au produit intérieur brut (PIB) par habitant, l’Allemagne se classe au 13e rang des donateurs les plus généreux, à bonne distance du Danemark et des pays Baltes, mais devant tous les grands pays occidentaux.

Ce recul de l’aide risque d’alimenter les critiques récurrentes sur une Allemagne engagée à reculons sur le dossier ukrainien, du fait de son refus d’envoyer des missiles Taurus à son allié. Redoutant l’escalade avec la Russie, les autorités de Berlin ont en effet mis leur veto sur ce matériel de longue portée (500 kilomètres) qui permettrait aux Ukrainiens de frapper loin derrière les lignes russes. Au même moment, la France et le Royaume-Uni ont livré des missiles Scalp et des Storm Shadows.

Berlin a cependant très fortement contribué aux livraisons de matériels militaires cruciaux. Quand on examine en détail la liste publiée sur le site du Kiel Institute, la comparaison avec la France est frappante : huit lance-roquettes multiples côté allemand contre quatre pour la France ; 73 chars lourds léopard contre 38 chars légers AMX 30 ou encore 26 batteries antimissiles sol-air contre deux. L’Allemagne a ainsi délivré plus d’un tiers des coûteux systèmes de défense du ciel ukrainien.

L’année 2025 s’annonce plus difficile. « Les nouvelles commandes pour Kiev ne sont pas lancées, car elles ne sont plus financées », explique dans le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung un député membre de la commission du budget. D’après les médias allemands, le gouvernement justifie sa décision par la difficulté de trouver 12 milliards d’euros pour boucler un budget de 480 milliards d’euros.

Pour poursuivre l’aide à l’Ukraine, Berlin évoque la mise en place d’un dispositif financier de l’Union européenne qui permettrait d’utiliser les intérêts tirés des 300 milliards d’euros d’avoirs russes gelés dans le monde. Bruxelles table ainsi sur 3 milliards d’euros annuels. Les États-Unis ont également proposé au G7, à la mi-juin, d’utiliser ces revenus pour financer un prêt à Kiev de 50 milliards d’euros.

L'Humanité
lundi 19 août 2024 1010 mots, p. 8

Emmanuel Macron et son « je veux » sur la langue

Emilio Meslet

Institutions À l'issue d'une consultation des partis le 23 août, le président devrait nommer un premier ministre après six semaines de vacance. En dépit de toute réalité politique, il souhaite que le futur chef du gouvernement ne remette pas en cause ses orientations économiques et sociales. À l'inverse de la gauche.

C'est une règle élémentaire de la conduite : on ne peut accélérer et freiner en même temps. Pas sans risquer d'abîmer le véhicule. Ce qui vaut ici pour l'automobile est aussi vrai en politique. Pourtant, depuis la fin de la « trêve olympique » qu'il avait unilatéralement décrétée pour gagner du temps, Emmanuel Macron a le pied - droit évidemment - sur les deux pédales. Six semaines qu'il fait du surplace pour affûter son « plan », nous dit-on, et trouver un remplaçant à Gabriel Attal, lequel gère les affaires courantes depuis le 16 juillet et la démission de son gouvernement. Mais le chef de l'État a enfin décidé de passer la seconde.

Manoeuvres dans les flous de la Constitution

Le vendredi 23 août, il recevra l'ensemble des chefs de parti et des présidents des groupes parlementaires pour une « série d'échanges ». « La nomination d'un premier ministre interviendra dans le prolongement de ces consultations et de leurs conclusions », précise l'Élysée, qui espère faire naître une « majorité la plus large et la plus stable au service du pays ». Comme si, au mépris de la séparation des pouvoirs, il revenait au président de la République de construire une majorité législative.

Depuis le second tour des législatives anticipées, Emmanuel Macron en est donc toujours à la case départ. Au moins d'un point de vue institutionnel. Quarante-trois jours ont passé et les élections n'ont, pour l'heure, eu aucune conséquence pour l'exécutif. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour entreprendre ces consultations, si ce n'est pour contourner, via un énième tour de passe-passe, le résultat des urnes ? La tradition républicaine aurait dû conduire, au lendemain du scrutin, le président de la République à proposer au Nouveau Front populaire (NFP), coalition en tête mais sans majorité absolue, de former un gouvernement. La gauche aurait alors eu à charge de trouver des compromis et des coalitions, pérennes ou au texte par texte, pour faire voter ses lois.

En « maître des horloges » autoproclamé, Emmanuel Macron n'a ainsi pas voulu admettre sa double défaite, aux européennes puis aux législatives. D'où ce choix de manoeuvrer dans les flous de la Constitution pour tenter de garder la main. C'est donc avec l'ensemble du spectre parlementaire, et non la gauche seule, que le chef de l'État dialoguera le 23 août à la recherche d'une porte de sortie. Le NFP viendra, dans une seule délégation, à ce rendez-vous où le bloc a imposé - malgré un quiproquo polémique la semaine passée sur la faisabilité d'une hausse du Smic à 1 600 euros - la présence de Lucie Castets, candidate commune pour Matignon. Ensemble, les principaux cadres insoumis, socialistes, écologistes et communistes iront exiger la nomination de la haute fonctionnaire de 37 ans.

Cette dernière, désireuse d'occuper le terrain médiatique pour accentuer la pression sur la Macronie, a déclaré, dans les colonnes de la Marseillaise, avoir « hâte que la cohabitation commence ». Plus tôt dans la semaine, elle avait défini, via un courrier envoyé aux parlementaires, les compromis qu'elle compte bâtir autour de « cinq grandes priorités » : le pouvoir d'achat et la justice sociale, la bifurcation écologique, l'éducation, la défense des services publics et une fiscalité juste.

Cazeneuve, Bertrand et autres macro-compatibles

Ce programme ne sied guère à Jupiter. Il serait, d'après la Tribune dimanche, « décidé à ce que les fondamentaux économiques de son bail élyséen ne soient pas remis en question ». Emmanuel Macron ne veut pas voir Lucie Castets à Matignon, d'où elle pourrait, par exemple, faire abroger la réforme des retraites. Il aurait d'autres idées en tête tout en nommant une personnalité qui n'est pas issue de ses rangs. Si les rumeurs Valérie Pécresse, présidente LR de la région Île-de-France, et Michel Barnier, ex-commissaire européen, circulent, deux profils vintage tiennent la corde d'après les indiscrétions de la presse libérale : Bernard Cazeneuve et Xavier Bertrand. Un vestige du hollandisme (accessoirement ancien premier ministre) et le quatrième de la dernière primaire présidentielle des « Républicains » (accessoirement président de la région Hauts-de-France). Le premier n'aurait, selon l'Opinion, pas rejeté l'idée de revenir à Matignon. Ils présentent tous deux l'avantage de donner un parfum de cohabitation tout en étant parfaitement Macron-compatibles. Suffisant pour offrir au chef de l'État une majorité solide ?

Face à un probable nouveau coup de force du chef de l'État, la gauche étale ses désaccords sur la façon de réagir. Rappelant ainsi qu'Emmanuel Macron n'est pas au-dessus de la Constitution, les dirigeants de la France insoumise ont publié, dans la Tribune dimanche, un texte le menaçant d'une procédure de destitution. « Le président de la République n'est pas un monarque disposant d'un droit de veto suspensif sur le résultat du vote démocratique », écrivent, entre autres, Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Manuel Bompard. Mais la publication a quelque peu été éclipsée par l'annonce, le matin même, de la mort d'Alain Delon. « Merci à lui, c'est bien la première fois qu'il nous rend service », sourit un député NFP. Car le reste de la coalition n'est pas franchement emballé par l'initiative des insoumis.

« Elle n'engage que leur mouvement. La réponse à une nomination d'un premier ministre qui ne serait pas conforme à la tradition républicaine est la censure », a posté sur X Olivier Faure, premier secrétaire du PS, quand son homologue écologiste, Marine Tondelier, préfère éluder, elle aussi dans les pages de l'hebdomadaire. « Pour nous, l'urgence du moment est de faire respecter le résultat des élections législatives : l'envie de changement exprimée par les Français doit être entendue, elle doit se voir dans la nomination du premier ministre comme dans les mesures qui seront prises par le futur gouvernement », assure Ian Brossat, sénateur et porte-parole du PCF.

Le NFP a jusqu'à vendredi pour accorder ses violons. Et ainsi faire en sorte que le pilote Macron, une fois le pied sur l'accélérateur, n'emmène pas le pays dans le mur.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, dimanche 18 août 2024 815 mots, p. AUJM4
Aussi paru dans
18 août 2024 - Le Parisien

À l'élyséei Que vont dire les chefs de parti ?

Le Président de la République a convié les représentants des partis à l'Élysée, ce vendredi. Il dit vouloir nommer un nouveau Premier ministre dans le « prolongement » de ces consultations.

Quentin Laurent et P. Th. (avec J.D.)

Vendredi 23 août sera le jour de la sainte Rose. Mais c'est bien avec un bouquet de doléances que les représentants des principales forces politiques du pays s'avanceront vers le perron de l'Élysée. Emmanuel Macron a annoncé qu'il recevrait les chefs de parti et présidents de groupe parlementaire, et chacun aura à dire au président, lequel devrait nommer un nouveau Premier ministre « dans le prolongement » de cette intense phase de consultations.

Le NFP veut gouverner, LFI menace

Le bal sera ouvert par l'alliance du Nouveau Front populaire (NFP), qui se présentera groupé (Insoumis, écolos, socialistes, communistes), afin de montrer que ses composantes continuent à serrer les rangs. Avec une revendication commune : « Notre message, le 23 août, ce sera celui des Français : 73 % d'entre eux veulent une rupture avec le macronisme. Le président doit reconnaître le résultat des urnes et appeler notre coalition à gouverner », fait valoir la patronne des Écologistes, Marine Tondelier.

« Bien sûr qu'il va falloir travailler à des majorités parlementaires texte par texte. Mais il faut que les macronistes entendent que la politique qu'ils ont mise en oeuvre depuis sept ans a été sanctionnée, qu'elle doit être remise en cause, même si c'est difficile pour eux », prolonge le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel, affirmant que, quoi qu'il arrive, la réforme des retraites sera pour lui « une ligne rouge ». « On exercera le pouvoir de façon républicaine et dans un esprit d'ouverture au Parlement », veut rassurer le député PS Arthur Delaporte. La revendication de la gauche portera même, ce vendredi, un visage, puisque Lucie Castets, leur candidate unique pour Matignon, sera présente avec eux à l'Élysée. De son côté, dans un texte publié dans « La Tribune dimanche », la France insoumise menace d'engager une procédure de destitution contre Emmanuel Macron, accusé de « coup de force institutionnel contre la démocratie » pour son refus « de prendre acte » du résultat des législatives de juillet.

L'ancienne majorité divisée... mais ensemble

L'ancienne majorité présidentielle arrivera, elle aussi, groupée... parce que le président le leur a demandé. Rien qui ne saurait faire oublier leurs divisions récentes ou leurs divergences stratégiques. La semaine dernière, les groupes Horizons (le parti d'Édouard Philippe) comme Ensemble pour la République (EPR), animé par le Premier ministre démissionnaire Gabriel Attal, ont chacun dans leur coin adressé un courrier aux parlementaires de l'arc dit républicain pour essayer de dialoguer.

Une situation qui a agacé le président du MoDem, François Bayrou, irrité par cette multiplication de lettres... et personne qui ne se répond. « Il faut sortir des faux-semblants : l'idée que les partis politiques puissent s'entendre, que l'on puisse constituer une coalition à partir de groupes parlementaires, est vouée à l'échec. Cela ne se produira pas et ce n'est pas la logique de la Constitution », a prévu de dire le maire de Pau (Pyrénées-Atlantiques) à Emmanuel Macron.

Cela n'empêchera pas le président de son groupe à l'Assemblée, Marc Fesneau, de venir avec « des propositions crédibles » sous le bras (« justice fiscale », « institutions », « sécurité, reconquête des services publics »). Laurent Marcangeli continuera, lui, auprès du président, de prôner une « solution de transcendance des clivages », mais il s'opposera à la nomination de Castets. Le chef de file des députés Horizons déplore une situation de blocage et alerte : « Si on subit une crise financière en sus du blocage politique et institutionnel, les Français vont commencer à demander des comptes. » À la question du blocage institutionnel, le chef de l'UDI, Hervé Marseille, pourrait bien, lui, reparler à Emmanuel Macron d'une de ses vieilles promesses : l'élection à la proportionnelle.

La droite et son « pacte », Ciotti sans Le Pen

Du côté de la Droite républicaine (ex-LR) : Laurent Wauquiez, Annie Genevard et Bruno Retailleau se rendront tous les trois au rendez-vous. S'ils doivent se voir cette semaine pour échanger, ils devraient à nouveau brandir le « pacte législatif » conjointement présenté en juillet, dans lequel ils présentaient les textes de fond sur lesquels ils accepteraient de dialoguer au Parlement. Tout en maintenant leur refus de toute « coalition » avec l'ancienne majorité.

Dans la cour de l'Élysée, ils croiseront peut-être le chemin d'Éric Ciotti, désormais président de son propre groupe, À droite, allié du Rassemblement national (RN). Le député de Nice fait savoir qu'il honorera son rendez-vous « en tête-à-tête avec le chef de l'État », pour marquer son autonomie vis-à-vis du RN avec lequel il a pactisé.

Quant à Jordan Bardella et Marine Le Pen, s'il ne faut pas douter qu'ils devraient eux aussi être de la partie, rien ne filtre sur ce qu'ils pourraient dire à Emmanuel Macron, un mois et demi après leur échec à conquérir Matignon.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, dimanche 18 août 2024 983 mots, p. AUJM2,AUJM3,AUJM3,AUJM4
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17 août 2024 - Le Parisien (site web)
18 août 2024 - Le Parisien

Tenté de jouer la montre

Le président lance vendredi des consultations qui pourront durer jusqu'au lundi avant de choisir un Premier ministre. Il veut mettre la pression sur les chefs de parti.

Pauline Théveniaud

« Ô temps ! suspends ton vol. » Emmanuel Macron pourrait faire sien ce vers de Lamartine. Si son invitation aux chefs de groupe parlementaire et de parti pour « une série d'échanges » le vendredi 23 août, à l'Élysée, a donné le sentiment d'une soudaine accélération... le chef de l'État semble continuer, en réalité, à jouer la montre. À laisser la situation « décanter », selon son expression, alors que le pays, plongé depuis le 7 juillet dans une impasse politique, attend toujours la nomination d'un nouveau gouvernement. Ce samedi soir, le président a glissé dans son discours pour la commémoration de la libération de Bormes-les-Mimosas (Var) une évidente allusion à la crise provoquée par sa dissolution du 9 juin. « Ne cédons rien à la division, demeurons ce peuple capable d'inverser la fatalité du destin », a-t-il ainsi lancé, concluant son discours sur ces mots : « Un grand pays, un grand peuple, que nous transmettrons plus fort et plus uni. » Avant de dîner, comme chaque année, avec les élus locaux, dont le maire (DVD) de Bormes-les-Mimosas, François Arizzi, ou le président (ex-LR, rallié à Macron) de la région Paca, Renaud Muselier. Un petit caillou politique sur un chemin qu'il emprunte... à son rythme, avant de baisser le rideau jusqu'aux rencontres du 23 août.

« C'est illisible pour les Français »

D'ici là, rien n'est inscrit à son agenda, tout se passera en coulisses. Depuis le fort de Brégançon, Emmanuel Macron préparera ses échanges de vendredi, mais surtout le remplacement du Premier ministre démissionnaire (depuis un mois à ce jour), Gabriel Attal, à coups d'appels téléphoniques et de SMS, mais aussi lors de rendez-vous organisés à l'abri de ces hauts murs. Lors de la cérémonie organisée pour les 80 ans du débarquement de Provence, jeudi, des officiels ont ainsi bien noté que son prédécesseur à l'Élysée, Nicolas Sarkozy, était arrivé dans la même voiture que lui. « Ça, c'est rare. Je pense qu'ils se voient », note l'un. « En voisins », confirme un macroniste.

Emmanuel Macron s'est finalement, sans surprise, rangé à l'avis de ceux qui lui conseillaient de prendre son temps. « Il faut que vous vous hâtiez lentement », lui a notamment soufflé le député des Yvelines, Karl Olive. Quitte à affoler jusqu'au sein du gouvernement sortant : « C'est illisible pour les Français. Ils se disent : 11 millions de personnes ont voté RN, la gauche revendique la victoire et les macronistes sont toujours au pouvoir. Les gens, ça les fait vriller, tremble un ministre démissionnaire. À ce rythme-là, on va faire la rentrée scolaire ! » S'il n'est pas exclu, au Château, que les discussions avec les groupes et les partis débordent sur le lundi 26 août, on y assure néanmoins que « la nomination » tant attendue aura lieu dans leur « prolongement ». « L'idée, c'est d'avancer assez rapidement », assure un proche du chef de l'État, jugeant même qu'« il y a une forme de logique à le faire avant l'ouverture des Jeux paralympiques (le 28 août) ». Sans pour autant être en mesure de dire si cette « logique » prévaudra. « Il y a une exigence démocratique et une exigence budgétaire », admet le même.

Mais d'ici là, le chef de l'État entend renvoyer la balle aux groupes et partis politiques. « Chacun doit faire preuve d'esprit de responsabilité », martèle-t-il, en privé. D'où ce calendrier étiré. Et le type de questions qu'il devrait leur soumettre vendredi : « Est-ce que vous êtes capables de réunir une majorité large et stable ? Avec qui ? »; « Avez-vous la garantie d'éviter une motion de censure ? »

Au passage, une figure du camp présidentiel s'attend « à un bras de fer dur » avec le Nouveau Front populaire (NFP), qui revendique Matignon pour Lucie Castets et fait monter la pression en arrivant groupé. Or, même si c'est lui qui a insisté pour que le NFP soit la première force reçue, Emmanuel Macron n'a pas changé d'avis sur l'alliance de gauche. « Ils ne vont plus pouvoir dire : Le président ne nous reçoit pas, il ne reconnaît pas qu'on est le premier bloc. Ce sera fait, décode un fidèle du chef de l'État. On ne pourra pas dire, non plus, qu'il n'a pas laissé de temps aux partis. »

Au fond, sans renier la part de mise en scène, Emmanuel Macron espère que cette phase agira comme un révélateur des blocages, ce qui le replacera « en position d'arbitre » (dixit un intime) et atténuera les protestations (redoutées dans son camp) contre son choix. « Il a intérêt à fatiguer la salade », résume un confident.

« Un blocage universel », selon François Bayrou

En attendant, toujours les mêmes noms reviennent, Xavier Bertrand, Bernard Cazeneuve, assortis des mêmes avertissements contre des « leurres ». Le chef de l'État, qui estime que l'arc du futur gouvernement doit exclure le RN et LFI, a aussi pu tester l'idée de nommer un élu local. Le nom du maire PS de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Karim Bouamrane, a ainsi circulé. Le président fait mine de rien, exaspère ses adversaires ou anciens amis qui l'accusent de « déni de démocratie ». Mais il ne peut ignorer qu'il est plus contraint et plus affaibli que jamais. « Il ne peut pas se dire : J'ai une idée géniale, que je sors de mon chapeau, et boum ! admet d'ailleurs un proche. Il ne peut plus faire comme avant. » D'autant qu'il fait face à un casse-tête sans nom.

Depuis la mi-juillet, son plus vieil allié, François Bayrou, estime que la situation actuelle est celle d'« un blocage universel ». « Nous sommes dans un monde dans lequel personne ne veut gouverner, parce que tout le monde pense à la présidentielle. Un monde dans lequel tout le monde fait semblant, un théâtre d'ombres », juge ainsi le président du MoDem en petit comité, déplorant : « On a perdu beaucoup de temps à faire semblant. »

Le Monde
Carnet, samedi 17 août 2024 1388 mots, p. 17
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15 août 2024 - Le Monde (site web)

Louis Mermaz

Ancien ministre socialiste et président de l’Assemblée nationale

Michel Noblecourt

Un prince de la Mitterrandie s’en est allé. Ancien président de l’Assemblée nationale et ancien ministre, Louis Mermaz est mort chez lui, dans l’Essonne, à l’âge de 92 ans, a annoncé, jeudi 15 août, sur le réseau social X le président du conseil départemental de l’Essonne, François Durovray. « Louis Mermaz, ancien ministre, président de l’Assemblée nationale et figure éminente de la vie politique, nous a quittés à son domicile en Essonne. Son engagement au service de notre pays a marqué son histoire », a-t-il salué, rejoint par le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, qui a rendu hommage à un « esprit vif[qui] nous accompagnait dans tous nos combats, jusque dans ces derniers jours, pendant la campagne des législatives ».

De tous les compagnons de route de François Mitterrand, c’était le fidèle des fidèles qui l’a servi jusqu’au bout, au point de refuser tout droit d’inventaire sur ses deux septennats.

Né le 20 août 1931 à Paris, le jeune Louis ne connaîtra que sur le tard ses origines. Une vérité qu’il révélera dans ses Mémoires, Il faut que je vous dise (Odile Jacob, 2013). Son père, Louis de Chappedelaine, était un ministre de la IIIe République dont il ne porta jamais le nom parce que, déjà marié, il n’épousa pas sa mère. Au collège, ce « bon petit chrétien »,admirateur de Napoléon, rêve d’être député. A 14 ans, il décroche une chronique hebdomadaire au Réveil normand,où il publiera plus tard, en militant de la décolonisation, des enquêtes sur l’Algérie.

Louis Mermaz prépare son agrégation d’histoire à La Sorbonne. Le professeur agrégé, qui se passionnera pour Madame de Maintenon et la dynastie des Hohenzollern, objets de deux livres, enseignera pendant quinze ans, d’abord dans un lycée du Mans, puis au lycée Lakanal à Sceaux (Hauts-de-Seine) et enfin à la faculté des lettres de Clermont-Ferrand. Issu d’un milieu petit-bourgeois, il se marie avec Annie Bernard d’Arbigny « en jaquette, un haut-de-forme gris à la main », à l’église Saint-François-Xavier à Paris.

Au printemps 1954, il croise le chemin de François Mitterrand. Cette rencontre va changer le cours de sa vie. « Je jugeais, écrira-t-il, qu’il ne devait pas être d’un abord aisé, entouré qu’il était d’une petite foule de dévots, parmi lesquels il se déplaçait sans secommettre. » Dès lors, son destin va être lié à celui de son grand homme. Il le rejoint en 1956, dans un petit parti centriste, l’Union démocratique et socialiste de la Résistance. Il se présente sous cette étiquette aux élections législatives dans l’Orne, mais échoue à trois reprises, en 1956, en 1958 et en 1962.

En 1965, Louis Mermaz s’investit à fond dans l’animation de la campagne présidentielle de François Mitterrand. Déjà, il se singularise en prônant une fédération de la gauche « capable d’engager le dialogue avec les communistes, sans le soutien desquels on ne peut faire une politique authentiquement socialiste ». On lui accole une étiquette de socialiste pur et dur qui lui restera.

Artisan de la fusion de divers clubs de gauche, il suit Mitterrand à la Convention des institutions républicaines dont il sera, en 1966, secrétaire général. En 1967, il quitte l’Orne pour se faire élire, enfin, député à Vienne (Isère). A un médecin qui critique son parachutage, il explique : « L’Orne reste de droite, j’ai préféré, Monsieur, changer de département plutôt que de convictions. » « Mermaz a 35 ans, commentera Mitterrand. Il peutbien faire un député. A son âge, Danton avait déjà été guillotiné. »

Peu enclin au compromis

Louis Mermaz se défend d’être un idéologue, mais il ne se montrera pragmatique que sur le tard. Fin lettré, volontiers tranchant mais diplomate à ses heures, il n’est pas enclin au compromis. Cet émotif un peu timide, mal à l’aise dans les discours publics, cache derrière une ironie acerbe et un humour caustique une grande sensibilité. Il affrontera avec courage et dignité la mort de ses deux fils, Frédéric, noyé à 20 ans en 1991, et Pierre, qui se suicida en 2003.

Avec François Mitterrand, Louis Mermaz rejoint le Parti socialiste, en 1971, au congrès d’Epinay. « L’évolution du PS et l’union de la gauche, affirme-t-il alors, sont une seule et même chose. » Responsable des fédérations, il tient l’appareil avec poigne. Et il retisse des liens avec le Parti communiste. En 1971, il ravit à un centriste la mairie de Vienne qu’il détiendra sans discontinuité jusqu’en 2001. Il est battu aux législatives en 1968 mais se fait réélire de 1973 à 1990. Redevenu député en 1997, il choisit de rejoindre le Sénat en 2001 où il restera jusqu’en 2011. Il sera aussi président, de 1976 à 1985, du conseil général de l’Isère, offrant l’image d’un parfait cumulard.

Membre de la garde rapprochée de Mitterrand, il l’accompagne dans sa conquête du pouvoir, même s’il juge l’élection présidentielle trop « monarchique » et « impure », et il ferraille contre Michel Rocard. En 1981, le président élu qui voit en Louis Mermaz un possible successeur – « Vous avez un visage sévère mais Poincaré était comme ça » – en fait un ministre de l’équipement et des transports pendant un mois.

Lorsqu’après la dissolution de l’Assemblée nationale, une vague rose arrive au Palais Bourbon, François Mitterrand propose à Louis Mermaz et à Pierre Joxe de se répartir les postes entre le perchoir et la présidence du groupe socialiste. Tout naturellement, le fidèle du président choisit de s’installer à l’hôtel de Lassay. Le 2 juillet 1981, il est élu président de l’Assemblée nationale par 295 suffrages sur 446 votants. Il prononce un discours de combat, se disant « fier de voir notre pays renouer avec ses plus hautes traditions démocratiques ». Il promet de présider avec « impartialité ». « Nous ne sortons pas des égouts, lance-t-il à la droite qui voit en lui un usurpateur. Nous savons nous servir de couverts à poisson. » L’opposition le juge sectaire.

En 1983, son nom est évoqué pour succéder à Pierre Mauroy comme premier ministre. En mai 1988, il manque de peu d’être premier secrétaire du PS mais il se retrouve (encore) brièvement ministre des transports dans le gouvernement Rocard, avant de présider, de juin 1988 à octobre 1990, un groupe socialiste qui n’a qu’une majorité relative à l’Assemblée nationale et doit naviguer entre les centristes et les communistes. Il redevient ministre en octobre 1990 d’abord à l’agriculture, pendant dix-huit mois, puis aux relations avec le Parlement jusqu’à la défaite de 1993.

Eléphant du mitterrandisme

Dans toutes ses fonctions, Louis Mermaz se fait l’avocat un peu raide d’un pur socialisme. Au congrès de Valence, en 1981, il proclame : « Tous les éléments d’une contre-révolution se mettent aujourd’hui en place. Il faut frapper vite et fort contre le sabotage de notre économie. » Pour cet éléphant du mitterrandisme, « le socialisme à la française ne peut se contenter d’un replâtrage du capitalisme. Il faut changer le système des valeurs, mettre l’accent sur la justice sociale et la solidarité ». « Il faut montrer que le socialisme, ça marche ! »,martèle-t-il car, si on se borne à gérer, « on va dériver vers une vague social-démocratie et on débouchera sur un retour au libéralisme ».

En 2007, il soutient Ségolène Royal mais, après l’élection de François Hollande, il lui reproche de ménager « l’ordre capitaliste » et de préférer sa régulation : « C’est comme mettre du sel sur la queue d’un oiseau pour l’attraper. C’est cela qui fait le désespoir(…) des nôtres. »Cette posture ne l’empêchera pas de voter sans hésiter, au second tour de la présidentielle de 2017, pour Emmanuel Macron, qu’il n’avait approché qu’une fois brièvement lorsque celui-ci était ministre de l’économie .Il mène ses derniers combats contre la situation des centres de rétention pour les étrangers et l’humanisation des prisons. A ses yeux, « l’horreur de la République ». Au début de 2020, il s’était replongé avec passion dans la lecture des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand. Et il a revoté pour Emmanuel Macron en 2022 contre Marine Le Pen. Au nom d’une certaine idée de la République.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Économie, samedi 17 août 2024 574 mots, p. AUJM5,AUJM6
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17 août 2024 - Le Parisien

NFPiLa gauche déterminée mais prudente

S'ils se disent satisfaits qu'Emmanuel Macron convie le 23 août tous les représentants du Nouveau Front populaire et leur candidate à Matignon, Lucie Castets, les responsables de gauche se font peu d'illusion sur le fait que le président de la République accède à leur demande.

J.D.

« Le maître des horloges a enfin acheté son calendrier des pompiers. Tant mieux ! » ironise le député LFI Hadrien Clouet. Le vendredi 23 août, Emmanuel Macron commencera ses consultations des présidents de groupe parlementaire et de chefs de parti par le Nouveau Front populaire (NFP), reçu au grand complet en compagnie de sa candidate au poste de Premier ministre, Lucie Castets. Cela constitue déjà une petite victoire pour la haute fonctionnaire dont le chef de l'État n'avait pas même cité le nom le 23 juillet lors d'un entretien télévisé, alors qu'elle venait tout juste d'être désignée par les quatre composantes de la coalition de gauche. « Il est faux de dire que le Nouveau Front populaire aurait une majorité, quelle qu'elle soit », avait alors balayé Emmanuel Macron.

De quoi redonner de l'espoir au NFP et à Lucie Castets, qui depuis trois semaines mènent une intense campagne sans rencontrer d'écho à l'Élysée ? « Cela redonne de la détermination », corrige le patron des sénateurs PS, Patrick Kanner. « On ne grimpe pas aux rideaux, souffle un cadre PS proche d'Olivier Faure. On ne va pas considérer comme un cadeau le seul signal un peu républicain envoyé par Macron depuis les élections. Il aurait dû recevoir Lucie Castets bien avant, au lieu de se draper dans le mépris et le déni démocratique. » Pour le député PS Arthur Delaporte, l'invitation à ouvrir les consultations est également logique. « Cela contribue à valider le discours que l'on porte depuis le début : on est la première force du Parlement. »

Des attentes mesurées

Échaudé après des semaines à s'époumoner dans le vide, le NFP entend réclamer de nouveau au président de lui remettre les clés de Matignon, forte d'une majorité relative de 193 députés élus le 7 juillet. « Emmanuel Macron se décide enfin à avancer. Mais pour faire quoi ? interroge la cheffe des écologistes, Marine Tondelier, sur X. Ce n'est pas au président qui a perdu les législatives de constituer des majorités mais au mouvement arrivé en tête. Le président de la République doit nommer Lucie Castets pour qu'on mette en place les priorités attendues par les Français : pouvoir d'achat, écologie, services publics. » Même tonalité de la part du coordinateur de la France insoumise, Manuel Bompard, qui demande à Emmanuel Macron de « prendre acte de sa défaite ».

L'Insoumis Hadrien Clouet reconnaît que ses attentes sont mesurées, à une semaine du rendez-vous. « Nous restons très prudents car, avec M. Macron, on peut s'attendre à beaucoup de choses... L'avantage, c'est qu'il recevra en même temps quatre forces politiques et une Première ministre. Et s'il demande l'architecture du gouvernement, Lucie Castets sera en capacité de la lui donner. Mais je ne suis pas sûr que ses questions aillent jusque-là. »

Nul doute, néanmoins, que cette consultation élyséenne, organisée alors qu'écologistes, Insoumis et communistes seront en plein coeur de leurs campus estivaux, sera très scrutée. « Ces universités d'été seront une tribune pour réclamer la nomination de Lucie Castets à Matignon », prédit un socialiste. Dans une interview à « la Marseillaise », parue ce vendredi matin quelques heures avant l'annonce des consultations d'Emmanuel Macron, la candidate au poste de Premier ministre ne montrait aucun signe de fatigue : « J'ai hâte que la cohabitation commence », expliquait-elle.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Économie, samedi 17 août 2024 925 mots, p. AUJM4,AUJM5,AUJM5,AUJM6
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16 août 2024 - Le Parisien (site web)
17 août 2024 - Le Parisien

Macron veut discuter... avant de choisir

Le président a finalement annoncé qu'il recevrait tous les chefs de parti vendredi prochain. À commencer par le NFP et sa candidate, Lucie Castets. À l'Élysée, on garantit que la nomination d'un Premier ministre « interviendra dans le prolongement de ces consultations ».

Julien Duffé et Pauline Théveniaud

Elle relève d'une interprétation... extensive de la « mi-août », échéance initialement avancée par Emmanuel Macron. Mais après des semaines d'attente et de flou, la date a le mérite d'être arrêtée : le chef de l'État a décidé de consulter les présidents de groupe parlementaire et les chefs de parti le vendredi 23 août. Le début des grandes manoeuvres, quasiment sept semaines après le second tour des élections législatives anticipées, organisées après une explosive dissolution qui a éparpillé le paysage politique façon puzzle.

Avec ces rencontres, il s'agit « de continuer à avancer vers la constitution d'une majorité la plus large et la plus stable possible au service du pays », affiche-t-on à l'Élysée, où l'on garantit que « la nomination d'un Premier ministre interviendra dans le prolongement de ces consultations et de leurs conclusions ». « Enfin ! » clament ses adversaires politiques à l'issue d'un été marqué par un blocage politique inédit et le bras de fer entre Emmanuel Macron et le Nouveau Front populaire (NFP), qui revendique Matignon pour Lucie Castets.

De façon ô combien symbolique, les responsables de l'alliance de gauche ouvriront le bal, puisque l'Élysée a fixé comme règle que les forces politiques soient reçues « par ordre d'importance des blocs (groupe ou intergroupe) à l'Assemblée ». Et signe qu'ils entendent maintenir la pression sur le chef de l'État, ils prévoient d'arriver groupés et accompagnés de leur candidate à Matignon. « En grand équipage », raille un cadre de l'ex-majorité.

« Montrer qu'on aura tout tenté »

Il reste qu'Emmanuel Macron s'est montré ouvert à la formule, faisant savoir par son entourage que « ceux qui ont exprimé la volonté de venir en format groupé le pourront » et qu'il ne « s'oppose pas » à la présence de Lucie Castets, « si c'est une demande collective ». Avant son annonce officielle, cette chorégraphie avait donné lieu à de discrets échanges. « La date a été calée par l'Élysée avec nous », confie une figure de la gauche. Suite d'une épreuve de force ou jeu de dupes ?

Depuis que le NFP a sorti de son chapeau le nom de cette haute fonctionnaire, le 23 juillet, Emmanuel Macron a toujours balayé l'hypothèse d'une nomination de Lucie Castets Rue de Varenne, refusant de citer son nom. Le changement de ligne est donc manifeste. Alors, pourquoi la recevoir ? « Le président est dans un esprit d'ouverture. Il souhaite que les dialogues soient fructueux et utiles pour avancer pour le pays. Donc, il s'agit de créer le cadre d'un échange républicain de qualité », fait valoir l'un de ses proches. « C'est un passage obligé pour montrer qu'on aura tout tenté », complète sans fard un ministre démissionnaire.

En face, les responsables du NFP estiment qu'ils ont remporté là une première victoire. « Avec cet ordre protocolaire, c'est la matérialisation de ce que nous représentons : la coalition arrivée en tête », pose le député PS Arthur Delaporte. Le NFP martèle toujours qu'il n'y a pas d'autre voie que de leur ouvrir la Rue de Varenne. « Tout autre nom que Lucie Castets serait un déni de démocratie. Vous croyez que c'était agréable pour François Mitterrand de nommer Jacques Chirac et Édouard Balladur, ou pour Jacques Chirac de nommer Lionel Jospin ? Non, mais ils l'ont fait », martèle le député écolo Benjamin Lucas, oubliant un peu vite que le NFP, lui, est très loin d'avoir la majorité absolue. Ce que le camp présidentiel ne manque pas de rappeler.

Le camp présidentiel uni

« La question c'est : est-ce que les forces de la majorité sortante vont venir rassemblées ou pas ? On a quand même constaté une certaine cacophonie ces derniers jours... », pique en retour Arthur Delaporte. Eh bien, oui. Selon nos informations, le président a demandé que toutes les composantes de son camp, Renaissance, MoDem, Horizons et UDI, viennent, elles aussi, groupées le 23. Ce n'était pas gagné, à voir les Marcheurs et les philippistes la jouer chacun dans leur couloir ces derniers jours à l'Assemblée. L'un de ses représentants plaidant cash : « Il faut que Macron purge l'affaire NFP. Depuis des semaines, ses cadres se baladent en disant : On a gagné ! Il faut qu'il dise : Non, il y a une ligne politique alternative. » Coup pour coup. Sauf que l'ex-majorité a bel et bien perdu, le 7 juillet, et ne compte pas d'alliés susceptibles d'inverser cette tendance.

En cette fin de semaine, des discussions au sein des ex-LR étaient en cours pour arrêter une ligne. Mais dès le début de juillet, le chef de la droite républicaine, Laurent Wauquiez, avait fermement rejeté l'idée de rejoindre la macronie dans une coalition. Quant au RN, il était carrément en mode silence radio après l'annonce élyséenne.

Demeure cette question : cette série d'échanges permettra-t-elle autre chose que d'acter des désaccords ? « Pour ce qui est d'un résultat, je dois avouer ne pas savoir vers quelle issue nous nous dirigeons », nous confiait ce vendredi, en fin de journée, le président des députés Horizons, Laurent Marcangeli. « Tout ça ne nous donne aucun signal sur ce que va décider Macron, abonde un cadre PS. Soit il va se faire répéter les positions de groupes politiques que tout le monde connaît déjà. Soit il aura déjà décidé avant et il recevra les gens pour la beauté du geste. »

Le Monde
France, samedi 17 août 2024 1365 mots, p. 7
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14 août 2024 - Le Monde (site web)
15 août 2024 - La Matinale du Monde

Budget 2025 : la menace d’une crise politique

Les arbitrages du projet de loi de finances ont été stoppés net, en juin, par la dissolution de l’Assemblée

Denis Cosnard

La France aura-t-elle un budget en 2025 ? Pas si sûr. Alors que le gouvernement devrait être en train d’affiner les derniers chiffres après la virgule, la préparation du projet de loi de finances ne cesse de prendre du retard et l’incroyable hypothèse d’un pays sans budget au 1er janvier 2025 ne paraît plus totalement irréaliste. « Aboutir à une impasse et se retrouver sans budget, oui, un séisme de ce type-là est possible », admet Eric Coquerel, président (La France insoumise, LFI) de la commission des finances à l’Assemblée nationale.

« A part deux ou trois fous, personne ne le souhaite, mais le risque existe », confirme son vice-président, Philippe Brun, député (Parti socialiste, PS) de l’Eure. Une menace suivie de près par les marchés financiers, où l’écart de taux entre les rendements français et allemand à dix ans, le fameux « spread », campe à un niveau record depuis la mi-juin, un signe de la défiance des investisseurs envers la France.

Du fait de la crise provoquée par Emmanuel Macron avec la dissolution de l’Assemblée nationale, une première étape-clé dans l’élaboration du budget a déjà été ratée. En principe, les arbitrages politiques sont rendus entre le 1er juin et la mi-juillet, de façon que le gouvernement présente les premières lignes du budget, côté dépenses, « avant le 15 juillet », comme le prévoit la loi organique relative aux lois de finances. Cette année, les arbitrages avaient à peine débuté que la dissolution, annoncée le 9 juin, les a stoppés net.

Pris par les élections législatives puis démissionnaire après les avoir perdues, le gouvernement de Gabriel Attal n’a pas remis au Parlement le document prévu dans les temps. Un mois après la date légale, le texte n’est toujours pas disponible. Bercy évoque sa possible diffusion vers « la fin du mois d’août ».

Gabriel Attal a tranché

Une deuxième étape a tardé elle aussi : l’envoi aux ministères des lettres fixant leurs futurs plafonds de dépenses. Ces lettres, issues des discussions entre Bercy et les différents ministres, sont traditionnellement envoyées par Matignon début août. Cette année, le ministre des comptes publics, Thomas Cazenave, avait entamé le travail en s’entretenant avec ses collègues Stanislas Guerini, ministre de la fonction publique, et Amélie Oudéa-Castéra, ministre des sports, quand la dissolution a tout suspendu.

Depuis, plus question pour le gouvernement démissionnaire de prendre des décisions politiques. Pour ne pas bloquer la complexe mécanique budgétaire, Thomas Cazenave et son ministre de tutelle, Bruno Le Maire, chargé de l’économie et des finances, ont préparé des « lettres plafonds » et les ont transmises à Matignon, fin juillet. Elles conduiraient à une baisse des crédits de l’Etat en 2025, pour « tenir la trajectoire » de redressement des comptes publics, précise l’entourage de M. Le Maire.

Après avoir hésité, Gabriel Attal a finalement annoncé, mercredi 14 août au soir, qu’il allait signer ces lettres et les adresser « dans les prochains jours » aux ministères. Objectif, faire en sorte « que les administrations disposent d’une base sur laquelle conduire les travaux préparatoires au projet de loi de finances, et que celui-ci puisse être présenté début octobre comme chaque année ».Le premier ministre démissionnaire assure cependant qu’il se limite ici à gérer les affaires courantes, selon sa mission : « Cette première base budgétaire, respectant les engagements de la France, ne préempte pas les arbitrages finaux qui seront rendus par le prochain gouvernement », précise Matignon.

A ce stade, rien de dramatique dans ces atermoiements. A Bercy, malgré les aléas politiques, la direction du Trésor a poursuivi son travail technique, fait tourner ses modèles économétriques, préparé des documents, et le prochain gouvernement ne partira pas d’une page blanche. Chaque jour qui passe complique néanmoins la donne. « Cela devient tendu », constate le rapporteur général de la commission des finances au Sénat, Jean-François Husson (ex-Les Républicains).

La « mère des lois »

Pour qu’un budget soit présenté le 1er octobre au Parlement, il doit être validé par le conseil des ministres fin septembre, et transmis une dizaine de jours auparavant au Haut Conseil des finances publiques, afin que celui-ci ait le temps de rendre son avis, ce qui implique que le texte soit bouclé à la mi-septembre. Une audition du ministre des finances à l’Assemblée nationale sur le sujet est programmée pour le 11 septembre. Avant le 20 septembre, la France doit par ailleurs présenter son plan pluriannuel de redressement des comptes à la Commission européenne, qui l’a placée en procédure pour déficit public excessif. Mais un premier ministre et un gouvernement seront-ils nommés d’ici là ? Et, si oui, auront-ils le temps de construire un budget et un plan pluriannuel correspondant à leurs priorités ?

Surtout, cet hypothétique budget bouclé dans l’urgence pourra-t-il ensuite être adopté ? « Personne ne le sait », reconnaît Véronique Louwagie, vice-présidente Les Républicains de la commission des finances à l’Assemblée. En 2023, le budget de l’Etat pour 2024 n’est passé que grâce au recours massif à l’article 49.3 de la Constitution, qui permet de valider un texte sans vote.

Cette fois-ci, dans une Assemblée morcelée, où aucun bloc n’approche la majorité, même de loin, l’exercice sera fatalement encore plus ardu. Les oppositions pourraient être tentées de s’associer pour faire tomber le futur gouvernement lors du débat sur le budget, considéré comme la « mère des lois », celle qui condense l’essence d’une politique.

Désaccords fondamentaux

Arrivée en tête des législatives, la gauche a des idées précises sur ce qu’elle souhaite voir dans le budget. Elle veut augmenter les bas salaires, investir dans les services publics et la transition écologique. Les dépenses nouvelles seraient compensées «grâce à une hausse des ressources fiscales concentrée sur les foyers les plus aisés, les multinationales et la lutte renforcée contre la fraude et l’évasion fiscale », indique la lettre envoyée le 12 août aux parlementaires par Lucie Castets et les responsables de LFI, du PS, des Ecologistes et du Parti communiste français.

Les macronistes et la droite, eux, se montrent rétifs à tout alourdissement de la fiscalité. « Redresser nos comptes publics » et « réduire la dette » figurent à la première ligne du « pacte d’action » proposé aux autres partis par Gabriel Attal, le 13 août. Le premier ministre y avance une « règle d’or » : « Pas de hausse d’impôts, notamment pour les Français qui travaillent. »L’augmentation des impôts constitue aussi une « ligne rouge » du « pacte législatif d’urgence » présenté le 22 juillet par les ténors de LR au Parlement, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau. Quant au Rassemblement national, il souhaite baisser ou supprimer de nombreux impôts, par exemple l’impôt sur le revenu des moins de 30 ans, un projet farouchement combattu par les autres partis.

Au-delà de ces désaccords fondamentaux, tout l’enjeu des prochains mois sera, pour le nouveau gouvernement, de voir quelles mesures peuvent susciter un semblant de consensus. Cela pourrait aboutir à un texte minimaliste, reprenant le budget 2024 à quelques ajustements près, comme le relèvement de la taxe sur les superprofits des compagnies d’énergie ou l’instauration d’une taxe sur les rachats d’action. Pour Philippe Brun, il devrait aussi être possible de réunir une majorité pour rétablir l’impôt sur la fortune, si c’est dans une version plus légère que celle proposée par le Nouveau Front populaire. « En ne donnant de majorité absolue à personne, les Français nous ont demandé de travailler ensemble, commente Véronique Louwagie. Mais c’est compliqué, dans un pays qui n’a pas cette culture du compromis… »

En cas de blocage total, une solution est prévue par l’article 47 de la Constitution. Si aucun budget n’est adopté dans les délais, le gouvernement doit demander en urgence au Parlement l’autorisation de percevoir les impôts et d’ouvrir par décret les crédits, en reconduisant ceux de l’année précédente, afin que les fonctionnaires continuent d’être payés, et que les services publics continuent de fonctionner. Mais sans cap précis. Et au prix d’une crise politique qui se doublerait probablement d’une crise financière.

Le Figaro, no. 24877
Le Figaro Économie, samedi 17 août 2024 1734 mots, p. 25

Économie

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17 août 2024 - Le Figaro (site web)

Concorde : l'échec commercial fait partie du mythe

Le premier avion supersonique de ligne de l'histoire a marqué au-delà de son époque. Échec commercial et gouffre financier, le programme a cependant contribué à faire de l'Europe une grande puissance aéronautique.

Guillermard, Véronique

Certains New-Yorkais ont cru avoir la berlue. Ils ne sont pas près d'oublier la vision de ce grand « oiseau blanc » , voguant sur l'Hudson, en ce matin ensoleillé du 14 mars 2024. Posé sur une barge, un Concorde, arborant la livrée de British Airways, a traversé le fleuve, pour retourner, après quelques travaux de restauration, à l'Intrepid Museum. Installé à bord du porte-avions USS Intrepid, ce célèbre musée de New York expose les avions légendaires.

Même si les États-Unis ont tout mis en oeuvre pour couper les ailes du premier avion supersonique civil de l'histoire aéronautique, ils estiment que Concorde y a toute sa place. Car cet appareil, au design élégant et unique entre tous, est entré dans la légende. Iconique, cet avion, souvent qualifié d' «oeuvre d'art aéronautique» , a marqué au-delà de son époque. Son souvenir est ancré dans l'inconscient collectif. En Europe où il est né. Et surtout en France, où on s'approprie facilement la paternité presque exclusive de cet avion, symbole des années de Gaulle.

Quarante ans après son vol inaugural, le 2 mars 1969, et après son seul crash, qui fit 113 morts, le 25 juillet 2000, après avoir décollé de Roissy Charles-de-Gaulle, le bel oiseau blanc a pris sa retraite de la flotte d'Air France le 27 juin 2003, et quatre mois plus tard de celle de British Airways. «Concorde ne s'arrêtera pas vraiment, parce qu'il ne sortira jamais de l'imaginaire des hommes», estime Jean-Cyrille Spinetta, alors président d'Air France. Déclaration prémonitoire.

L'épopée du Concorde commence dans les années 1950. La France maîtrise la technologie supersonique depuis 1952, avec le Mystère II, premier avion de combat européen à franchir le mur du son (Mach 1, soit 1 224 km/heure). Elle estime qu'il est possible de l'appliquer à un avion de ligne. Le général de Gaulle le baptise « Concorde » et est l'artisan de l'accord gouvernemental, signé en 1962, entre Paris et Londres. Sur le terrain, Sud Aviation (future Aerospatiale) et British Aircraft Corp (devenu BAE Systems) travaillent ensemble avec quelque 400 sous-traitants, dont les motoristes Snecma (Safran) et Rolls Royce, chargés de concevoir un nouveau turboréacteur.

« Sur le plan commercial, le projet s'articule en France autour de deux avions développés quasi en parallèle: l'A300, un moyen-courrier bimoteur économe en carburant, pour succéder à la Caravelle; Concorde pour conquérir le marché long-courrier. Il a été calculé que 250Concorde seraient capables, grâce à la vitesse supersonique qui divise par plus de deux les temps de vol, de réaliser 100% des rotations effectuées par les 800appareils -des Boeing707 et des DC-8 volant à Mach 0,85- qui sont alors en service dans le monde», explique Michael Murphy, responsable du patrimoine historique d'Airbus. Avec Concorde, il sera possible de rallier New York depuis Paris ou Londres en à peine 3 h 30, en volant à Mach 2.

L'avion séduit. Fin 1968, Concorde cumule 74 précommandes auprès de 16 compagnies, dont 6 américaines. Mais à partir de 1970, les prix du baril commencent à monter. «Bien avant le premier choc pétrolier de 1973, les décideurs s'inquiètent car les coûts de développement s'envolent», souligne Michael Murphy. Aux États-Unis, le Congrès américain stoppe, en 1971, le projet B2707 de « Super Concorde » de 350 places (contre 100 pour Concorde), volant à Mach 3 que Boeing peine à développer. L'américain est soulagé. Il peut se concentrer sur le 747, premier jumbo de l'histoire, d'une capacité de 400 places, volant à Mach 0,85, mis en service un an plus tôt. Un long-courrier qui connaîtra un succès fulgurant, en démocratisant les voyages aériens.

La décision du Congrès ébranle la confiance du marché. Les annulations de commandes s'enchaînent. La décision de l'Opep de réduire sa production, entraînant une flambée des prix du pétrole, achève de sceller l'avenir de Concorde, un quadriréacteur qui brûle près d'une tonne de kérosène par passager. Lorsque Air France et British Airways le mettent en service en 1976, Concorde est déjà un échec commercial. D'autant que les États-Unis mènent une guérilla contre lui : interdiction pour six mois de survoler leur territoire, de se poser sur le tarmac de l'aéroport de New York JFK, campagnes contre l'empreinte sonore, etc.

Mis au service du rayonnement de la France, Concorde devient l'avion des présidents de la République, de Georges Pompidou à François Mitterrand en passant par Valéry Giscard d'Estaing. Il est plébiscité par les hommes d'affaires pressés et le showbiz. Et même par le pape Jean-Paul II, qui voyage à son bord en 1989, pour se rendre à La Réunion. Dès 1983, Concorde a été recentré sur la seule destination de New York et les vols spéciaux, dont des tours du monde. Tout s'arrête en 2003. La place de l'avion est au musée.

Le fantôme de Concorde hante encore les politiques et les décideurs. Car il est plus qu'un avion en avance de vingt ans sur son temps. «Concorde, c'est notre programme Apollo à nous, Européens. Nous avons réussi un exploit technologique inimaginable, soixante ans seulement après la traversée de la Manche par Louis Blériot à bord d'un appareil fait de bois et de cordes», résume Michael Murphy. Concorde est un puissant symbole de l'optimisme des années 1960, de la foi dans un avenir radieux.

En France, le nom de Concorde est devenu synonyme de ce paradoxe : la prouesse technologique transformée en flop commercial. Il est devenu l'exemple le plus emblématique de ces percées françaises qui ont échoué à devenir des standards internationaux, et à contribuer à la balance commerciale du pays. Avant lui, il y avait eu l'avion Caravelle. Dans le domaine nucléaire, c'est la filière tricolore du graphite-gaz qui est restée mort-née, tandis que cinquante ans plus tard, le réacteur EPR peine toujours à trouver acheteur à l'étranger. Le Minitel a fait de la France le premier pays connecté du monde, avant qu'il ne rate la vague internet. Le génie français serait-il incompris ? Ou nos ingénieurs seraient-ils trop épris de leur science et pas assez des coûts et des conditions d'exploitation des objets qu'ils créent ?

Concorde est aussi le symbole d'une coopération européenne mal ficelée. Pour des raisons politiques, le programme n'avait pas de maître d'oeuvre incontesté, ni une organisation industrielle optimale. Tout était dupliqué, avec notamment deux chaînes d'assemblage des deux côtés de la Manche. Un «Vietnam industriel», selon l'expression de Jean-Jacques Servan-Schreiber, alors député de Meurthe-et-Moselle, en 1971. Concorde a été un gouffre financier, engloutissant l'équivalent de 20 milliards d'euros, sans jamais gagner de l'argent. Construit à seulement 20 exemplaires, dont 6 prototypes et préséries, il n'a été exploité que par Air France et British Airways, avec 7 appareils chacune.

Concorde a aussi été le révélateur d'une certaine naïveté européenne. «Il a démontré la capacité des avionneurs américains à torpiller un projet européen, en activant l'Agence américaine pour la sécurité aérienne (FAA). Cette dernière ne s'est pas montrée aussi agressive, après les crashs de DC-8», souligne Marc Durance, associé au cabinet de conseil Indefi.

Mais dans la balance, il y a aussi l'immense contribution de Concorde à l'industrie européenne. L'avion a été « un booster scientifique » car il a fallu tout inventer. L'appareil a été à l'origine de premières mondiales, devenues des standards mondiaux. Il a été le premier avion de ligne doté de commandes de vol électrique ou encore de freins en carbone. Des matériaux composites ont été utilisés pour sa gouverne et de l'aluminium pour son fuselage. «Un ensemble « nez et visière blindée » mobiles et inclinables protégeant le « pare-brise » de Concorde de l'échauffement cinétique a été développé. On retrouvera le même type de verre renforcé sur le pare-brise et les hublots du TGV», détaille Michael Murphy. Pour usiner au millimètre près les pièces de l'avion, les premières machines outil à commandes numériques ont été utilisées en France et de nouvelles méthodes d'assemblage ont été mises en oeuvre.

Concorde a aussi permis de développer un tissu industriel de haute technologie en France. Il a contribué à faire de l'Europe une puissance aéronautique, capable de concurrencer les États-Unis. Et, sans qu'il y ait de filiation directe, il a ouvert la voie à l'envol d'Airbus, l'ex-EADS né de l'union entre le Français Aerospatiale, la branche civile de BAE Systems, l'allemand DASA et l'espagnol CASA.

Malgré l'échec de Concorde, l'idée de lui donner un successeur n'a jamais été totalement abandonnée. Elle s'est concrétisée ces dernières années. En Europe, la start-up suisse Destinus s'est lancée dans le projet fou de développer un supersonique à hydrogène, capable de rallier Paris à New York en 1 h 30. En Chine, la start-up Space Transportation promet un supersonique volant à terme à 10 000 km/heure, soit dix fois plus vite qu'un Airbus ou un Boeing. Ce qui permettrait de franchir la distance entre Pékin et New York en 1 heure, contre près de 20 heures (avec escale) avec des avions classiques. Un premier vol d'essai est prévu en 2025.

Mais c'est aux États-Unis que les projets sont les plus avancés. En mai 2024, Boom Aerospace a obtenu, auprès de la FAA, une autorisation spéciale (SFA) pour faire voler le démonstrateur XB-1 de son futur avion Overture, à plus de Mach 1, depuis le port aérien et spatial de Mojave (Californie). Cela, deux mois après un vol inaugural réussi. La start-up prévoit de certifier l'appareil à horizon 2029, afin de le mettre en service dans la foulée.

Overture, présenté comme un petit Concorde de son époque, d'une capacité de 64 à 80 passagers, sera «le premier avion commercial à être « carbone neutre » dès le premier jour, en étant capable de voler avec 100% de SAF à deux fois la vitesse des avions de ligne les plus rapides d'aujourd'hui(soit à Mach 1,7, NDLR) » ,assure Blake Scholl, PDG et fondateur de Boom, qui a réussi à embarquer dans l'aventure les américains Honeywell, Eaton, Collins et GE, l'Italien Leonardo et les français Latécoère et Safran.

La Nasa est aussi de la partie. Elle finance plusieurs projets d'avions supersoniques voire hypersoniques (plus de Mach 5) civils et militaires. En août 2023, elle a présenté le X-59, un avion de ligne supersonique (1 500 km/heure) expérimental silencieux, c'est-à-dire capable de passer le mur du son, sans provoquer ce bang sonique qui participait à la légende Concorde. V. GD.

Le Monde
Carnet, samedi 17 août 2024 70 mots, p. 17

Louis Mermaz

20 août 1931

Naissance à Paris

1956

Adhère à l’Union démocratique et socialiste de la Résistance auprès de François Mitterrand

1967-1968

Elu député de l’Isère (réélu de 1973 à 1990, puis de 1997 à 2001)

1971-2001

Maire de Vienne (Isère)

1971

Rejoint le Parti socialiste

1981-1986

Préside l’Assemblée nationale

1990-1993

Plusieurs fois nommé ministre

2001-2011

Sénateur de l’Isère

Août 2024

Mort dans l’Essonne

Libération
samedi 17 août 2024 557 mots, p. 11

AUTRE

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16 août 2024 - Libération (site web)

«Aucun autre bloc politique n'est au niveau du NFP»

L.A

AUTRE

Fabien Roussel incite les Français à se mobiliser à la rentrée en cas de refus du Président d'appeler la gauche à gouverner, après la rencontre de la semaine prochaine.

L' annonce de l'Elysée modifie quelque peu ses plans de rentrée. Le 23 août, Fabien Roussel avait prévu d'être à Montpellier, encore en tenue estivale pour ouvrir l'université d'été du PCF. Il devra finalement renfiler son costume pour se rendre à l'Elysée avec tous les chefs de partis et les présidents de groupes parlementaires du Nouveau Front populaire. L'ex-député du Nord confirme à Libération que Lucie Castets, leur candidate au poste de Première ministre, sera également présente.

Quelle a été votre réaction à cette invitation ? Je me suis dit «enfin !». Car maintenant que les Jeux olympiques sont terminés, que tout le monde en a bien profité, les Français ont le regard tourné vers la rentrée et ils sont inquiets. Pour leur avenir, pour leur pouvoir d'achat… Ils se demandent aussi qui va gouverner le pays et comment. Il devient donc urgent de nommer un gouvernement qui va changer leur quotidien.

En même temps, il ne reçoit pas que la gauche. Toutes les familles politiques sont invitées à échanger avec le Président. Il y a toujours très peu de chances pour qu'il accepte de nommer Lucie Castets à Matignon… Nous verrons bien. Malheureusement, les institutions de la Ve République offrent le pouvoir à un président de nommer qui il veut comme Premier ministre, sans tenir compte forcément du résultat des législatives. C'est d'ailleurs pour cela qu'il y a besoin d'aller vers un vrai régime parlementaire où l'Assemblée nationale et les représentants du peuple peuvent se mettre d'accord sur un chef ou une cheffe de gouvernement. Emmanuel Macron fera ce qu'il a décidé de faire. C'est son droit. Mais s'il nomme les mêmes pour poursuivre la même politique alors que les Français se sont majori - tairement exprimés contre les 30 juin et 7 juillet, alors il suscitera beaucoup de colère. Pourquoi avoir décidé de vous rendre tous ensemble à cette convocation ? Nous voulons montrer que nous sommes un bloc cohérent, qui représente près de 200 députés élus sur la base d'un programme présenté aux Français, donc sans surprise. Et que nous sommes d'accord sur une Première ministre. Aucun autre bloc politique n'en est à ce niveau-là ! Il était donc très important de nous montrer unis. Nous affirmerons auprès du chef de l'Etat nos priorités pour le pays – pouvoir d'achat, services publics, transition écologique – que nous comptons mettre AFP en oeuvre dans le respect du Parlement, sans le brutaliser, en trouvant les compromis nécessaires pour construire des majorités.

Lucie Castets sera-t-elle avec vous malgré le fait qu'elle n'ait pas été invitée ? Oui. Nous irons ensemble. En délégation.

Et si le Président refuse de la nommer à Matignon malgré vos arguments ? Les Français devront faire, à un moment ou un autre, pression pour se faire entendre. Il faut que leurs voix, exprimées dans les urnes, soient respectées par le président de la République. Si elles ne le sont pas ? Alors il faudra se mobiliser dans chaque circonscription, dans la rue, pour se faire entendre. Imaginez un pays d'Amérique latine où le chef de l'Etat ne respecte pas les élections ? Tout le monde en France dirait que c'est un coup d'Etat.

Le Monde
International, samedi 17 août 2024 965 mots, p. 3
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15 août 2024 - Le Monde (site web)
16 août 2024 - La Matinale du Monde

Un fidèle de Poutine pressenti à la tête des opérations à Koursk

Alexeï Dioumine, ancien garde du corps du chef du Kremlin, devrait coordonner la riposte armée à l’offensive ukrainienne sur le sol russe

Benjamin Quénelle

Moscou - correspondant - Pour coordonner ses troupes dans la région de Koursk, dix jours après le début de l’attaque surprise de l’armée ukrainienne en Russie, commencée le 6 août, le Kremlin a choisi l’un de ses hommes les plus fidèles : Alexeï Dioumine, 52 ans à la fin du mois. Parmi les siloviki, ces membres des forces de sécurité qui ont pris le pouvoir à Moscou en près d’un quart de siècle de régime de Vladimir Poutine, l’ancien garde du corps promu par la suite lieutenant général a connu l’une des plus surprenantes ascensions depuis dix ans.

Sa désignation n’a pas été rendue officielle. Mais ce pur produit des services, diplômé d’une école supérieure de génie militaire, réputé pour sa froide efficacité et sa loyauté sans failles, est là pour rassurer le président face à un haut commandement militaire envers lequel le Kremlin a toujours entretenu une certaine méfiance. Après les échecs de l’armée aux zones frontalières de la Russie, ce natif de Koursk est donc apparu comme l’homme de la situation.

Le passé de ce fidèle au corps imposant et au regard droit parle pour lui. En 2014, chef adjoint du GRU (la direction du renseignement militaire), Alexeï Dioumine aurait joué un rôle-clé dans l’évacuation du président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovitch, puis lors de l’annexion de la Crimée. Nommé ensuite chef d’état-major dans les forces terrestres, il a brièvement été vice-ministre de la défense fin 2015, avant un virage plus politique voulu par le Kremlin : Alexeï Dioumine devient, l’année suivante, gouverneur de la région de Toula, spécialisée dans la production d’armes. Il prend alors un malin plaisir à entretenir une rumeur en étant régulièrement cité comme possible successeur de Vladimir Poutine.

Missions délicates

Après sa réélection en mars, le chef du Kremlin le ramène à Moscou, en le nommant secrétaire du Conseil d’Etat, organe consultatif sans grande importance dirigé par le président. Un poste de « conseiller » aux contours flous pour cette intrigante figure de la garde prétorienne. Mais Alexeï Dioumine se retrouve ainsi au plus près de la puissante machine du Kremlin.

Les médias russes, notamment les chaînes Telegram spécialisées dans les affaires militaires, ont vite décodé sa présence inattendue, lundi 12 août, à une stratégique réunion avec Vladimir Poutine, partiellement retransmise à la télévision, destinée à échafauder une réponse à la première incursion militaire étrangère sur le sol russe depuis 1945. L’ancien gouverneur était le seul participant non-membre du gouvernement et sans lien officiel avec l’armée.

« Dioumine a été convoqué pour superviser “l’opération antiterroriste” », déclare peu après un député de Koursk. Au même moment, Politsatirka, une confidentielle chaîne Telegram pro-Kremlin, diffuse une « “information privilégiée” : Vladimir Poutine a ordonné à Alexeï Dioumine de coordonner tous les organes de sécurité opérant actuellement dans la région de Koursk ».

Vite reprise sur les réseaux sociaux, cette chaîne pourtant peu connue fait passer le message : l’expérience d’Alexeï Dioumine, « en particulier depuis l’annexion de la Crimée », sera cruciale dans les efforts de défense. A la réputation militaire de celui qui aurait créé une école de formation sur les drones pour les agents en partance vers l’Ukraine s’ajoute celle de gérer des missions délicates. En juin 2023, lors de l’incroyable mutinerie des mercenaires d’Evgueni Prigojine, il avait mené les négociations avec le chef de la milice Wagner pour sa reddition.

Cette fois encore, Rybar, l’une des principales chaînes Telegram proguerre, dirigée par un ancien porte-parole du ministère de la défense, interprète sa nouvelle mission comme le signe du mécontentement de Vladimir Poutine à l’égard des dirigeants militaires. « Les forces de sécurité ont été incapables de résoudre les problèmes de coordination (…). Le rôle d’Alexeï Dioumine sera de prendre le contrôle total de la situation et de commencer à résoudre la crise directement », avance la chaîne.

Dans les faits, il pourrait prendre, à Koursk, les fonctions régionales de Valeri Guerassimov, plus que jamais sous le feu des critiques. Le chef d’état-major général des forces armées aurait négligé les avertissements des services de renseignement prévenant d’une imminente attaque des forces de Kiev.

Face aux erreurs de son élite militaire, Vladimir Poutine sait qu’il peut faire confiance à Alexeï Dioumine. Par le passé, son garde du corps pendant ses deux premiers mandats, entre 2000 et 2008, lui a démontré son efficacité et, plus important encore aux yeux du chef du Kremlin, sa loyauté. Lorsqu’il était en charge de sa sécurité, il participait notamment à ses parties de hockey sur glace, l’une de leurs passions communes. Sa tâche, alors, aurait consisté à s’assurer que le président marque toujours. En Sibérie, il aurait aussi fait fuir… un ours devant la résidence de Vladimir Poutine.

En tant que gouverneur de Toula pendant huit ans, Alexeï Dioumine ne s’est pas impliqué dans la gestion directe des menues affaires régionales, mais a agi avant tout comme le représentant du Kremlin chargé de superviser les importantes entreprises militaro-industrielles locales et de mener la répression contre les antiguerre. En 2023, Alexeï Dioumine avait ainsi été derrière les poursuites politico-judiciaires contre un père dont la fille de 13 ans avait, dans une école d’une petite ville de la région, fait un dessin dénonçant l’« opération militaire spéciale ». Le père avait alors été envoyé en prison, la fille à l’orphelinat. Tous ces éléments biographiques le confirment : déjà décoré par le président de la prestigieuse médaille de Héros de la Fédération de Russie, Alexeï Dioumine est un pur et dur, au service du chef Poutine.

Le Figaro, no. 24876
Le Figaro, vendredi 16 août 2024 1016 mots, p. 2

Politique

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15 août 2024 - Le Figaro (site web)

Loi PLM : l'avenir très incertain de la réforme du mode de scrutin

Timsit, John

La dissolution a rebattu bien des cartes. À deux ans des municipales, la révision de la loi PLM, qui a imposé en 1982 un mode de scrutin indirect dans les trois plus grandes villes de France (Paris, Lyon et Marseille), est enlisée. Alors qu'une poignée de députés du camp présidentiel, comme David Amiel, Benjamin Haddad ou Sylvain Maillard, planchent sur cet aggiornamento depuis deux ans, le projet, d'abord prévu pour l'été 2023 puis repoussé début 2024, a été relégué au second plan après la séquence électorale chargée des dernières semaines.

Problème, le temps file. Le Parlement peut-il s'entendre sur un calendrier raisonnable pour que la réforme soit adoptée avant les scrutins de 2026 ? En minorité à la Chambre basse après les législatives, le petit groupe macroniste qui a mené les travaux tente officiellement de garder espoir. Et fixe une nouvelle date butoir au printemps 2025, soit un peu plus d'un an avant la fin de l'actuel mandat des maires. «Très optimiste» avant la soirée du 9 juin, lorsque le couperet présidentiel est tombé, le député David Amiel, missionné pour réécrire la loi, admet que «c'est forcément plus compliqué maintenant.» «Je n'y croyais déjà pas beaucoup avant, mais là, je n'y crois pas du tout. C'est mort et enterré avant 2026» ,raille de son côté l'ancien premier adjoint PS d'Anne Hidalgo à Paris Emmanuel Grégoire, devenu député il y a un mois. «Il faut se battre», réplique son collègue centriste, dont les «convictions n'ont pas changé». Avec, comme boussole, les deux millions de Français concernés qui «ne comprendraient pas qu'on conserve» des règles du jeu «aussi opaques».

À la différence des autres électeurs, les administrés parisiens, lyonnais ou marseillais ne votent pas directement pour leur maire mais pour une liste de conseillers locaux à l'échelon de l'arrondissement (Paris ou Lyon) ou du secteur (Marseille). Seule une partie d'entre eux siège au sein d'une assemblée municipale, tel le Conseil de Paris, et choisit l'édile central. Pour abroger ce système indirect qui peut désorienter, la réforme prévoit un scrutin à deux bulletins. Un pour les conseillers locaux, l'autre pour les conseillers municipaux, qui voteraient ensuite pour le maire.

L'ambition a beau être louable en théorie, sa concrétisation reste soumise à de nombreuses inconnues. À commencer par le véhicule législatif utilisé. Avant la dissolution, le gouvernement, dorénavant démissionnaire, devait déposer un projet de loi d'ici à septembre pour l'adopter, navette parlementaire oblige, d'ici mars ou avril prochain. Si cette hypothèse n'est pas écartée, son horizon est pour l'instant assombri par la prolongation sine die de l'équipe de Gabriel Attal. Reste l'option d'une proposition de loi déposée par le groupe macroniste Ensemble pour la République (EPR). «Ce serait également difficile. On n'aura pas de niche parlementaire avant la fin de l'année», reconnaît le député Sylvain Maillard, selon qui tous les scénarios «sont sur la table». Et son collègue David Amiel de compléter : «Nous aurons les idées plus claires sur le calendrier à la rentrée.» Sans choisir entre ces deux voies de passage, Emmanuel Macron avait approuvé l'initiative en janvier, évoquant un «retour au droit commun».

Mais l'aspiration présidentielle, déjà compliquée en majorité relative, est-elle devenue impossible sans majorité nette ? «On peut y arriver avec certains partenaires,espère Benjamin Haddad, qui regarde vers LR . Ce sera un test pour les uns et les autres.» Certes, le bloc central peut compter sur le soutien historique de la droite. Mais sa branche parisienne part divisée. D'un côté, la conseillère LR de Paris Nelly Garnier juge qu' «un accord peut être trouvé» entre les troupes macronistes et celles de Laurent Wauquiez. Refusant que le texte devienne le «serpent de mer»du quinquennat, cette proche de Rachida Dati reste confiante. «Ça dépasse le clivage gauche-droite. Les députés moteurs sont toujours là, et il faut continuer à peser pour que la réforme ne soit pas oubliée», fait-elle valoir. De l'autre, le sénateur LR Francis Szpiner juge que le projet, limité au seul mode de scrutin, «ne répond pas aux défis» de la capitale. «Ça apparaîtra comme une magouille électorale à un an de l'échéance», cingle l'ancien maire du 16e arrondissement de Paris.

En faveur d'une «meilleure répartition des pouvoirs entre la mairie de la ville et celles des arrondissements, cohabitation qui n'a pas d'existence juridique», l'avocat considère que l'Assemblée aura d'autres «urgences» à gérer dans les prochaines semaines. Le risque, selon lui ? Avoir une réforme «au rabais». Une position partagée par plusieurs élus, pour qui la question des compétences est aussi primordiale que celle du mode de scrutin. Si une loi alliant les deux dossiers était privilégiée par certains conseillers à l'Élysée et des parlementaires, repoussant le dépôt d'un texte après la remise du rapport d'Éric Woerth sur la décentralisation au printemps 2024, les députés macronistes entendent séparer les problématiques. «On ne peut pas porter deux objets politiques dans une même réforme. Pour ne pas avoir d'ennemis, il faut un sujet par loi», martèle Sylvain Maillard.

Alors que les partisans d'une révision ne peuvent pas s'appuyer sur la gauche, qui dénonce un tripatouillage, le Rassemblement national (RN) viendra-t-il leur prêter main-forte ? Pessimiste sur l'accouchement de la réforme, le parti à la flamme voit dans cette loi la possibilité d'obtenir de premiers conseillers municipaux à Paris. Et de conquérir la mairie de Marseille, gagnable en 2026 d'après le député RN des Bouches-du-Rhône Franck Allisio. «Si le projet va dans l'intérêt des Français, avec un vote plus clair, plus direct, qui empêche les magouilles et tambouilles d'entre-deux- tours», son mouvement l' «examinera avec bienveillance» ,assure-t-il. Tout en mettant en garde contre les «manipulations politiques»dont la Cité phocéenne serait coutumière.

Une méfiance qui ne risque pas de s'arranger d'ici 2025. Face à la menace d'une nouvelle dissolution, certains députés ne voudront probablement pas s'engager sur un tel chantier électoral. Dont les débats, loin des préoccupations quotidiennes, pourraient accentuer la fracture entre les Français et la classe politique. T. J.

Le Figaro, no. 24876
Le Figaro, vendredi 16 août 2024 1134 mots, p. 3

Politique

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9 août 2024 - Le Figaro (site web)

Anne Hidalgo veut tirer profit des Jeux olympiques pour les municipales de 2026

Alors que les images de la capitale ont enchanté le monde entier, la maire de Paris estime qu' « une vérité » sur son bilan « s'est imposée » .

Lepelletier, Pierre

Pendant les JO, jusqu'à la cérémonie de clôture au Stade de France, où elle brandissait pour une dernière fois le drapeau olympique, Anne Hidalgo a donné l'impression de marcher sur la Seine. Quinze jours durant, la maire de Paris a savouré les images féeriques de la capitale qui ont émerveillé le monde entier. Des scènes, de fait, loin de l'incontournable chaos que lui promettaient ses plus grands détracteurs. «Chacun peut voir la transformation de notre ville et notre vision, celle que l'on porte depuis 2014», se réjouissait-elle devant une poignée de journalistes quelques jours avant la cérémonie de clôture. «Cette vision a été contredite, moquée, caricaturée. Même les Parisiens avaient commencé à douter de leur ville. Mais, aujourd'hui, tout le monde peut voir Paris telle qu'on l'a pensée, travaillée. Une vérité s'est imposée» , en concluait-elle.

Façon d'acter, selon elle, que le match est plié avec les élus de la droite parisienne qui se sont tant indignés contre sa chasse aux voitures ou sur les finances de la Ville, toujours plus exsangues. «Je les sens aujourd'hui un peu perdus. Il va falloir qu'ils se trouvent un projet», raillait-elle, à propos de ses opposants. Dans les rangs de la droite, certains admettent que, après ces JO, la conquête de la ville pourrait sérieusement se compliquer lors des municipales de 2026. «Anne Hidalgo a réussi son coup. Nous sommes tombés dans le piège à toujours vouloir nous opposer à tout. Les Parisiens se rendent bien compte que la mobilité douce, c'est hyper sympa. On va encore passer pour des « has been »», déplore un conseiller LR de Paris.

Si l'opposition parisienne s'attend à ce que la maire «fanfaronne» lors du prochain Conseil de Paris, début octobre, les élus de droite comptent bien lui rappeler qu'elle s'opposait initialement à l'organisation de l'événement sportif. «C'était avant de voir le bénéfice politique qu'elle pouvait en tirer», grince l'un d'entre eux. Très critiques contre les JO, au point d'avoir voté contre l'attribution de l'événement, les alliés écologistes de la majorité se sont également faits discrets pendant toute la quinzaine. De quoi faire sourire des membres de l'équipe municipale, qui racontent avoir aperçu des élus Verts sur les lieux de festivité - et de les prendre en photo discrètement.

«C'est le jeu. Ces JO donnent une excellente vitrine de Paris. Mais il faudra faire un bilan aposteriori. Beaucoup de choses parmi celles que nous avions dénoncées lors de la candidature de la ville se sont produites», note un cadre du groupe écologiste, évoquant par exemple les chambres du Crous réquisitionnées ou les SDF déplacés. Mais, alors que les JO viennent de se clôturer et que vont se tenir les Paralympiques, l'heure des comptes n'est pas encore venue. «L'engouement est tel à Paris que le premier qui critique se prend une balle», observe un habitué de l'Hôtel de Ville.

«Il faudra tirer le bilan, mais pas à chaud», temporise-t-on du côté du groupe Changer Paris de Rachida Dati. Avant d'attaquer : «La mairie de Paris a beau jeu de tirer la couverture, mais il faut rappeler que l'État avait repris en main l'organisation des Jeux et celle de la cérémonie d'ouverture alors que les plus grandes craintes voyaient le jour. Il faut donc rendre à César ce qui appartient à César. Anne Hidalgo avait émis des inquiétudes sur les transports en commun, alors que c'est ce qui a le plus fonctionné. C'est une pierre dans son jardin.»

Les tirs de barrage contre la maire ne devraient pas tarder à reprendre. Dès le soir de la cérémonie de clôture, sa principale rivale, Rachida Dati, devenue ministre de la Culture d'Emmanuel Macron, n'a pas manqué de saluer «l'investissement» de l'ensemble des acteurs mobilisés sur ces Olympiades, à l'exception de l'équipe municipale. La porte-drapeau de la droite parisienne a simplement remercié «les agents de la ville de Paris qui ont assuré la propreté»...en ajoutant : « comme cela devrait l'être en permanence». «Pitoyable», a répliqué Patrick Bloche, le nouveau premier adjoint d'Anne Hidalgo.

Ses fidèles en sont convaincus : Anne Hidalgo n'a jamais été dans une position aussi confortable pour annoncer sa candidature pour un troisième mandat. «Le capital politique de ces JO est énorme pour elle», veut croire un de ses plus proches conseillers. L'édile réplique que «le moment» de la décision n'est pas encore venu. Le suspense devrait bientôt être levé : Anne Hidalgo a toujours dit qu'elle prendrait sa décision à l'automne, dans quelques semaines maintenant. Autour d'elle, peu pronostiquent un retrait, même si certains soulignent que ces Jeux représentaient une forme d'aboutissement pour la maire, et qu'elle pourrait par conséquent laisser la main. Sans y croire vraiment.

Une personnalité trop clivante

Dans les couloirs de l'Hôtel de Ville, beaucoup ont notamment vu la promotion de son vieil ami Patrick Bloche comme premier adjoint - pour remplacer Emmanuel Grégoire, devenu député - comme un signal fort. «Emmanuel (Grégoire) a fui la Ville, car il a compris que ce ne serait jamais lui le dauphin. Et si la maire préparait vraiment sa succession, elle aurait choisi son adjointe Lamia ElAaraje», en conclut un cadre à propos de la présidente de la fédération PS de Paris, très proche de la maire.

À quelques kilomètres de là, au siège du PS, à Ivry-sur-Seine, on se prend la tête dans les mains. La direction aimerait en finir pour de bon avec le règne d'Anne Hidalgo, avec qui les liens sont rompus depuis son échec à la présidentielle (1,7 %). Sa réflexion pour rejoindre le mouvement de Raphaël Glucksmann, Place Publique, dont elle se sent plus proche, ne devrait pas non plus aider à réchauffer les relations.

Les troupes d'Olivier Faure estiment par ailleurs qu'une troisième candidature pourrait être contre-productive. «Il peut exister un paradoxe: les Parisiens sont très contents de la transformation de leur ville, mais ils ne veulent plus d'Anne Hidalgo» ,raille un grand élu socialiste, qui juge la personnalité de la maire trop clivante. «Les Jeux olympiques ont dû lui remettre une bonne piqûre d'irrationalité», ajoute une proche du premier secrétaire.

S'il est devenu député, Emmanuel Grégoire reste bien le favori des dirigeants socialistes. En interne, les stratèges prient l'ex-premier adjoint de ne pas jeter l'éponge, et de ne pas laisser trop durer l'impression qu'il aurait quitté le navire. «Il doit raconter son élection de député comme une façon d'être libéré d'Anne Hidalgo, comme une forme d'émancipation», explique une de ses proches. L'idée d'une rentrée politique pour qu'il puisse livrer ses perspectives a été pensée. Mais, au PS, chacun en convient : si Anne Hidalgo décide d'y retourner, personne ne sera en mesure de l'en empêcher. P.L.

Libération
vendredi 16 août 2024 119 mots, p. 15

AUTRE

Disparition Louis Mermaz, illustre mitterrandien

LILIAN ALEMAGNA; FRANCK BOUAZIZ

AUTRE

Premier socialiste sous la Ve République à présider l'Assemblée nationale (entre 1981 et 1986), Louis Mermaz s'est éteint à cinq jours de son 93e anniversaire, ont annoncé jeudi des responsables politiques. Elu député de l'Isère sous l'étiquette de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, il est porté à la tête de l'Assemblée nationale le 2 juillet. Maire de Vienne de 1971 à 2001, député jusqu'à la même date avant de passer dix ans au Sénat, Louis Mermaz reste dans les mémoires socialiste comme l'un des gardiens du temple mitterrandien, l'un de ceux qui, en 1981, plaidaient pour un «socialisme à la française [qui] ne peut se contenter d'un replâtrage du capitalisme».

Le Monde
International, vendredi 16 août 2024 773 mots, p. 4
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15 août 2024 - Le Monde (site web)

Le Parti libéral allemand assume une « politique pour la voiture »

En perte de vitesse, le FDP prône le retour de l’automobile au centre-ville, quitte à accroître les tensions au sein de la coalition au pouvoir

Thomas Wieder

Berlin - correspondant - Alors que les trois partis membres du gouvernement d’Olaf Scholz ont déjà le plus grand mal à s’entendre pour boucler leur projet de budget pour 2025, un nouveau sujet de discorde vient fracturer encore un peu plus la coalition du chancelier allemand. Sous le titre « Une politique pour la voiture », les libéraux-démocrates ont présenté, lundi 12 août, une série de mesures accueillies avec consternation par leurs partenaires sociaux-démocrates et écologistes. La principale d’entre elles concerne le stationnement de courte durée dans les centres-villes. Idéalement, le Parti libéral-démocrate (FDP) souhaiterait qu’il soit gratuit, mais il propose d’instaurer un abonnement valable à l’échelle nationale, à l’instar du passe ferroviaire permettant de voyager de façon illimitée dans toute l’Allemagne pour 49 euros par mois.

Afin de faciliter la vie des automobilistes, le FDP propose également de rendre plus compliquée la création de pistes cyclables et de rues piétonnes, en obligeant les communes à consulter davantage les habitants et les entreprises avant de prendre toute décision allant dans ce sens. « Nous ne voulons pas d’une politique antivoiture fondée sur toujours plus d’interdictions », a résumé le secrétaire général du FDP, Bijan Djir-Sarai, lors de la présentation de ce plan, qui promet de porter un coup d’arrêt aux « projets de l’Union européenne contre les véhicules diesel » et veut rendre l’Allemagne « plus attractive » pour ceux qui souhaitent développer le sport automobile en général, et la formule 1 en particulier. « Nous voulons alléger les contraintes qui pèsent sur les automobilistes et nous opposer à la politique de mise sous tutelle prônée par les Verts », a ajouté M. Djir-Sarai.

Sans surprise, ces derniers ont balayé les propositions de leurs partenaires de coalition. « Cela n’a pas de sens d’opposer les voitures aux piétons », a réagi le vice-président du groupe Vert du Bundestag, Andreas Audretsch. « Croire que l’on va renforcer l’activité économique des centres-villes en augmentant le nombre de voitures est une dangereuse erreur », lui a fait écho le maire écologiste de Hanovre, Belit Onay.

Chute libre dans les sondages

Au Parti social-démocrate (SPD), le parti de M. Scholz, l’accueil a été tout aussi glacial. «Le FDP exploite le thème de la voiture sur un mode populiste dans la perspective des prochaines élections régionales [prévues en septembre dans trois Länder d’ex-Allemagne de l’Est]. Dans sa façon d’opposer les modes de transport les uns aux autres, il revient à une vision des années 1970 », a fustigé le député Detlef Müller, spécialiste des questions de transport au SPD.

Déjà absent des Parlements régionaux de Saxe et du Brandebourg, le FDP, traditionnellement faible dans l’est du pays, pourrait cette fois être également évincé du Parlement de Thuringe. Dans ce Land, où ils comptent actuellement quatre députés, les libéraux ne sont crédités que de 2 % à 3 % des intentions de vote, loin des 5 % nécessaires pour être représentés au Parlement régional.

Que le FDP, opposant de longue date à l’instauration d’une vitesse limite sur les autoroutes allemandes, défende les intérêts des automobilistes n’a rien d’étonnant. Son président en personne, Christian Lindner, l’actuel ministre fédéral des finances, a depuis toujours la passion des grosses cylindrées, ayant lui-même acheté sa première Porsche à l’âge de 19 ans.

Au cœur de l’été, et tandis que le gouvernement devait se réunir pour la première fois en conseil des ministres, mercredi 14 août, après deux semaines de pause, cette initiative n’en est pas moins politiquement significative. Alors que d’autres formations politiques, comme la CDU-CSU (droite conservatrice) ou l’Alternative pour l’Allemagne (extrême droite), se veulent également les porte-voix des automobilistes, le FDP veut éviter, au risque de pratiquer la surenchère, de se faire déposséder d’un sujet qui a toujours fait partie de son ADN.

Pour un FDP en chute libre dans les sondages – il est crédité de 5 % à l’échelle nationale, soit moitié moins que son score aux législatives de 2021 –, ce retour aux fondamentaux a tout de l’opération de survie politique. Reste que, ce faisant, les libéraux envoient un message sans équivoque : à treize mois des législatives, prévues en septembre 2025, ils ne sauraient signifier plus clairement que leur alliance avec les Verts et les sociaux-démocrates, dont la cohésion est déjà rudement mise à l’épreuve depuis près de trois ans, n’a plus guère d’avenir à leurs yeux.

Le Monde
vendredi 16 août 2024 952 mots, p. 26
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14 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Daniel Cohn-Bendit et Zaki Laïdi Le pays a besoin d’une nouvelle gouvernance

Pour l’ancien eurodéputé et le politiste, le futur premier ministre doit être une personnalité rompue aux usages de la politique et suffisamment respectée pour transcender les clivages

Daniel Cohn-Bendit et Zaki Laïdi

La magie des Jeux a opéré. Elle a enchanté la France et son peuple. La débauche d’énergie, de talent et de créativité les a galvanisés au-delà de toute espérance. Autant de ressources qui ne seront pas inutiles pour aborder la crise politique, dont il nous semble possible de sortir à condition d’en avoir la bonne lecture.

La situation politique est fort délicate. Mais il serait dommageable de vouloir l’enjamber dans l’attente d’une présidentielle anticipée. Car rien ne serait plus faux que de voir dans cette crise le seul résultat de la décision de dissoudre. Elle n’a bien sûr rien arrangé. Mais le mal était déjà là. Il résulte de l’incapacité d’une bipolarité électorale à s’accommoder d’une tripartition politique que seule une logique de compromis peut surmonter. Mais l’hyperprésidentialisation du système rend cet exercice impraticable.

Pour sortir de l’impasse actuelle, le choix du nouveau premier ministre est donc essentiel. Mais la couleur de son plumage politique importe moins que son ramage. A cette fin, il lui faudra prendre trois engagements vis-à-vis de l’ensemble de la représentation nationale. Trois engagements qui peuvent inciter une majorité de députés à ne pas le censurer.

Le premier sera de considérer son passage à Matignon non comme un mauvais moment à passer dans l’attente de nouvelles élections, mais comme une tentative crédible pour dénouer une partie de la crise. Car ne nous y trompons pas : si de nouvelles élections interviennent dans un an, elles seront probablement suivies d’une présidentielle anticipée. Soit parce que les nouvelles élections ne permettront pas de modifier sensiblement les équilibres entre les trois blocs, soit parce que, dans l’hypothèse d’une victoire du Rassemblement national (RN) en 2025, celui-ci sera en droit de réclamer une nouvelle élection présidentielle pour clarifier le paysage. Autant dire que, en dehors de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, les autres forces politiques n’ont pas un intérêt immédiat à provoquer une crise.

C’est pourquoi le nouveau premier ministre doit prendre deux autres engagements. Affirmer clairement qu’il ne sera pas lui-même candidat à la prochaine élection présidentielle. En contractant un tel engagement, les forces politiques, hors RN et La France insoumise (LFI), pourront trouver intérêt non pas tant à le soutenir qu’à ne pas le renverser.

Tropisme présidentialiste

Il devra faire ensuite voter une nouvelle loi sur le mode de scrutin proportionnel. Certes, une projection des résultats de 2024 sur une base proportionnelle ne modifierait pas les équilibres entre les forces. Ils accroîtraient d’ailleurs probablement la représentation du RN, ce qui est arithmétiquement logique.

Mais alors, pourquoi passer à la proportionnelle si les résultats ne sont pas fondamentalement différents ? Parce que dans un scrutin proportionnel, chacun part sous ses propres couleurs. Il envoie alors à ses électeurs le message suivant : « Voici mes objectifs programmatiques. Mais faute d’y parvenir, je serais alors contraint de composer avec d’autres forces politiques puisque je souhaite participer à l’exercice du pouvoir. » Simplement, au lieu d’être enfermées dans un accord électoral préalable, les alliances seraient bâties et assumées au lendemain des élections. C’est particulièrement vrai pour le Parti socialiste (PS), dont l’alliance avec LFI est une prison.

Si, demain, il aspirait à signer un contrat de gouvernement avec le bloc central, il le ferait sur des bases claires, échappant ainsi au procès en trahison politique qui mina le quinquennat de François Hollande et a toujours hanté la gauche. Ce qui vaut pour le PS vaut d’ailleurs également pour le bloc central comme pour la droite républicaine. Il est en effet totalement irréaliste de la part du centre et de la droite de plaider pour une coalition centrale incluant le PS et les Verts et excluant LFI sans se poser la question de la réforme du mode de scrutin. C’est pourquoi refuser la proportionnelle serait, pour les forces politiques du centre et de la droite, une erreur gravissime. Le pays a besoin d’une nouvelle gouvernance politique fondée sur la reparlementarisation de la vie publique ainsi que sur des alliances construites après, et non avant, le scrutin.

A cette fin, le choix du premier ministre que le président va désigner est essentiel. Il nous semble qu’il devrait se porter sur une personnalité rompue aux usages de la politique, mais suffisamment respectée pour transcender les clivages. Ce ne serait ni l’homme du président, ni un premier ministre de cohabitation, ni un premier ministre technique, mais tout simplement le premier ministre de la situation.

La Ve République est parfaitement armée pour se réinventer et accepter un nouvel équilibre entre l’exécutif et le législatif, quitte à libérer les partis du tropisme présidentialiste, qui a fini par tout dérégler. Le Parlement français n’a pas moins de pouvoirs que le Bundestag allemand. Ce n’est donc pas la Constitution qu’il faut changer, mais l’esprit dans lequel elle fonctionne aujourd’hui. Il nous semble que l’intérêt bien compris du président de la République est aujourd’hui d’encourager cette mutation. Et ce pour protéger à la fois la fonction qu’il incarne et les institutions qu’il lui revient de défendre, au nom de ce peuple qui ne demande qu’à être réenchanté.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, vendredi 16 août 2024 489 mots, p. AUJM5
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16 août 2024 - Le Parisien

La Nouvelle-Calédonie dans l'impasse

L'archipel s'enfonce dans les violences et la crise économique. Une onzième personne est décédée jeudi.

Marcelo Wesfreid

Le Caillou s'enfonce chaque jour un peu plus dans la crise. Après trois mois d'émeutes, une onzième personne a été tuée ce jeudi en Nouvelle-Calédonie, touchée par le tir d'un gendarme. Un autre habitant de cet archipel français du Pacifique Sud a par ailleurs été grièvement blessé. La scène s'est déroulée à Thio, dans l'est du territoire, en marge d'une opération de déblaiement d'une route provinciale. « L'escadron de gendarmes mobiles était violemment pris à partie dans sa manoeuvre de dégagement de l'axe, en subissant des jets de pierres, des cocktails Molotov et des tirs d'arme à feu » auxquels il a « riposté », a rapporté le procureur de la République de Nouméa Yves Dupas.

Depuis la mi-mai, l'archipel est en proie à des heurts, qui ont surgi après l'opposition du camp indépendantiste à la réforme constitutionnelle portant sur le dégel du corps électoral - elle a été depuis suspendue. Si les forces de l'ordre ont repris le contrôle d'une grande partie du Caillou, il reste des zones de hautes tensions, comme Thio mais aussi Saint-Louis, plus au sud.

1 900 gendarmes sur place

Interrogé mercredi par la chaîne de télévision Nouvelle-Calédonie la 1 re, le colonel Cédric Aranda, chargé du maintien de l'ordre, évoque un « adversaire hyper mobile, hyper agressif, qui nous tire dessus à balles réelles, sans qu'on ait jamais pu le localiser et l'identifier ». Et d'ajouter : « On ressent une volonté de se payer du gendarme. [...] Actuellement, on dénombre 1 900 mobiles en Calédonie sur les 12 000 que compte la France ! »

La ministre chargée des Outre-mer, Marie Guévenoux, s'est rendue sur place il y a deux semaines. Elle a assuré les agents publics du plein soutien de l'État. Au risque d'afficher une certaine impuissance, le processus politique étant au point mort : le gouvernement Attal, démissionnaire, doit se cantonner à la gestion des affaires courantes. « Il est urgent qu'on puisse avoir un nouvel interlocuteur pour avancer, déplore un loyaliste de la province Sud. Même Bruno le Maire, qui a fait un gros boulot pour essayer de sauver l'économie, est maintenant moins actif. »

« Un tsunami de pauvreté arrive sur l'archipel »

« La réponse, ce n'est pas simplement d'injecter des liquidités, c'est de reconstruire différemment, estime de son côté le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou, sur Nouvelle-Calédonie la 1 re. Parce que si on pense que la réponse, c'est juste de la trésorerie, on se retrouvera dans trente ans avec les mêmes problématiques. » Le fils de Jean-Marie Tjibaou, leader indépendantiste assassiné en 1989, a échangé avec plusieurs élus de gauche pour pousser l'idée d'une commission d'enquête parlementaire.

« La vraie urgence n'est même plus politique mais sociale, commente l'ex-garde des Sceaux PS Jean-Jacques Urvoas. Un tsunami de pauvreté arrive sur l'archipel, entre le chômage massif qui se profile avec les licenciements dans le secteur du nickel et le départ des métropolitains. »

Le Figaro, no. 24876
Le Figaro Économie, vendredi 16 août 2024 298 mots, p. 19

Une-ECO

10 milliards d'euros gelés en plus pour contenir le déficit français

La saga sur le déficit français continue. Thomas Cazenave, ministre démissionnaire délégué aux Comptes publics, a annoncé, mercredi, le gel de 10 milliards d'euros de crédits supplémentaires en juillet pour réduire le déficit public. Ce gel porte la réserve totale de fonds budgétaires initialement alloués à différents ministères mais temporairement bloqués à 16 milliards d'euros. Dans une interview à Sud Ouest, le député de Bordeaux précise que «le nouveau gouvernement pourra soit y renoncer, soit prendre d'autres mesures pour accompagner notre désendettement».

Il a en outre insisté sur la nécessité d'adopter un budget pour 2025 avant la fin de l'année. «On s'est mis en situation de présenter un projet de loi de finances au 1eroctobre», a affirmé Thomas Cazenave. Mais l'absence de majorité claire à l'Assemblée nationale et la procédure de l'Union européenne contre la France pour déficit excessif compliquent la situation. La France doit économiser 25 milliards d'euros en 2024 pour redresser ses finances, selon le ministre de l'Économie sortant, Bruno Le Maire, qui a envoyé au premier ministre, Gabriel Attal, des propositions de plafonds de dépenses ministère par ministère, avec une «baisse des crédits de l'État», dans le but de ramener le déficit public sous les 3 % du PIB en 2027. Matignon a assuré à l'AFP mercredi soir que ces « lettres plafonds » seraient envoyées aux ministères «dans les prochains jours». Cependant, cette première étape de la préparation budgétaire ne détermine pas les décisions finales sur le budget, les ultimes arbitrages relevant du prochain gouvernement.

Lucie Castets, candidate de la coalition de gauche pour le poste de premier ministre, a critiqué le fait qu'un gouvernement démissionnaire prépare un budget, estimant que cela dépasse les limites de la gestion des affaires courantes.

C. G. (avec AFP)

Le Monde
France, vendredi 16 août 2024 764 mots, p. 8
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13 août 2024 - Le Monde (site web)
14 août 2024 - La Matinale du Monde

Après les lettres de Lucie Castets, celles de la coalition présidentielle

Avec ces missives, aussi bien la gauche que la majorité sortante ont fait des propositions pour tendre la main aux camps adverses

Robin D’Angelo et Sandrine Cassini

La « trêve olympique » décrétée par Emmanuel Macron est bel est bien terminée. Alors que le président de la République entretient le suspense sur la nomination d’un premier ministre, les partis politiques cherchent à reprendre la main, soucieux de se montrer capables de constituer une majorité parlementaire, et donc aptes à gouverner.

Lundi 12 août, Lucie Castets, la prétendante à Matignon du Nouveau Front populaire (NFP), a donné le coup d’envoi d’une drôle d’avalanche épistolaire. Elle a adressé des lettres à tous les parlementaires hors extrême droite, cosignées par les présidents de groupe du NFP (socialistes, communistes, « insoumis » et écologistes). Elle prend acte de la nécessité de « construire des majorités » et leur propose une « évolution » des « pratiques parlementaires » et des « relations entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif », notamment en répartissant « les responsabilités » des rapporteurs sur les textes ou en « partageant l’ordre du jour parlementaire ».

Pour le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, ces lettres sont une façon de « ne pas laisser le maître des horloges monopoliser le terrain ». Il s’agit de se montrer ouvert, en affirmant que le NFP, ce n’est pas « tout le programme, rien que le programme », comme édicté par Jean-Luc Mélenchon le 7 juillet, après les législatives. « Il n’y a aucun revirement », dément Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise (LFI), qui rappelle que l’objectif d’un gouvernement du NFP est de « proposer des textes de loi sur la base de son programme ».

La démarche a été lancée sans consultation en amont des parlementaires de droite ou du camp présidentiel. « Je n’ai pas eu de contact personnel avant l’envoi de ma lettre », reconnaît Lucie Castets, qui souhaite montrer aux présidents de groupe qu’elle était « totalement disponible »pour échanger sur « cinq priorités » –pouvoir d’achat, services publics, écologie, éducation, et fiscalité. Certains au PS interprètent ce manque de préparation comme la simple envie de faire de l’affichage, sans véritable envie de gouverner.

Reprendre l’initiative

Plutôt que répondre directement au NFP, le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, également président du groupe Ensemble pour la République, a préféré tenter de reprendre l’initiative. Mardi 13 août, il a écrit à ses homologues au Palais-Bourbon – sauf Mathilde Panot (LFI), Eric Ciotti (A droite) et Marine Le Pen (Rassemblement national, RN) – pour leur proposer un « pacte d’action pour les Français ». Le secrétaire général de Renaissance, Stéphane Séjourné, adressait simultanément la même lettre aux chefs de files de parti. Les deux dirigeants recensent « six chantiers » constituant « la base » sur laquelle «engager des discussions ». « Le rétablissement de nos comptes publics, la défense de nos valeurs » et « la sécurité » en tête.

Quant au courrier de Lucie Castets, il est qualifié « d’elliptique » par un conseiller du premier ministre, jugeant qu’il est «difficile de voir à ce stade des points de convergence ».Et de réaffirmer que le NFP ne saurait être à l’initiative d’une nouvelle majorité relative. « Aucune bannière portée pendant la campagne ne s’est vue donner par les Français une majorité suffisante pour gouverner seul le pays », écrit le locataire de Matignon.

Patrick Kanner voit dans les missives macronistes « un contre-feu » allumé « dans la précipitation ».Le député (PS) du Calvados Arthur Delaporte fustige « un déni de réalité ». « Ils font comme si le NFP n’existait pas », s’énerve-t-il. Lucie Castets, elle, préfère s’abstenir de tout commentaire. Mais l’initiative suscite aussi l’incompréhension au sein du camp Macron.

« Quel est l’objectif de toutes ses lettres ? Tout cela peut vite paraître comme de la manœuvre politicienne », s’inquiète le président du groupe des élus MoDem à l’Assemblée, Marc Fesneau . « La question à la fin est celle de la nomination d’un premier ministre, qui tienne compte des réalités du Parlement. Ensuite, les groupes parlementaires devront dire s’ils soutiennent telle ou telle équation. »

D’autant qu’au sein de la majorité sortante, l’épisode a donné lieu à nouvelle prise de distance entre Renaissance et les troupes d’Edouard Philippe. Après la lettre de Lucie Castets, et avant celle de Gabriel Attal, le président du groupe Horizons au Palais-Bourbon, Laurent Marcangeli, écrivait à ses homologues pour détailler son « programme d’action pour une majorité d’urgence nationale ». Peu ou prou les mêmes propositions que celles du parti présidentiel. Sans que la kyrielle de missives ait jusque-là suscité le moindre dialogue.

Libération
vendredi 16 août 2024 921 mots, p. 14

EXPRESSO

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15 août 2024 - Libération (site web)

Budget : Gabriel Attal envoie ses lettres de plafond pour 2025

LAURENCE BENHAMOU

EXPRESSO

Le gouvernement démissionnaire avance dans la préparation du prochain projet de loi de finances. Le ministre des Comptes publics a annoncé 10 milliards d'économies supplémentaires en 2024.

L e gouvernement démissionnaire ne devait-il pas se contenter de «gérer les affaires courantes» ? Et retarder ses choix budgétaires pour ne pas empêcher les choix de son successeur ? Gabriel Attal s'apprête pourtant à structurer toute l'architecture du budget pour 2025 : mercredi, un porte-parole du Premier ministre a annoncé l'envoi imminent des lettres plafond qui fixent les enveloppes de chaque ministère. Argument : le temps presse pour la construction budgétaire, puisque L'DU le projet de loi de finance (PLF) doit être présenté avant le 1er octobre.

Alors qu'Emmanuel Macron n'a toujours pas nommé de nouveau locataire à Matignon, les conseillers du Premier ministre avaient pourtant assuré, la semaine dernière, qu'aucun calendrier n'avait été fixé pour l'envoi des lettres plafond, qui partent généralement entre la fin juillet et le début du mois d'août. Et que même si Bercy préparait une trame de budget, avec les grandes masses, le futur gouvernement gardait la possibilité de faire évoluer dépenses et recettes, pouvant être «rapidement chiffrées» par les services de Bercy. Mais Gabriel Attal a finalement choisi d'accélérer le processus budgétaire en envoyant les lettres plafonds «dans les prochains jours».

Arbitrage. Peut-être parce que le président de la République semble vouloir prendre son temps et ne choisir un Premier ministre que fin août, selon ses proches ? «Gabriel Attal tient à préserver le processus budgétaire, et à ce que le prochain gouvernement puisse ainsi présenter le budget dans les délais, indique Matignon dans son communiqué. Cela implique que des lettres plafond soient adressées aux ministères à la mi-août, pour que les administrations disposent d'une base sur laquelle conduire les travaux préparatoires au PLF, et que celui-ci puisse être présenté début octobre comme chaque année. Ces lettres seront donc adressées dans les prochains jours aux ministères.» Tout en assurant de nouveau que «cette première base budgétaire, respectant les engagements de la France, ne préempte pas les arbitrages finaux qui seront rendus par le prochain gouvernement au moment de la présentation au Parlement de son PLF pour 2025». En tout cas, le processus budgétaire avance comme si le gouvernement actuel n'avait pas perdu les élections le 7 juillet… Les lettres plafond sont en effet un élément clé du processus budgétaire. En temps normal, au cours des mois de HISTOIRE JOUR juin et juillet, Bercy envoie un document cadre avec ses hypothèses par ministère – les «positions» de Bercy – tandis que ces derniers transmettent à Matignon leurs désidératas. Le chef du gouvernement discute alors avec chaque ministre puis tranche sur la répartition. Et leur envoie ces lettres plafond, qui comprennent les crédits de paiement alloués par mission et par programme et l'enveloppe totale. Ces montants ne sont en principe plus négociables, les ministres ne peuvent que peaufiner leur utilisation.

Sauf que cette fois, dissolution du 9 juin oblige, les négociations de juin-juillet n'ont pas eu lieu, comme l'avait expliqué l'entourage de Gabriel Attal la semaine dernière. Bercy a simplement transmis ses «positions» qui prévoient une baisse des dépenses de l'Etat. Dont on ignore l'ampleur. L'envoi des lettres plafond arbitrées par Matignon commence à sérieusement ordonnancer le budget 2025. Il sera de plus en plus compliqué pour le successeur de Gabriel Attal de revenir sur les choix du gouvernement démissionnaire, avant la date butoir du 1er octobre.

D'autant plus qu'un arbitrage supplémentaire a été réalisé pour 2024 : comme le réclamait depuis des semaines Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie et des Finances : le gouvernement vient de geler 10 milliards d'euros de crédits supplémentaires, amenant, selon le ministre délégué aux Comptes publics, Thomas Cazenave, à «une réserve de précaution de 16,5 milliards d'euros». «Le nouveau gouvernement pourra soit y renoncer, soit prendre d'autres mesures pour accompagner notre désendettement», a précisé, sans dévoiler les missions budgétaires concernées, le député de Gironde mercredi soir dans un entretien à Sud- Ouest.

«Problématique». Une initiative jugée indispensable par Bercy pour commencer à réduire le déficit et le ramener sous les 3 % en 2027. Ils s'ajouteront aux 10 milliards d'économies effectuées par décret au printemps, qui ont touché notamment les crédits de MaPrimRénov pour la transition énergétique. La France est sous pression de l'Union européenne, qui a ouvert contre elle une procédure pour déficit public excessif.

Et le prochain gouvernement devra, lui, présenter dès septembre une trajectoire crédible de redressement des comptes. Voilà qui devrait donner à la gauche quelques arguments : début août, la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, avait alerté sur des «remontées [de] fonctionnaires participant à certaines des réunions» budgétaires. La cheffe des verts avait assuré qu'on lui «parl[ait] de 2 milliards d'euros en moins pour les hôpitaux en 2025». Ce que Matignon avait démenti. Dans la foulée, la candidate du Nouveau Front populaire au poste de Première ministre, Lucie Castets, avait jugé, elle, «très problématique» le fait que le gouvernement prépare un budget allant, selon elle, «audelà de la gestion des affaires courantes». «Ce gouvernement démissionnaire travaille sans légitimité démocratique, avait-elle critiqué dans Sud- Ouest. Il prépare un budget qui persiste dans cette politique majoritairement rejetée par les électeurs. Or revenir à l'austérité quand l'économie ralentit […] est une grave erreur.» L'envoi de ces lettres plafond dans les ministères par Matignon offre donc quelques munitions supplémentaires aux dirigeants du NFP pour leur rentrée, la semaine prochaine.

«Ce gouvernement démissionnaire travaille sans légitimité démocratique.» Lucie Castet dans une interview à Sud-Ouest

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, jeudi 15 août 2024 484 mots, p. AUJM4
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14 août 2024 - Le Parisien (site web)
15 août 2024 - Le Parisien

Des lettres, mais pour quoi faire ?

Castets, Marcangeli, Attal, Séjourné : depuis lundi, de nombreux responsables ont pris la plume...

Taslime Maazouzi, Q.L. et P.T.

Depuis ce début de semaine, les boîtes mail des députés surchauffent. Alors qu'Emmanuel Macron laisse planer le suspense sur l'identité du futur Premier ministre, des responsables politiques ont choisi de ne pas l'attendre, envoyant des lettres aux élus de presque tous les bords.

Mardi, Gabriel Attal (Ensemble pour la République) a présenté son « pacte d'action » dans une lettre aux présidents de groupe à l'Assemblée nationale, hormis ceux de LFI et du RN, les appelant à « bâtir des compromis législatifs ». Un courriel quasiment identique a été envoyé par Stéphane Séjourné (Renaissance) le jour même. La veille, les députés du parti d'Édouard Philippe, Horizons, envoyaient leur propre missive. Juste après celle de Lucie Castets, cosignée par les chefs des groupes parlementaires de gauche, et envoyée à tous les députés et sénateurs, hors RN.

La fièvre épistolaire devrait enfin se calmer. Le groupe Droite républicaine estime avoir déjà joué « cartes sur table » en présentant son « pacte législatif » (des mesures de fond que la droite serait prête à voter à l'Assemblée) à Gabriel Attal. Son président, Laurent Wauquiez, avait déjà déclaré qu'il n'avait pas l'intention d'aller plus loin que cela.

« Des clins d'oeil à la droite dure »

« On va essayer de ne pas alimenter cette cohorte épistolaire dont on ne voit pas le sens collectif. Je ne compte pas ajouter de la confusion à la confusion », réagit de son côté Marc Fesneau (MoDem), ministre de l'Agriculture démissionnaire, qui décrit ces échanges comme de la pure « mise en scène ».

Au sein du NFP, on considère les lettres du camp Macron comme la continuité de la politique menée avant la dissolution. Arthur Delaporte, député et porte-parole du PS, n'y voit pas de main tendue mais « des clins d'oeil à la droite dure ». L'élu accuse l'ex-majorité de « nier l'existence du NFP » en refusant d'intégrer Mathilde Panot, la présidente du groupe LFI à l'Assemblée, à la liste des destinataires. L'Insoumis Hadrien Clouet juge, lui, les propositions « trop vagues » ou « incomplètes ». Notamment sur la lutte contre les discriminations, le pouvoir d'achat, la santé ou l'éducation.

Au-delà des réactions, voire des postures, ces lettres ont-elles fait bouger les lignes ? Chez Attal, on fait état de contacts informels avec certains présidents de groupe, sans dévoiler lesquels. Dans nos colonnes, mercredi, Lucie Castets salue « de bons premiers retours » des parlementaires. Reste Laurent Marcangeli (Horizons), qui a reçu comme seule réponse la lettre de Gabriel Attal accompagnée d'un petit mot personnel...

Chacun le sait : il faudra dépasser les frontières partisanes pour trouver une majorité. « On a déjà travaillé avec les centristes et la droite pour proposer des textes de loi, comme celui sur les déserts médicaux », rappelle Hadrien Clouet. Il se met à rêver : « Les macronistes ont l'air prêts à voter certains de nos textes ! » On n'en est pas encore là.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_International, jeudi 15 août 2024 1361 mots, p. AUJM6
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15 août 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

Pour les jeunes Iraniens, « l'espoir, il n'y en a plus »

Le mouvement Femme, vie, liberté déclenché par la mort de Mahsa Amini avait mobilisé la jeunesse. La répression violente et l'absence de perspectives la font aujourd'hui osciller entre résignation et rêves d'exil.

Ariane Riou Envoyée Spéciale À Téhéran (iran)

Mahroz a arboré son « sourire de façade ». Comme tous les matins. Il ne la quitte jamais. « Je souris mais, à l'intérieur, je n'en ai pas envie. Personne ici n'a vraiment envie de sourire... » Cette Iranienne de 32 ans dit que « la joie » l'a quittée il y a deux ans. La faute au gouvernement. À l'automne 2022, le régime des mollahs a réprimé sévèrement la jeunesse du pays après la mort de Mahsa Amini. Cette Kurde iranienne de 22 ans est décédée en garde à vue après avoir été arrêtée par la police des moeurs pour avoir mal porté son voile, obligatoire dans la République islamique d'Iran.

Sa disparition a embrasé le pays : des femmes brûlent leur hijab et se coupent les cheveux; les habitants prennent la rue. En quelques mois, plus de 500 personnes meurent lors des rassemblements, selon l'ONG Iran Human Rights. Au moins 14 000 sont arrêtées. Puis les mois ont filé. Les manifestations ont quitté le bitume. Pas les doléances.

« On ne croit plus en rien »

La colère pince encore les coeurs de ceux, souvent très jeunes, qui imaginaient créer un « avenir meilleur » dans leur pays. Dans un restaurant branché de Téhéran, Mahroz remue son café frappé. L'angoisse, stigmate du mouvement Femme, vie, liberté, l'étreint encore quotidiennement. Chaque soir, elle l'atténue par des cachets.

« On ne croit plus en rien. L'espoir ? Il n'y en a plus. Tous les jours, c'est de pire en pire », souffle-t-elle. L'artiste tire sur sa cigarette et raconte, entre deux bouffées de nicotine, cette époque pas si lointaine où « les peintres étrangers débarquaient à Téhéran pour participer à des vernissages ». « Ça n'arrive plus, soupire-t-elle. On est complètement isolés du reste du monde. Et nous, les jeunes, on en souffre chaque jour un peu plus. »

Après la mort de Mahsa Amini, le gouvernement a réduit drastiquement l'accès aux réseaux sociaux, où l'expression de la contestation s'étalait aux yeux du monde. « On trouve toujours des combines pour y avoir accès, mais le message envoyé est déplorable », peste Mahroz. Assise en face d'elle sur la terrasse du bazar de Tajrish, dans le nord de Téhéran, Ela enrage : « On nous a considérés comme des criminels. Alors que tout ce qu'on voulait, c'est être libre. » La jeune femme de 25 ans détaille cette « peur » qui l'accompagne dans chacun de ses déplacements. « Ici, toutes les jeunes femmes ont au moins une expérience d'arrestation. Pour un voile mal mis, une tenue pas appropriée... » Ses ongles peints dessinent sa volonté « d'exister » dans ce monde où on lui impose de disparaître derrière un tissu.

L'impression d'être oubliés

Amir, 20 ans, a participé à deux manifestations en 2022. L'étudiant en management le souffle quand son oncle, patron d'une boutique de vêtements du centre de Téhéran, a le dos tourné. « C'est un peu risqué de le dire ici, chuchote le jeune homme au tee-shirt trop serré. J'avais peur, quand j'ai rejoint les manifestants, mais j'avais de l'espoir. » Le bilan, deux ans plus tard, l'attriste. « On a l'impression que tout le monde a oublié. C'est dommage. »

En 2018, les États-Unis, sous la houlette de Donald Trump, se sont retirés de l'accord sur le nucléaire conclu trois ans plus tôt avec l'Iran. Depuis, le pays ploie sous les sanctions économiques des Américains. L'inflation écrase le quotidien. Le taux de chômage flambe, surtout chez les jeunes.

Amir accroche un tee-shirt à paillettes sur un portant. Et se met à rêver : « J'aimerais tellement pouvoir créer ma propre marque de vêtements un jour. Mais c'est difficile de se projeter. Je sais bien que je n'aurai jamais les mêmes opportunités qu'un Européen... » Dans sa boutique, quelques rares objets rappellent l'Occident. Un Mickey Mouse floqué sur un crop top jaune, le mot « California » sur un pantalon, une canette de Coca-Cola en évidence...

Désoeuvrement forcé

« C'est compliqué pour nous de voyager, d'être ancrés dans le monde », confie Elaheh, jean déchiré, chemise ample et voile sur la tête. La serveuse de 29 ans a vu sa soeur jumelle emménager il y a deux ans et demi en Allemagne. « Mais je ne peux pas lui rendre visite. Difficile de demander un visa en tant qu'Iranien. »

Pour financer ses études de droit, cette Téhéranaise tient un café avec son petit ami dans le quartier de Bagh Ferdos, dans le nord de la capitale. Elle jette un regard au parvis devant son établissement. Il y a encore quelques années, de jeunes rappeurs s'y retrouvaient pour roder leurs textes. Toomaj Salehi, artiste de 33 ans, y a fait ses gammes. Depuis, l'Orelsan iranien est devenu une figure du mouvement Femme, vie, liberté. Il a été arrêté et condamné à mort, provoquant l'ire des Iraniens. Sa condamnation a finalement été annulée par la Cour suprême iranienne, mais il dort toujours en prison. « Depuis les manifestations, la place s'est vidée. Il n'y a plus de rassemblements, plus de battles », regrette Elaheh. Alors, la jeune femme « s'ennuie ». « En tant que jeunes, on n'a pas grand-chose à faire en Iran. On ne va pas au cinéma, il n'y a que des films iraniens, soumis à la censure. On ne va pas non plus au théâtre. »

Pouya, 21 ans, acquiesce. En cet après-midi d'été, le jeune homme a retrouvé deux copines au food court d'un centre commercial de Karaj, la ville la plus dense de la banlieue de Téhéran. « On n'a pas d'autre choix que de se retrouver ici. » Ce passionné de musique, producteur de ses propres chansons, rêve de festivals. « On n'en a pas, ici. On ne peut pas s'amuser comme les autres jeunes du monde. » Faute de lieux de rencontre, c'est sur le réseau social X que Pouya a fait la connaissance de Hasti et Atena, ses amies du jour. Une assiette de frites au ketchup et deux pizzas à la sauce tomate arrivent sur leur table. « Voilà nos activités : manger et boire des sodas. C'est comme ça tous les jours », explique Hasti.

« Pourquoi voter ? Rien ne va changer »

À quelques mètres d'eux, Amir et Baran osent une étreinte sur un banc. Un énorme bouquet de roses bleues et blanches posé sur la table cache leur câlin. Amir sourit, penaud : « C'est un bouquet d'excuses. Je lui ai menti il y a quelques jours. » Baran ne le quitte pas des yeux : « Je lui ai pardonné. » Les deux amoureux de 18 ans attendent leurs résultats pour l'université. Lui rêve de devenir coach de football; elle, architecte. « Mais on n'est même pas sûrs de suivre toute notre scolarité en Iran. » L'intrusion dans leur intimité, au moment de leur entretien d'admission, les a gênés. « On nous a posé des questions sur la religion, sur la politique. Tout est contrôlé, ici. »

Quelques semaines plus tôt, un nouveau président, Massoud Pezeshkian, a été élu. L'ancien député de 69 ans se dit plus modéré que son prédécesseur, Ebrahim Raïssi, mort dans un accident d'hélicoptère en mai. Il a notamment désapprouvé la violente répression de 2022. Malgré tout, l'élection a été marquée par un taux d'abstention record. Arsalan, 21 ans et coupe en brosse, lève les yeux au ciel : « Pourquoi voter ? Rien ne va changer. Ce n'est pas le président qui tire les ficelles. C'est un jouet. » Le président de la République islamique a des pouvoirs restreints : il doit appliquer les grandes lignes politiques fixées par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Une solution prévaut parmi ces jeunes : l'exil. « Ce n'est pas un secret, tout le monde veut partir », regrette l'étudiant en commerce. 90 % de ses amis ont déjà quitté le pays, dit-il. Le dernier en date a décollé pour le Canada il y a deux semaines. Difficile, dans ce contexte, d'établir des relations durables. « On met de l'énergie dans chacune de nos amitiés, s'émeut Arsalan. Et, du jour au lendemain, tout s'écroule. » L'étudiant en commerce se prend lui aussi à rêver d'ailleurs. « Avec Internet, on voit ce qu'il se passe dans les autres pays. Et moi, je veux la même jeunesse que le reste du monde. Ailleurs, je l'aurai. »

L'Humanité
mercredi 14 août 2024 958 mots, p. 5

Abus de pouvoir d'un gouvernement fantôme

Lisa Guillemin

Institutions Participation de ministres démissionnaires aux élections de l'Assemblée, élaboration d'un budget austéritaire... Depuis le 16 juillet, l'exécutif enchaîne les coups tordus en exploitant les flous de la Constitution.

«Si on s'était endormi avant la dissolution, et qu'on se réveillait aujourd'hui, on n'aurait absolument pas l'impression que le gouvernement a démissionné  », grince Benjamin Lucas. Lors des jeux Olympiques, les ministres démissionnaires, Gabriel Attal en tête, étaient pourtant partout, y compris à la télévision. Sur le plan institutionnel, le même flou persiste. Si Emmanuel Macron a bien mis fin aux fonctions du gouvernement Attal le 16 juillet, plongeant la vie politique française dans une situation inédite, les oppositions l'accusent d'avoir exploité les imprécisions de la Constitution pour maintenir son pouvoir, malgré sa situation politique minoritaire. « La situation est inédite et totalement lunaire. Un gouvernement qui démissionne et qui gère bien au-delà des affaires courantes, ce n'est pas acceptable sur le plan démocratique », dénonce le sénateur communiste Ian Brossat.

Cela a commencé dès le lendemain des législatives, avec la participation des 17 ministres aux élections des postes clés du bureau de l'Assemblée nationale. Grâce à eux, Yaël Braun-Pivet a pu être réélue le 19 juillet au perchoir avec sept voix d'avance sur le candidat du Nouveau Front populaire (NFP), le communiste André Chassaigne.

« Cela a été possible car le ministre a contourné l'article 23 de la Constitution, qui érige une séparation stricte entre pouvoirs exécutif et législatif, en interprétant de manière originale la loi organique qui le met en application », explique le constitutionnaliste Benjamin Morel, même si le Conseil constitutionnel s'est déclaré incompétent pour statuer. L'article L.O. 123 du Code électoral prévoit que lorsqu'un député devient ministre, celui-ci dispose d'un mois pour démissionner et ne peut cumuler les indemnités ministérielles et parlementaires, sauf si le gouvernement est démissionnaire. Cette incompatibilité entre ministre et député ne jouerait donc que pour le gouvernement de plein exercice. « C'est la théorie du mort-vivant, le gouvernement a démissionné, donc il peut siéger à l'Assemblée », poursuit le maître de conférences.

la question de la séparation des pouvoirs

Bien averti, Emmanuel Macron a ainsi accepté la démission de son gouvernement trois jours avant l'élection du perchoir. Une situation qui s'était déjà présentée en 1988 lorsque les ministres sortants rocardiens avaient permis l'élection de Laurent Fabius à la présidence du Palais Bourbon. « S'il n'y avait pas eu ce vote à cette date-là, le président n'aurait pas accepté la démission de son gouvernement tant qu'il n'en avait pas un autre sous le coude », raille Benjamin Lucas à propos de 2024.

Mais comme interprétation ne vaut pas vérité, les écologistes ont tenu à riposter en déposant un recours auprès du Conseil d'État. « Il y a un trou dans la raquette, la loi organique prévoit les choses lorsqu'un député devient ministre, mais pas quand c'est un ministre qui devient député. Et tant qu'il n'y a pas eu de passation de pouvoir, le ministre démissionnaire est encore ministre, corrige la députée Léa Balage El Mariky. C'est comme cela qu'on se retrouve avec un ministre des Affaires européennes démissionnaire qui est président d'une commission parlementaire des Affaires étrangères censée le contrôler. »

Outre la séparation des pouvoirs, ce sont les séries de nominations et de décrets pris par le gouvernement, et qui dépasseraient le cadre des « affaires courantes » (l'ensemble des actes d'un gouvernement démissionnaire assurant la continuité de l'État sans orientation politique), qui ont provoqué l'ire des oppositions. Comme avec le décret du 19 juillet, signé par Gabriel Attal, autorisant l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi) à mettre en oeuvre un fichier regroupant des données opérationnelles de cyberdéfense, attaqué encore une fois par le groupe écologiste à l'Assemblée, ou la nomination de Bérangère Couillard, ancienne ministre déléguée à l'égalité entre les femmes et les hommes, à la tête du Haut Conseil à l'égalité le 17 juillet.

Mais c'est surtout en prévision de sa défaite à venir que le gouvernement a mis les bouchées doubles en termes de nominations sensibles en publiant, entre le 9 juin et le 16 juillet, 790 décrets et arrêtés de nomination, dont un nouveau gouverneur militaire de Paris, un nouveau chef d'état-major de l'armée de l'air, trois ambassadeurs et deux recteurs. Ce qui avait mené Olivier Faure à déposer un recours devant le Conseil constitutionnel, mais qui n'aura que peu de chances d'aboutir. Si la temporalité paraît politiquement peu légitime, elle n'est pas illégale sur le plan constitutionnel.

fixer les orientations de la nation

À l'heure actuelle, le dossier le plus sensible se situe surtout sur le front du budget. Si tout le monde reconnaît la nécessité de se doter d'un projet de loi finances pour la rentrée, son orientation s'annonce plus qu'austéritaire. De quoi provoquer un tollé : comment un gouvernement battu deux fois dans les urnes et démissionnaire peut-il prétendre fixer les orientations de la nation ? Or, « si ce budget comporte des éléments d'austérité, le travail du Parlement va être contraint par l'article 40 de la Constitution », prévient Paul Cassia. Celui-ci interdit aux parlementaires de proposer des amendements qui alourdiraient la charge publique.

« Là réside tout le problème, plus un gouvernement démissionnaire dure dans le temps, plus il acquiert potentiellement les compétences d'un gouvernement de plein exercice », analyse de son côté Benjamin Morel. D'autant que le gouvernement démissionnaire ne peut être renversé par l'Assemblée et les parlementaires n'ont aucune possibilité de contrôler son action. « Typiquement, il y a une canicule en ce moment, et nous les parlementaires nous ne pouvons pas interroger le gouvernement », regrette ainsi Benjamin Lucas. Face aux dérives possibles et vides juridiques, Ian Brossat a déposé une proposition de loi pour limiter la durée d'un gouvernement démissionnaire à huit jours. Car « avec la tripartition de la vie politique, cette situation sera certainement amenée à se reproduire ».

Le Monde
International, mercredi 14 août 2024 1419 mots, p. 3
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12 août 2024 - Le Monde (site web)

Nombre de dirigeants déroulent le tapis rouge pour le milliardaire

Grâce à Starlink, Tesla et X, Elon Musk a su se rendre incontournable dans de nombreux pays, où il est reçu avec tous les honneurs, y compris à Paris, malgré les menaces qu’il fait peser sur la démocratie

Damien Leloup

Les gouvernements ont-ils peur d’Elon Musk ? La question semble légitime, au vu de la tiédeur des réactions alors que le patron de X, Telsa et SpaceX a multiplié depuis un an les insultes contre des responsables politiques de plusieurs pays – allant jusqu’à comparer le premier ministre canadien, Justin Trudeau, à Hitler, en février 2022, lors du « convoi de la liberté », le mouvement routier antivaccins, et que son réseau social est accusé d’avoir joué un rôle important dans les émeutes racistes qui ont touché le Royaume-Uni du 30 juillet à début août, sans réelles conséquences pour lui. Le premier ministre britannique, Keir Starmer, même directement pris à partie par M. Musk toute la semaine du 5 août, est resté très mesuré dans ses réponses.

Pourtant, la responsabilité partielle de X et d’Elon Musk lui-même dans la flambée de violence outre-Manche fait peu de doute, estiment les spécialistes de la lutte contre la haine en ligne et la presse britannique. En réactivant en 2022 les comptes de figures de l’extrême droite la plus dure, comme l’influent fondateur de l’English Defense League, Tommy Robinson, « Elon Musk a ouvert les portes de l’asile d’Arkham[où sont enfermés les dangereux criminels dans l’univers de Batman] et a libéré les terroristes, les pédophiles et les extrémistes de droite, estime Imran Ahmed, le directeur de l’ONG Center for Countering Digital Hate (CCDH). Depuis, il s’est aussi révélé être le Joker en chef, le grand diffuseur de désinformation. »

Le patron de X a en effet partagé lui-même, à ses près de 200 millions d’abonnés, des images sorties de leur contexte ou des informations totalement fausses sur la situation dans le pays.

Invitations des chancelleries

Mais sanctionner X ou son patron n’est pas si simple pour les autorités britanniques. Sorti de l’Union européenne (UE), le Royaume-Uni ne bénéficie pas du Digital Services Act (DSA), le principal règlement européen qui régule les réseaux sociaux. Le texte prévoit notamment une procédure d’urgence qui permet de « mettre les plates-formes face à leurs responsabilités », rappelle-t-on dans l’entourage de Thierry Breton, le commissaire européen au marché intérieur. « Le DSA commence à faire des envieux, y compris aux Etats-Unis, explique son cabinet. Les Britanniques voient aussi les avantages qu’il y a à avoir une régulation claire. »

Conséquence indirecte : beaucoup de responsables européens considèrent désormais que la régulation de X se joue au niveau de l’UE. Et préfèrent renvoyer les questions sur ce point à Bruxelles, où le commissaire Thierry Breton, chargé de l’application du DSA, est l’un des rares responsables politiques qui n’hésitent pas à répondre frontalement – et sur X – à Elon Musk. Dans les rapports de force avec les grandes plates-formes, « la parole politique joue aussi, évidemment, un rôle, et il est logique que Thierry Breton la porte », juge son cabinet.

Les rares élus qui ont critiqué ouvertement M. Musk ces derniers mois ont aussi pu mesurer à quel point il pouvait être pénible de s’attaquer au champion autoproclamé de la liberté d’expression. D’abord, à cause de son importante communauté de fans, prêts à sauter sur chacun de ses contempteurs. « En réponse à mon message, j’ai eu de très nombreux tweets de personnes qui le considèrent comme un héros », rapporte Lisbeth Bech-Nielsen. Le 31 juillet, cette députée danoise (Socialistisk Folkeparti, gauche), porte-parole de la commission technologies du Parlement danois, a annoncé qu’elle quittait X, dans un message décrivant Elon Musk comme un « homme-bébé soutien des despotes et accro à la kétamine ».

Frapper au porte-monnaie

Le réseau social reste par ailleurs un outil important pour les élus de tous bords : après près de vingt ans au Parlement, Mme Bech-Nielsen constate que « si vous voulez attirer l’attention des journalistes sur vos prises de position ou votre action, X est la plate-forme la plus efficace. Je ne compte plus les fois où j’ai reçu un appel des médias qui voulaient m’interroger après un message Twitter – ça ne m’est jamais arrivé après un post Instagram ! »

Les gouvernements, y compris européens, ne présentent par ailleurs pas un front uni contre Elon Musk. Les dirigeants politiques ultraconservateurs se disputent ses visites, de Giorgia Meloni (la présidente du conseil italien) à Benyamin Nétanyahou (le premier ministre israélien), en passant par Narendra Modi (le premier ministre indien), Javier Milei (le président argentin, que Musk a vu à deux reprises en un mois) sans oublier l’ex-président américain Donald Trump.

Même les responsables politiques plus au centre courtisent le patron du constructeur de voitures électriques Tesla. L’ancien premier ministre conservateur britannique Rishi Sunak avait endossé le rôle d’intervieweur, en octobre 2023, pour un entretien complaisant avec M. Musk. Et le multimilliardaire a été reçu à au moins quatre reprises par Emmanuel Macron depuis mai 2023 – il participait encore, le 24 juillet, à un déjeuner à l’Elysée aux côtés de grands chefs d’entreprise. En toile de fond : un projet, toujours incertain, de création d’une nouvelle gigafactory Tesla en Europe, que l’Italie, l’Espagne et la France aimeraient attirer.

Ces échanges « ont été initiés préalablement au rachat de Twitter par M. Musk », assure l’Elysée, et portaient sur « l’attractivité de la France, notamment dans les secteurs automobiles, du spatial, des transports et des énergies renouvelables, dans lesquels M. Elon Musk est impliqué de par ses différentes entreprises ». Le président de la République a souligné dans ces différentes discussions « la nécessité pour[X] de se conformer aux exigences de la Commission européenne – notamment avec une attention particulière sur la modération des contenus en langue locale, et donc notamment en français, la lutte contre les fausses informations, et la lutte contre la haine et la violence en ligne », affirme l’entourage d’Emmanuel Macron.

« Cela cultive une forme d’ambivalence que je trouve coupable », estime Arnaud Saint-Martin, député (La France insoumise) de la Seine-et-Marne et critique de longue date du multimilliardaire. « Quand on est dans cet état d’esprit, d’attirer des investissements, on est nécessairement très faible pour le rappeler à l’ordre. »Les responsables politiques s’aveuglent s’ils pensent pouvoir charmer, ou influencer, le patron de X et de Tesla, estime aussi M. Saint-Martin : « Il va là où est l’argent – quand Tesla préparait l’ouverture de sa gigafactory européenne, la puissance publique était très complaisante pour tenter de l’attirer à Villaroche, dans ma circonscription. Mais c’est Berlin qui a été choisi. »

Un pays s’est toutefois montré particulièrement critique à l’égard d’Elon Musk ces derniers mois : l’Irlande, qui a menacé de sanctionner M. Musk personnellement après les émeutes britanniques, alors même que le siège de X en Europe est situé à Dublin, et les emplois qui vont avec.

Il faut dire que l’Irlande a eu, fin 2023, un avant-goût des émeutes qui ont touché le Royaume-Uni cet été : en novembre, des violences lancées par l’extrême droite après une agression au couteau ont secoué Dublin et plusieurs grandes villes du pays. A l’époque, la ministre de la justice irlandaise, Helen McEntee, constatait que TikTok et Meta avaient « répondu à[leurs] demandes, collaboré avec la police et supprimé les messages les plus abjects dès qu’ils apparaissaient. Ce n’était pas le cas pour X. Ils n’ont pas répondu. Ils n’ont pas respecté leurs propres règlements ».

Or, c’est justement dans ces règlements que se situe la solution du problème, estime Imran Ahmed, du CCDH. « C’est toujours dangereux quand les gouvernements décident ce qui peut être écrit ou non. En revanche, les plates-formes ont des responsabilités, des règles internes qu’elles doivent appliquer ; si elles ne le font pas, les gouvernements peuvent les rendre responsables, y compris de manière économique. »

Mais frapper au portefeuille est-il réellement efficace face à des acteurs aussi imprévisibles qu’Elon Musk ? « C’est un homme d’affaires », balaye M. Ahmed, dont l’organisation, comme d’autres, a été la cible d’un procès intenté par X, qui les accusait d’avoir fait fuir les annonceurs avec leurs études dénonçant le manque de modération sur la plate-forme. « Il joue au clown, mais en définitive, il sait qu’il doit équilibrer ses comptes. »

Le Monde
France, mercredi 14 août 2024 1295 mots, p. 7
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13 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Après les JO, l’avenir incertain de Darmanin

En perte d’influence à l’Assemblée nationale, le ministre de l’intérieur démissionnaire cherche sa place

Robin D’Angelo

Capitaliser autant que possible sur l’événement pour mieux préparer ses arrières dans un contexte politique instable. A ce petit jeu, Gérald Darmanin se trouve en bonne position sur le podium des affaires courantes. Tout au long de la quinzaine olympique, le ministre de l’intérieur démissionnaire a multiplié les déplacements et les séquences médiatiques. L’heure est désormais aux prolongations.

« Après le succès des Jeux olympiques, un cycle s’achève à l’intérieur », affirme-t-il, dans un entretien au Figaro, lundi 12 août, au lendemain de la cérémonie de clôture. Avant d’évoquer son avenir. « J’étais un homme qui aimait la politique, je suis devenu un homme désormais bien plus attaché au service de l’Etat », déclare-t-il.

La campagne interne pour la présidence du groupe parlementaire Ensemble pour la République (EPR) au lendemain des législatives a mis en lumière les limites de son influence au Palais-Bourbon. Plaidant pour ajourner l’élection et lui substituer une direction collégiale, M. Darmanin n’a pas obtenu gain de cause face à Gabriel Attal, élu président du groupe, le 13 juillet, à la quasi-unanimité. Après cet échec, il annonçait sa décision de ne pas briguer la présidence du parti Renaissance, qui doit élire son dirigeant lors d’un congrès à l’automne. L’ancien membre de l’UMP a surtout pu mesurer son impopularité chez les députés du mouvement présidentiel, qui lui reprochent notamment d’avoir soutenu la décision de M. Macron de dissoudre l’Assemblée nationale.

Fidélité à Emmanuel Macron

A l’extérieur, la voie est tout autant bouchée. D’après les proches d’Edouard Philippe, l’ancien secrétaire général adjoint des Républicains (LR) s’est interrogé sur l’opportunité de prendre la tête du groupe Horizons, au cas où son président sortant, le député de la Corse-du-Sud Laurent Marcangeli, n’aurait pas été réélu, le 7 juillet. Le scénario ne s’est pas produit, laissant M. Darmanin sans solution pour peser à l’Assemblée.

Tout en reconnaissant « des tensions », l’entourage de M. Attal est soucieux de mettre en scène sa bonne entente avec son ministre de l’intérieur, avec lequel « la relation n’a jamais été rompue ». «Gabriel a à cœur que Gérald reste dans la famille, car c’est un atout », commente-t-on à Matignon, affirmant ainsi le leadership du premier sur le second. Mais, à l’inverse du président d’EPR, qui marque sa différence avec le chef de l’Etat, au point que leur relation en est devenue glaciale, Gérald Darmanin joue la carte de la fidélité à Emmanuel Macron. « Tous ceux qui se positionnent contre le chef de l’Etat font une faute lourde. Il reste le maître des horloges pour les trois ans qui viennent », prévient le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, qui échange régulièrement avec M. Darmanin. Et de compter sur l’appui du président en échange de son indéfectible soutien pour, pourquoi pas, rester au gouvernement, alors que les portes de sortie se font rares.

Pendant les législatives, M. Darmanin avait annoncé qu’il ne serait pas ministre « un jour de plus » si le camp Macron n’obtenait pas la majorité. A l’issue du dernier conseil des ministres, le 16 juillet, il joignait le geste à la parole en retirant sa cravate dans la cour de l’Elysée, comme le symbole de sa liberté retrouvée. Désormais, l’hypothèse de son maintien dans un gouvernement est assumée par son entourage. « Si le président lui demande de rester, il restera, car il a le sens de l’Etat », explique un de ses conseillers. Mais pas à n’importe quel prix. Ses proches le verraient bien à la tête d’un ministère, à la condition qu’il puisse y « prendre du recul » pour mieux parfaire sa « stature présidentielle ». Au moins le Quai d’Orsay ou le ministère de la défense. « Il ne faut pas le prendre pour un con, appuie le député (Renaissance) des Yvelines Karl Olive. Si, demain, il doit redevenir député de base ou maire de Tourcoing, il sera très heureux. »

« Gaullisme social »

Dans son département, le ministre est attendu par certains élus de droite. « La droite dans le Nord est orpheline d’un leader, déplore le député (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires, LIOT) du Nord Jean-Pierre Bataille, un proche du président (LR) des Hauts-de-France, Xavier Bertrand. Il reste la référence politique de la région avec Xavier Bertrand et tout le monde est prêt à lui pardonner son aventure en Macronie. » Certains l’imaginent briguer la présidence de la métropole lilloise. Mais le député devrait pour cela renoncer à son mandat de parlementaire, alors que la bataille politique promet de se jouer dans l’Hémicycle.

En attendant, Gérald Darmanin travaille sa « présidentialité ». Pour la deuxième année de suite, il organise une rentrée politique sur son nom, dimanche 15 septembre à Tourcoing (Nord), sur le thème de « la question sociale », ouvrant un front sur le salaire minimum. Tout comme Xavier Bertrand, qu’il verrait bien à Matignon, il plaide pour sa revalorisation, y voyant une mesure susceptible de créer des ponts avec des responsables issus de la gauche, en vue d’un improbable pacte de coalition. Et, bien sûr, peaufiner son statut d’héritier autoproclamé du « séguinisme » et du « gaullisme social ».

« Les extrêmes ont réussi à capter les classes populaires et laborieuses auxquelles nous n’arrivons pas à parler, abonde le député (Renaissance) du Val-de-Marne Mathieu Lefèvre, un de ses relais au sein du groupe EPR. Gérald est dans une position qui lui permet de formuler des propositions pour remédier à ce diagnostic. »

En 2023, la première édition de cet événement avait été tendue. Le président de Renaissance, Stéphane Séjourné, avait décliné l’invitation, rappelant au Nordiste que « les idées doivent passer avant les ego ». Elisabeth Borne, alors première ministre, s’y était rendue. Mais pour mieux tacler son hôte. Ce torpillage avait reçu l’assentiment de l’Elysée, qui avait peu apprécié certaines déclarations du ministre de l’intérieur. Les jours précédant la réunion, M. Darmanin avait regretté que la réforme des retraites « demande de travailler plus » aux familles monoparentales, et exprimé des réserves sur l’action du gouvernement en matière de fiscalité.

Mais, cette année, Emmanuel Macron veille à ne pas s’opposer frontalement à l’initiative de M. Darmanin. Bien que le chef de l’Etat soit opposé à sa proposition d’augmenter le smic, son entourage se contorsionne pour expliquer que la mesure n’entre pas en contradiction avec « les fondamentaux » du macronisme, à savoir « l’élévation dans la société par le travail ». L’Elysée est soucieuse de mettre en avant la solidité de la relation entre le président et son ministre de l’intérieur démissionnaire, à l’heure où le chef de l’Etat n’a jamais été aussi contesté.

« A partir du moment où ils sont loyaux et s’inscrivent dans le projet, c’est une richesse que les ministres donnent leur point de vue et fassent des propositions », vante un conseiller présidentiel, qui rappelle qu’ « au moment de la dissolution, Gérald a fait partie de ceux qui ont défendu le choix du président de manière très claire ». Un portrait en creux de Gabriel Attal, désormais honni pour avoir critiqué la décision présidentielle.

Les invitations de M. Darmanin sont déjà parties avec, comme en 2023, l’intention de ratisser large. L’ancien ministre délégué aux transports Clément Beaune, dont l’opposition à la loi sur l’immigration lui a coûté sa place au gouvernement, a reçu son carton. Par la voix d’un conseiller, Gabriel Attal fait savoir, lui, qu’il ne s’y rendra pas, déjà pris par un « engagement à l’international ».

Libération
mercredi 14 août 2024 1730 mots, p. 2,3,4

ÉVÉNEMENT

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13 août 2024 - Libération (site web)

Emmanuel Macron Trêve de plaisanteries

LILIAN ALEMAGNA; LAURENCE BENHAMOU; JEAN-BAPTISTE DAOULAS; NOÉ MEGEL; ADRIEN NASELLI

ÉVÉNEMENT

Malgré la fin des JO, le Président continue de faire durer le statu quo et refuse toujours d'appeler le NFP à Matignon, misant sur une explosion rapide de l'union de la gauche. Et flirtant au passage avec les limites de la Constitution.

J upiter ne veut plus descendre de l'Olympe. Lundi, la flamme est éteinte depuis moins de vingt-quatre heures qu'Emmanuel Macron, sur la pelouse des jardins de l'Elysée partage devant des «acteurs» des Jeux de Paris 2024 la «nostalgie» éprouvée par une partie des Français enthousiasmés par les exploits sportifs et la fête réussie : «Nous qui avons vécu pendant plus de deux semaines dans un pays où on a eu le sentiment que l'air était plus léger, on n'a pas envie que la vie reprenne ses droits.» Or, il le faut bien… Voilà trente-huit jours maintenant que le camp du chef de l'Etat a essuyé une large défaite aux législatives anticipées convoquées après la dissolution du 9 juin et qu'aucune majorité absolue ne s'est formée. Et vingt-huit jours que le gouvernement de Gabriel Attal a démissionné et n'est censé gérer que les «affaires courantes». «Une procrastination serait vue comme une manoeuvre dilatoire », mettait en garde un ex-ministre avant la fin des Jeux. Du travail, pourtant, il y en a, à commencer par les arbitrages sur le projet de budget 2025 qui doit être présenté, au plus tard, le 1er octobre. Mais le chef de l'Etat ne semble pas pressé de nommer quelqu'un à Matignon. Au plus tôt, ce sera pour la semaine du 19 août. Et pas forcément pour d'emblée afficher un nom : une fois passées les commémorations du Débarquement en Provence cette semaine dans le Var, son entourage évoque la possibilité de commencer par une «initiative politique». Une de plus. Ses alliés évoquent, eux, des «consultations préalables».

«Obtenir des majorités» En attendant, la gauche a repris son offensive et, forte de ses 193 députés, réclame toujours le droit de porter Lucie Castets à Matignon. Avant une tournée des universités d'été de chaque formation qui compose le Nouveau Front populaire (lire page 4), la haute fonctionnaire et cofondatrice du collectif «Nos services publics» a déroulé lundi ses «priorités» : pouvoir d'achat, «bifurcation écologique», éducation, services publics, «fiscalité juste». Dans un courrier cosigné avec les quatre présidents des groupes à l'Assemblée qui composent le NFP et envoyé à l'ensemble des parlementaires (hors Rassemblement national), elle promet aussi une «évolution [des] pratiques» parlementaires.

Un positionnement plus ouvert à des compromis ? Dans leur missive, les cinq dirigeants du NFP – dont la présidente des insoumis à l'Assemblée, Mathilde Panot – admettent en tout cas qu'il faudra, «en premier lieu», tenir «compte du fait que la majorité sur laquelle [ils] s'appuie[nt] n'est que relative et qu'il [leur] sera dès lors nécessaire de convaincre au-delà [de leurs] rangs» et garantissent la possibilité de coconstruire des projets de loi avec certaines oppositions. Finie donc la ligne raide de LFI qui voulait que le NFP applique «tout le programme, rien que le programme» et qui servait d'argument à certains socialistes pour réclamer une «clarification» ? «Dès le premier jour, nous avons été très clairs, tente de convaincre Hadrien Clouet chez LFI. Nous avons un mandat : tout le programme. Mais notre objectif sera, oui, de convaincre au Parlement pour obtenir des majorités.» Mais du côté de l'Elysée, on reste sourd à ces évolutions.

«Lucie Castets a beau gesticuler, il y a une vérité à la fois politique et mathématique, insiste-t-on dans l'entourage du chef de l'Etat. Pour Elisabeth Borne, les partis d'opposition avaient dit qu'ils ne voteraient pas la censure et la laisseraient gouverner et passer le budget. Là, c'est tout le contraire. Du RN à Ensemble, tous ont dit que s'il n'y avait ne serait-ce qu'un secrétaire d'Etat aux choux farcis LFI, ils voteraient la censure. Et le Président ne peut pas nommer quelqu'un qui se ferait dézinguer par le Parlement dans la minute !» L'Elysée renvoie donc la balle à l'ensemble des partis, priés de s'entendre au préalable pour construire une majorité qui puisse tenir la route. «Les Français ont clairement envoyé le message qu'ils voulaient que les partis qui ont fait barrage républicain travaillent ensemble, assume-t-on dans une lecture baroque des votes contre l'extrême droite. La gauche a immédiatement dit : “On a gagné et ce sera tout notre programme et rien que notre programme !” Mais qu'attendent les autres partis ?» «Pas de politique-fiction» Message reçu dans l'ancienne majorité. D'abord à Horizons, le parti d'Edouard Philippe, dont le chef à l'Assemblée, Laurent Marcangeli, a pris la plume lundi pour proposer à ses homologues – à l'exception de Marine Le Pen, Eric Ciotti et Mathilde Panot – «une rencontre dans les plus brefs délais» pour discuter notamment de deux thèmes : «vivre de son travail, pouvoir se loger et subvenir à ses besoins énergétiques» et «vivre en sécurité, avoir accès aux soins et offrir une éducation de qualité à nos enfants». «Notre initiative vaut ce qu'elle vaut, mais elle a le mérite d'être prise», insiste Marcangeli, qui dit avoir eu un retour «personnel» de Gabriel Attal. Lequel, cumulant toujours les fonctions de Premier ministre démissionnaire et de prési- dent de groupe à l'Assemblée, s'est lui aussi fendu, mardi, d'une missive aux mêmes interlocuteurs pour leur proposer son «pacte d'action» repre- nant les propositions de la majorité sortante. Six thèmes au menu : «souveraineté militaire et économique», «défense de qui nous sommes», «qua- lité de vie», environnement, sécurité et «services publics». Le député des Hauts-de-Seine était imité quelques instants plus tard par le secrétaire général de Renaissance, Stéphane Séjourné, s'adressant, lui, aux chefs de partis. «Je sais qu'il est difficile de mettre tout le monde autour d'une table, justifie Marcangeli. Mais on voulait envoyer ce message Suite page 4 Suite de la page 3 aux présidents des groupes socialistes, écologistes et communistes.» Car à l'Elysée, on parie toujours sur une explosion rapide du NFP comme l'avait connu la Nouvelle Union populaire écologique et sociale après les attentats terroristes du Hamas le 7 Octobre. «Je serais eux, je ne ferais pas de politique-fiction, fait valoir la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, à Libération. Nous avons démontré depuis le début qu'ils nous sous-estimaient en permanence.» Les proches de Macron guettent toutefois les déclarations de tout élu socialiste critiquant l'option Castets et voulant se détacher des insoumis. Comme Anne Hidalgo qui, sur LCI, a lancé un «je l'apprécie beaucoup» à sa directrice des affaires financières avant de rappeler que, selon elle, «une gauche [ne] peut gouverner» que si elle est «sociale-démocrate». Ou encore l'ex-ministre de François Hollande Hélène Geoffroy, une des opposantes internes à Olivier Faure pour qui «la stratégie actuelle du [NFP] n'incarne pas la gauche de gouvernement». Mais d'autres, dont Laurent Marcangeli, ont une toute autre lecture que l'Elysée : «La gauche ne se fracturera pas, pronostique-t-il. Le NFP a gagné 193 sièges, il a une candidate soutenue par tous ses partis et ses députés ont aussi peur de se retrouver de nouveau devant les électeurs dans onze mois.» Pour le député de Corse-du-Sud, le chef de l'Etat commet la même erreur qu'après les européennes : «Il a vu le succès de Raphaël Glucksmann comme la montée d'une force sociale-démocrate qui ne voulait plus entendre parler de LFI. Il s'est fourré le doigt dans l'oeil jusqu'au coude.» «Une forme de déni» Et puis avant de penser convaincre une poignée de socialistes, d'abord faut-il être sûr de pouvoir compter sur la bonne volonté des 47 députés de la «Droite républicaine». Fin juillet, le chef de l'Etat s'était montré intéressé par le «pacte législatif d'urgence» proposé par les LR Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau. Suffisamment en tout cas pour prospecter de ce côté-ci de l'échiquier pour Matignon. Xavier Bertrand ? Il a «de grandes qualités», a martelé mardi dans le Figaro Gérald Darmanin, pour qui «il n'est pas anormal que quelqu'un qui n'est pas de [sa] famille politique dirige le gouvernement» puisque son camp «n'a pas gagné les élections législa tives». Valérie Pécresse ? Elle est «remarquable de pragmatisme» et «d'intelligence», a vanté dans la foulée sur LCI sa collègue démissionnaire Sabrina Agresti- Roubache, réputée proche du couple Macron. «Une nomination de centre droit ne ferait pas descendre 2 millions de personnes dans la rue mais cela peut irriter les partenaires sociaux, alerte cependant une figure de l'aile gauche du camp présidentiel. Le Président apparaîtrait dans une forme de déni qui ne serait pas de nature à apaiser. L'apaisement serait plutôt de nommer une personne issue de la gauche. Ce serait une façon de garder la main tout en tenant compte des résultats des urnes.» D'où l'idée avancée par certains en macronie d'une personnalité comme l'ex-Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve. Hypothèse repoussée par la direction socialiste.

«Pouvoir d'exception» Mais faut-il, pour le Président, bouger en premier ou attendre que les partis le fassent ? «Si c'est le Président qui mène la négociation, ça va capoter, anticipe un ancien député macroniste. Il vaudrait mieux un acte présidentiel.» Lequel tarde pourtant à venir et risque de transformer un blocage politique en crise de régime. Interrogés par Libération, plusieurs constitutionnalistesobservent en tout cas ce temps de latence entre résultats des législatives et nomination d'un ou une chef(fe) de gouvernement comme un début d'entorse à la loi fondamentale. «Temporiser comme le fait Emmanuel Macron est, d'une certaine manière, contraire à l'article 3 de la Constitution sur la souveraineté du peuple, et au régime parlementaire, défini par l'article 20 selon lequel le gouvernement est responsable devant le Parlement», juge Jean- Philippe Derosier, professeur à l'université de Lille. «C'est un pouvoir d'exception qui ne dit pas son nom», renchérit Charlotte Girard, maîtresse de conférences à l'université Paris Nanterre et proche de Mélenchon aux débuts de LFI.

Professeur de droit public à l'université de Strasbourg, Julien Jeanneney insiste, lui, sur la nécessité de désigner un Premier ministre sur la base de l'article 5 de la Constitution, qui impose au Président de garantir la continuité de l'Etat : «Il ne faut pas que la possibilité d'une motion de censure serve d'argument pour refuser de choisir. Il doit trancher.» Or, même quand il aura choisi, il faudra sûrement, comme à chaque fois avec Macron, attendre des jours avant d'avoir les noms des principaux ministres puis des semaines pour connaître la composition du gouvernement. Et, prévient-on à l'Elysée, «il n'y pas de raison que ce soit plus court cette fois».

«Nous avons démontré depuis le début qu'ils nous sous-estimaient en permanence.» Marine Tondelier secrétaire nationale des Ecologistes

Le Figaro, no. 24875
Le Figaro, mercredi 14 août 2024 1019 mots, p. 3

International

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13 août 2024 - Le Figaro (site web)

La peur règne à Dacca, après la chute du pouvoir au Bangladesh

Partisans et adversaires de la première ministre Sheikh Hasina, renversée par une révolution étudiante, s'épient et craignent pour leur vie.

Derville, Emmanuel

Àpremière vue, tout semble normal. Huit jours après la fuite de la première ministre, Sheikh Hasina, en Inde, la vie reprend son cours dans la capitale du Bangladesh. Les embouteillages sont de retour, les commerces ont rouvert. Mais derrière les apparences, une atmosphère tendue, rendue plus lourde par l'humidité et la chaleur de la mousson, règne.

La gare est fermée. Le métro n'a pas rouvert. Des manifestations sporadiques continuent. Comme à ce carrefour près de l'université de Dacca, où quelques dizaines d'étudiants, un bandeau aux couleurs du drapeau national sur le front, scandent des slogans contre Sheikh Hasina. Quelques rues plus loin, des jeunes ont érigé une potence pour pendre une effigie de l'ancienne dame de fer, qui a régné d'une main autocratique pendant quinze ans. Elle a beau avoir été forcée de quitter le pouvoir après cinq semaines de manifestations qui ont fait plus de 500 morts, son ombre et celle de son parti planent comme des fantômes.

Les étudiants ont été aux avant-postes de cette révolution que personne n'avait prévue. Eux qui demandaient, début juillet, une réforme des quotas dans les concours de la fonction publique, ont durci leurs revendications face à la répression brutale du pouvoir. Et ils ont fini par obtenir la tête de «la dictatrice». Les hommes et les femmes qui l'ont renversée n'ont néanmoins pas la tête à célébrer leur victoire. Ils sont sur le qui-vive. «Ils craignent une contre-révolution, un coup d'État venant de la Ligue Awami(le parti de Sheikh Hasina, NDLR) », explique le professeur Tanzimuddin Khan, enseignant à l'université de Dacca.

Avec plusieurs collègues, il a aidé les protestataires comme il a pu durant les manifestations, et garde contact avec certaines figures du mouvement. «La plupart d'entre eux demeurent très vigilants», ajoute l'universitaire, qui raconte : «Il y a quelques jours, ils ont forcé le président de la Cour suprême à démissionner. Ils avaient eu des informations selon lesquelles ce magistrat préparait un coup d'État judiciaire avec d'autres juges. Ensemble, ils comptaient statuer que le gouvernement intérimaire, dirigé depuis le 8août par Muhammad Yunus , était illégal.»

Considéré comme le père du microcrédit, cet économiste a été porté au pouvoir par le mouvement étudiant. «Les généraux ne voulaient pas de lui au départ, mais ils ont insisté pendant des heures de négociation et forcé l'armée à changer d'avis», affirme Tanzimuddin Khan. Fait révélateur du poids des étudiants dans le nouveau régime, deux des figures de la contestation sont entrées au gouvernement.

La peur existe aussi dans les rangs de la Ligue Awami. Un ancien député du parti confie avoir craint pour sa vie après la chute de Hasina : «Les domiciles de certains de mes collègues ont été attaqués la semaine dernière. Des militants du parti ont été lynchés et tués.» D'après le quotidien local Prothom Alo, le bilan dans les rangs de la Ligue Awami s'élève à 87 morts, entre le 4 et le 6 août. «Aucun ministre du gouvernement sortant ni député n'a refait surface depuis l'arrivée du pouvoir intérimaire. Tout le monde se cache. C'est trop risqué pour moi de vous rencontrer», souffle-t-il au téléphone.

Le parlementaire, qui souhaite rester anonyme, ne baisse pas les bras. «Sheikh Hasina va revenir tôt ou tard. Nous sommes la première force politique de ce pays. Nos militants, nos sympathisants, nos électeurs n'ont pas disparu. Le nouveau pouvoir a la responsabilité d'organiser des élections dans les prochains mois. Il ne pourra pas y avoir de scrutin libre et équitable sans la participation de la Ligue Awami.»

Les prochaines législatives renouvelleront le Parlement, dissous par le président de la République, le 6 août. La date du scrutin n'a pas été fixée. Jusqu'à ce que la situation politique se clarifie, la méfiance règne. À l'aéroport de Dacca, des journalistes étrangers sont parfois longuement interrogés avant d'être autorisés à rentrer dans le pays. «C'est la procédure», affirme un agent du Directorate General of Forces Intelligence, l'agence de renseignement militaire.

Dans le quartier d'affaires, un cadre d'une banque publique hésite à s'exprimer. L'homme est un sympathisant de la Ligue Awami et tous les dirigeants de cet établissement ont été nommés par l'ancien régime. Ils craignent pour leur poste, voire d'être la cible d'une vengeance. «Je n'ai même pas envie de vous donner mon avis sur Muhammad Yunus. Je risquerais d'avoir des problèmes. Il n'y a aucune clarté sur le devenir de l'économie et c'est très mauvais pour les affaires. Il nous faut un gouvernement stable, et vite.»

L'homme de la rue est tiraillé entre la défiance et l'espoir. «Je suis heureux que Muhammad Yunus ait pris la tête du pays. Est-ce que j'ai envie que Sheikh Hasina revienne? Je préfère ne pas répondre. Je ne vous connais pas», glisse un vigile qui monte la garde devant une agence bancaire. À croire que l'État policier instauré par Hasina n'a pas disparu. Abdul Jaber, un petit commerçant de 52 ans, se dit heureux du changement de régime. Mais ensuite ? «Il faut laisser au docteur Yunus le temps de régler les problèmes, en particulier l'inflation, la pauvreté, et la mainmise des institutions par l'ancien gouvernement.»

Quelques kilomètres plus loin, une dizaine d'étudiants du Dacca Art College peignent les murs aux abords du campus de l'université de la capitale, qu'ils recouvrent de fresques appelant à la révolution et à la démocratie. «Nous étions terrifiés par la police et la Chhatra League (la branche étudiante de la Ligue Awami). Maintenant que Hasina est partie, nous voulons un Bangladesh débarrassé du fascisme», clame d'une voix forte Sajni, une étudiante frêle de 25 ans. Son regard empreint d'espoir cache la crainte tenace d'un retour de l'ancienne chef du gouvernement. «Nous avons toujours peur d'elle. Si elle revient, elle se vengera. Il faut qu'elle soit extradée au Bangladesh et jugée pour ses crimes. C'est une meurtrière. La réconciliation avec la Ligue Awami? Jamais!» E. D.

Le Monde
mercredi 14 août 2024 144 mots, p. 1

Politique Après les Jeux, l’avenir incertain de Gérald Darmanin

Capitaliser sur le succès de l’événement et préparer la suite, c’est la stratégie adoptée par Gérald Darmanin. Dans un entretien au Figaroparu lundi 12 août, le ministre de l’intérieur démissionnaire affiche la couleur. « Après le succès des Jeux olympiques, un cycle s’achève à l’intérieur », affirme-t-il, ajoutant : « J’étais un homme qui aimait la politique, je suis devenu un homme désormais bien plus attaché au service de l’Etat. » Mais, pour le député du Nord, la période qui s’ouvre, après la dissolution, s’annonce incertaine.

Certains de ses proches le verraient bien à la tête d’un ministère, à la condition qu’il puisse y « prendre du recul » pour mieux parfaire sa « stature présidentielle ». Au moins le Quai d’Orsay ou le ministère de la défense.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, mercredi 14 août 2024 718 mots, p. AUJM8
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13 août 2024 - Le Parisien (site web)
14 août 2024 - Le Parisien

L'après-JOiGérald Darmanin à l'offensive

Le ministre de l'Intérieur savoure la bonne tenue des Jeux olympiques, dont il se félicite ouvertement dans la presse. Reste à savoir quel rôle il lui sera possible de jouer dans les mois à venir.

Ludwig Gallet et Pauline Théveniaud

Gérald Darmanin peut souffler. Le ministre de l'Intérieur, fort de Jeux olympiques réussis sur le volet sécuritaire, a pu s'en féliciter dans la presse avant de s'accorder quelques jours de répit. « La fin d'un cycle », estime le locataire de Beauvau dans « le Figaro ». Et l'ouverture d'un nouveau, plus politique ? « Il sort bien de la séquence. Il a intérêt à le dire. La suite sera plus compliquée... », lui promet l'un de ses collègues du gouvernement.

« Ces Jeux se sont déroulés sans politique et sans polémiques, relève Gérald Darmanin. Et ça a reposé tout le monde. Les gens, ça leur a fait du bien qu'on soit absents pendant trois semaines. » Lui n'en tire qu'un seul enseignement : « les gens » ne supportent plus du tout « la politicaillerie », et il faudra que la classe politique se montre à la hauteur. Il confesse ne pas avoir « pris beaucoup de plaisir » durant la dernière bataille des législatives. « J'ai été frappé de voir des gens très durs, violents, haineux, contestataires, méprisants. » Son constat est sévère. « Les Français nous en veulent collectivement beaucoup. Quelque chose ne va pas entre les gens et nous. »

Comment répondre à un tel fossé ? S'il quitte le gouvernement, Gérald Darmanin sait qu'il n'aura plus qu'un simple mandat de député. Bien loin de la frénésie des plus de quatre années passées Place Beauvau. Alors il veut se donner un peu de temps. « Jusqu'à la rentrée politique que j'organise à Tourcoing (Nord) pour prendre le temps de réfléchir aux futurs mois qui sont devant nous », précise-t-il. Ce sera le 15 septembre prochain, devant plus de 70 parlementaires annoncés.

Et s'il restait au gouvernement ?

Gérald Darmanin ne semble plus rien s'interdire. Pas même l'idée de rester finalement au gouvernement, si d'aventure son téléphone venait à sonner. « Si le président de la République a besoin de moi, je connais mon devoir », assure-t-il. Pendant que Gabriel Attal assumait son désaccord avec le président sur la dissolution, Gérald Darmanin a été l'un des seuls à soutenir la décision et joue plus que jamais la carte de la fidélité, faisant partie des interlocuteurs du chef de l'État sur le choix d'un futur Premier ministre. « Peut-être que le président de la République voulait simplement quelqu'un qui ne conteste pas ses décisions, plante un membre du gouvernement. Je ne suis pas sûr que ce soit la définition de la loyauté. »

Gérald Darmanin a cherché à se frayer un chemin à la tête des députés macronistes. Mais Gabriel Attal, plus populaire que lui parmi eux, a raflé le poste, en allant contre la consigne du président d'attendre septembre. Le signe de l'influence limitée de l'hôte de Beauvau en interne ? Dans la foulée, Gérald Darmanin a annoncé qu'il ne sera pas candidat à la présidence du parti. « C'est quelqu'un qui est très clair sur sa ligne politique, beaucoup moins sur ses perspectives politiques », relève un ministre.

« Ce serait ridicule de se battre, il faut construire »

Avec Attal, le temps n'est pas à la franche camaraderie. « J'ai été très déçu de la fin de la réforme de l'assurance chômage », tacle le locataire de Beauvau. La mesure, pour rappel, a été suspendue par le Premier ministre au lendemain du premier tour des élections législatives anticipées. « On ne sait toujours pas ce que pense le groupe, ce que nous pensons collectivement, appuie-t-il encore. Ça aussi, ça nous a séparés des gens qui ne savent pas trop de quoi nous sommes le nom. Quand on dit : il faut faire une coalition, ce serait sympathique de savoir sur quoi. »

Et Gérald Darmanin de finir : « On n'a même pas pris un après-midi de réflexion entre nous pour se dire : on a pris un 33 tonnes, on en tire quelles conséquences ? » Les prémices d'une nouvelle guerre fratricide ? « Absolument pas, jure Darmanin. Il n'y a plus d'enjeu. (Gabriel Attal) est élu président du groupe, il est Premier ministre démissionnaire, on a perdu les élections. Ce serait ridicule de se battre alors qu'il faut construire. » Une vieille connaissance résume : « Gérald, c'est un aventurier de la politique. Ça lui donne une grande liberté et de l'opportunisme. »

Le Figaro, no. 24875
Le Figaro Économie, mercredi 14 août 2024 722 mots, p. 22

Économie

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13 août 2024 - Le Figaro (site web)

À Berlin, la coali tion d'Olaf Scholz se déchire sur la loi de finan ces, jugée « bancale »

Alors que l'attelage gouvernemental s'était accordé sur la loi de finances le mois dernier, le ministre des Finances veut renégocier certains points, soulignant la découverte de « trous » de plusieurs milliards d'euros.

Hénon-Cohin, Salomé

C'est une histoire qui n'en finit plus : le ministre des Finances allemand a annoncé vouloir rouvrir les négociations sur le budget 2025, alors qu'un accord avait été trouvé à la mi-juillet. Dans une longue interview donnée à la chaîne ZDF, Christian Lindner a expliqué ne pas avoir réussi à combler un trou de 5 milliards d'euros dans le budget de l'année prochaine - appelant donc à la réouverture des négociations. Le temps presse, le gouvernement doit mettre une proposition sur la table d'ici au 16 août. Mais cette annonce de réouverture des négociations, non concertée avec ses partenaires de coalition, le SPD et les Verts, a fait bondir les membres du gouvernement. Le chancelier Olaf Scholz, en vacances actuellement, a donc organisé une réunion de crise le 6 août pour remonter les bretelles de son ministre, selon des sources gouvernementales.

Le ministère des Finances affirme qu'il existe des risques constitutionnels sur certains points. C'est ce qui ressort d'un audit commandé par le ministre lui-même. Le budget serait « bancal » , à cause notamment de petits arrangements - par ailleurs assumés par les partis. Par exemple, il a été décidé d'accorder des prêts à la compagnie ferroviaire Deutsche Bahn et à la société nationale des autoroutes au lieu des subventions prévues. Cela permet de moins s'endetter tout en continuant de soutenir ces entreprises. Ce tour de passe-passe inquiète le ministre : dans son interview à la ZDF, Lindner a expliqué avoir déjà accepté un compromis « bancal semblable » , qui avait été rejeté par la Cour constitutionnelle fédérale. C'était en novembre dernier, quand le gouvernement avait voulu transformer un fonds Covid de 60 milliards d'euros en aides pour la lutte contre le changement climatique. Une décision retoquée par la Cour de Karlsruhe, qui avait fait grand bruit. « Cela ne m'arrivera pas une deuxième fois» a conclu le ministre libéral.

« Une idéologie néolibérale dépassée »

Hans-Joachim Funke, politologue à l'Université libre de Berlin, qualifie le comportement du ministre « d'égocentrisme politique, disruptif et déplacé. On a l'impression que Lindner veut sortir de cette coalition. Cela sert une idéologie néolibérale dépassée. Pourquoi vouloir à tout prix défendre le frein à la dette? C'est le seul à le faire! » Car c'est bien cela le seul argument du maître des finances allemandes : protéger bec et ongles le sacro-saint frein à la dette. Depuis le début des négociations autour du budget, Christian Lindner refuse de déroger à cette règle instaurée sous l'ère Merkel, qui impose au gouvernement de ne pas s'endetter à plus de 0,35 % du PIB sur l'année. Mais elle semble dépassée et avait d'ailleurs été suspendue pendant la crise du Covid. Des personnalités politiques de premier plan, au SPD et chez les Verts en premier lieu, la remettent en question pour permettre à l'État de s'endetter au profit des politiques sociales et climatiques. Un député social-démocrate avait appelé en décembre dernier à déclarer l'année 2024 en situation d' « état d'urgence » pour ne pas avoir à respecter cette règle. Et même au sein du parti conservateur CDU, certains se disent favorables à la levée de cette règle d'airain.

Seul le FDP de Lindner semble faire de la résistance, une position incomprise par Hans-Joachim Funke : «C'est un jeu stupide, à nos dépens, aux dépens d'un gouvernement pourtant efficace et d'une démocratie crédible. C'est absolument catastrophique, cela ne sert personne et surtout pas la démocratie - car ce genre de mesure pourrait par exemple renforcer l'AfD» ,le parti d'extrême droite. Le vice-président du groupe parlementaire des Verts, Andreas Audretsch, appelle le ministre à se positionner : «Il doit maintenant présenter des solutions. Avec nous, il n'y aura pas d'économies dans le domaine social ni dans celui de la protection du climat.»

Selon le politologue Funke, les raisons électoralistes ne peuvent guère expliquer la motivation de Lindner, dont le parti FDP n'a remporté que 5,2 % des voix aux Européennes du 9 juin. «On pourrait se dire qu'il tente un rapprochement idéologique avec la CDU pour former une coalition, mais à eux deux ils n'auraient pas de majorité. Ce retournement de situation est incompréhensible.» SHC

La Croix, no. 42995
Monde, mercredi 14 août 2024 722 mots, p. 12
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3 août 2024 - La Croix (site web)

Les Italiens se rebiffent contre la privatisation du littoral

Laure Giuily

Face à la privatisation des côtes italiennes, des militants se mobilisent pour un accès libre et gratuit à la plage.

Rome (Italie)

De notre correspondante

Le rendez-vous a été donné au bar Le Sable d’Or à Gaeta, station balnéaire située à une centaine de kilomètres au sud de Rome. Depuis la terrasse de l’établissement, on aperçoit la mer au loin et les parasols colorés qui s’agitent dans les airs. Une trentaine de militants ont répondu à l’appel du collectif national Mare Libero, fondé en 2019, contre la privatisation du littoral italien.

Roberto del Bove, coordinateur régional du mouvement, briefe les militants avant de partir. « On ne répond pas aux provocations, on vient seulement exercer notre droit, profiter de la plage gratuitement. En cas de problème, on répond qu’on accepte de parler aux autorités, texte de loi en main. »Munis de serviettes et de parasols, les activistes s’élancent vers le bord de mer. À peine installés au pied d’un établissement balnéaire, le gérant débarque pour tenter de les déloger. La discussion est houleuse, il menace d’appeler les autorités. Et puis, rien.

« Il ne fera rien, car ces concessions ne sont plus en règle »,affirme Manuela Salvi, membre du collectif. « Ils misent sur le fait que les citoyens ne connaissent pas leurs droits et ne protestent pas. Nous, on veut justement informer », poursuit la quadragénaire, montrant un tract sur lequel sont répertoriées les plages libres d’accès et les concessions balnéaires de la zone.

Selon le code civil italien, la plage est un bien public et doit donc être accessible à tous gratuitement. Le code de navigation prévoit qu’exceptionnellement le bord de mer puisse être loué à des concessions balnéaires. Mais aucune loi nationale ne limite la privatisation du littoral. En l’absence de réglementation, ces établissements ont fleuri de manière anarchique le long des côtes depuis des décennies, et l’exception est devenue la règle.

Résultat, en Italie, près d’une plage sur deux est privatisée par un établissement côtier. « Dans certaines régions, comme en Ligurie, Campanie ou Émilie-Romagne, ce chiffre dépasse les 70 %. Il y a même des communes où 100 % du littoral est payant »,explique Gabriele Nanni de l’association environnementale Legambiente, chargée du rapport 2024 sur les plages.

« Les concessions ont été perçues comme des propriétés privées, des établissements ont construit des murs, des grillages et font payer un droit d’entrée pour accéder à la plage, ce qui est complètement illégal »,poursuit Gabriele Nanni, donnant l’exemple d’Ostie, quartier balnéaire de Rome, où le lungomare, « bord de mer » en italien, a été renommé le lungomuro, « long mur », en référence aux constructions abusives. Autre singularité italienne, ces concessions sont renouvelées sans appel d’offres depuis des années, alors même que la directive européenne sur la libéralisation des services, dite « Bolkestein », impose une ouverture du secteur à la concurrence depuis 2006.

Malgré les procédures de sanctions, les gouvernements n’ont jamais appliqué cette obligation européenne. « Les concessions ont été renouvelées d’année en année, à des prix souvent dérisoires, restant entre les mains des mêmes familles de génération en génération,dénonce le député centriste, Riccardo Magi (Più Europa), rapporteur de plusieurs amendements sur le sujet, qui évoque « un lobby des plagistes très puissants en Italie ».

Cette situation aurait dû prendre fin cette année. Le gouvernement Draghi avait fixé au 31 décembre 2023 l’arrêt de toutes les concessions balnéaires, qui devaient être soumises à des appels d’offres transparents. Soucieuse de préserver les intérêts de cette frange de son électorat, à son arrivée au pouvoir, Giorgia Meloni a prolongé les concessions jusqu’au 31 décembre, mais cette décision a été invalidée par le Conseil d’État italien.

« Le problème, c’est que, entre-temps, les baux ont été renouvelés. On se retrouve donc dans une situation de flou juridique total »,rétorque Riccardo Magi, en faveur d’une loi claire qui encadre ces appels d’offres au niveau national et d’un minimum de 50 % de plages publiques dans chaque ville balnéaire, comme le réclame Mare Libero. De retour à Gaeta, des touristes ont planté leurs parasols à côté de ceux des militants. Une petite victoire pour Manuela Salvi. « On était à peine cinq quand on a commencé nos actions, parfois la mobilisation paie ! »

Libération
mercredi 14 août 2024 699 mots, p. 4

ÉVÉNEMENT

Rentrées à gauche : Lucie Castets sur tous les fronts populaires

LILIAN ALEMAGNA; PAUL DUBOIS

ÉVÉNEMENT

La prétendante au poste de Première ministre sera l'une des têtes d'affiche des raouts estivaux des partis du NFP, qui peaufinent chacun leur agenda pour s'afficher comme la première force d'opposition.

D es bords du Cher au Midi avant de remonter dans la Drôme. A peine rentrée de vacances faites de «télétravail» comme insiste son équipe, Lucie Castets va engranger quelques points de fidélité sur sa carte SNCF. Celle que le Nouveau Front populaire a désignée fin juillet comme candidate pour le poste de Première ministre – mais qu'Emmanuel Macron ne veut pas nommer à Matignon (lire page 2) – est annoncée dans tous les premiers rassemblements de la gauche à la rentrée.

«Hippie metal». A commencer par celui des Ecologistes, à Tours, qui ouvrent les portes de leurs journées d'été le 22 août à Tours. Après un premier discours de leur secrétaire nationale, Marine Tondelier, dans la matinée, les verts se chargeront d'animer sur l'île Balzac le premier meeting post-législa - tives sous banderole NFP. Avec Lucie Castets, donc, mais – pour l'instant ? – sans représentants socialistes, communistes ou insoumis. La haute fonctionnaire sera accompagnée, selon le programme en ligne, de plusieurs élus écolos, de l'économiste Anne-Laure Delatte, du secrétaire général de la FSU, Benoît Teste, de la porte-parole d'Attac Youlie Yamamoto et de Thomas Vacheron, de la CGT. Lucie Castets n'aura, en revanche, pas l'occasion de profiter de la seconde soirée écolo faite de «hippie metal», de «musique orientale» et d'un «blind test décroissant». Elle devra prendre la route pour Montpellier puisqu'elle a aussi reçu une invitation du Parti communiste français pour s'exprimer, vendredi 23 août, le premier des jours d'une université d'été qui aura lieu, cette année, au Palais des congrès de Montpellier. Un échauffement pour le PCF avant sa 89e Fête de l'Humanité du 13 au 15 septembre.

Fructifier. Direction ensuite la Drôme et les «Amfis» de La France insoumise, qui auront eux aussi démarré le 22 août près de Valence. L'aspirante du NFP pour Matignon y est attendu le samedi 24 pour un «grand entretien». Au Palais des congrès Sud-Rhône-Alpes, les militants LFI auront eu droit la veille à une conférence sous forme de «moment politique» de Jean-Luc Mélenchon et pourront aussi se former au concept de «créolisation» dans une autre intervention du triple candidat à la présidentielle. Au programme également chez LFI, la venue du porte-parole du NPA Olivier Besancenot ou encore de celle du comité La Vérité pour Adama, Assa Traoré, avant le traditionnel discours de clôture de la première ligne insoumise prévu le dimanche 25 à midi. Les socialistes, eux, s'offrent cette année une semaine de rab en vacances. Leur «Cam- PuS» ne se déroulera que le week-end suivant (du 29 au 31 août) à la Halle aux grains de Blois. Lucie Castets y sera le samedi, aux côtés «de représentants de la société civile et de personnalités politiques de gauche», précise Nina Karam-Leder, l'une des organisatrices, à Libération. Le même week-end aura lieu, «sur le front de la Somme», la rentrée de François Ruffin, qu'on ne verra donc pas – divorce oblige depuis les législatives – chez les insoumis avec qui il ne siège plus à l'Assemblée. Le député de la Somme organise son premier événement personnel, chez lui le 31 août en Picardie, et intitulé «Le 31, je viens !» Pour porter quel message ? «Je ne sais pas ! a-t-il lancé en juillet sur Instagram en annonçant cet événement. Mais il y aura des femmes et des hommes de bonne volonté, des associatifs, des syndicalistes et des politiques.» L'autre personnalité qui a prévu, cette année, de faire son petit raout personnel, c'est l'eurodéputé Raphaël Glucksmann. Selon une indiscrétion livrée au Figaro, l'ancienne tête de liste choisie par les socialistes pour les européennes compte bien faire fructifier ses 14 % et transformer son petit mouvement, Place publique, en pôle d'attraction pour des sociaux-démocrates en perte de repères. Qu'ils soient au PS, comme la maire de Paris, Anne Hidalgo, très critique de l'alliance avec LFI, ou bien en quête d'un nouveau refuge, comme les macronistes Sacha Houlié ou Clément Beaune. L'après-Macron a – aussi – commencé à gauche.

La Croix, no. 42995
Monde, mercredi 14 août 2024 686 mots, p. 11

La Russie bousculée par l’offensive ukrainienne

Olivier Tallès

Dans la région de Koursk, près de la frontière avec l’Ukraine, au moins 121 000 Russes ont fui la zone occupée par les troupes de Kiev depuis le début de l’offensive il y a plus d’une semaine.

Des déplacés qui se sentent abandonnés par les autorités russes.

Plus d’une semaine après le début de l’offensive ukrainienne sur le territoire russe, la première d’une armée étrangère depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les forces de Moscou continuent d’être malmenées. Le porte-parole du ministère ukrainien des affaires étrangères, Gueorguiï Tykhiï, s’est même payé le luxe d’affirmer, mardi 13 août, que « l’Ukraine ne souhaite pas annexer de territoire de la région de Koursk ».Cette offensive inédite, a-t-il assuré, s’arrêtera si la Russie accepte les conditions posées par l’Ukraine : « Plus vite la Russie acceptera de rétablir une paix juste(…) , plus vite cesseront les incursions des forces de défense ukrainiennes en territoire russe. »

L’Ukraine revendique avoir pris le contrôle de près de 1 000 km2. Le gouverneur de la région de Koursk, Alexeï Smirnov, avait indiqué, la veille, que 28 localités étaient aux mains des forces de Kiev, qui ont avancé jusqu’à 40 km au-delà de la frontière. « L’ennemi cherche à semer la discorde et la zizanie dans notre société, à intimider les gens, à détruire l’unité et la cohésion de la société russe », a fustigé le président russe, lundi, avant de promettre d’ « expulser » les troupes adverses.

De nombreux internautes critiquent l’incapacité du ministère de la défense à protéger le territoire face à quelques milliers de soldats ukrainiens. « Il est aujourd’hui impossible de planifier des opérations aussi graves à notre insu. Je ne peux pas croire qu’ils n’étaient pas au courant de la concentration des troupes ennemies », a dénoncé sur Telegram le député Andreï Gurulev.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, les habitants des régions russes qui jouxtent la frontière sont régulièrement frappés par des tirs ukrainiens dans l’indifférence du reste de la Russie. Cette fois encore, « nous sommes laissés seuls », a alerté un groupe de plusieurs dizaines de villageois dans un appel à l’aide adressé à Vladimir Poutine, publié sur Internet. « Il n’y a pas eu d’évacuation des zones frontalières, ont déclaré plusieurs personnes dans la vidéo. Dans le village de Guevo, les gens voulaient évacuer, mais personne ne les a aidés. Ils s’enfuient seuls, certains sur des bateaux, d’autres à travers les forêts. »

Un autre internaute de la région, sur la chaîne Telegram 7x7, rapporte qu’autour de lui « les gens se plaignent des autorités. Ils demandent pourquoi on reconstruit le Donbass pendant que nous sommes sans abri. Beaucoup sont arrivés en tee-shirt et en short, ils pensaient que cela ne durerait pas longtemps, et ils partaient juste pour la journée, pour attendre quelques heures la fin des bombardements intenses». La plupart des déplacés ont trouvé refuge chez des parents et des amis dans la ville de Koursk ou louent des appartements dont les prix ont augmenté.

Pour les autres, l’État monte en urgence des camps de tentes et des centres d’hébergements temporaires. Au moins 121 000 habitants, principalement des villageois, ont été déplacés par les combats côté russe sans savoir quand ils pourront regagner leur domicile, tant l’incertitude règne sur le champ de bataille.

Il est difficile de prendre le pouls de l’opinion russe face à cette attaque inédite. « Si le sujet demeure largement relayé sur les forums de discussion, la plupart des internautes évitent de poster des commentaires, note une Russe qui se tient informée. On préfère en parler directement entre amis. » Des milliers de Russes ont en effet été condamnés pour « incitation à la haine » contre l’armée russe depuis le début de l’invasion en février 2022. Chez les opposants à la guerre, les discussions portent sur le fait qu’on puisse se montrer solidaire des civils russes rattrapés par le conflit, tout en reconnaissant aux Ukrainiens le droit d’intervenir sur le territoire russe.

Le Figaro, no. 24875
Le Figaro Économie, mercredi 14 août 2024 1221 mots, p. 22

Économie

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13 août 2024 - Le Figaro (site web)

Budget 2025 : le temps presse, la confusion per siste

Matignon n'a toujours pas envoyé aux ministères leurs « lettres plafonds » , transmises par Bercy. Et le flou persiste sur les économies auxquelles la France s'est engagée.

Ruiz Perez, Julie

Des documents obligatoires qui s'ensablent, des administrations sur le pont, un cap stratégique mouvant, des économies en eaux troubles, la possibilité du naufrage qui devient de plus en plus tangible et toujours pas d'ancrage politique en vue. En abordant la mi-août, les contours du budget - le texte fondamental du Parlement -, élus et ministres naviguent encore à vue.

Pourtant, le temps presse. Le projet de loi de finances 2025 (PLF) doit impérativement être transmis au bureau de l'Assemblée nationale le premier mardi d'octobre, qui tombe le 1er cette année. Mais, dissolution oblige, Bercy a dû mettre en place «une procédure particulière qui n'a pas donné lieu aux négociations habituelles avec les ministères au mois de juin et juillet» , indique le cabinet du ministre délégué aux Comptes publics, Thomas Cazenave. Exit les réunions interministérielles - les RIM, en bon jargon -, qui voient s'affronter parfois durement le ministre des Finances et ses homologues du gouvernement sur le montant de leur enveloppe pour l'année suivante.

Cette année, Bercy a élaboré les plafonds de dépenses «en lien avec les différentes administrations». En temps normal, ces travaux aboutissent mi-juillet à l'envoi des « lettres plafonds » , les documents qui fixent le budget de chaque ministère. La rédaction de ces lettres a pris du retard, mais, début août, le ministère des Finances a fini par les transmettre à Matignon, qui doit opérer les derniers arbitrages avant de les envoyer aux ministres. Selon Bruno Le Maire, ces « lettres plafonds » contiennent notamment une «baisse de la dépense publique par rapport au budget de l'État voté pour cette année». Pour 2024, le budget de l'État s'élevait à 492 milliards d'euros (contre 496 milliards en 2023).

Pour 2025, Bercy promet ainsi une copie en dessous de ce montant afin de « respecterles engagements budgétaires de la France, notamment celui de repasser sous la barre des 3% de déficit public d'ici 2027».Une doctrine dans l'esprit de la « responsabilité budgétaire » prônée par Gabriel Attal, premier ministre démissionnaire et patron du groupe Ensemble à l'Assemblée, dans le « pacte d'action » qu'il vient tout juste de faire parvenir aux chefs de groupes parlementaires (hors RN et alliés et La France insoumise). Au cabinet de Thomas Cazenave, la chanson est la même, mais l'air légèrement différent, «l'objectif est d'être au maximum au niveau de dépenses votées lors du dernier budget. Cela correspond à une forme de budget de reconduction.»

Voyants budgétaires en rouge

Même si l'actualité politique et sportive a parfois eu tendance à le faire oublier, les voyants budgétaires de la France clignotent toujours rouge. En septembre, le pays devra envoyer à Bruxelles son plan de réduction de la dette et du déficit sur sept ans dans le cadre de la procédure européenne pour déficit excessif. Quelle que soit la couleur du prochain gouvernement, il ne pourra pas faire l'économie d'un rééquilibrage des comptes (le déficit a culminé l'année dernière à 5,5 % du PIB). Les économies nécessaires pour tenir cette trajectoire, entre 20 et 30 milliards d'euros, représentent un «effort inédit» ,selon la Cour des comptes.

En attendant de savoir qui portera ce budget à la rentrée, Matignon et Bercy préparent des «scénarios» «dans le respect de la ligne du gouvernement», souffle une source proche de l'exécutif. En résumé, si la gauche arrivait au pouvoir dans les prochaines semaines, elle devrait fournir en un temps record le travail administratif nécessaire pour inscrire ses mesures dans le PLF. Elle assure s'y préparer. Dans une lettre envoyée ce lundi aux parlementaires, Lucie Castets, « candidate » du NFP à Matignon, propose ainsi aux élus de mener des « discussions approfondies et transparentes » en vue du budget 2025.

De son côté, le gouvernement sortant a tout de même prévu des augmentations de recettes rétroactives sur l'année 2024 : un renforcement de la taxe sur les superprofits des énergéticiens (afin qu'elle dégage environ 2 milliards d'euros cette année, après une récolte décevante en 2023) et une taxe sur les rachats d'actions - une pratique boursière de certains grands groupes. Pour les coupes dans les dépenses à proprement parler, certaines sont probablement prévues en filigrane dans les « lettres plafonds » proposées par Bercy, mais «on ne détaille pas le budget mi-août», rappelle le cabinet de Bruno Le Maire.

Malgré tout, le ministre lui-même a ébauché certains «souhaits» qu'il aimerait voir figurer dans le budget, comme la défiscalisation des primes perçues par les athlètes médaillés aux Jeux olympiques, surtout symbolique. Moins anecdotique sur le plan pécuniaire, il a également plaidé de nouveau cet été pour «réduire certaines aides à l'apprentissage, notamment pour les étudiants en master». Autre piste récurrente, « l'année blanche » - qui consiste à ne pas indexer sur l'inflation les retraites et certaines prestations sociales ainsi que le barème de l'impôt sur le revenu. Selon Jean-Philippe Tanguy, responsable RN à la commission des finances de l'Assemblée, ces propositions circuleraient bien en ce moment dans les couloirs de Bercy. Reste toutefois que «ce n'est pas aux fonctionnaires de faire les arbitrages», martèle le député. Comme ce n'est pas à un gouvernement « en affaires courantes » de couper le budget d'un ministère plutôt qu'un autre, car «c'est politique», reconnaît un conseiller. C'est d'ailleurs certainement pour cette raison que Matignon, malgré le retard que prend l'élaboration du texte, procrastine toujours sur l'envoi des « lettres plafonds »malgré les demandes répétées du ministre de l'Économie, qui voudrait les voir transmises aux ministères «avant le 15août». «Ce n'est pas prévu à ce stade», indiquait au Figaroune source proche de l'exécutif en début de semaine. Or, «si les « lettres plafonds » ne sont pas envoyées le 15août, on va prendre du retard», tranche un haut gradé de Bercy.

« Le camp Macron est dans l'impasse »

D'autant que, si l'envoi des « lettres plafonds » est un usage nullement obligatoire, l'envoi au Parlement du « tiré à part » - un autre document qui détaille les plafonds du prochain budget mission par mission et qui découle des « lettres plafonds » - est lui inscrit dans les textes (la loi organique relative aux lois de finances) pour... le 15 juillet, au plus tard. En raison des circonstances politiques, le gouvernement avait décidé de faire une entorse à cette règle. «Thomas Cazenave nous avait informés et nous a renvoyés à la date du 15août», explique la vice-présidente Droite républicaine de la commission des finances, Véronique Louwagie. Ce délai risque, lui aussi, d'être dépassé. «Il serait plus logique qu'il revienne au nouveau gouvernement de publier le « tiré à part » , première pierre du budget», justifie le cabinet du ministre des Comptes publics.

Pour sa part, le président insoumis de la commission des finances, Éric Coquerel, a décidé d'anticiper sur ce retard. «J'ai programmé la première réunion de la commission des finances pour le 11septembre, avant la rentrée parlementaire». Il espère que, d'ici là, les députés auront pu prendre connaissance des plafonds décidés par le gouvernement. Mais, après la Charybde de l'élaboration, le budget tombera sur la Scylla de l'adoption. «Je pense que le camp Macron est dans l'impasse,insiste Éric Coquerel . Surtout s'il tente de faire passer un budget avec la droite par le 49.3. Dans ce cas, la motion de censure aurait de fortes chances de passer.» J. R. P.

Libération
mercredi 14 août 2024 768 mots, p. 12

FRANCE

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13 août 2024 - Libération (site web)

Les failles d'une surveillance rapprochée

B.S

FRANCE

Dans les années 50 et 60, l'institution catholique a mis en place un dispositif de contrôle du prêtre, déjà soupçonné de violences sexuelles. Des doutes subsistent sur la pérennité de ce système dans les décennies qui ont suivi.

C omment une femme de 34 ans est-elle tombée, à la fin des années 80, dans les griffes de l'abbé Pierre qui a mené une double vie et se trouve aujourd'hui accusé post mortem de violences sexuelles ? Car la hiérarchie catholique et ses proches collaborateurs à Emmaüs ont été mis au courant de la conduite problématique du religieux avec les femmes dès les années 50. Notamment à la suite d'un voyage désastreux aux Etats-Unis, raconté par le philosophe Jacques Maritain dans des carnets inédits. En 1958, l'abbé Pierre est également interné de longs mois dans une clinique psychiatrique en Suisse. Et progressivement écarté de la direction d'Emmaüs. Dans une lettre datée du 27 juin 1958, que Libération a consultée et citée également par le Monde, le cardinal archevêque de Paris Maurice Feltin répond au ministre des Anciens Combattants Edmond Michelet pour expliquer qu'il n'est pas opportun d'attribuer une nouvelle décoration à l'abbé Pierre alors qu'il est envisagé de le promouvoir officier de la Légion d'honneur. «L'intéressé est un grand malade, écrit Feltin. Il semble préférable, actuellement, de faire silence sur lui», ajoute le prélat qui précise s'adresser «très confidentiellement» au ministre.

Chaperons. Dans ces années-là, l'Eglise catholique met en place un dispositif très strict de surveillance de l'abbé Pierre, accompagné de deux «socius», sortes de conseillers spirituels qui font aussi office de chaperons, et une surveillance de son agenda par Mgr Julien Gouet, personnage central et secrétaire de l'Assemblée des cardinaux et archevêques (ACA). Le prélat l'autorise ou non à assister à telle ou telle manifestation, d'honorer ou non telle invitation. Selon les historiens, les dossiers des prêtres français les plus problématiques remontaient directement à Gouet. Comme l'abbé Pierre, ancien résistant et ancien député, le prélat est bien introduit politiquement. Le secrétaire de l'ACA appartient aussi à cette époque au réseau qui protège l'ex-milicien vichyste Paul Touvier, condamné à mort pour ses crimes lors de la Seconde Guerre mondiale, et intrigue pour obtenir sa grâce.

La surveillance très stricte de l'abbé Pierre, mise en place à la fin des années 50 et qui s'est étendue dans les années 60, a-t-elle perduré ? La hiérarchie catholique demeure, pour le moment, silencieuse sur ce point capital. En tous les cas, au début des années 70, l'Eglise catholique traverse une crise majeure, celle du départ massif des prêtres et des religieux qui quittent leur ministère pour se marier et fonder une famille. «La question des prêtres déviants devient secondaire», soulignent des spécialistes. Le dossier des prédateurs sexuels passe au second plan.

Mythe. Après une éclipse d'une quinzaine d'années, le fondateur d'Emmaüs revient, lui, sur le devant de la scène au début des années 80, moment où émerge la question des nouvelles pauvretés. En 1986, il rencontre Coluche, qui a créé les Restos du coeur. La notoriété de l'abbé Pierre atteint des sommets, un mythe se construit. A la même période, le fondateur d'Emmaüs va séjourner à mi-temps, selon ses biographes, à l'abbaye Saint-Wandrille (Seine-Maritime), la Normandie étant un lieu de villégiature qu'il apprécie. Ces années-là voient surtout la disparition de Lucie Coutaz, cofondatrice d'Emmaüs, membre de son réseau de résistance et sa secrétaire particulière depuis l'après-guerre. Cette femme à poigne appartenait au cercle rapproché de l'abbé Pierre, au courant depuis de longues années de sa conduite déviante. Coutaz était de ceux qui veillaient strictement sur la vie privée du prêtre. Elle l'accompagnait systématiquement lors de ses séjours à Esteville, une propriété située à une quarantaine de kilomètres de Saint-Wandrille, léguée à Emmaüs et dont l'abbé Pierre avait fait, d'une certaine manière, sa résidence secondaire.

Est-ce la disparition de Lucie Coutaz qui a précipité l'installation à l'abbaye, connue pour accueillir des prêtres sanctionnés par l'Eglise catholique ? Est-ce une demande de la hiérarchie catholique, soucieuse d'éviter le scandale et qui aurait tenté de contrôler une nouvelle fois la vie du prêtre ? Ou bien le religieux a-t-il été laissé à ses choix et à ses dérives, lui qui fut à nouveau soigné en psychiatrie dans les années 80, selon nos informations, à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière ? Exarchevêque de Lille, Mgr Gérard Defois a occupé les fonctions centrales de secrétaire général de l'épiscopat de 1977 à 1983. «Je n'ai pas eu connaissance d'affaires concernant l'abbé Pierre ni à gérer quoi que ce soit», soutient-il, contacté par Libé. Interrogé, le diocèse de Grenoble, dont le religieux dépendait directement, n'a pas donné suite.

Le Monde
France, mercredi 14 août 2024 515 mots, p. 7

Plainte de la boxeuse Imane Khelif pour « harcèlement moral »

L’Algérienne médaillée d’or aux JO est ciblée depuis plus d’une semaine par une campagne de haine en ligne relative à son identité de genre

Soren Seelow

Après le tournoi de boxe, la bataille judiciaire. L’Algérienne Imane Khelif, médaille d’or des moins de 65 kg, victime depuis plus d’une semaine d’une virulente campagne de dénigrement concernant son identité de genre, a déposé plainte contre X vendredi devant le pôle national de lutte contre la haine en ligne du tribunal correctionnel de Paris, pour « harcèlement moral » en ligne.

Sa victoire par abandon en quarts de finale le 1er août avait déclenché un tsunami mondial de messages haineux sur les réseaux sociaux, la décrivant comme un « transgenre »concourant volontairement dans la mauvaise catégorie, voire un « homme »coupable de « violences faites aux femmes ».

De Philippe Vardon, ancien candidat Reconquête ! aux élections européennes de juin, à l’ancien député Rassemblement national Gilbert Collard, et jusqu’à la romancière britannique J. K. Rowling, l’homme d’affaires Elon Musk, la première ministre italienne, Giorgia Meloni, ou encore le candidat à la présidentielle américaine Donald Trump, la campagne de cyberharcèlement qui a visé la boxeuse était non seulement « massive », précise la plainte, mais aussi « coordonnée ». La controverse semble avoir été attisée, si ce n’est lancée, par la Fédération internationale de boxe (International Boxing Association, IBA), en conflit ouvert avec le Comité international olympique (CIO).

En mars 2023, le patron de l’IBA, Umar Kremlev, un oligarque russe proche de Vladimir Poutine, avait disqualifié la boxeuse algérienne et une autre athlète, taïwanaise, au motif que « des tests ADN ont révélé qu’[elles] tentaient de tromper leurs collègues en se faisant passer pour des femmes, comme l’attestent leurs chromosomes XY ».

Position en faveur de l’inclusion

L’IBA n’a jamais précisé la nature des « tests » pratiqués sur les deux boxeuses. En outre, la présence de chromosomes XY ne suffit pas à affirmer qu’une personne n’est pas une femme : ils peuvent exister, dans des cas rares, chez des femmes victimes de troubles du développement sexuel.

Les deux boxeuses avaient été autorisées à concourir par le CIO aux Jeux olympiques de Paris. « Ces deux athlètes boxent depuis des années dans les catégories féminines », avait justifié, deux jours avant le premier combat d’Imane Khelif, le porte-parole du CIO, Mark Adams. « Et il est établi que ce sont des femmes », avait-il insisté.

En ne suivant pas la décision de l’IBA, le CIO a pris position en faveur de l’inclusion des athlètes ayant des caractéristiques de genre non conformes aux critères traditionnels, s’attirant sur les réseaux sociaux un procès en « wokisme ». Lors d’une conférence de presse à Paris, lundi 5 août, le président de l’IBA n’avait d’ailleurs pas hésité à qualifier le président du CIO, Thomas Bach, de « sodomite en chef ».

Imane Khelif a peut-être aussi été victime d’une autre rivalité, régionale : nombre de tweets qui la harcelaient ont en effet été publiés par des comptes marocains ou liés au Maroc.

L'Humanité
mardi 13 août 2024 1017 mots, p. 7

Gauche, que veux-tu faire de ces jeux Olympiques ?

Anthony Cortes

Nouveau Front populaire Entre analyse critique et respect absolu de ce moment de cohésion nationale, les forces progressistes s'interrogent sur les suites politiques des JO Paris 2024.

La flamme s'est éteinte, mais reste une lueur. Après de longues semaines de crises (politique, géopolitique, agricole) et de fatigue généralisée, la France a découvert la possibilité d'une île, d'un répit. En deux semaines, par l'organisation et l'accueil de jeux Olympiques à Paris, elle a réappris à s'aimer, à se retrouver. « C'est pas complètement foutu, on peut être ensemble et heureux ensemble ! s'est félicitée Anne Hidalgo, la maire socialiste de la ville. Le message de l'extrême droite est écrabouillé par ces Jeux. » Ce soulagement intense, d'autant plus fort que le Rassemblement national (RN) menaçait d'accéder au pouvoir, ne doit cependant pas faire oublier certains aspects peu reluisants de ces JO. Nettoyage social, dégâts sur l'environnement, exploitation des travailleurs... C'est d'ailleurs pour « examiner avec la plus grande précision à quel prix et dans quelles conditions un événement de cette ampleur est organisé » que la France insoumise a annoncé la mise en place d'une « commission d'enquête populaire » menée par ses parlementaires. Ses conclusions sont annoncées pour la mi-septembre. Entre joie et devoir critique, le Nouveau Front populaire peut-il tracer un chemin politique en se tenant sur ses deux jambes ?

Adjoint à la maire de Paris et responsable de la commission sport du PCF, Nicolas Bonnet-Oulaldj fait partie de l'aventure Paris 2024 depuis dix ans. En 2014, au Conseil de Paris, il était l'un des premiers à évoquer les bénéfices à espérer de l'accueil des Jeux à Paris. Trois ans plus tard, il était de la délégation à Lima, au Pérou, qui a obtenu du Comité international olympique la désignation tant attendue. « Paris a été une grande fête populaire, c'est la première chose à retenir, estime-t-il. On savait que le résultat serait celui-là : le retour des jours heureux et de l'idéal de paix. » Car selon lui, avant de se frotter à un travail d'inventaire nécessaire, il est important de relever les progrès obtenus par ces Jeux. Et urgent, pour la gauche, de les revendiquer. « Tous les succès constatés sont issus de nos combats, poursuit-il. La cérémonie d'ouverture a été portée par des valeurs de gauche, la Seine va être rendue baignable, une charte sociale a été signée pour la première fois pour protéger les travailleurs des chantiers des JOP, la parité a été respectée, un travail de fond a été mené contre les violences sexistes et sexuelles... On doit être fier de tout cela. Ce sont nos Jeux ! »

Un avis que partage l'eurodéputée Chloé Ridel, porte-parole du PS, selon qui « la première leçon à tirer », pour la gauche, est « celle de l'unité ». « J'ai encore en tête le tableau, lors de la cérémonie d'ouverture, partagé par Aya Nakamura et la garde républicaine, évoque-t-elle. Ce moment a montré que ce que nous présentons comme souhaitable est possible. Notre objectif doit être celui de réunir les France montrées bien trop souvent, et à tort, comme irréconciliables. » Oui, mais comment ? « Ces Jeux ont montré qu'un patriotisme inclusif est réalisable, juge-t-elle, reprenant le concept développé par le politologue Yascha Mounk, auteur de l'essai le Peuple contre la démocratie. Mais pour cela, il faut trouver des marqueurs qui rassemblent. Se réapproprier le sport comme sujet politique peut être une voie pour y parvenir. »

Pour cela, Nicolas Bonnet-Oulaldj milite pour que les parties prenantes du NFP s'engagent dans une politique de promotion du sport, « vecteur d'épanouissement, de fraternité et de lien social ». « Nous ne devons pas bouder le sport, mais le porter, tranche-t-il. En cohérence avec nos engagements pour des services publics forts, nous devons brandir la nécessité, pour le pays, que l'État investisse massivement dans le sport à l'école, les clubs amateurs, le haut niveau, et les équipements sportifs du quotidien. Nous avons trop longtemps abandonné ce combat. »

un accès inégal aux équipements sportifs

Aurélie Trouvé, députée FI de Seine-Saint-Denis et responsable de la commission d'enquête populaire sur les « implications sociales, économiques et écologiques des JOP 2024 », confirme : « Nos travaux doivent justement permettre de dresser des perspectives à partir d'un véritable bilan sur le soi-disant "héritage" des Jeux. Le but est d'être constructif, pas rabat-joie. » Si celle-ci entend tirer au clair plusieurs sujets liés à l'accueil des jeux Olympiques, de l'expulsion d'un grand nombre de personnes, notamment d'hébergements d'urgence, aux conséquences à redouter sur le bon fonctionnement des services publics sur le long terme, notamment par la surmobilisation des policiers en période estivale, la question de l'accès au sport doit être un axe majeur des travaux. « Le gouvernement communique sur le fait que les Jeux permettraient à beaucoup de bénéficier d'infrastructures, ajoute-t-elle. Or, dans mon département, même après les JO, on a toujours quatre fois moins d'équipements sportifs par habitant qu'ailleurs. Et par manque de moyens permettant d'avoir un nombre suffisant d'encadrants ou d'espaces, beaucoup d'enfants ne peuvent accéder à certains sports : les places sont comptées, notamment en gymnastique, en danse ou en natation... Tandis que d'autres familles n'ont tout simplement pas les moyens de payer une inscription dans un club. »

Selon Aminata Niakiaté, porte-parole des Écologistes, les « émotions positives » provoquées par les JO ne doivent pas détourner la gauche de son devoir de contrôle. « Cette parenthèse refermée, la réalité est de retour, souffle-t-elle. Ces JO ont eu un coût économique et environnemental conséquent. Ils ont aggravé la dette de la ville, ils ont eu un impact sur les espaces boisés de la ville... Si nous ne faisons pas de travail critique pour rectifier le tir, les citoyens le paieront tôt ou tard. »

En 2030, la France doit accueillir d'autres jeux Olympiques, d'hiver cette fois. Ce qui finit de convaincre l'écologiste de la nécessité de cette démarche critique. « Nous devons dessiner des pistes d'amélioration pour de meilleurs JO pour en faire un événement sobre, projette-t-elle. En préservant la ressource en eau, en se penchant sur la question des transports, en respectant les populations, en s'entourant d'entreprises issues de l'économie sociale et solidaire plutôt que de Coca ou LVMH... Nous ne sommes pas anti-JO, mais pour de meilleurs JO. » Joyeux et vertueux.

Le Figaro, no. 24874
Le Figaro, mardi 13 août 2024 789 mots, p. 5

Politique

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12 août 2024 - Le Figaro (site web)

La fin des Jeux olympiques signe-t-elle celle de la « trêve politique » ?

Gentilhomme, Célestine, Lepelletier, Pierre, Timsit, John

Le temps était comme suspendu. Pendant deux semaines, la magie de l'olympisme, avec son lot d'insouciance et de fête, a régné sur le pays. Au point d'avoir balayé l'atmosphère pesante provoquée par une dissolution dont la « clarification » recherchée tardait à venir. En quelques heures, les images des athlètes tricolores, inondant les réseaux sociaux et les chaînes de télévision, ont ouvert une parenthèse enchantée. Très loin des clivages habituels. Alors que Paris a passé dimanche soir le flambeau à Los Angeles en vue des JO de 2028, la politique va-t-elle reprendre ses droits ? «Il y a eu beaucoup de fraternité, une vraie joie qui s'est exprimée, on l'a en nous, elle demande à s'exprimer» ,a temporisé lundi sur RTL la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra. Qui a plébiscité l' «unité qui nous a fait beaucoup de bien et qui est une leçon pour la suite». Le gouvernement démissionnaire a beau avoir, avec 64 médailles françaises, des étoiles dans les yeux, la réalité risque bien de le rattraper plus vite qu'il ne le pense.

Certes, la période des vacances prolonge la trêve «olympique et politique» qu'Emmanuel Macron avait appelée de ses voeux fin juillet. «Les Français ont moins de récriminations. Les responsables publics en profitent et connaissent traditionnellement une petite embellie de popularité à la fin du mois d'août», souligne le consultant et spécialiste de l'opinion Emmanuel Rivière. Mais les oppositions attendent le président de la République au tournant. N'avait-il pas lui-même repoussé la nomination d'un futur premier ministre à la mi-août ? Malgré une majorité introuvable à l'Assemblée nationale, cette stratégie devait, selon le chef de l'État, permettre de lancer une «discussion» entre les forces partisanes qui aurait dû conduire au «rassemblement le plus large» pour «agir».Et garantir une «stabilité»parlementaire. Mais alors que l'échéance se rapproche, personne n'entrevoit la porte de sortie. Un noeud gordien d'autant plus inextricable que le Nouveau Front populaire (NFP), arrivé en tête aux législatives, n'a pas tardé à remonter au créneau.

Si elle a été dans l'ensemble très discrète pendant les JO, la gauche est revenue à la charge aussitôt la flamme éteinte. Objectif : maintenir la pression sur Emmanuel Macron pour qu'il nomme Lucie Castets comme première ministre. Inconnue du grand public, la « candidate » du NFP a tenté de rattraper son retard de notoriété avec des déplacements et des entretiens dans la presse pendant les Jeux. Difficile néanmoins de percer dans l'opinion tant les Français avaient la tête aux exploits sportifs. «Il y a eu une trêve olympique parce qu'effectivement il fallait se concentrer sur ce moment incroyable», a expliqué la députée européenne socialiste Chloé Ridel, lundi matin, sur France Inter. Pour la porte-parole du PS, «le président doit reconnaître les résultats de cette élection».Et d'insister : «Il faut désormais se remettre à discuter de la formation d'un gouvernement.»

Prendre du recul

Pour faire plier le locataire de l'Élysée, selon qui «personne» n'a gagné les élections, Lucie Castets compte d'abord sur les quatre forces de l'alliance (LFI, PS, Les Écologistes, PCF). Dès lundi, la haute fonctionnaire a envoyé un courrier aux parlementaires pour tracer le «chemin» du nouveau cartel des gauches. Elle y a listé plusieurs priorités, dont l'augmentation des salaires et l'abrogation de la réforme des retraites, mais aussi la volonté de «rétablir une fiscalité juste». Il n'empêche, l'hypothèse Lucie Castets n'est pas celle qui a les faveurs du président, qui estime que le NFP n'a pas les moyens de gouverner. Le Rassemblement national (RN), silencieux depuis mi-juillet, n'ayant pas le poids nécessaire pour marchander la moindre responsabilité, tous les regards se tournent vers la droite.

Un de ses ténors a d'ailleurs émergé ces derniers jours : Xavier Bertrand. Avec Matignon en ligne de mire, le patron des Hauts-de-France a laissé ses proches mener une campagne discrète dans les médias. Si certains ministres issus de la droite, comme Gérald Darmanin (Intérieur) ou Aurore Bergé (Égalité femmes-hommes), ont publiquement évoqué cette hypothèse, l'ancien ministre du Travail a préféré se murer dans le silence. En attendant que les Français se reconnectent à une actualité plus lourde que les JO. «Alors que le pays a repris confiance en lui, a constaté qu'il pouvait encore impressionner le monde et être admiré, la situation politique est tout sauf claire et réjouissante,pointe Emmanuel Rivière . Les gens n'ont pas envie de revenir à des conversations politiques.» Une analyse que partagent sans doute bon nombre de responsables qui veulent aussi prendre un peu de recul après une séquence électorale harassante. C.G. ET P.L. ET T. J.

Le Monde
mardi 13 août 2024 1352 mots, p. 19
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12 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Jean-Paul Descombey, fidèle au « Monde » depuis le premier jour

« Fous du “Monde” » — 1/4 — Le psychiatre retraité de 94 ans n’a jamais cessé de lire le quotidien depuis 1944, même si certains articles ont pu, parfois, l’exaspérer

Gilles van Kote

Dans les textes qu’il adresse régulièrement au courrier des lecteurs du Monde, Jean-Paul Descombey n’oublie jamais de rappeler qu’il est un fidèle parmi les fidèles, un « lecteur assidu, quotidien, duMonde depuis le premier numéro ». « Il est difficile de trouver un lecteur plus ancien » , assure-t-il. Sans doute est-il l’un de nos rares lecteurs à pouvoir affirmer avoir tenu entre ses mains le premier numéro du journal, une simple page recto verso (rareté du papier oblige), à peine sorti de l’imprimerie de la rue des Italiens, l’après-midi du lundi 18 décembre 1944, et daté du lendemain, comme c’est encore le cas aujourd’hui.

Pareil attachement est rare. A la veille du 80e anniversaire du Monde, cela valait bien une visite à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), où réside ce « psychiatre-psychanalyste à vie, bien que retraité et âgé de 94 ans », ainsi qu’il aime à se présenter. Le vénérable lecteur vient lui-même vous ouvrir la porte, au rez-de-chaussée de son immeuble. Et vous conduit dans un petit bureau, encombré de livres, de revues, de partitions et d’un piano droit, où trône un ordinateur sur lequel l’alerte nonagénaire laisse libre cours à ses indignations, et elles sont toujours aussi vives.

Et là, on ne l’arrête plus. Ses engagements à la Libération, sa carrière de psychiatre des hôpitaux qu’il terminera comme chef de service à Sainte-Anne, à Paris, son analyse critique des politiques de santé menées par les gouvernements des dernières décennies, sa conception de la psychiatrie… « Je n’ai pas fait le deuil de la médecine et de la psychiatrie », avoue-t-il avec une pointe d’espièglerie. Il faut profiter d’une brève pause pour lui rappeler qu’on est venu l’entendre parler de sa relation de près de quatre-vingts années avec Le Monde.

« Tradition politique familiale »

« Le premier numéro, je l’ai eu entre les mains, se souvient-il. C’était l’euphorie de la Libération, je n’avais pas 15 ans. Il peut paraître curieux que j’aie été lecteur à un aussi jeune âge, mais il y avait une tradition politique dans la famille. »Il est l’arrière-petit-fils de Pierre Cazals, député radical de l’Ariège de 1919 à 1936, mais c’est sa sœur aînée qui va contribuer à l’éveil de sa conscience politique. « Elle était résistante et est devenue communiste à cette époque, raconte Jean-Paul Descombey. Elle a entraîné notre sœur cadette, qui s’est fait exclure du lycée Fénelon pour avoir distribué des tracts dans la cour de récréation. Quant à moi, j’ai adhéré au Parti communiste français[PCF] dès la fin de la guerre. »

Le retraité se souvient encore de la « splendide jeune femme » qui enregistra son adhésion au PCF dans un local de la rue Soufflot, dans le 5e arrondissement de Paris, et s’étonna de son jeune âge. Il s’agissait de la journaliste et poétesse Madeleine Riffaud, aujourd’hui âgée de 99 ans, qui s’est récemment confiée au Monde, « coïncidence »qui n’a évidemment pas échappé à la sagacité de son ancien admirateur et jeune camarade de parti.

L’idylle avec le PCF durera jusqu’à la révolution hongroise de 1956 et son écrasement par l’armée soviétique, même si Jean-Paul Descombey faisait déjà partie d’un « groupe anti-stalinien », critique de la ligne du parti. « Je ne me souviens plus si j’ai été exclu du PCF ou si je m’en suis éloigné, raconte-t-il. Mais ce dont je me souviens parfaitement, c’est qu’au moment du rapport Khrouchtchev[dans lequel le dirigeant soviétique dénonça début 1956 les crimes du stalinisme] la seule façon de savoir ce qu’il y avait vraiment dedans était de lireLe Monde . DansL’Humanité , on ne faisait qu’allusion à des“documents publiés par le département d’Etat [américain] et attribués au camarade Khrouchtchev”. »

La lecture du Monden’était alors pas bien vue au sein du PCF, ce qui n’empêchait pas « bon nombre de camarades de le lire », se souvient-il avec amusement : « Un autre mensonge du parti était de prétendre que Le Monde était l’héritier du Temps , qui était le journal du Comité des forges [une organisation patronale] avant-guerre, alors que le seul rapport entre les deux titres était que Le Monde avait récupéré à sa création la typographie et les locaux du Temps , qui étaient placés sous séquestre », ce dernier quotidien ayant continué de paraître sous l’Occupation.

La deuxième cause de sa rupture avec le PCF a été, selon Jean-Paul Descombey, la position ambiguë du parti au début de la guerre d’Algérie. L’Algérie, où le futur psychiatre est mobilisé un an comme médecin aspirant. Là encore, au sein de l’armée française, la lecture du Monden’était pas recommandée. « Mais ma première femme me l’envoyait, dit-il. Elle le pliait de telle façonqu’on ne le reconnaissait pas. »

Plus simple par abonnement

Des premières années du quotidien du soir, Jean-Paul Descombey se souvient des éditoriaux politiques de Rémy Roure, résistant, ancien déporté et compagnon de la Libération, qui quitta Le Monde pour Le Figaroen 1952. Fidèle parmi les fidèles, il n’a jamais cessé d’acheter le journal en kiosque ou chez le marchand de journaux (« Même à Venise où, avec ma compagne, nous sommes allés en vacances pendant une quinzaine d’années, nous finissions toujours par le trouver »), jusqu’à ce que, l’âge avançant et les points de vente se raréfiant, il devienne plus simple de souscrire un abonnement.

« J’y suis resté fidèle parce que je pense qu’il faut un journal comme celui-là, que je lui trouve des qualités, poursuit-il. J’ai connu des moments difficiles avec Le Monde , mais sa lecture est irremplaçable. Il est bien sûr arrivé que des prises de position du journal me rebutent et que, de colère, je jette les pages à travers la pièce, mais ça s’est arrêté là. » Les motifs d’irritation de Jean-Paul Descombey ne manquent pourtant pas. Notamment d’avoir constaté au fil des ans que le courrier des lecteurs de son « toxique quotidien vespéral », ainsi qu’il le surnomme, ne donnait que rarement suite aux lettres qu’il lui adresse encore aujourd’hui. « Fort peu de ces notules critiques ont eu droit à publication ou simple allusion dans le courrier des lecteurs », déplore-t-il dans une note rédigée en vue de notre entretien.

Il y eut cependant quelques rares exceptions et notamment la publication en 2022 sur le site du Monde, dans la rubrique « Le Monde des lecteurs », d’un texte sur la crise de l’hôpital… dont la parution échappa à son auteur, resté fidèle à l’édition imprimée plutôt qu’au numérique. Les questions de santé continuent de passionner l’ancien clinicien, qui prépare avec quelques collègues un appel à élaborer un plan de reconstruction de la psychiatrie qu’il espère bien voir publié par son journal.

Selon lui, ce dernier serait un peu trop respectueux du pouvoir politique : « Je vous trouve trop tolérants, trop gentils, face aux mesures de secourisme d’urgence apportées en réponse à la crise de la psychiatrie. Vous laissez les ministres responsables de cette catastrophe s’exprimer sans les contredire, alors qu’ils mentent effrontément. Cela pose quand même un problème… »

Tous les samedis, Jean-Paul Descombey continue de s’armer de patience et de ciseaux pour « liquider », comme il dit, tous les numéros de la semaine et classer les articles concernant « les hôpitaux, Emmanuel Macron et la gauche mourante » dans des chemises thématiques qui finissent au bout d’un certain temps stockées dans le parking. « Je fais la même chose avecL’Huma » , précise-t-il. Car le médecin a repris sa carte du parti et la lecture du quotidien communiste à la fin des années 1990. La fidélité n’est pas un vain mot pour Jean-Paul Descombey.

Le Figaro, no. 24874
Le Figaro, mardi 13 août 2024 644 mots, p. 11

Sport

Thomas Bach, la dernière danse

Ezvan, Jean-Julien

Épilogue et émotion. Élu à la présidence du CIO en 2013, réélu en 2021, Thomas Bach, qui fut champion olympique de fleuret par équipes en 1976, a annoncé samedi, en clôture de la 142e session de l'instance faîtière, qu'il ne se représenterait pas. «Je respecte la Charte et ne solliciterai pas un nouveau mandat» , a résumé le dirigeant allemand (70 ans), très ému, en mettant fin au suspense. L'élection se déroulera à Olympie, du 18 au 21 mars 2025. Durant les mandats du dirigeant allemand, le CIO a notamment résisté au scandale russe de dopage organisé révélé à la suite des Jeux d'hiver de Sotchi, en 2014, vécu le report d'un an des Jeux d'été de Tokyo 2020 en raison de la pandémie de Covid-19 et organisé les Jeux d'hiver 2022 à Pékin, toujours pendant la pandémie. Et la route des futurs rendez-vous aux anneaux est bien dégagée. Les Jeux d'été 2032 (Brisbane) ; les Jeux d'hiver 2030 (les Alpes françaises), 2034 (Salt Lake City), avec une forte option pour 2038 (Suisse) ont été attribués. «Pas moins de 13,5milliards de dollars de revenus sont assurés jusqu'en 2032, entre les droits de télévision et les contrats de partenariat. Les Jeux olympiques de l'e-sport, l'une de ses initiatives les plus inattendues, ont trouvé un pays hôte, l'Arabie saoudite, pour un bail de douze ans. Le décor était nettement moins dégagé en 2013, lorsqu'il a été élu (par les membres du CIO) à la session de Buenos Aires pour succéder au Belge Jacques Rogge» , rappelle le site spécialisé Francs Jeux.

Dans la coulisse, la course à la succession de Thomas Bach va se lancer. Parmi les candidats possibles, une figure se détache, celle de Sebastian Coe, l'emblématique président de la Fédération internationale d'athlétisme. Son passé d'athlète (notamment médaillé d'or sur 1 500 m aux JO de Moscou, en 1980, et Los Angeles en 1984), d'organisateur (chef d'orchestre des Jeux olympiques de Londres en 2012) et d'homme politique (député) plaide pour lui, mais ses prises de position n'ont pas toujours fait l'unanimité (exclusion des athlètes russes des compétitions et primes de 50 000 dollars pour les médaillés d'or dans les épreuves d'athlétisme durant les JO de Paris 2024, notamment). Le séduisant Britannique (67 ans) n'est pas seul à pouvoir prendre la suite. Parmi ceux qui pourraient se lancer, figurent l'Espagnol Juan Antonio Samaranch (64 ans ; fils de celui qui fut président du CIO entre 1980 et 2001), le Japonais Morinari Watanabe (65 ans), le Français David Lappartient (51 ans ; président de la Fédération internationale de cyclisme et du Comité national olympique et sportif français), la Zimbabwéenne Kirsty Coventry (41 ans) ou la Néerlandaise Nicole Hoevertsz (60 ans).

L'heure n'est pas aux fracassantes déclarations d'intention. Avant les JO, interrogé quant à savoir s'il pourrait être intéressé, David Lappartient nous avait confié : «Je suis membre du CIO, très heureux et fier de l'être. L'olympisme me passionne. Le CIO me passionne aussi. J'ai la chance d'être président de fédération internationale, je connais un volet. Je suis président de Comité national olympique, je connais un autre volet. Je sais aussi ce que c'est de porter un dossier de candidature olympique (Jeux d'hiver 2030). Je préside aussi la commission e-sport du CIO, je vois le fonctionnement interne du CIO, et tout cela me donne envie de poursuivre mon action au sein de la famille olympique. Où cela me mènera-t-il? L'avenir nous le dira. Mais j'aime l'olympisme, ses valeurs, les rencontres entre les cultures, le fait que le sport soit facteur d'unité. J'aime vraiment cela. Tout ce volet international, de diplomatie par le sport, c'est quelque chose d'intéressant. Mais ce qui m'intéresse, ce n'est pas la présidence pour la présidence, mais la présidence pour ce qu'elle permet de faire. Il y a plein de choses à faire pour faire bouger les lignes...» J.-J. E.

L'Humanité
mardi 13 août 2024 149 mots, p. 14

[Claude Wargnies est décédé, le mercredi...]

Claude Wargnies est décédé, le mercredi 7 août, à Paris, à l'âge de 86 ans. Né le 25 janvier 1938 à Quiévy, dans le département du Nord, il devient mécanicien de profession, et dirige la fédération CGT des travailleurs des industries alimentaires et du commerce. Militant communiste, il est nommé maire adjoint de Caudry et il est élu en 1978 député de la 17e circonscription du Nord. Par la suite, il siégera au conseil régional. Claude Wargnies fut aussi le président fondateur et d'honneur du comité Fnaca (Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie) de Caudry. Figure du PCF dans le Cambrésis, ses camarades gardent de lui l'image d'un homme pacifique, d'une grande gentillesse, modeste, intelligent et souriant. Un hommage civil lui est rendu ce mardi 13 août, à 11 heures, au crématorium de Caudry. L'Humanité présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Le Monde
Jeux olympiques, mardi 13 août 2024 1937 mots, p. 8
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12 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Après la trêve, la crise politique rattrape Macron

Le chef de l’Etat n’a pas encore nommé de premier ministre, cinq semaines après la fin des législatives

Solenn de Royer

Incandescente, la vasque olympique a brûlé une dernière fois, dimanche soir 11 août – elle sera rallumée à la fin du mois pour les Jeux paralympiques –, tandis que Zaho de Sagazan, robe et justaucorps noirs, chantait « l’espoir fleurit, sous le ciel de Paris », inaugurant depuis le jardin des Tuileries la cérémonie de clôture des Jeux olympiques (JO). Dans les tribunes du Stade de France, Emmanuel Macron, rentré la veille du fort de Brégançon (Var), savoure ces dernières heures de concorde. « Tous ceux qui n’ont pas cru aux Jeux se sont trompés »,s’est-il félicité dans L’Equipeà l’issue de la cérémonie, louant « la capacité d’enthousiasme et d’émotion des Français devant le dépassement ». « Il y a un perdant : c’est l’esprit de défaite » , a-t-il ajouté.

Avec la fin de ces JO, qui ont enthousiasmé les Français et le monde entier, c’est la fin d’une parenthèse enchantée, et donc, mécaniquement, de la « trêve olympique »décrétée par le président de la République, le 23 juillet.

Cinq semaines après le second tour des législatives, qui a vu l’ex-majorité présidentielle durement sanctionnée – elle a perdu 73 sièges –, Emmanuel Macron va devoir nommer un premier ministre et le charger de composer un gouvernement. Rien n’a filtré de ses consultations menées depuis le fort de Brégançon, qu’il avait rejoint dimanche 28 juillet, et où il passera l’essentiel de la semaine à venir. Au téléphone, il a testé une poignée de noms (Xavier Bertrand, Michel Barnier, Bernard Cazeneuve, Jean-Louis Borloo…) devant ses interlocuteurs réguliers, mais sans rien dévoiler de ses intentions.

Echéances cruciales

Le timing de la nomination n’est pas arrêté non plus. Certains, au sein du camp présidentiel, espèrent une annonce rapide, dès la semaine du 19 août, afin que l’exécutif puisse se plonger sans tarder dans la délicate équation du budget, qui doit être ficelé fin septembre pour être déposé à l’Assemblée nationale au plus tard le premier mardi d’octobre.

D’ici au vendredi 20 septembre, la France, qui vient d’être placée par la Commission européenne en procédure de déficits excessifs, devra également présenter son plan à moyen terme expliquant comment elle entend corriger sa trajectoire. Autant d’échéances cruciales qui plaident pour une nomination rapide de la nouvelle équipe.

Mais d’autres jugent que le temps de maturation n’a pas été assez long du côté des partis et groupes parlementaires, et qu’il faut encore réfléchir aux options programmatiques et aux convergences possibles. « On passe trop de temps sur le casting et pas assez sur le “pour quoi faire ?”, pourtant la seule manière de sortir de l’impasse », veut croire un ministre démissionnaire. Il se dit persuadé que le chef de l’Etat – qui, pendant toute la durée des Jeux s’est affiché aux côtés des médaillés, de Léon Marchand à Teddy Riner – n’est pas pressé de refermer la parenthèse.

A l’Elysée, où l’on sait que la situation institutionnelle « inédite », avec un gouvernement chargé des affaires courantes, ne peut être prolongée indéfiniment, on jure que le président de la République « ne cherche pas à gagner du temps ». « L’idée, c’est de ne pas trop traîner », assure un conseiller, qui évoque une possible annonce la semaine du 19 août.

De facto, la pression va être de plus en plus forte sur Emmanuel Macron, qui se voit déjà reprocher par la gauche de ne pas avoir tenu compte du vote des Français à l’issue de ces élections qu’il a lui-même convoquées, tout en semblant aussitôt après s’en désintéresser. « Ne pas nommer de premier ministre au lendemain du scrutin qui l’a sanctionné durement est une anomalie démocratique,note l’ancien conseiller de François Hollande, Gaspard Gantzer. Il fait comme s’il n’y avait pas eu d’élections législatives, alors que les Français se sont massivement mobilisés. Ce temps suspendu accrédite l’idée que voter ne sert à rien, que les institutions ne servent à rien. »

« Faire les choses dans l’ordre »

Jeudi 11 juillet sur LCI, l’ancien premier ministre Dominique de Villepin a appelé Emmanuel Macron à nommer un premier ministre issu des rangs du Nouveau Front populaire (NFP), arrivé en tête le 7 juillet, au nom de la « tradition républicaine », même si la coalition de gauche, qui ne dispose d’aucune majorité à l’Assemblée nationale, se fait ensuite censurer. « Il faut faire les choses dans l’ordre », a-t-il préconisé.

Au sein même de l’ex-majorité, certains, issus de l’aile gauche, partagent cette analyse et plaident pour que le président de la République « lève d’abord l’hypothèque de gauche », avant de passer – en cas d’échec à constituer un gouvernement ou de censure – à une deuxième option, comme cela se fait dans la plupart des démocraties parlementaires.

L’intéressé a rejeté d’emblée ce scénario, le 23 juillet sur France 2, balayant le nom de la haut fonctionnaire de 37 ans Lucie Castets, proposé par le NFP pour Matignon. « Il est faux de dire que le Nouveau Front populaire aurait une majorité, quelle qu’elle soit », a affirmé Emmanuel Macron, pour qui la nomination d’une ou d’un chef de gouvernement issu du NFP constituerait un trop grand risque. Dans le camp présidentiel, on redoute en effet que Marine Le Pen décide de ne pas censurer tout de suite un tel gouvernement, ce qui laisserait à ce dernier le temps de « faire n’importe quoi », selon les mots d’un ministre macroniste, sur les retraites ou la fiscalité, par exemple, ce que le chef de l’Etat veut à tout prix éviter.

Au lendemain du long week-end du 15 août, Emmanuel Macron devrait commencer par recevoir les responsables des groupes parlementaires à l’Elysée, peut-être aussi les responsables des partis. Le 10 juillet, dans sa lettre aux Français, qui était en réalité une adresse aux partis, il a enjoint à ces derniers de s’entendre, définissant les contours de la coalition qu’il souhaitait voir advenir, dans « l’arc républicain ».

« L’objectif est toujours le même, rappelle-t-on à l’Elysée, une coalition la plus large et stable possible. »« Tout le temps utilisé pour chercher un accord entre partis est du temps perdu », déplore le président du MoDem, François Bayrou, qui pousse Emmanuel Macron à former sans tarder un gouvernement « représentatif des nuances de l’Assemblée ».

Le portrait-robot du futur premier ministre a été dessiné à l’Elysée : une personnalité « reconnue », dotée d’une « forte expérience des affaires de l’Etat », « respectée sur tous les bancs des forces républicaines », « issue d’un camp, mais capable de parler aux autres ».

S’il entend mettre en scène un « parfum de cohabitation » avec son nouveau chef de gouvernement, qui ne devrait donc pas être l’un de ses amis, Emmanuel Macron se refuse à tout changement de politique sur le fond. « Le chef de l’Etat est prêt à des bougés, mais il ne veut pas toucher à la politique de l’offre », résume un conseiller de l’Elysée, où l’on a écouté avec attention la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, se désolidariser de sa collaboratrice Lucie Castets, au motif que si une gauche devait gouverner demain, ce serait « une gauche sociale-démocrate ».

Le 23 juillet, Emmanuel Macron a en revanche loué le « pacte législatif » proposé par le président des députés du groupe Droite républicaine, Laurent Wauquiez. La nomination d’une personnalité de droite, alors que le parti Les Républicains (LR) est arrivé en quatrième position au soir du second tour des législatives et ne dispose que de 47 députés – contre 182 alors pour le NFP – sera sans surprise contestée à gauche. « Alors qu’il a perdu les élections, Emmanuel Macron considère que tout doit rester à sa seule main, et qu’il peut tordre les institutions selon son bon vouloir », s’agace le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, selon lequel « Jupiter fait tout pour rester Jupiter », même déchu.

Au sein de LR, où Laurent Wauquiez s’est dit hostile à toute coalition avec la Macronie, certains admettent volontiers que les 47 députés ne seront de toute façon pas suffisants pour bâtir une coalition avec les 166 députés du bloc central, quand une majorité sociale-démocrate pourrait à l’inverse se dessiner avec les socialistes, les écologistes, le camp présidentiel et les députés du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires. « Dans cette configuration, une nomination de[l’ancien premier ministre de François Hollande] Bernard Cazeneuve a plus de sens », observe un député LR, même si socialistes et écologistes restent à ce stade liés par leur alliance avec La France insoumise.

Séquence mémorielle

Les noms de maires de gauche, comme celui de Saint-Ouen, le socialiste Karim Bouamrane, circulent également pour Matignon. « Le message qu’ont envoyé les Français est très cohérent avec les Jeux : travaillez ensemble », a expliqué Emmanuel Macron dans L’Equipe, remerciant Anne Hidalgo, et la présidente (LR) de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, pour leur co-organisation des JO. Il a rappelé que tous les trois avaient été « en compétition pour la présidentielle » de 2022, ce qui ne les avait pas empêchés d’œuvrer ensemble. « Il ne faut pas écouter les cassandres. Tous ceux qui vous disent que les clivages sont plus importants… Quand on a des objectifs communs, quand on travaille ensemble, rien n’est insurmontable », a-t-il insisté à l’issue de la cérémonie de clôture.

Avant de se consacrer à la suite de son quinquennat, Emmanuel Macron doit ouvrir, lundi 12 août, une nouvelle séquence mémorielle, en présidant à la Préfecture de police de Paris une cérémonie en hommage aux policiers ayant participé, à la Libération en 1944, au soulèvement de la capitale contre l’occupant nazi. Puis il assistera, le 15 août, aux cérémonies du 80e anniversaire du débarquement allié en Provence, en présence de chefs d’Etat et de gouvernement africains. Enfin, il se rendra comme chaque année à Bormes-les-Mimosas (Var), qui fêtera sa libération le 17 août, et assistera aux cérémonies pour celle de Paris, le 25 août. Autant d’occasions, selon l’Elysée, de « renforcer la cohésion de la nation »,dans le sillage des JO, qui ont servi de formidable exutoire après le choc de la dissolution et les semaines d’intenses tensions ayant précédé le second tour des législatives.

Initialement évoqué en début de semaine, un conseil des ministres, réunissant les membres du gouvernement chargés d’expédier les affaires courantes, a été annulé, remplacé par une réception, lundi 12 août à l’Elysée, en l’honneur des acteurs publics et privés ayant contribué à la réussite des Jeux. A deux semaines des Jeux paralympiques (du 28 août au 8 septembre), Emmanuel Macron appellera à « la poursuite de cette mobilisation inédite qui contribue à rendre fiers les Français et à faire rayonner notre pays dans le monde », alors qu’une parade olympique aura lieu le 14 septembre sur les Champs-Elysées. « Les Français ont redécouvert qu’ils pouvaient faire de grandes choses ensemble », a-t-il insisté, promettant de « capitaliser » sur cette réussite. « Il faut faire vivre cet esprit », a-t-il ajouté.

Depuis son camping en Corse, où il a suivi les Jeux avec ferveur, le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel, a invité Emmanuel Macron à ne pas tenter de profiter des JO pour « effacer les attentes exprimées lors des élections ». « J’aimerais que le président de la République comprenne qu’il a perdu », a-t-il ajouté dans un entretien à Corse-Matin, publié le 8 août. Les hostilités ne font que commencer.

Le Monde
France, lundi 12 août 2024 958 mots, p. 9
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11 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Partis politiques : derrière les changements de nom, un enjeu d’image

Les nouvelles appellations surviennent souvent au moment des crises

Bastien Loeuillot

Un manque de temps ou d’imagination ? Peut-être les deux. Pour choisir leur nouveau nom de groupe à l’Assemblée nationale, les élus Les Républicains (LR) ont fait simple : Droite républicaine. « Il ne fallait pas se gratter la tête trop longtemps et il fallait y aller », estime la secrétaire générale du parti, Annie Genevard, élue dans la 5e circonscription du Doubs. Mais elle concède que le nom a été choisi « assez rapidement » , en deux jours, après le second tour des élections législatives, le 7 juillet. A l’Assemblée, un nouveau président va accompagner ce nouveau nom : Laurent Wauquiez a été élu à la tête du groupe, succédant à Olivier Marleix.

Dans l’autre chambre, les sénateurs LR devraient aussi changer d’identité, bien que rien n’ait encore été décidé officiellement. « Ça me paraîtrait assez cohérent », appuie Annie Genevard. Ces changements semblent mener inexorablement vers une nouvelle appellation du parti Les Républicains. Une issue que ne cherchent plus à cacher les cadres. « On n’ira pas à une prochaine échéance avec un parti qui s’appelle Les Républicains,lâche le député de Moselle Fabien Di Filippo , ce nom ne reste associé qu’à des déceptions, certaines trahisons et certains échecs. »

Le parti de droite est un habitué de ces changements de titre. Depuis l’après-guerre, il a déjà existé sous six noms différents, évoluant au fil des années. Mais surtout au fil des crises. En pleine guerre d’Algérie, l’Union pour la nouvelle République est créée pour soutenir l’action de Charles de Gaulle, revenu au pouvoir pour sortir la France de la guerre d’Algérie ; elle deviendra l’Union des démocrates pour la République en 1967.

Pour revenir au pouvoir après l’élection du centriste Valéry Giscard d’Estaing, en 1974, le parti gaulliste se mue en Rassemblement pour la République (RPR) en 1976, sous l’impulsion du jeune Jacques Chirac. En 2002, le RPR deviendra l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), après l’arrivée surprise de Jean-Marie Le Pen et de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle. Les Républicains, eux-mêmes, naissent en 2015 pour balayer les affaires de Nicolas Sarkozy, les financements libyens de la campagne présidentielle de 2007 et l’affaire Bygmalion, et la défaite face à François Hollande en 2012.

Mais ce réflexe n’est pas réservé au parti de droite. Alors qu’il est en pleine croissance, porté par les bons résultats des élections européennes de 2019 et des municipales de 2020, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) peine à convaincre lors de la présidentielle de 2022, lorsque son candidat, Yannick Jadot, obtient 4,6 % des voix. En octobre 2023, quelques mois après l’arrivée de la nouvelle secrétaire générale, Marine Tondelier, EELV opte pour un nouveau nom : Les Ecologistes. « Ça correspondait bien à notre projet d’ouverture », justifie le délégué général du parti, Augustin Augier.

« C’est plus facile de changer le nom d’un parti que de changer en profondeur », estime plutôt le professeur de sciences politiques à l’université Lille Rémi Lefebvre, qui y voit « une espèce d’injonction à se réinventer ». « L’ancrage territorial est plus faible qu’avant, du coup, la marque partisane est fondamentale et reste un élément saillant du choix électoral », ajoute le chercheur. Lorsque le Front national se renomme Rassemblement national, en 2018, l’objectif est surtout marketing : il s’agit de rompre avec ses origines et l’image antisémite de Jean-Marie Le Pen.

Alors, simple coup de peinture ou changement structurel ? La réalité est plus nuancée. Si le marketing joue beaucoup dans le choix d’un nouveau nom, cette modification est souvent accompagnée d’évolutions structurelles, plus ou moins majeures. En se renommant Les Ecologistes, le parti a voulu s’ouvrir aux sympathisants qui ne sont pas adhérents. « C’est plus de neuf mois de travail et de réflexion », affirme Augustin Augier. « Ils essayent à chaque fois de s’ouvrir à la société, de recréer des statuts de sympathisants. Mais, en fait, ça ne marche jamais », répond Rémi Lefebvre.

Une situation différente pour La République en marche, renommée Renaissance en 2022, alors que le mouvement se transforme en parti politique. « C’était assez cohérent de changer l’identité du parti, alors que le mouvement change de fonctionnement total, en mettant notamment en place des adhésions payantes », selon le chercheur.

Le PS et le PCF résistent

Dans ce ballet de noms, deux blocs résistent : le Parti communiste français (PCF) et le Parti socialiste (PS). Si ce dernier reprend des couleurs après les dernières élections européennes et législatives, il a connu plusieurs années de crise depuis la fin du mandat de François Hollande, en 2017. Mais la marque Parti socialiste persiste depuis 1969. « Même s’il était un repoussoir en 2017, le PS a quand même une tradition historique de gauche modérée, de gauche de responsabilité », estime Rémi Lefebvre. D’autant que l’appellation Parti socialiste est utilisée en Espagne, en Allemagne et même dans les pays d’Europe de l’Est. Quant au PCF, si son nom est régulièrement ramené aux dictatures soviétiques par ses opposants, l’appellation du parti ne bouge pas.

« La gauche crée des alliances et des nouvelles appellations marketing à chaque élection » , répond le député LR Fabien Di Filippo. Même argument pour Annie Genevard. Aux deux dernières élections législatives, la coalition de gauche a pris deux noms différents. Après l’implosion de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), l’alliance s’est recréée en juin pour les législatives sous une nouvelle marque : le Nouveau Front populaire. Pour l’accompagner, un nouveau logo et une nouvelle charte graphique. A l’intérieur, les quatre mêmes principaux partis.

Le Figaro, no. 24873
Le Figaro, lundi 12 août 2024 846 mots, p. 5

Société

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10 août 2024 - Le Figaro (site web)

Mathieu Hanotin, maire PS de Saint-Denis : « La présence de la police est efficace pour lutter contre la délinquance »

Lepelletier, Pierre

Ancien député, Mathieu Hanotin est le maire socialiste de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) depuis 2020.

LE FIGARO. - LE FIGARO. - Quel premier bilan tirez-vous de ces Jeux olympiques pour Saint-Denis ?

- MATHIEU HANOTIN. - Le bilan est très favorable. Sans surprise, nous n'avions aucun doute que la dynamique olympique serait positive pour Saint-Denis. Nous sommes la première ville bénéficiaire de ces JO avec un héritage matériel conséquent : des ponts construits, de nouvelles piscines, des kilomètres et des kilomètres de pistes cyclables, des parkings à vélo... Nous nous sommes servis de l'événement pour permettre un changement de regard sur notre ville, sur le département mais aussi sur la banlieue en général. La question est désormais de savoir comment on utilise cet héritage pour aller plus loin, pour que la Seine-Saint-Denis incarne autre chose qu'une banlieue qui serait malheureuse, très pauvre, sans solution. Nous voulons tourner le dos à ce misérabilisme insupportable, à cette assignation sociale à l'échec et faire en sorte que notre territoire devienne désirable et attractif.

LE FIGARO. - Que va devenir le Village olympique ?

- Il faut compter une année de transformation pour que fin 2025, début 2026, il commence à accueillir des habitants pour devenir un nouveau quartier de la ville. Nous en sommes très fiers car le lieu va continuer d'être visité pendant les années à venir, ce qui participera à l'attractivité de la commune. Ce Village olympique a aussi été un facteur d'innovation dans la construction avec un impact carbone beaucoup moins important qu'habituellement.

LE FIGARO. - Saint-Denis peut-elle aussi en finir avec l'insécurité ?

- Il y a, à Saint-Denis, une demande de sécurité qui est évidente. C'est pourquoi j'en ai fait une des priorités de mon mandat. Ces Jeux olympiques font la démonstration que la présence de la police est efficace pour lutter contre l'insécurité. Cela a permis à la ville de révéler ses atouts, ses qualités, son hospitalité. Nous avons obtenu qu'un certain nombre de ces forces de l'ordre, notamment les effectifs de la police judiciaire, soient maintenues après les Jeux.

LE FIGARO. - Vous souhaitez construire une plateforme « d'hospitalité » à Saint-Denis. À quoi faut-il s'attendre ?

- À Saint-Denis, nous sommes sur un noeud de transports en commun - d'autant plus avec le Grand Paris -, un noeud fluvial avec la Seine, un noeud routier et autoroutier avec l'A1 et l'A86... Nous nous sommes donc dit qu'à l'évidence, au regard de notre positionnement dans l'espace métropolitain, il y avait de la place pour construire, à horizon 2030, une plateforme d'hospitalité. Cela sera un hub doté d'hôtels, mais aussi d'activités de loisirs, de services... En clair, quelque chose qui n'existe pas ailleurs. L'idée est de pouvoir concilier l'attractivité de la ville avec la création d'emplois locaux d'une manière beaucoup plus pertinente que ce qu'on faisait jusqu'alors.

Anne Hidalgo a promis que la Seine serait baignable à Paris dès l'année prochaine. Et à Saint-Denis ?

- Ce sera plus dur pour nous puisque nous sommes en aval de la capitale. Nous avons également un large réseau de transport fluvial qui peut compliquer les choses. Nous nous concentrons donc avant tout sur la maniabilité du fleuve, et notamment sur le développement de la base de loisirs nautique de L'Île-Saint-Denis. Mais à l'évidence, la réflexion est engagée, même si je ne veux rien promettre aux habitants.

LE FIGARO. - La « clarification » politique va-t-elle enfin voir le jour après les Jeux ?

- Je pense avant tout que certains doivent se mordre les doigts des décisions qu'ils ont prises. Quand on voit l'état d'esprit du pays aujourd'hui, au lendemain des Jeux olympiques, on se dit que ceux-là auraient pu se trouver dans une position nettement plus favorable sans la dissolution. Je n'ai pas d'autre commentaire à faire, si ce n'est qu'il ne faudra pas rester trop longtemps dans cet entre-deux.

LE FIGARO. - Que doit faire Emmanuel Macron ?

- En réalité, il n'a que deux choix : soit il respecte le résultat des urnes, et il nomme Lucie Castets pour le Nouveau Front populaire. Elle a l'avantage d'être une femme compétente, et pas caricaturale. Soit il construit autre chose, avec une autre combinaison politique, mais ce serait problématique puisque ce n'est pas ce qui a été présenté aux électeurs lors des élections législatives.

LE FIGARO. - Mais le Nouveau Front populaire ne dispose que d'une très courte majorité...

- Un plus large gouvernement d'union serait néfaste. Cela donnerait l'idée que la seule alternative possible serait finalement le RN. Un gouvernement de gauche doit être nommé pour administrer la France, préparer un budget, construire des lois... Mais je ne suis pas de ceux qui, comme Jean-Luc Mélenchon, disent qu'il faut appliquer tout le programme, rien que le programme. Notre objectif, c'est de rester au gouvernement au moins trois ans, pas de se faire renverser au bout de trois semaines par une motion de censure. Il y aura donc des compromis à trouver. Il y a quand même pas mal de choses dans ce pays qui peuvent faire consensus.

Libération
lundi 12 août 2024 1067 mots, p. 17

AUTRE

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7 août 2024 - Libération (site web)

«Les JO célèbrent un nationalisme ouvert, loin de celui du RN»

NOÉ MEGEL

AUTRE

L e 1er août au soir, les spectateurs de France Télévisions ont eu la mauvaise surprise de ne pas pouvoir s'émerveiller devant la deuxième médaille d'or parisienne de Simone Biles au concours général de gymnastique. Sur X (ex- Twitter), certains internautes font part de leur déception sur le choix de programmation de France Télés, où les athlètes français sont privilégiés aux superstars étrangères. Valentin Guéry, maître de conférences en sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) à l'université Paris-Nanterre, membre du laboratoire Institut des sciences sociales du politique (ISP) et spécialisé dans les liens entre les espaces sportif et politique, les JO promeuvent un «nationalisme ouvert», que les partis politiques ont bien du mal à s'approprier. Sur X, le chercheur et récemment élu député LFI Arnaud Saint-Martin a regretté une «couverture chauviniste des JO», contraire à «l'idéal international porté par l'olympisme» du service public. Partagez-vous son point de vue ? C'est un tweet assez intéressant dans la mesure où il entre en résonance avec des analyses réalisées par des chercheurs. C'est ce que le philosophe et sociologue du sport, Gunter Gebauer appelle le «nouveau nationalisme sportif», dans la mesure où les JO sont un affrontement teinté de fortes colorations nationales, voire nationalistes. Il est intéressant d'analyser que la télé va en quelque sorte nourrir et exalter le sentiment national dans la réalisation et dans le choix des athlètes mis en avant. La compétition est dictée par la performance des Français, ce qui va occulter et invisibiliser certaines stars ou certaines disciplines. C'est un cas qui n'est évidemment pas spécifique à la France. Gunter Gebauer soulignait à quel point les JO de Barcelone, en 1992, ont été un moyen de mettre en scène l'Allemagne réunifiée. C'est une illustration assez prégnante du chauvinisme contemporain que sont les JO. Mais quand je dis ça, ce n'est pas péjoratif, c'est simplement un constat que la compétition exalte un sentiment national.

Est-ce pour autant le même nationalisme que celui qui a procuré 10 millions de voix à l'extrême droite au second tour des élections législatives ? Même si on exalte la nation et le sentiment d'appartenance national, ce n'est pas pour autant un nationalisme fermé qui vise à écarter une population. C'est plutôt un nationalisme ouvert, qui célèbre la diversité des athlètes venus d'horizons différents.

Dans un pays comme la France, qui avait d'anciennes colonies, c'est intéressant de voir que la France célébrée, c'est celle des Antilles, des athlètes issus de l'immigration, des sportifs qui ont la double nationalité, d'autres qui ont été naturalisés en raison de contextes politiques compliqués ou de guerres, comme le judoka Luka Mkheidze, né en Géorgie et médaillé d'argent dans sa catégorie. On est dans une conception assez large de la nation et on promeut une autre France, peutêtre invisibilisée ailleurs. Le chauvinisme est une forme non politique du patriotisme et du nationalisme. C'est pour cela qu'en France, l'extrême droite n'a jamais pu capitaliser sur ce chauvinisme sportif qui célèbre non pas une vision ethnique de la France, mais un pays multiculturel.

Est-ce qu'il est possible de capitaliser sur cette image d'une autre France pour faire reculer l'extrême droite ? Le sport a cette capacité à incarner une «communauté imaginée», selon le terme de Benedict Anderson, d'avoir onze joueurs qui symbo - lisent et représentent la nation. Là encore, le foot, notamment par le slogan «Black, blanc, beur» après la victoire en 1998, célèbre une autre vision de la France. Certains spécialistes y avaient vu un moyen de faire reculer l'extrême droite, mais quatre ans plus tard, cette extrême droite était au second tour de l'élection présidentielle. C'est difficile d'en tirer des enseignements, mais ce qu'il faut, selon moi, c'est ne pas calquer cette situation éphémère sur des lectures trop politiques des choses. On voit bien que souvent, il n'y a pas forcément de concordance et de correspondance entre ces deux faits.

On pourrait croire que l'olympisme, en tant que sport autant que comme universalisme, est contraire au nationalisme… La construction sémantique de l'institution olympique repose sur un certain nombre de poncifs, de principes et de valeurs qui s'articulent sur des notions de paix et d'inclusion. C'est vrai qu'il faut dépasser ce discours pour aller plus loin, tout comme ce mythe de l'apolitisme sportif. On voit bien que l'olympisme est traversé par des tensions politiques comme la reconnaissance de certains Etats que l'ONU ne reconnaît pas ou l'exclusion de nations dans ses compétitions. Beaucoup d'historiens voient le sport comme une continuation pacifiée de la guerre, un théâtre d'affrontement entre nations où le caractère symbolique est central. On voit bien que ce qui se rejoue, c'est le découpage du monde avec des grandes puissances qui ont la capacité d'investir dans des infrastructures, de financer des athlètes qui vivent de leur sport qui surdominent le classement des médailles. Vous qui avez travaillé sur l'usage politique du sport par les partis politiques, comment s'inscrit la position d'Emmanuel Macron par rapport aux JO ? Son attitude s'inscrit dans des croyances et des représentations qu'ont intériorisées de nombreux dirigeants politiques. Celle-ci consiste à participer à la ferveur sportive nationale, à célébrer les champions, voire à se mettre en scène en tribune comme il l'avait déjà fait lors de la finale de la Coupe du monde en Russie. Les politiques espèrent bénéficier de retombées positives, de profits symboliques liés à une cote de popularité en hausse et à la diffusion d'images montrant un chef de l'Etat qui se fond dans la communauté nationale, qui participe lui aussi à cette fête collective. En réalité, les antécédents 1998 et 2018 ont montré que ce n'était qu'une parenthèse enchantée, et que le temps du politique finissait toujours par revenir. Jacques Chirac avait réalisé le plus mauvais score d'un président sortant en 2002, et Emmanuel Macron s'était enlisé dans l'affaire Benalla quelques jours après le sacre des Bleus en 2018. Il ne faut pas non plus oublier que Macron a été sifflé à de nombreuses reprises lorsqu'il apparaissait à l'écran aux côtés d'athlètes dans des lieux de diffusion collective, signe que ce moment de joie collective n'occulte pas le rejet du président de la République. Même si aujourd'hui, il y a un consensus des partis qui ne veulent pas se positionner à contre-courant de cette fête, l'agenda politique et médiatique devrait très rapidement se centrer sur le nom du prochain ou de la prochaine Première ministre.

INTERVIEW

Le Monde
lundi 12 août 2024 1673 mots, p. SPA8
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10 août 2024 - Le Monde (site web)

La marche en avant du bien-être des chevaux

Équitation Depuis les déboires des Jeux de Tokyo, la discipline a redoré son image en matière de « bien-traitance » du cheval. Les instances internationales ont multiplié les initiatives pour démontrer que les consciences ont évolué, mais les cas de maltraitance invitent à la prudence

Marie-Béatrice Baudet

Mardi 30 juillet, la juge danoise Susanne Baarup n’a pas hésité à interrompre l’épreuve de dressage commencée un peu plus tôt sur le site olympique de Versailles. Dès la deuxième pirouette de Jane, la jument montée par l’Américain Marcus Orlob, l’officielle a sonné la cloche, stoppant net le couple, éliminé de facto. La Scandinave venait d’apercevoir quelques gouttes de sang sur l’un des postérieurs de l’animal, juste au-dessus du sabot. Rien qu’une légère égratignure. Jane se l’était faite elle-même, juste après son arrivée dans l’arène sablonneuse. Troublée par les acclamations lancées des tribunes, la jument avait reculé en se cabrant légèrement. Aujourd’hui, elle se porte à merveille.

Critiquée sur les réseaux sociaux, Susanne Baarup aurait-elle mal apprécié l’incident ? En réalité, cette juge expérimentée a respecté à la lettre les nouvelles consignes données, début 2023, par la Fédération internationale d’équitation (FIE) : au moindre saignement d’une monture, toute compétition doit être interrompue immédiatement. Bon joueur, Marcus Orlob a vite calmé le jeu sur son compte Instagram : « Je suis déçu, maisles règles sont les règles. Le monde nous regarde et le bien-être du cheval passe avant tout. »

Oh oui, le monde regardait, en effet : des millions et des millions de téléspectateurs étaient au rendez-vous et rien ne devait entacher le spectacle. Pas question de revivre les événements calamiteux des Jeux olympiques (JO) de Tokyo en 2021. Cet été-là, on s’en souvient, deux prestations avaient fait scandale. Le 4 août, Kilkenny, le hongre gris de l’Irlandais Cian O’Connor, avait abondamment saigné du nez lors du concours de saut d’obstacles sans que le jury intervienne.

Deux jours plus tard, la cavalière allemande Annika Schleu, qui participait à l’épreuve d’équitation du pentathlon moderne, infligeait des coups de cravache et d’éperons à Saint Boy, le bai qui lui avait été attribué vingt minutes avant son passage – comme le prévoit le règlement de cette discipline. Les vidéos rapidement virales sonnèrent l’alarme dans le sport équestre de haut niveau, vilipendé par les associations de défense des animaux et boudé par un public indigné. La question de la survie de l’équitation aux JO était même posée ! C’est dire combien Paris 2024 était attendu.

La tranquillité d’un bon pré

Pour le moment, en matière d’image, le pari est tenu. Des cris horrifiés ont certes retenti à Versailles, dimanche 28 juillet, lors de la chute spectaculaire du cavalier portugais Manuel Grave et de son cheval Carat de Bremoy engagés dans le cross du concours complet, mais, finalement, il y eut plus de peur que de mal. Les épreuves d’équitation se sont achevées mardi 6 août sans esclandre, ni manifestations de militants animalistes. L’association Pour une éthique dans le traitement des animaux avait pourtant lancé une pétition en ligne, en 2021, pour exiger l’exclusion de tous les événements équestres aux JO.

Malgré tout, il faut rester prudent. Dès vendredi 9 août, les épreuves d’équitation du pentathlon moderne ont eu lieu à Versailles. L’un des concurrents ne risque-t-il pas de s’énerver et de cravacher sa monture comme en 2021 ? Ce serait, de toute façon, un ultime éclat, car, à la suite de l’épisode honteux de Tokyo, l’Union internationale de pentathlon moderne a décidé de remplacer définitivement l’épreuve d’équitation par une course d’obstacles à pied, et ce, dès les JO d’été de Los Angeles, en 2028. Les sports équestres, eux, ont validé leur participation à Los Angeles et à celles de Brisbane, en Australie, en 2032. Ingmar de Vos, le président de la FIE, l’a assuré.

A Versailles, les officiels poussés à afficher leur souci du bien-être équin ont multiplié les initiatives. Placées loin du brouhaha ambiant, les écuries disposaient de boxes plus larges et régulièrement ventilés. Les chevaux, ces athlètes de haut niveau qui aiment la tranquillité d’un bon pré, disposaient de grands espaces verts pour aller brouter. « Nous avons aussi créé des pistes de galop sous les arbres et veillé à ce que 70 % du parcours du cross, la compétition la plus éprouvante pour les chevaux, ait lieu à l’ombre », insiste le directeur des épreuves équestres, Jean Morel. Plus d’une cinquantaine de vétérinaires étaient sur place au quotidien, vérifiant la température des animaux, exigeant qu’ils soient douchés si nécessaire, et inspectant bouches et jambes à la recherche de blessures potentielles.

Beaucoup de ces idées ont été mûries par le comité du bien-être animal, créé début 2024 par GL Events Equestrian Sport, l’organisateur des épreuves équestres de Paris 2024. « Nous avons tenu une dizaine de réunions avant les JO, témoigne Tamara Guelton, responsable juridique de l’expertise protection animale à la SPA. Mettre autour d’une table des vétos, des chercheurs, des défenseurs des animaux ainsi que des éthologues est un gros pas en avant dans ce petit monde feutré de l’équitation. Mais, soyons clairs, il a fallu en passer par des situations aussi dramatiques que celle de Tokyo pour que ça bouge dans le bon sens. »

En accord avec la FEI, GL Events a aussi institué un horse welfare officer (un responsable du bien-être équin), et c’est le vétérinaire Richard Corde, président de la Ligue française pour la protection du cheval depuis 2009, qui a été choisi pour tenir ce rôle. « J’ai pu naviguer où je voulais et j’avais carte blanche pour signaler si des techniques d’entraînement qui me semblaient inappropriées », atteste le coordinateur international. A l’entraînement, pendant les Jeux, un cavalier brésilien a ainsi reçu un avertissement pour avoir infligé à son cheval une posture jugée douloureuse.

« Bien sûr que des efforts ont été faits lors de ces jeux olympiques, car l’univers des compétitions équestres jouait gros, rappelle le vétérinaire Loïc Dombreval, président du Conseil national de la protection animale. Est-ce suffisant ? J’en doute, car il faut s’intéresser à la partie immergée de l’iceberg, à savoir la préparation du cheval. » L’expert a étudié en profondeur ce sujet lorsqu’il était député (La République en marche) des Alpes-Maritimes (2017-2022). Alors président du groupe d’études sur la condition animale à l’Assemblée nationale, il publie, en avril 2022, un rapport intitulé « Bien-être équin. Recommandations pour les JO de Paris 2024 ». Un texte dont se sont inspirés, en partie, les organisateurs versaillais, suivant, par exemple, la recommandation n° 37 suggérant d’ « équiper le parcours de cross avec 100 % d’obstacles prévus pour céder en cas de chute ou d’accroche forte du cheval ».

Le dossier de la lutte antidopage

Les interrogations de Loïc Dombreval sur les coulisses des centres équestres ont rejailli quatre jours avant le début des épreuves à Versailles. Une vidéo datant de 2020 montrait la Britannique Charlotte Dujardin, l’une des favorites du concours de dressage, fouetter cruellement un cheval à l’entraînement.

La candidate s’est immédiatement retirée des JO. Il est légitime de s’interroger sur le timing de cette divulgation qui a permis à d’autres nations de viser un podium. Pourquoi attendre quatre ans, en effet, pour dénoncer une maltraitance ?

Quoi qu’il en soit, les images ont rappelé, une fois de plus, que le ménage restait à faire dans beaucoup d’écuries. « Ces maltraitances avérées me mettent hyper en colère, réagit Déborah Bardou, présidente de la commission bien-être à la Fédération française d’équitation.

« Je pense à tous ces cavaliers qui veulent bien faire et qui voient leur discipline décriée par des comportements indignes.De plus en plus d’études scientifiques mettent en lumière les émotions des chevaux, leur perception de la douleur et leur sensibilité au stress. Notre filière progresse, mais nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers. Il reste tant à faire. »

C’est bien ce que pense aussi le vice-président de l’Association vétérinaire équine française, Vincent Boureau. S’il n’était pas d’un calme olympien, le professionnel pourrait s’énerver quand il rencontre des cavaliers toujours persuadés des bienfaits de la contrainte sur un cheval. « C’est idiot et ça ne marche pas, martèle-t-il. Un cheval bien dans sa peau va, en revanche, améliorer ses capacités sportives. »Cet amoureux des équidés cite volontiers les pratiques expérimentées au Cadre noir de Saumur. Il y est proposé aux chevaux un exercice libre tous les jours, un accès facilité au fourrage et un paddock où les ongulés se retrouvent ensemble. « Tout cela diminue leur stress. Ces animaux sont grégaires, ils ont besoin d’une vie en commun. »

Même s’il se félicite des meilleures conditions d’hébergement offertes aux chevaux à Versailles, il ne se contente pas de ce « petit » plus. « Vous remarquerez que sur le site olympique le mot utilisé était celui de “bien-traitance”. Heureusement que les chevaux ont été bien traités ! Mais nous devons réfléchir vraiment en matière de bien-être, tant ces animaux désormais domestiqués méritent notre respect. »

Un dernier et lourd dossier reste à ouvrir, celui de la lutte antidopage. Cette question est particulièrement surveillée par le vétérinaire Jacques Nardin, ancien préleveur lors de courses hippiques, qui se définit lui-même comme un éveilleur de consciences. « La Fédération internationale d’équitation ne pratique pas de contrôles antidopage inopinés hors compétitions, c’est incroyable !, lance-t-il . Qui plus est, il y aurait fort à redire sur l’indépendance des laboratoires choisis pour les tests… »

Face à ces soupçons, la FEI rappelle que des tests sont possibles, mais que de nouvelles règles plus strictes concernant les contrôles hors compétitions devraient être adoptées lors de son assemblée générale, en novembre. Face à une mobilisation sociétale de plus en plus forte, le cheval ne peut plus être perçu comme un simple outil de performance. Les instances équestres commencent à le comprendre.

Le Figaro, no. 24872
Le Figaro, samedi 10 août 2024 977 mots, p. 8

Société

Le parcours olympique qui mène à la politique

Après avoir décroché une médaille aux Jeux olympiques, sept anciens athlètes ont été propulsés au ministère des Sports sous la Ve République.

Gentilhomme, Célestine

Porté à bout de bras par ses coéquipiers, Jean-François Lamour laisse tomber son masque d'escrimeur sur la piste. Ce 5 août 1984, le sabreur vient d'arracher son premier sacre olympique, à Los Angeles. Dans les tribunes d'honneur, Jacques Chirac, alors maire de Paris, observe ce presque trentenaire grimper sur le toit du monde. «On n'a pas parlé très longtemps, mais c'était une rencontre très forte», raconte alors l'athlète à ses proches.

De ce jour d'été américain naissent des années de fidélité et de complicité entre les deux hommes, qui se suivront jusqu'à l'Élysée. Vingt ans plus tard, à l'orée de son second mandat, le chef de l'État propulse son conseiller de l'ombre à la tête du ministère des Sports en 2002. «J'ai été ministre avant même d'être élu» , sourit l'ancien député de droite. De l'or des podiums aux ors de la République.

Son ascension éclair n'a pourtant rien d'une anomalie : parmi la trentaine de ministres à avoir été chargé des Sports, sept avaient connu la gloire olympique dans leur jeunesse. Du patineur artistique Alain Calmat sous François Mitterrand (1984-1986) jusqu'à la nageuse Roxana Maracineanu sous Emmanuel Macron (2018-2020). «C'est une tradition assez ancrée sous la VeRépublique. Il y a cette croyance qu'un grand champion serait naturellement un bon ministre des Sports», explique Valentin Guéry, maître de conférences en sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps).

D'un quinquennat à l'autre, ces anciens athlètes, acclamés par le public, ont souvent eu quelques longueurs d'avance sur le personnel politique. «On avait un avantage sur les autres: un capital sympathie et un patrimoine en arrivant», raconte Guy Drut, champion olympique du 100 mètres haies en 1976 et ministre des Sports sous Jacques Chirac (1995-1997). Des figures populaires qui connaissent surtout les forces et les faiblesses du sport français, de l'école élémentaire jusqu'au plus haut niveau. «Mais le statut de médaillé des Jeux ne suffit pas en politique», tranche Jean-François Lamour.

Car le monde politique n'a pas toujours fait de cadeaux à ces nouveaux arrivants, même auréolés d'une breloque autour du cou. «Dans ce milieu, il n'y a pas de règles. Tous les coups sont permis», souffle la légende du sabre. Proche lui aussi de Jacques Chirac, aujourd'hui membre du Comité olympique, Guy Drut avoue : «Dans le sport, on fait confiance à l'autre sans problème. En politique, il ne faut pas toujours.»Il faut dire que certains caciques n'ont pas franchement apprécié de se faire griller la priorité par ces novices de la société civile.

«On n'a jamais été considéré comme des hommes et des femmes politiques pour une raison que j'accepte et que je comprends: on n'a jamais été des militants de base ni gravi les échelons d'un parti», constate Jean-François Lamour, qui a quitté l'avenue de France, siège du ministère des Sports, pour rejoindre les bancs de l'Assemblée nationale jusqu'en 2017. Sur ses débuts contrariés en politique, le sabreur a laissé une formule sarcastique : «Les pue-la-sueur» ,pour qualifier ces sportifs qui, comme lui, tentaient de trouver une place entre les énarques et autres hauts fonctionnaires.

«Il n'y a jamais eu de mépris, mais parfois un manque de considération ou un sentiment d'infériorité», poursuit Guy Drut, qui a pourtant fait ses armes en politique avant de décrocher un portefeuille ministériel. Le coureur se souvient de ces quelques minutes qui précédaient chaque Conseil des ministres, durant lesquelles ses collègues s'échangeaient des informations autour d'un café. «Moi, on venait me voir pour avoir des places pour un match. Je me sentais un peu isolé», confie-t-il.

Le palmarès sportif n'octroie pas non plus un laissez-passer auprès des administrations, qui peuvent mener la vie dure aux nouveaux venus. «En tant qu'ancienne sportive, les portes ne vous sont pas grandes ouvertes. Et, en tant que femme et ministre des Sports non plus», concède Roxana Maracineanu, désormais secrétaire générale d'une mission interministérielle chargée de la lutte contre les violences faites aux femmes et la traite des êtres humains. Comme ses prédécesseurs, l'ancienne nageuse, médaillée d'argent aux Jeux de Sydney en 2000, sait aussi que sa carrière dans les bassins l'a aidée à franchir les obstacles. «Le sport, c'est l'endroit où vous devez échouer plusieurs fois de suite pour réussir. Quand vous tirez le bilan à la fin, vous êtes armée pour le reste de votre vie», assure celle qui n'avait pas réussi à se faire élire députée du Val-de-Marne en 2022.

Quatre ans plus tôt, lorsqu'elle prend la parole pour la première fois devant quelques milliers de maires au début de son bail aux Sports, un souvenir lui revient à l'esprit : «Je me suis rappelé que j'avais fait la même chose devant 30000personnes à Sydney alors que j'étais en maillot de bain», plaisante- t-elle. Nommé ministre sans avoir été athlète, le socialiste Patrick Kanner reconnaît que «les sportifs ont des compétences que d'autres n'ont pas: la résilience, la détermination, l'endurance et aussi une certaine idée de la France.»

De sérieux atouts qui pourraient plaire à Emmanuel Macron, toujours à la recherche de la perle rare pour Matignon, face à une Assemblée sans majorité claire. La parenthèse enchantée des Jeux aura en tout cas propulsé un nom sur le devant de la scène : le triple champion olympique de canoë slalom, Tony Estanguet, président du comité d'organisation de Paris 2024. «Ce serait un énorme coup de l'avoir dans un gouvernement. C'est l'exemple typique de quelqu'un qui connaît le métier et pourrait être très bon aux Sports», glisse un ex-dirigeant du ministère, qui lui imagine déjà un destin politique. Au Figaro, l'intéressé, dit certes avoir beaucoup de «respect»pour la fonction, mais il écarte pour l'instant une reconversion : «Je ne suis pas le bon client pour être un bon ministre.» C.G.

Le Figaro, no. 24872
Le Figaro, samedi 10 août 2024 845 mots, p. 8

Société

Plongée dans la mystérieuse salle de sport de l'Assemblée nationale

Cimbidhi, Eloïse

L'information a pétrifié plus d'un député à la sortie de leur rendez-vous avec le médecin du Palais Bourbon. Ils prendraient en moyenne trois kilos par an pendant leur mandat. «Ce chiffre m'a fait très peur» , confie l'élu Rassemblement national (RN) de l'Oise, Alexandre Sabatou. Pour conjurer le sort, lui, comme d'autres de ses collègues, fréquentent un mystérieux bâtiment tout en sous-sol, niché dans la cour de l'Assemblée nationale, entre le Petit Hôtel et les appartements de la questure. Là se situe la salle de sport de la Chambre basse. S'y engouffrent tout au long de la journée, pour s'entretenir physiquement, plusieurs dizaines de députés, collaborateurs parlementaires, fonctionnaires et même pompiers présents sur le site. Fermée pendant les vacances estivales, elle rouvrira dès la rentrée pour accueillir les anciens et nouveaux députés. Peut-être certains, portés par l'esprit des Jeux olympiques, pousseront pour la première fois les portes du gymnase.

Dans l'exiguë salle de musculation, une dizaine de machines ont été disposées. «Elle est petite, mais je me rends compte de la chance que nous avons d'avoir les services publics dont les Français ne disposent pas», souligne le député La France insoumise (LFI) François Piquemal, adepte des exercices de cardio et de renforcement musculaire.

Si certains préfèrent l'entraînement en solitaire, avec l'aide facultative d'un des trois coachs à disposition, l'Association sport et culture de l'Assemblée nationale (Scan), qui gère le lieu, propose toute une kyrielle de cours collectifs. Les députés peuvent manier l'épée, le sabre et le fleuret dans une salle d'escrime - sport pratiqué au Palais Bourbon depuis près d'un siècle -, ou se joindre aux sessions de gymnastique, boxe, krav-maga et autres classes de yoga. En contrepartie, ils doivent s'acquitter d'une cotisation de 50 euros à l'association, complétée d'un montant variable selon les activités choisies. «En tout, cela revient à une centaine d'euros par an», indiquent plusieurs élus.

Une somme modique, qui ne parvient toutefois pas à faire oublier l'aspect sommaire du lieu. «Même si la salle de musculation a été rénovée, elle n'est pas du tout agréable. L'ergonomie des machines n'a rien d'exceptionnel pour des personnes qui ont l'habitude de faire du sport», rouspète l'élu UDI des Vosges, Christophe Naegelen, par ailleurs boxeur. Quoique modeste, la salle a compté dans sa liste d'inscrits un étonnant adepte de sport : Alexandre Benalla. L'ex-chargé de mission de l'Élysée -condamné depuis - bénéficiait en 2018 d'un badge donnant accès à l'ensemble de l'Assemblée nationale. «C'est drôle qu'il soit allé là-bas, alors que c'est sûrement la salle la moins bien équipée de Paris», ricane le député LFI Damien Maudet (Haute-Vienne), qui a ironiquement rebaptisé le lieu «salle Benalla».

Dans cet antre de l'entraînement se côtoient simultanément athlètes accomplis et sportifs du dimanche. «Je n'y vais pas assez souvent. Mon physique parle pour moi», rit Damien Maudet, qui explique son regain d'activité par «la sédentarité de la vie de député» : «Soit on mange rapidement un sandwich entre deux rendez-vous, soit on déjeune au restaurant. En plus, il faut rester assis de longues heures en séance. Ce qui a fini par me provoquer des douleurs au dos.»

Même prise de conscience pour le lepéniste Alexandre Sabatou, qui s'impose de son côté deux séances hebdomadaires : «Ce n'est pas un métier où l'on bouge énormément. On se déplace soit en voiture, soit en métro. Alors il faut compenser tous ces excès.»

En action sur les machines de fitness, les députés s'amusent de se voir délaisser leur traditionnel costume cravate au profit d'un simple survêtement. Cet accoutrement, inhabituel en ces lieux, donne à certains un sentiment d'égalité. Mais ni la politique, ni les rivalités ne se dissipent dans la sueur. «La salle de sport, La Poste, le coiffeur, le médecin, la blanchisserie... Si les Français avaient les mêmes services que les parlementaires, il y aurait beaucoup moins de problèmes», croit savoir François Piquemal.

Le mélenchoniste reconnaît que «le cadre des rapports change un peu» avec ses opposants politiques, mais ne peut pas s'empêcher de «mettre des barrières avec les députés RN».Un cordon sanitaire bien ressenti par Alexandre Sabatou : «Les quelques Insoumis que je croise ne me disent pas bonjour. Mais ça se passe très bien avec les députés de droite, de Liot, et certains macronistes.»

D'autres ne s'embarrassent pas des habituelles querelles politiciennes, qu'ils préfèrent réserver à l'Hémicycle. «Que ce soit pour des élus PS ou RN, je laisse la machine de musculation propre avant de partir» ,confie un ancien collaborateur du camp présidentiel, sous-entendant que ça n'est pas le cas de tout le monde .Mais, même sur un vélo elliptique ou un tapis de course, l'actualité politique ne disparaît pas. «Certains parviennent totalement à s'extraire, tandis que d'autres restent vissés sur leur téléphone. C'est assez caractéristique de l'endroit», relate le même habitué des lieux.

Un phénomène amplifié par l'installation récente du Wi-Fi dans la salle de sport, jusque-là dépourvue d'internet. «L'absence de réseau était une demande des députés,explique Damien Maudet. Ils souhaitaient être tranquilles pendant leur séance.» Les sportifs adeptes du droit à la déconnexion devront se mettre en mode avion.

Le Figaro, no. 24872
Le Figaro Économie, samedi 10 août 2024 859 mots, p. 22

Économie

Pouvoir d'achat : le grand écart entre Macron et la gauche

Engrand, Thomas

Bonne nouvelle pour les employés, peut-être moins pour les chefs d'entreprise. Au deuxième trimestre 2024, les salaires horaires, et donc le coût du travail, ont continué à progresser en France. Au cours des douze derniers mois, ils ont grimpé de 2,5 % en moyenne, selon les dernières données de l'Insee parues vendredi. Combinée au ralentissement de l'inflation, la dynamique en cours devrait permettre aux employés français de retrouver des marges de manoeuvre financières. Cette bonne nouvelle ne suffira néanmoins pas à faire oublier la période difficile qu'ils viennent de traverser. « En termes réels (...), les salaires ont baissé de 0,8 % en 2023 dans le secteur privé » , et même de 1,9 % en 2022, hors effet du chômage partiel, notait récemment l'Insee. « Une perte jamais connue depuis l'après-guerre » , selon Mathieu Plane, directeur adjoint du département d'analyse et prévision à l'OFCE.

Ainsi, la question du pouvoir d'achat des salariés n'a cessé de gagner en importance au cours des derniers mois. « On ne vit pas assez bien du travail » , reconnaissait le chef de l'État dans une interview donnée fin juillet sur France 2. Emmanuel Macron a pourtant donné l'impression de prendre le problème à bras-le-corps ces derniers mois, annonçant l'été dernier « une conférence sociale sur les bas salaires » , puis un « Haut Conseil des rémunérations ». L'objectif de cette instance est de mieux surveiller, voire de faire pression sur les employeurs qui ne jouent pas le jeu du dialogue social et des revalorisations, sans pour autant se substituer aux partenaires sociaux. Une politique jugée pas assez contraignante et peu efficace par l'opposition. L'enjeu des hausses de salaire est donc rapidement devenu un point de friction majeur lors des dernières élections législatives. Le Rassemblement national (RN) promettait, par exemple, une exonération totale de charges patronales pendant cinq ans en contrepartie d'une hausse des salaires pouvant aller jusqu'à 10 %. Une version revisitée et étendue de la « prime Macron » , loin de convaincre les chefs d'entreprise.

C'est toutefois à gauche que les attaques sur le bilan d'Emmanuel Macron sont les plus virulentes. « Le taux de pauvreté est passé de 14,1 % à 14,4 % en 2022. Dans le même temps, le taux d'emploi a progressé. Donc, mécaniquement, le nombre de travailleurs pauvres a augmenté ces dernières années » , pointe Arthur Delaporte, député PS du Calvados. « Le bilan d'Emmanuel Macron, c'est une précarisation des travailleurs » , déplore-t-il. Pour le Nouveau Front populaire, la cause de cette détérioration ne fait aucun doute : c'est la politique de l'offre. « La baisse des impôts de produc tion est inefficace dans la lutte contre la pauvreté » , affirme le député. Le bloc de gauche propose donc un virage à 180 degrés. Au menu : revalorisation du smic à 1 600 euros net, indexation de tous les salaires sur les prix... Le tout couplé à une réduction du temps de travail : retraite à 62 voire 60 ans et passage aux 32 heures dans les métiers pénibles.

La potion fait tousser dans le camp présidentiel. « J'ai du mal à trouver une seule mesure positive sur le travail dans le programme du Nouveau Front populaire », confirme Gilbert Cette, économiste proche du chef de l'État, estimant que ces mesures feraient fortement progresser le coût du travail et provoqueraient des destructions d'emplois massives. À la clé, c'est le PIB français qui serait impacté. « La gauche s'imagine que la richesse à partager est immuable », critique le professeur à Neoma, auteur d'un livre sur le sujet, Travailleur (mais) pauvre. Comme d'autres experts du marché du travail, il pointe que ces mesures interventionnistes appauvriraient le pays et donc les sommes pouvant être fléchées vers les publics les plus fragiles.

Au contraire, il est urgent de permettre aux entreprises de croître pour leur permettre de partager les bénéfices avec les salariés. Loin du constat alarmant de la gauche, ces derniers voient plutôt une amorce d'embellie se dessiner dans le pays suite à sept années de politique « probusiness ». « On a baissé le chômage à un niveau inédit, on a réindustrialisé le pays (...) on est le pays le plus attractif d'Europe » , a énuméré le chef de l'État fin juillet. Plus important, cette raréfaction de la main-d'oeuvre disponible a permis de réduire le temps partiel subi, qui touche 1,3 million de travailleurs - soit 4,4 % des actifs -, au plus bas depuis 1992. Or « la quantité d'heures travaillées est l'une des principales causes de la pauvreté laborieuse, avant le salaire horaire » , explique Gilbert Cette.

Ces certitudes n'empêchent pas l'économiste de concéder que tout n'a pas encore été fait pour éradiquer la pauvreté laborieuse. En particulier sur les politiques familiales. Il faudrait une meilleure prise en charge des enfants, alors que trop de parents isolés, en très large majorité des femmes, ne peuvent pas travailler faute de solutions de garde. Mais le plus inquiétant reste l'école. « La France serait l'un des pays avancés où les performances scolaires sont plus qu'ailleurs expliquées par le statut socio-économique de la famille » , écrit-il dans son livre. De nombreux chantiers sur lesquels la prochaine majorité aurait intérêt à se pencher. « L'urgence du pays n'est pas de détruire ce qu'on vient de faire » , mettait récemment en garde Emmanuel Macron. T. E.

Libération
samedi 10 août 2024 1718 mots, p. 18,19

IDÉES/

Aussi paru dans
9 août 2024 - Libération (site web)

«Pour un homme, prendre le parti des femmes vous expose à perdre des amis, des camarades, des collègues»

ADRIEN NASELLI

IDÉES/

F rancis Dupuis-Déri connaît par coeur les gros machos, qu'il appelle dans ses cours et ses articles universitaires les «antiféministes » ou les «masculinistes». Dans son livre les Hommes et le Féminisme : faux amis, poseurs ou alliés ? (éditions Textuel, 2023), le professeur de sciences politiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) s'intéresse à tous les autres, ceux qui se déclarent féministes. Quelle est la proportion d'hommes se considérant comme «féministes» ? Elle est de 40 %, selon des sondages. On trouve le même nombre d'hommes qui se déclarent féministes aux Etats-Unis, au Canada et en France. C'est une progression : au Canada, ils n'étaient que 28 % en 2001. Attention, dire qu'on est féministe au téléphone ne dit rien sur nos pratiques au quotidien. Les femmes, en particulier les plus jeunes, se déclarent de plus en plus féministes, avec un total de 70 % en France, contre environ 50 % en 2016. L'idée que ce mouvement n'intéresserait plus les jeunes est donc erronée.

Si l'on pose des questions sur l'égalité au travail, les hommes sont plus nombreux à soutenir les femmes. Ce qui bloque souvent, c'est le terme «féminisme». Le mot est considéré comme trop radical, excessif. Les féministes sont toujours accusées d'aller «trop loin», sans qu'on dise où elles auraient dû s'arrêter. Or, si l'on prend l'histoire du XXe siècle, il s'agit du mouvement le plus paci - fique et modéré qui soit, considérant qu'elles ont été privées du droit de voter et d'être élues, de leur nom, de l'éducation supérieure, de la propriété, des emplois, sans oublier les viols et les féminicides. Face à de pareilles injustices, on passe généralement à la lutte armée. Les hommes sont bien chanceux… Dès la fin du XIXe siècle, le féminisme était vu comme trop radical, et même comme une pathologie : les féministes sont hystériques, probablement lesbiennes – alors considéré comme une maladie, et même un crime. Elles ne lutteraient pas contre des injustes, mais par haine des hommes. On dit la même chose des hommes proféministes : ils sont des déviants sexuels – des gays – ou des hommes efféminés, et entretiennent la haine d'eux-mêmes… Vous établissez différentes catégories d'hommes féministes.

Lesquelles ? Je m'inspire librement des mouvements afro-américain et autochtone en Amérique du Nord pour distinguer les «complices», les «auxiliaires» et les «alliés». La com- requiert des prises de risque, comme s'engager dans des conflits pour l'égalité dans son lieu de travail, l'auxiliaire est plus en retrait, mais aide en termes logistiques, comme ces bourgeois progressistes qui donnaient de l'argent aux associations et aux journaux féministes, enfin, les alliés, qui se pensent comme des camarades de lutte, à égalité avec les féministes.

Il y a aussi des catégories décrites de manière plus cyniques par les féministes : d'abord le «poseur», le plus superficiel. Il aime les féministes, mais notamment pour obtenir des gains de séduction. L'«initié» s'y connaît mieux, il a lu les bons livres, au point de se croire supérieur aux autres hommes, et même aux féministes. Mais quand ça commence à chauffer, il s'éclipse, pour éviter les coups. Ensuite, il y a l'«autoflagellateur», qui se culpabilise, répète à l'envi que ses privilèges le dégoûtent, s'attribuant ainsi le beau rôle et attirant l'empathie, comme le déplore la féministe Sara Ahmed. Enfin, l'«humaniste» explique aux féministes que tout irait mieux si on luttait ensemble, pour l'égalité universelle, sans distinguer les hommes des femmes. Ce sont tous des faux amis.

Mais n'oublions pas que 60 % des hommes ne se disent pas fémi nistes ! Parmi eux, il y a les apoli tiques, et bien sûr les antiféministes plus ou moins affirmés.

Les hommes fémi - nistes ont pu être moqués récemment, après l'expression de la députée éco logiste Sandrine Rousseau sur son «homme déconstruit». Dans votre livre, ce terme n'apparaît pas. Pourquoi ? J'ai fait plutôt référence à l'expression new men («nouveaux hommes»), qui qualifiait les hommes proféministes au XIXe siècle. Sur les caricatures anti-suffragistes, on les représente comme des hommes à la cuisine et s'occupant des enfants en pleurs, alors que les femmes sortent voter. Les antiféministes parlent d'hommes «castrés» par les femmes. Les féministes sont dénigrées par les antiféministes, il est normal que les hommes proféministes le soient aussi.

Comment convaincre les hommes de s'engager, alors que les femmes ont, a priori, une égalité à l'égard du droit ? Il faut leur dire que les féministes d'aujourd'hui luttent contre les violences physiques et sexuelles. Le féminicide est un phénomène sociologique terriblement régulier : des hommes tuent leurs conjointes ou ex-conjointes, parce qu'elles sont des femmes. Et vous remarquerez que cela ne déclenche pas d'émeutes de femmes, au mieux des collages que certains osent déchirer ! Il y a aussi la discrimination salariale, qui a des impacts jusqu'à la retraite des femmes. Et un siècle après avoir obtenu le droit d'être élues, il n'y a que quinze pays dont les gouvernements sont dirigés par une femme.

Historiquement, qui sont les premiers hommes «féministes» ? Les premières traces de «féminisme» sont issues de la lecture de textes religieux, qui tentaient de montrer que les femmes pouvaient être supérieures, en prenant la figure de la Vierge. Au XVIIe siècle, François Poullain de La Barre (1647- 1723) est le premier homme connu du royaume de France à sortir de cette rhétorique. Sa démarche est plutôt sociologique : comment savoir scientifiquement que les hommes et les femmes sont par nature différents, si on les éduque différemment ? Il avance qu'en réalité, les femmes peuvent être égales aux hommes physiquement, moralement ou intellectuellement, et que des hommes peuvent être plus faibles, fourbes et idiots que des femmes.

Des femmes avaient déjà défendu l'égalité des sexes, comme Marie de Gournay (1565-1645), et les grands philosophes misogynes connaissaient cette thèse, dont Rousseau (1712-1778) – relisez attentivement le terrible chapitre sur Sophie, dans Emile. Même si on excuse leur sexisme sous prétexte qu'ils étaient «de leur époque». Je rappelle dans mon petit livre qu'il y a eu et qu'il y a des hommes proféministes dans tous les pays, y compris en Afghanistan.

Quelles sont les positions des féministes face aux initiatives des hommes féministes ? Je distingue les optimistes et les pessimistes, même s'il n'y a pas de frontière claire entre les deux. Les premières, comme Florence Montreynaud et bell hooks, estiment que plus il y a d'hommes fémi - nistes, plus elles seront capables de vaincre le patriarcat. Elles consi - dèrent aussi que des hommes sont parfois plus à même de convaincre d'autres hommes, que le féminisme émancipe aussi les hommes des normes patriarcales, et que la présence d'hommes proféministes prouve qu'elles ne haïssent pas les hommes. Et comme le rappelle Stéphanie Mayer, les féministes hétérosexuelles cherchent des hommes proféministes pour former un couple, espérant minimiser les pro - blèmes, et les conflits.

Les pessimistes, comme He-Yin Zhen (environ 1884-vers 1920) au début du XXe siècle, et aujourd'hui des sociologues comme Mélissa Blais – qui est ma compagne –, Christine Delphy et Judith Taylor, voient plutôt des problèmes dans l'engagement des hommes à leur cause, dont le plus grave reste que certains se révèlent être des agresplicité seurs sexuels. Ils ont aussi tendance à faire la leçon aux féministes, et à supplanter leur parole.

Dans la série que nous venons de publier sur ce thème, l'écri- vain Eric Reinhardt écrit qu'il est «difficile, pour un homme, d'exposer de quelle façon il se comporte comme un allié des féministes sans offrir le sentiment de se donner le beau rôle». Le sujet du féminisme des hom- mes peut-il échapper à cette cri - tique ? Il semble normal que certaines féministes voient les hommes proféministes – ou tel proféministe – d'un mauvais oeil, estimant qu'ils sont un coût pour leur mouvement, ou qu'ils en tirent avantage à bon compte. D'autres remercieront ces «preux chevaliers», ce qui fait d'ailleurs partie du problème, selon les premières ! C'est donc une position paradoxale, mais celle des féministes est certainement plus pénible, difficile et risquée. La question reste de savoir si l'on accepte d'y perdre, c'est-à-dire en travaillant à l'égalité au point de laisser – parfois – sa place, et surtout de rompre les rangs de ce que Martine Delvaux appelle le «boy's club», qui nous apporte tant d'avantages. Prendre le parti des femmes, même entre hommes, vous expose à perdre des amis, des camarades, des collègues. Quel statut donner aux hommes gays, victimes comme les fem- mes de violences physiques et verbales en écrasante majorité de la part d'hommes hétéro- sexuels ? Des militants gays affirment aujourd'hui encore que le féminisme est le mouvement qui les a le plus soutenus, avec des convergences sur certaines causes. Les lesbiennes sont ici doublement concernées et sont souvent solidaires des hommes gays, qui subissent tant de violence. Elles étaient d'ailleurs à leurs côtés, lors de la terrible hécatombe du sida.

Il serait donc logique pour les gays d'appuyer les féministes, et la culture populaire propose même cette image du «meilleur ami gay» des femmes. Dans les faits, pourtant, les gays ont plus de ressources que les lesbiennes dans la communauté, sont souvent plus riches qu'elles, profitent du travail domestique d'autres femmes, à commencer par leurs mères, et certains sont misogynes. Bref, des gays sont proféministes, mais pas tous.

Vous, comme Eric Reinhardt ou l'homme politique Noël Ma- mère dans notre série, écrivez que vos compagnes se plaignent du partage des tâches domesti- ques. Comment expliquez-vous qu'une idée aussi simple soit si compliquée à mettre en place ? Malgré la force politique de ma conjointe, la question du travail domestique revient en effet : j'en fais, mais c'est rarement égalitaire, même si nous exerçons le même métier. Elle dit : «Tu penses qu'une petite fée s'occupe de choses dans la maison !» pour évoquer son travail invisible à mes yeux. Pourquoi cette situation ? Sans doute l'héritage de mes parents, des modèles dominants aujourd'hui encore, comme le montrent les études sur les couples hétéros, ou simplement parce que c'est possible et si facile de ne pas agir. L'homme peut toujours arrêter d'être féministe, c'est même un gain pour lui, contrairement à la femme, pour qui c'est plus difficile. Personnellement, je m'améliore, évidemment trop lentement. Quand il y a un conflit sur le sujet, j'essaie de ne plus argumenter, ne plus chercher d'excuses, d'écouter et de m'y mettre. Jusqu'au prochain conflit…

Le Figaro, no. 24872
Le Figaro, samedi 10 août 2024 626 mots, p. 10

International

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9 août 2024 - Le Figaro (site web)

La police espagnole humiliée par le pied de nez de Puigdemont

Le dirigeant indépendantiste, en exil depuis sept ans, a refait surface jeudi à Barcelone avant de disparaître une nouvelle fois.

de Taillac, Mathieu

Nous n'avons pas été ridicules,affirme Eduard Sallent . Nous avons déployé un dispositif qui n'a pas atteint son objectif.» Le commissaire en chef des Mossos d'Esquadra, la police régionale catalane, n'a pas la partie facile ce vendredi. Flanqué du ministre régional de l'Intérieur, Joan Ignasi Elena, et du directeur général de la police, Pere Ferrer, il doit expliquer l'incroyable, justifier l'impardonnable. Comment Carles Puigdemont, qui se rit des tribunaux résolus à le juger depuis son départ d'Espagne, il y a sept ans, a-t-il pu faire un tel pied de nez à la police qui a l'ordre de l'arrêter ? Comment ses agents ont-ils pu laisser s'échapper l'ex-président catalan, qui était apparu jeudi matin devant des milliers de personnes en plein centre de Barcelone, à l'heure et au lieu qu'il avait indiqués 24 heures plus tôt ?

Les trois hommes se succèdent au micro pour répondre aux questions de 80 journalistes. L'exercice dure plus de deux heures et quart mais la justification reste la même. Une erreur, reconnue à contrecoeur, et des lignes de conduite pleinement assumées. L'erreur est de ne pas avoir imaginé que Puigdemont puisse vouloir s'échapper. « Hier, tout ne s'est pas déroulé comme il fallait, a reconnu Ferrer. La police prend sa part. On peut admettre qu'un scénario n'a pas été pris en considération. » Le ministre régional Elena, du parti indépendantiste rival (ERC, gauche) de celui de Puigdemont (Junts), précise : « On ne prévoyait pas un comportement tellement impropre de celui qui a exercé les plus hautes responsabilités. Personne ne pouvait être préparé à une telle éventualité. »

Ce n'est pourtant pas la première fois que Puigdemont démontre être prêt à tous les tours de passe-passe pour éviter d'être incarcéré dans une prison espagnole. En 2017, après avoir convoqué un référendum d'autodétermination illégal, il avait quitté l'Espagne caché dans une voiture. Par la suite, il avait cherché le meilleur pays - en l'occurrence la Belgique - et la meilleure fonction - celle d'eurodéputé, assortie d'une immunité - pour éviter de répondre aux convocations des juges espagnols. Malgré ce passif, les autorités catalanes étaient convaincues que Puigdemont, désormais député régional, allait se rendre au Parlement autonome où se tenait l'investiture du président de la communauté autonome. Et qu'elles l'appréhenderaient quand il passerait les grilles du parc qui entoure la Chambre régionale, sans être gênés par ses soutiens restés à l'extérieur.

Mais pourquoi, par précaution, ne pas l'avoir arrêté avant dès son discours sous l'arc de triomphe ? «Ce n'était pas l'endroit où réaliser une arrestation», répond le commissaire Sallent. La police considère que les trois ou quatre milliers de soutiens et la présence d'élus de Junts rendaient une intervention périlleuse. Sallent estime avoir atteint deux des trois objectifs assignés à ses agents : la garantie de la tenue de la session parlementaire, menacée par l'agitation indépendantiste et une contre-manifestation de Vox (extrême droite), mais aussi le maintien de l'ordre.

Ces explications n'ont pas convaincu la presse conservatrice et l'opposition de droite, qui réclament des démissions dans la police catalane et jusqu'au ministère de l'Intérieur espagnol. La présidente de la région de Madrid a alimenté les suspicions quant à la proximité politique entre la gauche au gouvernement et les indépendantistes dont l'exécutif de Pedro Sanchez dépend au Parlement. « Si on me dit que Puigdemont a dormi au Palais de la Moncloa (la résidence du chef du gouvernement espagnol, NDLR), je le croirai» , a déclaré Isabel Diaz Ayuso. Une boutade révélatrice du sentiment d'humiliation vécu tant par une partie de la population que par les autorités et jusque dans les rangs des Mossos d'Esquadra, consternés d'avoir participé à un tel spectacle. MDT

Le Monde
International, samedi 10 août 2024 1033 mots, p. 5
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8 août 2024 - Le Monde (site web)
9 août 2024 - La Matinale du Monde

A Barcelone, l’indépendantiste Puigdemont mystifie la police

Recherché en Espagne, l’ex-président catalan, en fuite, a fait une brève apparition, avant de s’évanouir au nez et à la barbe des forces de l’ordre

Sandrine Morel

Barcelone - envoyée spéciale - Le vote d’investiture du socialiste Salvador Illa à la tête de la Généralité, le gouvernement de la région autonome de Catalogne, jeudi 8 août, devait marquer le retour à une forme de normalité et de réconciliation institutionnelle avec l’Espagne, après quatorze années de gouvernements indépendantistes à Barcelone. Mais la séance a été éclipsée par le dernier coup de théâtre de Carles Puigdemont, l’ex-gouvernant régional à l’origine du référendum d’indépendance interdit du 1er octobre 2017, désireux d’infliger un nouveau pied de nez à la justice espagnole, qui le poursuit depuis sept ans et qu’il a fuie en s’installant en Belgique.

Venu volontairement à Barcelone en tant que député régional, l’ancien président de la Généralité de Catalogne a berné la police, qui avait ordre de l’interpeller en vertu d’un mandat d’arrêt pour « malversation aggravée de fonds publics » liée aux dépenses d’organisation du référendum interdit de 2017. Il demeurait introuvable jeudi soir, malgré le déploiement d’un vaste dispositif policier destiné à l’appréhender. Dans la journée, deux agents des Mossos d’esquadra, la police régionale catalane, ont été arrêtés pour l’avoir aidé à prendre la fuite.

A 9 heures, le dirigeant indépendantiste a d’abord ridiculisé les dispositifs de police en surgissant de nulle part, à pied, dans une petite rue du quartier d’El Born, avant d’être rapidement entouré d’une foule d’indépendantistes l’accompagnant sur les quelques dizaines de mètres qui le séparaient de l’arc de triomphe proche du Parlement. Au risque de se faire arrêter, Carles Puigdemont avait annoncé, la veille, qu’il respecterait la promesse, faite lors des élections catalanes de mai, de se rendre à la session d’ouverture de la nouvelle législature et qu’il participerait à un « événement institutionnel » près du Parlement.

Sur une estrade, Carles Puigdemont a prononcé un discours de six minutes. « Je suis venu pour vous dire que nous sommes encore là, et que nous n’avons pas le droit de renoncer au droit à l’autodétermination du peuple catalan », a-t-il lancé aux quelque 4 000 personnes qui avaient répondu à l’appel lancé par ce qu’il reste de la mouvance indépendantiste organisée en Catalogne, à commencer par les associations Assemblée nationale catalane et Omnium cultural. « Aujourd’hui, beaucoup espèrent fêter mon arrestation, a-t-il poursuivi. Je ne sais pas dans combien de temps nous nous reverrons, mais quoi qu’il arrive, quand nous le ferons, nous pourrons crier ensemble “Vive la Catalogne libre !” »

Maintenir sa cause vivante

« C’est un jour historique car il revient, mais j’ai très peur pour lui. S’il va en prison, ce sera notre Nelson Mandela », estimait Helena Bonals, 53 ans, venue pour l’entendre. « Je n’étais pas d’accord avec le fait qu’il revienne pour se rendre. Il doit continuer à s’adresser aux gens en liberté, de l’exil », ajoutait Guillem Vendrell, 72 ans, chargé de former « un cordon de sécurité ».

Pour tous, y compris pour les Mossos d’Esquadra, le retour du dirigeant indépendantiste ne pouvait signifier qu’une chose : qu’il avait pris la décision de se rendre. La police catalane n’a donc pas été pressée de l’arrêter. « Le dispositif retenu prévoyait que l’arrestation se fasse de manière apaisée et au moment le plus opportun pour ne pas provoquer de désordres publics », a expliqué la police catalane dans une note destinée à répondre au flot des critiques l’accusant de passivité complice ou d’incompétence.

Car, à la fin de son discours, au lieu d’accompagner les élus qui partaient en direction du parc de la Ciutadella, où se trouve le Parlement catalan, M. Puigdemont a profité de la confusion et de la foule pour s’évaporer à bord d’un véhicule. Après avoir tenté de le filer, les Mossos d’esquadra l’ont perdu de vue et ont alors bloqué les principaux axes routiers autour de Barcelone et la frontière avec la France, provoquant plusieurs kilomètres de bouchons, afin d’empêcher sa – nouvelle – fuite.

Près de sept années ont passé depuis que le dirigeant indépendantiste s’est envolé une première fois, le 29 octobre 2017, après avoir brièvement déclaré l’indépendance de la Catalogne. Recherché par la justice espagnole pour « rébellion », puis « sédition » et « malversation », Carles Puigdemont a vécu ces dernières années en Belgique, puis en France. Se présentant comme le « président légitime » de la Catalogne, il a essayé durant ces années de maintenir vivante sa cause au Parlement européen, où il a été élu en 2019.

Dirigeant une institution fantôme censée représenté la Généralité en exil, le Consell per la Republica , il a téléguidé de Belgique les décisions de Junts, le parti qu’il a fondé. Il a négocié personnellement une loi d’amnistie en échange du soutien de ses sept députés à Madrid au gouvernement minoritaire du socialiste Pedro Sanchez, le président du gouvernement espagnol. Malgré l’approbation de cette loi, le 30 mai, le mandat d’arrêt à son encontre a été maintenu par un juge d’instruction après que la Cour suprême a considéré, le 1er juillet, que le délit de malversation de fonds publics n’était pas amnistiable.

Il est probable que M. Puigdemont, qui a tout fait pour éviter la prison ces dernières années, ne réapparaîtra que lorsque l’amnistie s’appliquera aussi au délit de malversation, ce que devra trancher en dernier recours la Cour constitutionnelle, à majorité progressiste.

Le rocambolesque spectacle offert par Carles Puigdemont n’a pas empêché que la présidence de la Généralité de Catalogne passe aux mains de Salvador Illa, en fin d’après-midi. Cet ancien ministre de la santé espagnol proche de Pedro Sanchez a été investi grâce aux voix des socialistes catalans, de la gauche radicale En Comu et des indépendantistes de la Gauche républicaine catalane (ERC). En échange de ce soutien, ERC a obtenu l’engagement de Pedro Sanchez de concéder à la Catalogne l’autonomie fiscale, une revendication très ancienne.

Le Monde
France, samedi 10 août 2024 941 mots, p. 9
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9 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Deux arrêtés municipaux antiburkini pris en Corse

La préfecture en a demandé l’annulation, jeudi, aux communes de Lecci et Zonza. Le port de ce vêtement couvrant est autorisé en France

Christophe Ayad

Deux maires, ceux de Lecci et de Zonza, deux communes littorales de Corse-du-Sud, ont pris des arrêtés municipaux, respectivement mercredi 7 et jeudi 8 août, interdisant le port du burkini. Ce maillot couvrant le corps, les bras et les jambes, y compris les cheveux, porté par certaines femmes musulmanes, adeptes d’une pratique rigoriste de l’islam, reste légal et autorisé en France.

Ces arrêtés d’interdiction ont pris de court la préfecture de région de Corse, qui a demandé, jeudi, leur annulation. « Aucun événement récent ne les justifie,y explique-t-on . Ces arrêtés n’étant pas fondés sur la présence de troubles à l’ordre public et étant contraires à la jurisprudence du Conseil d’Etat de 2016, nous avons demandé leur retrait ou une réécriture des arrêtés. »

Interrogée par Le Monde, la mairie de Zonza a déclaré, jeudi après-midi, avoir retiré son arrêté, « en espérant qu’il ne se produise pas de trouble ». Celle de Lecci n’a pas pu être jointe. Si le maire persiste dans la volonté de maintenir son arrêté, la préfecture saisira le tribunal administratif d’un recours en annulation.

« Aucune altercation »

Lecci et Zonza sont deux petites communes touristiques limitrophes à l’entrée du golfe de Porto-Vecchio. Elles comptent respectivement 2 000 et 2 800 habitants en hiver, beaucoup plus en été. Leurs plages, Saint-Cyprien et la Pinède, attirent un public nombreux d’estivants.

Dans un récit livré à France 3 Corse, la décision du maire de Lecci, Don Georges Gianni (divers droite), fait suite, selon lui, à la présence de plusieurs femmes portant le burkini sur la plage de Saint-Cyprien au cours des derniers jours. Il s’était rendu sur place pour leur demander de quitter leur burkini ou de quitter la plage. Sans succès. « Il n’y a pas eu de tensions, aucune altercation. Tout s’est passé correctement, mais pour éviter que cela se reproduise à l’avenir, j’ai préféré prendre cet arrêté », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision.

A Zonza, une employée de la mairie a affirmé au Monde que plusieurs femmes en burkini avaient été signalées sur la plage de la Pinède. La préfecture met en garde contre la circulation de fausses informations sur les réseaux sociaux, notamment des images de femmes en niqab (voile intégral ne laissant voir que les yeux, interdit, depuis 2010, en France dans l’espace public) se baignant dans la mer. « En fait, ces images ont été prises ailleurs qu’en Corse et il y a plusieurs années », explique une source préfectorale.

L’arrêté d’interdiction, publié par le maire de Leccisur la page Facebook de sa commune, est en fait un « copier-coller », selon la préfecture, de l’arrêté qu’avait pris le maire de Sisco (Haute-Corse), Ange-Pierre Vivoni (divers gauche), le 14 août 2016, au lendemain d’une rixe ayant fait cinq blessés sur une plage, entre des membres d’une famille marocaine et des habitants de ce village du cap Corse.

« Manœuvres »

L’arrêté porte sur l’ « interdiction d’accès aux plages et de baignade »à toute personne « n’ayant pas une tenue correcte respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité ». « Le port de vêtements pendant la baignade ayant une connotation contraire à ces principes y est également interdit », ajoute le texte, qui ne cite pas explicitement le port du burkini. Mais l’allusion est claire : « Une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux peuvent être la cible d’actes terroristes, est de nature à créer des risques de troubles à l’ordre public (attroupements, échauffourées, etc.) qu’il est nécessaire de prévenir. »

Dans la même veine, établissant un lien direct entre tenue de plage et attentats djihadistes, deux autres considérants de l’arrêté mentionnent comme justification « les attentats terroristes commis en France et à travers le monde » ainsi que « le climat de tension internationale actuel, notamment au Moyen et Proche-Orient ». Le texte, qui n’a été que partiellement réactualisé, se réfère à la loi de 2016 prorogeant l’état d’urgence instauré par décret le 14 novembre 2015, au lendemain des attentats de Paris et de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), alors que cet état d’urgence n’est plus en vigueur depuis 2017.

Le maire de Sisco s’était inspiré de deux arrêtés municipaux similaires pris par les communes de Cannes et de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), en 2016. Le Conseil d’Etat avait annulé les arrêtés d’interdiction des burkinis pris cet été-là. Celui du maire de Sisco avait, en revanche, été validé par le tribunal administratif de Bastia en raison de la présence avérée de troubles à l’ordre public.

En ce qui concerne les arrêtés pris par les maires de Lecci et de Zonza, une source bien informée des réalités politiques insulaires y voit des « manœuvres destinées à contrer le Rassemblement national[RN] , dont les scores aux dernières élections ont été particulièrement élevés. Autant ce n’est pas surprenant de la part du maire de droite de Lecci, autant ça l’est plus de la part de celui de Zonza, qui se rattache à la branche nationaliste autonomiste ».

Lors du second tour des élections législatives dans la deuxième circonscription de Corse-du-Sud, où se trouvent Zonza et Lecci, la mouvance nationaliste avait mobilisé contre le candidat RN en soulignant l’incompatibilité de ses valeurs avec celles de l’extrême droite. Le député nationaliste Paul-André Colombani est d’ailleurs membre du conseil municipal de Zonza.

L'Humanité
vendredi 9 août 2024 581 mots, p. 6

Léa Balage El Mariky, la discrète ascension

Lisa Guillemin

Écologistes Élue face au ministre Stanislas Guerini aux élections législatives, elle est l'étoile montante des Verts. Plus habituée à l'ombre qu'à la lumière, la députée de Paris est devenue ces dernières années une figure incontournable du parti.

Cette fois-ci, la campagne éclair a été gagnante pour Léa Balage El Mariky. La nouvelle élue de la 3e circonscription de Paris a battu le ministre de la Fonction publique, Stanislas Guerini, qui l'avait emporté deux ans auparavant. La conclusion d'une ascension discrète au sein de son parti.

Native d'Évry, c'est à Bègles (Gironde), où sa mère, qui « enchaîne petits boulots et chômage », et son père, commercial dans l'automobile, s'installent quand elle n'a que 6 ans. Dans la ville de Noël Mamère, Léa Balage fait ses premiers pas en politique. Précoce, elle se fait élire au conseil municipal des jeunes à 11 ans.

Parce que « l'écologie a toujours été une évidence, aussi vraie que la Terre est ronde et que l'eau mouille », celle qui tient pour bible les écrits du sociologue Jacques Ellul sur les mirages du progrès s'encarte naturellement chez les Verts, à 22 ans. Et devient, en parallèle d'études à Sciences-Po, collaboratrice parlementaire de Noël Mamère, en plein examen de la loi sur le mariage pour tous. C'est le combat de toujours du député, qui a célébré le premier mariage homosexuel de France en 2004. Il évoquera dans l'Hémicycle les « 4 000 lettres d'insultes (...) reçues et (...) celle de ce médecin qui en a écrit dix et qui, à la onzième, a dessiné un four crématoire ». Léa Balage se souvient, elle, « d'en avoir chialé dans le bureau ».

En 2015, elle tente le concours de l'ENA, qu'elle rate de peu, et rejoint le cabinet d'une élue écologiste de la mairie de Paris. Au même moment, en réaction au projet de déchéance de nationalité de Manuel Valls, elle décide de porter aussi le nom de sa mère, d'origine marocaine. Le bureau exécutif d'EELV lui ouvre ses portes en 2019. À force d'organiser des campagnes (celle des régionales 2020 en Île-de-France, celle de Yannick Jadot en 2022), Léa Balage gagne en épaisseur et se verrait bien députée. Mais, en 2022, elle perd. Pas de quoi ralentir son ascension en interne : elle assure la direction en intérim du parti, à la suite du retrait de Julien Bayou en septembre 2022, accusé de violences psychologiques par son ex-compagne. En 2023, aux Journées d'été d'EELV qu'elle organise depuis plusieurs années, c'est elle qui avait eu l'idée (qui vaudra aux écologistes une polémique) d'inviter le rappeur Médine à se produire, après l'avoir vu tenir une contre-manifestation lors de la venue de Marine Le Pen au Havre.

la défense des libertés associatives

Côté vie civile, elle fait détour par l'ONG Singa, où elle travaille à l'inclusion des réfugiés par l'entrepreneuriat. La prise de Kaboul par les talibans a été un déclic. Aux côtés de Benoît Hamon, il faut alors se battre pour obtenir des visas réfugiés : « Je n'ai quasiment pas dormi parce qu'on appelait les services de la préfecture toutes les nuits. »

Le 9 juin au soir, après la dissolution, elle écourte à la hâte son congé parentalité pour faire campagne. Pari réussi : elle réunit 53 % des voix. Léa Balage El Mariky compte désormais engager son mandat dans la défense des libertés associatives, car « en France, on embête les associations avec des contraintes administratives et réglementaires ». La dernière en date, le contrat d'engagement républicain prévu par la loi séparatisme, auquel sont conditionnées les subventions.

Libération
vendredi 9 août 2024 1861 mots, p. 14,15

FRANCE

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8 août 2024 - Libération (site web)

La gauche ne tourne pas la plage

LILIAN ALEMAGNA

FRANCE

C' est un grand classique : chaque été, depuis leur camping, leur résidence de vacances en bord de mer ou sur leur chemin de randonnée, certains politiques nous font parvenir une «carte postale» – numérique forcément – pour occuper un bout d'espace médiatique estival où la politique disparaît pendant près de trois semaines. L'an dernier, nous avions eu droit à Fabien Roussel, bronzé et mal rasé, nous livrant, tel un influenceur du dimanche, sa recette de la «salade aux harengs» dans une vidéo postée sur Instagram.

Laurent Wauquiez avait posté quelques photos de lui sur le chemin de Compostelle et Bruno Le Maire s'était montré en short et chaussures de rando en Haute-Savoie. Mais en 2023, toutes ces cartes postales étaient légères : de la communication de base pour polir une image «proche du peuple». Contexte chaotique oblige, celles de 2024 sont beaucoup plus politiques. Et la gauche a adressé les siennes au 55, rue du Faubourg Saint-Honoré. Marine Tondelier règle ses comptes avec Matignon La cheffe des écologistes fait apparemment partie de ces personnes qui écrivent leurs cartes pour les mettre dans la valise et les poster depuis leur lieu de vacances. En tout cas, avant de partir en famille dans un camping familial en Bretagne, Marine Tondelier a pris soin d'enregistrer une vidéo de 7 minutes, publiée lundi sur son compte X. Debout face caméra devant une vieille carte de l'ancienne région Nord-Pas-de-Calais (la sienne), la secrétaire nationale des Ecologistes dénonce des «choses qui ne sont pas OK» se déroulant «à l'ombre des JO» : «On nous parle de 2 milliards d'euros en moins pour les hôpitaux en 2025, lance-telle. Il se passe des choses dans les ministères qui ne relèvent absolument pas de la trêve olympique, qui sont des décisions très lourdes de sens, et qui sont susceptibles de plomber dans les mois à venir les Françaises, les Français, nos services publics et tout ce que l'Etat doit faire au quotidien.» Si, dans l'entourage de Gabriel Attal, on confirme préparer sur une «base technique» le projet de loi de finances pour «permettr[e] au prochain gouvernement d'avoir toutes les options et de faire ses choix politiques», on dément catégoriquement toute baisse de budget sur les hôpitaux. «Leur budget est passé de 79 milliards en 2017 à 106 milliards cette année. Cela voudrait dire passer à 104 milliards ? rétorque un conseiller du Premier ministre démissionnaire. Personne ne veut une telle baisse, ni Bercy ni Matignon !» Interrogée par Libération depuis son camping breton, Tondelier maintient ses propos : «Les retours des hauts fonctionnaires que nous avons, c'est qu'ils sont en train de faire un budget d'austérité.» Si elle a choisi de faire cette vidéo avant de plier bagages, c'est parce qu'elle trouvait, dit-elle, «qu'on laisse Macron s'en sortir à bon compte». «Sa stratégie outrancière berne les observateurs, ajoute l'écologiste. Plus il se fout de nous, plus il a une présomption de sérieux.» Entre un stop à la piscine, les JO et une soirée mousse, Tondelier prépare elle aussi la rentrée, sans faire de «politique fiction». «On est prêt à tout, dit-elle. On a montré depuis le début [que nos adversaires] nous sous-estimaient.» Lucie Castets rappelle Macron à ses obligations Une carte pour les Français. Une lettre pour l'Elysée. Toujours aussi candidate pour Matignon au nom du Nouveau Front populaire, Lucie Castets a choisi cette semaine la presse écrite pour ne pas être oubliée en pleine «trêve olympique» autodécrétée par Emmanuel Macron. Après deux premiers déplacements – à Lille puis près d'Orléans pour enfiler le bleu de chauffe dans l'usine Duralex – on l'a retrouvée mardi soir dans Paris Match puis Sud-Ouest. La haute fonctionnaire à la mairie de Paris a ainsi choisi l'hebdomadaire, propriété de Vincent Bolloré, pour en livrer davantage sur elle aux Français et tenter d'être vue autrement qu'en simple «énarque» : «A l'école, je participais à tous les cross. J'ai fait du tennis pendant une dizaine d'années, du handball, du taekwondo. J'aime l'effort physique», assure-t-elle, jurant qu'elle n'a «rien à prouver». «Je suis bien dans mes baskets, les gens découvriront cela, ou pas. Enarque, c'est une partie de ma réalité», poursuit celle qui a grandi à Caen avant de venir étudier à Paris à 18 ans. Et dans le but de «trouver un équilibre entre protéger ma famille […] et dire qui je suis», elle révèle être mariée à une femme et avoir un enfant de 2 ans et demi.

Mais pas question pour la cofondatrice du collectif «Nos services publics» de s'en tenir à une pincée de people dans le magazine. Depuis son lieu de vacances en famille – «de télétravail», corrige son entourage –, elle a répondu aux questions de Sud- Ouest. Des messages adressés à Macron : jurant n'être «pas dans une position d'attente» visà-vis du président de la République qui refuse de nommer un Premier ministre issu du Nouveau Front populaire, elle a profité de cet entretien pour poursuivre l'inflexion amorcée dans une précédente interview à la Tribune dimanche sur les «compromis» nécessaires si elle ne veut pas être renversée en quarante-huit heures. «Nous sommes conscients que nous n'avons pas de majorité absolue», admet-elle, disant être prête à «travailler, texte par texte, avec les parlementaires de l'Assemblée et du Sénat». Pas sûr que les insoumis, qui défendent encore la formule mélenchonienne «tout le programme, rien que le programme», aient aimé la missive. Tout comme ils n'ont guère dû goûter la prise de distance avec Sophia Chikirou. La «publication» de la députée de Paris d'un post concernant la mort d'Ismaïl Haniyeh, dans laquelle le fils de ce chef du Hamas présentait son père comme un «martyr» n'est, selon Castets, «pas acceptable et contraire à tout ce que défend le NFP». Les insoumis ont dû, en revanche, apprécier les attaques contre l'Elysée et Xavier Bertrand. Si elle lll lll devenait réalité, la nomination du président de la région Hauts-de-France à Matignon constituerait selon Castets une «aberration». «Comment nommer un Premier ministre qui n'a pas de majorité et qui ne représenterait que luimême ?» interroge Castets, fustigeant le bilan de l'ancien des gouvernements Fillon, Villepin et Raffarin : «affaiblissement des financements de l'hôpital», «suppression massive de lits», «explosion des constructions d'Ehpad privés», «réforme injuste des retraites»… D'ici son retour à Paris, l'aspirante à Matignon devrait en tout cas privilégier le cahier de vacances aux nouvelles cartes postales. Jeudi aprèsmidi, une nouvelle visio devait avoir lieu avec les chefs des partis qui composent le NFP. L'occasion de prévoir le plan de bataille pour l'après-JO et la course de vitesse qui va vite s'engager avec l'Elysée. Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure sans grande inspiration C'est presque un événement. La dernière parole publique de Jean-Luc Mélenchon date d'il y a plus d'une semaine. Sur X, le chef de file de La France insoumise dénonçait l'«agression intolérable» d'Israël au Liban, accusant le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, de «propage[r] la guerre, le meurtre et [de] les généralise[r] comme s'il était au-dessus de toutes les lois et conventions internationales». Son dernier post de blog date de la veille : le triple candidat à la présidentielle revenait (une deuxième fois) sur la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques et tentait de faire vivre «la polémique argumentée» issue de ses critiques («la tête coupée de Marie-Antoinette» et «la moquerie sur la Cène chrétienne»). Depuis ? Rien… Ni sur les JO ni sur Emmanuel Macron. Pas plus que sur la crise politique au Venezuela, pays sur lequel il est pourtant si prompt à réagir. Cet été, nous n'aurons donc pas droit aux pérégrinations de Jean-Luc Mélenchon en Amérique latine. Le clavier est, comme il a l'habitude de l'écrire, bien «rangé». Quant à Olivier Faure, mis à part un court entretien (avec d'autres personnalités du NFP dont le coordinateur de LFI, Manuel Bompard) dans la Marseillaise pour rappeler que le NFP est «légitime à gouverner», pas de grande carte postale non plus au programme. Laissant la lumière aux maires socialistes sur le pont pour ces JO, le premier secrétaire du PS retweete les médaillés français et passe pour l'instant l'été chez lui, en Seine-et- Marne, pour des vacances studieuses même si, dit-il à Libération, «les JO mobilisent [son] attention». Le député espère avoir «le temps de prendre une semaine» d'ici la fin août, après un saut dans le Lot le 12 pour «voir les rapatriés d'Indochine et leurs descendants dans l'ancien camp de Sainte-Livrade où ils ont été parqués et oubliés pendant un demisiècle». Confronté à des critiques internes sur l'alliance avec les insoumis, Faure a un peu plus de temps que les autres responsables du NFP pour se mettre en jambes : le PS ne fait sa rentrée à Blois qu'à la toute fin du mois d'août (du 29 au 31) quand insoumis et écolos réunissent les leurs le week-end précédent à, respectivement, Valence et Tours. A moins qu'Emmanuel Macron ne sonne, dès la semaine prochaine, la cloche de la rentrée. Fabien Roussel en mode «communion» Lui promet à Libération de livrer avant la fin de l'été une nouvelle «recette de salade» après celle «aux harengs» tournée l'an passé depuis le camping de Corse-du-Sud où il a ses habitudes avec sa famille et ses amis. Et c'est depuis Olmeto qu'il a fini de rédiger sa carte posplage tale 2024. Lundi – le même jour que la diffusion de la vidéo de Marine Tondelier –, le secrétaire national du Parti communiste français a publié sur sa page Facebook une ode tricolore (photo de l'apéro devant les JO en prime). S'appuyant sur les «témoignages de la part de celles et ceux qui se retrouvent dans les fan zones, dans les stades, les piscines, les tribunes et qui [lui] racontent leurs émotions, leurs frissons, leurs larmes dans ces moments magiques», l'ex-député PCF du Nord s'est félicité de «ce bel esprit de communion et de concorde», les Français qui chantent la Marseillaise, «en étant fiers de voir notre drapeau flotter au-dessus des podiums». Mais comme pour parer les futurs appels d'Emmanuel Macron à l'union nationale, Fabien Roussel a mis en garde dans ce même texte contre le risque de penser que cet événement puisse rendre «dociles» les Français et «effa[ce] [les] attentes exprimées lors des élections». «Nous voyons approcher la fin de l'été avec inquiétude, que ce soit pour la rentrée scolaire de nos enfants, les factures à payer, les conditions de travail, les problèmes d'accès aux soins, de logement, de transports, de sécurité, de racisme au quotidien… a-t-il écrit. Nous sommes inquiets de la situation politique et démocratique de notre pays, avec un président qui n'ac- cepte pas le résultat des urnes et refuse toute cohabitation avec une équipe nouvelle qui pourrait remettre en cause ses réformes les plus impopulaires, changerait de méthode, respecterait le Parlement et la société civile et surtout, redonnerait du pouvoir d'achat à chacun.» Destinataire de cette carte postale, Emmanuel Macron «doit», selon Roussel, «entendre cette aspiration profonde, exprimée lors des dernières élections». Interrogé par Libé à l'heure de la sieste – et du handball – le communiste jure avoir «des vacances très studieuses» avec beaucoup de «réunions en visio avec les autres dirigeants du Nouveau Front populaire». Il promet d'«être prêt pour [ses] universités d'été» qui se dérouleront cette année à Montpellier du 23 au 25 août. Lucie Castets y est annoncée.

Le Monde
International, vendredi 9 août 2024 1049 mots, p. 5
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8 août 2024 - Le Monde (site web)

Thaïlande : le principal parti d’opposition dissous

La Cour constitutionnelle cible aussi les dirigeants de Move Forward, bannis dix ans de toute activité politique

Brice Pedroletti

Bangkok -correspondant en Asie du Sud-Est - Les propositions de réforme avaient conquis les foules, le charisme de ses candidats avait fait le reste : un peu plus d’un an après sa victoire surprise aux élections législatives du 14 mai 2023, le parti politique thaïlandais Kao Klai (« allez de l’avant »), connu sous son nom anglais de « Move Forward », créé en 2020, a été dissous, mercredi 7 août, par une décision de la Cour constitutionnelle pour avoir proposé de réformer la loi de lèse-majesté. Les juges, saisis par la commission électorale, ont rendu cette décision à l’unanimité.

La campagne électorale du parti pour réformer l’article 112 du code pénal visait à « séparer de la monarchie l’âme de la nation thaïlandaise » , a déclaré la Haute Cour dans son verdict. Onze membres de son comité exécutif, dont le député Pita Limjaroenrat, ancien candidat au poste de premier ministre, ont été frappés d’inéligibilité pour dix ans et bannis de toute activité politique.

Attendue, cette décision prolonge le cycle des « coups constitutionnels » dont cet organe suprême, composé de juges acquis aux forces conservatrices, est familier. « La Cour fonctionne comme un verrou du système de démocratie à la thaïlandaise, qui repose sur le caractère sacré du roi »,explique Eugénie Mérieau, qui mène des recherches pour le CNRS en droit constitutionnel comparé, notamment entre la Thaïlande et d’autres systèmes. « Pour protéger cette identité constitutionnelle, poursuit-elle, la Cour a dissous des partis politiques qui constituaient une menace ou contestaient ce principe cardinal. »

D’innombrables partis prodémocratie ont subi ce sort ces vingt dernières années, dont le prédécesseur du Move Forward, le « Future Forward ». Né lors du retour partiel à la démocratie en 2019 après le coup d’Etat de 2014, il avait été dissous en 2020 en raison d’un prêt que lui avait accordé son fondateur, Thanathorn Juangroongruangkit, qualifié de donation déguisée. Ce dernier avait été banni de la vie politique, malgré une popularité au zénith. «Ces jeunes idéalistes constituent une nouvelle ressource politique pour l’avenir. Que se passera-t-il à long terme pour la démocratie thaïlandaise si les jeunes politiciens qui défient la tradition sont frappés d’interdiction politique ? »,interroge dans son éditorial, jeudi 8 août, le quotidien Bangkok Post, pourtant très modéré.

Move Forward a déjà annoncé sa stratégie : transférer ses députés non bannis de la politique à un parti existant, qui sera baptisé d’un nouveau nom. Les détails en seront révélés vendredi 9 août. Mais il perd au moins onze députés – sans compter les éventuelles défections. « On a le droit d’être tristes aujourd’hui, pour un jour »,a déclaré, très ému, lors d’une conférence de presse au siège du parti, Pita Limjaroenrat, mercredi après-midi. « Mais dès demain, nous allons aller de l’avant, et nous exprimeronsnotre frustration dans le prochain bulletin[de vote] », a-t-il ajouté. Agé de 43 ans, diplômé de Harvard, le plus charismatique des politiques thaïlandais du moment fait partie des bannis. La nouvelle figure du « mouvement », comme se désigne cette jeune génération de réformateurs, devrait être Sirikanya Tansakul, une économiste de 43 ans députée depuis 2019 et cheffe adjointe du parti.

Sa victoire en 2024, avec 151 sièges sur les 500 de la Chambre basse, n’avait pas permis à Move Forward de nommer un premier ministre aux côtés de son partenaire de coalition initial, Pheu Thai (« Parti pour les Thaïlandais »), la formation du clan de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, en raison du verrou constitué par un sénat nommé du temps de la junte militaire et habilité à se prononcer pour le choix du premier ministre. Le parti Pheu Thai avait alors changé de bord, plaçant son candidat, Srettha Thavisin, à la tête du pays avec l’aide des partis conservateurs en vertu d’un « deal » autorisant le retour en Thaïlande de M. Thaksin, en exil depuis 2008. Move Forward avait dès lors été relégué au rang de premier parti d’opposition.

La parole s’était libérée

Or, Srettha Thavisin est sous le coup d’une procédure de destitution pour avoir cherché à nommer comme ministre un homme condamné par le passé : la Cour constitutionnelle doit se prononcer sur son sort le 14 août, et le Pheu Thai pourrait à son tour mordre la poussière, en cédant le poste de premier ministre au deuxième parti de la coalition dirigeante, le Bhumjaithai (Parti de la fierté thaïe), de l’actuel ministre de l’intérieur et premier ministre adjoint, Anutin Charnvirakul, un protégé de l’establishment. La « restauration » conservatrice serait alors complète.

En 2020, la dissolution de Future Forward avait entraîné des manifestations d’une ampleur inédite, la parole s’était libérée au sujet du pouvoir politique occulte attribué au monarque thaïlandais et de sa richesse colossale. En retour, le gouvernement avait eu un recours massif à l’article 112, qui a conduit à plus de 270 inculpations en trois ans. Celui-ci punit « quiconque diffame, insulte ou menace le roi, la reine, l’héritier présomptif ou le régent d’un emprisonnement de trois à quinze ans ». Or, les peines sont cumulables, le champ d’application de l’article est extrêmement vaste et n’importe qui peut intenter des poursuites envers un contrevenant. Lors de la campagne pour les élections de 2023, Move Forward avait proposé d’instaurer une peine non cumulable, limitée à un an.

La loi de lèse-majesté « est un article du code pénal, un point c’est tout, et non le Tripitaka[les textes sacrés bouddhistes] , la Bible ou le Coran ! », s’était indigné le commentateur politique Pravit Rojanaphruk dans sa chronique sur le site Khaosod du 4 août, en anticipation du verdict. « Et elle peut donc faire l’objet d’un amendement, voire d’une abolition, si les électeurs, qui détiennent le pouvoir souverain, estiment qu’il s’agit de la meilleure solution pour la Thaïlande ! », avait-il poursuivi.

Mais c’est une nouvelle page sombre qui s’ouvre pour les réformateurs de la monarchie thaïlandaise. En avril, l’avocat Arnon Nampa, l’un des leaders des manifestations antimonarchistes de l’été 2020, avait été condamné à deux ans supplémentaires de prison en avril en vertu de ce fameux article 112, portant à dix années la peine qu’il doit désormais purger.

Le Monde
France, vendredi 9 août 2024 2228 mots, p. 10
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8 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Derrière les législatives, la bataille des municipales

Les derniers scrutins de juin et juillet ont modifié les rapports de force dans certains territoires

Benoît Floc’h

Les élections européennes du 9 juin puis les législatives des 30 juin et 7 juillet ont, à deux ans des municipales, donné aux élus locaux un aperçu de l’humeur politique de leur population. Et parfois quelques indications sur leur propre avenir politique.

Après le scrutin européen et le premier tour des législatives, le score du Rassemblement national (RN), arrivé en tête dans les deux cas, a fait frémir certains maires. « Ils étaient en panique dans ma ville. Je suis arrivée avec deux cents voix de moins que le RN au premier tour » , raconte l’ancienne édile de Fécamp (Seine-Maritime) Marie-Agnès Poussier-Winsback, finalement élue sous l’étiquette Horizons avec 426 voix d’écart (55,3 %) le 7 juillet, dans un duel avec le RN dans la 9e circonscription du département.

Après le second tour et la contre-performance de l’extrême droite, la préoccupation n’est plus tout à fait la même. Il n’en demeure pas moins que, par endroits, les législatives ont rebattu les cartes pour les municipales. Certes, neuf communes sur dix comptent moins de cinq mille habitants. Et, dans les bourgs, la vie municipale est peu politisée, les candidats font souvent des listes sans trop se soucier des étiquettes. Mais, hors cette multitude de villages peu peuplés, les trois quarts des Français vivent dans des grandes villes.

Au sein de la gauche, les lignes ont bougé. Le rééquilibrage entre le Parti socialiste (PS, passé de 27 députés en 2022 à 59) et La France insoumise (LFI, de 75 à 74) n’est pas anodin localement, même si les données sont à prendre avec précaution, puisque l’attribution des circonscriptions entre les différents partis de gauche est aussi l’image des négociations qui ont été conduites entre eux. Quoi qu’il en soit, à Paris, le Nouveau Front populaire (NFP) est passé de 9 à 11 députés, mais LFI a perdu la majorité au sein de la gauche au profit des écologistes et du PS. Une bonne nouvelle pour la maire sortante, la socialiste Anne Hidalgo, qui n’a pas encore déclaré ses intentions pour 2026.

Dans le Rhône, la gauche unie emporte sept circonscriptions (contre quatre en 2022) sur quatorze, et LFI est passée de deux à quatre députés. Mais elle n’a pas progressé partout. A Villeurbanne, le député « insoumis » Gabriel Amard avait été élu en 2022 avec 55,5 % contre le candidat Horizons. La performance avait déstabilisé ce bastion socialiste, dirigé par Cédric Van Styvendael. Des bruits de couloir avaient commencé à circuler : le mouvement de Jean-Luc Mélenchon se préparerait à monter une liste autonome pour les municipales de 2026.

Cette année, Gabriel Amard n’a été réélu que d’un cheveu (50,6 %) contre l’ancien maire de gauche Jean-Paul Bret, avec moins de six cents voix d’avance. Les ambitions municipales des « insoumis » sont refroidies. « On gouverne avec LFI, Les Ecologistes, le Parti radical et le PCF[Parti communiste français] depuis quatre ans, rappelle le maire socialiste, Cédric Van Styvendael . Je ne vois pas bien qui prendrait le risque de fragiliser cette union. Si LFI avait des velléités avant, ce dont je n’ai pas connaissance, il serait surprenant qu’elle en ait maintenant. »

La revanche du PCF

Côté LFI, on se réjouit des progrès du mouvement de Jean-Luc Mélenchon dans le département. « On va proposer d’être rassemblés aux municipales,précise Gabriel Amard, comme on l’a proposé pour les européennes », avant d’ajouter : « Si je venais à me rendre compte que, sur le fond, on n’arrive pas à s’accorder, on verra. Mais on est d’accord sur tout, tout le temps. »

Dans la ville voisine de Vaulx-en-Velin, le contexte est différent. Là, le candidat LFI du NFP, Abdelkader Lahmar, a fait un score impressionnant au second tour des législatives (69,8 %, contre 50 % dans la circonscription entière). Certains se demandent comment la maire socialiste, Hélène Geoffroy, va pouvoir conserver la ville sans s’arranger avec LFI, ce dont elle n’a manifestement pas très envie. « On verra avec les autres formations si on se retrouve sur les principes et un projet pour la ville, explique Mme Geoffroy . Il n’y a pas d’évidence sur le fait que LFI participe à cette liste. Je défends l’universalisme. Je refuse que l’on sépare la banlieue du reste de la France. C’est un débat aussi à gauche. »

Partir sans LFI représenterait un risque : « Je l’assume, répond l’élue. Je ne serai pas maire à n’importe quel prix. » Et le député Lahmar, très bien implanté localement, n’est pas plus allant. « Dans quel camp est-elle ? », s’interroge-t-il. Avant de lancer : « Aujourd’hui, il est clair que l’on n’a pas la même position. Donc il y aura une liste contre Hélène Geoffroy. »

Plus classiquement, des maires de droite ont des raisons, eux aussi, de s’inquiéter des bons résultats de la gauche. En 2020, une page du communisme municipal s’est tournée à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) : la ville où l’emblématique secrétaire général du PCF Georges Marchais (1920-1997) a vécu et est enterré a été gagnée par Laurent Jeanne (Libres !, le mouvement de la présidente Les Républicains [LR] de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse). L’année suivante, les communistes perdaient le Val-de-Marne.

Le PCF prépare sa revanche. Au second tour des législatives, son candidat Julien Léger (PCF-NFP) a rassemblé 57,1 % des voix dans la partie de Champigny-sur-Marne (les trois quarts) incluse dans la 5e circonscription du Val-de-Marne, où il a fait 39,4 %. « Lors de toutes les élections intermédiaires depuis les municipales de 2020, la gauche est majoritaire sur la commune, se félicite le communiste . C’est une ville qui vote à gauche et a un maire de droite. Une sorte d’anomalie qui donne de l’espoir. Mais sans triomphalisme. »

Face à la probable candidature de Julien Léger, désigné chef de file du PCF pour les municipales, Laurent Jeanne rappelle qu’il a obtenu 54 % en 2020. « En partie sur le rejet du PCF », reconnaît-il, considérant qu’ « ils ne faisaient plus d’efforts et[qu’] ils étaient entrés dans un système un peu clanique ». Pour 2026, ajoute-t-il, « le véritable enjeu pour[lui] sera d’être élu pour ce qu’[il] aur[a] fait ». Mais, à ce stade, le score du communiste, « ça ne [le] perturbe pas plus que ça », confie-t-il, en soulignant que « les gens font très bien le distinguo entre les élections ».

Au RN, préparer « la victoire »

La situation n’est pas très éloignée à Limoges. Comme à Champigny-sur-Marne, il s’agit d’une ville sociologiquement de gauche avec un maire de droite. La préfecture de Haute-Vienne a réélu ses trois députés du NFP. « Le passage de la droite[en 2014] a été une erreur de l’histoire », estime Thierry Miguel, à la tête d’une liste d’union de gauche et battu en 2020 par le maire sortant, le divers droite Emile Roger Lombertie.

Thierry Miguel reproche au maire de Limoges de ne pas avoir appelé à voter contre le RN. En revanche, s’agace-t-il, « ils ont passé leur temps à diaboliser la gauche », alimentant le soupçon d’une complaisance envers l’extrême droite. « J’ai soutenu les candidats de droite et du centre de ma majorité municipale, rétorque Emile Roger Lombertie . Et, au second tour, j’ai appelé les électeurs à voter selon leurs convictions, à aller jusqu’au bout de leur choix sans se laisser intimider. Le peuple a le droit de voter sans qu’on lui fasse de chantage. »

L’un de ses adjoints a été plus explicite : « S’il faut travailler avec le RN, bien sûr, je le ferai », a déclaré Guillaume Guérin dans Le Populaire du Centre, le 5 juillet. La déclaration de celui qui est également président de Limoges Métropole n’est pas passée inaperçue. « Ils préparent les municipales, car ils vont avoir besoin des voix du RN », en conclut Ludovic Géraudie, maire socialiste de Palais-sur-Vienne.

Lorsqu’on demande au maire de Limoges s’il pense avoir besoin des électeurs du RN en 2026, il répond : « Est-ce que vous pensez que les dix millions d’électeurs qui ont voté RN sont des fachos ? Quand vous vous présentez à une élection, vous avez besoin de toutes les voix. Et vous ne savez pas qui vote pour vous. » Pour lui, « le danger le plus important, c’est l’ultragauche ». « Avec les gens qui votent pour la gauche mais ne veulent pas de LFI, le jeu est beaucoup plus ouvert qu’il n’y paraît », ajoute-t-il.

Les récents scrutins ont aussi changé la donne pour le RN. « Le coup d’arrêt dû au front républicain ne doit pas occulter que le RN est une force politique en pleine expansion, rappelle Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut Ipsos. L’enjeu, pour lui, est d’arriver à se structurer au plan municipal. Mais je ne vois pas comment il ne pourrait pas y avoir de traduction au plan local. »

Pour réussir à s’implanter localement, le parti d’extrême droite doit régler son problème de ressources humaines. Il peine à fidéliser militants et élus. « Il y a beaucoup de turnover », relève la politiste Safia Dahani, spécialiste du RN. En Seine-et-Marne, le sénateur Aymeric Durox assure que les choses changent. « Depuis deux ans, affirme l’élu RN, on voit arriver des gens qui acceptent de se mobiliser. » Les choses se joueront notamment dans les campagnes, où le sénateur pense pouvoir convaincre des maires de prendre, ici ou là, « une ou deux personnes sur leur liste apolitique ». « On fera comme les élus communistes dans les années 1930, qui sont entrés dans les conseils municipaux de la banlieue parisienne, explique-t-il. Ça préparera la victoire. Quand on aura mis le pied dans ces conseils municipaux, on sera indéboulonnables. »

Dans les plus grandes villes, Aymeric Durox promet des listes indépendantes en 2026. Il compte sur le fait quedans son département qui fut une place forte pour Les Républicains, et est aujourd’hui majoritairement à gauche, « l’étiquette RN-Ciotti va[leur] donner beaucoup plus de force.[Ils] pourr[ont] rallier une élite locale de droite plus facilement ».

Comme à Nice, où l’alliance avec l’extrême droite a permis au président contesté de LR, Eric Ciotti, de rafler les trois circonscriptions aux législatives. Un test réussi pour une stratégie que ce dernier n’envisageait d’appliquer qu’en 2026, afin de ravir la mairie à son ennemi historique : le maire Horizons Christian Estrosi.

A Marseille, le parti de Jordan Bardella est arrivé en tête dans trois circonscriptions sur sept, prenant la place des macronistes comme deuxième force politique, derrière la gauche. Ce qui n’aura pas échappé au maire socialiste Benoît Payan. Tout comme les bons scores du député Sébastien Delogu, réélu dès le premier tour dans la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, avec 59,7 % des voix.

« Envie de changement »

D’ouest en est, le pourtour méditerranéen n’a désigné pratiquement que des députés du RN. A Béziers (Hérault), c’est la première fois que le parti de Jordan Bardella présentait un candidat face à la famille Ménard, classée à l’extrême droite. Emmanuelle, l’épouse du maire, Robert Ménard, a été battue par le RN Julien Gabarron. « La défaite a été une surprise pour tout le monde, commente Thierry Mathieu, conseiller régional socialiste d’Occitanie . Le fait même que le RN ait présenté un candidat montre que les choses ont bougé. » Lui veut croire que « l’ère Ménard est terminée ».

A ce stade, le député nouvellement élu ne ferme aucune porte : « On va voir comment s’opère la recomposition politique sur Béziers, car ça va changer beaucoup de choses, a déclaré Julien Gabarron dans Midi libre, le 2 juillet . Si les gens ont envie de changement, le RN répondra présent. » En tout cas, sur la question des municipales, Robert Ménard confiait quelques jours plus tard au micro de France Bleu : « A ce niveau-là, je suis rassuré. Je n’ai pas d’inquiétude sur ce qui se passera à Béziers. »

A Sète (Hérault), le député RN ne fait pas mystère, lui, de ses ambitions municipales. Aurélien Lopez-Liguori, arrivé en tête dans la ville comme dans la circonscription et réélu dès le premier tour, a considéré dans Midi libre, le 1er juillet, que c’était « un vrai signal pour[leur] force politique. On[leur] a fait confiance pour représenter les Sétois à l’Assemblée nationale.[Il] ne voi[t] pas pourquoi on ne[leur] ferait pas confiance pour diriger la ville ». Voilà qui est clair.

Le maire divers droite, élu depuis 2001, François Commeinhes, se montre serein. « Depuis vingt-trois ans, j’ai vu passer toutes les couleurs politiques chez les députés, souligne-t-il. PCF, UMP, PS, macroniste, puis RN. Il n’y a que les Verts que je n’ai pas vus. Cela n’a pas eu d’impact sur les élections municipales. » L’avenir est cependant incertain pour l’édile, car une affaire de détournement de fonds publics, dans laquelle il a été condamné en appel en 2023, fait aujourd’hui l’objet d’un recours en cassation. En cas de décision favorable, il pourra se représenter en 2026. « Si les habitants me font à nouveau confiance, je serai là. Sinon, je passerai à autre chose. Ne vous inquiétez pas pour moi ! »

Le Figaro, no. 24871
Le Figaro, vendredi 9 août 2024 1659 mots, p. 2

Politique

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8 août 2024 - Le Figaro (site web)

Assemblée : les lobbyistes coincés entre le marteau mélenchoniste et l'enclume lepéniste

Dans un Hémicycle plus fragmenté que jamais, des majorités transpartisanes pourraient se constituer contre le monde des affaires. Une hypothèse que redoutent les cabinets d'affaires publiques et leurs clients.

Lagrave, Martin

La nouvelle donne politique change tout.» Un mois après le second tour des législatives anticipées, un dirigeant de l'un des plus influents cabinets de lobbying parisien se désole : «Avant, tout le pouvoir était à l'Élysée et il suffisait de convaincre les principaux conseillers pour faire évoluer les projets de loi. Demain, ça ne sera plus du tout le cas.»Déjà amorcé en 2022 avec la perte de la majorité absolue du camp Macron, le basculement du pouvoir vers le Parlement devrait atteindre ces prochains mois un niveau inédit dans l'histoire de la Ve République. Pour les « représentants d'intérêts » , dont le métier consiste à influer sur la décision publique, ce glissement impose désormais d'augmenter les activités d'influence auprès du Parlement, notamment auprès des députés.

Groupements professionnels, entreprises, organisations non gouvernementales (ONG), ou encore cabinets de conseil avaient jusqu'ici pour habitude de solliciter des rendez-vous avec certains élus, de fournir des notes techniques, d'encourager à soutenir - ou à s'opposer à - telle ou telle proposition... Quand ils ne livraient pas des amendements clés en main. Une situation probablement appelée à cesser. «Le vrai pouvoir sera à l'Assemblée, mais on ne sait pas encore où» ,s'inquiète un dirigeant. «En fait, la situation à venir sera simplement une accentuation de ce que l'on a connu ces deux dernières années» ,se rassure Jean-Luc Archambault, président du cabinet Lysios.

Ce réinvestissement du Palais Bourbon qui s'annonce est en tout cas loin d'être une mince affaire. Tant auprès de certaines forces de gauche très hostiles au monde du lobbying - dont les Insoumis et les Écologistes - qu'avec le Rassemblement national (RN), conspué par de nombreux dirigeants d'entreprise pour son positionnement « antisystème » revendiqué. Or, ces partis représentant désormais près de 40 % de l'Hémicycle (226 députés sur 577), les lobbyistes vont de toute façon devoir tenter de faire avec. Au moins autant qu'avec les libéraux macronistes et Les Républicains, avec qui ils nourrissent historiquement de bonnes relations.

Souvent confondus avec les cabinets de conseil comme McKinsey - plusieurs enquêtes du Parquet national financier (PNF) visent les pratiques du cabinet de conseil américain et ses relations avec l'Élysée -, les cabinets d'affaires publiques souffrent d'une image assez dégradée dans l'opinion. Ne se limitant pas au rôle incarné par Pierre Niney dans le film Goliath - où l'ex-pensionnaire de la Comédie-Française défend ardemment les intérêts économiques de l'agro-industrie -, le lobbying est aussi le fait de nombreuses ONG. Ainsi, en 2023, ce sont les domaines de la santé (11 %), de l'agriculture-agroalimentaire (10,7 %), de l'environnement (10,2 %) et de l'économie (9 %) qui ont eu le plus recours au lobbying, d'après le rapport de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Encadrée depuis 2017 par la loi Sapin, la pratique revêt même un intérêt démocratique, selon l'institution, en ce qu'elle «contribue à une prise de la décision publique éclairée».

Une vision toutefois loin d'être partagée par les plus vifs détracteurs du secteur, à commencer par l'association anticorruption Anticor et La France insoumise (LFI). Les troupes mélenchonistes exècrent les «consultants en affaires publiques» et refusent de les rencontrer. «Nous sommes à l'écoute de tout ce qui sert l'intérêt général, mais les lobbys qui défendent des intérêts particuliers - pour générer du chiffre d'affaires -, nous les tenons distance», assume Gabriel Amard, député LFI du Rhône. «Avec eux, rien ne va changer: ils refusent de parler aux entreprises par dogmatisme, peste un dirigeant de cabinet parisien. En face, les entreprises ne veulent pas parler à LFI, qu'elles considèrent comme l'ennemi numéroun et dont elles désapprouvent les outrances. » Avec les Écologistes, les réticences sont à peine moindres. «Ils traitent les demandes au cas par cas, explique Louis-Alexis Fabre, consultant en affaires publiques, particulièrement concerné par les sujets liés à la commission des affaires sociales. Ils sont méfiants mais pas fondamentalement antilobbyistes. On peut les rencontrer et tenter de faire passer des messages.»

Les représentants d'intérêts qui espèrent trouver une oreille attentive à gauche de l'échiquier doivent donc se tourner vers socialistes et - si étonnant cela puisse paraître - les communistes, considérés comme bien plus ouverts. «Il y a dans ces deux groupes des gens qui comprennent les réalités économiques», explique le directeur conseil d'un grand cabinet. Les lobbyistes jouent sur certains marqueurs chers à ces élus. «Il y a des leviers, dans les circonscriptions avec de gros bassins d'emploi notamment. Ça sera jamais nos alliés mais on peut discuter et aller chercher au moins une position sérieuse et apaisée de leurs groupes», avance-t-on.

Le second écueil sur la route des lobbyistes se trouve être le RN, désormais premier groupe du Palais Bourbon avec plus de 125 élus. Mais pour des raisons de nature très différente car, contrairement à leurs collègues de gauche, les nationalistes sont enclins - et même enthousiastes - à l'idée de travailler avec la galaxie du lobbyingj. Un zèle qui va jusqu'à mettre mal à l'aise des consultants : soit parce qu'ils refusent par principe de travailler avec ce parti, soit parce que c'est pour leurs clients qu'il n'en est pas question. «C'est quand même très particulier, car ce sont des gens très polis... Si tu envoies une sollicitation, tu auras toujours une réponse. Ils sont désarçonnants de professionnalisme, avoue un consultant hors micro. J'ai des gros clients qui ne sont pas du tout en phase avec ça.»Poursuivant sa stratégie de notabilisation, le parti à la flamme maintient le dialogue avec certains groupements d'intérêts - comme le bâtiment ou la santé -j et tente d'attirer des collaborateurs bénéficiant d'expériences dans le privé. En mars dernier, le député Franck Allisio - spécialiste des questions bancaires au RN - a recruté comme collaborateur Antoine Barthélémy, jusqu'alors chargé d'affaires publiques au sein de la puissante Fédération bancaire française (FBF).

Dans un Hémicycle fragmenté de manière inédite avec onze groupes (un record sous la Ve République), il devient de plus en plus difficile de faire l'impasse sur quelque contingent que ce soit. Cet émiettement parlementaire fait d'ailleurs craindre aux représentants d'intérêts une imprévisibilité législative. Ils redoutent notamment des initiatives inattendues lors des « niches » , du nom de ces sessions de 24 heures dont chaque groupe fixe tour à tour - et unilatéralement - l'ordre du jour. La première - et la seule - prévue à ce jour étant celle du RN, le 31 octobre prochain. «Cela va favoriser des initiatives isolées, qui sont les plus dangereuses pour nos clients. Le contexte est très porteur de risque, d'un point de vue réglementaire, mais également d'opportunités. Il faudra être vigilant» ,anticipe Guillaume Allenet, directeur du pôle affaires publiques de Publicis. Tiphaine Mercier, directrice associée chez Havas, pointe, elle, le risque de « majorités d'intérêts » et de « coalitions de blocage » sur des textes majeurs pour le monde économique : «On a vu le RN et LFI s'envoyer des balles dans la presse, tout en laissant des ouvertures de coalition pour certains textes.»Exemple notable de ce type d'alliance, le NFP comme le RN ont récemment indiqué qu'ils étaient prêts à voter toute mesure d'abrogation de la réforme des retraites qui leur serait soumise à la rentrée. Sans compter le rendez-vous crucial du budget 2025, attendu comme un moment de vérité cet automne.

Après une phase d' «évaluation» observée depuis les législatives, les lobbyistes prévoient de basculer dans un temps de «sensibilisation» de leurs clients, notamment sur le comportement à adopter avec le RN. Sur ce point, les avis divergent grandement. Ainsi, plusieurs interlocuteurs du Figaro appartenant aux mêmes cabinets livrent des analyses différentes, les uns pariant sur une normalisation des relations entre les entreprises et le RN, les autres voulant prolonger le « front républicain » et entretenir le « cordon sanitaire ». «On se retrouve avec un bloc central toujours important», veut croire Tiphaine Mercier, citant les 166 députés macronistes et leurs 47 collègues de la Droite républicaine. Cette ancienne communicante du LR Xavier Bertrand poursuit : «Le sujet, c'est surtout de maintenir le dialogue entre les entreprises et les élus sur les travaux à venir. En premier lieu, cela passe par les personnalités clés de l'Assemblée. Le RN a vu ces postes leur échapper, ça ne change donc pas grand-chose», assure-t-elle.

Il faut dire que, en plus d'avoir perdu ses deux vice-présidences de la Chambre basse, le RN a été méthodiquement tenu à l'écart des fonctions importantes et stratégiques, notamment les présidences de commission permanentes. Mais plusieurs de ses députés sont devenus rapporteurs spéciaux sur des postes de dépenses, pour préparer le budget 2025 - par exemple sur le commerce extérieur, la fonction publique ou encore la défense. Tout comme les Insoumis, qui héritent de la gestion des finances publiques et de la lutte contre l'évasion fiscale.

Pour autant, seuls trois groupes seraient «des faiseurs de roi sur de nombreux textes», selon Guillaume Allenet de Publicis, qui évoque, sans les nommer, le PS, les LR et Liot. Une vision jugée court-termiste par plusieurs homologues. «En ne traitant pas les députés RN, vous ne traitez pas de potentiels futurs ministres, lâche froidement un directeur de pôle affaires publiques d'un cabinet de lobbying. La prochaine présidentielle, c'est en 2027, dans moins de trois ans... Sans parler d'une nouvelle dissolution l'été prochain. Les entreprises commencent à bien le comprendre.»

Reste que, dans ce contexte de retour en force du Parlement, la grande instabilité attendue à l'Assemblée pourrait favoriser, par contraste, l'autre Chambre - le Palais du Luxembourg -, sorte de pôle de stabilité. « Le Sénat va jouer un rôle beaucoup plus important,observe Tiphaine Mercier. C'est plutôt une bonne chose, parce que cela va redonner du poids au bloc central» , prophétise-t-elle. Sans savoir jusqu'à quand cela pourrait durer. ML

Le Monde
France, vendredi 9 août 2024 824 mots, p. 9
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7 août 2024 - Le Monde (site web)

L’identitaire Philippe Vardon de retour dans l’orbite du RN

Passé par Reconquête ! , il devient le collaborateur parlementaire de trois députés apparentés au parti lepéniste

Robin D’Angelo et Bastien Loeuillot

A l’extrême droite, les adversaires d’hier ne sont jamais loin de redevenir les amis d’aujourd’hui, surtout lorsqu’il s’agit de retrouver un emploi. Après avoir quitté avec perte et fracas le Rassemblement national (RN) à la suite de la campagne présidentielle de 2022 pour rejoindre Eric Zemmour et son parti Reconquête !, Philippe Vardon se rapproche à nouveau de son ancienne formation politique.

Mercredi 7 août, il est officiellement devenu le collaborateur parlementaire de trois députés apparentés au groupe RN. La promotion fait office de lot de consolation pour le militant d’extrême droite resté à la porte du Parlement européen, le 9 juin – il ne figurait qu’en dixième position sur la liste de Reconquête !.

« Je ne suis pas au RN », insiste toutefois Philippe Vardon, jurant au passage qu’il « n’aura pas particulièrement d’échanges avec les autres députés du groupe ». L’ancien candidat à la mairie de Nice en 2020 pour le parti lepéniste arrive au Palais-Bourbon dans la roue des députés investis sous pavillon RN aux législatives du 30 juin et 7 juillet, à la faveur de l’accord électoral conclu entre Marine Le Pen et sa nièce Marion Maréchal, après la rupture de cette dernière avec Eric Zemmour.

A l’Assemblée nationale, Philippe Vardon assistera ainsi trois proches de l’eurodéputée : Thibaut Monnier (Drôme), l’ancien directeur de son école lyonnaise, l’Institut de sciences sociales, économiques et politiques ; Anne Sicard (Val-d’Oise), son ex-cheffe de cabinet adjointe pour les européennes de 2024 et responsable du fonds de dotation du très radical Institut Iliade ; et Eddy Casterman (Aisne), l’un des soutiers de sa campagne des européennes.

La découverte que ces proches de Marion Maréchal étaient soutenus par le RN pour les récentes législatives avait laissé circonspects plusieurs cadres du parti. Les mêmes s’interrogent aujourd’hui sur la place qu’ils occuperont au sein du groupe parlementaire, où l’on craint « la reformation d’un clan Marion Maréchal, version institutionnelle »autour de ces députés apparentés. Avec en mémoire la mandature 2012-2017 lors de laquelle la petite-fille de Jean-Marie Le Pen siégeait au Palais-Bourbon et coalisait autour d’elle un courant catholique traditionaliste.

Mouvance identitaire

Au lendemain des législatives anticipées, le député de la Somme et proche de Marine Le Pen, Jean-Philippe Tanguy, imputait dans L’Opinion le score décevant du RN au second tour à l’ « abîme entre nos positions réelles sur les sujets sociétaux et notre image dans la population ». Les droits des femmes et des LGBT+ en tête.

Philippe Vardon, lui, n’a jamais réussi à faire oublier son CV militant. Filmé à 15 ans en train de chanter les paroles du morceau La Zyklon Armypendant un concert du groupe néonazi Evil Skins, il a ensuite milité à Unité radicale, le groupuscule duquel était issu Maxime Brunerie, l’auteur d’une tentative d’assassinat en 2002 contre Jacques Chirac. Il devient ensuite l’un des animateurs de la mouvance identitaire au début des années 2000, avec l’objectif de faire essaimer dans le débat public le néologisme de « remigration ».

« Il faut envisager(…) qu’une grande partie des immigrés ou descendants d’immigrés retrouvent leur patrie, c’est-à-dire la terre de leurs pères », défendait-il en 2014, sur un blog d’extrême droite. Une idée portée par Marion Maréchal, dont il était le directeur de campagne, lors des européennes de juin. « Le projet de “remigration” de l’AfD[le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne] est celui porté par Eric Zemmour », déclarait-elle sur France Inter, en février.

« Ceux qui m’ont quittée, c’est un chemin sans retour », jurait Marine Le Pen lors de la campagne présidentielle de 2022, à propos des transfuges du RN ayant rejoint Eric Zemmour. La cheffe du RN aurait-elle mis de l’eau dans son vin ?

« Avoir quitté le RN, monter des coups pendables contre Marine Le Pen, avoir été le larbin de Sarah Knafo[désormais eurodéputée Reconquête !] pour finir assistant parlementaire de députés élus avec le soutien du RN, ce n’est vraiment pas glorieux », réagit le lieutenant de Marine Le Pen Bruno Bilde, député du Pas-de-Calais.

De son côté, Philippe Vardon cherche à mettre de la distance avec le parti à flamme, et agite la possibilité que « quelque chose se crée autour de Marion Maréchal ». Ce scénario ne fait aucun doute pour les derniers fidèles d’Eric Zemmour, et pour les cadres du RN où l’on guette les moindres faits et gestes de Marion Maréchal. Son tweet du 9 juillet, dans lequel elle se félicite de compter sept députés à l’Assemblée et au Parlement européen pour « porter la voix de la France fière » a été interprété comme la première pierre d’un futur parti, dont les représentants pourraient cependant siéger aux côtés de ceux du RN.

La Croix, no. 42992
France, vendredi 9 août 2024 97 mots, p. 9

Politique Décès de Marie-Josée Roig

Marie-Josée Roig, maire d’Avignon pendant plus de dix-huit ans, ancienne députée et brièvement ministre à deux reprises, est décédée mercredi 7 août à 86 ans. Sa disparition a été confirmée par la maire d’Avignon actuelle, la socialiste Cécile Helle. Originaire de Perpignan (Pyrénées-Orientales), l’ancienne professeure de lettres a occupé le siège de maire de la Cité des papes pendant trois mandats de 1995 à 2014. Une polémique sur l’emploi fictif dont elle a été accusée d’avoir fait bénéficier son fils l’avait contrainte à jeter l’éponge.

L'Humanité
vendredi 9 août 2024 1390 mots, p. 2

À Calais, la double peine des exilés

Maël Galisson

Migrations Neuf personnes sont mortes depuis le début de l'été à la frontière franco-britannique. Une marche blanche était organisée le 7 août. Mais la noyade n'est pas le seul danger. Après la victoire du RN dans la circonscription, et les émeutes racistes de l'autre côté de la Manche, certains identitaires britanniques appellent désormais à « chasser le migrant » sur les côtes françaises.

Calais (Pas-de-Calais), envoyé spécial.

Le cortège s'avance silencieusement dans les rues de Calais (Pas-de-Calais), ce mercredi 7 août. Il y a là une cinquantaine de personnes : des bénévoles d'associations, des militants et quelques habitants, la plupart de noir vêtus. Et surtout, en tête de cortège, les familles de Dina Al Shammari, 21 ans, et de Mohammed, 11 mois, deux exilés décédés ces derniers jours à la frontière. La marche blanche, à l'initiative des deux familles et soutenue par les associations, traverse le centre-ville de la cité portuaire, croise des vacanciers de retour de la plage, serviette sur le dos, et passe à côté des manèges de la fête foraine du port de plaisance. Choc des réalités : station balnéaire pour certains, frontière mortifère pour les autres.

Neuf personnes ont péri en tentant de traverser la Manche, à Calais, depuis le début de l'été. Le 12 juillet, le naufrage d'une embarcation au large de Boulogne-sur-Mer a fait 4 morts et plusieurs disparus. Le 17 juillet, une femme érythréenne de 32 ans est morte noyée après un naufrage au large de Gravelines. Le 28 juillet, Dina mourait dans une embarcation surchargée. Mohammed, nourrisson de 11 mois, est lui décédé des suites d'une défaillance d'accès aux soins, le 29 juillet. Au total, depuis janvier, ce sont au moins 29 personnes exilées qui ont perdu la vie dans la zone frontière.

Une tragédie qui intervient alors que les associations déplorent par ailleurs un climat politique particulièrement délétère. « Au lendemain des européennes, un squat a été tagué avec des inscriptions racistes et des exilés ont été pris pour cible par des jets de pierres près du local du Secours catholique, énumère Flore Judet, de l'association l'Auberge des migrants. Et après les législatives, c'étaient des chasses à l'homme en bagnole. » Dans un communiqué, 15 associations locales dénoncent « ces agissements et (appellent) à une action des pouvoirs publics pour lutter contre ces violences racistes ».

« personne ne nous a aidés »

La circonscription a basculé RN lors des législatives. Exit le député LR Pierre-Henri Dumont. Le nouvel élu, Marc de Fleurian, a entamé son mandat en publiant sur Facebook une vidéo dans laquelle il accuse sans preuve « les clandestins d'agressions sur des habitants du quartier du Pont-du-Leu ». « Quand on voit des représentants politiques s'exprimer ainsi, ça légitime toutes les violences », s'indigne Flore Judet. De l'autre côté de la frontière, ce n'est guère mieux. Les émeutes racistes consécutives au triple meurtre de fillettes, à Southport, se sont propagées en Angleterre, et les milieux identitaires ciblent désormais Calais. Le militant d'extrême droite Alan Leggett, alias Activ Patriot sur les réseaux sociaux, a appelé le 1er août à ce que « trois voitures pleines de patriotes » mènent une expédition punitive dans les camps d'exilés. D'après certains témoins, il se serait déjà rendu à Calais par le passé.

C'est dans ce contexte terrible que les familles des naufragés essaient de vivre leur deuil. Parmi les victimes, il y avait Dina Al Shammari. « C'était la 5e fois que nous tentions de traverser, se remémore Nour, sa jeune soeur de 19 ans, qui, elle, a survécu. Les fois précédentes, le taxi-boat avait renoncé à s'approcher de la côte car des policiers étaient présents sur la plage. » Les traits marqués et le visage fermé, Nour retrace le déroulé de la nuit du 27 au 28 juillet. À côté d'elle, sa mère, Amira, 52 ans, prend parfois la parole et complète le récit, quand ses larmes le lui permettent.

Il est environ 4 heures du matin quand Dina, ses soeurs Nour et Fatima, 14 ans, son petit frère, Abdallah, 13 ans, et Amira arrivent sur une plage proche de Calais. Le lieu de rendez-vous, localisé par des coordonnées GPS, a été fixé par le passeur. Depuis un mois, Dina et sa famille survivent dans un des campements précaires de la ville, espérant traverser la Manche. Ils font partie des « Bidounes » du Koweït, une minorité arabe apatride stigmatisée et qui ne bénéficie pas d'une reconnaissance de la nationalité koweïtienne par les autorités du pays. Dina et ses proches ont quitté le Moyen-Orient et sont arrivés en 2021 en Allemagne, où ils ont demandé l'asile mais ont été déboutés.

Sur la plage, dans l'obscurité, de nombreux exilés attendent l'arrivée du taxi-boat. « Il devait y avoir près d'une centaine de personnes », estime Nour. Hommes, femmes, enfants, pour la plupart originaires de Syrie et d'Irak. Dina, aidée par l'un des passeurs, est l'une des premières personnes à monter sur le bateau pneumatique. Mais, rapidement, l'embarquement devient chaotique. Trop de personnes tentent, en même temps, de grimper sur le « small boat ». Au milieu du bateau, comprimées, Dina et Nour commencent à suffoquer. « Nous devions supporter le poids d'une vingtaine de personnes, explique Nour, nous avons appelé à l'aide, mais personne ne nous a aidées. »

Les secouristes arrivent trop tard

Amira alerte d'autres passagers et demande à descendre de l'embarcation. « Un homme a alors sorti un couteau et a commencé à menacer les gens si le bateau ne partait pas », raconte Nour. Le moteur démarre et le Zodiac entame la traversée de la Manche. Pendant près d'une heure, les proches de Dina s'alarment de l'état de santé de la jeune exilée. « Ce n'est que quand certaines personnes ont vu le visage de ma soeur devenir blanc et les bleus sur son cou que les secours ont été avertis », déplore Nour.

Alertés par le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage, deux navires, qui suivaient à distance le bateau pneumatique, interviennent. « Certains passagers étaient debout et n'osaient pas bouger, tellement l'embarcation était surchargée, se souvient Loïk (1), un des marins ayant pris part à l'opération de sauvetage. Un des sauveteurs est même monté sur l'embarcation pour récupérer la jeune femme, ainsi que deux autres personnes qui s'étaient fait piétiner et étaient blessées aux jambes et au dos. » Les secouristes tentent de réanimer Dina, mais l'intervention arrive trop tard. La jeune femme est hélitreuillée puis conduite à l'hôpital de Boulogne-sur-Mer, où elle est déclarée décédée. Le Zodiac, lui, continuera sa route vers les côtes anglaises. « On est confrontés à une répétition morbide, souffle Juliette Delaplace, chargée de mission au Secours catholique. Ces décès sont symptomatiques des différents niveaux de maltraitance des gouvernements européens vis-à-vis des personnes étrangères, le décès de Dina est directement lié à la crainte de sa famille d'être expulsée par l'Allemagne au Koweït. »

L'Angleterre, le choix du désespoir

« Dina avait réussi à obtenir un diplôme dentaire en Allemagne, confie Nour, mais comme nous n'avions pas de papiers, nous vivions sous la menace d'un contrôle policier. » Le règlement Dublin, dont le Royaume-Uni n'est plus signataire depuis le Brexit, ne laisse pas la possibilité à la famille Al Shammari de demander l'asile en France. Elle risquerait un renvoi en Allemagne, avant une possible expulsion vers le Moyen-Orient. « L'Angleterre, c'était finalement le choix du désespoir, constate, Juliette Delaplace. Combien de morts faudra-t-il pour qu'on réfléchisse à une politique alternative ? »

« Compte tenu du niveau de pression policière pour empêcher les départs de bateaux, les plages sont devenues le lieu de concentration des tensions », observe, de son côté, Angèle Vettorello, coordinatrice d'Utopia56 à Calais. Moins de « small boats » mis à l'eau, c'est moins de possibilités pour traverser. « On voit parfois beaucoup de personnes qui attendent au même endroit de pouvoir monter sur une embarcation, note la salariée associative, ça augmente la prise de risques. » À cela s'ajoute également le fait que certains groupes d'exilés, non prévus par le passeur, essaient de se greffer au dernier moment sur des traversées.

À Calais, la marche blanche s'achève sur le front de mer. Des fleurs sont déposées au pied des portraits de Dina et de Mohammed, assis dans sa poussette. Dernier hommage pour ces deux victimes de la frontière. Les derniers mots sont pour Amira : « C'est important pour nous de faire savoir dans quelles circonstances Dina est décédée. Ma fille était quelqu'un de joyeux, elle aimait la vie, elle recherchait juste un endroit où vivre en sécurité. » 

Le Figaro, no. 24871
Le Figaro, vendredi 9 août 2024 1123 mots, p. 6

International

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8 août 2024 - Le Figaro (site web)

Le tour de passe-passe de Carles Puigdemont

L'ex-président catalan, installé en Belgique depuis 2017, a fait une brève apparition, jeudi, à Barcelone, avant de disparaître.

de Taillac, Mathieu

Après sept ans à jouer au chat et à la souris avec les autorités espagnoles, Carles Puigdemont a exécuté un nouveau tour de passe-passe. Le plus spectaculaire de tous. L'ex-président catalan, installé en Belgique depuis 2017 pour fuir l'action des tribunaux espagnols qui veulent le juger pour avoir organisé un référendum d'indépendance illégal, est devenu l'homme le plus recherché par la justice espagnole. L'ensemble des forces de l'ordre, Garde civile et police nationale aux frontières, Mossos d'Esquadra, la police régionale, à l'intérieur, avaient l'instruction de l'arrêter dès qu'il mettrait un pied en Espagne. Et pourtant, il s'est montré au grand jour, en plein centre de Barcelone, sur une estrade, face à des milliers de personnes, après avoir annoncé le lieu et l'heure de son apparition vingt-quatre heures à l'avance. Puis il a disparu.

À 9 heures, Puigdemont était au rendez-vous donné à ses soutiens. Ces derniers étaient quelques milliers, 3 500 selon la police municipale, un faible nombre quand on le compare aux foules immenses qui envahissaient Barcelone au plus fort de la vague indépendantiste, en 2017. Des inconditionnels, venus dire, comme Jordi, 62 ans, qu'ils sont avec lui, qu'il est leur seul espoir, «le seul qui ne s'est pas vendu à l'Espagne, qui a maintenu la confrontation». Puigdemont les a émus, prononçant un discours de cinq minutes sous l'arc de triomphe de Barcelone. «Malgré la répression, je suis venu pour vous dire que nous sommes toujours là! Pour que, quoi qu'il arrive, l'on puisse encore crier: « Vive la Catalogne libre! »»

Puis il est descendu de l'estrade. Et il a trompé tout le monde. Les journalistes, d'abord. Au cri de «Laissez passer le président!» ,un petit groupe d'élus de son parti fend la foule. Les reporters les précèdent à reculons, espérant capter l'image de la marche de Puigdemont de l'arc de triomphe jusqu'au Parlement régional, où tout était prévu pour son arrestation. Le scénario semblait écrit à l'avance, il avait été insinué par son parti. Le candidat de la droite indépendantiste (Junts), furieux que la gauche indépendantiste (ERC) vote l'investiture d'un socialiste, Salvador Illa, à la présidence de la région, allait, par son arrestation, interrompre la session convoquée à 10 heures. Et faire ainsi coup double. Il stigmatiserait ses frères ennemis d'ERC, accusés de complicité avec l'unionisme, et mettrait en évidence ce qu'il appelle un «coup d'État»de la justice : la persistance du juge d'instruction de la Cour suprême, Pablo Llarena, qui continue ses poursuites pour détournement de fonds, malgré la loi d'amnistie votée au Parlement espagnol par la gauche et les indépendantistes.

Mais rien ne s'est passé comme prévu. Quand la foule s'est faite moins dense, la nuée des caméras et des micros s'est rendue à l'évidence : Puigdemont n'était pas au milieu du petit groupe des chapeaux à plume de Junts. La haie d'honneur dressée par les militants pour accompagner les élus jusqu'au Parlement était un leurre. Une muleta tendue au public, pendant que les illusionnistes exécutaient leur tour en coulisses. Derrière des parois de deux mètres de haut dont des gros bras écartaient les curieux s'agitaient quelques dizaines d'activistes, tous couverts du même chapeau de paille. Un groupe est sorti, un autre est entré, pendant que la majorité de la presse regardait ailleurs. Et, visiblement, la police avec elle. Car Puigdemont a été introduit dans le véhicule sitôt son discours terminé. Des policiers se sont lancés, trop tard, dans une brève poursuite, avant de se faire semer dans les rues de Barcelone.

Les Mossos avaient dessiné un plan simple, mais qui ne pouvait fonctionner que si Puigdemont faisait ce que l'on attendait de lui. Ce dernier avait dit vouloir entrer au Parlement, qui se trouve au milieu d'un parc. Dans le dispositif de la police, l'édifice devait être l'appât, et le jardin public la souricière. Si Puigdemont apparaissait aux grilles du parc de la Ciutadella entouré de ses supporteurs, la police laisserait entrer Puigdemont, en sa qualité de député régional, et repousserait la foule, faute d'accréditation. Puis elle arrêterait tranquillement l'ex-président sur son chemin vers la Chambre. Sauf que la souris n'a pas voulu du fromage et que la tapette n'a pas pu s'activer. Incroyable naïveté du commandement ? Trop grands scrupules pour ne pas « provoquer des désordres publics», que les Mossos disaient vouloir éviter ? Passivité coupable des services de renseignements ? Ou formidable talent d'Arsène Lupin de Puigdemont et de ses scénaristes ?

Hormis l'inspection des souterrains et des égouts du Parlement et les contrôles à la frontière, les autorités ne semblaient avoir prévu aucun plan B. Le scénario de la fuite n'avait pas été envisagé, reconnaît auprès du quotidien La Vanguardia une source officielle. Elle témoigne de l'état de «dévastation»dans lequel seraient plongés l'ensemble des Mossos d'Esquadra. D'autant plus que l'un des leurs les a trahis. La police régionale reconnaît dans un communiqué qu'un agent a été arrêté, accusé d'avoir mis sa voiture à disposition de Puigdemont. Les Mossos ont ensuite déclenché une «opération cage» ,équivalente des plans Épervier en France, qui leur permet de multiplier les contrôles sur les routes et aux frontières. Le plan a été levé après avoir provoqué des embouteillages à la frontière franco-espagnole, puis réactivé.

Dans le parc de la Ciutadella, un petit groupe de manifestants indépendantistes qui avait forcé les cadenas d'une porte est parvenu à rentrer jusqu'aux barrières disposées par la police. Un autre Jordi, de 69 ans, jubile en évoquant le «bras d'honneur»fait par Puigdemont aux autorités espagnoles. «Ce pays n'est pas démocratique, tout ce qui peut leur faire mal est bon à prendre.»

À l'intérieur du bâtiment, le candidat socialiste défendait son investiture en prononçant l'équivalent d'un discours de politique générale. La session, qui devait se conclure dans la soirée, constitue sur le papier un épisode important de la politique catalane et espagnole. Elle devait signer le retour aux affaires des socialistes, après quatorze ans de gouvernements indépendantistes. Elle marque aussi la première faille dans le mur entre les deux blocs, sécessionnistes et défenseurs de l'unité espagnole. Aux 42 suffrages socialistes et aux 6 de gauche radicale (Comuns) devaient se joindre les 20 voix des députés d'ERC.

Elle inaugure enfin une partition inédite du système fiscal espagnol : le pacte entre Parti socialiste (PSC) et ERC prévoit de céder à la Catalogne la levée, la gestion et le contrôle de l'ensemble des impôts prélevés dans la région. Pourtant, cette investiture cruciale a été éclipsée. Réduite au rang de toile de fond, devant laquelle s'est produit le dernier spectacle de Carles Puigdemont. Jusqu'au prochain épisode ? MDT

Libération
vendredi 9 août 2024 194 mots, p. 9

AUTRE

«Je proposerai que les primes des médaillés olympiques soient défiscalisées dans le prochain budget 2025.»

LAURENCE BENHAMOU

AUTRE

Il a fait son pot de départ à Bercy mais veut encore intervenir dans le débat fiscal : pour surfer sur l'euphorie des victoires des Bleus, le ministre démissionnaire de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a souhaité jeudi la défiscalisation des primes JO des athlètes. Comme l'avait réclamé lundi le champion olympique de judo et ex-ministre David Douillet, puis le député LR Olivier Marleix promettant une proposition de loi. Cette annonce de Bruno Le Maire au Figaro est une conception toute personnelle de la «gestion des affaires courantes» à laquelle il doit s'astreindre. «Lorsqu'on a des résultats aussi exceptionnels, des médailles qui sont exceptionnelles, qui sont la récompense d'années de travail, d'années d'efforts et qui sont la fierté française, il ne faut pas que ces primes soient fiscalisées», a-t-il justifié. Cette décision ne risque pas de modifier le déficit public : les médaillés pour ces Jeux bénéficient de 80 000 euros pour l'or, 40 000 euros pour l'argent et 20 000 euros pour le bronze.

A lire en intégralité sur Libé.fr

Le Monde
Télévisions, vendredi 9 août 2024 480 mots, p. 15
Aussi paru dans
9 août 2024 - Le Monde (site web)

LCP-AN Vendredi 9 - 20 h 30

Splendeur et décadence du Parti socialiste

Le documentaire, écrit par Julien Dray, suit le dessinateur Mathieu Sapin, qui croque des conseillers de l’ombre ayant connu l’apogée du PS

Julie Carriat

Documentaire - Un peu plus d’un an après avoir participé à ce documentaire, Julien Dray rendait sa carte du Parti socialiste (PS). D’où le parfum de nostalgie de  La Disparition ?, tourné en 2020 par Jean-Pierre Pozzi, avec le dessinateur Mathieu Sapin, et sorti en 2022 au cinéma.

En une heure et demie, ce retour sur les grandes heures du PS et sur sa dégringolade séduit d’abord par ses images d’archives. Mitterrand, Jospin, Hollande… Le « baron noir » Dray et Mathieu Sapin se promènent dans un Paris désert (en pleine pandémie de Covid-19), la Bastille, un Solférino vide, où le premier refait la géographie des congrès des heures fastes. Puis viennent des entretiens, notamment avec la journaliste Laure Adler, ancienne conseillère de François Mitterrand.

Pendant la campagne de Ségolène Royal – la plus belle vécue par Julien Dray après celles de Mitterrand, dit-il –, une photo de meeting montre la candidate avec, au second plan, un jeune Olivier Faure. A part cette image, il n’est pas question de l’actuel premier secrétaire du parti. « Le PS que j’ai connu a disparu, on a tourné la page », assume Julien Dray.

Gérard Colé, l’un des artisans de la victoire du 10 mai 1981, fournit de piquants souvenirs au dessinateur, notamment sur l’élaboration de la campagne face à Valéry Giscard d’Estaing, « l’homme qui veut contre l’homme qui plaît ». Quelques imitations de Mitterrand et le sentiment, déjà, que la victoire est arrivée « trop tard »,après des années 1970 où tout était encore possible.

Second rendez-vous manqué avec François Hollande. La « gauche molle »que fustigeait Martine Aubry dans sa campagne de la primaire d’octobre 2011. « Ça commençait à prendre, ils avaient trouvé la ligne pour affronter Hollande », relève Julien Dray. Une petite musique angoissante ponctuée de tic-tac rythme ensuite cette « disparition » du PS, que le documentaire déplore.

Comme acte de décès, il y a cette Nuit debout, en 2016, où François Ruffin lance, à la tribune : « Chez les jeunes, plus jamais nous ne voterons PS. » De quoi résonner avec l’évolution actuelle du député, devenu plus indulgent à l’égard de la social-démocratie. « C’est devenu un gros mot d’être de gauche, dans les cercles d’élite parisienne(…), on va te regarder avec un peu de commisération », relève le communicant Philippe Moreau-Chevrolet sur fond d’images de 1981 montrant une liesse qui paraît rétrospectivement bien naïve.

De cette promenade peuplée de fantômes et d’anciens conseillers, on ressort un peu ébloui, comme après avoir passé trop de temps dans le noir. A voir ou à revoir.

La Disparition ?,de Jean-Pierre Pozzi, avec Mathieu Sapin

et Julien Dray (Fr., 2022, 85 min).

Le Monde
vendredi 9 août 2024 603 mots, p. SPA5
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9 août 2024 - Le Monde (site web)

Les « fous » de Thierry Henry en mission

En Espagne, la loi est bien faite pour les sélectionneurs

A. P.

L’équipe de France masculine de football est en finale des Jeux olympiques et elle n’a pas eu besoin de loi pour y arriver. Vendredi, les Bleus affrontent l’Espagne avec sa qualité de jeu, son palmarès à rallonge dans les catégories de jeunes et son article 66 de la loi sur le sport adoptée le 30 juin 2013, et réformée le 30 décembre 2022. Quand Thierry Henry a usé son forfait téléphone pour convaincre des clubs – même français – à libérer ses joueurs pour ce tournoi olympique, son homologue, Santiago Denia, a eu l’esprit beaucoup plus tranquille.

En effet, si le Real Madrid peut empêcher ses « étrangers » de participer à la fête olympique (comme Eduardo Camavinga, Ferland Mendy, Aurélien Tchouaméni et son nouvel employé, Kylian Mbappé), le club le plus titré d’Europe a pour obligation de laisser ses Espagnols à disposition de la Roja, même dans un tournoi organisé hors date FIFA. L’article 66 du texte précise que « les entités sportives doivent mettre les membres de leur personnel à la disposition de la fédération sportive espagnole correspondante pour la formation des équipes nationales ». En cas de « manque injustifié aux convocations » les clubs concernés peuvent même se voir infligés des amendes allant de 3 000 à 30 000 euros et risquent une suspension de licence, d’une durée de deux ans minimum.

Lors des Jeux olympiques de Tokyo, à l’été 2021, c’est grâce à cette loi que le coach Luis de la Fuente avait pu contraindre le FC Barcelone de libérer sa pépite, Pedri, désormais star du football espagnol. « Nous avons la chance que les clubs espagnols aient l’obligation de céder les joueurs pour les Jeux », avait déclaré à l’époque le sélectionneur olympique, vainqueur de l’Euro en juillet avec les A. Avec Pedri, l’Espagne avait ramené un titre de vice-champion olympique du Japon. Mais depuis trois ans, le Barcelonais enchaîne les blessures, une fragilité souvent justifiée par son très énergivore enchaînement Euro-JO de l’été 2021. D’ailleurs, Santiago Denia n’a pas usé de cette loi pour obliger Lamine Yamal, 17 ans, à prolonger ses devoirs de vacances en France après son Euro exceptionnel, marqué par son formidable but égalisateur contre les Bleus de Didier Deschamps, le 9 juillet en demi-finales.

Une proposition de loi en France

Mais même sans l’attaquant du Barça, le sélectionneur de la Roja ne s’est pas fait des nœuds au cerveau pour former son groupe à la différence d’un Thierry Henry, qui a enchaîné les refus. Une loi à « l’espagnole » aurait peut-être facilité la tâche du sélectionneur. C’est dans ce sens que l’ancien député Les Républicains, Pierre-Henri Dumont a déposé une proposition de loi début juin. Amateur de football et supporteur du RC Lens, l’élu du Pas-de-Calais n’avait pas manqué de remarquer le refus du rival lillois de libérer trois de ses joueurs. « Aucun dispositif légal n’oblige les clubs à mettre à disposition leurs sportifs, créant non seulement une déception chez les joueurs frustrés de ne pas pouvoir représenter leur pays lors d’un événement à portée planétaire, mais aussi une incompréhension chez les acteurs du monde sportif », développait-il à l’époque.

Avec la dissolution de l’Assemblée décidée par le président de la République, Emmanuel Macron, la proposition de loi n’a jamais pu être étudiée et M. Dumont a perdu son siège lors des législatives anticipées. Malgré les embûches, Thierry Henry, lui, est bien en finale des Jeux olympiques.

La Croix, no. 42992
Sport, vendredi 9 août 2024 324 mots, p. 13
Aussi paru dans
8 août 2024 - La Croix (site web)

en question

Faut-il fiscaliser les primes des médaillés ?

Alain Guillemoles

Les médaillés français sont généreusement récompensés par l’État mais devront payer des impôts sur leur prime, ce que déplore l’ex-ministre des sports David Douillet.

Tout Français médaillé d’or recevra 80 000 € de l’État, tandis que pour une médaille d’argent, ce sera 40 000 €, et 20 000 € pour le bronze. Cette pratique est courante : l’Espagne offre ainsi 95 000 € pour une médaille d’or, l’Italie 180 000 € et la Pologne, en plus d’une prime, donne un appartement de deux pièces à Varsovie.

L’ex-ministre des sports David Douillet, par ailleurs double champion olympique de judo en 1996 et 2000, a ouvert un débat, mardi 6 août, en jugeant « honteux » que les athlètes français soient imposés sur ces primes, alors qu’elles sont le résultat de « quinze ans d’entraînement ». Le député des Républicains Olivier Marleix lui a emboîté le pas en souhaitant mettre à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, à la rentrée, une « proposition de loi consensuelle » visant à exonérer les primes des médaillés français. Ces primes sont imposables depuis les Jeux de Tokyo en 2021. Rappelons tout de même que les sportifs peuvent étaler leur déclaration sur quatre ans et que ces primes ont été augmentées pour les Jeux de Paris. Auparavant, l’or rapportait 65 000 €, l’argent 25 000 € et le bronze 15 000 €.

Mais ce qui est sans doute plus important est l’effort particulier fait par l’État avant ces Jeux. Afin d’aider les sportifs repérés comme médaillables, plus de 600 athlètes de haut niveau ont été soutenus par l’Agence nationale du sport, en prévision de ces JO. Elle leur a garanti un revenu minimal de 40 000 € par an, ce qui leur a permis de mieux s’entraîner. Une fois la compétition gagnée, il n’est donc pas choquant que ces sportifs soient taxés, comme tout un chacun.

La Croix, no. 42992
Monde, vendredi 9 août 2024 550 mots, p. 6

Après sept ans d’exil, Carles Puigdemont met en scène son retour en Catalogne

Valérie Demon

L’ancien leader catalan, exilé en Belgique depuis 2017, est brièvement réapparu jeudi 8 août à Barcelone, à l’occasion de l’investiture du président de la Catalogne.

Avant de disparaître, se jouant du mandat d’arrêt qui le menace toujours en Espagne.

Madrid (Espagne)

De notre correspondante

Une investiture de président de région se déroule habituellement en Espagne sans surprises ni soubresauts. Mais c’est sans compter sur Carles Puigdemont, coutumier des scénarios imprévisibles. L’ancien président de la Catalogne, en exil en Belgique depuis 2017 et la déclaration illégale d’indépendance de la région, est revenu sur ses terres catalanes, jeudi 8 août, à Barcelone… pour quelques heures. Après une brève apparition, il a disparu, échappant ainsi à une possible interpellation. Un juge du Tribunal suprême maintient toujours, en effet, un ordre d’arrestation pour malversation de fonds publics à son encontre, considérant que ce délit ne peut pas être inclus dans l’amnistie des indépendantistes approuvée fin mai.

Carles Puigdemont voulait une image épique, théâtrale. Sous les acclamations de ses partisans scandant « président, président », il est apparu vers 9 heures, lors d’un « accueil institutionnel » organisé son parti, Junts per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne), avant l’investiture du socialiste Salvador Illa. « Je ne sais pas combien de temps va passer avant que nous puissions nous voir à nouveau, mes amis, mais peu importe ce qu’il se passe ; quand nous nous reverrons, j’espère que nous pourrons crier de nouveau bien fort ensemble ce que j’ai déjà dit pendant mon discours : “Vive la Catalogne libre !” », a-t-il lancé dans une courte prise de parole.

La session d’investiture a débuté une heure plus tard, sans lui. Carles Puigdemont devait pourtant y participer pour voter en tant que député, à défaut d’être élu président de la Catalogne comme il l’aurait souhaité. Car, pour la première fois depuis 2012, les partis indépendantistes n’ont pas obtenu une majorité absolue au scrutin régional de mai. Le socialiste Salvador Illa est arrivé en tête.

Ce dernier aura mis plus de deux mois pour tisser une alliance avec la gauche radicale et surtout avec les indépendantistes de gauche, ERC, qui ont accepté il y a quelques jours de le soutenir, en échange d’un compromis fiscal de taille. Cet accord vise à accorder à la Catalogne le contrôle total des impôts collectés dans la région, une vieille revendication des séparatistes. Un système qui ressemble à ceux accordés déjà au Pays basque et à la Navarre. Mais cet accord devra encore être adopté par le Parlement espagnol, une perspective délicate. L’opposition de droite est vent debout et de nombreux barons socialistes craignent que l’État central ne se prive d’une source substantielle de revenus : la Catalogne contribue à hauteur de 19 % au produit intérieur brut de l’Espagne.

Que les socialistes reprennent la présidence de la Catalogne grâce aux séparatistes de gauche, les frères ennemis de Carles Puigdemont, traduit l’échec de la stratégie de l’ex-président régional, qui avait fait campagne depuis le sud de la France en mai pour tenter un retour en vainqueur. Un revers cuisant pour celui qui est désormais recherché par la police catalane.

Le Monde
vendredi 9 août 2024 1245 mots, p. 23
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8 août 2024 - Le Monde (site web)

Au Lieu-Dit, la pensée critique est au menu

Lieux de pensée — 4/6 — La gauche savante et militante aime se retrouver dans ce bar-restaurant du quartier de Ménilmontant, à Paris. Outre les discussions informelles au zinc ou en salle, des débats, des rencontres, des concerts ou des projections y sont organisés toute l’année

Nicolas Truong

Ce dimanche 7 juillet, une foule est massée sur le trottoir au niveau du 6, rue Sorbier, à Paris. Venue en partie du quartier, la clientèle du café n’est pas uniquement composée d’habitués. « L’attente est encore plus insoutenable qu’une séance de pénaltys », lance le comédien Stephen Butel au metteur en scène Eric Didry, venu avec une bande d’artistes de théâtre qui résident dans ce coin ombragé de Ménilmontant. Une télévision est tournée vers la terrasse, où la foule se masse. Les résultats du second tour des élections législatives sont attendus avec anxiété dans ce bar-restaurant marqué à gauche de la gauche. L’extrême droite semble aux portes du pouvoir. Le compte à rebours a commencé. Hossein Sadeghi, le patron du Lieu-Dit, filme la scène derrière l’écran de télé. Le spectacle est en effet autant sur les visages rivés aux projections en sièges à l’Assemblée nationale que sur le plateau de l’émission de France 2.

Les résultats sont annoncés dans un gigantesque brouhaha. La rue explose de joie, avec une forme d’incrédulité. Au rythme des syllabes, la foule tape dans ses mains et entonne le chant de ralliement des antifas, « Siamo tutti antifascisti ! »(« nous sommes tous antifascistes » en italien), scandé toute la semaine durant place de la République. Hossein Sadeghi exulte : « C’est une émotion dont la densité est comparable à la victoire de Mitterrand en 1981 ! » En 2004, il a conçu cet endroit comme un refuge pour tous les progressismes. Le Lieu-Dit, « c’est le projet d’une vie », dit-il. La sienne a commencé en Iran, dont il a fui la Révolution islamique au début des années 1980, aussi réfractaire à la répression du chah qu’à la tyrannie des mollahs. Une expérience qui l’a vacciné « contre tous les sectarismes, d’où qu’ils viennent ».

Le Lieu-Dit se veut ainsi un lieu ouvert à toutes les composantes de la gauche critique : les libertaires et anarchistes, que peut incarner le politiste Francis Dupuis-Déri, les intellectuels révolutionnaires, comme l’économiste Frédéric Lordon, les écologistes écoutés de la social-démocratie, tel le philosophe Pierre Charbonnier… Il était encore possible de croiser au comptoir du bar, il y a quelques années, l’ancien ministre communiste Jack Ralite (1928-2017), féru de culture et de littérature, ou le sociologue marxiste américain Erik Olin Wright (1947-2019), qui a développé l’idée d’une « transformation interstitielle »du capitalisme par le biais d’initiatives citoyennes alternatives, se logeant dans les anfractuosités du système. Le Lieu-Dit n’est pas une ZAD ni un écolieu autogéré. C’est même tout le contraire : un commerce privé, avec un patron et des employés. Mais, à sa manière, il est aussi un interstice où s’imaginent des utopies réelles.

Salon du livre maison

C’est une salle de concerts aussi, où l’on écoute des artistes à l’esprit critique affûté, comme Les Goguettes, groupe de chansonniers qui s’y produit depuis une dizaine d’années. Particulièrement populaires depuis le confinement, grâce au détournement des paroles de Mon mec à moi,de Patricia Kaas (transformé en « Mon jet à moi ») ou d’ Elle est d’ailleurs,de Pierre Bachelet (devenue « Elle est vegan »), les loopings humoristiques des Goguettes ne manquent pas d’être caustiques envers l’usage du 49.3 ou de Cyril Hanouna.

« Le Lieu-Dit est aussi très international – et internationaliste. Des intervenants et militants viennent y discuter de la situation au Chili, en Palestine, en Iran ou en Afrique du Sud, relève l’historienne Ludivine Bantigny. On évoque aussi bien l’histoire et les grands soulèvements du passé que le futur des projets imaginés. »En juin, le Petit Salon du livre politique accueille la radicalité savante et militante, avec nombre de maisons d’édition indépendantes dont les noms sont presque des manifestes : Agone, Amsterdam, Anamosa, La Dispute, La Fabrique, La Tempête, Le Détour, Le Passager clandestin, Le Croquant, Les Liens qui libèrent, Libertalia, Raisons d’agir ou Zones. Mais le lieu attire aussi les éditeurs de sciences humaines plus traditionnels. Ce fut le cas lorsque l’ethnographe Romain Huët vint présenter son essai La Guerre en tête (PUF, 2024), dans lequel cet intellectuel de terrain, parti sur les lignes de front en Syrie et en Ukraine, témoigne de l’expérience de l’ « effondrement du monde ».

Dans ce café qu’il affectionne, l’enseignant à l’université Rennes-II a lancé en 2023 un cycle de conférences intitulé « Turbulences », destiné à « réfléchir aux troubles ou catastrophes qui traversent notre époque et à la manière dont ils modifient notre expérience et notre perception du politique ».A l’intérieur du restaurant, le public a écouté et réagi aux interventions de l’historien des idées François Cusset, de l’écrivain Arno Bertina, du philosophe et romancier Tristan Garcia, de la politiste Réjane Sénac ou de la philosophe Sophie Galabru venue analyser « le visage de nos colères ».

Il n’est pas si courant qu’un café soit le sujet d’une thèse. Et pourtant, Antoine Lalande en prépare une sur le Lieu-Dit. Inscrit au Celsa, l’école des hautes études en sciences de l’information et communication de la Sorbonne, le jeune doctorant consacre son étude, démarrée par un mémoire de recherche en 2018, à la façon dont ce bar-restaurant de l’Est parisien est un « espace d’échange et de confrontation de savoirs où les sciences sociales sont discutées au-delà des frontières académiques ». Antoine Lalande a identifié deux groupes particulièrement actifs, la Société Louise Michel, fondée en 2009 par le philosophe Daniel Bensaïd (1946-2010) et, à partir de 2015, Les Amis du Monde Diplomatique.

Divertissement et ressaisissement

Arnaud Saint-Martin, sociologue des sciences et techniques dont les travaux portent sur la recherche spatiale et l’histoire des sciences humaines et sociales, devenu député de La France insoumise en Seine-et-Marne, est, selon Antoine Lalande, « caractéristique de cette articulation entre politiques et savoirs critiques que l’on peut trouver au Lieu-Dit ». Les rencontres – trois événements par semaine en moyenne – attirent une soixantaine de personnes et jusqu’à plus d’une centaine lorsque des auteurs de renom interviennent. Récemment disparu, « Eric Hazan[auteur et fondateur des éditions La Fabrique] a joué un très grand rôle dans ce qu’est devenu le Lieu-Dit », témoigne Hossein Sadeghi.

Il serait toutefois exagéré de faire de ce bar, où l’on trouve, certes, sur un présentoir qui tient lieu de bibliothèque, non seulement Fakiret Contretemps, mais aussi la revue Actes de la recherche en sciences sociales, fondée par Pierre Bourdieu, un centre de recherche. C’est avant tout un lieu « entre la construction de savoirs de lutte, le divertissement intellectuel et le ressaisissement, la reprise de soi », estime Antoine Lalande. Un refuge pour les pensées critiques taxées de « wokisme ». Un endroit où la gauche radicale a souhaité se retrouver le 7 juillet, afin de conjurer la peur de voir l’extrême droite arriver au pouvoir. Puis de fêter le score inespéré du Nouveau Front populaire avec quelques bières, mais surtout en compagnie de visages solidaires. « J’avais besoin d’être là » , lance en terrasse une cliente, désignant l’air réjoui d’Hossein Sadeghi, l’âme accueillante et vigilante du Lieu-Dit.

Le Figaro, no. 24870
Le Figaro, jeudi 8 août 2024 946 mots, p. 3

Politique

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7 août 2024 - Le Figaro (site web) MSN (France) (site web réf.)

Derrière la progression du RN, la perte de presque 10 % du groupe sortant

Laubacher, Paul, Lagrave, Martin

Marine Le Pen pouvait d'abord se rassurer. Malgré la défaite surprise du 7 juillet, synonyme de nouvel échec à conquérir le pouvoir, la double finaliste de la présidentielle a fait élire plus de 125 députés RN aux législatives anticipées. De quoi former le premier groupe à l'Assemblée nationale, loin devant les macronistes d'Ensemble pour la République (99) et les mélenchonistes de La France insoumise (72). Une progression qui a permis au Rassemblement national de gagner une quarantaine de nouveaux sièges. Même si « seuls » 81 parlementaires lepénistes entrés dans l'Hémicycle en 2022 ont réussi leur réélection, sur les près de 90 qui avaient été portés par la vague d'il y a deux ans. Sept sortants ont en effet échoué à reconquérir leurs électeurs, et n'iront donc pas retrouver leurs camarades au Palais Bourbon.

La statistique fait tiquer : au total, presque 10 % du précédent groupe n'a pas été reconduit. Certains cadres nationalistes ne prédisaient-ils pas au RN une implantation locale en béton ? Ces sept cas-là les ont refroidis. D'autant que le chiffre pourrait monter à huit, en y intégrant la circonscription perdue par Anne-Sophie Frigout, dans la Marne, lors d'une partielle, début 2023, sur fond de manifestation contre la réforme des retraites. « On pourrait même ajouter aussi la défaite de Nicolas Dupont-Aignan, se lamente un cadre. On n'aurait jamais dû perdre son fief. Je ne comprends pas comment on ne l'a pas aidé, pourquoi on n'a pas fait campagne pour lui. La gauche, elle, sait faire campagne... » Le souverainiste de Debout la France, qui régnait depuis près de 27 ans sur son bastion de l'Essonne, à Yerres, a été balayé lors d'une triangulaire où le candidat LR, arrivé troisième, a décidé de se maintenir, en plus d'un adversaire LFI. « Du gâchis », souffle un élu RN.

Du côté du parti à la flamme, les sept grands perdants qui n'ont pas profité de la déferlante bleu marine ont tous un profil différent. Le plus connu d'entre eux est Grégoire de Fournas (ex-Gironde), sorti de l'anonymat fin 2022 pour avoir cru bon de lancer, en marge d'une prise de parole d'un Insoumis sur les migrants : « Qu'il retourne en Afrique ! » Il avait alors déclenché la première polémique du RN « dédiabolisé » , écopant de la sanction la plus sévère possible. Est-ce que cela a finalement joué en sa défaveur ? « Peut-être, peut-être pas. Tout ce que je sais, c'est qu'à chaque fois que l'on m'en a parlé sur le terrain, c'était surtout pour me dire que j'étais victime du microcosme parisien », veut-il croire auprès du Figaro, certain que la prochaine fois sera la bonne. « Au premier tour je fais 42 %, quand, en 2022, je faisais 28 %. Cette fois-ci, la gauche a choisi l'ancienne députée PS de la circonscription, plutôt qu'un profil clivant. Et je perds seulement d'un demi point... », calcule-t-il.

Il y a aussi des perdants moins connus, à l'instar de Pierrick Berteloot, 25 ans, élu en 2022 dans la 15e circonscription du Nord, face au candidat « divers droite » Jean-Pierre Bataille. Le jeune député RN avait provoqué quelques remous en interne : il avait été, pendant un temps, le seul parlementaire RN à ne pas mentionner le nom de son parti, ni celui de Marine Le Pen, dans sa « biographie » Twitter. « Il pensait avoir été élu sur son nom, quand tous les autres savaient que c'était grâce à Marine Le Pen », souffle un cadre mariniste.

Dans la 3e circonscription du Lot-et-Garonne, au-delà du « front républicain », Annick Cousin identifie-t-elle deux problèmes ayant entraîné sa chute : le retour - même raté - de Jérôme Cahuzac, et le manque de maillage territorial du Rassemblement national. En 2022, cette standardiste de nuit dans un hôpital psychiatrique s'était imposée dans un duel face à un adversaire LFI-Nupes. Mais deux ans plus tard, la présence de l'ancien ministre socialiste, candidat sous pavillon «centre gauche », a largement affaibli le Nouveau Front populaire (NFP), forcé de se retirer au titre du « barrage ». « J'ai joué de malchance en ayant Cahuzac en face de moi », fustige Annick Cousin. « Dans un match retour avec LFI, j'aurais sûrement gagné », ajoute, amère, la femme de 50 ans. En s'imaginant donc un destin différent de son ancienne collègue, Catherine Jaouen, qui, elle, a échoué à remporter son match face à LFI. Suppléante devenue députée de Vaucluse après la démission du titulaire Joris Hébrard - il a préféré sa mairie du Pontet -, la sortante a été éliminée par le sulfureux fiché S Raphaël Arnault.

Dans le Nord, Victor Catteau a aussi été battu. Comme ses camarades, cet ancien proche de Florian Philippot, n'a presque pas progressé au second tour (43,35 %), après être pourtant arrivé en tête au premier (40,08 %). Face à lui, Sébastien Huyghe, l'ancien député LR soutenu par le camp Macron, a gagné plus de 20 % entre les deux tours, profitant largement du retrait de la gauche. Un mois après le scrutin, malgré la déroute, Victor Catteau veut voir le verre à moitié plein. « Je savais que ça allait être plus compliqué pour moi. En 2022, j'ai été élu dans une circonscription ingagnable, face à un député sortant élu depuis 2002, une candidate de l'union des gauches et un macroniste », rappelle-t-il. Le juriste préfère prendre de la hauteur et observer les courbes de sa circonscription sur 7 ans. Lui aussi a sorti sa calculette : « 18 % en 2017, 25 % en 2022 et 40 % cette année » , énumère-t-il. De quoi lui assurer, il en est certain, une victoire en cas de nouvelle dissolution dans un an. P. L. ET ML

Le Monde
France, jeudi 8 août 2024 1936 mots, p. 7
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7 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

A gauche, le bal des ambitions sans Mélenchon

Raphaël Glucksmann, François Ruffin et François Hollande préparent leur rentrée en lisière du NFP

Laurent Telo

Mon premier peut crier au scandale. Malgré ses 13,8 % inattendus aux élections européennes du 9 juin, qui ont ravivé les couleurs d’un Parti socialiste (PS) décati, il est marginalisé, le soir même des résultats, par la dissolution de l’Assemblée nationale, qui précipite le pays dans un brouillard politique des plus épais.

Mon deuxième a décidé de divorcer brusquement d’avec sa famille politique originelle, La France insoumise (LFI), entre les deux tours des élections législatives, les 30 juin et 7 juillet, après avoir été le premier promoteur du mouvement unitaire et le fournisseur officiel du slogan « Nouveau Front populaire » (NFP) .

Mon troisième est un ancien président de la République, en retrait de la vie politique active depuis 2017, mais fraîchement réélu député socialiste de la Corrèze et « revenu pour rééquilibrer la gauche, seule condition pour qu’elle gouverne de nouveau la France ».

Mon tout, ce sont Raphaël Glucksmann, François Ruffin et François Hollande, qui affichent un objectif partagé, mais non mutualisé : devenir l’unique porteur d’une nouvelle flamme à gauche et contester, pour ce faire, le leadership de l’« insoumis » Jean-Luc Mélenchon. Pour l’instant, ils sont en lisière d’un NFP qu’ils ont soutenu sans participer directement à son édification. Un NFP qui attend d’être appelé à Matignon. Eux espèrent une rentrée bouillonnante, tout à leur avantage.

Terrible désillusion

Depuis les législatives, hormis une interview dans Le Nouvel Obs du 11 juillet, Raphaël Glucksmann a pris du champ, jusqu’à une évaporation volontaire. Pas une phrase sur le choix de Lucie Castets comme candidate unique du NFP pour Matignon ; pas un mot sur Huguette Bello et Laurence Tubiana, les tentatives précédentes abandonnées. « La politique assèche, commente-t-il . Il faut se ressourcer pour donner du sens à sa parole. »Son été est effectivement studieux, il lit l’intégralité de la production programmatique sociale-démocrate, « pays par pays, et à l’échelle européenne », pour édifier un projet de société continental. Il s’octroie quand même, tous les soirs, une visite festive au Club France des Jeux olympiques (JO) – « J’adore. Il se passe un truc assez fou dans ce pays qui ne va pas bien » –, avant de prendre quelques jours de vacances en Corse.

L’art suprême du détachement ? Il est compliqué de humer ses aspirations. Cultiver la rareté de la parole politique est une stratégie classique pour se laisser désirer, mais Raphaël Glucskmann semble aussi payer le contrecoup d’une terrible désillusion quand il se fait dérober sa « victoire » européenne – il est arrivé à la troisième place – par la dissolution de l’Assemblée, alors qu’il a rassemblé 1 million d’électeurs de plus que LFI. Or, l’activation de sa dynamique personnelle n’a pas lieu.

Tout s’est joué en quelques heures. Le soir du 9 juin, Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, celui qui l’avait installé tête de liste pour les européennes, l’incite, comme d’autres, à se mettre illico au cœur du jeu et à décréter l’union de la gauche autour de lui. Mais l’eurodéputé tâtonne, rechigne et rate le coche. Le lendemain, sur France 2, au lieu de se déclarer premier ministrable en cas de victoire de la gauche aux législatives, il suggère le nom de Laurent Berger, l’ex-patron de la CFDT. Le symptôme, peut-être, d’un manque de sixième sens politique. « Je n’en sais rien… L’opportunisme politique, c’est de dire : “Je veux être premier ministre” ? A cet instant, ma seule obsession, c’est que l’extrême droite ne prenne pas le pouvoir. »

Au même moment, Olivier Faure tope avec LFI pour créer le NFP sans inclure Raphaël Glucksmann, à qui il avait pourtant proposé de construire un mouvement dépassant le PS. Les relations entre les deux hommes sont désormais glaciales. S’est-il senti trahi ? Pierre Jouvet, numéro deux du PS et député européen, l’assure : « Raphaël a toujours été mis au courant de tout. Je l’ai eu au téléphone le soir de la dissolution, le lundi… Il était mécontent d’un accord avec LFI, mais en vérité rien n’a été fait dans son dos. » Raphaël Glucksmann, lui, marque une pause : « Ce que j’ai vu, c’est que les appareils politiques ont repris les choses en main en dix minutes. »

Raphaël Glucksmann finit, quand même, par adhérer au NFP, au soulagement des tenants de l’union, au désespoir de ceux qui érigent l’antimélenchonisme en vertu cardinale. Désormais, l’eurodéputé attend son heure en espérant qu’elle ne soit pas passée. Sa rentrée est annoncée ambitieuse. « Je vais me consacrer à l’émergence d’un courant social-démocrate dans la société. Je suis convaincu que c’est ça, l’avenir. On sous-estime l’attente de quelque chose qui ne soit pas Emmanuel Macron ni Jean-Luc Mélenchon. » En octobre, Place publique, son mouvement, qui revendique 10 000 adhérents, organise sa rentrée. « Il y a une attente d’une social-démocratie, forte sur le fond et douce sur la forme, sans outrance », analyse Aurore Lalucq, députée européenne, membre de Place publique .

Casse-tête émotionnel

Il faudra, d’abord, structurer Place publique, qui peine à attirer des ténors politiques. Même si Anne Hidalgo réfléchit à une adhésion depuis l’apparition du NFP, que la maire socialiste de Paris a soutenu du bout des lèvres. Certains membres des deux courants minoritaires au sein du PS – qui, rassemblés, sont près d’être majoritaires – pourraient également hésiter à franchir le pas. Ces « minos » avaient voulu bâtir une confédération avec Raphaël Glucksmann pour s’appuyer sur sa notoriété. La direction du PS n’avait pas donné suite. « On a proposé à Raphaël de créer une confédération pour élargir le parti. A ce stade, il n’a pas rebondi. Mais rien n’est trop tard », rectifie Pierre Jouvet. Quelquefois, le PS ressemble à un grand aquarium à l’eau bien trouble.

Plus à gauche, François Ruffin est en vacances « en Ardèche, comme tous les ans ». Il n’en dira pas plus. Le député de la Somme est chafouin. Le 9 juin, en plus de commenter le résultat des élections européennes, il devait poser le premier jalon de sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Emmanuel Macron a tout saccagé : l’audace du plan de l’ex-« insoumis », en place depuis des mois, une mise en orbite naturelle pour la fonction suprême et l’enthousiasme de ses équipes qui mûrissaient tout un programme.

François Ruffin est tout de même le premier à appeler à l’union de la gauche, mais il n’en tire aucun bénéfice politique personnel. Son rassemblement, le 31 août, à Flixecourt (Somme), qui devait métamorphoser son microparti, Picardie debout !, en mégamouvement, sera forcément moins spectaculaire. Sa stratégie devient, tout à coup, beaucoup plus floue. Créer une coopérative politique ?Avec quels députés ?

Un de ses conseillers estime qu’il est urgent d’attendre que la situation se décante. Sauf que, pendant que Marine Tondelier, la cheffe de file du parti Les Ecologistes, crève l’écran, François Ruffin grogne contre à peu près tout. Sans surcroît de délicatesse, il se lamente de la « nullité » de la gauche, incapable de trouver un nom pour Matignon, coupable de « petits calculs cyniques ». Qualifie Emmanuel Macron de « taré » et de « pyromane de la République ».

Un grand déballage d’une sincérité sans fard, mais est-il opportun d’apparaître aussi fébrile ? C’est ce que lui reprochent ceux qui lui trouvent, par ailleurs, plein de talents. Déroutant, aussi, difficilement en capacité à se fondre dans le collectif. Quand, juste après la dissolution, est évoqué un accord, dans le dos de Jean-Luc Mélenchon, entre socialistes, communistes, écologistes et « insoumis » exclus de LFI, dont François Ruffin, déjà en exil dans son propre parti, celui-ci concède quelques coups de fil, mais il n’assiste pas aux réunions confidentielles.

Il est un cas à part. A la fois marginal et dans la lumière, obstiné par la singularité. Le député de la Somme a été accueilli par le groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Sa rupture avec LFI, en pleine campagne des législatives, interroge : un geste émancipateur et libérateur ou une très mauvaise nouvelle pour la suite ? Certains de ses proches sont formels : sur le terrain, s’afficher comme soutien de Jean-Luc Mélenchon était, au bas mot, contre-productif. Ruffin est réélu de justesse. Mais leur champion se crée un autre casse-tête émotionnel après avoir passé tant d’années au sein de ce mouvement dévoué tout entier à Jean-Luc Mélenchon. Le 10 juillet, dans un entretien au Monde, il assène : « Il fallait que je coupe la corde avec Jean-Luc Mélenchon pour pouvoir respirer. » Avec le risque, désormais, d’une asphyxie en solitaire.

« Une sage autorité »

En regard de ces deux autoentrepreneurs de la politique, l’ancien premier secrétaire du PS, l’ex-plus grand parti de France, se tient tout à fait tranquille. François Hollande n’est pressé de rien, est content de tout. De retrouve r son fauteuil de député de la Corrèze – une défaite aurait été fatale à d’éventuelles futures convoitises. « La campagne m’a fait du bien. J’ai retrouvé des visages, des lieux, des ambiances, une envie d’union de la gauche. Il y avait du plaisir, mais aussi de la gravité : comment faire pour que l’extrême droite ne prenne pas le pouvoir ? J’ai pu mesurer à quel point le Rassemblement national s’est structuré depuis des années. »Il ajoute quand même : « Jean-Luc Mélenchon a été un boulet dans la campagne. » Mais il est tellement heureux que son été se déroulera « intégralement » en Corrèze.

Comme à son habitude, François Hollande se tient au courant de tout, on le sent brûlant de ferrailler à l’Assemblée nationale : « Je respecte la trêve des JO. Je parlerai à la rentrée, à l’occasion de la publication d’un livre sur le défi de gouverner et le rapport de la gauche au pouvoir. C’est le vrai sujet : gouverner ou pas, et comment être utile quand on ne gouverne pas. »

L’ancien président de la République reçoit dans son bureau de la rue de Rivoli, le jour de la cérémonie d’ouverture des JO, le 26 juillet. La soirée s’annonce humide, et il est toujours aussi affûté question humour. « Oui, j’ai confirmé ma venue. »En référence au microclimat pluvieux qui l’accompagne souvent. Il est plus sérieux quand il s’agit de commenter l’actualité politique. « Je veux que le PS se redresse, reprenne confiance en lui, développe une sage autorité. C’est au PS de mener la gauche. Il a déjà changé de dimension : le nombre de ses députés a doublé en deux ans. Plus le PS s’affirmera, moins la radicalité de LFI sera dissuasive pour une large partie des Français. »

A la tête du PS, on est moins ravis de se retrouver avec François Hollande dans les pattes, alors que les relations entre l’ex-président de la République et Olivier Faure sont notoirement mauvaises. « Je ne suis pas revenu pour régler des comptes, mais pour offrir des réponses au malaise du pays et renforcer la social-démocratie,souligne-t-il . Je suis revenu pour répondre à la menace de l’extrême droite. Elle n’a été conjurée que pour un temps. » Quelles sont ses intentions ? Reprendre le PS ? Redevenir président de la République ? « On va voir », commente Pierre Jouvet. François Hollande conclut : « Si le PS s’affirme, je n’ai aucun doute sur l’émergence d’une incarnation, on la trouvera. J’y aiderai. » Il est très possible que François Hollande aime manier autant l’humour que les sous-entendus.

L'Humanité
jeudi 8 août 2024 822 mots, p. 12

(combattants libération) Charles Tillon, le combat clandestin dès 1940

Pierre Chaillan

Natif de Bretagne, syndicaliste CGT, élu député de la Seine sous le Front populaire, il est l'un des trois principaux dirigeants de l'organisation communiste clandestine. Chef fondateur des Francs-Tireurs Partisans français, il sera nommé ministre à la Libération.

Nous sommes le 17 juin 1940. Charles Tillon, dirigeant du Parti communiste français clandestin, lance un appel à la constitution d'un gouvernement « luttant contre le fascisme hitlérien (...) pour l'indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes ». Cet appel titré « Peuple de France » est diffusé sous forme de tract, en particulier dans la région de Bordeaux où l'ancien député PCF du Front populaire, déchu et condamné par contumace au début de l'année, a élu domicile. En tant que l'un des quatre instructeurs interrégionaux, il est chargé de réorganiser le parti clandestin dans le quart sud-ouest. Ce travail souterrain est conduit au sein de l'Organisation spéciale, assurant l'impression de journaux et de tracts ainsi que la protection des responsables.

À partir du mois d'octobre 1940, Charles Tillon devient un des trois principaux dirigeants du Parti communiste et rejoint Paris en décembre. Benoît Frachon a en charge la gestion des cadres régionaux et le mouvement syndical, la CGT, Jacques Duclos l'appareil politique et la presse, et Charles Tillon, l'organisation militaire.

Le Breton a été repéré très tôt comme un excellent organisateur. Il a déjà acquis une grande expérience de la lutte collective dans les situations les plus difficiles. Né à Rennes (Ille-et-Vilaine) en 1897, le jeune marin, âgé d'une vingtaine d'années, est un des meneurs d'une grève puis d'une mutinerie de près de 200 hommes à bord d'un bateau engagé aux côtés de Russes blancs en mer Noire. À la suite de cette mutinerie, il est condamné à cinq années de bagne et aux travaux forcés. Sa peine sera réduite et il retrouve sa Bretagne natale, où il commence à militer à la CGTU et au Parti communiste naissant.

Le jeune militant, peu après avoir pris la tête de l'union départementale CGTU en 1923, devient permanent syndical. Comme le relate l'historien Denis Peschanski dans sa notice du Maitron, Charles Tillon suit en particulier la grève des sardinières, les « Penn sardin » (ouvrières des usines de conserves) de Douarnenez (Finistère), déclenchée en 1924. Il encadre ensuite plusieurs grands mouvements revendicatifs et devient un dirigeant de premier plan, d'abord au sein de la Fédération des céramiques et produits chimiques, puis de celle des ports et docks. Devenu membre du bureau confédéral de la CGT, il gagne la région parisienne et est élu au comité central du PCF. Il se présente aux élections locales à Aubervilliers et en devient conseiller général en 1935, puis député en mai 1936. Un temps membre du bureau politique, il quitte l'instance. Mais déjà les nuages annonciateurs des heures sombres s'accumulent à l'Est. Le terrible combat contre fascisme et nazisme est à l'ordre du jour.

En avril 1939, l'élu est membre d'une délégation internationale envoyée en Espagne pour aider au rapatriement des républicains espagnols grâce à des bateaux affrétés par France-Navigation. En 1940, il compte parmi les neuf députés communistes qui échappent à leur arrestation. Il plonge alors dans la clandestinité à Bordeaux, puis à Paris.

Fort de ces années de luttes sociales et de son expérience d'organisateur hors pair et tout-terrain, le membre du secrétariat du PCF crée fin 1941 les Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) dont il prend la tête. Ces groupes de combattants de l'ombre sont la branche armée du Front national constitué par le Parti communiste en mai pour élargir son action au-delà des rangs communistes.

Durant trois longues années, les FTP implantés aux quatre coins du pays se constituent en maquis et jouent, souvent au prix de leur vie, un rôle primordial dans le combat de la Résistance intérieure. À partir du débarquement du 6 juin 1944, ils participent activement à la libération du territoire national et des grandes villes françaises. Son rôle dans la lutte victorieuse sera reconnu : Charles Tillon devient à la Libération ministre de l'Air dans le premier gouvernement formé par le général de Gaulle, puis ministre de l'Armement et, dans le troisième, ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme. Il est réélu aussi député de la Seine. Mais le monde entre dans la guerre froide, et déjà l'ancien résistant doit faire face à une épreuve à laquelle il n'était pas si bien préparé. Piloté depuis Moscou, un règlement de comptes digne du pire procès stalinien est ourdi : c'est ce que l'on appellera pudiquement « l'affaire Marty-Tillon » en 1952 durant laquelle André Marty, héros des Brigades internationales, sera exclu et le second, remis à la base. Charles Tillon sera définitivement exclu en 1970 et sa mémoire dans le livre héroïque du communisme français sera trop souvent effacée en dépit de son engagement de la première heure.

Pierre Chaillan

À lire Charles Tillon, le chef des FTP trahi par les siens, de Fabien Tillon, éditions Don Quichotte/Seuil, 2021.

L'Humanité
jeudi 8 août 2024 1269 mots, p. 2

Projet de loi de finances : l'Élysée enlisé

Lisa Guillemin

Démocratie Le ministre de l'Économie démissionnaire s'active pour mener la bataille de l'austérité. Le budget 2025, qui doit arriver le 1er octobre à l'Assemblée nationale, devrait réduire drastiquement les dépenses publiques, à l'opposé du programme du Nouveau Front populaire. Encore faut-il réussir à le faire adopter.

L e Nouveau Front populaire (NFP) se prépare à un nouveau coup de force antidémocratique de la Macronie. La semaine qui a suivi le second tour des législatives, le ministre des Comptes publics, Thomas Cazenave, avait assuré que le prochain budget, qui devra être remis au bureau de l'Assemblée le 1er octobre, serait dans la continuité du précédent. Mais le ton s'est durci depuis le placement de la France en procédure de déficit excessif, par Bruxelles, le 26 juillet. Le gouvernement annonce une nouvelle cure d'austérité, en opposition totale avec le programme économique de relance du NFP, par de nouvelles dépenses et de nouveaux impôts. Or, celui-ci a gagné les législatives et la Macronie risque donc d'opérer un passage en force, « sans légitimité démocratique », s'inquiète la candidate du NFP pour Matignon, Lucie Castets.

Au lendemain des élections, Thomas Cazenave, conscient de la position de faiblesse de son parti, s'est voulu conciliant, en appelant un à un les responsables des groupes de l'Assemblée pour leur assurer que « le PLF (projet de loi de finances - NDLR) serait le plus neutre possible, quasiment la reconduction identique de celui de l'année dernière », se souvient Philippe Brun, député PS et vice-président de la commission des Finances. « Nous préparons des propositions avec des indications très techniques, sans arbitrages politiques, et qui seront laissées à la charge du prochain gouvernement, qui pourra choisir de s'y tenir ou pas », assurait, encore, la semaine dernière, le cabinet du ministre, auprès de l'Humanité. Car, selon le gouvernement démissionnaire, l'élaboration du budget (qui conditionne tous les arbitrages politiques à venir) relève des affaires courantes.

L'ouverture de la procédure pour déficit excessif est venue perturber les délicates négociations du ministre délégué. Une aubaine pour le patron de Bercy, Bruno Le Maire - conscient d'être sur un siège éjectable -, qui n'a pas manqué de partir en croisade pour imposer son projet d'orthodoxie budgétaire brutal. Le 31 juillet, il affirmait sur France 2 que les plafonds de dépenses par ministère pour 2025 seront « inférieurs » à ceux de 2024 « dans des proportions qui seront significatives ». Deux jours après, Thomas Cazenave renchérissait dans les Échos et retournait sa veste : « Un budget reconduit à l'identique ne ferait que repousser très temporairement l'impasse » de la situation budgétaire française. « Si tel était le cas, ce serait un reniement de l'engagement pris par son ministre délégué auprès des parlementaires », prévient Philippe Brun. Au total, 5 milliards d'euros d'économies seraient imposés aux ministères.

« Un gouvernement sans légitimité démocratique »

Car, à Bercy, on craint plus le couperet de Bruxelles que la légitimité des urnes. Alors que la loi de programmation des finances publiques 2023-2027 prévoyait un déficit de 4,9 % en 2023, celui-ci a, en réalité, dérapé à 5,5 %, selon l'alerte de l'Insee, en mars dernier. Pour atteindre l'objectif de réduction à 2,7 % du PIB en 2027, il faudrait à l'exécutif trouver 20 milliards d'euros en 2025. Mais sans lever davantage d'impôt, indique la loi de programmation, conformément au dogme macroniste. Ce qui se traduira donc par des coupes nettes dans les finances publiques.

« Un gouvernement démissionnaire ne peut pas présenter de projet de budget, c'est éminemment politique ! » fustige Éric Coquerel, vice-président de la commission des Finances. « S'il persiste dans cette voie, il est certain que nous ne le voterons pas, et nous serons en mesure de le renverser en cas de passage en force. » Les responsables de gauche commencent à se mettre en ordre de bataille contre les tractations secrètes entre ministères. Dans une vidéo publiée le 5 août, la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, s'inquiète des « 2 milliards d'euros (en moins) pour les hôpitaux en 2025 » que ce budget pourrait signifier. « Ce gouvernement démissionnaire travaille sans légitimité démocratique. Or, revenir à l'austérité quand l'économie ralentit, comme on l'a vu en juillet, c'est une grave erreur », a affirmé, de son côté, Lucie Castets, dans Sud-Ouest, le 7 août.

Le Nouveau Front populaire espère, au contraire, profiter de la nouvelle configuration de l'Hémicycle pour faire avancer ses pions budgétaires. Un coup à jouer, notamment en ce qui concerne le retour de certaines taxes supprimées depuis 2017, ou l'instauration de nouveaux impôts qui iraient dans le sens d'une plus grande justice sociale. L'année dernière, la gauche avait réussi à faire voter en commission un amendement sur le budget 2024 ouvrant la voie à la taxation des superprofits grâce à l'aide du Modem. Une mesure qui aurait permis de trouver 15 milliards d'euros de recettes. Et qui avait finalement été balayée par le 49.3, dégainé par le gouvernement en plénière. Sauf que, cette fois, user de l'article controversé exposerait le gouvernement à une motion de censure qui, nouvelle donne, a toutes les chances de passer (les votes cumulés du NFP et du RN représentant à eux seuls 235 sièges).

La Macronie et ses 173 députés est-elle seulement en mesure d'adopter une loi de finances ? « La réalité de la situation politique nous impose de réfléchir dès maintenant aux conditions dans lesquelles le pays pourra être doté d'un budget », assure-t-on à Bercy. Mais de quelle manière ? Une certitude se dessine dans les rangs des députés macronistes : il faut déjà s'assurer du soutien des 47 députés LR menés par Laurent Wauquiez, qui avaient présenté, l'année dernière, un contre-budget encore plus austéritaire tablant sur 25 milliards d'euros d'économies. « C'est le groupe le plus apte à discuter de notre projet budgétaire », analyse Daniel Labaronne, député Ensemble, et vice-président de la commission des Finances.

Vers Un recours à l'article 47 de la Constitution ?

D'où les signaux envoyés par Thomas Cazenave dans son entretien aux Échos : « Je pense que c'est autour du budget que se construira ou pas une coalition ou un pacte législatif. » Le ministre reprend ici la formule proposée par Laurent Wauquiez fin juillet. Le message semble reçu côté LR : « Pour cette législature, il sera très difficile de trouver des alliances pour des textes non budgétaires. C'est différent concernant les textes budgétaires », veut croire Véronique Louwagie, vice-présidente LR de la commission des Finances.

Mais, les seules voix des « Républicains » ne suffiront pas (avec LR, la coalition présidentielle ne totaliserait que 220 sièges, pas assez pour renverser la censure). « Il ne faudrait pas se priver non plus du vote des sociaux-démocrates responsables », concède Daniel Labaronne. Le professeur d'économie, pourtant fervent partisan de l'orthodoxie budgétaire au sein de la Macronie, n'ignore pas qu'il faudra toutefois donner des gages de souplesse à ces potentiels alliés, sans « avoir de tabous ». « Peut-être que nous n'avons pas été assez à l'écoute d'un certain nombre d'élus sociaux-démocrates. On pourrait regarder les nouvelles recettes, comme la suppression de niches fiscales ou sociales », reconnaît le député macroniste d'Indre-et-Loire. Encore faudrait-il que le patron de Bercy accepte de revoir sa position sur l'impôt. Au risque, cette fois, de braquer « Les Républicains ». Inextricable équation.

Le gouvernement sortant anticipe déjà un blocage de son projet de loi à l'Assemblée à l'automne. Ce pourquoi la direction du budget peaufine le scénario d'un recours à l'article 47 de la Constitution, qui permet au gouvernement de demander en urgence l'autorisation de percevoir les impôts, en reconduisant le budget de l'année précédente. « Ce serait une mesure d'urgence absolue, qui n'empêche à aucun moment qu'une autre loi de finances soit reproposée les mois suivants », tempère-t-on au cabinet du ministre des Comptes publics. Un énième outil constitutionnel dans l'arsenal d'Emmanuel Macron pour dévoyer les résultats des urnes.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Paris_2024, jeudi 8 août 2024 814 mots, p. AUJM16
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8 août 2024 - Le Parisien

Du tapis à la politique, les luttes du député ukrainien

Champion olympique de lutte à Tokyo en 2021, Zhan Beleniuk, battu en demi-finale à Paris par l'Iranien Alireza Mohmadipiani, visera le bronze pour les Jeux « les plus importants de l'histoire de l'Ukraine ».

Eloi Thouault

Avec son justaucorps bleu et ses sauts sur le tapis des Jeux de Tokyo, Zhan Beleniuk ressemblait à un gymnaste. Mais non, en 2021, ce lutteur ukrainien célébrait avec une danse traditionnelle de son pays, le hopak, sa victoire olympique dans la catégorie des moins de 87 kg en gréco-romaine. « C'était une manière de montrer l'amour que j'ai pour mon pays », raconte le double champion du monde de la discipline. Peut-être renouvellera-t-il son petit numéro ce jeudi avant de mettre autour de son cou une médaille de bronze, seul métal qui manque à son palmarès après avoir remporté l'argent à Rio en 2016. Réponse en fin d'après-midi à l'Arena Champ-de-Mars.

Fils d'une couturière ukrainienne et d'un pilote rwandais, tué lors de la guerre civile qui a décimé ce pays africain en 1994, Zhan Beleniuk a toujours porté fièrement les couleurs de l'Ukraine malgré les appels du pied du Rwanda. « Je suis né et j'ai grandi dans ce pays. C'est grâce à lui que je suis devenu cet homme. » Alors quand il faut parler de l'Ukraine et de la guerre qui frappe son pays depuis l'invasion russe, il y a forcément un peu d'émotion. « J'ai réalisé mon rêve en devenant champion olympique à Tokyo. Mais la guerre, c'est autre chose... s'arrêtait-il lors d'un entretien sur Zoom en amont des JO. C'est un cauchemar. On ne peut jamais vraiment comprendre avant de le vivre. Je suis certain que si je gagne à Paris, la victoire aura une saveur différente », espérait-il alors.

Le lutteur est aujourd'hui bien plus qu'un sportif pour son pays. Depuis juillet 2019, le natif de Kiev est député au Parlement ukrainien (Rada) sous l'étiquette du parti présidentiel Serviteur du peuple. « Volodymyr Zelensky m'avait demandé d'intégrer son équipe pour aider les athlètes ukrainiens dans leurs problèmes. C'est un défi qui m'a tout de suite plu. » En dépit du racisme, répandu dans le pays, le lutteur est alors devenu le premier métis à siéger au Parlement ukrainien.

« J'ai l'impression d'être investi d'une mission »

Réunions avec des représentants européens, missions diplomatiques en Afrique pour lutter contre l'influence russe, sessions parlementaires... Le sportif a dû apprendre les codes d'un monde qu'il connaissait peu. S'ajoute à cela une préparation olympique pour défendre sa médaille d'or. « Avec de nombreuses infrastructures détruites, j'ai eu peu d'opportunités pour m'entraîner en Ukraine, explique l'athlète, qui est parti se préparer en Pologne ou en Croatie. Mais paradoxalement, je n'ai jamais été aussi motivé. J'ai l'impression d'être investi d'une mission. »

En entrant en politique, Zhan Beleniuk marche dans les pas d'autres anciens sportifs, comme le champion du monde de boxe Vitali Klitschko, maire de Kiev depuis cinq ans. Cet engagement, le lutteur de 33 ans aimerait que tous les athlètes ukrainiens y prennent part. Pour lui, les Jeux de Paris seront les « plus importants de l'histoire » de son pays. « De nombreux athlètes ukrainiens veulent juste être de simples sportifs, et je les comprends. Ce n'est pas toujours facile, de parler publiquement du conflit, avouait le lutteur quelques jours avant de s'envoler pour la France. Mais les Jeux olympiques, c'est plus qu'un événement sportif, c'est aussi une vitrine politique. Les athlètes ukrainiens doivent sortir de leur rôle pour parler de leur histoire, de leurs drames, et s'exprimer sur ce que nous vivons. On n'a pas le choix, on doit le faire pour notre pays et notre peuple ! »

Contre la participation des athlètes russes

Le 8 décembre, le Comité international olympique (CIO) annonçait que les sportifs russes et biélorusses seraient autorisés à concourir sous bannière neutre, à condition qu'ils n'aient pas activement soutenu l'invasion. Depuis, le député ukrainien multiplie les publications contre la participation des athlètes russes à ces JO. « J'ai encore du mal à comprendre. On a l'impression de ne jamais être entendu et compris par les instances sportives internationales. »

« Le gouvernement de Poutine utilisera les victoires des athlètes russes pour sa propagande », s'inquiète-t-il. Seize d'entre eux ont accepté l'invitation du CIO à concourir sous bannière neutre. Trop pour Zhan Beleniuk. « Et encore, on peut se satisfaire que certaines fédérations russes aient refusé d'envoyer leurs athlètes. » En lutte, un seul athlète russe (Shamil Mamedov) sera présent à Paris dans la catégorie des moins de 65 kg en lutte libre. Si le parlementaire de la Rada ne concourt pas dans la même catégorie que son ennemi, il l'assure dans un discours guerrier : « Que ce soit en lutte ou dans un autre sport, aucun athlète ukrainien ne sera défait par un Russe. On se battra jusqu'au bout ! »

Le Figaro, no. 24870
Le Figaro, jeudi 8 août 2024 753 mots, p. 3

Politique

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7 août 2024 - Le Figaro (site web)

À l'Assemblée, la prochaine dissolution est déjà dans toutes les têtes

Sans gouvernement ni majorité, l'ombre de nouvelles législatives dans un an plane dans l'esprit des députés fraîchement élus et des candidats battus.

Beker, Thomas, Gentilhomme, Célestine, Lagrave, Martin

Le film n'a pas encore vraiment commencé que certains en imaginent déjà la fin. «Il faut être prêt à tout, notamment à une nouvelle dissolution», avance François Goulard, ancien ministre chiraquien et trésorier du parti philippiste Horizons. Quelques semaines après des législatives anticipées à l'issue incertaine, la grande clarification voulue par le chef de l'État s'est transformée en grand brouillard, puisque aucun camp n'est en mesure de gouverner seul. Monopolisée par la ferveur populaire autour des Jeux olympiques de Paris 2024, la trêve estivale a plutôt gelé que réglé la situation. Conformément d'ailleurs à la «trêve»réclamée par Emmanuel Macron, désireux de mettre sur pause le feuilleton de Matignon au moins jusqu'à «mi-août». «Est-ce qu'à la rentrée il y aura un gouvernement susceptible de tenir pendant un an? Ça semble assez douteux... Aujourd'hui, aucune majorité n'est possible» , s'inquiète François Goulard.

Dans les couloirs de l'Assemblée nationale, les députés ont en tout cas retenu une leçon de ce printemps surprise : tous sont assis sur des sièges éjectables, susceptibles d'être remis en jeu dans moins d'un an. Car la contrainte constitutionnelle qui encadre aujourd'hui le chef de l'État sera levée début juin 2025 : l'Élysée aura alors de nouveau les mains libres pour dissoudre s'il le souhaite. «Je ne suis pas sûre que Macron sache lui-même ce qu'il fera dans un an. Il peut prendre des décisions sur un coup de tête», anticipe Nathalie Oziol, élue Insoumise de l'Hérault. Il faut dire que personne ou presque n'avait imaginé que le président renverserait la table dès l'annonce du résultat des élections européennes . «On n'est plus à l'abri de rien avec lui», souffle le député socialiste Fabrice Barusseau. Dans l'Hémicycle tout juste renouvelé, chacun reste donc sur ses gardes, conscient que tout peut basculer du jour au lendemain. «Tout le monde parle déjà des élections législatives de 2025, c'est dire à quel point personne ne doute du fait que la législature sera courte», poursuit le mélenchoniste Antoine Léaument.

« Dès septembre sur le terrain »

S'il a voulu couper court aux rumeurs, le 23 juillet dernier, Emmanuel Macron a toutefois pris soin de ne pas fermer définitivement la porte pour autant. Au micro de France Télévisions et de Radio France, il a assuré qu'il ne souhaitait pas appuyer sur le bouton nucléaire institutionnel une nouvelle fois, mais il a précisé que cela ne serait possible qu'à condition que «les forces qui peuvent dégager une majorité veuillent la stabilité». Comprendre, il ne s'interdira rien si des compromis ne sont pas trouvés dans les prochains mois entre les camps de ce qu'il appelle «l'arc républicain». «C'est évident que le début de mandat est inquiétant», reconnaît Fabrice Barusseau (PS), alors que le Nouveau Front populaire espère toujours gouverner seul. Le parlementaire a surtout peur que la prochaine fois soit la bonne pour le Rassemblement national : «Ce qu'on a réussi à faire avec l'ampleur du NFP et du front républicain était assez inespéré, je crains que le barrage soit plus dur à tenir dans un an» , s'alarme-t-il.

Alors, pour éviter les mauvaises surprises, beaucoup assurent que cette fois ils se préparent à l'éventualité d'une nouvelle campagne. À commencer par les battus, qui y voient l'occasion de s'offrir un match retour. Dans le Nord, le sortant Victor Catteau (RN), défait par son prédécesseur, ne baisse pas les bras et assure qu'il retournera «dès septembre sur le terrain»pour occuper l'espace. «Je pourrais bien retrouver mon siège» ,estime le nationaliste, qui fait le pari d'une prochaine dissolution. Même son de cloche pour Bertrand Pancher, ex-président du groupe Liot, battu de justesse dans la Meuse. «Ce métier est une passion, on ne fait pas de politique sans se préparer aux élections» ,concède l'ancien maire de Bar-le-Duc, qui a laissé sa permanence ouverte même après sa défaite. Idem enfin pour Fabien Roussel, le patron des communistes, qui a «envie d'être député, sans le mandat» ,ainsi qu'il l'a confié au Figaro.

Il n'empêche, plusieurs voix s'inquiètent aussi d'un énième retour aux urnes qui plongerait le pays dans une instabilité chronique. «On ne mesure pas le danger d'une autre dissolution» ,met en garde Bertrand Pancher. «Le président y a déjà laissé beaucoup de plumes» , poursuit-il, alors que le camp présidentiel a presque perdu un tiers de ses députés en deux ans. T.B. ET C.G. ET ML

L'Humanité
jeudi 8 août 2024 407 mots, p. 16

[L e Cubain Mijain Lopez, 41 ans, est...]

Éric Serres

L e Cubain Mijain Lopez, 41 ans, est devenu encore une fois champion olympique de lutte gréco-romaine ! Du jamais-vu, de l'inégalable ! Mijain, en six participations aux JO, c'est 22 victoires pour une seule défaite. « Il faut faire de la place aux jeunes qui viennent, pour assurer une continuité », disait-il quelque temps auparavant. Mais ce n'était pas encore pour ce mardi 6 août dans l'Arena Champ-de-Mars. L'homme aux cinq titres olympiques sur la même épreuve vient de battre (6-0) son copain d'entraînement, un autre Cubain naturalisé chilien, Yasmani Acosta, en finale des - 130 kg. Un sourire presque enfantin illumine son visage qui semble fatigué, épuisé. Malgré une dernière prise en guise de remerciement à son coach de toujours, Pedro Val, cela sent la fin pour l'enfant de Pinar del Rio.

Mijain - qui signifie « aimé du peuple » en tchèque - s'installe au milieu de la palestre, ce tapis de 12 mètres carrés où il a écrit sa légende. Il pose un genou à terre, défait sa première chaussure, puis la seconde. Il les laisse là, leur tourne le dos, puis s'en va, sous les applaudissements du public saluant un géant de l'olympisme. Mais au-delà de cette performance incroyable qui en fait l'un des dieux de l'Olympe, c'est aussi une histoire incroyable qui s'écrit depuis son plus jeune âge.

Un député en or

À 13 ans, alors qu'il pratique la lutte depuis trois années, après avoir tâté de la boxe, autre discipline reine dans l'île, une double fracture du tibia-péroné l'arrête brusquement. Pas suffisant pour le gamin qui revient, à force de travail dans les champs, pour se refaire un physique. En 2004, il ne peut rivaliser avec le Russe Khasan Baroyev, futur champion olympique. Il reviendra encore une fois plus fort. Premier titre en 2008, doublé en 2012, etc., jusqu'à ce mardi, sans jamais perdre le moindre point. Il y a un an, la mort de son père dont il était très proche, alors qu'il avait appuyé sur le bouton pause après Tokyo, aurait pu marquer la fin pour le héros national cubain. C'était mal connaître ce colosse. En mai, on apprenait qu'il avait repris l'entraînement. En un temps record et à force de stages, il revient à son poids de forme pour cet ultime défi sportif. Le prochain sera ailleurs et a pris forme il y a un an. Le « Commandante », est désormais député et siège à l'Assemblée nationale cubaine.

Mijain Lopez, la passe de 5

Le Figaro, no. 24870
Le Figaro, jeudi 8 août 2024 711 mots, p. 2

Politique

Face à une majorité introuvable, l'étonnant retour en grâce de la proportionnelle

Boichot, Loris

Le scrutin majoritaire a mauvaise presse. «Où sont passées ses promesses de stabilité institutionnelle?», s'interrogent en substance ses opposants, comme certains de ses partisans historiques. Pour la première fois sous la Ve République, ce mode de scrutin uninominal à deux tours, censé dégager des majorités, a débouché sur une Assemblée nationale divisée en trois blocs minoritaires, au terme des élections législatives anticipées : la gauche du Nouveau Front populaire (NFP), le camp présidentiel, et le Rassemblement national (RN).

Résultat, un mois après le second tour du 7 juillet, le président de la République n'a toujours pas trouvé de successeur au premier ministre démissionnaire Gabriel Attal. Face à un Parti socialiste (PS) enferré dans son alliance avec Les Écologistes, les communistes et La France insoumise (LFI), le scénario d'un élargissement à gauche semble quasiment impossible.

«Si on avait la proportionnelle, LFI ne serait pas aux commandes de la gauche», estime François Bayrou, remonté contre l'accord rouge-rose-vert, scellé avant le premier tour pour dompter un mode de scrutin qui impose aux candidats d'arriver en tête pour gagner leurs sièges. Le président du Mouvement démocrate (MoDem), allié historique d'Emmanuel Macron, a conseillé au chef de l'État d'opter pour une proportionnelle intégrale avant toutes nouvelles élections législatives. En vain. Le centriste rêve toujours d'un système où chaque parti, lancé sous ses couleurs au premier tour, aurait des garanties d'obtenir des élus proportionnellement à son score - comme aux élections européennes. Paradoxe, ses appels répétés à une réforme interviennent au moment où la représentation des forces politiques à l'Assemblée n'a jamais été aussi proche des résultats obtenus par chacune.

Des votes contre-nature

À l'entendre, ce changement permettrait de développer une culture du compromis, car les alliances entre partis se noueraient « après » , sur un programme. Son observation est reprise, à gauche, par plusieurs voix hostiles au NFP, comme l'ex-secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis. «Nous arrivons aujourd'hui à la fin d'un exercice, car le scrutin majoritaire permet aux populistes de prendre en otage les partis de gouvernement, explique-t-il. Tant que la proportionnelle ne sera pas entérinée, les gouvernements seront transitoires, faibles, sans possibilité d'avancer.» Un retournement total, tant ce mode de scrutin a longtemps été accusé de favoriser un émiettement, et donc une instabilité.

Depuis les législatives, une large partie de la gauche réaffirme vouloir bousculer les règles pour une autre raison précise : éviter l'arrivée au pouvoir du RN. Le scrutin majoritaire, qui a jusqu'à présent été vu comme un « verrou » , «pourrait demain permettre à une extrême droite minoritaire en France d'accéder aux responsabilités», avance la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, à l'origine d'une proposition de loi déposée le mois dernier. Avec son texte, elle prévoit des listes régionales élues à la proportionnelle, afin de «remplacer» un système où «chaque voix ne compte pas» - puisque tout le pouvoir est donné au vainqueur - par un autre, où «chaque voix compte». Autre logique jugée dépassée, celle des multiples désistements d'entre-deux-tours, avec un record de plus de 210 retraits contre le RN en juillet. Cette stratégie a conduit des électeurs à des votes contre-nature.

À l'Assemblée nationale, les troupes du MoDem continuent aussi de mettre la pression sur Emmanuel Macron, comme l'a fait au printemps la présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet - selon des modalités différentes. Les bayrouistes ont inscrit cette priorité dans la déclaration de principes de leur groupe. «C'est important de la remettre à l'agenda», estime le député (MoDem) Erwan Balanant. Ses partenaires de Renaissance se montrent moins allants.

Pourtant favorables en 2017 à l'élection de 20 % des députés à la proportionnelle - une promesse d'Emmanuel Macron -, ils sont nombreux à craindre un éclatement encore plus fort de l'Hémicycle. Ou à invoquer le maintien d'un ancrage territorial. «Je suis contre la proportionnelle. Je crois au lien entre circonscription et député», insiste Sylvain Maillard, ex-chef de file des élus Renaissance à l'Assemblée nationale.

Malgré ces résistances internes, les partis favorables à l'instauration de la proportionnelle, partielle ou intégrale, occupent une majorité absolue de siège au Palais Bourbon. NFP, RN, MoDem... Cette réforme, qui ne relève pas de la Constitution, ne nécessite qu'une loi simple pour être adoptée. Comme celle en vigueur en 1986-1988, seule parenthèse de proportionnelle à l'Assemblée nationale sous la Ve République.

Le Monde
International, jeudi 8 août 2024 1585 mots, p. 2,3
Aussi paru dans
6 août 2024 - Le Monde (site web)
7 août 2024 - La Matinale du Monde

Élection présidentielle américaine

Avec Tim Walz, Kamala Harris s’ancre à gauche

La future candidate démocrate à la présidentielle américaine a choisi le gouverneur du Minnesota pour convaincre les électeurs des Etats des Grands Lacs, qui firent la victoire de Donald Trump en 2016

Arnaud Leparmentier

New York - correspondant - Kamala Harris avait mis en avant le besoin de tester son « alchimie » avec son éventuel futur vice-président. Pour avoir une cohabitation douce à la tête de l’Etat fédéral et éviter les tensions. Mme Harris en sait quelque chose : ses relations avec Joe Biden et ses équipes ne furent pas toujours faciles au cours du dernier mandat. C’est une des raisons pour lesquelles la candidate démocrate a choisi, mardi 6 août, pour colistier, le gouverneur du Minnesota, Tim Walz.

Mme Harris n’a pas privilégié les calculs dictés par la carte électorale ou cherché à recentrer son positionnement politique, jugé à tort ou à raison plus à gauche que celui du président Biden. Elle a préféré M. Walz à l’ambitieux gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, qui est juif et soutient Israël, rejeté par une partie de la gauche du parti. Le choix de cet homme favorable au gaz de schiste et promoteur de baisses d’impôts pour les entreprises aurait aidé à séduire les cols bleus et à faire basculer l’indispensable Pennsylvanie, qui fait partie des Etats dits « de la ceinture de la rouille » (« Rust Belt ») et qui fit, avec le Michigan et le Wisconsin, la victoire de Donald Trump en 2016.

Personnalité quasi inconnue

La vice-présidente de Joe Biden n’a pas non plus jeté son dévolu sur le sénateur de l’Arizona, Mark Kelly, ancien astronaute, strict sur l’immigration, qui aurait aidé à pallier l’image désastreuse du mandat Biden-Harris sur la gestion de la frontière le long du Rio Grande. Mme Harris a fait le choix d’une personnalité quasi inconnue des Américains, mais qui peut les représenter avec leur générosité et leur côté apaisant, lorsqu’ils s’éloignent du climat de guerre civile de Washington DC et des réseaux sociaux. « La marque de fabrique de Tim est sa capacité à parler comme un être humain et à traiter tout le monde avec décence et respect », ont immédiatement salué Barack et Michelle Obama. Sauf que « presque personne ne connaît M. Walz », commente le Washington Post.

Le nouveau ticket est apparu à Philadelphie pour un meeting mardi soir, prélude d’une tournée dans tout le pays. Logiquement, les républicains tirent à boulet rouge, tel M. Trump qui l’a traité d’ « extrémiste de gauche » tout comme le gouverneur de Floride, Ron DeSantis. « Harris-Walz : le ticket le plus à gauche de l’histoire américaine », accuse sur X M. DeSantis.

M. Walz s’est imposé médiatiquement en attaquant M. Trump et son candidat à la vice-présidence, J. D. Vance, les qualifiant de « weird » (« bizarre »). « Ces types sont tout simplement bizarres », avait-il lancé, samedi 27 juillet, lors d’un meeting électoral. Weird, le mot est très populaire auprès des jeunes non blancs sur TikTok. Les partisans de Mme Harris en sont ravis et la candidate l’a repris. A 60 ans, M. Walz a le même âge que Mme Harris (59 ans), mais avec ses cheveux blancs et rares, ce n’est pas faire offense à cet ancien professeur de collège de dire qu’il en fait beaucoup plus.

« On ne quitte pas ce travail sans avoir perdu des cheveux », avait-il un jour tweeté à propos de sa supervision des cantines pendant vingt ans. Avec ses airs de grand-père, cet homme de gauche est censé rassurer l’Amérique profonde. Né dans les mornes plaines du Nebraska, terre de pionniers sur la piste de l’Oregon, où sont nés les acteurs progressistes, pour l’époque, Henry Fonda et Marlon Brando, il est parti étudier plus au nord, dans le Minnesota, et, avec sa femme, y est devenu enseignant. Il fut élu gouverneur de l’Etat en 2019, après en avoir été un représentant au Congrès pendant douze ans, de 2007 à 2019.

« un homme qui sait chasser »

Cet homme au généreux sourire ne manque pas d’atouts pour une campagne présidentielle. Il sait parler à l’Amérique rurale et blanche, même s’il est membre duMinnesotaDemocratic-Farmer-Labor Party, situé à gauche de l’échiquier politique . « Voici un homme qui sait réellement pêcher, un homme qui sait réellement chasser, un homme qui a servi notre pays dans la garde nationale », a déclaré Heidi Heitkamp, ancienne élue démocrate du Dakota du Nord voisin. Le choix a cela de surprenant que le Minnesota est acquis aux démocrates, mais M. Walz pourrait aider à convaincre les électeurs des autres Etats des Grands Lacs, notamment le Wisconsin, le Michigan (Detroit) et la Pennsylvanie (Philadelphie, Pittsburgh), qui firent en 2016 la victoire de Donald Trump.

La presse décrit un homme prêt à aider et fait de sa période d’enseignant syndiqué dans un collège de Mankato, une petite ville du sud de Minneapolis, son épopée. « S’il y avait 100 personnes dans une salle et que 99 l’aimaient, il s’occupait de celle qui ne l’aimait pas jusqu’à ce qu’elle l’aime aussi », a raconté au Washington Post Pat Griffiths, ancienne professeure de sciences sociales. M. Walz, qui enseignait la géographie, s’est vite occupé de l’équipe de football américain de l’école, devenant entraîneur des adolescents. « Je ne veux pas dramatiser, mais il m’a peut-être sauvé la vie », a témoigné, dans la même enquête, Daniel Clement, un ancien joueur qui avait de mauvaises fréquentations avant de rencontrer l’entraîneur M. Walz.

Au milieu des années 1990, M. Walz a aussi proposé d’être l’interlocuteur pour les élèves homosexuels . « Il a donné l’exemple non seulement aux étudiants LGBTQ, mais aussi aux joueurs de football dans les vestiaires à une époque où les homosexuels n’étaient pas bien compris. Il a fait de l’école un endroit sûr pour tout le monde », a expliqué au Washington Post Jacob Reitan, qui fut le premier étudiant ouvertement gay du collège de Mankato. Il organisa même des voyages éducatifs en Chine dans les années 1990.

Ombre au tableau, M. Walz était gouverneur du Minnesota lorsque l’Afro-Américain George Floyd fut tué par étouffement par un policier blanc de Minneapolis en mai 2020. Il a attendu trois jours avant de déployer des centaines de membres de la garde nationale. Ses adversaires républicains l’accusent d’avoir réagi trop tard et de ne pas avoir réussi à limiter les dégâts. « Le Minnesota a été l’épicentre des émeutes du mouvement Black Lives Matter de 2020. Harris a encouragé le mouvement et Walz est resté les bras croisés, laissant Minneapolis brûler », a accusé le gouverneur de Floride, Ron DeSantis.

Outre ses qualités de débatteur face au vice-président de M. Trump, J. D. Vance, dont les débuts sont très critiqués, M. Walz est vanté pour ses relais politiques à Washington.Elu dans un Etat à forte population musulmane, notamment à Minneapolis, il est prudent sur la question palestinienne. Au lendemain de l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023, il avait tweeté : « La grande majorité des Palestiniens ne font pas partie du Hamas, et le Hamas ne représente pas le peuple palestinien. Nous ne pouvons pas laisser des terroristes comme le Hamas gagner. » La gauche du Parti démocrate reproche à l’administration Biden de ne pas avoir obtenu de cessez-le-feu à Gaza mais elle est ravie de ce choix : les trois représentantes de la gauche radicale au Congrès des Etats-Unis, les New-Yorkais Alexandria Ocasio-Cortez et Jamaal Bowman ainsi qu’Ilhan Omar (Minnesota), lui ont immédiatement apporté leur soutien.

Favorable à un contrôle des armes

Elu en 2022 pour un second mandat à la tête de l’Etat, M. Walz a promu un agenda d’autant plus progressiste qu’il avait fait basculer le Sénat local dans le camp démocrate. L’Etat est devenu un laboratoire : repas gratuits dans les écoles, suppression des frais de scolarité dans les universités publiques, légalisation de la marijuana. Le chasseur soutenu naguère par la National Rifle Association, le puissant lobby américain des armées à feu, est désormais favorable à un contrôle des armes. Il a garanti le droit à l’avortement dans son Etat, un combat sur lequel s’est concentrée Mme Harris, et défend, sur ses terres glacées battues par le vent du Canada, la voiture électrique, jugée non fiable par grand froid par M. Trump.

Résultat, ses adversaires républicains dénoncent, tel David Hann, président du Parti républicain du Minnesota, une administration budgétairement dépensière et « plus partisane que jamais ». Logiquement, le jugement est inverse côté démocrate. Selon Angie Craig, députée démocrate du Minnesota citée par le New York Times, M. Walz est un « antidote à cette division(…) observ[ée] aujourd’hui dans[le] pays. Il est l’un des rares politiciens à se sentir aussi à l’aise à un festival agroalimentaire qu’à un gala pour un groupe de défense des droits des homosexuels ».

Un tempérament attesté par une vidéo tournée en 2023 mais devenue virale, où le gouverneur – qui a deux enfants – fait, avec sa fille végétarienne, un tour de manège avec loopings dans un parc d’attractions du Minnesota après avoir fait un compromis, manger un corn dog (un hot dog entouré de pâte de maïs) à la dinde. « La dinde, c’est de la viande », rétorque sa fille. « Dans le Minnesota, la dinde, c’est spécial. » Woke, mais pas trop. Mais sous l’apparence d’un redneck, M. Walz reste fidèle à ses valeurs démocrates.

Libération
jeudi 8 août 2024 940 mots, p. 10

EXPRESSO

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7 août 2024 - MSN (France) (site web réf.)

Vie privée, vie publique :Lucie Castets en campagne médiatique

LILIAN ALEMAGNA

EXPRESSO

L'HISTOIRE DU JOUR F ini les premiers terrains. Après un déplacement à Lille puis dans l'usine Duralex, près d'Orléans, place aux «interviews vérité». Plus que jamais candidate à Matignon au nom du Nouveau Front populaire, Lucie Castets bouscule un peu plus la «trêve olympique» décrétée par Emmanuel Macron.

La haute fonctionnaire a choisi Paris Match pour en dire plus sur sa vie personnelle et sa personnalité, et a opté pour Sud-Ouest afin de dérouler ce que la gauche pourrait faire – et comment – si le chef de l'Etat venait à la nommer à Matignon. Ce qu'il n'a toujours pas l'intention de faire… «Je ne suis pas dans une position d'attente. Je suis au travail», insiste, dans le quotidien régional, celle qui échange très régulièrement avec tous les autres responsables du NFP partis en vacances. Si des propositions plus précises – notamment sur le budget 2025 – sont en préparation et devraient être dévoilées dans les prochaines semaines, la fondatrice du collectif «Nos services publics» liste dans l'interview les mesures qui pourraient faire l'objet de «compromis» avec d'autres forces représentées à l'Assemblée nationale.

DU «Aberration». «On pourra s'entendre pour revaloriser le travail de nuit des infirmières, recruter des AESH pour que les enfants en situation de handicap aient une scolarité normale, ouvrir de nouvelles places en crèche ou encore construire un service public territorial de santé avec les élus locaux», dit-elle, prenant une distance de plus avec les insoumis qui continuent de répéter que si le NFP gouverne, ce sera pour mettre en oeuvre «tout le programme». «Nous sommes conscients que nous n'avons pas de majorité absolue, répond-t-elle dans Sud-Ouest. Nous savons que pour avancer, il faudra trouver des compromis et travailler, texte par texte, avec les parlementaires de l'Assemblée et du Sénat.» Le début d'un recentrage après avoir été très accompagnée sur le terrain par les députés insoumis et que l'aile droite du Parti socialiste a réclamé une «clarification» avec LFI ? En tout cas, Lucie Castets profite de cette sortie média pour prendre ses distances avec Sophia Chikirou. La députée de Paris, très proche de Jean-Luc Mélenchon, avait relayé sur son compte Instagram privé un post sur la mort d'Ismaïl Haniyeh, dans laquelle le fils de ce chef du Hamas le présentait comme un «martyr» et le leader de la «résistance» palestinienne. «Cette publication n'était pas acceptable et contraire à tout ce que défend le NFP», affirme Lucie Castets JOUR dans Sud-Ouest, rappelant «que le NFP condamne sans réserve les attaques terroristes du 7 Octobre perpétrées par le Hamas». Mais les principales cibles de la directrice des finances de la ville de Paris restent Emmanuel Macron et son gouvernement démissionnaire. Comme la cheffe des écologistes, Marine Tondelier, lundi dans une vidéo, Lucie Castets dénonce la préparation, selon elle «sans légitimité démocratique» du projet de loi de finances 2025 par Bercy (lire ci-contre). Seconde cible : Xavier Bertrand, dont le nom revient régulièrement pour tenter une alliance du «bloc central» macroniste avec une partie de la droite. Une telle nomination serait, selon Castets, une «aberration». «Les Républicains, le parti de Xavier Bertrand, a obtenu 6 % au premier tour des législatives, rappelle-t-elle. Comment nommer un Premier ministre qui n'a pas de majorité et qui ne représenterait que lui-même ?» Et la haute fonctionnaire d'attaquer le bilan de l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy lorsqu'il était à la tête d'un grand ministère du Travail, de l'Emploi et de la Santé : «C'est l'affaiblissement des financements de l'hôpital, une suppression massive de lits, l'explosion des constructions d'Ehpad privés, une réforme injuste des retraites…» Voilà pour la partie politique… Mais dans un temps estival où les responsables politiques ont bien du mal à exister face aux athlètes français en lice aux JO, mieux vaut, pour être entendue, parler d'autre chose que de financement du smic à 1 600 euros ou augmentation des impôts des «plus fortunés».

«Equilibre». Castets a donc choisi Paris Match – pourtant propriété de Vincent Bolloré – pour évoquer sa vie personnelle et dire son homosexualité, comme l'avait fait Gabriel Attal. «Je souhaite trouver un équilibre entre protéger ma famille, ma femme et notre enfant, et dire qui je suis», explique-t-elle à Paris Match, qui précise que le couple a un enfant de 2 ans et demi. Elle raconte être déjà victime de messages de «haters d'extrême droite» à propos de son union avec une femme.

Elle dit également être une grande sportive – entre autres, adepte de tennis, de handball, de taekwondo et fan de surf – afin de défaire cette image d'énarque et de technocrate parisienne qui lui colle à la peau. «Je n'ai rien à prouver. Je suis bien dans mes baskets, les gens découvriront cela, ou pas», assume celle qui rappelle que si elle travaille à Paris, elle a vécu à Caen jusqu'à ses 18 ans.

Cette incursion médiatique en appelle-t-elle d'autres ? Aucun déplacement n'est, pour l'instant, à l'ordre du jour de la Normande. Son équipe la dit «au travail sur le projet», scrutant aussi le moindre bougé du côté de l'Elysée dans la course de vitesse qui se prépare une fois les Jeux clôturés.

«Nous nous réunissons régulièrement [en visio] pour préparer la fin des JO, assure le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, depuis son camping corse, et annoncer aux Français ce que nous comptons mettre en oeuvre, comment nous comptons le financer et avec des ministres prêts à travailler.» Reste un petit détail à régler : qu'Emmanuel Macron nomme Lucie Castets à Matignon. Et c'est encore loin d'arriver.

«Nous sommes conscients que nous n'avons pas de majorité absolue. [...] Il faudra travailler texte par texte.»

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, jeudi 8 août 2024 697 mots, p. AUJM32
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8 août 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

La Corse et le Pays basque, destinations préférées des ministres

Vacances|À l'issue des Jeux, les membres du gouvernement démissionnaire prendront quelques jours pour souffler... avant un remaniement.

Taslime Maazouzi

À situation politique inédite, vacances inédites. C'est un été un peu particulier pour les ministres démissionnaires, cantonnés à expédier les affaires courantes jusqu'à la nomination d'un nouveau Premier ministre par Emmanuel Macron, tout en restant sur le pont - pour certains - afin d'assurer le bon déroulement des Jeux olympiques.

Conséquence, même si certains se sont déjà discrètement mis au vert, la plupart vont devoir patienter jusqu'à la fin des Jeux olympiques et à lundi prochain, date à laquelle devrait se tenir un Conseil des ministres, avant de prendre le large.

Garder un oeil sur les dossiers...

Destination la Corse pour nombre d'entre eux. Le Premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, qui y possède une maison de famille, s'y est ainsi accordé une courte escapade le week-end dernier. Catherine Vautrin (ministre du Travail), dont le mari est originaire de l'Île de Beauté, y sera en fin de semaine prochaine. Prisca Thevenot, la porte-parole du gouvernement démissionnaire, s'y rendra, elle, pour la première fois. Si la députée franco-mauricienne a ses habitudes sur l'île Maurice, elle a changé ses plans cet été, sur les conseils de ses proches. Croisera-t-elle ses collègues du Conseil des ministres sur place ? « Si on peut se faire un dîner tous ensemble, on le fera ! Mais pour l'instant, rien n'est sûr car certains pourraient être mobilisés », assure la trentenaire, qui sera accompagnée de quelques députés des Hauts-de-Seine, où elle est élue. Sabrina Agresti-Roubache va-t-elle les rejoindre ? La ministre de la Ville sortante, dont le mari est recteur de l'académie de Corse, y avait en tout cas séjourné l'été dernier.

... et rester mobilisable

Autre destination très prisée par l'exécutif : le Pays basque. Comme tous les ans, Bruno Le Maire (Économie) ira en famille dans sa résidence secondaire à Saint-Pée-sur-Nivelle (Pyrénées-Atlantiques). Quant à Roland Lescure (Industrie) et Stéphane Séjourné (Affaires étrangères), ils sont déjà sur place.

Moins sollicités que d'autres sur les sites olympiques, ils profitent d'être moins sous le feu des projecteurs pour se reposer un peu. Tout en gardant un oeil sur leurs dossiers. Car la consigne est la même pour tout le monde. Les ministres démissionnaires doivent rester disponibles tout l'été pour assurer d'éventuels allers-retours. Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, ex-maire d'Angers, a ainsi choisi de se reposer dans son Maine-et-Loire. Aurore Bergé (Égalité entre les femmes et les hommes) a elle aussi opté pour le farniente près de Paris, dans les Yvelines - sa circonscription - puis en Normandie. Nicole Belloubet (Éducation) a choisi de se reposer dans une ville qu'elle préfère garder secrète, mais située à une heure de la capitale, selon son entourage. Quant à Marie Guévenoux, (Outre-mer), elle prendra ses quartiers d'été en Dordogne.

Plus difficile de souffler en revanche pour Amélie Oudéa-Castéra, la ministre des Sports démissionnaire, en première ligne pour les JO. Malgré un emploi du temps chargé, celle qui a à plusieurs reprises fait jaser la Toile par sa présence dans les tribunes se rendra le week-end du 15 août dans le Var, à La Croix-Valmer, où elle a ses habitudes familiales. Même si elle a un peu hésité à se rendre à La Baule (Loire-Atlantique) cet été, nous confie un proche.

Gérald Darmanin « veille à la sécurité des Jeux »

Pour le ministre de l'Intérieur, pas de vacances en vue non plus. Alors que, les étés précédents, Gérald Darmanin avait pris l'habitude de se rendre à Marseille (Bouches-du-Rhône) avec sa femme et leurs deux enfants, il est retourné ce mercredi dans la cité phocéenne, où il restera jusqu'à ce jeudi, cette fois pour le travail. « Il veille à la sécurité des Jeux jour et nuit », affirme un de ses proches.

S'il « dort peu et se fait réveiller toutes les nuits pour arbitrer une décision sur la sécurité des Jeux », il se projette déjà sur les paralympiques, avant une rentrée des classes le 28 août. À moins que d'ici là un nouveau gouvernement n'ait été composé.

Libération
jeudi 8 août 2024 286 mots, p. 11

AUTRE

«Il est très problématique d'affirmer...

LAURENCE BENHAMOU

AUTRE

«Il est très problématique d'affirmer qu'on est en “trêve” et de préparer un budget. C'est aller au-delà de la gestion des affaires courantes. Le budget, c'est l'acte politique par excellence. Ce gouvernement démissionnaire travaille sans légitimité démocratique.» LUCIE CASTETS candidate NFP pour Matignon, dans une interview à «Sud-Ouest» «Oui, Bercy a envoyé au Premier ministre sa copie sur le budget. Mais c'est une base nécessaire, qui permettra au prochain gouvernement d'avoir toutes les options et de faire ses choix politiques. Matignon n'a d'ailleurs pas envoyé les lettres-plafond qui fixent les dépenses maximum de chaque ministère.» UN CONSEILLER DE MATIGNON à «Libération» «Trêve olympique» ne rime vraiment pas avec «trêve politique» : la gauche continue d'accuser Bercy et Matignon, censés s'en tenir aux «affaires courantes» depuis la démission du gouvernement Attal, de préparer en douce un budget 2025 tout ficelé et «d'austérité», qui liera, selon eux, les mains d'un prochain gouvernement. Que nenni, répond l'exécutif, qui assure que si la Direction du Trésor a bien planché sur des tableaux Excel, contrainte par les délais constitutionnels que réclame un projet de loi de finances, rien n'est définitif ni tranché. Les travaux préparatoires du budget 2025, élaborés par les services de Bercy, ne constituent, selon un conseiller de Matignon interrogé par Libé, qu'une «base technique». Seule décision politique effectuée en amont – et pas des moindres – ce brouillon de budget prévoit une cible de déficit, en diminution, comme l'a annoncé Bruno Le Maire. Pas de quoi choquer le député insoumis Eric Coquerel, président de la commission des finances de l'Assemblée, qui trouve «normal » que le gouvernement commence à travailler sur un budget, mais pointe du doigt le Président, qui tarde à nommer quelqu'un à Matignon.

Le Monde
International, jeudi 8 août 2024 890 mots, p. 4
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7 août 2024 - Le Monde (site web)

« Je suis arrivé en caleçon » : l’humiliante libération des opposants russes

Les prisonniers relâchés par le Kremlin ont atterri en Allemagne démunis et en possession de leur seule carte d’identité

Marie Jégo

Arrivés en Allemagne le 1er août à la faveur d’un échange de prisonniers entre Moscou et les Occidentaux, treize opposants russes et binationaux sont libres mais aussi choqués émotionnellement, démunis matériellement. Sorti de la colonie pénitentiaire de Sibérie où il purgeait une peine de vingt-cinq ans de prison, le militant pro-démocratie Vladimir Kara-Mourza était en caleçon, muni de sa seule carte d’identité russe, lorsqu’il a recouvré la liberté.

« Rien n’a changé » , déclarait-il quelques heures plus tard, vêtu de neuf, baskets blanches aux pieds, à l’occasion de la conférence de presse qu’il a tenue à Bonn avec deux de ses compagnons de lutte, Ilia Iachine et Andreï Pivovarov. L’absence de changement était une allusion au dissident antisoviétique Vladimir Boukovski, lequel, échangé en 1976 contre un communiste chilien, avait, lui aussi, été expulsé d’URSS avec sa seule carte d’identité. Sinon que, à l’époque, lui était habillé.

A Bonn, Vladimir Kara-Mourza a raconté : « Tous mes vêtements m’ont été enlevés à Lefortovo »,le centre de détention du FSB, les services russes de sécurité, à Moscou, par lequel il est passé avant de quitter son pays. « En guise de chaussures, j’avais des claquettes en caoutchouc avec lesquelles je me douchais. Le directeur du centre m’a dit : “Alors, tu vas porter ça.” Donc je suis arrivé en caleçon, tee-shirt et chaussons de douche. » Au point d’envier, dira-t-il, son camarade Ilia Iachine, expulsé dans sa tenue de prisonnier et avec pour seul bagage « une brosse à dents et un dentifrice ».

De tous les prisonniers sortis des geôles de Vladimir Poutine (seize au total, dont treize évacués vers l’Allemagne), seul M. Kara-Mourza a été expulsé en petite tenue. Une humiliation infligée par le FSB, qui a dépêché vingt de ses agents pour escorter les prisonniers de leur lieu d’incarcération jusqu’au point d’échange, à l’aéroport d’Ankara. Ce traitement particulier s’explique sans doute par le fait que Vladimir Kara-Mourza est le vice-président de Russie ouverte, l’ONG créée et financée par l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski, jadis la bête noire du président russe qui le fit emprisonner dix ans et confisqua Ioukos, sa société pétrolière.

Désavoués

Le récit de Vladimir Kara-Mourza, Ilia Iachine et Andreï Pivovarov décrivant leur expulsion, expliquant qu’au fond ils ne souhaitaient absolument pas être échangés, n’a guère été commenté sur les réseaux sociaux de l’opposition russe. En revanche, leurs premières déclarations politiques ont semé le malaise. Critiqués, raillés, accusés de faire preuve de « cécité », les trois hommes ont été désavoués par une large partie des opposants russes en exil. On leur a reproché leur manque d’empathie envers les Ukrainiens, dont ils ont très peu parlé, ainsi que leur manque de hauteur de vue, surtout lorsqu’ils ont évoqué la nécessité de « recalibrer » les sanctions occidentales afin qu’elles visent davantage les proches de Vladimir Poutine et non « les Russes ordinaires ».

Sur Facebook, X, Telegram, les critiques ont fusé. « A l’évidence, la nouvelle génération de politiciens russes nie la responsabilité collective du régime russe et de la population. Ils se fourvoient car tout régime criminel qui se maintient au pouvoir pendant une aussi longue période repose forcément sur une base sociale solide qui permet et approuve ses atrocités, d’abord à l’intérieur du pays, puis à l’extérieur. C’est pourquoi des sanctions sévères sont nécessaires non seulement contre Poutine et ses oligarques, mais aussi contre l’ensemble de l’Etat et de ses citoyens », a écrit Leonid Nevzline, un ancien associé de Mikhaïl Khodorkovski, sur son compte Facebook.

« Les trois[prisonniers relâchés] ont gardé intactes leur étonnante cécité et leur naïveté », a raillé sur sa chaîne Telegram l’ancien député Alexandre Nevzorov, qui a dû fuir son pays après avoir critiqué l’invasion russe de l’Ukraine. « Ils croient que la Russie est un pays européen et que Poutine est un malentendu accidentel. Mais ils n’ont rien dit de saillant sur l’Ukraine et la guerre. Iachine a évoqué son amour de la patrie, Kara-Mourza a déploré n’avoir pas pu assister aux offices orthodoxes quand il était en prison », a-t-il déploré.

« Il s’agit d’une mauvaise analyse dans la mesure où il n’y a pratiquement pas de sanctions contre les Russes ordinaires », a estimé sur Facebook Konstantin Sonin, qui enseigne l’économie à l’Université de Chicago. Selon lui, la population craint davantage les effets de l’inflation ou encore la réduction des aides sociales, autant de conséquences économiques liées aux choix de Poutine plutôt qu’aux sanctions.

Leurs déclarations ne sont pas passées inaperçues en Ukraine. « L’objectif commun de tous les Russes devrait être de libérer la Russie du dictateur fou Poutine et de son régime et non de lutter contre les sanctions », a commenté Andriy Yermak, chef de cabinet du président Volodymyr Zelensky, rappelant que les sanctions sont censées « freiner » la machine de guerre russe. Confronté à ces critiques, M. Kara-Mourza s’est senti obligé de déclarer, dans une interview diffusée par la BBC, mardi 6 août, que la société russe partageait « la responsabilité de ce que fait le régime de Poutine ».

L'Humanité
jeudi 8 août 2024 662 mots, p. 6

La lutte acharnée des ExxonMobil

Léa Petit Scalogna

Licenciements Le géant américain souhaite arrêter ses activités pétrochimiques en Normandie d'ici à 2025. Les syndicats ont refusé de signer le projet de « plan de sauvegarde de l'emploi ».

Port-Jérôme-sur-Seine (Seine-Maritime), envoyée spéciale.

L es cheminées crachent une fumée blanche tandis que Germinal Lancelin souffle son inquiétude. Il risque de perdre son poste en tant qu'opérateur en pétrochimie à ExxonMobil, le géant américain du secteur. Après dix-huit années passées dans les dédales de tuyaux et de conduits, le secrétaire général de la CGT chimie de l'entreprise a déjà commencé ses recherches. « Il le faut bien, j'ai deux enfants et une maison à payer », se soucie-t-il. Germinal Lancelin est l'un des 659 salariés dont l'emploi risque d'être supprimé. La CGT, FO et la CFDT ont toutes trois refusé de signer le projet de « plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) » proposé par la direction. Leur mot d'ordre commun tient en deux mots : aucun licenciement. « On a fait de multiples propositions à la direction pour sauvegarder un maximum d'emplois. Toutes ont été refusées », déplore James Aucreterre, délégué syndical FO.

Le 11 avril, le géant texan pour lequel ils travaillent a annoncé sa décision d'abandonner une large partie de ses activités pétrochimiques en Normandie. Depuis fin mai, la production est à l'arrêt et les salariés en grève. Le vapocraqueur, installation clé du site permettant de convertir le pétrole en matières plastiques, n'est plus en marche.

Les raisons de ce PSE, avancées par le groupe, sont financières : le site « affiche une perte de près de 515 millions d'euros pour l'exercice 2023, selon la direction. Et la situation financière ne s'est pas améliorée au premier semestre 2024, avec un endettement additionnel de plus de 150 millions d'euros ». Une somme qui ne risque pas de faire de l'ombre aux bénéfices nets d'ExxonMobile Corporation : 36 milliards de dollars pour l'année 2023.

Au terme de négociations, seuls 18 postes ont pu être sauvés

Seule la raffinerie Esso, appartenant au même groupe et vieille de 90 ans, est conservée par le groupe tandis que l'écrasante majorité des activités chimiques sont menacées. « Les produits pétroliers de la raffinerie, très rentables, absorbent largement les pertes engendrées par la partie chimie », plaide Christophe Aubert, coordinateur CGT. Les suppressions de postes concernent majoritairement ce second secteur, et ce sont des banderoles « La chimie doit vivre » qui sont accrochées aux grilles d'entrée. Interrogée, la direction s'engage à proposer « trois offres valables d'emploi » qui doivent correspondre «   soit au métier, soit aux compétences, soit aux aptitudes, soit au projet ou à l'objectif professionnel de l'intéressé ». Assis autour d'une table, des opérateurs se questionnent sur les usines alentour dans lesquelles ils pourraient postuler. Pour réaliser exactement le même travail, dans les sous-domaines pointus que sont les activités pétrochimiques, le plus proche serait Le Havre, à 30 kilomètres. « Problème : ces entreprises n'auront pas besoin de nous tous, 600 personnes, en même temps ! » soufflent-ils.

Au départ, le compteur des emplois menacés affichait 677 (dont 30 à Nanterre, au siège), sur les 1 226 de l'usine normande. Au terme de huit tours de négociations de longue haleine avec les élus du personnel, seuls 18 postes ont pu être sauvés. « C'est honteux ! Et les survivants du PSE vont en pâtir, avec des conditions de travail dégradées et un très faible effectif », s'alarme Christophe Aubert.

Les élus communistes normands montent au créneau et ont pris la plume pour s'adresser à Emmanuel Macron, le 24 juillet. Dans un courrier, Céline Brulin et Jean-Paul Lecoq, sénatrice et député PCF de la Seine-Maritime, ont demandé au chef de l'État de reprendre le dossier du PSE, en l'absence de gouvernement et d'interlocuteurs dédiés. Aussi, les négociations sont menées en pleine période de « trêve olympique et politique » censée clouer les piquets de grève. Germinal Lancelin, pour la CGT, parle de « calcul parfait » de la part de la direction, tandis que Sébastien Pichault, de FO, remarque que cette dernière annonce des décisions importantes « très régulièrement lors des périodes estivales, lorsqu'un grand nombre de salariés est en vacances ».

Le Monde
jeudi 8 août 2024 113 mots, p. 1

Politique A gauche, le retour du bal des ambitions

Marginalisés au sein du Nouveau Front populaire, Raphaël Glucksmann, François Ruffin et François Hollande n’ont pas fait le deuil de leurs ambitions et affichent le même objectif : reprendre le flambeau à gauche et contester le leadership de Jean-Luc Mélenchon. Alors que le cofondateur de Place publique travaille à « l’émergence d’un courant social-démocrate dans la société », le député de la Somme apparaît plus fébrile et cherche toujours la meilleure stratégie après son départ de LFI. L’ancien président de la République, lui, est impatient de ferrailler à l’Assemblée nationale et se dit déterminé à participer au renouveau du PS.

Le Monde
France, mercredi 7 août 2024 981 mots, p. 9
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6 août 2024 - La Matinale du Monde

« Le parti n’existait pas » : le bilan doux-amer des ex-députés macronistes

D’anciens élus qualifient Renaissance de parti sans doctrine ni ancrage local

Juliette Guéron-Gabrielle

Il fait doux, ce mardi 9 juillet au soir. Les fenêtres de Matignon sont ouvertes sur les jardins. Gabriel Attal, qui a remis sa lettre de démission la veille, a invité les députés de la majorité présidentielle à Matignon pour les remercier d’avoir fait campagne. Mais beaucoup manquent à l’appel. Dissolution, campagne express, et, souvent, perte de leur mandat : les dernières semaines ont été trop dures à digérer.

« Je n’avais pas très envie d’y aller », confie Fabienne Colboc, ancienne députée Renaissance (Ren) d’Indre-et-Loire. Elle a séché la réception. « J’étais encore en deuil » , affirme pour sa part Jean-Marc Zulesi, ex-député (Ren) des Bouches-du-Rhône. L’ex-élu, qui a perdu contre un candidat Rassemblement national (RN) à 329 voix près, a préféré se remettre de sa défaite chez lui, dans le Sud.

La majorité a été décimée lors des législatives. La coalition présidentielle perd une centaine de sièges, dont 73 au sein du seul parti Renaissance qui ne conserve qu’un ancrage substantiel en Bretagne, dans les banlieues aisées de l’Ouest parisien et dans les circonscriptions des Français de l’étranger.

Des figures historiques du mouvement, tels l’ancien ministre des transports (2022-2024), Clément Beaune ou le ministre de la fonction publique (depuis mai 2022) Stanislas Guerini, ont été sèchement battues. D’autres, comme l’ex-ministre de la santé (juillet à décembre 2023) Aurélien Rousseau, ont déserté la majorité au profit du Nouveau Front populaire. D’autres encore ont décidé de quitter la politique, soufflés par la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée. « Ce monde n’est plus le mien », a déclaré l’ex-député macroniste des Hautes-Alpes Joël Giraud .

Période de vide

D’où l’ambiance polie mais morose de la réception à Matignon le 9 juillet. « Je n’envie pas forcément les collègues qui ont été réélus », avance Fabienne Colboc. La prochaine législature pourrait être plus sombre que la dernière pour le camp présidentiel, désormais en minorité dans l’Hémicycle. Chez certains macronistes battus s’ouvre une période de vide, marquée par l’envie de tirer un premier bilan de cette expérience qui a dynamité l’offre politique française , avant, semble-t-il, d’exploser en plein vol.

Patrick Vignal, ancien député (Ren) de l’Hérault, regrette de ne pas avoir davantage « fait entendre sa voix »pendant les deux mandatures, s’étant souvent senti « en décalage ». Il n’aurait pas voulu la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, la baisse de cinq euros des aides pour le logement des étudiants, ni le passage en force de la réforme des retraites. Il regrette l’absence d’intérêt pour l’ancrage territorial. « Il nous aurait fallu des militants, des secrétaires de région », avance cet ancien du Parti socialiste.

Renaissance n’a investi presque aucun conseil départemental ni régional. Le parti ne compte que 13 sénateurs, et une base militante extrêmement réduite. D’où une absence de lien entre les échelles locale et nationale, rendue manifeste dans des moments de crise comme celle des « gilets jaunes ».

Raphaël Gérard, ex-député (Ren) de Charente-Maritime, a aimé porter ses sujets à l’Assemblée nationale, y compris, parfois, en opposition avec son propre camp, comme sur la PMA ou la loi bioéthique. Mais il garde un mauvais souvenir de Renaissance, « un parti qui n’existait pas », « une coquille vide construite sans doctrine ni échanges ». Après avoir voté contre la loi « immigration », il a fait campagne en minimisant son appartenance à la coalition présidentielle. Devancé de 909 voix, il laisse sa circonscription au RN.

« Un mouvement d’intellos »

Patrick Vignal, qui régnait sur sa circonscription de l’Hérault depuis 2012, regrette le choix de Renaissance de rester dans le vocabulaire du management et de l’entreprise, plutôt que dans « la chair » de la rencontre : « On n’était pas un parti de femmes et d’hommes politiques, mais un mouvement d’intellos », regrette-t-il.

De nombreux députés défaits ont peur de voir leur bilan détricoté. Jean-Marc Zulesi, à l’origine d’un projet de loi sur les RER métropolitains, craint que les travaux ne s’arrêtent en cours de route : s’il a réussi à faire passer son projet de loi, il restait encore à déterminer dans quelles villes déployer ces trains et quelle entité dirigerait les travaux. Tout pourrait s’arrêter.

Lysiane Métayer, ex-élue (Ren) du Morbihan qui œuvrait sur la défense, voulait créer « un pôle d’excellence sur la dronisation sous-marine à Lorient ». Elle craint que le projet ne soit abandonné par son successeur écologiste, les Verts s’étant opposés à la dernière loi de programmation militaire.

Certains gardent des souvenirs exaltés de leur entrée en politique – les troupes macronistes de 2017 venant majoritairement de la société civile. « Je me suis régalé dans tout ce que j’ai fait », affirme Jean-Marc Zulesi, qui a gravi les échelons de l’Assemblée pour prendre la direction de la commission du développement durable.

D’autres quittent l’aventure sans regrets. Marjolaine Meynier-Millefert, battue dans l’Isère, hésitait à quitter Renaissance avant la dissolution, pour siéger à la gauche d’un groupe se droitisant : « Notre parti faisait l’appoint avec Horizons, qui faisait l’appoint avec Les Républicains. » Ce qui rendait parfois « le Modem plus à gauche que Renaissance ». Elle aimerait monter une association, et prendre la plume pour raconter son expérience des années Macron, avant de retrouver un travail en janvier.

Peu portée à la nostalgie, Fabienne Colboc se dit tentée par un mandat de maire, « sans étiquette », précise-t-elle. Si la page Renaissance est tournée, elle reste amie avec le premier ministre démissionnaire, avec qui elle a longuement échangé après la défaite. Du président de la République, elle n’a reçu qu’une lettre de remerciement par la poste. Comme un ultime symbole de la distance du chef avec ses troupes.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, mercredi 7 août 2024 509 mots, p. AUJM28
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6 août 2024 - Le Parisien (site web)
7 août 2024 - Le Parisien

Des JO toujours pas assez « populaires » pour les Insoumis

LFI n'a pas renoncé à sa commission d'enquête parlementaire sur l'impact des Jeux.

Pierre Maurer

Le succès des JO aurait pu les réfréner. Mais les Insoumis n'ont aucune intention d'abandonner leur projet de lancer une commission d'enquête « populaire » sur les Jeux, annoncé dès le 25 juillet par le groupe à l'Assemblée. Cette dernière, sans pouvoir contraignant, doit rendre ses conclusions « au terme d'un processus d'auditions, de rencontres et de visites de terrain qui dureront tout l'été, jusqu'à la fin des Jeux paralympiques, le 8 septembre », hors du Palais-Bourbon. Un processus largement moqué ces derniers jours par les figures du camp présidentiel. « Je ne sais pas vous, mais je sens que la commission d'enquête populaire de LFI va faire pschitt ! » a ainsi raillé, rapport aux succès sportifs français, le député Sylvain Maillard sur X.

Pas de quoi déconcerter les mélenchonistes. Mardi matin, la députée LFI Alma Dufour a bien confirmé sur Franceinfo la volonté des siens de mettre en place ladite commission. « Les Français apprécient assez peu que, sous couvert de la grande fête des Jeux, on essaie de leur faire avaler tout et n'importe quoi », a estimé la députée. Cette commission, a-t-elle ajouté, est motivée par des doutes « sur la rentabilité de ces Jeux pour l'économie nationale, sur des investissements colossaux pour rendre la Seine baignable ».

Son collègue Hadrien Clouet s'est attelé à donner sur Europe 1/CNews des exemples de situations qui pourraient faire l'objet de cette future commission : « Aujourd'hui, à Paris, on n'a plus le droit de faire des maraudes [...]. Il n'y a plus de points pour se laver, pour être nourris, y compris pour les bébés qui sont à la rue. Ça, ça fait partie des conséquences sociales concrètes de ces Jeux olympiques que je déplore. »

La cérémonie d'ouverture saluée par Mélenchon

À rebours des procès qui leur sont faits par la droite et le camp présidentiel, les Insoumis ne versent toutefois pas tous dans le « JO bashing ». Nombreux sont ceux à s'émerveiller des performances des sportifs français et à en témoigner sur les réseaux sociaux. À l'image de l'eurodéputée Manon Aubry, grande pratiquante de water-polo. « Magnifique match et victoire des Françaises ! Avec une Laura Glauser impériale dans les cages ! » a-t-elle encore exulté mardi après la victoire des handballeuses françaises face aux Allemandes, ce mardi. Certains « politiques de gauche » pratiquent même le sport en compétition ! « Et se battent pour la promotion de TOUS les sports des JO, comme le water-polo, souvent ignoré ! » avait-elle précédemment rétorqué face au supposé silence de la gauche sur les JO.

Dans une note de blog, Jean-Luc Mélenchon s'est lui aussi ému de la cérémonie d'ouverture, la saluant dans son ensemble. « Je crois que personne ne pourra oublier ce spectacle, et alors on peut dire combien son créateur a atteint son but », a-t-il souligné, ne feignant pas son désamour pour ce que représentent les Jeux. « On est pour le sport, mais la manière dont le sport populaire a été mis à l'écart est scandaleuse », résumait un Insoumis avant les JO. Une position d'équilibriste.

Libération
mercredi 7 août 2024 1147 mots, p. 2,3

ÉVÉNEMENT PARIS 2 2024

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6 août 2024 - Libération (site web)

Paris 2024 La gauche veut sa place sur le mont Olympe

LILIAN ALEMAGNA

ÉVÉNEMENT PARIS 2 2024

Ne leur parlez pas de «récupération». Préférez le mot «héritage». Les Jeux olympiques de Paris ont à peine entamé leur deuxième semaine que, déjà, les responsables politiques se fraient un chemin pour récolter de premiers lauriers : Emmanuel Macron interrompant ses vacances à Brégançon pour être sur la photo avec Teddy Riner ; Gabriel Attal et ses joues bleu-blanc-rouge au club France ; Gérald Darmanin rameutant les caméras dans un commissariat de Saint-Denis pour livrer des chiffres sur la baisse de la délinquance à Paris… Sans parler d'Amélie Oudéa-Castera au milieu des staffs comme si elle faisait partie de la «team France». La gauche serait-elle en train de se rendre compte que «trêve olympique» ne signifiait pas «trêve politique» ? Et alors qu'elle est, avec les socialistes, à l'origine de cette candidature et que ce sont, en très grande majorité, ses collectivités qui ont préparé son organisation (Paris, la Seine-Saint-Denis, Marseille…), serait-elle en train de passer à côté du «peuple» qui s'enthousiasme pour les performances de Léon Marchand et se prend de passion pour l'escrime, le tir à l'arc ou le basket à trois ? En tout cas, Anne Hidalgo est ressortie mardi dans le Monde pour dire «fuck aux réacs, fuck à [l']extrême droite» et répondre aux critiques dont elle fait l'objet depuis des mois : «On a réussi cela, on ne s'en croyait pas capables. Surtout après des années de bashing pour moi, des années de destruction à la fois d'une image positive de Paris, de ce qu'on est ensemble, des Français.» «JAMAIS À SA PLACE» Le patron du Parti communiste, Fabien Roussel, a, lui, depuis son camping corse, ressorti dès lundi le clavier du sac de voyage pour un cocorico, s'emballant sur le «bel esprit de communion et de concorde qui nous rassemble pour applaudir chaque médaille et chanter la Marseillaise, en étant fiers de voir notre drapeau flotter au-dessus des podiums». Le texte est accompagné d'une photo de vacances de lui et ses amis à l'apéro devant une tablette où l'on suppose une victoire bleue, caravane et guirlande guinguette en fond de scène. Auprès de Libération, Roussel se défend d'avoir voulu combler un manque. «J'ai vu quelques critiques poindre sur “la gauche ne fait pas de commentaire sur les JO” mais je n'y crois pas, répond-il. J'ai fait ça d'abord pour dire qu'à l'heure où il y a des conflits dans le monde, où il y a du racisme en France, on a des équipes du monde entier qui s'affrontent dans la paix et des Français qui sont tous derrière leurs athlètes sans leur demander leur religion ou leur origine. On ne regarde pas de quelle couleur ils sont, ils défendent le drapeau.» Le secrétaire national du PCF dit aussi avoir fait ce texte pour «alerter» Macron : «Ce n'est pas parce que les JO sont beaux qu'il faudrait surfer dessus pour faire oublier le reste.» «Il faudra autre chose que des Jeux réussis pour que le camp présidentiel se redresse, abonde le socialiste Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine- Saint-Denis. Ça ne réglera pas les questions de pouvoir d'achat, de l'hôpital public, d'éducation…» Il faut dire que les images du chef de l'Etat sur le tatami ont agacé à gauche. «Il est ridicule, fustige auprès de Libération la cheffe des Ecologistes, Marine Tondelier, depuis son camping en Bretagne. Après avoir dit qu'il ne fallait surtout pas politiser le sport, il ne fait que ça !» «Il m'a gâché la victoire de Riner ! s'emporte le sénateur de Paris Yannick Jadot. En fait il n'est jamais à sa place. Il y a toujours cette volonté chez lui de s'approprier une histoire qui n'est pas la sienne.» Même s'ils s'en défendent, il y a donc bien l'enjeu à gauche de ne pas laisser échapper une victoire politique : l'occasion de démontrer qu'elle sait penser et organiser un tel événement avec ses valeurs. «Ces JO, c'est quand même en grande partie grâce à des élus de gauche, avance Troussel, rappelant qu'en 2015, lorsque le dossier de Paris est défendu au CIO, les socialistes étaient au pouvoir. On a porté une vision politique de ces Jeux. On a été exigeants sur l'héritage, la billetterie sociale, les sites de célébration pour ne pas en faire seulement un événement médiatique et international mais un outil d'excellence, illustration de la fraternité et de la cohésion du pays.» «MIEUX À PARIS QU'À PÉKIN !» Toute la gauche n'est pourtant pas aussi enthousiaste. En amont de l'événement, les insoumis ont notamment multiplié les critiques sociales et environnementales, demandé à ce qu'Israël concoure sous bannière neutre, dénoncé des atteintes aux libertés dans un «Paris en cage et palissades» et lancé une «commission d'enquête populaire» censée rendre ses «conclusions» à la rentrée. «Le modèle des Jeux olympiques […] n'a plus rien à voir avec la cohésion et le plaisir du sport : il consacre le sport business», affirmait le groupe LFI à l'Assemblée dans un communiqué le 25 juillet. «C'est quand même mieux les JO à Paris qu'à Pékin !» répond Jadot, proposant de «travailler aux critères éthiques, environnementaux et sociaux stricts pour que les événements soient porteurs de valeurs démocratiques universelles puissantes». Chez les écolos, le sénateur de Paris se sent souvent seul pour défendre ces grandes messes sportives… «On peut tout à fait dénoncer Coca-Cola qui distribue des ecocups mais les remplit avec des millions de bouteilles en plastique de 50 cl et être aux côtés des athlètes», défend Tondelier qui assure «passe[r] [son] temps devant les JO» et être allée suivre le triathlon dans les rues de Paris. Preuve qu'ils ne veulent pas passer pour des rabat-joie, insoumis et écolos se font très discrets. S'il a été «happé» par la cérémonie sur la Seine – «une audace bien typique» qui «a montré un esprit rebelle des Français» – Jean-Luc Mélenchon s'est fendu d'un autre post de blog le lendemain pour expliquer pourquoi il n'avait pas aimé la tête décapitée de Marie-Antoinette et «la moquerie sur la Cène chrétienne». Depuis… plus rien. Dimanche, la ministre démissionnaire de la Culture, Rachida Dati – qui avait pourtant durement critiqué l'organisation parisienne en avril 2023 –, ne s'est pas privée d'accuser des insoumis «déconnectés […] des Français». En cause : un tweet du député de Seine-et-Marne, Arnaud Saint-Martin, s'en prenant le 29 juillet à la «couverture chauviniste […] sur le service public audiovisuel et ailleurs». Un besoin de reconnexion avec «le peuple» que LFI défend en toutes circonstances ? Mardi sur France Info, la députée de Seine-Maritime Alma Dufour a, en tout cas, pris soin de dire qu'elle a trouvé «formidables les médailles et formidables les performances» et qu'elle était «touchée par l'image de la France […] à dix mille lieues des polémiques montées par l'extrême droite». Là-dessus au moins, la gauche est unie.

«[Macron] est ridicule. Après avoir dit qu'il ne fallait surtout pas politiser le sport, il ne fait que ça !» Marine Tondelier secrétaire nationale d'EE-LV.

Le Monde
mercredi 7 août 2024 809 mots, p. 24
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6 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Régis Juanico Pour un déontologue du sport indépendant des fédérations

L’ancien député PS appelle à la créationd’une nouvelle autorité administrative dévolue à l’éthique dans le sport. Sans quoi les dysfonctionnements à répétition et les dérives dans la gouvernance du secteur perdureront

Le monde du sport est régulièrement interpellé sur son éthique et sa déontologie. Deux rapports importants, l’un remis par Marie-George Buffet et Stéphane Diagana à la ministre Amélie Oudéa-Castéra, l’autre d’origine parlementaire, ont été publiés en décembre 2023, avec à la clé pas moins d’une centaine de préconisations pour améliorer le fonctionnement des instances sportives.

Plus de six mois après, aucune suite sur le plan législatif et réglementaire n’a été donnée, sinon la vague promesse, formulée par la ministre en décembre, d’un futur débat au Parlement sur une loi « Héritage des Jeux olympiques et paralympiques » comprenant un volet « gouvernance » .

Les nouvelles gouvernances des fédérations olympiques soumises à renouvellement fin 2024 et début 2025 le seront donc sur la base des règles d’élection en vigueur depuis la loi du 2 mars 2022 (parité progressive, nombre de mandats présidentiels limités à trois, vote des clubs pour 50 % minimum du corps électoral) sans aucun autre progrès démocratique pour les quatre ans à venir.

Sentiment de toute-puissance

La presse a pourtant évoqué à de nombreuses reprises ces dernières années la tourmente que traversent trois symboles du sport français à l’international : les fédérations de football, de rugby et de tennis. Les dysfonctionnements à répétition, les dérives dans la gouvernance de certaines fédérations sont le fruit d’une gestion erratique et défaillante de certains dirigeants installés bien souvent dans la durée dans un sentiment de toute-puissance, sans débats contradictoires ni réels contre-pouvoirs en interne.

La loi du 1er mars 2017 prévoit certes l’obligation de l’établissement de chartes et la création de comités d’éthique et de déontologie pour les fédérations. Le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) dispose par ailleurs de son propre comité, qui «veille au respect de l’éthique et de la déontologie du sport définies dans une charte établie par lui », selon l’article L. 141-3 du code du sport. Deux problèmes de taille se posent toutefois.

D’une part, selon l’article 16 des statuts du CNOSF, seule la présidence de ce dernierpeut saisir son comité d’éthique et de déontologie. D’autre part, sur la composition des comités des fédérations, le choix des membres relève pour l’essentiel de la compétence de leurs instances exécutives (décision du conseil d’administration sur proposition du président), au risque de désignations discutables, sans garanties d’impartialité ou d’indépendance.

La loi du 1er mars 2017 prévoit aussi une obligation déclarative de patrimoine et d’intérêts à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour six cents responsables publics du secteur sportif. Mais celle-ci est appliquée « laborieusement », souligne dans son rapport annuel le président de la HATVP, Didier Migaud.

Quelles sont donc les évolutions envisageables ? La création d’une autorité administrative indépendante chargée de la protection de l’éthique du sport est la recommandation principale du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les dysfonctionnements des fédérations sportives. Le comité Buffet-Diagana a proposé de son côté de transformer l’actuel comité de déontologie du CNOSF en un comité d’éthique du mouvement sportif français suprafédéral, chargé de superviser l’animation des comités d’éthique fédéraux et de s’y substituer en cas de carence, ainsi qu’une autorité administrative indépendante pour gérer la prévention et le traitement des violences sexuelles dans le milieu sportif.

Les deux rapports s’accordent à dire que le fonctionnement des comités d’éthique au CNOSF et dans les fédérations sportives n’est pas satisfaisant du fait de l’absence de garanties réelles d’indépendance. Sans remettre en cause leurs missions actuelles, on pourrait très bien envisager la création d’un comité d’éthique du sport suprafédéral avec à sa tête un déontologue du sport. Ce pourrait être l’un des héritages des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.

A l’instar de ce qui existe déjà à l’Assemblée nationale depuis le 6 avril 2011 et pour les élus locaux depuis le 21 février 2022, le déontologue du sport aurait un rôle de conseil (prévention des conflits d’intérêts, politiques de dons, avantages, invitations…) pour les dirigeants des organisations sportives, mais rendrait aussi des avis, sur saisine des acteurs du monde sportif, en cas de carence ou défaillance des comités d’éthique fédéraux et du CNOSF.

Libération
mercredi 7 août 2024 1023 mots, p. 1,10,11

MONDE

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6 août 2024 - Libération (site web)

BANGLADESH Le défi de la transition après la révolution

SÉBASTIEN FARCIS

MONDE

PAGES 10-11 Après des semaines de manifestations violemment réprimées et la démission lundi de la Première ministre, l'armée a promis un gouvernement «intérimaire», que le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus a accepté en principe de mener.

Samia Sharmin Biva a terminé ses études il y a deux ans. A priori, elle n'allait donc pas souffrir des nouveaux quotas universitaires imposés en juin par le gouvernement de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina, tant contestés par les étudiants. Mais tout a changé quand la police a commencé à réprimer violemment les protestations, en tirant sur la foule à balles réelles ou en caoutchouc. C'était le 18 juillet. La vie de cette jeune architecte de 27 ans a changé, comme celle de tout le Bangladesh, ce pays sud-asiatique d'environ 172 millions d'habitants. «A partir de ce jour, c'est toute la jeunesse qui est entrée en rébellion contre ce gouvernement fasciste», raconte-t-elle au téléphone d'une voix fluette mais déterminée, depuis la capitale Dacca. «Nous partions tous les jours manifester, et les policiers nous attaquaient, nous torturaient. Ils fouillaient nos téléphones pour effacer des vidéos et pénétraient de force chez nous. C'était un cauchemar et je ne pouvais plus dormir tellement j'avais peur», avoue celle qui est rapidement devenue coordinatrice du mouvement dans le quartier de Mirpur, à Dacca. «Mais c'était notre responsabilité de nous battre. Dans ma vie, j'ai eu peur pour moi ou mes amis, j'ai pleuré quand j'avais des problèmes de travail. Cette fois, je pleurais et me battais pour ma patrie. Et j'étais prête à mourir pour elle.» «C'EST UNE LIBÉRATION» L'histoire du Bangladesh est traversée de violences politiques régulières, et la répression s'est particulièrement accentuée ces dernières années, avec l'arrestation des principaux dirigeants de l'opposition à la veille des législatives, en janvier. Mais ces affrontements opposent généralement les deux principaux partis, la ligue Awami («laïque») et le Parti nationaliste bangladais (BNP, nationaliste et islamique). Mais ce mouvement étudiant, lui, est né en juin de manière apolitique. Or la Première ministre l'a réprimé avec la même violence aveugle : au moins 419 personnes ont été tuées depuis juin. Cela n'a fait qu'enflammer la colère des étudiants, qui n'ont eu alors plus qu'un objectif : la démission de Sheikh Hasina. La dame de fer du Bangladesh, qui venait de commencer en janvier un quatrième mandat consécutif, ne voulait toutefois pas céder à la pression populaire, et il a fallu que la foule menace sa résidence, et que sa famille la convainque, pour qu'elle accepte finalement d'abdiquer. Lundi, à la mi-journée, Sheikh Hasina a donc démissionné et fui en moins d'une heure en hélicoptère militaire vers New Delhi, en Inde, où elle se trouve actuellement. «C'est une libération, s'exclame la jeune Samia Sharmin Biva, des sanglots dans la voix. Depuis dix ans, nous ne pouvons plus parler librement de peur d'être arrêtés. Aujourd'hui, j'ai l'impression que le sang de nos frères n'a pas coulé en vain.» L'appareil sécuritaire, depuis, s'est écroulé : de nombreuses stations de police de Dacca ont été attaquées, certaines incendiées par une foule à la soif de revanche. Un syndicat de police a annoncé entrer en grève et a «demandé pardon» pour avoir tiré sur des étudiants, après avoir été «forcé à ouvrir le feu», assure-t-il dans un communiqué publié mardi. Des partisans du parti de la ligue Awami ont également été attaqués. La transition politique s'annonce maintenant délicate. En signe d'apaisement, le président bangladais a gracié la principale figure de l'opposition, dirigeante du BNP et ancienne Première ministre, Khaleda Zia. La septuagénaire à la santé fragile a été condamnée en 2018 à 17 ans de prison pour corruption, dans des poursuites politiques, selon son parti. Des centaines de personnes, dont un grand nombre de membres de ce parti, sont encore portées disparues après des arrestations arbitraires. Le chef de l'Etat a également dissous le Parlement, afin d'ouvrir la voie à de nouvelles élections législatives. Le chef de l'armée bangladaise, le général Waker-uz-Zaman, a annoncé lundi son intention de former un gouvernement intérimaire «prochainement». Dès mardi, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus (lire ci-contre), adulé par les manifestants et actuellement à l'étranger, a accepté la possibilité d'en prendre la tête, mais sans savoir si cela sera accepté par les militaires et autres partis. L'économiste octogénaire est réputé pour avoir déployé le microcrédit au Bangladesh.

NEUTRALITÉ «C'est une personne crédible sur le plan national et international, et neutre politiquement. Donc c'est une bonne option», estime Rumeen Farhana, députée du principal parti d'opposition du BNP dans la législature précédente. Une position personnelle, car sa formation ne s'était pas encore prononcée officiellement mardi. Cette neutralité est «importante pour ce gouvernement intérimaire, confie-t-elle à Libération, car «après plus de quinze ans de Sheikh Hasina au pouvoir, toute l'administration et même la commission des élections ont été complètement politisées en sa faveur, et il faudra la réformer avant de mener des élections».

A l'étranger, les violences de ces derniers jours ont effrayé, et de Washington à Bruxelles, en passant par New Delhi et Pékin, la plupart des partenaires économiques du Bangladesh ont appelé au calme, et à une «transition ordonnée et pacifique vers un gouvernement démocratiquement élu», selon les propos de Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l'Union européenne. En filigrane, beaucoup s'inquiètent de voir l'armée garder le pouvoir au Bangladesh, comme ce fut le cas entre 2007 et 2008, et comme cela l'est toujours chez son voisin birman. Mais cela est peu probable, selon le professeur bangladais en sciences politiques Mubashar Hasan, de l'université d'Oslo. A la différence de la Birmanie, «l'armée bangladaise dépend énormément des missions de maintien de la paix de l'ONU, qui sont très lucratives pour elle. Et aujourd'hui, l'ONU exerce une forte pression sur elle», pour qu'elle ne garde pas le pouvoir, explique le professeur.

L'économie bangladaise, de manière générale, dépend énormément de ces pays étrangers : 80 % de ses exportations et 10 % de son PIB proviennent de la vente de vêtements de prêt-à-porter, envoyés principalement vers les pays occidentaux.

«Aujourd'hui, j'ai l'impression que le sang de nos frères n'a pas coulé en vain.» Samia Sharmin Biva bangladaise de 27 ans

L'Humanité
mercredi 7 août 2024 416 mots, p. 8

Tim Walz, progressiste du Midwest

Axel Nodinot

Inconnu au-delà de la région des Grands Lacs, le sexagénaire s'est distingué dans son fief du Minnesota par des mesures sociales et sociétales ainsi que des luttes victorieuses contre les républicains.

En mars, Kamala Harris et Tim Walz visitent une clinique pratiquant des avortements dans le Minnesota. Ils sont loin de se douter qu'ils mèneront tous deux la campagne présidentielle. Le choix de la candidate démocrate couronne la carrière d'un homme attaché à ses terres et à l'humain. C'est au sein de la garde nationale que Timothy James Walz la débute, avant d'empocher un diplôme qui le mènera à l'éducation nationale.

Professeur de géographie, président de l'alliance des élèves homos et hétéros et coach de l'équipe de foot américain du lycée, il retient de son expérience que « les brutes n'ont aucune puissance », non sans viser les républicains tendance Maga (Make America Great Again, le slogan de Donald Trump en 2016). Il quitte son Nebraska natal pour suivre sa femme dans le Minnesota, et part même enseigner quelques mois dans le Guangdong, en Chine, après la répression des manifestations de Tian'anmen, en 1989.

Engagé au sein du Parti démocrate, il est élu en 2006 à la Chambre des représentants, où il restera douze ans. Il ne perdra pas une seule élection : Tim Walz quitte le Congrès pour le poste de gouverneur du Minnesota, qu'il conquiert en 2018 face à un Grand Old Party de plus en plus puissant. Le démocrate est presque autant apprécié en ruralité que dans les grandes villes telles que Minneapolis, qui a pour députée la socialiste Ilhan Omar.

Divisé, l'État du Midwest l'est encore plus l'année suivante, à la suite de l'assassinat de George Floyd par un policier blanc. La vague de colère est mondiale. Minneapolis s'embrase, et Walz est critiqué de toutes parts : d'abord inactif face aux violences, il y répond ensuite par l'envoi de la garde nationale.

Il demeure un fervent défenseur du droit à l'avortement, proche des syndicats, et prend de nombreuses mesures progressistes, ce qui lui vaut les foudres républicaines : gratuité des repas scolaires, légalisation du cannabis pour les plus de 21 ans, augmentation des congés maladie ou paren- taux, contrôle accru des armes à feu, etc. À l'international, le néo-sexagénaire appelle à un cessez-le-feu à Gaza et soutient les jeunes qui le réclament et menacent de punir Joe Biden : « Ils demandent un changement de cap. » Après avoir permis au Minnesota de rester démocrate, le pari Walz fonctionnera-t-il pour Kamala Harris au niveau national ? 

La Croix, no. 42990
Éco&Transition, mercredi 7 août 2024 883 mots, p. 9
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5 août 2024 - La Croix (site web)

La crise de l’eau alimente le marché noir en Sicile

Julie Déléant

En Sicile, habitants comme restaurateurs sont parfois contraints de faire appel à des transporteurs privés pour se fournir en eau.

En cause, une sécheresse historique, mais surtout une gestion calamiteuse de la ressource depuis plusieurs décennies.

Palerme (Sicile)

Correspondance particulière

Sur la nationale 115 (dite la Sud-Occidentale), qui traverse les provinces de Trapani et d’Agrigente, en Sicile, les camions-citernes remplis d’eau défilent. Dans ce territoire qui s’étend de l’ouest au sud de l’île, de nombreuses habitations ne sont pas raccordées au réseau communal, qui, de toute façon, n’assure qu’une couverture partielle des besoins. « Ces temps-ci, l’eau n’arrive qu’une fois tous les quatre jours »,témoigne une habitante de Sciacca, ville de la côte sud. Aux besoins des 41 000 âmes qui y vivent à l’année s’ajoutent, durant l’été, ceux des visiteurs de passage, qui prennent leurs quartiers dans les résidences secondaires parsemant le littoral. Pour répondre à la demande exponentielle, l’approvisionnement complémentaire s’effectue auprès d’opérateurs privés, qui transportent le précieux liquide dans des camions-citernes. Des entreprises qui ne sont pas toujours dans la légalité. Dans la région, un marché noir de l’eau s’est développé depuis plusieurs décennies.

Dans la province d’Agrigente, qui compte quelque 500 000 habitants à l’année, une vingtaine de conducteurs sont agrémentés par l’AICA, l’agence de régulation du transport de l’eau. « Mais compte tenu de la demande, c’est très peu,observe Pietro Mazzarella, un inspecteur de l’Agence sanitaire provinciale (ASP), chargée de contrôler la qualité de l’eau. Alors il y a d’autres transporteurs qui en profitent, quitte à faire courir des risques à la santé de ceux qui achètent. »

Fin juillet, après l’arrestation d’un conducteur de camion-citerne alors qu’il fournissait de l’eau à une entreprise à Port-Empédocle, les contrôles de l’ASP ont relevé un taux élevé de bactéries coliformes (issues d’une contamination par les eaux usées, NDLR) dans l’eau, représentant « un risque grave pour la santé publique », précise le corps des carabiniers de la province d’Agrigente.

L’eau a pu être contaminée durant le transport ou dès son prélèvement. En effet, les sources étant quasiment toutes à sec, c’est majoritairement dans les puits privés, presque tous non réglementés, que se fournissent les transporteurs, avant de revendre l’eau aux particuliers ou aux restaurateurs. Un décret administratif, en place depuis 2006, est censé réglementer leur construction, mais il est en réalité peu respecté. Quelques jours après sa remise en liberté, le même conducteur de camion-citerne était de nouveau arrêté, pour… le même délit. Cette affaire n’est pas un cas isolé : au début de l’été, à Sciacca, commune de la côte sud de la Sicile, un chauffeur écopait d’une amende de 16 000 € après avoir détourné l’eau d’un ruisseau. Si la police se félicite d’avoir depuis le début de la saison estivale « placé quatre personnes en garde à vue », saisi autant de camions-citernes et infligé « 14 sanctions administratives », en réalité ni ses inspecteurs, ni ceux de l’ASP, ni l’AICA ne sont en mesure de chiffrer le phénomène . « Nous n’avons une idée de l’ampleur de la situation que par les délits avérés. Tant que les communes ne mettront pas en place des contrôles sérieux et sur la durée, nous ne pourrons rien faire », déplore un cadre du génie civil de Trapani.

Au début du mois de juillet, le ministère des infrastructures s’est bien résolu à débloquer 1,6 milliard d’euros pour la rénovation des infrastructures hydrauliques et l’amélioration de la gestion de la ressource, vivement critiquée sur l’île. Mais, selon des experts, il faudra des mois, voire des années, pour les remettre sur pied. Or la Sicile, frappée par une sécheresse extrême, vit désormais à l’année au rythme des restrictions d’eau. En alerte dès le mois de janvier, elle est passée à l’état de catastrophe naturelle le mois suivant. « Si les gens ont désespérément besoin d’eau, ils doivent s’en procurer. Et si ce marché parallèle existe, c’est avant tout parce que l’eau ne leur est pas distribuée… », observe la députée (M5S) Ida Carmina.

À Erice, Rosalia (le prénom a été changé) tient un hôtel de quelques chambres. Ici l’eau ne manque pas, « enfin pas encore, on croise les doigts ». Rosalia raconte qu’elle a tenté, avant de finalement renoncer, d’ouvrir un autre établissement à Trapani. « Comme il n’était pas raccordé au réseau, on aurait dû payer en attendant 6 000 € d’eau par mois aux transporteurs privés », explique-t-elle.

Si certains de ces transporteurs privés n’hésitent pas à tirer profit de l’urgence, d’autres s’alignent sur les tarifs réglementaires. « 500 litres ou 10 000, c’est toujours 60 €. C’est le déplacement qui est facturé, pas la quantité d’eau », annonce l’un d’eux, contacté par téléphone. « Dis-leur quand même qu’elle ne l’est pas… », potable, le reprendra sa compagne quelques secondes avant qu’il ne raccroche…

La Croix, no. 42990
Monde, mercredi 7 août 2024 1025 mots, p. 6,7,7,7
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5 août 2024 - La Croix (site web)

Les personnes albinos toujours persécutées en Tanzanie

Élodie Goulesque

En un mois,

deux personnes atteintes d’albinisme ont été attaquées en Tanzanie, dont une fillette de 2 ans, kidnappée

et assassinée.

Malgré les bonnes intentions du gouvernement, les Tanzaniens souffrant de cette maladie rare sont encore en danger dans le pays.

Singida (Tanzanie)

De notre correspondante

De la poussière et des rochers à perte de vue sur près de 250 kilomètres. C’est la distance qui sépare la capitale de la Tanzanie, Dodoma, de la ville de Singida, dans le centre du pays. Loin des bâtiments officiels, au bout d’un chemin de terre parcouru ici et là par des poules et leur progéniture, se trouve la petite échoppe de Zaituni Hamisi, 34 ans, atteinte d’albinisme. « Auparavant, je vendais des fruits et je devais porter de lourds paniers, mais j’ai commencé à monter mon entreprise en 2023 et j’ai ouvert en février de cette année », explique-t-elle, son petit garçon de 13 mois dans les bras, lui aussi atteint de la maladie.

Soutenue financièrement par un « mzungu », un étranger, sa boutique tourne bien. Mais derrière ce semblant de vie normale, Zaituni est inquiète : « La situation sécuritaire n’est pas bonne ici. À l’avenir, j’aimerais vivre avec mes quatre enfants(tous atteints d’albinisme, NDLR) dans un endroit sûr. Deux sont en internat et je ne sais pas quelle est la situation là-bas. » Récemment, le nombre d’attaques de personnes atteintes d’albinisme a augmenté en Tanzanie. Certaines croyances locales affirment qu’en apportant une partie du corps d’un albinos à un sorcier, cela peut aider à résoudre toutes sortes de problèmes, notamment financiers ou familiaux.

Après l’assassinat brutal en mai d’Asimwe Novath, une fillette de 2 ans dont le corps a été retrouvé en partie amputé, le gouvernement tanzanien a réagi au plus haut niveau. Lors de l’une de ses interventions, la présidente du pays, Samia Suluhu Hassan, a demandé une minute de silence en hommage à Asimwe. Dans la foulée, le bureau du premier ministre a annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre les violences liées à l’albinisme ainsi qu’une réunion des commissaires régionaux pour mieux protéger ces populations.

Des actions insuffisantes, selon Amalia Gamio, experte indépendante au Comité des droits des personnes atteintes de handicap aux Nations unies : « Les cas augmentent en Tanzanie, ça ne peut pas continuer comme ça. Le système judiciaire devrait être très strict et les sanctions très sévères. Il faut aussi qu’il y ait une campagne de sensibilisation sur le long terme et plus d’éducation sur le sujet, c’est la clé »,détaille-t-elle, scandalisée.

Interrogé par La Croix, le ministre délégué à la jeunesse, au travail et aux personnes atteintes de handicap, Patrobas Katambi, affirme que la lutte contre les violences faites aux personnes atteintes d’albinisme est une « priorité» du gouvernement. Interrogé sur la recrudescence des attaques, il tient à relativiser : « Ces violences n’ont presque pas eu lieu ces cinq ou six dernières années même s’il y a eu deux cas récemment, mais cela reste moins que par le passé. »

Certaines associations affirment pourtant que beaucoup de femmes atteintes d’albinisme disparaissent ces derniers temps. Promises à un mariage ou à des emplois domestiques, elles quittent le foyer et leurs familles ne les revoient plus jamais.

Selon Salehe Alex Bukanu, responsable de programmes à la Société tanzanienne d’albinisme (TAS), une association créée et gérée par des Tanzaniens atteints de la maladie, « la situation s’arrange, mais il reste des défis ».Pour cet homme de 33 ans, unique enfant d’une fratrie de 16 à être atteint d’albinisme, les actions du gouvernement comptent, mais il doit aussi y avoir une prise de conscience dans la société. De nombreuses agressions sont perpétrées par des proches des victimes, qui voient l’albinisme comme un mauvais sort. Il reste tout de même prudent après les deux attaques récentes : « Ces événements peuvent soit encourager le gouvernement à mettre en place des actions afin de mettre fin à ces violences, soit inciter certains à commettre ce genre de crimes.»

L’approche des élections locales cette année et présidentielle l’an prochain figure parmi les causes potentielles du retour de ces attaques. Il y a quelques semaines, la députée atteinte d’albinisme Khadija Shaaban a mis en garde : « Pendant que je vous parle, il y a des personnes atteintes d’albinisme qui ne sont pas en paix, qui sont anxieuses et qui pensent qu’avec l’arrivée des élections, leurs vies sont en danger »,a-t-elle prévenu au Parlement.

Les politiciens ou riches hommes d’affaires sont parfois accusés d’être les commanditaires de ces attaques à des fins de gains économique ou politique. Lors des élections de 2015, le vice-ministre de l’intérieur, Pereira Silima, avait même mis en garde ses collègues au Parlement en affirmant qu’aucun siège ne serait gagné grâce au trafic des parties de corps de personnes atteintes d’albinisme.

La ville de Singida compte une autre commerçante atteinte d’albinisme. Elle aussi se prénomme Zaituni. Derrière son comptoir, elle s’affaire au milieu des paquets de pâtes, bouteilles de lait de coco et autres haricots rouges. « Avant, quand je vendais des tissus dans le village, les gens disaient que ça n’était pas de bonne qualité parce que c’était vendu par une albinos.»

Aujourd’hui, sa boutique fonctionne bien. Sa voisine, Veronica, qui cuisine de l’ ugali,un plat traditionnel tanzanien dans une casserole à même le sol, affirme que Zaituni est « une personne normale, comme n’importe qui d’autre ».

Mais à l’évocation des dernières attaques, Zaituni est inquiète : « La situation n’est pas bonne. Les dirigeants devraient faire tout leur possible pour arrêter ce désastre. Nous ne voulons pas être tués. » Avec une personne sur 1 400 atteinte d’albinisme dans le pays, contre environ une sur 15 000 en moyenne en Afrique, la Tanzanie est le pays ayant la plus grande communauté d’albinos. Selon les Nations unies, près de 80 personnes atteintes de la maladie ont été tuées dans le pays entre 2000 et 2015.

Le Figaro, no. 24869
Le Figaro, mercredi 7 août 2024 864 mots, p. 9

Société

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6 août 2024 - Le Figaro (site web)

Vers la pire récolte de blé depuis plus de quarante ans en France

Inondations, manque d'ensoleillement, maladies... Les moissons ont été catastrophiques pour les paysans, qui lancent un appel à l'aide à l'État.

de La Chesnais, Éric

Ces derniers mois, les précipitations abondantes au nord de la Loire, le manque d'ensoleillement et les orages violents ont fortement altéré les rendements du blé, la céréale la plus produite en France. «Les semis ont reculé de 11% l'automne dernier, car les tracteurs n'ont pas pu accéder à certains champs, gorgés d'eau. Pendant tout le cycle de production du blé, les conditions météorologiques très humides ont été défavorables, jusqu'à la moisson, retardée par de nombreux orages» , note Arthur Portier, consultant chez Argus Media et lui-même agriculteur dans l'Oise et en Seine-et-Marne.

«Contrairement aux années précédentes, il n'y a pas eu de périodes plus favorables pendant la période de croissance du blé pour compenser les mauvais semis, complète Stéphane Jézéquel, directeur scientifique chez Arvalis, l'institut technique agricole des céréales. Ces conditions météorologiques défavorables ont favorisé la pousse des mauvaises herbes et la propagation des maladies, comme la fusariose. C'est la plus grosse crise sanitaire qu'on ait jamais connue et cela a également pesé sur les rendements et la qualité du blé.» À quelques exceptions près, cette situation s'est vérifiée dans l'ensemble du pays, avec des pertes allant jusqu'à 50 % dans certaines zones.

Résultat, alors que le ministère de l'Agriculture doit publier des statistiques officielles ce vendredi sur la moisson 2024, la France devrait engranger la plus faible récolte de blé depuis au moins huit ans (28,68 millions de tonnes en 2016), voire la pire depuis plus de quarante ans. «D'après nos estimations, nous tablons sur une récolte autour des 26millions de tonnes, soit la plus faible depuis les années 1980, prévient Arthur Portier. Cela mérite d'être affiné. Seuls les deux tiers des moissons ont été effectuées fin juillet(les statistiques sont communiquées tous les vendredis, NDLR) , contre plus des trois quarts à la même époque en 2023.» Des performances loin des volumes habituels. «Pour le blé tendre, on est habituellement autour de 36millions de tonnes, certains évoquent 26millions de tonnes au plus bas pour cette année, c'est une baisse colossale», déplore Éric Thirouin, président de l'Association générale des producteurs de blé (AGPB).

Une telle situation risque d'affecter un peu plus encore la situation financière des agriculteurs français, déjà fragilisée par l'augmentation des charges (engrais, produits phytosanitaires...). «À titre personnel, mon rendement de blé a chuté de 30% pour tomber à 25 quintaux par hectare cette année, se désole Luc Smessaert, céréalier éleveur laitier dans l'Oise, vice-président de la FNSEA. Sur 100hectares, je vais perdre 50000euros. C'est une grosse partie de revenus en moins, alors que les charges ont augmenté de 20% depuis 2016. Heureusement, les prix du lait sont restés stables autour de 440euros la tonne...»

« D'habitude, la moisson est une fête. Cette année, c'est un cauchemar, et certains vont avoir du mal à trouver le sommeil, car cela va affecter sérieusement leur trésorerie», poursuit le responsable syndical chargé du mal-être des agriculteurs. D'autant que, ailleurs dans le monde, les récoltes sont plutôt bonnes, notamment aux États-Unis, où la Bourse de Chicago reste la référence des cours internationaux. Avec une offre qui ne tarit pas, les prix sont stables, voire en légère baisse, à 216,25 euros la tonne ce mardi (-1,70 % par rapport à la veille). «C'est la triple peine pour les paysans français. D'habitude, lorsque les quantités produites diminuent, les prix augmentent, mais ce n'est pas le cas cette année, commente Stéphane Jézéquel. Dans le même temps, les charges sont en hausse. C'est une très mauvaise année pour les céréales, première activité agricole en France.»

Le président du syndicat agricole majoritaire, Arnaud Rousseau, s'est déplacé dans une ferme de l'Oise ce lundi pour apporter son soutien aux céréaliers. Étaient également présents le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand - dont le nom circule comme premier ministre potentiel - et l'un de ses proches, le député LR de l'Aisne, Julien Dive - qui pourrait être ministre de l'Agriculture d'un tel gouvernement.

Face à ce contexte dramatique, les paysans lancent un appel à l'aide au gouvernement. Conscient de la gravité de la situation, le ministre de l'Agriculture, bien qu'appartenant à un gouvernement démissionnaire qui ne traite que les affaires courantes, s'est déplacé fin juillet dans une ferme de la Beauce en Eure-et-Loir. «Nous sommes prêts à activer des dispositifs d'aides exceptionnelles si les moissons se révèlent vraiment mauvaises» , assurait Marc Fesneau. Parmi les pistes défendues par l'AGPB et examinées par le ministre pour alléger la trésorerie des paysans figurent la mobilisation de l'assurance récolte, le dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB) et enfin le report des annuités de prêt et des cotisations de l'organisme qui gère la Sécurité sociale des agriculteurs, la MSA. Le ministre est en outre en discussion avec Bruxelles pour l'activation de la réserve financière dite « de crise agricole ». Arnaud Rousseau lui a donné «rendez-vous ce jeudi» , en lui demandant de ne pas venir «les mains vides». Les agriculteurs français attendent en effet des réponses rapides à une situation catastrophique. É. D.

Le Figaro, no. 24869
Le Figaro, mercredi 7 août 2024 883 mots, p. 4

Politique

Les Républicains accueillent froidement le « pacte d'action » des macronistes

Beker, Thomas, Conruyt, Claire

C'était l'une des toutes premières balises posées par Laurent Wauquiez en juillet dernier, tandis qu'il prenait la tête du groupe Droite républicaine (ex-Les Républicains) à l'Assemblée. Après une campagne des législatives de tous les dangers pour LR, le fraîchement redevenu député de Haute-Loire a présenté le «pacte législatif d'urgence» de son camp. Une douzaine de textes jugés prioritaires pour «débloquer la France dans les 100jours», et conçus en étroite coopération avec le Sénat. Ces propositions visent avant tout à «revaloriser la France qui travaille», en appuyant une idée de longue date des LR : rapprocher le salaire net du brut en élargissant les exonérations de charges sociales. Sur le volet sécuritaire, les LR proposent des prisons différenciées spécialement dédiées aux mineurs afin de «réhabiliter la sanction». Sur l'immigration, le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, a émis un objectif très clair : soumettre à nouveau la loi votée en décembre dernier, largement censurée par le Conseil constitutionnel. Des textes sur l'école, les transports et les déserts médicaux sont également au programme.

Politiquement, ce pacte législatif a aussi été un moyen pour la droite de mettre le camp présidentiel sous pression, après la double déroute électorale du bloc central dans les urnes : d'abord aux européennes, puis aux législatives anticipées, dont le Nouveau Front populaire (NFP) est sorti en tête. «Nous ne proposons pas une coalition gouvernementale, a soutenu Laurent Wauquiez. Mais si un exécutif s'empare de ce pacte législatif, la Droite républicaine soutiendra et votera ces lois.» Au bord du précipice après l'annonce, par Éric Ciotti, d'une « alliance avec le Rassemblement national » , les LR comptent bien désormais parler d'une seule et même voix. «Nous sommes parfaitement unis sur la même ligne», a rappelé Bruno Retailleau, se félicitant par ailleurs que ce « pacte législatif » s'appuie en grande partie sur la majorité sénatoriale.

Un projet salué dès le lendemain par Emmanuel Macron, qui a jugé, au micro de France Télévisions et Radio France, que cela allait «dans la bonne direction». Il n'en fallait pas plus pour que ses députés saisissent la balle au bond et présentent, une semaine plus tard, un «pacte d'action» ,porté par le premier ministre démissionnaire Gabriel Attal, en sa qualité de nouveau président du groupe Ensemble pour la République . Le document, de cinq pages, se veut une main tendue aux autres groupes de l'Assemblée, pour poser les bases d'une éventuelle coalition. Dans ce feuillet rédigé à la hâte par les troupes macronistes, les appels du pied aux Républicains se multiplient. Pêle-mêle : simplification des normes pour les entreprises ; stabilité fiscale ; lutte contre la délinquance des mineurs ; « plan laïcité » à l'école ; renforcement des services publics contre la « fracture territoriale ».

Un vocabulaire librement inspiré du discours des chefs de file de la droite parlementaire, mais que Les Républicains assimilent à un «catalogue de bonnes intentions». «Même s'il y a d'évidentes et d'opportunes convergences avec nos propositions», commente un cadre « DR ». «Au fond, ce « pacte d'action » est un « pacte de non-agression ». Gabriel Attal a compris que face à un important groupe RN-Ciotti, et face à un NFP très fort, il était impossible d'avancer si les forces centrales - c'est-à-dire sans le RN ni le NFP - ne s'organisent pas.» À ceci près, préfère-t-on rappeler du côté de Laurent Wauquiez, qu'il faut «apprendre à compter» : «Le bloc central, à l'Assemblée nationale, ça ne fait pas une majorité.»

Dès lors, si «la démarche » se veut une « réponse»à la droite , «alors elle n'a pas de sens». «Notre pacte législatif n'est pas l'ébauche d'une plateforme programmatique que l'on peut ensuite négocier, ni un premier pas vers une forme de coalition. Nous l'avons dit dès le début», rétorque un proche de Laurent Wauquiez, assurant que le présidentiable de la droite ne s'est pas entretenu avec le premier ministre démissionnaire depuis le dévoilement de son «pacte d'action».

«On a le sentiment qu'ils ont repris leur programme de 2022 pour en faire un enrobé. Mais il n'y a aucune réponse en matière de sérieux budgétaire ni de réponses à la question migratoire», tance l'eurodéputé LR François-Xavier Bellamy. « Ce pacte d'action dessine en creux les échecs passés, tranche à son tour Annie Genevard, secrétaire générale des LR. Pendant sept ans, nous avons vu la contradiction entre les mots et les actes. » Un cadre du parti renchérit : «Il y a toujours l'espoir, chez les macronistes, que ça puisse parler à une partie de notre groupe qui voudrait une coalition...» Mais même de ce côté, l'enthousiasme n'est pas au beau fixe. «Avec son pacte législatif, c'est la droite qui a tiré en premier. Là, les propositions d'Attal qui en sont à peine - rien ne me fait sauter au plafond -, ça fait un peu à la remorque», commente l'un de ces parlementaires régulièrement qualifiés de «Macron-compatibles». «On est sur un discours de la méthode, il y a un peu de travail à faire et des différences culturelles notables : le sujet de l'immigration, par exemple, est clairement moins prioritaire pour la majorité présidentielle », avance à son tour Philippe Juvin (Hauts-de-Seine). Signe que, loin de la grande « clarification » voulue par Emmanuel Macron, sa dissolution ratée pourrait paralyser l'Assemblée. Temporairement, si la droite et le bloc central parviennent à s'entendre. Ou plus durablement, si chacun reste campé de son côté. T.B. ET

Le Monde
mercredi 7 août 2024 577 mots, p. 24
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6 août 2024 - Le Monde (site web)

Au Royaume-Uni, l’influence sous-évaluée de l’extrême droite

Attaques et incendies contre des mosquées et des bâtiments hébergeant des demandeurs d’asile, affrontements avec la police et des militants antiracistes : l’Angleterre et l’Irlande du Nord sont secouées depuis une semaine par des émeutes d’extrême droite prenant pour cible les immigrés. Odieuse, cette flambée de violence nationaliste, antimusulmane et xénophobe, ponctuée de slogans tels que « Mettez-les dehors ! », « Nous voulons récupérer notre pays », et « Anglais jusqu’à la mort ! », a débuté au lendemain de l’attaque au couteau qui a coûté la vie, lundi 29 juillet, à trois fillettes dans un club de danse de Southport (nord-ouest de l’Angleterre).

Pour contrer la fausse information largement diffusée sur les réseaux sociaux, selon laquelle l’auteur de ces meurtres, âgé de 17 ans, était un migrant musulman ayant traversé la Manche en fraude, la justice a autorisé la publication de sa véritable identité : Axel Rudakubana est né à Cardiff de parents rwandais, sans lien apparent avec l’islam. Un mois après son arrivée au pouvoir après quatorze années d’opposition, le gouvernement travailliste du premier ministre, Keir Starmer, est confronté à une crise d’une violence et d’une teneur inédites qui réunit trois ingrédients politiques des plus explosifs : l’insécurité, l’immigration et l’extrême droite.

Face à la multiplication des violences de rue dans de nombreuses villes, de Londres à Liverpool en passant par Leeds, Bristol et Rotherham, M. Starmer multiplie les déclarations vigoureuses, qualifiant de « voyous »les auteurs de violences et se félicitant des quelque quatre cents interpellations. Mais sa réputation de fermeté liée à son passé de chef du parquet ayant requis contre les auteurs des émeutes de 2011 ne le met pas à l’abri des critiques de l’opposition conservatrice, qui juge sa réaction tardive et lui reproche d’avoir abandonné son projet d’expulsion systématique vers le Rwanda des demandeurs d’asile.

M. Starmer, parvenu au pouvoir davantage par usure des conservateurs que porté par une vague d’enthousiasme, fait face à l’émergence hyperviolente dans les rues d’une nébuleuse d’extrême droite. Certes, celle-ci n’est pas nouvelle – le National Front, dans les années 1970, et le British National Party, dans les années 2000, ont connu des moments de relative popularité –, mais elle reste extérieure au débat parlementaire du fait du système électoral à un tour, qui lamine les minorités.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux semblent avoir permis à l’English Defence League, qui, depuis 2009, multiplie les provocations antimusulmanes, d’inspirer, sinon d’organiser, le mouvement. Avec le soutien implicite du parti xénophobe Reform UK, qui a obtenu 14 % des voix aux élections du 4 juillet. Son chef, Nigel Farage, promoteur du Brexit, nouvellement élu député, souffle sur les braises en insinuant que la police a menti sur le drame de Southport.

Les émeutes en cours soulèvent douloureusement la question de l’influence de l’extrême droite au Royaume-Uni, sous-évaluée, dans un pays qui aime rappeler ses traditions de modération politique et son passé de résistance au nazisme. En réalité, la mouvance raciste et antimusulmane y est active, prospérant avec d’autant plus de virulence que les conservateurs, au pouvoir jusqu’en juin, ont eux-mêmes joué avec le feu en usant du registre xénophobe. Les défis sont immenses pour Keir Starmer : il doit faire cesser les violences, mais aussi concevoir la politique humaine et maîtrisée d’immigration que ses prédécesseurs ont échoué à mettre au point.

Libération
mercredi 7 août 2024 588 mots, p. 3

Autre

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6 août 2024 - Libération (site web)

Comment le RN s'est disqualifié

MAXIME MACÉ; PIERRE PLOTTU

Autre

L'extrême droite aurait pu surfer sur le patriotisme et la liesse populaire. Mais en critiquant abondamment les Jeux jusqu'à leur cérémonie d'ouverture, le parti a loupé le coche, et se fait désormais discret.

De défaite en défaite jusqu'à la victoire, dit un vieux slogan prisé de l'extrême droite. Une méthode Coué bien pratique pour digérer les couleuvres que ne cessent d'avaler depuis une semaine les autoproclamés «patriotes» qui promettaient à la France des Jeux olympiques de Paris catastrophiques. Et qui se retrouvent bien embêtés face à la ferveur populaire d'une ampleur inattendue autour de cet événement. Alors les têtes d'affiche du Rassemblement national et les influenceurs de sa marge radicale ont changé de méthode : de leur poste d'attaque, ils sont passés à celui de la récupération.

Bide. La chanteuse Aya Nakamura qui chante lors de la cérémonie d'ouverture ? Une «humiliation du peuple français», tonnait Marine Le Pen en début d'année, quand ses troupes n'avaient pas de mots assez durs pour tancer la «vulgarité» de l'artiste. Raté : la prestation de la chanteuse, accompagnée des musiciens de la garde républicaine visiblement ravis, a fait un carton et son interprétation de ses titres phares (Pookie et Djadja) aux paroles savamment mêlées à celle du For me, formidable d'Aznavour, saluée.

Autre exemple quand, sur TF1, quatre jours avant la cérémonie d'ouverture, le député et porte-parole du RN Laurent Jacobelli se disait «inquiet» d'«avoir des Jeux olympiques sans public». «On va avoir des JO hors sol», affirmait-il. Quelle vista. Et cela sans parler du bide de la polémique téléphonée qu'ont tenté de lancer les figures de la droite de la droite alors que la cérémonie d'ouverture n'était même pas terminée… Marion Maréchal, Philippe de Villiers ou l'influenceur identitaire Damien Rieu ont eu beau hurler au «wokisme», les Français et le monde ont surtout retenu un show qui fera date. Quand ça ne veut pas… Comme c'est rageant pour le parti à la flamme tricolore de voir lui échapper l'ambiance cocardière et les drapeaux bleu blanc rouge qui fleurissent aux balcons sur fond de pluie de médailles dans des décors mettant le patrimoine français à l'honneur. Au RN, on fait donc table rase du passé. Et on se tait. Le si médiatique Jordan Bardella a déserté les plateaux, Marine Le Pen garde le silence. Les autres restent en vacances. Ils profitent seulement de leurs réseaux sociaux pour glisser quelques «cartes postales» et relayer les victoires d'athlètes… dont certains, il y a quelques semaines, se sont mobilisés contre eux lors des législatives. Et lorsque certains ont commencé à espérer à la vue des fleurs de lys – symbole prisé des royalistes par exemple – affichées sur X (ex-Twitter) par la nouvelle idole des bassins, Léon Marchand, ils ont vite déchanté : une simple référence à sa ville, Toulouse, selon RMC. Des internautes ont par ailleurs vite retrouvé qu'il avait «liké» sur Instagram la tribune contre l'extrême droite publiée mi-juin par Squeezie, le youtubeur aux millions d'abonnés. Caramba… Acharnés. Il n'y a guère que les acharnés pour tenter ce travail de récupération. A l'image de Damien Rieu qui, entre deux tweets glorifiant les émeutes racistes qui secouent le Royaume-Uni, tente de nouveaux angles d'attaque. Le dernier en date, lundi, est un modèle du genre : «Les Parisiens sont en train de vivre dans une municipalité “d'extrême droite” sans le savoir : fin des vendeurs à la sauvette, sécurité, absence de hordes de migrants…» a tenté cet agitateur passé par le groupuscule dissous (pour son racisme) Génération identitaire, le RN puis Reconquête. Il fallait oser.

Libération
mercredi 7 août 2024 751 mots, p. 16

EXPRESSO

Tim Walz, un débonnairede campagne pour Harris

PHILIPPE COSTE

EXPRESSO

Désigné mardi, le gouverneur du Minnesota apporte son expérience d'élu local, un fort ancrage à gauche et une caution de bon sens rural bienvenue pour le camp démocrate.

B ien des élus démocrates ont glané l'attention des médias en traitant Donald Trump de fou furieux, d'abruti, de dictateur, de putschiste ou de danger pour la démocratie. Tim Walz, gouverneur de l'Etat du Minnesota, ancien prof de géographie au bagout de maquignon et aux galons de réserviste de la Garde nationale, vient de gagner, mardi, le statut de colistier de Kamala Harris, et peut-être un avenir de vice-président le 5 novembre, en décrivant le candidat populiste et son adjoint J.

D. Vance, ainsi que leurs ambitions idéologiques, comme «bizarres» lors d'une interview sur MSNBC. En retournant à l'envoyeur l'idée d'une normalité brandie par les conservateurs contre la prétendue hégémonie des «wokes», en rappelant que son Midwest, facilement décrit comme le fief des conservateurs, peut aussi se targuer de valeurs progressistes et solidaires, il bouleverse les clichés politiques.

Bon-papa. Le gouverneur en poste depuis 2018 à Saint Paul, la capitale du Minnesota, après douze années d'élu, au Congrès, de l'une des circonscriptions les plus conservatrices de son Etat, offre à Kamala Harris la caution du bon sens rural et une ligne directe vers l'électorat blanc de l'intérieur du pays, le monde des cols-bleus et des chemises à carreaux, en marge de la culture réputée et éduquée du Parti démocrate. Bien sûr, sa sortie sur la «bizarrerie» de l'adversaire, reprise en boucle sur les réseaux sociaux, n'a été qu'un atout de plus pour un candidat pressenti depuis le retrait de Joe Biden de la course le 21 juillet. Jusqu'à la dernière minute, Kamala Harris considérait encore le rival Josh Shapiro, gouverneur de Pennsylvanie, un Etat pivot indispensable à la victoire. Elle s'inquiétait DU néanmoins de la réception, par la gauche et les jeunes, du soutien de ce Juif pratiquant à l'offensive israélienne sur Gaza, et de son image dégradée auprès des syndicats après des bisbilles avec les organisations d'enseignants et de fonctionnaires. Walz, un sexagénaire aux sourcils blancs broussailleux JOUR de bon-papa des campagnes, crâne dégarni et silhouette grassouillette dans les teeshirts informes qu'il affectionne, tranche avec les finasseries de Washington. Son manque de notoriété nationale accentue l'attrait de la nouveauté pour l'électorat et désarçonne les adversaires, comme son bilan politique à la fois terre à terre et progressiste qui contrebalancera la modération stratégique de Harris. Né dans le Nebraska, Walz s'est engagé à 17 ans comme artilleur dans la Garde nationale, avant d'entamer des études dans une fac d'Etat. Il rencontre sa femme durant son premier emploi de prof, avant de déménager en 1996 avec elle vers la même high school de Mankato, une ville proche de Minneapolis.

Le prof adoré pour ses cours passionnés, et surtout pour avoir, en tant qu'entraîneur de football, propulsé l'équipe du lycée au premier rang de l'Etat, n'a connu sa révélation politique qu'en 2004, quand il lui a fallu défendre la cause d'élèves exclus d'un meeting du candidat républicain George Bush parce que certains portaient des écussons du rival démocrate John Kerry. Ce rejet l'avait choqué et conduit à s'initier à la politique, au moment où les démocrates cherchaient des candidats au Congrès dotés d'antécédents militaires.

«Refuge». Elu en 2006 dans une circonscription rurale du sud du Minnesota, le député débonnaire et pragmatique a vu monter la mouvance populiste et antiétatiste. Gouverneur depuis 2018, il a obtenu des compromis budgétaires avec les républicains. Membre de la National Rifle Association, il a heurté le lobby quand il a promu des restrictions au port d'arme à feu. Dès la victoire des démocrates dans les deux Chambres législatives, il a troqué le folklore terrien pour un programme résolument de gauche. Walz a érigé son Etat en «refuge» pour les personnes transgenres, a obtenu de l'Assemblée la protection du droit à l'avortement au moment où l'IVG était battu en brèche dans 16 Etats et a poussé au renforcement de l'Etat-providence local, en imposant les cantines gratuites pour tous les élèves et en garantissant les congés maternité et les assurances santé des plus démunis. Son gouvernement s'est également illustré par le rétablissement du droit de vote pour les anciens détenus, la légalisation de la marijuana et par une politique environnementale qui lui a valu des conflits avec les industriels. Walz, le chantre des valeurs de gauche du Midwest, doit maintenant prouver qu'il peut endosser un costume d'espoir national.

Le Figaro, no. 24868
Le Figaro, mardi 6 août 2024 1090 mots, p. 2

Politique

Bertrand, un LR en campagne pour Matignon

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Peu à peu, l'idée s'est transformée en ritournelle. Xavier Bertrand, premier ministre ? Le président des Républicains (LR) de la région Hauts-de-France lorgne Matignon et sait bien qu'il peut compter sur quelques fidèles pour le draper des habits de chef de gouvernement. À l'instar du premier de ses amis, l'ex-député Bernard Deflesselles, secrétaire général de son microparti Nous France. «Xavier est en pleine forme, il travaille énormément la question, il consulte et surtout, il est consulté. Il se prépare à Matignon avec beaucoup de détermination, convaincu que l'on ne peut pas laisser la France partir à vau-l'eau. Il n'y a pas cinquante solutions.» Au lendemain des législatives, la rumeur d'une offensive parlementaire bertrandiste a même circulé en coulisses entre l'Assemblée nationale et le Sénat. Ce que le principal intéressé a lui-même entretenu, en proposant un « gouvernement d'urgence nationale » en prime time sur France 2. Comme si, dans le chaos politique d'une majorité introuvable, l'option « XB » méritait d'être alimentée comme l'on bat le fer tant qu'il est chaud. L'hypothèse fait toutefois grincer quelques dents, déliant quelques langues vipères. «Citer Bertrand pour Matignon... C'est commeLes Quatre Saisons de Vivaldi: c'est la mélodie qu'on cite quand on ne sait pas quoi citer d'autre» , siffle un élu.

Une avalanche de louanges

Il n'empêche, cette possibilité, émise par quelques voix du camp présidentiel, finit par prendre un peu plus d'épaisseur. «C'est un homme politique avec une très grande compétence et qui peut servir grandement la France», s'est récemment enthousiasmé le numéro trois du gouvernement sortant, Gérald Darmanin (Intérieur). « Xavier Bertrand est un grand républicain parmi Les Républicains » , a surenchéri Sabrina Agresti-Roubache, secrétaire d'État démissionnaire (Ville). Dans une interview au Figaro, la future ex-ministre Aurore Bergé plaide pour une coalition avec la droite, et cite elle aussi Xavier Bertrand pour son «expérience solide de gouvernement, du Parlement, et du compromis». Valérie Létard, nouvellement élue députée Liot, ne cache pas non plus sa proximité avec celui qu'elle a côtoyé au gouvernement durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. «Armé» pour apporter à la fois «un signal» et «une capacité à travailler avec tout le monde » , il incarne à ses yeux une sorte d'antithèse à la dernière égérie du Nouveau Front populaire. « J'ai été très étonnée de la candidature de Lucie Castets parce qu'au fond, elle représente tout ce dont les gens ne veulent plus.» Sur France Inter, Valérie Pécresse fait la même analyse : «Si j'avais été élue présidente de la République, j'aurais sans doute choisi Xavier Bertrand. C'est un très bon candidat. Face à Lucie Castets, il n'y a pas match.» Valérie Létard ajoute : «Xavier Bertrand incarne la droite sociale et une forme d'indépendance. Ce n'est ni un énarque, ni un Parisien.» Un argument que l'intéressé aime beaucoup répéter, se revendiquant, en quelque sorte, de cette France à qui l'accession au cercle élitiste de la politique serait interdite - surtout dans son propre camp. «Il y a clairement une forme de mépris social à son égard, assure un élu. Le genre de truc qui donne la niaque.» Et qui fait naître un désir de «revanche».

Mais au-delà de ces considérations humaines, «si Emmanuel Macron est dans la recherche d'une large coalition, qui n'inclut ni LFI ni le RN, et non dans une logique de débauchage, alors Xavier Bertrand est un candidat sérieux pour Matignon», estime Daniel Fasquelle, trésorier des Républicains. «Il a au moins deux atouts: son positionnement politique de gaulliste social et son indéniable capacité à rassembler.» Plus encore, assure l'élu du Touquet (Pas-de-Calais), «c'est quelqu'un qui est très proche des Français, des milieux populaires. Il a une vraie capacité d'écoute et d'empathie qui lui permettent de comprendre leurs préoccupations».

Cette avalanche de louanges ferait presque oublier la délicate position dans laquelle se trouve Xavier Bertrand au sein de sa propre famille qui, depuis les dernières législatives, a bien changé. Élu en Haute-Loire, Laurent Wauquiez a pris les rênes d'un groupe d'opposition, Droite républicaine (DR), ne cessant de marteler son indépendance à l'Assemblée. «Ni postes, ni coalition», a déclaré l'ex-président d'Auvergne-Rhône-Alpes, sans cacher sa volonté de reconstruire la droite sur cette ligne d'autonomie jusqu'à la présidentielle de 2027. Beaucoup, au sein du groupe, lui semblent reconnaissants d'avoir osé «entrer dans la bataille des législatives» et d'avoir pris «le lead» d'un mouvement fragilisé à la suite de la décision solitaire d'Éric Ciotti de s'arrimer au paquebot de Marine Le Pen. Or, en se posant comme premier ministrable, Xavier Bertrand choisit plutôt l'option défendue par l'ex-président des députés LR, Olivier Marleix. Il s'affranchit tout au moins du cap fixé par Laurent Wauquiez. Deux visions de l'avenir de la droite qui, en l'état, ne sont guère conciliables. Mais l'entourage de Xavier Bertrand en est sûr : «Il peut incarner une troisième voix du courage au-dessus des partis.» Quand, chez Laurent Wauquiez, la solution à la crise que traverse le pays est un corpus d'une douzaine de textes législatifs répondant aux urgences actuelles, sans tomber dans le piège d'un macronisme mourant. Car, estime-t-on, tous ceux qui auront soutenu de près ou de loin le camp présidentiel seront fatalement entraînés dans son inévitable chute.

« Un choix de positionnement »

Si Xavier Bertrand peut compter sur quelques soutiens dans la galaxie macroniste, certains wauquiézistes ne manquent pas de doucher ses ambitions. «Il fait un choix de positionnement mais il serait préférable qu'il joue pleinement le jeu du collectif», persifle-t-on au sein du groupe DR. «Les militants d'aujourd'hui sont ceux d'une droite assumée et non plus celle « de la droite et du centre ». Et quand on voit comment Macron répond à l'hypothèse Castets, qui pèse près de 200députés, l'on voit mal comment Xavier Bertrand pourrait convaincre le président de la République. Quelle majorité peut-il lui apporter? Avec quels élus à droite? À part quelques parlementaires, il n'a plus grand monde à l'Assemblée... » , assène un cadre. Avant de rappeler opportunément que Laurent Wauquiez a eu «le courage, lui, de partir aux législatives».

Perçu déjà comme le nouveau chef de file d'une reconstruction attendue - et salvatrice -, le député de la Haute-Loire, veulent croire certains, incarne enfin la droite, en mal de leadership jusqu'ici. Un admirateur applaudit : «Laurent aura réussi au moins un coup, réunir le groupe sur l'idée d'une non-participation au gouvernement. Ce qui n'était pas si simple sous la pression de Sarkozy et de Bertrand.» Quels que soient les rebondissements à venir de ce côté-ci de l'échiquier politique, Xavier Bertrand sait aussi qu'il devra composer avec cette nouvelle réalité. Qu'il songe aujourd'hui à Matignon. Ou à l'Élysée, demain. ET E.G.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, mardi 6 août 2024 764 mots, p. AUJM28
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5 août 2024 - Le Parisien (site web)
6 août 2024 - Le Parisien

À gauche, une rentrée en ordre dispersée

Malgré l'alliance du Nouveau Front populaire, LFI, PS, PCF et Écologistes organisent séparément leurs universités d'été. La prétendante à Matignon, Lucie Castets, sera présente à chacun des ces raouts.

Pierre Maurer

Comme tous les étés, les responsables de la gauche écourteront leurs vacances. À la fin du mois d'août, les quatre principales formations du Nouveau Front populaire tiendront leurs traditionnelles universités d'été... En ordre dispersé. Une autre tradition, malgré la formation de deux alliances successives (la Nupes, puis le NFP) qui n'ont jamais abouti à la tenue d'événements estivaux communs.

« C'est toujours la même chose, soupire un Insoumis. Ce genre d'événement ressoude les noyaux durs de chaque formation politique et l'échéance des élections municipales de 2026 entre en ligne de compte. Mais ça instille l'idée qu'il n'y a pas de convergence globale de la gauche. » Cette année, ils pourront toutefois compter sur leur plus petit dénominateur commun : Lucie Castets, leur candidate à Matignon, lancée dans une série de déplacements estivaux qui se poursuivront par des visites aux raouts des partis l'ayant investie.

Une table ronde sans Insoumis

« Elle a bien prévu de passer aux quatre universités d'été à l'invitation des partis, en commençant par les Écologistes le jeudi, puis les communistes le vendredi... », égrène l'entourage de Lucie Castets, elle aussi dans l'attente du programme thématique des uns et des autres. La faute au contexte politique incertain. « On souhaite faire vivre le NFP avec ses certitudes et ses fragilités, prolonger ce temps, nourrir et consolider cette alliance dans un moment d'incertitudes en l'absence de gouvernement », explique le député écologiste Charles Fournier, qui participe à l'organisation des universités pour EELV, cette année à Tours (Indre-et-Loire). Les chefs de parti du NFP ont été invités à l'événement qui se tiendra les 22, 23 et 24 août. L'ex-Insoumis François Ruffin sera aussi présent lors d'un atelier consacré au « mal travail ». Selon nos informations, s'y prépare également le lancement d'un collectif d'élus de gauche issus de la diversité.

Aux rayons des personnalités, les Écologistes, qui avaient provoqué la polémique l'année dernière en invitant le rappeur Médine, ont cette fois jeté leur dévolu sur l'humoriste Thomas VDB. Un Tourangeau au profil plus consensuel. Mais le thème d'un débat pourrait toutefois réveiller quelques controverses : « Comment rassembler à gauche contre l'antisémitisme après le 7 octobre. » Une table ronde sans Insoumis, alors que la député LFI Sophia Chikirou a créé la polémique ces derniers jours en partageant sur son compte Instagram personnel un hommage au chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, tué mercredi dernier. « Je ne soutiens pas le Hamas, ni sa branche politique élue à Gaza dont je ne partage en rien le projet islamiste, s'est-elle ensuite défendue dans Libération. Je ne soutiens pas davantage sa branche armée, car je dénonce et condamne ses actes terroristes visant des populations civiles et notamment ceux du 7 octobre. »

Les rencontres estivales de la gauche se poursuivront ensuite du côté de Montpellier (Hérault), où le PCF se réunira du 23 au 25 août, pour analyser les ressorts de « la dynamique de l'extrême droite ». Il faut dire que leur patron, Fabien Roussel, en a fait les frais dans sa circonscription du Nord, perdue face au RN. « Ce sera une des couleurs particulières de l'université », dévoile Guillaume Roubaud-Quashie, chargé de l'événement. Dans le même laps de temps, les Insoumis tiendront leurs habituels Amfis à Valence (Drôme) du 22 au 25 août, avec de nombreux débats et invités autour desquels le mystère plane. Les socialistes, eux, concluront la séquence à Blois (Loir-et-Cher) les 29, 30 et 31 août.

François Ruffin chez lui dans la Somme

Le 31 août verra aussi la naissance d'un nouveau rendez-vous estivale à gauche : celui de François Ruffin. Affranchi de Jean-Luc Mélenchon, le député tiendra sa propre rentrée politique à Flixecourt (Somme) où il promet fanfare et jeux picards. « Il souhaite se replacer en député défenseur des petites gens en martelant son message sur la réunion de la France des bourgs et de la France des tours », explique un proche de Ruffin, qui réfléchit aussi à changer le nom de son microparti, Picardie Debout.

Émiettés sur le territoire, les partenaires du NFP pourraient toutefois avoir l'occasion de se réunir lors du Festival des idées, un rendez-vous que la gauche tient d'habitude en début d'été. Organisé en septembre, mais pas encore fixé, il aura pour trame de fond une ritournelle : « Comment faire travailler la gauche ensemble ? »

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, mardi 6 août 2024 503 mots, p. AUJM28
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4 août 2024 - Le Parisien (site web)
6 août 2024 - Le Parisien

Ces ex-députés qui peinent à trouver du boulot

Parmi les 155 battus aux législatives, ils sont encore nombreux à rester sur le carreau.

Taslime Maazouzi

Le téléphone de Bertrand Pancher, ex-patron des députés du groupe Liot (centriste), sonne toujours autant qu'avant, mais pas pour les mêmes raisons... « Bertrand, t'as pas du boulot pour moi ? » lui demandent ses ex-collègues, qui se sont retrouvés, comme lui, au chômage du jour au lendemain après les législatives du 7 juillet. « Quand vous avez été président de groupe, vous connaissez beaucoup de monde, cela permet de trouver des opportunités professionnelles », estime l'élu. Il reconnaît que certains de ses ex-camarades « sont paniqués, inquiets, désespérés ».

Cet été, un député sortant sur quatre, soit 155, a perdu son poste. Les premiers concernés sont ceux de l'ancienne majorité présidentielle, après le fiasco de la dissolution. Renaissance a perdu près de 70 élus, passant de 171 à 99.

Battu de 324 voix par le RN au second tour dans la 8 e circonscription des Bouches-du-Rhône, Jean-Marc Zulesi vit sa défaite comme une « injustice ». « J'étais heureux et épanoui dans ce que je faisais », regrette-t-il. L'ancien président de la commission du Développement durable est toujours en recherche d'emploi. « Certains recruteurs veulent s'assurer que ma volonté de reprendre une carrière d'ingénieur est définitive, que je ne retournerai pas en politique. D'autres ont peur que je ne travaille pas à cause de l'image négative qu'ils se font des politiques », raconte-t-il. Autre difficulté : il n'est pas le seul à être resté sur le carreau : « Un recruteur n'a pas retenu ma candidature car il a déjà intégré des macronistes dans son équipe... » Pour ne rien arranger, ces recherches se déroulent en plein mois d'août.

Créer son entreprise ou devenir chroniqueur TV

À l'été 2022, après sa réélection, le président de la République avait promis aux députés battus de les « aider à retourner dans la vie extrapolitique ». Mais peu semblent avoir obtenu une aide décisive. Alors, beaucoup misent sur la boucle WhatsApp lancée par d'anciens parlementaires après les législatives de 2022, où le camp Macron avait perdu la majorité absolue. Sur ces échanges, 233 ex-élus se partagent offres d'emploi et conseils sur leurs droits à la retraite, aux formations, etc.

Bruno Millienne, ex-vice-président du groupe MoDem à l'Assemblée, a lancé son entreprise de conseil. Sa retraite de député ne s'élève qu'à 900 € par mois. « Je n'ai pas fini de payer ma maison. Mon épouse a une agence immobilière, et autant vous dire qu'en ce moment, ce n'est pas la joie, s'inquiète-t-il. Quand vous perdez 4 500 € net par mois du jour au lendemain, ça fait un trou. »

Certains rêvent d'une place de chroniqueur sur les plateaux de télévision. D'autres se tournent vers la fonction publique ou les entreprises d'État. Parmi les plus prisées : la SNCF, qui reçoit moult CV. Mais le statut de parlementaire n'est plus ce qu'il était. « On m'a dit que je n'étais pas bancable parce que j'avais été député, lâche un ancien élu. On était dans la lumière pendant notre mandat et, tout à coup, plus rien. »

Libération
mardi 6 août 2024 1183 mots, p. 6,7

MONDE

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6 août 2024 - La Libre Belgique

ROYAUME-UNI Les émeutes, première crise pour Keir Starmer

MARIE BILLON

MONDE

A près un week-end de violen- ces dans plusieurs villes an- glaises, le Premier ministre, Keir Starmer, a tenu sa première réunion sécurité d'urgence (Cobra) à Downing Street lundi matin. Au pouvoir depuis un mois tout juste, le chef de gouvernement travailliste affronte sa première crise. «Il est d'autant plus sous pression, expli- que Martin Farr, professeur de sciences politiques à l'université de Newcastle, qu'il a été procureur général [de 2008 à 2013, ndlr] et que la loi et l'ordre sont considérés comme un point faible de la gauche.» Alors qu'un certain calme semblait revenir lundi dans la journée, la po- lice a procédé à plus de 450 arresta- tions depuis le début des émeutes. C'est pour cette raison que Keir Starmer a annoncé des mesures dès jeudi, notamment une nouvelle ca- pacité de coopération entre les for- ces de police régionales pour court- circuiter les fauteurs de troubles qui se déplacent pour participer aux émeutes. «L'approche du gouvernement Starmer est axée sur la criminalisation, explique Patrick Dia- mond, ancien conseiller des Premiers ministres Tony Blair et Gordon Brown. Il a bien insisté sur le fait que les personnes qui se livrent à des actes violents inspirés par l'extrême droite commettent des délits et ne participent pas à des manifestations légitimes.» Dimanche, lors d'une solennelle in- tervention télévisée, Keir Starmer a assuré que «tous ceux qui ont participé aux émeutes ou qui ont créé de l'agitation en ligne regretteront leurs actions». Une ligne confirmée par Yvette Cooper, ministre de l'Inté- rieur, dans une tribune écrite pour le quotidien The Times. «J'ai dit à la police qu'elle avait le soutien total du gouvernement pour prendre les mesures les plus fermes possibles en utilisant toute la gamme d'inculpations, d'ordonnances et de sanctions disponibles, y compris la prison, la surveillance électronique, les interdictions de voyager et bien d'autres choses encore. Nous avons augmenté le nombre de procureurs, positionné les tribunaux en état d'alerte et mis des places de prison à disposition.» UN «PRÉTEXTE» POUR EN DÉCOUDRE Keir Starmer pourrait déclencher une mesure qu'il a lui-même contri- bué à mettre en place alors qu'il était procureur général pendant les émeutes de 2011 : la capacité des tri- bunaux à siéger même la nuit pour accélérer le processus judiciaire. Car si ces violences sont extrêmement rares en Angleterre, elles ne sont pas inédites. Du 6 au 11 août 2011, des émeutes violentes avaient éclaté avant de se propager dans plusieurs villes du pays, après la mort de Mark Duggan, un homme noir tué par la police dimanche dans le nord de Londres. Le fait que ces violences aient lieu «au creux de l'été n'est pas un hasard », estime Martin Farr. L'attaque au couteau de Southport, qui a coûté la vie à trois fillettes le 29 juillet, n'était qu'un «prétexte», pour une série d'individus désireux d'en découdre, explique-t-il. Pour Tim Bale, professeur à l'université Queen Mary de Londres, ces émeutes sont «provoquées par un mélange de groupuscules néonazis, islamophobes et anti-immigration, rejoints par des personnes férues de violences qui, dans le passé, ont pu être associées au hooliganisme». Les élections générales du 4 juillet ont pu aussi jouer un certain rôle dans ces émeutes, ajoute Martin Farr. «Si ces individus ont voté, ils ont sûrement voté en grande partie pour le parti Reform UK» mené par Nigel Farage, ex-chantre du Brexit, désormais à la tête de ce parti populiste et élu député pour la première fois (après sept tentatives) avec quatre autres membres de sa formation. «Les émeutiers pensent désormais bénéficier d'un certain soutien et d'une légitimité», confirme Tim Bale.

Après le drame de Southport, le dirigeant de Reform UK a posté une vidéo sur X s'interrogeant sur la raison pour laquelle les autorités ne l'ont pas qualifié d'«attaque terroriste». «Je me demande simplement si la vérité ne nous est pas cachée», a-t-il insinué, alors que l'identité de l'agresseur, un Gallois de 17 ans, dont les parents sont d'origine rwandaise, n'était pas encore connue. Lord Barwell, membre conservateur de la Chambre haute du Parlement, a violemment critiqué Nigel Farage. «Il est désormais député. S'il a des questions à poser, il aurait pu le faire à la Chambre des communes [mardi, ndlr], mais il n'y était pas. Au lieu de cela, il préfère encourager ceux qui répandent de fausses informations. C'est honteux.» Lundi, Nigel Farage a demandé à Keir Starmer de rappeler le Parlement – en pause pour la période estivale. Le député a finalement condamné les violences. Pourtant, selon le professeur Stephan Lewandowsky, spécialiste de la propagation de la désinformation à l'université de Bristol, celui dont le seul refrain politique est depuis des années la dénonciation d'une prétendue «invasion» du Royaume-Uni par les étrangers a, avec sa vidéo sur X, «apporté un soutien sournois aux théories du complot et il a certainement contribué à attiser les flammes de la désinformation».

«NE PAS AMPLIFIER LES RUMEURS» L'extrême droite est aujourd'hui éclatée au Royaume-Uni. Le parti de l'English Defense League (EDL) n'existe plus, il a été dissous en 2013 après avoir pris la suite du British National Party (BNP) luimême une émanation du National Front. Les fauteurs de troubles sont donc dispersés, mais restent en lien et s'organisent sur les réseaux sociaux, ce qui les rend difficilement détectables par les autorités. «Le principal problème est que les fausses informations deviennent virales en très peu de temps, explique Stephan Lewandowsky, de sorte qu'un grand nombre de personnes sont rapidement exposées à ces mensonges. Le temps que la fausse information soit corrigée, il peut être trop tard, car suffisamment de personnes ont été mobilisées et ont pris la décision d'agir.» Keir Starmer a appelé les réseaux sociaux à prendre leurs responsabilités : «Les troubles violents provoqués en ligne constituent un délit. Cela se passe sur vos plateformes et la loi doit être respectée partout», a-t-il dit lors d'une intervention télévisée. Les grandes compagnies ont pourtant les moyens d'agir à certains niveaux pour réduire la propagation de la désinformation. «Au minimum, les plateformes devraient réduire la visibilité de la désinformation évidente, en particulier en cas de crise, afin de ralentir sa propagation. Elles devraient également veiller à ne pas amplifier les rumeurs, par exemple en affichant ces discussions comme une tendance», explique Stephan Lewandowsky. Selon le professeur, les plateformes devraient modifier la manière dont fonctionnent leurs algorithmes pour qu'ils «ne favorisent pas de manière sélective les sujets qui suscitent l'indignation et la haine. Or, à l'heure actuelle, il y a de bonnes raisons de penser que c'est précisément ce qui est en train de se passer.» Dans les quartiers touchés par les violences, la population locale se rassemble pour aider à déblayer les rues. Parfois, elle s'est même interposée pour empêcher les fauteurs de troubles d'avancer ou d'attaquer un commerce ou, souvent, une mosquée. La petite station balnéaire de Southport, dans le nord de l'Angleterre, touchée en plein coeur par la tragédie du 29 juillet, n'en revient pas d'avoir servi de prétexte à ce déchaînement de violences, alors que le sort des petites victimes, mais aussi les motivations de l'agresseur, semblent ne plus susciter le moindre intérêt.

La Croix, no. 42989
France, mardi 6 août 2024 639 mots, p. 6
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31 juillet 2024 - La Croix (site web)

Xavier Bertrand, une hypothèse plausible pour Matignon

Lauriane Clément

Depuis deux semaines, l’hypothèse d’une nomination de Xavier Bertrand, président LR de la région des Hauts-de-France, à la tête d’un futur gouvernement reçoit de plus en plus de soutiens.

Ces dernières semaines, Xavier Bertrand a reçu un florilège de soutiens sur le compte X de « Nous, France ! », ce mouvement « pour une droite populaire » qu’il a lancé en 2022. Jean-Virgile Crance, premier maire adjoint de Saint-Malo, y assure que le président LR de la région Hauts-de-France peut « apaiser le pays et créer les conditions d’une nouvelle concorde nationale ». Sébastien Martin, président de la communauté d’agglomération du Grand Chalon, y fait valoir « ses trois qualités essentielles : l’ancrage dans les territoires, l’envie d’agir et la capacité à rassembler ». Dimanche 4 août, Aurore Bergé, ministre démissionnaire chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes, mettait en avant sa capacité à « construire des compromis », au même titre que « Michel Barnier ou encore Gérard Larcher ».

Xavier Bertrand à Matignon ? « Cela fait partie des scénarios plausibles, acquiesce Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof et enseignant à Sciences Po. Pour Emmanuel Macron, il n’y a aucun grand gagnant aux élections législatives. Il ne va donc pas se déjuger en nommant à Matignon une personnalité représentant une cohabitation. D’où l’idée de choisir quelqu’un du centre gauche ou droit, comme Xavier Bertrand. »

Homme d’expérience, l’ancien député a dirigé deux grands ministères, celui de la santé (sous Jacques Chirac) et du travail (sous Nicolas Sarkozy). Maire de Saint-Quentin (Aisne) de 2010 à 2016, il revendique par ailleurs sa capacité à faire barrage au Rassemblement national, contre lequel il s’est fait élire à deux reprises à la tête des Hauts-de-France.

« Xavier Bertrand vient du centre droit mais il incarne la droite populaire et sociale, se revendiquant de l’héritage du gaullisme social. C’est un compromis tolérable pour beaucoup de personnes situées au centre gauche », analyse Bruno Cautrès. Il pourrait ainsi s’inscrire dans le « pacte d’action » présenté le 30 juillet par l’actuel premier ministre Gabriel Attal, qui met aussi bien en avant des thématiques régaliennes comme la sécurité que l’importance des services publics et de la justice fiscale.

Bien qu’il soit membre des Républicains, Xavier Bertrand a pris ses distances avec le parti depuis 2022. « C’est un avantage, car sa trajectoire politique s’inscrit plutôt bien dans ce qui s’est passé aux législatives. Mais il garde suffisamment d’appuis pour s’attirer la bienveillance des LR et faire passer le budget et les textes de loi »,commente Bruno Cautrès.

S’il coche donc plusieurs cases sur le papier, Xavier Bertrand n’a pour l’instant été soutenu par aucun des ténors des Républicains. Ceux-ci continuent de refuser toute alliance avec les macronistes, préférant des accords au gré de leur « pacte législatif » présenté le 22 juillet. « Une coalition ne nous intéresse pas, ce n’est pas une question de casting, assure le député LR de l’Isère Yannick Neuder. Je me demande si la nomination de Xavier Bertrand comme premier ministre n’est pas un fantasme. Moi, je le trouve plutôt isolé, il n’a plus beaucoup de députés autour de lui. »

Par ailleurs, les relations sont loin d’être au beau fixe entre Xavier Bertrand et Emmanuel Macron, jugé trop parisien et centralisateur par l’élu de droite. « Mais si le président de la République doit choisir entre Xavier Bertrand et Lucie Castets, la candidate du Nouveau Front populaire qui symbolise clairement une cohabitation, son choix est vite fait, croit savoir Bruno Cautrès. À moins qu’il ne trouve quelqu’un provenant du centre gauche, incarnant le même compromis que Xavier Bertrand, sans être un idéologue forcené. »

Le Figaro, no. 24868
Le Figaro, mardi 6 août 2024 843 mots, p. 17

Opinions

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5 août 2024 - Le Figaro (site web)

CHRONIQUE CHRONIQUE

Le message international de l'olympisme français

CHRONIQUE - Les Jeux de Paris 2024 constituent le plus beau des hommages à l'olympisme et à son génial fondateur, Pierre de Coubertin, qui voulut rassembler les nations dans l'amour du sport et de la paix.

Girard, Renaud

Les Français grincheux en ont été pour leurs frais. Ils avaient annoncé que les Jeux olympiques de Paris 2024 seraient une catastrophe, ils sont un immense succès, populaire et planétaire.

Non sans parfois quelques raisons, nous avons tendance, en France, à critiquer nos autorités publiques. Nous pouvons aujourd'hui les féliciter triplement. Elles ont fait preuve d'audace en demandant les Jeux pour Paris ; d'intelligence en utilisant la Seine pour la cérémonie d'ouverture et en insérant des épreuves dans les lieux les plus historiques et symboliques de la Ville Lumière ; d'organisation en canalisant de manière fluide les foules d'une fête sportive ayant battu tous les records de vente de billets dans l'histoire de l'olympisme.

Je suis tombé hier, par hasard, sur une légende de l'histoire des Jeux olympiques, la nageuse américaine Donna de Varona, médaille d'or à Tokyo en 1964 dans le 400 m 4 nages, qui fit à l'époque la « cover » du magazine américain Life. Elle vient d'être réélue à l'instance exécutive du Comité national olympique américain. Elle m'a confié avoir été bluffée par la qualité et le professionnalisme de l'organisation française de l'événement.

Quand les Américains, qui sont des maîtres dans l'art de l'organisation et de la logistique, nous félicitent pour celles des Jeux, nous pouvons être fiers. Ces Jeux 2024 ont prouvé que les Français n'étaient pas condamnés à la désunion, à la paresse et à la résignation. Ils sont encore capables de relever des défis, de faire de grandes choses, à l'exemple de leurs ancêtres qui ont bâti Notre-Dame, le château de Versailles, la tour Eiffel et le Grand Palais.

À l'occasion de ces Jeux de Paris, les Français ont montré au monde qu'ils avaient une administration sachant encore travailler, à l'image de celle des générations précédentes qui a imaginé, conçu, exécuté, le remarquable plan Messmer du 6 mars 1974. Ce gigantesque plan d'électrification nucléaire de la France (que des écolos irresponsables ont torpillé sans parvenir à le couler) a donné à notre pays une indépendance énergétique précieuse dans un monde géopolitiquement compliqué, tout en réduisant drastiquement nos émissions de CO2. À la fin du siècle dernier, beaucoup d'intellectuels français, au libéralisme mal digéré, se sont mis à se moquer du colbertisme. Autodénigrement ridicule : le monde entier admire les réalisations du colbertisme français.

Les Jeux de Paris 2024 constituent le plus beau des hommages à l'olympisme et à son génial fondateur, Pierre de Coubertin, qui en eut l'idée il y a plus de cent trente ans. Que les nations s'affrontent fraternellement dans un stade plutôt que sur un champ de bataille. Que leurs jeunesses se rapprochent, sur les gradins, comme dans le Village olympique. Les 10 500 athlètes, 5 250 hommes et 5 250 femmes, qui ont participé aux Jeux seront toute leur vie des ambassadeurs de la paix entre les nations. Le rassemblement, autour du sport, à Paris, de 206 pays différents, est indiscutablement un magnifique acte de paix. Dans un monde où les guerres ont tendance à revenir, les trêves olympiques sont plus utiles que jamais. Le Maroc et l'Algérie ne se parlent pas et n'ont même pas de point de passage routier ouvert sur leur frontière commune. C'est absurde. Mais gageons que dans l'écrin du Village olympique, les jeunes Marocains et Algériens échangent librement et avec bonheur.

Un député de La France insoumise avait proposé qu'Israël fût interdit de Jeux. Je suis totalement opposé à la pollution du sport par la politique. L'État d'Israël, depuis sa fondation en 1948, a toujours favorisé le sport, et ses athlètes sont les bienvenus en France. L'assassinat des athlètes israéliens aux Jeux de Munich de 1972 constitue le moment le plus triste de toute l'histoire de l'olympisme.

Personnellement, je regrette que les athlètes russes et biélorusses n'aient pas été invités à défiler sous leurs drapeaux. Vladimir Poutine a-t-il provoqué, par sa guerre d'agression, le malheur des jeunesses ukrainienne et russe ? C'est un fait d'histoire indiscutable. Mais rien d'utile ne viendra jamais des boycotts et des embargos appliqués aux grandes rencontres de jeunesses, communiant autour de valeurs communes fondées sur la fraternité humaine.

Qui niera que la participation d'athlètes nord-coréens aux Jeux d'hiver de Séoul 2018 fut une bonne chose ?

À l'été 2008, il était devenu évident que les États-Unis avaient provoqué une terrible catastrophe humaine en Irak par leur invasion illégale de 2003. Heureusement qu'on n'a pas empêché pour autant les athlètes américains de défiler sous leur bannière aux Jeux olympiques ! Même chose pour les Français après leur désastreuse intervention militaire en Libye de 2011, qui a mis le chaos dans ce pays et chez tous ses voisins.

L'olympisme, tel que le conçut le Français Pierre de Coubertin, n'a pas vocation à s'ériger en tribunal des nations. Il est là au contraire pour les rassembler, dans l'amour du sport et de la paix. R. G.

Le Figaro, no. 24868
Le Figaro, mardi 6 août 2024 826 mots, p. 3

Politique

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5 août 2024 - Le Figaro (site web)

Le drôle d'été de Lucie Castets (NFP) pour tenter d'exister malgré les Jeux

Lepelletier, Pierre

Elle aura beau y mettre toute son énergie, Lucie Castets ne devrait pas être la star française de l'été. Tour à tour dribblée par Antoine Dupont (rugby), submergée par Léon Marchand (natation), renversée par Teddy Riner (judo), larguée par Pauline Ferrand-Prévot (VTT) et épuisée par Cassandre Beaugrand (triathlon), la « première ministrable » de la gauche fait face à une imbattable concurrence. Consciente que la fièvre des JO a gagné les Français, et que la politique a été largement reléguée au second plan, la candidate du Nouveau Front populaire pour Matignon cherche tout de même à exister autant que possible. Une façon de maintenir coûte que coûte la pression sur Emmanuel Macron après la courte victoire de son camp aux législatives anticipées. Une avance certes étriquée, mais jugée suffisante pour refuser la « trêve olympique et politique » qu'a tenté d'imposer le chef de l'État fin juillet.

«Le président est dans la logique « du pain et des Jeux »... Il doit espérer qu'un grand lot de médailles calmera le peuple. Il se trompe», prévient un responsable de gauche. Pas simple, néanmoins, d'exister lorsqu'une grande partie de la focale médiatique est concentrée sur les Jeux olympiques - et que Lucie Castets refuse de répondre aux sollicitations du Figaro. Au creux de l'été, la haute fonctionnaire préfère se contenter de ses discrets déplacements sur le terrain. La « première ministrable » était notamment à Orléans, la semaine dernière, pour saluer la reprise de l'usine Duralex par ses salariés. Entourée pour l'occasion de responsables des quatre partis de l'alliance, dont Olivier Faure pour le Parti socialiste, Marine Tondelier pour Les Écologistes ou Léon Deffontaines pour le Parti communiste.

Divergence stratégique

Cette belle photo de famille de la gauche unie, qui devrait se reproduire ces prochains jours, est venue rattraper un premier déplacement plus contrasté dans un quartier populaire de Lille quatre jours plus tôt. Ce premier rendez-vous avait été piloté de bout en bout par La France insoumise, notamment par le député de la circonscription, Aurélien Lecoq, successeur d'Adrien Quatennens. À tel point qu'un grand nombre de socialistes avaient préféré sécher. «C'est un défilé dans un village Potemkine dans un quartier LFI. Il était hors de question qu'on participe à cette blague», raille un cadre du PS.

C'est un des enjeux délicats de la drôle de campagne de Lucie Castets : parvenir à maintenir l'équilibre entre les quatre forces du Nouveau Front populaire. Ce qui explique, sans doute en partie, ses hésitations lors d'une de ses premières interviews accordée à BFMTV. L'économiste n'avait pas su exprimer un avis tranché sur la question du nucléaire, ni osé réagir aux propos polémiques de certains élus LFI sur l'accueil de la délégation israélienne aux JO de Paris 2024. En ne voulant brouiller personne, Lucie Castets avait embarrassé une partie de ses partenaires. Un des deux courants minoritaires du PS s'en est même ému dans une lettre interne, soupçonnant une influence mélenchoniste. Du côté du Parti communiste, très attaché à l'énergie nucléaire - contrairement à LFI et aux Verts -, le secrétaire national, Fabien Roussel, lui a conseillé, en privé, d'affirmer désormais que ce débat serait tranché à l'Assemblée.

Pendant cet été politique insolite, l'actuelle directrice des finances et des achats à la Mairie de Paris a également essuyé sa première polémique. Le Canard Enchaîné l'a épinglée pour s'être contentée de poser des congés payés le temps de sa campagne plutôt que de se mettre « en disponibilité » de la fonction publique. Dans une lettre au procureur de la République de Paris, révélée par Le Figaro, la droite parisienne a illico saisi la justice, dénonçant un « potentiel détournement de fonds publics ». «Ma situation personnelle est très claire, et évidemment, je me suis assurée que tout était en ordre», a répliqué Lucie Castets sur RTL le lendemain.

Si la gauche espère remporter son bras de fer face à Emmanuel Macron, cela ne réglera pas pour autant la méthode de gouvernement à privilégier pour éviter de se faire rapidement renverser. Au sein du Nouveau Front populaire, une divergence stratégique continue de diviser : les Insoumis préviennent qu'ils n'entreraient dans un exécutif que pour «appliquer tout le programme, rien que le programme», quand le reste de la coalition se dit prêt à faire des «compromis» sur «la base» du programme. Devant la presse mercredi dernier, Lucie Castets a, elle, défendu le principe de décrocher des majorités texte par texte. «Nous allons discuter avec des gens qui ne sont pas nécessairement favorables au NFP, mais qui sont favorables aux grandes priorités qu'on porte», a-t-elle expliqué. Avant d'enchaîner : «Je ne vois pas quel groupe politique à l'Assemblée votera contre le fait qu'on revalorise(le salaire) des infirmières qui travaillent la nuit, ou contre le fait qu'on revalorise le salaire des enseignants.» À condition qu'ils aient à se poser la question. P.L.

L'Humanité
mardi 6 août 2024 1263 mots, p. 2

À l'Inrae, vent de révolte contre l'agrobusiness

Samuel Eyene

Recherche Alors que l'établissement public réputé pour ses travaux en agriculture, alimentation et environnement devra choisir son nouveau président en octobre 2024, un collectif de 27 chercheurs profite de l'échéance pour dénoncer la politique interne de l'institut.

Et si c'était le début d'une révolution scientifique ? Pas de celles qui mènent à chambouler le monde par l'essor d'un nouveau progrès, mais plutôt de celles qui pourraient faire changer les méthodes de gouvernance dans les établissements. Dans ce cas, il faut s'intéresser à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). Alors que se joue en octobre 2024 la nomination par décret du nouveau président du principal institut français de recherche agricole, un collectif de 27 de ses membres, hommes et femmes, a ouvertement décidé de repenser la politique interne de l'établissement public et de déposer ensemble une candidature pour « révolutionner les actions, méthodes et positionnements » de la fonction de président-directeur général (PDG) de l'Inrae.

Le fait est suffisamment inhabituel pour être souligné : c'est la deuxième fois, depuis la nomination contestée du PDG Philippe Mauguin - ancien directeur de cabinet de l'ex-ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll - qu'un groupe de fonctionnaires et agents de l'État s'exprime ouvertement sur les politiques internes à l'établissement. Rendue publique, leur déclaration d'intention part du cinglant constat que l'établissement a contribué à favoriser le « productivisme agricole basé sur l'amélioration génétique des animaux d'élevage (...) et sur l'utilisation massive d'engrais et de pesticides ».

De fait, né le 1er janvier 2020, l'Inrae est issu de la fusion entre l'Institut national de la recherche agronomique (Inra,), et l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (Irstea). Il dépend à la fois du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation et du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation français. À ce titre, de nombreux projets d'études sont chaque année réalisés.

orientations contradictoires

Mais ceux-ci ne font pas l'unanimité. Pourtant non placé sous l'autorité directe d'Emmanuel Macron, l'Inrae s'emploierait, lui aussi, à poursuivre la politique du « en même temps », développant, d'un côté, des travaux de recherches « sans considération des conséquences sociales et de la privatisation des ressources génétiques » et, de l'autre « des recherches pour favoriser l'agriculture biologique, l'agroécologie, une alimentation plus saine et la restauration des écosystèmes ».

Des orientations contradictoires. Mais, surtout, à rebours des besoins d'une agriculture durable alors que le secteur génère déjà 20 % des émissions globales de gaz à effet de serre et qu'il consomme 91 % des pesticides vendus en France selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Autant de raisons qui divisaient déjà les syndicats agricoles (Confédération paysanne, Modef, Coordination rurale, Jeunes Agriculteurs et FNSEA) entre eux et ont nourri les dissensions avec les mouvements écologistes (Soulèvements de la Terre...). Mais ces tiraillements s'élargissent de plus en plus aux scientifiques. Au point de les faire signer cette lettre de leurs prénoms et noms, sans alias. « J'ai conscience que ça peut froisser l'institut mais, en tant que citoyen, c'est de mon devoir de ne pas rester inactif. Rester silencieux serait être complice de non-assistance à l'humanité en danger », juge Simon Fellous, chercheur à l'Inrae et candidat à la présidence de l'établissement.

« Ce que nous aimerions, c'est qu'on nous énonce très clairement à quoi nos recherches servent. Vont-elles alimenter le modèle d'agriculture biologique ou celui du productivisme ? » explique Stéphanie Mariette, chercheuse à l'Inrae, également candidate au poste de PDG. Comme elle, les membres du collectif attendent des changements d'orientation, mais pas seulement. Ils pointent aussi une « imposture politique ». Jointe par l'Humanité, la direction actuelle, elle, s'en défend. « Les chercheurs de l'institut sont mobilisés pour accompagner la transition de toutes les formes d'agriculture, se justifie-t-elle. Il ne serait pas responsable pour un organisme comme l'Inrae de ne pas s'intéresser à l'ensemble des systèmes de production agricole. »

Influence des lobbies

Mais les griefs ne se cantonnent pas à des choix de projets de recherche en interne. Avec son rôle d'organisme public, l'Inrae accorde une large liberté de travail à ses scientifiques. Pour autant, l'établissement n'est pas insensible aux pressions extérieures. Dernier exemple en date : le 14 février 2023, à l'occasion de la Saint-Valentin, l'institut publie sur X un article renvoyant à la thèse de son doctorant Arnaud Lamy sur « la question de l'utilisation de la viande en restauration, entre place centrale dans la cuisine traditionnelle française et enjeux de durabilité ». Une étude du chercheur qui pousse à réfléchir sur la réduction de la consommation de viande au restaurant. Mais la publication provoque un tollé.

Un tweet « absolument scandaleux », avait aussitôt dénoncé l'ex-député Renaissance et agriculteur Jean-Baptiste Moreau tandis que, de leur côté, la FNSEA - syndicat agricole majoritaire en France - et les Jeunes Agriculteurs avaient conjointement condamné un « positionnement anti-viande qui est de nature à opposer et à stigmatiser les éleveurs ». Résultat, l'établissement a supprimé son post se refusant, tout de même, à reconnaître de quelconques pressions extérieures. « Pourtant, cette anecdote prouve, en réalité, que notre système de communication ne résiste pas à l'influence des lobbies », regrette Stéphanie Mariette.

souffrance au travail

Ainsi, pour ne pas voir réitérer ce genre d'épisode, les 27 chercheurs, dans leur déclaration commune, exigent de leur institut qu'il assume « les résultats de ses propres travaux et des consensus scientifiques lorsqu'ils sont méprisés ou détournés à des fins politiques ». Mais la tâche s'annonce difficile. Ce plaidoyer n'a pas convaincu la commission en charge de sélectionner les candidatures au motif que « la fonction de président correspond à un emploi occupé par une seule personne et ne peut être exercée à titre collégial ».

Le timing de la diffusion de cette déclaration d'intention, le 21 juin, n'a pas non plus aidé à créer un écho dans une actualité saturée par les élections législatives. « Nous savions qu'il n'y avait aucune chance que notre candidature soit prise en compte mais nous voulions surtout en faire un symbole. Cela a été un moyen de mettre nos revendications sur la table », souligne Sophie Gerber, chercheuse à l'Inrae et membre du collectif.

D'après les chercheurs interrogés, les premiers retours semblent positifs auprès des 10 000 agents de l'institut malgré l'absence de discussions en interne avec la direction. « Ils n'ont pas demandé la signature des syndicats mais nous voyons d'un bon oeil leur démarche, intervient Christine Buisson, cosecrétaire nationale SUD recherches Solidaires. Certains agents devant s'aligner sur les positions de l'agro-industrie nous ont déjà fait part de leur souffrance au travail. » Par le passé, d'autres, opposés à l'agriculture intensive, avaient déjà fait le choix de quitter l'institut, jugeant ne pas pouvoir travailler sur les vrais enjeux de l'agriculture. Ce fut le cas pour Lydia et Claude Bourguignon, ingénieurs agronomes, en 1989, à l'époque où l'établissement s'appelait encore l'Inra.

Pour autant, les syndicats partagent les mêmes préoccupations que le groupe de chercheurs candidats à la présidence, notamment concernant les sujets de recherche. « Il y a une pression aux contrats doctoraux. Notre système favorise les types de recherche basés sur les avancées technologiques car ce sont celles qui sont susceptibles d'être les plus facilement financées par de gros industriels », signale Christine Buisson. De son côté, la CGT de l'établissement partage l'avis des chercheurs mais ne s'aligne pas complètement sur les critiques formulées dans la lettre. « L'institut n'est pas le responsable de toute une dynamique vers ce technosolutionnisme. C'est aux agriculteurs de remettre en question leurs modèles et conditions de production », juge Jean-Louis Durand, membre du bureau national CGT Inrae. Néanmoins, insiste-t-il, cette candidature « a le mérite de pointer un débat qu'il y a en interne à l'Inrae depuis la nuit des temps. L'arrivée de Philippe Mauguin n'a fait qu'accentuer les crispations ». 

La Croix, no. 42988
France, lundi 5 août 2024 327 mots, p. 7
Aussi paru dans
4 août 2024 - La Croix (site web)

La polémique sur le Hamas rattrape LFI

Bernard Gorce

La députée LFI Sophia Chikirou est accusée d’avoir relayé un hommage au chef du Hamas Ismaël Haniyeh.

Plusieurs responsables socialistes se sont indignés, samedi 3 août, d’un message de la députée LFI proche de Jean-Luc Mélenchon, relayant sur son compte Instagram personnel un hommage à Ismaël Haniyeh, tué mercredi à Téhéran.

Le 1er août, le collectif Urgence Palestine avait publié sur le réseau social un texte saluant Ismaël Haniyeh comme un « martyr »et qualifiant le Hamas de mouvement de « résistance ».Selon l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui s’appuie sur des captures d’écran, Sophia Chikirou aurait relayé ce texte. Une information qui n’a pas été démentie par l'intéressée. L’UEJF a déposé plainte pour « apologie du terrorisme »contre l’élue et contre Urgence Palestine. L’organisation va solliciter la levée de l’immunité parlementaire de la députée.

Lors des élections européennes, le choix du parti de Jean-Luc Mélenchon de placer la dénonciation de la politique israélienne au centre de la campagne de LFI avait suscité de fortes tensions au sein de la gauche. Notamment entre la militante franco-palestinienne Rima Hassan et Raphaël Glucksmann. Pour les législatives, les principales formations de gauche s’étaient réunies autour d’un programme et d’un accord électoral. Une unité de nouveau mise à mal par le cas Chikirou.

Le programme du Nouveau Front populaire « est clair », a estimé le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, renvoyant la députée à des « provocations qui ont pour seul effet de susciter des polémiques qui minent le travail collectif ». La présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, tenante d’une ligne de rupture avec LFI, a regretté que les « contrats et engagements du NFP »soient « piétinés » et les valeurs socialistes « bafouées ». « Je ne travaillerai pas avec des élus, un parti qui cautionnent ou refusent de condamner de telles positions », a déclaré le maire socialiste de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol.

L'Humanité
lundi 5 août 2024 809 mots, p. 5

Emmanuel Maurel, un élu de terrain fidèle à ses racines

Gaël De Santis

Gauche républicaine et socialiste Le fondateur du parti créé en 2019, député de la 3e circonscription du Val-d'Oise, siège avec les communistes à l'Assemblée nationale. Un parlementaire très attaché à la diversité des territoires français, et à ce qu'on y produit.

Emmanuel Maurel est un promeneur. « On ne maîtrise les territoires que lorsqu'on les parcourt à pied », théorise le tout nouveau député du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), où siègent les communistes. Il a d'ailleurs déjà repéré pour les prochains jours une randonnée dans sa nouvelle circonscription, la 3e du Val-d'Oise. Il ira seul, mais ce 26 juillet, c'est en groupe que l'élu arpente les rues de Pierrelaye, dernière ville communiste du département. « Je vous ai fait un cadeau », s'en amuse-t-il en accueillant l'Humanité. 

Guidé par Fahed Hadji, adjoint qui lui a ouvert de nombreuses portes lors de la campagne des législatives, Emmanuel Maurel visite les installations et salue les personnels des services publics dédiés à la jeunesse. Depuis le jardin du centre de loisirs, le maire, Michel Vallade, désigne la plaine au-delà de la clôture. Une terre à dépolluer : « J'ai cherché à y installer des cultures de plantes qui ne se mangent pas. »

À 16 ans, il rejoint le PS et SOS racisme

L'édile évoque le lin. Cela fait tilt chez Emmanuel Maurel, qui lance : « Le premier producteur européen, c'est la France ! » Et voilà le député, intarissable, qui raconte la renaissance de cette filière. L'élu est un socialiste comme on n'en fait plus, attentif au maintien d'une activité productive sur le sol national. Au terme de la visite, à côté du chantier du terrain de football, on le rappelle à des choses plus terre à terre : peut-il intervenir pour accélérer un dossier de subvention pour les courts de tennis ? Voilà le député de la nation - qui ces dix dernières années a mené la bataille pour l'exception culturelle au Parlement européen - ramené au local, qu'il sillonnait quand il était conseiller régional, de 2004 à 2015. 

En réalité, il n'a été à aucun moment loin de la France et plastronne : « J'ai beau être un banlieusard, je dois être l'un des seuls députés à avoir visité les 95 départements métropolitains. » Né en Seine-Saint-Denis en 1973, résident du Val-d'Oise, Emmanuel Maurel « est très attaché à la France profonde, ses territoires, la diversité des départements et du peuple français. Il n'a jamais été fasciné par l'establishment parisien », témoigne son amie et camarade, l'ex-sénatrice CRCE Marie-Noëlle Lienemann.

Il est tombé en politique à l'âge de 16 ans, en rejoignant le Parti socialiste et SOS Racisme. Puis c'est l'Unef, les Jeunes socialistes, les bancs de Sciences-Po. En 2004, il est élu conseiller régional. Féru de culture, les médias lui prêtent une érudition classique. À les suivre, il n'aurait d'oreille que pour l'opéra et lirait des auteurs vieux d'au moins un siècle : Apollinaire, Voltaire, etc. « Ils aiment à me cataloguer ringard », soupire-t-il. S'il concède écouter « beaucoup de musique classique », il lit aussi des auteurs contemporains, tel Nicolas Mathieu. C'est surtout la poésie qu'il dévore : il s'est récemment plongé dans celle de l'Américaine Louise Glück ou du Français François Cheng. Sa vocation contrariée aurait été de devenir vice-président de la région Île-de-France à la culture. Le président de l'époque, Jean-Paul Huchon, lui confiera l'apprentissage, puis les affaires internationales. 

« d'une grande loyauté par rapport à ses idées »

L'élu participe aux débats intellectuels de la gauche. Il a dirigé le journal la Corrèze républicaine et socialiste. Il est l'auteur d'une biographie - la première - de Jean Poperen, républicain et laïc, ex-communiste passé à la SFIO après la répression de Budapest en 1956. Il retient de cette figure qu'il a côtoyée la priorité accordée à la question sociale : « Le socialisme, c'est d'abord le salaire. » Et de Jaurès, sa principale source d'inspiration, d'avoir « mis le réformisme au service de l'espérance révolutionnaire » et que le « parti est un intellectuel collectif ». 

Emmanuel Maurel est de fait un homme de partis. Au pluriel. Un militant du PS d'abord, tendance aile gauche. Quand Jean-Luc Mélenchon claque la porte en 2008 et que Martine Aubry prend la tête de Solferino, lui reste. « Je pensais encore qu'il fallait un grand parti socialiste », justifie-t-il. En 2018, le mandat Hollande a achevé ses espoirs et il quitte le PS à son tour. L'élu fonde Gauche républicaine et socialiste, un temps partenaire de la France insoumise, avant de rallier les campagnes de Fabien Roussel et Léon Deffontaines. Il siège avec les communistes au sein du groupe GDR. Le vice-président PCF du Sénat, Pierre Ouzoulias, reconnaît en lui quelqu'un de « discret, d'une grande loyauté par rapport à ses idées. Il dispute à la droite les thèmes qui étaient ceux de la gauche, la nation, la République, la laïcité, qu'il faut se réapproprier, réactualiser ». Le député promeneur refuse de dévier de son chemin, celui de la République sociale. 

Le Monde
France, lundi 5 août 2024 1531 mots, p. 9

La drôle de campagne de Lucie Castets

En quinze jours, la candidate du NFP à Matignon a été propulsée sur le terrain et tente de se forger une notoriété

Laurent Telo

Si tout s’était déroulé sans imprévu, elle serait, à l’heure qu’il est, en train de visiter la tour de Pise sous la chaleur italienne avant de déguster un spritz bien frais. Au lieu de ça, Lucie Castets a tout annulé pour accepter un job d’été un peu particulier : obliger Emmanuel Macron à la nommer première ministre, alors même qu’il ne connaissait pas son existence il y a deux semaines. C’est d’une densité assez romanesque, mais tous ceux qui ont croisé Lucie Castets depuis mardi 23 juillet, date de son irruption dans la vie politique française, semblent ne se faire aucun souci : cette haut fonctionnaire de 37 ans possède tout l’aplomb nécessaire. D’ailleurs, elle doit faire face à son premier gros coup de pression.

Mercredi 31 juillet, Le Canard enchaîné révèle que la candidate du Nouveau Front populaire (NFP) pour Matignon a posé des congés payés plutôt que de se mettre en disponibilité pour entamer sa « campagne ». Puis des élus parisiens de droite alertent le procureur de la République pour « violation de son devoir de réserve ». Elle balaie la polémique. « Je suis très tranquille. Il n’y a aucun problème de droit », répond-elle au Monde, vendredi 2 août au matin. Elle a des sujets plus urgents sur le feu. Elle a bientôt rendez-vous, en visioconférence, avec les quatre chefs de parti du NFP : Marine Tondelier pour Les Ecologistes, Fabien Roussel pour le Parti communiste, Olivier Faure pour le Parti socialiste (PS) et Manuel Bompard pour La France insoumise (LFI). Il y a l’ampleur du défi – « le jour où on est appelé, on doit être prêt » –, et ces réunions qui commencent toujours de la même manière : « Je leur dis ce que je compte faire. »

Lucie Castets parle à la première personne, car elle veut faire la démonstration de son autorité alors qu’elle doit mener à bien, en simultané, trois travaux herculéens : d’abord, décliner le programme du NFP selon une mise en œuvre encore en réflexion. Depuis ses premières interviews, son message ne varie pas : « Je ne vais pas contredire le programme du NFP, qui est ma base de travail », selon ses priorités, « la transition écologique, le pouvoir d’achat, et la reconstruction de services publics qui se détériorent. »

Faire adopter des lois avec une majorité relative ? Pas simple, voire… « impossible d’avoir une coalition globale à l’Assemblée, mais c’est jouable texte par texte avec des députés issus de la majorité sortante. Comment ne pas imaginer un large consensus sur la revalorisation des salaires de nuit des infirmières ? »

Deuxième besogne : échafauder un gouvernement. Pas simple non plus… Elle est une première ministre putative qui doit contenter quatre « présidents » de quatre nuances de gauche. L’idée d’un gouvernement très resserré circule, elle reste évasive : « Je n’exclue pas de nommer des personnalités de la société civile. »Elle anticipe des tensions inter-NFP pour s’arroger les maroquins : « Je considère que l’on m’a confié un mandat : incarner le NFP et faire respecter les équilibres. Il y a un dialogue régulier avec les partis, je les trouve respectueux du cadre de ce mandat. Et il y aura des arbitrages à prendre de ma part. »

« Toutes les qualités »

Il lui faut, enfin, acquérir une indispensable notoriété. Un peu plus simple… Pendant que le chef de l’Etat effectue des allers-retours, entre le fort de Brégançon (Var), pour se reposer, et Paris, pour congratuler les champions olympiques français, Lucie Castets enchaîne les plateaux médiatiques. Elle vient de vivre les quinze jours les plus intenses de sa vie, en attendant les quinze suivants. « Cette idée de devenir première ministre ne m’avait jamais effleurée, même en me lavant les dents. »On lui pose la question : peut-on s’offrir un destin en un coup de fil ?

Lundi 22 juillet, 13 heures, la directrice des finances et des achats à la Ville de Paris, qui gère 11,3 milliards d’euros, le budget de la capitale, s’apprête à enfourcher son vélo pour aller déjeuner avec un ami. Son portable vibre. Le nom d’Olivier Faure apparaît. Elle a rencontré le premier secrétaire du PS, un an auparavant, au Festival des idées de La Charité-sur-Loire (Nièvre), qui, chaque année, fait débattre société civile et politiques de gauche. Au téléphone, Olivier Faure lui déroule un exposé sur une situation politique du pays qu’elle n’ignore pas.

Au terme de seize jours de psychodrames et de palabres infructueuses autour des noms d’Huguette Bello et de Laurence Tubiana, à mesure que le point de non-retour se rapproche, le chef de file du PS a une idée qui peut convenir à tout le monde. Alors, il finit par glisser à Lucie Castets : « Je voudrais te consulter sur quelque chose… J’ai parlé de toi au sein du PS. Est-ce que je peux tester ton nom auprès des autres partis ? »Lucie Castets est interloquée. Pourquoi elle ? Olivier Faure lui répond : « Tu as toutes les qualités. Tu es une femme, tu es issue de la société civile, tu as les compétences techniques requises. »Quand le nom est suggéré au NFP, Manuel Bompard fait : « Qui ça ? »

Ils sont plusieurs à taper discrètement « Lucie Castets » sur Google. A gauche, tout le monde a déjà croisé, de loin en loin, cette énarque, engagée dans la défense des services publics, mais ses faits de gloire politique sont minces. Lors des dernières législatives, elle décline l’offre d’une investiture, chez elle, dans le Calvados, émise par Arthur Delaporte, député PS. A LFI, elle connaît bien l’eurodéputée Manon Aubry. « Je pense qu’elle est l’une des clés qui permet de rassembler sur mon nom », concède Lucie Castets . « Plus on s’est renseignés, plus on a été convaincus », nous assure Eric Coquerel, président LFI de la commission des finances de l’Assemblée nationale.

Avant de raccrocher avec Olivier Faure, Lucie Castets demande un temps de réflexion. « Je suis en retard pour aller déjeuner. Je pense pouvoir gérer après. Avoir du temps. » Elle en a, un peu, car elle reste sans nouvelle jusqu’au lendemain. « Je me dis : s’il n’y a plus que mon nom, il faudra prendre ses responsabilités. Oui, c’est vertigineux, mais je ne pourrai pas me regarder dans une glace si la gauche explose parce que je dis non. »

Adoubée

Mardi après-midi, c’est au tour de Manuel Bompard, le coordinateur de LFI, de l’appeler. « Cela devient plus concret, précise-t-elle . Je comprends qu’il n’y a plus cinquante noms. Puis Jean-Luc Mélenchon me téléphone. Je lui dis franchement : “On n’a pas la majorité absolue”… Il me répond : “Je sais”. » Adoubée.

Sa candidature pour Matignon est officialisée, le même jour, à 19 heures. Une heure plus tard, le chef de l’Etat ne prononcera pas son nom, souligne plutôt l’absence de majorité absolue du NFP et annonce qu’un gouvernement devrait être nommé à la mi-août. Lucie Castets se met en campagne. Elle se dévoile à la France entière et se révèle à elle-même. Sans période de rodage, elle est propulsée sur le plateau de la matinale de France Inter, de BFM-TV… Ton robotique, réponses parfois hésitantes… L’aile droite du PS s’enflamme : comment ne pas condamner distinctement Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis, qui a déclaré que les athlètes israéliens n’étaient pas « les bienvenus » aux Jeux olympiques ?

Samedi 27 juillet, en déplacement dans un quartier populaire de Lille, la nouvelle star de la gauche vit son premier bain de foule… Très scénarisé, avec militants locaux convoqués pour faire nombre, etdanger de superficialité trop visible, inhérente à ce genre de « happening » monté à la va-vite, au cœur de l’été, alors qu’elle est inconnue de l’opinion publique. Son nom n’a surgi qu’il y a quatre jours. « J’ai l’impression que c’était il y a dix ans. » Mercredi 31 juillet, elle se rend à l’usine Duralex, dans le Loiret, en compagnie, notamment, d’Olivier Faure, de Marine Tondelier et d’Antoine Léaument, député LFI de l’Essonne.

Elle est rassurée sur les intentions communes du NFP d’accéder à Matignon : « Jean-Luc Mélenchon y croit. Il y a une opportunité de montrer aux Français de quoi la gauche est capable. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des plans de chacun pour le futur, mais tous savent qu’il y a une attente de la part des gens. »Sera-t-elle finalement celle qui peut forcer la décision présidentielle ? « Elle me paraît solide, intervient Emmanuel Grégoire, député PS de Paris, proche de Lucie Castets. Je comprends que d’autres aient besoin d’être convaincus. L’effet de surprise doit se transformer en effet de bonne surprise. »

Ou en illusions déjà perdues. Emmanuel Macron ne semble guère décidé à donner sa chance au nouveau produit de la gauche. Il pourrait la recevoir… pour lui signifier qu’elle ne sera pas son choix. Le risque d’une « campagne » pour rien. L’Italie est un pays très agréable, aussi, en septembre.

L'Humanité
lundi 5 août 2024 164 mots, p. 4

Non !

« Un martyr ». En relayant sans aucune distance, il y a deux jours, un hommage à Ismaïl Haniyeh, tué la semaine dernière, la députée FI Sophia Chikirou ne rend pas service à la cause palestinienne. L'assassinat ciblé de l'un des chefs du Hamas, alors qu'il se trouvait en Iran, doit être condamné comme tel et comme atteinte à la souveraineté d'un pays. Elle ne fait pas un martyr de l'un des responsables du massacre du 7 octobre. Non ! Le Hamas n'est pas l'expression de la résistance palestinienne. Le confondre avec le peuple de Gaza, c'est légitimer la guerre d'Israël avec ses destructions innombrables et à ce jour 40 000 morts. En France, c'est donner du crédit aux accusations éhontées d'islamo-gauchisme qui visent la gauche et c'est discréditer toutes celles et ceux qui condamnent cette guerre, réclament un cessez-le-feu et une solution juste du conflit. La députée insoumise ne peut ignorer que sa position n'est en aucune manière celle du Nouveau front populaire. Alors pourquoi ? 

Le Monde
Economie & Entreprise, lundi 5 août 2024 755 mots, p. 13

En Normandie, les salariés d’ExxonMobil défendent leurs jobs

Le groupe américain veut fermer, en 2025, une partie de ses activités pétrochimiques à Port-Jérôme-sur-Seine, en Seine-Maritime

Adrien Pécout

Site Seveso oblige, malgré la grève, des voitures continuent de franchir les grilles bleues. A 6 heures, puis à 14 heures, et enfin à 22 heures, c’est la relève pour assurer la sécurité du gigantesque complexe pétrochimique d’ExxonMobil, dédale de tuyaux et de cheminées, à Port-Jérôme-sur-Seine, le nom de la commune nouvelle englobant celle de Notre-Dame-de-Gravenchon, en Seine-Maritime.

Mais, depuis fin mai, à l’initiative de FO et de la CGT, plus aucun produit ne sort du vapocraqueur, l’installation-clé du site pour convertir le pétrole en matières plastiques, vieille d’un demi-siècle. Des banderoles rappellent, à l’entrée, les revendications de l’intersyndicale – dont font partie la CFE-CGC et la CFDT : « Non à la fermeture », « La chimie doit vivre ».

Le 11 avril, le groupe américain ExxonMobil a annoncé son plan pour 2025 : fermer une grande partie de ses activités pétrochimiques en Normandie, tout en gardant, sur la même plate-forme, sa raffinerie, qui est en activité depuis 1933. La filiale ExxonMobil Chemical France, souffrant de la concurrence avec les Etats-Unis et l’Asie, c’est « près d’un milliard d’euros » de pertes au cours de ces cinq dernières années, précise le groupe. A l’inverse, la filiale Esso, celle pour le raffinage, c’est plus d’un milliard d’euros de bénéfices, selon nos informations.

Initialement, il était question de supprimer 677 postes – dont 30 à Nanterre, au siège, en région parisienne. Après huit tours de négociations avec les élus du personnel, la direction a désormais 659 postes dans le viseur. Ce qui impliquerait aussi des coupes dans les effectifs de la raffinerie ; certains services, comme la maintenance ou l’informatique, étant mutualisés.

Pour les syndicats, le problème reste entier. La major numéro un du pétrole aux Etats-Unis (36 milliards de dollars de profits au niveau mondial en 2023, soit 33 milliards d’euros) s’apprête toujours à supprimer environ un tiers des emplois sur son site normand. « Nous faisons face à un mur », considère Pierre-Antoine Auger, délégué syndical FO, l’organisation majoritaire. Et ce, en plein été, pendant les Jeux olympiques de Paris. « Médiatiquement, nous avons l’impression d’être relégués au second, voire au troisième plan », ajoute-t-il.

Perte de souveraineté

« La direction d’Exxon nous traite avec une brutalité que nous n’aurions pas imaginée », insiste Germinal Lancelin, secrétaire de la CGT pour les unités pétrochimiques. Contactée, l’entreprise reconnaît « un contexte parfois tendu mais dans le respect du dialogue social ».

Les organisations syndicales ont jusqu’au mardi 6 août pour signer ou non le projet de « plan de sauvegarde de l’emploi » présenté par l’entreprise, c’est-à-dire les conditions de départ. En cas de refus, probable, l’entreprise enverra unilatéralement un document à l’administration. A ce stade, elle prévoit un budget de 153 millions d’euros, notamment pour des départs anticipés à la retraite ou des congés de reclassement. « Nous nous engageons à proposer trois offres d’emploi valables à tous les salariés qui seraient en rupture de contrat de travail », ajoute-t-elle.

Le député socialiste Gérard Leseul redoute un « traumatisme » social pour sa circonscription. Il déplore « une décision stratégique prise aux Etats-Unis, qui ne tient pas compte de l’histoire d’Exxon dans notre territoire seinomarin ».

Car 75 entreprises ont « des liens de travail »avec ExxonMobil dans les environs, et 12 d’entre elles en sont même « très dépendantes », estime la communauté d’agglomération Caux Seine Agglo. Selon ce même établissement public, la disparition totale de l’activité chimie causerait aussi un énorme manque à gagner pour les villes et l’intercommunalité : 6,5 millions d’euros par an en moins de recettes fiscales.

Deux parlementaires communistes du département, la sénatrice Céline Brulin et le député Jean-Paul Lecoq, mettent également en garde contre une perte de souveraineté pour l’industrie française, en particulier dans le secteur pharmaceutique ou dans celui de l’automobile.

Cet été, l’absence d’un nouveau gouvernement complique les choses. Depuis avril, des « échanges ont eu lieu entre Roland Lescure et la direction d’ExxonMobil aux Etats-Unis pour que l’accompagnement des salariés soit exemplaire », fait valoir l’entourage du ministre démissionnaire chargé de l’industrie et de l’énergie. « Nous nous sentons abandonnés par les pouvoirs publics », réplique M. Lancelin, de la CGT. « La prochaine étape, dans deux ou trois ans, ce pourrait être la vente de la raffinerie » , prévient M. Auger, du côté de FO.

Libération
lundi 5 août 2024 819 mots, p. 14

AUTRE

Macron, Attal… course de fond pour le bénéfice politique des JO

VICTOR BOITEAU

AUTRE

Pendant que les oppositions demeurent en retrait, le chef de l'Etat multiplie les célébrations des athlètes tricolores, soucieux d'engranger du capital sympathie dans un moment «fédérateur». Son Premier ministre démissionnaire tente lui aussi d'occuper le terrain..

U ne flopée de médailles, des sportifs tricolores adulés, un pays vibrant à l'unisson… Que rêver de mieux que cette liesse olympique pour Emmanuel Macron, une grosse semaine après l'ouverture des Jeux, en plein dans cette «trêve» politique autoproclamée ? «98 ? 2024 ! La France», a écrit samedi le chef de l'Etat sur X, au-dessus d'une vidéo montrant la foule en liesse au Club France, parc de la Villette à Paris, après l'épreuve de relais des nageurs tricolores. Une allusion à la ferveur qui avait enflammé le pays après la victoire des Bleus au Mondial de 1998, image d'Epinal d'une France «black-blanc-beur» unie. Une ferveur largement récupérée politiquement depuis.

DU Le locataire de l'Elysée a interrompu ses vacances au fort de Brégançon (Var) pour assister à plusieurs épreuves vendredi en Ile-de-France. De l'équitation à Versailles au bassin olympique de La Défense Arena, Macron encourage, célèbre et s'affiche avec les héros de la journée multimédaillée. Un poil trop ? Après la médaille d'or du géant Teddy Riner vendredi, il embrasse le judoka, mains sur la nuque et tapes dans le dos, face aux caméras du monde entier. Et le Président de pousser dans les bras de son père la fille du médaillé olympique… «Il n'y a pas de raisons que le chef de l'Etat ne puisse pas savourer cet engouement populaire, défend un conseiller élyséen. Il est engagé depuis le premier jour, a mis du crédit politique dans cette célébration, parfois contre vents et marées. Il fait comme tous les Français, il profite de ces moments de joie.» Un ex-ministre se montre sceptique : «Il pense vraiment que tout ça va lui bénéficier et ciseler sa statuette.» Allégresse. Surfer sur la popularité des grands événements sportifs est un classique. «C'est un événement qui se produit une fois par siècle dans notre pays, note Guillaume Kasbarian, ancien ministre du Logement. Ce n'est pas tous les jours que l'on voit une telle joie et une telle unité. Si cela pouvait être tous les jours de l'année comme ça, notre pays ferait des merveilles !» De quoi faire flotter en macronie un parfum d'allégresse. Qu'elle leur semble (déjà) loin la rouste des européennes, puis celle des législatives… Le Premier ministre démissionnaire Gabriel Attal prend lui aussi part aux célébrations. Après avoir reçu ses anciens ministres à Matignon mercredi, il saluait sur X le «succès» des «premiers jours de Jeux». «Chaque jour qui passe est une victoire pour tous les Français, une raison de plus de croire en notre pays», s'enorgueillissait Attal, signifiant au passage que lui aussi voulait grappiller un morceau de réussite de cet événement XXL. «Comme en 1998, la question sera de savoir qui va profiter de cet engouement, interroge le député NFP Aurélien Rousseau, ancien ministre de la Santé d'Elisabeth Borne. Les citoyens savent faire la part des choses et les politiques ne seront pas bénéficiaires durablement de tout cela. Mais ça fait tellement de bien de sentir les gens enthousiastes. C'est déjà en soi une victoire.» L'exministre et député Clément Beaune abonde : «C'est un vrai événement français : on râle jusqu'à la veille, on adore tout au long, on crée quelques polémiques pour ne pas perdre la main et on s'engueulera après ! Et on restera tous fiers quand même.» Période suspendue avant la rentrée ? «C'est un moment fédérateur, s'enthousiasme un conseiller ministériel. On sait que la rentrée ne va pas nous épargner…» Mais il tacle le «silence étourdissant des oppositions». Célébrer l'événement sans donner l'air de filer le point au chef de l'Etat, pas facile. Les critiques sont rares. Jordan Bardella et Marine Le Pen se sont bien gardés de médire d'une cérémonie visionnée par plus de 24 millions de personnes, un record absolu en France. Les JO, argue un conseiller, c'est «la France entière dans toute sa diversité, chez les athlètes comme chez les supporters. Chanter une Marseillaise et brandir un drapeau n'est pas le propre de l'extrême droite. Il n'y a que le sport pour faire cela. Le pays est mis en valeur, même à l'international».

Embarrassée. A gauche, depuis le début des Jeux, Jean-Luc Mélenchon s'est contenté d'une note de blog sur la cérémonie, pour critiquer la tête coupée de Marie- Antoinette et «la moquerie de la Cène chrétienne». La gauche serait-elle embarrassée par l'élan cocardier et la chaleur populaire ? Sur X, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias s'interroge : «Est-ce que le désintérêt de la gauche pour le sport témoigne d'une déconnexion sociologique ? Est-il un problème politique ? Oui, comme l'est du reste notre incapacité à nous approprier la Marseillaise, le drapeau français et la nation, alors même que ces notions nous ont été léguées par la grande Révolution française.»

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, lundi 5 août 2024 795 mots, p. AUJM35
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5 août 2024 - Le Parisien

Les maires taxent de plus en plus les résidences secondaires

Alors qu'elles n'étaient que 308 l'an dernier, 1 461 communes majorent la taxe d'habitation sur les non-résidents en 2024. Objectif : lutter contre la tension immobilière mais aussi faire rentrer de l'argent.

Maxime Gayraud

La nouvelle va un peu gâcher les vacances de nombreux propriétaires d'une résidence secondaire. Si la taxe d'habitation a été supprimée pour les résidences principales, elle est toujours en vigueur pour les lieux de villégiature. Pis, certains maires ont la possibilité de la majorer, de 5 à 60 %. Jusqu'ici, seulement 1 138 communes situées en « zone tendue », c'est-à-dire appartenant à « une zone d'agglomération continue de plus de 50 000 habitants » où se loger est particulièrement difficile, étaient éligibles, et seulement 308 l'avaient effectivement instaurée.

Mais, désormais, cette surtaxation est étendue aux zones urbaines de moins de 50 000 habitants aux prix de l'immobilier élevés et avec un certain taux de résidences secondaires. Résultat : 3 697 communes sont éligibles. Et les nouvelles venues ne se sont pas privées de l'opportunité qui leur était offerte. Selon un document que vient de publier la Direction générale des finances publiques (DGFiP), 1 461 communes ont institué une majoration. Et plus d'un tiers (36,9 %) ont fixé la barre au plus haut, à 60 %.

« C'était quelque chose d'attendu depuis très longtemps par les élus », souligne Xavier Roseren, député (Ensemble) de la Haute-Savoie à l'origine de la mesure, avant d'en dire plus sur l'objectif recherché : « Ce n'est pas parce que la taxe d'habitation est gonflée de 60 % que les propriétaires vont mettre en vente leur résidence secondaire, certains ne s'en apercevront même pas. Cela va surtout permettre d'offrir aux communes des recettes supplémentaires, et elles vont pourvoir s'en servir pour faire du logement social, de l'accession à la propriété ou du bail réel solidaire... »

Pouvoir loger les salariés

Parmi les nouvelles communes prélevant cette surtaxe au taux maximal de 60 %, on trouve évidemment des noms qui sentent bon les vacances comme Palavas-les-Flots (Hérault), Capbreton ou Mimizan (Landes), Dives-sur-Mer ou Ouistreham (Calvados), Les Houches (Haute-Savoie), Chambéry (Savoie) ou encore Crozon (Finistère, lire ci-contre), commune où les résidences secondaires représentent près de 50 % des logements.

À Divonne-les-Bains, ville thermale de l'Ain, c'est surtout la proximité avec Genève qui a poussé le maire, Vincent Scattolin, à instaurer une surtaxe d'habitation de 60 %. « Nous n'avons plus de dotation globale de fonctionnement de l'État car nous sommes considérés comme une commune riche alors que notre population croît de 2,5 % par an, ce qui implique des besoins en termes d'infrastructures et de services publics », souligne l'élu.

Avec quelque 10 % de résidences secondaires sur la commune, rien que la surtaxe devrait rapporter 1 million d'euros alors que le budget de la commune est de 25 millions. « Ces résidences secondaires sont bien spécifiques, souvent de grandes villas appartenant à des gens du Moyen-Orient et des pays de l'Est, qui ne reviendront pas sur le marché immobilier, admet l'édile. Mais cet argent servira à poursuivre un développement immobilier raisonné et qualitatif pour parvenir à loger les salariés. » En clair, ceux qui travaillent à Divonne et qui ont toutes les peines du monde à trouver un toit abordable, les prix étant tirés par les travailleurs frontaliers, au salaire beaucoup plus élevés.

Si la mesure est plébiscitée par les élus concernés - d'autant plus qu'il s'agit de taxer des non-résidents qui ne votent donc pas sur la commune -, cet engouement pour la surtaxation des résidences secondaires est fraîchement accueilli du côté de l'Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI). « Il s'agit encore d'une charge très lourde, de prendre de l'argent aux propriétaires en espérant les décourager, réagit son président Sylvain Grataloup. Mais si vous avez une maison en Provence de 300 m 2 avec piscine et qu'on vous pousse à la mettre en location, vous n'aurez jamais un habitant capable de payer le loyer au prix du marché. »

Des propriétaires pas forcément aisés

Surtout, il bat en brèche le portrait de propriétaires de résidences secondaires forcément aisés. « Ce sont en général des gens qui ont fait l'acquisition de leur résidence principale à crédit et qui, au fil du temps, se disent qu'ils peuvent investir dans une résidence secondaire pour leur retraite. Ou des gens qui ont récupéré un bien dans le cadre d'une succession et qu'il faudrait plutôt aider à faire des travaux de rénovation énergétique pour le mettre en location. »

Mais pour les promoteurs de cette mesure, les niveaux de surtaxe, de 5 % à 60 %, restent raisonnables, surtout si les recettes dégagées servent à accroître la part de résidences principales. Et le député Xavier Roseren de conclure : « Lorsque vous êtes propriétaire d'une résidence secondaire, vous êtes très content d'arriver dans une ville ou un village avec une vraie vie et des habitants à l'année. »

Le Monde
France, lundi 5 août 2024 1280 mots, p. 8
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2 août 2024 - Le Monde (site web)
3 août 2024 - La Matinale du Monde

Cérémonie des JO : des artistes face à la haine

La drag-queen Nicky Doll, qui a participé au tableau des « festivités », a à son tour porté plainte, vendredi

Victoria Lemaire et Laura Motet

Une semaine après le défilé festif des délégations sur la Seine, ponctué de tableaux, dont celui des « festivités », sur les rives et les ponts parisiens, les répercussions de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques (JO) de Paris 2024 se poursuivent. A la suite de la DJ Barbara Butch, mardi 30 juillet, la drag-queen et présentatrice de l’émission télévisée « Drag Race France », Nicky Doll,a, elle aussi, saisi la justice. Selon nos informations, confirmées par son avocate Anne-Sophie Laguens, l’artiste a porté plainte, vendredi 2 août, contre l’activiste britannique Laurence Fox et d’autres internautes anonymes pour diffamation.

Le 26 juillet, M. Fox, ancien acteur, a posté, sur X, une vidéo du tableau des « festivités », vu à tort comme une réinterprétation de la Cène, en qualifiant les artistes participants de « pédophiles » et de « déviants ». Les autres internautes anonymes visés par la plainte ont employé des qualificatifs analogues. Une enquête pour « injures publiques à raison de l’identité de genre ou de l’orientation sexuelle » a été ouverte, vendredi soir, par le parquet de Paris.

Si Nicky Doll, de son vrai nom Karl Sanchez, admet être habituée aux messages de haine et aux menaces qui « ne[l] ’atteignent pas », la ligne franchie par Laurence Fox a motivé son dépôt de plainte. L’artiste explique : « C’est un combat que je veux mener, pour que les personnes ouvertement homophobes aient peur d’utiliser ce mot de “pédophile”, parce qu’on les attaquera. C’est une chose d’être homophobe. Par contre, nous associer à des faits aussi horribles que la pédophilie, ça n’a pas de nom et ce ne sera clairement pas attaché au mien. »

D’autant que ce n’est pas une première pour Laurence Fox. L’activiste avait déjà été condamné en 2024 pour diffamation après avoir qualifié de « pédophiles » la drag-queen Crystal et Simon Blake, acteur majeur de la défense des droits des personnes LGBT +.

« Je m’attendais à ce qu’il y ait de la critique. En tant que personne queer, on a l’habitude d’être pointée du doigt. Mais je ne m’attendais pas du tout à recevoir une telle vague de haine religieuse. Dès le début, dans notre brief, il n’a jamais été question de la Cène, mais du festin des dieux », précise Nicky Doll, faisant écho aux clarifications émises par Thomas Jolly, le directeur artistique de la cérémonie, son équipe et les artistes présents sur le tableau.

« Climat d’angoisse »

Parmi ces derniers, Hugo Bardin, alias Paloma, sous son nom de drag-queen, gagnante de la saison 1 de « Drag Race France », remarque une vague de haine « assez terrifiante » du fait de la dimension internationale de l’événement, tout en précisant : « Je comprends que des gens aient pu se sentir blessés ou puissent avoir des réactions épidermiques, mais là, il ne s’agit pas juste de dire “ça m’a gêné”. C’est de l’ordre de “va brûler en enfer, espèce de pédophile, sataniste, sodomite”… J’ai l’impression que l’on est sous l’Inquisition. Ce n’est pas forcément plus violent qu’avant les JO, mais c’est plus absurde. »

Mardi, la DJ Barbara Butch – une icône de la scène queer et militante féministe, antiraciste et pour les droits des personnes LGBT + –, autre artiste au cœur du tableau des « festivités » particulièrement visée par ces attaques, a déposé plainte pour « cyberharcèlement aggravé, dont menaces de mort et de torture » et « injures aggravées ». « Ceux qui s’en prennent à Barbara Butch le font, car ils ne supportent pas qu’elle puisse représenter la France, parce que c’est une femme, lesbienne, grosse, juive… Le problème, c’est leur intolérance et leur obscurantisme », avait dénoncé son avocate, Me Audrey Msellati, dans un communiqué. L’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine a été saisi. « Ces faits sont susceptibles d’être qualifiés d’injures aggravées par la discrimination, menaces de mort, et provocation publique aux atteintes volontaires à la vie ou à l’intégrité physique des personnes », précise le parquet de Paris.

Ces messages haineux, reçus d’anonymes sur les réseaux sociaux, s’ajoutent à des réactions publiques de personnalités d’extrême droite ou d’organisations religieuses. La députée européenne Marion Maréchal a, entre autres, déploré la présence de drag-queens lors de la cérémonie d’ouverture, «[cherchant] désespérément la célébration des valeurs du sport et de la beauté de la France au milieu d’une propagande “woke” aussi grossière ». La Conférence des évêques de France a, quant à elle, regretté « des scènes de dérision et de moquerie envers le christianisme ».

Témoignages « d’acceptation »

Déjà habitués aux critiques et aux menaces , les artistes interrogés confient n’y prêter que peu d’attention. « J’ai dépassé le stade d’avoir quelque chose à faire de ces commentaires », explique Raya Martigny, mannequin transgenre réunionnaise ayant défilé en combinaison pailletée bleu, blanc, rouge, qu’elle qualifie de « représentation de la France d’aujourd’hui et de demain ». « On vit dans un climat d’angoisse, poursuit-elle. Les gens trouveront toujours quelque chose à dire. Nous, les personnes queer, recevons souvent des menaces de mort. »

A l’évocation de la cérémonie, les artistes confient cependant en premier lieu avoir été étonnés par le volume de commentaires positifs. « Beaucoup de gens sont heureux de s’être sentis représentés dans cette cérémonie, saluée à l’international pour sa beauté, son audace et son ambition », expliqueHugo Bardin, qui a reçu des milliers de messages sur les réseaux sociaux, en grande majorité élogieux. Ces témoignages « d’acceptation et d’amour »sont les « plus forts qu’[elle a] reçus de toute[sa] vie », abonde Raya Martigny. D’autant qu’aux messages d’anonymes se sont ajoutés les compliments de sa famille, « avec qui les rapports ont pu être compliqués ». « La seule chose qui me manquait dans ma vie, c’était cette sorte de validation et d’amour de mes proches, ajoute-t-elle. Aujourd’hui, j’ai l’impression de m’être approchée de ce but et le reste, la haine, cela n’a aucun intérêt. »

L’association SOS Homophobie apporte « son soutien plein et entier aux artistes qui sont ciblés ». Sa présidente, Julia Torlet, estime qu’il faut « faire front dans un moment comme celui-ci ». Elle voit se dessiner, derrière les attaques liées à la cérémonie d’ouverture, trois types de publics : le premier, composé de croyants qui portent une « accusation de blasphème », le deuxième, proche « des sphères de droite et d’extrême droite très conservatrices ». « Un autre profil m’inquiète, même s’il est moins fréquent, c’est cette frange émergente de personnes, homosexuelles pour la plupart, qui se revendiquent LGB, mais pas LGBTQ, évacuant complètement les identités trans et queer, explique-t-elle. Ils et elles se disent blessés par la représentation queer et la caricature qui est faite par les drag-queens. »

Terrence Khatchadourian, secrétaire général de Stop Homophobie, a comptabilisé, avec son association, « 17 000 signalements[de messages et de commentaires haineux] et demandes de signalement », soit 3 400 par jour, entre les 26 et 31 juillet, contre 750 par jour en moyenne avant la cérémonie d’ouverture. L’association propose son soutien aux personnes ciblées et se portera partie civile dans la procédure engagée par Nicky Doll.

L’artiste précise qu’il n’y a aucune motivation financière dans son dépôt de plainte : « Si je gagne, l’argent sera reversé à des associations queer, pour qu’en plus[Laurence Fox] se dise[qu’il] a aidé des personnes queer à aller mieux dans leur vie. »

Libération
lundi 5 août 2024 98 mots, p. 14

AUTRE

Mort d'Ismaïl Haniyeh Le PS critique un post de Chikirou, qui se défend

AUTRE

Un post Instagram publié jeudi par l'insoumise Sophia Chikirou, qui relayait un hommage au chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, tué la veille à Téhéran dans une frappe imputée à Israël, a suscité de nombreuses critiques notamment de la part du PS, allié à LFI au sein du Nouveau Front populaire. La députée LFI de Paris a répondu dimanche à Libération en niant tout soutien aux «actes terroristes» du Hamas et en affirmant n'avoir rendu aucun «hommage» mais seulement republié des textes à titre «d'information».

L'Humanité
lundi 5 août 2024 50 mots, p. 4

Sarah Knafo chez les trumpistes

La députée européenne Reconquête ! Sarah Knafo s'est glorifiée sur X d'intégrer l'Institut Claremont, dont elle souligne « l'immense qualité de son combat culturel ». Le think tank ultraconservateur, basé en Californie, est connu pour son soutien à Donald Trump. De quoi revenir armée pour le combat... politique.

Le Monde
France, lundi 5 août 2024 1451 mots, p. 7
Aussi paru dans
3 août 2024 - Le Monde (site web)

Emmanuel Macron félicite les athlètes et espère un « legs de fierté »

Vendredi, le chef de l’Etat est venu assister aux épreuves et capter la ferveur du pays

Claire Gatinois

Il lui fallait sentir au plus près l’engouement populaire, partager avec les Français un peu de ce bouillonnement olympique. Vendredi 2 août, une semaine après avoir proclamé, la voix nouée par le stress d’une faille sécuritaire, l’ouverture des « XXXIIIe olympiades des temps modernes », Emmanuel Macron est sorti de son exil méditerranéen au fort de Brégançon (Var) pour applaudir les athlètes français.

Il est environ midiquand le Falcon présidentiel se pose en région parisienne, permettant au chef de l’Etat de rejoindre un peu plus tard Versailles, où se tiennent les épreuves hippiques. Dans les jardins du château, le président de la République salue l’équipe de France au saut d’obstacles (médaille de bronze) puis file sous la tour Eiffel pour assister au beach-volley avant de rejoindre le tatami où évoluent les judokas Romane Dicko (bronze) et Teddy Riner (or).

Images féeriques. Fierté française. Jubilation présidentielle. La scène se répète tout au long d’un après-midi légendaire où Florent Manaudou (bronze) et Léon Marchand (or) brillent en natation, et où Joris Daudet, Sylvain André et Romain Mahieu se hissent tous les trois sur un podium de BMX franco-français. Prodigieux. La nuit est tombée quand le chef de l’Etat s’éclipse, laissant derrière lui la vasque olympique et ses reflets d’or. « Comme les Français, Emmanuel Macron a été ébloui. Il n’avait pas de doute sur le fait que ça allait réussir, mais ce qu’on ne peut pas prévoir, c’est cette part de magie », s’ébaubit-on à l’Elysée.

« Président supporteur »

Parti humer l’air marin depuis la résidence de villégiature présidentielle à Bormes-les-Mimosas (Var) dès le dimanche 28 juillet, le président de la République ne suivait jusqu’ici les épreuves que virtuellement. Un œil sur son fil WhatsApp, installé par ses équipes pour être alerté, dans la seconde, des médailles françaises, le locataire de l’Elysée commentait les victoires sur X, entre deux sorties en mer : « Et de une ! » (après le bronze remporté par la judoka Shirine Boukli) ; « Marchand de rêve» (dans la foulée de la médaille d’or de Léon Marchand en 200 m papillon) ; « Jour de gloire » (après l’exploit de Cassandre Beaugrand, qui remporte l’or en triathlon). Des félicitations systématiques mais à distance, quand le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, était sur les photos en assistant en direct au sacre des champions tricolores.

« Les Jeux, ça appartient aux Français. Il y a eu beaucoup de politique ces derniers temps, Emmanuel Macron ne veut pas voler l’événement sportif », argue-t-on à l’Elysée. Le quadragénaire que l’on dit mal-aimé, usé par sept ans d’exercice du pouvoir, dose ses apparitions. Mais celui que l’on surnomme le « président supporteur »,exultant en tribune lors de la Coupe du monde de football de 2018, n’a su rester longtemps éloigné de la capitale où se joue un pan de l’histoire de son propre pays.

« Il se passe un truc »,observe Frédéric Dabi, directeur de l’institut de sondage IFOP. Dès la cérémonie d’ouverture sur la Seine, une fièvre s’empare de la nation, enthousiaste et stupéfaite d’un spectacle au cœur de Paris mêlant l’ancien et le moderne, l’art classique et la pop culture. Une partie de l’extrême droite et de la droite conservatrice s’offusque du « wokisme », qui, selon elle, se dégage de certaines images ? Le grand public ignore les rouspéteurs et n’a, à en croire l’IFOP, que le mot « fierté » à la bouche.

La tragédie redoutée n’est pas arrivée. Les six kilomètres de Seine ont été sécurisés, les images des beautés de Paris font le tour du monde et les athlètes français amassent les récompenses. « Ça claque toutes les critiques. Ça touche les entrailles du pays. Les JO font l’effet d’un shoot anti-déclin »,s’émerveille Frédéric Dabi.

La colère et le ressentiment jaillis des urnes après les élections législatives du 7 juillet semblent s’être évaporés. Le Rassemblement national (RN), aux portes du pouvoir à l’issue du premier tour, est muet. Comme si l’un de ses moteurs s’était éteint. « L’idée qu’un climat tendu et dépressif est favorable au RN est un lieu commun de nos adversaires », se défend Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme. « La France vit ces quinze jours olympiques comme frappée d’amnésie », constate l’essayiste et communicant Raphaël Llorca, décrivant ces Jeux comme le « contre-récit d’une France archipélisée ».

L’émotion collective a de quoi étourdir le sommet de l’Etat. L’atmosphère fleure bon comme cette victoire en Coupe du monde, à l’été 1998. L’événement, galvanisant une France « black-blanc-beur », s’était traduit par une remontée en flèche de la popularité de Jacques Chirac, président pourtant peu familier des subtilités du football. Vingt-six ans plus tard, personne, rue du Faubourg Saint-Honoré, ne fait mine de croire à la réédition d’un tel miracle. L’époque n’est plus la même, reconnaît-on dans l’entourage du chef de l’Etat.

« Et après, qu’est-ce qui se passe ? »

Mais Emmanuel Macron, soucieux de sa « legacy» (son héritage), selon les mots de son ancien communicant Frédéric Michel, veut associer son nom et son audace revendiquée aux Jeux olympiques (JO). L’événement laissera un « legs de fierté », dit-on à l’Elysée, où l’on s’enorgueillit d’une « folie française » qui rend l’événement si singulier. Une « French touch » à laquelle le chef de l’Etat ne se sent pas étranger.

N’a-t-il pas été l’un de ceux qui ont poussé pour que les JO sortent des carcans traditionnels en s’invitant dans les rues de Paris et en organisant une cérémonie hors d’un stade ? L’héritage devrait se traduire aussi concrètement par la permanence d’infrastructures, à Paris comme à Saint-Denis, la baignabilité de la Seine et de la Marne, la valorisation du sport et, peut-être, le maintien de la vasque olympique qui ravit les touristes. « Les JO ne resteront pas que quinze jours, mais quinze décennies », s’enflamme un conseiller élyséen.

Mais toute parenthèse, si enchantée qu’elle soit, est appelée à se refermer. Une fois l’euphorie retombée, les Jeux de Paris auront-ils le même effet que les JO de Londres de 2012 ?, questionnent les intellectuels. « La cérémonie d’ouverture organisée par Danny Boyle se voulait une célébration de l’histoire diversifiée de la Grande-Bretagne et de ses valeurs d’ouverture d’esprit. Dix ans plus tard, cela ressemble plutôt à un requiem », écrivait en 2022 le quotidien britannique The Guardian, rappelant le référendum sur le Brexit de 2016. « Nous verrons dans dix ans si la transgression[de ces JO] est devenue ouverture vers la liberté ou, au contraire, si 2024 a été un point d’inflexion vers un retour obscurantiste, nostalgique, qui aura marqué la fin d’une époque », avertit le 27 juillet l’essayiste Jacques Attali.

« Le risque c’est celui d’une désynchronisation entre le monde politique et le monde olympique », présage Raphaël Llorca. La « trêve politique », décrétée par Emmanuel Macron, prendra fin le 12 août, le lendemain de la clôture des épreuves avant les paralympiques, le 28 août. Les Français se souviendront alors que leur pays est dirigé par un gouvernement démissionnaire et que trois blocs s’affrontent à l’Assemblée.

Déjà, les députés macronistes entendent leurs électeurs, inquiets, les interpeller : « Et après, qu’est-ce qui se passe ? » Emmanuel Macron sait qu’il ne peut tergiverser pour nommer un nouveau premier ministre. « Il faut quelqu’un “en charge de’’ », admet-on à l’Elysée, où l’on dessine peu à peu le portrait-robot du personnage : un homme ou une femme, expérimenté(e), au fait des jeux parlementaires, qui ne serait plutôt pas du camp présidentiel, avec une fibre sociale si il, ou elle, vient de la droite, et des accents régaliens si il, ou elle, vient de la gauche. Assez pour clore la crise politique ouverte par la dissolution du 9 juin et faire s’entendre des partis qui s’opposent ?

« Tout le monde doit être à la hauteur », lance un conseiller élyséen imaginant l’esprit des Jeux se diffuser jusque sur les bancs du Palais-Bourbon. L’événement sportif a réclamé de faire travailler ensemble la maire de Paris, Anne Hidalgo, du Parti socialiste, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, des Républicains non ciottistes, et l’actuel chef de l’Etat. La nation, aime à rappeler Emmanuel Macron, citant le philosophe Ernest Renan, c’est d’ « avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ».

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_Actu, lundi 5 août 2024 862 mots, p. AUJM34,AUJM35
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5 août 2024 - Le Parisien

Le spectre du blocage politique

Alors qu'aucun des trois principaux blocs représentés à l'Assemblée n'est suffisamment puissant pour s'imposer seul, plusieurs responsables politiques pointent le risque d'une crise de régime.

Pierre Maurer et Pauline Théveniaud

À ceux qui ont échangé avec lui, Emmanuel Macron est apparu « sans regret » après la dissolution surprise qui a placé le pays face à une impasse politique. « Je ne l'ai pas beaucoup entendu dire : Je me pose des questions sur ce que j'aurais dû faire », soupire un ministre démissionnaire. Et pourtant...

En l'absence de majorité à l'Assemblée nationale, où la gauche et le Rassemblement national (RN) pèsent le plus lourd, mais pas suffisamment pour imposer une cohabitation, et sans possibilité de dissoudre avant un an, la menace d'un grand blocage donne des sueurs froides à plus d'un acteur politique. De là à provoquer une crise de régime ? « On y est déjà ! », s'exclame une figure macroniste au Palais-Bourbon.

C'est aussi ce que répète sur tous les tons Jean-Luc Mélenchon depuis la victoire électorale du Nouveau Front populaire (NFP), le 7 juillet. « En refusant la nomination d'un gouvernement du NFP et en menaçant de faire tomber aussitôt celui qui pourrait être constitué, on voit se dessiner tout un engrenage. La censure d'un gouvernement de gauche provoquerait ensuite, tout aussi mécaniquement, la censure d'un gouvernement des macronistes et de la droite. [...] Le seul moyen de sortir de cette situation sera que le président parte », écrivait-il dès le 22 juillet sur son blog.

Vers une présidentielle anticipée ?

Non sans arrière-pensées politiques, sachant qu'un tel scénario serait propice à une quatrième candidature présidentielle du tribun. « Utilisons cette Assemblée pour faire passer des choses à mettre au crédit d'une stratégie présidentielle », prône d'ailleurs l'un de ses compagnons de route.

Avec non moins d'ambitions, Marine Le Pen, elle, a agité le spectre du blocage dès la fin du mois de juin, pariant avant même le verdict des urnes qu'« il ne [resterait] au président que la démission pour sortir potentiellement d'une crise politique ». Depuis, la cheffe de file du RN a déclaré à notre journal « croire » à la perspective d'une France ingouvernable. « Le groupe central et le bloc LR, qui s'est déjà vendu avec eux, ça ne fait pas une majorité, jaugeait-elle le 20 juillet. Quant à l'espérance de M. Attal d'attirer un certain nombre de socialistes, peut-être le pourra-t-il. Mais tout cela sera forcément très fragile. »

La crise de régime ? « C'est ce que souhaitent Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Ils recherchent une présidentielle anticipée, mais ce n'est pas ce que je souhaite », tranche l'ancien président de la République François Hollande, réélu député PS de Corrèze, auprès de notre journal.

Tandis qu'un proche d'Emmanuel Macron ajoute... que, « d'une autre manière, Gabriel Attal et Édouard Philippe rêveraient également d'une présidentielle anticipée ». « C'est pour ça qu'eux-mêmes ne cherchent pas nécessairement à créer une coalition. Mais ils ont tort », accuse le même. Il va sans dire que l'ambitieux chef de file de la Droite républicaine (ex-LR), Laurent Wauquiez, est lui aussi fortement soupçonné de jouer une partition personnelle.

« Si personne ne fait d'effort, cela peut devenir une crise de régime, avertit le président de l'UDI, Hervé Marseille. Mais il n'y aurait pas beaucoup d'issues institutionnelles. Quand bien même le président démissionnerait, cela ne changerait rien puisqu'il ne pourrait pas dissoudre avant un an. Donc, il faut faire avec ce qu'il y a. » En gardant en tête l'explosif contexte géopolitique et, sur le front intérieur, une échéance majeure, « une heure de vérité » : la nécessité de faire adopter un budget pour le pays. « Désormais, il convient de faire vivre nos institutions et de répondre aux attentes exprimées lors des élections en nommant un gouvernement », presse François Hollande en écho.

« Une coalition, ça ne marchera jamais »

Lequel ? Si Emmanuel Macron balaie d'un revers de main la candidate du NFP, Lucie Castets, nul ne voit à ce jour comment les noms sur lesquels le chef de l'État consulte - Xavier Bertrand, Bernard Cazeneuve - pourraient agréger un nombre suffisant de députés. « Un gouvernement issu de la droite ne peut pas tenir dans la durée, sauf si le RN ne voulait pas s'y opposer », relève un éminent socialiste, pour qui le prochain Premier ministre, à défaut de majorité absolue, devra surtout parvenir à ne pas coaliser « une majorité contre lui ».

En somme, abonde un membre du gouvernement sortant, « la question, c'est quel est le programme qui ne sera pas censuré, pas de créer une nouvelle majorité, car ça, ça n'existe pas ». Mais même ce plus petit dénominateur commun peine à se dessiner. « On dit tous qu'on va faire une coalition, mais ça ne marchera jamais », finit par lâcher un cadre macroniste qui, comme de nombreux autres, « ne (voit) pas où est la clé ».

De là à dire que la V e République a vécu ? « En 1958, on change de République parce qu'on ne se sort plus de la crise algérienne, des menaces de coup d'État, et le régime parlementaire de la IV e République n'arrivait plus à faire son travail. Même si on est dans une situation compliquée, difficile, on n'en est pas encore là », relativise le politologue Pascal Perrineau, soulignant en outre « la plasticité » des institutions actuelles. Il en faudra.

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_Actu, dimanche 4 août 2024 606 mots, p. AUJM27,AUJM28
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3 août 2024 - Le Parisien (site web)

MarathoniCinq épreuves en une journée

Emmanuel Macron a interrompu ses vacances ce vendredi 2 août pour venir assister à plusieurs finales des JO. Célébration des exploits tricolores ou tentative de récupération ?

Marcelo Wesfreid

Difficile de ne pas l'apercevoir sur les images de la télévision. Ce vendredi, le chef de l'État était de toutes les étapes de la moisson de médailles tricolores. À 14 heures, il est à Versailles (Yvelines) pour la finale du saut d'obstacles par équipes. Deux heures plus tard, il poursuit sa tournée au pied de la tour Eiffel pour soutenir les Bleus en beach-volley.

À 17 h 30, le voilà à l'Arena Champ-de-Mars pour sécher les larmes de l'inconsolable judokate Romane Dicko, qui a décroché le bronze mais rêvait d'or. Emmanuel Macron est ensuite aux premières loges pour congratuler Teddy Riner, après son nouveau sacre.

On le retrouve au stand de tir, non loin, pour une rencontre avec les volontaires, ces bénévoles qui donnent de leur temps pour les JO. Le soir, c'est dans les tribunes du bassin olympique de Paris La Défense Arena, à Nanterre (Hauts-de-Seine), que s'affiche à nouveau le président. Il saute de joie et crie devant les exploits de Léon Marchand.

Omniprésent sur les réseaux sociaux

« Si tu as le temps, file voir le BMX, cela va être historique », lui souffle alors la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra. Une étape qui n'était pas prévue. Son convoi file en direction de Saint-Quentin-en-Yvelines. Vingt minutes à vive allure et une arrivée in extremis. « On est entrés dans le stade quatre minutes avant que ne commence l'épreuve... qui a duré une trentaine de secondes. C'était sur le fil ! » sourit un membre de la délégation. Suffisant en tout cas pour apercevoir Joris Daudet, Sylvain André et Romain Mahieu accomplir leur incroyable performance. Sur le réseau X, le chef de l'État lance : « Tous pour un, un pour tous. La France », avec la photo des trois champions.

Difficile de rater Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux. Le président, fan de sport et lecteur quotidien de « l'Équipe », s'y montre très loquace. Huit messages à tonalité emphatique scandent la journée de ce vendredi : « Impossible n'est pas français », « le roi Teddy », « fraternité ». « Le président demande qu'on publie un message, on lui fait des propositions, il les valide ou les écrit lui-même », raconte un collaborateur.

« C'était too much »

Ce passage très médiatisé à Paris, entre deux journées de repos au fort de Brégançon (Var), n'a pas manqué de faire réagir. Ses détracteurs y ont vu de la récupération. « Au judo, il est arrivé en cours de demi-finale, avec tout un aréopage, cela a fait un brouhaha pas possible. Ensuite, il s'est précipité voir Teddy Riner, c'était too much », grogne un élu d'opposition, présent sur place. « C'est gênant, ces gestes de Macron. C'est inapproprié », a de son côté publié sur X la députée écologiste Sandrine Rousseau.

« Qu'ils continuent à nous faire rire en racontant n'importe quoi. Sans eux, la France jubile », riposte le député macroniste Karl Olive. « Depuis sept ans, le président oeuvre à l'élaboration des Jeux. Il n'est pas moins légitime que d'autres à savourer un peu ce sur quoi il a travaillé pour que les Français aient une belle fête », tonne-t-on à l'Élysée.

D'ici à la cérémonie de clôture, Emmanuel Macron reviendra à Paris, glisse son entourage. Une virée de ce genre permet aussi des à-côtés diplomatiques. À Versailles, en marge du saut d'obstacles, Emmanuel Macron a eu un aparté d'une demi-heure avec la Première ministre italienne, Giorgia Meloni. Au menu de leurs échanges, la situation au Proche-Orient et au Venezuela. Le lendemain, le quotidien transalpin « il Gionarle » titrait : « La trêve à Versailles, après les tensions avec Macron. »

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_Actu, dimanche 4 août 2024 465 mots, p. AUJM28

Rentrée dispersée à droite

Wauquiez, Lisnard, Pradié et Ciotti prêts à mobiliser.

Quentin Laurent et avec M.M.

Elle est bien loin l'époque où la droite enterrait son été lors d'un rendez-vous unique et massif, il s'agit désormais d'organiser une enfilade de petits événements perlés entre la fin août et septembre. La rentrée des droites façon puzzle s'ouvrira par la traditionnelle ascension du mont Mézenc (Haute-Loire) de Laurent Wauquiez, le dimanche 25 août. Un aller-retour que le nouveau président des députés de la Droite républicaine avale de ses grands compas, ponctuant parfois le tout d'un petit discours. Redevenu député en juillet, l'aspirant candidat à la présidentielle 2027 attendra la mi-août et la nomination ou non d'un nouveau Premier ministre par Emmanuel Macron - alors que lui refuse la participation de la droite à tout gouvernement - avant de décider s'il est nécessaire, ou non, de rompre avec son mutisme.

Xavier Bertrand en « stand-by »

Un autre ténor des Républicains prendra sa suite la semaine suivante. Le maire de Cannes, David Lisnard (LR), donne, lui, une nouvelle fois rendez-vous sur les hauteurs de sa ville pour sa rentrée politique vendredi 30 août, sous l'égide de son microparti Nouvelle Énergie.

Samedi 31, c'est un voisin des Alpes-Maritimes qui enchaîne : le toujours président des Républicains et président du groupe des députés LR-RN À droite. Si Éric Ciotti ne déménage pas et réunit ses supporters à Levens, dans l'arrière-pays niçois, c'est politiquement qu'il a pris le large. À la rentrée, Éric Ciotti a aussi prévu de sonder les militants LR pour qu'ils choisissent « entre les deux lignes qui divisent sa famille politique », indique son entourage. Soit « l'intégration des Républicains dans le camp macroniste »; soit l'alliance des droites sans indépendance ».

Quant au président (LR) des Hauts-de-France, dont le nom revient, y compris en macronie, pour conduire un gouvernement « d'union nationale », Xavier Bertrand a mis la rentrée de son mouvement Nous France en « stand-by », confie un proche.

Réflexion des sénateurs LR pour changer de nom

Faute de rentrée unifiée, les sénateurs et députés Droite républicaine ne se retrouveront que plus tard pour leurs journées parlementaires, d'abord chacun de leur côté, à Annecy pour les premiers, et non loin pour les seconds, du 11 au 13 septembre, avant de partager une journée ensemble. Les sénateurs LR ont évoqué, lors de leur réunion de groupe du 18 juillet, la possibilité de changer de nom. Sans que cela soit tranché.

Rideau ? Presque. Aurélien Pradié, qui a pris ses distances avec son parti et siège en non inscrit à l'Assemblée, réfléchit à organiser son propre événement dans le Lot, où il est élu, courant octobre. Il achève ainsi le tableau d'une droite, si c'était encore possible, plus divisée que jamais.

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_Actu, dimanche 4 août 2024 867 mots, p. AUJM29
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3 août 2024 - Le Parisien (site web)

Le Royaume-Uni en proie à des émeutes

Depuis l'attaque au couteau qui a causé la mort de trois fillettes, lundi, des mouvements anti-immigration lancent des appels à manifester dans tout le pays. Les dégâts sont importants.

Laura Kalmus

Correspondante à Londres (Royaume-Uni)

Chaises, briques et divers projectiles lancés sur les forces de l'ordre volaient dans les airs, ce samedi en début de soirée à Liverpool, laissant augurer une nouvelle soirée de violences et d'émeutes après une semaine sous tension au Royaume-Uni qui a mis toutes les forces de l'ordre sur le pied de guerre. Des échauffourées éclataient au même moment dans plusieurs villes, à Manchester et même à Belfast, en Irlande du Nord. Plus de trente appels à manifester avec des mots d'ordre anti-immigration et anti-musulmans avaient été lancés à travers le Royaume-Uni, la plupart avec le slogan « Enough is enough » (Trop c'est trop), diffusé sur les réseaux sociaux, selon un recensement de l'association de lutte contre le racisme Hope Not Hate (l'Espoir pas la haine).

Plus tôt dans l'après-midi, des dizaines de volontaires s'étaient réunies à Sunderland, dans le nord-est du pays, pour nettoyer les dégâts de la veille. La police a dénoncé de « graves niveaux de violences ». Quatre agents ont dû être hospitalisés, tandis que dix personnes ont été arrêtées. Un poste de police a été incendié et la mosquée de la ville prise pour cible. Le visage plein de cambouis, balai à la main, Irène, âgée de 64 ans, contemplait sa ville, des cannettes de bière jonchant le sol : « C'est notre ville et ils ne gagneront pas », affirme-t- elle. À Manchester, des « centaines de personnes » se sont rassemblées dans le centre-ville à l'appel de groupes antiracistes, en réponse à une manifestation dont l'appel est attribué à des « militants d'extrême droite », a indiqué le mouvement antiraciste Stand Up to Racism sur X.

Un faux nom relayé

Ce sont apparemment les sympathisants du mouvement islamophobe et d'extrême droite English Defence League (EDL), qui, depuis l'attaque au couteau à Southport lundi ayant coûté la vie à trois fillettes, sèment le trouble dans plusieurs villes. « Ce sont des personnes violentes qui veulent semer le chaos, nous explique Martin Brunt, journaliste de Sky News, ils veulent montrer qu'ils ne veulent pas d'immigrants. Ils sont très à droite, opposés à l'islam et en particulier à ce qu'ils considèrent comme l'islamisation du pays. » Martin Brunt est spécialiste criminel pour la chaîne de télévision et voit la situation empirer depuis mardi.

Le meurtre sauvage des petites filles a ravivé les tensions dans le pays et a été exploité rapidement. Quelques heures seulement après l'attaque, alors que les enquêteurs commençaient à peine à travailler, un nom - faux - circulait sur X : Ali Al-Shakati. Des détails sur cet agresseur fictif ont été relayés des milliers de fois. Selon la rumeur, il s'agissait d'un demandeur d'asile, arrivé au Royaume-Uni par bateau en 2023 et inscrit sur une liste de surveillance du MI6. De fausses informations, démenties par la police, qui ont poussé le juge chargé de l'affaire à lever exceptionnellement l'anonymat du suspect, mineur, pour tenter d'apaiser les tensions. Le suspect, Axel R. est un citoyen britannique de 17 ans, né au pays de Galles, originaire du Rwanda. Le juge le décrit comme discret et présentant des troubles autistiques.

Mais il était déjà trop tard. « Cette affaire a juste été le déclencheur pour que les gens expriment leurs inquiétudes sur le niveau d'immigration, peu importe si le suspect a été mal nommé ou mal identifié », poursuit Martin Brunt. L'an dernier, près de 40 000 migrants sont arrivés illégalement au Royaume-Uni, principalement en traversant la Manche. Un nombre qui augmente presque chaque année et est devenu l'un des casse-tête des autorités et un levier de campagne. Le précédent gouvernement - conservateur - avait promis de venir à bout de cette immigration illégale en envoyant ces migrants vers le Rwanda. Un projet extrêmement controversé et très difficile à mettre en place, enterré par les travaillistes dès leur arrivée au pouvoir le mois dernier. « Derrière ces violences, il y a aussi des préoccupations légitimes de nombreuses personnes qui estiment que l'immigration doit être mieux gérée », ajoute Martin Brunt.

Un test pour le nouveau Premier ministre

Mercredi soir, des centaines de personnes, drapeaux anglais en main, se sont massées devant les grilles de Downing Street pour scander « Stop the boats » (Arrêtez les bateaux). Parmi les manifestants, certains scandent le nom de Nigel Farage. À la tête du parti anti-immigration Reform UK, ce député a gagné pour la première fois aux récentes législatives un siège au Parlement et recueilli 14 % des suffrages, l'un des scores les plus élevés pour un parti à l'extrême droite de l'échiquier politique britannique.

Ces violences sont un premier test pour Keir Starmer, le nouveau Premier ministre, qui a déclaré qu'il ferait preuve de fermeté. La ministre de l'Intérieur, Yvette Cooper, a promis que les émeutiers « paieront le prix de leur violence et de leur comportement de voyous ». Depuis jeudi soir, Downing Street est illuminé en rose en mémoire des fillettes tuées.

Le Monde
International, samedi 3 août 2024 74 mots, p. 4

Ksenia FadeÏeva Moscou relâche ses principaux opposants critiques de la guerre

Condamnée à neuf ans de prison pour « extrémisme » le 29 décembre 2023, cette ancienne députée municipale de 31 ans, élue en 2020 à Tomsk, en Sibérie, a longtemps travaillé avec Alexeï Navalny, dont elle partageait les convictions, notamment celle de changer le pouvoir par les urnes.Tomsk est aussi la ville où Navalny avait été empoisonné cette année-là, quelques jours avant cette élection.

Libération
samedi 3 août 2024 1956 mots, p. 30,31

ÉTÉ/ DRÔLE D'ÉTÉ POUR UNE RENCONTRE

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2 août 2024 - Libération (site web)

Rachida Dati et Albin Chalandon, un coup de poker mentor

SOPHIE DES DÉSERTS

ÉTÉ/ DRÔLE D'ÉTÉ POUR UNE RENCONTRE

S eulement 21 ans, et déjà l'envie de tout pulvériser. En ce 5 novembre 1987, Rachida Dati s'avance sous les lustres de l'Intercontinental, ce palace parisien où l'ambassade d'Algérie célèbre le 25e anniversaire de l'indépendance du pays. Elle a décroché son invitation après avoir insisté, appelé, envoyé un courrier retraçant sa jeunesse dans une cité HLM de Chalon-sur-Saône, père marocain, mère algérienne, dix frères et soeurs, et elle, en soutien dès l'adolescence, multipliant les petits boulots – caissière, animatrice, standardiste avant de s'inscrire en fac d'économie à Dijon. Sa plume vibre. Depuis ses 14 ans, mademoiselle Dati a pris l'habitude d'écrire à ceux qui pourraient allumer sa destinée. Des stars de cinéma, puisqu'elle rêve d'être actrice, des chanteurs comme Enrico Macias ou Alain Souchon, mais aussi des journalistes ou des élus, dont le maire de sa ville, Dominique Perben… Ça n'a encore rien donné. Mais elle persiste, avec sa niaque joyeuse et son allure coquette, pas encore couture à l'époque, plus ronde et déjà BCBG. «Faut se battre, dit-elle, avec les codes des bourgeoises.» Vamp tchatcheuse Feu. Là, au cocktail, il y a le garde des Sceaux, Albin Chalandon. «Elle fonce sur moi. Je suis éberlué par ses yeux, l'impression que tout est noir, en même temps si lumineux. Je ne suis pas frappé par sa beauté, mais par son culot, ce qui émane de cette petite boule d'énergie. Elle me raconte son histoire, la cité, elle veut à tout prix sortir de là, dit qu'il faut l'aider…» se souvenait-il dans son bureau, en 2008. Il revivait la rencontre, tout ému, mimant ses ex-conseillers médusés devant cette jeune «Maghrébine» qui en faisait des tonnes. Le baron gaulliste, ancien résistant, fondateur de l'UNR, a été nommé Place Vendôme par Jacques Chirac. Et il peine, lui qui a toujours navigué avec aisance dans l'existence, «le bel Albin» comme le surnommait la presse, grand bourgeois, fin lettré, séducteur invétéré, marié à la princesse Salomé Murat, mais en couple avec la célèbre journaliste Catherine Nay, toujours affairé entre la politique et le business – de la banque à Elf-Aquitaine qu'il a dirigé de 1977 à 1983. Il est malmené dans la cohabitation, ciblé par le président Mitterrand à cause de ses projets qui scandalisent à gauche (privatisation des prisons, durcissement de la politique pénale, réforme du code de la nationalité…), fragilisé par des scandales à répétition. Dernier en date, «l'affaire Chaumet», du nom de ce joaillier chez lequel Chalandon est accusé d'avoir vendu dans d'obscures conditions des bijoux de grande valeur. Il ne sera pas condamné, mais de toutes parts, ça tangue. Le ministre cherche à redresser la barre, lancer des projets sociaux, des «chantiers de la jeunesse», humaniser un peu son image. Et voilà que tombe à pic cette petite Rachida. «Je l'ai invitée à la chancellerie. Elle est arrivée avec tous ses sacs, un peu déguisée, les huissiers ne l'ont pas laissée monter. J'ai dû intervenir. Elle m'attendait tremblante, elle ne savait pas comment tenir sa fourchette mais elle avait toute son assurance pour argumenter, me dire combien elle se sentait méprisée. J'ai vécu en Algérie, j'avais été frappé par la manière dont les Français se comportaient. Elle me disait : “On considère les Algériens comme des soushommes.” Je me suis pris d'affection pour elle.» D'autres déjeuners ont lieu, toujours en tête à tête. Dati, elle, écrit à son mentor… beau- coup. «Des dizaines et des dizaines de lettres, confiait Chalandon en 2008, désignant les cartons empilés sur son étagère. Puis, de son élégant sourire, mi-gêné mi-flatté : «Ce sont des lettres d'amour… Rachida m'a même demandé en mariage. J'étais ébahi, j'avais 67 ans, elle me disait tout le temps : épousezmoi, épousez-moi. Ça sort d'elle comme ça, ça jaillit.» Il finit par la présenter à sa complice adorée, Catherine Nay.

La journaliste, d'abord méfiante, tombe aussi sous le charme de celle qu'elle appellera dès lors – sans illusion sur sa part sombre mais avec une infinie tendresse – «Rachida». Elle lui semble tellement irrésistible, petite chose en constante transformation, s'affamant pour sculpter son corps, portant tout un clan, et, répète-t-elle, les rêves d'intégration de la France ; vamp tchatcheuse décidée à conquérir l'establishment. A 21 ans, la machine Dati est en marche. Implacable, no limit. «La plus magnifique intrigante de la République», selon Elisabeth Chavelet, autrice de Rachida Dati, le Pouvoir à tout prix (l'Archipel, 2024).

Les bruits de Paris La protégée de Chalandon touche le coeur des puissants, leur culpabilité sociale. Elle incarne cette France des cités qu'ils craignent, fantasment, et qu'elle raconte drôlement. Elle ne remet pas en cause leur pouvoir, elle veut juste une place. Pas de victimisation, c'est plus subtil, elle répète : «Pas question de jouer l'Arabe de service», porte des foulards Hermès. Tant d'hommes – et quelques femmes – tombent ainsi sous son charme, autant d'amitiés passagères, avec Jacques Attali, Jean-Luc Lagardère, Dominique Strauss-Kahn, Patrick Poivre d'Arvor, Claude Bébéar, Marc Ladreit de Lacharrière… des banquiers, qui l'introduiront au Siècle, le graal des réseaux parisiens. Et quelques histoires intimes, avec, entre autres, Dominique Desseigne – longtemps dirigeant du groupe Barrière et père de sa fille Zohra – et surtout Henri Proglio, ce grand squale des affaires croisé il y a près de trente ans, à l'époque où il était marié et PDG de Véolia, l'homme de sa vie au gré des ruptures et des retrouvailles. Chalandon est le premier dans la liste des bienfaiteurs. Le seul auquel elle ne manquera jamais. «Je lui dois tout, dit-elle toujours. Il m'a donné un acte de naissance sociale.

» Dès leur rencontre, elle lui parle de son père, M'Barek, cet ouvrier au visage marmoréen, dur avec les siens. «Rachida m'a dit qu'il avait battu sa mère, et puis, un jour, qu'il l'avait mariée de force.» Les journalistes qui chercheront à explorer le passé de Dati la soupçonnent d'avoir noirci le réel : le père, loin d'être analphabète, comme elle le suggérait, se révèle grand lecteur du magazine Historia, heureux de recevoir la presse à la nomination de sa fille place Vendôme, avant qu'elle ne lui interdise de parler ; et le mariage, conclu au début des années 90 avec un cousin algérien, a duré trois ans, à l'époque où Dati étudiait à Paris. Une fois célèbre, elle ne l'a plus jamais évoqué… En 1988, sorti du ministère de la Justice, Albin Chalandon la recrute à ses côtés, pour redresser une entreprise de textile en faillite, rachetée à Moÿ-de-l'Aisne. Dati est efficace, découvrant illico que le comptable pique dans la caisse. «Elle travaille à une vitesse phénoménale», louait le mentor. Quand les affaires périclitent, il la met au chaud chez Elf-Aquitaine. «Elle les trouvait un peu racistes mais elle avait un poste confortable.» Lui qui n'a jamais eu de fille – mais deux fils – ne cesse de l'encourager : pourquoi ne pas intégrer l'Ecole nationale de la magistrature (ENM) hors concours, grâce à ses acquis professionnels ? Il charge le préfet Pierre de Bousquet de Florian, son ex-directeur de cabinet alors en poste à l'Elysée (et futur coordonnateur national du renseignement en 2017), de l'aider à ficeler son dossier. Après un bac D au rattrapage, l'échec, deux fois, au concours de médecine, Dati a obtenu une maîtrise d'économie, une de droit – par équivalence – et fait aussi valoir un MBA, financé par Jean-Luc Lagardère, en réalité jamais validé, ce qui lui vaut, en 2007, une polémique. Elle présente surtout, grâce à Chalandon, deux lettres de soutien exceptionnelles, de Marceau Long, ex-vice-président du Conseil d'Etat, et de Simone Veil. L'ancienne ministre des Affaires sociales a, elle aussi, été bouleversée par «Rachida», qui lui a raconté son mariage forcé, ses rêves de justice. Elle la recommande et lui offre même sa robe de magistrate, avec laquelle la trentenaire, admise à l'ENM en 1996, prête serment. Simone Veil s'en voudra, plus tard, d'avoir propulsé cette politique qui a eu peu de considération envers les juges et aucun égard pour elle dans sa vieillesse. La suite est connue. En 2002, elle est recrutée par Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, comme conseillère technique chargée de l'intégration. Cinq ans plus tard, elle est garde des Sceaux. Rachida Dati s'est montrée si pugnace comme porte-parole pendant la campagne, et si complice avec Cécilia Sarkozy – lui rapportant tous les bruits de Paris et du coeur de son mari quand elle a suivi son amant à New York. Tant de petits secrets, de complicité, si bien qu'au lendemain de la victoire, l'éphémère première dame a lancé : «Rachida à la Justice, ça aurait de la gueule ?» Le jour de l'intronisation place Vendôme, Albin Chalandon est évidemment au premier rang. «Rachida s'est vouée à Sarkozy comme une religieuse, disait-il. Elle est son clone, je ne veux pas interférer.» Mais quand sa protégée perd les pédales, qu'elle impose au forceps la réforme de la carte judiciaire (qui avait supprimé près de 200 tribunaux) et pose en Dior dans Paris Match, le gaulliste souffle : «Tout de même, vous êtes garde des Sceaux…» Tata flingueuse Dati, au fond, réalise son rêve d'enfant : devenir actrice. La politique, pour elle, semble d'abord une affaire d'ego, de selfies. Elle joue avec les médias, même pour le nom du père de son enfant. Accouchement express en janvier 2009, sortie du gouvernement, réinvention en députée européenne, focus surtout sur sa nouvelle vie, très lucrative, de consultante, et de maire du VIIe arrondissement de Paris. La voici rue de Grenelle, tout près de l'appartement d'Albin Chalandon et Catherine Nay. Lui s'enfonce dans les brumes du grand âge. Elle, toujours réconfortante, n'écrira que des articles bienveillants sur Dati. Leur petite «Rachida» est pourtant devenue guerrière, abrasive, trahissant les amis et alliés d'hier – Nathalie Kosciusko-Morizet, Anne Hidalgo, Claude Goasguen –, engluée dans les affaires sensibles. Le Parquet national financier enquête sur ses contrats de consultante pour Renault, qui lui valent une mise en examen pour «corruption passive» et «trafic d'influence passif». Dati a bataillé ferme contre Dominique Desseigne, qui a d'abord refusé un test ADN avant de s'y soumettre – la paternité ainsi établie garantissant pension alimentaire et héritage – puis a accepté, récemment, de nouer des liens avec Zohra. Les Sarkozy – Carla surtout – ont oeuvré au rapprochement père-fille. Brigitte Macron, sollicitée, a fait rentrer Zohra au collège à Saint-Louis-de-Gonzague dit «Franklin», le temple jésuite de l'élite, où elle a enseigné au niveau lycée. L'adolescente n'y est pas restée longtemps. Mais Dati a ainsi noué des liens avec Brigitte, puis Emmanuel Macron, tous deux vite emballés par ses numéros de tata flingueuse, étrillant la classe politique : «les vieux cons de LR», «les puceaux de la macronie»… Toujours tordante, utile, informée. A 58 ans, Rachida Dati, plus que jamais, dépote, gonflée à bloc, avec sa popularité de star, des églises du VIIe arrondissement aux cités de Seine-Saint-Denis. Ainsi, la première dame a suggéré à son tour : «Rachida à la Culture, ça serait bien non ?» Macron a souscrit, réjoui de cette prise de guerre et de la sidération, forcément, de son camp. Il n'a pas satisfait Dati, qui voulait l'Intérieur ou la Défense, mais il lui a promis de l'aider à conquérir la mairie de Paris. Et elle s'est installée dans le bureau d'André Malraux. Albin Chalandon n'a pas vu ça. Il s'est éteint le 29 juillet 2020, à 100 ans, après une longue hospitalisation aux Invalides, durant laquelle Rachida Dati est régulièrement venue le voir, ou envoyait ses soeurs, ses nièces, porter tajines et coucous. Le jour de sa mort, elle s'est inclinée devant sa dépouille avant d'écrire dans le Figaro un hommage déconcertant : «Albin Chalandon ne jugeait les femmes et les hommes que par leur mérite.» LUNDI LE «MADELEINE PROJECT»

Sa protégée [Dati] touche le coeur des puissants, leur culpabilité sociale. Elle incarne cette France des cités qu'ils craignent, et fantasment. Elle ne remet pas en cause leur pouvoir, elle veut juste une place.

Le Figaro, no. 24866
Le Figaro Économie, samedi 3 août 2024 770 mots, p. 22

Entreprises

Tiraillements au sommet de l'État autour du prochain budget

Dans le brouillard politique, Bercy et Matignon essaient de fournir « le plus d'options possibles » pour ce texte crucial.

Ruiz Perez, Julie

Lettres » ou ne pas « lettres » ? Telle est la question cette semaine au sommet de l'État, où différents points de vue semblent s'affronter sur l'élaboration du budget. Depuis plusieurs jours, Bruno Le Maire communique sur l'envoi des « lettres plafonds » - ces documents préparés par Bercy et envoyés par Matignon aux différents ministères afin de leur indiquer leur budget pour l'année suivante. « Je vais envoyer dès cette semaine des propositions de crédits ministère par ministère au premier ministre Gabriel Attal » , a déclaré, mercredi sur France 2, le ministre démissionnaire de l'Économie, insistant sur le fait que « les délais sont très importants. Il faut que ces lettres plafonds, c'est-à-dire les crédits des ministères, soient envoyées avant le 15août » par le premier ministre. Effectivement, le temps presse pour l'élaboration du budget qui doit être présenté « a - plus tard le premier mardi d'octobre » (mardi 1er octobre, cette année), selon la loi organique relative aux lois de finances (Lolf).

À Bercy, on confirme, ce vendredi, que « les plafonds souhaités ont bien été envoyés à Matignon ». Sur le fond, ceux-ci actent des économies significatives conformément au souhait de Bruno Le Maire de «respecter les engagements budgétaires de la France, notamment celui de repasser sous la barre des 3% de déficit public d'ici 2027» , en particulier «en baissant la dépense publique par rapport au budget de l'État voté pour 6cette année».

Pour mémoire, en 2024, le volet dépenses du budget de l'État s'élevait à 492 milliards d'euros (contre 496 milliards d'euros en 2023), soit une baisse nette de 4 milliards d'euros. Publiée vendredi, la situation budgétaire à la mi-année reste globalement dans les clous avec un surcroît de dépenses de 4,7 milliards d'euros par rapport à juin 2023, pour l'instant compensé par des recettes en hausse de près de 10 milliards d'euros.

Pour 2025, Bercy propose donc un montant en recul par rapport à l'enveloppe adoptée cette année. D'une manière ou d'une autre, certains ministères devront se serrer la ceinture pour atteindre les objectifs budgétaires. Et pour cause, selon Thomas Cazenave, ministre délégué aux Comptes publics, ce sont « au moins 20milliards d'économies » qu'il faudrait trouver pour l'an prochain.

Déjà difficile politiquement par temps calme, la recherche d'économies dans le paysage politique actuel devient quasiment mission impossible. Techniquement, un gouvernement démissionnaire ne doit pas prendre d'initiative politique. Or, selon les interprétations, réduire le budget de tel ou tel ministère peut être précisément considéré comme un choix politique. Cette considération pourrait pousser le premier ministre à laisser à son successeur le soin d'endosser cette responsabilité en procrastinant l'envoi des lettres plafonds qui « de toute façon, n'est prévu dans aucun texte » , rappelle un conseiller de l'exécutif. D'autant que, selon plusieurs initiés, un nouveau premier ministre pourrait être désigné tout prochainement, entre le 11 et le 28 août. Toutefois, prévient une voix dans le camp Macron, « il faut être prudent avec les considérations politiques car cela pourrait se retourner contre Gabriel Attal qui pourrait être tenu pour responsable si la France n'a pas de budget dans les temps ».

Pour éviter ce scénario, les équipes budgétaires de Matignon et de Bercy travaillent tant qu'elles peuvent pour fournir au prochain gouvernement « le plus d'options possibles et sérieuses pour construire le budget. Après, il fera ses choix » , explique un participant à ces - nombreuses - réunions techniques. « Nous, nous faisons nos propositions, déclare un proche du ministre de l'Économie , après il y a un premier ministre, il décidera. Nous, nous préparons un budget. Le prochain gouvernement aura tout le loisir de changer ce qu'il veut. Mais, pour ça, il faut qu'il y ait un budget! ». En effet, « un projet de loi de finances peut significativement changer jusqu'au dernier jour avant d'être présenté » , avance un fin connaisseur des rouages de Bercy. Et après la présentation, l'Assemblée a théoriquement toute latitude pour amender la loi jusqu'à son adoption.

Justement, Thomas Cazenave, lui-même réélu comme député et désormais membre de la commission des finances, s'interroge, selon son cabinet, sur « les conditions dans lesquelles le pays pourrait se doter d'un budget » - comprendre comment fournir un texte qui, à défaut d'être voté, pourrait passer par le 49.3. Pour y parvenir, il faudrait convaincre assez de députés de ne pas voter une motion de censure. Alors que la couleur du prochain gouvernement est encore incertaine, le ministre délégué souhaite que soit organisé à la fin de l'été un point sur la situation des finances publiques qui inclurait « très largemen t » les parlementaires. J. R. P.

Le Monde
International, samedi 3 août 2024 1416 mots, p. 2
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2 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Echange amer de prisonniers entre la Russie et l’Occident

Vingt-quatre personnes détenues de part et d’autre ont été libérées. Parmi les huit Russes récupérés par Vladimir Poutine figure l’assassin d’un opposant tchétchène à Berlin

Marie Jégo (à Paris), Arnaud Leparmentier et Thomas Wieder

Berlin, New York - correspondants - L’espace d’une journée, l’aéroport d’Ankara a rappelé les grandes heures du Glienicker Brücke, le fameux « pont des espions », situé entre Berlin et Potsdam, où avaient lieu les échanges de prisonniers entre l’Est et l’Ouest pendant la guerre froide. Jeudi 1er août, 24 personnes emprisonnées dans sept pays différents – Etats-Unis, Allemagne, Pologne, Slovénie, Norvège, Russie et Biélorussie – ainsi que deux mineurs accompagnant leurs parents, ont transité par l’aéroport de la capitale turque dans le cadre de l’échange de prisonniers le plus important jamais organisé depuis la chute de l’empire soviétique, en 1991. Et de chaque côté, elles ont été accueillies au plus haut niveau.

Sur la base militaire d’Andrews, près de Washington, le président Joe Biden et la vice-présidente Kamala Harris se tenaient au pied de l’avion qui a ramené trois Américains. A l’aéroport Vnoukovo de Moscou, un énorme bouquet à la main, Vladimir Poutine a, de son côté, étreint les huit Russes de retour dans leur pays sous l’œil des caméras russes.

Seize des personnes libérées étaient détenues en Russie et en Biélorussie. Parmi elles, figure l’Américain Evan Gershkovich, correspondant du Wall Street Journalà Moscou. Arrêté en mars 2023 à Iekaterinbourg, il était le premier journaliste occidental jugé en Russie pour espionnage depuis la fin de la guerre froide. Sa condamnation à seize ans de prison à l’issue d’un procès expéditif, le 19 juillet, a manifestement ouvert la voie à une solution. Une fois jugé, M. Gershkovich pouvait désormais être échangé par le Kremlin contre des détenus russes incarcérés dans des pays occidentaux. A la veille du verdict, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait lui-même confirmé que la question était en cours de discussion « au niveau des services spéciaux »entre Moscou et Washington.

Feu vert de l’Allemagne

Parmi les personnes libérées par la Russie figurent aussi l’Américain Paul Whelan, ancien sous-officier du corps des marines, détenu depuis décembre 2018, et la journaliste américano-russe Alsou Kourmacheva, en prison depuis octobre 2023, tous deux accusés d’espionnage.

Des opposants à Vladimir Poutine ont également été sortis de leurs geôles, à l’instar de Vladimir Kara-Mourza, vice-président du mouvement prodémocratie Russie ouverte, du coprésident de l’organisation non gouvernementale Memorial, Oleg Orlov, de l’élu moscovite Ilia Iachine, des anciennes coordinatrices du mouvement d’Alexeï Navalny, Lilia Tchanycheva et Ksenia Fadeïeva, ou encore de l’artiste Alexandra Skotchilenko, condamnée en 2023 à sept ans de prison pour avoir collé, dans un supermarché, des étiquettes dénonçant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

En contrepartie, Vladimir Poutine a obtenu ce qu’il voulait. A commencer par la libération de Vadim Krassikov, un agent russe condamné à la réclusion à perpétuité en Allemagne, en 2021, pour avoir assassiné un ex-séparatiste tchétchène, deux ans plus tôt, dans un parc de Berlin. A plusieurs reprises, le cas de M. Krassikov avait été évoqué par le président russe, qui s’était dit prêt à marchander ce « patriote » contre des prisonniers américains.

Moscou a également obtenu la libération d’un couple d’espions russes emprisonnés en Slovénie, Artiom et Anna Doultsev, qui vivaient à Ljubljana avec de faux passeports argentins et sont les parents de deux enfants, montés également dans l’avion.

Cette « offre » de M. Poutine avait embarrassé l’Allemagne, qui rechignait à faire sortir de prison un ressortissant étranger condamné pour avoir perpétré un assassinat au cœur de Berlin. Contre qui l’échanger en effet, peu de ressortissants allemands étant détenus dans les prisons du Kremlin ? La Biélorussie, fidèle alliée de Moscou, a fini par en trouver un : Rico Krieger, un Allemand de 30 ans, détenu dans les geôles biélorusses depuis 2023. Tout juste condamné à la peine capitale pour « terrorisme », M. Krieger a fort opportunément été gracié, le 30 juillet, par le dirigeant biélorusse, Alexandre Loukachenko. Pour cela, il a dû confesser à la télévision locale avoir été le jouet des services ukrainiens le jour où il a placé un engin explosif sur une voie ferrée non loin de Minsk.

Jeudi soir, Joe Biden a exprimé sa « grande reconnaissance » envers le chancelier allemand, Olaf Scholz, pour les « concessions importantes » faites par Berlin dans le cadre de cet échange de prisonniers de grande envergure. Le président américain a reconnu que l’Allemagne avait « initialement » rejeté la remise en liberté de M. Krassikov, avant de finalement donner son feu vert.

Au final, « le devoir de protection des citoyens allemands[emprisonnés par Moscou] ainsi que la  solidarité avec les Etats-Unis ont primé », a déclaré M. Scholz, jeudi soir, alors que, parmi les détenus de nationalité allemande ayant recouvré leur liberté, figurent également Kevin Lik, un jeune homme de 19 ans condamné à quatre ans de prison en décembre 2023, Patrick Schoebel, un touriste accusé de trafic de drogue, le juriste German Moïjes et le politologue Dieter Voronine, tous quatre ayant un double passeport allemand et russe.

« Impunité judiciaire »

En échange de leur libération, l’Allemagne s’est donc résolue à libérer le « tueur du Tiergarten », Vadim Krassikov, tandis que les Etats-unis ont accepté de libérer plusieurs ressortissants russes emprisonnés sur leur sol. Parmi eux, aucun journaliste, aucun opposant politique mais des criminels, des espions ou des champions du contournement des sanctions. Tels Vladislav Kliouchine et Alexandre Vinnik, condamnés par la justice américaine pour escroquerie, Roman Selezniov, le fils du député pro-Poutine de la Douma Valeri Selezniov, en prison pour cyberescroquerie, ou encore Maxime Martchenko, condamné pour avoir fait passer du matériel américain dit « sensible » en Russie.

La décision de libérer M. Krassikov n’a « pas été prise à la légère »,a reconnu Olaf Scholz, jeudi soir, après avoir accueilli à l’aéroport de Cologne le citoyen allemand et les quatre ressortissants germano-russes ayant transité par Ankara après avoir été sortis des prisons où ils croupissaient en Russie et en Biélorussie.

« Depuis la guerre froide, il n’y a jamais eu autant de prisonniers échangés à la fois et impliquant un aussi grand nombre de pays », s’est félicité, jeudi, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan.

Même si elle constitue un indéniable succès diplomatique, cette opération n’en laisse pas moins un goût amer. Au départ, l’objectif des Occidentaux était en effet d’obtenir la libération d’Alexeï Navalny, le principal opposant à Vladimir Poutine. Mais celui-ci est mort en détention, au mois de février, dans de troubles circonstances. « Nous avions travaillé avec nos partenaires sur un accord qui aurait inclus Alexeï Navalny mais, malheureusement, il est décédé », a déploré, jeudi, M. Sullivan.

L’autre ombre au tableau concerne Vadim Krassikov. En permettant sa libération, l’Allemagne « contribue à de l’impunité judiciaire » de la Russie, a déploré, jeudi, Amnesty International. Installée outre-Rhin, la famille de l’ancien combattant tchétchène assassiné en 2019 à Berlin a quant à elle parlé d’une décision « accablante » du gouvernement allemand. « Nous sommes très déçus de voir que, dans le monde d’aujourd’hui, il ne semble pas y avoir de justice », a-t-elle réagi. Evoquant « un retour de la guerre froide », le tabloïd Bild, plus gros tirage de la presse allemande, a quant à lui dénoncé un « message pervers » envoyé au peuple russe : « Poutine est le héros » de cet échange de prisonniers, « il réussit à sauver des meurtriers », a commenté le quotidien conservateur.

« Une erreur fatale », a titré, de son côté, le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung. « Le prix que les démocraties occidentales, dont l’Allemagne, ont payé pour la libération de leurs concitoyens et de quelques prisonniers politiques russes est si élevé que la joie suscitée par cette bonne nouvelle ne peut qu’être de courte durée.(…) D’un point de vue purement politique, cet accord constitue une faute monumentale. Il viole la règle numéro un qu’il s’agit d’avoir vis-à-vis des preneurs d’otages, à savoir ne jamais répondre à leurs demandes, ne jamais céder à leur chantage », a commenté, jeudi soir, le grand quotidien allemand de centre droit.

A Berlin, les arguments pour justifier cet accord historique avec Moscou ont vite été dégainés. Proche du chancelier Olaf Scholz, le président (social-démocrate) de la commission des affaires étrangères du Bundestag, Michael Roth, a résumé tout cela d’une formule : « Parfois, il faut faire un pacte avec le diable. »

Libération
samedi 3 août 2024 650 mots, p. 18

AUTRE

Nouvelle-Calédonie : «Il faut reconstruire sur du solide»

GILLES CAPRAIS

AUTRE

Nouméa ne brûle plus mais les braises de l'insurrection sont encore chaudes. Sur la pointe des pieds, Marie Guévenoux est venue «prendre la température», deux mois après la visite d'Emmanuel Macron en Nouvelle-Calédonie, dans un contexte alors extrêmement tendu. Arrivée de Tahiti, où elle assistait aux épreuves de surf, la ministre chargée des Outre-mer a fait un crochet par Nouméa, «à la demande du Président» et sans prétention excessive : ministre d'un exécutif démissionnaire, elle devrait lâcher d'ici deux semaines un dossier qu'elle n'aura géré que six mois, sous la tutelle de Gérald Darmanin.

«Je viens ici en posture d'écoute», a annoncé Guévenoux lors de sa visite au commissariat central de Nouméa, mercredi soir. Insistant sur les «impacts» des émeutes qui ont éclaté le 13 mai (700 entreprises détruites, 2 milliards d'euros de dégâts, 30 000 salariés en chômage partiel sur 300 000 habitants), elle a appelé chacun à «faire en sorte qu'on trouve les voies d'un destin commun», dont le succès «repose sur l'Etat mais également sur les interlocuteurs politiques locaux.» Un peu plus tôt, la ministre avait recueilli l'avis de Sonia Backès, présidente de la province Sud et leader des loyalistes radicaux. «Nous avons partagé sur la nécessité d'autonomisation des provinces, solution pour que chacun puisse cohabiter dans le respect et dans la paix», a déclaré l'ex-secrétaire d'Etat à la Citoyenneté dont la vision du vivre ensemble est qualifiée d'«apartheid» jusque dans les rangs des partisans modérés du maintien dans la République.

Aides. Jeudi, les organisations patronales, concentrées sur la dimension économique de l'urgence, ont réclamé de nouvelles aides exceptionnelles de l'Etat pour reconstruire l'agglomération de Nouméa, estimant que les quelque 200 millions d'euros accordés jusqu'ici étaient largement insuffisants. L'ancien député Philippe Dunoyer (Calédonie Ensemble) a lui aussi insisté sur «le désastre économique, social et humain». Mais l'économique ne pourra venir qu'après le politique, considère le loyaliste modéré, craignant que les incendies ne repartent de plus belle : «Il faudra parler de reconstruction, mais il faudra d'abord sécuriser les fondations d'un édifice qui est en train de s'écrouler.» «Peut-on se permettre de mettre l'argent du contribuable dans des constructions qui ne seront pas durables ? Il faut tenir compte du cri de la jeunesse kanak», dit Jean-Pierre-Djaïwé, porte-parole du Parti de libération kanak (Palika), deuxième force indépendantiste au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. «Il faut reconstruire sur du solide, dans un pays installé dans un statut définitif», qui doit être, comme le prône le Palika, l'indépendance en partenariat avec la France. Jean- Pierre Djaïwé insiste sur «la responsabilité de l'Etat dans la gestion du dossier calédonien» depuis le référendum d'autodétermination de 2021, boycotté par les indépendantistes. Mais il admet que les torts, dernièrement, sont partagés «entre les indépendantistes, les loyalistes et l'Etat». Sur la question de la lutte par la violence, le Palika avait rapidement désapprouvé les méthodes de la CCAT, émanation de l'Union calédonienne. Les divergences entre indépendantistes seront tirées au clair lors d'un prochain congrès du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS).

«Accord». «Pour arriver à des compromis, il faut des gens modérés», glisse Milakulo Tukumuli, président de L'Eveil océanien, allié du FLNKS, qui dit «pas maintenant» pour l'indépendance. Dans la perspective d'une reprise des discussions, la visite de Guévénoux «a été très instructive», considère-t-il. «La ministre va donner des informations au Président, qui devra prendre prochainement une décision très importante.» Reportées une fois, les élections provinciales sont prévues en décembre, avec un corps électoral que le gouvernement pensait avoir dégelé d'ici là. «Soit on reporte les élections, on trouve un accord, et ensuite on vote. Soit on vote, on clarifie la situation et on se penche sur un accord.» Quelle que soit l'option retenue, Tukumuli invite le prochain gestionnaire du dossier calédonien à ne pas rouvrir trop tôt les discussions sur le dégel du corps électoral et à privi - légier des thématiques consensuelles.

GILLES CAPRAIS (à Nouméa)

Le Monde
France, samedi 3 août 2024 1549 mots, p. 8
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2 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Les syndicats face au RN dans leurs rangs

Lors des législatives, certains responsables syndicaux se sont présentés sous la bannière de l’extrême droite

Bertrand Bissuel

Le couperet est tombé presque instantanément. Dès que la CFDT a découvert que Thiebauld Vega, un de ses adhérents, se présentait aux législatives sous les couleurs du Rassemblement national (RN) dans la 1re circonscription de l’Essonne, elle a enclenché une procédure d’exclusion à son encontre. L’intéressé a été flanqué à la porte le 26 juin, soit quelques jours après le dépôt de sa candidature et avant le premier tour de scrutin. « Il n’avait pas de mandat au nom de la CFDT, c’est-à-dire qu’il n’était ni délégué syndical ni élu du personnel à la Société générale, son employeur, rapporte Diego Melchior, responsable de l’organisation réformiste au niveau de l’agglomération parisienne. C’est la CFDT-banques d’Ile-de-France qui a mené à bien la radiation. »

A l’occasion des élections législatives des 30 juin et 7 juillet, plusieurs confédérations représentant les salariés ont, à nouveau, été confrontées à ces situations épineuses où quelques-uns de leurs membres s’impliquent dans la vie politique sous la bannière de l’extrême droite. Elles ont réagi de deux manières : fermeté absolue ou tolérance assortie de conditions. A la CFDT, les règles sont en place « depuis environ une vingtaine d’années », d’après Yvan Ricordeau, son secrétaire général adjoint. « Un adhérent peut participer à un scrutin politique, sous réserve de suspendre, durant la campagne, l’exercice de son mandat syndical – s’il en détient un – et de ne pas se servir de son appartenance à notre organisation, explique-t-il. S’il n’est pas élu, il peut reprendre les responsabilités syndicales qui étaient les siennes auparavant. »

Mais une disposition spécifique joue pour ceux qui partent à l’assaut des urnes sous l’étiquette du RN ou d’une autre formation au programme équivalent (Reconquête !, Les Républicains avec Eric Ciotti) : ils sont congédiés, car les valeurs portées par ces forces politiques sont jugées « incompatibles » avec celles de la centrale cédétiste, selon la formule de M. Ricordeau. La ligne est identique à la CGT : « Il ne faut pas avoir la main qui tremble », insiste Emmanuel Vire, chargé de la lutte contre les idées d’extrême droite au sein de la confédération.

Lors des dernières législatives, en confrontant la liste des candidats avec le fichier de ses adhérents, la CFDT a identifié huit « hérétiques ». L’un d’eux est même devenu député : il s’agit de Maxime Amblard. Celui-ci a remporté son duel dans la 1re circonscription de la Meuse face à Bertrand Pancher, qui était le président du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) à l’Assemblée nationale durant la précédente législature. M. Amblard était, depuis janvier 2023, élu CFDT au sein de l’instance de représentation du personnel d’un établissement de Framatome situé à Courbevoie (Hauts-de-Seine).

Il vit mal, évidemment, sa mise à l’écart, révélée par le média La Lettre: « Je savais que la CFDT n’était pas une grande fan du RN, mais je ne pensais pas que ce serait au point de tomber dans le sectarisme sans réfléchir, comme peut le faire depuis longtemps la CGT, confie-t-il. Il est regrettable qu’une organisation censée représenter tous les travailleurs, quelle que soit leur orientation politique, procède à des exclusions arbitraires. » D’après lui, les arguments invoqués pour son éviction « reposent sur une vision symbolique et fantasmée de ce qu’est le RN aujourd’hui, et non pas sur la réalité concrète de ce qu’il est ».

Complaisance ou mollesse

La CGT, elle, a été conduite à exclure une de ses membres : Nelly Ouchaoua, suppléante de Grégoire Granger, qui était en lice pour le parti de Marine Le Pen dans la 6e circonscription de la Loire et qui a été battu. « Il peut y avoir des “trous” dans le filet », complète M. Vire. Sous-entendu : il n’est pas exclu que des cégétistes aient pris part à l’élection sous l’étendard de l’extrême droite sans que leur lien avec le syndicat soit repéré.

Les autres confédérations qui comptent à l’échelon interprofessionnel ont une doctrine différente. Chez elles, le fait de rouler pour le RN ne constitue pas un motif de répudiation. Elles appliquent les mêmes règles à leurs membres qui s’engagent pour un parti, que celui-ci soit situé à l’extrême droite, au centre ou à gauche. « A la veille de chaque scrutin, nous diffusons une circulaire pour rappeler que ceux qui participent à une élection politique doivent suspendre l’exercice de leur mandat et ne pas se prévaloir de leur appartenance à notre organisation », indique Frédéric Souillot, secrétaire général de Force ouvrière (FO).

La CFE-CGC a une position similaire : le logo du syndicat ne doit pas être mêlé à « une cause politique », dit son président, François Hommeril. Idem à la CFTC : « Ceux qui sont dans nos rangs et qui briguent une fonction élective, sous quelque couleur politique que ce soit, sont tenus d’interrompre leur mandat, sachant que nous faisons preuve de souplesse, s’il s’agit, par exemple, de siéger au conseil municipal d’une petite commune », détaille Cyril Chabanier, le numéro un de la centrale chrétienne.

C’est ainsi que Jérémy Legodec, surveillant pénitentiaire encarté à FO, s’est lancé dans la course des législatives (en qualité de suppléant, sous l’étiquette RN) dans la 1re circonscription des Hautes-Pyrénées. Cela n’a pas soulevé de difficulté pour la direction de son organisation, du moment qu’il respectait les consignes fixées en interne.

Les syndicats qui ne se délestent pas de leurs adhérents impliqués au RN sont parfois accusés de complaisance ou de mollesse– avec cette idée qu’ils auraient peur de mécontenter une partie de leurs troupes, conquises par le discours de Marine Le Pen. Les mis en cause font valoir qu’ils ne restent pas les bras ballants quand la situation l’impose. « Les membres de notre organisation qui amalgament le combat politique et syndical se voient retirer leur mandat », souligne M. Souillot, en évoquant le cas de Jean-Claude Escalier, un ex-haut gradé de FO en Auvergne-Rhône-Alpes. Quelques mois avant les législatives, celui-ci « s’était mis en scène avec une responsable du RN, tout en faisant état de son appartenance à notre confédération et en suggérant que nos idées étaient proches de celles défendues par cette formation, raconte le secrétaire général. Nous ne pouvions l’accepter ».

Le Syndicat indépendant des commissaires de police, affilié à la CFE-CGC, a lui aussi sorti le bâton, il y a quelques mois, en retirant à Matthieu Valet la fonction de porte-parole, quand sa proximité avec le RN est devenue manifeste.

Lancer une contre-offensive

Même s’il est désormais banal de voir des syndiqués souscrire aux thèses de l’extrême droite, de telles situations continuent de provoquer des chocs. C’est ce que des cédétistes de Franche-Comté ont ressenti quand ils ont appris qu’une de leurs camarades, Florianne Jeandenand-Guinchard, était la porte-drapeau lepéniste dans la 5e circonscription du Doubs. « Nous avons tous été surpris, relate Christelle Caillet, dirigeante de la CFDT-santé/sociaux dans ce département. L’un de ses collègues, lui aussi encarté chez nous, m’a dit : “Les bras m’en tombent, jamais je ne me serais douté qu’elle épouse de telles idées.” Il travaillait en bonne intelligence avec elle, et s’est senti trahi. »

Mme Jeandenand-Guinchard n’est pas venue à l’entretien auquel son syndicat l’a convoquée pour prononcer l’exclusion. « C’est regrettable qu’on n’ait pas pu échanger avec elle sur tout ce qui s’est passé,poursuit Mme Caillet. Nous éprouvons aussi un sentiment de culpabilité : comment avons-nous pu ne pas déceler son investissement en faveur du RN ? »

La marée monte à bas bruit dans le monde du travail. « Au vu de la progression du RN et de son poids, notamment chez les ouvriers, nous sommes plusieurs à nous demander si cette formation ne tente pas de s’infiltrer dans les syndicats, en pratiquant l’entrisme », s’inquiète Perrine Mohr, secrétaire générale de l’union CFDT dans les Hauts-de-France. Selon un sondage effectué par l’institut Toluna-Harris Interactive, lors du premier tour des législatives, 19 % des personnes se disant proches d’un syndical ont voté en faveur du RN (22 % si on tient compte des suffrages accordés à Reconquête ! et aux LR avec Eric Ciotti).

Ce score, inférieur de plus 10 points à la moyenne nationale, est très variable suivant les organisations : un peu moins de 19 %, s’agissant des sympathisants de la CGT et de la CFDT, si on additionne toutes les voix en faveur de l’extrême droite, mais 32 % dans le cas de FO, un peu plus de 25 % pour la CFTC et 23 % pour la CFE-CGC.

Il est urgent de lancer une contre-offensive, alerte M. Vire. « Le syndicalisme a une grande responsabilité à exercer pour combattre les idées du RN », enchaîne-t-il. Le cégétiste espère qu’ « une action encore plus forte pourra être impulsée, si possible en coordination avec d’autres centrales ». C’est tout sauf évident, comme il l’admet : des militants, pourtant pleinement favorables à de telles démarches sur le fond, hésitent parfois à les mettre en œuvre, « de peur de perdre des adhérents ou des voix » aux élections qui désignent les représentants du personnel.

Le Monde
Planète, samedi 3 août 2024 1005 mots, p. 7
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2 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Le plastique toujours omniprésent sur les sites olympiques

Malgré la promesse de Jeux durables, dans de nombreuses enceintes, les verres consignés sont remplis à partir de bouteilles en plastique

Stéphane Mandard

Have a gourde day. »Le jeu de mots affiché aux abords des enceintes olympiques est un peu lourd, mais il a le mérite d’inciter les spectateurs des Jeux olympiques (JO) à apporter leur gourde pour « profiter des fontaines à eau gratuites ». Paris 2024 s’est fixé pour ambition d’organiser les Jeux les plus « écolos » de l’histoire. Celle-ci passe notamment par un engagement tout aussi fort : diviser par deux l’usage du plastique à usage unique par rapport aux Jeux de Londres, notamment en faisant la chasse aux bouteilles en plastique. La vingtaine de fan-zones gérées par la Mairie de Paris est ainsi exclusivement équipée de fontaines à eau (de Paris) gratuites et de fontaines à soda (payantes) installées par Coca-Cola, le sponsor et distributeur officiel de boissons aux JO.

Sur la plupart des sites des épreuves, s’il est aussi possible de remplir sa gourde d’eau, le plastique est en revanche toujours omniprésent. De nombreux spectateurs s’en émeuvent depuis le début des Jeux. Du Stade de France à l’Arena Bercy en passant par les travées de Roland-Garros, les mêmes scènes et les mêmes commentaires éberlués des longues files d’attente devant les stands de Coca-Cola pour se faire servir des petites bouteilles d’eau ou de soda (Coca-Cola mais aussi Sprite, Fanta, Tropico ou Fuze Tea) en plastique dans des gobelets en plastique consignés 2 euros. « Pour Paris 2024, nous aidons à réduire les emballages », clame l’écriteau à la buvette du géant américain du soda.

« On me prend pour une idiote »

« Je ne suis pas du genre à blâmer les marques imparfaites qui tentent de s’améliorer mais quand j’ai l’impression qu’on me prend pour une idiote, j’ai du mal à garder le sourire », témoigne sur LinkedIn Ingrid Vanhée depuis le Stade de France. Avant de rejoindre l’association Noé, engagée dans la sauvegarde de la biodiversité, Ingrid Vanhée a dirigé la stratégie de Citeo, l’éco-organisme créé par les entreprises du secteur de la grande distribution pour réduire l’impact de leurs emballages. « Alors, The Coca-Cola Company, dites-moi que je me trompe quant aux JO j’ai l’impression que vous tentez de gagner la médaille d’or du greenwashing »,poursuit-elle.

Philippe Bolo, député du Maine-et-Loire (MoDem) et auteur de plusieurs rapports de référence sur la pollution plastique, a assisté, mercredi 31 juillet, au tournoi de handball à l’Arena Sud située au Parc des expositions, à Paris. Il partage également sur le même réseau ses « interrogations » sur la stratégie de la marque pour limiter les déchets plastiques pendant les JO : « Si les boissons vendues en marge des épreuves le sont dans des gobelets consignés réutilisables, pourquoi les remplir avec des bouteilles et non des fontaines ? »

Sur certains sites, les gobelets (appelés « ecocups ») sont bien remplis à partir de fontaines. Coca-Cola dit en avoir installé « près de 700 » en comptant le village olympique ou les espaces de restauration réservés aux volontaires. Mais elles n’ont pas pu être déployées sur tous les sites pour des raisons « opérationnelles », indiquent le comité d’organisation et Coca-Cola, qui évoquent l’absence de raccordement au réseau de distribution d’eau sur des sites temporaires, le manque de place dans les buvettes existantes ou encore des problèmes de partenariats post-Jeux, comme au Stade de France ou à l’Arena Bercy.

Au total, près de 10 millions de petites bouteilles en plastique devraient être écoulées pendant les Jeux et 13 millions d’ecocups ont été produites à cet effet. « Quand on additionne tout ça, on a du mal à voir comment Paris 2024 va tenir son objectif de réduction du plastique », s’étrangle Muriel Papin, déléguée générale de l’association No Plastic In My Sea. Coca-Cola met en avant que toutes ces bouteilles ne sont pas remises aux spectateurs, mais « captées à la source » pour être triées, compactées ou broyées afin d’être ensuite recyclées. Un effort qui ne satisfait pas France Nature Environnement (FNE). « Avec les bouteilles recyclées, on réduit certes l’impact CO2, mais on n’élimine pas le jetable, rappelle Axèle Gibert, référente déchets à FNE. Très rapidement, on ne peut plus les recycler et on doit encore utiliser du plastique pour les produire. »

Directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement et spécialiste des emballages plastiques, Nathalie Gontard estime que Coca-Cola et Paris 2024 « jouent sur les mots » : « Ces bouteilles en plastique, même recyclées, restent typiquement à usage unique, car le plastique se dégrade. Il ne peut donc pas être utilisé plus d’une seule fois sans être traité, broyé, lavé, décontaminé et ensuite à nouveau polymérisé. Rien à voir avec les bouteilles en verre, qui, après un simple lavage, peuvent être réutilisées à l’infini. »

L’autre interrogation concerne les 13 millions d’ecocups. Devant les longues files d’attente pour rapporter son gobelet, certains spectateurs abandonnent. D’autres repartent volontairement avec un souvenir des Jeux.

Les bouteilles en plastique sont également omniprésentes dans les mains des athlètes. Plusieurs comités olympiques et fédérations ont en effet obtenu le droit de pouvoir bénéficier de bouteilles à usage unique scellées pour se prémunir du risque de « dopage par sabotage » : l’introduction volontaire d’une substance dopante pour disqualifier un adversaire. Une entorse à la loi antigaspillage qui interdit depuis 2021 la distribution gratuite de bouteilles en plastique dans les établissements recevant du public.

Début juillet, FNE, No Plastic In My Sea et Zero Waste France avaient adressé une « mise en demeure » au préfet de Paris et de la région Ile-de-France pour qu’il prenne les mesures nécessaires au respect de la loi. Le courrier est resté sans réponse. L’exigence des contrôles antidopage n’était pourtant pas insurmontable : à Roland-Garros, les joueurs et les joueuses de tennis appliquent, et ce depuis 2021, la consigne « Have a gourde day. »

Libération
vendredi 2 août 2024 1917 mots, p. 10,11

FRANCE

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1 août 2024 - Libération (site web)

Macronie et «JDD» Le bal des hypocrites

JEAN-BAPTISTE DAOULAS ; ADRIEN FRANQUE

FRANCE

RÉCIT En perte de vitesse un an après l'arrivée de Geoffroy Lejeune à sa tête, l'hebdomadaire continue de cingler vers l'extrême droite. Dans l'indifférence d'une bonne partie de la macronie, qui n'hésite pas à s'y épancher.

U n an. Un an depuis «Le jour du saigneur» comme le titrait alors Libération, l'intronisation officielle de l'ex-patron de Valeurs actuelles Geoffroy Lejeune comme nouveau directeur de la rédaction du Journal du dimanche, et la fin d'une grève historique de quarante jours des journalistes contre la reprise en main de leur titre par Vincent Bolloré. Aujourd'hui, une bonne partie de la centaine de partants se donne encore des nouvelles dans des boucles WhatsApp, gardant un oeil sur le virage à l'extrême droite de leur ancien canard. Dans un sondage publié en juin par Article 34, une association fondée pour continuer leur lutte (dont le nom est une référence à l'article de la Constitution qui fixe les règles concernant «la liberté, le pluralisme et l'indépendance des médias»), 99 % des 84 votants ex-JDD indiquent ainsi ne pas du tout regretter leur départ au vu de la nouvelle ligne éditoriale du journal.

Le plus blessant dans cette affaire pour certains d'entre eux ? La présence de ministres ou d'élus du camp présidentiel dans les colonnes de ce nouveau JDD. «Le fait de voir chaque dimanche des interviews, ça nous a fait mal, explique Bertrand Gréco, ancien coprésident de la Société des journalistes de l'hebdo et aujourd'hui coprésident de l'association Article 34. On a fait grève pendant quarante jours, on a tous perdu notre job à l'issue de cette grève, et voir ça, c'est comme s'ils déconsidéraient notre geste.» Surtout, le rapport entre la macronie et le JDD s'avère parfois contradictoire, voire masochiste : entre les interviews exclusives et les reportages embarqués, le titre de Geoffroy Lejeune peut déclencher des offensives d'une hostilité extrême contre des ministres macronistes – l'ex-ministre de la Culture Rima Abdul- Malak en a fait les frais – ou carrément tenter d'influer sur les élections avec des méthodes quasi trumpistes.

«MANIPULATION DE L'OPINION PUBLIQUE» Ainsi, le soir du vendredi 5 juillet, à quelques minutes du début de la période de réserve du second tour des législatives, le JDD publie un article affirmant que l'application de la loi immigration s'apprête à être suspendue. Les autres médias de Bolloré reprennent immédiatement l'article, de même que le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, qui appelle sur X à empêcher une «coalition Macron-Mélenchon». «Fake news», rétorque instantanément Gabriel Attal qui y voit une «opération bien huilée» entre le JDD et le RN : «Belle coordination, mais dommage pour vous : information sitôt démentie.» Le 13 juillet, le parti Renaissance annonce avoir déposé une plainte auprès du procureur de la République de Paris contre le JDD pour publication de «nouvelles fausses […] ayant troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler». «Une telle manipulation de l'opinion publique est particulièrement grave et dangereuse», écrit le parti dans sa plainte. Le JDD, sous la plume de l'auteur de l'article initial Alexis Bergeron (possiblement un pseudonyme comme l'a relevé Mediapart) et du chef du service politique d'Europe 1, Louis de Raguenel, maintient de son côté ses informations.

«C'est devenu un mauvais journal, complètement biaisé», éructe un membre du gouvernement démissionnaire. Des pointures de l'exécutif persistent pourtant à le choyer. Dès l'édition du 21 juillet, voilà Gérald Darmanin en bras de chemise pour deviser sur la «sécession» des élites françaises et défendre une augmentation du smic. Trois pages en majesté. «On parle à tout le monde. Il n'y a aucune presse à qui on ne parle pas. Nous n'avons jamais eu aucune difficulté avec le JDD ou leurs journalistes. Comme avec Libération», assume-t-on dans l'entourage de Darmanin. «C'est bien sûr totalement faux», tweetait-il pourtant dans la soirée du 5 juillet à propos de l'article du JDD sur la loi immigration.

En réalité, la place Beauvau n'a pas pris la manoeuvre du JDD comme un acte hostile contre son ministre, le journal ayant appelé son équipe avant parution. Depuis l'arrivée de Lejeune, Darmanin est surtout apparu à huit reprises en une, avec deux longues interviews aux questions pas franchement mordantes. Sans oublier les palpitantes «confessions d'un ministre en tension» quatre mois avant les Jeux olympiques, le ministère ouvrant grand les portes d'un brief réunissant «tout le gratin du renseignement». Pourquoi rompre une si belle entente ? «Nous avons fait des annonces chez eux. Comme dans le Monde, le Figaro et le Parisien», minimise un de ses conseillers.

Voilà un an que les macronistes ne savent pas faire front commun face à un groupe de presse qui oeuvre à leur chute. L'été 2023 fut cuisant. A la fin du mouvement de grève des journalistes du JDD, les ministres et leurs communicants tergiversent. Peuvent-ils continuer à y faire leurs annonces ? «Ça ne peut pas être comme avant. Ce changement n'a rien d'anodin», avertit dans Libération Clément Beaune, alors ministre des Transports, l'un des seuls à oser prendre ses distances publiquement. «La question, c'est : qui sera le premier à craquer et à faire l'interview ?» interroge un député macroniste dans le même article. Le suspense est court. La secrétaire d'Etat à la Ville, Sabrina Agresti- Roubache, proche du couple Macron, est interrogée sur une pleine page dès le premier numéro. «C'est le message d'un feu vert de l'Elysée», interprète un ancien conseiller du palais. L'émoi est grand chez les députés Renaissance. «Je vous demande de ne pas participer à des articles de ce JDD», leur enjoint leur président, Sylvain Maillard, préférant attendre de voir l'évolution de la ligne éditoriale. Consigne aussitôt bravée par Karl Olive, un autre proche de Macron habitué des plateaux de CNews. Le député des Yvelines confie une tribune au JDD le 20 août. C'est le chef de l'Etat en personne qui enfonce le clou lors du séminaire de rentrée du gouvernement : «On ne doit se priver d'aucun outil.» De lui-même, il évoque le journal de Vincent Bolloré : «C'est comme le JDD. On s'est encore pris les pieds dans le tapis. Il faut parler à tous les médias et le faire avec nos messages et nos valeurs.» Autour de la table, ils ne seront qu'une poignée à persister dans leur boycott : Clément Beaune, Roland Lescure, Eric Dupond-Moretti, Patrice Vergriete, Olivier Véran et Rima Abdul Malak.

«CONFIDENCES EXCLUSIVES» Un drôle de ballet s'engage. Les ministres en mal de notoriété ne se font pas prier. Pas moins de trois interviews pour la peu médiatique Dominique Faure (Collectivités territoriales et Ruralité) en un an. «Attal à l'offensive», «Attal monte au front», le Premier ministre ne donne pas d'entretiens en bonne et due forme mais bénéficie de unes flatteuses. Il n'hésite pas à embarquer le journal en déplacement. Le Président lui-même offre accès et «confidences exclusives» à un reporter du JDD pendant un sommet européen en mars. Pourquoi tant de complaisance ? «Le Président se dit : “Je veux les séduire comme les autres”, interprète un ancien ministre. Il n'est pas sur leur ligne idéologique, il ne les considère pas comme des amis, il ne pense pas comme Pascal Praud, mais il se dit qu'il vaut mieux leur parler que les ignorer, les convaincre que les rejeter.» Un conseiller de l'Elysée assume : «On est dans l'ère de la fragmentation. Le journal de 20 heures qui parle à tout le monde, c'est terminé. Ma cousine s'informe sur TikTok, ma grand-mère sur C dans l'air, tu dois aller sur TikTok et C dans l'air. Ce n'est pas de la triangulation, c'est aller là où sont les publics.» La stratégie puise ses origines dans une interview présidentielle accordée à Valeurs actuelles en 2019, où oeuvrait déjà Lejeune, dans laquelle le Président multipliait les saillies populistes sur l'immigration. Il fustigeait notamment les étrangers «qui viennent avec un visa touristique, qui restent trois mois et ensuite se mettent à l'AME [aide médicale d'Etat]». «Le Président dit qu'il se met à la place du Français qui voit ça et s'indigne, traduit un autre de ses conseillers. Si on ne répond pas à ces ressentis-là, il y a un problème.» Et qu'importe si le chef de l'Etat et ses ministres contribuent à légitimer et institutionnaliser un média et des discours d'extrême droite.

Dans ce travail de respectabilisation du JDD version Geoffroy Lejeune, un nom en particulier reste en travers de la gorge des anciens grévistes. C'est celui de la députée du Nord Violette Spillebout. «Elle nous a soutenus sans ambiguïté, note Bertrand Gréco. Elle était présente sur scène à notre soirée de soutien le 27 juin, puis au théâtre du Châtelet en octobre. Avec l'autre député de la majorité présidentielle, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), ils s'étaient fait siffler. Ça nous avait déplu d'ailleurs, parce qu'ils avaient eu le courage de monter sur scène pour nous défendre.» Et puis le 28 janvier, la voilà en interview sur une page dans le JDD. Les ex-grévistes sont outrés. Interrogée par Libération, elle dit ne pas l'avoir vécu comme un «revirement», mais avoir simplement répondu à une sollicitation de l'hebdomadaire : «J'étais porte-parole du groupe Renaissance, et depuis le début de mon mandat de député, j'ai répondu à l'ensemble des médias, y compris ceux de Bolloré, sans trier le média dans lequel j'étais invité selon leur orientation politique.» «LA DÉFINITION MÊME D'OPPORTUNISME» Nouveau tollé le 15 mai : Geoffroy Lejeune est invité pour une audition par le groupe Médias et Informations de la majorité présidentielle, lancé par Spillebout. «Vous êtes la définition même d'opportunisme politique», écrit en réaction une ancienne salariée du JDD. «C'était justement pour confronter Geoffroy Lejeune à toutes ces critiques, pour avoir son point de vue», répond aujourd'hui Spillebout. A la fin, la députée du Nord affirme n'avoir «jamais trahi de promesses» vis-à-vis des grévistes du JDD : «Je suis allée les écouter, les soutenir, dans un combat qu'ils avaient eux mêmes exprimé comme un combat pour l'avenir des médias. Je me suis engagée auprès d'eux à travailler sur ces sujets-là.» Violette Spillebout indique ainsi avoir établi avec son groupe Médias et Informations un livre blanc de 100 propositions dans le cadre des états généraux de l'information, et dans lequel on devrait retrouver des mesures sur le vote des rédactions sur la nomination de leurs directeurs.

Un an après, le Journal du dimanche a vu sa diffusion sévèrement s'éroder si l'on en croit les dernières données disponibles de l'Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM) : ses ventes en kiosque, notamment, primordiales pour un titre comme le JDD, avaient chuté de 53 209 exemplaires vendus par semaine sur les cinq premiers mois de 2023 à 46 673 exemplaires sous Geoffroy Lejeune, soit une baisse de 12 %. Si certains annonceurs (EDF, GL Events, Peugeot) semblent être revenus dernièrement, c'est à la faveur de cette période de JO : il est toujours préférable d'acheter des pages de pub entre deux articles sur des médaillés olympiques que dans des dossiers faits divers. Suffisant pour redresser le chiffre d'affaires du journal ? Enterrés sous l'appellation «Autres activités» dans le dernier rapport semestriel de Lagardère, les résultats financiers de Paris Match et du JDD sont adroitement expédiés en une phrase qui indique que «l'activité presse est […] en recul (-12,1 %), lié à la baisse des revenus publicitaires». Peu encourageant. Lecteurs, annonceurs… Ils semblent de moins en moins nombreux à faire confiance au JDD nouvelle version. De quoi rendre de plus en plus paradoxale la complaisance des macronistes à l'égard du journal.

«Le fait de voir chaque dimanche des interviews [de ministres dans le “JDD”], ça nous a fait mal.» Bertrand Gréco ancien de l'hebdo et coprésident de l'association Article 34

Le Figaro, no. 24865
Le Figaro, vendredi 2 août 2024 1200 mots, p. 3

Politique

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1 août 2024 - Le Figaro (site web)

Les Républicains otages d'une guerre juridique incertaine jusqu'à l'automne

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Le divorce est consommé, mais il se fait dans le brouillard. En attendant une première clarification juridique sur le fond, prévue le 14 octobre, le parti LR paie les pots cassés d'une crise ouverte, entre Éric Ciotti d'un côté, et ses anciens amis rassemblés autour de Laurent Wauquiez de l'autre. Affrontement qui, pour l'heure, n'avance pas dans le sens de l'apaisement. Car si le mouvement LR n'est pas bloqué financièrement et si la trésorerie fonctionne toujours, chacun a constaté qu'aucun bureau politique, conseil national ou congrès n'a été convoqué depuis le bouleversement historique des législatives. «Il n'est pas normal que nos instances ne soient pas réunies. Nous sommes paralysés» , peste un élu.

Pourtant, cette « paralysie » n'est que la conséquence d'une situation inédite : Éric Ciotti, président contesté des Républicains et député réélu des Alpes-Maritimes, reste à la tête du mouvement. En dépit des «chapeaux à plumes» , ainsi qu'il les qualifie, qui tentent de le renverser, voire de l'exclure, depuis son «alliance avec le Rassemblement national»et Marine Le Pen, conclue juste avant les législatives. Par trois fois déjà, les ténors ont tenté de le pousser vers la sortie en saisissant le tribunal judiciaire de Paris en référé, mais chacune de leurs tentatives s'est révélée vaine, et le tribunal a renvoyé l'examen de la situation.

Finalement, l'affaire est encore loin d'être réglée. Et celui qui, au moins officiellement, reste le chef des Républicains, trace sa route, seul contre tous, convaincu d'avoir la base militante avec lui. «Le temps joue contre lui. On ne peut pas violer les statuts LR matin, midi et soir comme il le fait sans conséquences. Il ne se comporte plus en président et a même fait des appels aux dons pour son microparti. La décision de son exclusion n'est pas annulée par la justice, elle est suspendue» ,prévient un cadre du parti. Pour Daniel Fasquelle, trésorier du mouvement et désormais opposant d'Éric Ciotti, les statuts sont «très clairs». «J'ai été nommé par le bureau politique et le bureau politique est la seule instance qui a le pouvoir de me démettre. Éric (Ciotti) devrait tirer les conséquences de son isolement et aller au bout de sa démarche en quittant le parti de lui-même» , juge le maire LR du Touquet (Pas-de-Calais).

Les deux camps ont eu l'occasion d'évoquer ensemble les pistes d'une sortie de crise pour éviter une confusion nuisible pour tout le monde. Le maire LR d'Antibes, Jean Leonetti - dont la ville n'est située qu'à une vingtaine de kilomètres de Nice -, s'est notamment entretenu personnellement avec Éric Ciotti. Leurs échanges ont eu lieu dans un climat serein, pour tenter de trouver une voie, tant sur le plan local, où le député des Alpes-Maritimes souhaite conserver certains appuis, que sur le plan national. Un parallèle a même été fait avec les premiers jours du macronisme, quand certains LR, à l'instar d'Édouard Philippe, avaient choisi la majorité présidentielle sans subir un tel traitement. Mais ces discussions informelles n'ont pas empêché Éric Ciotti d'annoncer unilatéralement une consultation des militants. «Si cette consultation a lieu, ce sera une source de tension supplémentaire, craint un cadre. Sans séparation amiable, chacun prendra un avocat et tous les dégâts qui iront avec...»

Laurent Wauquiez espérait bien trouver des solutions, assure-t-on chez LR, «mais la situation s'est particulièrement tendue la semaine de la répartition des postes au bureau de l'Assemblée nationale». Cette même source évoque par exemple l'élection de Michèle Tabarot, députée LR des Alpes-Maritimes, à la questure, ancien poste d'Éric Ciotti. «C'est tout un symbole: non seulement il perd ce prestige, mais, en plus, son amitié de longue date avec Michèle s'est transformée en une rivalité violente.» On espérait pourtant limiter les dégâts autour d'une sorte de gentlemen's agreement permettant à chaque camp de sauver la face, de sortir le parti LR de l'ornière et d'éviter une interminable guérilla juridique qui, politiquement, pourrait coûter très cher. D'un côté comme de l'autre, une réflexion naît : le prix à payer pour garder LR vaut-il le coup ? «Il faut être indifférent à l'issue juridique si incertaine de cette affaire, poursuit un poids lourd. Il faut tout refonder, soit à l'extérieur du parti, soit à l'intérieur. Même si je préférerais faire cela à l'intérieur, tant l'illégitimité d'Éric Ciotti est grande. Qu'il abandonne et qu'on reprenne le parti.»

Loin de se résorber, la ligne de fracture n'a en fait cessé de se creuser, depuis les législatives, entre les deux chapelles. Côté Wauquiez, on considère que la question politique est déjà réglée et que le départ d'Éric Ciotti n'est qu'une question de temps, puisque la justice ne pourra pas faire autrement que reconnaître les fautes d'une présidence solitaire, marquée par un contournement des statuts. En attendant, il s'agit donc d'avancer en feignant d'ignorer les attaques du rival sudiste, considéré désormais comme l'un des agitateurs du « chaos » parlementaire, absorbé par Marine Le Pen et le Rassemblement national et accusé en prime d'avoir laissé La France insoumise s'installer «àdes postes clés à l'Assemblée nationale».

Côté Ciotti, on joue manifestement la montre en guettant le moindre faux pas de ceux qui, eux aussi, ne peuvent pas se soustraire aux statuts du parti LR. D'autant moins que, juridiquement parlant, la présidence n'est toujours pas remise en question. Dans ce flou, Éric Ciotti ne lâche rien. Le jour où Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau ont dévoilé leur « pacte législatif d'urgence » , le député maralpin a adressé sa lettre aux militants pour leur annoncer l'organisation d'un vote sur la ligne politique. Il veut leur demander de choisir entre deux options : soit «l'intégration des Républicains dans le camp macroniste» , secrètement portée, selon lui, par ses adversaires, soit «l'alliance des droites dans l'indépendance» ,qu'il pense avoir amorcée en rejoignant Marine Le Pen et Jordan Bardella.

Bref, la joute est violente et pourrait se poursuivre au moins jusqu'à la fin de l'été, quand Laurent Wauquiez fera sa rentrée traditionnelle au mont Mézenc, le 25 août, et qu'Éric Ciotti rassemblera ses troupes dans les Alpes-Maritimes, six jours plus tard. Au sein de la maison LR, on sait qu'il y a eu des craintes sur les versements de salaires et que certains salariés se sont mis en congé maladie pour échapper à la cessation de paiements. «On soupçonnait Éric Ciotti de vouloir couper les salaires, tout le monde était en burn-out» , rapporte une source. Sans compter les précautions prises durant la campagne des législatives dans l'utilisation de la marque LR, par peur de se mettre en difficulté sur le plan juridique. De même, quand Laurent Wauquiez a pris la tête des députés LR à l'Assemblée, quelques élus ont pensé qu'il renommait le groupe par « anticipation » , tout en relevant qu'Éric Ciotti s'était, lui aussi, contenté de « À droite ».

Quoi qu'il en soit, la refonte globale des Républicains est programmée, jusqu'au nom du parti. «Plusieurs options sont sur la table», assure un ténor. «Il faut avoir une réflexion approfondie sur le sujet, insiste François-Xavier Bellamy. S'inspirer du nom de notre formation politique européenne, le PPE, n'est pas complètement absurde: la dimension « populaire » doit apparaître» , plaide l'eurodéputé, alors que la droite est la première force au Parlement européen. Sans doute un autre motif d'inspiration. C. C. et E. G.

L'Humanité
vendredi 2 août 2024 772 mots, p. 5

Zahia Hamdane, une battante en Somme

Maël Galisson

France Insoumise Fille d'un soldat harki et d'une résistante algérienne, cette travailleuse sociale originaire d'Amiens Nord est un « pur produit des quartiers populaires ». Elle espère que son élection suscitera des vocations, notamment parmi la jeunesse issue de l'immigration.

Ses souvenirs d'enfance dans la cité de la Briquetterie semblent intacts. C'est dans ce quartier d'Amiens Nord, construit à la hâte par les autorités pour reloger les soldats harkis et leurs familles, qui fuyaient les représailles après l'indépendance algérienne de 1962, qu'a grandi l'insoumise Zahia Hamdane, élue dans la 2e circonscription de la Somme en juillet. « C'était vraiment minimaliste, se remémore la néodéputée, il y avait une grande pièce, chauffage au charbon et électricité, mais les murs étaient presque de paille. »

« Pur produit des quartiers populaires », Zahia Hamdane a vécu une enfance « entre deux mondes », issue de l'héritage de son père harki, Brahim, et celui de sa mère, Rebia, et de son grand-père maternel, tous deux membres du Front de libération nationale. « Je ne peux pas vous dire ce qu'il s'est passé pendant la guerre, si je vous en parle, peut-être que vous n'aimerez plus la France », s'excusait parfois Rebia face aux questions de ses enfants. « Je me revois, jouant tous ensemble avec des copains du quartier, on était heureux », retient malgré tout l'élue de 59 ans, qui garde de cette époque « un esprit de revanche face à la vie ».

À Amiens, la famille Hamdane repart de zéro. Son père se fait embaucher comme ouvrier, d'abord sur les chaînes de l'usine Ferodo, fournisseur de l'industrie automobile, puis à la manufacture Cosserat, fleuron du textile amiénois. De son côté, sa mère réalise des travaux de couture pour les habitants de la cité. La jeune Zahia Hamdane veut « réparer des vies » et s'oriente, après de courtes études, vers les métiers du médico-social. La future élue France insoumise (FI) se forme et expérimente différentes fonctions, d'animatrice en centre de loisirs à directrice d'un établissement de protection de l'enfance, en passant par éducatrice spécialisée. Le fonctionnement et les conditions pour exercer dans le secteur, pourtant, la heurtent. À tel point, qu'avant d'être propulsée à l'Assemblée, la mère de trois enfants comptait quitter son poste. « En tant que travailleurs sociaux, on a la responsabilité d'accompagner ces jeunes, de leur offrir un avenir, mais on est toujours confrontés à la question des moyens financiers » se désole-t-elle, avant d'ajouter : « Comme pour l'hôpital, les institutions du social ne tiennent que grâce au bon vouloir des professionnels à la base. »

une campagne « intense et violente »

En 2016, le programme « l'Avenir en commun » de la France insoumise sert de déclencheur à son engagement politique. « L'organisation gazeuse me convenait », indique celle qui se sent « à l'étroit dans un syndicat ou un parti classique ». Élue conseillère régionale dans les Hauts-de-France en 2021, elle se présente à la députation en 2022 sous l'étiquette Nupes, mais est battue par la ministre macroniste de la Transition écologique, Barbara Pompili.

Passé la stupéfaction de la dissolution le 9 juin, Zahia Hamdane repart en campagne. Les scores élevés du RN lors des européennes (42,56 % dans la Somme) créent un déclic : « On a vu arriver beaucoup de primo-militants, se souvient-elle, des personnes qui n'avaient jamais tracté ou collé une affiche et qui se sont dit "là, il faut que je fasse quelque chose". » L'élue relate une campagne « intense et violente », marquée par plusieurs agressions de militants de gauche par l'extrême droite et par le refus du candidat Ensemble, Hubert de Jenlis, de se désister et d'appeler au barrage républicain. D'un naturel calme mais déterminé, elle sort en tête de la triangulaire, avec 35,8 % des voix, deux points devant la Macronie.

Dans la circonscription d'à côté, le député sortant François Ruffin, en difficulté face au RN, a lui choisi de rompre pendant l'entre-deux-tours avec la FI, reprochant au mouvement de Jean-Luc Mélenchon de ne pas s'adresser suffisamment aux classes populaires. « Le choix de François de prendre ses distances de manière radicale et très agressive, qui plus est en pleine campagne, a été questionnant et peu glorieux », juge sévèrement l'autre députée NFP de la Somme. Zahia Hamdane écarte les critiques de l'ex-journaliste : elle en est convaincue, « le programme du NFP parle à tous les citoyens, qu'ils vivent dans des tours ou des bourgs ».

À l'Assemblée, Zahia Hamdane a rejoint la commission des Affaires sociales et espère relancer la commission d'enquête sur la protection de l'enfance, suspendue du fait de la dissolution. L'ancienne gamine de la cité de la Briquetterie, première fille de harki élue au Palais Bourbon, espère que son exemple « donnera envie à d'autres, issus des minorités, de se sentir légitimes à s'engager en politique ». 

Le Monde
France, vendredi 2 août 2024 1100 mots, p. 6
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30 juillet 2024 - Le Monde (site web)
1 août 2024 - La Matinale du Monde

Des décisions du gouvernement démissionnaire sont attaquées

Sur fond de flou juridique, plusieurs recours ont été déposés pour contester des nominations ou des décrets pris depuis les législatives

Romain Geoffroy

Quels sont les pouvoirs d’un gouvernement démissionnaire ? En l’absence de nomination d’un nouveau premier ministre, la question des prérogatives de Gabriel Attal et de son équipe, chargés d’expédier les affaires courantes, se pose avec de plus en plus d’acuité. Au moins deux recours ont été déposés pour contester la validité de décisions réglementaires ou de nominations prises par le gouvernement depuis les législatives, alors qu’aucun texte juridique n’encadre précisément cette situation exceptionnelle.

La question de la date effective de la démission du gouvernement. S’il est clair qu’un gouvernement ayant démissionné ne peut plus gérer que les affaires courantes, les avis divergent sur le moment où cette démission est juridiquement effective. Dans une note interne du 2 juillet, le secrétariat général du gouvernement a considéré que la période d’expédition des affaires courantes s’établissait à compter de l’acceptation par décret de la démission par le président de la République (le 16 juillet, dans le cas de M. Attal). Au contraire, certains professeurs de droit public, comme Julien Boudon (Paris-Saclay) ou Benjamin Morel (Paris-Panthéon-Assas), s’appuient sur une jurisprudence de l’époque gaullienne pour affirmer qu’un gouvernement est considéré comme démissionnaire à partir du moment où le premier ministre remet sa lettre de démission au président – ici, le 8 juillet.

Les décrets d’application de la loi « immigration », publiés le 16 juillet, se situent dans cette période confuse entre plein exercice et affaires courantes, tout comme le décrié décret sur les « vendanges sept jours sur sept ».

Des nominations vues comme des « abus de pouvoir ». Certains remettent plus largement en cause la validité de nominations dans la haute administration actées par le gouvernement depuis la dissolution. Marine Le Pen avait alerté sur un « coup d’Etat administratif » le 2 juillet. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, s’est étonné, le 24 juillet, de « la récente série de nominations ». Il a demandé au Conseil d’Etat d’examiner la régularité « des actes réglementaires qui excèdent manifestement à la fois les prérogatives du gouvernement et le cadre de la gestion des affaires courantes, constituant un abus de pouvoir ».

Là aussi, un flou existe sur les prérogatives d’un gouvernement démissionnaire.Dans sa note, le secrétariat général du gouvernement estime qu’ « il est admis » que les nominations « relèvent par principe de la catégorie des affaires courantes », pour assurer la « continuité de l’Etat » et éviter le blocage des administrations. En revanche, cela ne devrait pas concerner « les nominations les plus politiquement sensibles », comme les « directeurs d’administration centrale et autres emplois à la décision du gouvernement », « sauf cas particuliers justifiés par l’urgence ». Une ligne de partage qui peut se révéler difficile à tracer dans la pratique.

L’exécutif est aussi soupçonné d’avoir accéléré le rythme habituel des nominations, en publiant 790 décrets et arrêtés de nomination depuis le 9 juin et en attribuant plus de 70 postes le 16 juillet, jour de signature du décret présidentiel actant la démission du gouvernement. « Il est logique que leJournal officiel du 17 juillet soit plus conséquent, le gouvernement a pris tous les actes réglementaires qu’il pouvait encore passer avant l’officialisation de sa démission », commente Marie-Julie Bernard, maîtresse de conférences en droit public à Sciences Po Grenoble, qui pointe une pratique courante avant les changements de gouvernement. Certaines nominations militaires peuvent s’expliquer par le fait que M. Macron a trop laissé traîner ce « mercato » annuel, qui a généralement lieu avant la fin du printemps. Après la dissolution de l’Assemblée, l’Elysée a dû prendre en urgence ces décisions qui relèvent du fonctionnement habituel, ce qui leur a donné une tonalité inhabituellement politique.

Un risque d’irrégularité pour les ministres députés.L’élection à l’Assemblée de dix-sept ministres démissionnaires, dont Gabriel Attal, soulève un autre problème, puisque l’article 23 de la Constitution interdit d’être membre du gouvernement et parlementaire. Professeur de droit public à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, Paul Cassia a ainsi contesté, le 18 juillet, devant le Conseil d’Etat un décret du 8 juillet modifiant l’allocation d’une taxe sur les étudiants, estimant que Gabriel Attal n’avait plus la compétence pour le signer depuis son élection comme député la veille.

« La base de la séparation des pouvoirs dans notre République, c’est que le législatif et l’exécutif sont incompatibles, soutient celui qui est également président d’Anticor. Il peut y avoir une petite exception dans le cas où un député est nommé au gouvernement, pendant un mois. Mais il n’existe pas d’exception dans le sens inverse dans le cas où un ministre est élu député : il y a un trou dans la raquette. »Si le Conseil d’Etat venait à acter cette incompatibilité, « cela voudrait dire que les ministres élus députés sont incompétents pour exercer une fonction ministérielle depuis le 7 juillet au soir », et les décrets qu’ils ont pris depuis cette date seraient frappés de nullité.

Ce « sérieux problème de séparation des pouvoirs » est aussi dénoncé par le groupe écologiste au Palais-Bourbon, qui a déposé, le 25 juillet, une requête devant le Conseil d’Etat pour excès de pouvoir à propos d’un décret signé le 19 juillet par M. Attal, autorisant l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information à mettre en œuvre un fichier regroupant des « données opérationnelles de cyberdéfense ».

« Le cumul des fonctions ministérielle et parlementaire rompt l’équilibre et la transparence nécessaires à une démocratie saine », déplore Léa Balage El Mariky, porte-parole des députés écologistes. Ces derniers ont demandé au Conseil d’Etat de transmettre une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel afin de « sortir du flou » de cette configuration inédite.

Pour ces deux saisines, les juges de la plus haute juridiction administrative pourraient mettre plusieurs semaines, voire des mois, avant de rendre une décision.

Depuis le 18 juillet, le rythme des décrets et arrêtés publiés s’est réduit, comme le préconisait le secrétariat général du gouvernement. Cette administration qui dépend de Matignon alertait toutefois sur le fait que « l’édiction de mesures réglementaires ne[peut] être indéfiniment retardée » , en raison des besoins de fonctionnement de l’Etat. Plus la nomination d’un premier ministre se fait attendre, plus le gouvernement démissionnaire pourrait être amené à prendre des décisions politiques. Ce qui pose un problème de responsabilité, car il ne peut plus être renversé par une motion de censure à l’Assemblée nationale.

Le Monde
France, vendredi 2 août 2024 1213 mots, p. 6,7
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1 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Gouvernement

Attal occupe l’espace mais pense à la suite

Le premier ministre démissionnaire espère récolter des retombées de la ferveur des JO,mais il a hâte de tourner la page Matignon

Claire Gatinois

Seul en scène. Ou presque. Ce mercredi 31 juillet, depuis la salle du conseil de Matignon, entouré d’une partie de l’équipe gouvernementale, Gabriel Attal reprend les accents d’un chef de clan. Voilà une semaine que les épreuves des Jeux olympiques (JO) de Paris ont démarré. La cérémonie d’ouverture, vendredi, fut, en dépit de quelques polémiques, un succès planétaire. Et les médailles françaises s’accumulent.

Emmanuel Macron tweete d’heure en heure pour féliciter les champions. Mais le président de la République a déserté la capitale. Le chef de l’Etat s’est exilé au fort de Brégançon, dans le Var, depuis dimanche, pour prendre l’air et mûrir son plan afin de sortir de la crise provoquée par la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin. Gabriel Attal, lui, a remis sa démission du poste de premier ministre le 8 juillet, dès le lendemain de la défaite aux élections législatives. Mais, faute de remplaçant, le chef de l’ex-majorité ne peut, comme la plupart des ministres, quitter Paris. Astreinte JO. Alors, pourquoi ne pas récolter quelques miettes de cette gloire olympique et faire rejaillir un peu de la ferveur populaire sur ce gouvernement démissionnaire ?

Matignon convoque les caméras, braquées sur Gabriel Attal lorsqu’il prend la parole devant ses ministres : avec ces Jeux, « nous avons fait le choix de l’ambition. Cette ambition, elle est en train de payer », s’enorgueillit le chef de l’exécutif rappelant l’exploit de la cérémonie d’ouverture sur la Seine. « Certains avaient prédit un échec ou un désastre. Pourtant, nous l’avons fait. Ce soir-là, nos concitoyens se sont sentis fiers d’être Français », poursuit le trentenaire, qui vit ses derniers jours Rue de Varenne. A la mi-août, Emmanuel Macron devrait, sauf imprévu, nommer un nouveau chef du gouvernement chargé de dénicher une impossible coalition partant d’une Assemblée nationale morcelée.

Autour de la table du conseil, la mine hâlée, le garde des sceaux, Eric Dupond-Moretti, peine à masquer son dépit de refermer une parenthèse politique qui l’a passionné. Face à lui, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, chemise blanche sans cravate pour, selon ses propres mots, montrer qu’il n’appartient plus à cette « élite »qui a fait sécession avec le peuple, a le regard dans le vague. Absente, la ministre démissionnaire déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, a été excusée. Les JO sont « un véritable succès sur tous les plans », poursuit Gabriel Attal, qui enchaîne : « Nous serons à la hauteur. Nous ne baisserons pas la garde une seule seconde, quelle que soit la situation institutionnelle ou politique. La réussite est notre responsabilité. (…) Nous sommes pleinement aux commandes.»

« Dès qu’il y a une médaille, il est là »

Dans la soirée, le chef du gouvernement se rend près du bassin olympique pour assister au double sacre du champion de natation Léon Marchand, avant de flâner aux Tuileries pour observer la vasque olympique. « Gabriel Attal veut passer du temps avec les gens. Etre avec les Français, partager leur enthousiasme », décrypte un conseiller du premier ministre. « Dès qu’il y a une médaille, il est là », persifle Sylvain Maillard, ancien chef des députés macronistes à l’Assemblée nationale.

L’élu de Vanves (Hauts-de-Seine) a pourtant des rêves d’ailleurs. La veille, l’éphémère ministre de l’éducation nationale ne cachait pas son impatience de tourner la page Matignon. « Ça serait bien que tout ça ne dure pas trop longtemps », soupire-t-il devant un ministre. Celui qui est aussi chef du groupe des députés Ensemble pour la République trépigne de rejoindre les bancs de l’Assemblée où, pense-t-il, s’est déplacé le cœur du pouvoir. Dans l’intervalle, Gabriel Attal occupe l’espace. Adepte du selfie, le locataire de Matignon déchaîne les réseaux sociaux en posant, un jour, avec son flirt adolescent, Joyce Jonathan, et échangeant, un autre, quelques mots avec la star américaine Lady Gaga. En voilà assez pour faire d’Emmanuel Macron, fan de Michel Sardou et des Tontons flingueurs, un homme du passé.

Celui que la presse anglo-saxonne surnommait en janvier, lors de sa nomination à Matignon le « baby Macron » croit en son destin. « Finalement, avec la dissolution, le président lui a rendu service en le mettant dans une situation où il apparaît comme une victime », observe Christophe Béchu, ministre démissionnaire de la transition écologique et secrétaire général d’Horizons, le parti d’Edouard Philippe. En affichant sa colère froide envers Emmanuel Macron et son impopulaire décision, l’ancien socialiste imagine incarner une forme de rupture avec le chef de l’Etat, tout en convoitant l’héritage macroniste.

Gabriel Attal lorgne le parti Renaissance et ses finances. Il fut même, un temps, question d’anticiper la date du congrès du parti présidentiel, prévu à l’automne, pour lui permettre d’en prendre la direction. « Un blitzkrieg », observe un député Horizons. Mais Gabriel Attal a convenu lui-même, lors d’un bureau exécutif de Renaissance, le 25 juillet, qu’il était préférable d’attendre un peu avant de renverser les tables. « Gabriel Attal veut faire en quelques mois ce qu’a fait Nicolas Sarkozy en plusieurs années », enrage une ministre qui n’apprécie guère l’ambitieux.

Combines nouées en coulisses

La plupart des députés macronistes l’adorent depuis qu’il a mouillé la chemise lors des législatives. L’aile droite aime son langage et l’aile gauche se souvient qu’il a, un temps, milité au Parti socialiste. Bluette ou engouement profond ? Le chef du gouvernement s’est, ces dernières semaines, attiré des inimitiés. Gérald Darmanin, qui convoitait avant lui Matignon, s’agace de voir celui qu’il considère comme un Parisien déconnecté et sans conviction réussir sans effort.

D’autres ont mal digéré les combines nouées en coulisses avec Laurent Wauquiez, le député Les Républicains de Haute-Loire et chef du groupe de la Droite républicaine, pour se répartir les postes-clés à l’Assemblée. Le 19 juillet, Aurore Bergé, qui visait la questure, quitte le Palais-Bourbon furieuse, persuadée qu’on lui a « volé » l’élection. Ce soir-là, l’ambiance est si électrique que Laurent Marcangeli, chef du groupe Horizons, propose à ses ouailles d’attendre les votes depuis son bureau, plutôt que dans l’Hémicycle, pour, dit-il, échapper aux « mauvaises ondes »de la Macronie.

Gabriel Attal n’est guère tourmenté par ces guerres picrocholines. N’a-t-il pas, jusqu’ici, surmonté les obstacles qui se dressaient sur sa route ? « Quand il a été nommé à Matignon, on nous prédisait qu’il se ferait avaler par les Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, relativise un proche. Gabriel n’est pas dans la caporalisation, il laisse toutes les voix s’exprimer. » Mais, pour faire naître un courant « attaliste », encore faut-il définir l’« attalisme ». « Il te faut construire une identité politique », lui glisse Hervé Berville, le secrétaire d’Etat démissionnaire de la mer, le 27 avril, dans la Manche. Gabriel Attal pense y parvenir au Palais-Bourbon, travaillant sa stature au milieu de « crocodiles » comme François Hollande ou Laurent Wauquiez. « En étant dans le chaudron, il peut gagner des points… ou en perdre » , avertit Christophe Béchu.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, vendredi 2 août 2024 470 mots, p. AUJM29
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2 août 2024 - Le Parisien

L'institut de Mélenchon prépare un manuel anti-RN

La Boétie, think tank des Insoumis, sort le 4 septembre un opus axé sur « les combats antiracistes ».

Pierre Maurer

Depuis plusieurs années, Jean-Luc Mélenchon prophétise un affrontement électoral inéluctable à ses yeux. À la fin, ce sera « eux contre nous », comprendre : l'extrême droite contre les Insoumis. Dans son sillage, ses troupes se préparent en investissant tous les champs de la bataille culturelle.

Selon nos informations, l'Institut La Boétie, un think tank et une école de formation qu'il copréside avec la députée Clémence Guetté, publiera son premier livre le 4 septembre. Intitulé « Extrême droite : la Résistible Ascension » (Éditions Amsterdam), cet ouvrage collectif propose une analyse des progrès électoraux de l'extrême droite en dégageant des pistes de riposte pour la gauche.

Un projet tourné vers la jeunesse

Sa publication sera accompagnée d'une « très grande conférence » à la rentrée, comme les affectionne le tribun, où tous les auteurs seront réunis. Parmi eux, des Insoumis mais surtout des chercheurs, écrivains, journalistes plus ou moins proches du mouvement mélenchoniste. L'historien du nazisme Johann Chapoutot signe la préface du livre, où figure aussi un entretien sur la police avec l'anthropologue Didier Fassin, un chapitre sur les petites classes moyennes signé par le sociologue Félicien Faury, ou encore un volet consacré au RN et aux groupuscules violents écrit par le corédacteur en chef de StreetPress Mathieu Molard. Le tout sous la direction d'Ugo Palheta, sociologue et maître de conférences à l'université de Lille (Nord).

La postface, rédigée par la toute nouvelle vice-présidente de l'Assemblée nationale Clémence Guetté, établit ses « thèses stratégiques pour vaincre l'extrême droite ». Consultée par notre journal, elle appuie en creux les choix stratégiques de LFI depuis 2022, très critiqués à gauche, en s'opposant à tout retour à la « social-démocratie ». « En arrivant en tête de la gauche depuis deux élections présidentielles sur la base d'un programme radical, nous avons tourné cette page. Les trahisons, la mollesse, le pédalo, c'est fini », étrille Guetté, au moment où le PS dispute à LFI le leadership sur la gauche.

Architecte du projet présidentiel de Jean-Luc Mélenchon, Clémence Guetté y confirme également le virage stratégique de LFI, désormais tournée vers les abstentionnistes de la jeunesse et des quartiers populaires. « Travailler ce que nous nommons ce quatrième bloc pour les ramener dans la participation politique revient, pour nous, à se donner les moyens de vaincre l'extrême droite, soutient-elle. C'est pourquoi les combats antiracistes, les luttes contre les discriminations, pour la réforme de la police ou pour l'écologie radicale ne sont pas des repoussoirs. Ce sont des sujets concrets de politisation pour des millions de gens que nous avons besoin de voir entrer dans l'action. » Et de conclure l'ouvrage par cette affirmation, dans une période ou l'hégémonie de LFI sur la gauche est fragilisée : « Nous sommes les seuls en capacité de vaincre [le bloc réactionnaire]. »

Libération
vendredi 2 août 2024 1186 mots, p. 24

AUTRE

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1 août 2024 - Libération (site web)

Alix Gracchus, toujours bien gaulé

FLORIAN BARDOU ; JONATHAN BLEZARD

AUTRE

T LE P u es intemporel. C'est ouf. Tu gardes des traits juvéniles et affiches les mêmes boucles blondes, qui garnissent un mulet insolent, éternel twink à l'aube de tes 40 ans. On dit pourtant que «l'intrépide» est né en 1948, inspiré du péplum littéraire Ben-Hur, dans le Journal de Tintin. A moins que ce ne soit au dernier siècle avant notre ère, en Syrie, mais d'ascendance gauloise. Disons, daddy Alix Gracchus, que tu as appris de tes congénères du XXIe : passé la trentaine, l'âge indiqué sur Grindr ne fait pas vraiment foi. C'est sur l'application de drague entre hommes qu'on a vu réapparaître ton torse glabre dessiné à la manière antique – la salle de sport, ça te connaît. Tu as fait le premier pas en envoyant un émoji en forme de petite flamme, dans le jargon on dit un «tap», suivi de quelques insanités accompagnées de photos onaniques, et nous voilà à bavarder sur ton canapé modulaire orange dans ton deux-pièces du Faubourg-Saint- Martin (Xe arrondissement), que tu sous-loues à l'occasion, quand tu pars en goguettes festives à Madrid, à Londres ou à Berlin. Le Lab. oratory, sex-club gay de la capitale germa - nique accolé au Berghain, est ta deuxième demeure. Aujourd'hui, tu reçois chez toi, alors que tu es censé télé - travailler, mon légionnaire d'un grand empire moderne entièrement virtuel où on émarge pour un bullshit job à plusieurs milliers de sesterces mensuels. Dans le décor, l'épure a remplacé le faste romain – l'époque, elle, a bien changé. Toi, l'audacieux jeune héros de bande dessinée, esclave affranchi et fils adoptif du gouverneur romain de l'île de Rhodes, tu ne cours plus l'Orient à cheval, en char ou en galère pour neutraliser, glaive en main, les ennemis de Jules César : déserteurs de la Légion, opposants, rebelles, traîtres et conspirateurs en tout genre, à l'instar du marchand grec d'esclaves et agent de Pompée, Arbacès. Bye bye aussi le circus maximus politique : après avoir été sénateur, proche du premier empereur, tu n'es plus, sous notre ère, député macroniste.

ORTRAIT En fait, tu t'es radicalisé, critique d'un Jupiter aux penchants césaristes et adepte des guerres fratricides. Et puis, une pandémie est passée par là comme la peste à Rome : après des mois confinés dis-tu, tu privilégies désormais, en hédoniste acharné, une vie de bacchanales, de teufs techno en aftouzes (contraction consacrée d'after et de partouze). D'autant que tu es enfin – ce sont tes mots ! – «célib». Tu as divorcé d'Enak, ton compagnon égyptien de toujours, avec lequel vous projetiez une vie de famille, shiba inu compris. Divergences des désirs, toi qui ne jures depuis que par le polyamour non exclusif et l'exploration de tes kinks les plus enfouis (shibari, puppy play, glory holes, golden shower, orgies et j'en passe) en refusant de passer par la case «chems». Il y a un an, tu as même ouvert un compte OnlyFans, histoire de faire fructifier ton appétence pour l'exhibitionnisme pornographique en ligne. Peu importent les corps, les expressions de genre et les envies, tout y passe, tant que le résultat est vraiment kiffant. Les voyeurs en attestent souvent dans leurs commentaires sur X (ex-Twitter). Bien sûr, tu prends la prep, tu suis avec attention les évolutions de la prévention et prônes auprès de tes adelphes les préceptes basiques de la réduction des risques (RDR). Jouir safe est important, d'autant plus quand on s'essaye au travail sexuel. Depuis la mort de ton géniteur, Jacques Martin, en 2010, tu assumes une (homo) sexualité débridée et une apparence beaucoup plus fluide que par le passé avec tes piercings du lobe et au téton, ta colonne dorique tatouée dans l'entrejambe et tes ongles vernis. Queer ? Toi, tu préfères dire «pédé» – même si parfois tu fantasmes un monde, à l'instar de Rome ou d'Athènes, dans lequel les catégories sexuelles n'existeraient plus.

En l'occurrence, après avoir longtemps joué l'ambiguïté, tu concèdes le besoin vital de politiser ton identité, car tu n'es plus esclave de tes chaînes. Dans ton nouveau panthéon, les divinités sont d'ailleurs, pour la plupart, des intellectuelles lesbiennes : Monique Wittig, Virginie Despentes, bell hooks ou Judith Butler.

C'est à cet instant de la conversation, entre autres réminiscences de nos enfances gays en Gaule, que nos genoux s'effleurent et nos regards se croisent – t'es vraiment intense, mec ! Je te glisse à l'oreille que la première fois que je suis tombé sous tes charmes, au début d'un nouveau millénaire, j'avais 12 ans. Tu logeais dans la bibliothèque familiale dévolue aux albums dessinés, entre les aventures d'un blondinet belge à houppette et un autre Gaulois réfractaire à la romanisation. Tu étais souvent à moitié dénudé et je n'étais pas insensible à ta courte tunique. Je me rappelle aussi que certaines planches, où tu gisais enchaîné dans les geôles de Sparte – où était-ce Alexandrie ? – faisaient naître dans le bas de mon ventre une sensation alors inconnue. Je cherchais souvent à revivre les chatouillements originels des doigts d'Eros. C'est aussi pour ça que je ne pouvais pas laisser passer l'occasion de t'avoir en face, histoire de t'exprimer toute ma gratitude : c'est grâce à toi que j'ai compris que j'en étais, que si tu ne me laissais pas indifférent dans ta pose contrainte et lascive, c'était bien par amour des garçons.

D'autres, dans le temps, avaient bien eu pour icône un saint martyr percé de flèches. Et les représentations, au tout début des années 2000, n'étaient toujours pas légion. Il fallait ensuite s'affranchir du stigmate. Or, trêve de bavardages : tu es du genre direct et tu as d'autres chats à fouetter, littéralement. Tu attrapes ma bouche avec tes dents et fourres ta langue dedans. De toute évidence, tu ne fais rien à moitié, courageux aventurier des temps anciens. On passe à la chambre. Tu proposes de pimenter la chose : «Et si tu m'attachais ?» lances-tu, loyal à tes épopées bondage aux confins de la République expansionniste. Comme si tu avais lu la concupiscence dans mes yeux Alix Gracchus ! C'est, en revanche, une première et tu décides de m'enseigner les rudiments des cordes après un sniff de poppers. Soit allier la force à l'élégance du geste. Le résultat, malgré mon ardeur à la tâche, est décevant. Harnaché comme tu l'es, la chair rougie, tu ressembles à un poulet rôti mal ficelé. On en rit à gorges déployées, allongés sur le lit, nus comme au premier jour du monde. C'est tout un art qu'il faut maîtriser pour parvenir à cette autre forme de jouissance. Il faudra encore s'exercer pour paver de nouvelles voies sexuelles. Tu aimes transmettre ton goût pour les jeux de soumission ou de domination. Sur le pas de ta porte, avant de rouler une dernière galoche, on se promet de remettre ça, l'un des ces jours. De toute façon, il est fort probable qu'on se recroise d'ici là en soirée, avec la bénédiction de Priape. En guise d'au revoir, tu palpes de nouveau mon paquet. En fait, t'es vraiment une allumeuse !

Ils nous ont plu, fait fantasmer, voire carrément excité. Libération a décidé de passer à l'acte, et de coucher sur papier une aventure d'une nuit, ou plus si affinités, avec ces personnages imaginaires.

Libération
vendredi 2 août 2024 1055 mots, p. 16

EXPRESSO

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1 août 2024 - Libération (site web)

Affaire abbé Pierre :un scandale datant des années 50

BERNADETTE SAUVAGET

EXPRESSO

Selon des documents inédits consultés par «Libé», la hiérarchie catholique était au courant d'actes de violences sexuelles commis par le religieux lors d'un voyage aux Etats-Unis en 1955.

Q ue savait-on à Emmaüs et dans l'Eglise catholique ? Depuis quand connaissait-on les actes de violences sexuelles à répétition de l'abbé Pierre, figure déchue depuis la publication, le 17 juillet, d'un rapport indépendant faisant état de ces violences commis sur sept femmes depuis les années 70 (1) ? D'après des documents inédits auxquels Libération a eu accès, l'affaire abbé Pierre démarre beaucoup plus tôt, dès le milieu des années 50, tandis que le religieux, ancien résistant et ex-député, est en pleine gloire. Son appel à la solidarité pendant le rigoureux hiver de 1954 a fait de lui un monument de la charité.

D'importantes personnalités de l'Eglise catholique sont alertées, à partir de 1955 de l'inconduite (au minimum) de l'abbé Pierre, d'après les informations de Libération, des prélats très influents tels que le cardinal américain Francis Spellman, archevêque de New York de 1939 à 1967, ou le cardinal français Maurice Feltin, archevêque de Paris de 1949 à 1966. Au moins deux autres évêques français ont connaissance, eux aussi, du comportement extrêmement problématique d'Henri Grouès (le nom à l'état civil de l'abbé Pierre) : André Fougerat, alors évêque de Grenoble, le diocèse dont dépend le fondateur d'Emed.

maüs, et Alexandre Renard, l'évêque de Versailles qui a, sous sa juridiction épiscopale, plusieurs communautés du mouvement. La «politique du silence» entourant les violences sexuelles commises par l'abbé Pierre s'installe peu à peu dans ces années-là. C'est ce qui ressort des échanges épistolaires, consultés par Libération (2), entre un jeune étudiant américain, Marshall Suther, qui a accompagné Grouès dans son périple INFO aux Etats-Unis en 1955, et des responsables d'Emmaüs. «La décision que la politique du silence était la meilleure pour le moment était précisément basée sur ce désir de protéger [des] buts fondamentaux», écrit-il le 23 mars 1956 à l'un des responsables d'Emmaüs. Rien ne filtre sur le scandale qui a été étouffé outre-atlantique un an plus tôt, afin de préserver probablement l'essor du mouvement.

Exiltration. Au faîte de sa gloire, l'abbé Pierre se rend, en effet, aux Etats-Unis, en avril-mai 1955, voyage qui constitue un tournant et qui a été précédé d'une conférence de presse. Pour monter l'opération, l'entourage de Grouès a pris appui sur le philosophe catholique Jacques Maritain, une des références intellectuelles du moment, professeur à Princeton après avoir été ambassadeur de France auprès du Saint- Siège. Celui-ci a négocié l'accord du cardinal Spellman pour que la tournée de l'abbé Pierre ait lieu dans plusieurs villes américaines, à condition, écrit-il dans ses carnets inédits (une sorte de journal intime), qu'il n'y ait pas de «campagne financière». Le 25 avril, Maritain accueille Grouès, portant sa cape et ses décorations, à son arrivée à New York à bord du transatlantique l'Ile de France. Du dîner d'accueil, il rapporte que «l'abbé Pierre parle d'une façon bouleversante». Tout commence bien. Grouès rencontre Spellman qui lui remet un chèque de 2 000 dollars, selon l'historien Michel Fourcade, gardien des archives de Maritain. Vers les 6 et 7 mai, toujours d'après les carnets inédits, le voyage prend mauvaise tournure. Accompagné par Marshall, un étudiant du philosophe français, Grouès est à Chicago. Maritain est prévenu que deux femmes de New York se plaignent du comportement de l'abbé Pierre à leur égard. Selon Fourcade, le cardinal Spelmann et son homologue à Chicago, le cardinal Samuel Stritch, auraient aussi été alertés.

LIBÉ Pour éviter le scandale, l'urgence est d'écourter le séjour et d'exfiltrer l'abbé Pierre. Dans ses carnets, Maritain note, le 12 mai, que lors d'un échange téléphonique avec Marshall, il suggère «un vol directement de Chicago à Paris». D'autres incidents concernant les relations de l'abbé Pierre avec des femmes ont lieu à Chicago et à Washington. Apparemment, l'abbé Pierre résiste à l'exfiltration, repasse à New York, sous condition d'aucune intervention publique. Que s'est-il passé ? Aucune information précise n'est disponible sur les plaintes des femmes aux Etats-Unis. Mais l'affaire paraît grave au regard des conseils prodigués par un jésuite américain à Maritain, tel qu'il les rapporte. Celui-ci lui avise de rencontrer le cardinal Spellman afin de l'assurer que l'archevêque de Paris sera prévenu et que l'abbé Pierre ne remettra pas les pieds aux Etats-Unis.

L'affaire américaine ne semble pas une exception. L'abbé Pierre aurait suscité d'autres scandales à l'étranger, notamment au Québec, tel que le rapporte dans ses mémoires (Paysan de la rive droite, du Cerf) le théologien André Paul. Ce qu'il a confirmé à Libé : «En 1964, lors d'un dîner à Rome, un prêtre canadien nous a raconté que l'abbé Pierre avait été exfiltré, l'année précédente, après un accord entre la police et les autorités ecclésiales à cause de sa conduite avec les femmes.» Chaperon. De retour en France pour l'été, Maritain s'active, en 1955, pour alerter les autorités catholiques grâce à l'aide de René Voillaume, l'un de ses conseillers spirituels. Le 7 septembre, l'abbé Pierre file, d'après le philosophe, s'expliquer à l'archevêché de Paris. Pour le fondateur d'Emmaüs s'ouvre une période troublée où il alterne soins en clinique et retraites spirituelles. Jusqu'à un internement en Suisse en 1958, à la clinique psychiatrique de Prangins, où, selon l'historien Philippe Dupont, auteur d'une biographie (l'abbé Pierre, une vie d'amour, ed. City), on lui fait subir des cures de sommeil. Entretemps, selon plusieurs sources, les autorités de l'Eglise ont adjoint à l'abbé Pierre, à l'automne 1957, un «socius», à la fois chaperon et conseiller spirituel. Ce jésuite, Jacques Monnier, grande figure spirituelle, s'est vu confier cette mission par le cardinal Feltin lui-même. Dès cette date, selon Philippe Dupont, l'abbé Pierre sera écarté de la direction du mouvement Emmaüs, même s'il en reste la figure tutélaire. La «politique du silence», elle, ne cessera pas. Les archives de la clinique suisse où il avait séjourné ont été versées au fonds du canton de Vaud. «L'archiviste m'a dit que le dossier de l'abbé Pierre avait disparu», selon Dupont. (1) D'autres se sont depuis mani- festées, portant à au moins une di- zaine le nombre de victimes iden- tifiées de l'abbé Pierre. (2) Cette correspondance figure dans les archives nationales du monde du travail à Roubaix, com- muniquée par les soins de l'histo- rien Philippe Dupont.

Le Figaro, no. 24865
Le Figaro, vendredi 2 août 2024 771 mots, p. 8

International

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1 août 2024 - Le Figaro (site web)

L'extrême droite anglaise tente de profiter de la tuerie de Southport

Plus d'une cinquantaine de policiers ont été blessés lors d'émeutes après le meurtre de trois fillettes par un Gallois né de parents rwandais.

Alexandre, Amandine

Le premier ministre, Keir Starmer, a rencontré jeudi des représentants des forces de l'ordre après que les émeutes, commencées à Southport, se sont étendues mercredi soir à Hartlepool, une ville du nord-est de l'Angleterre, et jusqu'au coeur de la capitale britannique.

C'est l'attaque au couteau meurtrière perpétrée par un adolescent de 17 ans, identifié comme étant Axel Muganwa Rudakubana, lundi à Southport, qui a déclenché des émeutes mardi dans la ville endeuillée. Après un rassemblement pacifique en hommage aux victimes de l'attaque, qui a coûté la vie à trois fillettes âgées de 6, 7 et 9 ans et fait plusieurs blessés graves. des membres suspectés d'appartenir à l'English Defence League ont mis le feu à des voitures, ont vandalisé une mosquée et ont attaqué des policiers.

Selon le député de Southport, Patrick Hurley, ces violences sont le fruit d'une « propagande et de mensonges» concernant l'identité de l'adolescent responsable de la tuerie qui ont circulé sur les réseaux sociaux.

« Ce sont des voyous qui sont arrivés en train à Southport», a indiqué l'élu travailliste. « Ils se sont servis de l'horrible incident qui s'est produit lundi, la mort de trois petits enfants, pour leur propre cause politique et s'en prendre aux secouristes et aux policiers, ceux-là mêmes qui sont intervenus sur les lieux du crime lundi», s'est encore indigné Patrick Hurley.

Mercredi, les émeutes se sont propagées à Hartlepool, une ancienne cité ouvrière du nord-est de l'Angleterre. Plusieurs commerces ont été vandalisés, une voiture de police a été incendiée et des projectiles ont été lancés contre des policiers, menant à l'hospitalisation de certains d'entre eux.

Mercredi soir, un rassemblement violent a eu lieu à Manchester devant un hôtel où seraient hébergés des migrants et, le même soir, des violences ont aussi éclaté dans le centre de Londres, à proximité du 10 Downing Street et du Parlement de Westminster.

Les manifestants, vraisemblablement des membres de l'English Defence League, ont défilé aux cris de « arrêtez les bateaux» et «protégez nos enfants». Ils ont jeté des bouteilles de verre et des canettes sur les forces de l'ordre qui ont procédé à 111 arrestations. « Il est honteux que certains exploitent la tragédie (de Southport) pour justifier leur propre violence et leur comportement criminel» , a réagi jeudi Matt Twist, commissaire adjoint de la police londonienne.

C'est dans ce contexte très tendu que l'auteur de la tuerie de Southport a comparu, jeudi matin, devant un juge de la cour criminelle de Liverpool. Axel Muganwa Rudakubana, dont l'anonymat a été levé à quelques jours de son 18e anniversaire, a été mis en examen pour triple meurtre, pour 10 tentatives d'assassinat et pour possession d'arme tranchante.

Le motif de son attaque contre un groupe d'enfants qui participaient à une activité autour de la chanteuse américaine Taylor Swift reste inconnu, et seules quelques informations ont été révélées sur son identité. Axel Muganwa Rudakubana est né le 8 août 2006 à Cardiff, au pays de Galles, de parents originaires du Rwanda. Il a un frère aîné, né également à Cardiff et, depuis 2013, Axel Muganwa Rudakubana habitait dans un village du Lancashire, situé à proximité de Southport.

Pendant sa comparution jeudi matin, l'auteur du triple meurtre s'est caché le visage à plusieurs reprises. Placé en détention provisoire, il comparaîtra de nouveau devant la justice le 25 octobre. À cette date-là, il pourra indiquer s'il plaide coupable ou non coupable.

Pendant ce temps-là, c'est toute une ville et tout un pays qui s'interroge sur ce qui a pu conduire à ce déchaînement de violence.

Axel Muganwa Rudakubana a-t-il volontairement visé des fillettes ? Impossible de ne pas se poser la question étant donné l'activité à laquelle participait le groupe pris pour cible à Southport. Sans compter que la tuerie s'est déroulée moins d'une semaine après que le gouvernement de Keir Starmer a fait de la violence contre les femmes et les filles une priorité.

Le 23 juillet dernier, un rapport rendu public par le National Police Chiefs' Council, l'organisme national de coordination des forces de l'ordre au Royaume-Uni, avait révélé le caractère « épidémique»des violences perpétrées contre les femmes et les filles outre-Manche (violences sexuelles, domestiques, actes pédophiles, traque, etc.).

Entre 2018 et 2023, ces violences ont augmenté de 37 % outre-Manche. Selon Maggie Blyth, responsable nationale de la lutte contre les violences contre les femmes et les filles au sein de la police, « personne dans notre secteur et dans l'opinion ne saisit véritablement l'ampleur et l'impact de ces crimes». A. A.

Le Monde
International, vendredi 2 août 2024 523 mots, p. 4
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1 août 2024 - Le Monde (site web)

Derrière l’assassinat de Haniyeh, les failles sécuritaires du régime de Téhéran

G. GO.

Depuis l’assassinat d’Ismaïl Haniyeh, le chef du bureau politique du Hamas, alors qu’il était à Téhéran pour la cérémonie d’investiture du nouveau président iranien, Masoud Pezeshkian, mercredi 31 juillet, les critiques se multiplient en Iran contre les services de renseignement. Au Parlement, le député Hossein-Ali Haji-Deligani a estimé que cette attaque est le résultat de l’infiltration du pays par des agents à la solde d’Israël : « Le régime sioniste[Israël] peut, en payant des dollars américains à des gens ignorants ou vendus, les recruter pour obtenir des informations ou pour mener des opérations terroristes. Cela a été le cas dans la mort de certains scientifiques nucléaires et militaires de notre pays. »

En Iran, outre le ministère du renseignement, les gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime, disposent de leur propre service d’espionnage, ce qui occasionne une forme de concurrence entre eux. « Les services secrets en Iran travaillent en silo, ce qui crée un vide sécuritaire », explique Hamidreza Azizi, chercheur à la Stiftung Wissenschaft und Politik, un institut de recherche à Berlin. De plus, en 2009, alors que l’Iran était secoué par une vague de contestation après la réélection frauduleuse de l’ancien président l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013) , « une purge a eu lieu au sein du ministère du renseignement, au cours de laquelle les employés jugés proches des réformateurs ont été virés, ajoutant aux failles », explique Arman Mahmoudian, chercheur au Global and National Security Institute de l’université de Floride du Sud .

Vidéo sur les réseaux sociaux

Un homme d’affaires qui s’exprime sous le couvert de l’anonymat depuis Téhéran impute ces défaillances aux activités commerciales menées par différents responsables de ces services, notamment chez les gardiens, devenus la plus grande force économique du pays. « Au lieu d’effectuer leur vrai travail, ils sont à Dubaï ou ailleurs, pour négocier la vente du pétrole iranien », dit-il. Sur Internet, les Iraniens sont nombreux à pointer du doigt le fait que ces services, très efficaces pour réprimer la dissidence, le sont moins pour contrer les menées israéliennes.

Alors que les critiques vont bon train, une vieille vidéo, datée de 2021, a surgi sur les réseaux sociaux. On y voit l’ancien ministre du renseignement Ali Younesi (2000-2005) s’alarmer de la pénétration de l’Iran par le Mossad, la centrale de renseignement extérieur d’Israël. « Ces dix dernières années, l’infiltration du Mossad dans différentes parties du pays a été telle que les responsables de la République islamique d’Iran devraient s’inquiéter pour leur vie », avait-il ajouté, en faisant référence aux deux dernières années de la présidence de Mahmoud Ahmadinejad et aux deux mandats de son successeur, Hassan Rohani (2013-2021).

Au cours de cette période, outre l’assassinat de scientifiques et de militaires travaillant sur le programme nucléaire de Téhéran, des explosions ont eu lieu sur plusieurs sites nucléaires, notamment à Natanz. Ali Younesi attribuait les succès du Mossad au fait que les services « se battent entre eux », au lieu d’accomplir leur travail. Un travers qui semble toujours d’actualité.

Le Figaro, no. 24865
Le Figaro, vendredi 2 août 2024 1468 mots, p. 3

Politique

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1 août 2024 - Le Figaro (site web)

Laurent Wauquiez, les coulisses d'une ambition pour la droite

De son ascension du mont Mézenc fin août aux rentrées parlementaires LR début septembre, le présidentiable de la droite veut incarner une alternative politique.

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

La rentrée politique de Laurent Wauquiez est annoncée pour le 25 août, jour de son ascension traditionnelle du mont Mézenc. Mais, cette fois, cette marche vers le point culminant du département de la Haute-Loire aura une dimension nouvelle pour le - fraîchement - redevenu député, et ceux qui le soutiennent. «Il fallait assumer le leadership de la droite. C'est cela qui l'a décidé. Quand on prétend être un leader, on ne peut pas se cacher», explique un proche du désormais ex-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Laurent Wauquiez a donc choisi de descendre dans l'arène après avoir perçu une accélération inattendue de son calendrier, précipitée par la dissolution surprise d'Emmanuel Macron et ses conséquences potentiellement destructrices pour la droite. Car, quand Éric Ciotti a entraîné Les Républicains dans une «alliance» forcée avec le Rassemblement national aux législatives, les troupes non-ciottistes de l'Assemblée n'étaient pas à l'abri d'une explosion. Bref, il fallait sauver les soldats LR. Et le présidentiable de la droite s'est lancé en première ligne, il a rassemblé les députés sortants dans un nouveau groupe baptisé Droite républicaine, et pris au passage les rênes d'une bataille juridique lancée contre le président contesté des LR.

Cette présence accentuée n'a guère échappé à Bruno Retailleau. Le patron de la droite sénatoriale, qui réclamait de longue date une incarnation pour son camp, voit ce retour d'un bon oeil. «La logique est qu'il reprenne le parti. Il a été totalement mobilisé et, depuis son entrée en scène, il a fait un sans-faute. Moi comme lui, nous pensons qu'un espace politique se dessine autour de la prospérité et de l'ordre alors que chacun peut observer une radicalisation des extrêmes. Nous sommes les seuls à pouvoir incarner une alternance.» Le sénateur vendéen envisage lui aussi de faire évoluer le nom de son groupe au Palais du Luxembourg, sur le modèle de la Droite républicaine. Avec, peut-être, un petit ajout sémantique, histoire de souligner la spécificité de la droite sénatoriale.

À droite, Bruno Retailleau n'est pas le seul à penser que Laurent Wauquiez avance à grands pas vers la reprise en mains du parti LR. Même si, à cette heure, personne ne sait quelle sera l'issue de la guerre fratricide ouverte avec Éric Ciotti. Qu'à cela ne tienne, tous réclament une complète refondation, que ce soit sur la base actuelle du parti LR ou sur les fondations d'un nouveau mouvement. Un élu, confiant, pose un regard lucide sur la situation : «Laurent a peut-être changé le nom du groupe par anticipation. Mais, la vérité, c'est qu'on se bagarre sur une dépouille qui pèse 7% d'électeurs. Le plus important est de faire sortir une espérance nouvelle, et j'ai l'impression qu'il s'organise pour y parvenir. Après un intérim sans fin marqué par les présidences Leonetti, Jacob, puis Ciotti, on aimerait que cette droite soit désormais incarnée et que nous passions enfin à autre chose. Ce qui est sûr, c'est que l'on voit une ambition. Et, visiblement, Laurent Wauquiez n'a pas l'intention de préparer le chemin pour un autre.»

Chez les wauquiézistes, l'on fait la distinction entre les contingences logistiques et matérielles, liées à la situation complexe que traverse le parti, et le nouveau projet politique que la droite doit bâtir en gardant la présidentielle 2027 dans le viseur. Au-delà des symboles (nom, marque, slogans...), l'on assure que Laurent Wauquiez est guidé par une priorité et par une unique question : comment rendre cette droite audible avant l'échéance suprême ? «2027 est encore loin. Il y a du temps, mais l'enjeu est de renouveler notre attractivité. Ce qui change, aujourd'hui, c'est la situation politique, car la macronie est finie et Macron ne sera pas candidat dans trois ans. Une parenthèse s'achève. Reste à savoir comment nous pourrons faire émerger une nouvelle offre, celle d'une droite indépendante.»

En prenant la tête d'un groupe à l'Assemblée, Laurent Wauquiez a franchi une première étape avec succès. En tout cas, il a permis aux LR d'échapper à la catastrophe d'une archipélisation qui aurait pu leur être fatale. Quelle que soit leur sensibilité politique, plusieurs députés ont salué à la fois le «courage» de son engagement aux législatives et la méthode employée pour ressouder l'équipe. On loue sa «capacité d'écoute» et son «ouverture» durant l'élaboration du « pacte législatif d'urgence » posé sur les tables du Parlement et de l'Élysée. Comme Bruno Retailleau, ils sont plusieurs à parler d'un «sans-faute». Quand Éric Ciotti, de son côté, dénonce des «supplétifs d'Emmanuel Macron», une droite qui aurait choisi de se fondre dans «le macronisme » et opté pour « la gauche contre le peuple».

«Il joue une nouvelle partition, mais il faut voir ce que cela donne...», siffle un très proche d'Éric Ciotti, en dressant la critique du fameux pacte législatif. «Alors qu'il n'était au départ pas du tout sur la ligne d'un accord avec Emmanuel Macron, les circonstances sont en train de l'aspirer vers cela. Il n'avait pas le choix, sinon il perdait une dizaine d'élus de son groupe. Mais, le jour où il voudra s'opposer, une partie des Macron-compatibles le lâchera et ira facilement vers le groupe d'Édouard Philippe.» Dans sa lettre envoyée aux militants, celui qui est encore président du mouvement a acté la rupture avec Laurent Wauquiez, son ancien champion longtemps présenté comme son « candidat naturel » , aujourd'hui coupable de «manoeuvre insincère et hypocrite». À la fois durant la campagne des législatives - où LR a profité du front républicain, mais aussi durant l'élection aux postes clés du bureau de l'Assemblée nationale - scrutins qui ont totalement invisibilisé le RN. «C'est bas d'accuser Laurent d'avoir participé à l'élection des macronistes et de la gauche: durant cette semaine de répartition des postes, il avait proposé à Marine LePen de voir comment le RN pouvait être représenté et c'est elle qui a fermé la porte», affirme un ténor LR.

En attendant, veut croire ce proche d'Éric Ciotti, si Laurent Wauquiez «a repris la main», «il sera pris demain dans les contradictions qui fragilisent LR depuis longtemps». Dans la tête d'Éric Ciotti, être absorbé par le macronisme revient à «être emporté en 2027». «Wauquiez n'a plus aucune chance, il sera emporté dans le bilan désastreux et identifié au chaos ambiant. Dans l'immédiat, il reprend la main, certes. Maissa cote de popularité n'a pas bougé, il reste à 5% dans les sondages, c'est-à-dire moins que notre potentiel de base. Moins que Bellamy aux européennes!» Ce proche poursuit : «Éric Ciotti est dans la position du mec assis au bord du fleuve, en attendant que le cadavre avance.»

Pour l'instant, Laurent Wauquiez riposte aux attaques de son ancien ami en le classant dans le monde des partisans du «chaos» et en essayant de minimiser ses calculs à la lumière des enjeux nationaux. Un groupe parlementaire à consolider, un pacte législatif à défendre, un mouvement politique à reconstruire, une issue à trouver pour le parti LR face à Éric Ciotti... La liste des travaux qui attendent le nouveau chef de la droite est longue. L'on assure que la rentrée concurrente d'Éric Ciotti, le 31 août, n'aura aucun impact. L'on explique aussi que le présidentiable ne craint pas la concurrence interne pour 2027 et qu'il l'a même intégrée comme une donnée logique de la vie politique. Enfin, l'on rapporte des échanges «riches d'enseignement» avec Valérie Pécresse sur la dernière présidentielle, où la patronne d'Île-de-France s'est effondrée à 4,78 %. Laurent Wauquiez en a d'ailleurs retenu deux leçons : la nécessité de se lancer à la présidentielle en s'armant d'une équipe très solide et ne pas surestimer la valeur d'une notoriété régionale qui restera largement insuffisante dans une telle compétition nationale. «Il est important d'écouter le témoignage de Valérie Pécresse. Elle a vécu des choses uniques», confie-t-on dans l'entourage de Laurent Wauquiez.

Enfin, dans ce long travail de reconstruction, le chef de la Droite républicaine affirme qu'il souhaite avancer sur les deux jambes de la droite parlementaire, en s'appuyant sur l'énergie des députés et sur l'expertise des sénateurs. Un message qui ne doit pas déplaire à Gérard Larcher, président de la Chambre haute. Au point que, assure-t-on en coulisses, l'alignement serait absolument «parfait» entre le Palais Bourbon et le Palais du Luxembourg, loin des secousses observées durant la réforme des retraites. Une entente qu'il s'agira d'afficher lors des rentrées parlementaires de la droite en Savoie, du 11 au 13 septembre. Certes, chaque groupe a prévu de s'y rassembler séparément, à Aix-les-Bains pour les députés, et Annecy pour les sénateurs. Mais il est fort possible que la date du jeudi 12 septembre soit cochée pour célébrer l'unité. Comme un message symbolique sur les grands projets de la droite, à la veille d'une année politique très incertaine. ET E.G.

Le Figaro, no. 24865
Le Figaro, vendredi 2 août 2024 789 mots, p. 3

Politique

Consultation des militants : l'initiative d'Éric Ciotti contrariée par les statuts du parti LR

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Allié du Rassemblement national et président du groupe « A Droite » (17 élus), Éric Ciotti ne renonce pas à ses prérogatives de chef de file des Républicains... même si ses anciens amis contestent ce statut. Sans attendre que la justice ait tranché le litige qui l'oppose aux ténors du parti (le tribunal judiciaire de Paris jugera l'affaire sur le fond, le 14 octobre), le député des Alpes-Maritimes a pris l'initiative d'écrire une lettre aux militants. Un courrier de plus de deux pages, envoyé le 22 juillet, dans lequel il partage une analyse critique de la situation politique à droite.

S'adressant à ses « chers compagnons », le président les appelle à « se lever et à agir » en soutenant qu'une « adhésion majoritaire » à ses idées existe en leur sein. « Vous avez été dupés par une manoeuvre insincère et hypocrite... Je vous consulterai à travers un vote dans les prochaines semaines sur un choix clair entre deux lignes opposées », annonce-t-il, avant d'inviter tout le monde à le retrouver le 31 août sur ses terres, à Levens. À plusieurs reprises, Éric Ciotti a ciblé ses anciens amis, les qualifiant de « chapeaux à plumes » comme déconnectés de l'électorat de droite et de ceux qu'ils identifient comme la base militante. « Les ténors se sont enfermés depuis des années dans une forme d'immobilisme, d'impuissance et de confort, et ça les gêne de changer ce qui ne fonctionne plus », a-t-il notamment lancé sur Europe 1 en juin dernier. Les choses sont claires : Éric Ciotti veut faire de sa rentrée politique celle du parti LR. Il demandera aux militants de trancher entre deux options : soit « la dissolution des Républicains dans le camp macroniste », soit le « rassemblement des droites » qu'il prétend avoir « initié ».

En théorie, rien (ou presque) n'empêche l'élu maralpin de sonder qui il veut sur ce sujet si délicat qui bouscule LR. Car pour réunir les militants en Congrès ou via un conseil national, il est impératif de passer par une décision souveraine du bureau politique. Une instance au sein de laquelle Éric Ciotti se trouve très isolé - suffisamment, du moins, pour trouver une majorité validant cette consultation selon les conditions qu'il compte fixer. « C'est la preuve que si Ciotti garde la présidence, il est complètement bloqué, fait remarquer un cadre. Je ne suis pas contre l'organisation d'un congrès en soi mais quelle question pose-t-on? Certainement pas la sienne. »

Ses détracteurs brandissent les articles 22.2 et 23.2 des statuts LR, selon lesquels seuls le Congrès et le Conseil national délibèrent sur « les orientations politiques du mouvement ». Et selon l'article 3, le président du mouvement « assure l'exécution » des décisions prises par les instances nationales. « Éric Ciotti n'est qu'un exécutant des décisions du congrès, du conseil national et du bureau politique qu'il refuse pourtant de réunir », critique un ancien proche du parlementaire. Un autre ajoute : « Par sa violation des statuts, cette consultation est extrêmement fragile. Les résultats seront aussi solides et sérieux que les convictions d'Éric Ciotti. »

Les anti-Ciotti pointent également du doigt l'hypothèse d'une consultation en ligne qui, selon eux, permettrait au président de LR de « mentir sur le nombre réel de réponses » et de remplir « frauduleusement » un formulaire pour « gonfler artificiellement le nombre de participants » qui n'aurait « aucune valeur juridique » in fine. Un ténor renchérit : « Il n'y a pas de confrontation nette, parmi les militants, entre les pro-Ciotti et les anti-Ciotti. Ce n'est pas vrai. Pas plus qu'il n'y a des bataillons d'adhérents qui suivent avec enthousiasme celui dont le pari de l'alliance avec le RN est loin d'avoir été triomphant. » Face aux résistances prévisibles des ténors, les soutiens de Ciotti préparent la riposte. « Je n'ose imaginer le refus acharné de la démocratie interne de donner la parole aux militants. Ce serait à la fois sectaire et militant », grince l'un d'eux, convaincu qu'un « tel diktat des grands notables ferait mauvais genre ».

Dans sa lettre aux militants, Éric Ciotti a posé le problème sur le terrain politique en accusant ses contradicteurs d'avoir « noué dans l'obscurité une alliance avec la macronie ». Allant jusqu'à désigner « Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand et leurs amis » comme les artisans d'une « manoeuvre insincère et hypocrite », autant durant la campagne des législatives qu'au moment de la répartition des postes à l'Assemblée. Il dénonce encore une « trahison majeure et inédite », une « rupture » et affirme vouloir s'en remettre désormais au « choix souverain des militants ». Mais au-delà des mots, si le nouveau président du groupe parlementaire veut porter la fracture LR sur la place publique via cette consultation, c'est parce qu'il mesure, sans doute mieux que personne, l'immense difficulté de trouver un soutien dans les instances d'un parti qui a décidé de bâtir l'avenir sans lui. ET E.G.

Le Monde
vendredi 2 août 2024 1003 mots, p. 23
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1 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Axelle Brodiez-Dolino L’abbé Pierre rendait davantage service sur son piédestal

Beaucoup de membres de l’entourage du fondateur d’Emmaüs ont préféré garder le silencesur ses comportements sexuels pour éviter un scandale, affirme l’historienne

Axelle Brodiez-Dolino

Après l’« affaire Roger Garaudy » [écrivain et politique français mort en 2012, à l’âge de 99 ans, qui avait conservé l’amitié et le soutien de l’abbé Pierre, malgré sa condamnation pour négationnisme] , qui était de nature politique, l’icône abbé Pierre vient de chuter une deuxième fois, sur des comportements privés qui s’étalent, selon le rapport du cabinet Egaé, entre la fin des années 1970 et 2005. Sa mort, désormais lointaine, le scandale des violences sexuelles commises par des prêtres sur des mineurs dans l’Eglise catholique, ainsi que le vaste mouvement #meetoo, ont libéré la parole des victimes. Comprendre implique de distinguer les deux grandes phases médiatiques de la vie de l’abbé Pierre : celles qui ont suivi l’appel de 1954 et les années 1980-1990.

Après l’immense succès de l’appel, l’ancien résistant et ancien député (1945-1951) devient une icône, prophète des temps modernes, renouvelant la figure du prêtre engagé au moment même de la condamnation par Rome des prêtres ouvriers. « Des mains innombrables le touchent comme s’il s’agissait d’un totem aux pouvoirs magiques(…) . D’autres vierges folles tombent en extase devant lui(…) . Il éprouve de plus en plus de peine à résister(…) aux tentations », rapportaient déjà, en 1969, Gérard Marin et Roland Bonnet dans La Grande Aventure d’Emmaüs(Grasset). Dès février 1954, « des femmes harcèlent le père »et son entourage, sa secrétaire Lucie Coutaz en tête, « s’épuise à le faire suivre, à encadrer ses déplacements pour le protéger contre lui-même », écrivait encore Pierre Lunel dans L’Abbé Pierre. L’insurgé de Dieu(Stock, 1989).

Quelles « tentations »? Ceux qui savaient n’ont jamais voulu détailler. Ils exprimaient cependant, quand on les interrogeait  [l’autrice de cette tribune a notamment réalisé une série d’entretiens en 2005 et en 2006, en partie publiés dans un livre,Emmaüs et l’abbé Pierre , aux Presses de Sciences Po en 2009], une souffrance (plusieurs se sont effondrés en larmes), des mots très durs contre l’abbé et une lourde déception. Il est possible qu’il se soit plutôt agi d’attouchements ou de relations sexuelles consentis – face à une icône, la frontière du consentement est néanmoins difficile à établir.

Personne n’a alors parlé, par peur du scandale. A Emmaüs, une étroite direction voulait sauver l’édifice encore fragile. L’Eglise, dont ce prêtre redorait l’image et la popularité, a, de son côté, opté, fin 1957, et avec le concours de la direction d’Emmaüs, comme le montrent des courriers conservés dans les archives  [de l’association Emmaüs, devenue Emmaüs Solidarité], pour l’exfiltration de l’abbé en Suisse, dans une clinique psychiatrique pour personnalités. Son internement durera plus de six mois ; à partir de son retour, il ne dirigera plus jamais aucune structure Emmaüs. Le ministère de l’intérieur et certains journalistes savaient aussi, comme l’a montré Pierre Lunel, mais l’icône rendait davantage service sur son piédestal.

Pulsions répréhensibles

Son attrait pour les femmes semble ensuite n’avoir jamais cessé. Il redevient cependant facilité par son regain de célébrité à partir des années 1980, sur fond de médiatisation des « nouveaux pauvres », du chômage de masse et d’une nouvelle crise du logement. Le héros, en 1989, du film Hiver 54, l’abbé Pierresera quinze fois élu personnalité préférée des Français.

Du début des années 1980 à la fin des années 1990, les personnes chargées à Emmaüs de l’entourer rapportent qu’elles devront continûment lutter pour écarter des femmes qui lui font des avances. A partir de 1982, il déclare en outre la maladie de Parkinson, dont le traitement est connu pour activer fortement la libido. Les témoignages aujourd’hui connus montrent qu’avant comme durant ce traitement il avait des pulsions répréhensibles qu’il peinait à contrôler. Mais qui savait alors, à part de petits cercles à Emmaüs qui tentaient de s’en protéger, et de l’en protéger comme ils pouvaient, en particulier en ne le laissant pas seul ? Je ne sais pas.

Au soir de sa vie, il a finalement confié à l’essayiste Frédéric Lenoir avoir « cédé de manière passagère » à « la force du désir » et avoir « connu l’expérience du désir sexuel et de sa très rare satisfaction »(Mon Dieu… Pourquoi ?, Plon, 2005). Après ces révélations, la hiérarchie ecclésiastique – par le biais, selon des témoins d’alors, de Mgr Lustiger, archevêque de Paris, et de Mgr Simon, futur vice-président de la Conférence des évêques de France – viendra lui intimer l’ordre de ne pas en dire davantage.

L’abbé Pierre a toujours clamé qu’il n’était pas un saint. Il s’est livré à des actes consentis mais aussi non consentis. Son entourage à Emmaüs savait. L’Eglise a, quant à elle, tenté d’étouffer d’abord ses actes, puis ses paroles. Et que savaient les présidents de la République, qui l’ont décoré de la Légion d’honneur jusqu’au plus haut grade, celui de grand-croix ?

Il faudra remettre chaque acte dans son contexte : avant ou après sa maladie de Parkinson mais aussi selon la sensibilisation aux violences sexuelles et à la nécessité du consentement – les temps ont à cet égard, en soixante-dix ans, radicalement changé.

Il n’empêche qu’Emmaüs reste une extraordinaire organisation, remarquablement inventive, pionnière dans l’articulation du social et de l’écologique, qui se bat sur tous les fronts. L’abbé Pierre a été un vrai résistant, un vrai pacifiste, un inlassable héraut de la guerre contre la pauvreté, dont il a considérablement fait avancer la cause. Il continuera d’appartenir à l’histoire. Il en reste encore des zones d’ombre ; et les vivants peuvent en parler en toute liberté.

Le Monde
France, vendredi 2 août 2024 1115 mots, p. 7
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1 août 2024 - Le Monde (site web)

Ehpad : un décret dans la zone grise des « affaires courantes »

Le texte lançant l’expérimentation de crédits publics versés à 100 % par l’Etat n’est toujours pas paru, sa publication faisant débat

Béatrice Jérôme

Où en est le décret ? », s’inquiétait début juillet Fadila Khattabi. La ministre déléguée chargée des personnes âgées, désormais démissionnaire, voulait croire que sa publication n’était « qu’une question de jours, voire de semaines du fait de la période estivale ». La parution au Journal officiel du texte réglementaire d’une douzaine de pages devait poser la première pierre d’une réforme qui redistribue les rôles entre l’Etat et les départements dans le financement des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Avec pour objectif d’augmenter les crédits alloués par la Sécurité sociale. Consciente de la crise financière du secteur – près des deux tiers des établissements sont en déficit –, Mme Khattabi s’était promis de quitter son bureau de l’avenue Duquesne en ayant « fait aboutir le dossier ».

Or, aujourd’hui encore, le décret est sur le bureau du secrétariat général du gouvernement (SGG) qui ne l’a toujours pas transmis au Conseil d’Etat pour avis. Un délai dû au « planning de travail »du SGG, assurait le cabinet de Mme Khattabi lundi 29 juillet. Ajoutant que l’envoi aurait lieu au plus tôt durant la seconde partie du mois d’août. Le «planning »chargé du SGG n’est pas la cause de la non-parution du décret. Selon nos informations, Catherine Vautrin, ministre de la santé démissionnaire – et tutelle de Mme Khattabi –, qui aurait dû le signer avec Gabriel Attal et Bruno Le Maire, considère qu’il ne relève pas des « affaires courantes » auxquelles le gouvernement est cantonné depuis au moins le 16 juillet, date à laquelle le chef de l’Etat a accepté la démission de M. Attal.

« Pas de jurisprudence »

« Le gouvernement a bien en tête que l’opposition scrute chaque matin leJournal officiel à l’affût d’une décision qui pourrait donner prétexte à critique », rapporte le député du Nord Paul Christophe, président (Horizons) de la commission des affaires sociales à l’Assemblée. La prudence est mise en avant. « Et voilà comment une bonne réforme pour les Ehpad reste en souffrance à cause d’une période d’affaires courantes qui dure », soupire-t-il.

Le décret met en œuvre l’article 79 de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFS) votée en 2023. L’article dispose que l’Etat devient le seul financeur public des Ehpad. L’ensemble de ces dotations relèvent aujourd’hui à 80 % de la Sécurité sociale et à 20 % des conseils départementaux. « Le nombre de professionnels par résident, voire les budgets pour les couches ne sont pas les mêmes sur le territoire du fait de la liberté laissée aux collectivités de fixer ce qu’[elles] versent aux Ehpad », explique Mme Khatabbi. Donner la main uniquement à l’Etat doit lui permettre de combler les écarts de moyens entre départements. C’est du moins l’objectif de la réforme. L’article 79 prévoit toutefois que cette centralisation sera lancée sous la forme d’une expérimentation dans vingt départements à compter du 1er janvier 2025.

« Ce type de décret est dans la zone grise des affaires courantes. Sachant que la jurisprudence en la matière est assez floue, il est porteur de grandes incertitudes sur sa constitutionnalité s’il était signé dans la période »,analyse Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à Paris 2 Panthéon-Assas. Un gouvernement démissionnaire « peut prendre un décret s’il relève de l’urgence – ou s’il rend applicable une loi dont les modalités sont extrêmement claires et directives ». En revanche, explique-t-il, « le même exécutif court le risque d’être attaqué sur un décret qui ne découle pas d’une application littérale de la loi ou qui impacte d’autres politiques que celle qu’elle prévoit. Il emporte alors des choix qui engagent le gouvernement suivant et donc qui ne relève pas des affaires courantes ».

L’expérimentation a un impact sur les décisions des départements, cotutelles des Ehpad avec l’Etat. Elle nécessite aussi des dispositions complémentaires dans les prochains projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale. « Puisque le décret obère la marge de manœuvre du prochain exécutif,abonde M. Christophe. Il est évident qu’on est hors champ des affaires courantes. » Le gouvernement a tâtonné avant d’aboutir à cette conclusion. Le 18 juillet, Claire Landais, la secrétaire générale du gouvernement, s’exprimait devant le Conseil national d’évaluation des normes (CNEN) qui examinait le décret. Elle a observé que dès lors qu’il s’agissait d’une expérimentation, la réforme fait consensus. Elle en a déduit que le décret pourrait relever des affaires courantes.

Un argumentaire « fragile », selon Benjamin Morel. « A ma connaissance,explique le constitutionnaliste , il n’existe guère de jurisprudence sur la compatibilité d’une expérimentation avec les affaires courantes,a fortiori quand elle implique des choix qui impactent les collectivités territoriales. »

Fixation des prix modifiée

Le décret risquait-il pour autant d’être attaqué devant le Conseil d’Etat ? Mme Khattabi était parvenue à convaincre des départements de tous bords politiques de se déclarer volontaires pour l’expérimentation. « On me disait qu’ils ne seraient que deux ou trois,glisse-t-elle. Au final, 23 se sont déclaré candidats. »Engagé dans l’expérimentation, Maël de Calan, président (Les Républicains, LR) du Finistère, souhaite qu’elle soit généralisée à terme : « Tous les Ehpad finistériensdevraient voir leurs dotations de l’Etat augmenter grâce à cette centralisation. »Des départements de gauche, tels que la Seine-Saint-Denis ou les Landes font partie des 23. « C’est l’occasion de peser dans le débat pour que l’Etat continue d’accompagner notre modèle d’Ehpad exclusivement publics », table Paul Carrère, vice-président (Parti socialiste) des Landes chargé des personnes âgées.

Cette montée en puissance de l’Etat suscite toutefois des réserves parmi certains départements. Devant Mme Landais, le 18 juillet, Nathalie Beaulnes-Sereni, vice-présidente (LR) du conseil départemental de Seine-et-Marne et membre du CNEN, a fait remarquer que le décret modifie les règles de fixation des prix pour les résidents d’Ehpad alors que partout en France, les Ehpad publics et associatifs doivent avoir le feu vert départemental pour faire évoluer leurs tarifs. Pour ce seul motif, « le décret ne relève pas des affaires courantes »,selon elle.

L’entourage de Mme Khattabi veut croire que le futur gouvernement, « appuiera sur le bouton pour publier le décret ».Certains acteurs du secteur des Ehpad redoutent qu’il ait d’autres priorités. « Si le décret est signé à l’automne, on sera encore dans les temps pour janvier 2025,projette Marc Bourquin, conseiller stratégie à la Fédération hospitalière de France.

Le Monde
Economie & Entreprise, vendredi 2 août 2024 939 mots, p. 11
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1 août 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

En Grèce, des entreprises tentées par la semaine de six jours

Les syndicats se mobilisent après l’adoption d’une loi qui allonge le temps de travail des employés des sociétés fonctionnant en continu

Marina Rafenberg

Athènes (Grèce), correspondante - Le monde du travail ne ressemble plus qu’à une jungle. » Il y a quelques jours, le député du parti Syriza (gauche, opposition) Giorgos Gavrilos s’est indigné devant le Parlement grec, égrenant les mesures prises par le gouvernement conservateur au pouvoir : allongement du temps de travail, affaiblissement du corps de l’inspection du travail, criminalisation de l’action syndicale… « Un environnement négatif, anarchique et arbitraire a été créé pour le travailleur », a-t-il fustigé.

L’objet de sa colère, en particulier : l’entrée en application, le 1er juillet, d’une loi qui permet aux entreprises fonctionnant en continu (c’est-à-dire fournissant des services vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept) ou aux entreprises déclarant une « charge de travail » (ce qu’elles devront prouver à l’inspection du travail en cas de contrôle) de faire travailler leurs salariés six jours par semaine, soit quarante-huit heures – ou deux heures supplémentaires lors de leurs cinq jours de travail. L’employé recevra un salaire majoré de 40 % pour le sixième jour de travail. Si celui-ci tombe un dimanche ou un jour férié, l’augmentation atteindra 115 %.

Dans une interview donnée à la chaîne américaine CNN, le samedi 13 juillet, le premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, a néanmoins insisté : « La Grèce n’instaure pas la semaine de travail de six jours(…). Cela est appliqué uniquement dans des circonstances exceptionnelles, dans une très petite minorité d’entreprises. »

Selon lui, l’augmentation du temps légal de travail est nécessaire dans certains cas, en raison de la diminution de la population grecque et de la pénurie de travailleurs qualifiés. Il rappelle que plus de 500 000 Grecs, pour la plupart des jeunes diplômés, se sont expatriés depuis la crise économique, en 2010. Le gouvernement assure aussi que cela permettrait de lutter contre le travail au noir, car de nombreux salariés enchaînent deux emplois ou cumulent des heures supplémentaires pour s’en sortir – mais, jusqu’à présent, ils ne pouvaient pas les déclarer officiellement, puisque le travail était limité à onze heures par jour et à quarante-huit heures par semaine.

Dans les secteurs du tourisme et de la restauration, un sixième jour de travail est déjà prévu et régulé par une convention collective. Tilemachos Pappas, serveur sur une île touristique, travaille ainsi déjà six jours par semaine de mai à octobre. « Je veux arrêter, car les conditions de travail sont éprouvantes. Je pense que cette mesure aura juste pour effet de faire fuir encore plus les jeunes à l’étranger. On ne s’expatrie pas juste parce que les salaires sont meilleurs ailleurs en Europe, mais aussi en raison de ces abus de la part des employeurs », dit en soupirant le trentenaire.

Dans les usines agroalimentaires, pharmaceutiques ou dans les imprimeries, la semaine de six jours peut donc, en théorie, être instaurée depuis le 1er juillet. Mais « la résistance est grande, et peu d’entreprises l’ont adoptée, selon Manolis Karadousas, à la tête du Syndicat grec des travailleurs des industries agroalimentaires et des boissons. Nous avons manifesté devant le ministère du travail et menacé de faire grève s’ils insistaient pour imposer cette sixième journée de travail aux salariés».

Cet allongement de la durée de travail a été pris, estime-t-il, afin que « les grandes entreprises fassent des économies sur la main-d’œuvre ». « Avant, nous pouvions travailler un sixième jour dans notre secteur, seulement nous étions payés de 60 % à 80 % de plus par rapport aux autres jours de travail. Avec cette nouvelle loi, le sixième jour sera majoré de seulement 40 % si ce n’est pas un dimanche », constate-t-il.

Manque d’investissements

Salarié dans une usine fabriquant des sodas, Alexandros Mavrikos ignore encore si son entreprise va mettre en application cette nouvelle réglementation. Mais il ne l’espère pas. « Je privilégie ma santé mentale à plus d’argent ! Même durant la crise financière, nos dirigeants n’ont pas osé prendre cette décision. Pourquoi l’adopter maintenant, alors que la situation économique s’est améliorée, comme le prétend le gouvernement ? », interroge le jeune homme.

Cette mesure intervient alors que les conventions collectives, qui avaient été supprimées en 2012, lors des plans d’austérité adoptés à la suite de la crise de 2008, sont progressivement rétablies. «Nous sommes en pleine négociation avec le patronat, et nous voulions justement inscrire dans la convention collective du secteur agroalimentaire qu’il est obligatoire de trouver un accord avec les représentants syndicaux sur les heures ou les jours supplémentaires, afin qu’ils ne soient pas imposés unilatéralement aux salariés », explique M. Karadousas.

Ce dernier redoute que cette mesure fasse tache d’huile et que d’autres secteurs soient bientôt soumis au même régime. « Alors que d’autres pays européens instaurent la semaine de quatre jours, la Grèce décide de faire l’inverse.(…) Une meilleure productivité s’accompagne de meilleures conditions de travail, d’une meilleure qualité de vie[pour les employés] , et cela se résume par moins d’heures de travail et non plus », s’inquiète le principal syndicat des fonctionnaires, Adedy.

Selon Eurostat, les Grecs travaillent déjà plus que leurs voisins européens : 39,8 heures par semaine en 2023, contre environ 36 heures par semaine, en moyenne, dans l’Union européenne. Mais la productivité par heure travaillée est inférieure d’environ 40 % à la moyenne européenne, selon les chiffres de la Commission. Cela, en raison du manque d’investissement des entreprises, en particulier dans les nouvelles technologies et dans la formation continue, et du niveau élevé de bureaucratie.

Le Monde
France, jeudi 1 août 2024 1359 mots, p. 9
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31 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Finances des partis : les cartes rebattues par les législatives

Le RN va remplir ses caisses, quand la majorité sortante recevra moins d’aides publiques qu’en 2022

Juliette Guéron-Gabrielle

Sur le plan financier, c’est le nerf de la guerre. Les élections législatives sont décisives pour les partis, car elles déterminent l’attribution d’un élément crucial de leurs finances : les aides publiques de l’Etat. Un mauvais score peut entraîner un naufrage économique. A la suite des législatives de 2007, le Front national (depuis Rassemblement national, RN) avait dû mettre en vente son siège, le « Paquebot », à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Même expérience au Parti socialiste, en 2017, avec Solférino.

Lors des législatives, qui se sont tenues les 30 juin et 7 juillet, se décidait la répartition des 66,43 millions d’eurosd’aides publiques attribués aux partis politiques pour l’année 2024. Le Monde a estimé la somme que chaque parti devrait toucher à l’été 2025, une fois tous les recours contre les résultats des différents bureaux de vote épuisés. Et ce, sachant que seules les formations ayant dépassé la barre de 1 % de voix dans au moins cinquante circonscriptions devraient recevoir entre 1 euro et 2 euros par voix – 1,61 euro en 2024, selon la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Les partis recevront également 37 200 euros par sénateur et par député.

Pour certains, ces législatives anticipées ont été une aubaine. A leur issue, le RN devrait passer de 10,1 millions d’euros à 18,4 millions d’euros de subventions publiques par an (+ 82 %). Cette manne permettra de stabiliser les finances du parti après des années précaires, entre difficultés à rembourser ses emprunts russes et multiplications des affaires entraînant d’importants frais judiciaires. Il reste au parti 17 millions d’euros de dette à éponger, selon son trésorier, le député de Moselle Kévin Pfeffer. Cette somme inclut une retenue de 1 million d’euros pour cause de non-respect de la parité, conformément à la loi sur l’égalité réelle de 2014. Le RN a en effet investi vingt-trois hommes de plus que le nombre de femmes.

Cela n’empêchera pas le parti d’extrême droite de toucher un jackpot, au vu de ses aides antérieures : ses subventions ont quadruplé en sept ans. A noter que la quasi-absence du parti au Sénat ne lui permet pas de gonfler ses subventions, et le place quelques millions d’euros derrière le Nouveau Front populaire (NFP), qui a d’importants groupes d’élus dans les deux Chambres.

Nouveaux rapports de force

Les quatre partis de la coalition de gauche (La France insoumise, LFI ; le Parti socialiste, PS ; Les Ecologistes et le Parti communiste français, PCF) devraient recevoir autour de 21,5 millions d’euros de subventions, soit 3,6 millions d’euros de plus que la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) en 2022. Le reflet d’une progression dans les urnes : la coalition gagne trois millions de voix au premier tour et élit vingt-deux députés supplémentaires.

La répartition des aides reflétera les nouveaux rapports de force de l’alliance. Le PS effectuerait une progression notable : ses aides passeraient de 4,7 à 7,3 millions d’euros par an (+ 55 %). Celles de LFI n’augmenteraient que modestement, passant de 7,9 à 8,8 millions d’euros par an (+ 11 %). Même si ces scores sont bons, ils auraient pu être meilleurs. Au PS, le manque de parité des investitures diminue de 14,1 % les subventions auxquelles le parti aurait pu prétendre. LFI pâtit de son absence totale de représentants au Sénat. Le Palais-Bourbon garantit, a contrario, 2,3 millions d’euros par an au PS, fort de soixante-deux sénateurs.

Les deux « petits » du NFP, les Ecologistes et le PCF, sortiraient légèrement perdants du scrutin. Les premiers passeraient de 3,2 à 2,7 millions d’euros de subventions par an (– 18,5 %). Le parti de Fabien Roussel passerait, lui, de 2,1 à 1,2 million d’euros de subventions par an (– 43 %).

Et puis, il y a le grand perdant du scrutin : le parti présidentiel. Ensemble passerait de 19,5 à 13,4 millions d’euros de subventions par an (– 31 %). C’est presque deux fois moins qu’en 2017, à l’époque où la coalition régnait en majorité absolue sur l’Assemblée. Le parti Renaissance s’était offert un élégant quartier général rue du Rocher, à deux pas de l’Elysée. Une acquisition que pourrait mettre en péril la fin d’abondantes subventions.

Chez Les Républicains (LR), dissidences, désertions et absence de femmes vont coûter au parti . « Eric Ciotti nous a fait perdre pas mal d’argent », affirme Daniel Fasquelle, le trésorier du parti de droite, à propos du président contesté de LR depuis son ralliement au RN, en juin.

Les tergiversations de certains candidats pendant la campagne salent l’ardoise : certains ont fait campagne sous la bannière de micropartis. C’est en particulier le cas des soixante-dix candidats Nouvelle Energie, le mouvement du maire de Cannes, David Lisnard, ou encore des trente candidats qui ont mené campagne avec l’étiquette Du courage, le nom du microparti du député du Lot Aurélien Pradié. Les voix portées sur les candidats investis par les deux élus ne rapporteront pas un centime aux Républicains. Les subventions du parti passeraient de 9,5 à 6,7 millions d’euros (– 29,5 %). Outre les désertions, LR pâtit d’une lourde pénalité pour non-respect de la parité : le parti payerait 2 millions d’euros par an le fait de n’avoir désigné qu’un tiers de candidates aux législatives.

Eric Ciotti, qui a investi soixante-deux candidats LR-RN sous le nom de son microparti, A droite !, devrait recevoir ses propres subventions, à hauteur de 700 000 euros par an. Une somme à laquelle ont été retranchés près de 2 millions d’euros de pénalités par an, pour cause de manque de parité de sa liste : seulement 16 % de femmes figuraient parmi les candidats.

D’autres rentrent bredouilles

Certains « petits » partis – pour lesquels l’argent public est souvent une question de survie – voient leurs subventions fondre avec ces élections législatives. C’est le cas de Reconquête ! : son score de 0,75 % au premier tour lui vaudrait 260 000 euros de subventions annuelles, loin des 1,6 million d’euros annuels que son score de 4,2 % lui avait garantis aux dernières législatives, en 2022.

D’autres encore rentrent bredouilles. Tel est le cas du Parti animaliste : après avoir épuisé ses finances dans la campagne des européennes, la formation n’avait plus de quoi financer des candidatures aux législatives. Elle perd ainsi ses 437 000 euros de subventions annuelles. Ses cinq salariés font face à un avenir incertain. La coprésidente, Hélène Thouy, regrette la dissolution de l’Assemblée nationale, annoncée par Emmanuel Macron le 9 juin, qui a pour effet de « déstabiliser les formations politiques »et affecte plus durement les petites.

Le parti de Florian Philippot, Les Patriotes, a renoncé à se lancer dans la course, jugeant la campagne trop pressée. S’envolent 198 000 euros de subventions annuelles. Le Parti pirate, né en Suède en 2006 et spécialiste des questions numériques, sort démuni du scrutin. Les « pirates » ont décidé de ne pas faire campagne pour des « raisons politiques », selon leur porte-parole, Caroline Zorn. L’avocate précise que le parti s’est désisté au profit du NFP, « le risque d’un gouvernement Bardella planant tellement fort ». C’en est fini des 20 000 euros de subventions annuelles du parti.

D’autres micropartis ont sauvé leurs plumes grâce à une alliance in extremis. C’est le cas d’Equinoxe, le parti d’écologie centriste. Il passera de 1 500 euros de subventions publiques à 25 000 euros par an grâce à une alliance électorale avec Volt. Il a financé sa campagne grâce à un appel aux dons sur les réseaux sociaux.

Une certitude réunit les trésoreries des différents partis, quelle que soit leur taille ou leur couleur politique : ces subventions seront à gérer avec précaution. La nouvelle Assemblée, profondément divisée et sans majorité claire, pourrait être à nouveau dissoute dans un an. Il y aurait alors une nouvelle campagne à financer.

Libération
jeudi 1 août 2024 1057 mots, p. 22

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31 juillet 2024 - Libération (site web)

Blum, itinéraire d'un lettré

ALEXANDRA SCHWARTZBROD

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Philippe Collin adapte son podcast retraçant le parcours du dirigeant du Front populaire de 1936, qui fut d'abord un passionné de littérature.

Q uand, le 10 juin, au lendemain de l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron, l'ex-député LFI François Ruffin a lancé l'idée d'un Nouveau Front populaire pour faire barrage à l'extrême droite, nous avons aussitôt pensé à Léon Blum, une vie héroïque, biographie publiée en 2023 par le journaliste Philippe Collin à partir du podcast du même nom produit pour France Inter. Un livre nourri de multiples témoignages d'historiens et de chercheurs sur celui qui, en 1936, érigea un Front populaire contre le danger fasciste. Une lecture aujourd'hui fort instructive. Rien ne prédestinait Léon Blum à devenir l'un des hommes politiques français les plus marquants du XXe siècle. Né en 1872 dans une famille juive alsacienne assez traditionnelle, il est élevé selon les principes de la Tsedaka. «Un des principes fondamentaux de la tradition juive qui ne se transmet pas de façon religieuse, explique l'historien Ilan Greilsammer. La Tsedaka, la justice, c'est rétablir l'égalité entre les gens, faire que le riche soit moins riche, le pauvre moins pauvre.» On comprend d'où vient l'humanisme de Blum. Avec ses quatre frères, il a célébré sa bar-mitsvah et connaît quelques prières mais son éducation religieuse s'arrête là. Comme beaucoup de familles juives de l'époque, le but est de s'intégrer dans la société française. Abraham, le père, a créé à Paris une petite entreprise de soierie et rubans qui tourne bien, il vise l'excellence pour ses fils. Brillantissime, Léon Blum étudie à Henri IV puis intègre Normale sup en 1890. Mais seule l'intéresse la littérature, passion qu'il partage avec ses amis André Gide et Pierre Louÿs. Parmi ses auteurs fétiches, bizarrement, figure Maurice Barrès.

«FEMMELETTE» «Léon Blum admire les textes de Maurice Barrès qui poussent l'individu à se réaliser au coeur d'une société bourgeoise et rigide, rapporte l'historien Pascal Ory cité par Philippe Collin. […] C'est étonnant puisque choisir la politique, et une famille politique socialiste, cela signifie réduire son individualité au profit du collectif. Cela explique sans doute pourquoi il ne sera jamais communiste… Léon Blum est quelqu'un pour qui l'écriture et la littérature comptent avant toute chose.» C'est aussi un immense séducteur, un homme élégant, un peu maniéré avec une voix fluette, ce qui lui occasionnera bien des déboires. «Cette recherche de la séduction, très stendhalienne, lui vaudra une levée d'antisémitisme dont on a perdu le souvenir. Il deviendra une “femmelette”, “mamzelle Blum”, […] celui qui va troubler les moeurs sexuelles, celui qui incarne la séduction des bonnes femmes françaises catholiques», note Pierre Birnbaum, autre biographe de Blum.

A 24 ans, il intègre le Conseil d'Etat et épouse à la grande synagogue de la rue de la Victoire Lise, une jeune fille de la bourgeoisie parisienne. On pourrait croire son destin tracé et Léon Blum rangé. Mais l'affaire Dreyfus va provoquer en lui une vraie prise de conscience. En tant que juge d'Etat il va se mettre au service de Clemenceau et des grandes figures du combat dreyfusard, révulsé à l'idée que l'on condamne un innocent. Et rompre avec Maurice Barrès devenu «le prince des antidreyfusards et le héros des antisémites, au coeur du camp le plus violent de la réaction intégriste catholique, pour reprendre les mots de Pierre Birnbaum. Léon Blum est optimiste. Et après Vichy il aura la même réaction : ce qui comptera pour lui, ce sera la résistance de De Gaulle et des maquis et de la France républicaine. Dans l'affaire Dreyfus, ce qui comptera pour lui, c'est la résistance de l'Etat républicain.» De là, naît son admiration pour une autre figure de la politique : Jean Jaurès. «Je me revois en face de Jaurès, opprimé par quelque chose de plus pesant que l'émotion, par cette puissance d'admiration et de don qui était naturellement en moi», écrit Léon Blum. Au contact de Jaurès, il prend goût à la politique et trouve des fonds pour créer le journal l'Humanité, qui sert à fédérer la gauche socialiste. Il devient un critique littéraire en vue et publie Du mariage (1), un livre courageux qui prône la liberté sexuelle pour la femme avant le mariage. Au même moment il entame une liaison avec Thérèse, une femme aussi volontaire et passionnée que Lise est douce et effacée. En 1914, il perd sa mère, il perd Jaurès – assassiné par un nationaliste proche de l'Action française – et il comprend – poussé par Thérèse – qu'il est fait pour la politique, il doit s'engager.

«CE N'EST RIEN» Après la mort de Jaurès, la guerre paraît inéluctable, les socialistes français décident de s'allier à la bourgeoisie pour défendre la République. C'est l'«Union sacrée» : les socialistes de la SFIO acceptent d'entrer au gouvernement avec la droite et ils obtiennent trois ministères, dont celui des Travaux publics confié à Marcel Sembat qui propose à Blum de diriger son cabinet. Le gouvernement fera long feu mais en 1919 Léon Blum est élu député et, en 1920, il acquiert une stature d'homme d'Etat en ayant le courage de s'opposer au léninisme dans un discours historique prononcé au congrès de Tours. On comprend mieux comment il en est venu, en 1936, alors qu'il subit à nouveau des attaques antisémites d'une extrême violence, à ériger un Front populaire face à l'ascension de Hitler et des nazis. Il parvient à mettre patrons et syndicats autour d'une table et, de ces accords, naîtront les fameux congés payés restés gravés dans l'histoire.

Incroyable destin que celui de Léon Blum : après la mort de Lise, il se marie avec Thérèse puis, après la mort de celle-ci d'un cancer, il tombe amoureux de Jeanne, trente ans de moins que lui, qui, par amour, partagera sa déportation près du camp de Buchenwald où, de 1943 à 1945, il vivra sous la menace d'une mort imminente. Blum a fait partie des 80 parlementaires qui ont refusé de donner les pleins pouvoirs à Pétain. Le 30 mars 1950, il finit sa vie dans les bras de Jeanne, pauvre et heureux, après avoir prononcé ces mots : «Ce n'est rien, n'ayez pas peur pour moi.» (1) Réédité chez Pocket, dans une édition établie, annotée et préfacée par Pascal Ory.

PHILIPPE COLLIN, LÉON BLUM, UNE VIE HÉROÏQUE, Albin Michel, 365 pp., 24,90 €.

Le Figaro, no. 24864
Le Figaro, jeudi 1 août 2024 830 mots, p. 5

Politique

À droite, les nouveaux visages en ordre dispersé

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Ils ont été élus à l'Assemblée nationale avec le soutien des Républicains, au coeur d'une tempête politique. Mais quelles sont les attentes de ces 12 nouveaux visages de la droite ? Comment voient-ils la recomposition qui est à l'oeuvre - et qui n'épargne pas leur camp -, tandis que plane l'hypothèse d'un gouvernement des affaires courantes jusqu'à la rentrée de septembre ? Alors qu'une quarantaine de députés LR sortants ont été réélus sous les couleurs des Républicains aux législatives, le scrutin a surtout été marqué par le retour de Laurent Wauquiez, qui a immédiatement pris la tête de « La Droite républicaine ». Un groupe au sein duquel pas moins de six sensibilités sont représentées : 35 LR canal historique, 3 élus « divers droite » (DVD), 4 pécressistes de Libres!, 3 fidèles de Julien Aubert (« Oser la France » /LR), 1 proche de Xavier Bertrand (« Nous France » /LR) et 1 soutien de David Lisnard (« Nouvelle Énergie » /LR).

À ceux-là s'ajoutent la demi-douzaine de nouveaux élus qui a choisi de siéger ailleurs. Comme Constance de Pélichy, surnommée la «NKM du Loiret», inscrite au sein du groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) en attendant de voir. «J'ai pris mes distances avec LR quand Éric Ciotti a été élu président du parti sur une ligne très axée sécurité et immigration. Je voulais me retrouver dans une trajectoire politique qui mettait d'autres questions au centre du jeu» ,confie-t-elle, disant toutefois avoir «eu des échanges constructifs avec Laurent Wauquiez». Son collègue de banc Joël Bruneau (Calvados), élu sous l'étiquette DVD, réclame, lui, «l'émergence d'un pôle» qui ne serait ni un «en même temps» , ni «un ventre mou» mais plutôt la «réunion de gens responsables qui considèrent que ce qui importe, c'est la France de maintenant et non l'élection présidentielle de 2027.»

« On ne me caporalisera pas »

Chez Liot toujours, on retrouve aussi la centriste Valérie Létard. L'ex-sénatrice et ancienne secrétaire d'État du gouvernement Fillon s'est retrouvée candidate aux législatives en 24 heures, avec un objectif : empêcher une victoire du RN dans le Valenciennois, circonscription de son ami Jean-Louis Borloo. «J'aime beaucoup Laurent (Wauquiez) mais on ne me caporalisera pas», confie l'élue issue de l'UDI, très attachée à son « indépendance ». Sylvain Berrios, député apparenté Horizons, qui a toujours sa carte chez LR, a, lui, fait campagne sur le thème d'une «nouvelle majorité»:il assume d'être « à droite » et revendique sa « proximité » avec Édouard Philippe. Au « pacte législatif » de Laurent Wauquiez, il oppose ainsi l'idée d'un «contrat de gouvernement» reposant sur plusieurs axes «majeurs» (la responsabilité, l'ordre, la solidarité et l'exemplarité environnementale).

Poser sur la table un « pacte législatif » , en disant que c'est à prendre ou à laisser, c'est une manière de dire qu'on n'est pas prêts à gouverner. Personne n'a gagné ces législatives et se replier sur soi-même, c'est amplifier la crise politique. L'opposition constructive est un concept qui enferme.»

Face à cette hétérogénéité, les proches de Laurent Wauquiez disent vouloir donner du temps au temps. Puisque ces députés qui siègent ailleurs ont été soutenus par LR, la porte restera ouverte. «Ils sont donc les bienvenus et ils reviendront plus tard, quand ils comprendront que nous sommes les seuls à défendre une droite indépendante. Car Horizons, c'est la macronie, et Liot, c'est n'importe quoi, soutient un ami du chef de groupe, en misant sur le long terme. La plupart d'entre eux ont hésité et ce n'est pas un problème s'ils sont ailleurs. La confiance viendra. L'important est de construire une offre politique.»

Un groupe « hyper soudé »

Ainsi de Jean-Didier Berger (Hauts-de-Seine), qui siège chez LR et qui aborde son premier mandat parlementaire à 44 ans, après une décennie passée à la tête de la mairie de Clamart. «Le Parlement prend le pouvoir et c'est un moment clef dans la reconstruction d'une droite indépendante. Nous avons une opportunité unique chez LR car nous pouvons peser sur les décisions politiques. Et nous sommes bien placés pour préparer l'alternance en 2027», estime l'élu, ravi de voir Laurent Wauquiez ouvrir «complètement» le jeu et animer un groupe «hyper soudé». François-Xavier Ceccoli fait le même constat et parle d'une «bonne surprise» : «Je m'attendais à un groupe fracturé.»

L'élu de Haute-Corse, qui dit ne pas faire partie du fan-club de Wauquiez, poursuit : Cela fait du bien d'avoir un capitaine surtout quand la mer est formée.Je garde l'espoir que tout ce beau monde se retrouvera sous ses couleurs d'origine » , veut-il croire, alors que le parti a pourtant été fragilisé par le rapprochement entre Éric Ciotti et le Rassemblement national. Une « alliance » nouée pour aider Jordan Bardella et Marine Le Pen à conquérir Matignon et l'Élysée. Ce que « La Droite républicaine » entend bien empêcher, à en croire certains, qui y voient une potentielle écurie présidentielle. Mais Corentin Le Fur, député des Côtes-d'Armor, assure : Ce n'est vraiment pas le sujet. Nous sommes là pour travailler. On a été élus pour 2024 et non 2027.» Façon, là encore, de donner du temps au temps. ET E.G.

Le Figaro, no. 24864
Le Figaro, jeudi 1 août 2024 612 mots, p. 5

Politique

Emmenée par le RN et LFI, « la génération 2000 a fait son entrée à l'Assemblée »

Cimbidhi, Eloïse

Ils devaient faire leur rentrée sur les bancs de l'université, ils la feront finalement sur ceux de l'Assemblée. Six députés de la génération Z, tous âgés de moins de 25 ans, sont venus grossir les rangs de la représentation nationale après les dernières élections législatives. Des premiers pas parfois vertigineux dans l'arène parlementaire, qui s'accompagnent d'un vent de fraîcheur sur les colonnes antiques du Palais Bourbon. Pour le meilleur et pour le pire.

Réunis pour la première fois au sein du «bureau d'âge», lors de l'élection au perchoir pour la présidence de l'Assemblée, les six benjamins se sont vus chargés du bon déroulement du vote. Aussi, les Insoumis Louis Boyard (23 ans) et Hugo Prevost (24 ans) ont dû, le temps d'une journée, s'accommoder du voisinage de leur collègue ciottiste Hanane Mansouri (23 ans), ainsi que des lepénistes Flavien Termet (22 ans), Théo Bernhardt (24 ans) et Auguste Evrard (24 ans). Malgré leur proximité générationnelle, l'ambiance est restée glaciale. «Les Insoumis ont mis une frontière entre eux et nous, relate Hanane Mansouri, qui siège dans le groupe « À Droite ». J'ai tenté quelques approches avec Louis Boyard, qui ne me répondait que du bout des lèvres, sans me regarder » , déplore-t-elle. Une attitude assumée par le mélenchoniste : «Il n'y a aucune solidarité générationnelle parce qu'ils restent des députés RN. Je ne ferai jamais de favoritisme en fonction de l'âge» , balaie-t-il.

« Les codes d'internet »

Au Rassemblement national, on préfère d'ailleurs ne pas porter l'âge en étendard. «On est élus par l'ensemble de la population et on doit donc représenter l'ensemble de la population», martèle Auguste Evrard, élu dans le Pas-de-Calais. Même son de cloche chez Flavien Termet, le benjamin de l'Assemblée, qui refuse de se faire le «porte-parole de la jeunesse». «Je n'ai pas été élu par des étudiants, mais dans une circonscription rurale avec des générations diverses» ,se fend le député des Ardennes. Et s'il est rejoint par son camarade du Bas-Rhin Théo Bernhardt, celui-ci confie tout de même sa satisfaction de voir la jeunesse débarquer au Palais Bourbon. «Nous sommes en train d'apporter un renouveau à l'Assemblée nationale», se réjouit-il.

Réélu le 7 juillet, après être devenu l'un des plus jeunes députés de la Ve République en 2022 - il avait alors 21 ans -, Louis Boyard a lui choisi d'adopter la stratégie inverse. Utilisateur frénétique de TikTok où il cumule 1,1 million d'abonnés, il est aussi un auteur prolifique de «mèmes». Lui-même ancien syndicaliste étudiant, il a fait de la jeunesse son fer de lance durant son mandat, et s'est lancé dans une vaste tournée des facs. «La génération 2000 a fait son entrée à l'Assemblée, et avec elle, les codes d'internet » ,explique-t-il.

Bien que «moins à l'aise» sur les réseaux sociaux, Hugo Prevost (LFI), ne désespère pas : «Il va falloir que je trouve mon style».Ancien membre de l'Union nationale lycéenne, qui a signé son entrée dans le militantisme en s'engageant contre la loi travail à 16 ans, il revendique lui aussi un « héritage internet ». « Les youtubeurs qui se sont mobilisés contre la loi travail à l'époque ont eu une importance dans ma formation de militant » , glisse l'élu de l'Isère. Revêtant une double casquette d'étudiant-député, Hugo Prevost doit désormais jongler entre son master 2 en macroéconomie et son mandat parlementaire. Comme la ciottiste Hanane Mansouri, qui a trouvé la solution : opter pour un master en distanciel de droit à l'université de Poitiers. À l'instar de ses collègues Insoumis, la jeune Iséroise a décidé d'investir les réseaux sociaux pour s'adresser aux jeunes. Son objectif, «dédiaboliser la droite en montrant qu'on peut être jeune et de droite».

La Croix, no. 42985
Monde, jeudi 1 août 2024 761 mots, p. 5
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1 août 2024 - La Croix (site web)

Les délégués démocrates sous le feu des projecteurs

Alexis Buisson

Les grands électeurs démocrates procéderont, dès le jeudi 1er août, au vote d’investiture de leur candidat à la Maison-Blanche.

Une formalité pour Kamala Harris mais un moment historique pour ces délégués.

« Mes amis me disent en plaisantant que je fais partie des 4 000 personnes les plus importantes aux États-Unis », sourit Matt Roan. Président du Parti démocrate de Cumberland County, un comté de Pennsylvanie, cet Américain est l’un des 3 949 délégués chargés d’investir le candidat de sa formation politique à la Maison-Blanche, lors d’un vote virtuel sécurisé qui démarrera jeudi 1er août. Sauf surprise, la vice-présidente Kamala Harris, qui a déjà obtenu la promesse du soutien de l’écrasante majorité de ces délégués, devrait décrocher la nomination d’ici à la date butoir du 7 août.

Il n’empêche que le tourbillon de ces derniers jours, marqué par le retrait inédit de Joe Biden, président sortant candidat à sa réélection, juste avant l’investiture, a mis ce corps opaque des grands électeurs, sous le feu des projecteurs. Constitués de militants, d’élus, de chefs d’antennes locales du parti et de dignitaires divers, nommés selon des modalités complexes et avec des prérogatives variables, ils ont une mission simple : désigner le candidat en fonction des résultats des primaires dans leurs États respectifs.

Or cette année, ils sont confrontés à une situation doublement inédite. Plutôt que de nommer leur porte-étendard pendant la convention nationale démocrate du 19 au 22 août à Chicago, une loi de l’Ohio relative aux conditions de déclaration des candidatures à la présidentielle les contraint à devoir remplir leur mission avant le 7 août, de manière virtuelle.

L’autre surprise fut donc la décision de Joe Biden de jeter l’éponge, le 21 juillet. Promis au locataire de la Maison-Blanche, grand vainqueur des primaires organisées dans la première moitié de l’année, les délégués ont donc été libérés de leur obligation de voter pour lui. « Nous sommes soudainement devenus les décideurs de son remplaçant », résume Matt Roan. Quand Joe Biden a annoncé son soutien à sa vice-présidente, ce responsable local a ressenti un certain soulagement. « Il aura été un président historique, le plus efficace que j’ai connu, mais la nature inédite de la nomination de Kamala Harris a fait monter l’enthousiasme d’un cran.»

Après l’abandon du président, ces grands électeurs ont été rapidement contactés par la campagne de la « VP » – sa vice-présidente, projetée sur le devant de la scène. Signe de la volonté de Kamala Harris de verrouiller la nomination face à d’éventuels rivaux. En 48 heures, la majeure partie des délégués aux quatre coins des États-Unis avaient annoncé leur intention de la soutenir. Un tour de force dans un parti qui marche souvent en ordre dispersé. Lors d’un appel avec une centaine de délégués du Michigan, certains élus sous la bannière « Uncommitted » (vote blanc), lors de la primaire dans cet État qui compte une importante population arabe, ont cependant pris le contre-pied de leurs collègues, en disant qu’ils ne pourraient pas voter pour Kamala Harris tant que le gouvernement soutiendra Israël.

À l’inverse, dans le Colorado, la délégation de 87 membres s’est immédiatement rangée derrière la prétendante. « On a l’impression que l’espoir renaît», raconte Leslie Herod. Députée de l’État, elle ressentira une émotion particulière au moment de voter pour l’investiture de la première candidate non blanche du Parti démocrate. En 2020, cette élue afro-américaine lesbienne codirigeait le comité de soutien à Kamala Harris dans le Colorado. Cette dernière lui avait alors prodigué conseils et encouragements sur un projet de loi contre la violence policière. « Ce changement de candidat est très puissant pour moi, femme noire. Cela sera un honneur de voter pour elle et de la voir accepter la nomination du parti », explique-t-elle. Cette acceptation se fait traditionnellement lors du discours du candidat en clôture de la convention.

Leslie Herod considère toutefois cette investiture comme une étape. « Nous avons beaucoup de travail à faire derrière. » C’est aussi l’opinion de Kaivan Shroff. À 30 ans, ce New-Yorkais, d’origine indienne comme Kamala Harris, fait partie de la nouvelle génération de délégués démocrates. Commentateur politique et influenceur sur les réseaux sociaux, il entend utiliser sa visibilité pour « mobiliser la base et expliquer le bilan du gouvernement Biden-Harris ». Lui aussi sent l’enthousiasme monter : « Même des gens qui n’étaient pas ou peu engagés en politique m’ont dit qu’ils voteraient pour elle. »

L'Humanité
jeudi 1 août 2024 330 mots, p. 2

Le coup d'État permanent

Peut-on séparer le ministre du député ? À cette question, la Constitution apporte une réponse catégorique. Non, on ne peut pas confier aux mêmes personnes tous les pouvoirs au risque de les confondre ; oui, « les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l'exercice de tout mandat parlementaire ». Depuis près de quatre semaines pourtant, le pouvoir exécutif s'affranchit ouvertement de l'interdit posé par l'article 23 de la Loi fondamentale et cultive le mélange des genres, au motif que les ministres, dont dix-sept ont un mandat à l'Assemblée nationale, sont réputés démissionnaires et leur périmètre réduit aux « affaires courantes ». Circulez, il n'y a rien à voir, répond Emmanuel Macron à ceux qui s'en étonnent.

Mais les faits sont têtus. Le premier ministre des « affaires courantes », le jour, peut-il présenter, la nuit, un nouveau « pacte législatif » comme président du groupe des députés de la minorité présidentielle ? La ministre de la Culture pouvait-elle endosser comme elle l'a fait la décision présidentielle de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental au mépris du droit international ? Enfin, la décision très politique du chef de l'État de proposer de reconduire à la Commission européenne le libéral Thierry Breton dans un tel contexte interroge sur sa pratique personnelle du pouvoir, la Constitution ne prévoyant aucun domaine réservé du président.

Chacun sait que si était nommé un gouvernement du Nouveau Front populaire avec Lucie Castets à Matignon, comme la coalition le réclame après son arrivée en tête des législatives, la démocratie la plus élémentaire en cohabitation exigerait une négociation, ou au minimum une concertation sur le nom du commissaire européen. Le président de la République profite à l'évidence de la situation, avec la complicité de ses ministres des « affaires courantes » qui n'en ont que le nom. En 1964, un certain futur candidat commun de la gauche dénonçait le coup d'État permanent. Nous y sommes plus que jamais, à la différence qu'à l'époque, au moins, le coup de force s'appuyait sur le suffrage populaire.

Le Monde
France, jeudi 1 août 2024 1477 mots, p. 8
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31 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

La gestion financière de l’Elysée épinglée

Un rapport de la Cour des comptes souligne un déficit de 8,3 millions d’euros et suggère des « efforts significatifs »

Laura Motet

Rares sont les occasions de se faufiler dans les coulisses du palais de l’Elysée et de plonger dans ses dépenses. La publication du rapport annuel de la Cour des comptes sur la gestion des services de la présidence de la République est de ces moments-là. Son dernier audit, mis en ligne le lundi 29 juillet, épingle la gestion du palais en 2023. Elle relève un montant record de charges (125 millions d’euros) insuffisamment compensé par des produits, créant un déficit tout aussi inédit – 8,3 millions d’euros.

Contacté, l’Elysée nie ce déficit. Le budget « est à l’équilibre », l’écart « ayant été[comblé] par de la trésorerie dont la présidence dispose », selon un communiqué du palais.Pour faire face à ses dépenses, l’Elysée a puisé dans ses réserves. Cette situation n’est pas tenable, alertent les magistrats financiers : « Des efforts significatifs devront être entrepris, dès 2024, afin de rétablir et pérenniser l’équilibre. » D’autant que ce dérapage est en partie lié à des choix de l’Elysée. « Si plusieurs facteurs externes expliquent ce niveau de dépenses non anticipé(…) , des facteurs internes sont à prendre également en compte(…) et nécessitent une vigilance accrue », poursuit la Cour des comptes.

Les magistrats financiers se sont intéressés au service chargé des déplacements et des événements, comme l’exposition « Fabriqué en France », la Fête de la musique, les Journées européennes du patrimoine ou encore les rencontres d’Etat. « Son budget initial 2023 a ainsi été augmenté de près de 45 % en cours d’exercice et la quasi-totalité des crédits a été consommée, soit plus de 31 millions d’euros (22 millions, en 2022) », note la Cour. En cause : la multiplication des événements et l’inflation, mais aussi « l’augmentation du nombre d’invités et du coût moyen par personne ».

Malgré de vives tensions sociales liées à la réforme des retraites et au pouvoir d’achat en berne, deux dîners d’Etat particulièrement fastueux ont été organisés par l’Elysée en 2023. Le premier s’est tenu, en juillet, au Louvre, en l’honneur du premier ministre indien, Narendra Modi, en présence de plus d’une centaine de convives, dont le député Rassemblement national (RN) de la Somme Jean-Philippe Tanguy, l’ancien footballeur professionnel Vikash Dhorasoo, et le directeur général d’ArcelorMittal, Lakshmi Mittal. Montant de la note pour ce dîner végétalien : 412 000 euros.

Le second, donné à l’occasion de la visite du roi d’Angleterre, Charles III, s’est déroulé, en septembre, dans la galerie des Glaces du château de Versailles. Le menu des quelque cent cinquante convives est imaginé par les plus grands chefs français – Anne-Sophie Pic, Yannick Alléno et Pierre Hermé : homard bleu, volaille de Bresse et cèpes, macaron rose, framboise, litchi. Les invités sont tout aussi prestigieux : le patron du groupe de luxe LVMH, Bernard Arnault, l’entrepreneur des télécoms Xavier Niel (actionnaire à titre individuel du Monde), l’animateur Stéphane Bern, le romancier Ken Follett, ou encore les actrices Kristin Scott Thomas et Charlotte Gainsbourg. Cette fois, l’Elysée a déboursé 475 000 euros. Le report de la visite du roi, initialement prévue en mars et annulée en raison des manifestations contre la réforme des retraites, a alourdi la facture de 80 000 euros.

Le « choix du lieu »joue un « rôle majeur dans le coût total de chaque événement », soulignent les magistrats. A l’occasion de ces dîners, il a fallu embaucher des traiteurs, mais aussi des «prestataires(…) pour aménager les lieux et assurer la scénographie ».« La présidence rappelle que la France entretient des relations diplomatiques soutenues avec de très nombreux pays qui organisent des événements équivalents lorsqu’ils reçoivent le chef de l’Etat », soutient l’Elysée.

« 171 réceptions »

Une partie de ce recours aux traiteurs « peut s’expliquer par l’opération de rénovation des grandes cuisines en 2022 et 2023, qui ne permettait plus d’assurer autant de prestations qu’auparavant », relève la Cour. Mais « la tenue des deux dîners d’Etat en dehors du palais de l’Elysée imposait le recours à ce type de prestation », car les cuisines de l’Elysée n’étaient pas « en mesure de délivrer de telles prestations à l’extérieur ». Un mois après la venue de Charles III et alors que les travaux des grandes cuisines se poursuivaient, l’Elysée accueillait le président mongol au palais, lors d’une réception facturée 62 700 euros. En 2024, d’autres chefs d’Etat ont été invités pour un dîner au palais de l’Elysée : l’émir du Qatar, en février, pour 90 000 euros, et le président chinois, en mai, pour 138 000 euros.

Selon les magistrats financiers, l’ « accroissement significatif du recours aux prestations de traiteur » lors des dîners d’Etat, mais aussi lors des remises de décorations, peut s’expliquer par plusieurs facteurs : « Une hausse du nombre d’événements, qui dépasse désormais le niveau pré-Covid, avec 171 réceptions, en 2023 contre 146, en 2019 », mais aussi un « accroissement du nombre d’invités » ainsi qu’une « augmentation des dépenses par invité ».

Les dépenses liées aux voyages présidentiels constituent le second sujet d’intérêt pour la Cour. « Les déplacements internationaux[dont le nombre a augmenté en 2023] ont coûté 17,24 millions d’euros en 2023 (12,05 millions en 2022), soit plus du double du montant 2019 (8,44 millions). Le coût des déplacements nationaux s’élève, quant à lui, à près de 6 millions d’euros (3,8 millions en 2022), un niveau proche de celui constaté en 2019 (5,4 millions). » Là encore, l’inflation est en partie responsable d’une augmentation des dépenses de transport et d’hébergement. « Le coût dépend surtout du programme, de la destination et des choix scénographiques », remarquent les magistrats. Le coût moyen d’un déplacement présidentiel est ainsi passé de 124 000 euros, en 2016, à 207 000 euros, en 2023 – soit + 66 %, loin des 17 % d’inflation cumulée sur la même période.

Des pertes liées à l’actualité

Certains efforts pour limiter les coûts ont été effectués. La présidence s’efforce ainsi, lorsque c’est possible, d’apporter, lors de certains déplacements, « l’alimentation du président et de ses proches[soit une quinzaine de personnes] , produite au palais et transportée sous vide », note la Cour. « Les procédures mises en place(…) pour contenir les dépenses[notamment concernant l’anticipation des voyages] traduisent une réelle attention au sujet, mais se heurtent aux aléas affectant l’agenda du président et à des problèmes d’organisation interne,poursuit-elle. Les efforts doivent être poursuivis(…) en particulier[sur] la taille des délégations[ou encore] les refacturations » aux membres des délégations non officielles, comme les intermédiaires, les chefs d’entreprise ou les médias.

En avril 2023, les trois jours de voyage en Chine du chef de l’Etat ont coûté 1,8 million d’eurosà l’Elysée. A ses côtés, des ministres comme Bruno Le Maire (économie) et Catherine Colonna (affaires étrangères), mais aussi l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin et l’ancien ministre Jean-Marie Le Guen, désormais membre du conseil d’administration de Huawei France. La délégation officielle et officieuse accompagnant ce voyage était si nombreuse qu’un second avion A330, pouvant accueillir environ soixante-dix passagers, a été affrété et que cinquante véhicules ont été loués, en plus de la voiture présidentielle.

Toujours selon les décomptes de la Cour, la délégation non officielle comptait 74 personnes lors du déplacement en marge du G20, en Inde, et 146 lors de la tournée du président de la République en Afrique. « Au vu de l’enjeu d’équilibre du budget de la présidence (…) , il pourrait être nécessaire (…) de plafonner la taille des délégations officielles et non officielles(…) , sur le modèle de ce qu’imposent les sommets internationaux », estime la Cour des comptes.

L’augmentation des coûts de déplacement est, enfin, liée à la « multiplication des changements de dernière minute et des annulations », qui entraînent des coûts irrécupérables .En 2023, 12 déplacements ont été annulés, contre 7 en 2022. La majeure partie des 830 000 euros perdus étaient liés à l’actualité. Après l’annulation d’un voyage en Allemagne, du fait des émeutes en France, 420 000 euros ont été perdus, ainsi que 180 150 euros après l’annulation d’un déplacement en Suède, à la suite de l’assassinat de deux Suédois à Bruxelles. Toutefois, « si les fluctuations de l’agenda présidentiel sont inévitables, de l’aveu général, l’anticipation de la prise de décision est un axe d’amélioration majeur », notent les magistrats. Le déplacement du chef de l’Etat à Marseille, sa « ville de cœur » , en juin 2023, a ainsi coûté 342 828 euros pour trois jours… auxquels se sont ajoutés près de 25 000 euros liés aux deux annulations précédentes.

L'Humanité
jeudi 1 août 2024 798 mots, p. 5

Cent dix ans après la mort de Jaurès, un héritage nécessaire

Lisa Guillemin

Commémoration Les continuateurs du député du Tarn se sont réunis, ce mercredi, au Café du Croissant, à Paris, pour célébrer la mémoire de l'un des pères de la gauche française, en présence de Fabien Gay, directeur de l'Humanité.

Loin de l'agitation touristique des jeux Olympiques, une tout autre ferveur règne au 146, rue Montmartre. Bien plus solennelle et évocatrice. Françoise et Jeanne, tracts dans une main, éventail dans l'autre, ne rateraient pour rien au monde ce rendez-vous. Elles l'honorent, respectivement, depuis 1959 et 1963. Ce 31 juillet, à la terrasse du Café du Croissant, dans le 2e arrondissement de Paris, les héritiers spirituels de Jean Jaurès se sont réunis pour commémorer les 110 ans de l'assassinat d'un des pères de la gauche française.

Aux côtés des militants habituels, sont présents des élus de la gauche parisienne, comme Lamia El Aaraje, première secrétaire du PS de la capitale, Rémi Féraud, sénateur socialiste, ou Raphaëlle Rémy-Leleu, conseillère écologiste de Paris. Et de nombreux élus communistes comme Hélène Bidard, maire-adjointe de Paris, ou Élie Jousselin, élu du 10e arrondissement. Un rassemblement unitaire très symbolique, aux lendemains de législatives qui ont failli porter l'extrême droite au pouvoir.

Le 31 juillet 1914, en tuant Jean Jaurès, c'est tout l'esprit fraternel et pacifiste du socialisme que Raoul Villain, ultranationaliste, cherche à anéantir. Difficile de ne pas déceler dans cet épisode tragique de la gauche des résonances avec le contexte actuel. C'est ce fil qu'a déroulé le directeur de l'Humanité, Fabien Gay, à une tribune improvisée devant la fenêtre même d'où ont été tirées les balles qui ont fauché Jaurès.

« Il se voulait le défenseur d'une société pacifiée où les relations sociales entre individus, entre peuples, entre États seraient régies par la recherche du bien commun et de l'émancipation humaine », se remémore le sénateur de Seine-Saint-Denis. Mais, peu à peu, l'ombre de la Grande Guerre s'est épaissie et l'idéal démocratique de souveraineté populaire s'est transformé en un nationalisme revanchard des plus rances. Cent dix ans plus tard, le RN, Fratelli d'Italia, le Vlaams Belang belge, l'AfD allemande et le PVV de Geert Wilders ont déferlé sur le Parlement européen, le 9 juin dernier. L'histoire bégaie. Revoilà « cette vague de la rancoeur » qui a afflué en 1914, alerte Fabien Gay.

Aujourd'hui « le souffle du conservatisme, de la concurrence de tous contre tous, celui d'une parole décomplexée qui humilie, plane au-dessus de nous », observe l'élu. Un souffle putride, qui jamais ne retombe, et appelle encore à « s'en prendre aux homosexuels, aux migrants, aux jeunes de nos quartiers, et qui dresse des listes de personnalités à abattre ». À l'image du site d'extrême droite Réseau libre et de ses incitations à mettre une « balle dans la nuque » de 180 personnalités, dont des rédacteurs de l'Humanité, et pour lequel le parquet de Paris a ouvert une enquête.

Contre l'extrême droite, construire un contre-discours crédible

« Nous vivons une inversion invraisemblable des valeurs », s'insurge le communiste : « Pour certains, la République, ce serait défendre la préférence nationale, les violences policières ou encore la chasse aux pauvres et aux immigrés. » Des anathèmes martelés par une presse conservatrice, aux mains de milliardaires qui mettent à profit leur capital pour répandre leur poison réactionnaire.

Et désormais le centre aussi s'y met, pris dans son propre piège, en revendiquant le monopole de la raison et en instaurant un clivage fallacieux entre lui et les soi-disant extrêmes. « L'hôte de l'Élysée a réussi en un septennat à décomposer et recomposer la vie politique française, et renvoie dos à dos le Nouveau Front populaire et l'extrême droite », rappelle Fabien Gay. Le même système fou poursuit des militants de la justice sociale et environnementale, au même titre que des assassins islamistes, pour motifs terroristes. En octobre dernier, Gérald Darmanin confirmait, à la commission d'enquête parlementaire sur les groupuscules violents, que près de 10 000 personnes étaient suivies pour leur appartenance à « l'ultragauche ».

La seule issue salvatrice possible, pour le directeur de l'Humanité : « Reprendre la main idéologiquement pour rendre majoritaires les idées de progrès, de partage, de solidarité qui fondent notre contrat démocratique et social. » Et pour cela s'appuyer sur l'ensemble des forces politiques de gauche afin de construire un contre-discours crédible. En un mot : l'unité. « Se concerter et délibérer cordialement pour l'action commune », dirait Jaurès.

Applaudissements et dépôt des gerbes au pied de la plaque commémorative incrustée d'or concluent cette matinée. Militants et élus entament en choeur la Marseillaise et l'Internationale. « L'union n'est pas facultative », abonde Raphaëlle Rémy-Leleu. « Nous avons besoin de la construire au quotidien », ajoute Lamia El Aaraje, selon qui « la diversité de la gauche fait sa force ». Le Nouveau Front populaire a franchi un premier pas en s'accordant sur le nom de Lucie Castets. Une union non seulement pour endiguer la vague brune, mais surtout pour gouverner. 

Le Monde
jeudi 1 août 2024 1063 mots, p. SPA3
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31 juillet 2024 - Le Monde (site web)

La résistance discrète de l’Ukrainienne Marta Kostyuk

Tennis Très impliquée à propos du conflit qui sévit dans son pays depuis février 2022, la joueuse de 22 ans fait preuve désormais de retenue sur le sujet. Elle s’est qualifiée, mardi, pour les quarts de finale du simple femmes

Yann Bouchez

Mardi 30 juillet, Olha Zhuk a posé une journée de congé. Puis, pour venir à Roland-Garros, elle a choisi sa plus belle tenue, une robe blanche sans manches. Pas très prudent, avec ce ciel caniculaire. Pour autant, ses bras ne sont pas restés découverts. La jeune femme a saisi la fine étoffe bleu et jaune qu’elle avait apportée, et s’est drapée dedans.

Plus qu’une protection, il fallait y voir l’expression d’une fierté nationale. « Ce drapeau, il me sert pour toutes les occasions ! » , relève cette étudiante de 22 ans, qui jongle entre un master de finance à la Sorbonne et un emploi dans une start-up. Elle l’avait acheté, il y a plusieurs mois, pour une manifestation en soutien à l’Ukraine. Olha Zhuk est ukrainienne. Depuis un an, elle habite à Paris. Dans les tribunes du petit court numéro 7, quasi vides en ce début d’après-midi, cette petite blonde à l’allure discrète est venue encourager sa compatriote Marta Kostyuk.

Concernant la 19e joueuse mondiale, 22 ans, « une étoile montante pour nous », la supportrice n’est pas incollable. Elle ignore, par exemple, que la sportive, née à Kiev, réside depuis huit ans à Monaco, comme une partie du gratin du tennis mondial. Et Olha Zhuk ne sait pas non plus qu’elle avait été huée à Roland-Garros, au printemps 2023, pour avoir refusé de serrer la main de la Biélorusse Aryna Sabalenka.

Le geste, ou plutôt son absence, lui avait valu les sifflets du public parisien. « Je peux comprendre pourquoi les gens l’ont huée, mais je dois dire que je la respecte encore plus pour ça, sourit la jeune spectatrice. Elle a des positions claires, contrairement à certains de nos alliés. On ne peut pas dire que le sport n’est pas politique. On ne peut pas fermer les yeux. »

Voilà des mots que ne renierait certainement pas Marta Kostyuk. Au début de l’année 2022, lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la jeune joueuse, dont une partie de la famille vit encore à Kiev, critique le manque de réaction des pontes de la WTA, le circuit professionnel féminin. Avec d’autres sportifs de son pays, elle partage un communiqué sur Facebook. Le texte reprend la citation de la militante des droits humains d’origine italienne Ginetta Sagan : « Le silence face à l’injustice est une complicité avec l’oppresseur. »

Bulle d’oxygène essentielle

A l’US Open, en septembre 2022, elle refuse une poignée de mains avec la Biélorusse Victoria Azarenka. Premier épisode en date d’une politique de la main non tendue. En mars 2023, après avoir remporté le tournoi d’Austin (Etats-Unis), elle dédie sa victoire « à tous les gens qui se battent et meurent » dans son pays. Prendre la parole ne l’effraye pas. En 2016 déjà, à l’invitation du député et ex-nageur Denys Sylantyev, elle avait demandé aux législateurs du Parlement ukrainien d’aider fiscalement les mécènes du sport. Elle avait 13 ans.

Surdouée, précoce, cette fille d’une joueuse professionnelle et d’un directeur de tournoi veut toutefois éviter un costume de pasionaria trop lourd à porter. Au printemps 2022, elle avait prévenu : « Chacun se bat comme il peut. Mon job est de jouer au tennis. C’est comme ça que je peux apporter mon aide. » A Roland-Garros, elle n’est qu’une joueuse parmi d’autres, et n’a pour l’instant pas attiré l’attention. Elle ne se dit pas portée par l’attente de sa nation, pourtant bien réelle. Elle ne parle pas de la guerre. Tout juste confie-t-elle se sentir « bien, avec moins de pression que sur le circuit le reste de l’année, car ici il n’y a pas de ranking ou d’argent… »

Ses résultats pourraient changer la donne. Ces derniers jours, elle a d’abord écarté la Néo-Zélandaise Lulu Sun, puis la Française Clara Burel. Au troisième tour, mardi, elle affrontait la Grecque Maria Sakkari. Face à la 8e joueuse mondiale, en manque de confiance, le match fut souvent brouillon. L’Ukrainienne, comme écrasée par la chaleur, ne concéda pas moins de 13 doubles fautes et dix breaks. Mais, au terme d’une bataille indécise de 2 heures et 47 minutes, elle l’emporta (4-6, 7-6, 6-4).

Exténuée, les mains levées vers le ciel, elle jeta alors sa raquette et tomba sur la terre battue. Parmi les spectateurs, Olha Zhuk savourait « ce grand huit permanent » qu’avait été le match. A quelques rangées de là, Vlad Loboda, un grand blond de 29 ans, venu de Pologne, décrivait sa présence comme une évidence : « Il y a beaucoup d’hommes qui combattent et n’ont pas pu venir ici. C’est mon devoir de venir l’encourager. »

Il le sait, les épopées ukrainiennes seront peut-être plus rares cette année. Avec 140 sportifs à Paris, la délégation de Kiev n’a jamais été aussi maigre. La guerre a déjà tué 450 athlètes et entraîneurs, selon le ministère des sports. Si dérisoires, mais bulle d’oxygène essentielle, les Jeux n’ont attiré qu’une douzaine de journalistes venus d’Ukraine. « Et la moitié sont ici, à Roland-Garros ! », s’amuse Leonid Veselkov, un sympathique colosse. Pendant le match, nous avions pris ce journaliste d’agence pour un supporteur, peut-être parce que, loin de la tribune de presse, il ne cessait d’encourager Marta Kostyuk.

Signe de la vitalité des joueuses de ce pays, Marta Kostyuk et sa compatriote Dayana Yastremska, 24 ans, étaient encore engagées mardi soir, en double femmes. Mais la plus jeune, épuisée par sa rude victoire en simple, a préféré déclarer forfait. Elle a tout de même prévenu, sans trop s’étendre : « Cela représente tout pour moi d’être ici. Je donnerais tout pour une médaille, pour entendre l’hymne national. »

Le chemin semble encore long, et passera par un quart de finale, mercredi soir, face à la Croate Donna Vekic. L’Ukrainienne est d’ores et déjà assurée de ne rencontrer aucune Russe sur son parcours : les deux seules engagées, sous bannière neutre, ont perdu dès le premier tour.

Le Figaro, no. 24864
Le Figaro, jeudi 1 août 2024 1522 mots, p. 15

Enquête

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1 août 2024 - Le Figaro (site web)

Sciences Po, laboratoire du gauchisme culturel ou baroud d'honneur des utopies ?

Les mobilisations propalestiniennes devant l'école ont mis en lumière la radicalisation d'une partie des étudiants.

Planchon, Ronan

Des blocages d'amphithéâtres, des slogans «From the river to the sea, Palestine will be free» ,des drapeaux palestiniens agités dans tous les sens et des mains peintes en rouge levées vers le ciel : voilà à quoi ressemblait la rue Saint-Guillaume, devant Sciences Po, au mois d'avril, lors des mobilisations étudiantes pour Gaza.

Ce grand boucan au sein d'un petit milieu a fait couler beaucoup d'encre dans les médias. Pour la gauche de la gauche, Sciences Po, jusqu'alors vu comme la boîte noire de la reproduction sociale bourdieusienne est, tout à coup, devenu le temple d'une jeunesse éveillée et un symbole de la prise de conscience des injustices de ce monde. «L'honneur de la France», selon le député LFI Aymeric Caron. Ailleurs, on en a conclu que Sciences Po s'était transformé en «bunker de l'islamo-gauchisme»(Gérard Larcher) ou qu'elle incarnerait le «séparatisme » (Prisca Thevenot) et la radicalisation progressiste.

Qu'on ne s'y trompe pas : Sciences Po n'a pas attendu la résurgence du conflit israélo-palestinien pour voir se réveiller le romantisme politique d'une jeunesse étudiante en mal d'insurrection. En 1968, l'école a vécu son « Mai ». Les cheveux étaient plus longs, les têtes n'étaient pas encore couvertes de keffiehs palestiniens ou de voiles noirs, mais les idées révolutionnaires, vivaces. Tout a commencé le 11 mai qui a marqué un tournant dans l'histoire moderne de l'institution, comme le raconte Jacques Chapsal, directeur de l'Institut d'études politiques de 1947 à 1979, dans une chronique publiée le 5 août 1968 dans la revue des alumnis. Ce samedi-là, les épreuves du jour sont annulées, une partie des étudiants refuse de plancher sur leur sujet et l'IEP s'embrase. Un amphithéâtre est rebaptisé Che Guevara, la bibliothèque nommée provisoirement Mao Tsé-toung. L'école est occupée par des jeunes dont la direction peine à savoir s'ils sont scolarisés ou non à Sciences Po, les murs sont recouverts d'affiches qui proclament «la contestation permanente», «la politique à tous»ou «le bonheur est une idée neuve à Sciences Po». Le 15 mai, l'Amicale des anciens élèves, la branche « gauche molle » de l'IEP, convoque pour le lendemain une assemblée générale des élèves. Elle tente de siffler la fin de la récréation en indiquant que «l'agitation révolutionnaire que tente d'instaurer au sein de l'institut une minorité ne peut s'opposer à la volonté générale » , écrit Chapsal. En vain. «Le 18juin 1968 à 17h30, le jour anniversaire de l'appel du général de Gaulle, une banderole « Sciences Po dit non à la dictature gaulliste » est tendue devant le 27 rue Saint-Guillaume», rapporte Émile, le magazine trimestriel publié par l'Association des anciens élèves diffusé à sa communauté d'adhérents, dans un numéro de rétrospective sur Mai 68. À Sciences Po Paris, les dernières barricades tombent le 29 juin.

Auberge espagnole

L'école de la rue Saint-Guillaume serait aujourd'hui à l'image des vieilles figures soixante-huitardes, entend-on. Une école composée de jeunes bon chic bon genre pas franchement gauchistes ni radicaux pour un sou. Les étudiants se caractérisent par «leur modération et leur ouverture sur le monde», assurent les anciens élèves dans leur revue trimestrielle. Le constat est discutable. En 2016, l'organisation d'un « hidjab day » , organisé par des étudiantes pour «sensibiliser sur la question du foulard en France»avait mis à mal ce récit, et montré qu'une gauche communautariste et anti-laïque (islamo-gauchiste, diront certains) gagnait du terrain. Le livre Une jeunesse engagée: enquête sur les étudiants de Sciences Po, est venu confirmer la tendance : Sciences Po penche de plus en plus à bâbord. «En 2002, invités à se positionner entre la gauche, la droite ou ni la gauche ni la droite, 57% des étudiants se situaient à gauche. En 2022, ils sont 71% (soit +14points)», écrivent la sociologue Anne Muxel et le politologue Martial Foucault dans cet ouvrage. Au fil du temps, les modérés se sont fait cannibaliser par les Insoumis. En 2002, leur engagement «se portait sur la gauche socialiste et jospiniste. Aujourd'hui, c'est la gauche mélenchoniste qui domine dans la mesure où celle-ci peut apparaître comme garante d'unité et d'efficacité électorale», ajoute Anne Muxel dans une tribune publiée dans Le Monde. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. 55 % au premier tour, c'est le score de dictateur africain ou russe obtenu par Jean-Luc Mélenchon chez les étudiants de Sciences Po Paris, à l'élection présidentielle 2022, selon un sondage interne. Et puis, « 28% considèrent « comme normal que certaines personnes usent de la violence pour défendre leurs intérêts »» (Muxiel et Foucault) 19 % jugent acceptables de dégrader des banques, 22 % d'affronter la police, 13 % d'affronter d'autres manifestants.

Il n'en reste pas moins que les sociaux-démocrates rencontrent toujours un vif succès. En témoigne l'accueil triomphal reçu par Raphaël Glucksmann lors de son retour, le 15 avril, au sein de l'institution où il a été scolarisé à l'aube des années 2000. Après tout, la grande auberge espagnole qu'est devenu Sciences Po (les étrangers représentent 50 % des étudiants) ne pouvait qu'être séduite par le porte-étendard du fédéralisme européen.

L'anglo-saxonisation assumée de l'école, lancée par feu Richard Descoings, semble déterminante pour expliquer ce virage, de l'aveu des fins connaisseurs de l'institution. Elle a contribué à former des « produits » mondialisés et à « gauchiser » l'école sur les questions sociétales. «Longtemps, Sciences Po a brillé par son « extrême centrisme ». Mais l'ouverture aux quatre vents, et les influences américaines ont changé la nature de l'école et des enseignements», constate un diplômé, devenu professeur de philosophie. Un professeur titulaire raconte que nombre d'étudiants, assez modérés, partent en troisième année en échange dans des universités anglo-saxonnes et, «à leur retour, tiennent des discours délirants sur l'existence d'un « racisme d'État » en France et expliquent que les « racisés » souffrent d' « invisibilisation »», souffle-t-il. «Ce terme est galvaudé, mais on peut difficilement nier la présence du wokisme à Sciences Po - une grosse partie des étudiants pense le monde à travers le prisme des minorités», constate Christophe de Voogd, professeur affilié à Sciences Po où il enseigne les usages de l'histoire, les idées et la rhétorique politiques au collège universitaire et en master, pour qui le phénomène s'est accentué depuis l'attaque menée par le Hamas contre Israël le 7 octobre. Tous woke à Sciences Po ? «Il y a un décalage net entre des étudiants asiatiques, notamment chinois, particulièrement conservateurs en matière de moeurs ou sur les évolutions sociétales, et les étudiants britanniques et américains dont les positions sont plus « progressistes » sur la question des droits LGBT ou la place des minorités dans la société», nuance Christophe de Voogd.

« L'amphi Gaza »

Quant à la droite, paix à son âme. Pascal Perrineau a vu de ses yeux sa quasi-disparition. «Cette année, la section des Républicains de Sciences Po m'a invité à dîner. Ils étaient six » , sourit le professeur. En 2002, les étudiants étaient 22 % à se revendiquer de cette couleur politique, contre 14 % en 2022 et à la dernière élection présidentielle, Marine Le Pen, Valérie Pécresse, Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan, à eux quatre, ont recueilli 7 % des suffrages. «La droite n'a jamais été aussi faible à Sciences Po», résument Muxel et Foucault. Dans un contexte de droitisation de la société, difficile de ne pas y voir un fossé entre la fabrique de l'élite et le reste de la société, d'autant que désormais, même les enfants de conservateurs se mettent à renier la tradition politique familiale. L'enquête d'Anne Muxel et de Martial Foucault montre que 87 % des étudiants déclarant leur père à gauche se positionnent eux-mêmes à gauche, et seuls 24 % déclarant leur père à droite se revendiquent de droite. Le Rassemblement national, lui, reste marginal à Sciences Po. En 2015, la constitution en association du parti de Marine Le Pen dans l'établissement de la rue Saint-Guillaume avait fait couler beaucoup d'encre. Aujourd'hui, les rares voix à oser prendre position pour la droite radicale sont plus « zemmouristes » que « marinistes » , l'ancienne candidate à la présidentielle étant jugée trop « populo » , «Éric Zemmour, c'est socialement acceptable dans les milieux de la bourgeoisie de droite. Alors que Marine LePen est perçue comme la candidate des ploucs», analyse une sommité de l'école .

Les outrances dans lesquelles se sont vautrés des étudiants en protestant contre « le génocide du peuple palestinien » ont montré que Sciences Po était la énième victime de la loi d'airain de la vie politique : le sinistrisme, théorisé par Albert Thibaudet en 1932. Ces dernières années, de nouveaux courants sont venus par la gauche de l'échiquier politique et ont repoussé sur la droite ceux qui étaient nés antérieurement, et les Insoumis ont chassé les socialistes. À moins que l'école soit devenue le mouroir des utopies révolutionnaires ; en tout genre. Que les révolutionnaires de « l'amphi Gaza » insultent, aujourd'hui, une dernière fois le système qu'ils intégreront demain. Parce qu'ils savent qu'ils passeront bientôt de l'autre côté de la barricade et devront se fondre dans un moule fait de rédaction de notes pour la haute administration, de fichiers Excel et de PowerPoint. Reste à savoir si, après les événements du printemps, le système les accueillera avec la même hospitalité. R. P.

Libération
jeudi 1 août 2024 1324 mots, p. 10,11

FRANCE

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30 juillet 2024 - Libération (site web)

LÉGISLATIVES Les journalistes dans le viseur de l'extrême droite

TRISTAN BERTELOOT; MAXIME MACÉ ;PIERRE PLOTTU

FRANCE

imanche 2 juin, au Dôme de Paris, dans D le XVe arrondissement.

Dernier meeting de campagne de Jordan Bardella dans la campagne pour les européennes. La tête de liste du Rassemblement national vient de terminer son discours sur «la submersion migratoire», prophétisant la «mort» possible de «notre civilisation». Tandis que les enceintes crachent du Abba ou du Johnny Hallyday, le président du RN descend dans la fosse pour son bain de foule habituel.

C'est la bousculade, et les journalistes ne sont pas les bienvenus. Une reporter de radio tente de faire réagir Bardella au commentaire du directeur de la gendarmerie nationale, outré par la mise en scène d'un gendarme sur un tract de campagne. «Est-ce que c'est le moment de faire ça ?» lui lance une femme. «Vous n'avez pas des trucs plus urgents ?» renchérit Bardella. La foule se met à huer la journaliste, une femme lui lance : «Oh mais ta gueule !» La tête de liste intime aux sympathisants de se calmer, mais le message n'est pas intégré par tous.

«BOUGNOULES» A quelques mètres, une équipe de télévision cherche à filmer le bain de foule. Une reporter d'images, coincée dans la cohue, lève sa caméra à bout de bras au-dessus de sa tête. Soudain, un groupe de sympathisants frontistes tente d'attraper le boîtier et la traite de «journalope». Elle reçoit des coups de coude dans les côtes. «J'ai demandé aux jeunes d'arrêter, raconte sa coéquipière. Je leur ai dit : “Respectez les journalistes.”» Un type lui répond, menaçant : «Sinon quoi ?» «Ils faisaient tout pour qu'on ne puisse pas travailler, explique la journaliste politique. On a fini par s'en extraire.» Quand les deux femmes – qui ont réclamé l'anonymat à Libé – se retrouvent, la première raconte à la seconde ce qui s'est produit dans la cohue : tandis qu'elle tenait sa caméra à bout de bras, quelqu'un lui a agrippé la poitrine.

L'épisode rappelle que couvrir l'extrême droite reste pour la presse un exercice à part. En témoignent aussi le nombre et les circonstances des violations de la liberté de la presse en France dénombrées par la Fédération européenne des journalistes (FEJ) sur la plateforme européenne Media Freedom Rapid Response (MFRR), financée par l'Union européenne. Spontanément déclarées par leurs victimes ou relevées par la FEJ, ces atteintes ont pratiquement quadruplé au cours du mois de juin par rapport aux faits rapportés depuis le début de l'année. Au cours de la campagne législative, la FEJ a enregistré sur sa plateforme 22 attaques visant des journalistes, contre 32 du 1er janvier au 31 mai 2024. «La France est devenue en juin le cinquième pays le plus touché en Europe par des attaques contre la presse, derrière l'Ukraine, l'Allemagne, l'Italie et la Turquie», souligne Camille Magnissalis, responsable du monitoring auprès de MFRR. Et «près de 70 % de ces attaques contre les journalistes revêtent un caractère xénophobe et évoquent le contexte électoral», précise-t-elle.

Parmi les cas médiatisés, elle rappelle que les journalistes Karim Rissouli et Mohamed Bouhafsi, qui travaillent pour France Télévisions, ont raconté avoir reçu de nombreux messages racistes et menaçants, parfois envoyés à leur domicile. Même éructation raciste contre le journaliste de Mediapart Youmni Kezzouf, début juillet. Notre confrère réalisait alors un reportage au Blanc, dans l'Indre. «Alors que je me trouve à la terrasse d'un café, j'engage la conversation avec un homme d'un certain âge qui m'annonce de but en blanc qu'il vote RN, racontet-il à Libé. Lorsque je lui demande comment il motive son vote, il me lance “Je ne parle pas aux bougnoules”, avant de quitter la terrasse.» «NUIRE» Pendant les trois semaines qu'a duré la campagne électorale, le média en ligne Streetpress, qui a multiplié les révélations sur les candidats de RN, a reçu plusieurs milliers de mails insultants, racistes et menaçants. Les journalistes ont cessé de compter au-delà de 2 000, mais le harcèlement ne s'est pas arrêté. Joint par Libé, Mathieu Molard, le rédacteur en chef du média, s'amuse presque de nous expliquer que, pour la seule journée du 29 juin, «c'est plus de 800 mails insultants et islamophobes reçus sur notre adresse de contact». «Nous comptons faire un signalement au parquet pour tenter d'établir s'ils viennent tous d'un individu extrêmement motivé dans sa volonté de nous nuire ou d'un groupe plus organisé», précise-t-il. Plus inquiétant, Mathieu Molard rapporte avoir repéré sur la messagerie Telegram des appels à attaquer les locaux du média. Notamment sur la chaîne nommée «Division aryenne française», dont l'un des leaders a été condamné à deux ans d'emprisonnement le 20 juillet pour avoir proféré des menaces, appelé à des ratonnades et publié le 8 juin une recette pour préparer des explosifs. Ce harcèlement d'une rare violence, la journaliste indépendante Salomé Saqué l'a aussi subi. Le 4 juillet, elle partage un message privé reçu sur X (ex-Twitter). On peut y lire la prose d'un internaute qui lui indique : «Tu sais, c'est pas parce que tu es journaliste que tu vas pas prendre une balle dans la tête, salope communiste.» Un message parmi tant d'autres… La journaliste précise dans son tweet : «Je ne sais pas à quoi nos vies ressem - bleront si le RN arrive au pouvoir, nous, que l'extrême droite a désigné comme des ennemis.» La presse locale n'est pas épargnée. Fin juin, un journaliste de France 3 Franche- Comté a déposé plainte pour «menace de mort» contre l'entourage d'un candidat du parti zemmouriste Re - conquête, lors d'un débat télévisé dans le cadre des législatives organisé à Besançon, dans les locaux de la chaîne. «Je vais le buter», a lancé à l'encontre du journaliste, qui n'a pas souhaité être identifié, une femme présentée comme une «accompagnatrice» du candidat Reconquête Philippe Ghiles. Auprès de l'Est répu- blicain, ce dernier a expliqué ne pas avoir été présent lors de l'échange et que les propos incriminés étaient «susceptibles d'être déformés». Pour autant il assure que si l'enquête prouve leur véracité, il «présentera ses excuses au journaliste». Dans le centre de la Bretagne, à Carhaix, le rédacteur en chef de l'hebdo le Poher, Erwan Chartier, déjà menacé à plusieurs reprises par l'extrême droite, a dû faire face à de nouvelles menaces de mort pendant la campagne. Entre le 6 et le 20 juin, les locaux de son journal et plusieurs commerces de la ville ont été recouverts de stickers diffamatoires et surtout le menaçant. Sur l'un d'eux on pouvait lire : «En attendant l'épuration… FRONTAL La newsletter hebdomadaire qui rassemble nos articles sur l'extrême droite s'arrête pour quelques semaines. Mais dès la rentrée, retrouvez chaque mardi les enquêtes, reportages et indiscrets de notre cellule de journalistes spécialisés. Pour s'inscrire : libe.fr/frontal.

faites l'inventaire des collabos.» Erwan Chartier a déposé plainte et l'individu responsable de ces collages a été iden - tifié, notamment grâce aux caméras de vidéosurveillance du journal. A cette date, le rédacteur en chef du Poher, joint par Libé, ne sait pas si l'homme a été auditionné par les forces de l'ordre.

AVANT-GOÛT A ces harcèlements, menaces et agressions s'ajoutent des entraves à la liberté de la presse, notamment de la part du RN. Le parti d'extrême droite a ainsi refusé à plusieurs reprises à des journalistes d'assister à ses conférences de presse. Le 3 juillet, deux journalistes de Mediapart se sont vu refuser l'accès à la réunion publique organisée par le Rassemblement national à Garchizy, dans la Nièvre. Julien Odoul, porte-parole du RN venu soutenir deux candidats du parti, est intervenu personnellement pour leur interdire l'accès, au prétexte que leur journal serait «un ami du Hamas». Le 26 juin en Moselle, le député RN Laurent Jacobelli interdisait l'accès à l'une de ses réunions publiques à une autre journaliste de Mediapart. A Lyon, le soir du 7 juillet, ce sont un journaliste de la Tribune de Lyon et un autre de Mediacités qui ont été interdits de soirée électorale dans la salle retenue par le parti frontiste pour l'annonce des résultats du second tour. Un avant-goût des pratiques d'un RN au pouvoir ?

Le Monde
International, jeudi 1 août 2024 933 mots, p. 5

Au Venezuela, le pouvoir durcit la répression

Plusieurs centaines d’opposants à la réélection de Maduro ont été arrêtés et douze personnes tuées

Marie Delcas

Caracas - envoyée spéciale - Deux jours après sa réélection contestée, le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a longuement fustigé la « conspiration terroriste » dont il se dit victime et qu’il entend déjouer. Mardi 30 juillet, le chef de l’Etat a traité de « fasciste » le candidat de l’opposition, Edmundo Gonzalez, 74 ans, qui affirme avoir remporté le scrutin présidentiel, et de « criminels » ceux qui, dans la rue, crient à la fraude.

M. Maduro tient M. Gonzalez « pour responsable de tout ce qui arrive dans le pays, la violence criminelle, les morts, les blessés, les destructions ».En quarante-huit heures, au moins douze personnes ont été tuées, victimes pour certaines de membres des colectivos , ces groupes de civils souvent armés qui se posent en défenseurs de la révolution bolivarienne.

Le président s’adresse à ses ministres et à ses généraux qui, des deux côtés de la table, l’écoutent immobiles. « Nous allons capturer tous les délinquants du pays, tous », promet-il. Du balcon présidentiel, le chef de l’Etat a ensuite appelé les centaines de partisans présents à renforcer encore « l’alliance civico-militaro-policière »en défense du régime. Nicolas Maduro a parlé tout l’après-midi, sans jamais évoquer l’élection litigieuse de dimanche, dont la victoire est attribuée au président sortant par le Conseil national électoral (CNE). « Pas de pardon pour les fascistes, pas de dialogue avec les fascistes, mais des peines de prison », avait déclaré dans la matinée le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodriguez, en demandant au ministère public de mettre en prison M. Gonzalez et sa coéquipière politique, Maria Corina Machado.

Les organisations de défense des droits humains s’inquiètent de la criminalisation des manifestations et de leur violente répression. L’Observatoire vénézuélien des conflits sociaux a répertorié plus de 300 rassemblements pacifiques depuis que le CNE a annoncé que M. Maduro avait été réélu pour un troisième mandat avec 51,2 % des voix. Le procureur général, Tarek William Saab, a fait savoir qu’un militaire avait été tué par balle. Vingt-trois autres auraient été blessés. Au total, « 749 délinquants » ont été arrêtés depuis le début des manifestations, a précisé M. Saab. Les détenus pourraient être inculpés de « terrorisme ».L’opposition a dénoncé la détention, mardi matin, de Freddy Superlano, ex-député du parti Voluntad popular.

« Vous êtes nos héros »

Soutenus par une partie de la communauté internationale, les manifestants exigent que le CNE publie les chiffres détaillés du dépouillement, convaincus qu’ils permettront de révéler la fraude.

Maria Corina Machado, qui a mené la campagne d’Eduardo Gonzalez, se montre, elle, optimiste. « Notre victoire n’est pas juste une victoire, c’est une victoire écrasante », dit l’opposante, montée sur un camion devant le siège du Programme des Nations unies pour le développement, près de la place Altamira, dans l’est de Caracas. Quelques milliers de manifestants ont répondu à son appel. « Liberté ! Liberté ! », crie la foule.

A la différence des manifestants de lundi descendus des faubourgs de la ville, ceux de mardi viennent des quartiers aisés. Ils sont cette opposition « blanche et riche » que les chavistes abhorrent. « Cela fait vingt-cinq ans que nous dénonçons la tyrannie ; la différence, c’est qu’aujourd’hui nous sommes unis derrière une grande dirigeante », se réjouit Isabela Sanchez, cadre d’entreprise. Son voisin, professeur d’université, considère que « la vraie différence, c’est qu’une partie des secteurs populaires veut un changement ».

Des centaines de jeunes des quartiers périphériques rejoignent la manifestation. Mais le cortège qui démarre sur l’avenue Francisco-de-Miranda-Libertador est immédiatement dispersé par les blindés et les gaz lacrymogènes de la police. Les motards de la garde nationale prennent en chasse les manifestants qui fuient, à pied ou à moto. « Vous êtes courageux, vous êtes nos héros », lance une dame au passage d’une bande de jeunes cagoulés. Un autre groupe trouve refuge dans les immeubles élégants du quartier qui, une fois n’est pas coutume, ouvre leurs portes.

Au début de la manifestation, Edmundo Gonzalez s’était publiquement adressé à la force publique et à l’armée pour leur demander de ne pas user de la violence contre les manifestants. « Il n’y a aucune raison de réprimer le peuple du Venezuela, il n’y a aucune raison de persécuter autant », a lancé l’adversaire de Nicolas Maduro, rappelant aux militaires et aux policiers que « la Constitution est au-dessus de tout ».Les espoirs de ceux qui tablaient sur un éventuel retournement de l’armée pour l’installer au pouvoir s’amenuisent. Le ministre de la défense, le général Vladimir Padrino Lopez, a en effet « réaffirm[é] », mardi matin, la « loyauté absolue » des forces armées au président Maduro.

L’ONU « inquiète »

Washington a qualifié d’ « inacceptable » la répression. Le haut-commissaire des Nations unies aux droits humains, Volker Türk, s’est dit « extrêmement inquiet ». Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a insisté : « Les forces de l’ordre doivent garantir le plein respect des droits humains. »

Lors d’un entretien téléphonique, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, et son homologue américain, Joe Biden, sont convenus de l’importance d’une publication des résultats détaillés complets du scrutin. L’Organisation des Etats américains, très critique depuis toujours du chavisme, a dénoncé une « manipulation aberrante » des résultats.

De fait, les dix-sept observateurs du Centre Carter ont quitté le pays deux jours plus tôt que prévu sans avoir pu vérifier les résultats. Selon le communiqué publié après leur départ, l’élection présidentielle n’a pas respecté les normes internationales et « ne peut être considérée comme démocratique ».

Le Figaro, no. 24864
Le Figaro Économie, jeudi 1 août 2024 726 mots, p. 22

Économie

Paris s'active pour donner plus de poids à Thierry Breton dans la future Commission

La France souhaite un portefeuille élargi et une vice-présidence pour l'actuel commissaire au Marché intérieur.

Stieffatre, Isalia

Le choix aura été rapide tant il était déjà acté. Emmanuel Macron a officiellement proposé Thierry Breton comme candidat à sa propre succession en tant que commissaire européen, un peu moins d'un mois après l'avoir évoqué officieusement. Dans une lettre datée du 25 juillet, adressée à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et rendue publique mardi 30, le président souligne les « qualités propres» , « l'expérience»et « l'engagement européen»du commissaire français, et juge que ce dernier pourra « continuer à assurer de manière indépendante les importantes responsabilités» qui lui seront confiées. Le jour même, Ursula von der Leyen demandait officiellement aux États membres de l'UE de désigner un homme et une femme comme candidats pour sa prochaine Commission - à moins qu'ils ne choisissent de renvoyer leur commissaire actuel.

Commissaire chargé du Marché intérieur depuis 2019, Thierry Breton s'occupait jusqu'alors d'un portefeuille qui englobait le numérique et l'industrie. Il a cherché à jeter les bases d'une industrie de défense européenne commune, en coordonnant la production et la livraison de munitions à l'Ukraine. En s'attaquant frontalement aux différents abus des géants du web et de la tech, et en finalisant la première régulation européenne sur l'intelligence artificielle, il s'est imposé comme une figure incontournable de la Commission, allant jusqu'à tenir tête à Elon Musk.

Mais son action a aussi soulevé bon nombre de critiques. Sa frénésie régulatrice inquiète, comme lorsqu'il présente son plan pour réformer l'environnement des télécoms européens et se heurte aux froideurs de la Fédération française des télécoms ou de la CCIA - organisation internationale des industries des technologies de l'information et des communications, qui compte parmi ses membres Apple et Google. Pour certains, Thierry Breton est un commissaire « trop français» , «en roue libre»parfois, comme lorsqu'il critique frontalement Ursula von der Leyen. Sa reconduction, si elle n'est « pas une surprise» , « ne fera pas que des heureux» ,selon une source bruxelloise.

« Autonomie stratégique »

Si Thierry Breton ne cache pas son souhait de rempiler au même poste pour les cinq prochaines années, Paris pourrait jouer de son influence pour lui voir attribuer une vice-présidence de la Commission, en plus de ses futures prérogatives. Titre plus honorifique que réellement tangible, une vice-présidence pourrait permettre à la France de conserver un certain poids politique à Bruxelles, après la déroute du camp présidentiel aux élections européennes et l'annonce de la dissolution.

À ce stade, rien n'est connu du futur portefeuille qui pourrait échoir à l'ancien dirigeant d'Atos. Les dirigeants de l'UE se battent pour obtenir le secteur le plus important pour leurs commissaires respectifs. La France, qui travaille depuis longtemps à « l'autonomie stratégique»de l'Europe, pousse pour se voir attribuer un « superportefeuille » lié au Marché intérieur, à la sécurité économique et à l'industrie de la défense, qui lui permettrait de peser de tout son poids pour orienter l'agenda de la future Commission.

Si le curriculum vitæ de Thierry Breton joue en sa faveur, l'Italie lorgne également ce nouveau portefeuille. Son attribution pourrait se jouer à l'aune des relations entre la chef d'État italienne Giorgia Meloni et Ursula von der Leyen. Les deux femmes avaient mis en scène un rapprochement à l'aube des élections européennes, mais l'Italienne a depuis repris ses distances avec la présidente de la Commission.

De son côté, le commissaire français n'est pas franchement en bons termes avec la chef de la Commission. En mars dernier, dans un tweet remarqué, il remettait en question ses références et sa crédibilité, alors qu'elle bataillait pour obtenir le soutien de sa famille politique, le PPE, pour un second mandat. « Le PPE lui-même ne semble pas croire en sa candidate» ,écrivait-il.

En avril, l'affaire de la nomination comme représentant de l'UE aux PME de Markus Pieper, député allemand du PPE et proche de von der Leyen, avait tourné à l'avantage du commissaire français, qui s'était allié aux voix dénonçant le « favoritisme » dont l'Allemand avait bénéficié face à deux candidates plus expérimentées. La cohabitation entre l'Allemande et le Français devrait pourtant continuer, bon gré mal gré, pour les cinq prochaines années, à moins d'un veto du Parlement européen. S'il a pu être critiqué, à Bruxelles comme à Paris, Thierry Breton n'a toujours aucun concurrent pour lui ravir son poste. [email protected]

Le Figaro, no. 24863
Le Figaro, mercredi 31 juillet 2024 787 mots, p. 5

Politique

Englouti par la vague nationaliste, Fabien Roussel sort la tête de l'eau en Corse

Lepelletier, Pierre

En tongs et avec une bonne barbe de trois jours, Fabien Roussel annonce : «Ici, c'est le paradis.» Le communiste l'exige aussitôt : le camping, bien caché et effectivement idyllique, doit rester secret pour ne pas attirer une masse de touristes. Autrement dit, ne pas dévoiler dans Le Figaro le lieu précis de cette villégiature corse, située quelque part sous le soleil méditerranéen, et où le secrétaire national du PCF plante sa tente à l'emplacement «numérodeux» depuis des années.

Une place de luxe puisque la nature y a laissé, entre deux pins, un accès direct vers la mer couleur turquoise. «L'eau est à 29 degrés», commente le communiste. L'installation sent bon les vacances. Autour de la tente : deux hamacs, une table d'appoint, des serviettes qui pendent aux arbres, des bouteilles de rosé, des voisins qui rient aux blagues... «On a même la clim!» , sourit-il, alors qu'un improbable courant d'air frais souffle précisément sur le petit carré de la famille Roussel.

Ici, la politique et ses intrigues semblent loin. Cela tombe bien, tant les choses ont mal tourné pour Fabien Roussel cette année. Lors des législatives anticipées, le député sortant du Nord a été battu à plate couture par le candidat du RN, Guillaume Florquin, dès le premier tour (50,3 %). Le genre de soirée électorale qu'aucun politique ne souhaite vivre. «J'ai vu les résultats des premiers bureaux de vote à Saint-Amand-les-Eaux, j'ai compris tout de suite. J'ai dit à mon fils de 24ans: « Rentre à la maison, je ne veux pas que tu voies ça »» ,raconte-t-il. Le patron des communistes, habituellement si rigolard, confie, touché : «C'est dur. J'y repense tous les jours. Je me demande ce que j'aurais pu faire de plus, de mieux. Vraiment, je ne vois pas. La poussée du RN était trop violente. Vous avez beau planter votre meilleure tente, avec une vague comme ça, elle est balayée», regrette-t-il.

Pendant la campagne éclair qui a suivi la dissolution, le communiste avait bien senti le vent tourner. «Beaucoup de gens me disaient: « Ce n'est pas contre toi Fabien, mais on veut que ça change ». Dès qu'on me disait ce fameux « on veut que ça change » , je savais que c'était perdu, que c'était un vote pour le RN, indique-t-il. Je comprends leur colère. Je la touche du doigt. Ce sont toujours les mêmes arguments qui revenaient: le coût de la vie et les salaires trop bas.»Depuis la Corse, Fabien Roussel se redit «battu mais pas abattu», prêt à repartir au combat en cas de nouvelle dissolution l'année prochaine. «Je continuerai à me rendre utile dans ma circonscription. J'ai envie d'être député, sans le mandat», raconte-t-il, ajoutant qu'il conservera une permanence pour recevoir et aider les administrés de son fief.

L'ex-député reconnaît néanmoins «la responsabilité» de la gauche, incapable d'offrir un contre-récit assez puissant pour endiguer la progression de parti de Marine Le Pen, notamment dans ce pays des «sous-préfectures». Lui aimerait que ses partenaires s'emploient davantage à «défendre» ,comme lui, «ce qui fait la France». «J'ai adoré la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde de rugby, car elle renvoyait une image réelle de la France. Comme, de la même manière, j'ai adoré la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques. Il faut faire vivre les deux, car c'est ça la France!», soutient-il alors que la gauche a globalement fustigé les accents « réactionnaires » de la première et encensé les références « woke » de la seconde.

S'il a perdu son siège de député, l'ex-candidat à l'élection présidentielle de 2022 (2,28 %) reste bien le maître de la place du Colonel-Fabien. Sa casquette de secrétaire national du PCF l'a d'ailleurs placé en première ligne lors de l'accord du Nouveau Front populaire. Comme les autres, le communiste ne pensait pas que les discussions dureraient tant pour trouver un nom de premier ministre à proposer à Emmanuel Macron. À tel point que, lors de la négociation finale qui a abouti sur Lucie Castets, Fabien Roussel était déjà... sur l'île de Beauté. «Nous avons fait la réunion en visio. Les autres se sont moqués de moi car ils savaient que j'étais déjà au camping», raconte-t-il.

Toute la soirée qui s'ensuit, l'ex-député se retrouve alors à enchaîner les interviews à la radio, sous sa toile de tente. Drôles de vacances... Et ce n'est pas fini. Au creux de l'été, les quatre chefs de parti du NFP se réunissent virtuellement avec Lucie Castets, qu'ils rêvent d'imposer à Matignon. Fabien Roussel se veut optimiste : «Même en vacances, on ne s'amuse pas, on construit. Nous nous préparons à gouverner. Le récit de l'espérance est en train de se construire.» Signe qu'il a déjà sorti la tête de l'eau. P.L.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, mercredi 31 juillet 2024 894 mots, p. AUJM30
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30 juillet 2024 - Le Parisien (site web)

« J'ai peur que rien ne change en Iran »

Nous avons assisté à la cérémonie d'intronisation du président Massoud Pezeshkian, ce mardi, à Téhéran. Ce réformateur de 69 ans a réitéré sa volonté de sortir son pays de l'isolement.

Ariane Riou Envoyée Spéciale En Iran

Ses mots résonnent sous l'immense pyramide du Parlement iranien. Massoud Pezeshkian clame : « Le monde a besoin de l'Iran pour résoudre ses problèmes. » Ce mardi, le neuvième président de la République islamique d'Iran a prêté serment devant les députés de son pays et un parterre de diplomates.

Derrière ses lunettes à monture transparente, l'ancien député réformiste aux airs de Monsieur Tout-le-Monde martèle son envie de « restaurer » son pays, de « créer de nouveaux espoirs ». Son élection, marquée par une forte abstention, avait surpris son monde le 5 juillet. Celui que les Iraniens surnomment « le Docteur » à cause de sa profession de chirurgien avait battu l'ultraconservateur, Saïd Jalili, en récoltant 53,6 % des voix.

L'élection avait été organisée à la hâte après la mort de l'ancien président, Ebrahim Raïssi, dans un accident d'hélicoptère en mai. Ce mardi, la cérémonie d'inauguration a déroulé le tapis rouge à une liste d'invités détonante. Dans les rangs du Parlement, on pouvait croiser à la fois le numéro deux de la diplomatie européenne, Enrique Mora, des représentants égyptiens, russes ou saoudiens, des talibans ou des responsables de groupes alliés à l'Iran, ennemis d'Israël, comme le chef politique du Hamas, le secrétaire général adjoint du Hezbollah libanais ou le porte-parole des rebelles houthis du Yémen...

Pendant vingt minutes, tous ont tendu l'oreille au discours attendu de Massoud Pezeshkian. L'intéressé ose : « On devrait tous mettre nos différences de côté. » La cérémonie s'est tenue dans un contexte de tension accru dans la région, alors qu'Israël vient d'annoncer avoir effectué une frappe ciblée dans la banlieue sud de Beyrouth au Liban, trois jours après un tir meurtrier sur le Golan en Israël, imputé au Hezbollah. Depuis le début de sa campagne, cet ancien député de 69 ans se démarque par sa volonté d'apaiser les relations de son pays avec l'Occident et de reprendre le dialogue sur l'épineux dossier du nucléaire.

Massoud Pezeshkian « est pacifique, calme, honnête »

Depuis 2018, l'Iran plie sous le poids des sanctions américaines, infligées par Donald Trump alors qu'il était président des États-Unis. L'inflation écrase la vie quotidienne des Iraniens. Le taux de chômage, surtout chez les jeunes, s'envole. Cette élection, « c'est une nouvelle opportunité de résoudre les difficultés des gens », a indiqué le nouveau président lors de son discours. Juste après son élection, il avait déjà assuré sur X qu'il « tend [ait] la main » à tous les Iraniens : « Le chemin devant nous est difficile. Il ne sera facile qu'avec votre collaboration, empathie et confiance. »

Depuis que sa candidature a été acceptée par le Conseil des gardiens face à cinq autres candidats, tous conservateurs, Massoud Pezeshkian se présente comme « la voix des sans-voix ». Son parcours impressionne. Le député de Tabriz, grande ville du nord-ouest de l'Iran, a élevé seul trois enfants après la mort de son épouse et d'un autre enfant dans un accident de voiture en 1993.

« C'est quelqu'un de très pacifique, calme, honnête », observe Faezh Zahiri. Cette journaliste au Parlement qui a longtemps croisé Pezeshkian lorsqu'il était député se souvient de lui arpentant les couloirs du Parlement pour répéter ses interventions. « Il n'aime pas le luxe, ni les grandes cérémonies, complète Rahmat Tahmores, lui aussi journaliste dans l'Assemblée depuis cinq ans. Il a gravi les échelons seul, à la sueur de son front. » Malgré les promesses du nouveau président, l'élection devrait avoir des répercussions limitées. Le président de la République islamique d'Iran a des pouvoirs restreints : il est chargé d'appliquer, à la tête du gouvernement, les grandes lignes politiques fixées par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui est le chef de l'État.

Arsalan, 21 ans, lève les yeux au ciel : « J'ai bien peur que rien ne change... Ce n'est pas le président qui tire les ficelles. » Cet étudiant en école de commerce, originaire de la banlieue de Téhéran, dit qu'il a perdu l'espoir.

« Non, il faut le garder, rétorque Farhad, père de famille de cinq enfants. Raïssi a fait de son mieux. Pezeshkian fera mieux que lui. » Dans le grand bazar du centre de Téhéran, Farid, 40 ans, nourrit les mêmes rêves. « J'espère qu'il va ouvrir le pays sur l'Occident comme il l'a promis. On a besoin de ça. La situation économique est pire d'année en année... », souffle ce vendeur de vaisselle.

Le recours à la force par la police dénoncé

Pendant sa campagne, Massoud Pezeshkian a aussi dénoncé le recours à la force par la police pour appliquer l'obligation du port du voile par les femmes. C'était l'une des causes du mouvement de contestation qui a secoué l'Iran en 2022 après le décès de Mahsa Amini, jeune Kurde iranienne arrêtée pour non-respect du code vestimentaire strict. « Nous nous opposons à tout comportement violent et inhumain [...], notamment envers nos soeurs et nos filles, et nous ne permettrons pas que de tels actes se produisent », avait-il déclaré.

« Peut-on le croire ? s'interroge Elahe, peintre de 39 ans. J'aimerais tellement que la situation s'améliore pour les femmes. Qu'on soit libre. » Dans les deux semaines à venir, Massoud Pezeshkian doit présenter les membres de son cabinet au Parlement. Et commencer à travailler sur chacune de ses promesses.

Le Monde
France, mercredi 31 juillet 2024 601 mots, p. 9
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29 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Projet d’abrogation de la réforme des retraites : Charles de Courson botte en touche

Les macronistes ont sommé le rapporteur général du budget de se positionner sur le texte LFI

Rachel Garrat-Valcarcel

Le nouveau rapporteur général du budget, le député centriste Charles de Courson (Marne), renvoie la question de la recevabilité de la proposition de loi « insoumise » sur l’abrogation de la réforme des retraites au bureau de l’Assemblée nationale. Ce n’est pas parce qu’ils ne siègent plus, à l’approche de la clôture estivale de l’Hémicycle,que les députés ne font plus de politique. Une semaine après avoir, par surprise, perdu le poste stratégique de rapporteur général du budget au profit du député du groupe Liberté, indépendants, outre-mer et territoires, les macronistes lui ont mis la pression.

Dans un courrier daté du jeudi 25 juillet, le député Mathieu Lefèvre (Renaissance, Val-de-Marne) et ses collègues du groupe Ensemble pour la République de la commission des finances ont demandé sa position à Charles de Courson sur cette proposition de loi, déposée le 23 juillet par les députés de La France insoumise (LFI). En jeu, une question de positionnement non pas politique mais constitutionnel. «Les propositions et amendements formulés par les membres du Parlement ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l’aggravation d’une charge publique » , dispose l’article 40 de la Constitution.

Or, dans leur courrier, les députés du groupe Ensemble pour la République rappellent que « l’impact de cette réforme[des retraites] sur l’équilibre de nos finances publiques est majeur, de l’ordre de 14 milliards d’euros par an selon l’étude d’impact du projet de loi». «Compte tenu de votre fonction, nous vous croyons plus que jamais attaché à cet équilibre», poursuivent Mathieu Lefèvre et ses collègues.

Interprétations complexes

Dans sa réponse datée du 26 juillet, que Le Mondea pu consulter, Charles de Courson rappelle son opposition à l’augmentation de l’âge légal de départ en retraite à 64 ans. Et fait une réponse réglementaire à la question constitutionnelle qui lui était posée. «L’article 89 du règlement de l’Assemblée nationale prévoit que c’est au bureau de l’Assemblée ou à certains de ses membres délégués par lui à cet effet qu’il appartient d’examiner la recevabilité financière des propositions de loi avant leur dépôt.» Un élément-clé, à l’heure où le Nouveau Front populaire est majoritaire dans cette institution majeure du Palais-Bourbon. C’est d’ailleurs pour cette raison que LFI a aussi rapidement déposé une nouvelle proposition de loi d’abrogation.

Cela ne règle pas totalement l’affaire : les interprétations de l’article 40 de la Constitution sont très complexes. L’usage veut que son application est moins stricte pour les propositions de loi que pour les amendements, pour ne pas trop limiter l’initiative parlementaire. Et puis surtout, la plupart du temps, les députés gagent leurs propositions, pour ne pas tomber trop facilement sous le coup de l’article 40. En l’occurrence, la proposition de loi de LFI est gagée sur la création d’un impôt sur la fortune « vert ».

Le président de la commission des finances, le député « insoumis » de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel, peut avoir son mot à dire, Charles de Courson le rappelle dans sa lettre. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), aussi. Elle serait alors en position de devoir dédire son propre bureau. «Politiquement c’est compliqué, le rapport de force se tente» , disait le 22 juillet Eric Coquerel, qui semble bien parti pour l’instaurer.

Le Figaro, no. 24863
Le Figaro, mercredi 31 juillet 2024 1339 mots, p. 4

Politique

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30 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Rassemblement national : après la claque surprise aux législatives, l'heure du vaste droit d'inventaire

Tournées vers la présidentielle de 2027, Marine Le Pen et ses troupes entendent toutefois se préparer en cas de nouvelle dissolution d'ici là.

Laubacher, Paul

La dernière loi d'airain de Marine Le Pen n'a pas survécu à la nouvelle donne politique. En septembre 2022, l'ancienne candidate du Rassemblement national (RN) avait sacralisé une nouvelle théorie : le «crantage». Comme la roue crantée d'un mécanisme qui ne peut aller que dans un sens, tout ce que gagnait son parti et ses près de 90 députés était considéré comme une avancée irréversible, une progression que personne ne pourrait leur retirer. Cela allait de pair avec l'institutionnalisation de son mouvement à l'Assemblée nationale : ses présidences de groupes d'amitiés et de groupes d'études, mais surtout ses deux vice-présidences de la Chambre basse. Las, samedi 20 juillet, Sébastien Chenu et Hélène Laporte les ont perdues. Le député du Nord, expert en réseautage, et sa discrète collègue du Lot-et-Garonne ne pourront plus siéger au perchoir et présider une séance dans l'Hémicycle. Marine Le Pen et ses troupes ont reculé de quelques cases dans la conquête du pouvoir.

Dans cette nouvelle législature, le groupe RN est isolé au Palais Bourbon, encerclé par un nouveau front républicain institutionnel, forme réinventée du « cordon sanitaire » qui l'a longtemps marginalisé. Mais peu importe pour la triple candidate à la présidentielle, à la tête de ses 125 élus : elle pense que tout cela ne tiendra qu'une petite année. Qu'en juillet 2025, Emmanuel Macron devra annoncer une seconde dissolution et convoquer de nouvelles élections législatives anticipées.

Le parti à la flamme sera-t-il prêt, cette fois-ci ? Certes le RN est habitué à se heurter à des plafonds de verre dans les urnes, mais la défaite surprise du second tour a malgré tout provoqué de vives secousses en interne. Il faut dire que les lepénistes s'imaginaient majoritaires et que Jordan Bardella se voyait déjà à Matignon. «Ce qu'il se passe pour nous ressemble fortement aux élections régionales de 2015», note un proche de Marine Le Pen. «Marine LePen, dans le Pas-de-Calais, et Marion Maréchal, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, avaient fait de très hauts scores au premier tour, mais le barrage avait ensuite été trop fort au second», se remémore un vétéran du Front devenu Rassemblement national.

Tous les cadres du parti tentent donc de répondre, aujourd'hui, à cette question : quelles sont les véritables raisons de la défaite ? Marine Le Pen et Jordan Bardella ont sans surprise blâmé publiquement le « front républicain » , entre le bloc central et les gauches unies. Une «alliance du déshonneur»ou «contre-nature», clame-t-on haut et fort. Mais, hors micro, certains stratèges livrent une autre lecture des événements : «Si le front républicain a pu être efficace, c'est parce que nous l'avons alimenté», juge un député.

Le premier problème identifié est le RN lui-même. Non pas en tant que marque, mais en tant que structure. «Les failles du parti ont clairement mis en danger tout le travail qui a été fait par le groupe à l'Assemblée», assure un proche de Marine Le Pen. Citant les candidats «radicaux»et «sulfureux», mais aussi le manque de connaissance flagrant du programme, pourtant largement inspiré des travaux parlementaires nationalistes. Sans compter les parachutages hasardeux, à l'instar du chroniqueur de CNews Pierre Gentillet, proche de Jordan Bardella, battu dans le Cher. «Ce département aurait dû tomber! Il n'aurait jamais dû être investi!», s'étrangle un cadre, convaincu que n'importe qui d'autre l'aurait emporté. Parfois, ce sont même des députés sortants qui ont participé à l'hallali. Des élus RN ont ainsi été soulagés de voir que Daniel Grenon, réélu député après ses propos polémiques sur les binationaux, avait été écarté du groupe. Tandis que Roger Chudeau, qui s'en était pris à la binationalité de l'ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem, a quant à lui été forcé de publier ses excuses sur X.

«Le RN a toujours été un mouvement très concentré dans son organisation. Tout provient du siège, pour le siège et par le siège. Ce dispositif n'est plus possible face à la crise de croissance électorale que nous traversons, en a déduit Marine Le Pen. Nous devons entamer un processus de déconcentration du mouvement » , analyse-t-elle dans Valeurs actuelles. La double finaliste de la présidentielle, « candidate naturelle » pour 2027, ne demande rien de moins qu'une révolution culturelle dans un mouvement qui a toujours été jacobin, autour de la figure d'un seul chef. Une déconcentration qui, selon plusieurs cadres, pourrait se faire en faveur du seul pôle de gravité qui compte aujourd'hui aux yeux des proches de Marine Le Pen : le groupe parlementaire.

Cela passera aussi par une réorganisation interne. Quatre postes, considérés comme stratégiques, «doivent»être pourvus au plus vite. Côté parti, il s'agit évidemment du secrétariat général qu'occupait Gilles Pennelle, avant d'être sacrifié sur l'autel du fiasco de son « plan Matignon ». Des stratèges plaident également pour que Jordan Bardella se dote d'un « réel » chef de cabinet, quand d'autres réclament le recrutement d'un directeur des études chargé de compiler les mesures programmatiques et de les diffuser dans le parti. La communication et les relations presse vont, elles, rester concentrées sous l'égide de Victor Chabert, mais avec un effectif plus important. Tandis que, du côté de Marine Le Pen, son bras droit et secrétaire général du groupe parlementaire, Renaud Labaye, aimerait voir sa championne entourée d'un chef de cabinet, capable de l'accompagner politiquement dans ses rendez-vous. Reste à savoir quels profils le RN arrivera à séduire pour occuper ces postes, alors que les ressources humaines constituent l'un des défis du parti dans sa quête de crédibilité.

Désormais, il y a urgence à tourner cette page et faire de nouveau passer l'institutionnalisation du mouvement avant tout. Même avant la polémique sur la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, critiquée pour une parodie de la Cène par des drag-queens, autour de l'artiste Philippe Katerine dénudé. Si Marion Maréchal est montée au créneau très vite et très fort, bientôt suivie par Éric Zemmour et par Les Républicains, seuls quelques cadres RN s'en sont pris à cette « ode au wokisme ». Pas Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui, eux, sont restés bien silencieux. Prenant certes le risque de décevoir la droite conservatrice, mais en faisant le pari de rassembler au-delà. « Les conservateurs, ma mère pense que c'est ce qu'il y a dans les yaourts » , plaisante d'ailleurs parfois le jeune président du parti, hors micro, pour railler cette frange de l'électorat.

Celle sur laquelle trop d'efforts ont peut-être été concentrés durant l'entre-deux-tours des législatives, veulent croire certains. «La campagne des législatives a mis en danger notre plus grand atout politique, à savoir notre constance programmatique», analyse un élu. Avec, dans son viseur, le flou économique et budgétaire, et les tergiversations sur certaines mesures sociales emblématiques. Quid de l'abrogation de la réforme macroniste des retraites ? Et de la TVA à taux 0 % sur les produits de première nécessité ? Le plus gros raté ayant été celui sur le rapport à la binationalité, dont la suppression pure et simple a d'abord été annoncée à tort, avant de se transformer en une interdiction d'accès à certains postes « sensibles ». «Une mesure inutile, qui rapporte zéro voix, mais qui nous en a coûté beaucoup», juge-t-on.

«La vérité, c'est que l'on a fait peur aux Français sur le régalien, et que, contrairement à ce que tout le monde dit, notre programme économique ne faisait pas peur!», veut croire un stratège. Les regards n'en restent pas moins pointés vers les « nouveaux Horace » , ces conseillers de Marine Le Pen tels que François Durvye, beaucoup plus libéraux que la traditionnelle doctrine national-populiste du RN. «On ne fait pas tomber l'Orne, le Calvados, la Sarthe ou l'Ouest sur le régalien. C'est sur le social que l'on arrivera à conquérir ces territoires» , juge un lepéniste. Énumérant ce faisant les derniers coins de France qui résistent encore au RN, et le privent de la victoire. Autant de bastions qui sont encore à « cranter » pour l'emporter. À la présidentielle dans trois ans, ou lors d'hypothétiques législatives anticipées en cas de nouvelle dissolution d'ici là. P. L.

Libération
mercredi 31 juillet 2024 1637 mots, p. 8,9

France

Sur le littoral nord, des habitants entre défiance et compassion

Stéphanie Maurice

France

Locaux et touristes expriment des sentiments partagés à propos des migrants. Si certaines personnes reconnaissent le «besoin d'aide» de ces derniers, une recrudescence des attaques à leur endroit, verbales mais aussi physiques, est constatée depuis la dissolution de l'Assemblée nationale.

S ur le quai Gambetta, à Boulogne-sur-Mer, deux mondes se côtoient, ce vendredi 19 juillet au soir. Une cinquantaine de personnes sont rassemblées, silencieuses, en mémoire des six exilés morts en mer en l'espace d'une semaine. Les familles rentrent de la plage, des joggers passent sans y prêter attention. Puis, chacun des participants jette une rose dans le port. Ils sont maladroits, émus. Des badauds, sandalettes et coups de soleil, s'arrêtent, curieux. Un couple de Suisses s'avoue surpris : pour Calais, ils savaient, mais ils ignoraient que les passages en small boats, vers l'Angleterre, s'étendaient sur tout le littoral des Hauts-de-France, de Dunkerque à la baie de Somme. Dans le Boulonnais, le phénomène est encore récent, six ou sept ans, contre plus de vingt ans à Calais, explique Dany Patoux, coprésidente d'Osmose 62. L'association d'aide aux migrants, créée il y a deux ans, a organisé cette commémoration pour les victimes de la frontière. Au micro, sous le soleil, Dany Patoux a la voix qui vibre quand elle rappelle une anecdote : elle a rencontré, récemment, par hasard, le frère de deux exilés à l'enterrement desquels elle avait assisté. Lui aussi voulait partir au Royaume-Uni : elle a pu lui montrer les photos de la cérémonie. Un homme s'arrête, lâche, visage dur : «S'ils m'avaient demandé, j'aurais pu leur dire que c'était dangereux.» Sa femme se sent obligée d'ajouter : «Chacun ses idées.» Dimanche, le corps sans vie d'une femme originaire du Koweït, née en 2003, a été retrouvé dans une embarcation, le septième décès. Depuis la dissolution, les associations d'aide aux exilés notent une recrudescence des attaques, verbales mais aussi physiques. A Grande- Synthe, une citerne d'eau potable destinée aux migrants a été polluée par un liquide bleu. Les invectives sont fréquentes, contre les bénévoles aussi. L'événement le plus grave recensé l'a été à Calais, entre les deux tours des législatives. Une voiture a foncé sur un groupe de Soudanais. L'un d'eux a été envoyé à l'hôpital, sans séquelle physique. Le conducteur a été condamné en comparution immédiate à dix-huit mois de prison, dont huit ferme, le 12 juillet. Il n'avait aucun casier judiciaire, et a expliqué, d'après le parquet de Boulogne-sur-Mer, «qu'il se sentait en danger après avoir été caillassé par un groupe de migrants. Il prétendait ne pas avoir cherché à blesser les victimes mais seulement à les intimider». Les jeunes Soudanais racontent de leur côté avoir été poursuivis par la voiture.

«qu'ils aillent se noyer» Dans le quartier du Beau-Marais, les habitants ont surtout retenu le véhicule pris à partie. «Ils ont lancé des pierres sur la voiture qui a perdu le contrôle et s'est encastrée dans un compteur électrique», témoigne Guillaume (1), 26 ans. Il fume sa cigarette devant un café, et dit son ras-le-bol des exilés : «Souvent, ils sont alcoolisés, ils foutent le bordel. Je ne comprends pas qu'ils soient protégés avant les Français.» Lui-même est d'origine turque. Un autre, qui écoute avec attention, intervient : «Tous les migrants ne sont pas comme ça.» Un commerçant du même quartier s'exclame : «C'est un sacré fléau sur lequel l'Etat ne fait rien.» Pierre-Henri Dumont, le député LR sortant du Calaisis, battu par le candidat RN Marc de Fleurian, soupire : «Sur l'ensemble des circonscriptions du littoral, le vote RN a explosé. Ce n'est pas lié au seul flux migratoire, mais à l'impression d'impuissance de l'Etat.» Les électeurs en voient la preuve dans la persistance des passages, malgré les 1 150 gendarmes et policiers déployés, drones de surveillance et quads sur les plages. Ces derniers temps, il constate lui aussi la libération d'une parole raciste : «C'est minoritaire, mais c'est présent. On vous dit cash “on n'en a rien Mer du Dunkerque Calais Grande- Synthe Boulogne-sur- Manche PASDECALAIS SOMME à foutre, qu'ils aillent se noyer”.» Le RN en profite. Pierre-Henri Dumont cite le squat de la rue Sauvage, dans une ancienne maison bourgeoise du quartier populaire des Fontinettes, à Calais, aujourd'hui expulsé. Un courrier de Marc de Fleurian à la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, demandant un renfort de la police municipale, à cause des «menaces récurrentes envers les Français habitant le quartier», a été distribué dans toutes les boîtes aux lettres. Les murs d'enceinte ont été tagués avec des slogans racistes : «Leave or burn» («partez ou brûlez»). Sur place, les passants sont partagés. «Ma soeur était surtout gênée par le moteur tournant des camions de CRS», note Philippe, même s'il reconnaît beaucoup d'allées et venues : «Quand on a ça à côté de chez soi, on ne dort pas tranquille.

20 » Une femme n'avoue qu'à mivoix avoir donné un lit pliant et des couvertures aux familles du squat. «Je vais avoir des représailles», ditelle, inquiète d'éventuelles disputes avec ses proches.

A Calais, la compassion reste présente. «On n'est pas raciste, se défend le camarade de Guillaume. On les a aidés, on a apporté des vêtements, Nord BEL.

de la nourriture.» Le commerçant le reconnaît, les exilés font des courses, apportent du chiffre d'affaires. Il critique le manque de connaissance des codes, comme dire bonjour dans un magasin. «Quand je vois un jeune qui a 1 000 euros sur lui, je me demande d'où ça vient», interroge-t-il, plus curieux qu'hostile. Sans penser qu'il faut payer les passeurs, et que les exilés d'Erythrée ou du Soudan n'ont pas de cartes bancaires. Dany Patoux, d'Osmose 62, connaît par Mer NORD Arras km coeur les clichés : «Les gens croient que dès que les migrants arrivent sur le sol français, on leur donne 500 euros et un iPhone», soupire-t-elle. La rumeur confond exilés qui rêvent de Royaume-Uni et demandeurs d'asile en France : ceux-ci ont droit en effet à 426 euros par mois, quand ils sont à la rue, tant qu'ils n'ont pas leur statut et le droit de travailler. Jean-Luc Dubaële, le maire (sans étiquette) de la chic station balnéaire de Wimereux, craint de son côté les répercussions sur le tourisme. «Le secteur des dunes étant sécurisé, [les exilés] partaient de la plage à 80 avec leur canot gonflable sur les épaules. Les passeurs cachaient l'attirail dans les jardins du centre-ville, derrière les murets des villas», raconte-t-il. Les départs sont plus rares en ce moment, sans qu'il s'explique pourquoi. Même si le jeudi 18 juillet, au matin, des passagers d'un small boat surchargé ont débarqué comme ils le pouvaient sur la plage sous les regards stupéfaits des baigneurs, alors que leur bateau circulait au large. Joselyne, 67 ans, et Didier, 70 ans déposent tous les matins leurs petits-enfants à l'école de voile, et ont assisté à la scène, pompiers et policiers mobilisés : «C'était bien triste, constatent-ils. A un moment, ils ont repêché un sac. Sur le coup, on a eu peur que ce soit un corps.» Fayçal, 74 ans, et Martine, 69 ans, abondent : «Il y avait une femme avec une couverture de survie, un gamin qui tremblait», décrivent-ils. Une scène qui «fait mal» à Fayçal : «Ils sont nés du mauvais côté de la frontière, soupire-t-il. Ce qui se passe n'est en aucun cas la faute des migrants.» Un commerçant met les points sur les i : «Je ne suis pas pour les accueillir, mais c'est évident qu'on les traite mal.» Il ne constate aucun effet sur la fréquentation : «Ce que veulent les touristes, c'est du soleil, une plage et des glaces. Les migrants, ils s'en foutent.» Pierre-Hippolyte, 43 ans, fonctionnaire, en vacances dans sa famille, à Ambleteuse, constate : «Mes parents et leurs amis voient les hélicos qui tournent. Ça les touche, ce n'est pas très agréable de se faire rappeler la réalité des choses quand on est dans son cocon de vie, mais je ne perçois pas de rancune envers les personnes, d'où qu'elles viennent.» «Ça se bagarre beaucoup» Un groupe de pêcheurs à pied partage un casse-dalle, baguette et camembert, à l'arrière de leur fourgon, sur le parking de Wimereux. Ils précisent tout de suite qu'ils sont de Calais : sous-entendu ils ont l'habitude du phénomène. «Ce sont des humains, pose tout de go Serge, 63 ans. Je serais à leur place, je ferais pareil.» Conducteur de camion-citerne, il a travaillé dans les jungles avant sa retraite : «Je livrais de l'eau aux migrants tous les jours, ils étaient heureux quand ils la voyaient arriver. Ils vivaient dans de drôles de conditions», dit-il. Ses potes sont plus critiques : «Ça se bagarre beaucoup», dit l'un. Tous se rejoignent sur le problème des déchets.

«Si la bouffe ne leur plaît pas, ils jettent par terre, pas à la poubelle. Français, ramasse !» Serge crache soudain sa colère «contre les politiques de merde», et dit sa nostalgie du Calais d'avant : «On avait un port magnifique. Maintenant, il y a des barbelés partout.» Dans les arrières de Wimereux, dans un bosquet, un groupe d'exilés attend la nuit. Ils sont une quarantaine, des hommes jeunes, des enfants aussi. Hassan, 21 ans, est Palestinien, vivait au Liban. C'est sa première tentative vers les côtes anglaises. Il fait 29 degrés, ils manquent d'eau, mais refusent de l'aide. Ils ont de l'argent, disent-ils, pour en acheter. Solange, 78 ans, une voisine du campement de transit, jardine, paisible. Elle les voit souvent passer. «Quand ils font coucou, on leur fait coucou aussi», raconte-telle. Elle glisse parfois un bonbon aux enfants, et estime : «La politique est bien gentille, mais eux, ils ont vraiment besoin d'aide, ils se battent pour une meilleure vie.»• (1) Le prénom a été modifié.

«Sur l'ensemble des circonscriptions du littoral, le vote RN a explosé. Ce n'est pas lié au seul flux migratoire, mais à l'impression d'impuissance de l'Etat.» Pierre-Henri Dumont député LR sortant du Calaisis, battu par le candidat RN, Marc de Fleurian

Le Figaro, no. 24863
Le Figaro, mercredi 31 juillet 2024 939 mots, p. 10

Sciences

Contre Parkinson, la thérapie par ultrasons peine à s'imposer en France

Cette technique, déjà utilisée depuis plusieurs années dans d'autres pays, ne nécessite pas de chirurgie. Elle n'est quasiment pas accessible en France.

Thibert, Cécile

Cela faisait plus de trente ans que Neville Water-strom n'avait pas pu écrire ou tenir un verre d'eau sans le renverser, à cause des intenses tremblements dont il souffrait. Mais dans une vidéo, ce retraité australien atteint de la maladie de Parkinson parvient à se saisir avec assurance d'un verre d'eau, avant de le porter à sa bouche, sans trembler. Une rémission qui semble extraordinaire. L'homme âgé de 74 ans a en fait bénéficié d'une technique relativement récente, qui consiste à bombarder le cerveau d'ultrasons pour faire cesser les tremblements. C'est la première fois que cette technologie - déjà utilisée depuis quelques années dans plusieurs pays comme la Suisse et l'Espagne - est mise en oeuvre en Australie. En France, ce traitement, qui fait encore débat parmi les spécialistes, est quasiment inaccessible.

À l'heure actuelle, les traitements ne permettent pas de guérir la maladie, seulement d'améliorer les symptômes. Pour rappel, la maladie de Parkinson est liée à une carence en dopamine dans le cerveau, due à la destruction des neurones dits « dopaminergiques ». Pour pallier ce manque, le traitement actuel repose donc principalement sur la prise quotidienne d'une molécule qui, une fois ingérée, se transforme en dopamine. Mais au fil du temps, son efficacité s'atténue.

Les patients peuvent alors se voir proposer une stimulation cérébrale profonde, qui nécessite d'implanter deux électrodes dans le cerveau. «Tout le monde n'est pas éligible, il faut que la maladie soit installée depuis plusieurs années et avoir moins de 72ans», indique le Pr Philippe Remy, coordinateur du centre expert Parkinson à l'hôpital Henri-Mondor (Créteil), qui précise que 300 à 400 personnes sont concernées chaque année en France.

Plus récemment, des alternatives à cette opération chirurgicale très invasive ont émergé, dont le «gamma knife» (ou «bistouri à rayons gamma») ainsi que le traitement par ultrasons focalisés, dont a bénéficié Neville Water-strom. Seuls les tremblements peuvent être atténués, mais pas les autres symptômes, tels que les raideurs musculaires et les troubles de la marche. Initialement développée contre les tremblements essentiels, «cette technique consiste à faire converger plus d'un millier d'ultrasons au niveau d'une région du cerveau qui dysfonctionne dans la maladie de Parkinson», explique Marie Fuzzati, directrice scientifique de l'association France Parkinson.

Tout cela se fait alors que le patient est dans une machine IRM. «Il faut être très précis, c'est au millimètre près. La zone ciblée est proche de zones impliquées dans l'élocution ou la mémoire», précise Marie Fuzzati. Une erreur d'inattention peut donc provoquer de graves effets indésirables irréversibles. «Indépendamment, chaque faisceau est inoffensif. Mais au point de convergence, ils vont détruire les neurones en les brûlant», poursuit-elle. L'avantage est que cela se fait sans opération ni hospitalisation (le patient peut rentrer chez lui le jour même) et les effets sont immédiats. Les tremblements cessent quasiment, pour quelques mois voire quelques années. Un peu comme si le patient regagnait quelques années sur la maladie. Mais celle-ci continue néanmoins de progresser.

En France, il est encore très compliqué de bénéficier de cette intervention. Une situation qui pourrait s'expliquer par le fait que la technique concurrente, la stimulation cérébrale profonde est une découverte française. «Beaucoup de spécialistes s'y accrochent, ce qui fait que nous prenons du retard à développer la technique par ultrasons», estime le Pr Marc Vérin, neurologue au CHU d'Orléans qui a déjà envoyé «plusieurs patients en Espagne pour qu'ils bénéficient de cette technique».Il l'assure : d'ici à la fin de l'année, son établissement (le CHU d'Orléans) sera équipé d'un casque à ultrasons.

«L'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris la propose déjà, mais ce n'est pas remboursé par l'Assurance-maladie», rapporte le Pr Vérin. Une évaluation est en cours par la Haute Autorité de santé, mais elle ne porte que sur les tremblements essentiels, une maladie bien distincte de celle de Parkinson et qui concerne plus de 300 000 personnes atteintes (contre environ 270 000 malades de Parkinson). L'avis, qui doit être rendu en septembre prochain, devrait ouvrir la voie vers un remboursement.

En juin 2023, une députée avait interrogé le gouvernement sur l'impossibilité d'accéder à ce traitement en France. «Le traitement du tremblement essentiel par ondes ultrasonores est en effet prometteur. Mais il est encore à l'étude et des incertitudes quant à la durée de son efficacité demeurent», avait répondu Geneviève Darrieussecq, qui était alors ministre déléguée auprès du ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes handicapées.

C'est ce que pense aussi le Pr Remy, du centre expert Parkinson du CHU Henri-Mondor (Créteil), «le jeu n'en vaut sans doute pas la chandelle». «Cette technique est moins onéreuse et moins complexe à gérer, mais on manque de recul sur la balance bénéfices-risques à long terme», estime le spécialiste. Pour le Pr Vérin, c'est tout l'inverse. «Il y a une centaine d'équipes dans le monde qui utilisent déjà cette technique, la France est très en retard», regrette-t-il. «Les résultats sont les mêmes qu'avec la stimulation cérébrale profonde, mais elle est beaucoup moins risquée. C'est un progrès majeur, et même un tournant pour prendre en charge les tremblements.» Marie Fuzzati, la conseillère scientifique de l'association France Parkinson voit aussi d'un bon oeil cette innovation. «C'est très prometteur, mais il faut rester attentif à la façon dont c'est fait.» C.T.

Le Figaro, no. 24863
Le Figaro Économie, mercredi 31 juillet 2024 692 mots, p. 26

Médias & Tech

Ingérences étrangères : le Sénat français veut renforcer la surveillance des politiques

Cohen, Claudia

Chaque année, près de 1,1 milliard d'euros sont investis par la « galaxie russe » pour diffuser la propagande du Kremlin en dehors de ses frontières, dans des pays comme la France. Dans l'ombre, en Chine, deux millions d'agents sont chargés de la surveillance des réseaux sociaux au quotidien. Avancées par le rapport du Sénat sur la prévention des influences étrangères malveillantes, ces deux données chocs visent à planter le décor pour illustrer ce qui se joue derrière la « néo-guerre froide ». À travers ce choix de terminologie, le président de la commission d'enquête, Dominique de Legge (Les Républicains, Ille-et-Vilaine), et son rapporteur, Rachid Temal (Parti socialiste, Val-d'Oise), espèrent légitimer un peu plus leurs 47 propositions du rapport, dévoilées vendredi à l'issue de six mois de travaux et d'auditions de 120 personnalités, dont cinq ministres.

Au matin de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, le timing de la publication ne manque pas de pertinence. Le plus grand événement sportif du monde se révèle être le théâtre de nombreuses tentatives de déstabilisation étrangères et de désinformation. Parmi les actions destinées à semer le trouble, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, dans laquelle un prétendu militant du Hamas menace la France en brandissant une tête de Marianne décapitée, a abondement été relayée par des comptes artificiels il y a quelques jours. L'arrestation à Paris par la DGSI d'un agent russe du FSB et sa mise en examen, révélée par LeMonde, pour «intelligence avec une puissance étrangère en vue de susciter les hostilités en France», en est un autre exemple.

Pour comprendre les effets concrets des opérations d'ingérence étrangère sur les populations à l'occasion d'événements d'envergure, de faits d'actualité clivants ou encore d'élections, les sénateurs recommandent d' «engager sans délai des études académiques transdisciplinaires». «L'efficacité des opérations d'influence étrangères malveillantes est celle que les populations qui en sont les cibles leur donnent. L'un des écueils auxquels nous risquerions d'être confrontés serait de surestimer leur impact», indiquent les sénateurs en introduction de leur rapport de 369 pages. Outre la Russie, la commission d'enquête identifie, parmi les principaux «compétiteurs» engagés dans une guerre d'influence contre la France, la Chine, la Turquie ou encore l'Azerbaïdjan.

Le texte propose de «conforter» le rôle de « chef de file» de Viginum dans la veille sur les ingérences numériques étrangères visant le sol français, mais aussi d'en faire une véritable «agence de l'État», en lui octroyant davantage de moyens financiers et humains. Il préconise de faire évoluer le cadre légal pour permettre à Viginum, actuellement limité à l'analyse des contenus publiquement accessibles sur les plateformes ayant au moins cinq millions de visiteurs uniques par mois dans l'Hexagone, d' «observer l'activité sur davantage d'espaces».

Dans cette logique de «guerre informationnelle», les sénateurs recommandent de placer un peu plus les politiques sous surveillance. Proposition la plus marquante : ils souhaitent interdire aux personnalités politiques françaises et aux partis de souscrire un prêt auprès d'une personnalité étrangère ne résidant pas en France. L'emprunt contracté par le Rassemblement national de Marine Le Pen auprès d'une banque russe en 2014 est ainsi pointé du doigt. Le Sénat souhaite également empêcher les étrangers non résidents de cotiser aux partis politiques.

Le texte veut renforcer le contrôle de l'origine des amendements déposés par des députés et des questions orales ou écrites au gouvernement, lorsqu'ils sont susceptibles de présenter un lien avec une autre puissance. Cette mesure fait écho à l'actualité, avec la récente mise en examen pour corruption de député écologiste Hubert Julien-Laferrière, suspecté d'être intervenu à l'Assemblée nationale à la demande d'un lobbyiste. Mais s'il recommande d'encourager le «sourçage» «en tant que bonne pratique», il ne propose pas de le rendre obligatoire.

Au-delà des politiques publiques, le rapport recommande d'élaborer une stratégie unifiée au niveau national, en mettant en place une «bataille des narratifs». Se gardant de chiffrer le coût de ces propositions, les sénateurs évoquent la création d'une «pléiade d'influence», regroupant des écrivains, des scénaristes et autres artistes «au service de la politique d'influence et de la diplomatie publique». Plusieurs personnalités ont d'ores et déjà été approchées par les sénateurs... C. C.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, mercredi 31 juillet 2024 737 mots, p. AUJM31
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30 juillet 2024 - Le Parisien (site web)

Attal occupe le terrain

Le Premier ministre démissionnaire réunit ses ministres ce mercredi. Hier, il a aussi présenté aux députés de l'ex-majorité une ébauche de son pacte législatif.

Pauline Théveniaud

Maquillage tricolore aux joues au milieu des supporters du Club France, fixant aux athlètes français l'objectif de figurer dans le top 5 des nations; présent auprès d'un maximum de médaillés... Gabriel Attal est certes un Premier ministre démissionnaire. Mais pas question pour autant de laisser sa part de Jeux. D'ailleurs, tandis qu'Emmanuel Macron vient de prendre ses quartiers d'été au fort de Brégançon (Var), lui convie ce mercredi matin à Matignon les ministres - sortants mais tenus de rester sur le pont - pour « une réunion de suivi » sur le déroulement des JO. « Cela ne sert à rien, juste à se mettre en scène lui-même », égratigne l'un des convoqués, tandis qu'en défense son entourage appelle à « arrêter le mauvais esprit » : « S'il ne le faisait pas, on entendrait : On nous demande de rester à Paris et il ne se passe rien; il y a une vacance du pouvoir. »

Toujours est-il que Gabriel Attal veut manifestement occuper le(s) terrain(s), quitte à jongler avec ses casquettes et donc - de facto - avec la séparation des pouvoirs. Tard dans la soirée de lundi, c'est en tant que président du groupe Ensemble pour la République (EPR) à l'Assemblée qu'il a adressé à ses troupes la trame d'un pacte d'action pour les Français. Présenté comme « première mise de jeu » par son entourage, sans grande nouveauté, ce texte s'articule autour de six axes : « défendre nos valeurs et institutions »; « pouvoir d'achat, travail et logement »; « préserver notre planète »; « plus d'autorité et plus de sécurité »; « des services publics plus forts » et « plus de souveraineté », « en investissant dans l'avenir ».

« Ce qui nous unit et nous définit »

« C'est une base de travail, défend l'un de ses artisans, l'élu des Hauts-de-Seine Pierre Cazeneuve. Il y a des pistes d'ouverture et les limites du terrain de jeu sur le budget, l'Europe, l'écologie. » En somme, complète un proche d'Attal, « il s'agit de dire ce qui nous unit et nous définit politiquement ».

Un impératif, alors que Laurent Wauquiez a présenté son « pacte législatif » sitôt élu. Une gageure au sein d'un groupe plus que jamais menacé par les divisions. D'ailleurs, chacun y est allé de sa remarque ou de sa proposition mardi, lors du débat organisé autour du texte à l'occasion de la réunion de groupe. « C'est un document très généreux en dépenses et timide en matière d'économies », a par exemple relevé (comme d'autres) l'ex-rapporteur du Budget, Jean-René Cazeneuve, requérant de faire « attention aux listes à la Prévert » car « face au RN et NFP, on doit faire preuve de responsabilité ». Mais, a embrayé Paul Midy (Essonne), « être dans la continuité peut donner l'impression qu'on n'a pas entendu les Français pendant la campagne ».

« Il faut sortir des généralités », a pour sa part plaidé Éric Woerth (Oise). Tandis qu'Agnès Pannier-Runacher, élue dans le Pas-de-Calais, proposait entre autres d'« augmenter la flat taxe ». « En sept ans de députation, je n'ai encore jamais rencontré un citoyen me disant : J'aimerais payer plus d'impôts », juge alors nécessaire de planter Sylvain Maillard, dans la boucle Telegram du groupe.

La suite ? Ce mercredi, les trois auteurs du texte Pierre Cazeneuve, Marc Ferracci et Stéphanie Rist ont pour mission d'intégrer ces différents retours. Avant que, dans le courant de la semaine, Gabriel Attal n'envoie la copie à ses partenaires du MoDem et d'Horizons.

Le tout dans l'espoir d'aboutir mi-août à « une plate-forme commune » de la majorité sortante. « L'objectif, à terme, c'est de contribuer au même titre que les autres forces politiques à ce qui pourrait ressembler à un pacte législatif », résume Pierre Cazeneuve. Même si la perspective d'une coalition demeure très hypothétique.

Partition personnelle

« Attal a besoin d'avoir un peu de biscuit pour négocier, car il sait qu'il va être jugé sur sa capacité à trouver des deals avec les autres groupes », résume un cadre du groupe. Sous couvert d'anonymat, un autre se montre plus sceptique, le soupçonnant de jouer une partition personnelle : « Il coche la case projet. Mais le présenter un 30 juillet, en plein JO... C'est qu'il ne veut pas que cela aboutisse. Il se voit en futur président de la République, en réalité, il ne veut pas d'une coalition », éreinte ce député. Là encore, l'entourage d'Attal se récrie : « Son objectif, c'est de conserver l'unité de la famille. » Assurément, pas le moindre de ses défis.

Le Monde
mercredi 31 juillet 2024 1930 mots, p. 19
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30 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

A Ostie, le front de mer des contraires

Plages d’Italie — 2/6 — Sur le littoral, à une trentaine de kilomètres du centrede Rome, s’étalent réserve naturelle, plages privées, Mafia et pauvreté. Après des décennies de négligence, la capitale italienne tente d’ordonner ce chaos balnéaire

Allan Kaval et Aureliano Tonet

Ostie (Italie) - envoyés spéciaux - Pour Pier Paolo Pasolini, « le pays des bandits » était la Calabre, si l’on en croit La Longue Route de sable (Arléa, 2004), dans lequel l’écrivain consigna son tour du littoral italien, effectué à bord d’une Fiat 1100, à l’été 1959. En ce qui nous concerne, c’est près de la plage d’Ostie, où Pasolini fut mystérieusement assassiné en 1975, qu’il nous est arrivé malheur. Tandis que nous visitions le Zion Beach, un établissement balnéaire chéri par la jeunesse alternative, la serrure de notre Fiat Dolce Vita a été forcée, et nos valises ont été dérobées. « Hélas, ce genre de vol est assez fréquent dans les parages ! Peu de chance que vous retrouviez vos affaires », soupire le policier de l’aéroport de Fiumicino, tout proche, qui a enregistré notre déposition.

Le lieu du délit, à une trentaine de kilomètres du cœur de la capitale, concentre toutes les contradictions romaines. Le long de la plage qui court de Torvaianica à Ostie, sur près de 15 kilomètres, se croisent des notables et des mafieux, des militaires et des nudistes, des transsexuels et des écologistes, des nostalgiques du fascisme et des immigrés, des stars du cinéma et des touristes. En avril 1953, le corps sans vie de la jeune Wilma Montesi y fut retrouvé. Ce fait divers, qui ne fut jamais résolu, eut un tel retentissement que la plage fut désertée par les Romains des années durant. Ils ne commencèrent à y revenir qu’à partir de 1966, quand le président de la République, Giuseppe Saragat (1898-1988), restitua à la ville de Rome une partie littorale du domaine abritant sa résidence d’été de Castelporziano. Sur les 6 000 hectares qui appartiennent encore à la présidence, les pins parasols sont décimés, depuis une dizaine d’années, par de redoutables parasites. Comme une allégorie de cette côte, à la fois bénie et déshéritée.

Le réalisateur romain Saverio Costanzo la connaît bien. Il lui arrive de jouer au tennis avec les enfants de l’acteur Ugo Tognazzi (1922-1990) dans le village de vacances que cette icône du cinéma italien édifia, à la fin des années 1960, en face de la pinède présidentielle. Il a surtout tourné une partie de son cinquième long-métrage, Finalmente l’alba(2023), sur les dunes mêmes où fut assassinée Wilma Montesi. «La Dolce Vita [1960] deFellini s’inspire en partie de ce meurtre qui symbolise, pour l’Italie de l’après-guerre, la perte de l’innocence, rembobine le cinéaste. Le long de ce littoral, les deux âmes de Rome cohabitent : les audaces libertaires et libertines, d’une part, le repli sur soi, les peurs, le crime, de l’autre. »

« Laisser la politique au vestiaire »

Les audaces, c’est du côté de Capocotta qu’il faut les chercher. Cette plage fait partie d’une réserve naturelle, ouverte en 1996. Elle abrite, à son extrémité sud, un secteur très apprécié des nudistes. Les panneaux sont explicites : interdiction de se masturber, de copuler, de prendre des photos ou de planter une tente de camping. Tout serait né, prétend la légende, d’une lubie de quelques hôtesses de l’air qui se seraient dénudées sur ces dunes, entre deux vols. « Je n’y crois pas, fulmine Veronica Ciotoli, qui gère l’oasis avec son mari, Sandro Lauri. Les premiers à avoir vraiment fréquenté Capocotta sont les écolos et les hippies, au tournant des années 1970. Ils s’étaient mobilisés pour empêcher la construction d’un complexe immobilier. C’est l’époque où l’on s’est rencontrés, Sandro et moi. Il avait 9 ans, moi, 6. Nos parents nous emmenaient là tout le temps. »

Veronica nous reçoit dans une cabane à flanc de dune, qui fait aussi office de restaurant. « Quand j’étais enceinte de mon fils, j’ai perdu les eaux ici, dit-elle en pointant la cuisine. Je cuisinais des pâtes aux palourdes. Sandro m’a illico transportée à l’hosto. » Longtemps illégale, l’Oasi naturista (« l’oasis naturiste ») a été officiellement inaugurée en 2000, avec l’aval des autorités. Veronica s’émerveille de la diversité des habitués. « Le beau gosse, là, c’est Jean-Marc, un entrepreneur français à la retraite. Lui, ajoute-t-elle en désignant un mastoc dans le plus simple appareil, c’est Brad, un Américain qui passe toutes ses vacances ici. Et puis il y a Gino, qui nous ramène de la mortadelle de Bologne, où il bosse pour Lamborghini. On a vraiment de tout, des vieux marquis d’extrême droite, des jeunes gauchistes… Notre règle d’or ? Laisser la politique au vestiaire. » La quadragénaire a des mots moins doux pour ses anciens voisins, dont elle condamne les dérapages répétés. « Certains organisaient des raves géantes, d’autres pratiquaient l’échangisme dans les no man’s land qui jouxtent la plage. Rien n’était aux normes… Pas étonnant que la mairie les ait chassés. »

Pour la municipalité de Rome, dont dépend Ostie, le temps est venu, en effet, de remettre de l’ordre dans le chaos balnéaire. A Capocotta, six des huit kiosques historiques, proposant nourriture et transats, ont été démolis – dont ceux des communautés brésiliennes ou LGBTQ+. Seuls l’oasis naturiste de Veronica et les écologistes du Mediterranea ont sauvé leurs cabanes.

Plus au nord, le Kursaal, l’établissement balnéaire iconique d’Ostie, fameux pour ses sinuosités de béton rouge et blanc, est, lui aussi, promis à la démolition. « L’aménagement du littoral romain, c’est l’histoire d’un gaspillage : une grande ressource naturelle et touristique a été gérée d’une manière au mieux négligente, au pire criminelle, affirme Tobia Zevi, conseiller pour le patrimoine et le logement de la capitale. Rome est, hélas, une ville maritime qui s’ignore. »Le responsable municipal se félicite cependant de la rénovation prochaine du front de mer, avec des fonds européens : « On aura enfin unwaterfront digne d’une capitale européenne ! »

Pasolini assassiné

Pier Paolo Pasolini n’aurait sans doute pas approuvé, lui qui a combattu toute sa vie ce qu’il appelait l’ « omologazione »(la normalisation). C’est sur une plage d’Ostie qu’il a été tué, la nuit du 1er au 2 novembre 1975, roué de coups et écrasé par un véhicule. Sa mort compte parmi ces assassinats et attentats qui parsèment l’histoire nationale, et dont les causes profondes restent dans l’ombre, laissant le champ libre à la défiance et aux spéculations. « Pasolini avait énormément d’ennemis, car il disait détenir tous les noms des responsables de la violence de ces années-là, même s’il lui manquait les preuves », explique le Français René de Ceccatty, traducteur et biographe de l’écrivain.

Ostie du mystère et du crime… Le secteur dispose de sa propre Mafia, elle-même liée à la bande dite « de la Magliana ». Cette criminalité organisée s’est développée en même temps que l’Italie du miracle économique découvrait les plages, à partir des années 1950, et que des entrepreneurs se livraient à la bétonisation du bord de mer et des périphéries. Ainsi des nouveaux quartiers du littoral romain, où affluaient les populations pauvres de la capitale. « Ostie était un endroit idéal pour les activités criminelles : proximité de l’aéroport et du port de Civitavecchia pour les trafics, un secteur touristique qui permet de blanchir de l’argent, et une faible présence des forces de l’ordre », explique Daniele Piervincenzi, journaliste pour la RAI, la télévision publique.

Une famille criminelle a fini par sortir du lot : les Spada, issus de la communauté tsigane de Rome. A leur évocation, M. Piervincenzi montre une bosse sur son nez. En 2017, l’un des membres du clan lui a asséné un coup de tête, alors qu’il l’interrogeait sur ses liens avec le groupe d’extrême droite CasaPound, qui aurait bénéficié du soutien de cette structure criminelle aux élections locales.

Ames charitables

Dans un quartier défavorisé d’Ostie, Emanuele Fellico, 28 ans, est entraîneur au « gymnase de la légalité ». Il occupe les locaux d’un ancien garage, confisqué par la justice à un clan mafieux. L’objectif, en offrant un accès au sport à bas prix, est d’éloigner les gamins des trafics. « Je travaille avec des jeunes de familles pauvres, souvent monoparentales, condamnés à des métiers précaires. » Les inégalités se reflètent aussi sur les plages du littoral romain, majoritairement privatisées.

« Même à Ostie, toute une classe sociale se trouve privée de soleil, faute d’argent. Si vous mettez votre serviette à moins de 3 mètres d’un établissement balnéaire, quelqu’un va vous dire de dégager », condamne M. Fellico. « L’économie des plages n’a pas de retombée positive pour les quartiers populaires. Elle est organisée par un lobby puissant qui pense d’abord à ses intérêts »,regrette Marco Noli, 65 ans, assistant social.

Dans le centre d’Ostie, nous retrouvons le député de l’Alliance des Verts et de la gauche Angelo Bonelli. Il énumère les maux historiques de la ville où il a commencé sa carrière : « La construction illégale, la spéculation immobilière, le blanchiment d’argent, une classe politique corrompue… »Une nuit, sa maison, construite à l’âge d’or d’Ostie, dans les années 1920, a été visée par un incendie criminel. Une autre fois, on a déposé le cœur et le foie d’un animal inconnu sur le pas de sa porte. Le parlementaire y voit une réponse à sa dénonciation du système en place. « A partir des années 1980, la criminalité a pollué toutes les strates de la vie locale, de la construction à la gestion des établissements balnéaires, en passant par les boîtes de nuit. Il y avait des canaux directs avec les palais du pouvoir, à Rome », raconte Carlo Bonini. Journaliste d’investigation de La Repubblica, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le crime organisé, dont le roman Suburra(Metailié, 2016), signé avec l’écrivain et ex-magistrat Giancarlo De Cataldo. Adapté au cinéma et en série, il relate les luttes mafieuses pour le contrôle d’Ostie.

Du reste, c’est devant la maison d’un des personnages principaux de cette saga, le boss mafieux Aureliano Adami, qu’une partie de nos affaires ont été retrouvées. Toute une chaîne solidaire, constituée d’habitués du Zion Beach et de l’oasis naturiste, ainsi que de leurs gérants, s’est démenée pour récupérer notre portefeuille et nos carnets de notes, derrière les grilles où ils avaient été jetés. « On n’aurait pas voulu que vous gardiez une mauvaise image de Rome », nous ont répété, en chœur, ces âmes charitables.

« Le Zion est mon endroit préféré de Rome. Les gens sont doux, le paysage est divin, et la musique, choisie avec soin », s’enthousiasme le jeune musicien Marcello Newman. Son confrère Tommaso Paradiso acquiesce. « Le Zion est le repaire des lycéens qui sèchent les cours. Ils fument des joints en écoutant du reggae, puis dévorent des beignets à la crème pour faire disparaître l’odeur », croit savoir le chanteur, un large sourire striant sa barbe. Tout le long du littoral, ses tubes résonnent souvent, l’été. Il a tourné le clip de l’un d’eux, Completamente, à Ostie. « Face à la mer, conclut M. Paradiso, les Italiens montrent leur pire visage – et leur meilleur. C’est plus vrai encore chez moi, à Rome, où les contraires se mêlent et se confondent. »

La Croix, no. 42984
Monde, mercredi 31 juillet 2024 622 mots, p. 7

Des réservistes israéliens accusés de viol sur un détenu palestinien

Cécile Lemoine

Des émeutes soutenues par des députés d’extrême droite ont éclaté le 29 juillet sur deux bases militaires israéliennes, pour protester contre l’arrestation de neuf réservistes accusés de viol sur un détenu gaziote.

Jérusalem

De notre correspondante

C’est le visage masqué que les officiers de la police militaire israélienne ont débarqué à la base militaire de Sde Teiman pour y arrêter neuf réservistes lundi 29 juillet en début d’après-midi. Les soldats sont accusés d’avoir violé un membre de la Nukhba, unité d’élite du Hamas, au point que celui-ci a été « transféré dans un hôpital public israélien il y a trois semaines dans un état critique, avec des hématomes à la poitrine et une blessure très sérieuse au rectum », selon des informations transmises par l’ONG israélienne Médecins pour les droits de l’homme.

Ce cas ne serait pas isolé. Des milliers de Gaziotes ont été, et sont encore, détenus à Sde Teiman, où se multiplient les histoires de tortures et de potentiels crimes de guerre. Inhabituelle dans un contexte de guerre, la démarche de la police militaire a provoqué un tollé parmi l’extrême droite israélienne, qui s’est empressée de se rendre à Sde Teiman pour protester contre ces arrestations. Les vidéos et images des émeutes montrent le député sioniste religieux Zvi Souccot s’infiltrer par effraction entre des barrières ; des réservistes armés et cagoulés ; des manifestants tambouriner contre les portes du centre de détention, encouragés par le tweet du chef de la droite radicale et religieuse, Itamar Ben Gvir : « Police militaire, ne touchez pas à nos réservistes ! »

Si le premier ministre Benyamin Netanyahou s’est contenté d’un simple appel au « calme immédiat », le chef d’état-major Herzi Halevi, interrompu dans la préparation de la riposte contre le Hezbollah, s’est montré plus ferme dans sa condamnation : « Entrer par effraction dans une base militaire et troubler l’ordre est un comportement grave qui n’est en aucun cas acceptable. Nous sommes en guerre et des actions de ce genre mettent en danger la sécurité du pays. » Le chef de l’armée israélienne a affirmé son « plein soutien » à la police militaire : « Ce sont précisément ces enquêtes qui protègent nos soldats en Israël et dans le monde et qui préservent les valeurs de Tsahal. »

Dans les médias israéliens, l’événement est commenté par les analystes du centre et du centre gauche comme la marque d’une prise de contrôle de l’armée par une extrême droite radicale aux pratiques brutales. « Lorsque vous excusez, encouragez et responsabilisez les milices de colons pendant des années, ne soyez pas surpris lorsqu’elles se retournent contre vous », analyse Mairav Zonszein, du Crisis Group. Ces scènes d’anarchie se sont répétées le soir devant la base militaire de Beit Lid, quartier général du tribunal militaire où sont interrogés les réservistes mis en cause. On voit des soldats tenter de repousser la centaine de manifestants survoltés qui prennent d’assaut le bâtiment. La police, d’abord absente, ne procède à aucune arrestation.

« Tandis que l’Iran et ses proxys mènent la guerre contre Israël sur sept fronts, un huitième, le plus dangereux, s’ouvre à nouveau : le front intérieur, commente Amos Yadlin, général à la retraite et ancien chef des services des renseignements militaires. Sous le prétexte populiste desoutenir les combattants, une attaque frontale est menée contre Israël en tant qu’État de droit et contre Tsahal en tant qu’armée de valeurs qui opère conformément à la loi, alors que la police israélienne s’abstient d’appliquer la loi à ceux qui la violent. L’état de droit se transforme en une réalité criminelle de gangs et de milices armées. »

Libération
mardi 30 juillet 2024 1454 mots, p. 18,19

AUTRE

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13 juillet 2024 - Libération (site web)

Ces chercheurs élus députés qui s'engagent en politique (à gauche)

Adrien Naselli ; Noé Megel

AUTRE

Claire Lejeune, Arnaud Saint-Martin, Estelle Mercier… Plusieurs chercheurs font leur entrée à l'Assemblée nationale sous les couleurs du Nouveau Front populaire. Mais quelle mouche les a piqués de quitter l'université ? D e la théorie à la pratique. Au moins six universitaires ont fait leur entrée à l'Assemblée nationale en juillet. Libération a repéré un sociologue et deux politistes dans les rangs insoumis, et trois au PS, dont le doyen de la fac de droit d'Aix-Marseille. Est-ce le début d'un phénomène et futur objet de recherche ? En tout cas, ils entendent faire résonner leur science dans leur pratique d'élu. C'est le cas d'Arnaud Saint-Martin, 45 ans. La dernière fois qu'on l'interviewait, en avril, c'était à l'occasion de la sortie d'un livre pour le moins pointu : Une histoire de la conquête spatiale. Des fusées nazies aux astrocapitalistes du New Space (La Fabrique, 2024). Des élections européennes et une dissolution plus tard, le chargé de recherches au CNRS, qui étudie les relations entre les sciences et la société, a été élu député LFI de la 1ère circons- cription de la Seine-et-Marne. La droite et le centre y régnaient depuis 1986.

L'Implication Cette victoire n'est pas le résultat d'une lubie soudaine de Saint- Martin. Candidat malheureux aux législatives de 2022 sous les couleurs de la Nupes, il détaillait dans une tribune à l'Obs les raisons de cet engagement : «La posture de l'intellectuel critique du pouvoir, pour lequel l'intervention consiste en général à signer des tribunes ou livrer des threads sur Twitter, m'a paru à la longue limitée, même contre-productive si l'enjeu est d'aider à changer le monde», écrivait-il.

Son implication remonte à 2012, au conseil municipal de Melun (Seineet-Marne). Il dit s'être «mouillé à fond» lors des élections municipales de 2020. «J'ai ressenti dans ma chair, à ce moment-là, que je n'étais pas sociologue.» Sauf une fois, où tout le conseil municipal de Melun l'a chambré pour un discours dans lequel il avait repris les accents du chercheur, se souvient-il en souriant. «Mais moi, je ne crie pas, je suis perçu comme quelqu'un qui prend le temps d'argumenter et de pas caricaturer l'adversaire.» Selon lui, ces derniers lui ont souvent reconnu ces qualités.

L'Arène politique La première fois que le chercheur est sorti du bois, c'est en signant avant la présidentielle de 2017 une tribune d'universitaires invitant à voter pour Jean-Luc Mélenchon.

«Cela n'a absolument rien changé» sur la perception de son travail par ses confrères, affirme-t-il. Même si certains scientifiques continuent de bien distinguer les hauteurs de vue de l'université des bassesses de l'arène politique. «Pour moi, ce sont des barrières artificielles et psychologiques», tranche Saint-Martin. Mis en disponibilité par son employeur, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le sociologue rappelle qu'il a été fondé en 1939 par des savants «extrêmement engagés» comme Jean Perrin, Prix Nobel de physique en 1926. Sous-secrétaire d'Etat du Front populaire, c'est lui qui pose les premières pierres de ce que sera le CNRS. Pourquoi le cloisonnement s'est-il installé entre politiques et intellos ? Arnaud Saint-Martin n'a pas la réponse, mais reconnaît qu'«on a perdu le fil, avec le temps». Il n'est pas le seul chercheur à découvrir l'Assemblée nationale. C'est aussi le cas de Claire Lejeune, doctorante de 29 ans en écologie politique, qui vient d'être élue dans la 7e circonscription de l'Essonne, également sous les couleurs de La France insoumise. «Partout où l'extrême droite arrive au pouvoir, la recherche, qui est un lieu de résisoui, tance de la pensée, est profondément ciblée. C'est aussi pour défendre ces libertés académiques qu'il y a un devoir d'engagement de la part des chercheurs», argumente la députée. Elle se verrait bien à la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire en raison de sa thèse en cours sur la planification face aux crises, travail qu'elle va mettre en pause.

Pourtant, son engagement ne date pas d'hier. Secrétaire générale des Jeunes écologistes de 2018 à 2019 et souvent au premier rang des marches pour le climat, elle quitte les Verts pour rejoindre la campagne des insoumis en 2022. A l'époque, elle justifiait dans Libé sa décision de rejoindre une gauche «qui rompt avec le capitalisme et le tout marché» quelques mois après la victoire de Yannick Jadot à la primaire. «J'ai toujours vécu dans les deux mondes en parallèle. En 2022, pendant ma première année de thèse, j'ai fait la campagne présidentielle de Mélenchon et j'ai été investie dans la circonscription que je représente aujourd'hui. En réalité, j'aurais pu bifurquer dans l'autre monde beaucoup plus rapidement !» plaisante la doctorante qui réfute «toute prétention de neutralité» dans son travail.

Le philosophe roi La pratique des sciences humaines, la connaissance de la société qui en découle débouche-t-elle sur un engagement à gauche ? A croire que si on regarde les couleurs poli- tiques des nouveaux venus à l'Assemblée : le PS pour Estelle Mercier, docteure en sciences de gestion, Marc Pena, doyen de la faculté de droit de l'université d'Aix-Marseille et Pierre Pribetich, professeur en électromagnétisme à l'université de Bourgogne. Il y a aussi Hendrik Davi, chercheur en écologie forestière, l'un des «purgés» de LFI réélu dans les Bouches-du-Rhône, ou encore Marietta Karamanli, députée du Parti socialiste depuis plus de dix-sept ans.

Pourtant, d'autres chercheurs sont macronistes comme l'enseignantchercheur en chimie Jean-Luc Fugit. Selon le décompte du service Idées de Libération, qui a passé au crible les 577 vainqueurs de ces législatives, on compte également une quarantaine de profs dans l'hémicycle, de l'école primaire au lycée, de tous bords politiques. Dix-sept chercheurs et chercheuses à l'Assemblée nationale. Une goutte d'eau dans l'océan de cadres de la fonction publique et du privé qui ont leur siège dans l'hémicycle. Dans sa République, Platon formulait déjà le concept du philosophe roi : il ne veut pas du pouvoir mais on le lui donne, car sa science et sa sagesse lui permettront de l'exercer de la façon la plus éthique. Nos trois sociologues se revendiquent-ils de cette figure ? Arnaud Saint-Martin ne se méprend pas sur sa capacité à conser- ver cette posture. Il avait quitté l'arène de X (ex-Twitter) comme certains de ses collègues qui y perdent en énergie et en santé mentale, et a bien été obligé de s'y réinscrire. Combien de temps le scientifique résistera-t-il au pouvoir de la «petite phrase» dans un paysage saturé d'invectives et de fausses infor- mations ? Il a ainsi déposé une plainte en diffamation publique contre la députée Modem sortante qui a «publié une profession de foi abjecte. Je ne veux pas transiger avec le vrai ni avec l'exigence de preuves. Quand quelqu'un raconte n'importe quoi, il faut le confronter à ses mensonges».

Un exercice qui est de fait au coeur de l'exercice académique. «La voix de chercheuses et de chercheurs est importante pour déplacer le débat public sur une base un minimum factuel, abonde Claire Lejeune. La question climatique, c'est un exemple typique, on a un débat sur l'écologie en pleine déconnexion avec les constats scientifiques.» Une Assemblée nationale composée à 100 % de députés chercheurs permettrait-elle d'identifier et de voter les réformes nécessaires au bonheur des Français ? Arnaud Saint-Martin garde en tête les réflexions du sociologue Pierre Bourdieu dans la Misère du monde : «Il parle de l'orgueil du philosophe roi qui va se pencher sur les affaires communes. Et il met en garde contre les risques d'une “epistémocratie” [un pouvoir qui serait exercé uniquement au nom de la science, ndlr]. Ma réponse, c'est qu'on peut être un universitaire et un député du peuple. Je suis à portée de baffes, tout le monde sait où j'habite.» La Parité sociale Une Assemblée de 577 chercheurs ne serait pas non plus représentative de la société française, puisque 55 % des enfants ayant deux parents cadres sont titulaires d'un bac + 5, et donc susceptibles de se lancer dans un doctorat. C'est le cas de seulement 11 % des enfants de familles à dominante ouvrière, selon le dernier rapport du Céreq.

Si on est encore loin de la parité hommes-femmes à l'Assemblée nationale (36 % d'élues seulement, un chiffre en recul avec 7 députées de moins qu'en 2022), on est encore plus loin de la parité sociale, réclamée par des groupes de recherche comme Démocratiser la politique. Selon eux, on comptait à l'Assemblée nationale 5,4 % de députés appartenant aux catégories populaires, c'est-à-dire des employés et des ouvriers, alors qu'ils représentent 45 % de la population générale.

Et les choses n'ont pas changé par miracle en 2024. L'ancienne femme de chambre et syndicaliste Rachel Keke, représentante la plus médiatisée des catégories populaires en 2022, n'a d'ailleurs pas été réélue. Un débat qui devrait fortement intéresser nos nouveaux députés chercheurs.•

Une Assemblée nationale composée à 100 % de députés chercheurs permettrait-elle d'identifier et de voter les réformes nécessaires au bonheur des Français ?

La Croix, no. 42983
France, mardi 30 juillet 2024 94 mots, p. 6

Décès L’ancien député Francis Chouat est mort

L’ancien maire d’Évry et député de l’Essonne Francis Chouat est mort samedi 27 juillet à 75 ans. Ce proche de Manuel Valls lui avait succédé à Évry en 2012 après sa nomination comme ministre de l’intérieur. Élu député en 2018, il avait rejoint La République en marche (LREM). Dans l’hémicycle, Francis Chouat était l’un des meilleurs experts de la laïcité. « Sa culture (…) ses valeurs de gauche et républicaines, étaient mis au service de l’intérêt général », a salué Manuel Valls.

Le Monde
France, mardi 30 juillet 2024 1328 mots, p. 8
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29 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Entretien

« Il faut créer des ponts avec le NFP »

L’eurodéputé Pascal Canfin (Renew) souhaite la naissance d’une « culture de coalition » en France

propos recueillis parClaire Gatinois propos recueillis parClaire Gatinois

Rappelant que le Nouveau Front populaire (NFP) est arrivé en tête, le 7 juillet, le député européen (Renew) et ancien patron de WWF France Pascal Canfin, représentant de l’aile gauche de la Macronie, appelle son camp à ouvrir les discussions avec la gauche et met en garde contre la tentation de ne s’allier qu’au parti Les Républicains (LR). Cette alliance réduite à LR ne tiendrait, dit-il, que par le « soutien tacite »du Rassemblement national (RN).

La trêve olympique a été décrétée par le chef de l’Etat. Peut-on imaginer qu’un nouveau gouvernement émerge dès la fin des épreuves, après le 11 août ?

Se projeter après les Jeux olympiques, c’est faire preuve de bon sens. On ne peut pas changer de gouvernement avec les défis, notamment sécuritaires, que représente l’événement. Mais avoir un nouveau gouvernement rapidement est fondamental. Les partis politiques français doivent apprendre ce que l’immense majorité de leurs collègues européens font et ce que l’on vient de faire au Parlement européen en bâtissant une coalition autour de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, allant du PPE [Parti populaire européen ; droite]aux Verts, en passant par les centristes et les socialistes.

Est-ce imaginable en France ?

Il faut un discours sur la méthode. Dans toutes les démocraties européennes qui ont une culture de coalition, le premier groupe arrivé en tête des élections doit prouver qu’il est capable de trouver une majorité à l’Assemblée. En France, il s’agit du NFP.

Si le point de départ de cette coalition est le NFP, Emmanuel Macron a-t-il eu tort de ne pas accepter la nomination de Lucie Castets à Matignon ?

Le NFP n’a pas de majorité seul. Il ne peut pas prétendre gouverner en disant : « Nommez-moi à Matignon, et je vais faire mon programme tout seul. » Ça ne se passe jamais ainsi. Mais c’est au NFP de tendre la main à d’autres groupes pour chercher une majorité. Le paradoxe est que ce scénario, qui est le plus naturel dans toutes les autres démocraties européennes, n’a toujours pas commencé .Peut-être fallait-il passer par la nomination d’une candidate première ministre de la part du NFP pour qu’il y ait un interlocuteur ? Maintenant, il faut créer des ponts et non ériger des murs avec le NFP pour que les discussions puissent formellement débuter.

Le camp présidentiel semble ne s’adresser qu’à la droite…

Une majorité de députés sous la bannière Ensemble pour la République [EPR]avec qui j’ai échangé ne veulent pas d’une coalition exclusive avec LR. Pour une raison de fond d’abord : le pacte législatif proposé par Laurent Wauquiez est un programme très à droite qui ne correspond pas au point d’équilibre d’Ensemble. Ensuite, cette coalition n’aurait pas de majorité seule. Elle rassemble au mieux 213 députés. Elle ne pourrait donc tenir que par le soutien tacite du RN. Ce serait l’exact contraire de l’esprit du front républicain mis en place lors des élections .

Nommer un premier ministre de droite, avec un gouvernement sans représentant du NFP, serait-il aussi inacceptable pour les députés EPR ?

Un premier ministre de droite ou apparenté LR ne devrait sa survie qu’au RN en s’assurant que le parti lepéniste ne vote pas de motion de censure. Ce serait donner les clés du camion à l’extrême droite. Notre plan A, c’est de faire en France ce qu’on a réussi à faire en Europe. Mais je constate que ni les Verts français ni les LR n’ont voté pour cette coalition à Bruxelles, contre la majorité de leur groupe respectif.

Beaucoup, au sein de la Macronie, y compris à l’Elysée, assurent que le pays est à droite…

La leçon des élections législatives, c’est dire que la droite LR est sortie gagnante ? Combien ont-ils de députés ? [la Droite républicaine en compte quarante-sept.] Ce qu’il faut retenir de ce scrutin, c’est que 11 millions de Français ont voté pour l’extrême droite, mais qu’il y a encore plus de Français qui ont voulu faire barrage au RN.

Ce barrage républicain permet-il d’ignorer le vote RN ?

Le premier moteur du vote RN, c’est le sujet migratoire. Il faut l’entendre. Pourquoi ne pas reprendre l’idée qui avait été lancée par Olivier Véran [ancien ministre du renouveau démocratique]de faire une grande convention citoyenne dans les territoires sur l’enjeu des politiques migratoires ? Cela permettrait d’aborder le sujet sans tabou, sans simplisme et de la manière la plus objective possible.

Le NFP refuse tout compromis et revendique la victoire. Cette large coalition que vous évoquez n’est-elle pas chimérique ?

Il faut que les discussions puissent commencer vite. Y compris pendant la trêve olympique. Mais il faut tendre la main : est-ce qu’on est capable de se mettre d’accord sur une dizaine de points qui ne sont évidemment pas la totalité du programme NFP ? Prenons par exemple la proportionnelle. Ne peut-on pas se mettre d’accord là-dessus ? Tant que cette feuille de route est respectée, les groupes qui soutiennent l’accord ne votent pas de motion de censure. Et pour les sujets hors accord, cela se décidera par des majorités texte par texte à l’Assemblée nationale.Cet accord éventuel ne tiendra sans doute que sur une durée déterminée d’un an. Aller au-delà demanderait probablement trop d’engagement de la part des acteurs politiques concernés.

Au sein du NFP, il y a La France insoumise qui, aux yeux d’une partie du camp présidentiel et des LR, est aussi dangereuse que le RN. Peut-on imaginer un gouvernement de coalition avec des « insoumis » ?

Il ne faut pas jeter d’anathème par principe sur des gens qui ont joué le jeu du front républicain. Retournons le problème. Est-ce que LFI est capable de sortir de la posture d’un Jean-Luc Mélenchon qui, à 20 h 05, dimanche 7 juillet, dit : « Nous avons la majorité », alors que ce n’est pas vrai. Et « on doit appliquer tout notre programme », alors qu’il n’y a aucune légitimité politique et aucune réalité arithmétique à cela. Cette posture n’est pas celle du front républicain. Est-ce que les Verts et les socialistes sont capables de faire vivre autre chose que cette posture ?

L’échéance de 2027 ne rend-elle pas impossible toute alliance avec le camp présidentiel ? Les partis veulent rester dans l’opposition pour incarner l’alternance…

Compromis ne veut pas dire compromission. Il y a trois niveaux de soutien possibles. Le premier, c’est la participation au gouvernement. Le deuxième, c’est le soutien sans participation. Et le troisième, c’est le soutien critique tout en ne votant pas de motion de censure. Cela crée des options pour tous les partis concernés.

Pour sortir de l’impasse, ne faut-il pas envisager un gouvernement dit « technique » ?

La limite du gouvernement technique, c’est le budget. Un tel gouvernement ne peut pas faire de choix budgétaires importants. Or, compte tenu de la situation du déficit budgétaire et de la réforme du pacte de stabilité, nous allons devoir faire des choix difficiles : de combien réduit-on le déficit, sur quelles échéances ? Selon les nouvelles règles européennes, si on veut étaler l’effort de réduction sur sept ans et non sur quatre, alors il faut proposer un plan de réformes associé. C’est un choix politique. Pas un choix technique.

Etes-vous optimiste sur la possibilité de faire naître cette culture de la coalition ?

Comme dans tous les pays européens, bâtir une coalition peut prendre des semaines, parfois beaucoup plus. C’est un état d’esprit qu’il faut enclencher. Je ne suis ni optimiste ni pessimiste, j’essaie de contribuer, avec mon expérience de député européen, à faire avancer les choses pour éviter le blocage du pays.

Libération
mardi 30 juillet 2024 1113 mots, p. 1,10,11

Monde

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29 juillet 2024 - Libération (site web)

Maduro crie victoire, mais «personne n'est dupe»

Benjamin Delille

Monde

Reportage, pages 10-11 I l y a eu la rage. Les cris du coeur au moment des résultats. Quelques minutes de concert de casseroles et de noms d'oiseaux contre Maduro. Puis le silence. Ce lundi matin, Caracas est désert. Ou presque. Etouffé dans un mutisme pesant, écrasé par un ciel gris comme la ville n'en connaît pas si souvent. La victoire de Nicolás Maduro à la présidentielle de dimanche, vivement contestée par l'opposition et mise en doute par une partie de la communauté internationale, plonge le pays dans une nouvelle incertitude.

Quelques «Fraude» ont été tagués ici et là, sur des peintures murales à la gloire du Président. Mais beaucoup de Vénézuéliens ont préféré rester chez eux plutôt que de sortir, de peur qu'éclatent des heurts. De nombreux rideaux de fer sont restés clos. Laissant le pays dans une atmosphère étrange d'attente et de gueule de bois. «Il n'y a plus rien à faire, soupire Jorge Perez, le regard hagard, à la terrasse d'un des rares cafés ouverts du quartier de Chacao, acquis à l'opposition. Il ne quittera jamais le pouvoir.» C'est que les mots du président du Conseil national électoral, Elvis Almoroso – réputé proche de Maduro et visé par des sanctions américaines pour son rôle dans la crise vénézuélienne –, n'ont guère laissé de place au doute. Lorsqu'il annonce la réélection du président socialiste, peu après minuit lundi, sur la base de 80 % de bulletins dépouillés, il promet que celle-ci est «irréversible». Nicolás Maduro l'aurait emporté avec 51,2 % des voix, contre 44,2 % pour l'opposant Edmundo González, qui a pourtant revendiqué une large victoire tout au long de la soirée.

Dans la foulée de cette déclaration sans équivoque, la cheffe de file de l'opposition, María Corina Machado, qui avait dû céder sa place sur le bulletin de vote après que sa candidature avait été interdite, parle quant à elle d'une victoire avec «70 % des voix» sur la base de 40 % des bulletins remontés des bureaux de vote. «Il ne s'agit pas d'une fraude de plus mais d'une méconnaissance et de la violation grossière de la volonté populaire», s'est-elle indignée en annonçant des «actions» à venir pour contester le résultat. «Réexamen complet» En attendant d'éventuelles instructions, ses partisans se terrent d'abord, sidérés par ces résultats qui leur semblent invraisemblables. Au réveil, les quartiers populaires, dont certains ont basculé du chavisme vers l'opposition, sont aussi calmes que le centre, alors que d'immenses célébrations avaient précédé l'annonce des résultats tombée comme un couperet. Il y a bien des manifestations qui s'organisent à l'étranger, notamment à Madrid, mais au Venezuela, la crainte de la violence semble inciter à la prudence. Sur la place Altamira, au coeur de la capitale, deux hommes frisant la soixantaine dissertent sur la soirée lll lll d'angoisse qui les a empêchés de dormir. «Comment peut-on parler d'un résultat irréversible alors que, selon le décompte fumeux du CNE, 700 000 voix les séparent et qu'il restait plus de 2 millions de bulletins à dépouiller ?» s'interroge l'un d'eux. «Personne n'est dupe», répond l'autre, en allusion au concert de réactions internationales. Mis à part les traditionnels alliés du Venezuela chaviste – Chine, Russie, Cuba, Nicaragua… – qui ont félicité leur champion, une grande partie de la communauté internationale a immédiatement émis de sérieux doutes sur les résultats et appelé à un décompte le plus transparent possible. Neuf pays d'Amérique latine ont même demandé un «réexamen complet des résultats». Le Pérou a rappelé son ambassadeur. Même le Brésil de Lula, autrefois plutôt avenant à l'égard de la République bolivarienne, a demandé une «vérification impartiale» des résultats. Le président brésilien s'était déjà dit «horrifié» par les déclarations de Maduro menaçant d'un «bain de sang» en cas de victoire de l'opposition. «On tente d'imposer un coup d'Etat fasciste et contre-révolutionnaire au Venezuela», a réagi Maduro, lors d'un discours lundi au CNE, après avoir été proclamé président. Duo improbable Tout va désormais reposer sur la vérification des actes de votation que les machines électroniques impriment dans chacun des 15 000 centres du pays, et qui sont normalement infalsifiables. L'opposition dispose de 72 heures pour les réunir et contester formellement le résultat. Mais déjà dimanche soir, la cheffe de campagne d'Edmundo González, Delsa Solórzano, assurait que, dans certains bureaux, des assesseurs refusaient de les transmettre. «J'ai du mal à croire qu'un recours légal puisse fonctionner», anticipait, abattue, Patricia, une opposante de 50 ans présente au QG de campagne dimanche soir. «Soit on sort massivement dans les rues pour convaincre les militaires, soit on baisse les bras et on quitte ce pays rejoindre nos proches», présageait-elle, en référence aux plus de 7 millions de Vénézuéliens, presque un quart de la population, qui ont quitté le pays depuis 2015, selon l'ONU.

D'autant que les militaires, véritable ciment du pouvoir au Venezuela, semblent s'être déjà exprimés en faveur du président socialiste. Le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino, se félicitait dimanche d'une journée électorale sans incident résultant sur un vote clair «contre les sanctions américaines». Une manière de confirmer son allégeance à Nicolás Maduro.

Mer Lorsqu'il est sorti lundi sur la scène du palais présidentiel de Miraflores, l'homme fort du pays a promis «la paix, la stabilité et la justice» à ses compatriotes. Derrière lui, des feux d'artifice et un spectacle de drones célébraient cette victoire que déjà toute l'opposition s'employait à contester. «Je suis un homme de dialogue», a-t-il assuré, en contraste avec la campagne qu'il a lui-même contribué à tendre. Depuis des semaines, malgré les sondages qui le donnaient largement perdant, il affichait une confiance insolente, annonçant déjà sa victoire et l'intention de l'opposition d'appeler à la fraude. Son procureur général, Tarek William Saab, est déjà passé à l'offensive lundi : il a lancé une enquête criminelle contre María COLOMBIE Corina Machado l'accusant d'être à l'origine d'une cyberattaque lancée depuis la Macédoine du Nord, dimanche soir, contre le système de vote électronique.

Pour les partisans de l'ex-députée et d'Edmundo González, la désillusion est proportionnelle à l'espérance qu'avait suscitée ce duo improbable. Lui, plutôt centriste et modéré.

des Océan Atlantique Caracas Elle, autrefois radicale mais forcée de lisser son discours pour unifier l'opposition. «Je pense que c'est le silence GUYANA BRÉSIL km avant la tempête», confie une cheffe communautaire de Petare, le plus grand quartier populaire d'Amérique latine. On est lundi, à la mi-journée, quelques heures après les résultats. Derrière elle, les concerts de casseroles reprennent puis s'étendent en écho dans les collines autour de la capitale. La contestation ne fait que commencer.•

«Soit on sort massivement dans les rues pour convaincre les militaires, soit on baisse les bras et on quitte ce pays.» Patrica militante présente dimanche soir au QG de campagne de l'opposition

Libération
mardi 30 juillet 2024 4169 mots, p. 12,13,14,15

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29 juillet 2024 - Libération (site web)

Diplomatie Entre Macron et Mohammed VI, le froid du Maroc

Sophie des Déserts

Monde

Depuis l'accession au pouvoir du président français, focalisé à ses débuts sur l'Algérie et indifférent aux us de la monarchie chérifienne, les relations avec le royaume se sont tendues, jusqu'à se glacer au moment de l'affaire Pegasus, et la révélation de la mise sur écoute d'Emmanuel Macron. Une amélioration semble en cours, alors que le souverain fête ce mardi ses 25 ans de règne.

A la cour de Mohammed VI, l'affaiblissement du président français fait quelques heureux. «Macron nous donnera peut-être moins de leçons. Il va finir par réaliser ce qu'est un roi, un vrai…» ironise un haut dignitaire, observant le chaos hexagonal postdissolution. Au Maroc, tout est calme. Le roi célébrera ce mardi, à Tétouan, ses 25 ans de règne, avec partout, des défilés, des fêtes, de belles images, des milliers de courtisans courbés sur son passage. Peu importe qu'il n'ait plus la force de parader à cheval, qu'il soit affaibli par la maladie, les articles sur sa vie privée, les dissensions au Palais. La cérémonie sera grandiose. Emmanuel Macron doit marquer l'événement. Encore faut-il trouver le bon mot, le bon geste pour féliciter ce souverain qui le fait marner comme aucun autre. Il y a entre eux tant de dossiers brûlants, du tropisme du président français pour l'Algérie, le voisin honni du Maroc, grand rival au Sahara-Occidental, à la restriction des visas décidée par la France. Et surtout la bombe : Pegasus, logiciel espion révélé en juillet 2021 par un consortium de journalistes réunis autour de Forbidden stories et d'Amnesty International. Ils détaillaient, notamment, comment le Maroc l'a utilisé pour cibler les smartphones de milliers de personnes, opposants, courtisans, journalistes, politiques… dont Emmanuel Macron.

«Évitez les week-ends à Marrakech» Une affaire d'Etat vite étouffée. «Trop sensible», souffle-t-on à l'Elysée, comme à Beauvau ou au Quai d'Orsay. Ce fut le début d'une incroyable guerre froide entre le Maroc et la France durant plus de deux ans. Au bord de la rupture, à l'automne 2023, Emmanuel Macron a mobilisé tout l'exécutif, et même son épouse, avec une consigne : rétablir à tout prix les liens avec Mohammed VI. Ont ainsi défilé à Rabat quasiment tous les ministres, de l'Economie, du Commerce extérieur, de l'Agriculture, de la Justice, de l'Intérieur… A l'Elysée, le chef de la cellule diplomatique, Emmanuel Bonne, a intensifié les échanges avec Fouad Ali El Himma, le grand chambellan du régime, intime de Mohammed VI depuis leurs années au collège royal. Au Quai d'Orsay, la nouvelle directrice ANMO (Afrique du Nord et Moyen Orient), Anne Grillo, a été chargée de concentrer les efforts sur le Maroc, pays qu'elle a connu jeune attachée d'ambassade sous Jacques Chirac, ce président qui chaque semaine appelait Mohammed VI, son père Hassan II l'ayant prié de veiller sur lui. «Là-bas, tout passe par la famille, rappelle la diplomate à ses équipes. Les liens personnels priment.» Tout est ainsi à rebâtir, tant l'inimitié entre le chef de l'Etat français et le roi du Maroc est inédite. «C'est de la folie, irréel», note un poids lourd du Makhzen, le cercle du pouvoir à Rabat. «Entre “je t'aime moi non plus” et un roman de John Le Carré», se désole un ambassadeur français. Le film de ces sept dernières années en dit long sur les affres de la diplomatie macronienne, et la puissance du royaume chérifien.

Le ciel paraissait si clair, ce 14 juin 2017. Le roi s'est rendu en personne à la descente de l'avion pour rencontrer Emmanuel Macron, tout juste élu, et son épouse. C'est leur premier déplacement ensemble à l'étranger. Une marque d'honneur et une volonté d'équilibre, veut-on croire à Rabat, Macron, candidat, s'étant focalisé sur l'Algérie, résolu à panser les plaies du passé, jusqu'à déclarer la colonisation «crime contre l'humanité». Le couple présidentiel est logé dans un des palais du roi. Brigitte Macron, toute en dentelles crème, arpente le musée d'art contemporain au bras de l'artiste Mehdi Qotbi, président de tous les musées du Maroc et futur allié précieux. Le dîner de rupture du jeûne a lieu en famille, avec les trois soeurs du roi et son épouse, qui disparaîtra mystérieusement quelques semaines plus tard, avant l'officialisation du divorce en 2019. A ses côtés, le prince héritier, Moulay Hassan, alors âgé de 15 ans, que l'on prépare doucement au pouvoir.

Mohammed VI, lui, l'a pris à 35 ans, sans enthousiasme ; «le roi cool» l'appelait à ses débuts la presse étrangère, charmée par son humilité, ses baskets, sa passion du jetski, l'imaginant apte à moderniser son pays, mais aussi libéraliser les moeurs et la presse. Douce illusion quand on est le Commandeur des croyants, avec un islam radical puissant, à la tête d'une des plus anciennes monarchies au monde. Mohammed VI s'étonne qu'Emmanuel Macron cherche d'emblée à le tutoyer, lui tape dans le dos comme s'il était Donald Trump. C'est un président pressé, sourd aux recommandations de la journaliste de Paris Match Caroline Pigozzi, qui glisse : «Ici, on regarde le soleil, pas sa mon- tre.» Lui déteste les salamalecs, n'a aucune affinité avec la culture arabe. Macron a seulement séjourné à Tanger, dans la demeure de son vieux mentor, Henry Hermand, businessman, pionnier de la grande distribution, rocardien, qui l'adorait comme un fils jusqu'à financer son mariage, lui prêter de l'argent pour son premier appartement – et l'attendait sur son lit d'hôpital, jusqu'à son dernier souffle en novembre 2016. Le Maroc se résumait ainsi à quelques souvenirs, l'époque où Hermand interpellait son voisin, l'écrivain Tahar Ben Jelloun et ses riches amis descendus au palace Le Mirage, en disant : «Je vais vous présenter quelqu'un qui ira loin.» Emmanuel Macron n'a jamais été à la Mamounia de Marrakech, comme tant d'autres politiques. Il méprise ceux qui profitent des largesses du système chérifien, tels Jack Lang, le directeur de l'Institut du monde arabe, ou Nicolas Sarkozy, habitué des Noël au soleil marrakchi dans un palais du roi. «Le vieux monde, dit-il, c'est fini.» Il a même sermonné ses jeunes colistiers, et ses ministres : «Evitez les week-ends à Marrakech.» Le Président sait que les services marocains captent ainsi nombre d'informations sur l'establishment français, tout en opérant dans l'Hexagone, notamment via les mosquées et les associations. Ils ont même «recruté» pendant la campagne un jeune salarié d'En marche, Ahmed, ex-buraliste, chargé d'escorter Brigitte, l'emmener faire du shopping ou rejoindre le Touquet. Il était prévu qu'il participe à ce premier voyage à Rabat, avant d'être de justesse débranché. «Macron était furieux, se souvient un membre de sa sécurité. Il disait : les Marocains veulent nous baiser. L'ambiance, d'emblée, était donnée.» Crime de lèse-majesté Pour son second déplacement, en novembre 2018, Macron ne daigne pas rester plus d'une journée, le temps d'inaugurer la ligne de TGV Tanger-Casablanca construite par Alstom. Il pense exclusivement business, sans mettre les formes. Il lui arrive même, quand le roi appelle, de le mettre en attente. Au Makhzen, certains se souviennent que Nicolas Sarkozy aussi a fait des erreurs de débutants, comme laisser entrevoir ses semelles à Mohammed VI – offense suprême –, avant d'intégrer les usages, lui donner du «sa majesté» et se faire grandement apprécier. Mais avec ce président-là, c'est presque perdu d'avance, vu son activisme à Alger. Les Marocains, qui auscultent tout, soupèsent les pro-Algériens dans son entourage, ses soutiens financiers durant la campagne, ses hommes au pouvoir, Bernard Emié, ex-ambassadeur à Alger, patron de la DGSE jusqu'en décembre 2023, ou Jean-Yves Le Drian, son Premier ministre des Affaires étrangères qualifié à Rabat «d'agent algérien». Un sphinx, tout puissant, dissèque au scalpel la classe politique française : Abdellatif Hammouchi, le directeur général de la sûreté nationale et de la surveillance du royaume. Il n'a jamais oublié l'humiliation subie, en 2014, à la résidence de l'ambassadeur du Maroc à Neuilly, quand sept policiers sont venus lui remettre une convocation judiciaire, après la plainte d'une ONG, l'accusant de «complicité de torture» envers deux de ses concitoyens. Crime de lèse-majesté, menace de rompre la collaboration entre les services. Toute la hollandie s'est alors mobilisée pour effacer ce «regrettable incident», faire voter en vitesse un protocole exigeant d'informer le Maroc des procédures lancées contre ses ressortissants. François Hollande s'est expliqué en tête-à-tête avec Mohammed VI, apaisant heureusement les relations avant les attentats du 13 novembre 2015, les renseignements marocains ayant aidé à localiser le coordonnateur du commando, Abdelhamid Abaaoud, tué par le Raid. Quelques jours avant son départ de l'Elysée, le Président organisait un dîner en l'honneur de Mohammed VI, avec, entre autres, Jamel Debbouze, Leïla Slimani, Tahar Ben Jelloun et l'inoxydable Jack Lang, qui se souvient d'«un roi en pleine forme, gourmand, volubile, parlant de sa passion pour la jeunesse, le rap et la techno». Abdellatif Hammouchi, lui, fut décoré de la légion d'honneur.

«Personne n'a tout le puzzle» Est-ce lui, le grand chef de la sécurité du Maroc, qui a donné l'ordre d'écouter Emmanuel Macron ? Est-ce le roi, en personne ? Ou Israël qui a ainsi sous-traité ses missions d'espionnage, en livrant au Maroc son ravageur logiciel, Pegasus, mis au point par la start-up NSO, née près de Tel-Aviv, à 150 mètres du plus grand centre de recherches d'Apple hors Etats-Unis. Rien de tel pour exploiter les vulnérabilités de l'iPhone, puis des Android, avec l'aide d'ex-geeks du Mossad. L'affaire Pegasus, qui fait actuellement l'objet d'une enquête de la justice française, restera sans doute une énigme, vu ses obscures ramifications mondiales. Ceux qui l'ont traitée au sommet de l'Etat n'en parlent que sous le sceau de l'anonymat, avec des trous, des silences, des «personne n'a tout le puzzle». Mais tous rapportent la sidération de Macron quand il a appris avoir été ciblé par le Maroc sur son portable personnel. «C'est la seule fois, confie un de ses collaborateurs, où je l'ai vu déstabilisé, blême.» Un autre : «Le Président était meurtri d'avoir été ainsi trahi, furieux contre les Marocains, disant : ils me l'ont fait à l'envers, ce roi est un voyou.» L'information a été donnée à l'Elysée par les journalistes du Monde, France Inter et Forbidden Stories, qui ont épluché les listings transmis par un lanceur d'alerte, en poste chez NSO, selon la version officielle. Selon certaines sources, les leaks provien- Suite page 14 Suite de la page 13 draient plutôt des Américains, agacés par la puissance devenue tentaculaire de la firme israélienne. «On a découvert début février 2021 qu'il y a parmi les milliers de cibles le portable de Macron, celui qu'il utilisait durant la campagne pour son compte Twitter, se souvient Laurent Richard, fondateur de Forbidden Stories et auteur de Pegasus. Démocraties sous surveillance (Robert Laffont). On a alors été reçus à l'Elysée, par les coordonnateurs du renseignement intérieur et extérieur, un peu vexés d'être informés par des journalistes.» Personne ne sait alors si l'iPhone du Président a été écouté. Les services français connaissent Pegasus, son pouvoir de prendre le contrôle total d'un téléphone, tout pomper – mails, photos, messages – y compris sur les applications cryptées – même activer micro et caméra.

«Immense jeu de poker menteur» Eux ont refusé de l'acheter car NSO imposait un contrat de maintenance, soit la possibilité de retracer toutes les écoutes. Mais le Maroc, comme de nombreux pays, n'a pas hésité. Ses relations avec Israël sont bonnes, même excellentes depuis que Mohammed VI a reconnu en décembre 2020 l'Etat hébreu, en échange de la reconnaissance – en un tweet de Trump – de la souveraineté du Royaume sur le Sahara-Occidental. L'Arabie saoudite, qui s'est aussi rapproché d'Israël, a également utilisé Pegasus, notamment pour suivre le journaliste Jamal Khashoggi, qui a fini sauvagement assassiné, en 2018, au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. Le chef de l'Etat s'en est naturellement remis à Laurent Nuñez, alors coordonnateur national du renseignement, en collaboration avec l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Ansi). Mais il rechigne à livrer son portable aux experts des services. Il préfère s'en référer d'abord à son homme de confiance sur les dossiers numériques sensibles : Alexandre Carayon, petit génie modeste repéré à l'Ecole 42 de Xavier Niel, chargé de sécuriser la campagne sur le Web, au feu pour gérer les «Macron Leaks», avant d'être recruté à l'Elysée. C'est lui qui examine le téléphone. C'est lui qui apparaît un jour à la sortie des Conseils des ministres, réclamant les portables, à la surprise générale, personne, hormis quelques intimes du Président, ne connaissant ce trentenaire en baskets, parti depuis monter sa société de conseils. Quelques ministres, méfiants, peinent à s'exécuter. Certains sortis du gouvernement, contactés pour faire inspecter leur portable, craignent que Macron ait ainsi accès aux entrailles de leur vie politique et personnelle. «Tout est possible dans cet immense jeu de poker menteur», soupire, sibyllin, un ex-proche du Président. Il sera établi que près de la moitié du gouvernement a été ciblée, dont l'ancien Premier ministre, Edouard Philippe, l'ex-ministre de La Défense, Florence Parly, ou des diplomates en poste en Algérie et au Maroc. Beaucoup d'entre eux ont dit à Libération n'avoir jamais eu de suite, ni su quelles données avaient été aspirées. Emmanuel Macron accepte enfin d'être plus prudent, sans pour autant se mettre au téléphone ultrasécurisé, mais si lourd, de Thales. Il change d'iPhone, de numéro à plusieurs reprises. Et les Israéliens sont invités à s'expliquer. Florence Parly, alors ministre de la Défense, rencontre à Paris son homologue, Benny Gantz, et lance, glaciale : «A cause de vous, je n'ai plus Whats- App…» Les Israéliens finissent par reconnaître que Pegasus a parfois été utilisé à mauvais escient et s'engagent à ce qu'aucun numéro en +33 ne soit plus ciblé. NSO, placée en 2021 sur la liste noire du département du commerce américain, sera démantelée. Le Maroc nie quant à lui toute implication. Macron appelle alors le roi. «Non, je ne vous ai pas écouté», jure Mohammed VI, selon ses proches. Et il s'entend répliquer : «Ecoutez, j'ai les preuves, soit vous mentez, soit vous ne savez pas ce qu'il se passe dans votre pays.» Le roi raccroche. Aucun humain ne lui a jamais parlé ainsi.

Dès lors, tout se grippe. Le Maroc attaque les médias français l'ayant accusé d'avoir utilisé Pegasus, plainte jugée irrecevable, la loi sur la diffamation ne pouvant s'appliquer à un Etat. Macron, lui, ordonne en Conseil de défense de baisser de 50 % les visas pour les Marocains (idem pour les Algériens, 30 % pour les Tunisiens) afin de faire pression sur Rabat, qui refuse de reprendre ses ressortissants condamnés en France, jihadistes, grands délinquants, trafiquants de drogue, nombreux au royaume du cannabis. «La stratégie, rappelle un membre du cabinet de Gérald Darmanin, était d'enquiquiner les marocains de la haute, ceux qui viennent se faire soigner à Paris, dévaliser l'avenue Montaigne et dorer sur la Côte d'Azur…» Mais les quotas sont appliqués sans discernement, touchant des chercheurs, des étudiants, des familles soudain empêchées de se voir… Le ressentiment contre la France monte, avec des campagnes appelant à ne plus parler, ni acheter français. Mohammed VI, d'habitude si prompt à réagir, laisse faire.

«On a tout essayé» Lui continue de débarquer à Paris avec une armée de serviteurs, auxquels il faut fissa délivrer des visas ; il passe des semaines dans son hôtel particulier des Invalides ou dans son château de l'Oise, mobilisant des dizaines de policiers. Mais le souverain refuse les appels et invitations de Macron. «On a tout essayé», se désole alors un proche du Président. Les vieux amis de la France et du Maroc, Jack Lang, Nicolas Sarkozy, BHL, Richard Attias… peuvent bien, par tous les canaux, plaider l'apaisement, le roi s'en moque. L'ex-protégé de Chirac, qui fut étudiant en droit à Nice, stagiaire auprès de Jacques Delors à la commission européenne, s'émancipe. Et fait savoir que la France, pourtant premier investisseur étranger du royaume, deuxième partenaire commercial, n'est plus si essentielle.

«Mohammed VI a renforcé ses liens avec les Etats-Unis, depuis ses accords avec Donald Trump et son gendre, Jared Kushner, habitué des palais marocains, note le journaliste et professeur de sciences politiques Omar Brouksy, auteur de deux biographies du monarque. Il multiplie les investissements sur le continent africain dans les banques, la téléphonie, l'énergie…» Mohammed VI y fait des tournées régulières avant de gagner sa résidence de la Pointe Denis au Gabon ou son palais de Zanzibar, récemment racheté au sultanat d'Oman. Lui qui découvrit en accédant au trône l'indécente fortune laissée par son père, prétendant alors devenir «le roi des pauvres», n'a plus aucun complexe. A 60 ans, enfin divorcé, il s'amuse, collectionne les oeuvres d'art, les bolides, les Rolex. Il s'est acoquiné avec une étrange fratrie, les Azaitar, trois costauds, champions de MMA, grandis à Cologne, originaires du Rif par leurs parents, omniprésents au palais royal. Leurs poses sur Instagram, tout en muscles et sapes de luxe, avec Mohammed VI, chez lui, à Paris, devant le mausolée de son père, ont défrayé la chronique, et inquiété les historiques du Makhzen. Ceux-là ont fini par parler, nourri des articles sur ces «gangsters à la Ferrari», relaté leurs multiples condamnations en Allemagne, avant qu'un récit hallucinant paraisse, en 2023, dans le très sérieux The Economist. Opprobre mondial. La presse officielle marocaine, elle, dénonce une cabale.

Et la France est toujours accusée d'entretenir les rumeurs, de salir l'image du royaume, notamment avec cette résolution au Parlement européen dénonçant le sort des journalistes marocains, initiée en janvier 2023 par Stéphane Séjourné, fidèle de Macron, à l'époque patron du groupe Renew. Bruxelles est alors en plein Qatargate, qui est parti d'une enquête sur le Maroc : les services de renseignement belges se sont intéressés aux pratiques de corruption d'agents du royaume chérifien, avant de se pencher sur les Qataris. La DGSE a, semble-t-il, donné des preuves des opérations de lobbying marocaines, qui seront publiquement dénoncées par la commission sur l'ingérence étrangère, alors présidée par un autre Français, Raphaël Glucksmann. Coup de sang royal. Mohammed VI rappelle son ambassadeur à Paris. La coopération entre les services, jusqu'ici préservée, faiblit. Un voyage du Medef au Maroc est annulé en juin 2023, tout comme celui d'une délégation de députés macroniens. Rabat préfère recevoir des élus LR, d'abord Rachida Dati que le roi a connue jeune garde des Sceaux au bras de Sarkozy, puis députée européenne toujours attentive aux intérêts du Maroc, le pays de son père, celui où elle a fait enterrer sa mère algérienne. A ses côtés, Eric Ciotti a multiplié les interviews pour pilonner Macron, son manque de considération, rappeler la souveraineté «indiscutable» du Maroc sur le Sahara. Ses futurs camarades du RN, aussi, jouent le royaume chérifien contre l'Algérie, avec l'espoir que Marine Le Pen rencontre le roi, sur les traces de son père, jadis reçu par Hassan II. Mohammed VI renouvelle sa cour, ses amis. Jamel Debbouze, longtemps favori, a été prié – faute de crédits – de renoncer à son «Marrakech du rire», pour avoir porté, durant la coupe du monde, les maillots marocain et français. Il eut fallu être exclusif. Le roi préfère Gad Elmaleh, Teddy Riner ou Maître Gims, venu s'installer à Marrakech dans une somptueuse demeure. Le rappeur a multiplié les demandes pour acquérir la nationalité française, jusqu'ici refusée, se- lon des sources diplomatiques, puisqu'il vit au Maroc avec une femme convertie, entièrement voilée et avec une autre, d'origine congolaise, à Paris. Gims, qui conteste être polygame, a tenté de plaider sa cause à l'Elysée, avec quelques pressions du Makhzen, pour l'instant sans succès.

«Sur les visas, On a fait une connerie» Tout est matière à tension. Et la presse marocaine s'embrase après le tremblement de terre qui frappe le pays le 8 septembre 2023, quand Macron propose l'aide de la France, dans une vidéo, sans mentionner Mohammed VI. Quelle offense au roi, à la souveraineté du pays, s'indigne sur BFM TV Samira Sitaïl, une communicante, ex-journaliste en vue à Rabat, après des études au Celsa et une enfance à Bourg-la- Reine. Cette bagarreuse, mariée à l'ambassadeur du Maroc à l'Unesco, prendra la tête de l'ambassade du royaume à Paris, restée si longtemps vacante. Quelques jours après le séisme, un média proche du pouvoir, le «360», ose publier un article ordurier sur le président français, évoquant «ses mignons» et «sa double vie» titré : «Un peu homme, un peu femme mais il n'assume rien, qui est vraiment Emmanuel Macron ?» Le Président encaisse. «Il y a trop d'enjeux, sécuritaires, diplomatiques, économiques, le Maroc étant un voisin sûr, une porte d'entrée capitale vers l'Afrique», rappelle-t-on au Quai d'Orsay. Sans compter la communauté marocaine dans l'Hexagone, environ 1,6 million de personnes, dont la moitié a la nationalité française. Il faut une guerre, à Gaza, pour que l'irrationalité cesse. Le chef de l'Etat appelle Mohammed VI, qui répond enfin. «Ils tous deux préoccupés par la situation», précisent leurs entourages. Le roi, qui préside le comité Al- Qods de Jérusalem, chargé de veiller sur les lieux saints musulmans, est coincé entre sa politique pro-israélienne et son peuple ultrasensible à la cause palestinienne. Le dialogue reprend. L'idée d'un voyage d'Etat de Macron au Maroc, maintes fois repoussée, renaît, probablement fin septembre début octobre.

L'Elysée ne néglige plus aucun geste. Jack Lang, considéré comme un ami de Mohammed VI – malgré leurs échanges désormais rares, seulement épistolaires – est reconduit à la tête de l'IMA, à 84 ans, alors qu'il devait être remplacé par Jean-Yves Le Drian. Les réseaux marocains ont pesé, se réjouissant aussi du départ à la tête de la DGSE, également fin décembre, de Bernard Emié. «Enfin, ce suppôt d'Alger s'en va, glisse un pilier du Makhzen, avant de se lâcher. C'est lui qui a enfumé Macron sur Pegasus. Quelle intox. On est morts de rire quand on prend du recul, vous savez bien, tout le monde écoute tout le monde !» Le pouvoir marocain s'est aussi félicité de la nomination surprise à la culture de Rachida Dati, moins de celle, au Quai d'Orsay, de Stéphane Séjourné, le «diable», avant qu'il ne se rende immédiatement à Rabat, pour lire des notes ciselées célébrant le lien «exceptionnel» entre nos deux pays.

Brigitte Macron aussi s'est investie comme jamais sur le plan diplomatique, demandant toujours aux amis du Maroc : «Mais enfin, que peut-on faire pour améliorer la situation ?» Elle a reçu la nouvelle ambassadrice, Samira Sitaïl, prélude à un déjeuner, en février 2019, à l'Elysée, avec les soeurs du roi. Macron a fait une apparition au café, photos aussitôt postées par la présidence, suivi d'un communiqué officiel de Rabat précisant que la rencontre avait eu lieu «sous très haute instruction de sa majesté». La première dame s'appuie sur son premier contact au Maroc, Mehdi Qotbi, le maître des musées. «Brigitte est une femme d'exception, confie l'artiste, récemment décoré de l'ordre du mérite. Elle m'a aidée pour que l'on ait, à Rabat, l'exposition sur les Impressionnistes, prêtée par Orsay, celle du Louvre, sur Eugène Delacroix. Brigitte aime le Maroc, elle aime le roi». Elle a aussi reçu l'écrivain Tahar Ben Jelloun qui l'avait appelée «en pleine crise». «Je lui ai expliqué ce qu'est la royauté, l'importance des symboles, l'ineptie de cette politique pro-algérienne du Président.» Petite leçon aussi sur le Sahara-Occidental : «Je lui dis que c'est un point nodal : si Macron revient au Maroc les mains vides, ça ne sert à rien…» Les Marocains font passer partout le message, insistant sur l'évolution de la position des Etats-Unis, et de l'Espagne. L'ambassadrice du Maroc à Paris, Samira Sitaïl, enfonce le clou, confiante : «Les crises ont laissé des séquelles, mais le réchauffement est définitivement là.» Macron a ordonné de rouvrir les vannes sur les visas, admettant : «On a fait une consont nerie !» Il pourrait, dans les prochains jours, infléchir la position de la France sur le Sahara-Occidental, à la fureur des Algériens qui, avant toute annonce officielle, dénoncent déjà une rupture historique menaçant leurs intérêts. Quoi qu'il en soit, un nouveau partenariat avec le Maroc est sur la table, pour lancer des projets de long terme, dans le domaine des infrastructures, de l'écologie, de l'éducation… «L'idée est de solidifier et pérenniser la relation», insiste-t-on à l'Elysée. La coopération policière a repris ouvertement, avec la récente arrestation à Casablanca d'un baron de la drogue marseillais, et le concours, très médiatisé, des services de Mohammed VI pendant les JO. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et le directeur de la DGSE, Nicolas Lerner, se sont rendus à Rabat avant de recevoir en grande pompe, à Paris, fin juin, Abdellatif Hammouchi, décoré «à titre exceptionnel de la médaille d'honneur de la police nationale». A l'Elysée, l'affaire Pegasus est désormais réduite à «quelques articles de presse», comme si rien n'avait existé. Le président espionné doit faire table rase du passé. Realpolitik. Le 14 juillet, enfin, Mohammed VI lui a adressé ses «voeux les plus chaleureux pour le bonheur des Français et la prospérité de la France».• LIBÉ.

FR Vingt-cinq ans après l'intronisation de Mohammed VI, les inégalités se creusent au Maroc Les importantes réformes économiques mises en place par le roi n'ont pas permis de réduire les inégalités sociales.

«Le Président était meurtri d'avoir été ainsi trahi, furieux contre les Marocains, disant : ils me l'ont fait à l'envers, ce roi est un voyou.» Un proche de Macron après la découverte de l'affaire Pegasus «[Pegasus], quelle intox. On est morts de rire quand on prend du recul, vous savez bien, tout le monde écoute tout le monde !» Un pilier du Makhzen

Le Monde
France, mardi 30 juillet 2024 1044 mots, p. 9
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28 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Tensions entre les eurodéputés Hassan et Bellamy

Après le dépôt de deux plaintes, le Parlement a ouvert une enquête sur le comportement de la députée LFI

Virginie Malingre

Bruxelles - bureau européen - A peine élue au Parlement européen, la militante propalestinienne Rima Hassan a fait parler d’elle. Jeudi 25 juillet, l’eurodéputé Les Républicains (LR) François-Xavier Bellamy a annoncé qu’il allait porter plainte contre sa collègue La France insoumise (LFI) pour « menace et incitation à commettre un crime ou un délit contre un élu ». Rima Hassan, juge-t-il, l’a « désigné nommément à la vindicte des milieux islamistes » sur les réseaux sociaux.

A Bruxelles, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a, pour sa part, décidé d’ouvrir une enquête, suspectant Rima Hassan, dans l’affaire qui l’oppose à François-Xavier Bellamy, d’avoir enfreint le code de conduite de l’institution. La juriste franco-palestinienne encourt des pénalités financières et une interdiction temporaire d’exercer son travail de parlementaire.

Dans la foulée, Rima Hassan a décidé de porter plainte contre François-Xavier Bellamy pour « diffamation publique et dénonciation calomnieuse », comme l’a fait savoir, sur X, son avocat, Me Vincent Brengarth, dans la soirée de jeudi. Elle a également envoyé un e-mail à Roberta Metsola, lui demandant de se pencher sur le comportement de l’eurodéputé LR.

Report du vote

Tout commence lundi 22 juillet, lorsque François-Xavier Bellamy apprend que Rima Hassan est pressentie pour occuper l’une des quatre vice-présidences de la commission des droits de l’homme du Parlement européen. Quelques jours plus tôt, les différents groupes politiques se sont en effet réparti les responsabilités – présidences, vice-présidences… – au sein des commissions parlementaires en fonction de leurs résultats aux élections européennes de juin, et les gauches radicales de The Left ont obtenu ce poste.

Impossible qu’il revienne à l’« insoumise », dont il a dénoncé à plusieurs reprises l’antisémitisme, juge François-Xavier Bellamy. Il contacte immédiatement Manfred Weber, le président du groupe des chrétiens-démocrates du Parti populaire européen (PPE), auquel LR est affilié, afin de barrer la route à l’eurodéputée. L’Allemand ne souhaitait pas revenir sur l’accord qu’il avait conclu avec ses homologues, mais le portrait de Rima Hassan que François-Xavier Bellamy lui dresse le fait changer d’avis.

D’autant que la commission des droits de l’homme, d’où est parti le scandale du « Qatargate », est, au Parlement européen, un lieu d’influence important pour les Etats étrangers qui cherchent à défendre leur image ou à dégrader celle d’un pays avec lequel ils sont en conflit. De la Chine à la Turquie, en passant par le Maroc, les Emirats arabes unis ou l’Inde, les diplomates du monde entier et groupes de pression en tout genre y entretiennent des contacts réguliers, afin de faire valoir leur cause. Car c’est cette enceinte qui lance, chaque mois à Strasbourg, des « résolutions » sans aucune valeur législative mais dont le contenu est lu avec la plus haute attention en dehors des frontières de l’Union.

De leur côté, les libéraux du groupe Renew arrivent à la même conclusion que le PPE. « Rima Hassan est hostile à la solution des deux Etats dans le conflit israélo-palestinien que défendent toutes les institutions européennes. Qui plus est, elle se présente comme la voix de la Palestine », explique l’eurodéputé macroniste Bernard Guetta. Les sociaux-démocrates et les Verts considèrent, pour leur part, qu’ils n’ont pas à interférer dans le choix de The Left.

Bernard Guetta jugeait également problématique la candidature d’un élu polonais, Arkadiusz Mularczyk, « qui a participé à l’assaut du PiS[Droit et justice] contre l’indépendance de la justice », à une autre des vice-présidences de la commission des droits de l’homme. Le groupe des Conservateurs et réformistes européens, qui rassemble, autour du parti postfasciste de la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, plusieurs partis de droite nationaliste, avait décidé d’attribuer le poste à ce proche du PiS.

Conséquence, mardi 23 juillet, lors du vote en commission des droits de l’homme sur les vice-présidences, il est décidé de reporter à septembre le vote sur les candidatures de Rima Hassan et d’Arkadiusz Mularczyk, en espérant que, d’ici-là, les deux groupes concernés changeront de candidat. « Si, après les vacances, The Left ne change pas de candidate, on fera battre Rima Hassan », prévient le PPE.

François-Xavier Bellamy considère pour sa part que l’affaire est entendue. « J’ai alerté nos collègues en urgence pour faire barrage à l’élection de Rima Hassan[à la] vice-présidence de la commission droits de l’homme du Parlement européenBataille gagnée. Une tribune de moins pour l’antisémitisme. Nous ne lâcherons rien aux avocats du Hamas », se félicite-t-il sur X, juste après le report du vote.

« Lobbyistes pro-israéliens »

« La lâcheté qui vous anime ici est la même que celle qui est dans votre regard vide et fuyant quand je vous croise dans les couloirs du Parlement européen. Tremblez. Ce n’est que le début », lui répond Rima Hassan, sur le même réseau social. Le lendemain, mercredi 24 juillet, elle ajoute : « Pour le moment, François-Xavier Bellamy et ses petits copains, proches du régime génocidaire israélien, dorment bien la nuit. Ça ne va pas durer. »C’est à ce moment-là que le professeur de philosophie décide de saisir la justice.

François-Xavier Bellamy l’a, le premier, insultée en la traitant d’antisémite et d’« élue du Hamas », insiste Rima Hassan. Elle ajoute que, le 23 juillet, devant la salle où le report du vote sur son accès à la vice-présidence de la commission des droits de l’homme a été décidé, se tenaient des « lobbyistes pro-israéliens, qui échangeaient avec des gens d’extrême droite mais aussi de droite ».Dès lors, ajoute-t-elle, elle n’a pas proféré de menace à son endroit, mais elle voulait prévenir « ces gens-là »qu’ils la « trouveraient sur leur chemin », qu’elle serait là pour « dénoncer leurs manœuvres avec le gouvernement israélien et la manière dont ils calomnient[son] combat ».

Pour l’heure, nombre d’élus non français du Parlement européen ont découvert Rima Hassan dont ils n’avaient, pour la plupart, jamais entendu parler. « Rima Hassan se crée un personnage de passionaria de la Palestine au Parlement européen. Elle mène désormais une partie bien au-delà de la seule France » , conclut Bernard Guetta.

Le Monde
Sports, mardi 30 juillet 2024 953 mots, p. 11
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28 juillet 2024 - Le Monde (site web)
29 juillet 2024 - La Matinale du Monde Blogs - Sports and leisure / Sports et loisirs (blog ref.)

Ce que l’on n’a pas vu de la cérémonie d’ouverture

Séquences annulées, escamotées ou censurées dans certains pays, le spectacle de vendredi n’est pas tout à fait celui conçu par ses créateurs

Aude Dassonville

Plus de quarante-huit heures après qu’elle s’est tenue, la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris n’a pas encore fini d’appeler les commentaires. Entre l’émotion provoquée par des éblouissements visuels instantanément inscrits dans la mémoire collective du pays − 23,4 millions de Français regardaient France 2, vendredi 26 juillet, entre 19 h 30 et 23 h 30, soit 83,3 % de part d’audience − et la frustration créée par une réalisation visiblement désorientée par la profusion des événements, les téléspectateurs du monde entier n’ont pas tout à fait assisté au spectacle conçu par le metteur en scène Thomas Jolly avec l’historien Patrick Boucheron, la romancière Leïla Slimani, la scénariste Fanny Herrero et l’auteur dramatique Damien Gabriac.

« Bon, sur la chaîne marocaine, ça fait quinze minutes qu’on voit une photo du Louvre, j’en déduis que quelqu’un s’est mis tout nu », a posté, sur X, le professeur et auteur Rachid Zerrouki, sous le pseudo Rachid l’instit, vendredi à 22 h 08. Selon L’Equipe, les chaînes marocaines du groupe audiovisuel public SERT ont effectivement fait en sorte que le corps nu de l’artiste Philippe Katerine, peint de bleu et ceint d’une guirlande de fleurs dissimulant son intimité, échappe à ses téléspectateurs.

La chaîne américaine NBC a fait de même. « Si un téléspectateur souhaitait voir l’intégralité de la cérémonie, a-t-elle expliqué au quotidien sportif, il pouvait regarder le signal produit par OBS sur Peacock, la plate-forme de diffusion en continu des JO aux Etats-Unis. » Olympic Broadcasting Services (OBS), soit le « service olympique de radiotélévision », est une filiale du Comité international olympique (CIO), à qui les chaînes du monde entier doivent les images et les sons qu’ils diffusent.

Si l’on se fie aux innombrables réactions suscitées par la vision de l’artiste vendéen allongé dans un plat de victuailles posé sur la scène de la passerelle Debilly, même en France, tout le monde n’a pas semblé assister au même spectacle. Dans Le Journal du dimanche, l’ancien député Philippe de Villiers, lui aussi vendéen mais ultraconservateur et catholique revendiqué, y a décelé « un pastiche de la Cène avec les drag-queens qui festoient autour d’une eucharistie christique − un Jésus woke −, qui profane le célèbre tableau duDernier Repas [du Christ, peint par Léonard de Vinci], fondateur d’une civilisation ». Un spectacle « extrêmement irrespectueux envers les chrétiens », s’était ému Elon Musk, le propriétaire du réseau X, vendredi soir.

« Quel honneur pour moi ! J’étais aux anges, quand on [me l’] a dit », a ironisé Philippe Katerine, samedi 27 juillet, sur France Inter. « Les polémiques, à vrai dire, s’il n’y en avait pas, ce ne serait pas marrant, avait-il réagi quelques heures plus tôt sur BFM-TV.  Si tout le monde était d’accord et avait le même avis, quel ennui sur cette Terre ! Ça serait un autre fascisme. »

Un cœur rouge des plus furtifs

Sur la même chaîne, la célèbre drag-queen barbue, Piche, a réfuté l’idée selon laquelle il s’agissait d’une provocation. « C’est une représentation biblique qui a été réutilisée dans la pop culture depuis des décennies et ça n’a jamais véritablement posé problème », a-t-elle rappelé, ajoutant : « C’est vraiment juste parce que ce sont des queers et des drag-queens qui utilisent cette représentation-là que ça gêne. »

Mais tandis qu’à l’extrême droite, on a voulu y voir un détournement choquant du dernier repas du Christ décrit dans les Evangiles, d’autres ont rapproché cette mise en scène du Festin des dieux, un tableau du peintre hollandais Jan van Bijlert, où Dionysos, le dieu grec du vin, occupe le devant d’une scène représentant les dieux de l’Olympe (massif grec montagneux où naquirent en 776, nous dit la mythologie, les jeux avec des athlètes nus), en train de festoyer.

Sur BFM-TV dimanche, Thomas Jolly a effectivement relié le tableau à Dionysos et à la déesse Sequana, qui a donné son nom à la Seine. « Vous ne trouverez jamais dans mon travail une quelconque volonté de moquerie ou de dénigrer qui que ce soit », a déclaré le metteur en scène, faisant fi des critiques en assurant « flotter dans un nuage de tolérance, d’amour et de joie » depuis vendredi soir.

D’autres passages qui s’annonçaient grandioses n’ont pas été vus à la télévision, comme l’a reconnu le créateur sur la chaîne d’info. Le trajet du funambule Nathan Paulin au-dessus de l’île de la Cité n’a donné lieu qu’à une brève séquence de jonction avec des danseurs sur le Pont-Neuf. Le spectacle de la Patrouille de France dessinant un cœur rouge au-dessus de la capitale, fut des plus furtifs. La performance très écourtée de Matthias Dandois, le nonuple champion cycliste de BMX, à proximité du pont des Invalides, est restée invisible, de même que les acrobaties des pompiers de Paris aux alentours de Notre-Dame.

Si l’on a pu admirer la prestation de l’étoile du ballet de l’Opéra de Paris, Guillaume Diop, au faîte de l’Hôtel de Ville, la majeure partie des séquences de danse sur les toits de Paris ont été annulées. Quant à la délicate reprise d’ Imagine par Juliette Armanet, accompagnée par Sofiane Pamart au piano, sur une mini-scène flottante, les téléspectateurs l’ont découverte derrière les gouttes qui obstruaient l’objectif de la caméra. Contactée, OBS n’a pas répondu à notre demande de réaction.

La Croix, no. 42983
Sport, mardi 30 juillet 2024 630 mots, p. 13
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1 août 2024 - La Croix (site web)

Paola Egonu, une star du volley-ball au-delà du racisme

Jean-Luc Ferré

La jeune volleyeuse italienne, icône de son sport dans la péninsule, a dû composer avec les insultes qui ont failli faire dérailler

sa carrière.

Mais elle est revenue

au sommet à temps pour porter le rêve d’or olympique du volley féminin national.

Côté pile, une star. La meilleure joueuse de volley-ball italienne de sa génération, ce qui n’est pas rien dans un pays qui entretient une vive passion pour les joutes autour du filet. Un tempérament de feu sur le terrain, un smash dévastateur chronométré à la vitesse record de 116 km/h. Un palmarès qui affiche déjà trois Ligues des champions en club, deux Ligues des nations, l’or européen et l’argent mondial avec la sélection nationale. À 25 ans, Paola Egonu est une jeune femme pressée.

Côté face et revers de la médaille, une icône sans cesse sous pression, scrutée comme jamais, et critiquée aussi, notamment pour la pire des raisons : sa couleur de peau. Jusqu’à ce qu’elle craque.

Paola Egonu est née en Italie, de parents nigérians, débarqués dans la péninsule au début des années 1990. Petite, avant la gloire et les paillettes, dans cette région de Vénétie où elle grandit et qui devient très vite une place forte de la Ligue du Nord, elle est souvent confrontée au racisme ordinaire. Mais Paola serre les dents.

À partir de 12 ans, elle trouve dans le volley-ball un exutoire à sa rage. À 15 ans, au lendemain de sa naturalisation, elle joue déjà des coudes chez les seniors du Club Italia, la formation de la Fédération italienne de volley. Son mètre quatre-vingt-treize fait des ravages. L’équipe d’Italie lui ouvre les bras. Elle porte le maillot dès les Jeux de Rio en 2016. Avec fierté. Son talent explose. La voilà aussi dans la presse people, dans les revues de mode. « Femme libre », résume-t-elle, en affirmant sa bisexualité.

C’est trop pour certains. Lors des Mondiaux en 2022, la championne, parce qu’elle n’est pas au sommet de sa forme, est la cible d’attaques sur les réseaux sociaux. Au sortir du match où l’Italie décroche tout de même le bronze, elle fond en larmes, annonce prendre ses distances avec l’équipe nationale. Elle n’en peut plus de ceux qui déversent leur haine et lui jettent à la figure qu’elle n’est pas une « vraie Italienne ».

L’affaire fait grand bruit. Même le premier ministre d’alors, Mario Draghi, lui apporte son soutien. Mais Paola a besoin de prendre l’air. Elle part un an jouer en Turquie. Son malaise est profond. Début 2023, elle confie au magazine Vanity Fair : « Je sais déjà que si mon fils a la peau noire, il ressentira le dégoût que j’ai éprouvé. S’il devait être métis, ce sera pire encore : ils le feront se sentir trop noir pour les blancs et trop blanc pour les noirs. »

Son retour à la fin du printemps est compliqué par des problèmes relationnels avec le sélectionneur de l’époque. Mais 2024 s’ouvre sur de plus souriantes perspectives. Revenue en Italie, Paola Egonu retrouve les sommets pour qualifier la Squadra aux Jeux de Paris. L’Italie doit terminer la Ligue des nations dans les cinq premières places. Avec une Paola d’un niveau stratosphérique, l’Italie remporte en juin la compétition face au Japon. Une ultime polémique avec un ancien général d’extrême droite élu député européen sur la liste de la Ligue contestant encore son « italianité » ne l’a cette fois pas déstabilisée. Elle se dit plus sereine, plus ouverte. Le volley-ball féminin transalpin n’est jamais monté sur un podium olympique. Elle peut l’y hisser. Pour elle et pour l’Italie.

L'Humanité
mardi 30 juillet 2024 124 mots, p. 6

Pascal Canfin tend la main au NFP

Renaissance Une parole rare, en Macronie. Dans le Monde, mardi, l'eurodéputé Pascal Canfin appelle son camp à « créer des ponts, non à ériger des murs » avec le Nouveau Front populaire (NFP). Et ce, sans exclure les insoumis. « Il ne faut pas jeter d'anathème par principe sur des gens qui ont joué le jeu du front républicain », cadre-t-il. L'ancien vert enjoint aussi le NFP à « tendre la main à d'autres groupes politiques pour chercher une majorité » absolue. Quant à un éventuel accord avec LR, l'élu juge le pacte législatif avancé par Laurent Wauquiez trop droitier et prévient qu'un tel accord ne tiendrait que par le « soutien tacite » du RN. Une ligne rouge, selon le député européen. L. R.

Libération
mardi 30 juillet 2024 1154 mots, p. 9

Éditos/

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29 juillet 2024 - Libération (site web)

Jeux olympiques 2024 : la France qu'on aime

Serge July

Éditos/

Un spectacle vu par plus d'un milliard de nos contemporains, qui a enthousiasmé la presse étrangère : «Paris est magique», «Epoustouflant» «Soirée triomphale»… Les Français devant leur poste de télévision étaient 22 millions, deuxième meilleure audience hexagonale selon les nouvelles règles Médiamétrie. C'était la première fois dans l'histoire des JO que la soirée inaugurale avait lieu en dehors d'un stade, au profit de la ville hôte. Une ville historique, traversée par un fleuve, prêtant ses multiples décors dont certains connus du monde entier – Paris, l'une des plus belles villes du monde – pour un spectacle culturel, musical, historique et républicain. On mesure la réussite globale au défi que la pluie battante a imposé au défilé, aux douze tableaux, aux 3 000 artistes et aux 326 000 spectateurs sur les bords de Seine. Le spectacle, les artistes et les spectateurs ont pris le dessus sur la pluie battante, comme si l'embarras était devenu secondaire.

Les inventeurs de cette fête Comment concevoir une fête républicaine, fêter une ville et une époque ? Les concepteurs de ce spectacle ont répondu à ce défi. Thomas Jolly voulait la cérémonie la plus populaire de tous les temps et honorer les valeurs françaises, celles issues de la tradition et celles engendrées par la modernité. Les créateurs du show ont voulu rendre hommage à Paris, ville révolutionnaire d'hier et d'aujourd'hui, montrer la beauté «des idées républicaines d'inclusion, de bienveillance, de générosité, de solidarité», de métissage, de mélange de toutes les musiques, du classique aux groupes de metal, en passant par la chanson populaire. Eh bien figurez-vous qu'aux yeux de certains, ce défilé était un pur scandale ; Philippe de Villiers dans le journal du conservatisme, le Journal du dimanche : «Nous avons acté devant le monde entier le suicide de la France.» Le concepteur du Puy du Fou, qui raconte un faux Moyen Age infantilisé, déclare vengeur : «Tout était laid, tout était woke.» Dans le même journal il était logique de trouver un autre détracteur, pourfendeur de toutes les modernités, prêt à dégainer sa haine à toute occasion : Michel Onfray dénonce «un Disneyland wokiste kitsch». J'ai cherché la traduction de cette phrase mais je ne l'ai pas trouvée.

«Quelle honte pour la culture française» Car l'enjeu idéologique de cette cérémonie était considérable. Une partie de la droite parlementaire, le RN et les zemmouriens sont partis en croisade contre l'ignoble message républicain diffusé par ce spectacle. Quand j'entends le député RN Julien Odoul déclarer «Quelle honte, un saccage pour la culture française», je me dis qu'il y a un mois, c'était moins une qu'il devienne ministre, alors on l'a échappé belle, parce que c'est tellement rétrograde, si volontairement bas de plafond, qu'on respire goulûment. Il est bien sûr dans la ligne de son parti : on se souvient de Marine Le Pen critiquant le choix de faire chanter la Franco-Malienne Aya Nakamura. La dirigeante du RN avait alors accusé Emmanuel Macron d'avoir voulu avec ce choix «humilier le peuple français».

Je ne m'en suis toujours pas remis. Rien que ça. En quoi cette chanteuse humilie-t-elle la culture française ? En étant la chanteuse francophone la plus écoutée dans le monde ? Tout le monde devrait être content que cette ambassadrice existe. Ceux que ça dérange auront du mal, s'ils arrivent un jour au pouvoir, à développer la francophonie. Ils auront du mal à parler à une partie de la jeunesse qui connaît par coeur tous les titres d'Aya Nakamura.

Et moi qui ne suis pas vraiment un fan de notre président, j'ai apprécié qu'il déclare qu'Aya Nakamura et la garde républicaine formaient un duo formidable devant l'Académie française.

Les dirigeants de droite et d'extrême droite ont passé une soirée épouvantable devant leur téléviseur. Voir des mannequins trans leur a donné envie de vomir, autoriser des dragqueens à participer à une reconstitution très lointaine (et même démentie) du dernier repas du Christ – dont j'ai toujours entendu dire qu'il était très accueillant, qu'il venait secourir ceux qui en avaient besoin –, c'était comme si Valérie Boyer, dirigeante LR, avait reçu une météorite sur la tête… Ces condamnations sont toutes effrayantes. Liberté, égalité, fraternité : une devise subversive En 1989, Jean-Paul Goude avait occupé les Champs-Elysées pour le bicentenaire de la Révolution. Je me souviens que les mêmes critiques avaient dénoncé la mise en scène magique de Goude. En 2024, cette traversée de Paris était l'occasion d'un bel hymne à notre République, avec toutes les valeurs de celle-ci. En fait, ce qu'on découvre, c'est qu'avec cette devise «liberté, égalité, fraternité» ces trois mots magiques sont, pour une partie des dirigeants de droite et d'extrême droite, des mots étrangers, qui quelque part leur font honte.

C'est avec des événements de ce type qu'on mesure le danger s'ils arrivent un jour au pouvoir. Le choc culturel serait inévitable et dramatique. Il est terriblement angoissant de constater que nous ne partageons pas ces fondamentaux, «les idées républicaines d'inclusion, de bienveillance, de générosité et de solidarité», comme le dit Thomas Jolly. Bref, ce qu'il y a de mieux. Choc culturel Si on prenait ces dirigeants de droite et d'extrême droite au pied de la lettre et qu'on supprimait tout ce qu'ils ne supportent pas, nos vies ne seraient tout simplement plus les mêmes.

Entre eux et moi, je m'aperçois que le fossé serait immense. Nous n'appartenons pas au même monde, même pas à la même décennie, malgré mon âge. Ils sont tous passés à côté, ils ont peur de tout ce qui est nouveau, se complaisent dans l'odeur désagréable du rance, aspirent à ce que rien ne bouge, que surtout rien ne change. C'est bien simple, tout ce qu'ils refusent m'est sans doute indispensable, ou du moins je trouve indispensable que tous ces artistes et leurs genres existent, avec leurs talents. Ils étaient 3 000 à se produire dans ce spectacle à nulle autre pareille, avec une profusion de créativité et d'inventions techniques ; il y en avait pourtant pour tous les goûts. Les personnes trans à la table du Christ n'ont pas été du goût de tout le monde, mais ouvrez les yeux, ils sont parmi nous. Comme disaient les religieux autrefois, ce sont nos frères. Heureusement les évêques de France, tout en critiquant d'éventuelles caricatures, ont souligné que cette cérémonie avait offert des «merveilleux moments de beauté», qui avaient manifestement échappé à Philippe de Villiers. Ils rejettent tout en bloc, comme la partie la plus rétrograde du XIXe siècle, la bande à Adolphe Thiers par exemple, qui voulait absolument cacher La Liberté guidant le peuple de Delacroix sur la révolution de 1830, de peur que la vision de ce tableau encourage les insurrections. Hélas, Adolphe Thiers, chef des Versaillais et massacreur de la Commune, a encore beaucoup d'héritiers parmi nous.

Parfois on est perdu, on se cherche des repères. Par chance, il y a des événements qui permettent une clarification quasi immédiate. C'était le cas de cette fête républicaine. Merci à ses inventeurs.•

Le Figaro, no. 24861
Le Figaro, lundi 29 juillet 2024 1062 mots, p. 9

Politique

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25 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

François Hollande soigne son retour à l'Assemblée nationale

Lepelletier, Pierre

François Hollande est de retour et, demande-t-il de le croire sur parole, il ne préparerait pas un mauvais tour. Réélu à l'Assemblée douze ans après l'avoir quittée pour l'Élysée, l'ancien président de la République a réussi son pari surprise de relancer sa carrière politique. Début juillet, il a ainsi retrouvé le chemin du Palais Bourbon pour siéger dans un groupe socialiste métamorphosé avec le temps. «Tout a changé, François est là et il ne pleut pas!», ironisait Jérôme Guedj lors de la photo de famille sur le perron le premier jour. «Ça peut arriver!», répondait un François Hollande plein d'autodérision, suscitant les rires. Et la pluie tomba aussitôt. Rebelote vendredi dernier, jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 : « M. Petites Blagues » s'est moqué de « Rain Man ». « Vous vous inquiétez qu'il pleuve ce soir parce que je serai présent à la cérémonie. (...) Je vous le confirme, je serai là... et il pleuvra peut-être » , s'amuse-t-il face caméra, dans une courte vidéo publiée sur ses réseaux sociaux.

En privé, le socialiste ne boude pas son plaisir d'avoir emprunté la même trajectoire que Valéry Giscard d'Estaing avant lui. Redevenu député de Corrèze, il reprend ses marques dans l'Hémicycle de cette Chambre basse où il a tant oeuvré, manoeuvré, combiné, dans l'opposition comme dans la majorité pendant une bonne vingtaine d'années. «Rien n'a changé et, en même temps, tout a changé. J'ai l'impression de revenir douze ans en arrière. Le lieu n'a pas changé, les fauteuils n'ont pas changé, les coutumes n'ont pas changé, certains huissiers étaient déjà là quand j'y étais. Mais tout a changé car les visages ne sont plus les mêmes. Les groupes ne sont plus les mêmes. Il n'y en avait que cinq en 2012, aujourd'hui il y en a onze, dont un groupe RN et un groupe Insoumis qui n'existaient pas», note-t-il auprès du Figaro, comme pour illustrer la fin du bipartisme qu'il a toujours connu en son temps.

Au sein du groupe PS, certains députés reconnaissent hors micro être comme au spectacle face à l'arrivée de cet éléphant dans leurs rangs. «La magie opère. Même les plus hostiles à son quinquennat finissent par le trouver sympathique», raconte l'un d'entre eux. «Il arrive toujours en avance aux réunions de groupe», note un autre élu. «Son objectif actuel est de se faire apprécier par les socialistes», résume, non sans malice, un de ses proches. «Je crois qu'ils sont contents que je sois là. Je veux leur être utile et préparer la suite ensemble», résume François Hollande. À aucun moment, l'intéressé n'a d'ailleurs souhaité interférer dans les négociations du Nouveau Front populaire pour trouver un nom à proposer pour Matignon. Au début de l'été, il avait même volontiers soutenu Olivier Faure pour qu'il s'impose - en vain - comme le porte-drapeau de l'alliance. Ironie de l'histoire : Lucie Castets, la personnalité finalement retenue par la coalition, a claqué la porte du Parti socialiste au cours de son quinquennat, pour protester contre sa politique. Mais même après ce choix, l'ancien président s'est bien gardé de tout commentaire.

«C'est vrai qu'il est très fair-play alors qu'on aurait pu s'attendre à un retour bien plus punchy. Pour l'instant, tout se passe bien», constate la députée socialiste, Dieynaba Diop, proche de la direction, qui sait à quel point l'ancien président a pu se montrer rude envers Olivier Faure par le passé. Mais le premier secrétaire et les siens connaissent trop bien l'animal pour savoir qu'il faut toujours se méfier du François Hollande qui dort. Ou qui fait semblant de. Ils savent qu'en interne, au PS, il est entouré de nombreux élus qui rêvent depuis des années que le chef du parti rende son tablier. «Olivier est très inquiet à chaque fois que François parle», s'en amuse presque un député du groupe.

«Pour l'instant, François attend que ça se décante», explique un de ses proches. «Il a toujours eu envie de revenir. Or, quand on attend son tour, mieux vaut être déjà sur le ring. En tant que président honoraire, il était dans les gradins», rappelle un autre. Parmi les prochains combats annoncés de l'ancien chef de l'État : tout faire pour que le PS redevienne la force centrale à gauche, devant LFI. «Il est animé par une forme de revanche pour faire ressusciter la social-démocratie», explique un député. Pendant la courte campagne des législatives, François Hollande affirmait d'ailleurs que sa candidature permettait de rééquilibrer un NFP trop associé dans l'opinion à Jean-Luc Mélenchon.

À l'Assemblée nationale, il n'affrontera plus son meilleur rival de gauche, mais ses nombreux lieutenants qu'il ne connaît pas encore. «Je n'ai guère d'échanges avec eux pour l'instant. Pour certains, je suis la personne contre laquelle ils se sont mobilisés», rappelle- t-il. «C'est quand même à cause de lui que beaucoup d'Insoumis se sont engagés en politique. Il paraît qu'il est charmant et drôle dans le privé. Dommage qu'il ait fait de la politique et pas du stand-up», tance le député LFI Hadrien Clouet. Le décor est posé. Et François Hollande n'entend pas perdre de temps pour mener la bataille idéologique. «Moi, je ne peux admettre les propos de deux députés LFI sur les athlètes israéliens qui devraient être unanimement condamnés à gauche», indique-t-il encore en référence aux sorties de Thomas Portes et Aymeric Caron, qui s'opposent à la participation de la délégation de l'État hébreu aux Jeux olympiques de Paris 2024.

Désormais, François Hollande segmentera donc sa vie entre ses missions d'ancien président, qu'il continuera d'exercer dans ses locaux de la rue de Rivoli, et son travail parlementaire de l'autre côté de la Seine, dans un fastueux bureau du Palais Bourbon. À l'Assemblée, il siégera au sein de la commission des affaires étrangères. Son nom est un temps revenu pour en prendre la présidence, mais l'accord n'a pas été conclu. «L'idée que la présidence des affaires étrangères pourrait revenir à un ancien président de la République avait couru. Mais la période n'est pas au consensus. Ce n'est pas un sujet», tempère-t-il. Ses collègues veulent bien le croire. Un des députés du groupe a une autre explication. «Quand on a été président de la République, on ne pense qu'à une chose: redevenir président de la République. Le reste... » , glisse-t-on. D'autant que, loin de le décourager, l'échec du précédent Nicolas Sarkozy est plutôt de nature à motiver encore davantage François Hollande. P. L.

La Croix, no. 42982
France, lundi 29 juillet 2024 790 mots, p. 8
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26 juillet 2024 - La Croix (site web)

À l’Assemblée nationale, plus de femmes aux postes clés

Bernard Gorce

Les députées sont désormais majoritaires au sein du nouveau bureau de l’Assemblée et occupent les postes clés.

Si la parité dans l’hémicycle a légèrement reculé, ces nominations marquent une forme de rééquilibrage.

Les intéressées restent toutefois prudentes sur la place des femmes en politique.

Avec tous les rebondissements politiques d’une Assemblée fragmentée, l’évolution est passée au second plan. Et pourtant, jamais les femmes n’avaient conquis autant de postes à responsabilité. À côté de Yaël Braun-Pivet (Ensemble !), parvenue à se maintenir au perchoir, quatre vice-présidentes – Nadège Abomangoli (LFI), Annie Genevard (Droite républicaine), Clémence Guetté (LFI) et Naïma Moutchou (Horizons) – ont été élues, pour deux vice-présidents. À la questure, qui gère les 500 millions d’euros annuels de fonctionnement, se retrouve un trio féminin : Brigitte Klinkert (Ensemble !), Christine Pirès Beaune (PS) et Michèle Tabarot (Droite républicaine). Complété par les douze secrétaires élus (six femmes et six hommes), le bureau de l’Assemblée nationale devient ainsi pour la première fois très majoritairement féminin (quatorze femmes pour huit hommes).

« Globalement, ça avance », témoigne Annie Genevard. « Les femmes comprennent que si elles veulent être respectées, il faut qu’elles s’emparent des postes à responsabilité », témoigne la députée tout en soulignant la part d’engagement que cela suppose. « Ça reste plus difficile pour nous » dit-elle, en saluant « l’opiniâtreté »de Yaël Braun-Pivet qui n’avait pas, en 2022, les faveurs de l’Élysée.

La socialiste Christine Pirès Beaune est, elle, élue depuis 2012 mais il lui a fallu attendre ce quatrième mandat pour accéder à la questure. « Nouvelle députée, je n’aurais pas osé me présenter. Maintenant il y a moins d’autocensure chez mes collègues », observe-t-elle, citant l’exemple de Sophie Pantel (PS) qui fait simultanément son entrée à l’Assemblée et au bureau comme secrétaire.

Le cas de l’Insoumise Nadège Abomangoli est aussi éloquent. La députée de Seine-Saint-Denis est devenue vice-présidente après avoir siégé seulement deux ans dans l’hémicycle. « Du fait de la situation politique, l’élection du bureau a été très médiatisée et très suivie. Je suis surprise de l’écho que cela a eu sur le terrain, du nombre de femmes qui me félicitent »,explique celle qui est la première députée de sa circonscription. Née au Congo, Nadège Abomangoli est également la « première femme noire »à la vice-présidence. « Ça a aussi valeur d’exemple pour un département comme le mien. Ça montre qu’on peut accéder aux plus hautes responsabilités. »

Cette féminisation de la représentation nationale reste toutefois encore partielle et fragile. Au lendemain du second tour, bien des voix ont dénoncé le recul de la parité. De plus, seulement trois femmes sont à la tête des onze groupes politiques : Cyrielle Chatelain (Les Écologistes), Marine Le Pen (RN) et Mathilde Panot (LFI). Idem pour les huit commissions qui ne comptent que deux présidentes : Fatiha Keloua Hachi (PS) à la culture et Sandrine Le Feur (Ensemble !) au développement durable. « Il ne s’agit pas des commissions régaliennes, c’est exactement comme pour les postes ministériels, dénonce la porte-parole d’Osez le féminisme, Aliénor Laurent. Ce déséquilibre reflète la représentation de la place des femmes dans la société. »

La Droite républicaine est le groupe le moins paritaire. Annie Genevard en convient et, sans s’en satisfaire, elle évoque le contexte de précipitation dans lequel il a fallu organiser les candidatures. « Je peux aussi témoigner, pour solliciter beaucoup les femmes, que cela reste plus difficile de les convaincre pour un mandat parlementaire, surtout quand on est loin de Paris », explique la députée du Doubs.

À cet argument, l’Insoumise Clémence Guetté oppose le volontarisme de son parti. « Notre cursus de formation permet à des femmes de se sentir outillées pour prendre la parole en public, se porter candidates à des élections, diriger des groupes d’action,assure la députée du Val-de-Marne. C’est uniquement grâce à une révolution féministe par la base militante que la parité pourra être atteinte dans l’hémicycle, et non pas grâce à quelques postes à l’Assemblée. »

Tout en se montrant très prudentes, les nouvelles membres du bureau espèrent pouvoir influer sur les mœurs de l’Assemblée, qui restent encore « très masculinistes », admet Annie Genevard. « Quand une femme prend la parole dans l’hémicycle, comme par hasard, il y a souvent un brouhaha qui monte »,témoigne Nadège Abomangoli. « Est-ce que cela va permettre de faire avancer les choses ? On va voir, je ne préjuge de rien », envisage très prudemment Christine Pirès Beaune. Toutes reconnaissent en revanche que ces prises de responsabilité sont un atout pour acquérir individuellement une plus forte envergure politique. « Après la parité, c’est la seconde révolution en marche », assure Annie Genevard.

La Croix, no. 42982
Culture, lundi 29 juillet 2024 1009 mots, p. 15,16
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28 juillet 2024 - La Croix (site web)

Polémique autour d’un tableau ressemblant à la Cène

Malo Tresca et Maud Guilbeault

La spectaculaire cérémonie d’ouverture des JO, vendredi 26 juillet, n’a laissé personne indifférent.

Autour d’un de ses tableaux, « Festivité », s’est même cristallisée une vive tension : là où le metteur en scène Thomas Jolly décrit un festin des dieux au sommet de l’Olympe, d’autres ont vu une « parodie de la Cène ».

C’est une création gigantesque et résolument historique qu’a proposée Thomas Jolly en ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, vendredi 26 juillet. « Claque aux obscurantistes », pour la députée écologiste Sandrine Rousseau ; « propagande woke » pour la députée européenne d’extrême droite Marion Maréchal : le spectacle que le metteur en scène a voulu comme celui d’une « humanité partagée » en forme d’ode à la différence fait encore couler quantité d’encre.

Celle de la presse étrangère, notamment, qui l’a qualifié de « brillant et émouvant » (BBC), d’ « uppercut aux déclinistes » (Le Soir), ou de « Spectacle pour l’éternité » (Frankfurter Allgemeine Zeitung). Un tableau en particulier, « Festivité », a suscité la polémique. Dès 21 h 57 vendredi, Marion Maréchal, s’adressant à « tous les chrétiens du monde » qui se seraient « sentis insultés », s’est émue sur X (ex-Twitter) d’une « parodie drag-queen de la Cène ».

Très vite, sur les réseaux sociaux, des internautes s’interrogent : faut-il vraiment voir, derrière ce nouveau tableau figurant la DJ féministe et activiste LGBTQ + Barbara Butch – auréolée d’une sorte de couronne d’étoiles, et attablée au milieu de drag-queens –, une parodie de la Cène, le dernier repas du Christ ? Certains jugent que la référence au célèbre tableau de Léonard de Vinci est indéniable. « Mauvais goût », « christianophobie », « provocation » résonant comme une « humiliation pour l’Église »– voire « faute diplomatique » contre « tous les pays chrétiens » ayant afflué pour participer à la compétition mondiale… La polémique s’embrase.

Devant l’ampleur du tollé, la Conférence des évêques de France (CEF) décide, le lendemain matin, de publier un communiqué pour dénoncer – sans les nommer alors précisément – « des scènes de dérision et de moquerie du christianisme ».Tout en évoquant aussi « de merveilleux moments de beauté, d’allégresse, riches en émotions et universellement salués » lors de la cérémonie d’ouverture, elle assure de sa proximité « ceux qui ont été blessés par l’outrance et la provocation »de certaines séquences. « Nous souhaitons qu’ils comprennent que la fête olympique se déploie très au-delà des partis pris idéologiques de quelques artistes »,écrivent-ils.

Dans la presse, Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque de Digne et délégué de l’Église catholique en France pour les JO de Paris 2024, assure s’être lui-même « senti profondément blessé » (lire ci-contre). Au-delà du giron des tenants d’un christianisme identitaire, le tollé polarise au sein des communautés chrétiennes. D’un côté, des fidèles font valoir le cadre français du « droit au blasphème », et veulent défendre la liberté artistique et le parti pris du metteur en scène Thomas Jolly – à qui certains ont d’ailleurs publiquement demandé « pardon » pour l’intervention des évêques. D’autres, à l’opposé du spectre, réclament des « messes de réparation » pour tourner la page de ce qu’ils jugent être un « affront ».

L’émotion a aussi largement gagné l’étranger, provoquant notamment des réactions indignées aux États-Unis – pays qui accorde une place centrale au cadre de la liberté religieuse. Des évêques locaux très médiatisés, à l’instar de Mgr Robert Barron, évêque de Winona-Rochester, ont ainsi fustigé une parodie ne faisant pas « honneur » à un pays ayant envoyé « tant de missionnaires » dans le monde. Parmi les dernières grandes réactions internationales, le Conseil des Églises du Moyen-Orient a lui aussi émis, samedi 27 juillet, une déclaration déplorant « la moquerie des mystères du christianisme et de ce qui est sacré pour des milliards de personnes » lors de la cérémonie.

Pour Isabelle Saint-Martin, directrice d’études à l’École pratique des hautes études, spécialiste des relations entre le christianisme et les arts visuels à l’époque contemporaine, les vives réactions suscitées par cette séquence à l’étranger s’expliquent. «La Cène de Léonard de Vinci est devenue, en Occident, un archétype de l’histoire de l’art. Elle a été copiée, parodiée, reprise d’innombrables fois dans l’art mais aussi dans la publicité, souligne la chercheuse. Mais son utilisation dans le cadre d’un événement international interroge, parce qu’une partie du public peut ne pas avoir le référentiel nécessaire à resituer cette œuvre dans le très long mouvement dans lequel elle s’inscrit désormais. » Il convient de noter cependant que tout le monde ne voit pas dans ce passage de la cérémonie une réécriture de la Cène. Rapidement, des internautes soulignent sa ressemblance avec le Festin des dieux de Jan Harmensz van Bijlert (1635), représentation des dieux de l’Olympe qui célèbrent autour d’un banquet le mariage de Thétis et Pélée. Devant Apollon, couronné au centre, danse Bacchus-Dionysos.

Interrogé sur BFMTV à ce sujet dimanche matin, Thomas Jolly a lui-même affirmé que la Cène n’était « pas(son) inspiration », soulignant l’arrivée, un peu plus tard, d’un Philippe Katerine justement grimé en Dionysos, « dieu de la fête, du vin, et père de Sequana, déesse reliée au fleuve ». Une prise de position qui semble pourtant prendre le contre-pied de ce que commentait Damien Gabriac, l’un des quatre auteurs du récit de la cérémonie, à l’antenne de France Inter samedi 27 juillet.

La scène n’est pas la seule à avoir fait réagir. Le chant du révolutionnaire Ah ! Ça ira par une Marie-Antoinette décapitée dans l’encadrure d’une fenêtre de la Conciergerie où elle fut emprisonnée, notamment, a choqué certains spectateurs et éditorialistes. Jean-Luc Mélenchon la « critique » sur son blog, estimant que « l’humiliation des condamnés sera toujours de trop ». La tête de file des Insoumis n’a pas aimé davantage la « moquerie sur la Cène chrétienne », sans « entrer dans la critique du blasphème ». Il va sans dire, en tout cas, que la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques 2024 aura marqué les esprits, de ses détracteurs autant que des autres.

Le Figaro, no. 24861
Le Figaro, lundi 29 juillet 2024 960 mots, p. 9

Politique

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27 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

À Lille, les premiers pas timides de Lucie Castets

La candidate de la gauche pour Matignon veut multiplier les déplacements cet été pour tenter de se faire connaître.

Lepelletier, Pierre

C'est le charme des premiers sauts dans le grand bain de la politique. Soucieux de réaliser leur plus beau plongeon, les petits nouveaux sont comme pris d'un vertige et ne savent jamais vraiment comment s'y prendre. Inconnue du grand public il y a encore dix jours, Lucie Castets s'y est à son tour risquée samedi après-midi à Lille. La candidate du Nouveau Front populaire, que la coalition souhaite imposer à Matignon après la victoire de la gauche aux législatives, a réalisé sa toute première déambulation dans le quartier populaire de Wazemmes.

Sur place, elle n'a pas échappé au classique des classiques : le passage au stand dans les bistrots. «Qu'est-ce qu'on vous sert?», lui demande, enjoué, un tenancier. «Un verre d'eau», répond Lucie Castets sous les regards étonnés. «Elle est bonne, elle est fraîche» , commente-t-elle, sous des regards encore plus étonnés. Dans un département comme le Nord, il va sans dire que cela relèverait presque de l'incident diplomatique.

Aux commerçants qu'elle rencontre, la « première-ministrable » du NFP reste sérieuse, presque sur la retenue, sans doute pas aidée non plus par la masse de caméras et de journalistes qui la scrutent. «Quelle est votre principale attente?», demande-t-elle essentiellement aux commerçants. «Il faut que les politiques prennent en compte la réalité du citoyen lambda, sinon on n'y arrivera jamais», réclame l'un d'entre eux. «Nous allons changer de méthode», promet-elle. Comme pour assurer qu'elle finira bien par être nommée à Matignon, malgré le refus pour l'instant tout net d'Emmanuel Macron, qui considère que « personne » n'a gagné les élections, puisqu'il n'y a aucune majorité absolue.

Autour d'elle, Lucie Castets peut compter sur la bonhomie de l'écologiste Marine Tondelier et de l'Insoumis Aurélien Le Coq. Les deux élus du Nord, qui ne sont - et c'est peu de le dire - pourtant pas les meilleurs amis du monde, sont à l'oeuvre pour donner un coup de punch au déplacement. « On attend qu'Emmanuel Macron la nomme, donc en attendant on va faire des trucs sympas», annonce la secrétaire nationale des Verts, élue d'opposition à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) fief de Marine Le Pen. «Macron est un forcené enfermé dans son château. Il n'est pas question de faire une « trêve »!», abonde le député mélenchoniste de la circonscription, alors que le chef de l'État a donné rendez-vous après les Jeux olympiques pour clarifier la situation politique.

Dans la rue, certains passants interpellent la « candidate » à Matignon en lui donnant déjà du «Madame, la première ministre». Quelques-uns demandent des selfies. D'autres s'essaient à des chants un peu plus inattendus reprenant l'air de La Reine des neiges : «Libérés, délivrés, on soutient Lucie Casteeeets.»Soudain, une voix vient du ciel. «Bravo, on compte sur vous! Vous devez être nommée à Matignon!», lance depuis sa fenêtre Monique, septuagénaire, propriétaire du bar Le Cheval Blanc, situé juste en dessous. Preuve que le travail pour acquérir de la notoriété commence à faire son chemin ?

Attendue sur une petite place par plusieurs centaines de militants, la haute fonctionnaire de 37 ans prend le micro pour la première fois. «Il est indispensable qu'on poursuive notre mobilisation collective, qu'on ne baisse pas les bras. Qu'on continue à se battre pour que notre programme soit porté au pouvoir et qu'il puisse changer la vie des Français. Je compte sur vous, et vous pouvez compter sur moi», leur a-t-elle promis.

Dans la petite foule, des drapeaux Insoumis, communistes, écologistes... mais pas du PS, où elle a pourtant été encartée il y a une dizaine d'années. Peu de représentants socialistes étaient d'ailleurs présents samedi après-midi. La maire, Martine Aubry, aurait été retenue par le début des Jeux olympiques à Lille. L'emblématique sénateur lillois, Patrick Kanner, était lui à Paris pour les mêmes raisons, en sa qualité d'ancien ministre des Sports. Quant au reste des figures socialistes locales, c'est l'excuse des «vacances» qui a été dégainée. «Difficile de mobiliser un 27juillet...», justifie un cadre. Une des secrétaires nationales, Samira Laal, était malgré tout présente pour le parti de la rose.

Pas de quoi faire taire, donc, le début de fronde interne au PS. Lors d'un conseil national extraordinaire jeudi soir, les opposants d'Olivier Faure ont épinglé Lucie Castets, dont ils n'ont pas apprécié une récente interview sur BFMTV. Interrogée sur les propos de certains députés LFI, qui considèrent que les athlètes israéliens «ne sont pas les bienvenus» ou qui auraient aimé voir la délégation de l'État hébreu participer «sous bannière neutre», elle avait simplement répliqué : «La priorité, c'est que les massacres en cours à Gaza cessent», ajoutant que «toute l'énergie de la diplomatie française doit être mise sur cette priorité».

Autre sujet de tension : le nucléaire. Elle avait indiqué ne pas avoir de «convictions toutes faites», précisant que la coalition devait «travailler et produire des propositions très précises» sur ce dossier. Une démonstration, selon les opposants d'Olivier Faure, que la « première-ministrable » ne parvient pas à se démarquer de l'influence mélenchoniste.

Des reproches qui font soupirer la direction du PS. «C'est nous qui avons proposé le nom de Lucie Castets lors des négociations», rappelle un de ses membres. «J'ai l'entier soutien du Parti socialiste» , a assuré Lucie Castets devant la presse samedi. La haute fonctionnaire a déjà prévu de nouveaux déplacements lors de ces deux prochaines semaines. Objectif : profiter de la torpeur estivale pour tenter de se faire un nom. Tout en maintenant la pression sur Emmanuel Macron. P.L.

Le Monde
Economie & Entreprise, lundi 29 juillet 2024 716 mots, p. 15
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26 juillet 2024 - Le Monde (site web)
27 juillet 2024 - La Matinale du Monde

La verrerie Duralex reprise par les salariés

Le tribunal d’Orléans valide le projet de SCOP pour l’entreprise, qui risquait la liquidation

Jordan Pouille

Blois - correspondant régional - Le soulagement est de taille pour les 228 salariés de la verrerie Duralex de La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret). Et peut-être aussi pour les enfants français qui continueront de deviner leur âge au fond du verre iconique, à la cantine. Vendredi 26 juillet, le tribunal de commerce d’Orléans a choisi un repreneur parmi les trois candidats, empêchant, de fait, la liquidation de l’entreprise. C’est l’épilogue d’une dernière crise chez Duralex, depuis son placement en redressement judiciaire, fin avril, et après qu’un délai supplémentaire a été accordé aux repreneurs potentiels.

C’est le projet de société coopérative et participative (SCOP) qui a retenu les faveurs du juré. Celui-ci, porté par le directeur de l’usine, François Marciano, a été soutenu par 60 % des salariés. Le projet promet un maintien de la totalité des effectifs, mais aussi « une diversification de l’offre de produits, une extension des marchés, un développement des partenariats ».

Orléans Métropole s’est proposé d’acquérir le foncier, pour une somme évaluée entre 5 et 8 millions d’euros, et la région Centre-Val de Loire de se porter garante financièrement, en plus d’une avance remboursable de 1 million d’euros. Une manière de rassurer les banques appelées également à financer cette reprise. Les salariés ont déjà été sollicités pour une première participation, laquelle servira à financer un peu du rachat des deux lignes de production.

« Une nouvelle économie »

M. Marciano se dit « soulagé pour l’ensemble des salariés qui se sont battus comme des lions depuis deux mois. Maintenant, ils sont plus que motivés. On invite tous les Français à acheter du Duralex ! »D’après la députée européenne écologiste Majdouline Sbai, qui a soutenu le projet de SCOP, « c’est le début d’une aventure géniale qui commence, le chemin d’une nouvelle économie ».Comme pour les ouvriers de l’horlogerie Lip, à Besançon, en 1973, « ici on fabrique, on vend, on se paie ! ».

Le président socialiste de la région, François Bonneau, se dit lui aussi « très soulagé ». « Cela va être une SCOP à part entière, de taille remarquable pour un marché largement international. Il n’était pas envisageable que des produits indispensables comme des verres de table soient fabriqués hors d’Europe. » Et de saluer « le comportement exemplaire malgré les épreuves » des 228 salariés jusqu’à l’issue d’aujourd’hui.

En novembre 2022, les fours avaient été mis en veille pour cinq mois et les employés, placés au chômage partiel, sur décision de la direction, en raison de la hausse du prix de l’énergie. Une aide de 15 millions euros de l’Etat n’a pas empêché, ensuite, le placement en redressement judiciaire.

L’autre projet jugé solide et soumis au tribunal du commerce émanait d’un industriel du verre, déjà propriétaire de deux verreries en France, dont l’une est spécialisée dans les flacons de parfum et emploie 40 salariés à La Rochère (Haute-Saône). Dans un contexte général de crise du secteur des arts de la table illustré par un repli des ventes françaises de 19 % en 2023, ce candidat promettait le développement d’une gamme de produits novateurs, mais laissait entendre qu’au moins 40 emplois seraient supprimés. Ce projet avait les faveurs de la CGT.

Le troisième et dernier projet était défendu par un industriel de la fonderie, spécialisé dans les quilles en plomb pour les bateaux. Sa présentation expéditive, d’une quinzaine de minutes à peine, lors d’une précédente audience, et qui envisageait d’importantes suppressions d’emplois (120), a laissé l’auditoire circonspect.

Cette reprise en coopérative va être suivie de près par les 109 salariés de la chocolaterie Poulain de Villebarou (Loir-et-Cher), près de Blois. Son propriétaire, le groupe financier Eurazeo, a annoncé une fermeture du site à la fin de l’année si aucun repreneur n’est trouvé. Les salariés ont obtenu que le potentiel acheteur de l’usine puisse aussi acquérir la marque Poulain, chère aux Français.

François Bonneau est confiant : « Avec le maire [PS] de Blois, Marc Gricourt, le président de la communauté d’agglomération[PS] Christophe Degruelle, on se bat tout pareil. Cet ADN industriel de notre région, on veut absolument le préserver. »

Le Monde
International, lundi 29 juillet 2024 925 mots, p. 11
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27 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Inde : le retour en force de l’opposition au Parlement sous la houlette de Rahul Gandhi

Ragaillardie par son score aux législatives de juin, l’alliance d’opposition ferraille sur le budget

Carole Dieterich

New Delhi - correspondance - Les critiques fusent de toutes parts dans les rangs de l’opposition indienne. La session parlementaire consacrée au vote du budget, qui s’est ouverte lundi 22 juillet et se déroulera jusqu’au 12 août, se veut d’ordinaire fastidieuse. Mais cette année, la ministre des finances de Narendra Modi, Nirmala Sitharaman, doit faire face, comme jamais auparavant, aux salves envoyées par les responsables du Parti du Congrès et ses alliés. Ces derniers sont visiblement ragaillardis par leur remontée électorale, lors des législatives du printemps.

L’alliance de l’opposition, baptisée India (Indian National Developmental Inclusive Alliance), emmenée par le Parti du Congrès, avait créé la surprise en remportant plus de 230 sièges sur les 543 que compte la Lok Sabha, la Chambre basse du Parlement. Privé de majorité absolue, le Bharatiya Janata Party (BJP) du premier ministre Narendra Modi doit désormais compter sur le soutien indispensable de deux alliés régionaux, le parti de Nitish Kumar qui dirige l’Etat du Bihar, et celui de Chandrababu Naidu à la tête de l’Andhra Pradesh.

Les forces en présence changent la donne. Pendant dix ans, le BJP a dominé le Parlement et la plupart des lois ont été votées en l’absence de débat. « Depuis les élections, et plus particulièrement lors de cette session parlementaire consacrée au budget, l’opposition se montre très combative », estime Neerja Chowdhury, une journaliste spécialiste de la politique indienne. « Elle ne laisse plus rien passer », estime-t-elle. Ainsi, ses membres n’ont pas manqué de dénoncer la préférence accordée dans la préparation du budget aux Etats piliers de la coalition du BJP, l’Andhra Pradesh et le Bihar.

« Ce budget décevant est une occasion terriblement manquée », a regretté Shashi Tharoor, député du Parti du Congrès, le 24 juillet. « Le gouvernement n’élabore pas ses politiques en tenant compte des Indiens qui doivent vivre avec moins de 200 roupies par jour[2,20 euros] ; au lieu de cela, il offre des réductions d’impôts à ses capitalistes et à ses entreprises préférés sous prétexte de vouloir dynamiser l’investissement privé. » Cet ancien diplomate, vétéran de la politique, avait déclaré début juillet que le BJP devait s’habituer à une opposition plus féroce. Il avait prévenu que l’opposition se servirait de sa force retrouvée pour pousser à des débats plus approfondis sur le chômage ou l’inflation.

Rahul Gandhi, figure majeure du Parti du Congrès, occupe d’ailleurs la fonction officielle de « leader de l’opposition » au Parlement. A ce titre, il siégera, aux côtés de Narendra Modi, au sein des comités-clés, chargés notamment de nommer les commissaires électoraux, le directeur du Bureau central des investigations, le « FBI indien », ou encore le président de la commission nationale des droits de l’homme.

« Alliance pragmatique »

Ce poste était resté vacant pendant dix ans (aucun parti d’opposition n’était jusque-là parvenu à remporter suffisamment de sièges pour y prétendre) et avait laissé la voie libre au BJP. « L’idée selon laquelle on peut diriger la [Lok Sabha] efficacement en faisant taire la voix de l’opposition est une idée non démocratique », avait déclaré M. Gandhi après sa nomination, le 25 juin, en tant que chef de l’opposition.

Il avait donné le ton lors de son premier discours en sa qualité de leader de l’opposition, le 1er juillet. Durant plus d’une heure, l’héritier de la dynastie des Nehru-Gandhi avait vivement critiqué l’attitude du gouvernement à l’égard des minorités religieuses. « Ils se disent hindous, mais, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ils répandent la violence et la haine », avait-il lancé dans l’Hémicycle sous les protestations des dirigeants du BJP. Il avait multiplié les références aux magnats Gautam Adani et Mukesh Ambani, tous deux proches de Narendra Modi et dont les conglomérats ont largement prospéré depuis l’arrivée au pouvoir des nationalistes hindous.

Autrefois décrit comme un homme politique sans grande envergure et moqué pour ses gaffes légendaires, ce fils, petit-fils et arrière-petit-fils de premiers ministres a entamé sa mue. Rahul Gandhi occupe le terrain. Il s’est notamment rendu à Manipur, Etat du nord-est de l’Inde en proie à un conflit interethnique depuis plus d’un an. Il est également allé dans l’Etat d’Assam auprès des victimes d’inondations, ou encore à la rencontre de conducteurs de train et d’ouvriers du bâtiment. « Il est parvenu à émerger comme le symbole de ceux qui s’opposent à Narendra Modi, estime Neerja Chowdhury. Il ne mâche pas ses mots et cela attire tous ceux qui rêvent de changement, notamment les jeunes, qui sont désenchantés. »

Le véritable test pour l’opposition, qui s’est souvent déchirée par le passé, est à venir. Dès cette année, les Etats du Maharashtra et de l’Haryana se rendront aux urnes. « L’opposition a l’air solide, mais ce sont les performances électorales qui dictent le pouvoir politique de chacun, et l’équilibre des forces au sein de cette alliance pourrait évoluer », indique Rasheed Kidwai, analyste politique. « L’alliance des autres formations d’opposition avec le Parti du Congrès est pragmatique, personne n’est tellement enthousiaste à l’idée de couronner Rahul Gandhi de la sorte», poursuit-il. D’autant que le BJP « va tout faire pour diviser l’opposition et pour remporter ces élections afin de montrer qu’il n’a rien perdu de sa popularité » , prévient pour sa part Mme Chowdhury.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, dimanche 28 juillet 2024 821 mots, p. AUJM38
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27 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
28 juillet 2024 - Le Parisien

« À la campagne, c'est le silence autour de l'homoparentalité »

Mathieu Ceschin, ancien candidat de « L'amour est dans le pré », a participé avec son fils de 2 mois à la Marche des fiertés rurales, qui se tenait pour la troisième année dans la Vienne.

Bérangère Lepetit Envoyée Spécialeà Chenevelles (vienne)

Une poussette beige se faufile entre les manifestants. Soudain, l'homme qui la pousse soulève le lange rose. Tee-shirt coloré et tatouages, il saisit doucement le nouveau-né, le cajole. « Ce bébé, il est très calme, c'est un amour. Je m'en occupe à fond la caisse », sourit Mathieu Ceschin, ancien candidat de téléréalité (la saison 15 de « L'amour est dans le pré ») venu avec son fils de 2 mois défiler pour la troisième année consécutive à l'occasion de cette Marche des fiertés rurales, à Chenevelles.

François Hollande en visite

Jamais le bourg de 600 âmes, situé non loin de Châtellerault (Vienne), qui célèbre chaque année la cause des LGBTQIA + vivant en milieu rural, n'aurait cru accueillir autant de monde durant le week-end, entre 4 000 et 5 000 personnes. Jamais si jeune manifestant n'avait défilé parmi les chars-tracteurs décorés de ballons. Cette année, l'événement a reçu la visite de l'ancien président et député (NFP) François Hollande et mettait à l'honneur « les familles LGBTQIA+ en zone rurale ». Parrain de la Pride rurale depuis ses débuts, Mathieu qui pouponne depuis deux mois son fils « H 24 », lâche-t-il, a tenu à faire le déplacement de son village situé non loin de Beaucaire (Gard). « Là-bas, c'est dur de s'intégrer mais une fois qu'on y est, on est soutenus », glisse le papa solo, parti faire une GPA en Colombie. Il assure encore recevoir « des menaces de mort » sur les réseaux sociaux. « La même question revient : Mais elle est où, la maman ? »

L'ancien éleveur de taureaux - qui compte bientôt reprendre une activité agricole - milite pour l'homoparentalité, accompagnant de nombreux couples d'hommes et de femmes. Il aime sa vie à la campagne. « C'est très paradoxal. J'y ai finalement trouvé plus d'amour et de soutien qu'en ville. Je m'y sens aussi plus en sécurité, je ne m'y ferai pas agresser. » Aucun angélisme n'affleure pourtant dans son discours. « C'est un lieu où on ne parle pas de l'homosexualité. Il y a un silence culturel autour de ce sujet, comme du fait de pouvoir être parent quand on est homosexuel. Les gens se taisent. Faire son coming out, ce n'est pas évident. »

Le maire de Chenevelles, Cyril Cibert (PRG), qui a créé la Fierté rurale, première Gay Pride des campagnes françaises en 2022, veut croire « que les mentalités évoluent bien ». « Le mariage pour tous (la loi a été votée en 2013) a été un combat dur, violent, mais aujourd'hui, nous sommes de plus en plus visibles. Beaucoup de gays préfèrent quitter la ville pour s'installer à la campagne, les choses s'inversent. » Marié depuis huit ans avec son amoureux, Nicolas, l'homme de 52 ans a fait son coming out tardivement, à l'aube de la trentaine. Il a une fille biologique de 27 ans, que son mari a adoptée. « À Chenevelles, où nous vivons depuis cinq ans, nous n'avons jamais eu de soucis. Cinq couples LGBTQIA + s'y sont installés récemment et ça se passe bien pour eux. La jeune génération est plus tolérante. À l'école, ils sont très contents de voir arriver de nouvelles familles car ils savent que plus il y aura d'enfants, plus nous aurons de chance de maintenir l'école », assure l'élu. À Chenevelles, 51 % de la population a voté pour l'extrême droite au second tour des législatives. « L'homophobie peut être présente mais plutôt moins qu'ailleurs, soutient Cyril Cibert. Ici, on est loin de tout. Les gens manifestent leur mécontentement. »

« Tu sens les regards dans ton dos »

Dans le cortège qui s'élance au milieu des champs, on aperçoit des jeunes des environs, des Chenevellois de tous âges, dont de nombreuses familles, et des hétérosexuels venus en soutien. Axel*, 28 ans, est venu seul depuis Poitiers. « À la campagne, tout dépend aussi de ton milieu, ta famille. Le problème, c'est la peur de l'inconnu, la méconnaissance du sujet. Chacun est dans son coin. On ne t'embête pas mais tu sens les regards dans ton dos. En famille, chez eux, ils vont parler du gay du quartier. Sur les familles, ils vont dire : Ah, le pauvre petit, celui qui a deux papas. »

Axel est né dans une petite ville du nord du département, À presque 30 ans, il n'a jamais osé faire son coming out dans sa famille. « Officiellement, je vis avec un coloc, pas un copain », sourit-il tristement. N'empêche, la seule fois qu'il a été victime d'une agression homophobe, c'était au McDo de Poitiers. « À la campagne, il y a aussi beaucoup d'anciens, des gens avec davantage de valeurs qu'en ville, poursuit-il. Ils peuvent être homophobes mais en étant respectueux, sans violence ni insultes. »

Le Monde
France, samedi 27 juillet 2024 1475 mots, p. 6,7
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26 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Finances publiques

Pour le futur gouvernement, le « mur » politique du budget 2025

Faute de majorité à l’Assemblée nationale, l’hypothèse d’un blocage institutionnel autour du projet de loi de finances qui doit être discuté à l’automne prend de l’épaisseur

Mariama Darame

A Bercy comme au Parlement, le budget 2025 est déjà dans tous les esprits. Après deux années consécutives où les projets de lois de finances (PLF) et de financement de la Sécurité sociale (2023 et 2024) ont été adoptés sans vote grâce au recours à l’article 49.3 de la Constitution – soit une vingtaine au compteur pour la première ministre de l’époque, Elisabeth Borne –, l’exercice budgétaire qui s’engage dès cet automne est sans doute l’épreuve politique et institutionnelle la plus périlleuse pour le futur gouvernement.

« Le vote du budget va être extrêmement difficile sans majorité à l’Assemblée nationale. Il faut envisager sérieusement l’hypothèse qu’il n’y ait pas de loi de finances au 31 décembre », avance Jean-Pierre Camby, professeur associé de droit constitutionnel à l’université Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines (Paris-Saclay).

Le spectre d’une paralysie de l’Etat, faute de crédits budgétaires votés à temps, se pose désormais. L’absence de majorité à l’Assemblée nationale met en lumière la nécessité d’un aval du Parlement sur le budget, puisque les députés pourraient rejeter le budget, adopter une motion de censure en réponse à un 49.3 ou refuser au gouvernement de légiférer par ordonnances.

Les négociations budgétaires, qui s’étaient transformées, sous la précédente législature, en un chemin de croix pour Elisabeth Borne, s’apparentent désormais à « la quadrature du cercle », craint, en privé, le ministre démissionnaire délégué au budget, Thomas Cazenave. En position de force, les oppositions, qui, par tradition, ne votent pas le budget, entendent tirer profit de la période, alors qu’Emmanuel Macron avait justifié en partie la dissolution de l’Assemblée face au risque d’une motion de censure à l’automne.

Mardi, le député Rassemblement national de la Somme Jean-Philippe Tanguy évoquait, lui, « le tsunami budgétaire, la purge sociale qui arrivera malheureusement cet automne ». « La situation budgétaire de notre pays est catastrophique », soutient la députée Les Républicains (LR) de l’Orne Véronique Louwagie, membre du groupe de la Droite républicaine.

Depuis le début de l’année, la dégradation des finances publiques pèse lourdement sur l’action de l’exécutif. L’Etat est à la recherche de 25 milliards d’euros d’économies pour 2025 afin de respecter sa promesse de revenir sous les 3 % de déficit en 2027, alors que celui-ci a dérapé à 5,5 % en 2023. Entre-temps, la Commission européenne a épinglé en juin la France sur son niveau abyssal d’endettement (3 160 milliards d’euros) et a ouvert une procédure pour déficit excessif, comme pour six autres pays de l’Union européenne.

A la dégradation des comptes publics s’ajoute une configuration politique bien plus corsée pour l’exécutif depuis la dissolution. L’Assemblée sans majorité dessine des alliances encore plus disparates et donc peu propices à la cohérence et à la stabilité législative recherchées par les acteurs économiques.

Le temps presse

Le gouvernement, qui a démissionné le 16 juillet, à la suite des législatives anticipées, est, lui, chargé des affaires courantes et ne peut procéder à aucun arbitrage politique. « Le pays a besoin d’un gouvernement pour prendre les décisions, préparer un budget », a énoncé, mardi 23 juillet, le chef de l’Etat, lors d’un entretien sur France 2, renvoyant à la mi-août la constitution d’un nouveau gouvernement.

Equation budgétaire difficile, majorité introuvable, gouvernement fantoche… « On est sur une ligne de crête qui n’est pas facile à tenir », s’inquiète le rapporteur général du budget au Sénat, Jean-François Husson (LR), élu en Meurthe-et-Moselle. « On sent un certain flottement. A ce jour, je n’ai aucune information de personne », abonde son homologue à l’Assemblée, le député centriste de la Marne Charles de Courson, membre du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires. Le « tiré à part », ce document transmis au Parlement qui fixe le plafond d’évolution des crédits pour chaque mission de l’Etat, qui devait être envoyé avant le 15 juillet, est renvoyé aux calendes grecques. Tout comme les lettres de cadrage budgétaire transmises par Matignon à chaque ministère.

Or, le temps presse. La discussion du PLF est soumise à des délais constitutionnels précis. Le PLF doit être déposé sur le bureau du Parlement au plus tard le premier mardi d’octobre. Avant cela, il doit être soumis au Haut Conseil des finances publiques autour du 13 septembre. Le Parlement a ensuite jusqu’au 31 décembre, pour le voter. Avant cela, le gouvernement devra soumettre au débat parlementaire un projet de loi de règlement qui solde l’année budgétaire écoulée,préalable obligatoire pour l’examen du budget. Pour cela, une session extraordinaire devrait être convoquée par le président de la République fin septembre. Comme en 2022 et en 2023, le projet de loi de règlement, qui n’a pas valeur contraignante, devrait être rejeté par les oppositions coalisées, qui contestent le bilan économique d’Emmanuel Macron.

« S’il y a bien un texte politique, c’est le budget. Il ne s’agit certainement pas d’un exercice de comptabilité », avance le président de la commission des finances de l’Assemblée, Eric Coquerel. Réélu, samedi 20 juillet, à la tête de l’une des commissions les plus prestigieuses du Palais-Bourbon, le député « insoumis » de la Seine-Saint-Denis est à la manœuvre sur le budget avec un autre élu de l’opposition. Charles de Courson a été élu rapporteur général du budget, suscitant l’ire du camp présidentiel, qui n’en revient pas qu’un élu hostile à l’exécutif puisse occuper un poste traditionnellement dévolu à la majorité.

« Avec Coquerel et Courson qui sont tous les deux contre le gouvernement, ça va être un monologue de l’opposition », s’étrangle l’ex-rapporteur général du budget, le député Renaissance du Gers, Jean-René Cazeneuve. Aussi bien au Sénat qu’à l’Assemblée, le camp présidentiel ne dispose plus d’aucun poste stratégique sur le budget et se retrouve ainsi privé d’une courroie de transmission dans l’Hémicycle.

La dissolution a bouleversé les plans de Bercy. Le ministre délégué au budget était lancé dans le cycle de négociations habituelles entre ses services, les différents cabinets ministériels, Matignon et les groupes parlementaires pour tenter de faire atterrir une copie placée sous la contrainte budgétaire, ou du moins négocier des abstentions. Les ministres Stanislas Guerini (fonction publique) et Amélie Oudéa-Castéra (sports) avaient déjà pris part aux conférences budgétaires ; Christophe Béchu (transition écologique) était le prochain sur la liste.

Plusieurs scénarios

Certains arbitrages pour les recettes du budget 2025 avaient déjà été validés par Emmanuel Macron, comme les rachats d’actions et la réévaluation de la contribution sur les rentes inframarginales (la taxe sur les superprofits des énergéticiens). Après la dissolution, cette version du PLF, incluant la vingtaine de milliards d’économies, a fini dans la corbeille.

Au ministère de l’économie et des finances, on s’est depuis lancé dans l’élaboration de plusieurs scénarios pour parer à l’éventualité d’une absence de majorité à l’Assemblée, qui aboutirait au rejet des textes financiers ou à l’impossibilité de les faire adopter dans le temps imparti. Thomas Cazenave a d’ailleurs transmis une note au premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, et à Emmanuel Macron.

La direction du budget planche depuis plusieurs semaines sur un PLF dit « de continuité ». Si le gouvernement démissionnaire était amené à prolonger son bail à la rentrée, ce PLF « clés en main » reconduirait les grands équilibres du budget 2024, « sans inflexion politique, sans nouvelles initiatives », pour préserver la continuité de l’Etat et des services publics.

Mais, en cas de blocage politique insurmontable, Bercy entrevoit un autre scénario d’urgence, avec le vote d’une loi spéciale par le Parlement autorisant le gouvernement à lever l’impôt et à ouvrir certains crédits budgétaires.

Face à l’impasse, la perspective d’accords sur certains amendements, notamment sur la fiscalité, pourrait susciter l’abstention de certains élus. « Il faut ouvrir le dialogue, recenser les lignes rouges des uns et des autres… Il faut des accords de non-censure. Personne n’a intérêt à ce que le budget ne soit pas adopté », plaide le député socialiste de l’Eure, Philippe Brun.

Comme d’autres à gauche, le vice-président de la commission des finances estime qu’une majorité de députés pourrait voter le rétablissement de l’impôt sur la fortune ou l’augmentation du smic. Mais le groupe de la Droite républicaine reste rétif à toute augmentation d’impôts, prônant une baisse drastique de la dépense publique. Entre ces deux visions économiques que tout oppose, le camp présidentiel est mis au défi du compromis sur sa politique de l’offre menée depuis sept ans.

Le Figaro, no. 24860
Le Figaro, samedi 27 juillet 2024 618 mots, p. 9

Politique

Loin de Paris, les impossibles vacances des députés

Cimbidhi, Eloïse

L'effervescence a cédé sa place à la fatigue. Cloîtré dans son bureau, en ce mercredi ensoleillé de juillet, un député émerge du sommeil. «Je fais beaucoup de microsiestes en ce moment. Je suis claqué», confie l'élu, à l'issue d'une réunion de la commission des affaires sociales. Ballottés de campagne en campagne, surchauffés par une interminable séquence électorale, ses collègues et lui abordent l'été essorés. Tous ont certes pu regagner rapidement leurs circonscriptions - la première session de la 17e législature n'a duré que deux jours et deux nuits, du 18 au 20 juillet dernier - mais ils peinent malgré tout à s'extraire de la spirale politique. Tiraillés entre le besoin de repos et la nécessité de poursuivre le combat pour « l'après ». «Sur le papier, on rentre dans une période de coupure nécessaire et attendue. Mais parallèlement, le temps politique est suspendu. Tout n'est pas réglé, loin de là», relate Maud Bregeon, députée du groupe Ensemble pour la République (ex-Renaissance). Comme l'ensemble de la représentation nationale, l'élue des Hauts-de-Seine ignore tout du prochain premier ministre que nommera Emmanuel Macron. Décision qui attendra de toute façon la « mi-août » , au nom de la «trêve olympique et politique» décrétée par le chef de l'État.

Reste que les députés peinent manifestement à savourer la quiétude estivale. «Rien qu'aujourd'hui, j'ai eu vingt-deux rendez-vous. Et cette année, je tiens une permanence mobile tout l'été», indique Antoine Vermorel-Marques, député de la Droite républicaine (ex-Les Républicains). Un été au pas de course pour «rattraper le retard» provoqué par la dissolution, explique-t-il. Sur un autre son de cloche, son collègue des Alpes-Maritimes, Éric Pauget, avoue son «besoin de couper avec la politique». À la fois député et patron d'un camping dans la commune de Biot, l'élu sera, comme tous les étés, affairé à son complexe de vacances. «Paradoxalement, alors que je bosse, cela me permet de zapper» ,confesse celui qui commence tout juste à « refaire du terrain». Un retour timide en politique en attendant une rentrée parlementaire qui s'annonce explosive.

Car la gauche, de son côté, entend fourbir ses armes. «Je refuse de céder au récit du président de la République, qui nous demande de circuler jusqu'à la fin des JO» ,proteste le socialiste Arthur Delaporte. Alors que le Nouveau Front populaire, arrivé en tête du second tour des législatives, tente d'imposer sa candidate Lucie Castets à Matignon, l'élu du Calvados affirme que son camp et lui se tiennent «prêts à répondre à un appel du chef de l'État pour former un gouvernement».Dans ce contexte, «j'enchaîne les réunions publiques, les échanges avec les partenaires et les interventions sur les plateaux télévisés», égraine-t-il, admettant qu'il prendra au passage «quelques jours de pause en circonscription et peut-être ailleurs en France». «On ne choisit pas la politique si on veut du repos», résume son camarade du PS, Philippe Brun (Eure), qui s'affaire déjà «à préparer le prochain budget».

Un « été au combat »

Même «été au combat» pour l'Insoumis Hadrien Clouet, qui entend «faire céder Emmanuel Macron». «Dès lundi, je ferai un tour dans les quartiers populaires pour rappeler les droits des salariés en cas de canicule», explique cet adepte du porte-à-porte, qui fustige «l'absence d'interlocuteurs ministériels», faute de gouvernement de plein exercice. Tout pugnace qu'il soit, Hadrien Clouet (Haute-Garonne) s'autorisera tout de même «quelques jours de repos dans le coin». «Histoire de rattraper les films que j'ai ratés au cinéma» ,sourit-il. Une pause bienvenue dans la maison mélenchoniste, dont plusieurs figures se sont illustrées par des propos polémiques ces derniers jours : Thomas Portes, qui a cru bon d'affirmer que les athlètes israéliens n'étaient « pas les bienvenus » à Paris pour les JO ; et Rima Hassan, poursuivie par François-Xavier Bellamy pour « menaces de mort ».

Le Monde
France, samedi 27 juillet 2024 1004 mots, p. 9
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25 juillet 2024 - Le Monde (site web)
26 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Macron tente de renouer le fil avec ses députés

Isolé dans son camp après la dissolution, le chef de l’Etat convie des élus pour tenter de raviver la flamme

Claire Gatinois

Les deux hommes se voient. Tout de même. Ce jeudi 25 juillet, il est 11 heures quand Gabriel Attal franchit le perron de l’Elysée pour l’un de ses derniers tête-à-tête hebdomadaires avec Emmanuel Macron. Les relations entre le premier ministre démissionnaire et le chef de l’Etat sont polaires depuis la dissolution du 9 juin, que le locataire de Matignon n’a jamais digérée. Mais « il faut faire fonctionner l’Etat », soupire-t-on Rue de Varenne. Et préparer l’après.

Au premier étage de l’Elysée, le couple exécutif discute du « pacte d’actions » que prépare le chef du gouvernement en coulisse pour tenter de rallier auprès du camp présidentiel des députés de partis adverses (de droite, dans un premier temps) afin de former une nouvelle majorité. Emmanuel Macron imagine nommer un nouveau premier ministre, reflétant un accord politique dès la mi-août. Une chimère ?

A droite, le député Les Républicains de Haute-Loire Laurent Wauquiez, président du groupe de la Droite républicaine, soumet ses idées et souligne ses lignes rouges (refusant notamment toute hausse d’impôts), mais précise qu’il est hors de question de participer à un éventuel gouvernement de coalition. A gauche, le Nouveau Front populaire clame victoire après les élections législatives des 30 juin et 7 juillet et veut imposer son programme (incluant le rétablissement de l’impôt sur la fortune) comme sa première ministre, l’énarque Lucie Castets.

Un « chemin » est possible

Peu importent ces incompatibilités. Un « chemin » est possible, martèle Emmanuel Macron à ceux qui l’entourent. Personne n’ose contredire le volontarisme du président de la République. Mais « je ne vois pas comment tout ça peut atterrir dans quinze jours », souffle un proche de Gabriel Attal.

A l’heure où la France « accueille le monde »pour les Jeux olympiques de Paris, le chef de l’Etat apparaît isolé, empêtré dans une crise qu’il a lui-même créée. Quelques heures avant la cérémonie d’ouverture, l’Elysée ignorait encore si le locataire de Matignon serait assis sur les bords de Seine à la tribune présidentielle, aux côtés d’Emmanuel Macron, ou un peu plus loin, avec les membres du gouvernement démissionnaire. « En tout cas, le premier ministre est invité », assure un conseiller élyséen, pour dissiper d’éventuels doutes.

La dissolution a coûté une centaine de sièges à la majorité sortante. Conscient d’avoir froissé une partie des siens et perdu de son aura, le chef de l’Etat convie, depuis la mi-juillet, les députés à déjeuner par groupe de quinze au palais présidentiel. Entre deux obligations protocolaires olympiques, Emmanuel Macron a encore réuni, mercredi 24 juillet, une petite troupe d’élus autour d’un plat de poisson. Une attention rare depuis 2017. Et une révolution dans la gestion des ressources humaines du président de la République. Adepte du « darwinisme », le locataire de l’Elysée s’était, jusqu’ici, peu préoccupé des états d’âme des uns et des autres. « Emmanuel Macron, il vous met à l’eau et regarde si vous rejoignez l’autre rive. Il aime les “warriors”, c’est comme ça, il faut faire avec », observait, il y a quelques semaines en privé, l’ancienne secrétaire d’Etat à l’égalité homme-femme, Marlène Schiappa.

Faisant acte d’ « humilité », aux dires de l’Elysée, Emmanuel Macron écoute aujourd’hui ses députés et s’excuse presque d’avoir été trop pris par sa fonction pour les recevoir plus souvent. Pour justifier ses absences, et parfois ses silences, « le chef de l’Etat évoque souvent la lettre de Diderot à Sophie Volland », dit-on à l’Elysée, celle où, lorsque la bougie s’éteint et que le philosophe écrit dans le noir, Diderot assure à sa bien-aimée : « Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime. »

« Comprendre ce qui se passe »

A trois ans de la fin de son second mandat, le président de la République cherche à cajoler son camp. Certains sont amers ? Il compatit. Mais alors que le cœur de la vie politique s’est, depuis le 7 juillet, déplacé à l’Assemblée, le chef de l’Etat cherche aussi à « comprendre ce qui se passe sur le terrain », décrypte Marie-Pierre Rixain, élue Renaissance de l’Essonne. « Ceux qui l’entourent n’ont pas forcément les deux pieds dans la réalité », cingle la députée, qui fut des agapes élyséennes, le 16 juillet.

Au fil de ces déjeuners, Emmanuel Macron semble revivifié. Trop ? Le 24 juillet, le chef de l’Etat devient plus affirmatif : « On tient la ligne ! », lance-t-il, persuadé que son camp peut imposer ses vues dans une future coalition. Adhérant à l’idée que la France est à droite, Emmanuel Macron définit ses priorités – accentuer le volet régalien – et ses lignes rouges – ne pas détériorer les finances publiques. Puis il évoque « l’insécurité culturelle » à laquelle seraient confrontés, selon lui, les citoyens, motivant le vote de l’extrême droite et le sentiment du « on n’est pas chez nous ». Tout en précisant que ce sont les députés qui ont « la main ».

Autour de la table, Charles Rodwell, élu Renaissance des Yvelines, savoure le discours et croit deviner la stratégie d’Emmanuel Macron : proposer des textes qui plairont à la droite, comme la défense de la laïcité, auxquels le Parti socialiste ne pourra pas s’opposer. « C’est faisable », s’emballe l’élu, ravi de ce repas où Emmanuel Macron a, de nouveau, appelé à respecter les élus du Rassemblement national (RN) en dénonçant l’attitude des députés qui ont, lors du vote pour la présidence de l’Assemblée nationale, jeudi 18 juillet, refusé de serrer la main de Flavien Termet, député RN des Ardennes. « Une grosse connerie » , s’est agacé le chef de l’Etat, oubliant peut-être que sa ministre (démissionnaire) déléguée à l’agriculture, Agnès Pannier-Runacher, venue de la gauche, avait, elle aussi, soigneusement évité la main de l’élu d’extrême droite.

Libération
samedi 27 juillet 2024 1835 mots, p. 16,17

France

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26 juillet 2024 - Libération (site web)

Lucie Castets, «guerrière» à la croisée des réseaux

Lucie Alexandre, Victor Boiteau ; Eve Szeftel

France

Encore inconnue il y a quelques jours, la haute fonctionnaire et responsable associative désignée candidate pour Matignon par le Nouveau Front populaire se lance dans un défi de taille : défendre son projet tout en gardant la gauche unie.

L ucie Castets joue les médiateurs. Micro en main, elle déambule au milieu d'une assemblée de 400 personnes assises sur des chaises pliantes, ce jour de juillet 2023. Face à elle, il y a d'un côté les responsables des différents partis de gauche, comme le premier sec- rétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, la cheffe des Ecologistes, Marine Tondelier, ou encore le coordinateur général de la France insoumise, Manuel Bompard. De l'autre, le public, qui les interpelle, parfois avec une pointe de colère, en exigeant qu'ils s'unissent. Chignon argenté, en jean et tee-shirt gris foncé, la trentenaire aux yeux clairs arbitre avec autorité un débat plutôt vif.

Nous sommes au Festival des idées de la Charité-sur-Loire (Nièvre), alors que les partenaires de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) ont décidé de partir séparés pour les élections européennes. Lucie Castets est déjà là, au coeur des discussions. Très liée au monde politique, mais encore à sa lisière. Comment, un an plus tard, l'énarque de 37 ans est-elle devenue la candidate proposée comme Première ministre par le Nouveau Front populaire ? «Militante de base au PS» Après seize jours et seize nuits de palabres infructueuses, dans un climat particulièrement tendu entre socialistes et insoumis, c'est sur son nom que tout le monde s'est finalement mis d'accord, mardi 23 juillet. Le patron des roses, Olivier Faure, l'a mis sur la table. Communistes et écologistes l'ont approuvé illico. Après avoir discuté avec elle, Jean-Luc Mélenchon tope aussi, rassuré par les idées défendues par la cofondatrice du collectif «Nos services publics», créé en 2021. Abolition de la retraite à 64 ans, augmentation des bas salaires et du point d'indice des fonctionnaires, revalorisation des minima sociaux, et relance des services publics (son combat personnel) : les premières mesures promises par Lucie Castets si elle arrivait à Matignon sont fidèles au programme du NFP, exigence non négociable pour LFI. Cette fille d'un couple de psychanalystes, qui a grandi à Caen jusqu'à ses études, a plutôt grenouillé dans des écosystèmes socialistes. En parallèle d'un cursus à Sciences-Po Paris et la London School of Economics, elle raconte à Libé être «encartée au PS comme militante de base» entre 2008 et 2011 : «Il m'arrivait par exemple de faire du porte-à-porte chez mes parents pendant les cantonales, ou des barbecues de campagne.» Aux régionales de 2015, elle figure sur la liste des roses en Normandie, derrière l'actuel maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, aujourd'hui opposant interne à Olivier Faure. A sa sortie de l'ENA en 2014, la gauche était au pouvoir. Les portes du cabinet du ministre de l'Economie d'alors, Arnaud Montebourg, lui sont alors ouvertes.

Elle refuse, soucieuse de se forger d'abord une expérience dans l'administration. «Le cab, c'est la hype, les paillettes. Elle a voulu faire les choses par étapes, avec une exigence intellectuelle et professionnelle», salue Gaspard Gantzer, l'ancien conseiller en communication de François Hollande à l'Elysée, qui assure que de nombreux amis communs la présente comme «une pépite de sa génération». La haute fonctionnaire affirme avoir décliné deux ans plus tard une autre place, toujours à Bercy, auprès du ministre Michel Sapin. Peu tentée par l'aventure macroniste en 2017, elle dit encore avoir été «approchée» pour rejoindre le nouveau locataire Bruno Le Maire : «Je ne voulais pas, par désaccord idéologique.» Proche de l'ex-députée socialiste du Calvados Laurence Dumont, et intéressée par le mandat parlementaire, elle exclut aussi d'être candidate sur le quota des roses à Lisieux pour les législatives anticipées de 2024. «Je ne me reconnaissais pas totalement dans le PS, et surtout je ne voulais pas associer mon collectif à un engagement partisan précis.» A l'inverse, c'est le caractère unitaire du NFP qui la convaincra d'accepter la mission vertigineuse que celui-ci lui propose, et pour laquelle elle est seule à faire consensus.

Pourtant, son ADN penche plus du côté de la technique que du politique. Jusqu'au bout des ongles ? Un ami proche, énarque lui aussi : «C'est une haute fonctionnaire. Elle a toujours essayé de maintenir une certaine réserve.» La Caennaise a intégré l'école du pouvoir en 2012. Mais dans cette promotion «classique», «elle avait quelque chose en plus, une conscience politique», glisse Alexandre Mirlesse, énarque de la même cuvée, devenu diplomate. Ses camarades l'observent ferrailler une nuit durant, dans un chalet des Vosges, pour choisir le nom de la promotion. A Simone de Beauvoir, l'auteure du Deuxième Sexe que défend Castets, convictions féministes en bandoulière, la majorité préfère Jean Zay, ministre du Front populaire assassiné en 1944 par la Milice. «Elle aime convaincre, par l'argumentation, la force de conviction, la pédagogie», note un ancien camarade, parti dans le privé.

Europe, assurances, criminalité financière Bûcheuse, la jeune femme s'entoure d'une petite bande, plutôt masculine, pour réviser entre ses différents stages, à la préfecture du Tarnet-Garonne, chez Safran et à New York. Sortie vingtième de l'ENA, Castets rejoint la direction du Trésor, après avoir hésité avec le Quai d'Orsay. A Bercy, le bâtiment Colbert, qui abrite cette prestigieuse administration chargée notamment de conseiller le gouvernement, est un repaire de jeunes thésards et ingénieurs surdiplômés. L'énarque s'y sent à l'aise, cultive ses réseaux. Dans ses dossiers, elle brasse large, de la coopération européenne aux produits d'assurance, en passant par la criminalité financière. «Elle a fait ses preuves», lâche un ex du Trésor, vantant sa «combativité». Cassante, parfois, comme le rapportent certains anciens collègues ? Une ex-camarade de l'ENA décrit une condisciple à la «réputation brutale» et au «style chignon serré, rouge à lèvres et vêtements noirs». «C'est une négociatrice ferme avec ses interlocuteurs, note un fonctionnaire de Bercy ayant bossé avec elle. Quelqu'un de carré, rigoureux.» Ses proches, eux, louent sa fidélité en amitié, sa présence dans les moments difficiles, ses «valeurs saines», dit l'un d'eux. «C'est une femme de valeurs, de principes», assure Alexandre Mirlesse, un ami.

Son profil s'étoffe par un passage dans le monde du renseignement : le magistrat Bruno Dalles la recrute en 2018 à Tracfin, la cellule de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Sous la direction de Maryvonne Le Brignonen, aujourd'hui directrice de l'Institut national du service public, l'ex-ENA, Castets pilote la branche internationale et se frotte aux mécanismes d'optimisation fiscale, aux circuits financiers occultes, au blanchiment de capitaux. «Elle connaît les filières de corruption», relève surtout Jérôme Gleizes, citant les soupçons entourant l'appa- reil d'Etat, comme la vente d'Alstom à General Electric en 2015, ou le recours abusif aux cabinets de conseil tel McKinsey. «Elle serait redoutable comme Première ministre, c'est pour cela que Macron n'en veut pas.» Un profil régalien que repère, lui, Emmanuel Grégoire. Le bras droit d'Anne Hidalgo la débauche en 2020 à la mairie de Paris, comme conseillère sur le budget. L'énarque perce ensuite un plafond de verre, en devenant en octobre 2023 la première femme directrice des finances et des achats de la ville. Un fauteuil de poids, couplé à un portemonnaie de 11,3 milliards d'euros – le budget de la capitale en 2024.

C'est son passage à ce poste qui lui vaut, depuis son apparition au premier plan, les critiques de la droite et des macronistes. «C'est un très mauvais casting», pince David Alphand, élu (LR) membre de la commission des finances, en rappelant le niveau de la dette, environ 8 milliards d'euros, ou l'explosion de la taxe foncière (plus 52 % décidé en novembre 2022) à Paris. Pour Alphand, l'ex-conseillère de l'édile socialiste «est l'architecte de l'effondrement des finances de la Ville». Procès injuste et biaisé, rétorque l'intéressée. «C'est hypocrite ! La ville de Paris investit, et se finance certes par l'endettement, pour les pistes cyclables, la végétalisation, les îlots de fraîcheur.» Vice-président écologiste de la commission des finances de la capitale, Jérôme Gleizes souligne aussi qu'une «bonne partie de la dette est liée au Covid». «Nous dépensons utilement pour financer la transition écologique et les services publics», complète Emmanuel Grégoire. Sans oublier le logement : depuis 2001, la ville a financé la création de 117 500 logements dans la capitale pour permettre aux classes populaires et moyennes de continuer à y vivre.

C'est après le premier confinement en 2020, que la haute fonctionnaire lance le collectif «Nos services publics». «Il s'agissait de reprendre la parole sur le sens des services publics, alors qu'on les voyait se détricoter sous nos yeux, malgré leur place essentielle dans notre société pendant la crise du Covid, rembobine Arnaud Bontemps, cofondateur du collectif. On se disait que notre société ne tiendrait plus longtemps comme ça si la situation des services publics continuait de s'aggraver.» Enarque comme elle, Bontemps poursuit le com- pagnonnage, et tente de pousser ce sujet lors de la dernière présidentielle. «Monter sur ce thème, c'est un antidote face à la montée du RN», défend-il. Malgré le mental de «guerrière» que décrivent tous ceux qui l'ont croisée, la jeune femme mariée et mère d'un enfant en bas âge se lance dans une bataille difficile. Moins de quarantehuit heures après sa désig- nation par le NFP, encore novice dans l'exercice des médias audiovisuels, elle est sommée de rendre des comptes sur les sujets brûlants qui divisent historiquement la gauche, comme le nucléaire, pour son baptême du feu sur BFM TV et RMC. Surtout, elle a dû répondre sur la qualification du Hamas : est-ce une organisation terroriste. «Oui.» Quelques jours plus tôt, elle expliquait à l'insoumis Manuel Bompard que c'était le seul point qui lui posait vraiment problème : «Je n'ai pas compris que vous ne le disiez pas explicitement.» Encore mal à l'aise devant un micro, elle botte en touche en revanche sur la présence de la délégation israélienne aux JO, dénoncée par le député LFI Thomas Portes. L'union de la gauche qu'elle est supposée incarner est encore si fragile.

«Mon rôle, c'est de maintenir l'unité» Déjà, les courants minoritaires du PS, portés par la présidente d'Occitanie, Carole Delga, et la maire de Vaulxen-Velin, Hélène Geoffroy, critiquent son refus de nouer une coalition avec Emmanuel Macron. De son côté, elle peaufine sa méthode pour défendre le projet du NFP au Parlement, sans exclure de faire passer les textes avec les votes d'autres camps, notamment le RN. «Mon rôle, c'est de maintenir l'unité. Mais je n'ai pas vocation à n'être qu'une pure synthèse. Je vais formuler mon propre avis», prévient-elle. «Je pense qu'elle a été choisie pour sa faculté à appréhender d'autres points de vue», estime Eole Rapone, avocat en droit des sociétés. Ami fidèle depuis Sciences-Po malgré leurs désaccords politiques, il relate un vieux souvenir de leur année de stage à Shanghai. Après une escapade sur une île isolée en Indonésie, ils embarquent sur un petit bateau de marchandises, sur une mer très agitée. Lui est terrifié. Quant à elle, dit-il, «son sangfroid dans la tempête était impressionnant».•

«La ville de Paris investit, et finance certes par l'endettement, pour les pistes cyclables, la végétalisation, les îlots de fraîcheur.» Lucie Castets

Le Figaro, no. 24860
Le Figaro, samedi 27 juillet 2024 820 mots, p. 9

Politique

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26 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

La trêve politique, entre torpeur estivale et ferveur olympique

Après une interminable séquence électorale, la course à Matignon s'interrompt le temps des JO.

Gentilhomme, Célestine

La politique va-t-elle remporter la médaille d'or à l'épreuve du roi du silence ? Tel est le souhait d'Emmanuel Macron, qui rêve d'une « trêve » durant la quinzaine olympique avant de se replonger ensuite dans le feuilleton de Matignon. «Jusqu'à la mi-août, on doit être concentrés sur les Jeux», a supplié le chef de l'État, au « 20 heures » de France 2 mardi, laissant entendre que rien ne serait annoncé d'ici-là. «Le moment que l'on vit doit appeler à un peu de retenue et de prise de hauteur. L'été y est propice», encourage Mathieu Lefèvre, député macroniste du Val-de-Marne.

Mais la gauche ne l'entend pas vraiment de cette oreille. Après plus de quinze jours d'interminables discussions, le Nouveau Front populaire (NFP) - qui revendique la victoire aux élections législatives - pensait enfin pouvoir s'imposer à Matignon. Problème, la candidature de Lucie Castets a été évacuée d'un revers de main par Emmanuel Macron : le président n'a même pas daigné prononcer le nom de cette haute fonctionnaire de 37 ans, à qui il a adressé une fin de non-recevoir. «On ne va pas lâcher les baskets du chef de l'État. Cette manière de demander à tout le monde de se taire est d'une arrogance insupportable. Nous avons de l'énergie pour tout l'été» , prévient la députée LFI Nathalie Oziol, pas pressée de prendre le large. Sortie de l'ombre il y a une petite semaine, Lucie Castets tente tant bien que mal de cranter le terrain. La directrice des finances à la ville de Paris, encore inconnue du grand public jusqu'ici, se rendra samedi au chevet du centre hospitalier de Roubaix (Nord), pour y défendre la restauration des services publics. Manière de profiter de la torpeur estivale pour battre le fer tant qu'il est chaud, tandis que plusieurs élus du NFP se relaieront parallèlement sur les plateaux télévisés pour maintenir la pression sur l'Élysée.

Mais les projecteurs médiatiques devraient très vite se détourner de la majorité introuvable et du remaniement sans fin, pour se braquer sur les épopées sportives de la délégation tricolore. « Ça fait des années qu'on se prépare pour les Jeux. Ce n'est pas le moment pour avoir des bisbilles de négociations», prévient François Kalfon, eurodéputé PS. Essoré par le rouleau compresseur de la dissolution, chaque camp entend surtout profiter de ce temps mort pour reprendre des forces. «Ça va faire du bien à tout le monde de souffler. Il ne se passe jamais rien en été, tout le monde va partir en vacances», abonde le centriste Bruno Millienne. Un cadre de gauche philosophe : «Ça nous arrange bien. La trêve permet que le sable de l'aquarium retombe au fond.»

Quitte à offrir un boulevard à Emmanuel Macron, seul en scène pendant presque un mois. Le chef de l'État, qui a dîné jeudi soir avec ses homologues du monde entier au Louvre, compte plus que jamais sur cette parenthèse enchantée pour enfin s'offrir une bouffée d'oxygène. En deux jours, le président s'est déjà invité sur les écrans de France Télévisions, sur les ondes de Radio France, et dans les pages du Parisien. «Cette « trêve olympique » peut devenir un véhicule par lequel la macronie essaie d'habituer les Français à un gouvernement démissionnaire, sous couvert de popularité des Jeux», soupçonne une huile socialiste.

Car derrière ce court moment de répit, les forces politiques ont déjà la tête à la rentrée parlementaire de septembre. En coulisses, chacun s'efforce toujours de résoudre l'équation d'une Assemblée ingouvernable. «Personne n'est inerte, tout se poursuit. La période permet les prises de contact et de sortir de la confrontation de la campagne», confirme un émissaire de la gauche. Certains stratèges du Nouveau Front populaire incitent d'ailleurs leurs camarades à garder des cartouches pour les universités d'été, prévues fin août, qui marquent le début des hostilités politiques.

La poutre travaille aussi dans le camp présidentiel, où certains tentent discrètement de resserrer les liens avec les troupes de Laurent Wauquiez. «La trêve politique ne veut pas dire arrêt du travail. À un moment donné, on va avoir besoin de retrouver un gouvernement politique», assure Mathieu Lefèvre, qui planche sur le « pacte législatif» proposé par la Droite républicaine autour de 13 lois « d'urgence ». Un premier obstacle attend les députés, qui se sont quittés à la mi-juillet dans une atmosphère électrique : la préparation très technique du budget, avant le vote du projet de loi de finances 2025 (PLF) à l'automne. Un travail d'autant plus périlleux en l'absence d'un gouvernement de plein exercice. «Pour l'instant, le but de cet été, c'est de dissiper au maximum le brouillard, y compris pour les finances de notre pays» , tranche une macroniste. Consciente qu'il reste bien d'autres nappes de brouillard à dissiper par ailleurs. C.G.

Le Monde
France, samedi 27 juillet 2024 596 mots, p. 8
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25 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Les élus PCF veulent limiter la durée des gouvernements démissionnaires

Les sénateurs du groupe communiste ont déposé une proposition de loi, jeudi, mais elle ne pourra pas être examinée avant octobre

Rachel Garrat-Valcarcel

Les partis de gauche continuent de contester la lecture des institutions faite par Emmanuel Macron, après la crise politique engendrée par la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin. Dernière tentative en date : le groupe communiste du Sénat a déposé jeudi 25 juillet une proposition de loi pour limiter la durée de vie d’un gouvernement démissionnaire à huit jours. Dans le viseur, bien sûr, le gouvernement de Gabriel Attal, démissionnaire depuis le 16 juillet, qui pourrait avoir à gérer les affaires courantes pendant un mois, peut-être deux.

Dans le texte, que Le Monde a pu consulter, les sénateurs communistes veulent donc imposer au chef de l’Etat de nommer un gouvernement au plus tard huit jours après la démission du précédent. « Nous sommes confrontés à un problème démocratique majeur, assure Ian Brossat, sénateur de Paris. Car le fait est que le gouvernement démissionnaire continue de prendre des décisions importantes : même s’il n’aura pas le dernier mot, Bruno Le Maire [ministre de l’économie] travaille actuellement sur le budget 2025 avec des coupes importantes ! » L’élu note aussi que le gouvernement peut toujours publier des décrets et même déclencher l’état d’urgence. Le tout alors que, puisqu’il a déjà démissionné, il ne peut théoriquement plus être censuré par l’Assemblée nationale.

Mais donner cette limite de huit jours, n’est-ce pas se priver d’une « flexibilité » institutionnelle ? Pour Ian Brossat, la question démocratique prime : « Rien ne dit que dans deux mois la situation politique aura bougé. Le président de la République veut une coalition stable mais rien n’indique qu’elle pourra émerger. » Sous-entendu, le gouvernement démissionnaire pourrait durer plus longtemps.

Le cas des « ministres députés »

Souhaitant une « trêve politique » à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques (JO), M. Macron semble avoir renvoyé la nomination d’un gouvernement de plein exercice à après les JO (qui se terminent le 11 août), voire à après les Jeux paralympiques (qui se terminent le 8 septembre). Dix jours après sa démission, la durée de vie de l’actuel gouvernement démissionnaire dépasse déjà tous les records.

Au passage, dans l’article 2 de leur texte, les communistes égratignent les « ministres députés », alors que la Constitution interdit le cumul des deux fonctions. Les sénateurs veulent indiquer dans la loi que cette disposition concerne aussi les ministres de gouvernements démissionnaires. Ils sont dix-sept actuellement, et ont été décisifs dans l’élection de la députée (Renaissance) des Yvelines Yaël Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée nationale, le 18 juillet, qui n’avait que treize voix d’avance sur le communiste André Chassaigne, élu du Puy-de-Dôme.

Parmi les dix-sept, on trouve aussi un vice-président de l’Assemblée et un président de commission… sur le domaine de compétence dudit ministre démissionnaire (Jean-Noël Barrot, député MoDem des Yvelines, président de la commission des affaires étrangères, et ministre démissionnaire des affaires européennes).

Quoi qu’il en soit, cette proposition de loi a peu de chances d’être débattue : il n’y a pas de session parlementaire actuellement. S’il n’y a pas de session extraordinaire en septembre, la session ordinaire ne reprendra que le 1er octobre. Ian Brossat note quand même qu’au tirage au sort c’est le groupe communiste qui aura la première niche parlementaire en octobre au Sénat. Quant à trouver une majorité… « Vous savez, on est parfois surpris au Sénat ! » , conclut l’élu.

Libération
samedi 27 juillet 2024 1187 mots, p. 28

autre

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26 juillet 2024 - Libération (site web)

Elle change de bancs

Amélie Quentel

autre

L'archive, visible sur le site de l'INA, a quelque chose de prémonitoire. Nous sommes en 1983, François Mitterrand est le chef de l'Etat et, à l'occasion du Noël de l'Elysée, France 3 filme des écoliers invités à la bamboche présidentielle. Interrogée en amont de la fête, une petite fille timide, scolarisée aux Mureaux (Yvelines), répond aux questions de la journaliste. «Comment tu imagines l'Elysée ? – Je crois que c'est grand et que c'est illuminé.» Certes, Dieynaba Diop n'est pas présidente de la République. Mais l'enfant qu'elle était à l'époque aurait pu décrire ainsi l'institution où, quarante-et-un ans plus tard, elle est devenue députée du NFP : niveau luminaires rococo et surface habitable, le Palais-Bourbon ne se défend pas trop mal. Le 7 juillet, au terme d'une rude campagne contre l'extrême droite dans les Yvelines, la socialiste a créé la surprise en gagnant son ticket pour l'Assemblée nationale. C'est là qu'elle nous donne rendez-vous dix jours plus tard, déboulant tout sourire et perchée sur des escarpins noirs. Elle, qui n'est malgré tout pas bien grande, porte aussi un collier trèfle à quatre feuilles et une veste corail. Elle ne tombera le blazer qu'une fois assise dans le bureau que lui prête une députée sortante : dissolution oblige, les petits nouveaux n'ont pas encore leur propre espace de travail. Pas de quoi perturber l'élue très «fière» de participer à l'aventure du NFP. «Je suis une femme noire, binationale, musulmane pratiquante, issue d'un milieu modeste. Nous sommes peu à avoir ce profil-là à l'Assemblée», dit la féministe revendiquée, qui espère que son expérience «ouvrira de nouvelles perspectives» à toutes les jeunes filles qui lui ressemblent. Il est vrai que, dans cette Chambre basse majoritairement blanche et masculine, les origines et le parcours de la native de Mantes-la-Jolie détonnent. Elle a grandi en HLM aux Mureaux, ville où elle habite toujours avec son époux, chef consulaire pour le Sénégal, et leurs trois filles. L'enfance est heureuse : quand elle ne joue pas avec ses copains, dont elle est restée proche, l'admiratrice de Toni Morrison, de Balzac ou encore d'Amin Maalouf, emprunte des bouquins à la médiathèque. Son père sénégalais, Portrait lui, ne sait ni lire ni écrire : arrivé en France en 1966, il est ouvrier à l'usine Renault-Flins et n'est jamais allé à l'école. Sa mère, elle aussi originaire du Sénégal et décédée en 2012 – le sujet semble douloureux –, était la présidente de l'asso des parents de la Vigne-Blanche, quartier populaire où vivent les Diop et leurs cinq enfants. A la maison, où l'on parle peul et français, les règles sont «traditionnelles» : «Jusqu'à mes 30 ans, j'ai dormi dans un lit superposé chez mes parents, pour qui il était important que je me marie avant de déménager.» Ces sympathisants PS, qui n'ont pas le droit de vote, l'encouragent en parallèle à viser l'indépendance financière et à faire des études – elle est titulaire d'une maîtrise de français langue étrangère et est diplômée en littérature et en sciences du langage. En 2000, elle obtient le concours de prof d'histoire-géo et de lettres en lycée professionnel et s'établit à Jean-Rostand, bahut de Mantes-la-Jolie. Elle y fera presque toute sa carrière, et «prend beaucoup de plaisir à enseigner et à transmettre». Pas étonnant : sauf quand il s'agit d'évoquer les bisbilles au sein du NFP autour d'Huguette Bello, que le PS n'a pas voulu désigner Première ministre, elle est une vraie pipelette, pouvant raconter dans le moindre détail son amour du cinéma bollywoodien – «Quoi, vous ne connaissez pas le grand acteur Shahrukh Khan ?» –, son immense respect pour Christiane Taubira et Martine Aubry ou encore le fonctionnement du système de castes chez les Peuls (elle-même est de «caste noble»). Avant de prendre sa disponibilité de l'Education nationale pour siéger, cette femme prévenante et affable, aimait débattre, rigoler et parler de Roméo et Juliette avec ses élèves. Certains jours ont été plus difficiles que d'autres : quand elle mentionne la mort de Samuel Paty, prof d'his- toire-géo assassiné en 2020, ses yeux rieurs deviennent humides.

1974 Naissance à Mantesla-Jolie (Yvelines). 2001 Prof en lycée professionnel à Mantesla-Jolie.

Très critique de la vision éducative de la macronie et de la réforme du «choc des savoirs» – «L'école ne joue plus son rôle d'élévation sociale des enfants 2008 Adjointe au maire des Mureaux (Yvelines). 2018 Porte-parole du PS. 7 juillet 2024 Députée PS-NFP.

des classes populaires, comme ça a été le cas pour moi» –, elle compte bien se saisir de ce mandat de députée, dont elle «rêvait», pour défendre l'éducation publique. Autre sujet qui lui tient à coeur : l'accès à la santé. «Dans les Yvelines, que ce soit en zone rurale ou urbaine, il faut parfois attendre des mois pour consulter un généraliste. C'est inacceptable», lance-t-elle, «honorée» d'avoir été élue dans son fief, traditionnellement acquis à la droite.

Si elle n'est pas issue du «sérail», elle n'est pas pour autant une rookie de la politique : d'abord élue locale, elle est devenue porte-parole du PS en 2018, conseillère régionale francilienne en 2021 et était candidate – loin des places éligibles – aux européennes 2024. «Je n'aurais jamais pensé intégrer ce milieu-là mais, en 2008, la mairie des Mureaux est venue me chercher. Au début, je me suis dit “essayons”. Au final, je suis vite devenue adjointe, et j'ai adoré : je me sens utile.» Le parti à la rose a toujours eu ses faveurs et, chez les Diop, un engagement est un engagement : «Même quand ça a été dur – par exemple quand Hollande a proposé la déchéance de nationalité, mesure à laquelle j'étais opposée et dont nous payons encore le prix aujourd'hui –, je suis restée fidèle au PS.» Face aux traditionnelles critiques visant les socialistes, accusés à leur gauche d'avoir un «cap clair» trop Macron-compatible, elle reconnaît sans peine des «erreurs». «Pour changer la vie des gens, il faut la radicalité des idées, mais aussi être pragma- tique et réformiste. Mais c'est vrai qu'à un moment, on a un peu perdu le contact avec les classes populaires. Depuis six ans, nous travaillons autour d'Olivier Faure pour revenir à nos fondamentaux.» Le patron du PS, lui, loue une collègue «généreuse et sincère» : «Elle va porter la voix des sans-voix et des quartiers populaires, et défendre ce pour quoi elle a été élue, notamment les services publics. Elle ne lâche jamais rien.» Au regard des centaines d'injures racistes qu'elle subit à chacun de ses passages à la télé – un salaud lui a même envoyé une banane par la poste –, il y aurait pourtant de quoi craquer. Mais Dieynaba Diop tient bon, fière de sa double culture. Méprisant Bolloré et ses sbires, qui ont «zemmourisé les esprits» et soutenu la percée «mortifère» de l'extrême droite, elle est favorable à une «régulation des médias». Monde où elle apparaît décidément depuis belle lurette : fan de Whitney Houston et de Céline Dion, chanteuse à ses (rares) heures perdues, elle est passée au Hit Machine de M6 à la fin des années 90 avec son groupe étudiant. Hélas, on n'a pas retrouvé cette archive-là.•

1974 Naissance à Mantesla-Jolie (Yvelines). 2001 Prof en lycée professionnel à Mantesla-Jolie. 2008 Adjointe au maire des Mureaux (Yvelines). 2018 Porte-parole du PS. 7 juillet 2024 Députée PS-NFP.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, samedi 27 juillet 2024 1026 mots, p. AUJM34
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25 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
27 juillet 2024 - Le Parisien

« Je ne reviens pas comme avant »

Douze ans après son départ de l'Assemblée, l'ancien président de la République François Hollande y fait son retour. Avec la ferme intention de peser sur la vie de l'institution...

Pierre Maurer

Depuis son élection à l'Assemblée nationale le 7 juillet, les curieux croisant son chemin ne savent plus par quel titre lui présenter leurs respects. Monsieur le président ? Monsieur le député ? Ses électeurs corréziens ont tranché : va pour Monsieur « le président député » !

Douze ans après avoir quitté le Palais-Bourbon, l'ancien président François Hollande a fait son retour dans le chaudron du Parlement, à l'occasion de la dissolution surprise décidée par son ancien secrétaire général adjoint de l'Élysée, le président Emmanuel Macron. Après avoir battu le Rassemblement national aux élections législatives, l'inaltérable socialiste a retrouvé son siège de simple député de la première circonscription de la Corrèze. Une rareté dans l'histoire de la V e République. Avant lui, seul Valéry Giscard d'Estaing s'était fait élire député après avoir exercé la fonction suprême. Grâce à son statut d'ancien président de la République, le député de Corrèze s'installera dans un vaste bureau à larges fenêtres avec vue sur la cour d'honneur du Palais-Bourbon.

Une situtation politique devenue imprévisible

Souriant et affable, François Hollande savoure sa victoire, avec « humilité », dans son bureau de la rue de Rivoli, à Paris, où il s'est installé après avoir quitté l'Élysée. S'il ne découvre pas les joies de la joute parlementaire, la situation politique est devenue imprévisible, divisée entre trois blocs, marqués par une forte progression du RN. L'occasion d'un renouveau pour cet animal politique, président mal aimé au net regain de popularité depuis plusieurs mois ? « Je ne reviens pas comme avant, confie François Hollande. Je ne reviens pas à une place qui aurait été comme suspendue dans le temps. C'est une autre vie parlementaire, inédite, qui s'ouvre. »

En passant les portes de l'Assemblée, celui qui y fît sa première entrée en 1988 a bien constaté, au premier coup d'oeil, que « rien n'a changé ». Il a retrouvé la majesté du Palais, ce « lieu immuable », ses banquettes rouges, des huissiers qui ont vieilli, d'autres qui lui sont inconnus, le personnel de la poste parlementaire, la salle des Quatre-Colonnes et ses journalistes pressés.

« Et pourtant, tout a changé, observe François Hollande. J'ai quitté une Assemblée où il y avait quatre groupes parlementaires. Aujourd'hui, on en compte onze. Il y avait des personnalités qui avaient souvent gouverné. Il y avait aussi des rites et des règles qui permettaient de ne pas passer deux jours pour désigner les responsables de l'Assemblée. Donc, si les procédures n'ont pas changé, elles deviennent des confrontations là où avant elles étaient des règles communes. »

« Le pouvoir d'achat et l'accès à la santé »

L'ancien chef de l'État a aussi rencontré une foule de nouveaux visages, quelques regards hostiles ou interrogatifs. Et de vieilles retrouvailles, comme l'ex-ministre du gouvernement Jospin, Dominique Voynet. Au sein de son groupe, il a trouvé de « l'affection ». Des ex-frondeurs et des anciens collaborateurs, aussi, comme Boris Vallaud et Olivier Faure, devenu un rival politique après avoir construit sa légitimité à gauche en dressant un bilan critique de son quinquennat.

« Il a été accueilli avec cordialité, témoigne un député du groupe qui ne porte pas Hollande dans son coeur. Les débats virulents au sein du PS sont un peu derrière nous. Tout le monde s'est accordé sur la nécessité du Nouveau Front populaire et Hollande en a pris l'étiquette. » Ce proche du premier secrétaire du PS décrit un François Hollande « bon camarade, sympathique », qui « se met au service de la stratégie de la direction du parti ». « Il est respecté par la fonction qu'il incarne, personne ne le prend en frontal et il a des propos extrêmement mesurés, loue le député Arthur Delaporte. Il est dans une posture d'humilité, il ne cherche pas à prendre la lumière et dégage des analyses judicieuses en réunion de groupe. »

Dans cette Assemblée renouvelée, François Hollande siégera à la commission des Affaires étrangères, où il compte développer la diplomatie parlementaire. Il aurait pu en prendre la présidence, mais le reste de la gauche lui a barré la route. « On ne voulait pas que ce soit Hollande, témoigne un député de LFI. Il a fallu qu'on bloque. » Car l'ancien président a la ferme intention de peser sur la vie de l'institution.

« Ce sera toujours pour chercher des solutions utiles pour notre pays, assure-t-il, et conjurer des choix s'ils devaient se révéler néfastes pour les Français. Aujourd'hui, je veux que les messages que nos concitoyens ont exprimés lors du dernier scrutin soient traduits dans la réalité. Notamment pour leur pouvoir d'achat et pour l'accès à la santé. » Un avertissement adressé à Emmanuel Macron, qui cherche toujours à obtenir une majorité, via des oeillades aux parlementaires LR. Le député Hollande, lui, plaide pour du dialogue entre le bloc central et son camp, sans croire à des tentatives de coalition, convaincu que des majorités sont possibles, texte par texte.

Le socialiste compte incarner une voix apaisée

Le socialiste n'oublie pas non plus son ancien camarade, Jean-Luc Mélenchon. Au milieu des remous d'un hémicycle très fracturé, François Hollande compte incarner une voix apaisée en s'inscrivant contre l'image d'une Assemblée « violente ou agressive ». À rebours des mélenchonistes, il n'hésitera pas à serrer la main de Marine Le Pen, comme à toute autre personne. « Je suis pour le barrage républicain. Pas pour le rejet des gestes citoyens. Plus largement, si on veut faire reculer le RN, il faut aller au-devant de ses électeurs. Sinon, comment faire changer d'avis les gens si on ne se parle plus ? » interroge-t-il. À la rentrée, en septembre, il publiera d'ailleurs un nouvel ouvrage, « le Défi de gouverner » (Éditions Perrin), consacré à l'exercice du pouvoir par la gauche.

Désormais, chaque jour, l'ancien président qui se rêvait « normal » se rendra au Palais-Bourbon à pied. De quoi valider son quota de 6 000 pas quotidien. Mais sans sa fidèle chienne - un labrador - présidentielle, Philae. Pas le droit. Le titre de toutou du « président député » n'est pas encore inscrit dans le marbre des institutions de la République.

Le Monde
France, samedi 27 juillet 2024 1796 mots, p. 7
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26 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Incertitudes financières autour de la « Sécu »

Faute de cap politique, la préparation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale est entravée

Mattea Battaglia, Bertrand Bissuel, Béatrice Jérôme et Camille Stromboni

Y aura-t-il un budget de la « Sécu » à l’automne ? Les acteurs de la santé commencent à en douter. Alors que le gouvernement de Gabriel Attal expédie les affaires courantes, depuis que le président de la République a accepté sa démission, le 16 juillet, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2025 se prépare dans la douleur, faute de ligne directrice claire. En principe, il doit, comme chaque année, être présenté en conseil des ministres à la fin du mois de septembre afin de pouvoir être déposé, au plus tard, sur le bureau de l’Assemblée nationale le premier mardi d’octobre. Mais le calendrier s’avère, cette fois-ci, compliqué à respecter et le plus grand flou continue de prévaloir sur le contenu même du texte, ceux qui tiennent la plume n’ayant pas les coudées franches.

La fabrication du PLFSS obéit à un processus bien huilé, avec des allers et retours entre les administrations centrales concernées qui s’échelonnent bien avant l’arrivée du texte au Parlement. « Loin d’être un texte anodin, qui se limiterait à une collection de mesures techniques, le PLFSS structure une politique sociale, ce qui implique de faire des choix politiques », rappelle Marisol Touraine, ministre de la santé sous le quinquennat Hollande (2012-2017).

Ce rituel a été sérieusement perturbé depuis un mois et demi. La dissolution, annoncée le 9 juin, et les élections législatives anticipées ont eu lieu au moment même où les premières décisions politiques sur ce texte sont, en temps ordinaire, rendues. « On a pris un mois de retard », glisse-t-on au ministère de la santé.

Bercy, de son côté, se veut rassurant. Les dispositions « susceptibles d’intégrer le PLFSS » ont été identifiées au printemps et « la rédaction des fiches par mesure » a été réalisée en juin, « comme tous les ans », assure le cabinet de Thomas Cazenave, le ministre délégué aux comptes publics démissionnaire. En revanche, reconnaît-il, « les réunions d’arbitrage qui se tiennent habituellement en juillet n’ont pas eu lieu » et sont donc « décalées ».

Latitude réduite du gouvernement

L’exercice est d’autant plus difficile à conduire qu’un gouvernement démissionnaire dispose d’une latitude réduite. Il est censé ne s’occuper que des affaires courantes, notion jurisprudentielle soumise à interprétation. D’après Matignon, une équipe ministérielle placée dans cette situation peut confectionner et présenter des « lois financières ». Cependant, le PLFSS a un caractère un peu moins impérieux que le projet de loi de finances (PLF), car le premier, contrairement au second, « n’est pas un texte d’autorisation de crédits », explique Gilles Huteau, professeur de droit social à l’Ecole des hautes études en santé publique. Autrement dit, même sans PLFSS, les prestations sociales, les pensions de retraite, les remboursements de médicaments continueraient d’être versés. Mais il faut un texte de ce type pour déterminer la capacité d’emprunt accordée à l’Urssaf caisse nationale, la banque de la « Sécu », afin de pouvoir honorer des paiements.

Subsiste une inconnue de taille : jusqu’où peut aller le gouvernement dans la rédaction du PLFSS ? Il peut d’autant moins se montrer prescriptif dans les mesures à retenir que celles-ci sont susceptibles d’être remises en cause par l’attelage qui le remplacera. « Nous allons mettre des options, établir des scénarii et nos successeurs choisiront », a déclaré au MondeCatherine Vautrin, la ministre du travail, de la santé et des solidarités démissionnaire, en marge d’un déplacement à Paris, le 17 juillet. Une manière de procéder sans précédent sous la Ve République, mais qui est envisageable, selon Dominique Libault, président du Haut Conseil du financement de la protection sociale : « L’administration est en mesure de rédiger un projet de loi, même avec des cabinets ministériels évanescents », estime-t-il. Cependant, il admet que « du fait du timing serré, il sera ardu d’élaborer un texte consistant, du moins dans sa version initiale ».

« L’exécutif peut toujours arbitrer au dernier moment », concède Marie-Anne Montchamp, secrétaire d’Etat chargée des solidarités et de la cohésion sociale durant le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy (2010-2012). Mais, selon elle, la probabilité est grande pour que les traditionnelles négociations estivales entre les ministères sociaux et Bercy soient réduites à leur plus simple expression, avec un gouvernement qui expédie les affaires courantes. Dès lors, le rapport de force « sera nécessairement, in fine, en faveur des gardiens de l’orthodoxie budgétaire, et le risque est d’avoir un PLFSS, à l’arrivée, très conservateur, statique, alors que le secteur sanitaire et celui du médico-social ont besoin de mesures dynamiques très fortes », pronostique-t-elle.

Quelle que soit sa composition, le futur gouvernement va devoir résoudre une équation à plusieurs inconnues. Quid des ajustements à effectuer afin de réduire le déficit du régime général ? Quel sort réserver aux réformes déjà lancées ? Jusqu’où tenir compte des promesses de la campagne des législatives, qui peuvent avoir des orientations diamétralement opposées selon les forces politiques qui les portent, par exemple en matière de retraites ?

L’un des points les plus sensibles à traiter concerne l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie, soit l’enveloppe pour faire tourner le système de soins, en ville comme à l’hôpital. L’exécutif devra fixer un taux de progression, sachant qu’un cap, purement indicatif, a été donné dans la loi de programmation des finances publiques pour 2023-2027 : + 3 % pour 2025.

Se pose la question des équilibres financiers. Le « trou » pour l’Assurance-maladie s’est établi à 11,1 milliards d’euros en 2023 et pourrait rester à ce niveau en 2024. La branche vieillesse est aussi dans le rouge et ses besoins de financement devraient s’accroître au cours des prochains exercices. « Il faut prendre des mesures structurelles, plaide Elisabeth Doineau, sénatrice (Union centriste) de la Mayenne et rapporteuse générale de la commission des affaires sociales au Palais du Luxembourg. Les déficits qui s’accumulent, année après année, lèguent une dette qui va crescendo. »

De premières pistes ont été mises sur la table pour tenter d’y remédier. Dans son rapport annuel « Charges et produits » pour 2025, la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM) préconise 1,56 milliard d’euros d’économies dans le secteur – contre 1,3 milliard en 2024. Parmi les solutions envisagées figurent une meilleure pertinence dans la prescription de médicaments, la lutte contre la fraude ou encore un contrôle renforcé des arrêts maladies. Autant d’économies à mettre en regard des mesures nouvelles à absorber : en premier lieu, les acteurs citent la toute nouvelle convention médicale signée le 4 juin, qui lie pour cinq ans la médecine de ville à la CNAM. Elle prévoit de revaloriser de 26,50 euros à 30 euros en décembre la consultation chez un généraliste. L’enveloppe à la clé de cet accord se monte à près d’1 milliard d’euros.

Fin mai, Frédéric Valletoux, le ministre délégué à la santé démissionnaire, a pris par écrit des engagements financiers envers les cliniques privées pour couper court à leur appel à la grève, même si l’on ne connaît pas le montant à mettre sur la table. « Le risque est de piocher encore, comme cela a été fait depuis dix ans, dans les budgets des hôpitaux publics », craint Olivier Milleron, du Collectif inter-hôpitaux. « Nous avons pourtant besoin de mesures d’urgence, comme celle d’un financement d’un ratio minimum d’infirmiers par patient, qui permettrait de répondre à la crise de l’attractivité actuelle », ajoute-t-il. Ce budget 2025 « est l’un des plus importants pour l’avenir de notre système de santé », explique Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France. « La situation budgétaire des hôpitaux publics n’a jamais été aussi dégradée, avec un déficit supérieur à 1,7 milliard en 2023, soit trois fois plus en trois ans », s’alarme-t-elle.

Autre promesse de taille : l’enveloppe supplémentaire de 195 millions d’euros pour renforcer l’accès aux soins palliatifs, en 2025, dans le cadre du plan décennal d’1,1 milliard (2024-2034) annoncé en avril par Mme Vautrin. Pour dissiper les inquiétudes, l’entourage de la ministre fait valoir que le plan en question a obtenu l’aval de Bercy.

L’Assemblée nationale pourrait peser

Quant aux industriels de la pharmacie, ils espèrent sortir de l’incertitude, notamment sur les dispositifs qui régulent les dépenses de produits de santé. A leur grand dam, ils sont, une fois de plus, exposés à des arbitrages arrêtés in extremis, ce dont ils se plaignent depuis des années, car les décisions prises ainsi leur semblent, bien souvent, inadaptées.

Alors que sa capacité à infléchir le texte est faible d’habitude, l’Assemblée nationale pourrait peser davantage cette fois-ci. Du fait des délais courts de préparation en amont pour l’exécutif, des inflexions auront forcément lieu en commission, puis en séance. « Dans ce temps de vacance du pouvoir, c’est sur le Parlement qu’il va falloir se tourner pour espérer voir se dessiner une vision politique du PLFSS », présage Mme Montchamp.

D’autant que l’exécutif sortant est affaibli. Au Palais-Bourbon, des postes stratégiques ne sont plus aux mains du camp présidentiel. Pour la première fois, le rapporteur général du texte budgétaire est un député de l’opposition : Yannick Neuder (Les Républicains, membre du groupe de la Droite républicaine, Isère). Elu samedi 20 juillet à cette fonction, le cardiologue grenoblois affirme qu’il portera « des propositions pour la santé, mais aussi pour le pouvoir d’achat, pour le travail ». Il compte mettre en place « un axe fort » avec les sénateurs de droite et de centre droit, majoritaires au Palais du Luxembourg, afin d’injecter certaines idées du « pacte législatif » de son parti, rendu public lundi.

In fine, en cas de bras de fer avec l’Assemblée, le gouvernement peut, théoriquement, se passer d’un vote pour l’adoption du texte en recourant à l’article 49.3 de la Constitution. Mais le choix serait périlleux : une motion de censure déposée par les députés pourrait être approuvée, faisant tomber l’exécutif. « Quel que soit le prochain gouvernement, soit il associe à la préparation du texte les groupes politiques – des socialistes aux Républicains – pour trouver des compromis, soit il risque de ne pas avoir de majorité. Et, dans ce cas, le 49.3 resterait son seul recours », prévient Paul Christophe, député (Horizons) du Nord et nouveau président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée.

Un premier échauffement avant la bataille du PLFSS aura lieu en octobre, avec l’examen du projet de loi d’approbation des comptes de la « Sécu » pour 2023. La discussion offrira un avant-goût des réformes défendues par l’équipe au pouvoir, et dans l’Hémicycle. Ainsi qu’une photographie des forces en présence.

Libération
samedi 27 juillet 2024 1687 mots, p. 14,15

monde

«Ce pays n'aura bientôt plus de jeunes»

Benjamin Delille

monde

Dans les quartiers populaires de Caracas, autrefois acquis au chavisme, l'aspiration au changement n'a jamais été aussi grande. Une bonne partie de leurs habitants menace de quitter le pays si l'opposition ne remporte pas la présidentielle ce dimanche.

L es affaires d'Enyer Camejo sont prêtes. Trois gros sacs à dos pour ne pas s'encombrer de leurs maigres possessions. Dans la lumière crue d'une petite maison de parpaing, au fin fond du très populaire quartier de Petare – fantasmé comme étant le plus grand bidonville d'Amérique latine –, ses deux fils de 4 et 5 ans sautent partout. Ils se jettent, tout sourire, dans les bras des invités qui se succèdent. Gloussent en jouant à cache-cache entre les jambes des adultes qui masquent tant bien que mal leurs yeux humides. Le visage radieux des deux gamins vante l'excitation du départ. La mine soucieuse de leur père, qui vient de fêter ses 40 ans, traduit la fatalité de l'exil. Sa petite famille s'apprête à embrasser le destin, parfois tragique, des 7 millions de Vénézuéliens – près d'un quart de la population – qui ont quitté le pays depuis 2015 selon l'ONU.

«Jusqu'à récemment, je n'ai jamais voulu partir. Mais je ne suis pas optimiste pour la présidentielle Mer de dimanche», se justifie Enyer. Après vingt-cinq ans de pouvoir chaviste, le sortant Nicolás Maduro risque d'être défait dans les urnes par le candidat de l'opposition unie, Edmundo González. Mais Enyer préfère rester pragmatique : «L'opposition va gagner, Maduro ne va pas l'accepter, et le pays va de nouveau sombrer dans la violence.» Avec sa femme, voici des mois qu'ils économisent en multipliant les petits boulots sans compter leurs heures – lui pour une application de VTC, elle, un diplôme d'avocate en poche, en faisant le ménage dans les quartiers cossus de Caracas. Avec la vente de leur voiture, ils ont enfin réuni les 6 000 dollars (5 530 euros) nécessaires à leur départ. De quoi éviter le Darién – 300 000 Vénézuéliens ont franchi en 2023 cette jungle hostile, jonchée de cadavres – en s'envolant pour le Salvador, où ils ont obtenu un visa. Puis de remonter en bus sur la route dangereuse qui les mènera au Mexique et la frontière des Etats-Unis. «Ensuite, on verra», souffle-t-il sans cacher son inquiétude qu'une victoire COLOMBIE 200 de Donald Trump, le 5 novembre, ne barricade encore plus un pays déjà fermé à double tour.

des Océan Atlantique Caracas «bain de sang» Dimanche, ils iront voter à l'aube pour Edmundo González puis partiront pour l'aéroport, sans attendre les résultats. «J'ai peur que lundi, le gouvernement ferme la frontière», explique Enyer qui semble avoir retourné le problème dans tous les sens. Le candidat de l'opposition occupe une avance confortable dans tous les sondages. Mais Nicolás Maduro, qui a promis un «bain de sang» en cas de défaite, semble convaincu de l'emporter, ce qui fait craindre des fraudes. «Même en cas de victoire d'Edmundo, il faudra attendre six mois avant l'investiture, puis encore des mois avant que la situation ne s'améliore.» La majorité des voisins d'Enyer préfèrent tout de même patienter jusqu'à lundi, avec une anxiété à la hauteur de l'incer- titude. Et si l'opposition venait à perdre, une enquête de l'Institut Delphos révèle que 23 % des Vénézuéliens envisagent d'émigrer.

GUYANA BRÉSIL km En regardant le mari de sa nièce et les enfants jouer comme si de rien n'était, Joanna laisse un sanglot s'échapper. Elle s'était promis de ne pas pleurer. «Ce pays n'aura bientôt plus de jeunes pour être reconstruit, souffle celle qui ne compte plus les adieux. C'est pour ça que dimanche, il faut aller voter pour le changement. Sinon, on devra sérieusement considérer le départ nous aussi.» Il y a un quart de siècle, les quartiers populaires qui ceinturent Caracas ont grandement contribué à la victoire fracassante du socialiste Hugo Chávez sur la promesse d'une meilleure répartition de la rente pé- trolière du pays aux plus grandes réserves connues au monde. Aujourd'hui, les inégalités sont de retour et ces quartiers semblent n'avoir jamais été autant acquis à l'opposition contre son successeur, Nicolás Maduro.

Dans le dédale de rues qui grimpent et serpentent dans la montagne sur laquelle Petare s'est construit en désordre, on lui reproche à la fois sa responsabilité dans la grave crise économique qui a fait chuter le PIB du pays de 80 % en moins d'une décennie – aggravée par les sanctions américaines contre le pétrole vénézuélien – et sa dérive autoritaire pour se maintenir au pouvoir. Tous les jours, depuis des semaines, Katiuska Camargo, cheffe communautaire qui fait campagne pour l'opposition dans le quartier de San Blas, sillonne inlassablement les moindres ruelles de cet immense labyrinthe pour pousser ses voisins à voter : «Je n'ai jamais vu un tel engouement.» Il ne tient pas tant à la personnalité d'Edmundo González, diplomate discret de 74 ans presque inconnu il y a encore quatre mois, qu'à l'immense popularité de María Corina Machado, la cheffe de l'opposition. En janvier, le gouvernement lui a interdit de se présenter en espérant stopper tout net la dynamique naissante qui le menaçait. Mais cette ancienne députée de 56 ans, ultralibérale, a reporté les votes sur le candidat centriste. Le tout en lissant ses idées très droitières avec un discours simple : le besoin de changement pour permettre «la réunion des familles». Il n'en fallait pas plus pour convaincre les millions de foyers déchirés par l'émigration massive.

«Ici, tout le monde connaît quelqu'un qui est parti à cause de la crise, explique Katiuska. Maintenant, il faut sécher nos larmes et aller de l'avant.» Toutes les personnes croisées dans ces quartiers oubliés racontent des histoires similaires.

Là, une grand-mère qui n'a connu son petit-fils qu'au travers d'un téléphone, ici, un père malade qui craint de ne jamais revoir les siens. Beaucoup d'enfants, enfin, séparés de leurs parents depuis des mois, voire des années. «On va gagner et je vais retrouver mes fils», s'enthousiasme Tatiana Novare, qui vend des produits cosmétiques qu'elle achète en gros. L'aîné se trouve aux Etats-Unis, le cadet en Colombie. Si ce n'est pas eux qui reviennent, c'est elle qui les rejoindra. Elle reste pour sa mère malade, supporte la séparation grâce à la compagnie de Chanel, une siamoise qui ronronne sur le comptoir de sa petite épicerie et la suit comme un parfum. «Plus personne ne veut de ce gouvernement, siffle-t-elle. S'ils gagnent, c'est parce qu'ils auront triché.» «La peur a sauté» Elle interpelle Ovidio, un quinquagénaire bonhomme et maigre comme un fil, qui porte une casquette rouge héritée de ces années à militer pour le chavisme. «Je ne me reconnais plus en Maduro, avoue-t-il. Bien que je trouve María Corina très radicale, elle me fait penser à Javier Milei [le président argentin, ndlr], il est nécessaire que le pouvoir change de mains.» A part les fanatiques de la première heure, même les soutiens du président Maduro voient mal comment celui-ci pourrait gagner. «C'est vrai qu'ici, beaucoup de gens votent pour l'opposition, concède Minerva Rosa del Toro, 57 ans, qui remercie Chávez pour avoir donné à des femmes noires comme elle une place qu'elles n'ont jamais eue. Mais les gens se mettent un doigt dans l'oeil s'ils croient que ces bourgeois vont les sortir de la misère.» La misère et le racisme, c'est ce qui a fait revenir Carlos Figueira du Pérou : «Quitte à être pauvre, autant l'être chez moi.» Ce commerçant, qui joint difficilement les deux bouts, assure que s'il avait les moyens, il repartirait cette fois-ci pour les Etats-Unis, où il y aurait plus d'opportunités. «Le problème, quand on n'a pas d'argent, c'est le Darién. C'est trop dangereux. Il faut être sacrément désespéré pour passer par là.» Depuis les hauteurs de la Vega, une autre fourmilière de parpaings dans le sud de la capitale, Eloina Peña, travailleuse sociale de 62 ans, craint que ce désespoir se matérialise dimanche soir. «Si l'opposition perd, c'est sûr qu'il va y avoir une émigration massive», tranche-t-elle, tout en restant prudente sur l'effet potentiel d'une victoire. «Ce que l'on veut, c'est de la stabilité. Mais ce pays n'a plus d'essence, plus d'argent, plus de médicaments, liste-telle. Le seul succès qui peut arriver dimanche soir, c'est un espoir de commencer à voir la lumière au bout du tunnel.» Manuel Zapata, le prêtre de la paroisse qui a troqué sa soutane pour un maillot du Venezuela, abonde : «Quoi qu'il arrive, des gens vont partir, surtout des jeunes.» Yasiri Paredes, une autre habitante de la Vega qui travaille pour la prestigieuse université catholique Andrés Bello, essaie de verbaliser le paradoxe : «La peur a sauté. Les gens n'ont plus peur de voter contre le gouvernement, mais ils ne croient pas le gouvernement capable de concéder sa victoire.» Avec son fils aîné, José, qui vient d'avoir 18 ans et votera pour la première fois, ils craignent que les mots guerriers du président Nicolás Maduro, qui a parlé d'une «guerre fratricide» en cas de victoire de l'opposition, ouvrent un nouveau cycle de violence, quel que soit le résultat. «Ici même à la Vega, il y a des groupes criminels armés jusqu'aux dents qui n'attendent que ça», s'inquiète l'aspirant avocat. Pour s'y préparer, ils ont pris leurs dispositions et fait des provisions. Les 120 dollars (110 euros) mensuels que gagne Yasiri suffisent à peine à payer le transport pour aller travailler.

Elle a aussi écrit à son exmari, en vacances en Colombie avec son plus jeune garçon : «Si ça tourne au vinaigre, on te rejoindra.» De retour dans le salon d'Enyer, l'heure est aux adieux. Le maquillage coule, les mentons tremblent, les nerfs finissent par lâcher. Le stress de cette fin de campagne ne fait qu'amplifier l'émotion. Au point que le constat pessimiste du quadragénaire vient à vaciller. «Au fond de moi, même si ça paraît totalement improbable, je ne peux pas m'empêcher d'espérer que Maduro va reconnaître sa défaite, lâcher le pouvoir, reconnaît-il comme s'il était déjà là-bas, en exil. C'est bizarre tout de même : je ne suis pas encore parti, mais j'ai déjà envie de revenir.»•

«Ici, tout le monde connaît quelqu'un qui est parti à cause de la crise. Maintenant, il faut sécher nos larmes et aller de l'avant.» Katiuska Camargo en campagne pour l'opposition

Le Monde
France, samedi 27 juillet 2024 898 mots, p. 10
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25 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Les pistes des sénateurs pour lutter contre les ingérences étrangères

Un rapport présenté jeudi propose notamment de renforcer le rôle de l’outil Viginum et d’améliorer la transparence de la vie publique

Florian Reynaud

C’est avec un certain sens du timing que les sénateurs Dominique de Legge (Les Républicains, Ille-et-Vilaine) et Rachid Temal (Parti socialiste, Val-d’Oise) ont présenté, jeudi 25 juillet, au Palais du Luxembourg, leurs derniers travaux. Quelques jours après l’arrestation sur le sol français d’un espion russe soupçonné de préparer des actions de déstabilisation, et alors que les campagnes d’ingérence numériques du Kremlin se poursuivent pendant les Jeux olympiques, les deux élus ont dévoilé le rapport de la commission d’enquête sur les politiques publiques face aux « opérations d’influences étrangères ».

Ce texte, qui préfère parler d’influences étrangères malveillantes plutôt que d’ingérences, dresse le portrait des principales puissances se prêtant à des manœuvres informationnelles visant les intérêts français. La Russie, active aussi bien au Sahel que sur le territoire national, y figure évidemment en bonne place, mais d’autres acteurs comme l’Iran et l’Azerbaïdjan – ce dernier pays étant accusé d’avoir attisé les tensions en Nouvelle-Calédonie – sont mentionnés.

Quelle est l’efficacité réelle des opérations informationnelles étrangères, aux contours souvent très différents ? La question se pose sans cesse, aussi bien pour les autorités, qui doivent ou non répondre, que pour les médias, face au risque d’amplifier des campagnes de désinformation. « L’efficacité des opérations d’influence étrangères malveillantes est celle que les populations qui en sont les cibles leur donnent. L’un des écueils auquel nous risquerions d’être confrontés serait de surestimer leur impact », explique le rapport. Les sénateurs recommandent ainsi d’ « engager sans délai »des études « académiques transdisciplinaires » pour comprendre les effets concrets de ces opérations sur les populations.

Une partie du rapport est consacrée au service Viginum, l’organe français de veille jouant aujourd’hui le rôle de vigie des campagnes d’influence en ligne. Sous l’égide du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), Viginum analyse depuis 2021 et en sources ouvertes les potentielles opérations coordonnées numériques ciblant les intérêts de la nation sur le territoire français. Le texte rappelle, comme le fait régulièrement l’organe, que cette entité ne cherche pas à distinguer le faux du vrai, mais se contente de débusquer les comportements inauthentiques, c’est-à-dire la diffusion frauduleuse de l’information (faux comptes, réseaux de bots sur les réseaux sociaux…). « Après seulement trois ans d’existence, Viginum a fait la preuve de son utilité », estiment les auteurs.

Elaborer une stratégie unifiée

Ainsi, le rapport propose de « conforter » le rôle de « chef de file » de Viginum dans la veille sur les ingérences numériques étrangères visant le sol français, mais aussi d’en faire une véritable « agence de l’Etat », en lui donnant davantage de moyens financiers et humains, tout en gardant cet organe sous la coupe du SGDSN. Viginum aurait émis le souhait d’étendre ses missions en formant également des services homologues, voire certains acteurs de la société civile. Le rapport propose aussi de faire évoluer le cadre légal pour permettre à Viginum, qui analyse les contenus publiquement accessibles sur certaines grandes plates-formes numériques, d’observer l’activité sur davantage d’espaces – le service est actuellement limité aux plates-formes ayant au moins cinq millions de visiteurs uniques par mois en France.

Les plates-formes, justement, sont également concernées par le rapport de la commission d’enquête. Ce dernier remet sur la table le débat sur leur statut, estimant qu’elles ne « sauraient être considérées comme de simples “hébergeurs” de contenus », et proposant que la France pousse, au sein de l’Union européenne, pour leur donner le statut d’éditeur – et les responsabilités renforcées qui l’accompagnent. Les élus suggèrent alternativement un statut hybride imposant davantage d’obligations en matière de lutte contre les campagnes d’influence en ligne.

Au-delà de la veille, le rapport, qui recommande d’élaborer une stratégie unifiée au niveau national, plaide pour développer des moyens de riposte élargis des autorités françaises face aux opérations d’influence en ligne, en promouvant une influence positive à l’international. Il évacue toutefois assez vite l’utilisation par Paris de certains outils, comme les réseaux de faux comptes : « La France exclut clairement de recourir aux mêmes outils d’influence malveillante que certains Etats. » Il est à noter qu’en 2020, Facebook, devenu Meta deux ans plus tard, avait fermé un petit réseau de faux comptes promouvant l’action de la France dans plusieurs pays d’Afrique et émanant, selon l’entreprise, d’ « individus reliés à l’armée française ».

Au niveau politique, le rapport émet également des recommandations qui entrent en résonance avec l’actualité, et ce, alors que l’ex-député écologiste du Rhône Hubert Julien-Laferrière a été mis en examen, le 24 juillet, pour des soupçons de corruption. Ainsi, le texte recommande d’encourager « en tant que bonne pratique » le « sourçage » des amendements déposés par les élus, mais aussi des questions écrites et orales au gouvernement.

Objectif : faire preuve de plus de transparence concernant les représentants d’intérêts ou personnes pouvant agir pour des intérêts étrangers ayant influé sur une intervention politique. Le rapport ne propose cependant pas de rendre cette pratique obligatoire. Toujours sur le volet politique, les sénateurs recommandent des enquêtes approfondies sur les risques d’ingérence lors de nominations de nouveaux ministres.

L'Humanité
vendredi 26 juillet 2024 966 mots, p. 10

Les « brebis galeuses » du RN à l'Assemblée

Florent LE Du

Parlement Parmi la quarantaine de députés d'extrême droite nouvellement élus au Palais Bourbon, plus d'un tiers ont été épinglés pour leurs dérapages verbaux ou leurs liens avec des groupuscules néonazis. Tour d'horizon.

Ne pas les oublier. L'entre-deux-tours des législatives a été marqué par les révélations des profils de nombreux candidats RN qui se sont distingués par leurs propos racistes ou homophobes, leur casquette nazie ou leurs hommages à Pétain...Une quinzaine d'entre eux ont découvert l'Assemblée nationale. Pourtant, Jordan Bardella avait promis de faire le ménage : « Lorsqu'il y a des brebis galeuses, je n'ai pas la main qui tremble. » Les personnalités décrites ci-dessous ne poseraient donc pas de problèmes ? « Je n'ai jamais eu de tolérance à l'égard de propos que j'estime être contraires à mes convictions et surtout à la ligne politique que je défends », ajoutait le président du RN, comme un aveu. Depuis le second tour, il est seulement demandé aux élus d'être « irréprochables ». En clair, taire leurs instincts et leurs idées profondes.

Les xénophobes

La multitude de phrases nauséabondes qui ont ressurgi des réseaux sociaux n'a pas empêché plusieurs d'entre eux de convaincre une majorité d'électeurs. C'est le cas d'Antoine Golliot, élu dans le Boulonnais, qui ne veut dans le pays que des « bons Français », des « patriotes qui aiment la France » et plaide pour la « détention provisoire » dans des centres de rétention de « tous les gens circulant de manière illégale sur le territoire ». Monique Griseti (Bouches-du-Rhône), de son côté, a pris pour cible le chanteur Gims : « Qu'il retourne de là où il vient, qu'il amène toute sa tribu avec lui. Qu'il aille traire la chèvre, ça nous fera des vacances. » Pour Florence Joubert, élue en Dordogne, la « carte d'identité d'un Arabe » ne serait « qu'un vulgaire chiffon »... Ils siégeront sur les mêmes bancs que Patrice Martin, député de Seine-Maritime qui relaie sur Facebook des publications de sites islamophobes ou antisémites comme Riposte laïque ou Égalité et Réconciliation, le mouvement d'Alain Soral. Les cadres du RN ont tenté de minimiser ces saillies, parlant d' « erreurs de jeunesse » ou de « surinterprétations ». Elles représentent pourtant l'ADN du parti d'extrême droite depuis sa création. Comme ses liens avec les groupes les plus violents et racistes.

Les groupusculaires

Dans le Rhône, les anciens de Génération identitaire, dissoute en 2021 pour promotion d'une « idéologie incitant à la haine et à la violence envers les étrangers et la religion musulmane », selon le Conseil d'État, ont fait campagne pour le RN. Précisément pour Tiffany Joncour, selon les révélations de StreetPress. Fréquentant le bar emblématique des identitaires lyonnais, la Traboule, la députée serait aussi proche de Marc Barrault, appelé « Marc Assin » et condamné en décembre 2023 à un an de prison dont six mois ferme pour agression raciste. Le syndicat la Cocarde étudiante, soupçonné de plusieurs actions violentes et de liens avec des groupes néonazis comme les Zouaves Paris, est aussi représenté à l'Assemblée nationale. Une ancienne de ses adhérentes, Manon Bouquin, a été élue dans l'Hérault, tout comme le cofondateur du syndicat d'extrême droite, Gaëtan Dussausaye, élu dans les Vosges.

Anne Sicard, néodéputée du Val-d'Oise, n'est, elle, pas proche de groupuscules, mais a fréquenté la mouvance suprémaciste, en étant responsable des fonds de dotation de l'Institut Iliade. Ce cercle de réflexion a été créé par plusieurs idéologues comme Jean-Yves Le Gallou et Henry de Lesquen pour promouvoir la pensée de Dominique Venner, ancien de l'OAS. C'est-à-dire « la logique de défense de la "race blanche" », relate l'historien Stéphane François. Iliade réunit catholiques intégristes et suprémacistes blancs.

Les anti-LGBTQI+

À l'image de Tiffany Joncour, qui revendique son appartenance à la Manif pour tous, plusieurs profils d'élus montrent que l'extrême droite n'a pas rompu avec son passé homophobe. Le RN n'a d'ailleurs eu aucun remords à s'allier avec la ciottiste Brigitte Barèges. En 2011, alors que la commission des Lois de l'Assemblée nationale examine un texte en faveur du mariage pour tous, celle qui est redevenue députée douze ans après son précédent mandat ironisait : « Et pourquoi pas des unions avec des animaux ou la polygamie ? » Certes, cette sortie a plus de dix ans, et l'extrême droite vise aujourd'hui davantage les personnes trans. Alors que le RN a déposé une proposition de loi pour interdire « tout traitement hormonal ou médical de transition de genre » pour les mineurs, il aura davantage de poids dans les mois à venir pour mener son offensive transphobe. Le ciottiste Alexandre Allegret-Pilot pourrait en être un soldat zélé, lui qui, en commentaire sous un article de Mediapart  sur des médecins qui suivent des enfants trans, questionnait : « Les nazis n'avaient pas leurs médecins ? »

Les climatosceptiques

Guillaume Bigot aurait pu concourir à plusieurs des catégories ci-dessus. Avec cet essayiste et éditorialiste, inutile de fouiller dans les profondeurs de ses réseaux sociaux : c'est à l'antenne, comme chroniqueur sur CNews, qu'il a qualifié Sandrine Rousseau de « Greta Thunberg ménopausée » et qu'il a développé son idée de « rétablir le bagne » aux « îles Kerguelen ». C'est dans le climatoscepticisme qu'il est le plus régulier. Pour Guillaume Bigot, le réchauffement climatique « n'est pas du fait de l'Homme ». « Rien ne prouve l'effet de serre du CO2 » et il serait « grotesque de prétendre que 2 degrés de plus vont nous précipiter dans l'apocalypse ».

Des points de vue qui ne sont pas sur la ligne officielle du RN, mais qui se rapprochent de ses votes. Comme lorsque, au Parlement européen, ce parti s'est opposé à toutes les mesures du pacte vert. Marine Le Pen prétend défendre « un projet qui tient compte de l'environnement », tout en fustigeant « l'idéologie des activistes écologistes les plus fous ». L'anti-écologisme du RN apparaît à la fois électoraliste et dogmatique. En attestent d'autres prises de parole, comme lorsque Florence Joubert refuse de reconnaître l'impact de l'Homme sur le réchauffement climatique, ou Patrice Martin, pour qui lier la canicule à ce dérèglement est un « mensonge ».

Le Monde
France, vendredi 26 juillet 2024 659 mots, p. 8
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24 juillet 2024 - Le Monde (site web)
25 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Olivier Faure alerte le Conseil d’Etat sur les actions du gouvernement

Le premier secrétaire du PS demande à la plus haute juridiction administrative d’étudier les nominations au sein de l’administration centrale

Rachel Garrat-Valcarcel

Moins de vingt-quatre heures après le refus d’Emmanuel Macron de nommer la candidate du Nouveau Front populaire (NFP) à Matignon, Lucie Castets, la gauche ne baisse pas la garde. Sur les plans politique et juridique. Mercredi 24 juillet, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, a adressé un courrier au Conseil d’Etat pour relever les actions réglementaires d’un gouvernement démissionnaire pour plusieurs semaines alors même que le Parlement ne siège pas. Une situation que le député de Seine-et-Marne considère comme « extrêmement problématique », dans le courrier que Le Monde a pu consulter.

Dans cette lettre, précisément adressée au vice-président du Conseil d’Etat, Didier-Roland Tabuteau, Olivier Faure s’interroge sur une « récente série de nominations à des postes de direction au sein de l’administration centrale avec des dates de prises de fonctions différées ».

Le premier secrétaire du PS évoque en particulier la nomination, le 26 juin, d’un nouveau secrétaire général adjoint de la défense et de la sécurité nationale, « un collaborateur direct du premier ministre en matière de défense » pour le 1er septembre. Le prédécesseur part à la retraite, mais Olivier Faure considère comme « une bizarrerie qu’une telle nomination, sur un collaborateur direct, intervienne après la dissolution[de l’Assemblée nationale], alors qu’il peut être amené à travailler avec un premier ministre qui ne vienne pas du camp présidentiel ».

« Qu’il se porte garant »

Olivier Faure voit plus globalement « un empressement à changer les directeurs d’administration avant qu’une éventuelle cohabitation intervienne », qui dépasse les plus traditionnels « recasages » de membres de cabinets ministériels. Et cela alors que « jamais, à notre connaissance, un gouvernement n’aura dû gérer aussi longtemps les affaires courantes», dit-il dans sa lettre.

Le président de la République a appelé de ses vœux en début de semaine une « trêve politique » pendant les Jeux olympiques (JO). Une posture confirmée lors de l’interview qu’il a donnée à France 2 et à Radio France, mardi 23 juillet, renvoyant la nomination d’un nouveau gouvernement de plein exercice au plus tôt à la fin des JO– ils se terminent le 11 août – voire à la fin des Jeux paralympiques, qui se terminent le 8 septembre. Le gouvernement de Gabriel Attal a démissionné le 16 juillet, neuf jours après le second tour des élections législatives.

Ce que demande le patron du PS au Conseil d’Etat est de savoir si un gouvernement qui s’occupe des affaires courantes peut procéder à toutes ses nominations. « Je demande que le Conseil d’Etat observe. Qui contrôle les actes réglementaires quand il n’y a pas de session parlementaire ? Qui peut contester les actes du gouvernement ? »,questionne-t-il. Olivier Faure pose aussi la question dans sa lettre de son intérêt à agir « en qualité de dirigeant d’un parti politique, dont le rôle est consacré par l’article 4 de la Constitution ».

L’inquiétude d’Olivier Faure n’est pas sans rappeler celle de Marine Le Pen pendant la campagne des législatives. Le 3 juillet, sur France Inter, la députée (Rassemblement national) du Pas-de-Calais avait alerté sur un « coup d’Etat administratif »opéré par Emmanuel Macron et son gouvernement. Elle dénonçait les nombreuses nominations qui avaient eu lieu lors du conseil des ministres du 26 juin. Le patron du PS n’utilise pas le même terme : « Je ne parle pas de coup d’Etat, je demande que le Conseil d’Etat se porte garant de ce qu’il se passe, qu’il use de son pouvoir de contrôle pour assurer que rien ne déborde. »

Comme une sorte de pression sur le président de la République qui, en cas de cohabitation, devra discuter avec son premier ministre sur la plupart des nominations, qui sont contresignées par le chef du gouvernement.

Libération
vendredi 26 juillet 2024 1117 mots, p. 24

AUTRE

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25 juillet 2024 - Libération (site web)

Député autodéterminé

Samuel Ravier-Regnat

AUTRE

Le Portrait E mmanuel Tjibaou parle doucement, presque en murmurant, comme pour ne pas troubler la quiétude du jardin de l'Assemblée nationale, que traversent quelques hommes pressés en cravate. L'agitation fiévreuse de la veille, date de l'élection à suspense pour la présidence de la Chambre, est retombée. Reste ce gaillard de 48 ans assis sur un banc, avec sa chemise rose à fleurs blanches, ses lunettes cerclées de rouge et ses cheveux grisonnants. Emmanuel Tjibaou a parcouru 17 000 kilomètres pour arriver là, sur son nouveau lieu de travail – même s'il continue à vivre chez lui la plupart du temps. Le 7 juillet, dans le vacarme de législatives provoquées par Emmanuel Macron, il a été élu député de la deuxième circonscription de la Nouvelle-Calédonie, avec le soutien du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), la principale force indépendantiste du territoire ultramarin. Un événement historique.

Le Aucun député indépendantiste n'avait été élu sur le Caillou depuis le défunt Rock Pidjot (1907-1990), dont le mandat s'était étalé jusqu'en 1986. C'était une autre époque, pourtant étrangement semblable à l'actuelle. Hier comme aujourd'hui, la Nouvelle- Calédonie était ravagée par les affrontements violents entre les partisans de l'indépendance et les loyalistes, fidèles à l'Etat français. Emmanuel est alors un petit garçon, né à Hienghène, au nord-est de la Grande Terre, dans une famille d'indépendantistes convaincus. Son père, Jean-Marie (1936- 1989), prêtre, instituteur et fondateur du FLNKS, est la figure majeure de la lutte «décoloniale» des Kanak ; sa mère sera des années plus tard candidate aux élections municipales à Nouméa. En décembre 1984, la guerre civile coûte la vie à deux oncles du gosse, massacrés par des combattants caldoches. Cinq ans plus tard, le 4 mai 1989, le «vieux» est assassiné à son tour, abattu par un militant kanak pendant une commémoration, après avoir oeuvré pour la paix et l'élaboration des accords de Matignon (1988) qui devaient mener le territoire du Pacifique sur la voie de l'autodétermination. Sur cette histoire familiale tragique, il ne s'éternise guère.

Portrait Pudique. Lui préfère causer projet de société et «destin commun». Jeune homme, il étudie quelques années à Paris – les langues et la sociologie. Rapidement, il se tourne vers la culture. Mais la politique est déjà là. «L'identité culturelle est un pivot de notre revendication indépendantiste. Notre héritage culturel a été battu en brèche par la colonisation, qui a considéré qu'il s'agissait d'oeuvres du démon. Mais nous sommes ici chez nous, et nous avons vocation à partager des références communes issues de l'histoire de notre peuple», argue-t-il. A partir de 2002, le cadet d'une fratrie de six travaille pour le Centre culturel Tjibaou, un établissement public destiné à la promotion de la culture kanak inauguré au lendemain de l'accord de Nouméa. Il en deviendra le directeur en 2011.

Emmanuel Tjibaou n'envisageait pas forcément de se retrouver au Palais-Bourbon un vendredi de juillet. Il aurait mieux aimé être «au pays», à «aller aux champs» avec les membres de sa famille. Mais la situation politique incandescente sur le Caillou et le sentiment d'une «impasse institutionnelle» l'ont décidé à se présenter à la députation. Deux mois que la Kanaky brûle à nouveau, incendiée par un projet de réforme constitutionnelle du corps électoral poussé par Emmanuel Macron, approuvé par le Sénat et l'Assemblée mais suspendu à la suite de la dissolution de la Chambre basse. Aux yeux des indépendantistes, le texte, qui devait augmenter la part électorale des nouveaux arrivants au détriment de celle des Kanak, est une nouvelle forme de violence de coloniale. Et un signe supplémentaire de la dégradation du dialogue avec la métropole, déjà fort abîmé en 2021 par l'organisation d'un troisième référendum sur l'autodétermination boycotté par le FLNKS.

«On a un sentiment de gâchis et de trahison, parce que l'Etat a cherché à nous forcer la main, soupire-t-il. Il essaie de changer les règles du jeu en cours de route. Mais l'accord de Nouméa est très clair : c'est un accord de décolonisation, avec la pleine émancipation comme perspective. On ne peut pas revenir en arrière.» Depuis le début de la crise, le 13 mai, dix personnes ont été tuées, dont deux gendarmes, et les dégâts matériels se comptent en milliards d'euros. Des centaines de personnes ont été interpellées, parmi lesquelles des chefs indépendantistes et Joël, le frère d'Emmanuel, incarcéré depuis plus d'un mois. Les affrontements continuent. La semaine dernière encore, une église a brûlé dans la commune de Mont-Dore.

Les excès de violence, il les regrette : «A aucun moment des consignes n'ont été passées en ce sens.» Mais il les avait senties venir, tant la colère était flagrante, parmi les manifestants postés sur les barrages auxquels il a rendu visite. «On a réalisé avec la crise que le développement s'est fait en laissant toute une partie de la population sur le bas-côté», explique-t-il. Et de convoquer, à l'appui de son argumentaire, son expérience d'intervenant au quartier des mineurs de Camp Est, le centre pénitentiaire de Nouméa. «C'est l'une des prisons les plus peuplées du Pacifique, mais elle contient essentiellement des Kanak [au moins 90 %, selon les chiffres officiels, ndlr]. C'est bien le signe qu'à un moment donné, les gens ne se reconnaissent plus dans le projet de société», souligne l'élu.

A l'Assemblée nationale, il siégera dans les rangs communistes, et au sein de la commission des finances, car c'est «l'urgence», dit-il, au regard de l'effondrement des structures économiques de la Nouvelle-Calédonie. Il veut porter la voix de l'apaisement d'un territoire fracturé. Avec son phrasé toujours si précis, ses mots soigneusement choisis, le père de quatre enfants dit la nécessité de «construire un pays viable avec tout le monde dans une perspective décoloniale», de «poser des argumentaires qui amènent à la prise en compte de ce qui nous rapproche plutôt que de ce qui nous divise». «C'est un homme constructif et réfléchi. On peut discuter avec lui, même si nos aspirations institutionnelles sont différentes. Il peut faire partie des points d'équilibre qui permettent à tout le monde d'avancer ensemble pour sortir de la crise», juge l'ex-député loyaliste du camp macroniste Philippe Dunoyer, battu au premier tour des législatives dans la première circonscription. Ainsi Emmanuel Tjibaou marcherait-il dans les pas de son «vieux», dont la poignée de main avec le loyaliste Jacques Lafleur demeure un symbole de la possibilité du dialogue. Sans prétention. «Je n'ai pas l'ambition de faire le Superman, je suis un mec simple, prévient-il. Je viens ici pour rappeler aux députés que des accords ont été signés au nom de la représentation nationale et du peuple français, et qu'il faut les respecter.»• 17 mars 1976 Naissance à Hienghène (Nouvelle- Calédonie).

4 mai 1989 Assassinat de Jean-Marie Tjibaou. 13 mai 2024 Début de la crise en Nouvelle- Calédonie.

7 juillet Elu député.

Le Monde
France, vendredi 26 juillet 2024 853 mots, p. 9
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24 juillet 2024 - Le Monde (site web)
25 juillet 2024 - La Matinale du Monde MSN (France) (site web réf.)

L’ex-député Hubert Julien-Laferrière mis en examen pour corruption

L’ancien élu écologiste est soupçonné d’avoir été payé en échange de prises de positions publiques, notamment en faveur du Qatar

Rémi Dupré, Abdelhak El Idrissi, Damien Leloup et Florian Reynaud

L’ancien député du Rhône Hubert Julien-Laferrière, dont le nom apparaît dans un vaste dossier portant sur des soupçons d’ingérences étrangères, a été mis en examen, mercredi 24 juillet, pour « corruption passive » et « trafic d’influence passif en bande organisée par un élu public », a appris Le Monde de source judiciaire. L’ex-élu a été présenté à un juge après près de quarante-huit heures de garde à vue. Il reste libre, sous contrôle judiciaire.

Le responsable politique lyonnais, passé par la majorité présidentielle puis par le groupe parlementaire Ecologiste-Nupes, et qui a fini son mandat en juin parmi les députés non inscrits, est soupçonné d’avoir touché à plusieurs reprises des rémunérations en échange de prises de parole publiques, y compris à l’Assemblée.

Cette mise en examen s’ajoute à de nombreuses autres découlant de l’information judiciaire ouverte par le Parquet national financier, et désormais entre les mains de deux juges d’instruction. En 2023, le lobbyiste Jean-Pierre Duthion, également présent dans ce dossier, a été mis en examen pour « corruption privée », « corruption d’agent public » et « trafic d’influence d’agent public ».

L’ancien journaliste de BFM-TV Rachid M’Barki, en lien avec M. Duthion et qui a reconnu en garde à vue avoir diffusé des sujets litigieux dans le journal de la nuit contre rémunération, a lui été mis en examen pour « abus de confiance » et « corruption privée passive ». Il avait été licencié par BFM-TV à la fin de février 2023.

Cryptomonnaie frauduleuse

Ce dossier aux multiples ramifications est né des révélations du Monde, de Radio France, de Forbidden Stories et de plusieurs partenaires internationaux dans le cadre de l’enquête « Story Killers », publiée en février 2023. Portant sur les ingérences étrangères, elle révélait le rôle de Jean-Pierre Duthion et de Rachid M’Barki dans de multiples campagnes d’influence sur le territoire français.

Peu après cette publication, Mediapart avait révélé qu’Hubert Julien-Laferrière, à l’époque député du Rhône, entretenait des liens avec Jean-Pierre Duthion, ancien fixeur en Syrie devenu agent d’influence pour de nombreux clients. Le site mettait alors en avant une étrange intervention de l’élu en faveur d’une cryptomonnaie frauduleuse, le Limocoin.

Rapidement, le rôle joué par Hubert Julien-Laferrière s’est retrouvé au centre de l’enquête en raison de multiples interventions de l’élu, en faveur aussi bien de l’opposante béninoise Reckya Madougou, d’un ancien premier ministre kazakh et surtout du Qatar, avant la tenue en novembre et en décembre 2022 du Mondial de football dans l’émirat.

En commission ou en séance, M. Julien-Laferrière a publiquement repris plusieurs fois des arguments en faveur du Qatar, parfois à rebours des positions de son groupe parlementaire de l’époque. Or l’ex-député est soupçonné d’avoir entretenu, par l’intermédiaire de Jean-Pierre Duthion, des liens avec Nabil Ennasri, un politologue spécialiste du Qatar aujourd’hui vu par les enquêteurs comme un potentiel agent d’influence et mis en examen des mêmes chefs que M. Duthion.

Selon les informations du Monde, l’ancien député aurait été rémunéré, pendant une période d’environ un an, 5 000 euros par mois par l’entremise de MM. Ennasri et Duthion, au moyen de fonds qui proviendraient d’une ambassade qatarie et du Comité national des droits humains, un organisme d’Etat de l’émirat.

En mai, Le Mondeavait révélé des captures d’écran montrant des échanges, au cours de l’été 2022, entre Hubert-Julien Laferrière et Jean-Pierre Duthion : « On s’est mis d’accord, ce mois-ci, je te donne 10k[10 000 euros] , alors que l’on ne va rien faire, à part Reckya. Sur tout le reste, je te laisse tranquille, Azerbaïdjan, etc. Je te préserve. Cette question était réglée. Je dois renégocier, à chaque fois, c’est lourd. On est dans un rapport de force. (…) Pour 10k, je te demande rien, à part Reckya. Et le fait de te tenir à une stratégie », écrivait ainsi Jean-Pierre Duthion.

Sollicitée, l’avocate de M. Julien-Laferrière, Marie Dosé, n’a pas souhaité réagir. En mai, dans un communiqué transmis par cette dernière, l’élu avait contesté « avec la plus grande fermeté toutes les accusations portées contre » lui, tout en ajoutant : « Mes interventions politiques et citoyennes ont pour seul moteur la défense des droits humains à l’étranger – y compris les droits des travailleurs étrangers sur les chantiers de la Coupe du monde au Qatar, dont j’ai condamné les conditions de travail à de nombreuses reprises –, qui se trouve être au cœur de mon engagement depuis plus de vingt ans. »

M. Julien-Laferrière, qui bénéficiait jusqu’à peu de l’immunité parlementaire, ne s’est pas représenté aux élections législatives après la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron le 9 juin. Il expliquait à la mi-juin à 20 Minutesavoir décidé de se consacrer à un autre engagement, qu’il décrit comme sa « passion secrète » : la protection des grands singes.

La Croix, no. 42980
Monde, vendredi 26 juillet 2024 1071 mots, p. 8,9

L’opposition vénézuélienne veut clore vingt-cinq ans de chavisme

William Gazeau

Plus de deux décennies après l’arrivée au pouvoir des chavistes, l’opposition vénézuélienne se retrouve en bonne position pour gagner l’élection présidentielle du 28 juillet.

Un vent de changement insufflé par la charismatique Maria Corina Machado, au service du candidat Edmundo Gonzalez Urrutia.

Maracaibo (Venezuela)

De notre envoyé spécial

Le soleil de plomb de Maracaibo n’aura pas entamé la motivation des participants. Le 23 juillet, une marée humaine envahissait la place de la République et l’avenue 5 de Julio, pour voir passer la caravane. Après quelques fausses alertes, Maria Corina Machado apparaît, montée sur le toit d’un 4 × 4. Tee-shirt blanc décoré des couleurs de son pays sur le dos, l’ex-députée salue les milliers de partisans extatiques. Postés le long de l’avenue et jusque sur les toits avoisinants, ils lui répondent en criant « Libertad ! ».

Les scènes de joie qui accompagnent son passage dans la grande ville pétrolière de l’ouest du Venezuela parlent d’elles-mêmes : Maria Corina Machada est la leader incontestée de l’opposition qui s’avance plus confiante que jamais pour l’élection présidentielle du dimanche 28 juillet. Environ 21 millions de Vénézuéliens sont appelés à voter pour élire leur président pour les six prochaines années. Nicolas Maduro, qui brigue un troisième mandat, a saturé l’espace public et médiatique de propagande à sa gloire : spots TV, fresques murales, campagne sur les réseaux sociaux… Des moyens hollywoodiens dans un pays pourtant exsangue. Pas assez pour prendre la tête des sondages dont le pouvoir nie les résultats en bloc. Étrangement, ce n’est pas le nom de Maria Corina Machado que les électeurs pourront placer dans l’urne. Elle a été déclarée inéligible par la justice vénézuélienne, officiellement pour avoir soutenu les sanctions américaines contre le régime chaviste.

En décembre dernier, elle avait pourtant écrasé la primaire de la Plateforme unitaire démocratique (PUD), l’alliance qui regroupe les partis d’opposition. Le candidat de l’opposition se trouve à ses côtés sur le toit de la camionnette qui fend, au ralenti, la foule de Maracaibo. Plus discret, Edmundo Gonzalez Urrutia laisse sa binôme faire le reste. Le diplomate, inconnu du grand public puis promu favori du scrutin en l’espace de quelques semaines, esquisse un timide sourire. Ancien ambassadeur en Algérie et en Argentine, réputé pour ses talents de négociateur, Edmundo Urrutia n’a pas l’habitude de ces parades aux allures de triomphe romain. Il fait pourtant la course en tête avec près de 60 % des intentions de vote. Selon la dernière enquête du cabinet indépendant ORC Consultores, il devance largement le président Nicolas Maduro, qui plafonne à 12,5 %. Edmundo Urrutia profite de la grande popularité de la candidate empêchée. Aux abords de la caravane, tous et toutes applaudissent l’abnégation de Maria Corina Machado. « Elle porte ses idées jusqu’au bout, malgré les pièges que lui tendent les autorités, souligne Rafael Candel, ingénieur informatique habillé de la tête aux pieds aux couleurs du Venezuela. Avec elle, nous n’avons plus peur. »

Venu avec sa petite amie, Nelson Urdaneta, étudiant, adhère lui aussi au discours de la femme forte de l’opposition : « Mes quatre frères sont partis à l’étranger faute d’opportunité ici. Je veux pouvoir vivre dignement chez moi, au Venezuela. Maria Corina a promis de changer ce système, de réunir les familles, et elle en est capable. » Antichaviste de la première heure, Maria Corina Machado doit sa popularité à la constance de son combat politique. Dès 2004, l’ingénieure avait réuni plusieurs millions de signatures dans le cadre du référendum révocatoire contre l’ex-président Chavez. Ces dernières semaines, une vidéo datant de 2012 a également été massivement partagée sur les réseaux sociaux. On y voit Maria Corina Machado, alors députée, interpeller avec virulence le fondateur de la République bolivarienne, qualifiant de « vols » les expropriations ordonnées par le pouvoir chaviste.

À trois jours de l’élection présidentielle, la championne de l’opposition « récolte les fruits de sa cohérence politique », estime Raniero Cassoni, politologue de l’Université centrale du Venezuela. Surtout, Maria Corina Machado est parvenue à incarner l’espoir de changement de millions de Vénézuéliens épuisés par une crise économique interminable, et qui a fait perdre près de 80 % de son PIB au pays en dix ans. « Ça fait des années qu’on en a marre de ceux qui nous gouvernent mais cette fois, nous avons quelqu’un qui nous représente », se réjouit Mariliz Riba. À 65 ans, cette fonctionnaire de l’administration de la ville aimerait prendre sa retraite mais continue de travailler : « Avec 130 bolivars de retraite, c’est-à-dire trois dollars par mois, je serai déjà morte ! »

Le coût de la vie élevé et la faillite des services publics comme l’eau et l’électricité alimentent le mécontentement de la population. Plus que le facteur idéologique, explique Margarita Lopez Maya, historienne de l’Université centrale du Venezuela : « Aujourd’hui, l’antichavisme provient surtout de la détérioration des conditions de vie. » L’opposition promet une libéralisation et une stabilisation de l’économie, ce qui trouve un fort écho dans la population. « On veut pouvoir travailler et subvenir à nos besoins, pas dépendre des sacs de nourriture du gouvernement », assène Nelson Urdaneta.

Adulée par ses partisans, Maria Corina Machado est tout autant détestée par le camp présidentiel. Des dizaines de membres de son entourage ont d’ailleurs été arrêtés au cours de la campagne. « Jamais les autorités chavistes n’accepteront qu’elle gouverne », assure Jesus Seguias, président de l’Institut de sondages DatinCorp. Le profil plus consensuel d’Edmundo Urrutia conviendrait mieux à Maduro. « Lorsque Maria Corina parle du dictateur Maduro, Edmundo l’appelle M. le Président », note l’analyste. Son expérience de négociateur s’avérerait également utile pour aborder une éventuelle transition démocratique, scénario qui pourrait s’imposer à un Nicolas Maduro défait dans les urnes.

Reste à savoir si Maria Corina Machado accepterait ou non de se mettre en retrait du pouvoir. La question doit se poser dans les rangs de l’opposition comme dans les couloirs du palais de Miraflores. Une autre interrogation préoccupe davantage les Vénézuéliens : Maduro acceptera-t-il de quitter le pouvoir ? Ses récentes déclarations n’ont rassuré personne. L’actuel président a évoqué la possibilité d’un « bain de sang » , s’il venait à perdre les élections.

Le Monde
Economie & Entreprise, vendredi 26 juillet 2024 703 mots, p. 11
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25 juillet 2024 - Le Monde (site web)

L’extrême droite critique vivement la décision de l’Arcom, la gauche reste sur sa faim

Jordan Bardella ou Eric Zemmour s’ insurgent contre le non-renouvellement de la chaîne du groupe Bolloré. A LFI, le député Aurélien Saintoul aurait aimé voir CNews sanctionnée

Rachel Garrat-Valcarcel

Le non-renouvellement de la fréquence sur la TNT de C8, chaîne du groupe Bolloré, n’est pas passé inaperçue auprès du Rassemblement national (RN). « La gauche, qui ne supporte aucune remise en cause de son hégémonie culturelle, aucune expression différente de la sienne, a eu le scalp de C8 en faisant pression sur une autorité “indépendante”. Les censeurs se réjouissent d’avoir fait taire une voix pluraliste. Bienvenue dans notre démocratie », a déclaré sur X le président du RN, Jordan Bardella.

Pour le parti d’extrême droite, il s’agit d’une attaque contre la liberté d’expression, dont l’accusé est tout trouvé : la gauche. Elle « devrait se réjouir de la réduction de la diversité des programmes proposés aux téléspectateurs au profit d’une uniformisation de la pensée à la télévision. Nous nous battrons pour la liberté d’expression » , a expliqué de son côté le député de l’Oise Philippe Ballard (RN), ancien journaliste à LCI, toujours sur X.

Marion Maréchal affirme même que C8 va être remplacée par « un média de gauche »,qui serait, selon elle, la chaîne du journal Ouest-France, qui a été retenue.

« Ils ne savent pas créer, ni libérer ni plaire. Alors, ils brisent l’élan de ceux qui créent, qui libèrent et qui plaisent », explique Eric Zemmour, président du parti Reconquête !, et ancien chroniqueur sur le groupe de Vincent Bolloré, sans définir vraiment ce « ils ».

« Une victoire un peu limitée »

La question du renouvellement des fréquences des chaînes de la TNT avait largement occupé l’Assemblée nationale au printemps par le biais d’une commission d’enquête proposée par la France insoumise (LFI). Aurélien Saintoul (Hauts-de-Seine, LFI), rapporteur de la commission d’enquête, voit le verre à moitié vide : « C’est une victoire un peu limitée. J’ai du mal à comprendre pourquoi ce qui vaut pour C8 ne vaudrait pas pour CNews. Les auditions de l’Arcom avaient été assez faibles. Aucune remarque sur l’honnêteté de l’info, ni même sur le fait que trois chroniqueurs de CNews ont été candidats RN aux législatives, ce qui est quand même énorme. »

Sophie Taillé-Polian (Val-de-Marne, Génération.s), membre de la commission d’enquête, partage la même interrogation, mais préfère voir le verre à moitié plein : « C’est une décision positive que je salue. C’est une première victoire contre l’empire Bolloré. »

M. Saintoul est plus critique : « Il était sans doute difficile de justifier que la seule chaîne info à payer soit CNews. La chaîne est aussi quasiment rentable, ce qui n’est pas le cas de C8. L’Arcom peut se dire qu’elle est impartiale en ne renouvelant ni NRJ12 ni C8 parce que les deux chaînes sont dans le rouge. »

Les deux députés ont les yeux rivés sur la convention qui doit être signée entre l’Arcom et les opérateurs présélectionnés. « Il faut une convention très exigeante, surtout vis-à-vis des chaînes d’information », espère Mme Taillé-Polian, quiélargit le sujet à BFM-TV et son indépendance, mise à mal par les révélations de Médiapartsur une prétendue « manipulation médiatique » de la direction de la chaîne en faveur de Nicolas Sarkozy.

M. Saintoul fait trois préconisations. D’abord, des indications sur la part précise d’ « informations pures » et de commentaires. Ensuite, un ratio de journalisme suffisant pour la charge de travail. Et, enfin, une charte éditoriale précise, « afin que cesse la confusion entre la notion de ligne éditoriale et de ligne politique », dit le député dans un communiqué. « Je voudrai juste que CNews devienne une chaîne normale, mais c’est plus crédible que la convention échoue que d’espérer que les dirigeants de la chaîne reviennent à de meilleurs sentiments. »

Pour Sophie Taillé-Polian, cela renforce aussi l’urgence d’une « grande loi pour l’indépendance et le pluralisme des médias ». L’élue veut croire que le traitement de la campagne électorale par le groupe Bolloré aura convaincu des députés du bloc central qui s’interrogeaient pour réunir une majorité autour d’un éventuel texte.

Le Figaro, no. 24859
Le Figaro, vendredi 26 juillet 2024 746 mots, p. 8

Politique

Le camp qui n'a jamais su se faire un nom

Beker, Thomas

L'équation est presque insoluble. Elle consiste à essayer de se faire une place, sans avoir jamais su se faire un nom. Créé ex nihilo par Emmanuel Macron en 2016, le mouvement En marche était pourtant, jurait-on à l'époque, taillé sur mesure pour le « nouveau monde ». Car il en était fini des partis poussiéreux, symboles de la politique à l'ancienne et du clivage gauche-droite. L'ambitieux trentenaire, qui allait prendre le « meilleur de la gauche et de la droite » , serait dès lors l'incarnation du « dépassement ». Sauf qu'une fois installé à l'Élysée, Emmanuel Macron ne s'est plus jamais vraiment occupé de son héritage. Rebaptisée une première fois - La République en marche - pour les élections législatives de 2017, la structure est vite devenue une coquille vide. Utile uniquement au chef de l'État pour récolter des subventions publiques, trésor de guerre indispensable pour financer les futures campagnes.

« Le parti d'Emmanuel Macron a toujours été gazeux » , tranche Paul Bacot, professeur à Sciences Po Lyon. Le politologue n'y voit qu'une façon d'agréger des électeurs en adoptant la stratégie du parti « attrape-tout ». Contrairement aux formations historiques telles que le Parti socialiste ou Les Républicains (ex-UMP ; ex-RPR), « il n'y a pas de vie démocratique, pas de congrès pour trancher la ligne... et aucun capital collectif au sein d'En marche » , décrit le chercheur. « C'est plutôt un fan-club » , lâche-t-il, en référence au principal objectif de la formation : faire élire son chef à la présidentielle. Ce qui le rapproche de La France insoumise, mouvement entièrement dévoué aux ambitions élyséennes de Jean-Luc Mélenchon.

La République en marche restera le nom du parti pendant cinq ans (2017-2022) : un record de longévité en macronie. Mais les années passant et la campagne de 2022 approchant, le parti fait les frais de l'effritement de la majorité. Alors que le MoDem de François Bayrou défend jalousement son indépendance, et qu'Édouard Philippe lance Horizons pour asseoir son statut de présidentiable, l'étiquette Ensemble apparaît en novembre 2021. Présentée comme la nouvelle « maison commune » du camp présidentiel, elle prend davantage les atours d'une « coalition » visant à soutenir le programme du président en vue de sa réélection. À un détail près : ses statuts juridiques sont celui d'un parti politique, qui dispose même d'un président en la personne de Richard Ferrand, un intime du chef de l'État.

Une strate supplémentaire qui invisibilise encore un peu plus LREM, et l'oblige à se doter d'un troisième nom en six ans : Renaissance, dévoilé en grande pompe lors d'un congrès fondateur au Carrousel du Louvre. Avec ce choix présenté comme une révolution, le président de la République fait surtout du neuf avec du vieux : ce slogan ayant été celui de la campagne des européennes en 2019. Ce qui étonne Paul Bacot : « Il y avait un côté pratique de pouvoir appeler les partisans du président les « marcheurs » , c'est un des seuls symboles identifiables des macronistes qui était rentré dans le débat public » , considère-t-il. Lui-même obligé de reprendre la terminologie de « macronistes » , seul qualificatif à même de désigner le courant en question, et sa ligne politique.

Si Renaissance a bon espoir de fêter sa deuxième bougie le 17 septembre prochain, il n'en demeure pas moins que les législatives anticipées ont encore affaibli son installation dans le débat public. D'abord parce que la dernière campagne s'est faite au nom du « bloc central ». Ensuite parce que le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, a profité de son élection à la tête du groupe pour en changer le nom à l'Assemblée. Désormais, ses députés sont rassemblés sous la bannière Ensemble pour la République (EPR). Des initiales évocatrices qui rappellent les réacteurs nucléaires de dernière génération, développés durant le quinquennat. « Comment ne pas voir le clin d'oeil à droite, avec un acronyme qui rappelle celui du RPR de Jacques Chirac! » , ajoute Paul Bacot, dans un sourire.

Reste que ces changements incessants, qui rendent le parti inaudible voire inexistant, agacent jusque dans les rangs macronistes. « Je ne sais même plus comment on s'appelle, à force de changer de nom... Alors que le moindre étudiant en marketing sait que c'est une connerie de changer d'appellation sans arrêt » , peste un conseiller ministériel. Un député qui siégera dans le groupe EPR se veut plus confiant en vue des prochaines échéances : « Les marques peuvent changer mais c'est l'incarnation qui compte. On a des personnalités fortes capables de faire la transition pour l'après-Macron. » Cela suppose de se mettre d'accord sur deux noms : celui du candidat, et celui du parti. T.B.

Libération
vendredi 26 juillet 2024 153 mots, p. 16

Expresso

Bourrages d'urnes à l'Assemblée : l'enquête classée sans suite

Etienne BaldiT ; Chez Pol

Expresso

Saura-t-on comment des urnes ont pu être bourrées à l'Assemblée, lors du vote pour les vice-présidences ? Dix enveloppes en trop avaient été retrouvées après le premier tour. Une possible «fraude», du jamais-vu. Le scrutin avait dû être refait. A priori, aucune enquête poussée ne sera diligentée.

«Les investigations n'ont pas permis d'apporter de conclusion», confirme-t-on à la présidence. Un député macroniste raconte : «Il y a eu des expérimentations. Il fallait essayer de comprendre comment on peut mettre plusieurs enveloppes ensemble [...]. En laissant l'enveloppe ouverte, on peut en glisser deux ou trois ensemble et passer le rabat par-dessus ; quand ça tombe, elles se séparent…» A l'Opinion mercredi, l'administration du Palais-Bourbon disait, sur l'enquête : «C'est une décision politique qui relève du bureau de l'Assemblée dont la prochaine réunion n'est pas fixée.» Rendez-vous donc, peut-être, à la rentrée.

Extrait de notre newsletter politique réservée à nos abonnés.

Le Figaro, no. 24859
Le Figaro, vendredi 26 juillet 2024 1603 mots, p. 10

Société

En l'absence de gouvernement, le grand flou de la rentrée scolaire

Groupes de besoins, labellisation des manuels scolaires, recours au redoublement... À un mois de la rentrée, l'incertitude plane sur les réformes de l'ère Attal.

Beyer, Caroline

Comme si de rien n'était. Au lendemain d'un scrutin législatif qui n'a donné de majorité absolue à aucun des blocs politiques constitués et a laissé la France en suspens, le ministère de l'Éducation nationale a continué de dérouler sa feuille de route. Imperturbablement. Pas question de donner l'impression que l'on se contente d'expédier les affaires courantes. Le 10 juillet, le cabinet de Nicole Belloubet avait convoqué les organisations syndicales pour travailler sur les réformes. Lors de cette réunion, il s'agissait d'acter la volonté de l'exécutif de mettre en place des évaluations en classes de cinquième et de troisième. À l'issue d'une discussion ubuesque, les conseillers de la ministre ont finalement acté que ces nouvelles évaluations - destinées à compléter celles qui existent déjà en sixième et en quatrième - seraient «optionnelles». Tentative désespérée de donner le change. Un peu plus tard dans la journée, ils ont aussi fait savoir que les nouveaux programmes de maternelle, CP, CE1 et CE2, prévus pour septembre 2024 - mais toujours pas publiés à ce jour -, ne seraient appliqués qu'en 2025. Quant à la labellisation des manuels scolaires à l'école primaire, que Gabriel Attal avait promise lorsqu'il était Rue de Grenelle, elle attendra aussi.

«Pourquoi ne pas appuyer sur le bouton « pause »?» ,s'interroge Agnès Andersen, secrétaire générale du syndicat des chefs d'établissement ID-FO. «Entre les deux tours des législatives, le ministère avait maintenu des groupes de travail, avec la volonté de faire passer des textes. En termes de respect de la démocratie, ça interpelle...» ,estime-t-elle. «Si l'on comprend bien la logique, comme le président a demandé au premier ministre de rester, les réformes continuent? C'est du délire complet» , lâche Jean-Rémi Girard, au Snalc.

Déni, inconscience, provocation ? Au-delà des interrogations, les syndicats décrivent une atmosphère «lunaire». «Dans les couloirs du ministère, j'ai croisé beaucoup de personnes semblant penser que Nicole Belloubet allait rester. Y compris au sein d'un futur gouvernement», rapporte un syndicaliste. «On pourrait avoir des surprises. Elle coche toutes les cases» ,nous confirme un habitué de la maison, rappelant l'appartenance de l'ancienne rectrice au camp de la gauche socialiste. Allô, la terre ?

Interrogée le 8 juillet sur LCI, Nicole Belloubet a expliqué qu'elle souhaitait la constitution d'un «arc républicain de gens qui sont prêts à gouverner» ,basé sur «le centre gauche».En espérant sauver son costume de ministre ? Le lendemain, sur Franceinfo, cette fois, elle a affirmé que les « groupes de besoins » , prévus à la rentrée prochaine au collège, en sixième et en cinquième, seront bien mis en place. «Aucun gouvernement, quel qu'il soit, ne peut aller à l'encontre de différentes manières d'aider les élèves» ,croit-elle savoir. En semblant ignorer que le programme éducatif du Nouveau Front populaire (NFP) prévoit de les abroger.

«Les propos de la ministre sont totalement décalés d'un point de vue spatio-temporel!, lâche Élisabeth Allain-Moreno, à l'Unsa . La question n'est pas de savoir si ces groupes se mettront en place. La rentrée est prête depuis longtemps!» Comme de coutume, l'administration y travaille depuis des mois, indépendamment des turpitudes politiques. Car une chose est certaine : le 2 septembre prochain, 1,2 million de personnels de l'Éducation - dont 850 000 enseignants - et 12 millions d'élèves feront leur rentrée. Dans les collèges et les lycées, les emplois du temps sont en passe d'être bouclés. Et les fameux groupes de besoins sont organisés. Ou pas... L'assouplissement des règles, décrété par Nicole Belloubet pour ces groupes - que Gabriel Attal avait initialement baptisés « de niveau » -, a abouti sur le terrain à des situations disparates, faute de moyens suffisants. Certains établissements les ont mis en place. D'autres se sont contentés du strict minimum pour être dans les clous, comme dans l'éducation prioritaire ou dans l'enseignement catholique sous contrat. «Ces groupes vont mourir de leur belle mort,prédit-on au Snalc. Et fin août, un nouveau premier ministre pourrait très bien dire qu'on ne les applique pas.»

Dans son programme éducatif, pour le moins succinct mais sans surprise, le NFP, alliance des partis de gauche (LFI, PS, EELV et PCF), prévoit d'abroger ces groupes accusés d'organiser le « tri social ». Tout comme l'ensemble des mesures du « choc des savoirs » , annoncées en décembre dernier par Gabriel Attal : le recours au redoublement, de nouveaux programmes pour l'école primaire ou encore le brevet obligatoire pour entrer en classe de seconde. Une série d'annonces saluées à droite et conspuées à gauche. Le Nouveau Front populaire programme un détricotage en règle. Il prévoit aussi d'abolir Parcoursup et la sélection à l'université. Il veut une «grande loi éducation» ,et promet de réduire les effectifs par classe, de revaloriser les salaires, de titulariser les AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap)... Pour tout cela, il prévoit un budget rectificatif. Vraiment crédible, dans un contexte de réduction des dépenses ?

Dans l'arène politique, le sujet de l'école n'a été que peu abordé lors de ces législatives précipitées, où il fut surtout question de retraites, d'assurance-chômage et d'immigration. Mais le 8 juillet, lorsque Rodrigo Arenas, député LFI tout juste réélu à Paris, est interrogé sur l'abaya à l'école, il signifie clairement sa volonté de supprimer la circulaire d'interdiction, rédigée il y a presque un an par Gabriel Attal. «Je fais confiance aux chefs d'établissement pour avoir le discernement» ,a expliqué l'ancien président de la FCPE, lors d'un débat sur BFMTV. À ses côtés, sur le plateau, la socialiste Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l'Éducation, approuve : «Je suis assez d'accord avec ce que dit Rodrigo Arenas. Sur les questions d'éducation, il faut revenir à la raison.»

Des propos jugés déplacés par l'ensemble des syndicats enseignants. «Ces mêmes personnes qui, à l'époque de la circulaire, nous disaient que ce n'était pas un sujet prioritaire pour l'école nous expliquent aujourd'hui que ce serait une mesure urgente à prendre!» ,s'étrangle Agnès Andersen, de l'ID-FO, syndicat des principaux de collège et proviseurs de lycée qui, comme le SNPDEN, son homologue à l'Unsa, a défendu la mesure. «Depuis cette circulaire, l'abaya n'est plus un sujet,affirme-t-elle. Pourquoi vouloir remettre de l'huile sur le feu?» Au Snes-FSU, où l'on valide pourtant le programme du NFP, Sophie Vénétitay concède que «ce n'est pas le moment de parler de cela».

Car les acteurs de l'éducation, syndicats comme fédérations de parents d'élèves, savent bien que le sujet est ailleurs. «La certitude que nous avons pour la rentrée prochaine, c'est qu'il n'y aura pas un enseignant devant chaque élève» ,expliquent-ils. Voilà maintenant trois ans qu'ils assistent à une crise majeure du recrutement des enseignants, durablement alimentée par les difficiles conditions d'exercice du métier et par le manque d'attractivité salariale. Malgré un léger mieux, les concours 2024 n'ont pas fait le plein : 3 185 postes sont restés vacants. Au concours de professeur des écoles, 88,3 % des postes ont été pourvus, soit une amélioration de 0,7 point par rapport à 2023. Comme pour les années précédentes, ce sont les académies de Créteil et de Versailles, réputées difficiles, qui sont les plus à la peine. Dans le secondaire, 88,3 % des postes ont été pourvus, soit 2 points de plus que l'an dernier. L'allemand (45,5 %), les lettres classiques (63,3 %) et les mathématiques (79,9 %) sont les disciplines les plus affectées.

À moyen et long terme, la réforme de la formation des enseignants qui, dès 2025, permettra une entrée plus rapide dans le métier (avec un concours déplacé de bac + 5 à bac + 3), pourrait jouer sur l'attractivité. Reste les salaires, peu attractifs malgré une revalorisation, en septembre 2023, de 5,5 % en moyenne par rapport à l'année précédente. «Cette dernière revalorisation remonte à Pap Ndiaye. Et pour tous les enseignants ayant plus de quatorzeans d'ancienneté, le gain n'a été que de 96euros net par mois», rappelle-t-on au Snalc.

«La rentrée 2024 va ressembler aux précédentes» ,lâche Laurent Zameczkowski, porte-parole de la Peep, la deuxième fédération de parents d'élèves . «Comme d'habitude, on n'aura pas assez de profs. Mais les rectorats commencent à l'assumer, ajoute-t-il . Au moins, on nous épargne le show « il y aura un enseignant devant chaque élève ».»

Les syndicats, de leur côté, rechignent aussi à se lancer dans la politique-fiction. «Autant on avait commencé à se projeter avec un gouvernement RN, autant, là, les hypothèses deviennent compliquées» ,résume Sophie Vénétitay, du Snes, avant d'énumérer les différents scénarios, «une coalition Renaissance-LR, une alliance d'une partie du NFP et de Renaissance, ou encore le NFP» ,qui impliquent «des choses très différentes pour l'école».Au SE-Unsa, on se fait «peu d'illusions sur les jeux politiques à l'oeuvre et les fractures de certaines ententes». «Il y a peu de probabilités pour que le choc des savoirs soit abrogé,estime à contrecoeur Élisabeth Allain-Moreno, sa secrétaire générale . Après Blanquer, on a eu une succession de ministres VRP de la feuille de route écrite par Emmanuel Macron. Il y a peu de chances que cela change.» Au syndicat des personnels de direction ID-FO, on emprunte le même discours blasé. «On a vu passer quatre ministres en un an. On en verra peut-être un cinquième, un sixième, un septième, lâche Agnès Andersen . Ceux qui prendront la suite devront écouter le terrain, le bon sens, et être pragmatiques. Ce qui n'a pas été le cas ces dernières années.» Une chose est sûre : le ministre de l'Éducation du futur gouvernement trouvera des troupes remontées contre les « années Macron ». C. B.

Le Figaro, no. 24859
Le Figaro, vendredi 26 juillet 2024 912 mots, p. 8

Politique

Aussi paru dans
25 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Du groupe au parti, les ambitions d'Attal

Le premier ministre sortant pourrait tenter de s'emparer de Renaissance cet automne.

Hausalter, Louis

Ce 14 Juillet au soir, le Conseil économique social et environnemental (Cese) abrite une réunion politique aussi cruciale qu'improvisée. Sur le toit du Palais d'Iéna, une rencontre à deux têtes s'organise, face aux crépitements du feu d'artifice de la Fête nationale. Depuis cet emplacement privilégié, Gabriel Attal et Stéphane Séjourné ont une vue imprenable sur la tour Eiffel, éclaboussée par les explosions de couleurs et les drones pyrotechniques. Le chef du gouvernement sortant et le ministre démissionnaire des Affaires étrangères devaient initialement se retrouver au Trocadéro voisin, pour «parler de la suite » et « évoquer le dispositif». Mais les gardes du corps de Matignon auraient exigé un endroit plus calme, et plus simple à sécuriser. Que peuvent bien se dire un chef de file parlementaire et un patron de parti présidentiel lorsqu'ils se retrouvent en tête-à-tête, à l'abri des oreilles indiscrètes ou malveillantes ?

Gabriel Attal, plus jeune premier ministre de la Ve République condamné par la dissolution à en être aussi l'un des plus éphémères, s'est très vite emparé du groupe macroniste à l'Assemblée pour tenter d'écrire la suite. Stéphane Séjourné, bientôt ex-chef de la diplomatie française, sait quant à lui que son poste de secrétaire général de Renaissance est menacé. Car avant la tempête du printemps, une échéance trottait déjà dans les têtes en macronie : le parti présidentiel doit normalement tenir un congrès à l'automne. Deux camps s'opposaient sur la finalité de ce rendez-vous. Ceux qui estimaient qu'il fallait saisir l'occasion pour désigner un successeur à Emmanuel Macron afin d'assurer la pérennité du bloc central, et ceux qui voulaient repousser cette échéance pour éviter de trop anticiper l'élection présidentielle de 2027. Le chef de l'État se situait clairement dans la seconde catégorie, lui qui, après sa réélection en 2022, a placé le fidèle Stéphane Séjourné aux commandes pour s'assurer d'avoir la main sur l'appareil. Et de mettre sous cloche les ambitions qui s'exprimeraient un peu trop bruyamment.

Sauf que l'opération dissolution a démonétisé Emmanuel Macron auprès de ses troupes, tandis que Stéphane Séjourné est plus contesté que jamais. Lui qui assurait, depuis 2022, pouvoir dégainer un plan dissolution à tout moment, n'a même pas aidé financièrement les candidats jetés dans l'arène du jour au lendemain. «Le parti est jugé coupable de n'avoir pas accompagné la dissolution. On est le camp qui appuie sur le bouton, mais le dernier à attribuer les investitures!», peste un ministre. Qui, comme une bonne partie du camp présidentiel, ne se remet toujours pas de «l'énorme planque» dégotée par Stéphane Séjourné pour s'assurer d'être élu aux législatives : l'ex-eurodéputé s'est parachuté dans les Hauts-de-Seine, l'une des rares terres encore favorables au macronisme.

Le patron du parti sent tout de même le vent du boulet. Quand Gabriel Attal reçoit les candidats macronistes élus et battus aux législatives à Matignon, le 9 juillet, un participant croise un Stéphane Séjourné en larmes : plusieurs convives l'ont pris à partie pour lui adresser directement leurs reproches, sans filtre. Gabriel Attal, lui, a bien plus la cote dans les troupes macronistes. Au point que son rival Gérald Darmanin a dû renoncer à concourir à la présidence du groupe à l'Assemblée face à « l'Attalmania » ambiante, selon le terme d'un député. Un ministre commente : « Aux yeux de l'opinion, Attal a fait le job. Il a subi la dissolution et il a fait ce qu'il a pu. » Le premier ministre sortant poussera-t-il son avantage jusqu'à se lancer à la conquête de Renaissance, tout en continuant de diriger les députés ? «Le groupe à l'Assemblée nationale, c'est une chose, le parti, ça en est une autre. Ce sont des jambes différentes qu'il ne faut pas confondre», a mis en garde le président de la région Sud-Paca, Renaud Muselier, jeudi. Une pierre dans le jardin du premier ministre démissionnaire, qui sait qu'il est encore un peu tôt pour assumer ouvertement son ambition. Car cette double casquette le propulserait comme un successeur désigné. Elle lui permettrait, au passage, de mettre la main sur le très convoité trésor de guerre de Renaissance, qui a touché des records de subventions publiques entre 2017 et 2022. Le montant reste tenu secret, mais les estimations tournent autour d'une cinquantaine de millions d'euros. «On peut financer trois campagnes présidentielles», glissait lui-même Stéphane Séjourné en mai dernier.

Le test du congrès

Jeudi, lors d'un bureau exécutif à huis clos, il a rapidement été question de la rentrée, et notamment du congrès censé redessiner la direction de Renaissance. « Il n'est pas indispensable d'accélérer le calendrier. Ce n'est pas le moment d'ouvrir un nouveau front politique», dit-on dans l'entourage de Gabriel Attal, alors que les discussions avec les oppositions sont toujours en cours. Et tant pis si d'autres protagonistes, possiblement intéressés par l'échéance, ont fait part de leurs doutes. Élisabeth Borne en premier lieu, qui a jugé urgent de faire vivre le parti et de s'adresser à nouveau aux militants.

Reste à savoir comment Emmanuel Macron entend aborder l'échéance. Pour le président, le congrès sera un test. Gardera-t-il la main sur son propre mouvement politique - dont il est président d'honneur - ou ses troupes tourneront-elles la page d'elles-mêmes ? «Il faudrait quelqu'un qui rassemble toutes les sensibilités pour être en capacité de préparer au mieux l'avenir», imagine-t-on sobrement dans l'entourage du chef de l'État. Avant de se montrer plus perfide, à l'évocation du profil de Gabriel Attal : «Il est déjà président d'un groupe à l'Assemblée, non?» L.H.

L'Humanité
vendredi 26 juillet 2024 50 mots, p. 9

Blonde écervelée

« Vous n'êtes pas de vrais Français, moi je suis chez moi, je suis française blonde aux yeux bleus. » C'est ce qu'aurait lancé Julie Gahinet, collaboratrice du député RN Julien Odoul, à un groupe de trois jeunes d'origine marocaine. Plusieurs plaintes pour injures à caractère raciste ont été déposées.

Le Monde
vendredi 26 juillet 2024 1467 mots, p. SPA7

en Seine-Saint-Denis, des JO en mal d’adhésion

Une grande partie des investissements liés aux Jeux olympiques et paralympiques ont été concentrés dans le département francilien. Les élus les présentent comme des accélérateurs de développement. Mais pour les habitants, les retombées en matière d’emplois sont restées limitées

Iris Derœux

Leur conviction s’est muée en mantra : les Jeux sont bons pour la Seine-Saint-Denis, département devant symboliser une France dynamique, sportive et multiculturelle, bref, olympique. Dès 2017 et l’attribution de l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de 2024 à Paris, les discours des organisateurs et des élus, aux premières loges de l’événement, ont été imprégnés de ce message. « La Seine-Saint-Denis va changer de visage avec les Jeux », vantait Tony Estanguet cette année-là dans Les Echos.

Cinq ans plus tard, le président (Parti socialiste) du conseil départemental, Stéphane Troussel, estime qu’on pourrait « rebaptiser les Jeux “Seine-Saint-Denis 2024” » , tant le département est mis à contribution avec sur son territoire le village olympique, le village des médias, le centre aquatique olympique, et pas moins de dix épreuves au programme, dont l’athlétisme, la boxe, l’escalade ou le rugby à VII…

Mathieu Hanotin, le maire (Parti socialiste) de Saint-Denis – où sont installés le Stade de France, le centre aquatique olympique, ou encore le village des athlètes (partagé avec Saint-Ouen et l’Ile-Saint-Denis) –, enfonce le clou : « C’est un changement d’image crucial pour construire un développement économique et sortir de la spirale négative qu’a vécue Saint-Denis ces dernières années », déclare-t-il.

« On redonne à toute une génération une fierté et un ancrage identitaire », lui fait écho le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane (PS). Même Joey Starr, qui scande depuis 1998 que « la Seine-Saint-Denis, c’est de la bombe bébé », prête sa voix à un clip promotionnel intitulé « Fier·s d’accueillir les Jeux », dans lequel le département est décrit comme le lieu « dont jailliront les légendes de demain ».

« Nuisances des travaux »

Reste à en convaincre le 1,6 million d’habitants du territoire. Or beaucoup d’entre eux ont d’autres préoccupations en tête. D’autres urgences. C’est que, dans ce département, qui est le plus jeune et le plus pauvre de France métropolitaine, l’école fonctionne de manière dégradée, le logement indigne concerne au moins 15 % du parc privé (selon la préfecture), et les transports publics souffrent d’une pénurie durable de conducteurs, qui complexifie les déplacements.

Alors, pourquoi se concentrer autant sur les Jeux ? En grande partie parce qu’ils permettent de dérouler le fil d’une histoire entamée en 1993 et jugée convaincante. Cette année-là, le député et maire (Parti communiste) de Saint-Denis, Patrick Braouezec, obtient du gouvernement d’Edouard Balladur que soit construit à La Plaine Saint-Denis, sur le terrain vague d’une ancienne usine à gaz, le Stade de France qui accueillera la Coupe du monde de football 1998.

Ce sera « un apport extraordinaire, promet alors, dans Les Echos, M. Braouezec, tant du point de vue géographique que de l’image ». De fait, deux nouveaux arrêts de RER desservent désormais la Plaine-Saint-Denis, et des bureaux de grandes entreprises s’y sont installés.

Vingt-six ans plus tard, les Jeux sont « le deuxième étage de la fusée », résume Céline Daviet, directrice de la « mission JOP » créée dès 2015 et officialisée en 2017 au sein de l’intercommunalité Plaine Commune, qui regroupe neuf villes du 93, dont quatre des villes hôtes. Ces derniers ont en l’occurrence constitué un accélérateur d’aménagements, dont certains étaient envisagés de longue date – tel le Franchissement urbain de Pleyel, un pont enjambant le plus large faisceau ferroviaire d’Europe imaginé dès 1991.

Au total, 1,1 milliard d’euros d’argent public a ainsi été investi sur le territoire par la Solidéo, l’établissement public chargé des chantiers des Jeux, soit 80 % de son financement public (1,7 milliard, sur 4,5 milliards d’euros de budget au total). A la fois pour construire de nouveaux équipements, mais aussi pour en rénover certains. Sur les soixante-dix infrastructures construites ou réaménagées par la Solidéo, trente-huit se situent au nord du périphérique, dont les deux villages olympiques qui deviendront ensuite des logements, ou encore des kilomètres de pistes cyclables visant à améliorer la mobilité des riverains.

C’est en Seine-Saint-Denis que le plus majestueux des nouveaux ouvrages, le centre aquatique olympique de Saint-Denis, a été implanté. Dans ce territoire jusque-là sous-équipé en bassins d’entraînement, où près de trois enfants sur quatre ne savent pas nager à l’entrée en sixième, une nouvelle piscine a également été construite à Aubervilliers, plusieurs ont été rénovées (à Montreuil, Aulnay-sous-Bois, La Courneuve) et les bassins de natation de La Défense doivent, une fois la compétition terminée, être réimplantés dans le département.

Le corollaire de tout cela, c’est que, pendant près de six ans, les villes concernées et leurs habitants ont d’abord vécu au rythme de ces grands chantiers – auxquels s’ajoutent ceux des nouvelles lignes de métro du Grand Paris Express. Pas simple, dans ce contexte, « de convaincre les habitants » du bien-fondé des Jeux, « quand ils font face aux nuisances des travaux, aux embouteillages, et à une situation économique qui ne change pas du jour au lendemain, reconnaît Céline Daviet. Le béton ne transforme pas la vie des gens, mais il permet d’améliorer et de valoriser le territoire. C’est un travail de long terme. »

Quant aux retombées en matière d’emplois, elles sont restées limitées. Les chantiers des JOP ont permis 936 recrutements locaux entre 2021 et 2023 dans le secteur du BTP, selon le décompte de Plaine Commune. La collectivité comptabilise également 2 515 bénéficiaires de clauses d’insertion (pour 1,89 million d’heures de travail) sur les chantiers supervisés par la Solidéo.

Ce sont désormais des emplois temporaires liés à l’événement lui-même qui sont proposés, notamment dans la sécurité privée et la restauration. « Les effets d’annonce d’entreprises de l’événementiel et de la sécurité sont nombreux, mais nous manquons de données pour évaluer combien de personnes du territoire sont effectivement recrutées », observe Nadia Chahboune, adjointe (Parti communiste) déléguée à l’emploi et à la jeunesse à La Courneuve.

« Le ressenti est qu’il y a peu de retombées et qu’on ne vient chercher la population du 93 que pour des métiers sous-qualifiés en contrat précaire. Il est très compliqué d’accéder à des postes plus importants dans la hiérarchie des JOP », regrette-t-elle.

« Sur les murs de la fac, par e-mail, on a reçu essentiellement des annonces pour devenir agent de sécurité », abonde, avec une pointe d’ironie dans la voix,Mariame Bathily. Cette étudiante courneuvienne, en licence d’informatique à l’université Paris-VIII Saint-Denis, a plutôt prévu de profiter de l’été pour se reposer et… aller voir les Jeux. Fan de tennis, elle a pu réserver deux places pour une épreuve de taekwondo grâce à l’agence du service civique puisqu’elle a effectué une mission cette année.

Zone gratuite de célébration

Une chance que peu de ses camarades ont eue. Si la préfecture du département revendique l’achat de 150 000 places et leur distribution, depuis le mois de mai, par l’intermédiaire des municipalités, associations et clubs sportifs, cette opportunité arrive tardivement et ne les concerne pas tous. Sans assurance d’y accéder, les clubs comme les écoles n’ont pu se servir des Jeux comme d’un support pédagogique, si ce n’est au hasard des passions olympiques d’un professeur organisant par exemple des olympiades de fin d’année pour son groupe scolaire.

Néanmoins la fête arrive, notamment au parc départemental Georges-Valbon où sera installée, du 25 juillet au 11 août, puis du 6 au 8 septembre, une grande zone gratuite de célébration accueillant, dès le 25 juillet, la flamme olympique et les concerts du rappeur Gazo et de la chanteuse Adèle Castillon. Ces moments éphémères seront cependant corsetés par un important dispositif sécuritaire signant le retour du QR code pour pouvoir circuler à proximité des sites d’épreuves.

« Je vois bien que mon département en fait beaucoup pour que ça prenne, qu’on ait une belle image, mais ces aléas n’aident pas à enthousiasmer ceux qui, autour de moi, ne sont pas fans de sport », estime Mohamed Traore, 24 ans, qui s’est inscrit comme volontaire.

Son costume fin prêt – « il est bleu et rose, c’est bien » –, ses bases d’anglais révisées, l’étudiant dionysien en électrotechnique sera bientôt posté au Grand Palais. Une joie pour ce pratiquant de taekwondo, puisque c’est là que se dérouleront les épreuves de cet art martial coréen.

Il lui faut seulement éclaircir un détail pratique : comment se rendre sur zone alors que le RER qu’il compte emprunter ne marque plus tous les arrêts en raison… des Jeux. « Mais on va se débrouiller. Vivons les choses. »

Le Monde
spéciaux, vendredi 26 juillet 2024 1766 mots, p. SPA1,SPA2
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25 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

DES JO À L’ÉPREUVE D’UN MONDE SOUS TENSION Plus d’une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement étrangers devraient assister, vendredi 26 juillet, à la cérémonie d’ouverture des Jeux, dans un contexte géopolitique imprévisible, marqué notamment par les conflits en Ukraine et à Gaza

Des JO sous tension géopolitique

Luc Bronner, Nicolas Lepeltier et Philippe Ricard Luc Bronner, Nicolas Lepeltier et Philippe Ricard Luc Bronner, Nicolas Lepeltier et Philippe Ricard

Vendredi 26 juillet, en fin d’après-midi, comme tous les quatre ans, une grande partie de la planète retiendra son souffle au moment où s’ouvriront les Jeux olympiques, à Paris, pour seize jours de compétitions rassemblant la plupart des plus grands athlètes du monde. Les colombes de la paix s’envoleront dans le ciel, le drapeau olympique sera hissé, les hymnes chantés, le président français prononcera les mots rituels attendus, et les Jeux seront officiellement ouverts devant 1,5 milliard de téléspectateurs.

Mais ces Jeux olympiques vont se dérouler dans un contexte géopolitique particulièrement bouleversé, imprévisible, marqué par des conflits au bilan terrible pour les civils, à Gaza en particulier, par le retour de la guerre en Europe, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et par des rivalités croissantes, et dangereuses, entre grandes puissances. La campagne pour l’élection présidentielle américaine de novembre ajoute à l’incertitude, avec la perspective d’un retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Sans trop d’illusions, Emmanuel Macron a bien tenté d’appeler à une trêve olympique. Un appel commun en ce sens a même été lancé lors de la visite en France du président chinois, Xi Jinping, début mai. Dans ce but aussi, une résolution a été votée, en novembre 2023, par l’Assemblée générale des Nations unies – c’est la tradition depuis les JO d’hiver de Lillehammer en 1994.

En vain. Car aucun des conflits du moment n’est susceptible d’être suspendu le temps des épreuves. Au contraire. La Russie progresse dans l’est de l’Ukraine, où les combats s’enlisent en dépit du soutien occidental en faveur de Kiev. Un cessez-le-feu est tout aussi hors de portée dans la bande de Gaza, où la riposte d’Israël aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023 a fait plus de 39 000 victimes. A l’aune de ces deux conflits, jamais les critiques des pays du « Sud » contre le « deux poids, deux mesures » pratiqué par les Occidentaux n’ont été aussi vives.

A travers la Charte olympique, les Jeux proclament haut et fort l’idéal d’un « sport au service du développement harmonieux de l’humanité » et d’une « société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine ». Dans la réalité, les compétitions olympiques n’ont jamais arrêté, ni même suspendu, les guerres.

Poutine pas invité

Peuvent-elles favoriser la diplomatie ? Vendredi, le long de la Seine, plus d’une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement étrangers devraient assister à la cérémonie d’ouverture et au défilé sur le fleuve de 6 000 à 7 000 athlètes provenant de 204 comités nationaux olympiques, soit plus que d’Etats membres à l’ONU. Parmi eux figureront en principe Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, Mohammed Ben Salman, le prince héritier saoudien, comme les présidents du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, et de l’Argentine, Javier Milei.

Tous les continents seront représentés, mais il manquera quelques figures de poids, à commencer par Joe Biden – la First Lady, Jill Biden, sera là –, Xi Jinping, représenté par un vice-premier ministre, Narendra Modi, le chef du gouvernement indien, ou le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, lui aussi remplacé par son épouse. Kamala Harris n’a pas non plus prévu de venir, mais son conjoint, Doug Emhoff, sera là pour la cérémonie de clôture.

La Russie étant sous sanctions occidentales, Vladimir Poutine n’a pas été invité. La délégation russe sera d’ailleurs réduite à la portion congrue à Paris, puisque seulement une quinzaine d’athlètes – ils étaient plus de 300 à Tokyo en 2021 – ont été autorisés, à la mi-juillet, par le Comité international olympique (CIO) à concourir aux compétitions olympiques dans un strict cadre de neutralité.

C’est là l’épilogue d’un feuilleton, qui aura envenimé les relations entre Moscou et le CIO depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, à la fin du mois de février 2022, deux jours après la fin des JO d’hiver de Pékin. L’organisation sise à Lausanne avait alors décidé la mise au ban de la Russie et de la Biélorussie, son alliée. Avant d’œuvrer progressivement au retour des bannis en compétition.

Après une série de recommandations aux fédérations internationales sportives, formulées à la fin du mois de mars 2023, le CIO avait surtout, en décembre, autorisé Russes et Biélorusses à participer aux Jeux de Paris à titre individuel (pas d’équipes admises), sous bannière neutre (pas d’hymne ni de couleurs nationales) et à la condition de ne pas soutenir la guerre en Ukraine, ni d’avoir de lien avec l’armée.

Ce cadre a été jugé inacceptable par Moscou, qui a accusé le CIO de « basculer dans le racisme et le néonazisme ». La Russie, puissance olympique, et le CIO, patron du sport mondial, sont définitivement irréconciliables.

La guerre à Gaza sera dans tous les esprits ce 26 juillet, y compris des spectateurs présents sur la Seine, lorsque défileront la sélection palestinienne (8 athlètes) et l’équipe israélienne (88) soutenue par le président Isaac Herzog, présent à Paris pour la cérémonie d’ouverture.

Des voix, comme celle du député de La France insoumise, Thomas Portes, se sont fait entendre, affirmant que la délégation israélienne n’était pas la « bienvenue », une prise de position vivement critiquée aussi bien par le gouvernement français que par le reste du monde politique.

Au début de cette semaine, le comité olympique palestinien a demandé l’exclusion immédiate d’Israël arguant de la violation de la trêve olympique du fait des bombardements massifs sur Gaza. Un coup dur pour le CIO, qui s’est toujours prévalu de la coexistence pacifique des comités olympiques israélien et palestinien – appliquant, sur le terrain sportif, la solution à deux Etats – pour distinguer le conflit au Proche-Orient des autres guerres dans le monde. « Cette situation nous laisse la possibilité de parler avec les deux communautés », a souvent fait valoir Thomas Bach, le patron du CIO.

Toujours prompt à défendre la neutralité du sport, le CIO va désormais veiller à étouffer, pendant la quinzaine, toute manifestation d’expression politique (drapeaux palestiniens brandis, délégation israélienne conspuée, etc.). Que ce soit pendant la cérémonie d’ouverture, sur les terrains des compétitions ou encore au village des athlètes, où les délégations des pays hostiles ont été soigneusement séparées par l’organisateur des Jeux.

Les athlètes israéliens seront parmi les plus protégés tout au long de la compétition – le monde garde en mémoire le traumatisme des Jeux de Munich en 1972, quand des Israéliens avaient été pris en otage avant d’être assassinés par le groupe palestinien Septembre noir.

Plus que jamais, dans le contexte sous tension de l’année 2024, la trêve olympique apparaît comme une notion très relative. Dans l’histoire des Jeux antiques, elle était modestement censée permettre aux athlètes de voyager sans être menacés. Dans l’histoire récente, elle a été violée à trois reprises par le même pays, la Russie : en 2008 (guerre en Géorgie), en 2014 (annexion de la Crimée)et en 2022 (Ukraine).

« Comptabilité cocardière »

« L’insistance sur la trêve olympique est assez récente. Elle remonte aux années 1980, quand le CIO a renoncé à l’amateurisme et a débuté une deuxième phase de commercialisation beaucoup plus intense des Jeux,relate l’historien Fabien Archambault, auteur de Les Légendes du siècle. Une histoire des JO en douze médailles (Flammarion, 256 pages, 19 euros). Pour le CIO, qui est un organisme privé à but lucratif, il fallait trouver un supplément d’âme. A partir de cette époque, ils ont insisté sur la paix, l’amitié entre les peuples, la fraternité. »

« L’idée de la trêve, c’est une stratégie de communication du CIO, complète l’historien Patrick Clastres. Mais le comité est pris à son propre piège. D’un côté, il se présente comme une autorité morale, neutre, et concentre les attentes. De l’autre, son offre est fondée sur le choc entre nations et il est investi par toutes les formes d’idéologies. Ce décalage entre le discours sur la paix et la réalité du monde, c’est à la fois le drame et le carburant des JO. »

La cérémonie d’ouverture remplira un rôle symbolique. Elle « doit parler du monde à la France et parler de la France au monde », a résumé l’un de ses concepteurs, l’historien Patrick Boucheron, dans un entretien au Monde. Mais sans trop d’illusions non plus : « Pendant tous les Jeux olympiques, on parle de fraternité entre les peuples, mais à la fin on compte les médailles », reconnaissait l’historien lors d’une conférence, le 25 avril, sur les JO au Collège de France, évoquant une « comptabilité cocardière extrêmement nationaliste ».

La délégation française, en passant, figure parmi les plus militarisées avec 80 athlètes sur 571 sous contrat avec l’armée, auxquels s’ajoutent 15 fonctionnaires des douanes, signe que derrière le discours pacifiste et universel, les intérêts nationaux prédominent.

Appel à une « trêve politique »

La France, de surcroît, accueille les Jeux dans un contexte politique complètement inédit. Emmanuel Macron incarnera certes le plus haut niveau de l’Etat. Toute la semaine qui a précédé le début de la compétition, il a multiplié les déplacements. « Nous sommes prêts », a-t-il déclaré en visitant, lundi 22 juillet, le village olympique situé dans la Seine-Saint-Denis. Le locataire de l’Elysée devait aussi profiter des Jeux pour multiplier les entretiens bilatéraux avec ses homologues, avant même la cérémonie d’ouverture, notamment lors d’un sommet convoqué au Louvre, jeudi 25 juillet, sur la contribution du sport aux objectifs de développement durable.

A défaut de « trêve olympique », le chef de l’Etat appelle à une « trêve politique » en France pour inciter à un moment d’accalmie, après deux mois de tempête politique suscitée par sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale, et pour gagner du temps dans la nomination d’un nouveau premier ministre.

Derrière Emmanuel Macron, le gouvernement se présentera au monde avec le statut, peu enviable, d’exécutif démissionnaire, seulement chargé d’expédier les affaires courantes pour une durée indéterminée. Cela vaut, entre autres, pour le ministre des affaires étrangères, Stéphane Séjourné, mais aussi pour le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, chargé de piloter un dispositif de sécurité exceptionnel avec plus de 30 000 policiers et gendarmes mobilisés chaque jour des compétitions.

Le Monde
International, vendredi 26 juillet 2024 879 mots, p. 4

Face à la Russie, Kiev intensifie ses contacts avec Pékin

Le ministre des affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba, s’est rendu en Chine pour la première fois depuis le début de la guerre

Thomas d’Istria et Harold Thibault Thomas d’Istria et Harold Thibault

Pékin, Kiev - correspondants - Le contexte n’est pas bon, mais il pourrait devenir plus désavantageux encore. L’Ukraine ne peut ignorer l’hypothèse d’une victoire à l’élection présidentielle américaine, en novembre, de Donald Trump, qui promet de mettre rapidement un terme au conflit, donc dans des conditions certainement défavorables à Kiev. Alors elle accélère les prises de contact diplomatiques, sans renoncement, pour l’heure, sur le fond.

Le ministre des affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba, est reçu, du 24 au 26 juillet en Chine, pour la première fois depuis l’invasion russe. Pékin revendique une neutralité de façade, mais c’est le grand partenaire commercial et ami politique de la Russie, proximité qui ne cesse de se renforcer. Il ne peut y avoir de réelles pressions sur Moscou sans passer par la Chine. « Je suis convaincu qu’une paix juste en Ukraine est dans l’intérêt stratégique de la Chine, et que le rôle de la Chine en tant que force mondiale pour la paix est important » , a tenté de convaincre M. Kuleba, qui a rencontré son homologue chinois, Wang Yi, mercredi à Canton (Guangzhou).

Le chef de la diplomatie ukrainienne a précisé que son pays ne négociera avec la Russie que lorsque celle-ci sera prête à le faire de « bonne foi », tout en constatant qu’ « actuellement la partie russe n’est pas disposée à le faire ». Wang Yi a relevé que l’Ukraine et la Russie avaient récemment « envoyé des signaux, à des degrés divers », mais aussi noté que le moment n’est « pas encore venu »d’entamer des pourparlers de paix.

Cette visite a lieu une semaine après que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est dit favorable, le 15 juillet, à la présence de « représentants russes », lors d’un futur sommet pour la paix que l’Ukraine voudrait voir organisé dans le courant de l’année, une évolution du positionnement de Kiev. La Russie n’avait pas été invitée à un sommet organisé par la Suisse, en juin, argument utilisé par la Chine pour justifier sa propre absence. Le président Zelensky avait alors déploré qu’un « pays aussi indépendant et puissant que la Chine soit un outil dans les mains de Vladimir Poutine ».

Forum sino-russe sur l’énergie

La séquence est passée. « La visite d’un officiel ukrainien à ce niveau est la première depuis des années. Il y a un clair signal que la Chine soutient l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine. Cela confirme aussi ce que Xi Jinping m’a dit, que la Chine ne fournira pas d’armes à la Russie », a dit, mercredi, le président ukrainien, même si, dans les faits, l’entente sino-russe est plus forte que jamais. En témoigne la tenue, mardi, à Moscou, d’un forum sino-russe sur l’énergie avec des messages d’amitié des présidents ou l’arrivée, vantée par la télévision d’Etat chinoise, mercredi, d’un destroyer chinois à Saint-Pétersbourg (Russie).

Pékin, sans reconnaître officiellement les gains territoriaux russes et en réitérant son respect de la « souveraineté de tous les pays », fournit à la Russie les machines-outils, puces électroniques et la nitrocellulose, qui permettent à son industrie de défense de tourner et à sa production d’obus de tenir, tout en achetant les hydrocarbures qui font vivre son économie.

La position chinoise, qui fait fi de l’existence d’un agresseur et d’un agressé, et laisse de côté, dans un premier temps, l’essentiel, à savoir le statut des zones prises par les forces russes, est écartée par les Occidentaux. Mais elle est partagée par une bonne partie des « émergents », soit une portion non négligeable de la population mondiale, et l’appui occidental ne permet pas à l’Ukraine de renverser la situation sur le front. La Chine a présenté, en mai, avec le Brésil, un plan de paix en qui se limite à demander de ne pas étendre le champ de bataille et d’engager des discussions.

Les conditions de la Russie et de l’Ukraine pour des négociations de paix ne pourraient être plus éloignées, Vladimir Poutine exigeant de l’Ukraine qu’elle se retire de quatre régions occupées partiellement par la Russie et s’engage à ne jamais rejoindre l’OTAN. Impensable, selon le directeur adjoint du cercle de réflexion New Europe Center, Sergiy Solodkyy. « Il ne s’agit que d’ouvrir un dialogue, ça ne tient qu’à la foi de la partie ukrainienne en la diplomatie. »L’Ukraine espère « convaincre Pékin d’influencer la Russie dans le sens des négociations ».

L’éventualité d’un retour au pouvoir de Donald Trump, pressant l’Ukraine d’accepter un accord de paix à n’importe quel prix, inquiète à Kiev. « Jusqu’à présent, aucun de nos partenaires occidentaux ne nous a appelés publiquement à entamer des négociations avec la Russie, assure le député Bohdan Iaremenko, ex-chef de la commission des affaires étrangères du Parlement ukrainien. Mais il y a un phénomène Trump qui se rapproche et qui prend de plus en plus de place. C’est pourquoi nous devons tenter de façonner le terrain autant que possible. »

Le Monde
vendredi 26 juillet 2024 745 mots, p. 26
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25 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Jean-Yves Guillain Les Jeux de 1796-1798 à Paris, une étape négligée de l’histoire de l’olympisme

L’historien rappelle que la Ire République, imprégnée de culture antique et d’idées nouvelles sur les bienfaits du sport, organisa pendant trois ans des jeux publics à Paris

Jean-Yves Guillain

Le rétablissement des Jeux olympiques par Pierre de Coubertin en 1894 s’appuyait sur la dimension pédagogique des sports pratiqués dans les public schools britanniques, et sur l’héritage de la Grèce antique, lieu béni des grands concours panhelléniques (Olympie, Delphes, Corinthe, Némée) pendant près d’un millénaire.

Sans enlever au baron de Coubertin la place qu’il lui revient dans l’histoire des sports modernes, on ne peut cependant pas sous-estimer les tentatives pionnières de restauration des Jeux olympiques.

Parmi celles-ci, les Jeux de la fondation de la République, qui se sont tenus de 1796 à 1798 à Paris, constituent une expérience originale. Rassemblant plusieurs centaines de milliers de spectateurs, ils représentent une étape négligée de l’histoire de l’olympisme.

La référence à l’Antiquité, bien avant Coubertin, avait déjà caractérisé la France des Lumières. Parallèlement à la diffusion d’idées nouvelles à propos du corps portées par Jean-Jacques Rousseau (Emile ou De l’éducation, 1762) ou par Condorcet, les exercices physiques et les fêtes antiques ont été régulièrement évoqués pour leurs vertus.

Daunou, dans son Rapport sur l’instruction publique de 1795, propose de grandes manifestations combinant musique, danse, course et lutte, à l’image de ces « brillantes solennités qu’offrait jadis aux communes rassemblées de la Grèce le ravissant spectacle de tous les plaisirs, de tous les talents et de toutes les gloires ».

Nouvelle ère

Un pas de plus est franchi vers la renaissance des Jeux olympiques à l’occasion de l’abandon du calendrier de l’Ancien Régime qui accompagne la fondation de la première République française en 1792.

Le député Gilbert Romme présente à la Convention nationale un rapport sur l’ère de la République dans lequel il ne propose rien de moins qu’une « olympiade française ». L’année 1796 va concrétiser cette ambition.

En 1796, sur l’actuel Champ-de-Mars, des courses à pied et à cheval sont proposées aux spectateurs. Les premiers héros de ces olympiades républicaines reçoivent des prix en nature tels que sabre ou pistolet, et sont célébrés en grande pompe.

Héritage de l’Antiquité, ils sont promenés sur un char de forme antique, tiré par quatre chevaux. En faisant des jeux antiques le symbole d’une nation rassemblée ouvrant une nouvelle ère, celle des droits de l’homme, les organisateurs s’efforcent d’associer exploits physiques, dimension festive, prestige national et gloire de la nation.

Si en 1797 les organisateurs innovent peu en ce qui concerne le programme des épreuves proposées, plusieurs innovations apparaissent en 1798. Aux classiques courses d’athlètes, de chevaux et de chars, s’ajoutent des épreuves de lutte et des joutes nautiques sur la Seine. Ces jeux républicains se dotent même d’une exposition valorisant les produits de l’industrie française, préfigurant les grandes expositions universelles du XIXe siècle.

A noter que la fête de 1798 adopte pour la première fois le chronométrage des courses grâce à l’utilisation de montres marines d’invention récente. Aux valeurs de liberté, de République et de compétition s’ajoute ainsi l’idée de progrès et de record. Enfin, défilé des vainqueurs, musique républicaine et feu d’artifice final préparent la future liturgie séculière de l’olympisme moderne.

Dans un contexte d’hommage à l’Antiquité et de célébration de la République, ces fêtes sportives organisées entre 1796 et 1798 constituent une étape importante du processus de rénovation des Jeux olympiques qui trouvera in fine sa concrétisation lors du Congrès de la Sorbonne de 1894.

Epreuves athlétiques, essais de chronométrage, espace spécifique, dimension festive, célébration des vainqueurs, etc. posent, avec près d’un siècle d’avance, les bases des olympiades à venir, auxquelles reste attaché le nom de Pierre de Coubertin.

Même si ce renouveau olympique va très vite être interrompu du fait des guerres et des changements de régimes qui caractérisent le début du XIXe siècle, ces fêtes, nourries des doctrines philosophiques des Lumières, donnent aux activités sportives un rôle inattendu au sein du vaste projet de réconciliation et d’éducation des premiers républicains.

Le Figaro, no. 24859
vendredi 26 juillet 2024 629 mots, p. 35

Culture

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25 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

La course effrénée à la construction des stades

La Cité de l'architecture et du patrimoine questionne ce lieu emblématique du sport, en France.

de Rochebouët, Béatrice

Unité de longueur dans la Grèce antique, le stade (ou stadion) s'est rapidement doté sur son pourtour de gradins ou de tribunes, pour accueillir le public. L'essor des pratiques sportives de masse au XXe siècle l'a transformé en un équipement public majeur, au point d'en faire un monument grandiose, fierté patrimoniale des villes. L'accès au sport pour tous favorise la multiplication de stades qui doivent être créés avec architectes et urbanistes. L'exploit sportif qui grandit à pleine vitesse est à la mesure de celui technique pour sa construction, devant épouser les mouvements de l'athlète mais aussi les vagues du public. Il permet une grande liberté créative, tout en imposant de nombreuses contraintes. « Toujours plus vite, plus haut, plus fort » : Les architectes rivalisent alors d'invention pour repousser toujours plus loin les limites selon la devise olympique. Ces défis sont relatés dans l'exposition « Il était une fois les stades » , présentée à la Cité de l'architecture et du patrimoine à Paris.

L'art du stade va crescendo, de sa démocratisation dès la fin du XIXe siècle (1880, date clé avec la loi Georges qui impose au primaire, la gymnastique aux garçons, avant que Jules Ferry n'y ajoute les filles), à sa multiplication dans l'entre-deux-guerres. En 1926, le duo entre le maire de Lyon, Édouard Herriot, et l'architecte Tony Garnier donne naissance au stade de Gerland et en 1935-1937, le Stade-Vélodrome de Marseille sort de terre. Elle continue de plus belle, à la fin des Trente Glorieuses, par une course effrénée à la construction.

Les pistes de cyclisme et d'athlétisme disparaissent au profit de terrains dédiés aux sports de ballon. Pour les grandes villes, l'objectif est d'avoir un stade capable d'accueillir les championnats locaux et, plus encore, les compétitions internationales. Dans les années 1960, l'aménagement du boulevard périphérique à Paris est l'occasion rêvée de transformer le Parc des Princes en un grand stade de 50 000 places, capable de détrôner Colombes, pour accueillir des compétitions prestigieuses. En béton armé, son architecture devient un emblème à l'échelle mondiale, marquant la fin des stades omnisports.

Enceintes multifonctionnelles

Commence alors l'opération Grands stades poussée par l'État dès 1980, avec La Beaujoire à Nantes ou Gerland à Lyon. Dans la perspective de la Coupe d'Europe de football en 2016, des villes comme Bordeaux ou Nice vont réaliser de nouvelles enceintes sportives, souvent multifonctionnelles, au coeur de projets urbains, pour se donner une image contemporaine. À Nice, le stade Allianz-Riviera, qui accueille jusqu'au 31 juillet des matchs du tournoi de foot olympique et dont la Cité de l'architecture et du patrimoine présente la maquette (2010-2013) en est le plus bel exemple.

Construit dans l'éco-vallée de la plaine du Var, en marge du centre historique (quartier Saint-Isidore à Nice), il est l'un des premiers stades à énergie positive, totalement autosuffisant. Lancé en 2008 par le nouveau député-maire de Nice, Christian Estrosi, il fut inauguré le 22 septembre 2013. L'enceinte niçoise de 36 178 places aura nécessité un budget revu à la hausse de 245 millions d'euros, le coût le plus élevé parmi tous les stades en construction ou en rénovation retenus pour l'Euro 2016. C'est l'agence de Jean-Michel Wilmotte qui l'avait emporté sur les deux autres projets en lice, celui de l'entreprise Bouygues associée aux Ateliers Jean Nouvel et celui de Christine Cari-Mantrand. L'originalité de ce stade tient au fait qu'il est aussi lieu de spectacle, centre commercial, bâtiment administratif et musée. Une vue à long terme indispensable, car tout stade futur devra être convertible.

« Il était une fois les stades » , jusqu'au 16 septembre à la Cité de l'architecture et du patrimoine (Paris 16e).

Le Monde
Economie & Entreprise, vendredi 26 juillet 2024 1146 mots, p. 10
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25 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Audiovisuel

C8 écartée de la TNT, coup dur pour Bolloré

La chaîne, objet de multiples sanctions, disparaîtra, ainsi que NRJ12, de l’offre gratuite le 28 février 2025

Aude Dassonville

Pour la première fois depuis 2005 et le lancement de la TNT, le régulateur de l’audiovisuel s’est résolu à ne pas octroyer de nouvelle autorisation de diffusion à deux chaînes existantes. Les candidatures de C8 et NRJ12 n’ont pas été retenues, a annoncé l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), mercredi 24 juillet. Elles disparaîtront de l’offre gratuite de la TNT le 28 février 2025, date à laquelle leur autorisation actuelle expirera.

La décision – d’ores et déjà instrumentalisée par l’extrême droite qui veut y voir une censure de la chaîne du groupe Canal+, propriété du groupe Bolloré – vient rappeler avec vigueur que les fréquences sont des biens publics, dont l’exploitation par des groupes privés est accordée en échange d’engagements et d’obligations.

« On marche sur la tête !(…) Quel mépris pour le public ! », s’est offusqué le directeur général de Canal+ France, Gérald-Brice Viret, sur X, arguant du statut de la « première de la TNT » (ex aequo avec TMC) de C8. Lors de leur audition devant l’Arcom, le 9 juillet, les dirigeants de la chaîne avaient affronté la défiance des membres du collège, dont les décisions ont déjà conduit C8 à s’acquitter de 7,6 millions d’euros d’amendes pour divers manquements.

« Capacité à rebondir »

Leur promesse d’imposer, à la rentrée, un « time delay » (diffusion en léger différé) à Cyril Hanouna, présentateur de « Touche pas à mon poste ! », émission à l’origine de multiples transgressions, n’aura pas suffi. Dans un courriel interne que s’est procuré Le Parisien, le PDG du groupe Canal+, Maxime Saada, se dit « sous le choc et triste » de cette décision, mais rappelle que « le groupe Canal+ s’est toujours illustré par son agilité, sa capacité à s’adapter et à rebondir ». Une phrase qui peut s’entendre comme la volonté d’offrir à M. Hanouna le refuge d’une autre chaîne du groupe – C8, quoique déjà structurellement déficitaire, peut continuer d’exister hors de la TNT.

« Le non-renouvellement de la fréquence TNT de la chaîne C8 montre que le régulateur a pris la mesure de ses responsabilités dans un contexte de débat public polarisé où l’énoncé honnête et indépendant des faits est réduit à la portion congrue », se félicite Thibaut Bruttin, le directeur général de Reporters sans frontières, dans un communiqué. « L’Arcom siffle la fin de la récré et envoie un message fort aux éditeurs, se réjouit à son tour l’économiste Julia Cagé (par ailleurs présidente de la Société des lecteurs du  Monde), qui militait pour le bannissement de C8 et de CNews de la TNT. Elle dit, d’une part, que les fréquences ne sont pas attribuées pour toute la vie. Et que les éditeurs ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent quand ils en détiennent une. »

Ces six dernières années, C8 a été l’objet de vingt et une décisions à son encontre (contre onze les sept années précédentes), dont la plus sévère, consécutive aux insultes proférées à l’encontre du député du Val-de-Marne Louis Boyard (La France insoumise) par M. Hanouna, lui a valu une amende record de 3,5 millions d’euros.

Du côté de l’autre recalée, NRJ12, le choc est d’une autre nature. La décision de l’Arcom est « incompréhensible », considère le groupe NRJ, qui annonce, dans un communiqué, « étudier d’ores et déjà les recours possibles à ce stade de la procédure », et promet de les exercer « si cette décision de présélection devait se confirmer ». Mais « avec des programmes essentiellement faits de rediffusions,analyse, lucide, un professionnel de l’audiovisuel, la chaîne n’a réussi ni à démontrer son apport pour le public[elle n’a réalisé que 1 % de part d’audience en 2023] , ni pour la filière audiovisuelle, ni, enfin, convaincu de la viabilité de son modèle économique ». L’Arcom ne révélera ses motivations qu’à la fin de l’année, une fois les quinze nouvelles autorisations signées.

Nouvelle série d’épreuves

Toutes les autres candidatures défendues par des éditeurs existants – BFM-TV, Canal+, Canal+ Cinéma(s), Canal+ Sport, CNews, CStar, Gulli, LCI, Paris Première, Planète +, TFX, TMC et W9 –, appréciées à l’aune de « l’intérêt(…) pour le public au regard de l’impératif prioritaire de pluralisme des courants d’expression socioculturels », ont été retenues. C’est aussi, sans doute, parce qu’elles promettent des contenus inédits que Réels TV, proposée par le groupe Czech Media Invest, du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, et OFTV, portée par le groupe SIPA Ouest-France, ont été sélectionnées pour venir enrichir l’éventail des possibles de la TNT.

En attendant l’ultime feu vert, une nouvelle série d’épreuves attend désormais toutes ces présélectionnées. A la rentrée, en effet, il faut s’attendre à ce qu’une épreuve de force s’engage entre certains éditeurs et le régulateur, lors de la négociation des conventions, ces textes contractuels où figurent les obligations qu’ils s’engagent à respecter, sous peine de sanction. L’autre chaîne du groupe Canal+ très réprimandée (quatorze décisions), CNews, devrait voir la sienne, héritée de l’ancienne i-Télé, profondément renouvelée, afin de prévenir, autant que faire se peut, de nouvelles dérives. Des engagements forts en matière de pluralisme devraient notamment lui être demandés, ne serait-ce que pour qu’elle se conforme (comme BFM-TV et LCI) aux nouvelles règles d’appréciation du « respect du principe de pluralisme des courants de pensée et d’opinion » dévoilées le 18 juillet.

C’est aussi à l’automne que l’Arcom décidera de la durée des différentes autorisations. En 2023, Canal+ avait demandé, pour des raisons stratégiques, un agrément de dix-huit mois seulement, qui lui avait été accordé. Cette fois, l’autorité pourrait reprendre la main en décidant de fixer une échéance à moins de dix ans (la durée maximale), se ménageant ainsi un moyen de contrôle supplémentaire en cas d’entorses au règlement.

Enfin, l’Arcom rappelle qu’elle détient un ultime pouvoir avant d’achever le processus : celui d’examiner la numérotation des services. « Un numéro logique sera attribué à chaque candidat autorisé, dans le respect des principes de la loi du 30 septembre 1986, parmi lesquels figure l’intérêt du public », indique-t-elle dans son communiqué. En clair, cela signifie que les canaux libérés par C8 et NRJ12 n’iront pas obligatoirement à Réels TV et OFTV. Et qu’il est permis à LCI d’espérer, comme elle l’a demandé lors de son audition, de quitter le canal 26 de la TNT (et Franceinfo le canal 27), pour se rapprocher de ses concurrentes BFM-TV (canal 15) et CNews (canal 16). De quoi, là encore, placer la chaîne d’info multisanctionnée dans une position un peu moins confortable.

La Croix, no. 42980
France, vendredi 26 juillet 2024 619 mots, p. 11
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24 juillet 2024 - La Croix (site web)

Le groupe des Patriotes se heurte toujours au cordon sanitaire

Céline Schoen

Emmenés par Jordan Bardella (RN), le groupe

des Patriotes pour l’Europe

et ses 84 membres sont plus que jamais déterminés à peser.

Une ambition contrariée par le barrage des principaux groupes politiques

du Parlement européen,

bien décidés à compliquer

les plans de l’extrême droite.

Bruxelles

De notre correspondante

Dès l’annonce des résultats du vote, elle a quitté, furieuse, la salle Antall 4Q2. Mardi, Malika Sorel, eurodéputée du Rassemblement national (RN), n’a pas réussi à se faire élire présidente de la commission de la Culture (CULT) du Parlement européen à Bruxelles, battue par une autre entrante, l’Allemande Nela Riehl, du groupe des écologistes. Pourtant,

selon le système d’Hondt – clé de répartition arithmétique des postes –, la commission CULT aurait dû revenir au groupe des Patriotes pour l’Europe – dont fait partie le RN, avec les élus de Vox (Espagne), de la Lega (Italie) ou du Fidesz (Hongrie).

C’est même le premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui a annoncé la création du groupe, après les européennes du 9 juin. Ensemble, ils comptent 84 élus, dont 30 Français, ce qui permet à Jordan Bardella de présider un groupe devenu la troisième force politique derrière les Chrétiens-démocrates (PPE, 188 membres) et les Socialistes (S&D, 136 membres).

Ce poids numérique n’empêche pas les Patriotes pour l’Europe de se heurter au cordon sanitaire : les principaux groupes s’organisent pour empêcher l’extrême droite d’obtenir des fonctions à responsabilité au Parlement. Malika Sorel n’est pas la seule à en avoir fait les frais : en commission des Transports et du tourisme (TRAN), l’Autrichien Roman Haider a été écarté de la présidence. Et, durant la première plénière du Parlement à Strasbourg, mi-juillet, quand les très prisés postes de vice-présidents ont été distribués, l’ex-patron de Frontex, Fabrice Leggeri (RN), visé par une plainte pour complicité de crimes contre l’humanité, a aussi fait chou blanc.

« C’est un déni de démocratie », s’insurge Jean-Paul Garraud, qui préside la délégation tricolore des Patriotes. Il a encore en travers de la gorge le refus de ses collègues de débattre de « la montée de la violence en politique » à Strasbourg, le 17 juillet, après la tentative d’assassinat de Donald Trump. « Quoi que l’on propose, on nous oppose des fins de non-recevoir au motif que nous serions des extrémistes. Mais ce n’est pas vrai : nous, on est en faveur de l’Europe des nations, et pas pour détruire l’Europe de l’intérieur », fulmine-t-il.

Jean-Paul Garraud explique que Jordan Bardella a « téléphoné à Roberta Metsola », la présidente du Parlement, pour « faire voler le cordon sanitaire en éclats ». En réponse, la Maltaise aurait simplement rappelé que chaque député a sa place dans l’hémicycle. Cette place, les Patriotes pour l’Europe sont bien décidés à la prendre. « Ils pourraient avoir une stratégie plus revendicative et moins passive que le groupe « Identité et démocratie » (ID) avant eux », analyse Eric Maurice, chercheur à l’European policy centre (EPC). Pour Damien Carême (La Gauche), les Patriotes pourraient en effet « parvenir à teinter le débat de leurs orientations politiques, en matière de migration par exemple ».

En commission CULT, Laurence Farreng (Renew) voit d’un bien mauvais œil la présence de certaines personnalités qu’elle juge « baroques, pour ne pas dire inquiétantes ».La nouvelle entrante Afroditi Latinopoulou est de celles-là. Elle a été exclue du parti conservateur grec Nouvelle Démocratie après avoir critiqué le physique de la présentatrice de télévision Danai Barka. L’élue de 33 ans a créé le parti homophobe et ultranationaliste Phoní Loyikís (ou « La Voix de la raison »), accueilli à bras ouverts par les Patriotes pour l’Europe.

Le Figaro, no. 24858
Le Figaro, jeudi 25 juillet 2024 776 mots, p. 7

International

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24 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Kiev accuse Moscou d'être à l'origine de l'assassinat d'une ex-députée

Linguiste antirusse et polémiste, Iryna Farion était clivante mais les Ukrainiens dénoncent à l'unisson le meurtre dont elle a été victime.

Marchaud, Clara

Jamais autant de cercueils n'ont été portés dans l'église des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul de Lviv, à 70 kilomètres de la frontière polono-ukrainienne. Quasiment tous les jours à 11 heures depuis deux ans, la ville entière semble se recueillir devant ce bâtiment baroque pour se souvenir de ses enfants tombés au front. Ce lundi 22 juillet, la foule était particulièrement dense pour honorer ce que de nombreux habitants estiment être « une autre héroïne de la cause ukrainienne».

Quelques jours plutôt, à quelques rues de là, un inconnu a tiré sur Iryna Farion, philologue renommée de la langue ukrainienne, enseignante à l'université polytechnique de Lviv. La sexagénaire a succombé à l'hôpital à une blessure par balle à la tempe. Pendant ce temps, la police lançait une chasse à l'homme pour retrouver le meurtrier, qui pourrait être un tueur à gages doté de complices et effectuait des repérages depuis plusieurs semaines, selon les premiers éléments de l'enquête.

Malgré les opinions divergentes entourant ses déclarations publiques controversées, l'assassinat de cette ancienne députée du parti nationaliste d'extrême droite Svoboda a été un choc pour les Ukrainiens. Le président Volodymyr Zelensky a déclaré le 20 juillet que toutes les pistes sont étudiées par les enquêteurs, y compris « celle qui mène à la Russie ». « Je suis convaincu à 100% qu'il s'agit de la main du Kremlin, a déclaré à son enterrement Andriyan Houtnyk, député du conseil municipal de Lviv et membre de son parti. Elle avait dit elle-même: « Je n'ai pas peur de la mort, parce que les gens comme moi ne meurent pas de mort naturelle ».»

À la suite de l'annonce de son assassinat, son parti politique Svoboda a affirmé dans un communiqué que le meurtre « a été perpétré sur ordre de Moscou, quel que soit le scélérat qui l'a directement exécuté ». «Il n'y a pas eu de « nettoyage » au sein du pouvoir en place. Au contraire, les agents ennemis et leurs complices se sentent toujours libres en Ukraine» , ajoute le texte.

Marginale sur la scène politique et rejetée par une partie de la société pour ses idées considérées comme « extrémistes » , Iryna Farion a été membre du Parlement ukrainien entre 2012 et 2014, mais n'a pas été réélue par la suite. Elle était surtout connue pour ses campagnes visant à promouvoir l'utilisation de la langue ukrainienne, exhortant les fonctionnaires ukrainiens à ne pas parler russe.

Depuis la révolution de Maïdan en 2014 et encore plus après 2022, de nombreux Ukrainiens ont décidé de ne plus parler la langue de Pouchkine - langue d'État, d'élite et de l'éducation sous l'URSS - qu'ils considèrent comme héritée d'une culture russe étrangère et coloniale et un levier d'influence utilisé par Poutine pendant des décennies.

Beaucoup d'Ukrainiens apprécient Iryna Farion car elle a encouragé la société à rompre tout lien avec la langue russe pour contrer l'influence de cette dernière, tandis que d'autres ont jugé ses méthodes polarisantes. En novembre 2023, la linguiste a suscité une polémique pour ses propos controversés sur les membres russophones du régiment ukrainien Azov qui ont défendu la ville portuaire de Marioupol dans les premiers jours de l'invasion. « Je ne peux pas les appeler des Ukrainiens. S'ils ne parlent pas ukrainien, ils ne peuvent s'appeler que Russes » , a-t-elle déclaré entre autres lors d'une interview qui a provoqué un tollé dans le pays. D'autant qu'en Ukraine, parler russe ne signifie que très rarement un soutien à Moscou. De nombreuses personnalités politiques et intellectuelles ont accusé Farion de faire le jeu de l'ennemi, en semant la division dans la société.

À la suite de cette interview et de manifestations d'étudiants qu'elle a provoquées, Iryna Farion a été licenciée de son poste de professeur d'ukrainien à l'université. Le service de sécurité intérieure ukrainien (SBU) a également ouvert une enquête contre elle notamment pour discrimination et insulte à militaire en service. Sous protection policière, elle a réintégré sa faculté en mai 2024, après une décision de justice en sa faveur.

« Le meurtre de sang-froid de cette linguiste renommée est un défi lancé à l'ensemble de la société ukrainienne, un crime contre les droits et libertés fondamentaux des Ukrainiens. Cette tragédie a démontré une fois de plus que l'ennemi cherche à utiliser tous les moyens pour diviser notre nation» , a déclaré Kyrylo Boudanov, chef du renseignement militaire ukrainien. L'opération semble - pour le moment - ne pas avoir rempli son objectif. Indépendamment de leurs opinions personnelles sur Farion, les politiques, militaires et simples citoyens ont exprimé d'une voix sur les réseaux sociaux l'horreur que leur inspirait son assassinat.

Libération
jeudi 25 juillet 2024 1173 mots, p. 2,3,4

Événement

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24 juillet 2024 - Libération (site web)

TNT Bolloré dynamité

Adrien Franque

Événement

En refusant de renouveler l'attribution à C8 d'une fréquence de la télévision numérique terrestre, l'Arcom met un coup d'arrêt à l'expansion médiatique du milliardaire réactionnaire. Au grand dam des leaders d'extrême droite. La conclusion logique des outrances à répétition de son animateur vedette, Cyril Hanouna.

L' Arcom a finalement touché au poste. La décision de l'autorité de régulation de l'audiovisuel, mercredi, de ne pas renouveler la fréquence TNT de la chaîne C8 (ainsi que celle de NRJ12) est venue mettre un coup d'arrêt à l'impression de toute puissance des médias de Vincent Bolloré ces derniers mois. Cette décision était à la fois prévisible et inattendue. Prévisible, car l'antenne du groupe Canal + se comporte depuis des années en voyou du PAF, multipliant les sanctions de manière exponentielle : 7,6 millions d'euros sur les huit dernières années, record absolu. Toutes ou presque sont concentrées sur un seul programme : Touche pas à mon poste ! (TPMP) de Cyril Hanouna, qui s'est monstrueusement transformé, en une décennie, d'émission potache sur l'actualité des médias à instrument de propagande populiste en faveur de l'extrême droite – et des intérêts de son patron.

Et si la décision de l'Arcom est inattendue, c'est que l'autorité avait semblé jusque-là un peu timorée face à ces dérives. Les amendes à répétition n'avaient aucun effet visible sur le groupe Canal +, qui avait continué d'appliquer les mêmes recettes outrancières sur C8 et sa chaîne d'info CNews. Un certain agacement semblait poindre ces derniers temps du côté de la Tour Mirabeau, siège de l'Arcom. Le 9 juillet, pour l'audition de renouvellement de la fréquence de C8, ses dirigeants étaient arrivés avec un remède miracle de dernière minute : proposer de diffuser TPMP en léger différé à la rentrée, pour pouvoir couper au montage les dérapages d'Hanouna. «Pourquoi cet engagement vient ce matin alors que les procédures sont engagées depuis des années ?» avait lancé le conseiller Benoît Loutrel. L'atmosphère s'était subitement tendue. La mesure ressemblait fort à un vatout pour Canal +, qui sentait le couperet proche.

Cette fois, l'Arcom semble avoir voulu faire respecter son autorité, réaffirmant que les fréquences n'appartiennent pas aux chaînes qui les occupent mais sont un bien public, dont les diffuseurs ne peuvent pas faire n'importe quoi. Malgré des audiences en hausse et une place de première chaîne de la TNT (à égalité avec TMC en 2023), C8 était chroniquement déficitaire depuis sa création, Suite page 4 Suite de la page 2 avec encore 48,5 millions d'euros de pertes nettes en 2023, comme l'avait relevé le site l'Informé. Un autre critère important pour l'Arcom.

Canal + pourra former un recours devant le Conseil d'Etat à la fin de l'année, une fois toutes les fréquences réattribuées. Mercredi, le groupe a joué la stupéfaction. «On marche sur la tête !» a réagi sur X le directeur général, Gérald-Brice Viret «sous le choc». «Quel mépris pour le public !» Dans un mail aux salariés, le président du directoire, Maxime Saada, s'est dit lui aussi «sous le choc et triste pour les 300 collaboratrices et collaborateurs qui oeuvrent depuis près de vingt ans à faire de C8 la première chaîne de la TNT». A l'unisson de tous les leaders d'extrême droite : Marine Le Pen et Jordan Bardella, pour qui «les censeurs se réjouissent d'avoir fait taire une voix pluraliste ». Marion Maréchal et Eric Ciotti ont eux aussi volé au secours de leur média favori.

Manque à gagner publicitaire Le retrait de la fréquence de C8 signifie-t-il pour autant la disparition du PAF de Cyril Hanouna ? Loin de là. Lors de l'audition de la chaîne, Gérald-Brice Viret avait signifié que l'animateur «ira où il voudra. Aujourd'hui, C8 est un écrin pour lui. Quelqu'un qui fait 2,3 millions de téléspectateurs de moyenne trouvera toujours un espace pour communiquer». L'émission sera-t-elle alors transférée sur une autre chaîne de l'écurie Bolloré, CStar, Canal +, voire CNews ? A moins que le groupe ne poursuive la diffusion de C8 via sa MyCanal, les box télécom et sur Internet. Le retrait de cette fréquence constituera, dans tous les cas, un manque à gagner publicitaire pour Vincent Bolloré. Cyril Hanouna devrait, lui, revenir au moins sur Europe 1 à la rentrée, en reprenant On marche sur la tête, l'émission polémique animée pendant les législatives. Dans sa boîte de production H2O, l'heure ne semblait pas au découragement, selon un mail interne dévoilé par le Parisien. «Nous serons bien là, à l'antenne, à la rentrée et motivés comme jamais !» écrivent ses dirigeants. Il y a en effet toujours une rentrée à préparer : la réattribution de la fréquence à un des deux nouveaux diffuseurs (RéelsTV du milliardaire Daniel Kretinsky ou OFTV du groupe Ouest-France) sera effective à partir du 25 février.

Cette décision marque cependant un tournant dans les dix ans d'expansion de l'empire Bolloré, depuis sa reprise en main de Canal + en 2015, d'iTélé devenue CNews, puis d'Europe 1, du Journal du dimanche, du groupe Prisma… Une prise de contrôle effrénée sur une partie du débat public qui a mis à l'épreuve les garde-fous législatifs. Avant que ceux-ci ne soient renforplateforme cés ces derniers mois. Le Conseil d'Etat a aussi relevé l'anomalie CNews en février, incitant le régulateur à mieux contrôler le pluralisme sur les antennes radio et télé de manière générale.

Jeudi dernier, l'autorité présidée par Roch-Olivier Maistre avait alors introduit la notion de «déséquilibre manifeste et durable au principe du pluralisme». Désormais, une chaîne pourra être sanctionnée si l'Arcom observe un manque de diversité patent dans les opinions, les intervenants ou les thématiques, sur une durée d'un mois pour les chaînes d'information (trois pour les autres).

Il devrait s'avérer plus difficile pour CNews de proposer des débats en continu sur l'immigration et l'insécurité avec des intervenants récurrents du même bord politique. «Refus du pluralisme» Le cas de CNews, dont la fréquence TNT était aussi en sursis mais finalement épargnée, a pu étonner. La députée Sophie Taillé-Polian (Génération·s), à l'origine d'une pétition anti-C8 et CNews, relève que «le renouvellement d'antenne de CNews reste incompréhensible, au vu de son refus du pluralisme et ses manques graves et répétés de la maîtrise de l'antenne». Le directeur général de Reporters sans frontières, Thibaut Bruttin, indique que son ONG sera «particulièrement attentive aux engagements pris dans la convention [avec l'Arcom] de CNews». L'Arcom devrait décider de renforcer son cahier des charges pour qu'elle octroie plus de temps à l'information qu'aux débats. Le député Aurélien Saintoul (LFI), à l'origine d'une commission d'enquête parlementaire sur le renouvellement des fréquences TNT, estime, lui, «extrêmement regrettable» celui accordé à CNews. Convoqué devant les députés, Vincent Bolloré avait lancé un avertissement : «Si, par extraordinaire, une des chaînes du groupe Canal était retirée, ça poserait deux types de problème. C'est un ensemble. Si vous retirez un des pieds de la table, ça pose un problème. Le deuxième sujet, c'est que ce serait une marque de défiance. Ce serait pris comme une gifle.» Le milliardaire catholique compte-t-il riposter, ou se contentera-t-il de tendre l'autre joue ?•

La Croix, no. 42979
Événement, jeudi 25 juillet 2024 1641 mots, p. 4,5
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24 juillet 2024 - La Croix (site web)

Les chaînes C8 et NRJ12 évincées, le paysage de la TNT redessiné

Ysée Demenus, Maud Guilbeault et Nathalie Lacube

Au terme d’une semaine d’auditions auprès des 24 candidats à la réattribution de 15 fréquences hertziennes de la TNT arrivant à échéance en 2025, l’Arcom a rendu publique la liste des projets présélectionnés. Ni C8 ni NRJ12 n’en font partie.

L’avenir de C8 et de NRJ12 s’est brutalement assombri. Ni l’une ni l’autre n’apparaît dans la liste, publiée ce mercredi 24 juillet, des projets présélectionnés par l’Arcom pour occuper les quinze fréquences TNT remises en jeu au début de l’année. Ces chaînes échouent donc à décrocher le renouvellement de leurs autorisations de diffusion, qui arrivent à échéance au premier trimestre 2025. À leur place, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique a retenu les projets Réels TV, du groupe CMI, appartenant au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, et OFTV, de Ouest-France.

Politiquement sensible, la décision de l’autorité de régulation est également historique. Rendue à l’issue d’une série d’auditions menées auprès des 24 candidats du 8 au 17 juillet, elle faisait depuis l’objet d’une attente focalisée sur les cas de C8 et CNEWS, chaînes controversées du groupe Canal, dans le giron du milliardaire breton Vincent Bolloré.

Respectivement première et deuxième chaînes les plus sanctionnées par le régulateur, celles-ci sont régulièrement accusées de ne pas respecter le pluralisme des courants d’opinion qu’impose la loi de 1986 aux médias audiovisuels. C’est d’ailleurs à l’appui de ce texte que l’Arcom a motivé sa décision, rappelant, sans plus de justifications à ce stade, qu’elle appréciait « notamment l’intérêt de chaque projet pour le public au regard de l’impératif prioritaire de pluralisme des courants d’expression socio-culturels ».

Doivent encore être rédigées, avec chacun des candidats présélectionnés, des conventions auxquelles ils devront se conformer. D’une durée maximale de dix ans, elles seront établies sur le fondement de la loi du 1986 et « au regard des engagements formulés par chaque candidat ». Celui de la direction de la chaîne C8, lors de son audition, de différer de 45 minutes l’émission de Cyril Hanouna, « Touche pas à mon poste ! », n’aura pas suffi à convaincre les sages.

Comment expliquer la décision de l’Arcom de ne pas reconduire C8 ?

Avec 7,6 millions d’euros d’amendes cumulées sur les huit dernières années, la chaîne C8 bat tous les records de sanctions jamais prononcées par l’Arcom, la plaçant ainsi dans une « case à part », estimait Benoît Loutrel, membre de l’Arcom, à l’occasion d’une audition publique le 9 juillet. En novembre 2022, l’animateur star Cyril Hanouna avait proféré des insultes à l’égard du député Louis Boyard (La France insoumise), valant à C8 la plus grosse sanction financière jamais prononcée par l’Arcom, d’un montant de 3,5 millions d’euros.

Reconnaissant que « tous les différents manquements »avaient eu lieu dans l’émission « Touche pas à mon poste ! », présentée par le même animateur, le directeur général de Canal+ France Gérald-Brice Viret s’était engagé à la diffuser avec un différé « allant jusqu’à 45 minutes ».Sans convaincre. « Pourquoi est-ce qu’on doit croire que tout ce que vous auriez pu faire depuis toutes ces années, que vous n’avez pas fait, vous le ferez ? », s’était alors interrogé Benoît Loutrel.

Dans la décision de l’Arcom de ne pas renouveler la chaîne, l’historien Alexis Lévrier voit une marque de la cohérence du régulateur. « Il était évident que ce serait sur C8 que tomberait le couperet car elle est la plus sanctionnée, commente-t-il. Cela correspond à la tradition du régulateur de mesure et de gradation des sanctions. »

Si le non-renouvellement de la chaîne ne constitue pas une sanction, cette décision pourra néanmoins faire l’objet d’un recours devant le Conseil d’État, auquel il reviendra alors d’évaluer, notamment, si « la chaîne en question apportait ou non une valeur ajoutée au téléspectateur et un élément de pluralisme nécessaire », confie une source proche du dossier.

Sur X (ex-Twitter), Gérald-Brice Viret a dénoncé une forme de « mépris pour le public ». Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+, s’est quant à lui dit « sous le choc » dans un mail interne, estimant que la chaîne répondait « de manière incontestable à l’intérêt pour le public, premier critère de choix de l’Arcom ». Elle continuera quoi qu’il en soit d’émettre jusqu’au 28 février 2025.

Pourquoi NRJ12 n’a-t-elle pas été reconduite ?

Trop de rediffusions, pas assez d’audience, un équilibre financier précaire : le dossier présenté par NRJ12 à l’Arcom présentait des faiblesses, qui peuvent expliquer sa non-reconduction. Aussi, l’autorité de régulation a sans doute tenu à ne pas faire de C8 la seule chaîne écartée de la TNT. Reste que sa défense, lors de son audition, de la progression de ses audiences depuis trois ans, en particulier sur les 25-49 ans et « les femmes responsables des achats de moins de 50 ans », n’a pas convaincu.

NRJ12, qui diffuse Fais pas ci, fais pas ça,un temps fort de la comédie familiale française, mais aussi des divertissements musicaux dont Fan des années 70, des années 80…,des émissions de téléréalité ou encore des documentaires, a annoncé qu’elle exercerait « les recours nécessaires » contre la décision de l’Arcom. Au même moment, l’action de NRJ Group, sa maison mère, perdait 5 % à la Bourse de Paris.

Fondée par Jean-Paul Baudecroux, figure emblématique des médias et principal actionnaire, l’entreprise audiovisuelle détient par ailleurs quatre radios – NRJ, Nostalgie, Rire et Chansons et Chérie FM – et deux autres télés, Chérie TV, chaîne nationale gratuite, et NRJ HITS, première chaîne musicale du câble-satellite-ADSL.

Quels sont les projets des nouveaux entrants, OFTV et RéelsTV ?

La presse écrite fait son entrée dans le monde du petit écran. OFTV et RéelsTV, les deux nouveaux projets de chaînes sélectionnés par l’Arcom pour occuper les places laissées vacantes par C8 et NRJ12, émanent en effet d’éditeurs de média « papier » : Ouest-France pour la première, CMI France pour la seconde. Le groupe du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky possède les hebdomadaires Marianneet Elle notamment.

Avec OFTV, Ouest-France, premier quotidien régional du pays, entend lancer « la chaîne de la vraie vie et des vraies gens », comme l’ont défendu ses représentants durant leur audition devant l’Arcom. Adressée aux 25-49 ans, celle-ci sera entièrement produite en région et son studio principal basé à Rennes. C’est la première fois qu’une chaîne nationale réalisera l’intégralité de ses programmes en dehors de Paris, ce qui fait du choix de l’Arcom une décision « historique et courageuse », selon François-Xavier Lefranc, président du directoire.

Si le calendrier du gendarme de l’audiovisuel prévoit un renouvellement de certains canaux dès mars 2025, Ouest-France vise un démarrage « à la fin de l’été 2025 », attendant de recevoir le cahier des charges de l’Arcom, explique-t-il. « On a beaucoup de choses à mettre en place, mais nous y travaillons déjà,entend rassurer François-Xavier Lefranc . Nous sommes conscients de notre responsabilité, et nous pourrons commencer plus tôt s’il le faut. »

RéelsTV, qui vise les 24-59 ans, se déclinera de son côté en trois axes : des documentaires, une émission quotidienne d’information, des programmes de divertissement et d’art de vivre. Son objectif : « réconcilier les Français avec le réel »et « restaurer un débat public ».

Le pluralisme du paysage audiovisuel s’en trouve-t-il renforcé ?

Les avis s’opposent. Figure de proue du Rassemblement national, Marine Le Pen a dénoncé, sur X, la décision de l’Arcom de ne pas renouveler la fréquence de C8, estimant que « pour le pouvoir, le pluralisme est insupportable »,et l’accusant de « chercher à le faire disparaître ». Le député LFI Aurélien Saintoul, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des fréquences TNT, a à l’inverse estimé que le régulateur se trouvait « au milieu du gué », disant dans un communiqué sa « satisfaction » de voir C8 écartée, mais jugeant par ailleurs « extrêmement regrettable » le maintien de CNEWS.

Sophie Taillé-Polian, députée écologiste, le rejoint, assurant qu’elle resterait « attentive »à ce que CNEWS, depuis peu la chaîne d’information la plus regardée en France, fasse l’objet d’une « convention stricte, qui la contraigne à redevenir une chaîne d’information et plus d’opinion ». Même son de cloche du côté de l’ONG Reporters sans frontières, dont le directeur général, Thibaut Bruttin, appelle à ce que « des obligations renforcées d’honnêteté, d’indépendance et de pluralisme de l’information soient imposées à l’ensemble des 15 chaînes qui disposeront d’une fréquence début janvier 2025 ».

Parmi celles-ci, les deux nouvelles entrantes, RéelsTV et OFTV. Elles représentent pour l’historien des médias Patrick Eveno « un vrai espoir de basculement dans l’offre TNT et une bonne nouvelle pour le pluralisme ». Son confrère Alexis Lévrier se montre plus réservé quant aux intentions de Daniel Kretinsky : « Il faudra voir la proportion de débat qui sera proposée sur RéelsTV, il ne faut pas oublier qu’elle aussi a un milliardaire à sa tête », prévient-il. Quant au projet du quotidien régional Ouest-France, l’historien y voit un « média de proximité, de terrain, indépendant, qui peut apporter beaucoup en matière de pluralisme ».

Quant à l’avenir de C8, Alexis Lévrier anticipe déjà un replacement de son animateur star Cyril Hanouna vers une autre chaîne du groupe Canal +, « par exemple CStar ». Reconduite, celle-ci occupe actuellement le canal 17 de la TNT, et Patrick Eveno ne doute pas qu’elle puisse « faire venir à elle les téléspectateurs de “Touche pas à mon poste !” si Cyril Hanouna y déménageait ».

Libération
jeudi 25 juillet 2024 1016 mots, p. 16

france

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24 juillet 2024 - Libération (site web)

LFI remet les retraites sur le métier

Victor Boiteau;Frantz Durupt;Anne-Sophie Lechevallier

france

Le parti, tout comme la candidate du NFP à Matignon, Lucie Castets, veut l'abrogation de la réforme qui reporte à 64 ans l'âge légal de départ. Mais des obstacles politiques et financiers demeurent.

C' est un des tout premiers sujets abordés par Lucie Castets, choisie comme candidate à Matignon par le Nouveau Front populaire (NFP). Parmi les «premières priorités» de la haute fonctionnaire, il y a l'«abrogation» de la réforme des retraites de 2023, car «c'est une réforme injuste», a-telle dit sur France Inter mercredi matin. Signe que le sujet s'impose comme une évidence, et que la tentative d'Emmanuel Macron de le clore la veille, dans sa première interview télévisée depuis le deuxième tour des législatives, a tourné court. «L'urgence du pays n'est pas de détruire ce qu'on vient de faire mais de bâtir et d'avancer», a décrété le président de la République, considérant que cette réforme, «c'est bon pour le pays». Le chef de l'Etat a beau balayer la question d'un revers de main, un an après son adoption à coups de 49.3, cette réforme contestée par des millions de personnes dans la rue pendant six mois ne passe toujours pas. Depuis, les tentatives parlementaires de revenir sur le texte – l'une portée par les centristes de Liot en juin 2023, l'autre par les insoumis en novembre – ont fait long feu, mais le NFP et le Rassemblement national (RN) ont promis dans leurs programmes des législatives de l'abroger. Le parti d'extrême droite est resté flou sur la manière dont il comptait procéder, sortant sur ce sujet sa carte joker, l'audit qu'il prévoyait en cas d'arrivée à Matignon. Puisqu'il n'y a aucun gouvernement en place prêt à publier le décret promis par le NFP, les insoumis agissent à l'Assemblée. Ils ont déposé mardi une proposition de loi (PPL), sans coordonner l'initiative avec les autres partis membres du NFP. Ils proposent d'annuler le relèvement progressif de l'âge légal à 64 ans et l'accélération de l'allongement de la durée de cotisation nécessaire pour atteindre le taux plein (43 ans). Niche RN. Côté financement, des précautions ont été prises pour éviter le raté de juin 2023, quand une proposition similaire du groupe Liot avait échoué à être examinée dans l'hémicycle, butant sur Yaël Braun-Pivet. La présidente de l'Assemblée avait invoqué l'article 40 de la Constitution, qui dispose que sont irrecevables les textes qui entraînent «une diminution des ressources publiques». Aussi LFI a-telle assuré les arrières financiers de son texte, en insérant plusieurs promesses du NFP : 10 milliards d'euros seraient récupérés notamment en soumettant à cotisation les dividendes et l'épargne salariale, 4 milliards en augmentant le taux de cotisation assurance vieillesse sur certains revenus, et 10 autres milliards proviendraient du rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune. Soit 24 milliards, censés couvrir un coût estimé, dans sa fourchette haute, à 20 milliards en 2032.

Se pose tout de même une question de faisabilité. Deux options se présentent pour qu'une PPL se retrouve à l'ordre du jour. La première est qu'elle soit retenue par la conférence des présidents. Peu probable : cette PPL n'est pas consensuelle et ne sera a priori pas soutenue par le président (Horizons) de la commission des affaires sociales. Ne reste que la deuxième option, la «niche parlementaire», une journée durant laquelle un groupe peut défendre les textes de son choix. Or le RN aura le bénéfice de la première, prévue le 31 octobre. Marine Le Pen a annoncé mardi sur X que son parti profiterait de cette niche pour soumettre l'abrogation de la réforme de 2023, ajoutant comme un défi lancé à la gauche : «On verra alors qui sera du côté de la justice sociale… ou pas !» «Ça voudrait dire qu'ils ont changé d'avis», raille le député LFI Hadrien Clouet en référence aux errements de Jordan Bardella sur le sujet des retraites. «Rapport de force». Les partisans de l'abrogation comptent en tout cas sur la nouvelle répartition des équilibres politiques. Lundi, avant même que LFI ne dépose son texte, le nouveau rapporteur général du budget, le député Liot Charles de Courson, auteur de la motion de censure de mars rejetée à 9 voix près, considérait : «Si on doit revoter sur ce sujet, on reviendra à l'âge légal à 62 ans. Ceux qui défendent la loi votée, la minorité présidentielle et les LR, n'ont plus la majorité». Mais si le texte de LFI était adopté par l'Assemblée, probablement avec les voix du RN – qui a d'ores et déjà annoncé par la voix du député Laurent Jacobelli son intention de le voter – et atterrissait au Sénat, se présenterait un obstacle de taille : «Je ne vois pas le Sénat, tel qu'il s'est exprimé lors des débats sur la dernière réforme, voter une PPL qui acterait le retour à l'ancien système. La gauche essaie surtout de masquer la désunion générale», tranche Jean- François Husson, le sénateur LR rapporteur général du budget. Si les sénateurs rejettent la PPL, seul le gouvernement pourrait sauver le texte, en proposant à l'Assemblée de se prononcer à nouveau dessus en lecture définitive. Et là, tout dépend du gouvernement qui sera en place. «C'est un rapport de force, admet Hadrien Clouet. A chaque étape, il va falloir mener la bagarre.» La proposition de LFI a été accueillie par un rejet des défenseurs des 64 ans – «Vouloir revenir sur la réforme, c'est pousser le système dans le mur», martèle toujours l'ancien ministre qui l'a portée, Olivier Dussopt – et par un enthousiasme tout relatif chez les opposants. Les syndicats ne se sont pas précipités pour la défendre. Chez Force ouvrière, Michel Beaugas souligne un «accord sur le fond», mais soulève deux questions : le sort de ceux qui ont déjà fait les frais de la réforme (l'âge légal est actuellement de 62 ans et six mois) et le financement. Pas très convaincu par l'issue de la démarche, un député d'une autre composante du NFP raille : «Il faut juste un truc, qui s'appelle le gouvernement.» Victor Boiteau, Frantz Durupt et Anne-Sophie Lechevallier

Libération
jeudi 25 juillet 2024 869 mots, p. 3

AUTRE

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24 juillet 2024 - Libération (site web)

Du trash à la propagande, douze ans de sanctions pour C8

Noa Jacquet

AUTRE

De séquences sexistes et homophobes en injures à un député, la sanction de l'Arcom met fin à une longue liste de débordements.

D' une chaîne de divertissement aux relents trash à la vitrine préférée de l'extrême droite sur le PAF. En douze ans, la chaîne C8, rachetée par le groupe Canal + de Vincent Bolloré en 2012, a multiplié ses audiences… et ses dérapages, notamment au cours de l'émission phare de Cyril Hanouna, Touche pas à mon poste ! Des écarts qui lui ont valu, avant de se voir reti- rer sa fréquence TNT mercredi, de nombreux rappels à l'ordre du régulateur, le CSA, rebaptisé Arcom. Depuis 2012, 31 sanctions ont été prononcées à l'encontre de la chaîne, selon un décompte du Monde – dont presque la moitié entre 2020 et 2024. De la simple mise en garde à des amendes qui, en cumulé, atteignent 7,6 millions d'euros. Retour sur douze ans de sanctions d'une chaîne à la dérive portée par un animateur tout-puissant. Homophobe. Mai 2016. Cyril Hanouna règne sur les antennes de C8 depuis quatre ans, et malgré les très bonnes audiences de la chaîne, portée par son émission quotidienne de deux en direct, les comportements du présentateur irritent déjà. Blagues de mauvais goût, humiliation des chroniqueurs – Matthieu Delormeau en souffre-douleur… Le régulateur est régulièrement interpellé par des auditeurs choqués, sans beaucoup réagir.

Premier tollé de grande ampleur : pour un canular, Gilles Verdez, chroniqueur de l'émission alors déguisé en livreur, provoque le rappeur Joey Starr, qui le gifle. La sanction du CSA tombe : une mise en garde pour nonmaîtrise de l'antenne. C'est le début d'une longue liste de dérapages, souvent à caractère sexiste ou homophobe. Exemple : pour une séquence en 2016, au cours de laquelle Cyril Hanouna place la main d'une chroniqueuse non consentante sur son sexe alors qu'elle avait les yeux fermés, le CSA condamne la chaîne à 50 000 euros d'amende. Un épisode similaire a lieu quelques mois plus tard : pour un baiser non consenti de l'un des chroniqueurs sur la poitrine d'une invitée, la chaîne est mise en demeure.

Mais c'est en 2017 que la chaîne s'attire les foudres du gendarme de l'audiovisuel, avec une amende de 3 millions d'euros : pendant l'émission, Cyril Hanouna improvise un canular homophobe au cours duquel, dans une imitation stéréotypée, il piège des hommes homosexuels pour leur faire partaheures ger des détails intimes et des suggestions sexuelles. Le CSA justifie une telle sanction en estimant que la chaîne a «gravement méconnu le principe de respect de la vie privée, ainsi que son obligation de lutter contre les discriminations». La star de C8 ne se limite plus au commentaire de l'actualité sociétale et médiatique et investit de plus en plus le terrain politique, en invitant régulièrement des personnalités de tous bords, élus et ministres en exercice, comme Najat Vallaud-Belkacem et Marlène Schiappa, alors secrétaire d'Etat à l'Egalite femmes-hommes, Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la présidentielle, ou encore Julien Odoul, député RN. Cer- tains deviennent même chroniqueurs, dont l'insoumise Raquel Garrido et Louis Boyard, alors militant étudiant et futur député LFI.

La chaîne prend un net virage vers l'extrême droite avant la présidentielle de 2022, en réservant avec bienveillance une large place à des figures comme le candidat à l'Elysée Eric Zemmour ou l'ancienne militante de Génération identitaire Thaïs d'Escufon. C8 accorde un temps de parole croissant aux thèmes phares du RN, comme la sécurité et l'immigration, sous les critiques de la gauche. Au moment de l'affaire Lola, une jeune fille assassinée à Paris en 2022, l'animateur dérape en appelant à un procès expéditif de la principale suspecte, sous OQTF, rejoignant le choeur de critiques venues d'extrême droite, qui a récupéré l'histoire. L'Arcom met la chaîne en demeure en estimant qu'elle n'a pas «traité avec mesure une affaire judiciaire en cours». Incontournable. Cyril Hanouna, fort de la montée des audiences – il dépasse parfois les 2 millions d'auditeurs – et du développement de son empire, géré par sa société de production H2O, occupe une place de plus en plus écrasante sur la chaîne, où il fait la pluie et le beau temps. Hanouna devient même incontournable durant la campagne présidentielle de 2022, en recevant plusieurs candidats, dont Jean-Luc Mélenchon et Valérie Pécresse. Mais en novembre 2022, quand l'insoumis Louis Boyard, son chroniqueur devenu député, accuse Vincent Bolloré, propriétaire de la chaîne, d'avoir «déforesté le Cameroun», c'est la dérive de trop. «Tu sais que tu es dans le groupe Bolloré ici», lui réplique Hanouna furieux, avant de l'insulter. Cette fois, l'Arcom sévit lourdement et inflige à la chaîne une amende record de 3,5 millions d'euros, confirmée par le Conseil d'Etat en juillet 2024. Ce qui ne calme pas l'animateur, qui multiplie les provocations, de l'invitation de faux policiers de la Brav-M en 2023, à l'interview intrusive de l'ancienne candidate de télé-réalité Loana, venue témoigner de son viol et qui termine en pleurs. Devant l'Arcom, les dirigeants du groupe Bolloré se sont félicités des audiences records de C8 en 2023 et du 1,8 million de téléspectateurs en moyenne réunis par TPMP. Mais depuis début 2024, l'étoile Hanouna avait pâli, avec une audience tombée à 1,5 million en moyenne. Avant le clap de fin.

Le Figaro, no. 24858
Le Figaro, jeudi 25 juillet 2024 1037 mots, p. 4

Politique

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24 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

La réforme des retraites menacée à l'Assemblée

La gauche, comme le RN, veut abroger la réforme des retraites. La menace est en tout cas prise au sérieux dans l'exécutif.

Laubacher, Paul, Flurin, Richard, Hausalter, Louis

Qui aura, en premier, la peau de la réforme des retraites à l'Assemblée nationale ? La France insoumise (LFI), comme le Rassemblement national (RN), a annoncé vouloir déposer une proposition de loi pour abroger la réforme votée en mars 2023 alors qu'Élisabeth Borne était encore première ministre. C'est la chef de file des députés LFI, Mathilde Panot, qui a lancé les hostilités, en annonçant sur France Inter, mardi, que son groupe allait déposer ce texte, qui ne sera pas débattu dans l'Hémicycle avant plusieurs mois. L'Insoumise, proche de Jean-Luc Mélenchon, a pris cette initiative pour deux raisons : préempter le sujet et avoir un texte déjà près en cas de nomination à Matignon d'un premier ministre issu de l'alliance des gauches, le Nouveau Front populaire.

Justement, mardi soir, juste avant l'interview d'Emmanuel Macron sur France 2, les caciques de gauche s'étaient enfin entendus sur le nom du premier ministre : Lucie Castets, énarque, directrice financière de la ville de Paris. Ses premiers mots ? Avoir parmi ses «grandes priorités» l' « abrogation de la réforme des retraites» d'Emmanuel Macron.

Dans la foulée des annonces de la gauche, les cadres du RN ont assuré spontanément que, bien évidemment, ils voteraient une telle proposition de loi. «C'est dans notre programme», pointe même le député RN de Moselle Laurent Jacobelli. «La gauche propose mais c'est le RN qui décide. Cette abrogation ne peut pas être votée sans les députés RN», affirme le député mariniste Julien Odoul.

Ce que les deux cadres RN oublient, c'est que leur parti a demandé à avoir la première niche parlementaire de l'année, dévolue au groupe d'opposition. Celle du parti à la flamme aura lieu le 31 octobre. «Nous voulions ainsi abroger la réforme des retraites Macron à l'automne comme nous l'avions promis aux Français. On verra alors qui sera du côté de la justice sociale... ou pas!», publie sur X (ex-Twitter), Marine Le Pen, pourtant partie en vacances.

La présidente du groupe parlementaire RN laisse entendre que son groupe présentera lors de sa niche un texte proposant l'abrogation de la réforme des retraites. «On y avait pensé au moment où l'on a demandé à avoir la première niche. On va pouvoir faire ce qu'on aurait fait si on avait gagné les législatives», lance un proche de Marine Le Pen, qui estime que le texte RN pourrait passer à l'Assemblée nationale avant celui des Insoumis. «Est-ce que la gauche votera notre proposition de loi?», demande tout haut un cadre mariniste, même s'il connaît déjà la réponse. Il y a très peu de chance que la gauche dans son ensemble vote un texte du RN. L'inverse, lui, est peut-être plus vrai.

«Je n'ai pas le sentiment que La France insoumise, quand elle a parlé à ses électeurs, a dit: « Je vais voter des textes avec le RN »», a pointé Emmanuel Macron sur France 2 et Radio France mardi soir. En enfonçant le clou, un peu plus tard : «L'urgence du pays n'est pas de détruire ce qu'on vient de faire, mais de bâtir et d'avancer.»L'un de ses proches prévient : «Le prochain gouvernement va se retrouver face à une équation budgétaire compliquée. Quand on promet d'abroger la réforme des retraites, il faut donner en face les mesures d'économies qui compensent.»

« Une coalition des extrêmes »

La menace est en tout cas prise au sérieux dans l'exécutif. «Il y a un risque d'une coalition des extrêmes pour abroger la réforme des retraites», s'alarme un ministre. Car les chiffres parlent d'eux-mêmes : une Assemblée nationale sans majorité claire pourrait en trouver une sur l'abrogation de cette réforme. Les voix du RN plus celles de la gauche seraient suffisantes. Mais le chemin pour y arriver pourrait être plus compliqué que prévu.

La dernière fois qu'une telle hypothèse s'est invitée au Palais Bourbon remonte à plus d'un an. À l'époque, pour mettre fin à la fébrilité de son camp, Yaël Braun-Pivet avait consenti à empêcher tout retour en arrière sur la réforme des retraites en prononçant «l'irrecevabilité»des amendements d'abrogation déposés par la Nupes et par le groupe Liot. Mais si un tel projet devait revenir demain à la Chambre basse, la présidente réélue de l'Assemblée pourrait se retrouver impuissante. Car seuls trois filtres permettent en effet de prononcer une «irrecevabilité» : deux en amont (la délégation compétente du bureau, et la commission des finances sur saisine d'un élu), et un en direct (le rejet, en séance, d'une modification examinée sans avoir été préalablement votée en commission des finances).

La nouvelle physionomie de l'Hémicycle, héritée des législatives anticipées, laisse peu de chance aux scénarios qui impliquent un coup de pouce de la commission des finances, toujours présidée par l'Insoumis Éric Coquerel. Résultat, les macronistes et la droite placent tous leurs espoirs dans la délégation compétente du bureau. À condition toutefois que la composition de celle-ci le permette.

Traditionnellement destinée à l'un des vice-présidents de l'Assemblée - à l'exception de la précédente législature, où elle a échu à un binôme de secrétaires, faute d'accord -, cette délégation fait l'objet des convoitises de l'Insoumise Nadège Abomangoli et de son collègue de la Droite républicaine Xavier Breton. Les deux élus, qui se sont quittés samedi dernier sans parvenir à s'entendre, sont convenus de trancher le 11 septembre prochain, lors de la prochaine réunion du bureau.

Majoritaire au sein de ce cénacle - plus haute instance exécutive de l'Assemblée -, la gauche espère que le rapport de force finira par lui y être favorable. Le député LFI Antoine Léaument l'a d'ailleurs confirmé sur le réseau X, mardi : «Voilà pourquoi il était si important d'obtenir la majorité au bureau de l'Assemblée: permettre la recevabilité de cette proposition de loi.» Si le NFP l'emporte sur ce terrain, aucun filtre ne pourrait plus s'opposer à ce que l'Assemblée examine l'abrogation de la réforme des retraites. Voire qu'elle l'adopte, comme peut le laisser croire le soutien annoncé du RN au NFP. La question n'est donc plus de savoir qui aura la peau de la réforme des retraites, mais quand celle-ci sera abrogée. P. L. ET R.F. ET L.H.

Libération
jeudi 25 juillet 2024 790 mots, p. 15

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24 juillet 2024 - Libération (site web)

Pas de trêve pour les flingueurs de la macronie

Jean-Baptiste Daoulas

autre

Emboîtant le pas au dédain du chef de l'Etat, le camp présidentiel a déclenché de premiers tirs de barrage contre la candidate de la gauche à Matignon.

R ien ne gâchera sa «trêve» olympique et politique. Mercredi à la mi-journée, Emmanuel Macron se filme tout sourire devant la tour Eiffel dans une courte vidéo de dix-huit secondes : «On ouvre grand les Jeux. A bientôt !» Le Président a basculé «en mode olympique», selon l'un de ses conseillers. Merci de ne pas lui parler de la formation d'un nouveau gouvernement avant «la mi-août», rendezvous esquissé lors de son interview mardi soir sur France 2 et Radio France, pour préserver «la stabilité» du pays pendant les JO.

Le chef de l'Etat continue d'ignorer superbement Lucie Castets, la candidate choisie pour Matignon par le Nouveau Front populaire (NFP). «Elle dit elle-même qu'elle ne veut pas aller au-delà du NFP, donc il n'y a pas de majorité stable possible. Ça ne change pas grand-chose», minimiset-on à l'Elysée, où la première grande interview de Castets sur France Inter a été jugée «poussive» mercredi matin. Mardi soir, à quelques minutes de l'entrée du Président sur le plateau de France Télévisions, son équipe a dû se ruer sur Google pour se renseigner sur la cofondatrice du collectif Nos Services publics. «Ils ont fait un coup, juge un proche du chef de l'Etat. Tous les partis politiques [du centre, de droite et d'extrême droite] ont dit qu'ils censureraient immédiatement un gouvernement avec LFI. Non seulement ils n'ont pas une majorité pour, mais ils ont une majorité contre. Je ne vois pas l'intérêt d'aller faire ça si ce n'est pour foutre le bordel, ce qui, du point de vue de Jean- Luc Mélenchon, est recevable.» «Recul». Macron laisse à ses troupes le soin de décortiquer – et de critiquer – le CV de l'énarque, ancienne de Tracfin (le service de renseignement sur le blanchiment d'argent, le financement du terrorisme et la fraude fiscale) et du cabinet d'Anne Hidalgo, aujourd'hui directrice des finances et des achats de la mairie de Paris. «Sa seule expérience “politique”, c'est d'avoir été conseillère d'Hidalgo, et ça n'est guère flatteur», flingue un conseiller ministériel. «C'est vraiment la caricature de la gauche bobo», pilonne une ministre. Le député Ensemble pour la République (EPR, ex-Renaissance) François Cormier- Bouligeon l'accuse d'être «proche de M. [Thomas] Portes, le coupeur de têtes de LFI», s'appuyant sur le seul fait que le député insoumis et Castets sont membres du bureau de l'Observatoire national de l'extrême droite. L'ex-rapporteur général du budget Jean-René Cazeneuve (EPR) ironise sur l'endettement de la mairie de Paris, sur laquelle elle a été interrogée sur France Inter. «Première intervention, premières carabistouilles», a-t-il tweeté.

De son côté, l'ex-président du groupe Modem à l'Assemblée Jean- Paul Mattei juge «pas sérieux» que Castets rejette toute forme de coalition avec l'ex-majorité présidentielle, alors qu'il manque au NFP une centaine de sièges pour atteindre la majorité absolue. Ce proche de Bayrou estime néanmoins «qu'on aurait pu recevoir» la candidate de la gauche unie au lieu de l'ignorer comme l'a fait l'Elysée : «Il faut que chacun prenne un peu de recul. Sinon on va aller de motion de censure en motion de censure. Il faut mettre tout le monde autour de la table.» Piégé. L'Elysée évoque un «temps de décantation avant que les forces républicaines commencent à mettre des propositions sur la table» et espère toujours la construction d'une vaste coalition, comme dans d'autres pays d'Europe. Si les injonctions répétées d'Emmanuel Macron à «travailler ensemble» lui permettent de gagner du temps, il risque de se retrouver piégé dans quelques semaines si le NFP continue à lui réclamer Matignon sans négociations. «A un moment, il va falloir qu'il nomme quelqu'un. Si c'est un macroniste, il sera battu tout de suite, anticipe le député PS Arthur Delaporte. Si on veut que le pays avance, il faut que quelqu'un fasse une concession. Il n'y a pas de raison objective que ce soit nous.» Le Président continue de considérer que le NFP est minoritaire car son candidat pour la présidence de l'Assemblée, André Chassaigne, ne l'a pas emporté. Il mise toujours sur un schisme entre LFI et le PS, seule solution pour stabiliser un attelage englobant le bloc présidentiel et la droite de Wauquiez. «On ne va pas se vendre pour aller faire un gouvernement à la découpe avec Laurent Wauquiez. Ça n'a aucun sens», réplique Delaporte. L'Elysée y croit pourtant dur comme fer et reste à l'affût des dissonances au sein du NFP. Que le PS Stéphane Le Foll qualifie la désignation de Castets de «clap de fin de l'ambition [du NFP] à gouverner» et de «victoire de Jean- Luc Mélenchon» a été noté comme un signe encourageant.

Jean-Baptiste Daoulas

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, jeudi 25 juillet 2024 790 mots, p. AUJM22
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25 juillet 2024 - Le Parisien

Les « taxes retard » contre les parents sèment la discorde

Famille|Certaines villes mettent en place à la prochaine rentrée des amendes entre 5 et 30 € pour punir ceux qui arrivent au centre de loisirs et au périscolaire après l'heure de la fermeture officielle.

Bérangère Lepetit

« C'est injuste et incompréhensible », s'étrangle, à Toulouse (Haute-Garonne), Aziz Aboularab, père de famille et vice-président de la FCPE, l'une des principales organisations de parents d'élèves. En plein été, il s'apprête à prendre la plume pour interpeller la mairie et « appeler les élus au dialogue », dit-il.

Ce père souhaite réagir à la « taxe retard » annoncée début juillet. Les élus ont décidé de mettre en place, à la rentrée prochaine, une amende de 30 € contre les parents qui arriveraient après 18 h 30 pour récupérer leur enfant au centre de loisirs. Une mesure prise en raison de l'augmentation récente des retards dans la Ville rose. Et qui soulève un vif débat.

« Les plus concernés par ces retards sont les parents qui doivent jongler quotidiennement entre leur travail, les horaires tardifs, les transports, les embouteillages nombreux à Toulouse, s'agace Aziz Aboularab. Ce sont surtout les familles monoparentales et précaires qui vont devoir payer alors qu'elles ont justement besoin d'aide. Avec l'inflation, ce n'est pas le moment de leur infliger ça ! »

À quelque 700 km de là, dans la Sarthe, Guillaume Chauvel, autre représentant des parents d'élèves pour la FCPE, déplore aussi « une sanction qui n'est pas une solution ». À La Ferté-Bernard, commune de 9 000 âmes, la ville va aussi punir, en septembre, les parents retardataires récidivistes. Fin juin, le conseil municipal a ainsi décidé qu'une amende de 5 € par quart d'heure de retard serait appliquée à partir de septembre aux parents en retard à la garderie périscolaire des écoles publiques.

« La garderie s'arrête à 18 h 15. S'ils acceptaient de fermer plus tard, cela faciliterait la vie des salariés. Les parents en retard sont ceux qui travaillent et ne peuvent pas faire autrement. S'ils ne préviennent pas, parfois, c'est qu'ils sont dans le jus et sont pris au dépourvu », plaide encore Guillaume Chauvel.

À Toulouse 8 000 retards sur l'année scolaire

« Ces retards dénotent un manque de respect pour les agents municipaux, obligés de rester sur place, explique, de son côté, Christine Van Ryssel, adjointe au maire (SE) chargée de l'éducation et de l'enfance à La Ferté-Bernard. On rencontre toujours les mêmes problèmes avec les mêmes familles qui ne préviennent pas. Bien sûr, on ne vise pas les parents qui, exceptionnellement, se retrouvent en difficulté. On peut avoir des imprévus », tempère l'élue. Évoquant une mesure destinée à sensibiliser les familles, elle s'appuie pour cela sur l'exemple de nombreuses villes qui ont déjà mis en place cette pénalité, d'Armentières (Nord) à Bordeaux (Gironde).

À Toulouse, ville dirigée par le LR Jean-Luc Moudenc, on estime à 8 000 le nombre de retards de parents sur l'année scolaire 2023-2024. « Certains arrivent en retard de manière récurrente et, à chaque fois, deux animateurs doivent rester obligatoirement, défend Marion Lalane de Laubadère, première adjointe en charge de l'éducation. Cette amende correspond donc à leur salaire. »

À Toulouse, la mesure n'a pas manqué de faire réagir l'opposition. Le député de Haute-Garonne François Piquemal (LFI) a été l'un des premiers à s'élever contre la taxe retard. « Personne ne comprend une telle mesure. C'est avec ce genre de politique qu'on culpabilise les parents. » Et de tacler : « C'est tout à fait cohérent avec la ligne politique du gouvernement Macron visant les parents défaillants. » Le député évoque aussi une autre mesure mise en place en 2024 : la majoration de 50 % du prix du repas à la cantine pour les parents qui réserveraient au dernier moment. Une pénalité destinée à lutter contre le gaspillage alimentaire, plaide-t-on à la mairie. « Mais cela pénalise encore les parents qui courent déjà partout », fulmine la FCPE.

Une mesure peu efficace

« Les mairies ont du mal à recruter, et de lourdes charges pèsent sur leurs épaules. Mais ces taxes ne sont pas la solution, renchérit Guillaume Chauvel, à la FCPE de la Sarthe. Il s'agit bien de la responsabilité de la ville et non de celle de l'école. C'est à la mairie de trouver des solutions. »

D'autres pays dans le monde ont déjà expérimenté ces amendes, comme l'Australie, l'Angleterre ou encore Israël qui les avait mis en place en 2015 dans les crèches de la ville d'Haïfa. L'expérience avait tourné court. « Ce n'était pas efficace car les parents finissaient par payer les taxes, explique Alexandre Delaigue, professeur d'économie à l'université de Lille (Nord). Finalement, cette politique transforme une norme sociale, celle d'être à l'heure, par un prix. Le retard devient alors marchand. » Et en l'occurrence, payer était moins efficace pour les parents que la honte ressentie en arrivant à l'école.

Le Monde
France, jeudi 25 juillet 2024 1139 mots, p. 6
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23 juillet 2024 - Le Monde (site web)
24 juillet 2024 - La Matinale du Monde

LFI dépose un nouveau texte pour abroger la réforme des retraites

Les « insoumis » espèrent profiter de la majorité dont dispose la gauche au bureau de l’Assemblée nationale, avec douze postes sur vingt-deux

Rachel Garrat-Valcarcel

La France insoumise (LFI) n’a pas l’air d’être sur la ligne de « trêve politique » olympique réclamée par le chef de l’Etat, Emmanuel Macron. Mardi 23 juillet, la présidente du groupe « insoumis » à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, élue du Val-de-Marne, a annoncé sur France Inter avoir déposé une nouvelle proposition de loi pour abroger la réforme des retraites de 2023.

Une façon de s’extraire des négociations difficiles pour trouver un candidat au poste de premier ministre pour le Nouveau Front populaire (NFP). L’alliance de gauche s’est finalement entendue, mardi soir, sur le nom de Lucie Castets, économiste, directrice des finances de la Mairie de Paris, pour Matignon. Cette dernière a d’ailleurs déclaré à l’Agence France-Presse avoir parmi ses « grandes priorités » l’ « abrogation de la réforme des retraites ». Le nouveau texte est aussi une manière de tester les pouvoirs d’un bureau de l’Assemblée nationale – la plus haute instance de l’institution – sur lequel le NFP détient désormais la majorité absolue (douze postes sur vingt-deux).

La question de l’abrogation de la réforme des retraites, voulue par Emmanuel Macron, qui portait l’âge légal à 64 ans, est une arlésienne depuis le printemps 2023 et son adoption au forceps. Mais après avoir manqué de tomber à neuf voix près à cause de cette mesure, le gouvernement n’en avait pas encore terminé. En vue de leur niche parlementaire du 8 juin 2023, ce sont d’abord les députés du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) qui avaient déposé une première proposition de loi d’abrogation de la réforme, mettant la majorité d’alors dans tous ses états.

Au grand dam de celle-ci, la proposition de loi avait été déclarée recevable par le bureau de l’Assemblée, sans être jugée contraire à l’article 40 de la Constitution qui interdit à tout parlementaire de déposer un amendement ou une proposition de loi qui crée une charge pour l’Etat sans qu’elle ne soit compensée. Cette très forte limitation de l’initiative parlementaire est la plupart du temps contournée par un gage sur la taxe sur le tabac, comme c’était le cas pour la proposition de loi du groupe LIOT.

En commission, grâce au renfort de députés Les Républicains favorables à la réforme des retraites du gouvernement Borne, la proposition de loi avait été vidée de sa substance. Les députés LIOT avaient alors déposé un amendement de rétablissement, sans succès : si Eric Coquerel (LFI, Seine-Saint-Denis), alors président de la commission des finances, l’avait bien jugé recevable, Yaël Braun-Pivet, comme présidente (Renaissance) de l’Assemblée nationale, l’avait contredit.

Après cet échec, les groupes de gauche – encore alliés dans la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) – avaient fait le « serment » de proposer à chacune de leur niche parlementaire à venir une nouvelle proposition de loi d’abrogation. LFI l’avait fait en premier, le 30 novembre 2023. Cette fois-ci, la majorité avait mieux anticipé la manœuvre et avait jugé la nouvelle proposition de loi irrecevable dès son premier passage devant le bureau de l’Assemblée nationale.

Seulement voilà : depuis samedi 20 juillet, 4 heures du matin, grâce à des députés macronistes et de droite un peu trop couche-tôt, le NFP dispose d’une majorité absolue inattendue au bureau de l’Assemblée. Eric Coquerel assume d’ailleurs totalement que le dépôt de cette nouvelle proposition de loi est une manière de tester ce nouveau pouvoir. « C’est clair que ça ouvre des potentialités, des perspectives », affirme celui qui a été reconduit à la tête de la commission des finances, samedi.

« Le rapport de force se tente »

La gauche pense que l’heure est enfin venue pour qu’une proposition de loi d’abrogation prospère. Cependant, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, aura toujours le moyen d’aller contre la décision de son bureau. « A la fin des fins, elle a toujours une possibilité. Mais ça veut dire qu’elle dédit son propre bureau. Politiquement, c’est compliqué », explique Eric Coquerel, pour lequel « le rapport de force se tente ».

L’enjeu est important : sur le papier, la nouvelle Assemblée nationale est encore plus défavorable à la réforme des retraites de 2023. « Chacun prendra ses responsabilités », a dit Mathilde Panot sur France Inter.

Le Rassemblement national (RN), officiellement opposé à la réforme, a largement zigzagué sur la question pendant la campagne des élections législatives anticipées : le 11 juin, sur RTL, Jordan Bardella avait expliqué qu’il faudrait, en cas de victoire de son parti, « faire des choix », soulignant la situation budgétaire difficile. Finalement, le RN avait renvoyé la question à une nouvelle évaluation, dans un second temps, après un audit des finances publiques.

Mardi matin, sur BFM-TV, le député (RN) de Moselle Laurent Jacobelli a assuré que son groupe voterait cette proposition de loi : « C’était dans notre programme ! » « Je note que Marine Le Pen avait dit qu’elle censurerait tout gouvernement avec des “insoumis”, mais là, ils nous disent qu’ils sont d’accord avec l’abolition de la réforme des retraites », remarque Eric Coquerel, qui voit venir les accusations d’alliance avec le RN depuis les bancs de l’ancienne majorité.

Mais un risque plus grand guette peut-être LFI : que le RN qui, en tant que premier groupe, aura la première niche parlementaire, le 31 octobre, reprenne la proposition de loi à son compte. Ou la copie-colle, comme le groupe présidé par Marine Le Pen l’a déjà fait plusieurs fois dans une « stratégie du coucou ». Jean-Philippe Tanguy (RN, Somme) n’a d’ailleurs pas attendu : « Nous mettrons l’abrogation de la réforme des retraites tout en haut de notre niche », dit-il mardi à L’Opinion.

Cela mettrait la gauche, qui n’a jamais voté aucun texte proposé par le RN, dans une position délicate. « La question ne se pose même pas, le RN refuse d’aller chercher l’argent là où il est. Ils ne peuvent pas la déposer et la gager », assure le député (LFI) de Haute-Garonne Hadrien Clouet. Les « insoumis » ne gagent en effet pas leur abrogation de la réforme des retraites par une augmentation de la taxe sur le tabac, mais sur la création d’un impôt sur la fortune renforcé par un volet climatique, comme le prévoit d’ailleurs le programme du NFP. « Je ne vois pas comment ils peuvent reprendre la proposition de loi à ce stade, ou alors c’est qu’ils changent de braquet social et fiscal sur tous les plans » , complète-t-il. Pour une proposition de loi qui n’a que peu de chances d’entrer en application, le risque existe quand même un peu.

Libération
jeudi 25 juillet 2024 967 mots, p. 14,15,16

france

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24 juillet 2024 - Libération (site web)

Lucie Castets Après sa trouvaille, la gauche au travail

Lucie Alexandre

france

Le Nouveau Front populaire a trouvé sa candidate pour Matignon au terme d'une quinzaine de jours de tractations. Mais, alors qu'Emmanuel Macron refuse de nommer un nouveau gouvernement avant la fin des Jeux olympiques, tout reste à faire cet été pour imposer la jeune femme et son projet.

«M ardi, j'ai pas pu mettre le nez dehors, j'ai passé la journée dans ma tente, à enchaîner les réunions.» Comme chaque année, Fabien Roussel passe la saison estivale au camping, en Corse. Mais cette fois-ci, le patron du Parti communiste a des devoirs de vacances. La gauche s'apprête à passer l'été en visio. Car un petit miracle s'est produit mardi. Après seize jours et seize nuits de négociations compliquées entre les quatre partis du Nouveau Front populaire, une candidate commune pour le poste de Première ministre a été trouvée. Comme souvent, l'accord s'est fait au pied du mur : quelques heures avant la prise de parole d'Emmanuel Macron, sous pression pour mettre le chef de l'Etat sous pression. Lequel a balayé la proposition d'un revers de main, renvoyant la nomination d'un gouvernement après les Jeux olympiques, fin août.

Dithyrambique Mais la gauche a désormais un nom : Lucie Castets. Enarque, passée par la direction générale du Trésor, puis par les services de l'Etat de lutte contre la fraude fiscale, avant d'atterrir à la mairie de Paris comme conseillère, puis directrice des finances. Une haut-fonctionnaire de 37 ans qui gravite dans les écosystèmes de gauche depuis des années, fréquente le monde des experts et de la recherche, sans appartenir à aucune formation politique. «Tous ceux qui militent très activement dans ce pays l'ont déjà croisée un jour», résume la cheffe du parti Les Ecologistes, Marine Tondelier. Mais peu la connaissent vraiment, et encore moins le grand public. Comment la responsable associative, cofondatrice en 2021 du collectif Nos Services publics, a-t-elle emporté le consensus des forces de gauche, qui paraissait jusque-là introuvable ? Après les refus successifs d'Huguette Bello et de Laurence Tubiana, l'une par les socialistes et l'autre par les insoumis, la situation semblait pourtant au point mort. La personnalité de Lucie Castets est mise sur la table par le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, le week-end dernier. Comme à chaque fois, le blocage ne vient pas des communistes et des écologistes, qui valident sans difficulté. Les regards se tournent vers les troupes de Jean-Luc Mélenchon, dont la réponse se fait attendre. Mais après l'avoir auditionnée, ils finissent par l'approuver mardi, en fin d'après-midi. Le triple candidat à la présidentielle signe même une note de blog dithyrambique en faveur de la jeune femme, pourtant proche d'élus socialistes, comme l'ex-adjoint d'Anne Hidalgo devenu député de Paris, Emmanuel Grégoire. «Radicalité» Comment l'expliquer ? «Une certaine pression. Un mécontentement commençait à se faire sentir, venu de l'extérieur, et les insoumis y sont plus sensibles que ce que l'on a tendance à croire», analyse un élu rose. «Ses engagements contre la réforme des retraites ou dans le cadre de la lutte contre la fraude fiscale incarnent une radicalité politique qui se retrouve dans le programme du NFP», justifie le député LFI de Seine-Saint-Denis Thomas Portes, qui l'a côtoyée au bureau de l'Observatoire national de l'extrême droite. «Dès que son nom est sorti, il a été accueilli par un torrent d'approbations sur des boucles [de messagerie] militantes, sur un spectre très large et varié. C'est comme ça qu'elle a marqué des points dès les premières heures», note le socialiste Christian Paul, qui la connaît depuis une quinzaine d'années et l'a fait Suite page 14 Suite de la page 14 participer à son colloque de gauche créé en 2019, le Festival des idées de La Charité-sur-Loire.

Alors que va-t-il se passer maintenant ? Officiellement, pas question pour la gauche de se soumettre à la trêve olympique décrétée par Emmanuel Macron. Officieusement, on admet que les choses auront dorénavant lieu sous les radars, loin des caméras. Et en distanciel, chacun derrière son écran, la plupart des élus étant sur le départ ou déjà dans leur lieu de villégiature. «Paradoxalement, la posture scandaleuse du chef de l'Etat va nous laisser le temps de nous organiser», admet un responsable communiste. Car le programme de cet été en télétravail n'en sera pas moins chargé. Après avoir échangé avec les cadres des partis, Lucie Castets doit désormais s'entretenir avec l'ensemble des députés du NFP, pour affiner la feuille de route et la stratégie, selon des modalités qui n'ont pas encore été fixées. Une architecture gouvernementale pourrait commencer à être étudiée. «Ça va être une période un peu compliquée avec les vacances, mais on va travailler pour pouvoir continuer de mettre sous pression le président de la République», assure Fabien Roussel. Flou stratégique «On va bosser pour être prêts à gouverner à tout moment si jamais le chef de l'Etat change de braquet», promet le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet. Les mouvements politiques misent aussi sur l'investissement de la société civile pour porter la candidature de Lucie Castets vers Matignon. «Chacun décidera des formes que doivent prendre ses prises de position, estime la maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland. Mais ce collectif de citoyens, élus locaux, associations et syndicats qui s'est engagé dans la campagne du NFP a été sa force depuis le départ. Et l'atout majeur de Lucie Castets, c'est qu'elle incarne ça parfaitement.» En vérité, la séquence s'improvise heure par heure, comme c'est le cas depuis plusieurs semaines. Un flou stratégique que Marine Tondelier revendique comme un avantage tactique. «Jusque-là l'effet de surprise a bien fonctionné. On a mis Emmanuel Macron dans les cordes. Il est le maître de ses horloges. Mais nous, on a les nôtres», s'amuse la cheffe à veste verte.•

«Paradoxalement, la posture scandaleuse du chef de l'Etat va nous laisser le temps de nous organiser.» Un responsable communiste

Le Monde
France, jeudi 25 juillet 2024 1412 mots, p. 7
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24 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Profil

Lucie Castets, une haut fonctionnaire inconnue, nouvel espoir du NFP

Dans l’impasse, la coalition de gauche propose cette économiste âgée de 37 ans pour Matignon

Laurent Telo

Alors qu’il était sur le point d’imploser faute d’accord, le Nouveau Front populaire (NFP) s’est enfin rassemblé, in extremis, mardi 23 juillet, derrière un nom proposé à Emmanuel Macron pour le poste de premier ministre : Lucie Castets. Un dénouement inespéré, une personnalité inattendue, surprenante, voire déconcertante, la directrice des finances et des achats de la Ville de Paris étant inconnue du grand public, mais aussi des milieux politiques traditionnels.

Un « plan C » plein de surprises et de questions en suspens qui a pourtant fini par faire consensus, alors que le NFP n’est jamais parvenu à s’accorder sur les candidatures de Laurence Tubiana, également technocrate, mais retoquée par La France insoumise (LFI) car réputée trop « macroncompatible » , ou sur celle d’Huguette Bello, présidente du conseil régional de La Réunion, trop proche de Jean-Luc Mélenchon pour le Parti socialiste (PS).

Enarque, revendiquée de gauche, Lucie Castets, 37 ans, n’est encartée nulle part – même si elle a effectué un passage au PS entre 2008 et 2011. Elle n’est, jusqu’à nouvel ordre, pas intéressée par l’élection présidentielle de 2027. Et n’est donc urticante pour aucune des composantes du NFP. « C’est une femme libre, analyse Olivier Faure, le premier secrétaire du PS . On a besoin de gens qui présentent un autre visage de la politique, qui surprennent par la sincérité et la force de leur conviction, sans arrière-pensée. »

Lutte contre l’injustice fiscale

Ancienne membre de la direction du Trésor, réputée très bonne technicienne, elle n’a jamais été élue, et n’est a priori pas programmée pour exercer le pouvoir gouvernemental. En revanche, cette haut fonctionnaire est depuis longtemps engagée dans la lutte contre l’injustice fiscale et la réhabilitation des services publics. Elle a cofondé le collectif Nos services publics et a travaillé, au ministère des finances, à la répression de la criminalité financière. Dans la foulée de l’annonce du NFP, Lucie Castets a affirmé à l’Agence France-Presse avoir accepté la proposition de l’alliance de gauche « en toute humilité, mais avec beaucoup de conviction », estimant être une candidate « crédible et sérieuse »pour Matignon.

Même tonalité, évidemment, au sein du NFP ; l’alliance de gauche a prévenu, dans un communiqué commun – LFI, Parti communiste français (PCF), Les Ecologistes et PS –, que Mme Castets sera « forte de notre engagement complet à ses côtés dans le gouvernement qu’elle dirigera ». Elle incarne désormais le programme « de rupture » du NFP. La France insoumise, qui n’était pas du tout encline à laisser proposer, pour Matignon, une personnalité issue de la société civile, a également été séduite après l’avoir « auditionnée », comme les autres composantes du NFP, à tour de rôle et au téléphone, dans la journée .

Le communiqué de presse de l’alliance de gauche a été publié une heure à peine avant l’interview du président de la République au journal de 20 heures de France 2. On pourra toujours interroger les limites d’une telle courtoisie républicaine. Mais c’est à dessein que le NFP qui s’est, certes, accordé tard dans la journée sur Lucie Castets, a choisi de ne pas communiquer son choix trop tôt afin d’exercer une pression inopinée sur Emmanuel Macron. « Pour une fois, le secret a été bien gardé », s’est réjoui Olivier Faure, qui avait fixé mardi 23 juillet comme date butoir des discussions.

Après seize journées de négociations, l’intervention télévisée programmée du chef de l’Etat a, de son côté, donné un coup d’arrêt décisif à l’infertilité tenace d’un NFP qui engage désormais un rapport de force avec Emmanuel Macron. Pour l’instant cependant, celui-ci ne fait pas grand cas de la proposition du NFP, arrivé en tête des élections législatives, mais sans majorité nette à l’Assemblée nationale : « Le sujet n’est pas de donner un nom », a esquivé le président de la République, ajoutant qu’il « serait faux de dire que le Nouveau Front populaire a une majorité, quelle qu’elle soit ».

« Je pense qu’Emmanuel Macron a été surpris par notre annonce. Il ne l’avait pas anticipée », estime Olivier Faure auprès du Monde. Il dénonce, sur X, « le déni »présidentiel, accusant le locataire de l’Elysée de faire « la politique du pire » en ne respectant pas le résultat des législatives. C’est le socialiste qui a prononcé, pour la première fois, le nom de Lucie Castets, lundi, lors d’une visioconférence qui a duré plusieurs heures entre les quatre partis du NFP . « Au départ, son nom n’a pas suscité beaucoup d’écho », relate le dirigeant socialiste qui a conjointement suggéré la candidature de Jérôme Saddier, président du Crédit coopératif. Mais à mesure que le PCF et LFI cherchaient, de nouveau, à imposer Huguette Bello tout au bout d’un accord unanime introuvable, le nom de Lucie Castets est revenu se faufiler dans les discussions.

« Il fallait trouver un autre nom permettant de convenir à tout le monde et Lucie était à cette intersection », explique Olivier Faure, qui l’a « souvent côtoyée dans les colloques et autres manifestations qui réunissent les gens de gauche ». Mme Castets a aussi été candidate sur une liste socialiste aux élections régionales de 2015. « C’est un profil original, un peu à part des autres, décrit Frédéric Hocquard, adjoint (écologiste) chargé du tourisme de la maire de Paris, Anne Hidalgo. On peut la croiser en semaine quand on négocie son budget, et elle ne laisse rien passer ; et le week-end dans une manifestation contre la réforme des retraites ou dans les meetings du NFP. »

« Emmanuel Macron ne peut plus avancer l’argument de notre incapacité à nous mettre d’accord, insiste Emmanuel Grégoire, député (PS) de Paris, ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo. Le président va être obligé de se positionner. Soit il accepte notre proposition, soit il entre en confrontation avec les Français qui nous ont placés en tête. »

Attendre et espérer

Emmanuel Grégoire connaît très bien Lucie Castets : « C’est par mon intermédiaire qu’elle est entrée à la Mairie de Paris. Je voulais la recruter à mon cabinet, mais comme j’ai dit à Frédéric Lénica[le directeur de cabinet d’Anne Hidalgo] que je venais de faire la connaissance d’une fille extraordinaire, il l’a embauchée au cabinet de la maire », sourit-il.

A la Mairie de Paris, Lucie Castets cogère le budget d’une capitale qui n’a jamais été autant endettée – un peu plus de 8 milliards d’euros en 2023. « “J’ai ruiné Paris, je peux le faire aussi pour la France”, sera son slogan, j’imagine », a réagi, sur X, Sébastien Chenu, député (Rassemblement national) du Nord, qui qualifie cette proposition de « plaisanterie de mauvais goût ».

La prochaine étape pour le NFP ? Attendre et espérer. « Je ne sais pas ce que le président de la République va faire, admet Olivier Faure. Mais maintenant qu’il y a un nom, il ne peut plus peaufiner son alliance avec la droite en toute impunité. »Tout en guettant la décision du chef de l’Etat qui a annoncé mardi, sur France 2, qu’il respecterait une trêve olympique en ne nommant pas de nouveau gouvernement avant la mi-août, Lucie Castets a énuméré ses priorités : l’ « abrogation de la réforme des retraites »d’Emmanuel Macron, l’ « amélioration du pouvoir d’achat »par la revalorisation des salaires et le relèvement des minima sociaux, ainsi que la « fin de la régression des services publics ».

Mercredi 24 juillet, la candidate de la gauche a demandé à M. Macron de « prendre ses responsabilités » et de la « nommer première ministre ». « Les électeurs ont placé le programme de rupture du NFP en tête des élections(…). On ne peut pas rester dans la paralysie comme le propose Emmanuel Macron », a-t-elle insisté sur France Inter, en réponse au rejet de sa candidature par le chef de l’Etat.

Le NFP, lui, n’a pas l’intention de souffler ou de s’abandonner à une quelconque autosatisfaction. « Nous allons travailler pendant les prochaines semaines pour parfaire la planification de notre action économique, sociale, et réfléchir à la tactique pour mettre en place nos mesures, affirme Olivier Faure . Il y a les vacances… Jusqu’au 15 août, aucune mobilisation n’est possible. Je ne sais pas si la colère va retomber, mais on aura des Jeux, en attendant le pain. »

Le Monde
Planète, jeudi 25 juillet 2024 1465 mots, p. 9
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24 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Reportage

Algues vertes : à Hillion, une lente accoutumance

La population de la commune bretonne doit vivre avec la pollution, entre découragement et omerta

Benjamin Keltz

Hillion (Côtes-d’Armor) -envoyé spécial - Elle souffle fort pour refouler ses larmes, ce mardi matin de juillet. Installée dans son bureau de maire à Hillion, dans les Côtes-d’Armor, Annie Guennou grimace : « Je me sens démunie. Abandonnée. J’en ai tellement marre, vous savez… » L’édile (sans étiquette) « sature » de ces algues vertes qui pullulent aux beaux jours sur une partie du littoral breton. Nichée dans la baie de Saint-Brieuc, Hillion, commune de 4 300 habitants, est la plus touchée par cette pollution. Depuis juin, Annie Guennou a procédé à trois fermetures de plage à la suite d’alertes de capteurs, installés en 2022, signalant la présence d’hydrogène sulfuré (H2S) émanant d’ulves en putréfaction.

Ce gaz a été mis en cause après la mort d’animaux dans la commune. En septembre 2016, un joggeur est décédé dans une vasière. Faute d’autopsie rapide, impossible d’incriminer les algues. Annie Guennou refuse de se prononcer sur ce drame qui hante la cité, mais doute : « Avant, il ne fallait surtout pas parler des algues… Une maire doit protéger sa population. Face à ce risque pour la santé publique, les services de l’Etat me conseillent de fermer les plages tout l’été. Ce n’est pas une réponse ! »

Tous les plans de lutte contre les algues vertes mis en place depuis 2010, et dont le dernier doté d’un budget de 130 millions d’euros court de 2022 à 2027, ont été incapables d’éradiquer le fléau hérité de décennies d’agriculture intensive. Celle-ci est, selon la plupart des scientifiques, la principale responsable de la saturation des cours d’eau en azote, nutriment essentiel à la propagation des algues vertes sur le littoral. « Lasse »de ne constater « aucune amélioration », Annie Guennou songe à démissionner de son mandat.

Auguste et Bernadette Buard, 80 ans, comprennent le mal-être de l’élue. Ce couple habite une maison néobretonne avec vue sur la grève et son épais tapis vert révélé à marée descendante. « Les nuisances sont visuelles, mais surtout olfactives », expliquent-ils. Ce matin, un relent âcre flotte dans l’air. Souvent, il s’agit d’une odeur d’œuf pourri. « L’air est parfois si irrespirable qu’on renonce à sortir. On se méfie pour notre santé », explique Auguste Buard, ancien militant écologiste. « Blasé », il a cessé tout engagement et se contente de « faire attention » aux émanations. A Hillion, beaucoup se plaignent de récurrents maux de tête, d’irritations de la gorge ou des yeux. Des symptômes que les habitants attribuent, comme une évidence, aux algues vertes.

« Nager au milieu des algues »

La commune n’a pas toujours été la cité des ulves. Pour évoquer cet ancien temps, les habitués du bourg recommandent la mémoire de Martine Corduan. Patronne de la boucherie familiale fondée en 1950, cette commerçante s’autorise une pause sur le coin du comptoir pour narrer son adolescence à « se baigner » sur la plage de l’Hôtellerie. L’anecdote surprend les clients présents qui déconseillent, aujourd’hui, cet endroit. « Mes premiers souvenirs de marées vertes datent de la fin des années 1970. Je suis nostalgique de l’époque où l’on profitait de notre littoral sans contrainte, soupire Martine Corduan. Les algues pullulent quelques semaines par an. L’hiver, la côte redevient magnifique. »

A la caisse, Isabelle Maléfant s’agace. Selon cette enseignante d’allemand installée dans la région parisienne, évoquer les algues vertes revient à « dénigrer » la baie où elle passe toutes ses vacances depuis son enfance. Ces « salades » prospèrent depuis « tellement longtemps »qu’elle préfère les ignorer. Même fatalisme ou sursaut de chauvinisme local pour Corentin Fleury, 30 ans. Allongé à quelques mètres d’un amas vert en attente d’évacuation sur la plage de Bon-Abri, l’infirmier surveille ses enfants qui jouent sur le sable sans crainte. Lui dit « avoir appris à nager au milieu des algues »et moque ceux qui « paniquent ». Il reconnaît cependant ne jamais s’attarder sur la plage de Saint-Guimond, fermée plusieurs jours en juillet.

Ce mardi, l’accès y est possible. Les barrières ont été rangées. Les capteurs n’ont pas constaté, ces quarante-huit dernières heures, de dépassement de 1 partie par million (ppm) d’hydrogène sulfuré, seuil préconisé par le Haut Conseil de la santé publique pour la fermeture des plages. « Partie remise », prédit le riverain et député (MoDem) de la circonscription, Mickaël Cosson. Maire d’Hillion de 2014 à 2022 puis parlementaire, il a été réélu le 7 juillet sans avoir à débattre des marées vertes.

Sur le sujet, beaucoup doutent de l’élu depuis la publication de la bande dessinée de la journaliste Inès Léraud (Algues vertes, l’histoire interdite, Delcourt, 2019) et son adaptation en film, sorti en juillet 2023. Dans ces œuvres, le maire d’Hillion dissuade la famille du joggeur, décédé en 2016, de faireprocéder à une autopsie… « De la pure fiction », se défend le parlementaire. Il clame sa « détermination » à faire disparaître la pollution de son territoire : « Si les algues vertes s’échouaient en Corse ou dans les Antilles, ça fait longtemps que le problème aurait été réglé. Tout le monde se fiche de ce morceau de littoral breton. Comptez sur moi pour agir dans les plus hautes sphères en plaidant l’enjeu sanitaire. »

Réclamera-t-il une étude épidémiologique pour jauger les risques d’une récurrente exposition au H2S sur la population locale ? « Inutile », selon l’édile qui juge les dangers circonscrits aux zones d’échouage. Il plaide pour un réensablement de la vaseuse baie, pour permettre un meilleur ramassage, et la mobilisation de bateaux capables de pomper les algues en mer. Mickaël Cosson promet de réunir tous les acteurs, et particulièrement ceux qu’il juge responsables de l’enlisement du dossier : gestionnaires de la réserve naturelle, élus de l’agglomération, services de l’Etat… Mickaël Cosson ne cite jamais les représentants du monde agricole, à l’origine, d’après les scientifiques, de 90 % des fuites d’azote observées dans les cours d’eau bretons.

Bien qu’elle ait baissé à partir de la fin des années 1990, la concentration moyenne en nitrate (30 mg/l) des rivières devrait être divisée par deux pour endiguer la pollution du littoral. Dans un rapport sur le sujet publié en 2021, la Cour des comptes appelait à une profonde mue du modèle agricole breton. Mickaël Cosson n’est « pas convaincu »et fustige les travaux « de personnes qui n’ont jamais été à la tête de quoi que ce soit ».Il réclame d’autres études.

Ces critiques du député agacent Yves-Marie Le Lay et André Ollivro, deux lanceurs d’alerte. Eux demandent une enquête parlementaire afin d’ « expliquer pourquoi nous en sommes toujours là un demi-siècle après les premiers échouages ». Assis à la terrasse du bungalow d’André Ollivro surplombant la baie de Saint-Brieuc, les truculents septuagénaires fantasment leur audition à l’Assemblée nationale. Ils expliqueraient leurs expéditions dans les vasières alentour, équipés de leurs masques à gaz, pour constater les « mortels » taux d’hydrogène sulfuré.

Cochons « exportés en Chine »

André Ollivro dégaine son matériel d’analyse et sonde, au hasard, l’air du sentier douanier bordant le rivage. Résultat : 0,9 ppm, un cran en dessous du seuil d’alerte. Yves-Marie Le Lay tempête : « On est longtemps passés pour des emmerdeurs. Sans notre mobilisation, il n’y aurait jamais eu de prise de conscience sur les dangers des algues. Il est temps de s’attaquer au responsable : le modèle agroalimentaire breton. »

Monique formule le même souhait, sur la place de la mairie d’Hillion. Tandis que ses amis jouent à la pétanque, la retraitée fulmine : « En Bretagne, 5 % du territoire français, on produit plus de la moitié des cochons du pays pour en exporter une partie en Chine. En échange, nous héritons de ces maudites algues vertes. Est-ce bien raisonnable ? » Les boulistes se dandinent, embarrassés. Patrick, qui comme Monique ne souhaite pas donner son nom, explique : « Les algues sont un sujet sensible. Ici, tout le monde connaît quelqu’un qui travaille dans l’agroalimentaire. C’est difficile d’incriminer son voisin. On vit dans l’omerta. »

Patrick sonde ses partenaires pour obtenir leur approbation. Ils confirment mollement. L’un d’eux relativise les « désagréments » au nom de « l’emploi »dans les fermes et les usines locales. Aucun ne questionne l’impact de la réputation d’Hillion sur l’activité touristique, autre pilier de l’économie régionale, dans la zone, où elle reste peu développée par rapport aux côtes voisines de Granit rose et d’Emeraude. La remarque ne plaît pas à l’accueil du camping trois étoiles de la commune. Les sourires s’effacent : « Les algues vertes ne sont pas un problème. Notre souci ? Les journalistes qui en rajoutent et effraient nos clients. Merci, au revoir. » p

L'Humanité
jeudi 25 juillet 2024 813 mots, p. 10

Le groupe de Vincent Bolloré amputé, mais pas abattu

Tom Demars-Granja

Médias La chaîne C8 s'est vu retirer sa fréquence de la TNT par l'Arcom. Un camouflet pour le milliardaire d'extrême droite et pour sa tête d'affiche, l'animateur vedette Cyril Hanouna.

La formulation ne laisse guère de doute sur l'état d'esprit du moment. « La fréquence TNT de C8, première chaîne de la TNT, n'a pas été renouvelée par l'Arcom », annonce le bandeau de CNews, qui tourne en boucle à partir de 11 heures. Sur le plateau : aucune réaction. Midi news est consacré à l'entretien d'Emmanuel Macron sur le plateau de France 2, à l'ouverture des jeux Olympiques et à l'élection présidentielle aux États-Unis. C'est pourtant une décision historique qu'ont prise les neuf membres du collège de l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).

En ne renouvelant pas la fréquence de C8, ni celle de NRJ 12, le régulateur de l'audiovisuel français s'aventure sur un terrain qu'il n'avait jamais emprunté. Un cataclysme pour la chaîne du groupe Bolloré, certes en ballottage pour être la « première chaîne de la TNT », mais aussi la plus sanctionnée, avec près de 7,6 millions d'euros d'amendes infligées par l'Arcom. « C8 a été sanctionnée et n'en a pas tenu compte, l'Arcom en tire les conséquences, c'est parfaitement logique, se réjouit le sénateur (PCF) Ian Brossat. Personne ne peut être surpris et la chaîne n'est pas prise en traître. »

Les candidats à l'une des quinze fréquences remises en jeu par l'Arcom ont été contactés un peu plus d'une heure avant la divulgation publique des délibérations. Au final, treize d'entre elles reviennent aux chaînes d'origine, tandis que OFTV (dérivé du groupe de presse Ouest-France) et Réels TV (dernière entité du groupe Czech Media Invest, propriété du milliardaire Daniel Kretinsky) ont obtenu un ticket d'entrée. Malgré la perte de la Huit, le groupe Bolloré conserve six canaux, dont celui de CNews, avec ses 380 000 euros d'amende.

un possible coup de pouce financier

Tel un signe annonciateur, la confiance affichée par les représentants de C8 s'étiolait à l'approche de l'échéance. Ce qui paraissait n'être qu'une formalité s'est révélé être plus ardu que prévu. L'état-major du groupe Canal Plus - dont le président Maxime Saada et le directeur de C8, Franck Appietto - a pourtant tenté de faire bonne figure lors de l'audition par l'autorité de régulation, le 9 juillet. La direction y avait notamment annoncé le passage en différé, de 15 à 45 minutes, de Touche pas à mon poste à la rentrée. Maxime Saada insistait, quant à lui, sur la nécessité de conserver ce « modèle national vertueux » qu'est la TNT. Quitte à insinuer que l'équilibre de son groupe, producteur important du cinéma français, dépendait du renouvellement de toutes les chaînes sous sa direction. « Les chaînes en jeu, C8 et CNews, ne diffusent pas principalement des documentaires ou de la fiction, donc il n'y aurait pas eu d'impact », tempère auprès de l'Humanité une productrice qui travaille régulièrement avec le groupe Canal Plus.

L'importance du cinéma dans le champ culturel peut néanmoins jouer en la faveur de Vincent Bolloré... et de Cyril Hanouna. C8, malgré ses 44 millions de téléspectateurs cumulés par mois, se révèle un gouffre financier. D'après les calculs du média en ligne la Lettre, la chaîne accuse plus de 650 millions d'euros de pertes depuis 2005. Le choix de l'Arcom apparaît donc comme un possible coup de pouce financier, tout en permettant au milliardaire de placer l'animateur sur CNews, CStar ou Canal Plus. « Autant l'Arcom peut menacer timidement C8 de coupure d'antenne si Hanouna dérape à répétition, autant menacer de couper Canal Plus... bonne chance », jauge le fondateur du site d'information en ligne Numerama, Guillaume Champeau, dans un message posté sur son compte X. « C'est la logique multicanale du groupe Bolloré, juge aussi Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières. On voit déjà que les antennes d'Europe 1 commencent à sérieusement poser problème depuis l'arrivée de Cyril Hanouna. »

En coulisses, avant cette décision, l'entourage de l'animateur manoeuvrait pour maintenir l'intéressé et son émission phare. Selon les informations du Parisien, il misait sur une victoire du parti d'extrême droite aux législatives et sur la désignation de Jordan Bardella, président du Rassemblement national, au poste de premier ministre. De fait, le président de l'Assemblée nationale doit nommer un nouveau membre du collège de l'Arcom en février 2025, puis un second en février 2026.

Les regards se tournent désormais vers l'automne prochain, période où les chaînes doivent signer le cahier des charges de l'Arcom. Les dossiers présélectionnés rentreront alors dans le détail des engagements à tenir sur la prochaine décennie. « C'est la rédaction de cette convention qui doit faire l'objet de toute notre attention afin d'empêcher les abus de ces dernières années », résume Aurélien Saintoul, député de la France insoumise et rapporteur de la commission d'enquête sur les autorisations de diffusion des chaînes TNT. Car, ensuite, les fréquences seront officiellement attribuées. 

Le Monde
France, jeudi 25 juillet 2024 1335 mots, p. 6,7
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24 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Macron reporte la formation d’un gouvernement à l’après-JO

Le chef de l’Etat a rejeté la proposition de la gauche de nommer Lucie Castets à Matignon, et annonce que rien ne bougera avant la fin des Jeux, sous prétexte de « stabilité »

Claire Gatinois

C’en est fini des plans B. Mardi 23 juillet, interrogé par France 2 et Radio France depuis la terrasse du Musée de l’homme, devant une tour Eiffel arborant les anneaux olympiques, Emmanuel Macron surplombe la Seine, confiant et fier. A trois jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques (JO) de Paris, le chef de l’Etat peut enfin « assumer », confie-t-il, le scénario grandiose et audacieux prévu pour la soirée du 26 juillet : le spectacle se déroulera bien hors d’un stade, sur le fleuve parisien. Une première.

« Les vérifications de sécurité ont été faites », dit-il. « On verra tous, à partir de vendredi soir, pourquoi ça valait la peine », s’enorgueillit le chef de l’Etat, conscient que les rues grillagées et les QR codes exigés aux abords des tribunes enquiquinent citadins et touristes. « Les Jeux olympiques, c’est une fois par siècle qu’on les accueille. Une cérémonie d’ouverture comme celle-ci, c’est la première fois dans l’histoire des Jeux » , explique le président de la République, la voix couverte par le bruit des hélicoptères survolant la capitale.

Pour s’assurer que ce grand événement sportif, qui, dit-il, est aussi une « leçon de vie », ne soit gâché par des querelles picrocholines avec ses opposants, Emmanuel Macron avait réclamé, la veille, une « trêve olympique et politique ». C’est pourtant le chef de l’Etat lui-même qui a mis le pays sous tension, en décidant de dissoudre l’Assemblée nationale, le 9 juin. Le camp présidentiel, depuis le 7 juillet, et le second tour des élections législatives anticipées, n’a plus de majorité au Palais-Bourbon. Le gouvernement démissionnaire de Gabriel Attal est, lui, réduit à la gestion des affaires courantes.

Trêve autodécrétée

Nul regret. Même si le locataire de l’Elysée reconnaît la défaite. « La majorité sortante a perdu cette élection », admet-il. Mais « personne n’a gagné », prend-il soin d’ajouter immédiatement. Au risque de sembler sourd à la sanction des urnes, Emmanuel Macron prévient que rien ne bougera au sommet de l’Etat avant la fin des JO. Personne ne sera nommé à Matignon durant la trêve autodécrétée. « J’ai fait le choix de la stabilité », impose-t-il. « Il est clair que, jusqu’à la mi-août, nous ne sommes pas en situation de pouvoir changer les choses parce qu’on créerait un désordre », argue-t-il.

C’est donc d’un revers de la main qu’Emmanuel Macron balaie le nom de Lucie Castets, proposé in extremis par le Nouveau Front populaire (NFP), une heure plus tôt, pour occuper le poste de premier ministre. L’énarque, conseillère financière à la Mairie de Paris, experte en répression des fraudes, a réussi à mettre d’accord les quatre partis de gauche (écologistes, « insoumis », communistes et socialistes) réunis dans l’alliance arrivée en tête le 7 juillet. « Est-ce que vous allez l’appeler demain pour lui dire : “Venez me voir, on va voir si vous pouvez composer un gouvernement” ? », interroge le présentateur. « Le sujet n’est pas là », tranche Emmanuel Macron.

Aux yeux du locataire de l’Elysée, la gauche n’est pas en capacité de gouverner puisque le NFP a, selon lui, déjà démontré qu’il n’arriverait pas à s’imposer à l’Assemblée nationale. Pour appuyer cette démonstration, le président de la République rappelle l’élection ratée du député communiste du Puy-de-Dôme André Chassaigne au perchoir. Le candidat choisi par l’alliance de gauche n’a pas réussi, le jeudi précédent, à rassembler assez de voix pour remporter la présidence de l’Assemblée, obtenue par l’élue macroniste des Yvelines Yaël Braun-Pivet avec les voix de la droite.

« Il serait faux de dire que le Nouveau Front populaire a une majorité, quelle qu’elle soit », insiste le chef de l’Etat, trahissant son exaspération envers l’alliance de la gauche. Puis il ajoute, pour mieux relativiser l’avance électorale du NFP, que « le parti qui est arrivé en tête à ces législatives, c’est le Rassemblement national [RN] ».Le camp lepéniste a réuni 11 millions d’électeurs, le 7 juillet, rappelle-t-il. « On doit l’entendre et le respecter.» Emmanuel Macron en profite pour glisser que « ça n’est pas une bonne chose » que la formation d’extrême droite ne soit pas représentée dans les postes-clés au Palais-Bourbon. L’attitude de députés « insoumis », refusant de serrer la main d’un représentant de l’extrême droite, le révulse tout autant. « On s’habitue à une société où la civilité se perd », déplore-t-il.

Critiques et désillusions

Emmanuel Macron semble s’affliger du spectacle offert par les parlementaires, ces dernières semaines. Et répète que les partis doivent se montrer « à la hauteur »du message envoyé par les électeurs. Le 7 juillet fut le signal d’une « colère »mêlée au souhait de ne pas laisser le RN gouverner, pense-t-il. « Les Français ne feront pas deux fois ce chèque. Pas deux fois. Et ça, c’est une responsabilité », alerte le chef de l’Etat .Pour lui, tous les partis ayant participé au front républicain, de la gauche à la droite modérée, doivent donc s’entendre pour gouverner avec la coalition MoDem-Renaissance-Horizons. Une chimère, à trois ans de la prochaine présidentielle.

Mais le chef de l’Etat l’exige, rappelant qu’à la faveur des désistements du second tour « des députés socialistes ont été élus avec des voix de droite et du centre. Et des dizaines de députés du centre ont été élus avec des voix de droite et de gauche ». Tout cela « oblige » : « Je leur enjoins de travailler ensemble. C’est ce que les Français veulent et je suis le garant de cela. Et donc je leur demande de travailler ensemble durant cet été », assène-t-il, proposant de ramasser les copies après le 15 août.

Pour sortir de la crise née de cette dissolution ratée, le président de la République entrevoit « un chemin »et émet des idées pour la suite, semblant déjà oublier qu’il a perdu l’essentiel de son pouvoir. Les Français veulent « plus de fermeté, plus de sécurité et plus de justice », mais aussi « moins de bureaucratie »et « pouvoir mieux vivre de[leur] travail »,croit-il savoir. Et s’il y a bien une « colère », elle ne semble pas lui être adressée, assure-t-il. Le chef de l’Etat estime, en visant le NFP, qui entend abroger sa réforme des retraites, que « l’urgence du pays n’est pas de détruire ce qu’on vient de faire, mais de bâtir et d’avancer ». « Maintenant, la priorité, ça doit être de continuer à libérer et protéger », clame-t-il encore, usant du slogan employé lors de sa propre campagne présidentielle de 2017. Sans oublier de vanter son bilan mêlant la réduction du chômage et l’attractivité économique du pays. Quant à ceux qui pensent tirer un trait sur le macronisme en ressuscitant le clivage gauche-droite, le chef de l’Etat juge que « revenir au monde d’avant » ne serait pas « à la hauteur ». Et pas question de lâcher son poste avant le terme de son second mandat. Interrogé sur une éventuelle démission de l’Elysée avant 2027, M. Macron assure qu’il n’en a aucunement l’intention, disant vouloir la « stabilité du pays ».

Feignant d’ignorer les critiques et les désillusions envers les sept années passées, M. Macron imagine qu’une solution politique pourrait jaillir au cœur de l’été pour débloquer l’impasse politique dans laquelle le pays se trouve. « Je ne suis pas du tout idyllique », se défend-il. « Je dis juste “c’est nous”. Soyons fiers de ça. Soyons à la hauteur des événements », souligne-t-il, voyant dans les JO une métaphore de la capacité de la gauche et de la droite à travailler ensemble. « Cette flamme, elle ne s’éteindra pas le jour d’après » , veut-il croire, comme galvanisé par la liesse populaire qu’il entrevoit.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, jeudi 25 juillet 2024 542 mots, p. AUJM20
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24 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
25 juillet 2024 - Le Parisien

La gauche engage le rapport de force avec le chef de l'État

Les responsables du NFP accentuent la pression après avoir choisi leur candidate à Matignon.

Pierre Maurer

Désignée au débotté mardi soir, Lucie Castets, la candidate de la gauche à Matignon, s'est lancée dans le grand bain médiatique dès mercredi matin. L'occasion pour la haute fonctionnaire, méconnue du grand public, de mettre la pression sur le chef de l'État.

La veille, Emmanuel Macron avait estimé que « la question [du Premier ministre] n'est pas un nom. La question, c'est quelle majorité peut se dégager à l'Assemblée ». Et le président d'appeler à une « trêve olympique », renvoyant la nomination d'un chef du gouvernement après la fin des Jeux. « Le moment est grave, et on ne peut pas ajourner ce type de décision », a donc pressé Lucie Castets, sur France Inter, qualifiant de « déni de démocratie » cette fin de non-recevoir présidentielle.

La nouvelle tête d'affiche du Nouveau Front populaire a rejeté l'idée d'une coalition avec le camp présidentiel, martelant qu'en cas d'accession à Matignon, elle n'appliquerait pas autre chose que le programme du NFP, abrogation de la réforme des retraites en tête. Celle qui multiplie les interventions médias peut compter sur l'appui des dirigeants du NFP. L'Insoumis Manuel Bompard a dit vouloir « engager le rapport de force » avec Emmanuel Macron, qualifié de « forcené [...] retranché à l'Élysée ». « On est capable de faire deux choses en même temps, c'est-à-dire regarder la finale du 400 m haies et composer un gouvernement », a jugé la patronne des Écologistes, Marine Tondelier.

Pas de quoi faire tergiverser le camp présidentiel, où l'on estime qu'une majorité penche plutôt du côté du centre droit de l'hémicycle. « Il appartient au président de nommer comme Premier ministre une personnalité en capacité de diriger un gouvernement qui ne sera pas renversé à la première motion de censure. C'est sa responsabilité constitutionnelle, défend un proche d'Emmanuel Macron. Or, si M me Castets gouverne avec les Insoumis, on sait déjà d'ores et déjà que le RN, les LR et le bloc central déposeront une motion de censure. Ce qui signifie qu'elle sera de facto empêchée. Ce n'est pas un petit sujet. »

« Forcer le NFP à sortir du bois »

Le même assure qu'Emmanuel Macron voulait « forcer le NFP à sortir du bois » et qu'il demeure le maître des horloges. « Ils l'ont fait en se précipitant pour absolument trouver un nom avant son intervention au JT de France 2, veut-il croire. C'est bien la preuve qu'ils ont juste voulu faire un coup médiatique. » Le bras de fer est lancé. « Ce n'est qu'une temporisation de Macron, on lui a renvoyé la pression, répond le député socialiste Arthur Delaporte. C'est à lui de dire ce qu'il fait : soit il acte qu'on est la seule majorité possible, soit il acte une autre majorité relative. Mais j'ai du mal à voir comment il ne passe pas par la reconnaissance de notre victoire. »

Empêtrée depuis quinze jours dans des négociations, l'union des gauches respire. « On a un peu refait notre unité après le passage difficile de la semaine dernière, reconnaît un proche d'Olivier Faure, le patron du PS. La balle est dans le camp de Macron. Désormais, on va mettre la pression sur le pouvoir en attaquant sur le déni de démocratie. »

Le Figaro, no. 24858
Le Figaro, jeudi 25 juillet 2024 1140 mots, p. 3

Politique

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24 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Comment la gauche s'est accordée sur Lucie Cas tets pour Matignon

Le Nouveau Front populaire entend exercer une pression maximale sur Emmanuel Macron pour imposer leur candidate, louée pour son « indépendance » et son « sérieux » .

Flurin, Richard

Il y a des mardis qui ne ressemblent à aucun autre, et Lucie Castets en sait quelque chose. La haute fonctionnaire de 37 ans s'est réveillée, comme tous les matins depuis quatre ans, pour se rendre à son bureau de directrice des finances et des achats de la ville de Paris, dans le 13e arrondissement, anonyme parmi les anonymes. Le soir même, sa photo était affichée en grand sur toutes les chaînes d'information en continu, elle était programmée pour une interview politique sur la matinale radio la plus écoutée du pays, et elle portait le projet fou de gouverner la France. Le meilleur signe de cette brusque embardée du destin, c'est le compte X de l'intéressée, passé en un rien de temps de quelques milliers d'abonnés à près de 50 000.

Entre le matin et le soir, le nom de Lucie Castets a recueilli l'assentiment des quatre principaux partis de gauche, à couteaux tirés pendant plus de deux semaines sur la question de leur premier ministre commun. Une surprise, tant le découragement dominait ces derniers jours dans les rangs de la gauche. «Ça s'est réglé sous la pression de l'urgence, la fenêtre allait se refermer», indique un cadre écologiste. «La vérité, c'est que si on n'avait pas de nom à la fin de la semaine, c'était fini», confirme Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise. Les socialistes s'étaient en outre mis d'accord sur la date butoir du 23 juillet, exigeant dans un communiqué vendredi soir que le différend se règle par un vote en cas d'absence de consensus. «Il n'était pas nécessaire d'aller jusqu'à un vote, cela aurait affaibli le futur candidat», tranche le député Insoumis Antoine Léaument, qui constate le succès de la méthode du consensus prônée par LFI.

Les discussions entre les délégations des quatre partis ont repris samedi dernier, après une interruption de cinq jours liée aux affaires de l'Assemblée nationale. Les Verts continuaient à pousser la candidature des anciens ministres Cécile Duflot et Benoît Hamon, les Insoumis celle d'Huguette Bello. Olivier Faure a alors fini par avancer deux nouveaux noms de la société civile lundi : Jérôme Saddier, président du Crédit coopératif et acteur majeur de l'économie sociale et solidaire, et Lucie Castets. Cette dernière a davantage recueilli l'attention des partenaires du Parti socialiste. Des échanges ont eu lieu dans la journée de mardi entre les partis du Nouveau Front populaire et la haute fonctionnaire, avant que les Insoumis ne finissent par se ranger de bon coeur derrière la proposition du Parti socialiste. «Nous avions une ligne rouge, c'est la fidélité au programme. Les prises de position qui avaient été les siennes et une conversation téléphonique avec elle m'ont convaincu que Lucie Castets tiendrait cet engagement», affirme Manuel Bompard.

À l'annonce de son nom, beaucoup se sont étonné qu'une ancienne adhérente au PS, candidate aux régionales sous cette bannière en 2015, proche aujourd'hui de la maire socialiste de Paris, ait été acceptée par les mélenchonistes. «Ils se sont fait tordre le bras, quelle inversion du rapport de force», commentait un observateur. Un cadre socialiste au fait des négociations tempère : «Le talisman de l'union l'a emporté sur le risque du déchirement.» «Jean-Luc Mélenchon a intérêt que l'attelage du NFP aille le plus loin possible, ce n'est pas encore le moment de déclencher les hostilités», explique un ancien Insoumis. La possibilité de voir de nouvelles élections législatives convoquées dans un an contraint les partis de gauche, LFI compris, à rester unis.

Lucie Castets est soucieuse pour sa part de s'abstraire des logiques partisanes. «C'est une figure reconnue par toute la gauche pour ses engagements, elle fait très largement consensus», salue son ami Saïd Benmouffok, conseiller d'Anne Hidalgo et membre du parti de Raphaël Glucksmann. La candidate du NFP aurait d'ailleurs été présente au meeting de lancement des européennes du social-démocrate, le 8 octobre dernier, selon un témoin privilégié. «Il n'y a pas de parti qu'elle préfère à un autre à gauche», affirme Saïd Benmouffok, qui confirme qu'elle «s'en tiendra au programme du NFP». Il classe cependant Lucie Castets dans une tradition de «gauche de gouvernement» plutôt que de «rupture». Ce qui n'a pas empêché cette dernière de juger «impossible», sur France Inter mercredi matin, une coalition entre la gauche et le camp présidentiel, «du fait de nos désaccords profonds». Une intervention saluée par les Insoumis. «Peu importe qui l'a proposée, sa force, c'est son indépendance des jeux partisans», confie l'écologiste Marine Tondelier au Figaro.

Forts de cet accord après plusieurs jours de zizanie, la gauche entend désormais exercer une pression maximale. «Nous avons réussi à renverser la situation. C'est dorénavant sur Emmanuel Macron que pèse la responsabilité», se félicite Manuel Bompard. D'où l'annonce de cette candidature commune une heure seulement avant l'intervention télévisée du président de la République sur France 2 mardi soir. Contraint à réagir, il a balayé la proposition d'un revers de main. «La question n'est pas un nom», a-t-il déclaré, renvoyant la nomination du premier ministre à l'après-Jeux olympiques. «Il nous sous-estime depuis le début, on l'a mis KO avec notre proposition tombée à point nommé», sourit Marine Tondelier.

Les quatre chefs de parti de gauche ont déferlé sur les plateaux mardi matin pour faire entendre leur voix. Manuel Bompard a annoncé sur RTL vouloir imposer «un rapport de force» avec le chef de l'État, comparé à «une sorte de forcené qui est retranché à l'Élysée». Sur Franceinfo, autre métaphore de Marine Tondelier, qui voit en Emmanuel Macron «un enfant paniqué» qui «triche au Monopoly Junior». Lucie Castets a estimé, elle, que le président «ne peut pas ajourner ce type de décision» , l'appelant à «prendre ses responsabilités» et à sortir du «déni de démocratie» en la nommant au plus vite à Matignon. «Emmanuel Macron aurait pu annoncer lors de son intervention télévisée qu'il recevrait Lucie Castets, ou au moins avoir un message respectueux pour elle, mais même pas. Il est passé du déni au mépris», regrette le chef de file des sénateurs socialistes, Patrick Kanner.

La gauche a jeté mercredi ses derniers feux avant que la «trêve olympique» ne mette fin à la séquence. Une «réunion de bouclage» des quatre partis devait se tenir jeudi avant que des congés ne s'imposent à chacun. «Les Français auront la tête aux Jeux olympiques», convient Marine Tondelier. Seule Lucie Castets devrait couvrir la surface médiatique pour se faire davantage connaître des Français, notamment sur BFMTV jeudi matin. Mais les chefs de parti reprendront le combat politique à la mi-août, l'horizon fixé par Emmanuel Macron. «Je ne veux pas griller des cartouches pour rien dans les prochaines semaines, je préfère attendre un moment de densité politique plus forte», assume Manuel Bompard. R.F.

Le Figaro, no. 24858
Le Figaro, jeudi 25 juillet 2024 2157 mots, p. 10

Société

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24 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Munich 1972, Atlanta 1996... Quand le terrorisme frappe lors des Jeux olympiques

Si des leçons ont été tirées des tueries ayant endeuillé de précédentes éditions, les JO demeurent un événement médiatique mondial qui continue d'attirer des extrémistes voulant massacrer pour leur cause.

Chichizola, Jean

Une prise d'otages sanglante visant des athlètes israéliens dans un contexte de tensions proche-orientales et de mobilisation « antisioniste ». Une bombe posée par un tueur solitaire inspiré par une idéologie extrémiste, en l'occurrence le suprémacisme blanc... En ces temps de fête parisienne et française, le passé terroriste des Jeux olympiques, avec Munich en 1972 et Atlanta en 1996, ressurgit dans la mémoire collective. D'autant que, ces derniers jours, les interpellations de djihadistes « inspirés » , qui sont la principale menace, se multiplient. Un néonazi a également été soupçonné la semaine dernière par le ministère de l'Intérieur d'avoir voulu « commettre une action violente durant les Jeux olympiques».

Sans oublier cet antisémitisme qui, aux yeux de tous, explose en plein conflit israélo-palestinien. Avec les attaques d'élus de La France insoumise contre Israël et la participation de ses athlètes aux Jeux. Le député LFI Thomas Portes, par ailleurs proche de l'association Humani'Terre, au centre d'une enquête pour financement du Hamas, a ainsi déclaré le 21 juillet que «les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus aux Jeux olympiques à Paris»...

En mai dernier, une source antiterroriste estimait déjà, sous couvert d'anonymat, que «dans le climat exécrable qui règne depuis le 7octobre, avec des individus qui menacent de passer à l'acte, les déclarations de La France insoumise paraissent irresponsables».Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et le président du Crif, Yonathan Arfi, ont pour leur part dénoncé dimanche une volonté de mettre «une cible dans le dos des athlètes israéliens».

Au-delà de ces réminiscences et si, sur le plan sécuritaire, tout du moins, beaucoup de choses ont changé ces dernières décennies, un constat demeure : pour les extrémistes de tout poil, les Jeux olympiques restent en 2024 comme en 1972 ou en 1996 une cible symbolique et une vitrine incomparable. Une vitrine dont la protection a été grandement améliorée mais qui demeure fragile. À Paris, les autorités soulignent que, pour l'heure, les Jeux ne font pas l'objet d'un ciblage spécifique. Si le pire n'est jamais certain, la menace existe.

Comme elle existait déjà en 1972. Munich avait remporté l'organisation des JO en 1966, un an avant la guerre des Six-Jours, quatre ans avant « septembre noir » , l'éviction manu militari des Palestiniens par les forces armées jordaniennes. En ces années 1960-1970, les attentats palestiniens se succèdent. À l'approche de l'événement, les services de renseignements occidentaux et israéliens sont inquiets.

Mais l'Allemagne de l'Ouest et Munich tiennent enfin « leurs » Jeux. Trente-six ans après des JO de Berlin récupérés par les nazis, ils seront «die heiteren Spiele», les « Jeux joyeux » de la paix et de la tolérance. Tout commence sous les meilleurs auspices, le 26 août. Signe de la détente ambiante, des athlètes en goguette ont pris pour habitude, la nuit venue, de regagner le Village olympique en enjambant discrètement la modeste clôture qui le ceint.

Au petit matin du 5 septembre 1972, il est environ 4 heures 30 quand des athlètes canadiens s'apprêtent à se faire la courte échelle pour rentrer tranquillement. Un petit groupe en survêtement et portant des sacs se joint à eux. Probablement d'autres athlètes en faute avec le règlement, croient-ils. Les jeunes gens passent la clôture. Les Canadiens regagnent leurs chambres et quelques minutes plus tard, des coups de feu retentissent.

Une fois le modeste obstacle franchi, les hommes en survêtement, huit terroristes palestiniens de l'organisation Septembre noir, liée à l'OLP, se sont dirigés vers les locaux occupés par la délégation israélienne. En quelques heures, avec les armes automatiques transportées dans leurs sacs, ils vont déchaîner l'enfer. Mais aussi entraîner dans les années suivantes, après les failles béantes de la police allemande, une véritable révolution dans la préparation des services d'intervention occidentaux.

Dès les premières minutes de leur opération, les terroristes démontrent qu'ils sont là pour tuer. Deux Israéliens sont abattus alors qu'ils tentent de s'opposer aux terroristes. Avec l'action d'un de leurs camarades, qui sera tué plus tard, cette résistance désespérée permettra à de nombreux membres de la délégation de pouvoir s'enfuir. Au final, neuf Israéliens sont retenus en otage : cinq athlètes (trois haltérophiles et deux lutteurs) et six entraîneurs de diverses disciplines ou accompagnateurs. S'engage alors une négociation de plusieurs heures, tandis que les épreuves olympiques reprennent au matin. Elles ne seront finalement interrompues que dans l'après-midi.

Vers 5 heures du matin, les terroristes ont fait connaître leur revendication : ils réclament la libération de plus de 200 prisonniers palestiniens détenus en Israël ainsi que de 2 Allemands membres de la Rote Armee Fraktion (RAF, Fraction Armée rouge), Andreas Baader et Ulrike Meinhof. Une preuve de la proximité, déjà bien connue des services de renseignements, entre les groupuscules terroristes d'extrême gauche européens et leurs homologues palestiniens. Des militants de la RAF avaient notamment séjourné dans des camps d'entraînement du Fatah de Yasser Arafat.

Dans le petit matin munichois, les preneurs d'otages précisent que, si leurs revendications ne sont pas acceptées à 9 heures, ils tueront un otage toutes les heures. Les autorités allemandes - Willy Brandt est alors chancelier et Hans- Dietrich Genscher, ministre de l'Intérieur - veulent gagner du temps. Elles savent déjà que le dispositif sécuritaire n'est pas à la hauteur de la situation. De l'argent est proposé en vain. Mais l'ultimatum est repoussé à plusieurs reprises. Des preuves de vie sont exigées et obtenues : des officiels allemands peuvent brièvement voir les Israéliens.

En fin de journée, un accord est finalement trouvé : les terroristes obtiennent qu'un avion soit tenu prêt à les emmener avec leurs otages au Caire. Un bus doit amener le groupe vers deux hélicoptères qui s'envoleront à destination de la base aérienne de Fürstenfeldbruck, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de la capitale bavaroise. Un Boeing 727 les attend. L'assassinat tôt ou tard des Israéliens faisant peu de doutes, la police allemande a préparé un plan d'intervention qui va tourner au fiasco. L'idée est de positionner des tireurs d'élite tout autour de l'avion ainsi que des policiers à l'intérieur de l'appareil.

Problème : peu de temps avant l'arrivée des otages et de leurs ravisseurs, après 22 heures, les policiers allemands désertent l'avion. Sur place, les terroristes se doutent de quelque chose. Les tireurs d'élite font alors feu et s'ensuit plus d'une heure de fusillade. Bilan désastreux : les otages et un policier allemand sont tués, seuls trois des huit terroristes sont pris vivants. Fin octobre 1972, des Palestiniens détournent un avion de la Lufthansa pour exiger leur libération : les trois sont relâchés.

Après une cérémonie funèbre, les Jeux olympiques reprennent. Des pays de l'Est, dont les relations avec le terrorisme palestinien seront confirmées après la chute du Mur, condamnent avec véhémence. À Paris, si les trotskistes de la Ligue communiste désapprouvent «l'action du commando Septembre noir, qui dessert la cause du peuple palestinien», ils évoquent un «acte de désespoir» et réaffirment leur «solidarité avec le peuple palestinien, victime de l'agression sioniste».

Un an plus tard, le 5 septembre 1973, Le Figaro fait écho aux déclarations à l'AFP du responsable de la police munichoise : «Notre police, que nous avons formée en 1945, n'est pas faite pour combattre les terroristes. (...) Depuis les événements, (nous avons créé) un groupe spécialisé, équipé du matériel le plus moderne.» Après cet aveu, le policier conclut : «Il faut savoir ce que l'on veut: une rencontre libre de jeunes et de sportifs ou la sécurité totale de tous les participants. Si l'on veut assurer cette sécurité, il n'y a plus que deux solutions: installer des barbelés partout ou organiser les jeux à Pékin. La liberté se paye, nous l'avons payée.»

Des explications qui ne convaincront pas les Israéliens, qui critiquent vertement l'Allemagne et s'engagent dans la traque des terroristes survivants et de leurs chefs. L'épilogue provisoire intervient en 2022, avec un accord conclu entre Berlin et les familles des victimes. À la clé, une indemnisation obtenue de haute lutte et la création, en 2023, d'une commission d'experts pour une «évaluation scientifique complète des événements». «C'est une honte que ces questions atroces soient restées si longtemps en suspens,a déclaré la ministre allemande de l'Intérieur, Nancy Faeser. Nous avons manqué d'explication, de remise en question, de transparence et de responsabilité.» En 2022, le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, avait conclu : «Nous n'étions pas préparés à une telle attaque et pourtant nous aurions dû l'être.»

Vingt-quatre ans plus tard, pour les JO d'Atlanta, prévus du 19 juillet au 4 août 1996, les autorités américaines assurent être prêtes. On parle de la plus grande mobilisation sécuritaire aux États-Unis en temps de paix. Quelque 40 000 policiers et gardes nationaux sont sur les dents. Sans oublier les chiens dressés à la détection d'explosifs.

Le Village olympique est sous très haute surveillance. Cinq ans avant que ne se produise le 11 septembre, la menace semble alors moins prégnante. Il y a pourtant des signes inquiétants très tangibles : le premier attentat djihadiste contre le World Trade Center, en 1993, les menaces de Palestiniens hostiles aux accords d'Oslo entre Israël et l'OLP, l'attentat d'extrême droite contre un bâtiment fédéral à Oklahoma City en 1995...

Les spécialistes savent que, selon une formule exacte mais usée jusqu'à la corde, le risque zéro n'existe pas. Ainsi, le Village olympique est sécurisé mais les lieux de rassemblement populaires le sont moins. C'est le cas, en centre-ville, du parc du Centenaire, créé spécialement pour accueillir les événements festifs des Jeux et nommé en mémoire des premiers JO d'Athènes en 1896.

La première semaine des JO tient ses promesses. Au soir du vendredi 26 juillet 1996, un concert réunit une foule enthousiaste au parc du Centenaire. Un participant se rappelle qu'on jouait du rhythm and blues. On se trouve à quelques centaines de mètres du siège mondial de CNN, pionnière des chaînes d'info qui satureront bientôt la planète d'experts et de « talk-shows ». La soirée est bien avancée quand un agent de sécurité, Richard Jewell, découvre un sac à dos vert abandonné, qui lui semble suspect. Jewell alerte la police et commence à aider à sécuriser la zone.

L'alerte monte d'un cran quand un appel téléphonique anonyme prévient qu'une bombe a été déposée au Centennial Olympic Park. L'évacuation, un peu tardive, commence dans la plus grande hâte. Une explosion retentit aux alentours de 1 h 20, heure locale. Artisanal, l'engin explosif est composé d'un tube en métal chargé d'explosif ainsi que de clous et de vis. Une technique tristement classique garantissant aux terroristes de tuer et de blesser le maximum de personnes.

Selon le FBI, des éclats seront retrouvés à trente mètres du lieu de l'explosion. Une personne est tuée sur le coup, une seconde meurt d'une crise cardiaque et plus de 100 autres sont blessées. Après une cérémonie funèbre, les JO continuent, et le président du CIO, Juan Antonio Samaranch, déclare qu' « aucun acte de terrorisme n'a jamais détruit ni ne détruira jamais le mouvement olympique ».

Un an après l'attentat d'Oklahoma City, les enquêteurs privilégient la piste de l'extrême droite. Porté aux nues puis piétiné par les médias, l'agent de sécurité Jewell fait figure un temps de suspect numéro un. Il est finalement innocenté. Le terroriste d'Atlanta, Eric Rudolph, un suprémaciste blanc né en 1966, ne sera finalement arrêté qu'en 2003. Le Figaro de l'époque le décrit comme «typique d'une « droite folle » qui accuse la Maison-Blanche de vouloir transformer les États-Unis en dictature».

Condamné à la perpétuité en 2005 - il purge toujours sa peine dans une prison de très haute sécurité -, Rudolph a perpétré trois autres attentats en 1997 et 1998 contre deux cliniques pratiquant l'avortement et un bar gay (13 blessés et 1 mort au total). Il déclare : «À l'été 1996, le monde avait les yeux rivés sur Atlanta pour les Jeux olympiques. Sous la protection et les auspices du régime de Washington, des millions de personnes sont venues pour célébrer les idéaux du socialisme global. L'objectif de l'attaque du 27juillet était de confondre, de mettre en colère et dans l'embarras le gouvernement de Washington aux yeux du monde pour son abominable autorisation de l'avortement à la demande. Le plan était de forcer l'annulation des Jeux, ou au moins de créer un état d'insécurité pour vider les rues autour des lieux et ainsi rendre inutiles les vastes sommes d'argent investies.»

Aujourd'hui encore, les JO demeurent cette vitrine qui réjouit les foules et attire les terroristes, soucieux de publicité. Les Jeux de Paris comme les autres, avec une menace islamiste très élevée. Reste que, Jeux ou non, « les djihadistes peuvent passer à l'action très vite et ils se moquent du calendrier » , souligne une source antiterroriste. En clair, ils ont le temps et frapperont quand ils le pourront. J. C.

Le Figaro, no. 24858
Le Figaro Économie, jeudi 25 juillet 2024 1353 mots, p. 27

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24 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Roi des audiences avec « TPMP » , Cyril Hanouna rattrapé par le gendarme de l'audiovisuel pour ses provocations à répétition

Aubel, François, Puech, Benjamin

Il a tenté de cacher son visage. Mais impossible, même en vacances, de passer inaperçu dans les rues de Saint-Tropez, où il possède une somptueuse villa sur les hauteurs de Gassin, avec vue imprenable sur la plage de Ramatuelle. Cyril Hanouna a dû se résoudre à refermer la capote de sa Lamborghini Huracan Spyder , d'une valeur de 250 000 euros, pour ne pas devenir l'attraction des badauds qui, pour certains, le suivent chaque soir à la télévision. Il ne sait pas encore que le couperet de l'Arcom s'apprête à tomber sur C8. En plein coeur du mois de juillet, le roi des audiences, locomotive du groupe Canal+, peaufine alors sa rentrée de septembre et promet une nouvelle émission politique. Jordan Bardella lui a d'ailleurs rendu visite un soir, ce qui a donné lieu à des rumeurs mêlant supposément politique, paparazzis et Mimi Marchand, prêtresse de la presse people. À 49 ans, le présentateur de « Touche pas à mon poste » n'est plus un simple trublion. Par un tour de force que seule la télévision peut réaliser, Cyril Hanouna, « Baba » pour ses nombreux intimes, est passé du statut de second couteau humoristique, capable de souffler dans les fesses d'un chien, en 2002, dans une émission estivale de France 2, à l'animateur qui orchestre des débats de campagne présidentielle.

Ce fils de médecin généraliste est venu à la télévision, dont il est mordu, par le rire. En intégrant en 1997, en tant que stagiaire, la chaîne Comédie !. Promu accessoiriste, sa verve et son penchant pour la provocation lui permettent de passer devant la caméra. Son rêve. Après un passage raté, en 2003, à la tête du « Morning Live » sur M6, il retourne à la confidentialité sur Comédie!. Il s'en extrait en 2007 lorsqu'il prend les rênes du « Grand Bêtisier de l'année » sur France 3. En attendant mieux... Cyril Hanouna s'appuie toujours sur son goût des blagues potaches et des happenings. France 4 lui propose en 2010 de réunir ses passions dans « Touche pas à mon poste » , émission centrée sur l'actualité du petit écran.

Le succès de ce programme reste assez confidentiel. Il gagne en notoriété deux ans plus tard, lors de son transfert sur D8, chaîne que Canal+ rachète et rebaptise C8 en 2016. Avec une bande de chroniqueurs, des coulisses filmées et le parrainage de Gad Elmaleh, le programme décolle. Le ton débridé, le langage (et les chemises) fleuri de l'animateur, les coups de sang « spontanés » de ses compagnons de plateau rendent l'émission attachante aux yeux des téléspectateurs. Hanouna, qui se targue d'être l'animateur le plus proche des « gens » , parvient à casser la distance imposée par l'écran. Programme qu'il décline en émission de débats avec « Balance ton poste ! ». Sa communauté grossit: 1,1 million de « fanzouzes » , le nom dont il affuble ses téléspectateurs fidèles, le suivent aujourd'hui sur Instagram.

Dans les pas des animateurs Christophe Dechavanne puis Sébastien Cauet, il repousse les curseurs du direct. Favorise le « clash » sur le plateau. Tout est bon pour faire parler, même verser un bol de nouilles dans le pantalon de l'un de ses chroniqueurs. Il se sert des réseaux sociaux comme d'une caisse de résonance afin de relayer ses extraits d'émission, et d'une source d'inspiration pour dénicher des sujets capables d'échauffer les esprits. Cyril Hanouna chasse de « bons clients » , des forts en gueule. Dans « TPMP » , chacun des participants est chargé de donner son avis. Ou plutôt de le crier. Et plus le niveau de décibels de l'émission monte, plus la courbe des audiences s'envole. L'animateur le vérifie d'ailleurs en direct avec son téléphone portable pendant l'émission.

Des chroniqueurs - très bien payés - accourent sur son plateau. Pour ne citer qu'eux, Gilles Verdez, ex-journaliste à France Soir devenu la caution de gauche du talk-show et son punching-ball, Géraldine Maillet, ancien mannequin et romancière à ses heures, Raymond Aabou, chauffeur-routier de métier et prétendue incarnation du bon sens populaire. Ou encore Guillaume Genton, animateur radio qui, après la décision de l'Arcom, assure que là où ira « Baba » , il le suivra. Tous lui jurent fidélité. Enfin presque. Certains comparses d'Hanouna n'ont pas gardé que de bons souvenirs de leur passage sur les bancs de « TPMP » et ont pointé du doigt le comportement directif, sinon humiliant, de leur patron, prompt à perdre ses nerfs. Et à utiliser la force de frappe de son émission pour régler ses comptes. Ses inimitiés avec des figures du PAF, de Karine Le Marchand à Arthur, ou des personnalités politiques, de François Hollande («C'est un tocard») à Anne Hidalgo («C'est une tarée»), éclatent régulièrement à l'écran. Il n'hésite pas d'ailleurs, après un « Complément d'enquête » qui le dépeint en parrain du PAF, à laisser en pleine émission un message à Delphine Ernotte, la patronne de France Télévisions, pour la provoquer. Le clown fait alors beaucoup moins rire.

Conforté par son succès auprès des téléspectateurs, « Touche pas à mon poste » , au départ centré sur l'actualité télévisuelle, a progressivement fait sa mue. La gestion de Paris par Anne Hidalgo, les conflits au sein de la famille royale britannique, l'affaire Palmade, les accusations de viol portées contre Sébastien Cauet, tout y passe. Et même les théories les plus farfelues. Le 9 mars 2023, un ex-dealer complotiste affirme à l'antenne, ne rencontrant qu'une molle contestation, que des personnalités de premier plan consomment une substance censée être tirée de sang d'enfants. Pour cette séquence lunaire, diffusée à une heure de grande écoute, l'Arcom inflige à C8 une amende de 500 000 euros. Et combien de fois Cyril Hanouna a-t-il joué avec la vérité ? Comme lorsqu'il prétend, à tort, recevoir sur son plateau quatre policiers de la Brav-M.

La liste des blâmes et amendes reçus par la chaîne s'allonge chaque année, pour un total de 7,5 millions d'euros. Déjà, en 2017, le gendarme des médias décide de suspendre pour trois semaines la publicité dans le talk-show, coupable notamment d'avoir atteint à la dignité de la personne. Suivra une mise en demeure pour un appel à une justice expéditrice formulé par Cyril Hanouna en réaction à l'affaire Lola. Puis une sanction record pour des insultes proférées, en novembre 2023, à l'encontre du député LFI Louis Boyard, ancien chroniqueur sur C8 et détracteur revendiqué du groupe Bolloré, propriétaire de Canal+.

Cyril Hanouna n'en a pas changé pour autant de méthodes. Pourquoi s'y résoudre ? Les audiences de « Touche pas à mon poste » le confortent. Et il n'a surtout pas perdu la confiance de Vincent Bolloré que l'animateur décrivait en 2022, comme «son grand frère».En mars dernier, lors de son passage devant la commission de l'Assemblée nationale chargée d'étudier l'attribution des fréquences de la TNT, le milliardaire breton lui a d'ailleurs confirmé son soutien en avançant un argument financier. «Cyril Hanouna, c'est son succès qui le protège», assure-t-il. Avant d'ajouter : «Il faut vous demander pourquoi il rassemble plus de 2millions de téléspectateurs tous les soirs. Avec des sujets qui sont les sujets de tout le monde, la vérité de la France.»

Le gendarme de l'audiovisuel a finalement demandé à Cyril Hanouna de se ranger sur le bas-côté. Ce qui devrait animer quelque peu les débats de « Touche pas à mon poste » à la rentrée de septembre. C8 peut en effet émettre encore six mois, jusqu'à sa coupure le 28 février 2025. L'animateur ne devrait pas quitter les antennes du groupe Bolloré pour autant. Ne serait-ce que parce que H2O, sa société de production, et Canal+ sont liés par un contrat jusqu'à l'été 2026. Où « TPMP » va-t-il atterrir ? L'émission deviendra-t-elle un talk-show à la manière du « Grand Journal » sur Canal+ ? Ni C8 ni Cyril Hanouna n'ont souhaité répondre à nos sollicitations. L'animateur devrait être à la rentrée sur Europe 1. Forte du succès de son émission lancée à l'occasion des élections législatives et malgré une mise en demeure de l'Arcom pour un manque de « mesure»et « d'honnêteté» , la station de radio lui a demandé de reprendre ce programme intitulé « On marche sur la tête ». Cyril Hanouna a choisi de garder le silence. C'est assez rare pour être signalé. F. A. ET

Le Figaro, no. 24858
Le Figaro Économie, jeudi 25 juillet 2024 1611 mots, p. 27

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24 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

La suspension de C8 et de NRJ 12 provoque une dé flagration dans le paysage audio visuel français

L'Arcom a refusé de réattribuer leur fréquence TNT à ces deux chaînes, leur préférant les projets présentés par le groupe Ouest-France et Daniel Kretinsky.

Sallé, Caroline

Il n'y a pas eu de totem d'immunité pour Vincent Bolloré et Jean-Paul Baudecroux. Le régulateur de l'audiovisuel, chargé de réattribuer les fréquences TNT, a évincé mercredi les candidatures de C8 et de NRJ12. Du jamais vu depuis la création de la TNT, en 2005. Au-delà de la sanction contre les deux chaînes, c'est un avertissement envoyé à tous les acteurs de l'audiovisuel. Les obligations auxquelles doivent se soumettre les chaînes de télévision et les radios sont faites pour être respectées. Les contourner, c'est prendre le risque de la sanction ultime : la perte de sa fréquence.

Cette décision est aussi la réponse du « gendarme de l'audiovisuel » à tous ceux qui critiquaient son inaction. «Mais que fait la police?», s'indignaient-ils régulièrement. Après avoir joué la carte de la diplomatie, elle a adopté la méthode forte. «C'est le baroud d'honneur de Roch-Olivier Maistre», glisse un acteur de la télévision française. Le mandat du président de l'Arcom, qui ne peut être reconduit, arrive à échéance en janvier. «Beaucoup auraient jugé son bilan mauvais si l'Arcom s'était montré laxiste envers C8. Cela aurait été une pantalonnade» , analyse un dirigeant de groupe télévisuel. L'institution et son président jouaient leur crédibilité sur ce dossier.

Pourtant, CNews, autre chaîne du groupe Canal+, contrôlé par Vincent Bolloré, a conservé sa fréquence TNT, malgré les nombreuses remontrances de l'Arcom et la volonté d'une partie de la classe politique de la faire interdire. «CNews est intouchable, surtout depuis qu'elle est devenue la première chaîne d'information en continu devant BFM, prédisait mi-juin le PDG d'un groupe audiovisuel français. Mais l'Arcom ne pourra pas renouveler C8; si le gendarme de l'audiovisuel faisait cela après toutes les sanctions infligées à cette chaîne, il se décrédibiliserait complètement. Et comme l'Arcom ne voudra pas donner l'impression d'une décision anti-Bolloré, il retoquera une autre chaîne, vraisemblablement NRJ 12.» Toutes ces prévisions se sont révélées justes. «Le but de l'Arcom, c'était avant tout de sanctionner C8» ,confie l'un des gagnants de l'appel d'offres .

Le régulateur, qui avait reçu 24 dossiers de candidatures pour 15 fréquences, a fondé sa décision sur «l'intérêt de chaque projet pour le public au regard de l'impératif prioritaire de pluralisme des courants d'expression socioculturels». NRJ 12 est victime de ses audiences trop basses et de ses nombreuses rediffusions, qui n'ont convaincu l'Arcom ni sur le critère de l'intérêt du public ni sur celui du pluralisme. C8, de son côté, est sanctionné pour avoir trop souvent dépassé la ligne rouge.

La chaîne était depuis longtemps dans le collimateur du gendarme du PAF. C8 et son présentateur vedette Cyril Hanouna n'ont jamais cessé les dérapages, malgré les nombreux rappels à l'ordre. Le 9 juillet, Benoît Loutrel, l'un des neuf membres du collège de l'Arcom, l'avait souligné durant l'audition de la chaîne. Le montant de ses sanctions s'élevait à 7,6 millions d'euros... Du jamais vu. Pour conserver sa fréquence, C8 s'était dite prête à s'auto-administrer une potion amère : priver de direct son animateur vedette, afin de mieux contrôler ses sorties de route. Trop tard, sans doute. «Pourquoi croire que, ce que vous n'avez pas fait depuis toutes ces années, vous le ferez? Pourquoi demain serait différent d'hier?» , avait rétorqué Benoît Loutrel.

Côté audience, C8 arrive en tête des chaînes de la TNT. Mais cet argument n'aura pas pesé dans la balance. «Nous sommes, - je suis -, sous le choc, et triste pour les 300collaboratrices et collaborateurs qui ont oeuvré et qui oeuvrent depuis près de vingtans à faire de C8 la première chaîne de la TNT, écrit Maxime Saada, le président du directoire du groupe Canal+, dans un mail envoyé aux salariés. Une chaîne qui réunit chaque jour plus de 9millions de téléspectateurs cumulés et qui répond de manière incontestable à « l'intérêt pour le public » , le premier critère de choix de l'Arcom pour les chaînes de la TNT. » Sur X (ex-Twitter), Gérald-Brice Viret, le directeur général de Canal+ France, dénonce une forme de «mépris pour le public».

La décision de l'Arcom a déclenché une avalanche de réactions politiques. « Plutôt que de se pencher sur le manque de pluralisme au sein du service public, payé avec les impôts des Français, on préfère en France museler des chaînes privées » , estime David Lisnard, le maire LR de Cannes et président de l'Association des maires de France. «La gauche, qui ne supporte aucune remise en cause de son hégémonie culturelle, aucune expression différente de la sienne, a eu le scalp de C8 en faisant pression sur une autorité indépendante», selon Jordan Bardella, le patron du Rassemblement national. Éric Ciotti, le patron des Républicains, dénonce sur X une forme de «censure» et «une dérive mortelle pour notre démocratie». À l'autre bout de l'échiquier politique, l'Écologiste Sandrine Rousseau a, elle, applaudi des deux mains, toujours sur l'ex-Twitter. «Tout n'est pas permis en France. Et particulièrement de s'asseoir sur toutes les règles de pluralisme. C'est rassurant.» Le député LFI Aurélien Saintoul, rapporteur de la commission d'enquête à l'Assemblée sur l'attribution des fréquences TNT, est satisfait de l'éviction de C8, mais regrette le maintient de CNews.

La sortie de C8 et NRJ12 s'accompagne de l'arrivée de deux entrants dans la télévision. Le régulateur a sélectionné les dossiers de Daniel Kretinsky et du groupe Sipa Ouest-France. Le projet d'Alain Weil, autour de L'Express TV, a été retoqué. « Alain Weill a déjà revendu BFMTV et RMC à Patrick Drahi,confie un bon connaisseur du secteur. Son magazine ne se porte pas très bien, une fréquence TNT dans la corbeille de la mariée aurait sans doute fait ses affaires en cas de revente.confie un bon connaisseur du secteur. J'imagine que l'Arcom n'était pas dupe. »

Pour les téléspectateurs, rien ne changera dans l'immédiat. Le chassé-croisé de chaînes n'est pas prévu pour tout de suite. C8 et NRJ 12 devront quitter la TNT le 28 février 2025. Cela laisse sept mois aux entrants pour se mettre en ordre de marche afin d'attirer les téléspectateurs. «RéelsTV et OFTV sont des projets hyperséduisants, mais qui ne rencontrent pas forcément leur public, considère un dirigeant de l'audiovisuel. Ils mettront du temps à être rentables.»

La décision du régulateur provoque une véritable déflagration dans le paysage audiovisuel français, dont les effets et les secousses n'ont pas fini de se faire sentir. Qu'adviendra-t-il de C8 ? La chaîne peut toujours être distribuée par myCanal, les opérateurs télécoms et les téléviseurs connectés. Mais elle sera reléguée beaucoup plus loin dans la numérotation des chaînes. « Cela veut dire moins d'audience et moins de recettes publicitaires » , considère un expert. « Vincent Bolloré pourrait mettre les programmes de Cyril Hanouna sur Canal+. Il passerait du canal 8 au canal 4, ce qui serait un joli pied de nez à l'Arcom » , ajoute un observateur du PAF. Une option peu probable. Canal+ a l'image d'une chaîne premium et elle a réduit ses fenêtres en clair. Alors que Canal+ s'est développé à l'international, une autre possibilité serait un retrait pur et simple des chaînes Canal+ de la TNT. Les chaînes gratuites du groupe représentent à peine 3 % du chiffre d'affaires du groupe et constituent un foyer de pertes... « Le groupe Canal+ s'est toujours illustré par son agilité, sa capacité à s'adapter et à rebondir » , insiste Maxime Saada dans son mail aux salariés. « La décision de l'Arcom, pourrait finalement faire faire des économies à Vincent Bolloré » , raille l'ex-patron d'un groupe médias.

Le verdict de l'Arcom devrait entraîner une recomposition du paysage audiovisuel. Jean-Paul Baudecroux, le propriétaire du groupe NRJ, ne détient plus qu'une seule chaîne sur la TNT, Chérie25. Il pourrait être tenté de la revendre. Encore faut-il trouver un acheteur. « L'Arcom n'a pas seulement envoyé un message de fermeté. Il vient aussi de dire qu'il accordait des fréquences à de nouveaux entrants, alors qu'on le disait très conservateur sur la question. Pourquoi dès lors acheter ce que l'on pourrait avoir demain gratuitement? » , glisse un patron de chaîne. « Les conséquences sociales, stratégiques et économiques d'une telle décision amèneraient NRJ Group, en fonction de l'issue de ces recours, à procéder à une revue stratégique de l'ensemble de ses activités TV dont les effets ne sont pas connus ce jour » , prévient le groupe de Jean-Paul Baudecroux.

Candidat malheureux à la reprise de la fréquence de M6 en 2023, Xavier Niel, le fondateur de Free et actionnaire du Monde, avait vertement critiqué l'Arcom pour son attentisme. Il n'avait pas souhaité retenter sa chance lors de ce nouvel appel d'offres. « Qu'est-ce qu'on va perdre du temps et de l'argent pour au bout se prendre une baffe? » , ironisait-il lors d'une audition à l'Assemblée nationale. Il pourrait regretter d'être resté sur le banc de touche.

« L'enjeu maintenant, c'est la numérotation ». Rien n'est acquis pour les quinze chaînes retenues. Chacune postule à une fréquence, pas à un numéro de chaîne. « Canal+, TMC, BFM... personne n'est sûr de rien » , souligne un observateur. Où seront positionnées les chaînes de Ouest-France et de Daniel Kretinsky ? L'Arcom voudra-t-il créer un bloc de chaînes d'info ? Le régulateur a tout pouvoir en la matière. « Regrouper les quatre chaînes d'info lui permettrait d'encercler CNews. Ce serait la mesure de rétorsion contre CNews» , estime l'ex-patron d'un groupe médias.

« La décision de l'Arcom n'est que la première manche » , pronostique un dirigeant de chaîne. « J'y vois un coup d'épée dans les reins de l'industrie de la télévision française, s'agace l'ex-patron d'un groupe médias. Il y a erreur sur l'objectif. La décision de l'Arcom va aboutir à une fragmentation de l'offre alors que le secteur a surtout besoin de consolidation.» C. S.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, jeudi 25 juillet 2024 805 mots, p. AUJM20
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24 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
25 juillet 2024 - Le Parisien

La macronie entre divisions et rivalités

Renaissance se retrouve ce jeudi en bureau exécutif pour discuter de l'après. Élisabeth Borne serait tentée de se présenter à la tête du parti, alors que le nom de Stanislas Guérini coche des cases.

Olivier Beaumont

Le rendez-vous est fixé ce jeudi à 10 heures rue du Rocher (VIII e), au siège du parti Renaissance. « Mais nous sommes tous priés de laisser les revolvers à l'entrée », ironise un parlementaire du camp présidentiel. C'est que le bureau exécutif qui va se tenir à l'invitation du secrétaire général Stéphane Séjourné s'annonce sous haute tension. La raison ? Un contexte de dissolution qui a décimé les rangs macronistes, des ambitions qui se dessinent dans la perspective de 2027 et des élections aux postes clés de l'Assemblée nationale qui ont eu lieu dans un climat de règlement de comptes en interne. Ambiance.

Les yeux rivés sur le congrès de l'automne

Quand, en fin de semaine dernière, plusieurs ont appris l'organisation de ce « burex » aux tout derniers jours de juillet et à la veille de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, quelques-uns ont d'ailleurs manqué de s'étouffer : « C'est vraiment pour nous faire ch..., alors que tout le monde est cramé et ne rêve que d'une chose : prendre enfin quelques jours de vacances », s'étouffe un ministre démissionnaire.

L'entourage de Stéphane Séjourné plaide cependant la bonne foi : « C'est statutaire. Qu'il n'y ait pas de réunion avant de partir en vacances, et surtout après les deux campagnes que nous venons de vivre, c'est plutôt cela qui aurait été anormal. » À l'ordre du jour : un temps d'échange pour revenir sur les événements récents qui ont secoué tout le monde et, surtout, anticiper les rendez-vous de la rentrée, notamment un rassemblement politique envisagé aux premiers jours de septembre, en plus des journées parlementaires du groupe Ensemble.

Mais déjà, tous ont les yeux rivés sur le congrès de l'automne prochain. Sans surprise, Stéphane Séjourné devrait rendre son tablier sans jamais avoir totalement fait l'unanimité. Sur la liste des reproches, le fait de ne pas avoir assez défendu dans les médias la majorité sortante au moment où tout le monde cherchait à sauver sa peau pendant les législatives, mais aussi le cumul de sa mission avec celle de ministre des Affaires étrangères et un parachutage plus que confortable dans la 9 e circonscription des Hauts-de-Seine. « Je ne me planque pas, je fais le job », nous confiait-il début juillet, pour répondre à ces accusations. « Mais je ne le sens pas heureux à cette place. Si le président avait déjà un nouveau gouvernement, et si la situation politique était plus stabilisée, je pense qu'il aurait déjà annoncé son départ », y va un de ses soutiens.

Qui pour le remplacer ? Le poste, très stratégique à trois ans d'une présidentielle où Emmanuel Macron ne se représente pas, suscite forcément quelques convoitises. Particulièrement du côté de Gabriel Attal qui, après avoir déjà raflé la présidence du groupe à l'Assemblée, n'exclurait pas de cumuler. D'autant que la voie s'annonce dégagée après que Gérald Darmanin a annoncé dans le « JDD » qu'il ne sera pas candidat. Sauf que d'autres ne l'entendent pas de la même oreille... « Filer les clés à Gabriel, ce serait une folie. Il fera tout pour qu'aucune autre ambition ne vienne lui barrer la route pour 2027 », décrypte un député qui a peu goûté la manière dont certains candidats aux postes clés de l'Assemblée ont été mis en minorité à la faveur de députés dits « attalistes ».

En embuscade, Élisabeth Borne pourrait être tentée d'y aller. « Elle est clairement intéressée », appuie un élu qui l'a récemment rencontrée. D'autant que dans cette course, l'ancienne Première ministre aurait l'appui de Darmanin. « Ce n'est pas parce que Gérald n'est pas candidat qu'il va rester sans rien faire. S'il peut empêcher Gabriel d'avoir les pleins pouvoirs, il ne se gênera pas. Donc, il soutiendra Élisabeth », décrypte un stratège du camp présidentiel.

Macron pense à Guérini

Et le chef de l'État compte bien aussi avoir son mot à dire. En privé, devant les siens, Emmanuel Macron n'a cessé ces derniers jours d'appeler au calme. Il serait à ce titre tenté par un profil moins politique, serviteur de la cause et désintéressé de la prochaine présidentielle pour ne pas lancer trop tôt la bataille de sa succession. Sur le papier, un nom coche ces cases : celui de Stanislas Guerini. « Il connaît le poste pour l'avoir déjà occupé, il est hyper loyal au président, et en plus il vient d'être battu aux législatives. Donc, il est libre », confie un visiteur du palais. « Macron ne veut pas le laisser sur le bord de la route », insiste un autre. Les jeux sont ouverts.

Le Monde
Culture, jeudi 25 juillet 2024 2680 mots, p. 12,13
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24 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Patrimoine Enquête

Quand l’extrême droite tente de mettre la main sur les vieilles pierres

Le Rassemblement national multiplie les stratégies d’influence et embarrasse les associations de défense des monuments et des sites historiques, qui, pour la plupart, veulent éviter tout amalgame

Roxana Azimi

Jeudi 11 juillet, Didier Rykner est aux anges. Le rédacteur en chef de La Tribune de l’artvient de remporter une manche dans son combat contre le remplacement à Notre-Dame des baies vitrées de Viollet-le-Duc, datant du XIXe siècle, par des vitraux actuels. La commission du patrimoine a rejeté – « à l’unanimité », jubile-t-il – le geste contemporain souhaité par Emmanuel Macron. Aussitôt, l’extrême droite relaie la victoire. « Une position de bon sens ! », fanfaronne, sur X, le député Rassemblement national (RN) Julien Odoul qui, en décembre, avait diffusé la pétition de La Tribune de l’art. « Excellente nouvelle ! » , embraie aussi sec l’eurodéputée RN Catherine Griset.

Le 4 février, cette parlementaire s’était déjà fait l’écho d’une autre affaire de vitraux à la Commission européenne. L’association Lumière sur le patrimoine venait alors de déposer plainte contre trois musées américains détenant des baies volées à la cathédrale de Rouen à la fin du XIXe siècle. « Je vous le dis tout de suite, je ne suis pas RN », prévient son président, Philippe Machicote, qui se serait bien passé de cet encombrant appui. « Ce qui est lamentable, ajoute-t-il, c’est que d’autres partis ne se préoccupent pas du patrimoine. »

Le programme culture du Nouveau Front populaire, en effet, s’en désintéresse. Le RN, à l’inverse, le surinvestit, promettant d’en tripler le budget s’il accédait au pouvoir, pour le porter à un milliard d’euros. Dans le livret de vingt pages qu’elle lui consacre lors de la présidentielle de 2022, Marine Le Pen vante une « France pétrifiée », assignant aux monuments un rôle dans le « redressement moral du pays ». « Le patrimoine, dans une vision très rétrécie et fossilisée, sert son idéologie réactionnaire », résume le sociologue Emmanuel Négrier.

« Réac », ce qualificatif colle aux basques des défenseurs des vieilles pierres, mutiques durant les législatives quand le reste de la culture appelait à faire barrage contre le RN. « Comment interpréter ce silence assourdissant ?, fustigeait, le 5 juillet, le blog Louvre pour tous. Craint-on de se retrouver piégé ou caresse-t-on le rêve secret et inavouable d’une arrivée au pouvoir du RN pour la défense de sa seule cause ? »

Abattements fiscaux promis par le RN

Considérer les gardiens du temple acquis à l’extrême droite apparaît largement exagéré, pour ne pas dire injuste. « On aimerait savoir d’où le RN est un défenseur du patrimoine ? De sa pratique du pouvoir comme à Béziers où le musée n’est pas à la fête, ou à Perpignan, où le secteur sauvegardé est massacré ? », tonne, le 11 juillet sur X, Didier Rykner qui, sur ce réseau social, s’est plus d’une fois alarmé de la montée du parti à la flamme.

« La France éternelle ? La France pétrifiée ? Non merci, ce n’est pas nous. On veut écrire l’avenir, pas défendre une France qui n’a jamais été », s’exclame Marie-Georges Pagel-Brousse, présidente du réseau Rempart qui, depuis 1966, déploie des chantiers de bénévoles un peu partout en France. « Nous sommes laïques, contre la discrimination, engagés contre le changement climatique. »

« Quand on défend le patrimoine, on est par essence conservateur », nuance Julien Lacaze, président de l’association centenaire Sites & Monuments. Mais, derrière ses fines lunettes, le juriste n’a rien d’un idéologue. Vous ne l’entendrez pas déplorer une identité nationale menacée ou ruminer sur le mode du « tout fout le camp ». Emargeant dans la catégorie des lanceurs d’alerte, Julien Lacaze sort les griffes dès qu’un monument menace de tomber sous le coup de promoteurs cupides ou d’élus défaillants.

Ces dernières années, il a ferraillé tous azimuts contre la vogue des châteaux « à la découpe », transformés en appartements de luxe, et les bâches publicitaires recouvrant les monuments. Régulièrement cité par la presse de droite, il n’en a pas moins prêté main-forte à l’enquête fleuve de Mediapartsur la captation de l’espace public parisien par le milliardaire Bernard Arnault. Avec la même ferveur, Julien Lacaze milite pour un moratoire sur les éoliennes qui, à ses yeux, défigurent les paysages. Un point de convergence avec le RN, qui, reconnaît-il, l’embarrasse. « Quand l’extrême droite s’empare d’un sujet, ça devient difficile de le mettre en avant », soupire le juriste, redoutant les amalgames.

Les quelque trois mille détenteurs de monuments classés, regroupés depuis un siècle dans la vénérable association La Demeure historique, sont encore plus gênés aux entournures. Le large éventail d’abattements fiscaux promis par le RN va dans leur sens. Habitué au lobbying auprès des pouvoirs publics, leur président, Olivier de Lorgeril, n’en reste pas moins circonspect. « On peut dire dans l’absolu que ces mesures sont fantastiques, mais qu’en est-il de la réalité ? », lâche l’affable propriétaire du château de la Bourbansais (Ille-et-Vilaine), pas dupe des promesses de campagne. Stéphane Bern, qui, dans son livre-manifeste Sauvons notre patrimoine (Plon, 2019), plaidait pour un allègement de la fiscalité des propriétaires de monuments, voit mal comment se contredire. « Si Marine Le Pen reprend des idées de bon sens, je ne vais pas dire que c’est débile juste parce que c’est elle qui les formule… », raisonne la star du petit écran.

Selon les informations du Monde, c’est Philippe Nguyen-Cong-Duc qui a murmuré à Marine Le Pen une partie du programme patrimoine. L’ancien haut fonctionnaire passé par la direction générale du Trésor et par la Caisse des dépôts et consignations a un temps fait partie des Horaces, ce club d’influence qui travaille depuis des années à la victoire du RN. L’énarque, qui a présidé l’Association nationale des entreprises du patrimoine vivant, jure ne pas avoir rédigé le livret publié lors de la présidentielle de 2022 – « Vous m’apprenez son existence ! ». Sa tournure sémantique d’ailleurs le hérisse : « Le redressement moral, aïe aïe aïe. La France pétrifiée, c’est n’importe quoi ! »L’homme de l’ombre concède toutefois avoir soufflé à « Marine » le montant d’un milliard d’euros ainsi que le volet fiscal très détaillé, après l’avoir testé auprès de quelques membres du « G7 patrimoine » regroupant les plus puissantes associations de défense des vieilles pierres.

Olivier de Rohan-Chabot se souvient de l’avoir rencontré en 2021. Issu d’une prestigieuse lignée de militaires et d’ecclésiastiques, l’aristocrate breton est une figure respectée du patrimoine. Ancien président de la Société des amis de Versailles, il pilote depuis vingt ans La Sauvegarde de l’art français, une fondation au parfum désuet mais d’une redoutable efficacité, qui, depuis un siècle, aide les églises et chapelles à tenir debout. Pour sauver ce patrimoine religieux, le philanthrope a pour habitude de discuter avec l’ensemble du spectre politique – « Les maires communistes sont mes meilleurs alliés. »Et quand, en novembre 2021, Philippe Nguyen-Cong-Duc lui demande d’accueillir une prise de parole de Marine Le Pen sur le stand que tient La Sauvegarde de l’art français au Salon international du patrimoine culturel, Olivier de Rohan-Chabot n’y voit pas d’objection – « Mais ça a mis mes équipes en panique », raconte-t-il.

Ateliers d’art de France, le syndicat des métiers d’art qui organise ce rendez-vous annuel au Carrousel du Louvre, n’était pas moins fébrile. « On avait reçu beaucoup de pression pour dérouler le tapis rouge à Marine Le Pen, mais, pour nous, il n’en était pas question », se remémore la présidente de l’époque, la céramiste Aude Tahon, inquiète de toute « récupération politique ». En amont du salon du patrimoine, dont il est un habitué, Philippe Nguyen-Cong-Duc avait tenté un rapprochement avec ce secteur éclaté en une multitude de microentreprises fragiles. « On venait de publier une tribune au sujet de la formation et il m’a dit que le RN souhaitait prendre en charge les enjeux du patrimoine et des métiers d’art », rapporte Aude Tahon, qui n’a pas souhaité « faire plus ample connaissance ni faire alliance ». Privée de caméras à l’intérieur du salon, Marine Le Pen se contentera de dérouler son programme culturel dans un couloir du Carrousel du Louvre.

La même année, un nouvel acteur, le milliardaire catholique conservateur Pierre-Edouard Stérin, commence à tisser sa toile dans le monde feutré des vieilles pierres. En lançant le Fonds du bien commun, le patron d’Otium Capital ambitionne d’apporter des « solutions aux grands maux de notre société », lit-on dans le rapport d’activité en ligne. Aux grands maux les grands moyens ? Pas vraiment pour le patrimoine et la culture, son quatrième périmètre d’investissement après l’éducation, la croissance spirituelle et la solidarité. Depuis 2022, moins de 2 millions d’euros ont été accordés par son fonds à une vingtaine de projets patrimoniaux. Une paille en comparaison avec les 114,5 millions d’euros levés en 2023 par la Fondation du patrimoine.

Pour Pierre-Edouard Stérin, le patrimoine offre aussi une opportunité de business. Avec son bras droit, François Durvye, qui avait secrètement entraîné Marine Le Pen en 2022 pour le débat de l’entre-deux-tours dans son manoir normand à la façade classée comme l’a révélé Libération, il a cofondé, en 2023, Prosper collection. Le principe ? Acheter un château classé, en copropriété, pour moins de 250 000 euros, et bénéficier au passage d’une défiscalisation des frais de gestion et de rénovation des châteaux classés ou inscrits aux Monuments historiques, ainsi que des droits de succession. « Tous les leviers sont bons pour inciter les gens à acheter des châteaux », fait valoir l’un de ses associés, Pierre-Emmanuel Chadefaux, en revendiquant « une vision libérale de la propriété et pragmatique du patrimoine ».

Fibre traditionaliste

L’irruption du milliardaire a d’abord suscité la curiosité des gardiens du temple, toujours à court d’argent pour mener à bien leurs actions. « Mais après une visioconférence en avril 2023, on a très vite compris qu’on ne leur correspondait pas, confie Marie-Georges Pagel-Brousse, du réseau Rempart. On ne se penchait peut-être pas assez sur les églises. On parlait beaucoup de citoyenneté, de mixité, de non-discrimination, d’accueil de mineurs immigrés. »

Pas vraiment la ligne du Fonds du bien commun qui, tout en se prétendant « aconfessionnel et apolitique », inspiré par « l’héritage de la philosophie grecque, la pensée sociale chrétienne et l’universalisme républicain », veut remettre l’Eglise au centre du village. « Dans le domaine du patrimoine, il est très compliqué de faire abstraction du patrimoine religieux ! », objecte Alexandre d’Andoque, l’ancien directeur du Musée de l’armée qui a pris, en janvier, les commandes du volet patrimoine.

SOS Calvaires, que le fonds aide à se structurer, ne se contente pas de restaurer et remplacer des croix (450 en 2023), en France, depuis 1987. L’association angevine, dont le directeur général, Alexandre Caillé, n’a pas répondu aux sollicitations du Monde, accomplit à bas bruit une mission évangélisatrice. Son président Julien Le Page ne s’en cachait pas dans une interview donnée en 2021 au youtubeur Grégory Roose, un ex-militant RN aujourd’hui chez Reconquête ! Déçu par le « combat promigrants » de l’Eglise, le jeune homme aux accents de croisé regrettait « qu’il n’y ait plus de missionnaires pour convertir les gens ». « Un calvaire, ajoutait-il, c’est un étendard, un drapeau qu’on plante pour dire : ici, c’est une terre chrétienne. »

En 2022, l’érection d’un calvaire à Cercottes (Loiret) avait agrégé drapeaux royalistes et curés traditionalistes du coin, comme l’a relaté le site StreetPress. « Il faut être singulièrement déconnecté de la réalité locale pour jeter l’opprobre sur un projet aussi utile au patrimoine, qui ne coûte rien à la collectivité », s’agace Alexandre d’Andoque, minorant l’ « éventuelle présence, anecdotique, parmi les spectateurs d’une inauguration, de certaines personnes politisées qui n’ont aucun lien avec l’association ». Les vidéos réalisées par SOS Calvaires avec les influenceurs identitaires Baptiste Marchais et Valek Noraj n’ont pourtant rien d’ « anecdotique ». Pas plus que la participation de l’association en novembre 2022 au « forum des bonnes initiatives » de l’Academia Christiana, un institut catholique intégriste, dont le ministère de l’intérieur a réclamé la dissolution en 2023. Interrogé la même année par Le Figaro, Alexandre Caillé affirmait toutefois avoir dissous une antenne de SOS Calvaires dans le centre de la France, dont les volontaires entretenaient des liens étroits avec l’extrême droite et le clergé intégriste.

D’autres projets auxquels le Fonds du bien commun a apporté son écot confortent la fibre traditionaliste de Pierre-Edouard Stérin. C’est le cas de La Dame de Pierre, un spectacle autour de la cathédrale Notre-Dame conçu par Corentin Stemler, un comédien bénévole du Puy du Fou, le parc d’attractions lancé par Philippe de Villiers, héraut de la droite dure. Pierre-Edouard Stérin a aussi financé avec le parc vendéen, en 2023, le film Vaincre ou mourir, un monument de propagande narrant l’insurrection en 1793 des « valeureux » catholiques vendéens contre les « sanguinaires » républicains. La religion infuse aussi l’exposition « Louis Janmot. Le Poème de l’âme », autour du peintre ultracatholique lyonnais (1814-1892), antirépublicain farouche, organisée au Musée d’Orsay en 2023. « Un petit mécénat », relativise l’établissement parisien, gêné depuis les révélations du Monde démontrant les liens de Pierre-Edouard Stérin avec Marine Le Pen. Et assure « ne pas avoir donné suite à d’autres propositions du fonds ».

Une possible instrumentalisation

Pour les professionnels du patrimoine, tout l’enjeu consiste désormais à se dégager de l’étreinte de l’extrême droite. Julien Lacaze, qui ne compte renoncer à aucun de ses combats, y compris contre les éoliennes, mise sur le temps long, en faisant valoir le siècle d’histoire de Sites & Monuments : « On existait avant le RN, on existera après. »« On doit tenir notre cap », rebondit Frédéric Nancel, qui pilote le projet d’un centre de valorisation de Gergovie (Puy-de-Dôme), plateau où l’armée de Vercingétorix repoussa les troupes romaines de Jules César, en 52 avant notre ère. Rien de plus casse-gueule pourtant qu’une « vitrine de la civilisation gauloise » où tout le spectre politique français est allé se prendre en photo, de Jean-Luc Mélenchon en 2022 à Marion Maréchal en 2023.

Conscient d’une possible instrumentalisation, Frédéric Nancel s’appuie sur des historiens incontestés, à l’instar de Dominique Garcia, spécialiste de la Gaule préromaine. « Je ne fais pas de l’archéologie pour donner des racines mais des repères, pour que ceux qui sont confrontés à un paysage façonné par les Gaulois s’en sentent les héritiers », prévient le président de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, inquiet de voir le site identitaire Fdesouche relayer toutes ses fouilles archéologiques. Sans éluder la question de l’identité, Dominique Garcia veut en montrer la fabrique, « parce que les peuples ne sont pas des identités immuables, mais des constructions ».

Malgré ses lettres dorées gravées sur le fronton, La Sauvegarde de l’art français, aussi, se préserve de toute vision naphtalinée du patrimoine. En lançant, en 2013, la campagne du « plus grand musée du monde », la fondation a sciemment écarté toute référence religieuse. « La religion plonge les gens dans un état second, ce n’est pourtant pas une maladie honteuse, on ne va pas changer deux mille ans d’histoire… », maugrée Olivier de Rohan-Chabot. Si le philanthrope a mis un mouchoir sur ses états d’âme, c’est pour servir une plus grande cause : « Responsabiliser tous les jeunes, quelles que soient l’origine et la culture, pour qu’ils se disent que ce patrimoine leur appartient aussi. »

La méthode est simple, le principe, démocratique. Chaque année, étudiants et lycéens sont invités à repérer des œuvres dans des églises ou des mairies autour de chez eux. Après s’être accordés sur un objet, ils en suivent la restauration avec l’appui des collectivités et des mécènes. Plus de deux cents œuvres ont ainsi échappé aux outrages du temps. Et Olivier de Rohan-Chabot de lâcher, non sans malice : « Vous voyez, c’est vivant, le patrimoine, ça n’a rien de “pétrifié” ! »

L'Humanité
jeudi 25 juillet 2024 835 mots, p. 11

Quand les médias maltraitent le mouvement climat

Anthony Cortes

Télévision Les actions des manifestations écologistes sont souvent traitées à travers le seul prisme sécuritaire.

Alors que davantage de débats de fond seraient bienvenus.

Il y a la réalité, nuancée, contrastée, polymorphe. Et sa retransmission sur les écrans des chaînes d'information. Ce samedi 20 juillet, à La Rochelle (Charente-Maritime), près de 10 000 personnes sont rassemblées pour s'opposer aux projets de méga-bassines. Depuis le parc Charruyer, deux cortèges s'élancent dans les rues de la ville. Un premier longe la côte dans un esprit festif. Le deuxième, où on trouve une minorité de militants autonomes vêtus de noir, remonte l'avenue Leclerc (lire notre édition du 22 juillet). Sur les chaînes d'information, les premiers n'auront pas de temps d'antenne, les seconds auront droit à leur édition spéciale. Très brièvement sur CNews ou France Info et plus longuement sur BFMTV. Avec son enchaînement de bandeaux tapageurs : « Méga-bassines : affrontements et dégradations » ; « Des barricades érigées » ; « Des centaines de black blocs ».

Sur le plateau de BFMTV, alors que les caméras des reporters sur le terrain s'attardent sur la vitrine brisée d'un Super U, on s'emballe. « Un Sainte-Soline bis ? Les autorités le craignent ! » Les invités s'enchaînent. Johann Cavallero, délégué national du syndicat policier Alliance, précède Sonia Fibleuil, porte-parole de la police nationale, ou encore le préfet Brice Blondel. Si, bien plus tard dans la journée, Vincent Gay, secrétaire général d'Attac, et Benoît Biteau, député écologiste, vont dénoter dans cette programmation très orientée, ils n'échapperont pas à la sempiternelle question : « Condamnez-vous les violences ? »

« Désolé, ça n'a pas pété »

« Ils veulent très clairement nous enfermer dans un échange sensationnaliste  », se désole Benoît Biteau. Avec une seule grille de lecture : le « maintien de l'ordre ». Autre habitué des plateaux des chaînes d'information, le sénateur écologiste Thomas Dossu regrette, lui, un traitement « globalement orienté sur les moments tendus ». « Q uand ça se passe bien, le traitement est étonnamment léger », observe-t-il. En se plongeant dans les archives des différentes chaînes, force est de constater que le parlementaire dit vrai. Par exemple, alors que la manifestation à La Rochelle comme celle de Puylaurens (Tarn) contre l'A69, le 8 juin, ont eu droit à une présence à l'antenne jusqu'au bout de la nuit, ce n'est pas du tout le cas de celle du 11 mai, près de Billom (Puy-de-Dôme), contre les méga-bassines, qui s'est déroulée dans le calme.

D'ailleurs, à l'occasion de manifestations calmes, plusieurs journalistes invités pour parler du fond des dossiers, dont certains de l'Humanité, ont été décommandés avec pour seule justification : « Désolé, ça n'a pas pété. » « S'il y a un feu dans un champ, on va passer sur du 100 % méga-bassines, rapporte un journaliste de BFMTV, sous couvert de l'anonymat. Il faut sans cesse apporter du neuf, attirer l'oeil... Et s'il y a de l'action, pour garder les gens, il faut créer du débat dans les tranches du soir à partir de ça, qui sont celles qui apportent le plus d'audience. » D'autant que notre interlocuteur insiste : la concurrence de CNews est rude. Et il faut y répondre avec du contenu qui sent le soufre.

Des débats que connaît bien Sébastien Leurquin, journaliste et coauteur d'un livre sur l'activisme écologiste et la répression d'État, L'affrontement qui vient. De l'écorésistance à l'écoterrorisme ? « Ce qui est frustrant, c'est cet objectif de commenter les violences plutôt que d'analyser la situation qui conduit à des violences, explique-t-il. Par exemple, selon la composition du plateau, il est difficile de pointer la part de responsabilité de l'exécutif dans la montée des tensions. » « De manière générale, le traitement des mouvements écologistes est le même que pour toutes les manifestations, observe une cadre de la rédaction de BFMTV. Ça commence par les revendications politiques et ça finit par le bazar et le commentaire du bazar. » À une différence près, selon elle : « Derrière les journées anti-bassines, par exemple, il y a souvent des mouvements qui nous sont difficiles à appréhender. On a moins de contacts, moins de repères... Donc, ce qui nous guide, c'est ce qu'il se passe. »

Pour éviter les dérives, un « comité éditorial » constitué de journalistes de la rédaction a été mis en place au lendemain du mouvement des gilets jaunes pour « interroger les choix qui sont faits à l'antenne ».Par ailleurs, à l'instar de François Pitrel, journaliste environnement à BFMTV, d'autres promettent de s'employer au maximum à placer le fond des sujets au premier plan. « La veille de La Rochelle, par exemple, nous avons organisé un débat avec un hydrologue, une activiste écologiste et un membre de la Coordination rurale, raconte-t-il. Il y a eu un vrai boulot de fond en amont. » Ce qui n'est pas du tout le cas sur CNews.

Marie Chureau, activiste de Youth for Climate souvent interrogée par BFMTV, préfère relativiser : « Même si les chaînes d'information ne parlent que de violences depuis Sainte-Soline, on arrive désormais à placer nos messages à l'antenne. Et, résultat, on n'a jamais autant parlé des méga-bassines et de l'eau ! On est en train de gagner la bataille culturelle, malgré eux. » Entre deux gros plans de feux de poubelles.

Le Figaro, no. 24858
jeudi 25 juillet 2024 725 mots, p. 35

Sport

Jeux d'hiver 2030 : pour les Alpes, le plus dur commence

Callier, Cédric

La fin d'un suspense qui n'en était pas vraiment un. En écartant, en novembre 2023, les candidatures de la Suisse et de la Suède, le Comité international olympique (CIO) avait déroulé le tapis rouge aux Alpes françaises dans l'optique de l'organisation des Jeux olympiques d'hiver en 2030. Et ce mercredi, à l'issue de sa 142e session, il n'a pas réservé de retournement de situation à la délégation hexagonale, emmenée par le président de la République, Emmanuel Macron. Six ans après Paris 2024, la France aura l'honneur de célébrer une nouvelle fois les anneaux olympiques, l'hiver succédant simplement à l'été. Une attribution «sous conditions» toutefois...

Le futur premier ministre français devra en effet fournir au CIO la garantie de l'État pour organiser les JO d'hiver de 2030 «avant le 1eroctobre», a annoncé Thomas Bach. Cet engagement financier, qui n'a pu être signé en raison de la situation politique en France, «devra être ratifié par le Parlement au plus tard le 1ermars», a précisé le patron de l'instance basée à Lausanne. Ce qu'avait déjà préalablement assuré Emmanuel Macron lors de son discours matinal. «Je confirme mon engagement total et l'engagement total de la nation française. Je vais demander au prochain premier ministre non seulement d'inclure cette garantie mais aussi de promulguer une loi olympique.»

L'instabilité politique du pays - et la possibilité d'une cohabitation - ne doit donc pas entraver la concrétisation de cette garantie financière. «Je connais très bien M. Bach et le CIO et je sais qu'ils n'aiment pas prendre de risques sur l'aspect financier», confie le président du Comité national olympique et français, David Lappartient. «S'ils ont décidé d'attribuer cette édition à la France, c'est qu'ils sont convaincus que nous apporterons cette garantie.» Quant à la perspective d'une levée de boucliers de la part des écologistes, Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, appelle à l'union : «J'ai envie de dire à tous ceux qui sont soucieux de l'écologie: venez à bord, apportez vos idées et vos contributions. Ces Jeux peuvent être un extraordinaire accélérateur. Ils doivent permettre d'avoir une montagne respectueuse de l'environnement et durable. Il n'y aura pas d'éléphant blanc dans notre projet.»

Sur la même thématique, le député poursuit : «Notre force, dans un territoire aussi vaste, c'est que nous pouvons nous appuyer sur des infrastructures existantes. Je trouve que dans une civilisation du jetable, c'est un fabuleux message de dire que nous allons prendre des infrastructures d'il y a trenteans, que nous allons juste les moderniser pour leur permettre de se projeter sur les trois décennies qui viennent.» Un discours approuvé par Martin Fourcade, le quintuple champion olympique du biathlon ayant joué une part active dans la réussite de cette candidature : «Cette thématique est centrale dans l'organisation des Jeux d'hiver. C'est un grand challenge et personne n'est dans le climatosepticisme. Notre dossier est déjà assez vertueux sur ce plan, mais cela ne suffira pas et il faudra faire encore mieux.»

Un Fourcade qui aurait pu être aux Alpes françaises 2030 ce que Tony Estanguet a été à Paris 2024, mais l'ancienne star ne semble guère partante. La question de la gouvernance reste donc à trancher, comme le décrit David Lappartient : «Jusqu'à présent, nous étions focalisés sur l'attribution des Jeux. Mais nous savons que maintenant, c'est un sujet qu'il va falloir faire aboutir, et les athlètes doivent avoir toute leur place dans cette candidature. Ils doivent être au coeur du projet. Nous n'avons pas encore tout à fait défini le modèle final. Est-ce que ce sera un groupement d'intérêts public ou une association? Qui pour l'incarner? Il y a encore beaucoup de questions en suspens auxquelles nous devons répondre dans les semaines à venir, et il faudra le faire le plus rapidement possible.»

Le budget sera également scruté à la loupe, notamment avec l'intégration de Val d'Isère parmi les sites. Mais en attendant, une certitude : le Comité d'organisation ne sera pas à Paris, mais très probablement à Lyon, et la Solideo prendra ses quartiers à Marseille. «Ce qui est important pour nous, c'est que cela ne soit pas une gouvernance parisienne», affirme un Wauquiez déterminé. «Au niveau des Jeux d'hiver, l'ancrage et le rapport aux territoires sont absolument structurants. On s'inscrit dans le cadre de la montagne et c'est elle que l'on veut partager.» C. C.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Loisirs, jeudi 25 juillet 2024 1057 mots, p. AUJM30,AUJM31,AUJM31,AUJM32
Aussi paru dans
25 juillet 2024 - Le Parisien

Grosse claque dans le PAF !

L'Arcom a décidé, ce mercredi, de ne pas renouveler les autorisations de fréquence à C 8 et NRJ 12. Une décision historique qui secoue le monde de la télévision. Décryptage.

Kevin Boucher, Benoît Daragon et Simon Bartkowiak

C'est un véritabl eséisme dans le paysage médiatique. C 8 et NRJ 12 vont disparaître de la TNT. Ainsi en a décidé l'Arcom, ce mercredi matin. Une décision rarissime dans l'histoire de la télévision. Seule TV 6 avait dû laisser ainsi sa place à M 6, en 1987.

La fin des deux chaînes est prévue le 28 février 2025. À moins que d'inévitables recours auprès du Conseil d'État ne viennent contrecarrer les plans. Cette décision interpelle à plus d'un titre, même si elle était dans l'air depuis plusieurs mois. Explications.

Pourquoi l'Arcom a-t-elle décidé de supprimer C 8 ?

7 610 001 €. C'est le montant total des amendes payées à l'Arcom par C 8 ces huit dernières années. Jamais une télé n'avait cumulé autant de sanctions. Cette somme faramineuse a été formellement rappelée par les sages, le 9 juillet, lors de l'audition des patrons de la chaîne pour plaider en faveur de leur renouvellement.

La plupart sont dues à des dérapages dans « Touche pas à mon poste ! », l'émission animée par Cyril Hanouna. Canular homophobe en 2017 (3 millions d'euros), insultes de l'animateur envers Anne Hidalgo (300 000 €), énorme clash et insultes avec le député LFI Louis Boyard (3,5 millions d'euros), diffusion d'une théorie du complot sur l'adrénochrome (500 000 €)... À chaque fois, la direction du groupe C 8 soutient son animateur vedette, contestant parfois les décisions de l'Arcom devant le Conseil d'État. Mais jamais l'antenne n'est réorganisée pour que cesse ce genre de séquences.

Lors de leur audition, les dirigeants de C 8 annoncent que, dès septembre, l'émission de Cyril Hanouna serait enregistrée, afin de pouvoir couper en cas de dérapage. Les sages ne cachent pas leur doute.

Pour sa défense, C 8 met en avant le fait qu'elle respecte à la lettre le montant des investissements promis dans la production audiovisuelle, la fiction et le cinéma. Malgré 3,1 % de part d'audience (PDA) en 2023 (et le titre de sixième chaîne de France ex aequo avec TMC), elle n'a jamais gagné d'argent. Depuis sa création en 2005, elle cumule des pertes abyssales : 736 millions d'euros, selon « l'Informé ».

Et NRJ 12 ?

De son côté, NRJ 12 paie cash la baisse de ses investissements dans les programmes. En 2012, elle est la huitième chaîne du PAF, avec 2,4 % de part d'audience grâce à des rendez-vous puissants tels que « les Anges de la téléréalité » ou le magazine « Tellement vrai », alors à leur apogée. Cette année-là, la Douze relance même la « Star Academy » de TF 1, quitte à y perdre beaucoup d'argent. L'Arcom lui accorde même une deuxième fréquence, avec Chérie 25.

Depuis, plus rien. Ou presque. Petit à petit, et malgré le lancement de nouveautés comme l'émission de faits divers « Crimes » avec Jean-Marc Morandini, les audiences fléchissent et passent sous la barre des 2 % dès 2014, sans jamais remonter la pente malgré des relances successives et parfois très coûteuses.

En 2023, avec 1 % de parts de marché, NRJ 12 devient l'avant-dernière chaîne de la TNT avec Gulli, juste devant Franceinfo et battue par sa petite soeur Chérie 25 (1,2 %). Et 2024 s'annonce pire encore, à moins de 1 % depuis février. Les pertes financières jusqu'ici importantes (290 millions d'euros depuis sa création, toujours selon « l'Informé ») se sont cependant arrêtées l'an passé, la chaîne parvenant même à dégager un bénéfice de 300 000 €.

Lors de son audition, le 12 juillet, l'Arcom pointe du doigt l'absence d'investissements, lui reprochant d'être un robinet à rediffusions d'anciens programmes venus de son catalogue ou de celui de ses concurrents. Et la promesse de 300 heures de productions inédites par an n'a pas suffi à convaincre, le régulateur notant même qu'il s'agit de l'engagement le plus faible de tous les candidats à une fréquence.

Malgré une envie de continuer non dissimulée par le fondateur du groupe NRJ, Jean-Paul Baudecroux, le régulateur a semble-t-il estimé que le projet proposé n'était pas à la hauteur. Et a donc préféré mettre fin à l'histoire lancée en 2005.

Quand les chaînes vont-elles disparaître ?

Le 28 février 2025. D'ici là, elles pourront continuer. « Touche pas à mon poste ! » pourra faire sa rentrée, et la réaction de Cyril Hanouna et de ses chroniqueurs sera particulièrement scrutée. « Sa riposte va être énorme. Il va faire une rentrée fracassante et délirante », pronostique un téléspectateur assidu, qui s'attend à « des mois de règlements de comptes ». Mais C 8 comme NRJ 12 vont être tentées de réduire rapidement le coût de leur grille et limiter au maximum les nouveaux programmes.

Qui va les remplacer ?

Les projets OFTV et RéelsTV, respectivement portés par le groupe Ouest-France et CMI France, dirigé par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. OFTV viendra compléter l'offre proposée par le journal « Ouest-France », dans sa version Web et papier. RéelsTV se veut une chaîne généraliste populaire, plaisante et pédagogique avec pour ligne directrice, « 3 D » : documentaires, débats, divertissements.

La décision est-elle définitive ?

Dans un mail interne envoyé aux salariés du groupe Canal +, son président-directeur général Maxime Saada se déclare « sous le choc et triste » à cause de cette décision « inédite dans l'histoire de la TNT ». Il ne dit rien d'un éventuel recours juridique. Candidat malheureux à une fréquence, le Média, groupe cofondé par la compagne de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou, a par exemple annoncé sur X qu'il allait « engager un recours ».

Une démarche compliquée pour l'instant. Pour pouvoir se retourner vers le Conseil d'État, les éconduits doivent attendre que l'Arcom leur envoie la « notification de rejet de leur candidature ». Or, ce document ne sera envoyé qu'en début d'année 2025, une fois que les quinze chaînes choisies (W 9, BFMTV, LCI, TFX mais aussi CNews et CStar) auront signé leur convention, qui liste leurs droits mais aussi leurs obligations.

Une phase qui s'annonce tendue, puisqu'en montrant ses muscles, l'Arcom s'est remise au centre du jeu, rappelant qu'elle n'est pas juste une chambre d'enregistrement. Les sages espèrent d'ailleurs en profiter pour remuscler sacrément ces cahiers avec un paquet de nouvelles obligations... L'automne s'annonce donc encore agité.

Le Figaro, no. 24857
Le Figaro, mercredi 24 juillet 2024 814 mots, p. 4

La gauche propose la haut-fonctionnaire Lucie Castets pour Matignon

Lepelletier, Pierre

À gauche, beaucoup se demandaient si elle finirait par s'échapper un jour. La fumée blanche est finalement apparue, mardi soir, en pleine «trêve politique et olympique» décrétée la veille par le président de la République. Les responsables du Nouveau Front populaire se sont enfin mis d'accord sur un nom à proposer à Emmanuel Macron pour Matignon. Il s'agit de la haute fonctionnaire Lucie Castets, une économiste issue du monde associatif, engagée dans la défense et la promotion des services publics. À l'AFP, elle a confirmé qu'elle acceptait la mission «en toute humilité, mais avec beaucoup de conviction», se présentant comme une candidate «crédible et sérieuse».La « première-ministrable » NFP s'est en outre engagée à porter «l'abrogation de la réforme des retraites ».

Mardi soir, les responsables des quatre principales formations du NFP insistaient sur son profil issu de la « société civile » , rejetant l'idée d'une proximité avec un parti de la coalition. Aux élections régionales de 2015, elle était néanmoins candidate sur la liste du socialiste Nicolas Mayer-Rossignol en Normandie, à l'époque pas encore maire de Rouen. «Elle a ensuite été déçue par le quinquennat de François Hollande et a rendu sa carte», raconte un député du PS qui la connaît bien.

Il aura donc fallu seize jours après leur victoire aux élections législatives anticipées pour que les socialistes, les écologistes, les communistes et les Insoumis s'entendent. Le PS avait donné la date du 23 juillet comme ultimatum, notant que le président devait s'exprimer au « 20 heures » de France 2 le soir même. Ils considéraient que ne pas s'accorder sur un nom avant sa prise de parole lui aurait laissé le champ libre, et aurait enterré toute possibilité d'un gouvernement NFP. «Désormais, la balle est dans son camp. Nous avons fait le travail», commentait un des négociateurs de la gauche quelques instants après l'annonce. Même si le nom de Lucie Castets est sorti du chapeau, rien n'oblige pour autant Emmanuel Macron à la nommer. «Pour l'instant, tout ça n'est que théorique», admet, prudent, un cadre socialiste.

Car tout au long de cette dernière quinzaine, les cadres du Nouveau Front populaire auront surtout démontré leurs difficultés à s'entendre. «La gauche, quelle nullité! Ça fait deux semaines, on n'est pas foutus de donner un nom pour Matignon», déplorait l'ex-Insoumis François Ruffin, qui siège désormais avec Les Écologistes. «Je suis en colère, je suis écoeurée, j'en ai marre. Je suis fatiguée et je suis désolée du spectacle qu'on donne aux Françaises et aux Français», avait également déploré Marine Tondelier sur France 2 la semaine dernière.

Au fil des jours, plusieurs personnalités ont tour à tour été évoquées, puis écartées. Au départ, les socialistes ont un temps défendu la candidature de leur premier secrétaire, Olivier Faure, en capacité à leurs yeux d'élargir la courte majorité de gauche. Refus en bloc des Insoumis, qui ont proposé des noms issus de leurs rangs, comme la députée Clémence Guetté, responsable du programme de LFI. Pour tenter de sortir du blocage par le haut, la figure d'Huguette Bello, présidente du conseil régional de La Réunion, semblait faire un début de consensus. Mais les socialistes s'y sont opposés fermement, considérant cette ancienne députée communiste comme trop proche de LFI, étant donné qu'elle figurait en position non éligible sur leur liste aux européennes et qu'elle avait soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2022.

Quelques jours plus tard surgissait alors une nouvelle proposition, issue du PS : Laurence Tubiana, économiste, diplomate, et surtout négociatrice des accords de Paris de 2015 (COP21). Mais, là encore, blocage. Cette fois côté Insoumis, qui la trouvaient trop modérée, voire trop proche de l'idéologie macroniste. «Je constate que mon nom a rencontré des oppositions au sein du NFP. Tout cela ne me semble plus mener à l'apaisement dont nous avons tant besoin», en avait-elle conclu.

Ces derniers jours, le nom du communiste André Chassaigne était enfin revenu dans les boucles, mais le président du groupe à l'Assemblée a très vite décliné. «Je pense qu'il faut avoir des ambitions en fonction de ses qualités. Et je n'ai pas celles pour devenir premier ministre», a-t-il expliqué dans un entretien à LaMontagne lundi. Ce défilé de personnalités évoquées a fini par lasser une bonne partie de la gauche. «Cela ressemble à un jeu d'élimination, on se croirait dans « Koh-Lanta »», soupirait encore un député PS mardi matin.

Il faut dire que, derrière la personnalité, se jouait un débat crucial au sein de la coalition : la courte majorité du Nouveau Front populaire a-t-elle vocation à s'élargir ou non pour gouverner ? Les Insoumis ont toujours martelé qu'ils ne participeraient à un exécutif que pour «appliquer tout le programme, rien que le programme», fermant ainsi la porte au moindre compromis. Au PS, nombreux jugeaient à l'inverse qu'il était indispensable d' «ouvrir»pour consolider une majorité et éviter de se faire «renverser» rapidement par les oppositions. P.L.

L'Humanité
mercredi 24 juillet 2024 1198 mots, p. 8

Périclès : la droite esquive, la gauche s'indigne

Maël Galisson et Thomas Lemahieu

Extrême droite Après nos révélations sur le vaste programme de Pierre-Édouard Stérin, ses potentiels alliés font semblant de rien, tandis que les voix progressistes s'élèvent dans cette « bataille culturelle et politique ».

La dizaine de ses salariés candidats sous l'étiquette LR-RN aux législatives, après une offre de services à Éric Ciotti ? Un engagement politique personnel, « comme des centaines de milliers de Français ». Le rachat, à travers une société civile immobilière, d'une demeure appartenant à la famille Le Pen ? Il n'était pas au courant. Son numéro deux, François Durvye, qui s'affiche dans le cercle le plus restreint autour de Jordan Bardella, le 9 juin, au soir des élections européennes ? « Lui, c'est lui, et moi, c'est moi », évacuait le milliardaire catholique et libertarien, Pierre-Édouard Stérin.

Pourtant, il demeurait une pièce manquante, et centrale, dans le paysage autour du patron d'Otium Capital, qui contrôle également Smartbox et le Fonds du bien commun. Et avant que l'Humanité ne dévoile tous les détails de son plan ultraconfidentiel, Périclès, vendredi dernier, le milliardaire exilé fiscal en Belgique pouvait continuer de dérouler son discours, comme, par exemple, le 7 juillet, dans les accueillantes colonnes du JDD. « Un milliardaire qui tirerait les ficelles du jeu politique ? C'est une fable, raillait-il, qui vise simplement à vendre du papier avec une recette tout à fait classique : les liens entre le monde des affaires et la politique. La réalité est très éloignée de cela. Je ne place pas de pions, je ne manoeuvre pas et je n'ai pas d'agenda politique. »

influencer l'opinion publique sur l'immigration

Mais avec nos révélations, c'est terminé : ses pions, ses manoeuvres et son agenda politique sont apparus en pleine lumière. Un budget d'environ 150 millions d'euros sur dix ans pour assurer la victoire sur les plans « idéologique, électoral et politique » des droites extrêmes ; des projets « organiques » particulièrement orientés, de la « guérilla juridique » aux baromètres destinés à influencer l'opinion publique sur l'immigration ou « l'extrême gauche », en passant par le projet d'acheter un institut de sondage ; les conseils opérationnels pour permettre au Rassemblement national (RN) de « gagner absolument » au moins 300 villes petites et moyennes en 2026 ; la réserve de plus de « 1 000 » cadres « alignés » sur Périclès (ses valeurs réactionnaires et son ambition d'union des droites extrêmes) prêts à gouverner en cas de victoire à la présidentielle en 2027, etc.

Pierre-Édouard Stérin ayant été informé, quelques jours plus tôt, par nos soins, de la publication à venir de notre enquête, les contrefeux se sont multipliés : une tribune dans le Figaro, jeudi matin ; la vraie-fausse révélation, bien édulcorée, du plan dans le JDD, jeudi soir, puis bien sûr, une tentative de pousser l'Humanité à renoncer à cette publication en agitant la menace de poursuites pour « divulgation du secret d'affaires ». À l'occasion des reprises de nos informations dans de nombreux titres de presse, les dirigeants de Périclès ont engagé un nouveau déminage. « Le document pèche par optimisme, à la manière d'un PowerPoint de présentation pour les investisseurs, a par exemple essayé de minimiser François Durvye, le bras droit de Stérin, dans le Monde. Mais Pierre-Édouard se dit qu'il y a la place, dans le marché politique, pour un McKinsey des partis de droite. »

rencontres avec des anciens ministres

Mais cette fois, c'est trop tard... Avec cette révélation, l'Humanité a contraint Pierre-Édouard Stérin à officialiser ses grandes ambitions et à sortir du bois. Mais, restés dans les bosquets, à l'extrême droite et à droite, certains pestent - « Mais qu'est-ce que c'est que ce projet de merde ! » s'insurge un dirigeant anonyme du RN, en se plaignant de ne pas y avoir été associé -, et beaucoup se cachent encore. Dans nos colonnes, en réponse à nos questions, Pierre-Édouard Stérin avait évoqué des rencontres avec une « demi-douzaine d'anciens ministres sarkozystes et macronistes ».

Dans le document révélé par l'Humanité, un tableau liste une série de personnalités de droite et d'extrême droite sur lesquelles s'appuyer pour voir les idées réactionnaires aboutir au pouvoir. Classés en fonction de leur proximité avec le milliardaire libertarien (de « relation de confiance » à « pas de relation activable »), on retrouve dans ce document ainsi des leaders de la Droite républicaine (ex-« Les Républicains »), tels que Laurent Wauquiez et François-Xavier Bellamy (rangés dans la catégorie « relation active mais sans réelle influence »), des cadres et des dirigeants du Rassemblement national et de Reconquête !, ou encore des personnalités centristes telles que le maire du Havre, Édouard Philippe (Horizons).

Agir sur la fiscalité des ultra-riches

Cité parmi les personnalités politiques avec lesquelles Pierre-Édouard Stérin a déjà noué des contacts, David Lisnard, qui préside le petit parti de droite libérale Nouvelle Énergie, n'a « pas de commentaire » à faire concernant l'existence du projet Périclès. Également maire de Cannes et président de l'Association des maires de France, il précise simplement « avoir rencontré l'homme d'affaires une seule fois, il y a plusieurs années, à propos d'un projet architectural de fusée similaire à celle de Tintin sur la Lune, qui aurait été installée à Cannes ».

« C'est quelqu'un qui a connu une belle réussite entrepreneuriale mais dont je ne partage pas forcément toutes les idées », déclare de son côté le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes récemment intronisé à la tête du groupe ex-LR à l'Assemblée, Laurent Wauquiez, à propos de Pierre-Édouard Stérin, avant d'ajouter : « Je n'ai aucun problème à l'avoir rencontré. » Sollicité par l'Humanité, Éric Ciotti, classé dans la catégorie « relation active mais sans réelle influence », n'a pas donné suite à nos questions. Idem pour le patron d'Horizons, Édouard Philippe, identifié par les auteurs du projet comme un dirigeant à approcher à l'avenir.

Les révélations concernant le projet Périclès font, en revanche, bien plus réagir à gauche. « L'existence de ce plan démontre que toute une partie du capital s'organise aujourd'hui pour préparer la victoire de l'extrême droite, déplore le sénateur communiste Ian Brossat. Pierre-Édouard Stérin n'est pas un personnage isolé puisque d'autres, comme Bolloré, s'activent à cette fin depuis maintenant plusieurs années. »

Réélu le 7 juillet, le député socialiste du Calvados Arthur Delaporte juge urgent, pour sa part, de « mettre en place des mécanismes de sauvegarde du pluralisme dans les médias avec, d'une part, la lutte anti-concentration, d'autre part, des obligations de pluralité et de respect de règles éthiques et déontologiques ». Le parlementaire s'inquiète de voir « un certain nombre de médias déployer un agenda ultraconservateur et contribuer à la radicalisation du débat public ». Pour la députée Génération.s et vice-présidente du groupe Écologiste et social, Sophie Taillé-Polian, le projet Périclès « pose aussi la question du financement de la vie politique, via la mobilisation de 150 millions d'euros destinés non pas à un parti, mais à une famille politique, et qui passent en dessous de tous les radars ».

La parlementaire considère que les révélations de l'Humanité interrogent sur la fortune de certains milliardaires et les politiques fiscales auxquelles ces derniers échappent. « Si on taxait plus ces ultra-riches, l'argent servirait l'intérêt général et pas un intérêt partisan antirépublicain ! » tranche Sophie Taillé-Polian. « Le résultat de la concentration des richesses entre les mains de quelques-uns provoque des idées et des capacités très importantes pour intervenir dans la vie politique et dans la fabrique de l'opinion », alerte la députée du Val-de-Marne avant de conclure : « Cette bataille culturelle, on ne doit pas la laisser mener comme ça, sans réagir. » 

L'Humanité
mercredi 24 juillet 2024 956 mots, p. 8

Les « brebis galeuses » du RN au palais Bourbon

Florent LE Du

Assemblée nationale Parmi la quarantaine de députés d'extrême droite nouvellement élus, plus d'un tiers ont été épinglés pour leurs dérapages verbaux ou leurs liens avec des groupuscules. Tour d'horizon.

Ne pas les oublier. L'entre-deux-tours des législatives a été marqué par les révélations des profils de nombreux candidats RN qui se sont distingués par leurs propos racistes ou homophobes, leur casquette nazie ou leurs hommages à Pétain...Une quinzaine d'entre eux ont découvert l'Assemblée nationale. Pourtant, Jordan Bardella avait promis de faire le ménage : « Lorsqu'il y a des brebis galeuses, je n'ai pas la main qui tremble. » Les personnalités décrites ci-dessous ne poseraient donc pas de problème ? « Je n'ai jamais eu de tolérance à l'égard de propos que j'estime être contraires à mes convictions et surtout à la ligne politique que je défends », ajoutait le président du RN, comme un aveu. Depuis le second tour, il est seulement demandé aux élus d'être « irréprochables ». En clair, taire leurs instincts et leurs idées profondes.

La multitude de phrases nauséabondes qui ont ressurgi des réseaux sociaux n'a pas empêché plusieurs d'entre eux de convaincre une majorité d'électeurs. C'est le cas d'Antoine Golliot, élu dans le Boulonnais, qui ne veut dans le pays que des « bons Français », des « patriotes qui aiment la France » et plaide pour la « détention provisoire » dans des centres de rétention de « tous les gens circulant de manière illégale sur le territoire ». Monique Griseti (Bouches-du-Rhône), elle, a eu pour cible le chanteur Gims : « Qu'il retourne de là où il vient, qu'il amène toute sa tribu avec lui. Qu'il aille traire la chèvre, ça nous fera des vacances. » Pour Florence Joubert, élue en Dordogne, la « carte d'identité d'un Arabe » ne serait « qu'un vulgaire chiffon »... Ils siégeront aux côtés de Patrice Martin, député de Seine-Maritime qui relaie sur Facebook des publications de sites islamophobes ou antisémites comme Riposte laïque ou Égalité et Réconciliation, le mouvement d'Alain Soral. Les cadres du RN ont tenté de minimiser ces saillies, parlant d' « erreurs de jeunesse » ou de « surinterprétations ». Elles représentent pourtant l'ADN du parti d'extrême droite depuis sa création. Comme ses liens avec les groupes les plus violents et racistes. Dans le Rhône, les anciens de Génération identitaire, dissoute en 2021 pour promotion d'une « idéologie incitant à la haine et à la violence envers les étrangers et la religion musulmane », selon le Conseil d'État, ont fait campagne pour le RN. Précisément pour Tiffany Joncour, selon les révélations de StreetPress. Fréquentant le bar emblématique des identitaires lyonnais, La Traboule, la députée serait aussi proche de Marc Barrault, appelé « Marc Assin » et condamné en décembre 2023 à un an de prison dont six mois ferme pour agression raciste. Le syndicat la Cocarde étudiante, soupçonné de plusieurs actions violentes et de liens avec des groupes néonazis comme les Zouaves Paris, est aussi représenté à l'Assemblée nationale. Une ancienne de ses adhérentes, Manon Bouquin, a été élue dans l'Hérault, tout comme le cofondateur du syndicat d'extrême droite, Gaëtan Dussausaye, élu dans les Vosges.

Idéologues proches de l'OAS

Anne Sicard, néodéputée du Val-d'Oise, n'est, elle, pas proche de groupuscules, mais a fréquenté la mouvance suprémaciste, en étant responsable des fonds de dotation de l'Institut Iliade. Ce cercle de réflexion a été créé par plusieurs idéologues comme Jean-Yves Le Gallou et Henry de Lesquen pour promouvoir la pensée de Dominique Venner, ancien de l'OAS. C'est-à-dire « la logique de défense de la "race blanche" », relate l'historien Stéphane François. Iliade réunit catholiques intégristes et suprémacistes blancs.

À l'image de Tiffany Joncour, qui revendique son appartenance à la Manif pour tous, plusieurs profils d'élus montrent que l'extrême droite n'a pas rompu avec son passé homophobe. Le RN n'a d'ailleurs eu aucun remords à s'allier avec la ciottiste Brigitte Barèges. En 2011, alors que la commission des Lois de l'Assemblée nationale examine un texte en faveur du mariage pour tous, celle qui est redevenue députée douze ans après son précédent mandat ironisait : « Et pourquoi pas des unions avec des animaux ou la polygamie ? » Certes, cette sortie a plus de dix ans, et l'extrême droite vise aujourd'hui davantage les personnes trans. Alors que le RN a déposé une proposition de loi pour interdire « tout traitement hormonal ou médical de transition de genre » pour les mineurs, elle aura davantage de poids dans les mois à venir pour mener son offensive transphobe. Le ciottiste Alexandre Allegret-Pilot pourrait en être un soldat zélé, lui qui, en commentaire sous un article de Mediapart  sur des médecins qui suivent des enfants trans, questionnait : « Les nazis n'avaient pas leurs médecins ? »

Guillaume Bigot aurait pu concourir à plusieurs des catégories ci-dessus. Avec cet essayiste et éditorialiste, inutile de fouiller dans les profondeurs de ses réseaux sociaux : c'est à l'antenne, comme chroniqueur sur CNews, qu'il a qualifié Sandrine Rousseau de « Greta Thunberg ménopausée » et qu'il a développé son idée de « rétablir le bagne » aux « îles Kerguelen ». C'est dans le climato-scepticisme qu'il est le plus régulier. Pour Guillaume Bigot, le réchauffement climatique « n'est pas du fait de l'Homme ». « Rien ne prouve l'effet de serre du CO2 » et il serait « grotesque de prétendre que 2 degrés de plus vont nous précipiter dans l'apocalypse ».

Des points de vue qui ne sont pas sur la ligne officielle du RN, mais qui se rapprochent de ses votes. Comme lorsque, au Parlement européen, ce parti s'est opposé à toutes les mesures du pacte vert. Marine Le Pen prétend défendre « un projet qui tient compte de l'environnement », tout en fustigeant « l'idéologie des activistes écologistes les plus fous ». L'anti-écologisme du RN apparaît à la fois électoraliste et dogmatique. En attestent d'autres prises de parole, comme lorsque Florence Joubert refuse de reconnaître l'impact de l'Homme sur le réchauffement climatique, ou Patrice Martin, pour qui lier la canicule à ce dérèglement est un « mensonge ».

Le Figaro, no. 24857
Le Figaro, mercredi 24 juillet 2024 1898 mots, p. 3

Politique

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23 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Les ambitions intactes de Mélenchon, isolé au sein du Nouveau Front populaire

Le jusqu'au-boutisme des européennes puis des législatives a réduit le capital politique acquis en 2022 par le troisième homme de la dernière présidentielle.

Flurin, Richard

Il ne veut pas que son aventure politique ne soit qu'une parenthèse de plus. Qu'un énième phénomène évanescent qui a jailli de la contingence des événements pour se faire emporter presque aussitôt par le poids des événements et des années. Comme toutes ces figures passées de la gauche radicale qui ont défrayé la chronique en leur temps, fins rhéteurs, idéologues pénétrants, animateurs du débat public, mais dont plus personne ne se souvient cinquante ou cent ans plus tard : Édouard Vaillant, Fernand Loriot, Pierre Semard, et même, dans une moindre mesure, Georges Marchais. En sera-t-il de même pour Jean-Luc Mélenchon ? Le fondateur de La France insoumise, obsédé par l'histoire et par la trace qu'il voudrait y laisser, a rarement été aussi fragilisé. Concurrencé désormais par un Parti socialiste qui, du haut de ses cent vingt années d'existence, lui tient tête de nouveau - pour l'instant. Alors qu'il croyait s'en être «débarrassé» , ainsi que l'a formulé une intime, la députée Sophia Chikirou. Ce bras de fer n'a pas empêché socialistes et Insoumis de s'entendre mardi soir, après plus de quinze jours de négociations houleuses, sur le nom d'une première ministre commune : la haut fonctionnaire Lucie Castets.

Reste que même si ce guérilléro politique ne le reconnaîtra jamais, il a subi une lourde défaite électorale le 9 juin. Il avait pourtant lui-même posé les termes de l'équation. C'était à Villepinte (Seine-Saint-Denis), en mars dernier, lors d'un meeting qui ressemblait à l'un de ces grands raouts de campagne présidentielle dont les Insoumis ont le secret. Il s'agissait ce jour-là de lancer la course des européennes, théorisées par les observateurs comme l'équivalent en France des « midterms » américains : seule élection nationale censée séparer les présidentielles de 2022 et 2027 - avant qu'Emmanuel Macron ne convoque les législatives anticipées ; sondage grandeur nature ; radiographie du corps politique... Devant quelque 3 000 militants, l'homme à la cravate rouge présente alors le scrutin comme «le premier tour» de la prochaine présidentielle. «Il faut bien commencer, alors ça commence aujourd'hui», fanfaronne-t-il dans une avalanche de gestes au pupitre. À cet instant, il est convaincu que son «mouvement gazeux», l'oeuvre de sa vie, réglé comme du papier à musique, roulera sur Raphaël Glucksmann, ce novice en politique qui porte les couleurs d'un PS décati.

L'Europe, Jean-Luc Mélenchon n'en a cure. Il ne s'en est jamais caché. «Personne ne croit qu'elle peut changer à la fin de ce vote», affirme-t-il sur BFMTV en janvier. Résultat, il entend plutôt transformer cette campagne en une démonstration de force adressée à ses anciens partenaires de la Nupes. Ceux qui ont préféré partir chacun de leur côté, au mépris de l'alliance des gauches que le troisième homme de la dernière présidentielle avait su bâtir en 2022, fort de ses plus de 7,5 millions de voix à l'époque (21,95 %). Tant pis pour eux, se persuade l'ancien ministre de Lionel Jospin, convaincu qu'il suffit de surmobiliser sa base électorale pour remporter des élections européennes. Lui et son escouade ciblent donc les jeunes, l'outre-mer, les quartiers populaires : trois segments d'opinion qui l'ont particulièrement plébiscité il y a deux ans. Puis la «machine de guerre» Insoumise se met en branle : campagnes de communication au vitriol, tournées des facs, recrutement de figures ultramarines respectées (dont la Réunionnaise Huguette Bello), activisme propalestinien incarné par la nouvelle coqueluche Rima Hassan... Tous les moyens sont bons. «On ne parle que de nous!», s'enthousiasment alors les Insoumis, sûrs de leur coup.

Sauf que rien n'y fait. Raphaël Glucksmann, en renouant avec la politique à l'ancienne, sur un mot d'ordre social-démocrate, escalade l'opinion jusqu'à menacer de s'emparer de la deuxième place en doublant la candidate macroniste. Pas de quoi inquiéter les mélenchonistes, qui y voient un fantasme médiatique au mieux, voire une invention sondagière au pire. Mais quand les résultats finissent par tomber, ils se révèlent implacables : avec un score certes honorable au vu des performances passées de 9,9 %, la liste LFI échoue très loin derrière le PS (13,8 %), qui retrouve un score à deux chiffres. Ce «premier tour» de la présidentielle est donc perdu. Pas question, toutefois, d'assumer ce constat embarrassant pour le « Lider Maximo ». La coordination du mouvement se contente de communiquer sur la progression par rapport à 2019 (+ 3,6 points), sans rappeler que la campagne précédente avait été faite a minima, dans un contexte de crise interne, tandis que celle de 2024 a été menée tambour battant, comme si l'avenir du mélenchonisme en dépendait. Le «narratif» élaboré par la direction du mouvement corrèle aussi le score surprise de Raphaël Glucksmann à la déroute des Écologistes (5,5 %), comme si les reports de voix n'avaient profité qu'au PS et pas aux Insoumis - ce que plusieurs études ont démenti.

Heureusement pour eux, la dissolution surprise a vite détourné l'attention médiatico-politique. Les mouches ont changé d'âne, se rassure-t-on en substance. Profitant de la faiblesse des Verts, LFI parvient à rester au coeur des négociations des partis de gauche malgré sa récente marginalisation. «Si les députés écologistes n'avaient pas obligé Marine Tondelier à s'allier avec Manuel Bompard dix minutes après l'annonce de la dissolution, peut-être que nous aurions réussi à faire l'union sans LFI», regrette aujourd'hui un cadre socialiste. Ressuscité en moins de 24 heures sur les cendres de la Nupes, le Nouveau Front populaire offre un répit à Jean-Luc Mélenchon malgré des concessions coûteuses à ses yeux. «L'union conforte sa stratégie, à savoir détruire toute représentation qu'il juge « réformiste »», écrit l'ancien premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, qui le connaît bien. La suite de l'histoire est connue : le NFP arrive en tête du second tour, contre toute attente. Le chef Insoumis aura tenté lors de cette campagne éclair d'apparaître au centre du jeu. Mais, plus il parle, plus il s'attire les critiques de ses camarades. Jusqu'à être traité de «boulet» par François Ruffin, figure de la gauche qui a rompu avec lui. «Son isolement est criant, il n'y a plus que ses lieutenants et quelques écolos fanatisés pour le soutenir», constate un ancien compagnon de route.

Les législatives ont confirmé le rééquilibrage à gauche. À l'Assemblée, si LFI ne perd que trois élus par rapport à 2022, le nombre de députés PS fait plus que doubler (+ 113 %), pour accoucher d'un groupe presque aussi fort que celui de LFI, avec 66 députés contre 72. Le « come-back » esquissé début juin se confirme. Ceux qui le connaissent bien identifient depuis, dans l'attitude de Jean-Luc Mélenchon, des signes de fébrilité qu'ils ne lui connaissaient pas. Il n'y a qu'à voir l'épisode des «purges», dévoilées en catimini un vendredi au milieu de la nuit, pour écarter les voix les plus critiques. «Virer les frondeurs permet d'asseoir son autorité et de faire venir du sang neuf, des personnes qui lui seront fidèles et ne risquent pas de la lui faire à l'envers», analyse un socialiste qui a milité de longues années avec Jean-Luc Mélenchon. Comment expliquer la brutalité de la méthode ? A-t-il été heurté par les affronts de ses anciens amis, Danielle Simonnet, Alexis Corbière, Raquel Garrido ? «Moi, je ne suis pas blessé. Je calcule, j'ai une stratégie. S'il faut que je m'entende avec le diable, je vais bouffer avec lui, d'accord? Et c'est moi qui lui cire les sabots. Mon sujet, c'est l'efficacité, les résultats politiques que je veux obtenir», arguait-il en petit comité mi-juin.

C'est sans compter un front anti-Mélenchon d'une ampleur inédite, y compris au sein même de la gauche. À commencer par Raphaël Glucksmann, porté au pinacle dans les enquêtes d'opinion, qui a fait de la fin du magistère mélenchonien le premier de ses combats : «Jean-Luc Mélenchon a dominé politiquement et psychologiquement la gauche depuis des années, il ne la domine plus. Une bascule s'est opérée aux européennes», défendait récemment l'eurodéputé dans LeFigaro. L'attitude du PS lors des négociations du NFP - consistant à ne rien céder - donne du crédit au social-démocrate. Le parti de la rose, dont Jean-Luc Mélenchon ne cesse de moquer les luttes intestines, se montre de surcroît soudé comme rarement il l'a été. «Mélenchon et ses amis ont du mal à accepter que nous sommes la première force à gauche, que nous comptons beaucoup plus d'élus qu'eux, mais ça va finir par rentrer», nargue une huile socialiste. Tandis que le député François Ruffin, qui dispose lui aussi d'une très bonne cote dans l'électorat de gauche, trace sa route en solitaire depuis qu'il a divorcé avec fracas du mélenchonisme.

Plus menaçant encore, Jean-Luc Mélenchon voit redescendre dans l'arène son rival de toujours, biberonné lui aussi au mitterrandisme, rusé comme un Sioux, François Hollande. L'ancien président rappelle souvent qu'il n'a jamais perdu une seule élection face à l'Insoumis, quand ce dernier s'inquiète, parfois à voix haute, des plans échafaudés par l'indéboulonnable socialiste. Interrogé sur les raisons de son retour, un proche de François Hollande confiait que la volonté de «régler ses comptes» au fondateur de LFI n'y était pas étrangère. Conscient du match qui se profile, Jean-Luc Mélenchon ne rate d'ailleurs pas une occasion d'assaillir son adversaire historique lorsqu'il intervient dans les médias ces derniers jours. «Il le craint bien davantage qu'Olivier Faure(premier secrétaire du PS, NDLR) pour qui il n'a que mépris», souffle un député Insoumis.

En attendant, dans la tempête, le vieux loup de mer Mélenchon garde le cap et s'en tient à ses plans. Il se prépare au duel avec Marine Le Pen, qui lui apparaît plus que jamais inéluctable. Son audacieux «Faites mieux!» , lâché tel un adieu au soir de la dernière présidentielle, semble loin face à ce qui s'assimile aujourd'hui à un acte de candidature pour 2027. «Le choix final de la France se fera entre moi et Marine LePen», a-t-il exposé dimanche au journal italien La Repubblica. Pour vaincre ceux qu'il présente encore comme des «voyous fascistes», l'ancien trotskyste-lambertiste se cramponne à son assurance-vie électorale, son socle d'affidés : jeunes, quartiers populaires, tenants du « gauchisme culturel »... Autant d'électeurs qu'il soigne avec beaucoup d'application, quitte à cliver, déranger, bordéliser. «Il s'agit, en s'appuyant sur un pôle de radicalité autour de 12%, de construire un bloc contestataire qui permet à un peuple idéalisé de se constituer. Cela donne par ailleurs le socle minimum pour un vote utile à gauche», décrypte Jean-Christophe Cambadélis au sujet de la stratégie «populiste» de LFI.

Mais son aplomb souvent brutal, qui lui a permis d'imposer son autorité politique depuis une décennie, pourrait finir par le perdre. Combien se sont damnés en confondant histoire et prophétie ? L'un de ses plus fidèles acolytes narrait il y a quelques mois le grand dessein de LFI : supplanter, dans le siècle, un socialisme moribond, dont la doctrine est dépassée. À l'époque, le résultat du PS à la présidentielle (1,7 %) pouvait éventuellement le laisser penser. Mais la donne politique a changé. «Nous avons une chance de fermer la parenthèse Mélenchon qui nuit à la gauche française depuis trop longtemps, mais il faut la saisir en révisant de fond en comble notre logiciel. Glucksmann l'a fait pour les européennes, il faut reproduire l'exploit à la présidentielle» , balise un socialiste de premier plan. Prêt à laisser le mélenchonisme dériver, plutôt que le réarrimer sans cesse à l'union des gauches. R.F.

Le Figaro, no. 24857
Le Figaro, mercredi 24 juillet 2024 1924 mots, p. 3

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23 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Les ambitions intactes de Mélenchon, isolé au sein du Nouveau Front populaire

Le jusqu'au-boutisme des européennes puis des législatives a réduit le capital politique acquis en 2022 par le troisième homme de la dernière présidentielle.

Flurin, Richard

Il ne veut pas que son aventure politique ne soit qu'une parenthèse de plus. Qu'un énième phénomène évanescent qui a jailli de la contingence des événements pour se faire emporter presque aussitôt par le poids des événements et des années. Comme toutes ces figures passées de la gauche radicale qui ont défrayé la chronique en leur temps, fins rhéteurs, idéologues pénétrants, animateurs du débat public, mais dont plus personne ne se souvient cinquante ou cent ans plus tard : Édouard Vaillant, Fernand Loriot, Pierre Semard, et même, dans une moindre mesure, Georges Marchais. En sera-t-il de même pour Jean-Luc Mélenchon ? Le fondateur de La France insoumise, obsédé par l'histoire et par la trace qu'il voudrait y laisser, a rarement été aussi fragilisé. Concurrencé désormais par un Parti socialiste qui, du haut de ses cent vingt années d'existence, lui tient tête de nouveau - pour l'instant. Alors qu'il croyait s'en être «débarrassé» , ainsi que l'a formulé une intime, la députée Sophia Chikirou. Ce bras de fer n'a pas empêché socialistes et Insoumis de s'entendre mardi soir, après plus de quinze jours de négociations houleuses, sur le nom d'une première ministre commune : la haut-fonctionnaire Lucie Castets. Nouvelle preuve de l'isolement de Jean-Luc Mélenchon, cette candidate a été un temps adhérente du PS et est dépeinte comme une « proche » de la socialiste Anne Hidalgo.

Reste que même si ce guérilléro politique ne le reconnaîtra jamais, il a subi une lourde défaite électorale le 9 juin. Il avait pourtant lui-même posé les termes de l'équation. C'était à Villepinte (Seine-Saint-Denis), en mars dernier, lors d'un meeting qui ressemblait à l'un de ces grands raouts de campagne présidentielle dont les Insoumis ont le secret. Il s'agissait ce jour-là de lancer la course des européennes, théorisées par les observateurs comme l'équivalent en France des « midterms » américains : seule élection nationale censée séparer les présidentielles de 2022 et 2027 - avant qu'Emmanuel Macron ne convoque les législatives anticipées ; sondage grandeur nature ; radiographie du corps politique... Devant quelque 3 000 militants, l'homme à la cravate rouge présente alors le scrutin comme «le premier tour» de la prochaine présidentielle. «Il faut bien commencer, alors ça commence aujourd'hui», fanfaronne-t-il dans une avalanche de gestes au pupitre. À cet instant, il est convaincu que son «mouvement gazeux», l'oeuvre de sa vie, réglé comme du papier à musique, roulera sur Raphaël Glucksmann, ce novice en politique qui porte les couleurs d'un PS décati

L'Europe, Jean-Luc Mélenchon n'en a cure. Il ne s'en est jamais caché. «Personne ne croit qu'elle peut changer à la fin de ce vote», affirme-t-il sur BFMTV en janvier. Résultat, il entend plutôt transformer cette campagne en une démonstration de force adressée à ses anciens partenaires de la Nupes. Ceux qui ont préféré partir chacun de leur côté, au mépris de l'alliance des gauches que le troisième homme de la dernière présidentielle avait su bâtir en 2022, fort de ses plus de 7,5 millions de voix à l'époque (21,95 %). Tant pis pour eux, se persuade l'ancien ministre de Lionel Jospin, convaincu qu'il suffit de surmobiliser sa base électorale pour remporter des élections européennes. Lui et son escouade ciblent donc les jeunes, l'outre-mer, les quartiers populaires : trois segments d'opinion qui l'ont particulièrement plébiscité il y a deux ans. Puis la «machine de guerre» Insoumise se met en branle : campagnes de communication au vitriol, tournées des facs, recrutement de figures ultramarines respectées (dont la Réunionnaise Huguette Bello), activisme propalestinien incarné par la nouvelle coqueluche Rima Hassan... Tous les moyens sont bons. «On ne parle que de nous!», s'enthousiasment alors les Insoumis, sûrs de leur coup.

Sauf que rien n'y fait. Raphaël Glucksmann, en renouant avec la politique à l'ancienne, sur un mot d'ordre social-démocrate, escalade l'opinion jusqu'à menacer de s'emparer de la deuxième place en doublant la candidate macroniste. Pas de quoi inquiéter les mélenchonistes, qui y voient un fantasme médiatique au mieux, voire une invention sondagière au pire. Mais quand les résultats finissent par tomber, ils se révèlent implacables : avec un score certes honorable au vu des performances passées de 9,9 %, la liste LFI échoue très loin derrière le PS (13,8 %), qui retrouve un score à deux chiffres. Ce «premier tour» de la présidentielle est donc perdu. Pas question, toutefois, d'assumer ce constat embarrassant pour le « Lider Maximo ». La coordination du mouvement se contente de communiquer sur la progression par rapport à 2019 (+ 3,6 points), sans rappeler que la campagne précédente avait été faite a minima, dans un contexte de crise interne, tandis que celle de 2024 a été menée tambour battant, comme si l'avenir du mélenchonisme en dépendait. Le «narratif» élaboré par la direction du mouvement corrèle aussi le score surprise de Raphaël Glucksmann à la déroute des Écologistes (5,5 %), comme si les reports de voix n'avaient profité qu'au PS et pas aux Insoumis - ce que plusieurs études ont démenti.

Heureusement pour eux, la dissolution surprise a vite détourné l'attention médiatico-politique. Les mouches ont changé d'âne, se rassure-t-on en substance. Profitant de la faiblesse des Verts, LFI parvient à rester au coeur des négociations des partis de gauche malgré sa récente marginalisation. «Si les députés écologistes n'avaient pas obligé Marine Tondelier à s'allier avec Manuel Bompard dix minutes après l'annonce de la dissolution, peut-être que nous aurions réussi à faire l'union sans LFI», regrette aujourd'hui un cadre socialiste. Ressuscité en moins de 24 heures sur les cendres de la Nupes, le Nouveau Front populaire offre un répit à Jean-Luc Mélenchon malgré des concessions coûteuses à ses yeux. «L'union conforte sa stratégie, à savoir détruire toute représentation qu'il juge « réformiste »», écrit l'ancien premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, qui le connaît bien. La suite de l'histoire est connue : le NFP arrive en tête du second tour, contre toute attente. Le chef Insoumis aura tenté lors de cette campagne éclair d'apparaître au centre du jeu. Mais, plus il parle, plus il s'attire les critiques de ses camarades. Jusqu'à être traité de «boulet» par François Ruffin, figure de la gauche qui a rompu avec lui. «Son isolement est criant, il n'y a plus que ses lieutenants et quelques écolos fanatisés pour le soutenir», constate un ancien compagnon de route.

Les législatives ont confirmé le rééquilibrage à gauche. À l'Assemblée, si LFI ne perd que trois élus par rapport à 2022, le nombre de députés PS fait plus que doubler (+ 113 %), pour accoucher d'un groupe presque aussi fort que celui de LFI, avec 66 députés contre 72. Le « come-back » esquissé début juin se confirme. Ceux qui le connaissent bien identifient depuis, dans l'attitude de Jean-Luc Mélenchon, des signes de fébrilité qu'ils ne lui connaissaient pas. Il n'y a qu'à voir l'épisode des «purges», dévoilées en catimini un vendredi au milieu de la nuit, pour écarter les voix les plus critiques. «Virer les frondeurs permet d'asseoir son autorité et de faire venir du sang neuf, des personnes qui lui seront fidèles et ne risquent pas de la lui faire à l'envers», analyse un socialiste qui a milité de longues années avec Jean-Luc Mélenchon. Comment expliquer la brutalité de la méthode ? A-t-il été heurté par les affronts de ses anciens amis, Danielle Simonnet, Alexis Corbière, Raquel Garrido ? «Moi, je ne suis pas blessé. Je calcule, j'ai une stratégie. S'il faut que je m'entende avec le diable, je vais bouffer avec lui, d'accord? Et c'est moi qui lui cire les sabots. Mon sujet, c'est l'efficacité, les résultats politiques que je veux obtenir», arguait-il en petit comité mi-juin.

C'est sans compter un front anti-Mélenchon d'une ampleur inédite, y compris au sein même de la gauche. À commencer par Raphaël Glucksmann, porté au pinacle dans les enquêtes d'opinion, qui a fait de la fin du magistère mélenchonien le premier de ses combats : «Jean-Luc Mélenchon a dominé politiquement et psychologiquement la gauche depuis des années, il ne la domine plus. Une bascule s'est opérée aux européennes», défendait récemment l'eurodéputé dans LeFigaro. L'attitude du PS lors des négociations du NFP - consistant à ne rien céder - donne du crédit au social-démocrate. Le parti de la rose, dont Jean-Luc Mélenchon ne cesse de moquer les luttes intestines, se montre de surcroît soudé comme rarement il l'a été. «Mélenchon et ses amis ont du mal à accepter que nous sommes la première force à gauche, que nous comptons beaucoup plus d'élus qu'eux, mais ça va finir par rentrer», nargue une huile socialiste. Tandis que le député François Ruffin, qui dispose lui aussi d'une très bonne cote dans l'électorat de gauche, trace sa route en solitaire depuis qu'il a divorcé avec fracas du mélenchonisme.

Plus menaçant encore, Jean-Luc Mélenchon voit redescendre dans l'arène son rival de toujours, biberonné lui aussi au mitterrandisme, rusé comme un Sioux, François Hollande. L'ancien président rappelle souvent qu'il n'a jamais perdu une seule élection face à l'Insoumis, quand ce dernier s'inquiète, parfois à voix haute, des plans échafaudés par l'indéboulonnable socialiste. Interrogé sur les raisons de son retour, un proche de François Hollande confiait que la volonté de «régler ses comptes» au fondateur de LFI n'y était pas étrangère. Conscient du match qui se profile, Jean-Luc Mélenchon ne rate d'ailleurs pas une occasion d'assaillir son adversaire historique lorsqu'il intervient dans les médias ces derniers jours. «Il le craint bien davantage qu'Olivier Faure(premier secrétaire du PS, NDLR) pour qui il n'a que mépris», souffle un député Insoumis.

En attendant, dans la tempête, le vieux loup de mer Mélenchon garde le cap et s'en tient à ses plans. Il se prépare au duel avec Marine Le Pen, qui lui apparaît plus que jamais inéluctable. Son audacieux «Faites mieux!» , lâché tel un adieu au soir de la dernière présidentielle, semble loin face à ce qui s'assimile aujourd'hui à un acte de candidature pour 2027. «Le choix final de la France se fera entre moi et Marine LePen», a-t-il exposé dimanche au journal italien La Repubblica. Pour vaincre ceux qu'il présente encore comme des «voyous fascistes», l'ancien trotskyste-lambertiste se cramponne à son assurance-vie électorale, son socle d'affidés : jeunes, quartiers populaires, tenants du « gauchisme culturel »... Autant d'électeurs qu'il soigne avec beaucoup d'application, quitte à cliver, déranger, bordéliser. «Il s'agit, en s'appuyant sur un pôle de radicalité autour de 12%, de construire un bloc contestataire qui permet à un peuple idéalisé de se constituer. Cela donne par ailleurs le socle minimum pour un vote utile à gauche», décrypte Jean-Christophe Cambadélis au sujet de la stratégie «populiste» de LFI.

Mais son aplomb souvent brutal, qui lui a permis d'imposer son autorité politique depuis une décennie, pourrait finir par le perdre. Combien se sont damnés en confondant histoire et prophétie ? L'un de ses plus fidèles acolytes narrait il y a quelques mois le grand dessein de LFI : supplanter, dans le siècle, un socialisme moribond, dont la doctrine est dépassée. À l'époque, le résultat du PS à la présidentielle (1,7 %) pouvait éventuellement le laisser penser. Mais la donne politique a changé. «Nous avons une chance de fermer la parenthèse Mélenchon qui nuit à la gauche française depuis trop longtemps, mais il faut la saisir en révisant de fond en comble notre logiciel. Glucksmann l'a fait pour les européennes, il faut reproduire l'exploit à la présidentielle» , balise un socialiste de premier plan. Prêt à laisser le mélenchonisme dériver, plutôt que le réarrimer sans cesse à l'union des gauches. R.F.

L'Humanité
mercredi 24 juillet 2024 984 mots, p. 6

Lucie Castets, propulsée par la gauche vers Matignon

Florent LE DU et Lisa Guillemin

Nouveau Front populaire Les partis se sont mis d'accord, mardi soir, sur le nom d'une candidate au poste de première ministre : la porte-parole du collectif Nos services publics.

Surprise, tant sur le jour de l'annonce que sur le nom. Au moment où le Nouveau Front populaire semblait englué dans son processus de désignation d'un candidat au poste de premier ministre, et une heure avant la prise de parole d'Emmanuel Macron à l'antenne de France Télévisions et au micro de Radio France qui aurait pu dissiper l'espoir de voir la gauche, en majorité relative à l'Assemblée nationale, gouverner. La pression a été mise sur l'Élysée à 19 heures, quand un communiqué du Nouveau Front populaire présentait « au président de la République la proposition de nommer première ministre madame Lucie Castets ».

Après plus de deux semaines de négociations, au bord du psychodrame quand les noms d'Huguette Bello puis de Laurence Tubiana ont été retoqués, c'est donc celui de Lucie Castets qui a fait consensus. « Animatrice de luttes associatives pour la défense et la promotion des services publics, activement engagée dans le combat d'idées contre la retraite à 64 ans, haut fonctionnaire ayant travaillé à la répression de la fraude fiscale et de la criminalité financière, issue du monde associatif, elle sera forte de notre engagement complet à ses côtés dans le gouvernement qu'elle dirigera », détaille le NFP. Une annonce dont s'est félicité Ian Brossat, sénateur et porte-parole du PCF : « Pour bien connaître Lucie Castets et avoir eu la chance de la côtoyer pendant plusieurs années, je sais qu'elle fera une excellente première ministre. Une femme brillante, engagée pour les services publics et pour le progrès social. Celle qu'il faut pour redresser le pays. » « Pour nos services publics, pour abroger la réforme des retraites : il faut agir sans attendre. Emmanuel Macron doit la nommer. Nous allons tout changer », a également réagi la députée FI Clémence Guetté.

Une fonctionnaire de l'État, directrice des finances à la Ville de Paris, de 37 ans, inconnue du grand public : le choix a toutefois étonné. Mais la native de Caen (Calvados) a surtout créé, en 2021 avec une bande d'amis, un collectif qui en dit long sur son combat et ce qu'elle aura à charge de défendre depuis Matignon : Nos Services publics. « Une grande professionnelle, et une super militante », résume Arnaud Bontemps, co-fondateur et co-porte-parole du collectif, ému en apprenant la désignation de son amie.

Constitué de fonctionnaires de tous horizons avec l'objectif de lutter contre toutes les dérives qui fragilisent les missions d'intérêt général, le collectif Nos Services publics se bat contre la dangereuse recherche d'économies budgétaires des gouvernements successifs. Tout en militant pour orienter les dépenses vers la lutte contre le changement climatique, le vieillissement de la population ou encore les inégalités qui demandent des investissements urgents. « Nous ne sommes pas des personnes illuminées qui pensent que la contrainte de la dette n'existe pas, surtout dans une période où les taux remontent. On dit simplement qu'il faut regarder comment on dépense l'argent de l'État. Tous les ans, les entreprises reçoivent 200 milliards d'euros d'argent public, la plupart sans condition », expliquait-elle à Politis en 2023.

C'est en défendant ces valeurs avec force que Lucie Castets s'est fait remarquer médiatiquement. Comme dans l'émission C ce soir, sur France 5, le 29 novembre 2022, laissant pantois Stanislas Guerini au sujet du recours aux cabinets de conseil. Dans un argumentaire calme et implacable, elle assène au ministre de la Fonction publique, médusé : « On a perdu 180 000 fonctionnaires d'État entre 2006 et 2018, dans le même temps, le recours aux cabinets de conseil explosait alors qu'ils coûtent trop cher et souvent ne servent à rien. »

Une féministe convaincue

Des saillies qui ont montré que Lucie Castets n'est pas qu'une « techno », alors que son expérience dans la fonction publique a forcément pesé dans les discussions. Formée à l'ENA, elle a passé près de cinq ans à la direction générale du Trésor de Bercy, avant de devenir directrice des affaires internationales de Tracfin, le service de renseignements chargé de la lutte contre le blanchiment d'argent. « Ayant bataillé avec elle contre la fraude fiscale, je peux vous garantir qu'elle saura aller chercher l'argent là où il est pour financer nos services publics », s'est d'ailleurs réjoui l'insoumise Manon Aubry, qu'elle a cotoyée lorsque l'eurodéputée était en charge du plaidoyer « justice fiscale et inégalités » d'Oxfam.

« Elle a occupé des fonctions de terrain mais aussi de direction, relate Arnaud Bontemps.  En cela, elle a une connaissance de l'appareil d'État et des collectivités très pointue. Et en même temps elle est très engagée sur les questions de service public, mais aussi au sein de l'Observatoire national de l'extrême droite. » Contre le RN, elle a d'ailleurs souvent rappelé le désastre pour les services publics qu'impliquerait une victoire de Marine Le Pen. À droite et à l'extrême droite, les responsables politiques ont rapidement ironisé et pris de haut la proposition du NFP - « une plaisanterie de mauvais goût », pour le député RN Sébastien Chenu. « Elle est actuellement à un poste difficile, répond un haut fonctionnaire ayant travaillé à ses côtés à la Ville de Paris.  Les finances de Paris sont sous pression, elle doit gérer des élus capricieux et l'État veut toujours faire les poches de la Ville. »

Très attachée à la question du consentement à l'impôt, Lucie Castets est par ailleurs engagée dans la lutte pour la défense de l'environnement. C'est aussi une féministe convaincue, pleinement engagée dans tous les combats pour les droits des femmes. « Si on poussait encore plus loin la privatisation de la santé, les femmes seraient les grandes perdantes », affirme celle qui sait combien le service public est un outil essentiel pour l'égalité et l'émancipation.

Cette footballeuse et amatrice de compétitions sportives se verrait sans doute bien investie à Matignon pendant que Paris accueille les JOP. La balle est dans le camp d'Emmanuel Macron, qui pour l'heure balaie cette candidature.

Le Monde
France, mercredi 24 juillet 2024 1074 mots, p. 10
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23 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Après la scission, Marion Maréchal et Reconquête ! en reconstruction

La nièce de Marine Le Pen, qui s’inscrit désormais dans l’orbite du Rassemblement national, continue de siphonner les cadres zemmouristes

Clément Guillou et Corentin Lesueur

En 2022, Reconquête ! avait 2,5 millions d’électeurs, une centaine de milliers d’adhérents, beaucoup d’espoirs et de cerveaux à la tâche, mais un seul élu. Deux ans plus tard, la « Zemmourie » a perdu 90 % de ses électeurs, des adhérents et des cadres sont dans la nature, et elle a toujours un seul élu : Sarah Knafo, peut-être la dernière de son camp à garder de hautes ambitions.

« On a subi une énorme tempête, mais nous ne sommes pas morts, veut croire la récente députée européenne, sortie de son rôle de conseillère de l’ombre. On reste une boussole idéologique. On va maintenant tenter de créer une alternative à ce qui ne marche pas. »A savoir : le Rassemblement national (RN), qui reste la Némésis du couple Zemmour-Knafo. « Le RN est dans une impasse, le récit de leur victoire est terminé. »

Sarah Knafo pourra en discuter, dans les couloirs du Parlement européen, avec quelques-uns des trente eurodéputés du RN, qui contrôlent le troisième groupe de l’hémicycle. Elle a été abandonnée par les quatre autres eurodéputés élus sous l’étiquette Reconquête !, le 9 juin (5,4 % des voix), à l’issue d’une campagne européenne fratricide en interne, conclue par un vaudeville de soixante-douze heures avec trahisons et portes qui claquent. Sarah Knafo a perdu et Marion Maréchal n’a pas gagné.

Comme annoncé avant le scrutin, la nièce de Marine Le Pen siège dans le groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR) de Giorgia Meloni, la présidente du conseil italien, avec Nicolas Bay et Guillaume Peltier, autres experts en changements de maison, et la conservatrice Laurence Trochu. Mme Knafo, de son côté, a trouvé refuge dans le groupe le plus sulfureux des extrêmes droites européennes, sobrement nommé « Europe des nations souveraines » et dominé par le parti allemand AfD, l’ancien allié du RN.

Cette association de parias de l’extrême droite européenne ne tient déjà qu’à un fil. Les collaborateurs du Parlement européen hésitent à s’y engager tant sa durée de vie est jugée incertaine. Sarah Knafo se réjouit toutefois que les députés les plus suspects d’antisémitisme aient été exclus du groupe, à la demande de l’AfD, et qu’elle en ait été nommée vice-présidente, avec une dotation généreuse pour employer sept collaborateurs. De quoi rémunérer quelques militants, alors que le parti repose sur de rares épaules et a perdu 1,35 million d’euros de dotation annuelle après les élections législatives.

Le bureau exécutif de Reconquête ! ne se réunit plus faute decombattants, après le départ de Mme Maréchal, M. Bay et M. Peltier, les trois vice-présidents. Stanislas Rigault, resté fidèle au couple Zemmour-Knafo, malgré la tentation de rejoindre le RN, pose un regard désabusé sur l’utilité du mouvement : « Reconquête ! s’appuyait sur deux constats : Marine Le Pen ne pouvait pas gagner et le RN ne faisait pas l’union des droites. Ces deux points sont un peu moins d’actualité, même s’ils ne sont pas allés au bout[du rassemblement] », constate-t-il.

Officiellement, l’idée reste toujours de soutenir une nouvelle candidature d’Eric Zemmour à la présidentielle, même si beaucoup à l’extrême droite soupçonnent Sarah Knafo de nourrir cette ambition pour elle-même. Reconquête ! devra parer le siphonnage de ses cadres. Seulement neuf responsables départementaux et régionaux sont partis, assure-t-on, alors que Marion Maréchal revendique le soutien de plusieurs dizaines. Samedi 13 juillet, ses proches ont, selon les informations du Monde, convié à une réunion à Paris des responsables locaux du parti d’Eric Zemmour.

Objectif : rétablir le scénario de la rupture, après que Reconquête ! a publié un brûlot de 58 pages pompeusement titré La Vérité sur l’affaire Marion Maréchal ; et convaincre ces cadres que l’avenir se joue auprès de la petite-fille de Jean-Marie Le Pen. Philippe Schleiter et Philippe Vardon, les deux hommes de confiance de la députée européenne, ont présenté le mouvement destiné à apporter au RN l’électorat d’Eric Zemmour, autour de trois notions, divergeant plus ou moins de la ligne lepéniste : conservatisme sociétal, libéralisme économique, identitarisme.

A 34 ans, Marion Maréchal s’apprête à commencer une nouvelle vie. Le 16 juillet, elle a découvert le Parlement européen, où elle siégera au sein de la commission des affaires étrangères, comme Jordan Bardella, l’homme qui a freiné ses ambitions de ralliement au RN. Les deux ont eu l’occasion de s’en expliquer, discutant longuement à la buvette des députés.

Guerre des noms de domaine

Eclipsée par Eric Ciotti dans le rôle de l’alliée majeure du RN, Marion Maréchal n’a sauvé qu’une poignée de circonscriptions et placé trois proches à l’Assemblée nationale, que ni le RN ni Eric Ciotti n’ont voulu accueillir tout à fait. Elle pensait les faire siéger avec le Niçois – ils seront « apparentés RN ». Ceux qui, dans les amis de Marion Maréchal – M. Vardon, M. Bay ou le sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier –, sont passés par la maison lepéniste savent les difficultés qui les attendent. « Le RN a besoin d’alliés, mais c’est contraire à sa culture, regrette l’un d’eux. Nous assumerons nos différences. »

M. Ravier veut voir dans l’alliance entre le RN et Eric Ciotti l’amorce d’un changement de regard et la possibilité d’une coexistence entre lepénistes et identitaires. « Il peut y avoir un débat d’idées, des critiques constructives », dit celui qui ne serait pas contre incarner une alliance des extrêmes droites aux municipales à Marseille, en 2026, malgré sa condamnation à une peine d’inéligibilité dont il a fait appel.

Autour de Marine Le Pen, certains les renomment déjà « Reconquête. RN ».Eux se voyaient plutôt s’appeler « La France fière », slogan de la campagne européenne de Marion Maréchal. Mais Olivier Le Coq, responsable du parti d’Eric Zemmour en Ile-de-France, a déposé la marque le 17 juin, « une initiative personnelle », assure-t-il. Une guerre des noms de domaine est en cours : M. Le Coq en a préempté plusieurs, Reconquête ! a enregistré « francefiere.fr », le 29 mai, et ne restait disponible que « la-francefiere.fr », dont est désormais titulaire… l’Issep, l’école de Marion Maréchal. Après tout, « l’initiative politique » , espérée à la rentrée, pourrait prendre une forme autre que partidaire : celle d’un mouvement déstructuré, à l’image de La France insoumise.

Libération
mercredi 24 juillet 2024 1000 mots, p. 2

Événement

MATIGNON Lucie Castets, l'inconnue qui résout l'équation à gauche

Lucie Alexandre ; Sacha Nelken

Événement

L a gauche carbure à la pression. C'est celle des élections législatives anticipées qui avait poussé socialistes, insoumis, écolos et communistes à s'unir sous la bannière du Nouveau Front populaire, début juin ; et c'est manifestement l'imminence de l'intervention télévisée d'Emmanuel Macron, mardi soir, qui a poussé les mêmes à s'accorder enfin sur le nom d'une candidate à Matignon, une heure avant que le chef de l'Etat n'apparaisse à l'écran. Après un dernier conclave, en fin de journée, les partis membres du NFP ont annoncé à 19 heures soutenir la candidature de Lucie Castets, une haute fonctionnaire engagée pour la défense des services publics, au poste de Première ministre. La fin de quinze jours de dures négociations qui avaient vu, jusqu'ici, les partenaires se déchirer et deux autres possibles candidates, la présidente de la Réunion Huguette Bello et l'ancienne négociatrice pour le climat Laurence Tubiana, se retirer faute de consensus.

Peu après sur France 2, cependant, Emmanuel Macron a fait peu de cas de cette nouvelle proposition : «Le sujet n'est pas un nom donné par une formation politique, a-t-il balayé. La question, c'est quelle majorité peut se dégager à l'Assemblée [...] L'enseignement [des législatives], c'est que personne ne peut appliquer son programme.» Plutôt que de s'engager à contacter la candidate du NFP, il a continué d'évoquer une possible coalition de la gauche modérée, de la droite et de ses propres troupes. «Elle coche toutes les cases» Agée de 37 ans, Lucie Castets était jusque-là presque inconnue du grand public. Enarque passée par Sciences-Po Paris, la direction générale du Trésor, puis conseillère finance à la mairie de Paris, elle est aussi experte de la répression des fraudes et de la criminalité financière. «Mais ce serait une erreur de la réduire à un profil de technocrate, elle est très politique, c'est une vraie militante», assure un ancien collègue. Elle est proche de personnalités de l'aile gauche du Parti socialiste.

Son nom aurait été proposé par le premier secrétaire Olivier Faure, conforté par l'ex-premier adjoint d'Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, récemment devenu député de Paris.

Cofondatrice en avril 2021 du collectif Nos Services publics, dont elle est porte-parole, elle s'était fait remarquer dans l'émission C ce soir sur France 5, le 29 novembre 2022, au moment de l'affaire McKinsey, du nom du cabinet de conseil accusé de truster les commandes de l'Etat au détriment des services publics. «On a perdu 180 000 fonctionnaires d'Etat entre 2006 et 2018, dans le même temps, le recours aux cabinets de conseil explosait alors qu'ils coûtent trop cher et souvent ne servent à rien», avait-elle lancé au ministre de la Fonction publique, Stanislas Guerini. «Selon elle, c'est la destruction des services publics qui risque d'amener l'extrême droite au pouvoir», explique le même proche cité plus haut. Un combat qui n'est pas anodin, car susceptible de rassembler une gauche parfois en proie aux divisions. Et même audelà. Dans une Assemblée où le NFP n'a pas la majorité absolue, il sera difficile aux autres camps, en particulier la droite et l'extrême droite, de s'opposer à un projet de relance des services publics qu'ils appellent eux-mêmes de leurs voeux dans leurs discours de campagne. Auprès de l'AFP, Lucie Castets a déclaré mardi soir avoir accepté «en toute humilité mais avec beaucoup de conviction» la proposition de la gauche, estimant être une candidate «crédible et sérieuse» pour Matignon. Elle a présenté comme ses priorités l'abrogation de la réforme des retraites d'Emmanuel Macron, une «grande réforme fiscale pour que chacun, individus et multinationales, paie sa juste part», une «amélioration du pouvoir d'achat» par la revalorisation des salaires et le relèvement des minima sociaux, ainsi que la «fin de la régression des services publics». Auprès de Libé, le député LFI Hadrien Clouet assure que «son nom n'a pas rencontré d'opposition» lors du dernier round de négociations. «Elle coche toutes les cases, elle est d'accord pour le programme de rupture. Elle est de la société civile qui prend position politiquement», ajoutet-il.

Impatience légitime Il aura donc fallu attendre plus de quinze jours pour que la gauche parvienne à un accord. Après une pause pour se concentrer sur les postes clés à l'Assemblée, les membres du NFP ont repris les discussions samedi. Sans parvenir à un deal dans un premier temps. Mais face à l'impatience légitime des électeurs de gauche et des élus de la coalition, les négociateurs ont fini par mettre de l'eau dans leur vin. Beaucoup, notamment du côté du PS, considéraient qu'une absence d'accord mardi signerait pour de bon l'échec du NFP.

Durant les tractations, les blocages ont été nombreux. Les socialistes et les insoumis, qui se disputent le leadership de la coalition, ne se sont pas faits de cadeaux.

Soutenues par LFI, les candidatures de Clémence Guetté, Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Manuel Bompard ont été rejetées par les socialistes. Ces derniers ont quant à eux vu le nom de leur premier secrétaire, Olivier Faure, recevoir un veto des mélenchonistes. Ne trouvant aucune solution dans les partis, les partenaires ont ensuite cherché ailleurs. Pendant un temps, la présidente du conseil régional de la Réunion Huguette Bello, pro- posée par les communistes et soutenue par les insoumis, semblait tenir la corde. Mais la septuagénaire a jeté l'éponge face au refus des roses. Ces derniers ont ensuite défendu la candidature de la diplomate Laurence Tubiana avec l'appui des verts et du PCF. Hypothèse repoussée par LFI, considérant que l'ancienne conseillère de Lionel Jospin n'apportait pas les garanties suffisantes pour les convaincre qu'elle appliquerait le programme. Autant de péripéties qui ont désespéré nombre d'électeurs et de figures de gauche.

Après l'annonce de l'interview d'Emmanuel Macron, les partenaires, conscients qu'il s'agissait de la dernière occasion de faire pression sur le Président, s'étaient donné pour objectif d'avancer un nom avant le début de l'entretien. Pour forcer le Président à y réagir, et prendre à témoin les Français, en cas de refus d'appeler le bloc arrivé en tête le 7 juillet à gouverner. Pari gagné, sur le fil du rasoir.•

Le Figaro, no. 24857
Le Figaro, mercredi 24 juillet 2024 792 mots, p. 2

Politique

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23 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Macron donne rendez-vous après les JO pour la nomination d'un premier ministre

Sur France 2 et Radio France mardi, le chef de l'État a de nouveau défendu la dissolution et estimé que le Nouveau Front populaire n'avait « pas de majorité, quelle qu'elle soit » .

Hausalter, Louis

Les Jeux Olympiques d'abord, les jeux politiques après. C'est le message qu'Emmanuel Macron a fait passer mardi soir. Interrogé sur France 2 et Radio France, le président de la République a donné rendez-vous dans un peu moins d'un mois pour la désignation d'un nouveau premier ministre. Pas question de changer le gouvernement pendant les JO, car « cela créerait un désordre » , a-t-il estimé. « Jusqu'à la mi-août, on doit être concentrés sur les Jeux. Et puis à partir de là, à partir de l'avancée des discussions, ce sera ma responsabilité de nommer un premier ministre » , a-t-il projeté, en réitérant son appel aux forces politiques à « faire des compromis ». C'est « quelque chose que toutes les démocraties européennes font » et « que nos compatriotes attendent » , a-t-il insisté, même si ce « n'est pas dans notre tradition ».

Emmanuel Macron, qui répondait à sa première interview depuis le second tour des élections législatives - qui ont vu son camp perdre près d'une centaine de députés - a de nouveau défendu la dissolution qu'il a annoncée par surprise après sa défaite aux européennes de début juin. « J'ai fait ce choix en conscience, avec beaucoup de gravité, parce que l'Assemblée nationale ne correspondait plus à la société française » , a-t-il assuré, en rappelant aussi la menace d'une motion de censure qui pesait sur l'examen du budget à l'automne. « Les Françaises et les Français ont pris leurs responsabilités parce qu'ils sont allés voter massivement » , a-t-il observé, en insistant sur les « désistements réciproques » de candidats pour faire battre le Rassemblement national. « La majorité sortante a perdu cette élection » , a-t-il enfin admis, tout en affirmant que « personne n'a gagné ». Même le Nouveau Front populaire, qui s'est accordé juste avant l'interview présidentielle sur le nom de Lucie Castets, haute fonctionnaire, pour Matignon (Lire ci-dessous). Une prétendante aussitôt balayée par Emmanuel Macron : « La question n'est pas un nom, la question c'est quelle majorité peut se dégager à l'Assemblée pour qu'un gouvernement de la France puisse passer des réformes, passer un budget. »

Et le chef de l'État de citer la réélection de Yaël Braun-Pivet comme présidente du Palais Bourbon face au candidat de la gauche, André Chassaigne, comme preuve qu'il serait « faux de dire que le Nouveau Front populaire aurait une majorité, quelle qu'elle soit ». En réalité, le locataire de l'Élysée regarde surtout vers sa droite, lui qui a estimé que le « pacte législatif » proposé la veille par le groupe de Laurent Wauquiez allait « dans la bonne direction ».

« Il n'y a pas de sous-député »

Emmanuel Macron réaffirme donc sa ligne : il veut que les partis se montrent disposés à « travailler ensemble ». Mais admettre sa défaite ne l'empêche pas de dérouler un programme strictement identique, lui qui a défendu un pays « plus fort et plus juste » , son slogan depuis plusieurs années. Écartant tout retour sur sa réforme des retraites, il a préféré plaider pour augmenter « la quantité de travail par habitant » et pour « réindustrialiser ». Il interprète aussi les récents résultats électoraux comme un appel à « une justice plus ferme » face à l'insécurité. Allant jusqu'à esquisser un rare mea culpa sur le primat donné aux questions économiques : « Je pensais très sincèrement qu'en commençant à régler la question du chômage de masse, on réconcilierait la France avec elle-même. Ça n'est pas suffisant. »

Une fermeté réclamée notamment par l'électorat RN, alors que le parti de Marine Le Pen a obtenu 11 millions de voix au premier tour des législatives. « On doit l'entendre et le respecter » , a admis Emmanuel Macron, en jugeant qu'il n'était « pas une bonne chose » que le RN n'obtienne aucun poste clé à l'Assemblée. « Il n'y a pas de sous-député » , a-t-il lancé, en désavouant également ceux qui ont refusé de serrer la main de leurs collègues nationalistes lors des scrutins dans l'hémicycle.

Interrogé sur une éventuelle démission, Emmanuel Macron a répété qu'il assumerait son deuxième mandat « dans sa plénitude ». Quant à dissoudre de nouveau l'Assemblée, comme il en aura la possibilité dans un an, il a déclaré souhaiter « la stabilité dans le pays » , sans exclure explicitement cette option.

En attendant, le président compte visiblement sur les Jeux pour détendre une atmosphère alourdie par l'incertitude politique. « On a besoin de ré-enthousiasmer, de se réunir autour d'une France qui accueille le monde » , a-t-il plaidé, en décrivant la cérémonie d'ouverture de vendredi, sur la Seine, comme « un grand récit d'émancipation et de liberté ». Tout en faisant mine de refuser de confirmer les noms des artistes participants, comme celui de Céline Dion. Un casting sans doute plus attendu par les Français, ces derniers jours, que celui du futur gouvernement.

Le Figaro, no. 24857
Le Figaro, mercredi 24 juillet 2024 803 mots, p. 2

Politique

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23 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

La gauche propose la haut-fonctionnaire Lucie Castets pour Matignon

Lepelletier, Pierre

À gauche, beaucoup se demandaient si elle finirait par s'échapper un jour. La fumée blanche est finalement apparue, mardi soir. Les responsables du Nouveau Front populaire se sont enfin mis d'accord sur un nom à proposer à Emmanuel Macron pour Matignon. Il s'agit de la haute fonctionnaire Lucie Castets, une économiste issue du monde associatif, engagée dans la défense et la promotion des services publics. « C'est avec détermination et responsabilité que j'accepte la proposition du Nouveau Front populaire. J'y mettrai toute mon énergie et ma conviction », a-t-elle annoncé sur X (ex-Twitter). La « première-ministrable » NFP s'est en outre engagée à porter l'abrogation de la réforme des retraites ». Mesure phare de la coalition.

Mais à peine une heure plus tard, dans un entretien sur France Télévision, Emmanuel Macron a comme lancé un grand seau d'eau sur cette toute frêle fumée blanche. « La question n'est pas un nom mais quelle majorité peut se dégager à l'Assemblée pour qu'un gouvernement puisse passer des réformes et un budget », a-t-il balayé, considérant que le Nouveau Front populaire n'avait pas de « majorité quelle qu'elle soit ».

Indignés, les responsables de la coalition ont rapidement accusé le chef de l'État de ne pas respecter les résultats des urnes. « Le déni est la pire des politiques. Celle qui conduit à la politique du pire », a prévenu Olivier Faure, le premier secrétaire du PS. « Respectez le vote des Français », a réclamé Jean-Luc Mélenchon, estimant que le président devait « se soumettre ou se démettre ». Comprendre : démissionner.

La gauche n'a donc pas réussi son pari de tordre le bras au chef de l'État en dégainant quelques minutes avant son intervention un nom pour Matignon. Les négociateurs des différents partis étaient pourtant enfin parvenus à se mettre d'accord, bien que seize jours après leur victoire surprise aux législatives anticipées. Avec du recul, certains regrettent de ne pas avoir été en capacité de s'entendre dès le lendemain du second tour pour prendre de court Emmanuel Macron. « La gauche, quelle nullité! Ça fait deux semaines, on n'est pas foutus de donner un nom pour Matignon », déplorait encore dimanche l'ex-Insoumis, François Ruffin. « Je suis en colère, je suis écoeurée, j'en ai marre. Je suis fatiguée et je suis désolée du spectacle qu'on donne aux Français », avait également regretté Marine Tondelier, la patronne des Verts, la semaine dernière sur France 2.

Si l'idée d'un vote des députés du NFP avait été envisagée pour sortir de la crise, c'est finalement une décision « au consensus » qui a permis d'aboutir sur le nom de Lucie Castets. Mardi soir, les responsables des quatre formations insistaient sur son profil issu de la « société civile », pour rejeter l'idée d'une proximité avec un parti de la coalition. L'économiste a pourtant déjà été engagée en politique puisqu'elle a été encartée au PS, et a même été candidate sur la liste du socialiste Nicolas Mayer-Rossignol aux régionales de 2015 en Haute-Normandie. « Elle a quitté le PS en désaccord avec l'orientation politique du quinquennat de François Hollande », tient à rappeler Paul Vannier, député et stratège de La France Insoumise.

Lucie Castets travaille aussi étroitement avec Anne Hidalgo. La maire de Paris, très LFI-critique, en avait fait sa conseillère économique avant de la nommer au poste de directrice de la « direction des Finances et des Achats » de la Ville. « Elle a la confiance de la maire pour avoir une responsabilité aussi majeure », souligne Patrick Bloche, premier adjoint d'Anne Hidalgo. Là encore, les Insoumis balaient toute filiation politique. « Elle n'a rien à voir avec Anne Hidalgo. Son engagement sur le programme du Nouveau Front populaire est très clair », réplique Manuel Bompard, quand d'autres Insoumis affirment que des « points de tension » existent entre les deux femmes.

Si la route vers Matignon s'annonce cependant complexe pour Lucie Castets, la gauche clôture néanmoins un interminable feuilleton. Au fil des jours et des nuits, plusieurs personnalités avaient été évoquées pour hériter du flambeau. Mais aussitôt révélés, les noms des uns et des autres - Olivier Faure, Clémence Guetté, Huguette Bello, Laurence Tubiana... - étaient aussitôt évincés. « Cela ressemble à un jeu d'élimination, on se croirait dans « Koh-Lanta » » , soupirait encore un député PS mardi.

Il faut dire que, derrière la personnalité, se jouait un débat crucial au sein de la coalition : la courte majorité du Nouveau Front populaire a-t-elle vocation à s'élargir ou non pour gouverner ? Les Insoumis ont toujours martelé qu'ils ne participeraient à un exécutif que pour «appliquer tout le programme, rien que le programme», fermant donc la porte au moindre compromis. Au PS, nombreux jugeaient à l'inverse qu'il était indispensable d' «ouvrir»pour consolider une majorité et éviter de se faire «renverser» rapidement. La question sera posée à Lucie Castets. Mais en refusant d'office de la nommer à Matignon, Emmanuel Macron ne devrait, en revanche, pas lui laisser l'occasion d'y répondre. P.L.

Libération
mercredi 24 juillet 2024 1207 mots, p. 24

AUTRE

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23 juillet 2024 - Libération (site web)

Le seigneur des anneaux

Sonia Delesalle-Stolper

AUTRE

La première fois, c'était en 2012. A quelques mois des JO de Londres. Il était concentré, tendu et pressé. Visiblement agacé par les questions sur la sécurité, les retards du gigantesque chantier olympique. «On fera tout pour que ça se passe bien», avait-il sèchement conclu. Sebastian Coe avait raison, tout s'est bien passé, et même au-delà, tant les JO 2012 resteront dans l'histoire olympique comme un succès phénoménal. On le revoit en ce début d'été 2024.

Le Il n'a pas beaucoup changé, élégant, la classe britannique, la ligne de l'athlète qu'il n'a jamais cessé d'être, il court encore régulièrement. Il vit entre Londres et Monaco, un peu plus souvent sur le Rocher, siège de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) dont il est président depuis 2015. Il est toujours aussi pressé, mais beaucoup plus détendu qu'il y a douze ans. Il regarde avec bienveillance la tension qui accompagne ces derniers jours avant les JO de Paris. «Chaque ville désignée passe par les mêmes phases d'angoisse. C'est une expression de nervosité collective des habitants. Ça veut dire que les gens prennent ça à coeur», dit-il. Et, en consommé diplomate, il est bien entendu persuadé que «tout va très bien se passer pour Paris».

Il ira voir combattre le judoka Teddy Riner, «[s]on héros». Il évoque volontiers les moments de doute avant les JO de Londres. Comme lorsque le cinéaste Danny Boyle, en charge de la cérémonie d'ouverture, est venu le voir «pour [lui] dire que la reine et James Bond étaient, dans cet ordre, les deux individus les plus populaires au monde venant du Royaume-Uni et qu'il a suggéré de les faire sauter ensemble depuis un hélicoptère». Il concède avoir vécu un «instant de flottement, mais ce type avait gagné des oscars, j'étais qui pour lui dire quoi faire ?». Alors ils l'ont fait et la scène est devenue mythique. On se parle juste après les élections britanniques et françaises. Lui-même a été député cinq ans sous le Premier ministre conservateur John Major, avant d'être balayé en 1997 par la vague du New Labour de Tony Blair. Justement, il est bien trop politique pour s'autoriser la moindre remarque sur les deux scrutins. Tout juste concédera-t-il un «interesting times !» qui, en Portrait français, peut se traduire aussi bien par un très neutre, «période intéressante» ou «complètement folle dingue». Il a toujours couru. «J'ai toujours trouvé ça plus simple que tout le reste, que prendre un bus ou même monter sur un vélo !» Né à Londres, d'un père ingénieur et d'une mère actrice de théâtre à moitié indienne, il a grandi à Sheffield (Midlands). C'est là qu'il s'inscrit, à 10 ou 11 ans, dans un club d'athlétisme. «Et il est apparu que j'avais un certain talent.» Le certain talent l'a conduit à exploser douze records du monde et à accumuler les médailles sur ses distances fétiches, les 800 et 1 500 mètres, dont quatre médailles olympiques et l'or par deux fois, à Moscou en 1980 et à Los Angeles en 1984 sur 1 500 mètres. Très vite, son père, Peter, devient son coach. «Pour lui, ingénieur, les chiffres et les statistiques étaient importants» et, d'un séjour aux Etats-Unis, il retient l'importance de bâtir une équipe complète au service de la performance de l'athlète, un concept novateur à l'époque en Europe. «Je crois que j'ai été l'un des premiers à être aussi bien accompagné.» Il raconte souvent, de sa voix un peu cassée, cette anecdote des JO de Moscou, où il est opposé au grand rival de sa carrière, le Britannique Steve Ovett, sur le 800 mètres et le 1 500 mètres. Le 16 juillet 1980, il rate sa finale du 800 mètres, dont il était le favori. Steve Ovett emporte l'or. Celui que tout le monde appelle «Seb» est effondré. «Vu le nombre d'erreurs que tu as commises et la fréquence avec laquelle tu les as commises, statistiquement, il est putain de presque impossible de faire aussi mal sur 1 500 mètres et ce dans les dix prochaines années», lui assène son père. Seb remporte la médaille d'or du 1 500 mètres et en rit encore. D'autant que la grande passion de son père était le cyclisme. Lorsque Seb prend sa retraite sportive en 1990, un journaliste demande à son père quel est son plus grand regret : «Mon fils n'a jamais gagné le Tour de France», répond-il sobrement.

Il ne place pas une carrière devant une autre, «des facettes de [s]a vie», son passé de champion de demi-fond, de politique, de faiseur de JO ou à la tête de la Fédération internationale d'athlétisme. Et, peut-être à l'avenir, à celle du Comité international olympique (CIO) ? Son nom est régulièrement invoqué pour succéder à Thomas Bach. Il esquive habilement. «Mon mandat à la tête de la Fédération internationale d'athlétisme court jusqu'en 2027.» Celui de Bach jusqu'en 2025. Politique un jour, politique toujours.

Justement, sur ce sujet, il a des positions très arrêtées et pas forcément proches de celles du CIO. Il revient de Kyiv, où il a invité le président ukrainien Zelensky à venir aux JO et il est en faveur de l'expression libre des sportifs sur la politique. «La politique, c'est la vie, le sport aussi. Il est donc normal que les athlètes aient envie de s'exprimer sur ces sujets. Ce n'est pas seulement sain, c'est crucial.» Derrière cette vision, il y a la conviction ancrée, qu'il exprimait déjà pendant les JO 2012, que là réside la clé pour intéresser les jeunes. «Si vous voulez attirer les jeunes vers le sport, il faut qu'ils puissent s'interroger : “Est-ce que cette organisation reflète le monde dans lequel nous vivons ?”» Après avoir combattu le dopage au sein de l'athlétisme, il a aussi soutenu une prime à la médaille d'or (47 500 euros) pour les JO, une première, qui a été critiquée comme risquant d'abîmer le fameux «esprit olympique». «Imaginer qu'une prime va motiver davantage des athlètes qui sacrifient tout pendant quatre ans, c'est ne rien comprendre au sport de haut niveau !» Il est père de quatre enfants adultes, dont aucun n'est professionnel du sport, et deux fois divorcé. «J'aime bien être seul de temps en temps», confie-t-il, ou retrouver ses amis de toujours, dont pas mal rencontrés à l'université de Loughborough, saluée comme un centre d'excellence sportive, d'où il est diplômé en économie et sciences sociales et dont il est aujourd'hui le fier recteur. Dieu l'intéresse modérément, mais il croit à «quelque chose de plus grand que nous». Il parle souvent de «chance». Reste que son passé d'athlète de haut niveau a façonné l'homme qui a suivi. «Quiconque s'est assis un jour dans une chambre d'appel et a patienté quarante minutes avant une course a beaucoup appris sur lui-même.» Qu'a-t-il appris ? «Je n'ai pas facilement peur et je résiste plutôt bien à la pression.» Son grand amour, c'est le jazz, une passion transmise par son père. A Moscou en 1980, juste avant cette fameuse finale, assis seul dans la chambre d'appel, il écoutait Sidney Bechet jouant Just a Closer Walk with Thee.• 1956 Naissance à Londres. 1980 et 1984 Médailles d'or du 1 500 mètres aux JO de Moscou, puis de Los Angeles. 1992 Elu député conservateur. 2005 Décroche l'organisation des JO 2012 pour Londres.

2015 Président de l'IAAF.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, mercredi 24 juillet 2024 846 mots, p. AUJM18
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23 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
24 juillet 2024 - Le Parisien

Premier ministreiLa gauche parvient enfin à s'entendre sur le nom de Lucie Castets

Plus de deux semaines après le second tour des élections législatives, le Nouveau Front Populaire trouve enfin un terrain d'entente pour le poste du Premier ministre. Une idée du socialiste Olivier Faure

Pierre Maurer, avec Q.L., A.B. et H.V.

Deux semainespendant lesquelles les noms ont pullulé, qu'il s'agisse de ballons d'essais ou d'hypothèses sérieuses. Deux semaines pendant lesquelles les candidatures putatives ont été poussées, avant que les concernées ne déclinent (Huguette Bello, Laurence Tubiana). Deux semaines pendant lesquelles la gauche s'est écharpée. Avant de finalement tomber d'accord, mardi soir peu avant l'interview d'Emmanuel Macron sur France 2, pour proposer Lucie Castets, une économiste âgée de 37 ans, méconnue du grand public, comme candidate commune du Nouveau Front populaire pour Matignon.

Seize jours après le résultat des législatives, les communistes, les écologistes, les Insoumis et les socialistes ont donc choisi le profil de cette « animatrice de luttes associatives », engagée pour la défense des services publiques, et aussi haut fonctionnaire, diplômée de l'ENA, passée par la direction générale du Trésor avant de rejoindre Tracfin, la cellule antiblanchiment de Bercy.

Un passage par le cabinet d'Anne Hidalgo

Actuellement en poste à la mairie de Paris, elle occupe la directrice des finances et des achats, l'une des plus stratégiques directions de la ville, après un passage par le cabinet d'Anne Hidalgo. « Elle sera forte de notre engagement complet à ses côtés dans le gouvernement qu'elle dirigera », appuie le NFP dans un communiqué publié à 19 heures.

Dans la foulée de la révélation de son nom, Lucie Castets a dit avoir accepté « en toute humilité mais avec beaucoup de conviction » la mission qui lui est confiée, avec la volonté de porter « l'abrogation de la réforme des retraites » si elle arrive à Matignon. Et d'ajouter qu'elle est une candidate « crédible et sérieuse pour un président qui valorise les profils techniques », avec l'objectif de trouver des majorités « texte par texte ».

Selon nos informations, c'est le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, qui a eu l'idée de proposer le nom de celle qui fut un temps adhérente du PS à la table des négociations, où la situation s'est débloquée dans les dernières 48 heures. Elle a été contactée lundi par les représentants du NFP. Son parcours a mis tout le monde d'accord.

« Elle porte la cause des services publics dans un moment où la France est fracturée », souligne le député européen Pierre Jouvet, négociateur pour le PS. « C'est un profil issu de la société civile qui connaît les rouages de l'État et qui connaît la politique. C'est une femme, jeune, qui a la confiance de l'ensemble des composantes du NFP », vante pour sa part David Cormand, l'ancien patron d'EELV, qui participait aux négociations. « C'est une bosseuse, intelligente. C'est plutôt les cercles PS-écolos mais elle parle avec tout le monde », juge un Insoumis. « Le président de la République ne doit plus tergiverser. Il doit la nommer et respecter les règles de la démocratie », a enjoint quant à lui Jean-Luc Mélenchon.

« Qui la connaît ? »

Du côté de ceux qui l'ont côtoyée à la mairie de Paris, on se montre dithyrambique. « C'est une excellente idée. C'est une haut fonctionnaire de gauche très reconnue dans son secteur, extrêmement compétente. Elle a une expérience très solide, c'est la bonne personnalité à proposer pour ce poste », loue Emmanuel Grégoire, député PS de Paris et jusqu'à récemment premier adjoint d'Anne Hidalgo. « C'est un très bon choix, estime Patrick Bloche, l'actuel premier adjoint (PS) d'Anne Hidalgo. C'est une technicienne hors pair, quelqu'un de tout à fait remarquable. C'est une grande spécialiste des services publics. Et comme ces derniers vont mal, d'un point de vue thérapeutique on a trouvé la bonne personne. Elle est certes méconnue mais après tout Jean Castex n'était pas très connu en entrant à Matignon. » D'autres font la moue. « Qui la connaît ? Elle est certainement très bien. Mais pas pour être Première ministre, grince un socialiste. En fait c'est la stratégie de LFI, qui ne veut pas gouverner, qui a gagné. »

Lors de l'affaire McKinsey, Lucie Castets s'était fait remarquer sur les plateaux de télévision pour sa croisade contre le recours abusif à ce cabinet de conseil américain par le gouvernement. Avec son collectif de hauts fonctionnaires, elle avait ainsi monté un procès fictif théâtral des services publics. « Dans la pièce il y avait un personnage du consultant René Sens, une boîte qui s'appelait Mac-qui-sait, une infirmière nommée Lucie Dité, etc. » se souvient un spectateur.

« Elle a le sens du service public chevillé au corps, c'est son credo et elle milite pour que la fonction publique garde des gens de qualité. Or, elle déplore cette façon de donner des missions aux cabinets privés », explique l'un de ses interlocuteurs. En privé, elle raille le travail de ces cabinets, fondés sur la « culture du PowerPoint et les réunions de diagnostic ». Hasard de l'histoire, celle qui incarne désormais le visage du Nouveau Front populaire faisait partie à l'ENA de la promotion Jean Zay. Du nom d'un des principaux ministres du premier Front populaire, formé en 1936.

Le Monde
mercredi 24 juillet 2024 866 mots, p. SPA6

Les conquêtes de la roja féminine vont au-delà du sport

Championnes du monde en titre, les footballeuses espagnoles incarnent la lutte pour l’égalité femmes-hommes

Florian Lefèvre

La scène, diffusée en mondovision, se déroule lors des célébrations du sacre de l’équipe d’Espagne à la Coupe du monde féminine, le 20 août 2023, à Sydney (Australie). On voit Luis Rubiales, président de la Fédération royale espagnole de football (RFEF), imposer à la joueuse Jennifer – dite « Jenni » – Hermoso un baiser sur la bouche.

Près d’un an plus tard, la Roja au féminin s’apprête à participer aux Jeux olympiques (JO) pour la première fois de son histoire. Jenni Hermoso figure dans le groupe qui commencera le tournoi face au Japon, jeudi 25 juillet, à Nantes. Luis Rubiales, lui, ne fait pas partie des invités.

Après s’être accroché à son poste, en se présentant comme victime d’une « tentative d’assassinat social », l’homme de 46 ans a été contraint de démissionner, en septembre 2023. Il est aujourd’hui poursuivi par la justice. Dans la loi espagnole, un baiser non consenti est considéré comme un délit d’agression sexuelle. Le parquet a annoncé, en juin, qu’il réclamerait deux ans et demi de prison contre M. Rubiales, dont un an et demi pour les pressions exercées sur Mme Hermoso pour qu’elle affirme que le baiser était consenti.

Trois autres cadres de la fédération sont poursuivis pour ce même délit de coercition. Dont Jorge Vilda, l’ex-sélectionneur (de 2015 à 2023) de l’équipe féminine. L’affaire Rubiales porte mal son nom, car elle ne concerne pas qu’un homme. Il s’agit du machisme de toute une fédération.

Revenons en septembre 2022. Quinze internationales espagnoles adressent un e-mail commun aux hautes sphères de la RFEF. Elles dénoncent un manque de professionnalisme lors des séances d’entraînement et alertent sur un certain nombre d’ « événements » qui « affectent considérablement » leur santé mentale. La fédération affirme qu’elle « n’acceptera aucun type de pression de la part des joueuses », qui se déclarent inaptes à évoluer en équipe nationale dans ces conditions. Le sélectionneur Jorge Vilda est soutenu par sa hiérarchie.

« Paternalisme »

En dépit du statu quo, trois des quinze frondeuses acceptent de revenir en sélection en vue du Mondial. En Australie, les Espagnoles créent la surprise en décrochant le titre planétaire, mais l’événement est éclipsé par la suite que l’on connaît.

Cette fois-ci, les vingt-trois championnes du monde s’unissent derrière le syndicat Futpro pour affirmer publiquement leur soutien à Jenni Hermoso. Surtout, elles exigent des « changements structurels » au sein de la RFEF. Lancé par la double Ballon d’or, Alexia Putellas, le hashtag #seacabo (« c’est terminé ») est relayé jusqu’au Parlement européen par la députée Laura Ballarin Cereza.

La mobilisation des championnes du monde aboutit à l’élaboration d’un protocole d’action en cas de violence sexuelle. Accusés d’avoir « eu, incité, caché ou applaudi des attitudes qui vont à l’encontre de la dignité des femmes », plusieurs cadres de la RFEF sont poussés vers la sortie, dont M. Vilda, remplacé par son adjointe, Montserrat Tomé, qui mènera la Roja aux JO.

Près de deux ans après sa dernière sélection, la milieu de terrain du FC Barcelone Patricia Guijarro a fait son retour en équipe nationale cet été. « Je voulais revenir s’il y avait de vrais changements et je les ai bien remarqués », a-t-elle expliqué. La parole s’est libérée… à moins que ce ne soit l’écoute. En janvier, le témoignage de Jenni Hermoso dans le quotidien sportif Marca faisait écho à celui d’une joueuse anonyme, publié dès 2021, dans le livre No las llames chicas, llamalas futbolistas (« ne les appelez pas des filles, appelez-les des footballeuses »), de la journaliste Danae Boronat : « Il[le sélectionneur] nous traitait comme des enfants, alors que certaines d’entre nous avaient presque son âge. »

L’autrice résumait, quelques lignes au-dessus : « Jorge Vilda a apporté de la modernité dans le travail, plus d’implication. Moins que son prédécesseur, c’était impossible. Néanmoins, le paternalisme envers les internationales n’a pas disparu. » Le prédécesseur en question s’appelle Ignacio « Nacho » Quereda. A la tête de la sélection féminine de 1988 à 2015, il n’a pas fait briller la Roja, échouant à se qualifier pour le Mondial six fois sur sept. En revanche, plusieurs générations de footballeuses ont été marquées par la coercition qu’il imposait, ses dénigrements machistes et homophobes. Elles en ont livré les détails dans un documentaire, Romper el silencio (« briser le silence »), en 2021.

« Nous ne sommes pas devenues championnes pour soulever un trophée, pour le conserver dans une armoire, pour recevoir une prime ou pour faire la une des journaux », affirmait, à l’automne 2023, Jenni Hermoso sur la scène d’un gala du football international. « Nous sommes devenues championnes parce que c’était le seul moyen qu’il nous restait pour être entendues, considérées et respectées. »

Comme le résume la journaliste Danae Boronat, la lutte initiale pour l’égalité des conditions sportives s’est élargie après l’affaire Rubiales : « Elle est devenue une lutte de femmes représentant de nombreuses femmes, qui subissent des maltraitances, tous les jours, partout dans le monde. »

La Croix, no. 42978
France, mercredi 24 juillet 2024 95 mots, p. 7

Retraites La France insoumisedépose une proposition de loi d’abrogation de la réforme

Les Insoumis devaient déposer mardi 23 juillet à l’Assemblée nationale une proposition de loi d’abrogation de la réforme des retraites. L’Assemblée nationale ayant suspendu ses travaux, cette proposition de loi ne sera pas débattue avant plusieurs mois, sauf si d’ici là le Nouveau Front populaire accédait au gouvernement, auquel cas il déposerait un projet de loi en ce sens. Le texte serait voté par le Rassemblement national, a fait savoir Laurent Jacobelli, député du parti d’extrême droite.

Le Figaro, no. 24857
Le Figaro, mercredi 24 juillet 2024 933 mots, p. 8

Société

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23 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Avocats, notaires... Les professions réglementées à l'épreuve d'une Assemblée polarisée

Si certaines sont prêtes à négocier avec les parlementaires des deux extrêmes, d'autres s'interrogent sur les positions à tenir.

Gonzalès, Paule

Elles se retrouvent face à une situation inédite. Les professions réglementées, comme les avocats, les notaires, les commissaires de justice, les greffiers de commerce et les experts-comptables, représentées par des ordres puissants, devront désormais défendre leurs intérêts face à une Assemblée nationale où les extrêmes n'ont jamais été aussi puissants. Oseront-elles défier ces derniers sur les grands principes de l'État de droit ? Les inviteront-elles à leur congrès ? Accepteront-elles que des parlementaires du RN ou de LFI portent leurs demandes à travers des amendements ?

Une fracture s'opère entre celles des professions qui ont le statut d'officiers publics et ministériels, liés à l'État par des missions de service public, et ceux qui ne l'ont pas, comme les avocats. Au barreau de Paris, le débat n'est pas tranché. « Les responsables politiques pourront compter sur notre soutien dès lors qu'ils respectent les valeurs qui sont les nôtres. Mais on ne peut pas travailler avec des personnes dont les positions sont contraires à ce pourquoi notre profession existe. Comment se mettre autour d'une table si la proposition est contraire à nos principes? À chaque risque de recul de ces valeurs, nous afficherons une mobilisation sans faille » , affirme Vanessa Bousardo, vice-bâtonnière du barreau de Paris.

La présidente du Conseil national des barreaux, Julie Couturier, doit également composer avec des positions non stabilisées. Pour autant, elle rappelle que « l'objet social du CNB est de représenter et défendre les intérêts des 76000 avocats, notamment auprès des pouvoirs publics». «C'est la raison pour laquelle nous discuterons avec l'ensemble des députés qui souhaiteront faire avancer les combats de la profession dans l'intérêt du justiciable, poursuit-elle. À l'inverse, nous serons les premiers à monter au créneau lorsqu'un député, quelle que soit sa couleur politique, bafouera les principes fondamentaux auxquels la profession est attachée. Je pense notamment à l'État de droit, au procès équitable et à l'ensemble des libertés fondamentales. »

Si les deux femmes n'excluent pas de se rendre à des commissions parlementaires présidées par des députés LFI ou RN - en l'occurrence la commission des finances, présidée par Éric Coquerel -, ni l'une ni l'autre n'envisage pour autant de convier ces députés au sein des Ordres pour évoquer les sujets les plus inflammables, comme l'égalité devant l'aide juridictionnelle ou le legal privilege (la confidentialité des consultations des juristes d'entreprises).

Du côté des notaires, une fonction d'officier public et ministériel à laquelle Emmanuel Macron s'était attaqué quand il était encore à Bercy en voulant mettre fin à leur « rente de situation » , la situation politique actuelle ne devrait pas engendrer de grands changements. « Jusqu'en 2020, nous avons connu de la part de certains politiques une période de défiance, reconnaît Sophie Sabot-Barcet, présidente du Conseil supérieur du notariat. Mais nous avons prouvé que nous étions capables de nous réformer et de nous adapter à notre société, pour ressembler davantage aux 25millions de Français qui viennent nous voir chaque année.»

« Le Conseil supérieur du notariat a deux missions: par notre statut, celle de participer au fonctionnement de l'État, d'améliorer la loi et d'être force de proposition. Par notre maillage territorial, nous portons également les préoccupations des Français concernant les donations, le logement, la transition climatique ou encore la transmission agricole. Nous ne choisissons pas entre un groupe politique ou un autre. Quoiqu'il se passe à l'Assemblée nationale, nous continuerons à proposer et à porter nos sujets auprès de tous » , poursuit Sophie Sabot-Barcet.

Au sein du notariat, on rappelle aussi que, dans la plupart des cas, seuls les députés techniciens, souvent membres de groupes politiques structurés et historiques, s'intéressent en détail à ces problématiques.

Les greffiers de commerce, qui remplissent eux aussi cette fonction d'officier public et ministériel, affirment de leur côté « vouloir défendre le fonctionnement de l'État, l'accès au service public et l'amélioration de la numérisation des registres » , insiste Victor Geneste, le président du Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce.

« Nous sommes dans une démarche démocratique et nous balayerons l'ensemble de l'Assemblée nationale pour défendre les projets de lois qui défendent nos idées et susciter des propositions de loi » , affirme-t-il. « Ne pas faire de politique » , c'est aussi ce que martèle Benoît Santoire, président de la Chambre nationale des commissaires de justice : « L'intérêt du service public de la justice commande que nous parlions à tous les groupes parlementaires et à tous les parlementaires qui votent les lois. »

Une position partagée par la présidente du Conseil national de l'ordre des experts-comptables, Cécile de Saint Michel. « On travaillera avec tout le monde, avec toute l'Assemblée comme avec le gouvernement, car nous défendons la profession mais aussi nos clients, ces entreprises dont nous voyons toutes les difficultés. Nous avons pu constater que, lorsque l'on est ni consulté ni écouté, ce n'est pas une réussite, comme ce fut le cas, en 2023, pour la mise en place duguichet unique (une seule plateforme pour toutes les formalités d'entreprise, de sa création à sa fermeture, NDLR). À l'inverse, le prélèvement à la source est un succès car nous avons été partie prenante à sa mise en place. Aujourd'hui, le projet de loi sur la simplification de la vie économique a été suspendu. Je ne désespère pas d'aller toquer à la porte des parlementaires pour le remettre sur le métier » , se promet-elle. P. G.

Libération
mercredi 24 juillet 2024 1024 mots, p. 19

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23 juillet 2024 - Libération (site web)

Constituer une équipe de gauche, voilà l'urgence

Pierre Larrouturou

AUTRE

Face à une possible coalition de droite, savoir qui sera numéro 1 au sein du Nouveau Front populaire était un jeu stérile, estime l'ex-eurodéputé Pierre Larrouturou. Sortons des querelles d'ego et construisons notre gouvernement idéal.

A u soir du second tour des législatives, nous étions des millions à ressentir un très grand soulagement, mais nous sommes aujourd'hui très nombreux à nous inquiéter : et si le pays était paralysé ? Et si Wauquiez et Macron faisaient alliance pour prendre le pouvoir en profitant de l'incapacité du Nouveau Front populaire à former un gouvernement ? Ce serait dramatique. Et ceux qui disent «de toute façon, on va revoter dans un an», devraient comprendre que, si nous sommes incapables de former un gouvernement et d'améliorer la vie quotidienne de nos concitoyens dans les semaines qui viennent, il n'est pas du tout certain que le peuple nous donne plus de responsabilités dans un an ou dans trois ans. Au contraire ! Comment débloquer la négociation ? Au lieu de s'épuiser à chercher un homme ou une femme providentielle, nous devons maintenant construire une équipe, un gouvernement qui rassemble toutes les couleurs et les compétences de la gauche et de l'écologie. Une autre pratique du pouvoir La plupart de ceux qui ont refusé Laurence Tubiana comme possible Première ministre ne la connaissent pas bien. C'est une première difficulté. Avoir été sollicitée par Macron pour entrer au gouvernement ne peut pas suffire à la discréditer. Laurence Tubiana est une femme de conviction et une femme de dialogue qui ferait du très bon travail à Matignon. Le fait qu'elle ait annoncé lundi retirer sa candidature montre qu'elle n'a aucune envie de passer en force. Ceux qui ont des doutes sur Laurence Tubiana seraient très probablement rassurés s'ils savaient qu'Eric Coquerel, député LFI et président de la commission des finances, deviendrait ministre des Comptes publics, qu'Aurélie Trouvé, LFI aussi, pourrait être ministre responsable de la lutte contre l'évasion fiscale, que Huguette Bello serait ministre de l'Education ou de la Santé. Beaucoup seraient heureux de savoir que François Ruffin deviendrait ministre et pourra lutter contre le mal-travail. Que Thomas Piketty pourrait être responsable des négociations fiscales internationales ou conseiller «fiscalité» de la Première ministre. Heureux aussi de savoir qu'Ester Duflo, prix Nobel d'économie qui s'est engagée pour le NFP, s'occuperait de la coopération internationale, et que Julia Cagé pourrait être ministre chargée du renouveau démocratique et de l'indépendance des médias.

Se déchirer pour savoir qui sera le ou la Premier ministre était un jeu stérile et un peu ringard… comme si le ou la numéro 1 continuera à décider de tout. C'est précisément ce qu'on ne veut plus ! Après Macron qui a décidé de tout, tout seul, pendant sept ans, nous sommes des millions à espérer une pratique nouvelle du pouvoir, avec un gouvernement collégial, comme cela existe en Allemagne, en Espagne ou au Royaume-Uni.

Dès que cette équipe sera constituée, elle devra faire voter des mesures d'urgence : il faut, avant le 1er septembre, annuler la hausse du prix de l'électricité de 10 % imposée par Bruno Le Maire en février et la hausse du gaz de juillet. Ainsi que supprimer la TVA sur les produits alimentaires et sur l'hygiène de première nécessité, comme l'a fait le gouvernement espagnol, tout en équilibrant le budget avec une taxe sur les superprofits des banques et des grandes entreprises d'énergie, ainsi que l'a fait également Pedro Sánchez.

Avant la rentrée, il faut voter la cantine gratuite pour tous les enfants, avec une compensation intégrale pour les collectivités. Annuler la réforme des retraites, lancer l'augmentation progressive du smic et voter aussi une loi contre les violences faites aux femmes, en s'inspirant de la loi espagnole de 2004.

Fin 2022, les députés Modem étaient furieux que le gouvernement utilise l'article 49-3 pour annuler les amendements votés par l'Assemblée, qui prévoyaient 12 milliards d'euros pour la rénovation thermique des logements et 3 milliards pour le ferroviaire. Le président des députés Modem, Jean- Paul Mattei, voulait financer ces inves- tissements en taxant les superdividendes. Bruno Le Maire était hostile à cette vision mais ces propositions peuvent aujourd'hui faire partie d'un accord qui permettra d'élargir la majorité sans renoncer à la volonté de transformation sociale du NFP. Oui, dès le mois de septembre, il faut que la vie soit plus facile pour des millions de concitoyens qui, aujourd'hui encore, n'arrivent pas à payer toutes leurs courses sans difficultés ! Inventer un nouveau modèle Les mois qui viennent seront cruciaux aussi pour changer l'Europe. Depuis trois ans, le Parlement européen a voté trois rapports qui demandaient la création immédiate d'une taxe sur les transactions financières, qui rapporterait jusqu'à 57 milliards par an. La France est le seul pays qui bloque aujourd'hui la création d'une telle taxe. Si on arrive à installer un gouvernement du Front Populaire, on peut débloquer immédiatement la négociation et créer cette TTF avant la fin de l'année… Plus globalement, les mois qui viennent vont être l'occasion d'un débat crucial sur l'avenir de l'Europe : deux «sages», Enrico Letta et Mario Draghi, ont été chargés de rédiger chacun un rapport pour poser un diagnostic et suggérer des réformes. On peut craindre que leur vision soit intéressante, mais assez restrictive, car elle consisterait pour l'essentiel à pointer les «retards» de l'Europe sur les Etats-Unis.

Les Etats-Unis sont-ils vraiment un modèle ? Tout le monde s'émerveille de leur croissance économique (2,5 % l'an dernier), mais sans dire que, dans le même temps, la dette totale (privée et publique) a augmenté de 15 % du PIB ! Et que dire de l'injustice sociale et du bilan carbone du pays ? Faut-il se rapprocher des Etats-Unis ou faut-il inventer un nouveau modèle de développement qui permette de concilier efficacité économique, justice sociale et protection du climat et de la biodiversité ? Pour l'Europe aussi, il serait dramatique que le NFP ne soit pas capable de former un gouvernement et laisse la place à la droite. Alors, sortons des querelles d'ego et mettons en place une équipe qui saura répondre à la demande de justice sociale, d'action pour le climat et de démocratie qui monte de tous nos territoires. Au travail, les amis !•

Libération
mercredi 24 juillet 2024 788 mots, p. 3

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23 juillet 2024 - Libération (site web)

Sur France 2, un Macron médaille d'or du radotage

Jean-Baptiste Daoulas

autre

S ur le plateau de France Télévisions avec vue enchanteresse sur la tour Eiffel, il venait vendre une «trêve» politique le temps des Jeux olympiques et une cérémonie d'ouverture «incroyable» vendredi. Mais voilà Emmanuel Macron rattrapé par sa dissolution ratée. Le Nouveau Front populaire (NFP) a pris de vitesse le Président en proposant mardi soir pour Matignon le nom de la haute fonctionnaire Lucie Castets une heure avant sa première interview depuis la défaite de son camp aux législatives. «Le sujet n'est pas un nom donné par une formation politique, a-t-il répliqué sur France 2 et France Inter, repoussant une fois de plus la nomination d'un Premier ministre, plus de deux semaines après le second tour du 7 juillet. La question c'est quelle majorité peut se dégager à l'Assemblée ?» «Défaite». Depuis la reconduction de Yaël Braun-Pivet au perchoir jeudi, au gré d'un accord avec les députés LR de Laurent Wauquiez, le chef de l'Etat considère que la gauche n'est pas à même de constituer une coalition puisqu'elle n'est pas parvenue à porter le communiste André Chassaigne à la présidence de l'Assemblée nationale. «Ce qui montre très clairement qu'il serait faux de dire que le NFP aurait une majorité quelle qu'elle soit dans cette Assemblée», juge-t-il, affirmant que «personne n'a gagné» les législatives : «Personne ne peut appliquer son programme, qu'il soit commun ou pas. Aucun d'entre eux ne peut le faire. Ni le NFP, ni la majorité sortante, ni La Droite républicaine.» Au passage, il estime qu'il n'est «pas une bonne chose» que le Rassemblement national ait été privé de postes à responsabilité à l'Assemblée et que des députés de gauche aient ostensiblement refusé de serrer la main à leurs collègues d'extrême droite : «Quand on se met à ne pas serrer la main aux autres députés, on habitue nos concitoyens à une société où la civilité se perd.» Emmanuel Macron n'en démord pas. Lui qui a demandé le 10 juillet aux «forces républicaines» d'engager «un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide, néces- sairement plurielle, pour le pays» continue de réclamer une large coalition, sans exclure nommément La France insoumise : «Ce que j'attends aujourd'hui des forces politiques, c'est qu'elles soient à la hauteur de ce qu'elles ont fait dans l'entre-deux tours.» Selon lui, les partis qui ont su s'entendre pour faire barrage au RN sont condamnés à s'entendre. «La responsabilité de ces partis, c'est de faire quelque chose que toutes les démocraties européennes font, qui n'est pas dans nos traditions, c'est de sortir de leurs évidences, de savoir faire des compromis, ce n'est pas un gros mot», assène-t-il, n'hésitant pas à mettre en garde contre une mort du barrage républicain en cas d'échec : «Les Français ne referont pas ce chèque. Pas deux fois.» Il juge que les propositions très droitières des patrons des groupes LR à l'Assemblée et au Sénat, présentées lundi par Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, vont «dans la bonne direction», tout en jurant vouloir aussi travailler avec la gauche. Le 16 juillet, des députés macronistes reçus à déjeuner à l'Elysée lui reprochaient de ne pas avoir assumé publiquement le mot de «défaite». Mardi soir, Emmanuel l'admet, «bien évidemment». En dehors de ce léger mea culpa, le Président n'est guère prolixe sur les concessions qu'il pourrait accorder dans une coalition. Il répète les mêmes diagnostics qu'avant les élections : «Plus de fermeté, plus de sécurité, plus de justice, plus de simplicité, débureaucratiser et mieux vivre de son travail.» Il reste tout autant cramponné à sa réforme des retraites, dont le groupe LFI a déjà déposé une proposition de loi visant l'abrogation.

«L'urgence du pays n'est pas de détruire ce qu'on vient de faire mais de bâtir et d'avancer.» «Dés». Macron a beau tenter de gagner du temps, il semble promis à ce que le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel qualifie «d'impasse démocratique, avec des gouvernements qui tomberont dès la première motion de censure, qu'ils soient de droite ou même du Nouveau Front populaire». A l'Assemblée, plusieurs cadres du camp présidentiel jugent inéluctable la nomination d'un «gouvernement technique» brinquebalant à la fin de l'été. «Tout le monde anticipe la dissolution, observe un député macroniste. Si chacun part du principe qu'on remet les dés sur tapis vert dans un an, qui a intérêt à une coalition ?» Mardi soir, Emmanuel Macron a tenté de donner des gages de stabilité à ceux qui saisiraient sa main tendue. «Il n'y aura pas de dissolution» si une coalition pérenne est formée, promet-il. Celui qui a gouverné pendant sept ans sans grande considération pour les oppositions ou les corps intermédiaires se veut désormais le chantre du «respect» et de «l'écoute mutuelle». Osé.

Le Monde
France, mercredi 24 juillet 2024 1331 mots, p. 13

La vidéosurveillance algorithmique à l’épreuve de la compétition olympique

La SNCF, la RATP et la région Ile-de-France s’apprêtent à étendre l’utilisation de technologies dites « intelligentes » pendant les JO

Florian Reynaud Et Martin Untersinger

La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques et paralympiques (JOP), vendredi 26 juillet, approche et une nouvelle étape se profile pour l’expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique (VSA). Pendant l’événement, cette technologie controversée sera utilisée pour analyser en direct les images afin d’identifier certains événements prédéfinis, et envoyer une alerte aux opérateurs, qui peuvent alors décider de prendre des mesures.

Détection de bagages oubliés, de densité de population, d’intrusion ou encore de mouvements de foule… Un total de huit scénarios prévus par la loi relative aux JOP, votée en 2023, est ainsi testé depuis plusieurs mois et jusqu’en mars 2025.

En région parisienne, environ « deux cents caméras sur le ressort de Pariset de l’Ile-de-France bénéficieront de l’assistance algorithmique » pendant l’été, assure au Monde la Préfecture de police de Paris. La SNCF prévoit, elle, de déployer ces technologies « sur un périmètre réduit de caméras dans onze gares d’Ile-de-France ». Du côté de la RATP, ce ne sont pas moins de quarante-six stations de métro ou de RER dont les images de vidéosurveillance pourront faire l’objet d’une analyse algorithmique pendant toute la durée des Jeux, avec un objectif de trois cents caméras au maximum, raconte au Mondela régie des transports. Région, SNCF et RATP font toutes trois appel au même logiciel : Cityvision, édité par la société Wintics.

Scénarios difficiles à évaluer

Avant de déployer, il a fallu essayer. Ces derniers mois, des logiciels d’analyse en temps réel des images de vidéosurveillance ont été testés – comme le permet la loi – à l’occasion de grands événements culturels et sportifs : concerts en région parisienne, finale de la Coupe de France de football, Roland-Garros, Festival de Cannes ou encore Fête de la musique à Paris.

Pour quels résultats ? « Les dernières expérimentations ont confirmé l’intérêt des technologies testées pour les opérateurs, assure la SNCF. De manière générale, les analyses algorithmiques(…) tendent à améliorer la fluidité des transports et des espaces associés, et aussi[à] éviter des situations perturbées. »La détection d’intrusion, aussi appelée « périmétrie » par les professionnels du secteur, est largement saluée. La SNCF et la RATP s’en servent notamment pour détecter les personnes tombant ou descendant sur les voies, ou celles s’aventurant dans une zone interdite au public.

Certains des scénarios testés sont néanmoins plus difficiles à évaluer car ils visent à repérer des événements qui, par nature, sont exceptionnels. Pendant le dernier Festival de Cannes, Videtics, une des trois sociétés sélectionnées par appel d’offres pour l’expérimentation, s’est alliée à la municipalité. Ses logiciels pouvaient envoyer une alerte au centre de contrôle en cas de mouvement de foule soudain, mais la situation ne s’est jamais produite. « Ce qu’on peut dire, c’est qu’il n’y a pas eu de fausse alerte, tout en étant transparent sur le fait qu’on ne peut pas valider la détection non plus », reconnaît Alan Ferbach, PDG de l’entreprise. Ce dernier souligne que les essais réalisés sur des vidéos de test, y compris des images d’événements passés présentant des mouvements de foule, étaient, eux, concluants. Lors de précédents essais, la RATP s’était heurtée au même problème, rencontrant peu de cas à évaluer.

Par ailleurs, d’autres prouesses promises par la VSA représentent, aujourd’hui encore, un défi technique, de l’aveu de tous les interlocuteurs interrogés par Le Monde. A commencer par la détection automatique d’armes à feu en temps réel, très peu déployée pendant les expérimentations. En 2022, un test réalisé par la SNCF dans la gare du Nord, à Paris, avait obtenu un taux de détection « presque nul et des dizaines de fausses alarmes », selon un rapport parlementaire publié en mars 2023.

S’il est plus ou moins aisé d’entraîner un logiciel à reconnaître une arme de poing, appliquer ces algorithmes à des images prises dans l’espace public, avec des contraintes d’éclairage ou de foule, est une gageure. « Il y a un besoin de travailler en amont avec les forces de l’ordre, explique Alan Ferbach, notamment sur le placement des caméras. La détection d’armes, on la valide jusqu’à 10, 15, 20 mètres maximum. Mais un hall de gare ou une foule entière, ce n’est pas un environnement qui peut s’y prêter. »

De même, la recherche automatique de bagages abandonnés, qui pourrait représenter un atout crucial dans les gares ou les stations de métro et de RER, donnait, à la mi-mai, des résultats mitigés. Pour cause : le logiciel doit non seulement identifier un objet isolé, mais aussi déterminer qu’il reste immobile pendant un certain laps de temps. Difficile dans un hall de gare, où des groupes de personnes passent sans arrêt devant les caméras.

« C’est rare d’avoir un bagage abandonné au pied d’une caméra et bien visible », relève Romain Jacquet, PDG de Neuronalys, entreprise française de VSA. De tous les cas d’usage, c’est « probablement un des plus compliqués », acquiesce Matthias Houllier, patron de Wintics. Pour William Eldin, PDG de XXII, une des entreprises phares du secteur en France, même un taux de détection bas peut représenter un gain pour les clients : « Ils préfèrent attraper 40 % des bagages abandonnés que 0 %. »

Cette expérimentation dans le cadre des Jeux olympiques (JO), limitée dans le temps, ne doit pas masquer le fait que la VSA est, sous de nombreuses formes, déjà déployée sur le territoire français. « On voit depuis 2018 ou 2019 un marché se développer autour de ces technologies », considère Noémie Levain, juriste pour La Quadrature du Net, qui dénonce l’ « hypocrisie derrière la loi JO ». L’association de défense des libertés numériques s’élève contre la normalisation de technologies qui peuvent prêter à des dérives sécuritaires et s’inquiète de certains outils de détection des comportements suspects déjà déployés ou commercialisés pouvant s’apparenter à des traitements de données biométriques.

Industriels, entreprises privées, collectivités locales et acteurs publics recourent déjà à la vidéosurveillance algorithmique. Dans certains cas, il s’agit d’usages purement statistiques. La commune de Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes) utilise les outils de Videtics depuis juin 2023, pour mesurer l’affluence touristique. Un outil très fiable, affirme au Mondela direction des systèmes d’information de la ville. Les technologies de comptage de flux sont, depuis longtemps, demandées dans le cadre de certains événements. Laurent Assouly, PDG de la société Evitech, a déployé son logiciel Lynx dans le cadre de la Fête des lumières à Lyon, il y a quelques années – celui-ci « envoyait une notification à l’opérateur » lorsqu’un seuil de population était atteint.

Recadrages

Les autorités elles-mêmes sont utilisatrices, hors du cadre de la loi JOP, de certaines technologies. Comme NeuroCop, un outil à destination des forces de l’ordre développé par Neuronalys, qui permet notamment de rechercher des véhicules par plaques d’immatriculation. Un marché qui fait régulièrement l’objet de recadrages de la part de la Commission nationale de l’informatique et des libertés : en 2023, trente-neuf communes ont été mises en demeure pour avoir employé des technologies de lecture automatique de plaques d’immatriculation, réservées, selon elle, aux services de police.

Pour certains industriels, l’expérimentation de la VSA dans le cadre des JO ne se traduira pas nécessairement par un boom pour l’industrie. « Les territoires ont déjà du mal à financer l’installation de caméras, et les logiciels de VSA ont un coût », estime, pragmatique, Laurent Assouly. La Quadrature du Net, elle, craint que ce texte soit une « première pièce législative » qui « utilise un moment exceptionnel pour rendre une technologie acceptable ». Au cours des douze derniers mois, des responsables politiques comme le député de Haute-Loire Laurent Wauquiez ou le sénateur du Nord Marc-Philippe Daubresse (Les Républicains) ont à nouveau appelé publiquement à expérimenter d’autres technologies encore plus intrusives, comme la reconnaissance faciale.

Le Figaro, no. 24857
Le Figaro, mercredi 24 juillet 2024 347 mots, p. 1

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23 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

ÉDITORIAL

La grande déglingue

Àl'heure des conséquences, le président n'a pas l'air mécontent de lui. Il reconnaît sa défaite, celle du RN, la logique minoritaire qui caractérise la nouvelle Assemblée comme si c'était le fruit d'une évolution inévitable des événements. Mesure-t-il réellement comment son choix funeste de dissoudre a dégradé la politique ? Ce n'est pas une épreuve, mais un supplice que le chef de l'État nous a fait subir. Une déstabilisation soudaine au soir des élections européennes et, derrière, une campagne névrotique où la raison a cédé à toutes les émotions. « Guerre civile » , « fascisme » , « faillite »... Les grandes peurs furent entretenues d'abord contre le RN, battu dans les urnes, ensuite contre La France insoumise, soutenue dans les urnes. C'est l'une des nombreuses contradictions de cette folle période, ceux-là mêmes qui, comme Gabriel Attal, ont recommandé jusqu'au vote LFI pour contrer le RN, s'indignent aujourd'hui de voir le député Thomas Portes flirter avec l'antisémitisme. Chez les amis de Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pourtant pas nouveau, mais, pour le camp du président, les intérêts électoraux ont sans doute un pouvoir aveuglant.

L'Élysée isolé, le gouvernement démissionné, les citoyens, croyait-on, allaient s'en remettre à l'Assemblée. Mais est-ce une chambre parlementaire, ce lieu où des « miniputés » , des « dépunistres » incarnent, en même temps, les pouvoirs exécutif et législatif ? Où les Insoumis, entre mains refusées et regards menaçants, affichent fièrement leur incivilité ? Où, dans le partage des postes, on exclut sans vergogne les représentants de plus de 10 millions de Français ? Où la gauche s'écharpe pendant quinze jours pour décider qui doit aller à Matignon avant de sortir de son chapeau une candidate une heure avant l'intervention du président ? Où l'urgence pour LFI et le RN, c'est d'abroger ensemble la réforme des retraites ? « Clarification » , aime à dire le chef de l'État, mais c'est de décomposition qu'il faudrait parler. Le sociologue Jean-Pierre Le Goff parle de « déglingue » pour décrire la France qui s'affaisse. C'est le mot, et nos institutions désormais ne sont plus épargnées. Les appels au compromis du président n'y changeront rien : il a suffi d'un caprice pour mettre tout un pays dans l'impasse.

Le Monde
France, mercredi 24 juillet 2024 1070 mots, p. 10
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23 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Wauquiez et Retailleau lancent leur « pacte législatif »

A l’Assemblée nationale et au Sénat, la Droite républicaine ne veut pas être « du côté de ceux qui bloquent »

Benoît Floc’h

Tenir la ligne de crête : refuser de gouverner avec les macronistes pour pouvoir incarner une alternance en 2027, mais représenter une droite responsable en proposant des solutions pour « empêcher le blocage du pays ». Le « pacte législatif d’urgence » que Laurent Wauquiez, président du groupe la Droite républicaine (DR) à l’Assemblée nationale, et son homologue au Sénat, Bruno Retailleau (élu Les Républicains de Vendée), ont présenté au Palais-Bourbon, lundi 22 juillet, lors d’une conférence de presse, n’a pas vocation à jeter les bases d’un accord de gouvernement avec les forces centristes.

« Il n’y aura pas de coalition gouvernementale », a martelé Laurent Wauquiez. La droite ne veut pas être « prisonnière d’un exécutif qui ferait des choses qu’on ne partage pas », a justifié le député de la Haute-Loire : « C’est se lier les mains, signer un chèque en blanc. C’est cautionner tout ce qui a été fait depuis sept ans. » En revanche, a-t-il expliqué, « si demain, un exécutif s’empare de ce pacte législatif, et c’est notre souhait, la Droite républicaine, elle, s’engage à voter les lois » qu’il contient. Seul compte l’ « intérêt supérieur de la nation » , a affirmé Bruno Retailleau.

« La solution au blocage du pays ne pourra passer que par un travail sur des propositions et sur le fond », a plaidé Laurent Wauquiez, rejetant « combinaisons et jeux d’appareil ».Les Républicains (LR) ne se sont-ils pas entendus avec les macronistes pour se répartir les postes à l’Assemblée nationale, ont interrogé les journalistes ? « J’ai dit dès le début qu’on ferait tout pour faire barrage à La France insoumise, a répondu le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes . J’ai assumé cette position jusqu’au bout. Marine Le Pen a fait le choix de voter pour La France insoumise. On ne joue pas la politique du pire. »

« Système de tolérance zéro »

Eviter d’être « du côté de ceux qui bloquent », c’est l’objet affiché de ce pacte législatif. Le document présenté à la presse, lundi, liste treize propositions de loi. Et ce programme est porté, estime M. Retailleau, par « la force » conférée par « le premier groupe parlementaire » du pays – si l’on additionne députés et sénateurs… On y retrouve des idées anciennes de la droite, avec un objectif majeur : « La revalorisation de la France qui travaille. »« Vous avez des Français qui travaillent et qui payent des impôts et des charges sans cesse plus lourds » quand d’autres « ne travaillent pas et bénéficient des aides sociales », a dénoncé M. Wauquiez.

Le duo de présidents promet « une vraie différence » entre ces deux catégories de Français, « de garder le “vrai social” » en réservant les aides « à ceux qui en ont vraiment besoin », d’être « beaucoup plus rigoureux sur le contrôle de l’assistanat et des abus ». Ils proposent également une loi sur le pouvoir d’achat – prévoyant, entre autres, le rachat des jours de RTT ou la création d’une aide sociale unique plafonnée à 70 % du smic. « La restauration de l’autorité » est une autre priorité. L’idée est de « s’acheminer vers un système de tolérance zéro ». Une loi « sécurité justice » mettrait en place des peines planchers ou la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. Une législation sur la « justice des mineurs » instaurerait peines courtes, comparutions immédiates ou suppression des allocations familiales en cas de condamnation.

Un autre texte viserait à lutter contre le narcotrafic. Et dans le même chapitre, une loi « immigration » aurait pour objectif de « tourner la page du laxisme migratoire » en reprenant, morceau par morceau, les mesures du texte adopté par le gouvernement d’Elisabeth Borne qui avaient été censurées par le Conseil constitutionnel en début d’année.

Les manœuvres d’Eric Ciotti

Une loi de programmation énergétique ferait « la part belle au nucléaire, énergie bon marché, décarbonée, abondante », a égrainé Bruno Retailleau. Un texte « santé » s’attaquerait aux déserts médicaux et à l’accès aux soins. Un autre sur l’école renforcerait l’autonomie des établissements, l’affirmation de la laïcité et relancerait la décentralisation. Le pacte législatif fixe toutefois deux « lignes rouges ». « Un gouvernement qui augmente les impôts, qui ne revalorise pas les retraites, c’est une motion de censure. Et je me suis permis d’ajouter : un gouvernement qui contient des ministres de La France insoumise, on s’y opposera dès le début », a déclaré Laurent Wauquiez, fustigeant le chef du gouvernement démissionnaire, Gabriel Attal, qui « propose des augmentations de smic miraculeuses », et le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, « qui a déjà trouvé des propositions consistant à augmenter les impôts ».

Pour rétablir des comptes publics dégradés, la droite « assume un programme d’économies » de 25 milliards d’euros – le montant déjà avancé par l’actuel ministre de l’économie, Bruno Le Maire. Elles devront être faites « sur le fonctionnement de l’Etat, sur l’amélioration de la justice de notre système social », a dit M. Wauquiez. Mais il n’est plus question de supprimer des postes de fonctionnaire. Une première, à droite.

Un invité surprise a cependant– un peu – gâché la fête. Au moment même où débutait la conférence de presse, Eric Ciotti, président des LR ralliés au Rassemblement national, envoyait un courrier aux militants du parti pour annoncer un vote, « dans les prochaines semaines », leur permettant de trancher entre « la dissolution des Républicains dans le camp macroniste » et « le rassemblement des droites ». Le pacte législatif est « une marche de plus pour devenir les supplétifs d’Emmanuel Macron, et continuer le partage des postes et des places en se partageant le gouvernement », écrit-il, dénonçant « une trahison majeure et inédite ».

De fait, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau doivent également tenir cette ligne de crête-là : contrer les manœuvres d’Eric Ciotti, mais aussi convaincre ceux qui, dans leur camp, continuent de penser qu’il faut s’allier avec les macronistes et pourraient être tentés de rejoindre le mouvement d’Edouard Philippe, Horizons. Laurent Wauquiez a exalté, lundi, « un groupe très soudé, très uni dans ses votes, très uni dans ses positions ». Ces 47 députés sont un socle étroit pour préparer la présidentielle, mais l’élu de Haute-Loire n’en a pas d’autre. « Cette démarche de reconstruction de la droite républicaine, elle est lancée. Rien ne va l’arrêter » , a-t-il voulu croire.

Le Monde
mercredi 24 juillet 2024 677 mots, p. SPA2
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23 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Les Alpes françaises attendent toujours les Jeux d’hiver 2030

Nicolas Lepeltier

Il a été beaucoup question d’héritage, de nouveau modèle : plus jeune, plus urbain, plus inclusif des Jeux, lundi 22 juillet. D’abord à l’Elysée, en début d’après-midi, où le président de la Répubique, Emmanuel Macron, a reçu la presse internationale à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Puis à la Fondation Louis Vuitton en soirée, lors du discours inaugural de la 142e session du Comité international olympique (CIO). Mais pas seulement.

Sous les ors du palais présidentiel, le chef de l’Etat en a profité pour se faire le VRP de la France, de sa gastronomie et de son savoir-faire, de sa French Tech, et de « tout ce qui a été créé depuis quelques années, tout[ce qui] a été probusiness ». « Nous allons vraiment faire en sorte que le rêve olympique et la trêve olympique deviennent une réalité » , a-t-il également adressé à Thomas Bach, le patron du CIO, présent à ses côtés.

Un peu plus tard, c’est sous l’architecture contemporaine de la Fondation Vuitton que les deux dirigeants ont poursuivi cette semaine préolympique. Thomas Bach a insisté sur les valeurs de l’olympisme dans un nouvel ordre mondial marqué par des « forces qui veulent nous diviser ». Le discours du patron du CIO a également rappelé que l’olympisme est un business qui ne connaît pas trop la crise : 7,3 milliards de dollars (6,7 milliards d’euros) ont été sécurisés pour la période couvrant 2025 à 2028, 6,2 milliards le sont déjà pour l’olympiade suivante.

Le dirigeant a ensuite appelé à célébrer les Jeux dans « cette magnifique Ville Lumière », et remercié son « cher ami Emmanuel »« pour[son] engagement personnel pour le succès des JO ».

« Vous avez fait confiance à la France. Nous en étions honorés et, je dois le dire, nous en serons de nouveau honorés, je l’espère, pour ce qui est des Jeux d’hiver 2030 », lui a répondu Emmanuel Macron, avec un léger sourire, devant les membres du CIO.

Car au-delà de la pompe des deux réceptions du jour, l’incertitude plane toujours sur l’attribution finale de l’édition 2030 aux Alpes françaises, seule candidature encore en lice. Il manque toujours la lettre de garantie financière de la France, sésame indispensable au CIO pour prendre sa décision mercredi matin. Mais un courrier difficile à signer pour le premier ministre, Gabriel Attal, à la tête d’un gouvernement gérant les affaires courantes.

L’issue des débats semble acquise

Deux hypothèses apparaissent désormais : le report pur et simple de la décision du CIO, ou l’attribution définitive des JO 2030 à la France sous conditions. C’est cette deuxième piste qui revenait dans les discussions lundi soir, à quarante-huit heures de la décision.

« Les nuages gris qu’on avait au-dessus de la tête depuis trois semaines le sont beaucoup moins depuis quelques jours », veut croire David Lappartient, président du Comité national olympique et sportif français, qui évoque « beaucoup de réunions, beaucoup de travail » sur le sujet. « J’ai cru comprendre qu’on était en bonne voie », souligne de son côté Michel Vion, secrétaire général de la Fédération internationale de ski.

Ne resterait donc qu’à se mettre d’accord sur les conditions posées par le CIO. C’est précisément l’objet des discussions qui réunissent encore les équipes de Lausanne (Suisse) et les représentants français. Mais au vu des larges sourires échangés lundi soir sur la terrasse de la Fondation Vuitton entre Laurent Wauquiez, député de la Loire et président pour encore quelques jours de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et Karl Stoss, président de la commission de futur hôte pour les Jeux olympiques d’hiver, l’issue des débats semble acquise.

Le cabinet de M. Wauquiez a d’ailleurs donné rendez-vous dès le 18 juillet à la presse pour fêter « les Jeux d’hiver 2030 : le rêve devient réalité ». Et puis, comme le glissait lundi un responsable du mouvement sportif français, « le président Macron a confirmé sa présence mercredi à la session du CIO ».

L'Humanité
mercredi 24 juillet 2024 371 mots, p. 2

La solution

Quel symbole ! Lucie Castets, la candidate du Nouveau Front populaire (NFP) à Matignon, est une militante du service public, martyr des politiques libérales des dernières décennies. En annonçant son nom mardi soir, une heure avant l'expression prévue du président de la République au JT de 20 heures, le NFP a fait mieux que jouer un bon tour à Emmanuel Macron. Non seulement le chef de l'État s'est fait ravir la vedette par « l'inconnue » de la gauche - en fait bien connue de tous ceux qui partagent ses combats. Mais le NFP le met en demeure de nommer désormais sans délai la nouvelle première ministre pour sortir le pays de la situation de paralysie et de chaos dans laquelle le président l'a plongé à la veille des JO.

Sauf surprise, il était peu probable qu'Emmanuel Macron approuve cette solution pendant le JT. Mais ses appels à la «  trêve » olympique des partis politiques résonnent plus que jamais dans le vide, maintenant qu'une issue conforme au vote des Français est sur la table. Si le blocage perdure pendant les JO, l'hôte de l'Élysée en sera l'unique responsable. Non seulement parce que lui seul a pris le risque de dissoudre l'Assemblée nationale à l'orée de l'été, mais aussi parce que, depuis les législatives anticipées, il ne cesse de différer le moment de prendre acte du résultat des urnes qui a placé le NFP en tête. Son appel à la « trêve » n'est rien d'autre qu'une nouvelle manoeuvre dilatoire pour prolonger le statu quo actuel, celui de « l'entre-deux » d'un gouvernement soi-disant démissionnaire, qui continue en fait de gérer les affaires et dont les membres bénéficient de la double casquette de député et de ministre, au mépris de la séparation des pouvoirs.

Ce déni démocratique pourrait bien durer jusqu'à la rentrée, voire au-delà. Ce n'est plus alors une crise institutionnelle que la France traverserait, mais une crise de la démocratie elle-même comme on n'en connaît, jusqu'à présent, que dans les régimes où l'autocratie en place refuse de se rendre à la sanction du suffrage populaire. Voilà l'état réel du pays vers lequel les yeux du monde se tourneront dans quelques jours. La « trêve » d'Emmanuel Macron y est le nom du couvercle qu'il referme sur les élections.

L'Humanité
mercredi 24 juillet 2024 814 mots, p. 7

Le NFP ne laisse aucun répit à la « trêve politique » d'Emmanuel Macron

Gaël De Santis et Maël Galisson

Exécutif En proposant le nom de Lucie Castets pour le poste de premier ministre, le Nouveau Front populaire prend à contrepied la stratégie du président de la République, qui plaidait pour une « trêve olympique et politique ».

Le maître des horloges pris de vitesse ? Alors que le président de la République Emmanuel Macron devait sortir de son mutisme, ce mardi soir, sur France 2, après avoir demandé, en marge d'un déplacement au Village des athlètes, lundi, une « trêve olympique et politique », le NFP a sorti sa carte Joker. Alors que les négociations portant sur la désignation d'un candidat au poste de premier ministre semblaient dans l'impasse, voilà le nom de Lucie Castets, co-porte-parole du collectif Nos services publics, proposé. Cela une heure avant l'allocution du chef de l'État. Lui qui entendait, par la pause qu'il appelait de ses voeux, dissimuler quelques semaines encore le désaveu de son bilan, exprimé lors des élections européennes et législatives. Depuis, le chef de l'État semble hagard, incapable de démêler l'écheveau qu'il a lui-même créé en dissolvant l'Assemblée nationale. Tout juste a-t-il écrit une lettre aux Français, le 10 juillet, en fait une adresse aux partis républicains leur enjoignant de former un gouvernement. Une missive restée sans réponse.

Charge désormais à Emmanuel Macron de répondre à cette proposition faite par la gauche unie, alors que le locataire de l'Élysée oeuvrait ces derniers jours dans l'ombre, dans l'espoir d'accomplir ce qui n'a pas été possible lors des deux dernières années : conclure une alliance en bonne et due forme avec LR, dont le groupe Droite républicaine est présidé par Laurent Wauquiez. Ce dernier a présenté un pacte législatif qui promet le malheur au monde du travail en comprenant 13 propositions de loi dans le but de lever les prétendus « blocages du pays » : lutte contre l'assistanat ; amélioration des services publics à moyens constants... en luttant contre la « bureaucratie » ; et, surtout, austérité budgétaire. Pour l'heure, LR demande à l'exécutif de mettre en oeuvre ces mesures, mais se défend de toute velléité de former une coalition avec les macronistes.

Abroger la réforme des retraites

Difficile pour le chef de l'État de balayer d'un revers de main la candidature de cette haute fonctionnaire, ancienne élève de la promotion « Jean Zay » de l'École nationale d'administration. Seule sa candidature a permis de rassembler toutes les composantes du NFP. « Le Nouveau Front populaire a sa première ministre, a ainsi tweeté la député FI Clémence Guetté. Nous sommes prêts, pour nos services publics, pour abroger la réforme des retraites : il faut agir sans attendre. Emmanuel Macron doit la nommer. Nous allons tout changer. » Le sénateur Europe Écologie Les Verts Yannick Jadot s'est déclaré « très fier de soutenir Lucie Castets comme première ministre du Nouveau Front populaire. Son engagement pour les services publics, la justice sociale et la transformation écologique, et sa disponibilité pour servir le pays nous font honneur ! Il n'y aurait eu ni Nouveau Front populaire ni front républicain sans la société civile ! Elle est ici très bien représentée ! ».

« Impasse démocratique » et blocage parlementaire

Grandement affaibli, Emmanuel Macron pourra-t-il dans ce contexte maintenir le gouvernement de gestion des affaires courantes de Gabriel Attal tout l'été ? Quand bien même cela commence déjà à entacher la crédibilité de la France. Le président devra se rendre lui-même, mercredi, au Comité international olympique à Paris pour soutenir la candidature française aux JO d'hiver de 2030 : un premier ministre démissionnaire ne peut apporter certaines garanties concernant la livraison des Jeux. Une loi doit en effet être votée par le Parlement avant la loi de Finances... Politiquement, la situation n'est pas stabilisée. Et la Macronie est à la peine pour répondre à une gauche qui reprend l'offensive. Ce mardi, les insoumis ont déposé une proposition de loi afin d'abroger la réforme des retraites. À deux reprises ces derniers mois, la présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet, avait bloqué une telle initiative, au nom de l'article 40 de la Constitution qui veut que toute loi soit financée. Sauf qu'il existe désormais clairement une majorité dans l'Hémicycle contre la réforme, avec, depuis samedi dernier, une gauche majoritaire au sein du bureau de l'Assemblée.

Surtout, la Macronie ne prend pas la mesure de la colère dans le pays. « Le président se moque bien des Français », a dénoncé Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, qui rappelle que les citoyens « ont, ces dernières semaines, exprimé à trois reprises dans les urnes leur volonté de changement ». Afin de dénouer une « impasse démocratique avec des gouvernements qui tomberont dès la première motion de censure, qu'ils soient de droite ou même du NFP », il invite à un sursaut populaire. « Nous ferons appel au peuple, à l'intervention citoyenne, à toutes les forces vives de la nation, syndicales, associatives, citoyennes. Nous resterons unitaires pour deux au sein des forces de gauche et écologistes pour construire l'espoir du changement, malgré tout », prévient le dirigeant communiste.

Le Monde
France, mardi 23 juillet 2024 1228 mots, p. 10
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20 juillet 2024 - Le Monde (site web)
21 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Assemblée : le camp Macron dépossédé du budget

L’ancienne majorité a perdu le poste de rapporteur général du budget, et la commission des finances reste à LFI

Mariama Darame et Rachel Garrat-Valcarcel

La dernière des trois journées d’installation de la nouvelle Assemblée nationale, samedi 20 juillet, fut moins mouvementée que les deux premières, mais pas totalement sans surprise. L’entente sur les postes-clés entre l’ex-majorité et la Droite républicaine (DR, le groupe des députés Les Républicains) a plutôt porté ses fruits, car elle a permis aux macronistes de se maintenir à la tête de six des huit commissions permanentes, une de moins que lors de la précédente législature. En revanche, le groupe DR a échoué à obtenir la présidence de la stratégique commission des finances qui lui était destinée. Une demi-surprise tant, en l’espèce, la coalition présidentielle avait promis une chose qu’elle ne détenait pas vraiment.

Le président sortant, Eric Coquerel (La France insoumise, LFI, Seine-Saint-Denis), l’a finalement emporté au troisième tour, où la majorité relative suffit. Il a obtenu 29 voix : les 25 voix du Nouveau Front populaire (NFP), trois du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT), après le retrait de son candidat, Charles de Courson (Marne) et, semble-t-il, une défection du côté de l’entente entre macronistes et la droite. En face, la candidate DR, Véronique Louwagie (Orne), n’a réuni que 26 voix, une de moins qu’aux deux premiers tours. Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement national, Somme), lui, a glané les 18 voix de son groupe et de ses alliés ciottistes.

La plus grosse surprise est venue de la défaite du rapporteur général du budget sortant, Jean-René Cazeneuve (Renaissance). Le député du Gers a été battu par Charles de Courson, qui s’était illustré par son opposition frontale à la réforme des retraites au printemps 2023. Les deux hommes sont arrivés à égalité au troisième tour, avec 27 voix chacun, mais le député de la Marne a été élu au bénéfice de l’âge. « La commission des finances de l’Assemblée nationale est désormais dirigée par deux “insoumis” », a jugé Mathieu Lefèvre (Renaissance, Val-de-Marne) sur X, samedi. M. de Courson n’appartient pourtant pas à LFI et est plus connu pour sa rigueur budgétaire.

Colère à l’issue du vote

Le coup est dur pour le camp présidentiel, tant le rapporteur général du budget est une sorte de « ministre du budget bis », figure incontournable dans la préparation des textes financiers avec Bercy. Faisant part de sa colère à l’issue du vote, Jean-René Cazeneuve a accusé son successeur d’avoir «bafoué l’esprit de nos institutions »en se faisant élire à un poste traditionnellement dévolu à la majorité. « C’est extrêmement grave pour la construction de notre budget. Vous allez avoir un dialogue entre l’opposition et l’opposition, avec aucune possibilité d’un dialogue constructif vis-à-vis de Bercy », a asséné M. Cazeneuve.

Néanmoins, il n’est écrit nulle part dans le règlement de l’Assemblée que ce poste doit revenir à la « majorité », si ce terme a encore un sens actuellement. Il s’agit d’une simple coutume. Et deux heures plus tôt, ce sont les macronistes qui avaient remis en cause l’usage qui veut que les groupes déclarés comme appartenant à la majorité ne participent pas au vote pour la présidence de la commission des finances. Un poste dont il est, cette fois, clairement inscrit dans le règlement qu’il revient à un membre d’un groupe d’opposition. Toujours dans l’idée que la majorité ne choisit pas « son » opposition.

Samedi midi, l’arroseur s’est retrouvé arrosé. « Ils ont fait ce matin comme si le Medef voulait désigner le secrétaire général de la CGT,a ironisé le député écologiste des Yvelines, Benjamin Lucas . Eh bien, le tripatouillage n’a pas fonctionné et la commission des finances a rappelé avec force l’indépendance du Parlement. »A ce titre, Eric Coquerel a, dès son élection, annoncé qu’il démissionnerait si un gouvernement du NFP venait à être formé (car il juge qu’il serait alors dans la majorité au Palais-Bourbon).

L’entente entre l’ex-majorité et DR a quand même permis au groupe de Laurent Wauquiez d’obtenir un dernier poste stratégique : celui de rapporteur général du budget de la Sécurité sociale pour Yannick Neuder. Contrairement à Véronique Louwagie, perçue comme plus « macroncompatible », le profil du député de l’Isère, proche de Laurent Wauquiez, passe pour plus critique du bloc central. « Qu’on soit en mesure d’incarner notre pacte législatif sur les postes-clés, c’est bien ce qu’on souhaitait faire », avance-t-il. Résultat, les macronistes ne détiennent plus aucun poste important sur le budget au Parlement : ni à l’Assemblée nationale ni au Sénat.

Une position incongrue

Ailleurs, dans deux commissions, la gauche a « identifié des deals »entre Ensemble pour la République (le groupe des députés Renaissance), MoDem, Horizons, DR et extrême droite. Sans que l’on puisse formellement confirmer des accords, les résultats suggèrent qu’en commission des lois et en commission du développement durable, les voix RN et ciottistes se sont portées sur les candidats macronistes (respectivement Florent Boudié, député Renaissance de Gironde, et Sandrine Le Feur, députée Renaissance du Finistère) pour faire barrage au NFP.

« Chaque député a voté en son âme et conscience », a totalement assumé le président du groupe A droite !, Eric Ciotti (Alpes-Maritimes), qui voulait éviter à tout prix l’élection d’une présidente « écologiste d’extrême gauche » en commission du développement durable. En l’occurrence, Lisa Belluco (groupe Ecologiste et social, Vienne). On trouve au total six députés d’extrême droite élus vice-présidents ou secrétaires de commission, dont certains dès le premier tour, suggérant que de nombreux députés du bloc central ou de droite ont voté pour eux. « On a des scrutins plus incohérents les uns que les autres, entre cette nuit pour le bureau et puis là en commission », a soupiré la députée Renaissance du Maine-et-Loire, Stella Dupont.

Quant aux autres présidences de commission, celle des affaires sociales est revenue à Paul Christophe (Horizons, Nord), celle des affaires économiques à Antoine Armand (Renaissance, Haute-Savoie) et celle de la défense à Jean-Michel Jacques (Renaissance, Morbihan). Jean-Noël Barrot (MoDem, Yvelines) a été élu à la tête de la commission des affaires étrangères. Une position incongrue, alors qu’il est toujours ministre démissionnaire des affaires européennes. C’est la seule présidence de commission attribuée au MoDem.

Député du parti de François Bayrou, Erwan Balanant (Finistère), promis à la présidence de la commission des affaires culturelles, s’est fait battre par la socialiste Fatiha Keloua Hachi (Seine-Saint-Denis). M. Balanant a souffert de la concurrence d’une autre candidate de son propre groupe, Géraldine Bannier (Mayenne).

Des règlements de comptes sont peut-être à attendre au sein d’un groupe ressorti groggy de l’incroyable retournement de situation dans l’élection du bureau, qui a vu, dans la nuit de vendredi à samedi, le NFP obtenir une majorité surprise dans la plus haute instance de direction de l’Assemblée nationale (12 postes sur 22). Le MoDem n’y est plus représenté – hors extrême droite, c’est le seul groupe à en être absent.

La Conférence des présidents, réunie samedi après-midi, a acté que la première niche parlementaire, celle du Rassemblement national, aurait lieu le 31 octobre. D’ici là, sans gouvernement et donc sans ordre du jour, l’Assemblée nationale se retrouve dans une situation proche du chômage technique.

Le Monde
France, mardi 23 juillet 2024 1740 mots, p. 9
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22 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

A gauche, d’interminables négociations

Si les dirigeants du Nouveau Front populaire ont repris les discussions, samedi, les désaccords persistent

Laurent Telo

Pour les électeurs de gauche, le Nouveau Front populaire (NFP) est facile à aimer, mais difficile à comprendre. Le risque étant qu’à force de faire preuve de son incapacité à s’accorder sur une candidature commune à Matignon, ils finissent par le détester. Alors, vendredi 19 juillet au matin, quelques heures après la réélection de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée nationale face au communiste André Chassaigne, on est allé retrouver l’un des négociateurs de l’alliance de la gauche, à Paris, près de la butte Montmartre, dans une quiétude qui contrastait avec l’effervescence de la veille, pour qu’il nous explique tout, et dans l’ordre.

David Cormand, député écologiste européen et ex-patron des Ecologistes, a participé à des négociations certes secrètes, mais surtout stériles jusqu’ici, le NFP ne parvenant toujours pas à s’entendre sur ce fameux nom pour occuper le poste de premier ministre. Il nous a expliqué qu’il jugeait toujours possible que la gauche puisse accéder au pouvoir : « On n’est pas hors jeu, grâce à la confirmation, lors des votes à l’Assemblée, que l’alliance macroniste-droite est fragile », veut-il croire. Mais, selon lui, il ne fautquand même plus trop tarder : « Plus le temps passe, plus l’opinion qui a voté pour le NFP se lasse et plus Emmanuel Macron peut être créatif. Je suis donc favorable à ne pas le laisser trop réfléchir… »

Sauf que, vendredi matin, tout en délivrant ce message empreint d’une belle détermination, M. Cormand s’apprêtait à partir en vacances… La reprise des négociations est-elle renvoyée à la fin de l’été ? L’élu écologiste, à l’image des autres négociateurs et de tous les observateurs, semble un peu perdu. Au NFP, on tourne pas mal en rond, beaucoup dans le vide. Plus aucune négociation collégiale n’est menée dans un cadre formel, depuis que La France insoumise (LFI) a décidé, unilatéralement, de suspendre les négociations sur le nom du premier ministre, le 15 juillet, afin de se focaliser sur la recherche d’une candidature commune pour la présidence de l’Assemblée.

Le Parti socialiste (PS) a beau réclamer, dans un communiqué, vendredi 19 juillet, « un vote solennel des députés des quatre groupes du NFP d’ici au mardi 23 juillet » – après une demande des communistes allant dans le même sens –, à LFI, on n’est d’accord ni sur le calendrier ni sur le mode de désignation. Jean-Luc Mélenchon a clairement signifié qu’il n’y avait aucune urgence à se mettre d’accord. Quant au vote, c’est un moyen qui ne convient pas du tout aux « insoumis », toujours à la recherche d’un consensus. Tandis que les Ecologistes, eux, tardent à trancher cette question…

Vendredi, dans les couloirs de l’Assemblée, on pouvait tout de même assister à des conciliabules entre Manuel Bompard, le coordinateur de LFI, Olivier Faure, le premier secrétaire du PS et/ou Cyrielle Chatelain, la cheffe de file des députés écologistes. Des échanges téléphoniques bilatéraux maintenaient un filet de discussions entre les partenaires. Beaucoup de bavardages en aparté, mais rien de concluant.

Réunion de la dernière chance

Tout cela, c’était avant le « miracle » de samedi après-midi. Selon les informations du Monde, une réunion s’est de nouveau tenue, en toute discrétion,deux heures durant, en visioconférence, entre des représentants des quatre partis du NFP. Manuel Bompardet Aurélie Trouvé, députée de la Seine-Saint-Denis, pour LFI ;Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes, et Bruno Bernard, président de la métropole du Grand Lyon, pour les Ecologistes ; Olivier Faure, Pierre Jouvet, député européen, et Johanna Rolland, maire de Nantes, pour le PS ; Cécile Cukierman, sénatrice de la Loire, Christian Picquet et Igor Zamichiei, dirigeants du Parti communiste français (PCF). Une réunion de ladernièrechance ? « La reprise des négos est primordiale », juge Mme Tondelier, qui s’est fait une joie d’y participer, en tant que « facilitatrice » en chef de l’alliance de la gauche. « Cela montre que nous voulons préserver l’unité du NFP et que le dénouement est proche », veut-elle croire. L’ordre du jour est toujours le même : s’accorder sur un nom pour Matignon.

Celui de Laurence Tubiana, économiste et diplomate du climat, suggéré par le PS et soutenu par les communistes et les Ecologistes, est encore sur la table. Après plusieurs jours de silence, elle a officialisé sa disponibilité dans un grand entretien à l’Agence France-Presse, jeudi 18 juillet, se disant prête à devenir première ministre. Mais les « insoumis » ne veulent pas de Mme Tubiana, trop modérée et « macroncompatible » à leur goût. Et, de toute façon, ils s’opposent à tout candidat qui ne s’engage pas à appliquer intégralement le programme du NFP.

Ils ont aussi reparlé d’Huguette Bello, la présidente du conseil régional de La Réunion, qui a été proposée par le PCF et appuyée par LFI, car elle est proche de M. Mélenchon. Mais le PS ainsi que l’intéressée avaient dit non. « Si l’on travaille encore autour de cette candidature, c’est que nous estimons que les conditions permettant d’aboutir sont réunies, affirme Paul Vannier, député LFI du Val-d’Oise. La solution Huguette Bello est celle qui approche le plus d’un possible dénouement. » Si un consensus émergeait autour de sa candidature, elle pourrait donc changer d’avis.

Cependant, trois autres noms ont été évoqués, samedi, lors de la visioconférence : celui d’André Chassaigne, le chef de file des députés communistes, candidat malheureux au perchoir, qui avait été proposé par Fabien Roussel au tout début des négociations. L’écologiste Bruno Bernard a également remis dans le jeu celui de l’ex-ministre écologiste et actuelle dirigeante d’Oxfam France, Cécile Duflot, qui, contactée par Le Monde, dimanche midi, ne voulait rien commenter : « Je ne parle plus de politique. » Mais a-t-elle au moins été informée que son nom… « Je suis en train d’éplucher des carottes. Bonne journée ! » Dernière personnalité évoquée : Benoît Hamon, président d’ESS France (économie sociale et solidaire) et candidat à l’élection présidentielle de 2017. Tout en achevant son jogging dominical, il nous assurait qu’il n’était « absolument pas au courant ».

Formule assassine

La conclusion de cette réunion ? « On va se revoir, et vite, annonce Marine Tondelier. Lundi ou mardi. Et l’on devra trancher. On veut un nom, vite. Pour mettre la pression sur Emmanuel Macron. Ce nom ne sera pas le premier choix de tout le monde, c’est impossible, mais ce sera la meilleure solution pour mettre en œuvre le programme du NFP. »

Se reparler mais pour se dire quoi, finalement, puisque leurs désaccords paraissent insurmontables ? Tous pressentent l’imminence d’une décision, qui ne sera peut-être pas la permanence de l’union. Car, malgré l’affichage d’un optimisme forcené, la donne politique n’a pas changé, l’équation à résoudre non plus. La lutte de leadership entre le PS et LFI reste d’actualité, chacun des deux camps s’assurant que les noms qui seront éventuellement soumis au consensus, ou au vote, ne représenteront aucune menace, ni pour l’un ni pour l’autre, en vue de l’élection présidentielle de 2027.

Avant samedi, globalement, les partenaires du NFP donnaient l’impression de passer le plus clair de leur temps à essayer d’intoxiquer l’un ou de déstabiliser l’autre, en trouvant la formule assassine qui fait mouche. Comme Sophia Chikirou, députée LFI de Paris, qui a parlé, le 15 juillet, de « punaises de lit »pour décrire le « hollandisme », pourtant partie prenante du NFP.Puis, vendredi, sur BFM-TV, M. Mélenchon a dénoncé les « méthodes brutales »du PS, qu’il a accusé de faire « obstruction » sur la désignation du premier ministre. « Un gouvernement NFP est toujours possible, insiste, cependant, Laurent Baumel, député socialiste de l’Indre-et-Loire. A condition d’accepter l’idée que tout le monde n’aura pas la même vision homogène. C’est une question fondamentale : est-ce que l’on accepte d’avoir changé de régime ou pas ? Il va falloir s’habituer à un régime davantage parlementariste avec des gouvernements de coalition. »

M. Baumel a participé au dernier bureau national du PS en date, vendredi, au cours duquel les courants internes opposés à Olivier Faure ont, une nouvelle fois, pointé l’agenda à peine caché, et forcément coupable, de M. Mélenchon. Selon eux, le triple candidat à la présidentielle ne variera jamais : il ne veut pas gouverner, il vise la crise de régime pour contraindre Emmanuel Macron à démissionner.

Il rêve d’un second tour face à Marine Le Pen. Ces opposants socialistes ne sont pas toujours considérés par la direction du parti, mais ce qui a changé, cette fois, semble-t-il, c’est que, durant ce bureau national, ils ont cru entendre une phrase décisive de Laurent Baumel, proche d’Oliver Faure et représentant de l’aile gauche du parti, selon laquelle celui-ci était persuadé que, depuis le 7 octobre 2023 et les désaccords violents affichés par le PS et LFI pour qualifier les attaques terroristes du Hamas en Israël, plus jamais ils ne pourraient gouverner ensemble. Une intervention qui, à leurs yeux, pourrait accélérer la rupture tant espérée avec LFI. « J’ai dit que les divergences apparues à l’époque de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale[Nupes] et qui nous ont conduits à la suspendre après les attentats du 7 octobre sont toujours présentes et à l’origine des difficultés que nous rencontrons dans les négociations en cours au sein du NFP», précise M. Baumel.

Dans une séquence aussi sensible, les précisions sémantiques ont toute leur importance. Vendredi, M. Mélenchon a eu aussi cette phrase, sur BFM-TV, au sujet du choix de Mme Tubiana comme première ministre : « [Les partenaires du NFP] peuvent aussi décider à trois de faire ce qu’ils veulent. » Ce qui pourrait relancer l’idée d’un soutien de LFI à un gouvernement de gauche, mais sans y participer. Emmanuel Macron aurait davantage de mal à retoquer un gouvernement sans LFI, prémices d’une éventuelle majorité relative élargie à l’aile gauche du camp présidentiel.

« On veut gouverner, évidemment, rectifie Paul Vannier. C’est la seule hypothèse sur laquelle nous travaillons. » En revanche, le député (ex-LFI) de la Somme, François Ruffin, n’a usé d’aucune subtilité de langage pour qualifier, dimanche sur X, le spectacle de ces quinze derniers jours : « La gauche, quelle nullité !(…) Ils ne veulent pas gouverner. »

L'Humanité
mardi 23 juillet 2024 795 mots, p. 9

Émeline K/Bidi, figure de La Réunion et de l'union

Gaël De Santis

Parlement La députée ultramarine a été élue coprésidente du groupe Gauche démocrate et républicaine, qu'elle animera avec André Chassaigne. Emploi, logement... elle a déjà porté de nombreux combats.

La République tient parfois ses promesses. Les grands-parents d'Émeline K/Bidi (à prononcer « ker-bidi », le nom provient d'un cultivateur breton de Quimperlé, dans le Finistère, venu à La Réunion au XVIIIe siècle), députée de la 4e circonscription de La Réunion, étaient illettrés, de milieux très pauvres. L'Ultramarine a été élue, jeudi 18 juillet, coprésidente du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR), en binôme avec le communiste André Chassaigne.

« Ma mère n'a pas eu la chance d'aller très longtemps à l'école ; elle s'est arrêtée en troisième, parce que la famille comptait six enfants et qu'il fallait s'occuper des deux derniers. Elle a enchaîné les petits boulots », raconte-t-elle. Son père était le dernier de la fratrie et a pu poursuivre des études : il est devenu instituteur. « Mes parents m'ont toujours dit que l'école permettait de monter dans l'échelle sociale », se souvient-elle. Alors elle fait des études, comme ses frères. « Toujours dans le public », tient-elle à préciser. Et à l'université de La Réunion, même si elle aurait aimé faire Sciences-Po dans l'Hexagone. Il fallait garder de l'argent pour financer les études des deux plus jeunes. Après être passée par l'école du barreau de Paris, elle devient avocate.

Arrivée en tête aux législatives dans une commune de droite

En 2019, après la naissance de son fils, elle se rapproche géographiquement de ses parents et s'installe dans la ville où elle a grandi, Saint-Joseph, pour lancer son cabinet. « Je suis généraliste, je fais beaucoup de droit de la famille », relate-t-elle. Le maire Patrick Lebreton la repère et lui propose d'être sur sa liste aux municipales. « Elle est un produit de l'école républicaine », confirme-t-il à l'Humanité. Un symbole. Mais Émeline K/Bidi refuse, dans un premier temps , souhaitant se consacrer à son métier.

Elle franchit le pas aux municipales de 2020 et devient adjointe en charge de l'aménagement du territoire, en pleine période de Covid. « Elle avait une sérieuse formation juridique. Il fallait voir sa manière de mettre les choses en place », se souvient le maire. Elle convainc, notamment sur le dossier de la sécurisation d'une population menacée par les catastrophes naturelles dans un quartier de Saint-Joseph. « Elle a pris le dossier et a su faire équipe avec nous », loue le maire. Deux ans plus tard, la voilà propulsée candidate aux législatives pour le parti Progrès 974, dirigé par le maire de Saint-Joseph, et soutenue par la présidente de région Huguette Bello. Elle est élue une première fois en 2022. Puis réélue en 2024. « Elle est arrivée en tête dans la commune voisine de droite, qui est plus peuplée », se félicite Patrick Lebreton, qui y voit une promesse pour l'avenir. En parallèle de la politique, Émeline K/Bidi tient à maintenir son activité d'avocate. Elle s'y consacre un jour par semaine, si jamais l'envie lui prenait de claquer la porte, ou si elle essuyait une défaite, mais aussi pour sauvegarder les emplois liés à son cabinet. « J'ai à coeur de préserver mon indépendance », sourit-elle.Députée, elle porte, avec les cinq autres députés de gauche de La Réunion, les combats de son île : contre la vie chère, pour l'emploi et l'habitat. « Quatre-vingts pour cent de la population sont éligibles au logement social. Or, 45 000 personnes sont en attente. Il faut leur apporter une réponse », avance-t-elle. Avec d'autres, elle avait déposé une demande de commission d'enquête sur le logement indécent dans les outre-mers, adoptée lors de la niche du groupe GDR.

défendre les spécifités locales dans l'Hémicycle

Émeline K/Bidi travaille beaucoup avec les syndicats, car, à 9 300 kilomètres de Paris, une question est cruciale : celle des mutations. Nombre de fonctionnaires réunionnais souhaitent retourner sur leur île. « Cela représente 80 % des demandes d'intervention que je reçois, 80 % des courriers que j'adresse », informe-t-elle. Pour revenir au pays, un policier, par exemple, doit patienter quinze ans en moyenne.Logiquement, un député d'outre-mer doit également défendre les spécificités locales. « Nous avons obtenu que la deuxième réforme de l'assurance-chômage ne s'applique pas à La Réunion », pointe-t-elle. La saison de la canne à sucre s'est réduite avec le temps de six mois à quatre mois. Le risque était de voir des salariés qualifiés non indemnisés se tourner vers d'autres secteurs de l'économie. Après deux années de mandat législatif, Émeline K/Bidi incarnera, comme coprésidente, la composante ultramarine du groupe Gauche démocrate et républicaine (9 élus communistes ou apparentés, 8 élus d'outre-mer). « Il est important qu'il y ait un partage de la présidence, avec une jeune députée engagée, toujours sensible à l'unité et à la cohésion du groupe », souligne avec enthousiasme Marcellin Nadeau, député de La Martinique.

Libération
mardi 23 juillet 2024 779 mots, p. 11

AUTRE

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22 juillet 2024 - Libération (site web)

Avec son «pacte», Wauquiez espère un impact législatif

Victor Boiteau

AUTRE

En dévoilant lundi un paquet de mesures mis sur la table du pouvoir macroniste, le député de Haute-Loire déroule sa liste de courses, tout en refusant une coalition.

D ouble jeu à la sauce Wauquiez. Revenu sur le devant de la scène après la dissolution, le député de Haute-Loire affine sa stratégie parlementaire, un poil ambiguë. D'un côté, il a négocié ces derniers jours avec Gabriel Attal, le Premier ministre démissionnaire, la répartition des postes stratégiques à l'Assemblée. «C'est le braqueur du siècle», relève une députée Liot, en allusion aux deux vice-présidences et au poste de questeur obtenus par ses soins. De l'autre, l'exministre rejette toujours l'idée de coalition prônée par le chef de l'Etat après la défaite de son camp aux législatives. Pour épicer sa position, Laurent Wauquiez a dévoilé lundi les contours de son «pacte législatif», un paquet de mesures mis sur la table du pouvoir macroniste. Spéculations. «Pour tout exécutif qui [s'en] saisirait, nous nous engageons, de notre côté, à voter les lois qui sont à l'intérieur», a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse, aux côtés du chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau. Et Wauquiez de préciser, soucieux d'écarter les «fantasmes» : «Ce n'est pas une coalition gouvernementale et ce ne sera pas une coalition gouvernementale. […] Nous sommes indépendants et nous le resterons.» Un moyen de couper court aux spéculations de ceux l'ayant aperçu, la semaine dernière, échanger avec Attal dans les couloirs du Palais-Bourbon pour les postes de l'institution, scène vue comme l'amorce d'un rapprochement entre la macronie et les 47 députés «Droite républicaine». Voter les textes au gré des intérêts de son camp, poser des «lignes rouges»… La méthode ressemble à celle qu'applique la droite depuis 2022. Replongé dans la tambouille parlementaire, Wauquiez, lui, ne jure que par le sérieux de sa démarche. Brossant une «situation politique bloquée», l'élu refuse «d'être du côté de ceux qui bloquent ou jouent la politique du pire». Son pacte repose sur «une priorité, absolue, la revalorisation de la France qui travaille et qui a travaillé toute sa vie». En habits sarkozystes, il veut «retrouver un vrai écart de reconnaissance, de salaire net, entre celui qui travaille et celui qui ne travaille pas». L'ex-ministre croit dur comme fer à l'actualité de son constat dressé il y a une quinzaine d'années, à l'époque décrié y compris dans son camp, sur un «système d'assistanat qui nous coûte de plus en plus cher». Sa feuille de route s'articule autour de «l'autorité», la relocalisation de la production industrielle et agricole et les services publics. Sa mouture législative comprend treize propositions de loi, déjà dans les placards de la droite parlementaire. En matière régalienne, du pur classique à droite : retour des peines planchers, présomption de légitime défense pour les policiers ou suppression des allocations familiales pour les parents de jeunes délinquants. L'intégralité des mesures de la loi sur l'immigration censurées par le Conseil constitutionnel devrait aussi être reprise. Pour le volet relocalisation, l'ancien ministre défend la baisse des impôts de production, la «préférence locale» dans les commandes publiques ou un moratoire sur les nouvelles normes. Pour le travail, sa priorité, Wauquiez ressort la défiscalisation des heures supplémentaires, une réforme de l'assurance chômage ou l'instauration d'une aide sociale publique «plafonnée à 70 % du smic». Sans oublier, au rayon services publics, le renforcement de l'autonomie des établissements scolaires ou la territorialisation des études de médecine. Ambition. Dans l'opposition, le groupe de Wauquiez menace de déposer une motion de censure si le futur gouvernement augmente les impôts ou touche aux pensions des retraités. Avec ce «programme d'urgence nationale», Wauquiez attend désormais que le camp présidentiel «se positionne». Le ministre de l'Intérieur démissionnaire, Gérald Darmanin, lui aussi en lice pour 2027, a déjà bougé un orteil, évoquant la semaine dernière des «propositions très intéressantes». En face, Wauquiez jongle entre son ambition élyséenne, sa volonté de se tenir à distance de la macronie, et la carte de l'opposant responsable. Et s'attire déjà les critiques. Aurélien Pradié, député en rupture de ban avec LR, qui siège en non-inscrit, juge que «le pacte législatif, c'est de l'apparence». Pour Wauquiez, avance-t-il, «il faut que rien ne puisse vraiment réussir d'ici à 2027». «Aller dans un gouvernement, c'est se lier les mains, signer un chèque en blanc, cautionner tout ce qui a été fait depuis sept ans», s'est défendu de son côté l'intéressé ce lundi. Au même moment, Eric Ciotti, le patron du parti contesté en justice, l'a accusé dans un courrier envoyé aux adhérents LR de bâtir une «alliance avec Emmanuel Macron». Un double piège.

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro, mardi 23 juillet 2024 919 mots, p. 6

Politique

Les Français écoeurés par la séquence politique

Après un épisode politique interminable qui a débouché sur trois jours électriques à l'Assemblée nationale, plus de 8 Français sur 10 ont une mauvaise image des partis.

Beker, Thomas, Lagrave, Martin

Un député Insoumis qui provoque un « tête contre tête » avec le benjamin de l'Assemblée nationale lors de l'élection au perchoir. Des élus du Rassemblement national (RN) à deux doigts d'en venir aux mains avec un de leurs collègues du MoDem dans la salle des Quatre-Colonnes. Un bourrage d'urne lors de l'élection des vice-présidents de l'Hémicycle. Réunis pour se répartir les postes clés de la 17e législature, les députés ont offert un spectacle baroque, qui a souvent flirté avec le grotesque. Sonnés par une « campagne permanente » , les Français sortent groggy d'un enchaînement politique interminable. Européennes, dissolution, législatives, au lendemain de ce triptyque qui a déferlé sur le pays, le retour de bâton est sans appel pour la classe politique.

Selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour LeFigaro, 82 % des Français ont une mauvaise opinion des partis politiques, dont 25 % une «très mauvaise». Ce rejet, majoritaire dans toutes les catégories de la population, est aussi corrélé à l'âge (62 % de mauvaises opinions auprès des jeunes ; 88 % auprès des plus de 65 ans). Et c'est lorsqu'ils en parlent que les Français sont les plus durs envers les partis. Ils ne leur semblent ni «crédibles » (88 %), ni «honnêtes » (89 %), ni «porteurs de solutions efficaces » (82 %). Dans une vidéo publiée ce dimanche, le député François Ruffin répondait à une électrice «écoeurée» ayant déchiré sa carte électorale. Comme elle, 69 % des Français jugent les appareils politiques comme n'étant «pas utiles».

Une colère contre des formations qui n'ont pas manqué d'imagination pour sceller des accords politiques parfois contradictoires. Pour battre le RN au second tour des élections législatives, le Nouveau Front populaire (NFP) et le camp présidentiel ont opté pour le barrage républicain. Des désistements, très suivis par les électeurs, qui ont permis à la gauche d'arriver en tête (193 députés) et au bloc central de sauver les meubles (166). Et de déjouer les pronostics. Un accord de circonstance, qui s'est retourné contre la gauche lors de l'élection au perchoir : les macronistes ont tendu la main aux Républicains (LR) de Laurent Wauquiez, afin d'empêcher l'élection d'André Chassaigne, le candidat unique du NFP. Une séquence politique illisible, liée à l'éclatement de la Chambre basse en trois blocs minoritaires.

D'ailleurs, ces trois camps ne seront pas représentés équitablement dans l'Hémicycle : le RN, qui dispose pourtant du premier groupe (126 députés), n'a obtenu aucun poste clé parmi les trente distribués au fil du week-end. Vice-présidents de l'Assemblée nationale lors de la précédente législature, Sébastien Chenu et Hélène Laporte n'ont pas été reconduits.

Face à ce blocage institutionnel, les Français fustigent l'incapacité des partis politiques à constituer des coalitions susceptibles de proposer et de voter des textes. 61 % d'entre eux déclarent «ne pas comprendre les partis politiques» , qui rechignent à s'entendre, d'après le dernier sondage Odoxa-Backbone pour LeFigaro. «Ce n'est pas notre culture» , regrette Éric Bothorel (Renaissance), qui voit pourtant dans cette impasse une opportunité de «construire une coalition, comme l'ont fait les autres pays européens ». Mais, plutôt que d'élargir leur camp, les élus ont surtout fixé des lignes rouges. «Le bloc central doit faire des propositions. Ce sera ni le retour du monde d'avant, ni tout le programme du NFP, ni tout le pacte législatif des LR. Il faut travailler autour des textes pour montrer aux Français que l'on travaille» ,détaille le député.

Sauf que, dans les faits, les ouvertures restent minces. Côté gauche, les Insoumis attendent toujours que le président de la République appelle le Nouveau Front populaire à former un gouvernement. «Le président doit se tourner vers le NFP, j'attends qu'il m'appelle. C'est la base de la démocratie, car nous sommes en tête» , argue ce lundi sur Europe 1-CNews Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise. Pendant ce temps, les négociations pataugent encore sur le choix d'un premier ministre. Huguette Bello, proposée par les communistes et les Insoumis ? Veto des socialistes. Laurence Tubiana, personnalité issue de la société civile avancée par le PS ? Niet pour les Insoumis. Des atermoiements qui agacent jusqu'en interne : «Je m'impatiente, nous prenons trop de temps» , a déploré Sandrine Rousseau au micro de BFMTV ce lundi, qui regrette que la gauche n'ait pas réglé «les tensions qui existent depuis la campagne des européennes».

Après cette période d'effervescence politique quotidienne, la gueule de bois est brutale pour les électeurs. À gauche, Jean-Luc Mélenchon avait déclaré à une foule conquise, dès les prémices de la soirée électorale, que le Nouveau Front populaire devait «gouverner le pays».Depuis deux semaines, le NFP n'a offert au public que le spectacle de ses divisions. Puis il y a les sympathisants du RN, qui pensaient obtenir la majorité absolue... et qui se retrouvent avec un parti condamné à jouer l'opposant numéro un. Enfin, le camp présidentiel, qui a perdu sa majorité relative, attend toujours une fumée blanche du côté de l'Élysée.

Alors que le pays passe à l'heure olympique, de nombreux Français ont remisé la politique pour ne penser qu'aux vacances. Mais ces derniers jours au Palais Bourbon risquent de laisser un goût amer. Marie-Christine Dalloz, députée LR du Jura depuis dix-sept ans, résumait crûment la séquence au Figaro le week-end dernier : «Je suis traumatisée, j'ai honte. J'ai déjà vécu des journées pas faciles à l'Assemblée, mais celles-ci resteront dans les annales comme les pires. Nous avons donné une image pitoyable du parlementarisme.» T.B. ET ML

Le Monde
France, mardi 23 juillet 2024 838 mots, p. 10
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22 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

L’échec du Rassemblement national, le résultat d’une étonnante stratégie

Le RN n’a obtenu aucun des postes composant le bureau de l’Assemblée, et a perdu les deux vice-présidences conquises en 2022

Corentin Lesueur

Le Rassemblement national (RN) avait l’habitude de nier ses « défaites », un mot prohibé dans les rangs frontistes après la déception des législatives anticipées. Voilà le parti d’extrême droite qui, désormais, feint de s’amuser de ses propres échecs. Lors des votes qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale, vendredi 19 juillet, afin de répartir les postes-clés de l’institution, personne n’a autant ri dans l’Hémicycle que Marine Le Pen.

La cheffe de file des députés RN s’apprêtait, pourtant, à perdre ses deux vice-présidences, si précieuses, depuis deux ans, pour asseoir la légitimité de l’extrême droite. Surtout après les passages sages et courtois au perchoir de Sébastien Chenu. Mais pas de quoi réfréner l’hilarité de la triple candidate à la présidentielle : les premières joutes de la législature ont ressemblé à une bataille de chiffonniers entre la Macronie et la gauche, la première accusant la seconde d’avoir accepté les voix du RN pour obtenir deux vice-présidences en jeu.

Une allégresse à rebours de la mine noire affichée le jour même devant les caméras par la fille de Jean-Marie Le Pen, grondant contre les « manœuvres » de ses concurrents pour marginaliser les siens. Pour la première fois sous la Ve République, le premier groupe de l’Assemblée (126 membres) n’a décroché aucun des 22 postes qui composent le bureau de l’institution. « La clarification que voulait Emmanuel Macron est intervenue : nous sommes confrontés à une sorte de parti unique dont nous sommes en réalité la seule opposition », a-t-elle déploré.

Pour Marine Le Pen, les responsables sont à gauche – coupables d’avoir assumé un front républicain au sein du Palais-Bourbon – et chez les macronistes – tenus par un accord avec la droite, qui lui réserve plusieurs postes-clés. « Les LR[Les Républicains] se sont vendus à Renaissance[désormais Ensemble pour la République] qui les a achetés, cher », a-t-elle dénoncé en quittant l’Assemblée, avant l’élection des douze secrétaires.

Souci de la « démocratie »

Marine Le Pen a tenté de masquer l’échec cinglant de son étrange stratégie lors de l’élection des six vice-présidents, à laquelle concourraient huit candidats (deux à l’extrême droite, deux à gauche, quatre au centre et à droite), en se posant en victime des « magouilles » de ses adversaires. Soucieux d’afficher sa « transparence » et son souci de la « démocratie », le RN avait rapidement annoncé les six noms cochés par ses députés au premier tour du scrutin : deux représentants de chaque bloc pour assurer une « juste représentation ». Son bulletin, qui mentionnait « Thierry » Breton (le commissaire européen) et non « Xavier » Breton (le député LR de l’Ain), n’a pas seulement fait rire. Il a fait pschitt, en condamnant sans doute le parti à repartir bredouille.

En assurant la victoire, dès le premier tour, des deux « insoumis » (Clémence Guetté et Nadège Abomangoli) et de deux des représentants du centre ou de la droite (Xavier Breton et Naïma Moutchou), l’extrême droite a satisfait la gauche et mis les macronistes devant un choix simple : réserver les deux postes restants à l’un des siens (Roland Lescure) et à son allié (Annie Genevard, LR), ou permettre le maintien d’un des deux vice-présidents RN sortants (Sébastien Chenu et Hélène Laporte) que la majorité présidentielle avait fait élire en 2022. Marine Le Pen a ainsi évité au bloc centriste de tergiverser au deuxième tour entre le RN et la gauche.

La présence du RN au bureau de l’Assemblée n’était pas acquise par avance ; sa tactique a balayé les derniers espoirs de succès. Marine Le Pen voulait imposer, avec sa propre « ouverture », le respect par tous de la « pluralité ». Le front républicain n’a même pas eu à s’appliquer pour que son parti quitte le bureau de l’Assemblée.

Malgré la défaite, la cheffe de file de l’extrême droite s’est amusée du triste et bruyant spectacle offert dans l’Hémicycle par ses adversaires. Ce n’est sans doute pas un hasard si aucun député RN n’est intervenu, laissant centre et gauche se déchirer et se diviser.

Le lendemain de ces élections, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, jugeait « pas normal » que le parti présidé par Jordan Bardella n’ait pas de vice-présidence, à rebours de Gabriel Attal, chef des députés Ensemble pour la République et partisan d’un front contre l’extrême droite et contre LFI pour ces scrutins.

Marine Le Pen a perdu, « mais ce n’est pas ça qui nous empêchera d’avoir de plus en plus d’électeurs » , veut-elle croire. La députée du Pas-de-Calais parie même le contraire : profiter à terme, et presque en spectatrice, de l’enlisement d’une Assemblée symptomatique de la situation politique inextricable issue des législatives anticipées. Le RN ne peut plus miser que sur ses adversaires pour faire de sa piètre stratégie un coup de génie.

Libération
mardi 23 juillet 2024 1188 mots, p. 10,11

france

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22 juillet 2024 - Libération (site web)

Laurence Tubiana se met en retrait, le NFP à l'arrêt

Sacha Nelken

france

La diplomate a annoncé lundi «prendre acte» que son nom ne faisait pas consensus au sein de la gauche pour être proposé au poste de Première ministre. Les négociations au sein de la coalition se retrouvent à nouveau au point mort.

etour à la case départ.

R Plus de quinze jours après le second tour des législatives qui a vu le Nouveau Front populaire (NFP) arriver en tête, la gauche a dû rayer lundi un nouveau nom de la liste de ses possibles candidats à Matignon. L'ancienne négociatrice pour la COP 21 Laurence Tubiana a annoncé son retrait, observant que son nom ne fait pas consensus au sein de l'alliance des gauches : soutenue par les socialistes, les écologistes et les communistes, elle ne l'était pas, en revanche, par La France insoumise, qui la jugeait encore trop «Macron-compatible» et doutait de sa détermination à défendre l'intégralité du programme du NFP. «Je constate que mon nom a rencontré des oppositions au sein du NFP. Tout cela ne semble plus mener à l'apaisement dont nous avons tant besoin, a-t-elle écrit dans un communiqué publié lundi matin sur X. J'en prends acte et leur adresse tous mes voeux de réussite.» Le nom de la haute fonctionnaire avait été proposé une semaine plus tôt par le Parti socialiste, qui venait de son côté de refuser celui de la présidente du conseil régional de la Réunion, Huguette Bello. Trois jours plus tard, Laurence Tubiana confirmait qu'elle était disponible pour mener un gouvernement au nom du Nouveau Front populaire. «Je ne demande rien, mais c'est le moment de l'engagement et cela me correspond, indiquait l'économiste et diplomate du climat jeudi à l'AFP. Quand il y a une crise politique, il faut y répondre. Il y a besoin d'une personne de gauche, si cela doit être moi, je le fais.» Suspicion de trahison Pour sa première prise de parole, l'ancienne conseillère de Lionel Jospin s'était définie comme «une femme de gauche» et avait affirmé qu'en cas de nomination à Matignon, sa «boussole» serait le programme du Nouveau Front populaire. Un moyen de rassurer les insoumis, qui se sont d'entrée opposés à sa nomination. Les mélenchonistes, qui ne dérogent pas à la formule «le programme, rien que le programme, tout le programme» lancée par leur leader, invoquaient notamment une tribune collective cosignée par Tubiana le 11 juillet dans le Monde. Le texte appelait «sans tarder» à «tendre la main aux autres acteurs du front républicain pour discuter d'un programme d'urgence républicaine» : indice d'une «trahison» future, selon les insoumis, qui rappelaient que l'ancienne présidente de la Convention citoyenne pour le climat avait aussi été plusieurs fois pressentie pour entrer au gouvernement ces dernières années.

Sur les réseaux sociaux, la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, s'est dite lundi «désolée de cette nouvelle qu'[elle] comprend bien cependant». «Nous partageons avec toi la nécessité de l'apaisement, et de notre coalition du Nouveau Front populaire, et de notre pays, a-telle répondu à Laurence Tubiana. Et nous continuerons à suivre ton précepte posé en conclusion du communiqué ci-dessous : “Ne nous résignons pas, il faut avancer.”» A l'inverse, le désistement de Laurence Tubiana est «une bonne nouvelle», a estimé sur X la députée LFI Ersilia Soudais : «Nous ne voulons pas d'une Première ministre NFP compatible avec la macronie.» De quoi énerver la sénatrice PS Laurence Rossignol. «Etre Macroncompatible c'est plus grave ou moins grave que d'être Hamascompatible ?» interroge l'élue du Val-de-Marne, en allusion aux accusations de complaisance envers le mouvement islamiste régulièrement portées contre La France insoumise.

Quinze jours après son inattendu succès aux législatives, la gauche n'a donc pas avancé d'un pouce. Après s'être focalisés sur la conquête de postes clés à l'Assemblée, la semaine dernière, les partenaires avaient prévu de reprendre les discussions concernant le Premier ministre. Ils se sont retrouvés samedi pour une réunion en visioconférence, sans que cela suffise à lever les blocages. Les deux heures d'échanges n'ont permis de se mettre d'accord ni sur l'identité du prétendant du NFP sur Matignon ni sur la tenue d'un vote des députés, réclamé par les anciens frondeurs de La France insoumise, par les députés communistes et le Parti socialiste. «Le temps presse. L'impatience citoyenne légitimement monte. L'urgence sociale nous oblige. [Nous demandons] donc que ce vote des députés intervienne au plus tard mardi 23 juillet», écrivait le PS dans un communiqué vendredi. Les socialistes espéraient que ce procédé aboutisse sur la désignation de Laurence Tubiana, qu'ils continuaient à soutenir. «Les insoumis peuvent encore changer d'avis», voulait croire un député PS la semaine dernière. C'était mal connaître les mélenchonistes, qui n'ont pas bougé d'un iota. «Ce n'est pas sérieux de changer les règles du jeu en cours de parti», estimait l'élu de Haute-Garonne Hadrien Clouet.

Pour LFI, un vote des députés affaiblirait le potentiel candidat pour Matignon, dans la mesure où son score dévoilerait la part de votants qui ne l'auraient pas choisi. Les insoumis continuent, eux, de soutenir la Réunionnaise Huguette Bello, malgré son propre renoncement. Déjà compromis, le vote est désormais exclu après la mise en retrait de Tubiana. «Avec au moins un quart de l'alliance qui est contre la méthode et plus aucune candidature sur la table, c'est mort maintenant», reconnaît un négociateur. Pour autant, face à l'impatience des électeurs de gauche, les partenaires ne désespèrent pas de trouver un accord dans les prochains jours. «Nous sommes bloqués mais nous ne sommes pas encore dans une zone d'échec absolu, estime le communiste Christian Picquet. Dans certains pays, les gouvernements mettent des mois avant d'être formés.» Goût du secret Après la reprise des discussions à quatre ce week-end, les délégations avaient convenu de se retrouver «en début de semaine». Les options Huguette Bello et Laurence Tubiana désormais hors du coup, elles vont devoir trouver de nouveaux prétendants pour Matignon. Plusieurs noms sont arrivés sur la table au fil des discussions : le président du groupe communiste à l'Assemblée nationale, André Chassaigne, qui a manqué créer la surprise lors de l'élection de la présidence de l'Assemblée, la semaine dernière ; l'ancienne ministre du Logement Cécile Duflot ; et l'excandidat PS à la présidentielle de 2017 Benoît Hamon. «Ce sont des noms qui sont venus dans les échanges, mais il peut y en avoir d'autres», souffle un participant aux négociations. Après avoir vu les quelques noms sortis sur la place publique se faire tailler en pièces, les alliés cultivent désormais le goût du secret.

Si le Nouveau Front populaire refuse de se montrer pessimiste, la coalition n'a jamais semblé aussi loin du pouvoir. Sans candidat pour Matignon, difficile d'enjoindre le président de la République, Emmanuel Macron, à nommer un gouvernement de gauche. Qui plus est, à quelques jours des Jeux olympiques à Paris, à l'occasion desquels le chef de l'Etat a estimé venu le temps d'une «trêve politique». Mais l'annonce de la première interview télévisée du locataire de l'Elysée depuis les législatives, prévue mardi soir, pourrait servir d'accélérateur. Au NFP, on a conscience que ce sera sans doute la dernière occasion de mettre la pression sur l'exécutif avant l'été. Interrogé, un insoumis reconnaît : «C'est un baroud d'honneur.»• Lire aussi nos billets pages 8-9.

Le Monde
France, mardi 23 juillet 2024 516 mots, p. 11

JO : le CRIF dénonce les propos d’un député LFI sur les athlètes israéliens

Thomas Portes a affirmé, samedi, que ces sportifs « ne sont pas les bienvenus » à Paris

Services politique et société

Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), a qualifié, dimanche 21 juillet, d’ « irresponsables » les propos tenus la veille par le député « insoumis » de Seine-Saint-Denis Thomas Portes, qui a estimé que les « athlètes israéliens n’étaient pas les bienvenus aux Jeux olympiques de Paris » et appelé à la « mobilisation ». « Depuis le 7 octobre [2023, date de l’attaque du Hamas en Israël], Thomas Portes légitime le Hamas. Il met maintenant une cible dans le dos des athlètes israéliens, déjà les plus menacés des Jeux olympiques », écrit, sur X, le président du CRIF, rappelant qu’aux Jeux olympiques (JO) de Munich, en 1972, onze Israéliens avaient « été assassinés par des terroristes palestiniens ».

« Non, la délégation israélienne n’est pas la bienvenue à Paris. Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus aux Jeux olympiques à Paris », a affirmé, samedi 20 juillet, Thomas Portes, à Paris, lors d’un rassemblement de soutien au peuple palestinien, à quelques jours de l’ouverture des JO, vendredi 26 juillet, et du match de football qu’Israël disputera, mercredi 24 juillet au Parc des Princes, contre le Mali. Le député de Seine-Saint-Denis a appelé à utiliser « l’échéance » des Jeux et « tous les leviers que nous avons pour créer des mobilisations ».

Après la vague d’indignation qu’il a suscitée, le député est revenu sur ses propos, dimanche, sur le site du Parisien, affirmant défendre une position « claire et constante » des « insoumis ». « Je considère que la diplomatie française doit faire pression sur le [Comité international olympique] pour que le drapeau et l’hymne israéliens ne soient pas admis pendant ces Jeux olympiques, comme cela est fait pour la Russie », déclare-t-il, estimant qu’il « faut en finir avec le deux poids, deux mesures ».

« Dégoût »

Le président d’Israël, Isaac Herzog, sera à Paris pour l’ouverture des JO, a annoncé son bureau dimanche. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a indiqué, dimanche, sur France 2, que l’ensemble des délégations israéliennes seront « intégralement protégées par la police française vingt-quatre heures sur vingt-quatre », « y compris les arbitres ». Au passage, il a dit son « dégoût » de l’attitude du député « insoumis ».

L’ex-député socialiste Julien Dray a traité Thomas Portes d’ « incendiaire », tandis que l’ex-député Les Républicains des Français de l’étranger Meyer Habib, battu aux élections législatives, le 7 juillet, a qualifié La France insoumise (LFI) de « parti antisémite ». « Les athlètes israéliens sont évidemment les bienvenus à Paris comme tous les sportifs du monde. Pas pour ce qu’ils sont mais pour ce qu’ils font », a, pour sa part, assuré le député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj.

Du côté de LFI, des élus ont apporté leur soutien au député de Seine-Saint-Denis, à l’image du député de Paris Aymeric Caron, qui a dénoncé une polémique « indigne », jugeant que « le drapeau israélien, entaché du sang des innocents de Gaza, ne devrait pas flotter à Paris, cet été ».

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro Économie, mardi 23 juillet 2024 725 mots, p. 20

Économie

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22 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

La commission des finances compte peser sur les sujets fiscaux

Ruiz Perez, Julie, de Guigné, Anne

Juin 2022. À la grande contrariété de l'Élysée, les élections législatives ne donnent qu'une majorité relative à Emmanuel Macron. Pour la présidence de la commission des finances qui va traditionnellement à l'opposition, la candidature du député LFI de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel est source de tensions. Les LR hésitent un temps sur l'attitude à suivre. Ils craignent, comme d'ailleurs de nombreux députés Renaissance, qu'Éric Coquerel se serve de ses prérogatives de la présidence de la commission, notamment l'accès à des documents des services de Bercy couverts par le secret fiscal, à des fins politiques.

Dans les milieux d'affaires tournent aussi des scénarios noirs : l'Insoumis serait capable de transmettre à la presse les dossiers fiscaux des grandes fortunes du pays... Malgré ces craintes, les différents partis se résignent à laisser les équilibres parlementaires jouer, et Coquerel est élu. Deux ans plus tard, le ton a changé. À Bercy, comme parmi ses confrères de la commission, le sérieux du député est loué. « Nous avons de nombreuses différences d'appréciation avec Éric Coquerel, mais je ne peux pas critiquer son exercice de la présidence», note ainsi Véronique Louwagie (LR). «La fonction est d'ailleurs si cadrée que le président n'a pas vraiment beaucoup de latitude d'action», assure encore l'élue. «Éric Coquerel, malgré les nombreux désaccords politiques, a toujours fait preuve de respect envers Bruno Le Maire et vice versa . L'important, c'est de pouvoir discuter dans un cadre républicain » , relate une voix à Bercy. « Lui, au moins, on sait ce qu'il pense » , ironise un conseiller politique.

Les critiques pleuvent

Cette pique venue du camp Macron s'adresse au nouveau rapporteur général du budget, le député Liot Charles de Courson, qui semble davantage inquiéter que le président Insoumis dans les rangs macronistes. L'opposition virulente de ce centriste, technicien des finances publiques, à la réforme des retraites en 2023, avait déstabilisé profondément la majorité. Sa motion de censure transpartisane avait manqué la majorité à une poignée de voix près. Depuis son élection, les critiques pleuvent. « La commission des finances de l'Assemblée nationale est désormais dirigée par deux Insoumis » , a ainsi tancé le député Mathieu Lefèvre (Ensemble). « Ce sera l'idiot utile des Insoumis, peste un autre sous couvert d'anonymat, il doit son poste aux votes de la gauche et, s'il veut être réélu comme rapporteur général(l'élection se tient tous les ans, NDLR) , il ne peut pas vraiment aller contre eux. » Des attaques qui ne perturbent pas le très indépendant Charles de Courson, fidèle depuis des années à sa ligne de rétablissement des comptes publics.

Reste que ce nouveau découpage à la commission des finances va certainement jouer sur l'élaboration du budget, premier grand texte politique de cette Assemblée morcelée. Dans le scénario d'un gouvernement du centre et/ou de droite, le président de la commission des finances usera de tout son poids politique et institutionnel pour peser dans le budget avant même que le texte soit présenté au Parlement (traditionnellement, fin septembre). « Nous nous réunissons encore cette semaine afin de désigner les rapporteurs du budget, afin qu'ils puissent interpeller Bercy pendant l'été » , confie Éric Coquerel. Dès début septembre, il va également faire passer les ministres en audition pour connaître les orientations du texte. Enfin, fidèle au programme musclé de son camp sur ce thème, le député compte bien mettre en place des « dialogues de l'Assemblée nationale sur la fiscalité » , afin de « mettre des propositions concrètes sur la table » et dans le débat public.

Dans le cas où Emmanuel Macron désignerait un premier ministre issu du Nouveau Front populaire, « le rapport de force à la commission des finances ne serait pas défavorable à un budget élaboré par le NFP,poursuit l'élu. Nous avons à la commission et dans l'Hémicycle suffisamment de poids pour faire passer les mesures que l'on veut mettre en place dès le prochain budget», affirme-t-il. Et de rappeler que, déjà, lors de la précédente législature, «nous avions réussi à trouver des majorités sur des questions telles que les taxes sur les rachats d'actions ou sur les dividendes».

Sa présence à lui dans l'Hémicycle dépendra « du choix d'Emmanuel Macron » , précise Éric Coquerel. Si le président de la République venait à accepter un gouvernement émanant du NFP, « je démissionnerais de mon poste » , affirme l'élu Insoumis - qui espère, dans ce cas-là, récupérer Bercy. J. R. P. et A. G.

La Croix, no. 42977
France, mardi 23 juillet 2024 773 mots, p. 10

Laurent Wauquiez,un retour en pleine lumière

Lauriane Clément

En sevrage médiatique depuis les élections européennes de 2019, le président du groupe Droite républicaine a fait son grand retour après la dissolution de l’Assemblée nationale.

Celui qui se positionne désormais comme une figure politique incontournable a exposé, le 22 juillet, son « pacte législatif » pour la France.

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin, le nom de Laurent Wauquiez est sur toutes les lèvres. Le 10 juillet, à peine élu en Haute-Loire, le député a été adoubé pour présider le nouveau groupe Droite républicaine. C’est lui, encore, qui a œuvré en coulisses pour fournir à la majorité présidentielle les voix manquantes pour réélire Yaël Braun-Pivet au perchoir, le 18 juillet, en échange de postes clés pour son groupe. Et c’est toujours lui qui a présenté, le 22 juillet, un pacte législatif autour de 13 propositions de loi, sur lesquelles Les Républicains seraient prêts à marcher avec la majorité présidentielle… Comment est-il passé de l’isolement médiatique des dernières années à cette figure aujourd’hui omniprésente ?

Longtemps, Laurent Wauquiez a été un homme pressé. En témoigne sa batterie de diplômes décrochés au pas de course : Normale-Sup, Sciences Po, DEA de droit public, major de l’agrégation d’histoire et de l’École nationale d’administration… Sans reprendre son souffle, il est devenu le plus jeune député du Palais-Bourbon, à 29 ans. Une fonction qu’il a occupée de 2004 à 2007, puis de 2012 à 2017. Sous Nicolas Sarkozy, qui le jugeait « très prometteur », il a notamment été ministre des affaires européennes et de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Voilà pour les grandes lignes de son impressionnant curriculum vitae. En parallèle, Laurent Wauquiez a aussi placé ses pions au niveau local : maire du Puy-en-Velay de 2008 à 2016, il présidait la région Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2016. Et tant pis s’il a passé plus de temps dans l’appartement parisien familial, dont les fenêtres donnaient sur Matignon, qu’au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) où il séjournait, enfant, l’été. L’image compte, et il le sait. Dans son fief, toujours muni de sa parka rouge, il enchaîne les selfies et tutoie tout le monde. Son « côté chiraquien », comme il le revendique lui-même.

À Paris, l’ambiance est loin d’être la même. C’est peu dire que l’homme est clivant. Certains l’encensent, comme Yannick Neuder, député LR d’Isère : « Laurent Wauquiez sait tenir ses engagements et rester loyal. Il apporte de l’expérience, une méthode et a une grande capacité de travail. Il veut sincèrement améliorer l’état du pays et le quotidien des Français. »D’autres n’hésitent pas à dénoncer ses méthodes brutales et son autoritarisme. « C’est un tueur entouré d’une troupe de mercenaires, lâche l’un de ses anciens opposants politiques. Il est célèbre pour ses colères et ses SMS vachards. Je lui accorde une intelligence redoutable, mais il est fondamentalement insincère. »

Un double visage qui n’est pas sans lien avec ses revirements idéologiques. « Pour lui, seule la fin justifie les moyens,poursuit le même opposant. Il fait de la politique étape par étape, sans se retourner. lI est parti d’un échiquier chrétien-démocrate, pour finir vers une droite très dure, centrée sur le régalien et l’identitaire. » Son expression « cancer de l’assistanat », employée en 2011, lui colle ainsi à la peau. Il est aussi taclé pour avoir repris certaines formules anti-immigration du FN et s’en être dangereusement rapproché.

Depuis 2019, Laurent Wauquiez était aussi critiqué pour ses « refus d’obstacles ». Après la cuisante défaite des Républicains aux élections européennes, il a en effet démissionné de la tête de LR, et s’est isolé médiatiquement. Était-ce une manière de laisser d’autres que lui s’abîmer sur le devant de la scène, comme l’a fait son ex-ami Éric Ciotti ? En attendant son heure, lui a appris la patience.

Mais la soudaine dissolution l’a obligé à dévoiler plus tôt que prévu son ambition pour la présidentielle de 2027. « Il a été poussé à sortir de sa planque après cinq ans de purgatoire, analyse Bruno Cautrès, enseignant à Sciences Po et chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po . Il était temps, car certains commençaient à lui faire concurrence au sein du groupe, comme Xavier Bertrand. Son retour à l’Assemblée marque une étape importante pour prouver qu’il est l’homme fort pour 2027. » Encore faut-il qu’il parvienne à se montrer plus rassembleur que clivant.

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro, mardi 23 juillet 2024 737 mots, p. 9

Société

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22 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

En visant la délégation israé lienne aux Jeux olympiques, les Insoumis font l'unanimi té contre eux

« La délégation israélienne est la bienvenue en France » , a assuré Stéphane Séjourné, le ministre des Affaires étrangères, après les propos du député LFI Thomas Portes.

Lepelletier, Pierre

Dans la catégorie des polémiques, la première médaille de l'été 2024 revient à La France insoumise. À trois jours de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon se retrouve, une nouvelle fois, sous le feu des critiques. Le député LFI Thomas Portes a allumé la mèche samedi lors d'un rassemblement de soutien à la cause palestinienne. «Non, la délégation israélienne n'est pas la bienvenue à Paris. Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus aux Jeux olympiques», a déclaré l'Insoumis, en incitant à se saisir de «l'échéance» pour se mobiliser contre l'état Israël en guerre dans la bande de Gaza contre le Hamas. Thomas Portes a été soutenu par son collègue Aymeric Caron qui a dénoncé une polémique «indigne». «Le drapeau israélien, entaché du sang des innocents de Gaza, ne devrait pas flotter à Paris cet été» , a affirmé l'ancien journaliste.

Au-delà des instances représentantes de la communauté juive qui accusent LFI de placer «une cible dans le dos»des athlètes israéliens, ces positions ont été dénoncées par une grande partie de la classe politique. La polémique s'est même invitée à Bruxelles lundi où se tenait une réunion des ministres des affaires étrangères des vingt-sept pays membres de l'Union européenne. «Je tenais à dire, au nom de la France, que la délégation israélienne est la bienvenue pour ces JO. J'aurai d'ailleurs l'occasion de le redire au gouvernement israélien», a assuré le ministre français Stéphane Séjourné, qualifiant les propos de Thomas Portes d' «irresponsables et dangereux».

Au « 20 Heures » de France 2, dimanche, Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, avait lui fait part de son «dégoût» face à ce qu'il a perçu comme des appels aux «relents antisémites». Le locataire de la Place Beauvau en a profité pour rappeler, et surtout assurer, que «l'intégralité des équipes» israéliennes serait protégée « 24heures sur 24» durant toute la compétition.

Nombreux, y compris à gauche, ont jugé les propos de Thomas Portes d'autant plus indignes au regard de l'histoire. «Personne n'a oublié Munich 1972», a ainsi rappelé Carole Delga, la présidente socialiste de la région Occitanie. Lors de ces Jeux olympiques en Allemagne, une partie de la délégation israélienne avait été prise en otage et onze athlètes, assassinés par un commando de l'organisation terroriste palestinienne Septembre noir. «Munich 1972, les athlètes israéliens subissent la mort par des terroristes. Les sportifs israéliens doivent vivre en sécurité les Jeux de Paris 2024. Les paroles de ce député sont dangereuses et irresponsables», a également fustigé Michaël Delafosse, le maire PS de Montpellier.

Invité sur Europe 1/CNews lundi matin, Manuel Bompard, le coordinateur national de LFI, a défendu les siens, estimant cette polémique «inacceptable». «On a le droit, en France, de considérer qu'un événement comme les Jeux olympiques permet d'utiliser un moyen de pression diplomatique contre un gouvernement qui mène à l'égard de la population palestinienne des actions inacceptables, pointées du doigt par les organisations internationales», a-t-il martelé. Manuel Bompard a par ailleurs dénoncé un «deux poids, deux mesures insupportable» avec la délégation russe qui participera aux Jeux olympiques sous bannière neutre. «Quoi qu'on pense de Netanyahou, confondre volontairement la démocratie israélienne et la dictature russe, c'est une faute morale et politique», a répliqué la sénatrice PS Corinne Narassiguin.

Résultat : cette nouvelle polémique vient encore un peu plus diviser la gauche alors même qu'elle tente toujours de s'accorder sur le nom d'un premier ministre à proposer à Emmanuel Macron. Plus de trois semaines après la victoire du Nouveau Front populaire aux élections législatives anticipées, les quatre partis ne parviennent toujours pas à s'entendre... À noter toutefois que les positions de ces Insoumis sur ce sujet ne sont pas nouvelles, et précédaient bien l'accord du NFP. Dès le mois de février, 26 députés de la Nupes - dont des écologistes avec des Insoumis - avaient écrit une lettre à Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO). Ils exigeaient déjà que soient «appliquées à Israël les mêmes sanctions qu'à la Russie ou à la Biélorussie» pour les Jeux à Paris. P.L.

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro, mardi 23 juillet 2024 986 mots, p. 5

International

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21 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

En Allemagne, Boris Pistorius, ministre de combat de la Bundeswehr

Personnalité politique préférée des Allemands, le ministre de la Défense veut rendre son armée « apte à la guerre » .

Avril, Pierre

Au milieu des blindés et des épaulettes, quoique vêtu d'un costume strict anthracite, Boris Pistorius baigne dans son élément. Le politique de 64 ans grimpe dans la cabine d'un porte-conteneurs, actionne le vérin permettant d'arrimer ce dernier à la caisse d'un poids lourd. Plus loin, dans un hangar, il chausse des lunettes virtuelles tout en lâchant quelques plaisanteries. Au milieu d'une démonstration de fonctionnement d'une pompe à eau, il s'enquiert des états de service personnels du sous-officier accompagnateur. Il s'agit d'un «dialogue avec les camarades» , dit-il.

Jeudi 17 juillet, le ministre allemand de la Défense entamait au sein du commando de logistique basé à Erfurt, un programme d'été de visite de sept bases de la Bundeswehr. C'est dans la capitale de la Thuringe que siège le commandement de cette division, une arme traditionnellement jugée peu noble, mais dont il vante le savoir-faire dans les opérations en cours de retrait des troupes du Mali et du Niger. «Des soldats enthousiastes, innovants et engagés» , salue-t-il.

À la fois dans l'escadron aérien de Büchel (Rhénanie-Palatinat) ou au régiment d'infanterie de Leipzig, étapes des visites ministérielles, «les forces armées doivent devenir aptes à la guerre, capables de dissuader efficacement un agresseur potentiel» , ne cesse-t-il de répéter. Le message s'adresse aussi bien aux troupes qu'à une société allemande traditionnellement pacifiste, traumatisée par les errements de la Wehrmacht. À Erfurt, en ex-RDA, où la population exprime volontiers ses sympathies à l'égard de la Russie, il réplique que la «menace»du Kremlin est «réelle». À partir de 2029, affirme-t-il, Moscou sera «en capacité d'attaquer l'Otan».

Convaincu de l'avènement d'une nouvelle ère de tensions, exposant l'Allemagne à ses vulnérabilités, Boris Pistorius trace sa route, marchant parfois en solitaire. Il plaide pour un soutien accru à l'Ukraine, quitte à agacer ses camarades pacifistes du SPD, et salue le projet américain de déployer à partir de 2026 en Allemagne de nouvelles batteries de missiles à longue portée. C'est lui qui a forcé la décision de déployer une brigade en Lituanie sous commandement allemand, afin de protéger le flanc est de l'Otan. Enfin, il souhaite réintroduire un service national obligatoire. Ses alliés libéraux du FDP critiquent l'initiative, estimant qu'elle coûte trop cher et porte «profondément atteinte»aux libertés indivi-duelles.

Longtemps habituée à des ministres pâlots, héritant d'un portefeuille traditionnellement dénigré, la troupe se félicite cette fois d'avoir hérité, en mars 2023, d'un politique attentif à leurs besoins. L'ancien ministre de l'Intérieur de Basse-Saxe (SPD) avait remplacé Christine Lambrecht, une autre sociale-démocrate rapidement dépassée par les conséquences de l'invasion russe. Son successeur est «un ministre authentique, très engagé dans sa mission et qui a tout de suite établi un bon contact» , se réjouit un officier, sous le couvert d'anonymat.

« J'ai besoin de plus d'argent »

Son homologue français, Sébastien Lecornu, avec qui il a donné une seconde vie au projet de char franco-allemand de nouvelle génération, l'apprécie. «Chez Boris, l'envie de changer les choses est le fruit d'un engagement à la fois politique et profondément patriote. Ensemble, nous avons également défendu des convictions, pour construire des projets qui changent la donne et renforcent la sécurité de nos concitoyens» , se félicite auprès du Figaro, le ministre sortant du gouvernement Attal. Cerise sur le gâteau : Boris Pistorius reste, depuis quinze mois, inamovible sur son trône, la personnalité politique préférée des Allemands, loin devant Olaf Scholz. «Quand je parle de sécurité nationale, je ne trahis aucun secret», dit-il pour justifier sa popularité.

Dans son cercle politique, tout ne serait que béatitude si celle-ci n'était assombrie par les lois impitoyables de la rigueur budgétaire allemande. «J'ai besoin de plus d'argent» , a résumé d'une phrase le ministre à Erfurt, mercredi dernier, quelques heures après que le Conseil des ministres avait approuvé le projet de loi de finances pour 2025. Le ministère de la Défense n'a reçu que 1,25 milliard d'euros sur les 6,7 milliards supplémentaires qu'il réclamait, conduisant notamment à une division par deux (4 milliards d'euros) du montant de l'aide militaire à l'Ukraine.

À partir de 2028, l'Allemagne pourrait ne plus respecter l'engagement de chaque pays de l'Otan de consacrer au moins 2 % de son PIB aux dépenses militaires. Cette date correspond à l'expiration du Fonds spécial de 100 milliards d'euros, lancé par Olaf Scholz au lendemain de l'offensive russe. En attendant, c'est à crédit que Berlin vient d'acheter 100 exemplaires de chars Leopard 2 de nouvelle génération, livrables en 2030, dans l'hypothèse d'une guerre Russie-Otan.

Chaque année, de manière rituelle, la rapporteur du Parlement auprès de la Bundeswehr, Eva Högl, décrit la situation matérielle pitoyable dans laquelle se trouve l'armée, victime de décennies de sous-investissement chronique et d'une politique quasi constante d'orthodoxie budgétaire. La députée chiffre à 300 milliards les besoins.

«L'aptitude à la guerre ne s'exprime pas en chiffres» , mais en compétences, tente de rétorquer Boris Pistorius. Le ministre en veut pour preuve l'évolution du conflit ukrainien, où l'usage des drones et de la guerre électronique prévaut. Par solidarité gouvernementale, il s'abstient de critiquer la sacro-sainte règle budgétaire du frein à la dette, qui limite les possibilités d'endettement de l'État allemand, mais ne craint pas d'exprimer ses états d'âme.

«Ces arbitrages budgétaires m'agacent, je l'ai déjà dit», et il s'en plaint même auprès de ses troupes. «Compte tenu de la menace et des exigences pesant sur la Bundeswehr, les résultats ne sont pas ceux que nous avions imaginés» , a- t-il regretté, dans une lettre adressée à son personnel. Lors de son passage à Erfurt, le ministre a annoncé 95 millions d'euros d'investissement au profit du commando de logistique, tout en rappelant que celui-ci poursuivra ses restructurations. Émanant d'un homme politique peu porté sur les honneurs, niant toute ambition pour la Chancellerie, cette persévérance séduit. Sa mission - d'autres parleraient d'un chemin de croix - lui suffit. P. A.

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro, mardi 23 juillet 2024 625 mots, p. 3

International

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22 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Si elle est désignée, la vice-présidente devrait choisir un colistier modéré

Vissière, Hélène

À peine Joe Biden avait-il annoncé son retrait que les spéculations allaient bon train sur le potentiel colistier de Kamala Harris, même si cette dernière n'est pas encore désignée pour le remplacer. Un colistier est choisi pour ses compétences, sa capacité à attirer une partie de l'électorat qui échappe au candidat, ou à l'aider à remporter un État crucial. En 2020, par exemple, Joe Biden avait fait appel à Kamala Harris, une femme, noire, plus jeune que lui. En 2008, Barack Obama avait nommé Joe Biden pour son expérience, notamment en matière de politique étrangère, ce dont manquait le jeune sénateur.

Cette année, le calcul électoral devrait être le suivant, selon la plupart des experts politiques : Kamala Harris étant la première femme noire et asiatico-américaine à briguer la présidence du pays, elle devrait plutôt sélectionner comme numéro deux un homme blanc, relativement modéré pour contrebalancer son image de « gauchiste » de Californie. Surtout, compte tenu d'un scrutin sans doute très serré, elle choisira certainement un colistier qui vient d'un État clé.

Parmi les noms qui circulent, on parle beaucoup de Roy Cooper, 67 ans, gouverneur de Caroline du Nord, qui arrive à la fin de son mandat et ne peut plus se représenter. C'est un modéré qui peut attirer des électeurs conservateurs. Par ailleurs, la Caroline du Nord est une des priorités des démocrates : ils l'ont perdue de très peu en 2020 et Cooper pourrait améliorer leurs chances de la reconquérir.

Autre candidat pressenti : Andy Beshear, 46 ans gouverneur du Kentucky. Ce père de deux enfants est l'un des rares démocrates à avoir réussi l'exploit de se faire réélire en 2022 dans cet État très conservateur qui a voté majoritairement pour Donald Trump lors de la précédente présidentielle. Lui aussi a été procureur général de l'État et mène une politique centriste. Seul hic : le Kentucky n'est pas un État clé, et les démocrates ont de toute manière peu de chances de le remporter.

Mark Kelly, 60 ans, sénateur de l'Arizona, aurait, lui, des chances de faire pencher cet État très important gagné par Joe Biden par moins de 11 000 voix en 2020. Pilote de la Navy puis astronaute de la Nasa, il est marié à Gabrielle Giffords, une ancienne députée grièvement blessée par une fusillade lors d'un meeting électoral. Mais son départ obligerait à une élection pour son siège de sénateur.

Josh Shapiro, gouverneur de Pennsylvanie, le plus gros « swing state » (État pivot), s'est fait remarquer par des politiques modérées. Cet ancien procureur ayant notamment travaillé sur le rôle de laboratoires pharmaceutiques dans la crise des opiacés pourrait faire pencher la balance en faveur des démocrates. Mais ce père de quatre enfants n'est en poste que depuis deux ans et est un grand défenseur d'Israël, alors qu'une bonne partie de l'électorat condamne la politique et l'intervention militaire de l'État hébreu à Gaza.

Pete Buttigieg, 42 ans, ministre des Transports, est diplômé de Harvard et d'Oxford, ancien officier des services de renseignements déployé en Afghanistan et ancien maire d'une ville de l'Indiana. Il serait le premier candidat à la Maison-Blanche à avoir divulgué son homosexualité. Gretchen Whitmer, 52 ans, est la gouverneur du Michigan, État clé au fort électorat ouvrier, noir et arabe jusqu'ici peu séduit par Joe Biden. Celle que Donald Trump désigne régulièrement comme «that woman from Michigan» (« cette femme du Michigan ») a échappé en 2020 à un projet d'enlèvement par une milice d'extrême droite, et est considérée comme « présidentiable » en 2028... Mais certains politologues considèrent qu'un duo exclusivement féminin pourrait rebuter des électeurs moins progressistes et, surtout, contrairement à d'autres, Whitmer ne s'est pas empressée de soutenir le nom de Kamala Harris comme remplaçante de Joe Biden. H. V.

L'Humanité
mardi 23 juillet 2024 52 mots, p. 5

Édile confuse

Décidément, la confusion mentale règne chez la maire LR de Montauban, Brigitte Barèges, réélue députée avec le soutien du RN. Après avoir choisi une photo du maréchal Pétain pour illustrer un article sur la Libération dans le journal municipal du 9 juillet, la voilà qui revendique fièrement sa « filiation » gaulliste.

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro Économie, mardi 23 juillet 2024 1125 mots, p. 20

Économie

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22 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

ISF, taxe sur les superprofits... Le camp Macron pourrait se résoudre à des hausses d'impôts

Après avoir tenu contre vents et marées la ligne de la stabilité fiscale, certains, dans l'ancienne majorité, penchent pour une mesure fiscale « symbolique » .

Ruiz Perez, Julie, de Guigné, Anne

Vous avez économiquement raison, mais politiquement tort.» Cette phrase, qu'Emmanuel Macron aurait rétorquée à un économiste qui lui suggérait de réformer les droits de succession, certains considèrent aujourd'hui qu'elle s'appliquerait parfaitement à la politique fiscale du camp présidentiel ces dernières années. « Économiquement raison » , car, après un premier quinquennat résolument tourné vers les baisses d'impôts (environ 50 milliards d'euros partagés entre les particuliers et les entreprises) dans le cadre d'une politique de l'offre qui a porté ses fruits, l'ancienne majorité a insisté pour tenir coûte que coûte la ligne de la « stabilité fiscale ». Crise des « gilets jaunes » , du Covid, de l'inflation, alertes sur les finances publiques..., nombreuses ont pourtant été les occasions qui ont fait resurgir dans le débat des demandes sur la taxation, notamment la taxation des « riches ». «Il n'y aura pas de hausses d'impôts» , répétait à tous les temps et sur tous les tons Bercy à chaque fois que la question frémissait dans l'opinion. «Ne pas augmenter la fiscalité, c'est l'ADN de la majorité» , clamait même Bruno Le Maire, ministre de l'Économie issu de la droite et plus farouche tenant de cette ligne.

Les pistes s'accumulent

Aujourd'hui, en creux, l'ancienne majorité s'interroge sur ce patrimoine génétique qui a pu constituer un handicap politique. «Il aurait fallu donner un signe» , souffle l'un de ces membres. En voyant les scores réalisés par le Rassemblement national et les différents partis de gauche - qui mettent tous deux en avant ce thème -, le camp Macron se dit désormais qu'il a peut-être eu «politiquement tort» de rester sourd aux demandes répétées de « justice fiscale ».

Au vu des nouveaux équilibres politiques, un geste fiscal dans ce sens apparaît aujourd'hui inévitable aux macronistes, qui réfléchissent en coulisses pour trouver la « mesure magique » permettant de gagner des points dans l'opinion sans pour autant gripper la délicate machine de l'activité et de la croissance. L'idée serait de reprendre la main sur cette question en faisant une proposition forte avant que les oppositions, notamment la gauche, ne leur coupent l'herbe sous le pied en lançant « le grand concours Lépine de la mesure fiscale la plus populiste » , craint un proche du gouvernement. Dans cette recherche, « toutes les options sont sur la table ».

En tout cas, dans les milieux d'affaires, par nature si hostiles à l'impôt, on est déjà presque résigné. « Quand on voit le paysage politique, on ne peut que s'attendre à des hausses de fiscalité » , soupire un grand patron. Fatalistes, les entreprises en sont rendues à espérer que ces « hausses » soient le plus indolore possible et redoutent par-dessus tout la «créativité fiscale dévastatrice» de la gauche. «Selon toute logique, cette mystérieuse mesure consensuelle devrait se concentrer sur les grands groupes» , déduit un chef d'entreprise.

Effectivement, avant même les élections, la mise en place d'une taxe sur les rachats d'actions - une pratique financière de certains grands groupes côtés - était déjà prévue. À Bercy, on travaille toujours pour que cette mesure soit prête à être inscrite dans le projet de loi de finances (PLF) 2025. L'ancienne majorité avait également acté le fait que la Crim - taxe sur les superprofits des énergéticiens - serait renforcée pour des recettes attendues à plus de 2 milliards d'euros (contre 300 millions l'an dernier). Les dispositifs de taxe sur les superprofits ont le vent en poupe, y compris au sein de l'ex-majorité. Depuis des mois, les pistes s'accumulent pour créer une taxe similaire à celle qui touche les énergéticiens pour d'autres secteurs, la distribution, par exemple. Les armateurs, eux, craignent que soit raboté l'avantage fiscal accordé aux entreprises de fret maritime.

En plus de ces mesures, le camp présidentiel pourrait être tenté de surenchérir en proposant une fiscalité accrue sur les « riches » particuliers. Dans cette optique, «le retour d'une certaine forme d'ISF n'est pas exclu», confie un familier de l'Élysée. L' « ISF vert » serait une des possibilités à l'étude. L'an dernier, lorsqu'il a été proposé par Jean Pisani-Ferry, un économiste proche du président, celui-ci séduisait déjà certains membres de la majorité - qui s'étaient bien gardés de le dire au nom de la « ligne ». Pour rappel, l'expert prônait la mise en place d'une taxe temporaire sur les 10 % de Français les plus aisés afin de financer les investissements dans la transition écologique. Dans le contexte actuel, la bienveillance des Français vis-à-vis de cette idée - une majorité de Français (55 %) applaudissait l'idée, selon un sondage YouGov - contribue certainement à la remettre au goût du jour. Il faut dire que, depuis sa suppression, en 2018 (première mesure fiscale d'ampleur d'Emmanuel Macron), l'ISF n'a cessé de refaire surface dans le débat public.

Impôt symbolique par excellence, certains dans la majorité verraient bien pousser la logique jusqu'au bout en rétablissant un «ISF symbolique» , c'est-à-dire un ISF dont les plafonds, les règles et les exceptions rendraient son poids supportable, voire léger, pour les assujettis. Le nouveau rapporteur du budget à l'Assemblée nationale, Charles de Courson (Liot), l'admet volontiers : «En excluant les valeurs mobilières, l'IFI (qui a remplacé l'ISF en 2017) ne prend plus en compte ce qui constitue le patrimoine des plus grandes fortunes françaises. Cela pose problème. Nous pourrons en débattre, tout comme de la progressivité du barème de l'impôt sur le revenu ou de l'articulation entre cet impôt et le prélèvement forfaitaire unique.»

« Progressivité du barème de l'impôt »

À Bercy, on note que, « dans la période actuelle, il n'est pas anormal que chacun lance des idées en l'air ». « C'est sûr que, en France, on pourrait faire un gouvernement d'union nationale basé sur l'ambition d'augmenter les dépenses et les impôts, raille une source gouvernementale. Mais, le problème des mesures fiscales symboliques, c'est qu'elles sont aussi symboliques pour les investisseurs ». Avant de se précipiter sur des propositions plutôt classées à gauche, « la « majorité » ferait bien d'attendre de voir ce que va donner l'ouverture vers la droite », ajoute un de ses membres.

Pour l'instant, à droite, à entendre Véronique Louwagie (LR), la ligne est claire. « Nous sommes opposés à toute hausse d'impôt, assure la députée, pilier de la commission des finances . Pour nous, la priorité est de s'attaquer aux dépenses publiques. Et après on pourra éventuellement parler impôts. » Les hausses d'impôts sont également une ligne rouge figurant dans le « pacte législatif » présenté ce lundi par Laurent Wauquiez, président du groupe Droite républicaine à l'Assemblée, et Bruno Retailleau, son homologue au Sénat.

« Nous ne savons pas quel gouvernement va présenter le budget en septembre, conclut un autre connaisseur des rouages de l'Assemblée. Alors savoir ce qu'il y aura dans le texte... » J. R. P. ET A DE G

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro, mardi 23 juillet 2024 617 mots, p. 7

Politique

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22 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Après le retrait de Tubiana, le difficile recours à la société civile

Gentilhomme, Célestine

Depuis plus de deux semaines, l'équation Matignon vire sérieusement au casse-tête à gauche. Il y a quelques heures encore, une dernière carte semblait toujours sur la table : Laurence Tubiana, 73 ans, négociatrice des accords de Paris (2015) et économiste engagée. Proposée par le Parti socialiste, l'intéressée s'est finalement retirée de la course, faute d'accord entre les quatre forces du Nouveau Front populaire (NFP). Dans un communiqué publié ce lundi sur son compte X, la diplomate de l'environnement a glissé un dernier conseil à ses camarades : «C'est de là, de l'engagement citoyen, que naissent les solutions. Il est possible et nécessaire de faire de la politique autrement.»

De quoi remettre de l'eau au moulin des socialistes, qui poussent pour une candidature issue de la société civile. «Ça permettrait de sortir de la logique de confrontation entre les quatre partis de l'alliance. C'est un moyen de réconcilier tout le monde et de sortir par le haut» , plaide Arthur Delaporte, député PS du Calvados. Le temps presse, alors que le parti de la rose réclame un vote des quatre groupes avant ce mardi pour trouver un candidat commun. Rangés derrière la proposition de Laurence Tubiana, les écologistes et les communistes veulent eux aussi croire qu'une fumée blanche peut encore venir de la société civile. «Elle fait partie de la solution» , assurait la patronne des Verts, Marine Tondelier, au micro de France Inter début juillet. À leurs yeux, le candidat idéal doit cocher plusieurs cases : un profil d'expert, en dehors du sérail politique, et capable de préserver l'unité des stratégies partisanes. L'invocation n'est pas nouvelle, précise le politologue Christophe Boutin : «Il y a toujours eu le mythe d'un inconnu, né de la société civile, qui parviendrait à rassembler. Mais, cette fois, ce serait un rassembleur sous le contrôle des partis.»

Au lendemain de la dissolution surprise, l'ex-chef de file de la liste des socialistes aux européennes, Raphaël Glucksmann, avait déjà tenté d'imposer le nom de l'ancien patron de la CFDT Laurent Berger pour prendre la tête d'un éventuel gouvernement de gauche. Sans succès. Signe aussi qu'une figure consensuelle se déniche plus difficilement dans les rangs des forces politiques. «On peut trouver du rassemblement quand quelqu'un dispose du leadership, comme ce fut le cas du PS pendant plusieurs années. Aujourd'hui, plus personne ne peut à ce stade prétendre avoir l'hégémonie» , explique Arthur Delaporte. Par peur de perdre le bras de fer, le PS et LFI ont d'ailleurs rejeté tour à tour les noms avancés par l'écurie adverse pour le poste de premier ministre. «La crainte pour tout le monde, c'est surtout qu'une personnalité soit imposée par l'un des partis» , souffle un communiste.

Pression des partenaires

Malgré la pression de leurs partenaires, les Insoumis ont quant à eux déjà écarté la piste de la société civile. Dans un communiqué évoquant l'offre de service de Laurence Tubiana, les troupes de Jean-Luc Mélenchon rejettent en bloc «l'improvisation d'une candidature extérieure»qui ne parviendrait à résoudre le «blocage politique». «Quelles garanties seraient données pour la mise en oeuvre du programme du Nouveau Front populaire?» , interroge le mouvement. Car, derrière le recours à la société civile, certains redoutent surtout que la personnalité « apolitique » ne roule en réalité pour l'un des quatre partis. Signe de la défiance, LFI a très vite disqualifié Laurence Tubiana, jugée trop « Macron-compatible ». « Ils se sont construits en disant qu'ils étaient un mouvement gazeux et ouvert à la société, avance un socialiste. Mais, finalement, c'est un petit noyau qui ne supporte pas que quelqu'un venu de l'extérieur ait une capacité à avoir un véritable leadership.» Une autre plaisante : « Au fond d'eux-mêmes, les Insoumis aimeraient bien un Insoumis C.G.

L'Humanité
mardi 23 juillet 2024 524 mots, p. 10

La droite soumet ses conditions à la Macronie

Lola Ruscio

parlement Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau ont dévoilé, lundi, un « pacte législatif d'urgence nationale » adressé au camp présidentiel. Cette initiative pourrait séduire une partie des macronistes, susceptibles d'y voir un signe d'ouverture pour une possible coalition gouvernementale.

Ils ne sont que 47 mais tiennent, en quelque sorte, le mandat d'Emmanuel Macron entre leurs mains. Même ratiboisé, le parti « Les Républicains » occupe de fait une place centrale dans la nouvelle Assemblée. C'est lui qui a permis à la Macronie de conserver la présidence de l'Assemblée nationale, jeudi dernier, et c'est lui qui peut permettre au président de bâtir une coalition plus large que celle du Nouveau Front populaire. En position d'influence, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, respectivement patrons des députés et des sénateurs LR, ont présenté lundi un « pacte législatif d'urgence nationale » composé de 13 propositions de loi censées lever les « blocages » du pays. « La France ne peut se permettre le luxe de l'immobilisme », a défendu Bruno Retailleau, avant de détailler plusieurs mesures.

radotage autour du laxisme

Ce pacte, construit autour du slogan « Revaloriser le travail, restaurer l'autorité », propose par exemple de lutter contre « l'assistanat ». Laurent Wauquiez radote aussi sur le laxisme supposé de la justice à l'égard des mineurs délinquants, qu'il souhaite envoyer plus facilement en prison. Plus original, la droite souhaite renforcer certains services publics de proximité, comme la santé ou l'école, mais exclusivement au prisme de la lutte contre la « bureaucratie », donc sans moyens supplémentaires... Sur « l'immigration incontrôlée », les propositions ressemblent comme deux gouttes d'eau à celles des parlementaires LR concernant le dernier projet de loi dédié, dont une large partie avait été rejetée par le Conseil constitutionnel.

Si Laurent Wauquiez exclut à ce stade de participer à une coalition gouvernementale, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes assure que « c e pacte signifie une chose très claire : pour tout exécutif qui se saisirait de ce pacte législatif, nous nous engageons de notre côté à voter les lois qui seraient à l'intérieur ». Comme sous la précédente législature, la droite pourrait donc servir de béquille au gouvernement. À une différence près : le nouvel équilibre des forces fait que tout exécutif peut être censuré à tout moment. Un attelage entre Macronie et LR ne tiendrait que si le Rassemblement national le laisse gouverner...

Reste que, après l'accord de la semaine dernière qui a permis à Yaël Braun-Pivet de conserver le perchoir et a offert aux LR trois fois plus de postes importants à l'Assemblée que ce qu'ils pouvaient espérer, ce « pacte législatif » pourrait bien être le deuxième épisode d'un rapprochement plus franc entre les deux entités. En bon négociateur, Laurent Wauquiez pose ses conditions et dresse la liste de ses « lignes rouges » en trois points : « 1. Nous refuserons toute augmentation des impôts. 2. Nous refuserons que des économies soient faites sur le dos des retraités. » Et en troisième point, le refus catégorique pour le député LR de voir des ministres issus de la France insoumise au gouvernement. Dans le cas contraire, son groupe « n'hésitera pas à voter une motion de censure ». Laurent Wauquiez, qui lorgne 2027, considère que la balle est désormais dans le camp d'Emmanuel Macron. 

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro, mardi 23 juillet 2024 790 mots, p. 7

Politique

Profitant de l'instabilité politique, les partis relancent la machine à adhésions

Cimbidhi, Eloïse

La fièvre militante se propage. Ces derniers mois, les tamponnements des cartes d'adhérents se sont considérablement accélérés au gré des soubresauts de la vie politique. Élections européennes, dissolution de l'Assemblée nationale, Rassemblement national aux portes du pouvoir... Autant d'événements traduisant l'instabilité du moment politique, qui ont poussé des dizaines de milliers de Français à s'engager dans des structures partisanes.

Emporté par le souffle de la victoire des européennes, le RN est ainsi parvenu à embarquer, en l'espace d'un mois et demi, 30 000 nouveaux adhérents à bord du navire lepéniste. Et ce, même si le raz-de-marée annoncé du parti aux législatives n'a pas eu lieu. «Nous avons dépassé les 100000 adhérents, il y a deux semaines. C'est du jamais vu. Le record d'adhésion depuis la création du Front national était de 50000. Nous l'avons battu il y a six mois» ,se réjouit Kévin Pfeffer, trésorier du parti à la flamme. Un chiffre déclaratif, qui, comme pour les autres formations politiques, reste invérifiable. «Les gens ont envie d'adhérer quand ça gagne» , analyse le député de la Moselle, qui dit avoir constaté un «pic d'adhésion» à chaque annonce de résultats électoraux. Un an plus tôt, le RN ne revendiquait que 50 000 encartés, contre 35 000 en 2022, si l'on s'en tient au nombre d'inscrits lors du dernier congrès du parti.

Dynamique similaire mais motivations divergentes à gauche. Chez les Écologistes, qui avancent une hausse de 1 800 primo-encartés depuis le 9 juin, la mobilisation partisane s'est jouée en deux temps. «Les premiers signaux ont été une progression des adhésions et des dons à la suite de notre résultat aux européennes(5,5 % des voix, NDLR). Des personnes déçues et inquiètes de notre score ont décidé de s'engager pour continuer de faire vivre l'écologie politique» ,décrypte Nour Durand-Raucher, membre du bureau exécutif des Verts. S'en est suivi le coup de tonnerre de la dissolution et des législatives, desquelles le RN était donné en tête par les sondages. «Beaucoup de personnes se sont engagées par peur de voir l'extrême droite arriver au pouvoir» , relate l'écologiste qui livre le chiffre de 14 500 encartés au sein du parti, en comptant ceux en attente de renouvellement.

De nouveaux partisans

L'espoir suscité par le Nouveau Front populaire aurait largement contribué à relancer cette machine à adhésion. «La dynamique du NFP a poussé un certain nombre de gens qui hésitaient à passer le cap de l'adhésion» , affirme Léon Deffontaines, porte-parole du Parti communiste français. Lequel aurait enregistré 1 000 demandes d'adhésion en ligne entre le 9 juin et le 7 juillet. Constat identique chez La France insoumise. «La création du NFP a motivé pas mal de monde à s'engager pour lutter contre l'extrême droite» , indiquent les mélenchonistes, qui se targuent du soutien de 65 000 nouveaux sympathisants sur la même période. Une forte poussée qui s'explique par le modèle d' « adhésion en un clic » de l'organisation politique, laquelle n'exige aucun versement de cotisation. Contacté par Le Figaro, le Parti socialiste n'était pas disponible pour indiquer son nombre d'adhérents.

Ironie de l'histoire : malgré deux défaites électorales consécutives, le parti présidentiel continue, lui aussi, de revendiquer de nouveaux partisans. «Nous avons eu un bond dans les adhésions, ainsi que les dons, au lendemain de la dissolution. Nous comptons aujourd'hui 35000 adhérents, contre 30000 en 2023» , assure Mickaël Nogal, directeur de cabinet de Stéphane Séjourné, secrétaire général de Renaissance. Une dynamique partagée par les partis satellites du camp présidentiel, qui ont profité du retrait forcé d'Emmanuel Macron de la campagne législative pour mettre en avant leur leader respectif. «François Bayrou a été extrêmement visible et apprécié pour ses prises de position, sa clarté et sa cohérence» , croit savoir Maud Gatel, secrétaire générale du MoDem, qui impute au président du parti centriste le boom d'adhésions de ces dernières semaines - sans communiquer de chiffres.

Même son de cloche chez Horizons. Passé de 23 000 adhérents en 2023 à plus de 30 000 aujourd'hui, le jeune parti fondé en 2021 accuse une «progression constante». « On le doit à un gros travail d'Édouard Philippe. Sa solidité d'homme d'État dans des périodes difficiles a permis d'attirer de nouveaux adhérents. Il a su se différencier des chicayas politiques, en étant présent sur le terrain pour donner sa vision pour le pays» ,estime Pierre-Yves Bournazel, secrétaire général délégué à la structuration du parti et aux élections. En multipliant les prises de position mettant en cause le chef de l'État, l'ancien premier ministre d'Emmanuel Macron a ainsi acté son «émancipation» du parti présidentiel. Une rupture qui s'est notamment illustrée pendant les législatives, lorsque les candidats philippistes ont décidé de se présenter sous leurs propres couleurs, refusant d'endosser l'étiquette Ensemble pour la République.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mardi 23 juillet 2024 1118 mots, p. AUJM4
Aussi paru dans
22 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
23 juillet 2024 - Le Parisien

Dispositifi « Je m'occupe de la sécurité, les autres des médailles »

Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur

Propos recueillis parjean-Michel Décugis et Damien Delseny

À l'approche de la cérémonie d'ouverture, enjeu sécuritaire crucial, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, nous a reçus dans son bureau de la place Beauvau.

À quelques jours de l'événement, est-on définitivement sur le plan A, c'est-à-dire sur une cérémonie sur la Seine ?

Gérald Darmanin. Oui, nous aurons une cérémonie d'ouverture sur la Seine comme c'était prévu.

Impossible que cela soit remis en question ?

Sauf s'il y a des orages terribles et que le débit de la Seine est trop rapide. Mais pour des raisons de sécurité, non. Nous n'avons aucune menace caractérisée pour la cérémonie d'ouverture. Nous sommes au point en matière d'ordre public et de sécurité publique, même s'il faut toujours rester humbles. Les Franciliens savent les efforts considérables fournis car ils voient des forces de l'ordre partout. Et par ailleurs, les agents de sécurité privée sont au rendez-vous.

Malgré tout, la semaine dernière, un militaire de l'opération Sentinelle a été attaqué au couteau, gare Saint-Lazare, un policier l'a été également sur les Champs-Élysées et enfin un automobiliste semble avoir volontairement foncé sur une terrasse de café...

Ce sont des faits divers qui n'ont rien à voir avec la menace terroriste. Aucun d'entre eux n'a été qualifié d'action terroriste. Si nous n'étions pas à la veille des JOP (Jeux olympiques et paralympiques), aucun de ces faits divers n'aurait eu autant d'écho médiatique, à l'exception de la terrasse de café, bien sûr. À chaque fois, les forces de l'ordre ont répondu avec une grande efficacité. Cela s'explique par leur hyperprésence sur le terrain. Par ailleurs, côté terrorisme, nous avons quand même déjoué deux projets d'attentat avérés pour les Jeux olympiques.

Cette hyperprésence sur Paris ne se fait-elle pas au détriment de la province, où la menace peut exister aussi ?

On compte 260 000 policiers et gendarmes en France, et cet été nous sommes à 97 % de taux de présence. Cela correspond à 245 000 agents des forces de l'ordre intérieures sur toute la France. Cet été, partout en France, et également dans les zones non concernées par les Jeux olympiques, il y aura plus de forces de l'ordre que l'an passé. On doit cette hyperprésence aux sacrifices que font les policiers et les gendarmes sur leurs congés.

On a l'impression qu'à la veille de la cérémonie d'ouverture, on parle plus de sécurité que de sport ?

Les JOP, c'est le plus grand événement au monde qu'un État peut organiser. La cérémonie d'ouverture va être regardée par 2 à 3 milliards de téléspectateurs. Et pour la première fois, celle-ci est organisée en dehors d'une enceinte sportive, en plein air. Aucun État n'a jamais fait ça. Et cela se fait dans un contexte géopolitique très tendu : le terrorisme islamiste, les radicalités de tous genres, la guerre en Ukraine, et puis bien sûr, le conflit israélo-palestinien. Ce dernier excite le terrorisme islamiste, les passages à l'acte. Il est donc normal d'être particulièrement attentif à la sécurité. Les JOP représentent une fenêtre d'opportunité pour les groupes terroristes ou les radicalités contestataires. Après la cérémonie d'ouverture, si tout se passe le plus correctement possible, on parlera moins de sécurité et plus de sport. Le temps sera plus à la fête. Moi, je m'occupe de la sécurité, les autres des médailles.

Qu'entendez-vous par menace contestataire ?

C'est l'ultragauche classique et l'ultradroite même si les JOP ne sont pas forcément une cible pour eux. À ce titre, on constate que jusqu'ici le relais de la flamme n'a pas été perturbé. Six millions de Français ont pu le célébrer sans incident. C'était un immense défi à relever.

C'est l'islamisme radical, coordonné depuis l'étranger ou endogène qui reste la menace principale ?

L'État islamique oui, et notamment sa branche au Khorasan. C'est cette cellule qui a planifié et exécuté l'attentat de Moscou en mars dernier. Les derniers attentats coordonnés que nous avons déjoués, par exemple à Strasbourg en 2022, étaient aussi liés à cette filiale de l'EI. C'est sans doute la mouvance la plus dangereuse. Nous avons donc particulièrement regardé toutes les personnes qui gravitent autour des dix nationalités de l'ex-Union soviétique. Et puis, après, il y a la menace évidemment classique d'origine étatique. Il ne faut pas l'écarter. Ces menaces étatiques, elles peuvent prendre la forme d'un attentat. Ça paraît assez improbable, mais il faut s'y préparer quand même. D'où l'adaptation du dispositif de sécurité à Paris le jour de la cérémonie d'ouverture avec la fermeture de l'espace aérien à Paris et autour de Paris ainsi qu'une protection du ciel contre les intrusions de drones.

Il y a aussi la protection au sol ?

Nous avons vérifié toutes les caves des immeubles le long de la Seine sur le parcours de la cérémonie. Les catacombes ont aussi fait l'objet de vérifications. On a interdit la circulation de certains métros. Des milliers de plaques d'égout ont été soudées. Après, le risque zéro n'existe pas.

Vous avez réagi aux déclarations du député NFP Thomas Portes, qui a estimé que « la délégation israélienne n'était pas la bienvenue »...

Oui, et à celle de Rima Hassan aujourd'hui (ce lundi) également qui ne sont pas de nature à calmer les esprits. Mais le dispositif de protection de la délégation israélienne, de ses équipes, des arbitres, des membres du comité olympique, est déjà pris. Ils seront escortés de leur arrivée sur le sol français jusqu'à leur départ par des policiers et des gendarmes spécialisés, notamment du Raid et GIGN. Ce dispositif s'ajoute à celui de certains pays, dont Israël, pour lesquels nous avons autorisé la présence d'agents sur notre sol. Ils seront armés et assureront aussi des missions de protection.

Au niveau de la sécurité privée, il y avait des inquiétudes. Il était même envisagé que des militaires ou des policiers puissent les remplacer pour certaines missions. Cette inquiétude est-elle levée ?

La sécurité privée sera au rendez-vous, 22 000 agents sont aujourd'hui disponibles. Nous avons tous travaillé pour cela. On a obtenu une augmentation de salaire pour que leur métier soit plus attractif. On a délivré 50 % de plus de cartes professionnelles. Simplement, pour la cérémonie d'ouverture, nous avons décidé que seuls les policiers et les gendarmes feraient les contrôles d'identité. C'est possible dans la mesure où nous avons pu redéployer des forces; notamment dans les gares, où il y aura plus de militaires en armes, donc plus de policiers disponibles dans les autres secteurs de la capitale La dernière difficulté concernant la sécurité privée, c'est l'absentéisme. Nous avons pris nos dispositions pour parer à cette difficulté : il y aura notamment des agents privés « en réserve », une sorte de SOS Médecins d'agents de sécurité privée capables d'être déployés en urgence sur un site.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Actu, mardi 23 juillet 2024 809 mots, p. AUJM11
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22 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
23 juillet 2024 - Le Parisien

La droite sur une ligne de crête

« Pacte législatif »|Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau ont présenté des propositions de loi sur lesquelles ils sont prêts à travailler avec d'autres. La macronie veut y voir une porte ouverte.

Quentin Laurent (avec O.B.)

Deux bâches aux couleurs de Paris 2024 ont été installées sur une façade de l'Assemblée. Mais si aucune compétition n'est prévue dans son enceinte, ce lundi la Droite républicaine (DR, ex-LR) s'y est encore une fois singularisée dans une épreuve pour laquelle, à force, elle pourrait réclamer des médailles : marcher sur une ligne de crête. Soit ici, donner des gages de bonne volonté vis-à-vis du gouvernement et de la majorité sortante, tout en assénant qu'il ne sera jamais question de coalition avec les mêmes.

Il est passé 15 heures, et les deux présidents des groupes de députés et sénateurs, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, ont donné rendez-vous dans un Palais-Bourbon redevenu étonnamment calme pour présenter leur « Pacte législatif d'urgence », un document d'une dizaine de pages synthétisant « l'ADN de la droite », selon l'expression d'un conseiller, sur des questions programmatiques. Et une base de travail sur laquelle la droite serait prête à travailler pour faire passer des lois dans une Assemblée nationale fracturée.

13 textes et deux « lignes rouges »

« Nous voulons être la formation politique qui travaille à apporter des réponses » à une crise inédite, expose Laurent Wauquiez. « Nous voulons mettre du positif sur la table, des propositions qui puissent permettre d'avancer », poursuit le président de groupe derrière son pupitre; « défendre l'intérêt général, l'intérêt supérieur de la nation et des Français », abonde le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau.

Ce « pacte d'urgence », préparé avec le Sénat, contient 13 propositions de textes organisés en trois axes. Le premier concerne l'autorité et « l'arrêt de l'immigration incontrôlée » (sécurité, justice, loi Immigration...), quand le deuxième, économique, évoque la relance de la production industrielle et agricole : compétitivité, baisse des impôts de production, pouvoir d'achat et « encouragement du travail ». Le troisième aspire à « renforcer les services publics de proximité » et « lutter contre la bureaucratie ».

Ce à quoi il faut ajouter deux « lignes rouges » : « arrêter la dégradation des comptes publics » et les hausses d'impôts, et interdire « la baisse des retraites ». Au final, rien de bien neuf. Mais l'intérêt est ailleurs : il s'agit pour la droite de s'afficher en pôle de « stabilité » et de « sérieux », à l'heure où l'Assemblée est secouée par les incertitudes et menacée d'instabilité. « Tout exécutif qui se saisirait de ce pacte, nous nous engageons à voter les lois qui sont à l'intérieur », poursuit Laurent Wauquiez.

Dans l'entourage de Gabriel Attal, où l'on a suivi de près la conférence de presse Wauquiez-Retailleau, on ne tarit pas d'éloges. Leur « attitude plutôt constructive » est saluée, comme le « vrai boulot de fond » présenté. « Ce qu'on voit avec Laurent Wauquiez, c'est que quand il dit quelque chose, ça a l'air de suivre derrière », poursuit-on du côté du chef de file des députés Ensemble pour la République (EPR), où on qualifie même le chef des députés DR de « politique solide ».

« Ce n'est pas une coalition gouvernementale »

Du miel jeté aux oreilles du leader de la droite... dont on veut croire qu'il est encore possible de le convaincre de participer à l'union des « forces républicaines » appelée de ses voeux par Emmanuel Macron. Gabriel Attal, qui n'a cessé d'échanger discrètement avec des députés DR à l'Assemblée ces derniers jours, devait d'ailleurs l'appeler, lundi ou mardi. De leur côté, certains ministres continuent aussi de sonder des députés sur la faisabilité d'une coalition inédite. Mais qui semble toujours improbable.

« Ce n'est pas une coalition gouvernementale et ça ne sera pas une coalition gouvernementale. Nous sommes indépendants et nous le resterons », a répété l'ancien maire du Puy-en-Velay, pour qui « aller dans un gouvernement, c'est se lier les mains, signer un chèque en blanc, cautionner tout ce qui a été fait depuis sept ans ». Une réponse, aussi, aux attaques d'Éric Ciotti, héraut autoproclamé de la « vraie droite », qui l'accuse dans un communiqué ce lundi d'être promis à devenir le « supplétif d'Emmanuel Macron [...] en se partageant le gouvernement ».

2027 en ligne de mire

« Laurent ne veut pas de participation, car il est convaincu qu'aucun gouvernement ne tient plus de trois mois. Et s'il ne veut pas de ministre LR au gouvernement, c'est aussi dans sa stratégie personnelle... » analyse un député de son groupe. Comprendre : dans une situation aussi instable, gouverner ne ferait que les abîmer... compromettant les espoirs de Wauquiez pour la présidentielle de 2027. Mais la droite pourra-t-elle indéfiniment se dire « constructive » en expliquant aux Français qu'elle refuse d'aller mettre en oeuvre ses propres idées, quand la proposition lui sera faite ? Dans cette situation inédite, il semble y avoir un revers à toutes les médailles.

La Croix, no. 42977
Sport, mardi 23 juillet 2024 99 mots, p. 7

Diplomatie La délégation israélienne est « la bienvenue », affirme la France

Le ministre des affaires étrangères Stéphane Séjourné a martelé lundi 22 juillet que la délégation israélienne était « la bienvenue en France » en réponse aux propos du député LFI Thomas Portes qui avait affirmé le contraire la veille et appelé à la « mobilisation » à quelques jours de la cérémonie d’ouverture. Des propos « irresponsables et dangereux », a estimé le ministre français des affaires étrangères, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin ayant pour sa part reproché à l’Insoumis d’avoir mis « une cible dans le dos des athlètes israéliens ».

Le Monde
mardi 23 juillet 2024 3299 mots, p. 22,23
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10 août 2023 - Le Monde (site web)
22 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Entretien

« Multiplions les assemblées citoyennes collectives »

Chaleur humaine Face aux enjeux climatiques, il convient de mieux intégrer les citoyens à la prise de décision, plaide la politiste Hélène Landemore dans cet épisode de notre podcast « Chaleur humaine ». Selon elle, si on leur donnaitles moyens de participer à la transition, beaucoup seraient partants

Propos recueillis par Nabil Wakim Propos recueillis par Nabil Wakim

Pour faire face à la crise climatique, gouvernements et élus font face à une avalanche de décisions à prendre. Adapter les territoires aux températures qui augmentent, financer des politiques climatiques, renoncer à certaines pratiques, transformer le marché du travail ; dans cette transition, la trajectoire est semée d’embûches. Quand les décisions prises paraissent injustes ou mal comprises par une partie de la population, cela provoque des réactions fortes, comme le montre la mobilisation des « gilets jaunes » contre l’augmentation de la taxe carbone à l’hiver 2018, ou plus récemment les réticences face au « zéro artificialisation nette ». La France a bénéficié d’une expérience rare en matière démocratique, avec la mise en place en 2020 d’une convention citoyenne pour le climat qui a rendu 149 propositions au président de la République. Mais cette aventure est restée inachevée, les idées défendues par la convention ayant été largement amoindries par le Parlement.

Notre système démocratique est-il compatible avec l’urgence climatique ? L’expérience de la convention citoyenne pour le climat doit-elle être considérée comme un modèle à suivre ou comme un échec cuisant ? De quels exemples peut-on s’inspirer pour faire progresser de front la démocratie et le climat ? La professeure de sciences politiques à l’université Yale (Etats-Unis) Hélène Landemore apporte des éléments de réponse dans cet épisode du podcast « Chaleur humaine », diffusé le 28 mars 2023 sur le site du Monde.

En France, dans les enquêtes d’opinion, on voit que le climat fait partie des principales préoccupations. Pour autant, ça ne se traduit pas nécessairement ni dans les programmes des candidats aux élections ni dans le résultat des votes. Pourquoi ?

L’expérience de la convention climat a été soutenue par une majorité dans l’opinion, quelles que soient ses propositions structurantes, même pour celles qui me paraissaient les plus coercitives, comme la rénovation globale obligatoire de toutes les habitations, bâtiments publics et privés, d’ici à 2040. Il y avait un soutien de la part de 75 % de la population ! Or, on voit que ce n’est pas du tout reflété dans la loi Climat et résilience, qui est pourtant la loi qui est sortie sur la base des recommandations de la convention. Je pense qu’il y a vraiment un décalage entre ce que les gens veulent fondamentalement et ce qu’ils obtiennent par le biais de la démocratie électorale.

Les politiques n’appliquent donc pas ce que veulent les citoyens ?

Oui. Je pense que notre conception de la démocratie comme étant « les responsables politiques sont censés répondre à la demande des majorités » ne correspond pas à la réalité. Martin Gilens et Benjamin Page, des politologues américains, ont fait une étude de la correspondance entre ce que veulent les majorités aux Etats-Unis et ce qu’elles obtiennent dans le domaine des politiques publiques. Ce qu’ils observent sur plusieurs décennies, c’est qu’il n’y a pas de corrélation entre ce que les majorités veulent et ce qu’elles obtiennent, une fois qu’on a pris en compte les préférences des 10 % les plus riches. Cela suggère que les majorités n’ont pas d’influence causale. Que ce qui détermine les politiques publiques et les lois aux Etats-Unis, ce sont les préférences des 10 % les plus riches.

Mais ce raisonnement a-t-il du sens dans un contexte européen ?

J’ai longtemps pensé que non, que c’était une aberration américaine, mais il y a des chercheurs européens qui ont utilisé la même méthodologie en Allemagne, et ils ont trouvé le même résultat. Là encore, les classes moyennes et populaires ne semblent pas avoir d’influence causale sur les politiques publiques. C’est vraiment effrayant. Un travail assez proche a été conduit en Norvège, et là, il s’avère que ce ne sont pas les plus riches qui décident, ce sont surtout les classes les plus éduquées. C’est sans doute un peu mieux, mais, ici encore, est-ce qu’il s’agit de démocratie quand ce sont des minorités économiques ou éduquées qui décident ?

Cette vision ne risque-t-elle pas d’amener à une critique caricaturale du système représentatif, et donc à un désintérêt pour les élections ?

C’est vrai que cette vision peut avoir une implication un peu populiste, c’est le danger. Mais en même temps, s’il est démontré qu’un système électoral a des conséquences ploutocratiques systématiques, il va falloir qu’on se pose la question : vit-on vraiment dans des démocraties ? Je défends maintenant la thèse un peu radicale – et peut-être même un petit peu populiste, selon certains – qu’au fond c’est le système électoral qui conduit à ces conséquences, que ce n’est pas un accident.

Aristote, Montesquieu, Rousseau, et récemment Bernard Manin en France, l’évoquaient déjà, sans forcément en tirer les mêmes conclusions. Ils disent que l’élection est un mode de sélection oligarchique qui permet d’identifier les notables, et qu’on envoie au pouvoir toujours les mêmes, c’est-à-dire les membres des classes supérieures. En soi, ce n’est pas forcément mauvais, les gens qui sont sélectionnés sont souvent très compétents, mais c’est juste que l’homogénéité de leur groupe fait qu’ils ne voient, comprennent et ne s’intéressent qu’aux problèmes des gens qui leur ressemblent. Et même quand ils s’intéressent aux problèmes des classes populaires, ils ne comprennent pas forcément ce dont elles ont besoin. Le risque, c’est une déperdition d’intelligence collective.

Mais on pourrait aussi penser qu’il y a des gens qui sont mieux informés sur les sujets. Par exemple, pour le climat, afin d’arriver à nos objectifs, n’est-ce pas une bonne chose de confier cette mission à des élus qui sont capables de comprendre ces enjeux complexes ?

C’est une intuition qu’on partage tous, nous sommes tous un peu élitistes en quelque sorte. Sauf qu’en pratique ce n’est pas ce qu’on observe ! Ce qui me frappe, c’est que la convention climat, qui était composée de gens tirés au sort, a fait des propositions bien plus radicales que ce que n’a jamais fait le Parlement français. Il y a deux explications possibles. On peut dire que c’est une question cognitive, mais ce serait surprenant que le Parlement, avec tous ces élus éduqués, ne voie pas le problème. Ou alors, il y a une explication plausible, celle des conflits d’intérêts. Les citoyens tirés au sort ne sont pas financés par qui que ce soit, ils n’ont finalement de comptes à rendre qu’à leurs pairs et à leur conscience, alors que pour les élus ce n’est pas facile de s’aliéner les lobbys.

Et puis ce n’est pas forcément en étant très éduqué que l’on trouve les bonnes réponses. Par exemple, en 2018, le gouvernement a pensé qu’un geste technique allait répondre aux problèmes écologiques en se disant qu’il allait financer la transition écologique avec une taxe carbone. Résultat, le mouvement des « gilets jaunes » a fait surface. Le gouvernement n’avait pas du tout anticipé l’impact sur les classes moyennes et populaires périurbaines de cette augmentation des coûts à la pompe tous les mois.

Cette critique du système représentatifne risque-t-elle pas d’alimenter l’idéeque seul un régime autoritaire peutrésoudre les enjeux climatiques ?

Je ne nie pas que les idées sont dangereuses et que la critique du système peut être dangereuse, mais je ne me contente pas de la critique, j’offre des solutions qui me paraissent plus démocratiques. Il ne faut pas s’arrêter à la vision de la démocratie électorale, qui, en fait, n’est pas si ancienne que ça. Je pense qu’on peut essayer d’envisager des réformes qui donneraient plus de poids aux citoyens ordinaires, qui ont une expertise d’usage qui n’est pas prise en compte au niveau des politiques publiques. Ce que j’essaie de faire, c’est de nous inviter à reprendre ce terme de démocratie et de se demander si vraiment on a trouvé le cadre idéal – et je pense que ce n’est pas le cas.

Mais les plus fortunés ne seront pas forcément les plus perdants, on peut penser aux emplois menacés dans d’autres secteurs, comme le ski ou la pétrochimie…

Absolument, mais la convention climat a aussi montré que les gens sont capables de penser au-delà de leur intérêt économique étroit. Si on leur donnait les moyens de participer à la transition, avec un système juste dans lequel ils seraient en partie compensés pour la perte de salaire ou la formation, beaucoup de citoyens seraient partants ! Une minorité serait peut-être réfractaire mais, quand on leur donne l’occasion de s’exprimer, ils en ont plutôt envie.

D’ailleurs, c’est intéressant de voir que, parmi les participants à la convention climat, beaucoup ont radicalement changé leur mode de vie, certains ont quitté leur métier, d’autres sont partis faire autre chose de plus compatible avec leurs convictions écologiques. Si on pense la démocratie sur un mode plus diversifié, notamment sur la base du tirage au sort, sur la base de la délibération et de l’intelligence collective, cela ouvre de nouvelles possibilités. Je ne dis pas que c’est la panacée ou que c’est simple, mais il faut bien commencer quelque part !

La convention citoyenne pour le climat avait pour mission de trouver des solutions pour faire baisser les émissions de la France dans un esprit de justice sociale. Finalement, de nombreuses propositions n’ont pas été reprises ou ont été amoindries dans la loi. Vous trouvez pourtant que cette expérience était un succès démocratique. Pourquoi ?

C’est une avancée historique parce que c’est la première fois qu’on a donné aux citoyens le rôle de quasi-législateurs. Ce que Macron leur demandait était énorme. Au début, j’étais même sceptique, je ne pensais pas qu’ils étaient capables de le faire. Il leur a demandé, sur un sujet technique avec des dimensions très complexes, de faire des propositions de loi, en coconstruction avec des experts, des juristes, et il a promis de les appliquer soit directement, soit en passant par le Parlement, soit par référendum. Par conséquent, le Parlement a vécu cette situation comme une compétition. D’une certaine manière, cette convention citoyenne est l’assemblée à qui on a donné le plus de pouvoir jusqu’ici.

Alors, évidemment, les promesses n’ont pas été tenues, malheureusement. Il n’y a pas eu de référendum, les propositions ont été très amoindries à l’Assemblée nationale, mais malgré tout cela reste un précédent. Même moi qui suis ces débats de près, je n’envisageais pas avant la possibilité de citoyens-législateurs en tant que tels. J’imaginais plutôt les assemblées citoyennes comme des lieux dans lesquels on définit un agenda général. Avec cette expérience, on a eu l’occasion de vérifier que les citoyens sont capables de fournir le travail nécessaire. Le pari d’Emmanuel Macron, c’était de se dire : « Ils vont faire ça avec des experts, ça va aller.  » Mais, en réalité, les experts ou les juristes n’étaient pas toujours présents, et ce sont donc les citoyens qui ont formulé des solutions, qui se les sont appropriées, qui ont voté sur les reformulations juridiques ou techniques. De ce point de vue, c’est un beau succès.

En quoi est-ce que des citoyens tirés au sort sont plus légitimes qu’un député qui a été élu par les habitants de sa circonscription ?

La raison pour laquelle on fait appel à des assemblées tirées au sort et à tous ces processus délibératifs et participatifs nouveaux, c’est que la représentation électorale est en crise de légitimité profonde. Depuis des années, le taux d’approbation des élus dans l’ensemble des démocraties occidentales est extrêmement bas. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a, d’une part, des mouvements sociaux, des contestations permanentes et, de l’autre, une tentation autoritaire. D’ailleurs, si on n’ouvre pas ces questions de représentation à un public plus large, on risque de se retrouver avec le basculement vers des solutions autoritaires, voire fascistes. La question de la légitimité n’est pas réglée par le fait de dire « Ils sont élus ! » ; l’élection est un début, après il faut continuer à mériter d’avoir été élu. Or, il n’est pas clair que la performance des élus maintienne cette légitimité, je crois plutôt qu’elle la diminue.

A l’inverse, on peut penser la légitimité des citoyens tirés au sort sur une autre base – notamment sur le fait qu’il s’agit d’assemblées plus représentatives de l’ensemble du peuple. D’ailleurs, les enquêtes d’opinion menées au moment de la convention citoyenne pour le climat montraient bien qu’une majorité de Français se reconnaissaient dans cette expérience et étaient d’accord pour qu’une assemblée tirée au sort fasse des propositions en leurs noms. Tout cela montre bien que la notion de légitimité est en train d’évoluer.

Aurait-il fallu organiser un référendum à l’issue de la convention, comme cela avait été évoqué à un moment ?

C’était une très bonne idée, mais il y avait des obstacles politiques et juridiques qui, à mon sens, auraient pu être résolus. Sur le plan politique, cela tient à l’histoire du référendum en France, qui est plutôt perçu comme plébiscitaire, qui sert souvent à valider des décisions déjà prises. Et puis il n’y a pas forcément des précédents très glorieux, par exemple avec les traités européens, pour lesquels on demande l’avis du peuple et ensuite on l’ignore. Cela crée un risque : que les gens ne votent pas sur la question, mais pour ou contre le président en exercice.

Sur le plan juridique, du point de vue de la Constitution, on ne peut pas faire de référendums à choix multiples. Mais on aurait certainement pu trouver une solution, comme organiser plusieurs référendums le même jour, par exemple. C’est ce qui a été fait en Islande sur des sujets comme le mariage pour tous et l’avortement, qui sont pourtant des sujets très clivants dans le pays. Des assemblées citoyennes ont débouché sur des référendums avec des choix multiples, ce qui permet d’avoir des formulations précises. Nous aurions pu faire la même chose, ce qui aurait évité par la même occasion la personnalisation pour ou contre le président de la République.

Au-delà de ces difficultés, ce qui a refroidi les citoyens, c’est notamment le rôle des réseaux sociaux. Ceux qui siégeaient à la convention étaient dans une sorte de bulle au Palais d’Iéna et se sont vus accusés d’être des « Khmers verts », ou alors, au contraire, d’être aux mains des lobbys ou des experts. Pourtant, il y avait à l’époque des sondages – qui n’ont pas été révélés aux citoyens de la convention – qui montraient que, sur l’essentiel des propositions, toute la France était d’accord. A l’exception de la volonté de réduire la vitesse sur l’autoroute à 110 kilomètres-heure.

Quels enseignements tirer de cette expérience ? Faut-il multiplier ce type d’assemblées citoyennes au niveau local ?

Absolument. Il est possible de le faire à tous les niveaux et de déléguer du pouvoir à des citoyens tirés au sort. C’est une excellente manière d’infuser nos institutions avec de l’intelligence collective de citoyens ordinaires. Une première étape serait, par exemple, d’institutionnaliser une assemblée permanente sur le climat, avec des citoyens tirés au sort qui seraient remplacés tous les ans – ce qui permettrait de projeter sur un agenda à long terme.

Comment faire pour suivre la mise en œuvre de ces politiques et évaluer si on avance dans la bonne ou la mauvaise direction ?

On en revient à cette question de légitimité. Il faut qu’on arrive à donner une légitimité institutionnelle à ces assemblées pour qu’elles puissent prendre des décisions et les voir appliquées. Concrètement, cela veut dire qu’il faut une modification constitutionnelle ou que le Parlement accepte de perdre du pouvoir au profit de ces assemblées sur des questions climatiques afin que le système fonctionne mieux et qu’on arrive à des solutions. C’est radical comme perspective ! Un bon exemple pourrait être la région de Bruxelles, en Belgique, qui a créé une assemblée permanente tirée au sort sur le climat et qui travaille ces questions sur le long terme. Le problème, c’est qu’elle n’a pas de pouvoir décisionnaire. Or, tant que cela reste des instances consultatives, je ne vois pas comment les choses peuvent changer.

Quels sont les autres pays à avoir mis en place des conventions citoyennes ? En Irlande, par exemple, le procédé a été utilisé sur l’avortement ou le mariage pour tous…

La première convention irlandaise a été hybride, avec deux tiers de citoyens et un tiers de parlementaires. La suivante, sur l’avortement, s’est faite uniquement avec des citoyens tirés au sort. Elle a fait des recommandations de décriminalisation de l’avortement, pour enlever l’article 8 de la Constitution irlandaise qui rendait criminel l’acte d’avorter. Cela a été transmis au Parlement, qui a soumis la question à un référendum, qui a récolté l’approbation des citoyens. C’était une espèce de cercle vertueux, avec une assemblée citoyenne consultative, des parlementaires qui ont pris au sérieux la recommandation, qui l’ont immédiatement mise entre les mains des majorités, qui a abouti à un vote majoritaire confirmant le fondement de ce raisonnement. C’est un scénario idéal.

Mais c’est une situation assez différente : la question climatique regroupe des sujets très divers, le logement, les transports, le rapport au travail, l’aménagement du territoire, l’agriculture, etc. On ne parle pas d’une seule mesure phare, mais d’une dimension systémique…

Je ne vois pas comment on peut y arriver autrement. Il serait essentiel de connecter cette assemblée à l’échelle nationale à des assemblées similaires à l’échelle régionale. J’aimais bien le modèle du grand débat national, il y avait eu vingt et une assemblées régionales différentes. C’est plutôt dans ce sens-là qu’il faut aller : on commence par des assemblées régionales qui font remonter du contenu, qui est synthétisé et utilisé par une assemblée au niveau national. Il y a plein de modèles possibles ; il faudrait qu’on expérimente plus, et aussi à plus grande échelle.

La seule expérimentation que je connaisse sur le climat au niveau global a été menée par des activistes et des universitaires qui ont créé une assemblée mondiale de citoyens pour le climat. C’était un prototype, ils avaient 100 personnes – un berger afghan illettré, une couseuse brésilienne, des Chinois… –, rassemblées par un tirage au sort un peu spécifique, sur la base de coordonnées géographiques. Une des recommandations qui est sortie de cette petite assemblée qui a duré quelques semaines, c’était d’instituer un crime d’écocide au niveau mondial.

C’est intéressant parce que c’était exactement l’une des recommandations de la convention française – mais le Parlement français a transformé cela en délit, ce qui est beaucoup moins puissant. C’est vrai que si on ne le fait pas au niveau mondial, cela ne fonctionne pas, on saborde des entreprises françaises qui vont se retrouver attaquées en justice partout dans le monde, alors que leurs concurrents sont complètement libres de polluer les mers et détruire la faune et la flore. Donc, effectivement, il y a quand même un problème d’échelle, et certaines questions doivent se résoudre au niveau mondial.

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro, mardi 23 juillet 2024 1136 mots, p. 17

Opinions

« L'installation d'un cordon sanitaire dans l'Hémicycle bafoue la démocratie représentative »

Malgré ses 143 députés à l'Assemblée nationale, le Rassemblement national n'a obtenu aucune des vice-présidences, aucun poste de questeur sur les trois en jeu, ni même un secrétaire sur douze. Trois spécialistes du droit constitutionnel* jugent inédite et contraire à nos institutions la décision d'ostraciser ce parti des postes clés de l'Hémicycle.

Schoettl, Jean-Eric, Camby, Jean-Pierre, Pierre, Avril

Au terme des trois premières journées de la session de droit de l'Assemblée nationale (18, 19 et 20 juillet), une question se pose : ne sommes-nous sortis de l'incertitude que pour mieux plonger dans l'errance ? Le dérapage institutionnel provoqué par la dissolution, qu'on pouvait encore espérer à peu près contrôlé le 18 juillet, s'est-il transformé en sortie de route le 19 et le 20 ?

Certes, et contrairement à ce qu'affirment ceux qui s'indignent d'un « déni de démocratie » , la volonté populaire, telle qu'elle s'est exprimée les 30 juin et 7 juillet, n'a pas été bafouée au soir du second tour, alors surtout qu'il est difficile de tirer des conclusions claires du scrutin. Méconnaît en revanche clairement la volonté populaire l'installation d'un cordon sanitaire dans l'Hémicycle, qui ostracise le principal groupe de députés au mépris des règles élémentaires de la démocratie représentative, comme en violation de la lettre - et de l'esprit - du règlement de l'Assemblée nationale.

Cette mise en quarantaine de la minorité dite d' « extrême droite » jette aux orties les notions, patiemment construites, d'opposition, de pluralisme de courants d'opinion, de droit des groupes politiques. Que représente une Assemblée nationale dont l'armature n'est plus représentative de la diversité des opinions et n'est plus organisée en fonction du poids numérique de chaque groupe ? Et où une autre minorité, de gauche celle-là, est majoritaire au sein du Bureau de l'Assemblée ?

La consigne irréfléchie donnée à ses élus par l'état-major macronien - ne voter ni LFI ni RN au cours des journées des 18, 19 et 20 juillet et donc refuser la traditionnelle répartition amiable des postes entre tous les groupes - conduit à des résultats à la fois mathématiquement déroutants, humainement choquants, démocratiquement inconvenants et contraires au règlement de l'Assemblée (qui, sur ce point, codifie les bons usages républicains et tire les conséquences d'exigences constitutionnelles). Quels résultats ? Une formation forte de 143 députés, pour laquelle a voté un électeur sur trois le 30 juin, est exclue des postes clés de l'Assemblée ; ses élus subissent le traitement qu'on réservait jadis aux pestiférés (ne pas s'en approcher, ne surtout pas les toucher) ; demain, ses amendements, faisant l'objet de la même répulsion, seront rejetés par principe.

Il n'est pas admissible de transformer en parias 143 députés, au nom d'un cordon sanitaire qui n'a pas sa place dans l'Hémicycle ou de la continuation d'un front républicain déjà irrationnel avant le second tour des législatives et devenu franchement névrotique après le 7 juillet. Tous les députés ayant été élus régulièrement, il n'y a aucune raison d'évincer des postes clés de l'Assemblée ceux qui en forment le principal groupe, alors surtout que le règlement de l'Assemblée prévoit dans plusieurs cas une composition pluraliste.

Qu'aucun des six députés élus vice-présidents le 19 juillet n'appartienne au RN, alors que deux sont des Insoumis, suscite le malaise. Et la situation à laquelle on parvient (12 membres du bureau sur 22, soit la majorité absolue, sont issus du NFP ; aucun du RN) méconnaît la lettre, comme l'esprit, de l'article 10 § 2 du règlement de l'Assemblée nationale, qui prescrit de «reproduire au sein du bureau la configuration politique de l'Assemblée».

Il en serait de même de la commission mixte paritaire (CMP) si la composition de celle-ci ne respectait pas les exigences de représentativité découlant de l'article 111 du règlement qui, là encore, prévoit que sa configuration s'efforce de reproduire celle de l'Assemblée.

La même volonté d'ostracisation du principal groupe de députés a inspiré, le 20 juillet, la constitution des commissions permanentes. Symptomatique est à cet égard la réélection de l'Insoumis Éric Coquerel, le 20 juillet, à la présidence de la commission des finances. Depuis 2007, le règlement de l'Assemblée réserve le poste à un député «appartenant à un groupe s'étant déclaré d'opposition». Le plus important des groupes s'étant déclaré d'opposition est le RN. Le poste lui revenait donc en bonne logique. Il est vrai que cette logique n'a pas été respectée en 2022 (déjà au profit de LFI). Mais le groupe LFI peut-il être à la fois un groupe d'opposition et le groupe principal d'une coalition majoritaire au sein du bureau ? Le règlement de l'Assemblée nationale est donc au moins transgressé dans son esprit.

Yaël Braun-Pivet mesure-t-elle que toutes ces atteintes au pluralisme seront le péché originel de sa seconde présidence ? Et comment défendre l'autodiscipline parlementaire contre l'intrusion du juge si l'Assemblée nationale s'affranchit de son propre règlement ? Un blâme moral, une déconvenue et le ridicule : voilà ce qu'on gagne à tricher avec la démocratie... et à se coucher trop tôt.

Il n'est pas non plus admissible qu'un élu du peuple refuse de serrer la main d'un autre élu du peuple. D'autant qu'on doute fort que le nouveau bureau de l'Assemblée, dominé par le NFP, prenne les sanctions qu'appellerait la répétition de tels agissements. La démocratie est l'organisation du traitement des différends dans l'acceptation d'une règle du jeu commune et dans le partage d'un sentiment de commune appartenance. Pas de démocratie vivable, pas de démocratie viable, si on rejette l'adversaire politique hors de la communauté. Parce qu'il est la négation de la Res publica, l'abandon de la courtoisie républicaine ne relève pas de la simple confrontation des opinions. En se livrant à une transgression symbolique aussi toxique que le refus de la main tendue, le « front républicain » ne protège plus qu'une cité sans valeurs, qu'un royaume en guerre contre lui-même.

Les pratiques observées les 19 et 20 juillet compromettent, outre le fonctionnement régulier de l'Assemblée, les intérêts supérieurs de la nation. Rappelons en effet que le Parlement est plus qu'une tribune ou que la caisse de résonance des passions politiques. Il est l'institution qui exprime la volonté générale par le vote la loi. Les atteintes au pluralisme enregistrées cette semaine, les blessures qu'elles ont ouvertes, ne sont pas propres à lui permettre d'exercer sa mission législative, à commencer par le vote de la loi de finances, avec la hauteur de vues et la sérénité commandées par la rigueur des échéances à venir. Les institutions représentatives ne jouent plus leur rôle régulateur quand elles amplifient la confusion des temps au lieu de la tempérer.

La crise politique inconsidérément ouverte le 9 juin par la brutale décision présidentielle de dissoudre l'Assemblée devient petit à petit, comme on pouvait le craindre, une crise institutionnelle. Souhaitons qu'elle ne se transforme pas en crise de régime. ET ET

*Pierre Avril est professeur des universités. *Jean-Pierre Camby est professeur associé à l'université de Versailles Saint-Quentin. *Jean-Éric Schoettl est ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel.

La Croix, no. 42977
Monde, mardi 23 juillet 2024 641 mots, p. 9
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21 juillet 2024 - La Croix (site web)

Alexandre Loukachenko, trente ans d’un pouvoir sans partage

Anne Boulogne

Le 20 juillet 1994, Alexandre Loukachenko prêtait serment et devenait président de Biélorussie.

Aujourd’hui, il est toujours à son poste et, depuis, aucune élection libre et démocratique ne s’est tenue dans le pays.

Vilnius (Lituanie)

De notre correspondante,

De l’élection présidentielle de 1994 en Biélorussie, la toute première après la chute de l’Union soviétique, Alexandre Dabravolski, membre de l’opposition en exil à Vilnius, a un souvenir précis. Il faisait campagne à l’époque pour Stanislas Chouchkevitch, devenu de facto le chef de l’État à l’indépendance de la Biélorussie. Alexandre Loukachenko, alors député et même président de la commission anti-corruption, était partout, puisque « les débats parle- mentaires étaient retransmis à la télévision et à la radio. Il prenait la parole plusieurs fois par jour, il était connu », se rappelle l’opposant .

Auparavant directeur d’un kolkhoze, une ferme collective, Alexandre Loukachenko appartenait au système, sans pour autant être le protégé de Moscou. À l’époque, Uladzik, aujourd’hui enseignant à l’université biélorusse en exil à Vilnius, était trop jeune pour pouvoir voter, mais il s’intéressait à ces élections. Avec son argent de poche, il achetait tous les journaux. « Je me souviens que Loukachenko n’arrêtait pas d’évoquer le “narod”, le peuple biélorusse », raconte-t-il. Dans sa famille, on trouvait qu’il parlait comme « un plouc »,dit Uladzik en français. C’est aussi ce que pense Georgy Roy, un prêtre orthodoxe aujourd’hui sous l’autorité du patriarche de Constantinople, qui a fui en Lituanie il y a un an. Mais il comprend pourquoi les gens ont voté pour lui à l’époque : « Il promettait d’aider à percevoir les retraites. »Le vent a tout de suite tourné en Biélorussie. Un an après sa prise de fonction, Alexandre Loukachenko organisait un référendum pour rétablir le drapeau soviétique biélorusse vert et rouge, et pour introduire le russe comme langue d’État. En 1996, il en organisait un deuxième pour changer la Constitution et réintroduire la peine de mort.

« C’est une tragédie »pour Kanstantsin Staradubets, qui travaille pour Viasna, une organisation de défense des droits humains, fondée en 1996 pour aider les premiers manifestants victimes de la répression. « Il a kidnappé toutes nos possibilités », se désole l’activiste, désormais réfugié à Vilnius : « C’était clair que cet homme ne voulait pas la démocratie. »À part quelques périodes où les relations avec l’Union européenne et les États-Unis se sont détendues, Alexandre Loukachenko a assis de plus en plus son pouvoir. En 1999, il signe l’accord pour la création d’une union avec la Russie visant à une fusion progressive des deux pays.

La taxe sur le parasitisme social en 2017, imposée avant d’être retirée, puis la gestion catastrophique de la pandémie de Covid-19 ont été les ferments du soulèvement qui a suivi le scrutin de 2020. Pour Alexandre Dabravolski, conseiller de l’opposante en exil Svetlana Tikhanovskaia, cette situation a prévalu car nous n’étions pas préparés « à ce que la liberté signifie, c’est-à-dire prendre ses responsabilités ».En cause, le fonctionnement paternaliste à la soviétique qui a duré bien après la chute de l’URSS. Quatre ans après s’être soulevés contre Alexandre Loukachenko, « les Biélorusses payent le prix fort », constate Georgy Roy, qui affirme n’avoir jamais voté, à l’exception du scrutin de 2020. Environ 1 400 prisonniers politiques sont derrière les barreaux, donner de l’argent aux détenus est passible d’emprisonnement. L’opposition en exil se démène. Les débats du conseil de coordination récemment élu et qui devrait fonctionner comme un parlement en exil seront retransmis sur Internet. « C’est notre grande école de la démocratie », affirme Stanislava Glinnik, la vice-présidente de ce conseil et petite-fille de Stanislas Chouchkievitch.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mardi 23 juillet 2024 906 mots, p. AUJM4
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23 juillet 2024 - Le Parisien

Les athlètes israéliens protégés H24

88 sportifs représenteront l'État hébreu lors de ces Jeux dans un climat extrêmement tendu par l'attaque du 7 octobre puis l'offensive de Tsahal dans la bande de Gaza.

Romain Baheuxavec Axel Dailletet Jean-Michel Décugis

Une photo collective, prise dans un vaste hall sans charme. Des sportifs et des entraîneurs en survêtement prennent la pose avant d'embarquer dans l'avion qui les emporte à Paris et aux Jeux olympiques. Des sourires, des mines réjouies, tout l'attirail du cliché classique de la délégation sur le départ. Mais la délégation israélienne, partie lundi pour la France de l'aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv, atterrit dans un contexte lourd dans l'Hexagone.

Si les athlètes israéliens sont toujours particulièrement protégés depuis les 11 morts des sanglants JO de Munich en 1972, l'attaque du 7 octobre, et sa réponse militaire par Tsahal dans la bande de Gaza ont augmenté le curseur sécuritaire autour des 88 athlètes, amenés à se rendre en France pour l'événement. Avec, en parallèle, des contestations sur la simple présence d'une délégation de l'État hébreu par des voix qui l'accusent de génocide dans ce territoire palestinien.

Entraînements scrutés

« Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus aux JO », a lancé samedi le député LFI de Seine-Saint-Denis, Thomas Portes, appelant à « une mobilisation » sur le sujet. Lundi, la diplomatie française, par la voix du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, a pris le contre-pied dans le discours. La veille, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin s'est placé sur le terrain des actes, évoquant une protection « 24 heures sur 24 » des sportifs, entraîneurs, officiels et arbitres israéliens, entérinée il y a deux semaines lors d'un entretien avec Emmanuel Macron.

Le dossier est scruté de près par la Place Beauvau, en lien régulier avec les services de sécurité de l'État du Proche-Orient depuis des semaines. Deux mots d'ordre : préparation et discrétion. Les entraînements des joueurs de l'équipe masculine d'Israël, qui lance son tournoi ce mercredi contre le Mali au Parc des Princes à Paris dans un match là aussi surveillé de près, sont très encadrés dans la petite ville des Yvelines choisie pour les accueillir.

Officiellement, Israël va « participer aux JO comme toutes les autres délégations », explique une source diplomatique israélienne. Si les membres du vol entre Tel-Aviv et Paris arboraient ce lundi les couleurs du pays, plusieurs Israéliens accrédités sont passés volontairement incognito à l'aéroport de Roissy ces derniers jours, selon des témoins sur place.

Du côté de Paris 2024, rien ne transpire non plus sur les conditions de sécurité prises autour de cette délégation. Pas question d'exposer le lieu de résidence des athlètes israéliens au sein du village olympique, où des membres du GIGN se tiennent prêts à agir en permanence.

Des hommes armés sur le bateau de la cérémonie

« Dans le village olympique, les athlètes portent les uniformes », maintient notre source diplomatique, là où une employée des lieux mettait en avant la semaine dernière la discrétion des Israéliens déjà présents. Comme toutes les autres sources interrogées sur le sujet, le comité d'organisation des JO refuse de confirmer ou d'infirmer la présence de policiers israéliens sur leur lieu de résidence.

Mais selon nos informations, des forces de sécurité de l'État hébreu monteront, armés sur le bateau de la délégation pour la cérémonie d'ouverture vendredi soir sur la Seine. Si le comité olympique de l'État israélien a confirmé dès janvier sa présence à la cérémonie d'ouverture, hors de question de laisser ses sportifs sans protection rapprochée à ciel ouvert au milieu de milliers de personnes. Une exception accordée également aux délégations américaine et qatarienne. En public, la délégation israélienne martèle sa confiance en l'organisation. « Ce n'est un secret pour personne, ces Jeux sont un peu plus difficiles pour nous tous, mais nous avons pleinement confiance dans l'organisation de la sécurité », explique la présidente du comité olympique israélien, Yaël Arad. « Je me sens en sécurité et je suis ravi de représenter mon pays », abonde la judokate Inbar Lanir.

Comme les autres athlètes, la championne du monde 2023 des moins de 78 kg a été invitée à ne pas s'exprimer sur la guerre en cours pendant la compétition par son comité olympique. « Même nos athlètes les plus expérimentés auront besoin d'être muets pour être à cent pour cent physiquement et mentalement », soulignait en avril Yaël Arad.

Le 6 août, une cérémonie pour les victimes de 1972

En France, les services de sécurité vont continuer à surveiller l'offensive dans la bande de Gaza. « Une nouvelle offensive israélienne augmenterait mécaniquement le niveau de vigilance, même si je ne vois plus trop bien comment on peut aller plus loin », glisse une source policière.

Sur le volet diplomatique, Israël sera représenté à la cérémonie d'ouverture par son président, Isaac Herzog. L'officiel doit également participer à une cérémonie en mémoire des victimes de l'attentat des Jeux olympiques de Munich. Une autre commémoration, ouverte aux familles des victimes, aux membres de la communauté juive, aux élus et aux représentants du mouvement olympique israélien et international, aura lieu le 6 août.

Celle-ci devait initialement se dérouler à l'Hôtel de Ville de Paris le 24 juillet, selon une source diplomatique israélienne, mais les contraintes liées aux périmètres de sécurité déployés dans ce secteur de la capitale ont conduit à la reprogrammer plus tard et dans les murs de l'ambassade d'Israël. Un hommage dans l'intimité d'un des endroits les plus surveillés de Paris.

L'Humanité
mardi 23 juillet 2024 144 mots, p. 10

Coquerel s'excuse pour la non-élection de Lecoq

assemblée Jean-Paul Lecoq, député PCF reconnu pour son engagement sur les questions internationales et pour le respect des peuples devait normalement être élu vice-président de la commission des Affaires étrangères, jeudi, à l'Assemblée. L'accord entre les forces du Nouveau Front populaire (NFP) prévoyait qu'il obtienne 23 voix, synonyme de victoire au troisième tour. Mais deux voix de la France insoumise ont manqué à l'appel, officiellement pour cause de « panne d'oreiller », ce qui a été vivement dénoncé par les élus PCF. « Sur le principe de respecter les accords du NFP et sachant de plus notre proximité avec Jean-Paul Lecoq sur les questions internationales, je regrette cette absence et, même si elle n'est pas de mon fait, je présente mes excuses aux députés PCF », a déclaré sur X Éric Coquerel, président FI de la commission des Finances. T. M.

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro, mardi 23 juillet 2024 810 mots, p. 7

Politique

« Pour moi, c'est un déni de démocratie » : la colère des électeurs du RN

Boilait, Eugénie, Mérat, Victor

C'était le grand soir. Au premier tour des élections législatives, le Rassemblement national avait réuni 33,15 % des suffrages exprimés, avec plus de 10,6 millions de voix. La vague était attendue mais certainement pas dans ces proportions. « Je me suis dit, ça y est, on peut accéder au pouvoir » , se souvient Margot, 28 ans, consultante dans un cabinet de conseil.

Une semaine plus tard, c'est la douche froide. Alors que certains sondeurs leur accordaient la majorité absolue (à partir de 289 députés), le parti à la flamme et ses alliés - 142 élus - ne constituent finalement que la troisième force politique à l'Assemblée nationale. Même s'ils sont les premiers en termes de voix. C'est de l'autre côté du spectre politique que le champagne est sabré : le Nouveau Front populaire remporte 193 députés. Le camp présidentiel, lui, sauve les meubles avec 166 élus.

Le « front républicain » a fonctionné à plein. Au total, 217 candidats, majoritairement du NFP et du camp présidentiel, se sont désistés au second tour au profit d'un candidat mieux placé qu'eux pour battre le RN. « Ce n'est pas une défaite électorale normale puisqu'elle n'émane pas réellement de la volonté des électeurs. Elle est le fait des autres partis. Les résultats étaient connus avant que le match ne soit joué, fulmine Fabienne, 63 ans, institutrice à la retraite. Pour moi, c'est un déni de démocratie. »Éloïse, étudiante en droit, abonde : « C'est un front contre les Français. De quel droit cette élite politique déconnectée se dresse contre leur volonté, alors que le message envoyé est clair? »

Avec le temps, ce ressenti ne s'est pas estompé. Car la mise en place de ce cordon sanitaire autour du parti de Jordan Bardella s'est poursuivie au Palais Bourbon, où la très stratégique répartition des postes clés a été marquée par la mise à l'écart du RN : aucune des six vice-présidences, pas de poste de questeur sur les trois en jeu, pas même un secrétaire sur douze... Les temps ont changé : il y a deux ans, le camp présidentiel avait concédé au parti à la flamme deux vice-présidences, dans le souci d'une représentation équitable des groupes, comme le préconise le règlement de l'Assemblée.

Une vive inquiétude relayée par Marine Le Pen. « Le sujet, c'est que les Français ont voté aux élections législatives d'une manière très différente qu'en 2022. Et on se retrouve avecYaël Braun-Pivet à l'Assemblée. Donc que rien n'a changé, avec ce sentiment que nos électeurs sont quantité négligeable et qu'ils n'ont pas été entendus » , a-t-elle fustigé samedi. « On nie la pensée de 11 millions de Français. On nous dit en substance: « Tais-toi car ce que tu me dis, ça me dérange trop » » , résume Margot.

Une grogne amplifiée par la sensation d'être « méprisés » par les élus des autres partis. Jeudi dernier, de nombreux députés du NFP mais aussi du camp présidentiel, comme l'ex-ministre Agnès Pannier-Runacher, ont refusé de serrer la main de Flavien Termet, le plus jeune député (RN) de l'Hémicycle, lors de l'élection du président de l'Assemblée, comme le veut la tradition. Une attitude qui a fait réagir jusque dans les rangs des Républicains : « En refusant de serrer la main aux députés RN, les députés Insoumis font un bras d'honneur à 10 millions de Français » , s'est emporté le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau.

« De la colère peut germer,conclut ainsi Margot. En niant tous ces votes, les cadres de gauche et du centre vont à l'encontre de leur objectif. À force de nier la réalité, les gens vont voter de plus en plus extrême. » Tournant définitivement le dos à cette « défaite » électorale, les électeurs du RN se posent dorénavant la question de l'avenir. Nombreux sont ceux qui n'ont plus d'espoir : « Ce n'est pas forcément de la rancoeur, c'est de la lassitude, soutient Maxime, un Strasbourgeois de 22 ans. Mais j'ai aussi l'impression qu'on accepte cette défaite car on se dit que c'est simplement un gain de temps pour les autres. »

Jusqu'en 2027, lors de la prochaine présidentielle? À ce sujet, les avis sont partagés. « La marge de manoeuvre n'est pas assez grande pour le RN. Il y a aura toujours ce mur. C'est une droite plus forte, mais sans cette étiquette RN, qui pourrait gagner », analyse Margot. D'autres pensent au contraire que cette absence de représentation du RN à l'Assemblée pourrait agir comme une « bombe à retardement » et attirer de nouveaux électeurs poussés par la colère. Pour l'heure, tous sont d'accord sur un point : le « décalage » entre les « arrangements politiques » et l'opinion d'une grande partie des Français est « trop important ». « Nos envies, nos idées sont claires, mais on va se retrouver avec un gouvernement de gauche,souligne Éloïse, écoeurée. Quelle est la solution si on ne peut plus se faire entendre par les urnes? » E. B. et V. M.

Le Figaro, no. 24856
Le Figaro, mardi 23 juillet 2024 1159 mots, p. 9

Société

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22 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

« Il leur met une cible dans le dos » : des athlètes israéliens sous haute protection

Baldassari, Shaya

Mercredi 24 juillet, coup d'envoi des épreuves olympiques, l'équipe israélienne défendra ses couleurs face au Mali, lors d'un premier match de football disputé au Parc des Princes. Malgré les nombreux appels à l'exclusion, les 88 athlètes israéliens participeront bien à 16 épreuves, «comme toutes les autres équipes» , assure le Comité olympique. Une quinzaine sous très haute tension, alors qu'Israël fait partie des délégations les plus surveillées, avec les États-Unis et l'Iran.

L'ensemble des délégations israéliennes seront «intégralement protégées par la police française 24heures sur 24», «y compris les arbitres» ,a précisé Gérald Darmanin, dimanche soir. Le ministre de l'Intérieur a exprimé son «dégoût» face à l'attitude du député Insoumis Thomas Portes qui, samedi dernier, a estimé que les «athlètes israéliens(n'étaient) pas les bienvenus aux Jeux olympiques de Paris» , appelant ses partisans à la «mobilisation». «Il met une cible dans le dos à ces athlètes israéliens» , a déploré le ministre de l'Intérieur. La veille, des militants propalestiniens avaient mené une action coup de poing devant le siège du Comité d'organisation des Jeux olympiques à Paris, mettant en scène des militaires israéliens tuant des Palestiniens innocents pour dénoncer la présence israélienne durant la compétition.

Alors que tous les voyants sont au rouge, une source diplomatique se dit «très rassurée» par la coopération entre les services français et israéliens, et assure que la délégation israélienne sera présente au Village olympique et pendant les compétitions, avec son drapeau. Lors de la cérémonie d'ouverture, qui se tiendra ce vendredi sur la Seine, les athlètes israéliens devraient défiler aux côtés des autres délégations.

«Les menaces contre les Israéliens à l'étranger se sont multipliées depuis le 7octobre», date de l'attaque terroriste du Hamas en Israël, a déclaré début juillet Miki Zohar, ministre israélien de la Culture et des Sports. Dans ce contexte, le Comité olympique israélien est en lien quotidien avec son homologue international, la police française, la municipalité de Paris, le comité d'organisation et l'unité 730 du Shin Bet (l'agence de renseignement israélienne), en charge de la protection de tous les athlètes israéliens ainsi que de leur personnel. Cependant, chaque athlète n'aura pas son propre garde du corps, a précisé Miki Zohar.

Alors que le budget sécuritaire s'élevait à 4,3 millions de nouveaux shekels israéliens (NIS) lors des Jeux de Rio et de Tokyo, le ministre des Sports a annoncé qu'il atteindrait cette fois, plus de 7 millions de NIS, c'est-à-dire environ 1,7 million d'euros, rapporte le journal israélien Ynet. Une information confirmée au Figaro par une source israélienne, proche des autorités.

Selon Daniel Rouach, président d'honneur de la Chambre de commerce Israël-France, les athlètes israéliens se verront tout de même imposer de nombreuses contraintes, telles que l'interdiction de sortir du Village olympique ou encore de circuler dans Paris en métro. Il leur sera défendu de parler l'hébreu en public et leur lieu de résidence sera gardé strictement secret. Le Shin Beth a donné pour consigne aux athlètes israéliens de quitter le Village olympique dans les 48 heures suivant la fin de leur compétition, de rentrer en Israël dès que possible, et de ne pas « céder à la moindre provocation ».

La sécurité autour de l'ambassade d'Israël à Paris sera, elle aussi, très renforcée, trois fois plus que d'ordinaire. «Le nouvel élément sécuritaire, c'est la présence du président israélien Isaac Herzog à la cérémonie d'ouverture» ,indique Daniel Rouach. «Le président représentera l'État d'Israël à cette cérémonie et saluera la délégation israélienne au début de la compétition», indique le bureau d'Isaac Herzog.

«La menace est tellement imminente et réelle que tout le monde s'efforce de l'atténuer autant que possible», souffle une source israélienne, qui parle d'un véritable «casse-tête sécuritaire». Le niveau de risque de cet événement international est en effet jugé «très important» par Édouard Cukierman, ancien porte-parole de l'armée israélienne et officier réserviste dans l'unité de négociation en situation de crise et de prise d'otages. «Lorsqu'il y a eu l'événement très médiatisé de l'Eurovision, la chanteuse israélienne Eden Golan n'est pas sortie de sa chambre parce qu'il y avait trop de risques» ,souligne-t-il .La presse israélienne a d'ailleurs révélé il y a quelques jours que la jeune femme était sortie de son hôtel coiffée d'une perruque, de façon à ne pas être reconnue . «Aujourd'hui, il y a une pression très forte sur les athlètes, en particulier face à la menace iranienne, souligne Édouard Cukierman . Il faut éviter une exposition quelconque. Les organisations terroristes sont très actives en Europe et nous craignons le pire.»

La semaine dernière, une quinzaine d'athlètes israéliens ont reçu des menaces de mort par WhatsApp et par téléphone, rapporte le journal israélien Times of Israël, une information confirmée au Figaro par une source diplomatique. Certains, dont le judoka Peter Paltchik, porte-drapeau de la cérémonie d'ouverture, ou encore le nageur Meiron Amir Cheruti, ont reçu une invitation à leurs propres funérailles.

Parmi les messages, d'autres menaces explicites : «L'Organisation de défense du peuple annonce qu'elle entend nuire à toute présence israélienne aux Jeux olympiques» , «Préparez-vous à l'Intifada»ou encore «Vous n'êtes pas invités à Paris 2024. Si vous venez, tenez compte du fait que nous avons l'intention de répéter les événements de Munich 1972». Une référence au massacre de Munich au cours duquel le groupe terroriste palestinien Septembre noir s'était introduit dans le Village olympique et avait pris en otages des athlètes israéliens, tuant 11 d'entre eux ainsi qu'un policier allemand.

Des menaces qui mettent le Comité olympique israélien sur le qui-vive mais qui ne lui font pas pour autant perdre son sang-froid. «Nous prenons évidemment cela au sérieux mais nous ne nous emballons pas non plus», a déclaré la présidente du comité, Yaël Arad.

«Nous ne sommes pas inquiets, nous avons toute la sécurité qu'il nous faut pour être protégés. Si certains veulent nous insulter ou nous provoquer, s'il y a des antisémites qui ne connaissent rien à l'histoire de notre pays, ça nous poussera à être les meilleurs sur le terrain, c'est l'état d'esprit israélien» ,assure Guy Luzon, entraîneur de l'équipe de football israélienne, dont l'équipe est déjà à Paris pour se préparer au match de mercredi soir.

«Évidemment, il y aura plus de sécurité, nous avons tous en tête ce qui s'est passé à Munich en 1972. Nous pensons tous les ans aux athlètes tués, nous les commémorons et espérons que ça n'arrive plus jamais», confie-t-il. Cependant, la situation actuelle n'a «rien à avoir»avec Munich, tempère Daniel Rouach. «À l'époque, ils n'avaient même pas de tireurs d'élite», poursuit-il en assurant : « Il n'y a aucun risque de prise d'otage, les services de sécurité sont très bien renseignés.»

À chaque Jeux olympiques, une cérémonie de commémoration des victimes de l'attentat de Munich est organisée par l'État hébreu. Alors qu'elle devait avoir lieu le 24 juillet à l'hôtel de ville de Paris, elle se tiendra finalement le 6 août à l'ambassade d'Israël pour des raisons sécuritaires, indique une source diplomatique. S.B.

La Croix, no. 42977
France, mardi 23 juillet 2024 79 mots, p. 11

Fin de vie Une nouvelle proposition de loi

Le député Les Démocrates de Charente-Maritime, Olivier Falorni, favorable de longue date à une évolution de la loi sur l’aide à mourir, a annoncé vendredi 19 juillet le dépôt d’une proposition de loi relative à « l’accompagnement des malades et de la fin de vie ». Le texte reprend celui voté par les députés avant que la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin dernier, n’interrompe les débats.

Le Figaro, no. 24856
mardi 23 juillet 2024 1301 mots, p. 27

Sport

Jean-François Lamour : « Il faut être un peu filou en escrime »

Double champion olympique du sabre, l'ancien ministre des Sports annonce des Jeux de Paris grandioses.

Reyrat, David

Avec ses cinq médailles olympiques, dont deux titres en individuel, le sabreur affiche un palmarès flamboyant. Proche de Jacques Chirac, il fut son ministre des Sports de 2002 à 2007. Pour LeFigaro, Jean-François Lamour revient sur son immense carrière, il décrypte les raisons du succès de l'escrime tricolore et livre son avis sur la place du sport en France et les JO de Paris. Avec son habituelle liberté de ton.

LE FIGARO. - LE FIGARO. - Vous êtes, avec Christian d'Oriola, les seuls escrimeurs français deux fois champion olympique en individuel...

- JEAN-FRANÇOIS LAMOUR. - C'est une immense fierté. J'ai le sentiment d'avoir fait quelque chose de ma vie. Tout le reste sera dans la continuité tant ces moments-là changent une vie. L'escrime a été le fil rouge, c'est ce qui m'a construit. Si j'ai fait de la politique, c'est parce que Chirac m'avait vu à Los Angeles et qu'il m'a proposé d'être son conseiller pour le sport à la mairie de Paris, fin 1993. J'ai vécu une aventure humaine fantastique à ses côtés. Je n'y connaissais rien en politique, alors, tous les soirs, j'allais voir son chef de cabinet qui me disait : «Demain tu fais ça de cette manière et ça de cette façon...» Et puis Chirac devient président contre toute attente en 1995 et il m'embarque avec lui à l'Élysée. J'ai donc passé dix années comme député, cinq comme ministre. Une deuxième vie passionnante. Grâce à Chirac. En 2007, quand il se retire, je n'ai pas retrouvé un lien aussi fort avec une autre personnalité politique et j'ai arrêté. Les idées, c'est bien, mais les hommes et les femmes qui les portent, c'est mieux...

LE FIGARO. - François Mitterrand vous a également reçu à l'Élysée pour vos titres olympiques...

- Mitterrand ne s'intéressait pas au sport, mais il nous recevait très poliment. Quand il m'a remis la Légion d'honneur à l'Élysée, ça a été un moment extraordinaire pour mes parents. Mais j'ai préféré le rapport que Chirac entretenait avec les sportifs. Lui comprenait ce qu'on vivait. Mitterrand n'était pas désagréable, mais il mettait un peu plus de distance. On sentait que ce n'était pas sa tasse de thé. À l'inverse, Michel Rocard nous appréciait beaucoup. Il avait fait beaucoup pour les sportifs. C'est lui qui a fait défiscaliser les primes olympiques.

LE FIGARO. - Où sont vos cinq médailles olympiques ?

- Elles étaient chez mes parents. Quand mon père est mort, en 2007, ma maman m'a avoué qu'elle avait peur d'avoir mes médailles. Enfin quatre d'entre elles, la dernière, le bronze par équipes à Barcelone, je l'ai donnée à mon entraîneur, le Hongrois Szepesi. Je les ai donc mises dans un coffre à la banque. Quand on me demande à les voir, je vais les chercher. C'est un peu plus compliqué, mais c'est plus rassurant que de les avoir à la maison... Moi, elles ne me manquent pas. J'aime bien revoir quelques photos de temps en temps, pas plus. En revanche, la compétition me manque, encore aujourd'hui. J'ai une sorte d'élan quand j'assiste à une compétition. Je me surprends à être en train de combattre, mon bras bouge. C'est très étonnant.

LE FIGARO. - Pourquoi le sabre est-il considéré comme une arme à part ?

- Parce qu'elle est explosive et brutale. Ça va plus vite, on se jette dessus ! Il n'était pas rare que je m'impose à mon adversaire en lui tapant fort dessus. Je l'avais appris de ceux, les Cubains en particulier, qui m'avaient tapé dessus avant. Et, malgré les protections, un coup de sabre, ça fait mal... L'épée et le fleuret sont plus des armes d'attente, avec beaucoup plus d'observation et de préparation.

LE FIGARO. - Vous n'êtes pas devenu maître d'armes. Est-ce un regret ?

- Non. La patience est la clé de la réussite pour être entraîneur. Et j'en manque. Si j'étais capable de rester cinq heures sur une piste pour appréhender un geste, je n'aurais pas pu consacrer cinq heures à un élève pour lui inculquer la même chose. Mais j'aime bien conseiller. En 2004, je l'ai fait à Athènes pour les sabreurs alors que j'étais ministre des Sports. Un sportif de haut niveau est très égoïste durant sa carrière. Par définition, il prend plus qu'il ne donne. Après, ça s'apprend, le métier de maître d'armes. Ce n'est pas parce que vous êtes un très bon tireur que vous serez un très bon entraîneur. Et je ne me voyais pas repartir étudier à près de 37 ans. Ce n'était pas ma voie.

LE FIGARO. - Que pensez-vous des soubresauts qui agitent l'escrime française, particulièrement chez les épéistes et les sabreurs ?

- C'est sidérant ! Rarement l'escrime française a été dans la situation de gagner autant de médailles olympiques. Quand on voit le potentiel, ça pourrait faire dix médailles ! Et, tous les jours, il y a un sketch, un psychodrame. C'est dû à l'accumulation de plusieurs problèmes. Une vacance totale du pouvoir fédéral pour le moins étonnante. Des personnalités très, voire trop, fortes comme entraîneurs. Un DTN qui joue un jeu dangereux pour assurer sa place. Un ministère faible qui a confié les clés à l'Agence nationale du sport et à Claude Onesta. Mais, aussi, à des personnalités très fortes chez les athlètes. Ce qui, paradoxalement, me fait dire qu'ils peuvent s'en sortir. Ils sont mentalement forts. Mais ils se sont beaucoup épuisés sur leurs histoires. Et, quand certains refusent de venir à l'Insep s'entraîner avec les autres, ça ne me plaît pas trop. Ils prennent beaucoup de risques. Je n'arrive pas à comprendre ces bisbilles...

LE FIGARO. - Pourquoi, selon vous, l'escrime est le sport, avec 123 médailles, le plus pourvoyeur pour la France ?

- Première raison, l'escrime est au programme des JO depuis le début, en 1892. On a donc accumulé beaucoup de médailles lors des premières éditions. Le judo, par exemple, n'a intégré les Jeux que dans les années 1950. Ensuite, on a, en France, une tradition très forte de maître d'armes militaires. Avec des salles dans les villes de garnison qui ont créé un maillage très dense dans les villes de moyenne ou de grande taille. C'est une force qui assure la pérennité de l'escrime. Enfin, c'est un sport qui convient bien à la psychologie des Français, un peu bagarreurs. Qui respectent les règles tout en aimant bien les contourner. Et il faut être un peu filou en escrime. Le gros manque, en France, c'est le peu de place qu'a l'escrime à l'école. Le vivier est là, mais un escrimeur doit commencer vers 7 ans...

LE FIGARO. - Le ministre des Sports que vous avez été comprend-il la rengaine d'une France qui n'est pas un pays de sport ?

- C'est exagéré et caricatural. Mais, le grand manque dans notre organisation, c'est la faible place du sport à l'école. Aujourd'hui, l'encadrement du sport est tenu en majorité par des militants, des gens qui ont beaucoup de difficulté à accepter la notion de compétition. Ils refusent ce principe de hiérarchie. Alors que c'est l'essence du sport. L'autre problème, c'est qu'on se passe de plus en plus du socle associatif. C'était le creuset. Mais c'est devenu une prestation comme une autre. Notre organisation est en grande difficulté.

LE FIGARO. - Les Jeux de Paris seront-ils une réussite ?

- Je comprends le JO bashing. C'est la règle en France dès qu'il y a un projet d'ampleur. Les réseaux sociaux ont encore accentué cette propension à la critique. Mais quel rayonnement pour la France, quelle fierté ! Il y aura de l'engouement, je n'en doute pas une seconde. Il y a une attente...

Le Figaro, no. 24855
Le Figaro, lundi 22 juillet 2024 1536 mots, p. 3

Politique

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21 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

« Je suis traumatisée, j'ai honte » : dans les coulis ses de la folle semaine d'élections à l'Assemblée

Les députés se sont réparti les postes clés de l'institution. Et se donnent rendez-vous en septembre, sans grandes perspectives législatives.

Bordas, Wally

Ça va?» «Non.» Un ange passe. Dans les jardins de l'hôtel de Lassay, vendredi soir, l'écologiste Sandrine Rousseau n'est pas la seule à afficher sa mauvaise humeur. Et à ne pas trouver les mots pour exprimer sa colère. Renfrogné et tête basse, à quelques mètres de là, le macroniste François Cormier-Bouligeon avance au pas de charge. «Je suis dégoûté... Ce qui se passe est très grave» , grogne-t-il sans s'arrêter. Il est un peu plus de 21 heures, plusieurs psychodrames viennent de secouer l'Assemblée nationale. Parmi eux, probablement le plus important de ces dernières années : au lendemain de la réélection de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l'Assemblée, le scrutin pour élire ses vice-présidents vient de subir de graves irrégularités. Dix enveloppes en trop ont été glissées dans l'urne. Des députés ont donc sciemment tenté de saboter l'élection.

Alors que les parlementaires ont dû revoter et que les résultats sont annoncés, l'atmosphère devient électrique. «Honte à ceux qui ont pratiqué cette fraude! (...) L'amour de la République ne peut tolérer de l'abîmer de cette manière», fulmine le socialiste Jérôme Guedj au micro. Dans l'Hémicycle, toute la tension accumulée ces dernières semaines, de la dissolution de l'Assemblée aux législatives anticipées, explose. Chacun à quelque chose à reprocher à son voisin. Les haines recuites éclatent au grand jour.

La gauche s'emporte contre les macronistes et la droite de Laurent Wauquiez, qui, survivantes notamment grâce au « front républicain » anti-RN mis en place par le Nouveau Front populaire hier, s'allient pour le faire battre dans l'Hémicycle aujourd'hui. Les troupes présidentielles, elles, surjouent l'indignation de voir des élues Insoumises - Clémence Guetté et Nadège Abomangoli - élues aux postes de vice-présidente grâce aux voix du Rassemblement national. Ce, alors même que leur collègue Naïma Moutchou (Horizons) vient elle aussi d'être réélue au même poste grâce aux mêmes voix marinistes. «Vous êtes en train de franchir le cordon sanitaire allègrement», attaque Marc Fesneau (MoDem). «Les LFI étant élus avec les voix du RN, ils pourraient au moins leur serrer la main désormais», tempête même le ministre démissionnaire Gérald Darmanin, en référence aux événements survenus la veille, lorsque les députés mélenchonistes ont tous refusé de saluer le benjamin de l'Assemblée, l'élu RN Flavien Termet.

La tension est extrêmement forte. Elle atteint son paroxysme plus tard dans la soirée, lorsque les troupes de Marine Le Pen se présentent devant la presse pour dénoncer le «déni de démocratie» ayant conduit les macronistes et la gauche à les priver des postes à responsabilités - vice-présidents, questeurs et secrétaires - de l'Assemblée. Pendant que Marine Le Pen s'exprime devant les caméras, salle des Quatre-Colonnes, dénonçant les «magouilles» ayant amputé ses députés de ces postes à responsabilités, le député MoDem Nicolas Turquois l'interrompt en criant à plusieurs reprises : «Je refuse d'entendre des choses pareilles.»

Colère immédiate des députés marinistes Jean-Philippe Tanguy et Émeric Salmon, qui se précipitent alors vers le macroniste pour lui demander de se taire. Le ton monte et l'on en vient presque aux mains, sous l'oeil médusé de l'Insoumis Sébastien Delogu, provocateur en chef de LFI, qui n'en croit pas ses yeux. Les huissiers interviennent à temps, ainsi que Renaud Labaye, le secrétaire général du groupe RN, venu calmer les esprits.

Mais la nuit ne fait que commencer. Il est désormais l'heure de voter pour les douze secrétaires du bureau. Les députés du RN, vexés d'avoir été écartés de tous les postes à responsabilités, décident de quitter l'Assemblée. Il faudra compter sans eux. Le camp macroniste et la droite, en supériorité numérique, n'ont plus qu'à attendre le troisième tour : c'est une certitude, s'ils le souhaitent, ils rafleront tous les postes de secrétaires au nez et à la barbe de la gauche, qui n'aura plus, comme la veille, que ses yeux pour pleurer.

Mais il faut d'abord passer les deux premiers tours. Assurés de l'emporter, au fil des minutes, les députés macronistes quittent le Palais Bourbon. Comme cette parlementaire, qui rentre chez elle pour s'occuper de son fils en bas âge. Ou cet autre député, qui part dormir à l'hôtel, exténué par une semaine «interminable». «Les macronistes étaient trop confiants et on les a vus quitter les lieux petit à petit», râle un député wauquieziste, resté jusqu'au bout.

Négociations entre NFP et Liot

Alors, la gauche en profite. Et met en place une stratégie pour battre le camp macroniste. «On a vu qu'on pouvait rafler la mise, alors on a ajouté de nouveaux candidats au troisième tour et on a négocié avec quelques députés Liot», résume un député NFP, pas peu fier de la manoeuvre. Le résultat tombe à 4 heures et demie du matin : le Nouveau Front populaire obtient neuf postes de secrétaires sur douze. Et pourra donc jouir d'une majorité absolue au sein du bureau de l'Assemblée nationale, la plus haute instance décisionnaire du Palais Bourbon.

Colère dans les rangs du camp présidentiel et de la droite. Et «grosse gueule de bois» au réveil le lendemain matin, avoue un stratège du parti présidentiel. «Les jeux ont été complètement dévoyés. Je suis atterrée. On va voir une énorme difficulté à ce que l'Assemblée retrouve de la respectabilité», peste la députée LR Marie-Christine Dalloz salle des Quatre-Colonnes. Car c'est effectivement cette instance qui décide - ou non - de sanctionner les députés fauteurs de troubles dans l'Hémicycle, comme cela a très souvent été le cas depuis 2022.

«Les Insoumis vont pouvoir venir avec des fumigènes et des drapeaux palestiniens dans l'Hémicycle tous les jours sans se faire sanctionner», résume, mi-amusé, mi-inquiet, un observateur avisé du Palais Bourbon. «On voit bien le cirque qui se prépare. C'est dramatique pour les Français, qui ont des urgences et qui ont besoin d'une Assemblée qui fonctionne et ne se donne pas en spectacle», s'alarme le député MoDem Romain Daubié. Cet autre macroniste ne décolère pas : «On a perdu bêtement la majorité au bureau. Il suffisait juste de ne pas aller se coucher. Quelle connerie!» Et ce dernier, rempli d'aigreur : «Gabriel Attal est incapable de tenir ses troupes. Il y a de vraies tensions dans le groupe, une ambiance complètement délétère avec des gens qui ne se parlent plus et ne veulent même pas s'asseoir à côté. Comment voulez-vous qu'il y ait une discipline...»

Samedi matin, la gauche a donc le sourire, au Palais Bourbon. Et se vante de cette victoire obtenue contre le cours du jeu à la dernière minute. «C'est notre petite vengeance! Surtout, ça prouve que les équilibres sont très fragiles et que rien n'est écrit pour personne», résume, amusé, un cadre écologiste.

Des élus à bout de nerfs

Les majorités se font et se défont déjà. Jeudi, les députés Liot participaient à réélire la macroniste Yaël Braun-Pivet au perchoir. Vendredi soir, ils pactisaient avec la gauche pour l'aider à rafler presque tous les postes de secrétaires. Et samedi, ils faisaient réélire l'Insoumis Éric Coquerel à la tête de la commission des finances.

Concours d'indignation macroniste. Irrité par la nomination du député centriste Charles de Courson au poste de rapporteur général du budget, le député Mathieu Lefèvre va même jusqu'à qualifier «d'Insoumis» cet élu, pourtant fervent défenseur de la réduction de la dépense publique. «Il y a surtout eu une énorme erreur stratégique de la part de Gabriel Attal de ne dealer qu'avec LR en abandonnant complètement le petit groupe Liot. On les a envoyés dans les bras du NFP», peste un autre macroniste. «Chaque voix compte et les alliances d'hier ne sont pas celles d'aujourd'hui et encore moins celles de demain», résume quant à lui, amer, un autre député du camp présidentiel.

Car ces trois jours d'élections à la Chambre basse ont bien prouvé une chose : l'Assemblée est plus que jamais coupée en trois, entre un bloc central macroniste affaibli, une gauche renforcée et un Rassemblement national isolé mais plus que jamais arbitre des votes. Faute de gouvernement, le Palais Bourbon est désormais à l'arrêt jusqu'en septembre. Voire un peu plus si la situation politique ne se démêle pas d'ici à la rentrée. Le temps pour tous ces élus, épuisés et à bout de nerfs après une campagne européenne, une dissolution et une législative express, de reprendre leur souffle et leurs esprits.

«Je suis traumatisée, j'ai honte. J'ai déjà vécu des journées pas faciles à l'Assemblée, mais celles-ci resteront dans les annales comme les pires. Nous avons donné une image pitoyable du parlementarisme», déplore la députée LR Marie-Christine Dalloz. L'écologiste Sandrine Rousseau, elle, résume : «Tout ce qu'il s'est passé ces dernières semaines est trop brouillé et brouillon. À la rentrée, il va falloir que l'on soit à la recherche de choses simples, qu'on arrête les manoeuvres de couloirs. C'est ce que les Français nous demandent.» En attendant le projet de loi de finances, qui devrait normalement arriver à partir du mois d'octobre, le retour à l'Assemblée s'annonce éruptif mais plus incertain que jamais. Un ex-député vaincu lors des législatives anticipe, un peu trop sûr de lui : «Il ne va rien se passer pendant un an, jusqu'à la prochaine dissolution. En attendant, je vais repartir en campagne dès septembre.» W B

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, lundi 22 juillet 2024 794 mots, p. AUJM10
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21 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
22 juillet 2024 - Le Parisien

La macronie vise la trêve olympique

Usés par la dissolution et la campagne éclair qui a suivi, mais aussi par les divisions internes qui ont surgi, les députés du camp présidentiel savourent l'idée d'avoir un peu de repos, le temps des JO.

Ludwig Gallet

En l'espace de deux ans, la députée des Français établis en Amérique latine et Caraïbes, Éléonore Caroit, a dû mener trois campagnes pour les législatives. « Vous êtes tombé sur la bonne personne ! », rit-elle lorsque le sujet de la fatigue des députés est évoqué. Sa circonscription s'étend sur 33 pays. Pas simple pour aller convaincre les électeurs. Son élection en 2022 a été annulée en janvier 2023 pour une raison parfaitement indépendante de sa personne, un dysfonctionnement du vote électronique.

Alors il a fallu repartir sur le terrain. Elle pensait que le plus dur était fait en avril 2023, lorsqu'elle a remporté 63 % des suffrages. Mais les élections européennes sont passées par là. La dissolution demandée par le président de la République, aussi. Un peu plus d'un an plus tard, l'élue a dû tout recommencer. « Pour une députée qui, comme moi, avait connu l'annulation d'un scrutin, et le risque que cela représente, j'ai sans doute vécu plus facilement la dissolution », explique-t-elle.

Les cerveaux bouillonnent

Même les députés qui ont eu la chance d'être élus dès le premier tour des législatives n'ont pas échappé à la rudesse de la dernière campagne. C'était le cas notamment de Pierre Cazeneuve (Hauts-de-Seine), qui confie s'être sans doute davantage employé durant le second tour pour soutenir ses petits camarades que pour sa propre campagne. À l'Assemblée nationale, ces dernières semaines, malgré l'arrêt des séances en raison de la dissolution, les députés s'installent au Palais-Bourbon jusqu'à des heures indues. Depuis le second tour des législatives, les réunions de groupe s'enchaînent, les cerveaux bouillonnent, chacun essaie de tirer son épingle du jeu dans un paysage politique fragmenté.

Que dire de la séance de vendredi, lorsqu'ils ont été invités à élire leurs vice-présidents, les questeurs ou encore les secrétaires ? Ils savaient en arrivant à l'Assemblée nationale que les scrutins pourraient durer jusqu'à 4 heures ou 5 heures du matin. Le vote pour les vice-présidents a finalement été annulé... car il y avait trop de bulletins dans l'urne ! Tout est à refaire. La situation exaspère plus d'un élu. « C'est fou tout de même que l'on en arrive là. Comment est-ce possible ? C'est inimaginable », grogne un élu Ensemble pour la République (EPR).

« Ça nous a cramé » deux ans de majorité relative

Les députés sortent d'une campagne harassante, mais ils sont plusieurs à pointer du doigt les deux ans de majorité relative, ce « bordel permanent » décrit par l'un d'entre eux, qui les ont sans doute éprouvés encore davantage. Il faut assurer le nombre de façon permanente, gérer le climat tempétueux. « Ça nous a cramé », confesse un cadre du parti présidentiel. La dissolution est arrivée comme la cerise sur le gâteau. « C'est un moment qui n'est vraiment pas facile, concède le député MoDem Erwan Balanant. Il a fallu licencier nos équipes, préparer nos cartons, quitter l'Assemblée sans savoir si nous y retournerions. »

À bien des égards, la perspective des Jeux olympiques arrive à point nommé. « Cette forme de trêve olympique va nous permettre de parler de sport et de collectif, espère le député et ancien ministre Stéphane Travert. C'est important, le collectif, dans cette période... »

Un membre du gouvernement démissionnaire plaide lui aussi pour cette pause. « Il faut laisser les Français respirer un peu. Ils sont tout aussi fatigués que nous. Il y a un gouvernement démissionnaire en place, qui gérera les affaires courantes, on verra tout ça à la rentrée. »

« Beaucoup de rancoeur » à l'encontre de Macron

Ce scénario ravit les députés macronistes, dont certains ne demandent qu'à pouvoir profiter des épreuves sportives des JO depuis leur lieu de vacances. « On est tous crevés. On en parle souvent entre nous. Il y a du ras-le-bol, une fatigue mentale et physique. On a envie de se barrer », confie l'un d'entre eux. Problème : les parlementaires n'ont aucune visibilité précise quant à la date de la reprise des travaux dans l'hémicycle.

Emmanuel Macron a parfaitement compris que sa décision de dissoudre avait suscité « beaucoup de rancoeur » à son encontre, comme le confessait il y a peu son entourage. La semaine dernière, il en a reçu plusieurs à déjeuner. Instant câlinothérapie. Le chef de l'État prend le temps de réexpliquer les raisons de sa dissolution. Il écoute, surtout, ses convives. « Le président a déjà prévu d'organiser d'autres déjeuners », indique-t-on dans son entourage. Gare, cependant, à ne pas les solliciter pendant leurs vacances... ni pendant les Jeux olympiques.

Le Figaro, no. 24855
Le Figaro, lundi 22 juillet 2024 687 mots, p. 4

Politique

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21 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Vive polémique après les propos du député LFI Thomas Portes sur les athlètes israéliens

L'élu a appelé à la « mobilisation » contre la participation d'Israël. Ce dimanche, Christian Estrosi a demandé la dissolution de LFI.

Passot, Eloi

Une controverse de plus pour le député La France insoumise (LFI) Thomas Portes. Le député de la 3e circonscription de Seine-Saint-Denis a affirmé samedi soir que « les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus auxJeux olympiques à Paris » , dont la cérémonie d'ouverture est prévue pour ce vendredi 26 juillet. Ces propos ont suscité de très vives réactions. Le maire de Nice, Christian Estrosi, a notamment demandé la dissolution de LFI.

« Nous sommes à quelques jours d'une échéance internationale qui va se tenir à Paris, qui sont les Jeux olympiques. Je suis ici pour dire que non, la délégation israélienne n'est pas la bienvenue à Paris,a lancé Thomas Portes, qui prenait la parole dans le cadre d'une manifestation en soutien à la Palestine organisée samedi 20 juillet dans les rues de la capitale . Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus aux Jeux olympiques à Paris. Et il faut utiliser pour cette échéance tous les leviers que nous avons pour créer une mobilisation. »

Ses propos ont été filmés avant d'être relayés sur les réseaux sociaux, où ils ont suscité une vive polémique. Sur X, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi, a condamné « l'indécence »du député LFI qu'il accuse de mettre « une cible dans le dos des athlètes israéliens ». « 1972 : 11 athlètes israéliens sont assassinés par des terroristes palestiniens aux JO de Munich. 2024 : LFI demande l'exclusion des athlètes israéliens des JO de Paris. Depuis le 7 octobre, Thomas Portes légitime le Hamas. Il met maintenant une cible dans le dos des athlètes israéliens, déjà les plus menacés des Jeux olympiques. Irresponsable. »

« Je demande qu'une procédure de dissolution soit engagée à l'encontre de LFI et, dans l'attente, la suppression de toute aide publique contre ce parti et ses membres qui se sont définitivement mis au ban de la nation » , a réagi le premier édile de Nice, Christian Estrosi. « Ces élus sont un danger et une honte » , a réagi l'adjointe à la mairie de Paris Karen Taïeb. L'avocate Muriel Ouaknine-Melki, présidente de l'Organisation juive européenne (OJE) a annoncé que son association allait déposer plainte. De son côté, l'écrivain et journaliste Henry-Jean Servat n'a pas mâché ses mots contre le député LFI. « On sait depuis longtemps que ce Thomas Portes est un vrai sale type. L'entendre hurler à la haine et à la mort contre les athlètes israéliens (responsables de quoi ?) ne peut que donner envie de dénoncer publiquement cet authentique salopard. La taule ! »

Le 19 juillet, Thomas Portes s'était déjà déclaré opposé à la participation d'Israël aux Jeux olympiques. « Israël ne doit pas défiler à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques,déclarait-il sur X le 19 janvier dernier en réponse à une publication du Monde qui confirmait la participation des athlètes israéliens à la cérémonie d'ouverture . Le drapeau israélien ne doit pas flotter sur les stades et les arènes olympiques. Les sportifs israéliens doivent participer, à titre individuel, avec un uniforme blanc, sous drapeau et hymne olympique.» D'autres élus LFI, comme Adrien Quatennens en février dernier, avaient exprimé la même demande.

Le député de la Seine-Saint-Denis avait en outre été au centre d'une autre polémique lors de la réforme des retraites. Il s'était fait photographier avec le pied sur un ballon à l'effigie d'Olivier Dussopt, alors ministre du Travail et en première ligne pour porter la réforme. Cette attitude lui avait valu d'être exclu quinze jours de l'Assemblée nationale. Depuis le 7 octobre, la situation au Moyen-Orient est au coeur de la rhétorique politique de LFI qui joue la carte de la criminalisation de l'État d'Israël. Ses élus ont toujours refusé de qualifier le Hamas d'organisation terroriste. Sur X, la députée européenne LFI Rima Hassan a accusé à plusieurs reprises Israël d'être un État génocidaire et colonialiste.

Le Monde
France, lundi 22 juillet 2024 745 mots, p. 6
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20 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Le double jeu des députés de droite, censés être dans l’opposition

Malgré un groupe réduit, la Droite républicaine est parvenue à obtenir deux vice-présidences et un poste de questeur

Alexandre Pedro

Pour un groupe déclaré d’opposition de quarante-sept députés, la Droite républicaine (DR) a été très bien servie dans la répartition des postes du bureau de l’Assemblée nationale, vendredi 19 juillet, avec deux vice-présidences pour Xavier Breton (Ain) et Annie Genevard (Doubs) mais aussi la questure pour Michèle Tabarot (Alpes-Maritimes). Et ce n’est peut-être pas fini. Samedi, la droite espère obtenir la présidence de la commission des finances avec Véronique Louwagie.

La tradition veut que la fonction revienne à l’opposition. Considérée comme très « macroncompatible », l’élue de l’Orne présente un profil beaucoup moins hostile pour la majorité sortante que le dernier président, l’« insoumis » Eric Coquerel. « Je suis curieux de voir comme[Laurent] Wauquiez va gérer[Véronique] Louwagie quand elle ira toujours dans le sens des macronistes », sourit Aurélien Pradié, député du Lot en rupture de ban avec Les Républicains (LR) et désormais non-inscrit .

La droite doit surtout cette pêche miraculeuse aux talents de négociateur et de contorsionniste de son nouveau président de groupe, Laurent Wauquiez. « Je vois bien la tentation des tractations, des combinaisons, pour échafauder des majorités contre nature. Ce sera sans nous », déclarait pourtant le député de la Haute-Loire dans la foulée de son élection, le 7 juillet. Mais le réalisme politique et la configuration inédite de cette XVIIe législature autorisent et permettent les rapprochements dénoncés auparavant. Jeudi, les députés DR ont voté en faveur de Yaël Braun-Pivet (Renaissance) pour permettre sa réélection à la présidence de l’Assemblée. Le lendemain, le groupe présidé par Gabriel Attal leur renvoyait l’ascenseur.

L’Elysée en ligne de mire

Dans sa déclaration politique publiée jeudi, DR réaffirmait noir sur blanc son hostilité aux « combinaisons d’appareils », se disait « indépendante », tout en prétendant incarner « une opposition responsable ».Mais comment être à la fois dans l’opposition et permettre la réélection de Mme Braun-Pivet, en étant aux côtés du camp Macron qui est inscrit dans la majorité au Palais-Bourbon ? « Il s’agissait de tenir [les] engagements vis-à-vis de[s] électeurs et faire barrage à La France insoumise et ses alliés »,avance le porte-parole du groupe, Vincent Jeanbrun (Val-de-Marne).

Faire barrage à LFI : c’est l’argument choisi par la droite pour justifier la négociation menée par Laurent Wauquiez avec Renaissance pour se partager les postes-clés à l’Assemblée. « On est revenu à la IVe République et aux arrangements entre partis », résume un député de droite. « Lorsque vous distribuez les postes, vous les tenez, ces bourgeois de LR ! », fulmine le député de la Somme, Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement national), accusant la droite de vouloir «cacher tout ça avec son pacte législatif bidon ».

Les Républicains préfèrent, eux, évoquer des discussions normales entre groupes et brandir le « pacte législatif », dont ils doivent donner les détails lundi après-midi lors d’une conférence de presse. « On fait des propositions sur le fond, pour former des majorités sur des textes et tant mieux si d’autres formations peuvent être intéressées », justifie la députée du Maine-et-Loire Anne-Laure Blin. L’initiative séduit l’aide droite de la Macronie qui veut y voir un signe d’ouverture de la part de LR pour une possible coalition gouvernementale. « C’est un pur fantasme », coupe Yannick Neuder. Proche de M. Wauquiez, l’élu de l’Isère défend la ligne du chef, celle d’une droite « indépendante » mais « constructive ».

Car pour M. Wauquiez, le Palais-Bourbon n’est pas une fin en soi. Il vise plus que jamais l’Elysée en 2027 et théorise depuis deux ans la fin programmée du bloc central. « M. Wauquiez est persuadé que le pays est à droite, qu’il ne faut pas trop s’abîmer avec les macronistes dans un gouvernement et qu’il sera le seul capable de battre Marine Le Pen, analyse le président du groupe centriste au Sénat, Hervé Marseille. Je n’y crois pas du tout. » Avant de claquer la porte, Aurélien Pradié a eu une discussion musclée avec le nouveau chef de groupe. Quand l’élu du Lot plaide pour un gouvernement d’union nationale allant de la gauche non LFI jusqu’à la droite, il regrette la stratégie du « tas de cendres » de M. Wauquiez. « J’ai du respect pour lui, mais il a fait le pari que rien ne doit réussir d’ici à 2027 pour qu’il puisse apparaître comme le recours. »

Libération
lundi 22 juillet 2024 1808 mots, p. 10,8,9

france

Eric Coquerel «Adieu la gestion autoritaire et partisane de l'Assemblée»

Recueilli par Anne-Sophie Lechevallier

france

Le député LFI, réélu samedi au poste clé de président de la commission des finances, se réjouit de la majorité absolue du Nouveau Front populaire au bureau du Palais-Bourbon.

D eux semaines après le deuxième tour des législatives, la France n'a toujours pas de nouveau gouvernement, mais la nouvelle Assemblée nationale, après trois jours d'élections et de deals, a une nouvelle organisation. Une alliance de l'ex-majorité présidentielle avec La Droite républicaine (DR, ex-LR) a permis, entre autres, la réélection jeudi de la macroniste Yaël Braun-Pivet au perchoir. Mais le lendemain, le Nouveau Front populaire (NFP) a remporté la majorité absolue au sein du bureau de l'Assemblée. Et samedi, seules deux présidences de commission (sur huit) sont revenues au NFP, dont celle, stratégique, des Finances. L'insoumis Eric Coquerel (Seine-Saint-Denis) y a été réélu face à la députée DR Véronique Louwagie, soutenue par les macronistes qui sont allés contre l'usage voulant que le groupe déclaré comme majoritaire ne prenne pas part au scrutin. Ceux-ci ont aussi perdu le poste de rapporteur général du Budget, qui revient au député Liot Charles de Courson.

Pour la première fois, les deux postes clés de la commission des finances sont occupés par des députés déclarés de l'opposition, que cela va-t-il changer ? La commission des finances sera au coeur du réacteur avec un président de la commission qui est traditionnellement de l'opposition et, pour la première fois, un rapporteur qui ne sera pas du côté du gouvernement. Pour le gouvernement, si toutefois c'est le même gouvernement qui vient devant nous et non pas un gouvernement du NFP comme on l'espère, cela va être encore moins simple d'aborder cette commission à un moment où chacun convient que le vrai texte politique des prochains mois sera le budget. Cette situation baroque est due au choix des différents groupes présidentiels de participer au vote du président de la commission des finances et d'essayer d'imposer le choix d'une opposition qui leur convenait. Cette configuration ouvre une possibilité positive, celle d'avoir un rôle encore plus important du Parlement. Lors de la dernière législature ont été votés dans ma commission des amendements qui modifiaient le budget. Ce mouvement va être encore plus important. Le Parlement peut montrer qu'il transforme en profondeur le budget et cela sera plus compliqué pour le gouvernement d'assumer de ne pas tenir compte de ces changements, vu qu'il est très minoritaire.

Pour la première fois aussi, quasiment tous les députés déclarés de la majorité ont rompu l'usage de ne pas participer au vote pour la présidence de cette commission. Qu'en pensez-vous ? Je dénonce ce choix. C'est une première extrêmement grave qui revient sur l'esprit même de la loi, constitutionnelle, qui donne la présidence de cette commission à l'opposition, tout cela pour valider un accord entre les groupes présidentiels et Les Républicains. Heureusement que cela n'a pas marché ! Au moins l'honneur de l'Assemblée et de la démocratie parlementaire est respecté. Si cela avait fonctionné, c'en était fini de cette règle qui veut que ce n'est pas la majorité qui choisit ses opposants. Pour ma part, si le NFP était appelé à gouverner, je me suis engagé à démissionner de la présidence de cette commission puisque je ne serai plus dans l'opposition. Chacun conviendra que là, on atteint un niveau de déni démocratique terrible. Ce qui est paradoxal, et montre la cécité des macronistes, c'est qu'ils l'aient tenté alors qu'ils n'ont plus aucune majorité. Ils l'ont tenté comme s'ils étaient encore majoritaires. Ils ont manifestement du mal à comprendre que ce n'est plus le cas.

Cela avait pourtant marché jeudi avec l'élection de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l'Assemblée. Considérez-vous toujours que c'est un «vol vis-à-vis des Français et du suffrage universel» ? C'est le cas, mais cela n'a pas marché entièrement puisque Mme Yaël Braun-Pivet est depuis vendredi soir minoritaire dans son bureau. C'est un élément absolument décisif, puisque la majorité du bureau est désormais composée de députés du NFP. Adieu les sanctions répétitives et injustes. Adieu les décisions prises pour empêcher que les propositions de loi viennent devant l'Assemblée au nom de l'article 40 avec des méthodes pour le moins problématiques. Adieu la gestion autoritaire et partisane de l'Assemblée. Mme Braun-Pivet, de fait, n'a plus la possibilité d'imposer son point de vue à l'Assemblée nationale.

Que pensez-vous de l'accord conclu entre DR (le groupe de LR) et l'ancienne majorité présidentielle ? C'est l'inverse de ce qui a été dit jeudi par Yaël Braun-Pivet, qui a déclaré avoir «compris le vote des Français». Non, ils ne l'ont pas compris, puisque, pour garder la présidence de l'Assemblée, ils étaient prêts à un marchandage qui ne concerne pas le fond, pas un projet gouvernemental, mais uniquement des postes qui bénéficient à un groupe DR de 47 députés pour sauver le pouvoir de la minorité macroniste. Ce marchandage reflète-t-il le vote de ceux qui ont élu des députés macronistes, voire LR, pour battre des députés RN ? Non ! C'est une manière de dégoûter les gens de la politique. Vendredi matin, ils ont proposé au NFP, avec ses 193 députés, un seul poste de vice-président et trois en tout au bureau de l'Assemblée, contre deux vice-présidences et quatre postes aux seuls DR en vertu du marchandage. Ils ont accepté nos électeurs et, vendredi, ils voulaient nous sous-représenter pour un accord de ce type ! Cela n'a heureusement pas marché.

LFI a déposé un recours devant le Conseil constitutionnel contre la participation au vote pour la présidence de l'Assemblée de 17 ministres démissionnaires siégeant comme députés. Cela peut-il aboutir ? Il fallait, au moins par principe, le déposer. C'est lunaire. La Ve République édicte la séparation des pouvoirs, or 17 ministres démissionnaires votent et font la différence. Il s'agit d'un scandale démocratique. Dans ma commission, des ministres, comme Guillaume Kasbarian, ont participé au vote du président de la commission, tentant de décider quelle opposition ils voulaient ! Le Rassemblement national (RN) n'a pas de poste clé à l'Assemblée, certains dénoncent un déni de démocratie… Soyons clair. Tous les députés RN élus ont le droit d'exercer toutes les prérogatives d'un parlementaire, c'est pareil pour le groupe évidemment représenté à la conférence des présidents. C'est pareil dans les commissions. En revanche, comme pour gouverner, c'est un choix politique que de laisser ou non la possibilité au RN de représenter l'Assemblée, ce que font des vice-présidents, alors même qu'une large majorité d'électeurs ont choisi de dresser un cordon républicain. Mais de toutes façons, ce cordon a été refusé par les groupes présidentiels et ne s'est donc pas appliqué. La seule raison pour laquelle le RN Ruffin tacle la «nullité» de la gauche Comme s'il était redevenu un «simple» journaliste, le pourtant toujours député François Ruffin, en rupture avec LFI, s'est prêté dimanche, dans une vidéo postée sur X, à un exercice de pur commentaire politique : «La gauche, quelle nullité quoi !» y lance le fondateur de Fakir, accusant les partis qui peinent à se mettre d'accord sur un nom pour Matignon de ne pas vouloir «gagner» : «Ça recommence. Ils ont été nuls pendant deux ans, ils ont été nuls pendant les six mois de campagne européenne. […] Je me dis même maintenant, ils aiment perdre», tacle-t-il, en expliquant que l'abrogation de la retraite à 64 ans serait déjà un acte suffisamment significatif pour justifier de prendre le pouvoir.

n'est pas au bureau, c'est que la totalité de ses voix ne lui suffisait pas pour avoir un poste. La préparation de la prochaine loi de finances est largement perturbée par la situation politique. Le gouvernement démissionnaire devrait-il cesser de la préparer ? Je ne vois pas très bien comment il peut préparer un texte aussi politique. Je vois que la tentation va être grande de remettre en place un gouvernement de la même couleur politique que celui qui a été battu. Je continue à le contester en disant qu'il faut un gouvernement NFP, mais il semble impossible qu'un gouvernement démissionnaire et intérimaire dépose un budget.

Le NFP ne s'est toujours pas accordé sur le nom d'un Premier ministre. Etes-vous favorable à un vote, comme le propose le PS ? Non. Dès lors que vous décidez que c'est un vote de tous les députés, vous entrez dans une logique où des blocs peuvent éliminer d'autres blocs. Un parti, le PS, a déjà dit qu'il mettait un veto sur le fait que le Premier ministre puisse être issu de LFI, il suffirait alors que trois groupes se mettent d'accord pour éliminer le quatrième. A partir du moment où vous le faites pour un Premier ministre, il n'y a aucune raison de ne pas le faire pour tous les sujets. Vous pouvez ainsi éliminer une des composantes essentielles de l'alliance. Dans ce cas, il n'y a plus d'alliance possible. C'est Suite page 10 Suite de la page 9 une fausse bonne idée. Je ne vois pas d'autre moyen que de continuer à chercher une solution consensuelle. C'est comme cela qu'André Chassaigne a été choisi : les quatre ne se sont pas accordés sur un nom, mais, à un moment donné, personne a minima ne s'oppose à ce nom.

La diplomate Laurence Tubiana a dit jeudi à l'AFP qu'elle était prête à appliquer une «politique de gauche» et «non pas chercher un barycentre». Continuez-vous à vous opposer à cette candidature ? Ce qui est problématique, c'est d'avoir quelqu'un qui fasse le tri dans nos mesures. On doit trouver quelqu'un dont la garantie politique – et il est mieux que ce soit l'une des parties prenantes signataires de cet accord – nous assure que le programme sera respecté. Je ne vois pas comment, au-delà de toutes ses qualités personnelles, elle peut être à ce stade la personne idoine. Il faut continuer à chercher.

Considérez-vous, comme vendredi, qu'il n'y a pas «tant d'urgence» à trouver un Premier ministre ? C'était avant l'élection du bureau de l'assemblée. Cette élection a confirmé que nous représentions un bloc majoritaire et solidaire. Cela justifie de remettre la pression immédiatement sur Macron pour qu'il choisisse un Premier ministre du NFP. L'hypothèse Huguette Bello n'est pas définitivement abandonnée. Cela reste une solution idéale, une personne habituée à gérer un exécutif qui, elle, se réfère entièrement au programme, qui est de tous les combats antiracistes… Certains de vos alliés au NFP pensent que, chez LFI, vous ne voulez pas gouverner, en tout cas, pas tout de suite… C'est un procès d'intention qui n'est pas entendable pour la principale force de gauche, qui a réussi à remettre la gauche en selle sur un programme de rupture. C'est bien pour gouverner le pays, nous avons toujours été de ce côté-là. Nous venons d'ailleurs de le prouver à l'Assemblée avec l'élection, au nom du NFP, de deux vice-présidentes et d'un président de commission.• La version initiale de cet entretien a été réalisée et publiée sur le site vendredi, celle-ci a été réactualisée dimanche au lendemain de l'élection d'Eric Coquerel comme président de la commission des finances.

Le Monde
France, lundi 22 juillet 2024 1208 mots, p. 7
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20 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Macron pousse pour un accord avec LR

Estimant que « personne ne l’a emporté » lors des législatives, le chef de l’Etat privilégie un rapprochement avec Les Républicains de Laurent Wauquiez, plutôt qu’avec les forces de gauche

Claire Gatinois

Emmanuel Macron s’engouffre dans le falcon présidentiel. Et respire. Jeudi 18 juillet, lorsque le président de la République quitte Woodstock, au Royaume-Uni, où vient de se tenir un sommet de la Communauté politique européenne, l’air est devenu moins oppressant. Voilà plus de dix jours que le locataire de l’Elysée a perdu la majorité – certes relative – dont il disposait à l’Assemblée nationale. Le fiasco des élections législatives donne raison à ses contempteurs, qui dénoncent son choix « insensé » de la dissolution, le 9 juin. Un genou à terre, le chef de l’Etat a, pour la première fois, prononcé le mot de « défaite », le 16 juillet, lors d’un déjeuner à l’Elysée, avec les députés de son camp.Un échec. Un de plus après « s’en être pris une derrière la tête » , lors des européennes, selon ses propres mots, confessés dans le podcast « Génération Do It Yourself », le 24 juin.

Mais la politique est faite de coups de théâtre. Et quand M. Macron quitte le sol britannique, la candidate de Renaissance, Yaël Braun-Pivet, vient d’être réélue à la présidence de l’Assemblée. L’élue des Yvelines a arraché une courte majorité (220 voix) grâce au soutien des députés de droite, empêchant le communiste André Chassaigne, représentant du Nouveau Front populaire (NFP), d’emporter le perchoir à 13 voix près. « Combines », « magouilles », « vol de démocratie »Les oppositions ont fustigé l’alliance conclue entre le camp Macron et Laurent Wauquiez, président du groupe de la Droite républicaine (DR), comprenant 47 élus.

En retrouvant sa place à l’hôtel de Lassay, Yaël Braun-Pivet donne l’image d’une Macronie s’accrochant au pouvoir, faisant fi de la soif d’alternance exprimée lors des législatives. Peu importe. M. Macron savoure. Voici, à ses yeux, la démonstration que l’alliance de gauche – qui avait crié victoire le 7 juillet – n’est pas en droit de lui imposer qui que ce soit à Matignon. L’élection à la présidence de l’Assemblée « dit où est le centre de gravité de la vie politique », s’enorgueillit-on à l’Elysée. « Emmanuel Macron est redevenu le maître des horloges », salue l’ex-sénateur Les Républicains (LR) Pierre Charon, confident du chef de l’Etat.

Une manche remportée

Jamais, depuis le second tour des législatives, M. Macron n’a admis l’avance du NFP. L’alliance de gauche était arrivée en tête de ce scrutin, avec 193 députés, devant le bloc central (Renaissance-MoDem-Horizons), qui compte 166 députés, et le Rassemblement national, avec 126. Mais elle ne dispose pas de majorité absolue. « Personne ne l’a emporté », appuie le chef de l’Etat, dans une lettre aux Français, diffusée le 10 juillet. Comme un avertissement lancé à l’attelage formé par les socialistes, les communistes, les écologistes et les « insoumis » qu’il n’est guère nécessaire de phosphorer sur le nom d’un éventuel premier ministre. M. Macron refusera toute proposition qui ne permettrait pas de dégager une « majorité solide », fait savoir l’Elysée. « Le vrai péril, selon Emmanuel Macron, c’est que la gauche gouverne », enrage Gaspard Gantzer, ex-communicant de François Hollande.

Avec la réélection de Yaël Braun-Pivet au perchoir, le président de la République vient de remporter une manche face au NFP. Et imagine prendre de vitesse l’alliance de gauche pour former une majorité, en ouvrant les bras à la droite. « Les électeurs nous demandent de faire ce que nous n’avons pas réussi à faire en 2022 », juge un conseiller du chef de l’Etat. Les Républicains n’ont jusqu’ici pas été des partenaires fiables, mais l’Elysée observe que Laurent Wauquiez, hier hermétique à une alliance avec le pouvoir en place, suggère de travailler sur un « pacte législatif ».

Signe de la volonté de M. Macron de s’entendre avec la droite : mardi 16 juillet, ce dernier a repris l’expression de M. Wauquiez en demandant à ses troupes de « mettre une proposition sur la table en vue d’une coalition majoritaire ou d’un pacte législatif ».

Le « deal » conclu jeudi, à l’Assemblée, pourrait donc être le premier épisode d’un rapprochement plus franc avec la droite. « On y arrive enfin », s’emballe Franck Louvrier (LR), maire de la Baule, proche de Nicolas Sarkozy, fervent défenseur d’un accord entre son parti et M. Macron. Un « vent d’optimisme » souffle, se réjouit Eric Woerth, élu (Renaissance) de l’Oise, issu de LR. Certes, cette coalition ne rassemblerait qu’un peu plus de 200 députés. Loin de la majorité absolue, fixée à 289 sièges. Mais « le temps des majorités impériales est révolu », juge Eric Woerth.

En coulisse, Xavier Bertrand, président (LR) des Hauts-de-France et proche du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, dit se « préparer », laissant entendre qu’il serait prêt à diriger un gouvernement d’union. Il est peu probable que M. Macron offre Matignon à celui qui a voulu lui ravir son poste en 2022. Mais « tout s’étudie par principe », dit-on à l’Elysée alors que la candidature de l’économiste Laurence Tubiana, soutenue par une partie de la gauche – hors LFI – a laissé l’entourage du chef de l’Etat de marbre.

Un « ethos de droite »

Au sein du camp présidentiel, les députés de l’aile gauche observent ce tango avec la droite d’un air résigné. « Le blocage de la gauche[qui refuse tout dialogue avec le camp Macron] induit qu’on ne peut discuter qu’à droite pour le moment », note Stella Dupont, députée (Renaissance) du Maine-et-Loire, issu du Parti socialiste.

Pour pousser leurs pions, les partisans d’une coalition avec la droite, dont fait partie M. Darmanin, de plus en plus proche du chef de l’Etat, affirment que « le pays est à droite ». Depuis le 7 juillet, l’entourage de M. Macron juge que le message envoyé par les électeurs lors des législatives traduit une demande de plus de fermeté dans le domaine régalien, combiné à un effort sur le pouvoir d’achat, pour que « le travail paie plus ».

Ancrer la Macronie au parti de M. Wauquiez, sans regarder à gauche, signerait la mort du projet initial de 2017, alertent les fidèles de la première heure du chef de l’Etat. Officiellement, M. Macron rassure les siens, plaidant pour un « large rassemblement »,qui irait de la droite républicaine à la social-démocratie. Mais peu de signaux sont envoyés à la gauche. « Déjà, en 2022, Elisabeth Borne annonçait légiférer autrement. On a vu le résultat », moque Jérôme Guedj, député socialiste de l’Essonne.

Brièvement encarté au Parti socialiste, le chef de l’Etat avouait en 2018 avoir un « ethos de droite ». Dès janvier 2019, le président des députés macronistes Gilles Le Gendre s’alarmait : les parlementaires étaient désarçonnés par l’accumulation de mesures (suppression de l’impôt sur la fortune, texte asile-immigration…) s’appuyant sur la jambe droite de la majorité. Mais le député de Paris, qui s’en émouvait auprès du premier ministre de l’époque, Edouard Philippe, ex-LR, se voyait répondre : « Au sein de l’exécutif, le plus à droite, ce n’est pas moi. »

L'Humanité
lundi 22 juillet 2024 1370 mots, p. 2

Dans l'Hémicycle, la Macronie face à son déclin

Cyprien Caddeo

Parlement Malgré l'élection au Perchoir de Yaël Braun-Pivet, le camp présidentiel n'a plus la majorité au sein du bureau de l'Assemblée. Ni la main sur les postes clés relatifs au budget. Emmanuel Macron peut-il encore espérer gouverner, même en s'appuyant sur une alliance avec LR ?

Emmanuel Macron a beau se borner à dire que « personne n'a gagné » aux dernières législatives, il arrive un moment où il lui faut se rendre à l'évidence : c'est surtout lui qui a perdu. En témoignent les nominations de ce week-end à l'Assemblée nationale, qui ont pris le camp présidentiel de court et démontré son éclatante faiblesse en le privant de la plupart des postes stratégiques. L'Élysée desserre de fait son emprise sur le Parlement, et peut désormais s'interroger : sera-t-il en capacité de passer ne serait-ce qu'une loi budgétaire à la rentrée, sans majorité et au vu du rapport de force dans l'Hémicycle ?

Le chef de l'État se réfugie pour le moment derrière la trêve olympique (les Jeux de Paris démarrent le 26 juillet) pour garder le silence et, croit-il, la main. Le gouvernement est démissionnaire, mais gouverne tout de même. Les institutions flottent, dévoilant leur fragilité et renforçant la défiance des électeurs. Anatomie d'un casse-tête inextricable pour l'Élysée.

Yaël Braun-Pivet a des problèmes de bureau

Une cohabitation peut en cacher une autre. Emmanuel Macron semble, pour le moment, avoir contourné le scénario qui le voyait nommer un premier ministre issu de la force arrivée en tête aux dernières législatives (le Nouveau Front populaire - NFP), profitant des atermoiements de la gauche sur le nom du locataire de Matignon pour maintenir Gabriel Attal dans un étrange intérim. Au bureau de l'Assemblée nationale, en revanche, le camp présidentiel ne pourra y couper : il faudra composer avec un NFP en force.

Au début, tout allait bien. Le 18 juillet, Yaël Braun-Pivet a été réélue à la présidence de la Chambre avec 13 voix d'avance sur le candidat de gauche André Chassaigne (lire l'entretien page 4). De quoi confirmer, aux yeux de l'Élysée, que le centre de gravité du pouvoir réside toujours dans le « bloc central » et que la gauche demeure minoritaire. Puis, le lendemain, douche froide. La députée des Yvelines est mise en minorité dans son propre bureau. Le 19 juillet, les parlementaires ont voté pour les postes clés de l'Hémicycle dans un scrutin aux cafouillages nombreux (les scrutateurs, macronistes et RN, n'ont pas pu empêcher que 10 bulletins en trop soient glissés dans l'urne, entraînant une première invalidation), à l'issue duquel le Nouveau Front populaire a arraché 12 postes sur 22. Une démonstration de force du NFP car le bureau a un pouvoir important concernant l'ordre du jour mais aussi les éventuels litiges ou sanctions. « Cela va changer un peu l'ambiance de travail à l'Assemblée », salue la cheffe de file des députés FI, Mathilde Panot, évoquant notamment le cas de la sanction, disproportionnée de l'avis général, prononcée contre Sébastien Delogu après qu'il a brandi un drapeau palestinien au Palais Bourbon.

Comme en 2022, la gauche obtient deux vice- présidences, qui échoient à deux députées insoumises, Clémence Guetté et Nadège Abomangoli, laquelle devient la première femme noire à occuper un tel poste. Mais le NFP obtient aussi 1 questure sur 3 (pour la socialiste Christine Pirès-Beaune) et surtout 9 secrétaires sur 12 (3 écologistes, 2 insoumis, 2 socialistes et 2 pour le groupe GDR). En 2022, la coalition présidentielle était restée majoritaire au bureau avec 12 postes sur 22. Non seulement la gauche est en force, mais le Rassemblement national (RN) en est cette fois exclu. De quoi susciter la colère de Yaël Braun-Pivet, jugeant anormal le cordon sanitaire contre l'extrême droite.

Cauchemar à deux têtes pour les macronistes

Plus grave encore aux yeux des macronistes : les deux postes clés relatifs au budget (soit l'un des nerfs de la guerre législative) sont tombés dans l'escarcelle de leurs opposants. À la commission des Finances, l'insoumis Éric Coquerel est parvenu à se faire réélire président, déjouant les plans de la Macronie, alliée à LR, qui voulait en confier les clés à la droite. Là encore, cet événement encapsule le caractère illisible de l'Assemblée : la « ComFi » est traditionnellement réservée à l'opposition. Mais qui est dans l'opposition quand les macronistes, minoritaires, prétendent gouverner et que la gauche, en majorité très relative, s'écharpe encore sur un nom de premier ministre ? Difficile à dire. « Nous sommes toujours candidats à gouverner le plus tôt possible, a précisé Éric Coquerel après son élection. Je démissionnerai dès qu'un gouvernement NFP se formera. »

Le député FI de Seine-Saint-Denis a pu conserver ce siège stratégique grâce au retrait du centriste Charles de Courson (groupe Liot), lequel est ensuite parvenu à arracher à Renaissance le poste de rapporteur général du budget. Une fonction souvent décrite comme celle de « ministre du Budget bis », occupée jusqu'ici par le macroniste Jean-René Cazeneuve. Le vote s'est soldé par une égalité de 27 voix contre 27, Charles de Courson pouvant compter sur les voix de la gauche et... sur ses 72 ans, la règle voulant qu'en cas d'égalité le plus âgé l'emporte. « Il a bafoué l'esprit de nos institutions. Il faut un rapporteur général qui puisse travailler avec l'exécutif. Il va y avoir un dialogue appauvri avec Bercy ! » tempête alors Jean-René Cazeneuve. « Il y a désormais deux insoumis qui dirigent la commission des Finances », ose carrément le député Renaissance Mathieu Lefèvre. La Macronie sent que les choses lui échappent et le vit mal.

Le budget, premier crash-test

La nomination de deux figures de l'opposition aux postes budgétaires renvoie le camp présidentiel à la plus épineuse des questions : sera-t-il en position de passer un projet de loi de finances à la rentrée ? Le texte, qui suppose avant cela qu'un gouvernement (par hypothèse fruit d'une alliance avec la droite) soit nommé, fera office d'épreuve du feu. En minorité quoi qu'il arrive, le nouvel exécutif sera tenté d'opter pour un 49.3 et s'exposera immédiatement à une motion de censure. « Un gouvernement minoritaire ne survit à la censure que si un groupe d'opposition s'abstient de la voter, rappelle le constitutionnaliste Benjamin Morel. Entre 2022 et 2024, cela a marché car la majorité des députés LR ne l'ont pas votée. » Or, désormais, les seules voix de LR ne suffisent plus aux macronistes : si le NFP et le RN votent ensemble la censure, cela représente plus de 330 voix (la majorité est à 289). De plus, un accord de gouvernement avec la droite est loin d'être acquis : LR s'y refuse pour l'instant, bien que les arrangements de couloir, au Palais Bourbon pour faire barrage à la gauche dans les commissions, ont montré que la situation pouvait vite évoluer. Mais, même dans le cas d'un pacte de gouvernance, Emmanuel Macron pourrait voir cet attelage se casser les dents sur le premier texte de la législature.

Silence radio au palais

Alors que l'impasse politique apparaît comme évidente, le président, lui, se tait. Et s'efforce d'euphémiser l'incroyable chaos qu'il a provoqué, tout seul comme un grand, en faisant ce pari fou de dissoudre le Parlement, le 9 juin. Selon France Info, le président organisait, ces derniers jours, des déjeuners à l'Élysée avec des députés Renaissance, histoire de renouer avec ses troupes qui lui reprochent encore une dissolution surprise qui aura eu pour principal effet d'affaiblir le groupe (de 170 à 99 députés). Du micro-management alors que le pays est dans le brouillard.

Le gouvernement, dont la démission a été acceptée le 16 juillet, gouverne toujours, au nom de la gestion des affaires courantes. Incompréhensible pour la majorité des Français qui ont voté pour battre Emmanuel Macron. Ce « gouvernement de Schrödinger » (à la fois en place et démis) pourrait se poursuivre jusqu'à la fin des jeux Olympiques et Paralympiques, en septembre. Quant à l'Assemblée nationale, elle ne devrait pas siéger avant la reprise de la session ordinaire, le 1er octobre. Le président de la République a encore le dernier mot s'agissant de la convocation des sessions extraordinaires et il semble dans son intérêt de jouer encore la montre. Avec le secret espoir que la gauche s'enlise et que les socialistes rompent avec leurs alliés, embarquant ainsi LR et PS dans une Macronie 2.0 ? Scénario certes improbable. Au probable, toutefois, Emmanuel Macron ne s'estime plus tenu.

Le Figaro, no. 24855
Le Figaro, lundi 22 juillet 2024 610 mots, p. 3

Politique

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21 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Annie Genevard à la vice-présidence : le retour au perchoir d'une LR modérée

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Un premier poste clé pour le groupe de Laurent Wauquiez. Voilà quelques jours que le patron des députés Droite républicaine (DR) déploie sa stratégie au Palais Bourbon pour cibler, et obtenir, une place stratégique. C'est chose faite : Annie Genevard, secrétaire générale des Républicains, s'est dite «honorée» d'avoir été élue sixième vice-présidente de l'Assemblée nationale. Un retour au perchoir pour une mission «cruciale» au sein d'une institution qui en «aura bien besoin», a-t-elle souligné dès vendredi soir.

Son élection est l'un des fruits d'une semaine de négociations entre la droite et le camp présidentiel tandis qu'au départ, la numéro deux du parti visait plutôt la présidence de l'Assemblée. Nombre d'élus, à droite comme au sein des oppositions, estimaient qu'elle avait de bonnes chances de l'emporter, perçue comme une personnalité «apaisante». Mais, finalement, cette présidence étant apparue hors de portée pour le groupe de Laurent Wauquiez, c'est le député des Hauts-de-Seine, Philippe Juvin qui a posé sa candidature avant de se retirer à l'issue du premier tour de scrutin, pour faire obstacle à la gauche.

Annie Genevard retrouve ainsi le poste qu'elle occupa entre 2017, après l'élection d'Emmanuel Macron, jusqu'en 2022. L'élue s'est forgé une réputation de parlementaire sérieuse au ton modéré, appréciée pour la conduite des débats et le respect des expressions au sein de l'Hémicycle. «Quand elle était vice-présidente, tous les groupes assuraient qu'elle faisait le job.» Attachée aux règles de la démocratie parlementaire, elle s'est dite opposée à toute forme d'exclusion de certaines forces politiques.

Une élue « loyaliste »

Habituée aux situations de crise, Annie Genevard a été présidente par intérim des LR en 2022, à la suite du départ de Christian Jacob. Deux ans plus tard, c'est aussi elle qui pilote le parti, aux côtés de François-Xavier Bellamy, après qu'Éric Ciotti a annoncé son alliance avec le RN, avant le premier tour des législatives. Parmi les ténors LR, elle fut l'une des premières à condamner l'accord personnel de celui qui est toujours président de parti, avant d'être propulsée dans une campagne éclair, menacée par la dynamique RN dans son territoire du Doubs. Finalement, elle s'est qualifiée au second tour avec 62,69 % des voix.

L'engagement à droite de celle qui vient du monde enseignant a aussi été marqué par sa nomination au secrétariat de l'UMP en 2014, chargée de l'animation des fédérations par Nicolas Sarkozy, alors président du mouvement. Cette professeur de français au lycée s'est ainsi beaucoup investie dans les questions liées à l'éducation, élaborant le programme de la droite sur le sujet en 2017 et depuis la présidence Macron. Soutien de François Fillon, candidat cette même année, Annie Genevard a occupé le secrétariat général des LR en coresponsabilité avec Gérald Darmanin, avant que ce dernier ne rejoigne le gouvernement d'Édouard Philippe, au ministère des Comptes publics. Sous l'ère Christian Jacob à la présidence LR, Annie Genevard fut nommée présidente du conseil national, le « Parlement » du mouvement. Puis, en 2021, on la vit accéder au poste de vice-présidente déléguée, dans la foulée de Guillaume Peltier, écarté pour divergences sur la ligne politique, par le président Jacob.

Opposante historique à un rapprochement avec le camp présidentiel, la députée s'est toujours positionnée en faveur d'une certaine indépendance de sa famille politique, ligne défendue aujourd'hui par Laurent Wauquiez. Elle fait partie de ces élus LR dits « loyalistes » , convaincus de pouvoir favoriser l'unité de la droite sur ses fondamentaux tout en se disant que la fin du macronisme, accélérée par la dernière dissolution de l'Assemblée, ouvre un nouvel espace à sa famille politique dans la perspective d'un retour du clivage gauche-droite. ET E.G.

Le Monde
France, lundi 22 juillet 2024 698 mots, p. 10
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20 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Des propositions pour lutter contre les dérives du marché locatif

La députée Renaissance Annaïg Le Meur préconise dans un rapport de rendre plus avantageuse la fiscalité sur la location nue de longue durée

Claire Ané

L’accès au logement est l’un des sujets dont on m’a le plus parlé pendant la campagne des législatives », souligne la députée du Finistère Annaïg Le Meur (Renaissance), qui se mobilise pour faire avancer ce dossier. Fraîchement réélue à l’Assemblée nationale, elle compte relancer la proposition de loi transpartisane qu’elle avait portée avec Inaki Echaniz (Parti socialiste, Pyrénées-Atlantiques), afin de renforcer la régulation du marché des meublés touristiques de type Airbnb. « Les députés et les sénateurs l’avaient votée. Il suffit apparemment de convoquer à nouveau la commission mixte paritaire, qui n’avait pas pu se réunir en raison de la dissolution, pour que le texte soit définitivement adopté » , explique-t-elle.

La députée a par ailleurs rendu ses propositions de réforme de la fiscalité locative que lui avait commandées Matignon, en fixant un double objectif : favoriser la location longue durée et assurer une offre de logements privés abordables et de qualité.

Le rapport d’une centaine de pages, publié lundi 15 juillet, débute par un état des lieux éloquent. La France est le seul pays d’Europe à taxer différemment la location nue et la location en meublé (qui peut être saisonnière ou de longue durée), en avantageant fortement la seconde. Le propriétaire d’un logement nu percevant au maximum de 15 000 euros de loyers par an peut bénéficier d’un abattement de 30 % – c’est-à-dire qu’il paiera des impôts sur les 70 % restants. Les conditions sont bien plus favorables pour les meublés (régime microbénéfices industriels et commerciaux, BIC) : en location longue durée, des revenus jusqu’à 77 700 euros ouvrent droit à un abattement de 50 % ; s’il s’agit d’un meublé de tourisme classé, on peut empocher jusqu’à 188 700 euros de loyers, avec un abattement atteignant 71 %.

L’offre de meublés progresse

Les différences sont encore plus notables si l’on déclare au réel. Grâce au régime sur les BIC, les loueurs de meublés non professionnels peuvent déduire de leurs revenus locatifs leurs charges et leurs amortissements, qui consistent à étaler le coût d’acquisition d’un bien sur sa durée d’utilisation. Cela permet à 70 % d’entre eux de ne payer aucun impôt sur ces revenus. De plus, à la revente du bien, ils n’auront pas à réintégrer leurs amortissements dans le calcul de la plus-value, ce qui diminuera les taxes à verser à l’Etat.

Ces écarts ont des conséquences sur le marché locatif. L’offre de meublés à l’année, aux loyers 10 % à 20 % plus chers que ceux de logements nus équivalents et aux baux limités à douze mois, a ainsi progressé plus vite que la demande. Ils représenteraient désormais 30 % du parc parisien. Concernant les locations de courte durée, « le nombre de logements proposés sur les plates-formes de réservation est passé de 855 000 en 2019 à 1 190 000 en 2023, soit une augmentation de 40 % en quatre ans », annonce le rapport, avec pour effet de diminuer le parc de logements à l’année.

La députée estime « urgent de stopper la dérive actuelle du marché locatif, qui empêche un nombre croissant de(…) concitoyens d’accéder à un logement », en allant plus loin que sa proposition de loi sur les meublés touristiques. Ses trois scénarios et deux variantes consistent soit à unifier les différents régimes, soit à donner l’avantage aux locations longue durée (meublées et nues) sur celles de courte durée.

Avec deux convictions : « La location nue de longue durée doit devenir plus avantageuse fiscalement qu’elle ne l’est actuellement », avec un plafond de revenus locatifs rehaussé à 30 000 euros et un abattement porté à 40 % ou 50 % ; il est « impératif » de supprimer la déductibilité des amortissements pour les loueurs de meublés non professionnels au régime réel, en étalant l’impact sur quelques années. Annaïg Le Meur espère que ces propositions inspireront le projet de loi de finances qui sera débattu cet automne : « Si ce n’est pas le cas, je déposerai des amendements », prévoit-elle.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, lundi 22 juillet 2024 513 mots, p. AUJM10
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22 juillet 2024 - Le Parisien

Le député Insoumis Thomas Portes crée la polémique

L'élu LFI de Seine-Saint-Denis a condamné la participation de la délégation israélienne aux Jeux.

Marie Campistron

« Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus aux Jeux olympiques. » La phrase n'est pas passée inaperçue. À quelques jours de l'ouverture de la cérémonie, le député LFI Thomas Portes s'est exprimé sur scène, samedi, lors d'un rassemblement en soutien au peuple palestinien à Paris. Face à la foule, l'élu a condamné la participation de la délégation israélienne aux JO, appelant à une « mobilisation » en ce sens.

La séquence filmée a depuis été maintes fois partagée sur les réseaux sociaux, suscitant l'indignation de la communauté juive. Le président du Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France, Yonathan Arfi, a condamné la séquence, allant même jusqu'à faire un parallèle entre l'assassinat de 11 athlètes israéliens par des terroristes palestiniens aux JO de Munich en 1972... et les mots du député LFI. « Depuis le 7 octobre, Thomas Portes légitime le Hamas. Il met maintenant une cible dans le dos des athlètes israéliens, déjà les plus menacés des Jeux olympiques », estime-t-il, fustigeant « l'indécence » du parlementaire.

« Ces élus sont un danger et une honte. Ce que l'on attend des élus, c'est le vivre-ensemble, et ceux-là prônent la haine », juge pour sa part, l'adjointe à la mairie de Paris, Karen Taïeb. D'autres personnalités appellent encore à « limoger » le député, à l'image de Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic, qui a interpellé le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, sur X.

Assurer la sécurité des athlètes israéliens

Contacté par « le Parisien », le député de la troisième circonscription de Seine- Saint-Denis assure défendre une position « claire et constante ». « Je considère que la diplomatie française doit faire pression sur le CIO pour que le drapeau et l'hymne israéliens ne soient pas admis pendant ces Jeux olympiques comme cela est fait pour la Russie. Il faut en finir avec le deux poids-deux mesures », juge-t-il. Autrement dit, les athlètes pourraient concourir, mais seulement en délaissant la bannière israélienne.

Et de rappeler, au passage, l'exclusion passée de certains États à cet événement sportif. « Le CIO a à plusieurs reprises interdit les Jeux olympiques à des pays pour leur rôle dans des guerres et des crimes contre l'humanité. Par exemple, l'Afrique du Sud a été exclue des Jeux pendant trente ans, entre 1962 et 1992, en réaction à sa politique d'apartheid », développe-t-il. Déjà en janvier, l'élu LFI avait clarifié sa position sur X, en demandant à ce que le drapeau israélien « ne flotte pas sur les stades et les arènes olympiques ». « Les sportifs israéliens doivent participer à titre individuel, avec un uniforme blanc, sous drapeau et hymne olympique », avait-il défendu sur X.

De source diplomatique israélienne, on se refuse pour l'instant à tout commentaire au sujet « du discours de LFI ». Mais la vigilance reste de mise pour assurer la sécurité des athlètes. « Il y a depuis plusieurs mois une collaboration très forte entre les autorités françaises et israéliennes pour protéger la délégation israélienne », fait-on savoir. Et d'appuyer : « La délégation va participer aux JO comme toutes les autres. »

Libération
lundi 22 juillet 2024 1788 mots, p. 10,11

france

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20 juillet 2024 - Libération (site web)

De la réhabilitation à l'option Matignon, le pari socialiste d'Olivier Faure

Charlotte Belaïch

france

En poste depuis 2018, le premier secrétaire reconstruit petit à petit l'assise du PS. Mais une partie de ses troupes réfléchit désormais à tourner une nouvelle page.

A ssis sur la banquette arrière, Olivier Faure écoute sans se dévoiler. Depuis bientôt vingt minutes, le chauffeur de taxi, un ancien militant socialiste, lui parle du parti sans savoir qu'il s'adresse à son premier secrétaire. «Le mec ne l'a pas reconnu, s'amusait un proche de Faure en 2022, un an après la scène. Aujourd'hui, ça n'arrive plus. Mais Olivier, il est dans la vie réelle, c'est ce mec normal, qui promène son chien à 22 heures et emmène ses enfants à l'école.» Celui dont on ne se méfie pas, mais qui gagne parfois à la fin. Pendant les négociations du Nouveau Front populaire sur la personnalité à désigner pour Matignon, son nom a été cité. Ses soutiens l'ont tellement voulu qu'ils y ont cru. «Qui d'autre ?» interrogeaient des socialistes fiers d'eux, confiants comme des gagnants. «Ça ne peut être qu'Olivier», assuraient ses deux lieutenants Pierre Jouvet et Sébastien Vincini, dans un restaurant proche de l'Assemblée, au début des discussions. Assis à la même table, le maire de Marseille, Benoît Payan, et le député Arthur Delaporte opinaient. «On était les pestiférés» On en aurait presque oublié que, quelques semaines plus tôt, y compris parmi ses plus proches, certains ont douté. Cette nuit-là, des socialistes épuisés par les négociations qui ont donné naissance au NFP bataillent pour arracher des circonscriptions aux insoumis. Benoît Payan, Pierre Jouvet et Sébastien Vincini ne veulent rien lâcher et redoutent que leur chef ne cède. A l'aune des 14 % de Raphaël Glucksmann aux européennes, ils demandent 205 circonscriptions. Les insoumis en proposent 155. L'accord est finalement scellé à 175 circonscriptions. «Il avait peur de faire échouer l'accord pour une poignée de circo», justifie l'un des négociateurs. «Il est trop prudent, jugeait un ex-socialiste quelques jours avant la victoire du NFP. Il est trop lucide sur la faiblesse du parti pour avoir de l'audace, de la folie. Pour lui, l'essentiel est de survivre, mais ça ne suffit pas. Tout le monde est maintenant à peu près d'accord sur le fait qu'il faut que ce soit [Boris] Vallaud.» Pressé de toutes parts, le président du groupe PS à l'Assemblée a commencé à s'imaginer à la tête du parti. Beaucoup, alors, considéraient qu'Olivier Faure avait cristallisé trop de rancoeurs pour continuer, à tort ou à raison.

«Je sais tout ce qui se raconte sur moi puisque chacun me répète ce que dit l'autre : qui dit que je suis mort, cramé, fini… sourit aujourd'hui le Premier secrétaire. Je ne leur en veux pas, c'est la nature humaine. Je ne suis pas malthusien, c'est très bien que chacun s'affirme. Peut-être qu'un jour j'aurai un coup de retard. Forcément, viendra un moment où je ne serai plus là. Mais ça fait six ans qu'ils essaient de me dégommer non-stop et pour l'instant je tiens.» Il tient, mais il n'est pas devenu Premier ministre pour autant. «Il y avait un chemin, mais très étroit», analyse-t-il. Mais toujours premier secrétaire, il a changé de stature. «Il y a quatre mois, c'était inimaginable de m'imaginer Premier ministre. Vous m'auriez dit : “mais tu rigoles”, affirme Faure. Aujourd'hui, je peux arriver dans la cour de l'Assemblée et dire que je suis prêt sans que ça n'étonne personne.» Et en même temps, derrière lui, c'est tout le PS qui s'est renforcé malgré les difficultés du NFP. «On était les pestiférés, se rappelle-t-il face à quelques journalistes.

Vous avez mis du temps à changer de vision. Nousmême, on ne savait pas si on retrouverait du crédit.» Jusqu'au-delà des rangs du PS, beaucoup jugent que le temps des socialistes est revenu. Mélenchon n'est pas éternel et son mouvement, divisé, abîmé. Et les écolos ne sont pas parvenus, comme ils l'espéraient, à prendre la place des socialistes. C'est d'ailleurs parce qu'ils se méfient aujourd'hui du retour de leur hégémonie qu'ils ont refusé d'arbitrer à leur profit, face aux insoumis, tout au long des négociations. «Les socialistes, tu les mets dans un bocal, tu fermes, tu penses qu'ils vont s'asphyxier mais dès que tu rouvres, ils ressortent», résume souvent un cadre écolo.

«Il sait être là au bon moment» Avec la fierté, l'arrogance socialiste perce à nouveau. «On a gouverné nous, on ne parle pas d'une amicale de boulistes là», répétaient les cadres du parti pendant les négociations sur Matignon. Les débuts de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) sont loin, quand ils étaient impressionnés par les insoumis, ces durs, purs, qui savent remplir une salle à peu près n'importe où.

A l'issue de la dissolution, les députés socialistes sont deux fois plus nombreux qu'en 2022, quand la réhabilitation du PS a commencé. Comme les rois thaumaturges, au contact de ses anciens camarades, Mélenchon les a lavés du soupçon de la trahison et réancrés à gauche.

A l'époque, beaucoup de socialistes dénonçaient la soumission du PS. Mais au même moment, des proches de l'insoumis s'inquiétaient au contraire de le voir redonner un destin à ce parti honni. Et les socialistes, en effet, sont redevenus audibles. Deux ans plus tard, les 14 % de Raphaël Glucksmann aux européennes donnent encore raison à Faure, qui avait poussé l'essayiste à la tête de la liste PS en 2019, contre l'avis de beaucoup. Le risque d'effacement, toujours. Certes, le résultat est aussi celui de l'eurodéputé mais un mois plus tard, aux législatives, le PS est encore sorti renforcé. Certes encore, ce résultat-là est aussi celui du front républicain, mais d'étape en étape, prudemment, Faure reconstruit. «Olivier est un hollandais, analyse un proche du député de Seine-et-Marne. Il sait être là au bon moment. A la fin, l'essentiel, c'est d'être le seul debout. Personne n'a voté Hollande avec passion. C'était un choix de raison.» Ce que certains ont pris pour sa faiblesse a fait sa force. «Son truc, c'est exister pour perdurer, il est prudent et patient, abonde Jean-Chris- tophe Cambadélis, son prédécesseur à la tête du PS. Il n'est pas mauvais, c'est moi qui l'ai formé !» «Il a une vie intérieure riche» Sur la sellette, Olivier Faure est devenu candidat à Matignon. La logique du PS, qui a toujours envoyé ses premiers secrétaires au combat. A tous ceux qui viennent le voir avec un peu d'ambition, Hollande répète à chaque fois : «Prenez le parti.» Même l'ancien président, qui a été élu député dans le cadre de la stratégie unitaire d'Olivier Faure, qu'il n'a cessé de déplorer, a soutenu sa potentielle candidature à la tête d'un gouvernement Nouveau Front populaire. Malgré les désaccords, malgré le mépris de François Hollande pour son successeur et l'agacement de Faure envers son prédécesseur, les deux socialistes échangent parfois. Ni l'un ni l'autre ne sont de ceux qui se laissent envahir par la rancoeur. «Il est comme moi, on parle à tout le monde, même si on s'est mis des gnons le matin», résume le député de Seine-et-Marne.

Entre 2000 et 2007, ils ont travaillé côte à côte à Solférino. Faure est alors l'adjoint de Stéphane Le Foll, directeur de cabinet de Hollande, à la tête du PS. «Il se faisait un peu écraser par les grands pieds de Le Foll», s'amuse l'ancien chef de l'Etat. Sérieux, habile, mais jamais celui qu'on remarque en premier, promis à un éternel second rôle.

En 2018, un an après l'effondrement du PS, il est élu alors que personne ne veut assumer la fonction, pas même lui. «J'en n'avais pas envie», admettait-il juste après sa réélection à l'Assemblée, en 2022. Le socialiste reprend le parti avec quelques lieutenants, toujours présents aujourd'hui, et une obsession : l'union. Depuis maintenant six ans, et alors que certains lui reprochent une forme de souplesse politique, Faure répète avec constance que la gauche gagnera unie, sans hégémonie. En face, des socialistes encore figés dans le temps de leur grandeur passée observent avec mépris ce chef un peu vaporeux qui, avant de répondre à une question, laisse souvent un long silence en tirant sur la cigarette électronique qui est devenue son prolongement. «Il a une vie intérieure très riche», résument, énigmatiques, des proches qui admettent eux-mêmes ne pas tout à fait le cerner.

«A chaque étape de ma vie, les choses se sont présentées et je me suis dit “si je suis le mieux placé je prends mes responsabilités, faut se remuer un peu”, mais j'avais rien programmé, assurait-il il y a deux ans. Si on m'avait dit que je serais un jour député, j'aurais halluciné. Quand j'ai commencé au PS, ma mère m'a dit : “Mais tu ne seras jamais élu, tu n'es pas français”. Je n'avais aucun code.» Il racontait alors son enfance en périphérie d'Orléans, dans un de ces pavillons en briques, fait de maisons mitoyennes, élevé par une mère infirmière d'origine vietnamienne et un père inspecteur des impôts. «Ça a été dur, se souvenait-il à propos de ses débuts à la tête du PS. Pour eux, j'étais le Petit Chose. Beaucoup considéraient que j'étais là par effraction, que j'étais une anomalie.» «Le charisme, ça se travaille» En 2022, pendant la campagne présidentielle, certains prédisent sa chute. «On va le foutre dehors», promet Anne Hidalgo, la candidate, qui considère qu'il ne l'a pas soutenue et lui voue une haine tenace. Faure ignore, comme s'il ne remarquait même pas. Tout «lui glisse dessus», racontent ses proches. Mais en fin de campagne, le premier secrétaire est inquiet. «Les décisions se prennent sans moi, je n'explique plus rien, se désole-t-il. Après la présidentielle, ce sera le moment de reconstruire mais je ne sais pas si on me laissera faire.» Pourtant, sur les cendres de la présidentielle, Faure réanime le PS. «Quand il est menacé, il fend l'armure, quand il faut y aller, il y va, et il entraîne», loue aujourd'hui Clémentine Autain. En construisant la Nupes, le socialiste concrétise enfin ce pour quoi il plaide depuis des années. A gauche, on parle d'une «révélation Faure». «Il renaît», commente alors Jean-Luc Mélenchon. Depuis, le premier secrétaire s'est habitué à la reconnaissance, aux applaudissements et aux remerciements. Comme à chaque fois, il a commencé à imaginer l'étape suivante, sans se précipiter. «Il est un candidat légitime pour 2027, ça ne relève que de lui», disait le président de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, il y a quelques mois. «Il sait qu'il n'est pas un tribun, et alors ? interrogeait un cadre du PS. Le charisme, ça se travaille. Il ne fait pas de fautes, il est pondéré, avec des convictions, il a du courage. Et c'est le meilleur tacticien.»

«Forcément, viendra un moment où je ne serai plus là. Mais ça fait six ans qu'ils essaient de me dégommer non-stop et pour l'instant je tiens.» Olivier Faure

Le Figaro, no. 24855
Le Figaro, lundi 22 juillet 2024 620 mots, p. 4

Politique

À l'Assemblée, un nouveau texte sur la fin de vie

Passot, Eloi

Résurrection du projet de loi sur la fin de vie. En choisissant de dissoudre l'Assemblée nationale, Emmanuel Macron avait, du même coup, tué dans l'oeuf le texte sur l'accès aux soins palliatifs et la fin de vie, qui prévoyait notamment la légalisation du suicide assisté et de l'euthanasie sous conditions. Loi que le président de la République avait lui-même appelée de ses voeux. Le député Olivier Falorni, rapporteur de ce premier texte tombé aux oubliettes, a annoncé avoir déposé une nouvelle proposition de loi.

« Ce texte vise à poursuivre le chemin brutalement interrompu par la dissolution,a indiqué le député MoDem de la Charente-Maritime sur les réseaux sociaux. Elle reprend donc intégralement le texte voté par la commission ainsi que tous les amendements adoptés en séance. » Au lendemain des élections européennes, l'annonce de la dissolution avait mis fin aux vifs débats qui n'étaient pas allés plus loin que l'article 7 du projet de loi. Si le texte avait été adopté en première lecture avant la dissolution, il aurait pu être repris par le Sénat après l'élection de la nouvelle Assemblée. Mais faute d'être arrivé jusque-là, son examen avait été purement et simplement anéanti.

Au moment d'être abandonné, le projet de loi réservait le suicide assisté aux personnes de plus de 18 ans résidant en France et souffrant d'une « affection grave et incurable qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale » et impliquant une souffrance physique ou psychologique insupportable. Seules les personnes aptes à manifester leur volonté de façon libre et éclairée pouvaient en bénéficier. La possibilité qu'un tiers administre la substance létale avait été supprimée. À en croire Olivier Falorni, toutes ces dispositions ont donc été réintroduites dans sa nouvelle proposition de loi.

En reprenant cette dernière version sous la forme d'une nouvelle proposition de loi, Olivier Falorni manoeuvre pour empêcher que les travaux de la précédente législature ne soient purement et simplement perdus. Mais l'efficacité de cet artifice est limitée. S'il venait effectivement à être examiné par les députés au cours de cette 17e législature, ce texte devra quoi qu'il arrive faire l'objet d'un nouvel examen législatif depuis le début : examen en commission article par article, puis en séance publique.

Configuration plus favorable

La présidence de l'Assemblée « n'a pas encore formellement enregistré le texte », précisait-on au Figaro samedi matin du côté du Palais Bourbon. Le dépôt des textes à l'Assemblée suppose en effet un court délai d'instruction, visant notamment à réaliser un très basique contrôle de constitutionnalité et à proposer au député d'éventuelles corrections ou ajustements légistiques. « Ce dépôt pourrait être validé en début de semaine prochaine. »

L'élu de la Charente-Maritime milite depuis des années pour la mise en place de l' « aide à mourir ». Avant d'être rapporteur du précédent projet de loi, il avait par exemple été rapporteur de la mission d'évaluation de la loi Claeys-Leonetti. Après la dissolution, le député MoDem avait exprimé son amer regret de voir le projet de loi abandonné. À l'inverse, certains acteurs des soins palliatifs et de soignants, qui avaient manifesté leur opposition au suicide assisté et à l'euthanasie, s'en étaient réjouis. Olivier Falorni avait également dit craindre que l'arrivée du Rassemblement national (RN) à Matignon en cas de victoire du parti à la flamme aux législatives ne signe l'arrêt de mort de cette réforme sociétale. Mais les élections législatives ont accouché d'une Assemblée fracturée entre trois blocs. Une configuration a priori plus favorable pour les partisans de l'euthanasie et du suicide assisté qu'une Chambre basse dominée par le RN, pourtant très divisé sur les sujets de société. Reste à savoir si ce nouveau texte sera repris ou non en priorité par le prochain gouvernement... E. P.

L'Humanité
lundi 22 juillet 2024 1408 mots, p. 9

Christian Tein, « un prisonnier pas comme les autres »

Benjamin König

Kanaky - Nouvelle-Calédonie L'indépendantiste kanak et six autres militants sont détenus en métropole depuis le 22 juin. Ciblé par Gérald Darmanin, et devenu le symbole d'une répression judiciaire coloniale, il est incarcéré à Mulhouse.

Mulhouse (Haut-Rhin), envoyé spécial.

Dans son bureau, le directeur désigne sur la photo aérienne de l'établissement les différents quartiers et secteurs de la prison. Bien entendu, interdiction de filmer ou de prendre une photo du grand octogone flambant neuf inauguré en 2021 par le premier ministre Jean Castex, comme l'indique une plaque commémorative accrochée au mur. « Ici, nous avons tous les publics, et tous les régimes » de l'incarcération, explique Fabrice Bels. Mineurs, femmes, maison d'arrêt, isolement : le centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach qui se veut une « prison modèle » comprend un quartier « ouvert », où les détenus volontaires signent un contrat qui leur permet une vie collective en échange d'engagements. Un établissement qui dispose « d'une animalerie, d'activités menuiserie, de jardins, de dispositifs d'accueil et de réinsertion », énumère le directeur, qui narre l'historique d'un projet « d'un coût de 140 millions d'euros, pour remplacer les vieilles prisons vétustes de Colmar et Mulhouse ». Et déjà plein comme un oeuf : « 130 % d'occupation, mais c'est inégal selon les quartiers », avec plus de 700 détenus.

Des chefs d'accusation très lourds

Une prison moderne, soit. Où la peinture blanc, orange et gris est presque immaculée. Où les droits de l'homme et du citoyen sont affichés un peu partout. Où les enveloppes du vote récent des détenus s'empilent encore sur le bureau de Fabrice Bels. Mais une prison, une vraie, avec son mur d'enceinte de 1 kilomètre de long et ses no man's land entrecoupés de barbelés de 10 mètres de hauteur. Et c'est ici, à Mulhouse-Lutterbach, qu'est détenu un prisonnier politique : Christian Tein, dit « Bichou », incarcéré à 17 000 kilomètres de chez lui. Comme six autres de ses camarades indépendantistes, le dirigeant de la cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) est emprisonné en métropole après que le juge a décidé de son transfert. Une « déportation politique », dénonce son parti, l'Union calédonienne (UC), aux relents nauséabonds de justice coloniale comme au temps où la France exilait les chefs autochtones récalcitrants.

Ce 17 juillet, Fabrice Bels prend le temps de faire examiner son établissement aux trois parlementaires usant de leur droit de visite : Jean-Victor Castor, député de Guyane, Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint-Denis et directeur de l'Humanité, et Robert Xowie, sénateur indépendantiste de Kanaky - Nouvelle-Calédonie. On ne visite pas un détenu mais toute la prison, et « la discussion est possible si l'on croise un détenu », précise le directeur. On peut provoquer un peu la rencontre en frappant à la porte blindée de la cellule. Les cinq journalistes, au maximum, qui peuvent accompagner les parlementaires n'ont pas le droit de converser, seulement celui d'observer.

Christian Tein est l'un des 11 arrêtés par la gendarmerie le 19 juin, dont deux femmes, parmi lesquelles Frédérique Muliava, directrice de cabinet du président du Congrès calédonien, Roch Wamytan, une figure indépendantiste historique. Ils ont été dispatchés dans différentes prisons de métropole, que Robert Xowie parcourt pour visiter ses « frères » de combat. Les chefs d'accusation visant ces militants politiques, qui ont toujours appelé à l'apaisement, sont très lourds : des dossiers de criminalité en bande organisée qui pourraient leur valoir des années, voire des décennies derrière les barreaux...

Au cours de la visite, les trois parlementaires prennent le temps d'échanger avec une dizaine de détenus dans leur cellule ou bien au réfectoire du quartier « ouvert ». Un vrai souffle d'air frais. « On a besoin de voir des personnes comme vous, de parler », sourit un détenu qui se doute bien de la raison première de la présence de ces visiteurs : « Vous venez voir le Kanak ? » Fabrice Bels est bien conscient d'avoir un prisonnier particulier. Quand la question lui est posée, il pèse ses mots : « Je dois rester dans ma fonction. Mais, évidemment, on observe que ce n'est pas un prisonnier comme les autres. Il y a beaucoup de visites. Et les détenus sont au courant, ils suivent l'actualité... »

Le kanak est Placé à l'isolement

Voici la cellule de Christian Tein, au bout d'un couloir du quartier de l'isolement. La porte s'ouvre sur un espace minuscule. « Voilà mon univers », souffle calmement le dirigeant indépendantiste. Un lit étroit, un petit bureau, une plaque de cuisson, une télévision, des photos de la famille et du pays. Sur l'une d'elles, une manifestation aux couleurs du drapeau kanak avec ce slogan : « Non à la colonisation ». Quelques livres, une image pieuse. Une vie ramassée dans 9 mètres carrés, où parlementaires et journalistes se pressent pour écouter Bichou, qui ne se plaint pas d'être à l'isolement. « J'ai besoin d'être posé pour réfléchir à la situation, débute-t-il. Le problème, c'est que je n'ai pas de liens avec l'extérieur... »

Calme et posé, Christian Tein ne ressemble en rien à un criminel issu d'une « organisation mafieuse, violente, qui commet des pillages et des meurtres », comme Gérald Darmanin avait décrit la CCAT. Il déroule la problématique de son pays, terre colonisée, et les récents événements. « On aurait pu se passer de tout ça... Pourquoi Darmanin a-t-il voulu passer en force ? Avec tous ces morts... Rock Victorin Wamytan (jeune Kanak tué par un sniper du GIGN le 10 juillet, de la famille de Christian Tein et Roch Wamytan - NDLR) était mon neveu. Les jeunes ne demandent qu'à vivre mais veulent voir leur pays libre et le construire. On ne peut pas, comme ça, foutre en l'air trente années de paix en deux semaines. »

Les accusations dont il fait l'objet, ses conditions de détention sont à des années-lumière de ses préoccupations et surtout de son combat. « Les avocats font leur travail sur la partie judiciaire, mais sur le fond, c'est un problème politique. Nous ne sommes que de passage sur cette Terre, je n'ai pas demandé à être ici dans 4 mètres par 3. J'aspire, comme tous les citoyens de France ou du monde, à vivre paisiblement chez moi. Il faut reposer des bases sereines et stables, par le dialogue. Jean-Marie (Tjibaou - NDLR) n'a pas sacrifié sa vie pour ça. Sa poignée de main avec Jacques Lafleur (leader de la droite anti-indépendantiste en 1988 - NDLR), c'était pour dire que les Calédoniens allaient vivre ensemble. De cette petite cellule, j'espère que cette hauteur de vue viendra enfin. »

« un combat de longue haleine »

Christian Tein veut ainsi répondre à ceux qui accusent les indépendantistes de vouloir exclure des habitants calédoniens, voire les Kanak de se complaire dans un « racisme anti-Blancs », expression utilisée par le député Nicolas Metzdorf et l'extrême droite française pour substituer à la question coloniale une vision ethnique pourtant absente de la pensée kanak. « On n'a jamais dit que quiconque devrait partir, assure-t-il. Mais il y a une forme de suprémacisme blanc dans certains endroits de Nouméa. » Il réitère le message de paix entre les peuples : « Le peuple français est généreux, je fais toujours la différence entre un peuple et son gouvernement. » Et tient à replacer cette énième crise politique en Kanaky - Nouvelle-Calédonie dans l'histoire du territoire, notamment celle sanglante des années 1980 : « Éloi Machoro, Alphonse Dianou ou bien Rock Pidjot et Maurice Lenormand, tous se sont battus sur la question du corps électoral. » Comme il y a quarante ans, c'est ce sujet qui a mis le feu aux poudres. C'est pour s'être battu contre son ouverture, décidée de façon unilatérale par l'État français, que Christian Tein, comme de nombreux autres camarades, est en prison. L'un d'entre eux est incarcéré à Nouméa : le fils de Jean-Marie, Joël Tjibaou. Son frère Emmanuel vient d'être élu député à l'Assemblée nationale. Pour le même combat, l'un est en prison, l'autre dans l'Hémicycle. Terrible symbole.

L'heure est venue de prendre congé. Fabien Gay et Jean-Victor Castor témoignent de leur solidarité. « Il faut trouver un chemin de dialogue, c'est une question qui ne se réglera pas de façon judiciaire mais politiquement », appuie le sénateur de Seine-Saint-Denis. Qui conclut par une invitation : « J'espère que bientôt tu seras libre pour venir à la Fête de l'Humanité. » Robert Xowie n'a pas besoin d'ajouter un mot. Dans la culture kanak, on peut parler par les regards et les haussements de sourcils. Mais un peu plus loin, dans un couloir, il précise : « Nous, les Kanak, nous savons les raisons pour lesquelles on avance, quel est notre combat commun. C'est un combat de longue haleine. » Contre le colonialisme français, les militants indépendantistes savent que leur lutte peut les mener en prison. Ou au cimetière. 

Le Figaro, no. 24855
Le Figaro, lundi 22 juillet 2024 778 mots, p. 2

Politique

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21 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Quatre postes clés pour le groupe de Laurent Wauquiez

Galiero, Emmanuel

La Droite républicaine (DR) avait mis la barre très haut en espérant obtenir sept postes à l'Assemblée. Finalement, après de multiples rebondissements et des moments de grande confusion, elle sort de la mêlée parlementaire avec quatre postes, soit trois de plus que sous la précédente législature alors qu'elle a obtenu moins d'élus qu'en 2022. Annie Genevard (Doubs) et Xavier Breton (Ain) ont obtenu chacun une vice-présidence de l'Assemblée (6e et 4e), Michèle Tabarot (Alpes-Maritimes) a décroché une place à la questure et Yannick Neuder (Isère) se retrouve au poste de rapporteur général du budget de la Sécurité sociale. «Pour Laurent Wauquiez, c'est un très bon bilan», souligne Antoine Vermorel-Marques (Loire) quand Annie Genevard félicite un «négociateur hors pair». «Un sans-faute», ajoute Véronique Louwagie (Orne) qui, pourtant, n'aura pas réussi à se qualifier pour la présidence convoitée de la commission des finances. «Si nous n'avons pas obtenu les sept postes que nous visions, c'est à cause d'une trahison du groupe Liot, présidé par Charles deCourson (Marne). Ils ont joué un double jeu. Les deux leçons à retenir de cette semaine sont le manque de fiabilité des Liot et l'impossibilité d'adopter quoi que ce soit sans les socialistes» , analyse un député DR, après la bataille.

Laurent Wauquiez sort aussi de cette séquence sous une pluie de critiques venues des oppositions qui lui reprochent d'avoir fait le jeu de la macronie. La critique avait été déjà lancée entre les deux tours des législatives, quand chacun constatait que de nombreux sièges de droite allaient être sauvés grâce à certains retraits tactiques de la gauche au nom du barrage anti-RN. Même au 1er tour, quand quelques députés LR avaient eu la chance de ne pas avoir d'opposant macroniste face à eux, les soupçons de collusion n'avaient pas manqué. Samedi, Éric Ciotti (Alpes-Maritimes), président du groupe À droite, allié au RN, a dénoncé comme Marine Le Pen l'exclusion de toutes représentations des élus de la « coalition des droites » , que ce soit au bureau de l'Assemblée, aux questures ou à la tête des commissions. Il a également fustigé l' «alliance de M. Wauquiez et M. Macron pour capter, préempter tous les postes de responsabilités(...) Alors, que ce sont des groupes qui ont vu leur nombre considérablement diminuer,a-t-il poursuivi, c'est un hold-up démocratique qui exclut la représentation de 11millions de Français.»

Dans le camp Wauquiez, on balaye les flèches en répondant que les élus DR ont atteint les deux objectifs qu'ils s'étaient fixés, à savoir faire barrage à la gauche et permettre à l'institution de fonctionner. «Cela nous permettra aussi de mieux mettre en oeuvre notre pacte législatif car, grâce aux postes obtenus, nous pourrons peser davantage sur la machine législative et sur l'ordre du jour», soutient le député Vermorel-Marques.

« Sortir le pays de l'ornière »

Lundi, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, ont prévu de présenter publiquement les grandes lignes de ce pacte défini par les députés et les sénateurs pour les cent jours à venir. Finalement, ce que nous venons de vivre à l'Assemblée est une parenthèse et il nous faudra revenir très vite sur notre ligne de départ: nous voulons faire adopter des mesures de droite pour sortir le pays de l'ornière , explique un parlementaire.

En posant leurs exigences sur la table de l'exécutif et du Parlement, les élus DR espèrent avoir les moyens d'être identifiés comme des porteurs de solutions, notamment en matière de pouvoir d'achat ou de sécurité. «Si nous atteignons ces objectifs, nous aurons prouvé l'intérêt de voter pour la droite», soutient un élu. Ne risquent-ils pas au contraire d'apparaître aux yeux des Français comme des sauveurs d'un macronisme défaillant, alors même que Laurent Wauquiez a souvent condamné la politique à bout de souffle d'Emmanuel Macron ? «Non, répond-on chez DR, car les désaccords restent profonds et nos divergences se trancheront à la présidentielle. Mais, jusque-là, on ne peut pas laisser le pays à la dérive. Il n'y a pas d'autre solution que d'avancer.»

Éric Ciotti croit pour sa part que cette droite avec laquelle il a rompu aurait pu avancer plus rapidement en suivant sa stratégie d'union des droites. Qualifiant Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand de «petits pions de la majorité présidentielle», le député a appelé les élus et électeurs de droite à le rejoindre. «Il a tout perdu. Il se retrouve ostracisé avec seulement 17députés et sera avalé par le RN» , riposte l'un de ses anciens amis, lucide face aux difficultés à venir mais confiant sur la capacité du chef de file, Laurent Wauquiez, à ancrer la droite au coeur des solutions législatives attendues par le pays. E.G.

La Croix, no. 42976
France, lundi 22 juillet 2024 774 mots, p. 6

Aux postes clés de l’Assemblée, l’ère de la confusion

Corinne Laurent

Après l’installation de la nouvelle Assemblée, du 18 au 20 juillet, les macronistes, la droite et la gauche se partagent des leviers importants, dont le RN a été écarté. Le poste de rapporteur général du budget échappe, lui, au camp présidentiel.

Une configuration qui laisse le paysage politique brouillé.

Quand Emmanuel Macron a pris la décision « grave » de dissoudre l’Assemblée nationale et de convoquer des élections législatives anticipées, il a misé sur une « clarification » du paysage politique. Après l’installation de la nouvelle Assemblée, du jeudi 18 au samedi 20 juillet, la situation demeure toujours confuse, pour ne pas dire baroque. La répartition des postes clés au Palais-Bourbon a donné lieu à trois jours de tractations et de tensions entre les différentes forces politiques, sans qu’il soit possible de distinguer de véritables gagnants et l’esquisse d’une future coalition gouvernementale.

Certes, la présidente sortante de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a été reconduite au perchoir – à la faveur d’une entente entre les macronistes et le groupe Droite républicaine (ex-Les Républicains), présidé par Laurent Wauquiez –, mais le Nouveau Front populaire a remporté, à la surprise générale, la majorité absolue des sièges au bureau. Celui-ci est composé avec la présidente de 6 vice-présidents, 3 questeurs et 12 secrétaires (lire les repères). Grâce au soutien de la droite, la coalition présidentielle a rectifié le tir en se maintenant à la tête de 6 des 8 commissions permanentes, dont celle des lois.

En revanche, le camp présidentiel a perdu la main sur le budget, qui sera le sujet majeur de la rentrée, dans un contexte de dégradation des finances publiques qui pourrait valoir à la France d’être placée par Bruxelles en procédure de déficit excessif. La Cour des comptes a d’ailleurs appelé à prendre des décisions rigoureuses. L’entente entre les macronistes et Droite républicaine pour installer une élue LR à la présidence de la commission des finances a échoué, et le député La France insoumise Éric Coquerel a été réélu à ce poste.

Mais surtout – autre surprise –, c’est le député centriste Charles de Courson, connu pour son opposition à la réforme des retraites en 2023, qui a été élu rapporteur général du budget, poste stratégique habituellement dévolu à un député soutenant l’exécutif. Élu sans interruption depuis 1993, ce spécialiste des finances publiques a été désigné au bénéfice de l’âge, face au macroniste Jean-René Cazeneuve. Le nouveau rapporteur général pourrait se montrer exigeant. En mars, Charles de Courson avait en effet dénoncé « l’insincérité » du budget 2024, après avoir signalé un mois plus tôt l’annulation « d’un trait de plume » de 10 milliards d’euros sur le budget de l’État.

Le Rassemblement national, groupe le plus important, a été tenu à part de la distribution des postes. Ni vice-présidence, alors qu’il en détenait deux depuis 2022, ni questeur, ni secrétaire au bureau de l’Assemblée. Le RN a seulement obtenu des représentants aux vice-présidences de six commissions, dont celles des finances et de la défense. La cheffe de file des députés RN, Marine Le Pen, a estimé que l’Assemblée nationale était devenue une « zone de non-droit ». Favorable à ce que toutes les forces politiques soient représentées au bureau, Yaël Braun-Pivet a assuré que sa voix serait « entendue ».

Cette étape de « structuration » de la nouvelle Assemblée accomplie, Emmanuel Macron va observer les discussions parlementaires s’étirer pendant l’été – « en parallèle » des Jeux olympiques, dit l’Élysée. Et rien n’empêche que du désordre sortent des compromis… Dès lundi 22 juillet, sous l’impulsion de Laurent Wauquiez, qui a orchestré opportunément son retour sur la scène nationale, Droite républicaine va présenter un « pacte législatif » avec des mesures sur le travail, l’autorité ou l’immigration pour « répondre aux problèmes du pays ». Le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, a lui aussi promis pour bientôt des « propositions pour un pacte d’action », sans doute sur les moyens de maîtriser le déficit et sur les questions de souveraineté.

Macronistes et ex-LR vont-ils parvenir à prolonger l’arrangement conclu pour les postes au Palais-Bourbon, alors que Droite républicaine s’est posée en « groupe d’opposition responsable » et exclut toute « coalition » ? Elle devra clarifier son positionnement et la coalition présidentielle tendre la main à des sociaux-démocrates aussi. Quant à la gauche, qui a échoué à prendre le perchoir, ses désaccords sur le nom d’un premier ministre l’éloignent chaque jour de la perspective de gouverner seule.

Le Monde
France, lundi 22 juillet 2024 1346 mots, p. 9

Le désarroi de maires ruraux face à la montée du RN

Après les législatives, ces édiles oscillent entre abattement et volonté de ne pas céder le terrain

Camille Bordenet

Lors des dépouillements aux élections législatives anticipées, il leur a fallu répéter le nom d’un candidat du Rassemblement national (RN) des dizaines de fois. Ils étaient déjà passés par là en 2022, en 2017… Avec, à chaque fois, davantage de voix qui s’agrègent. La montée de l’extrême droite, voilà des années que les maires ruraux la subissent et tentent de l’endiguer.

Maire socialiste de Bram, 3 300 habitants, dans le Lauragais audois (Aude), Claudie Faucon Mejean ne s’habitue pas. Certes, le parti de Marine Le Pen a raté la dernière marche du pouvoir. Mais dans son département, terre viticole historiquement très à gauche du Midi rouge, les trois députés RN sortants ont de nouveau fait le grand chelem. « C’est raide, vraiment raide. J’ai versé quelques larmes », raconte-telle. Réélue maire depuis 2011, l’édile est frappée par le fossé qui se creuse entre le local et le national : « Les mêmes qui me donnent 72 % au premier tour des municipales me disent “vous savez qu’on est avec vous, hein, c’est super ce que vous faites, par contre là, on vote Bardella parce qu’il y en a marre”. »Et cette fameuse phrase : «On n’a pas essayé. »

« C’est pas contre toi, Gilles, mais ça peut plus durer : on fait que payer, les feignants, y en a marre », s’entend également dire Gilles Noël, maire (divers gauche) de Varzy et président des maires ruraux de la Nièvre. Le 7 juillet, la circonscription historique de « Tonton » Mitterrand est elle aussi tombée dans l’escarcelle du RN – Julien Guibert a été élu à 54,8 % face à Christian Paul, une figure du Parti socialiste (PS) investie par le parti contre l’avis de la fédération locale.

Conscients que leur action n’est pas en cause dans ce vote national, les élus de terrain n’en accusent pas moins le coup, eux qui se veulent des repères et des remparts républicains. « Nous, les maires ruraux, on est désemparés, on sait plus quoi faire, lâche Gilles Noël. On se dit “comment diable je peux continuer à travailler sur le vivre-ensemble si je n’arrive pas à trouver les mots pour que mes administrés puissent prendre de la distance et revoir leur vote ?” »

« Pour nous, c’est la double peine : on avait déjà le RN et on ne bénéficie pas du sursaut républicain qui a eu lieu ailleurs », renchérit Mme Faucon Mejean. Bien placée pour parler de la « concurrence des misères » qu’instrumentalise le RN dans un département qui compte parmi les plus pauvres de France et accueille une forte main-d’œuvre immigrée, l’élue ne ménage pas ses efforts pour améliorer le quotidien. « Et on peut pas dire que Bram est une commune abandonnée. On a une sortie d’autoroute, une gare, ce qu’il faut de services, encore quelques médecins. »

Même désarroi chez la maire de Langres (Haute-Marne), Anne Cardinal, qui fait figure d’exception socialiste dans un département rural de tradition gaulliste où le RN a réussi à s’enraciner . Le député RN sortant, Christophe Bentz, a été réélu (53,9 %), malgré des propos racistes et anti-IVG. « On a tout ce qu’il faut de services, jamais augmenté les impôts, sacralisé le budget aux assos, des fêtes,quasiment pas de chômage, pas de violences urbaines… Et pourtant, on a quand même le RN. »

« CNews, C8 et BFM en boucle »

« Gilets jaunes », Covid-19, réforme des retraites, crise agricole… Les crises récentes ont laissé des traces, rappellent les élus, inquiets de constater une certaine « agressivité ambiante », du repli sur soi et la montée de discours anti-immigrés et anti-assistés si difficiles à enrayer. Et ce, y compris dans des communes où il fait a priori bon vivre. Tous soulignent le rôle joué par des chaînes comme CNews, détenue par le milliardaire Vincent Bolloré. Après avoir toqué aux 1 700 portes de sa commune, la maire de Bram se dit effarée : « CNews, C8 et BFM tournent en boucle, du matin au soir. On a des gens qui ne sortent plus de chez eux. C’est du bourrage de crâne. Pas besoin d’aller chercher des explications plus loin : on dit aux gens ce qu’il faut qu’ils pensent et votent. »

Même constat pour Gilles Noël, qui demande à bien vouloir changer de chaîne lorsqu’il entre dans le bar de Varzy. « Les discussions tombent… », constate-t-il aussi, conscient qu’on ne s’autorise pas des paroles aussi décomplexées en présence du maire. Mais il a bien vu « la rage »avec laquelle certains se sont «rués sur les bulletins RN », leur « envie de renverser la table ». Et cet autre symbole, sur les terres de Mitterrand : « En vidant les poubelles, je n’ai retrouvé que des bulletins de gauche froissés. »

Maire sans étiquette (SE) du village voisin de Trucy-l’Orgueilleux, où il vit depuis trente ans, et chirurgien à l’hôpital d’Auxerre, Azeddine Filali est quant à lui convaincu qu’il ne s’agit pas « d’une histoire de racisme, mais de ras-le-bol ». Du moins dans sa circonscription. « La preuve, je suis le maire. » Ses administrés lui parlent pouvoir d’achat, charges… Jamais de ses origines marocaines.

« Quand je me suis présenté, ils étaient contents de voter pour moi. Ils ne me voient pas comme un immigré, mais comme celui qui gère la vie locale. »Prononcer 82 fois le nom du candidat RN au second tour des législatives n’en fut pas moins « brutal ». « Mais il faut écouter, essayer de comprendre », considère-t-il. « Il faut être encore plus présent, ne pas laisser le terrain aux députés RN. »

Car ces derniers ont bien compris l’intérêt de ratisser les marchés, vide-greniers, comités des fêtes, cérémonies… « Ils savent aller jusque dans les plus petits villages éloignés des chefs-lieux pour flatter le sentiment d’abandon », déplore Jean-Paul Carteret, maire (SE) de Lavoncourt, en Haute-Saône, où les deux députés RN sortants ont été réélus.

« A nous de bosser, de résister »

« Le[Julien] Rancoule [député RN de la 3e circonscription de l’Aude], il est partout, à boire des bières jusqu’à 3 heures. Comment voulez-vous qu’on fasse le poids ? On a beau expliquer que c’est pas ça être député, on passe pour des rabat-joies. C’est déstabilisant », soupire Mme Faucon Mejean.

« Ce qui est dur, c’est qu’il n’y a pas d’explication rationnelle. Donc on n’a pas vraiment de prise», constate Luc-Henri Jolly, premier adjoint à Rosoy. « Là où on peut agir, c’est sur l’explication des faits, veut croire Mme Chappuit. A nous tous, élus, journalistes, de contredire les idées reçues, de montrer tout ce qui va bien. »

A l’heure où lesformations de gauche se divisent autour du choix d’un premier ministre, les maires ruraux refusent de céder à l’abattement . « Certains se demandent si ces sacrifices valent encore le coup et s’ils vont repartiren 2026[pour les élections municipales] »,souligne Emilie Agnoux, cofondatrice du think tank Le Sens du service public, dans une note pour la Fondation Jean Jaurès sur les trois semaines de campagne des législatives en Corrèze.

« Si on abandonne cette proximité-là, alors oui, en 2026, ils gagneront des mairies, met en garde Mme Faucon Mejean, combative. A nous de bosser, de résister, pied à pied. »« Y’a qu’en étant sur le terrain qu’on peut apporter un contre-discours, en allant discuter au foot, au bistrot », estime Pierrick White, directeur de cabinet de la maire de Langres, qui exhorte politiques, syndicats et associations à reprendre pied dans les campagnes.

Vice-présidentede l’Association des maires ruraux de France, Mme Chappuit reste amère quant au sort réservé par Emmanuel Macron aux milliers de cahiers de doléances rédigés par les Français il y a cinq ans, au sortir de la crise des « gilets jaunes ». Une initiative qu’avaient soufflée les maires ruraux au chef de l’Etat. «Il y avait toute la matière pour comprendre et éviter d’en arriver là. »

Le Monde
France, lundi 22 juillet 2024 1406 mots, p. 6,7

Assemblée nationale Récit

A l’Assemblée, les postes-clés attribués dans un climat éruptif

Avec 12 sièges sur 22, la gauche a obtenu une majorité surprise au bureau. Le RN, lui, est sorti bredouille des scrutins

Mariama Darame, Rachel Garrat-Valcarcel et Corentin Lesueur

Samedi 20 juillet, 4 heures. Il ne reste plus dans l’Hémicycle qu’une trentaine de députés de gauche éberlués, et, plus loin, une douzaine de leurs collègues du MoDem défaits. Après quatorze heures de vote, le bureau de l’Assemblée nationale a été constitué. Les députés ont élu six vice-présidents, trois questeurs et douze secrétaires dans ce qui est le principal organe décisionnaire de l’Assemblée nationale.

Après l’échec du communiste André Chassaigne (Puy-de-Dôme) face à Yaël Braun-Pivet (Renaissance, Yvelines) à l’élection de la présidence de l’Assemblée, jeudi, c’est contre toute attente que le Nouveau Front populaire (NFP) a obtenu la majorité absolue au sein du bureau (12 sièges sur 22). Un événement tout sauf anecdotique puisque cette instance collégiale a vocation à disposer de « tous pouvoirs pour régler les délibérations de l’Assemblée et pour organiser et diriger tous les services » du Palais-Bourbon.

« Quelqu’un a un drapeau palestinien ? », entend-on du côté des députés de La France insoumise (LFI), hilares et conscients que ce rapport de force favorable à la gauche va tout changer pour les sanctions disciplinaires qui sont décidées par le bureau – les dernières de la précédente législature visant les « insoumis » Sébastien Delogu et Rachel Keke, qui avaient brandi l’étendard palestinien dans l’Hémicycle. Benjamin Lucas (Génération.s, Yvelines), dans un rappel au règlement badin, s’est réjoui de « tourner la page d’une dérive autoritaire », allusion faite aux nombreuses sanctions infligées aux élus de gauche lors de la précédente législature.

Les députés du NFP encore présents dans l’Hémicycle n’en reviennent pas que les macronistes et la droite aient perdu une bataille qui paraissait gagnée d’avance seulement quelques heures avant. Le MoDem, lésé, puisqu’il n’obtient aucun poste au bureau, fulmine contre la démobilisation de ces alliés d’Ensemble pour la République (le groupe du parti présidentiel Renaissance), d’Horizons et de la Droite républicaine (DR, le groupe des députés Les Républicains non ciottistes). « Les gens sont allés dormir », lâche, dans une colère froide, le président du groupe MoDem, Marc Fesneau.

Depuis le perchoir, Yaël Braun-Pivet cache mal son inconfort, elle qui va se retrouver dans une cohabitation avec la gauche pendant au moins un an, jusqu’au prochain renouvellement du bureau. « Elle est minoritaire dans son propre bureau ! », lui jette la cheffe du groupe LFI, Mathilde Panot, à l’annonce des résultats. « Ça va être très compliqué », confirme Marc Fesneau, ministre des relations avec le Parlement de 2018 à 2022.

Le RN disparaît du bureau

Dans le détail, Clémence Guetté (LFI, Val-de-Marne) a été élue première vice-présidente. Sa collègue « insoumise » Nadège Abomangoli (Seine-Saint-Denis) la suit, avec Naïma Moutchou (Horizons, Val-d’Oise), vice-présidente sortante. Annie Genevard (LR, Doubs), Xavier Breton (LR, Ain) et le ministre démissionnaire Roland Lescure (Renaissance, Français de l’étranger) complètent la liste. Pour la première fois, les trois postes de questeur sont occupés par des femmes : Christine Pirès Beaune (PS, Puy-de-Dôme), Brigitte Klinkert (Renaissance, Haut-Rhin) et Michèle Tabarot (LR, Alpes-Maritimes). Le NFP obtient enfin neuf secrétaires, le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) deux, et Horizons, un. Au total, le camp présidentiel n’obtient que cinq places, et LR, trois.

Le Rassemblement national (RN), lui, disparaît du bureau. Le groupe de Marine Le Pen, qui avait créé la sensation en 2022 en obtenant deux vice-présidences, les a perdues au profit de la Droite républicaine. Les élus d’extrême droite font les frais du front républicain de la gauche et du pacte entre la droite et les macronistes. Depuis plusieurs jours, l’équipe de Marine Le Pen se préparait à repartir bredouille de la distribution des postes-clés. Le groupe de Marine Le Pen en est réduit à tancer des alliances présentées comme des « magouilles ». « Nous sommes confrontés à une sorte de parti unique dont nous sommes en réalité la seule opposition », a fustigé Marine Le Pen, dénonçant l’ « accord »entre les LR – « qui se sont vendus »– et la Macronie – « qui les a achetés, cher »pour se répartir les postes-clés à l’Assemblée.

Mais le groupe RN paye aussi les limites de sa tactique opportuniste. En faisant élire dès le premier tour deux vice-présidentes LFI, il a sabordé ses chances d’obtenir dans les tours suivants les voix de députés favorables à sa présence au sein du bureau. Le retrait surprise de ses candidates aux postes de secrétaire, peu avant minuit, a fini d’oblitérer sa capacité à se maintenir dans l’instance.

A ce moment-là, alors que le RN quitte l’enceinte du Palais-Bourbon, les macronistes sont mathématiquement assurés de faire une razzia sur le bureau. Visiblement trop confiants, ils baissent la garde et s’en vont peu à peu. Ils laissent la gauche, restée presque au complet, nouer une alliance avec LIOT pour faire élire neuf secrétaires issus du NFP sur les douze places. Le tout s’est joué entre minuit et 4 heures.

« Le choix du chaos »

La journée avait pris une tournure dramatique dès le premier tour de l’élection des vice-présidents. La découverte de dix enveloppes en trop dans l’urne du vote a poussé la présidente de l’Assemblée nationale et les scrutateurs à annuler le scrutin pour irrégularités. Le nombre de bulletins surnuméraires écarte l’erreur humaine et suggère plutôt une fraude. Un événement sans précédent au Palais-Bourbon. Plusieurs députés présents au dépouillement estiment qu’il s’agit d’une tentative de déstabilisation de l’institution. « Honte à ceux qui ont pratiqué cette fraude ! », lance le député (PS) de l’Essonne Jérôme Guedj dans l’Hémicycle, en exigeant l’ouverture d’une enquête interne. Lors d’un nouveau vote, les députés doivent confier leurs enveloppes à des fonctionnaires de l’Assemblée, eux-mêmes chargés de les glisser dans l’urne.

Quatre heures se sont écoulées, et l’Hémicycle s’enflamme quand quatre vice-présidents sont élus dès le premier tour grâce aux voix du RN. Le député Ian Boucard (LR, Territoire de Belfort) ouvre les hostilités lors du premier rappel au règlement de cette XVIIe législature. « En choisissant de faire élire deux vice-présidentes de LFI, vous avez fait le choix du chaos ! », lance-t-il à Marine Le Pen.Il n’en fallait pas plus dans un Hémicycle où les députés étaient prêts à bondir pour s’en prendre les uns aux autres. L’autorité de Yaël Braun-Pivet, à peine élue, est déjà éprouvée. Les rappels aux règlements infondés s’enchaînent, le camp macroniste à l’attaque contre LFI, accusée de se compromettre avec le RN.

« Les LFI étant élus avec les voix du RN », le ministre de l’intérieur démissionnaire, Gérald Darmanin, propose sur un ton ironique qu’ils « puissent enfin leur serrer la main ». Référence au refus des « insoumis », jeudi, de serrer la main des scrutateurs d’extrême droite lors de l’élection au perchoir. Ulcérée, Mathilde Panot, la présidente du groupe LFI, prend à son tour la parole : « C’est vous qui aviez voté en 2022 pour élire des vice-présidents du RN.(…) Nous n’avons jamais mis un bulletin[dans l’urne] pour l’extrême droite, et nous n’en mettrons jamais ! »

A la sortie, les députés le concèdent eux-mêmes : le spectacle qu’ils donnent est affligeant. Certains justifient cette explosion de tensions par la campagne rude, la fatigue et la chaleur étouffante. Mais il y a aussi des raisons politiques. Le plan de partage des postes-clés de l’Assemblée nationale entre Renaissance, le MoDem, Horizons, et le groupe de la Droite républicaine qui, en début de journée, semblait pouvoir tout écraser, a aggravé les clivages. « A partir du moment où une minorité de parlementaires veut imposer sa volonté au reste de l’Assemblée, on a ce genre de résultats. Ce n’est que le début du commencement », souffle le député (LIOT) de la Marne Charles de Courson.

A l’abri des regards, la première réunion des présidents de groupe s’est elle aussi déroulée dans une ambiance à couteaux tirés. Les poids lourds du Palais-Bourbon – Gabriel Attal, Laurent Wauquiez, Marine Le Pen, Mathilde Panot, Boris Vallaud, Eric Ciotti, Cyrielle Chatelain – n’ont pas pris de gants pour s’invectiver ou pointer du doigt la présidente de l’Assemblée. Comme un avant-goût du climat qui devrait régner dans les prochaines semaines dans une Assemblée fragmentée, dépourvue de majorité absolue.

Le Figaro, no. 24855
Le Figaro, lundi 22 juillet 2024 75 mots, p. 1

Une

Vive polémique après les propos d'un député LFI sur les athlètes israéliens aux JO

Thomas Portes, député LFI, a affirmé samedi que « les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus auxJeux olympiques à Paris ». L'élu n'en est pas à sa première provocation, s'attaquant sans relâche à Israël dans le conflit qui l'oppose au mouvement terroriste Hamas à Gaza. Le maire de Nice, Christian Estrosi, a demandé la dissolution de LFI.PAGE 4

L'Humanité
lundi 22 juillet 2024 498 mots, p. 12

Microsoft et le bug de l'an 2024

Pierric Marissal

Numérique Une panne informatique géante a touché des millions d'ordinateurs, vendredi, perturbant hôpitaux, transports publics, banques... L'ampleur de l'incident démontre l'hégémonie problématique de Windows.

C'est une petite mise à jour d'un logiciel tiers, installé dans Windows, qui est venue rappeler, vendredi, à quel point le monde s'est rendu complètement dépendant d'une poignée de géants de l'informatique. Microsoft s'est immédiatement dédouané : la panne vient du spécialiste en cybersécurité CrowdStrike, qui a déployé une mise à jour incompatible avec Windows.

« Cet incident démontre la nature interconnectée de notre vaste écosystème : fournisseurs de cloud mondiaux, plateformes logicielles, fournisseurs de sécurité et d'autres logiciels, ainsi que clients », a expliqué samedi David Weston, vice-président de Microsoft, dans une note aux clients de l'entreprise. Cela démontre surtout qu'une grande partie de l'économie et des infrastructures critiques repose sur des services cloud. On appelle cela la dématérialisation, mais les programmes s'exécutent depuis des serveurs, dans d'imposants centres de données principalement aux mains de deux acteurs, Microsoft et Amazon, qui détiennent chacun un tiers du marché mondial. Ainsi, à la dépendance au logiciel s'ajoute celle au service en ligne, seul moyen d'accès. Le client n'est plus propriétaire de sa copie du programme, mais doit louer son droit d'utilisation, assurant à Microsoft une situation de rente.

peu de dégâts en france

Le géant a beau essayer de minimiser l'ampleur - « nous estimons que la mise à jour de CrowdStrike a affecté 8,5 millions d'appareils Windows, soit moins de 1 % de toutes les machines Windows » -, cela reste la plus spectaculaire panne informatique de l'histoire. Plusieurs milliers de vols ont été annulés, tandis que le fonctionnement de nombreux hôpitaux, administrations, usines et chaînes de télévision, entre autres, a été perturbé. Les millions d'ordinateurs se voyaient bloqués sur un écran d'erreur bleu qui les condamnait à redémarrer en boucle. Les opérations informatiques des JO de Paris 2024 ont même été touchées, en particulier le système d'accréditation, mais pas la billetterie. Les activités « ont repris normalement » vendredi après-midi, selon les organisateurs.

À l'échelle mondiale, c'est le transport aérien qui a été le plus perturbé par la panne, pendant l'un des plus grands week-ends de chassé-croisé de l'été. Sur tout le continent américain, en Inde ou en Australie, la situation dans les aéroports était particulièrement confuse, avec des avions cloués au sol ou dans l'incapacité d'atterrir, des bagages embarqués puis débarqués... Plusieurs hôpitaux aux Pays-Bas ont également été impactés, entraînant la fermeture d'un service d'urgences et le report d'opérations chirurgicales.

En France, dans la plupart des services publics essentiels, les mises à jour sont auscultées avant d'être installées. Il y a donc eu peu de dégâts. Il n'en reste pas moins que, de la défense à l'éducation nationale, l'essentiel du parc informatique de l'État est aux mains de Microsoft, à l'exception notable de la gendarmerie, sous logiciel libre. Cette dépendance à un acteur a été dénoncée par l'économiste et députée FI Aurélie Trouvé, notamment, qui propose une « réappropriation » par l'État du secteur informatique.

Le Figaro, no. 24855
Le Figaro, lundi 22 juillet 2024 1030 mots, p. 8

Société

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21 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Quand les « vélotaffeurs » deviennent des militants sur les réseaux sociaux

de La Chesnais, Éric

YouTube, X, Facebook... Les cyclistes sont de plus en plus nombreux, sur les réseaux sociaux, à relater des expériences - bonnes ou mauvaises - vécues sur leur trajet entre la maison et le bureau. À travers des photos mais surtout des vidéos, plus ou moins courtes, ces « vélotaffeurs » font part des nouveaux aménagements urbains, dénoncent les comportements dangereux d'autres usagers de la route ou donnent des conseils pour bien s'équiper à vélo... Quitte à susciter de vives polémiques sur internet, certains internautes raillant leur ton accusateur et les accusant même de provoquer volontairement des incidents pour un quart d'heure de gloire en ligne.

Au sein de cette communauté très active dans toute la France, Altis - un pseudonyme - est devenu l'un des membres les plus populaires. Une activité tellement chronophage qu'il en a fait son métier. «C'est devenu un travail à plein temps, raconte celui qui est devenu cycliste en 2019 après avoir fait un malaise vagal dans un train de banlieue parisienne surchargé. Pour sortir une vidéo, c'est plus d'une semaine de travail,poursuit-il. Un jour de repérage et de tournage, 3 ou 4jours pour l'écriture et jusqu'à deux jours de montage» , ajoute celui qui se définit comme un «créateur de contenu qui vulgarise l'impact de l'urbanisme sur les déplacements des usagers».

« J'habite à Paris mais je m'intéresse à toute la France, comme cet accident terrible qui a eu lieu récemment à LaRochelle, où une conductrice d'un certain âge a fauché un groupe d'écoliers à vélo, poursuit Altis. J'analyse à froid la situation, croise mes sources et restitue ces informations sous forme de vidéos que je commente. Mon objectif est d'alerter les décideurs pour que ce type d'accident ne se reproduise pas, grâce à des aménagements de la voirie.»

Pour financer son travail, il peut compter sur le soutien de donateurs qui suivent sa chaîne YouTube aux 67 000 abonnés. Il bénéficie aussi de l'appui de sponsors et reçoit une partie des ressources publicitaires du diffuseur de ses contenus. Il est aussi présent sur X, dans des formats plus courts.

Pour qu'une vidéo soit vue et partagée en ligne, le vélotaffeur doit se trouver au bon endroit et au bon moment, mais surtout être prêt à dégainer sa caméra en un rien de temps. Le matériel doit être approprié. «Je possède une caméra embarquée GoPro qui me permet de prendre des vidéos à n'importe quel moment, y compris quand je n'avais pas l'intention de faire un reportage» , explique Altis. C'est le cas de sa vidéo la plus vue regardée sur YouTube, avec près de 1 million de vues : «J'ai été agressé durant un direct, cette situation est très grave...»

La scène se déroule à Paris, un jour de pluie, dans les embouteillages. Un automobiliste énervé sort de sa voiture et assène un coup de poing au cycliste en l'injuriant abondement : «Ta grand-mère la p..., va pleurer ta mère, je te viole ici...» Interloqué par cette violence gratuite, le bus coince le véhicule, des passants s'en mêlent. La scène a été entièrement filmée . «Cette violence est inadmissible, il y a des fous furieux sur la route mais heureusement, grâce à des pistes sécurisées, dans 9 cas sur 10 cela se passe bien, relativise Altis. Il fait également «des vidéos pédagogiques» , comme celle intitulée : «Bien s'équiper pour rouler à vélo».

Des associations comme Paris en Selle servent également de relais à leurs membres, qui leur envoient des vidéos qu'elles publient sur les réseaux sociaux. «Ce n'est pas nous qui produisons le contenu, ce sont nos adhérents» , explique Nicolas Necker trentenaire, cadre dans les énergies renouvelables. Ce résident du 16e arrondissement de Paris se déplace à vélo pour se rendre à son bureau, à la Défense. «Nous faisons le tri car il y a des choses qui ne sont pas diffusables, poursuit-il. Nous cherchons à montrer les zones dangereuses et à les améliorer. X est un lieu de rencontre entre les associations, les politiciens et les journalistes, où il faut être présent.»

Nicolas Necker reconnaît que ses publications sur les réseaux sociaux déclenchent «beaucoup d'avis et de commentaires négatifs». «Mais nous voulons être constructifs et participer au débat, en créant par exemple un comité vélos au sein de la mairie du 16earrondissement, pour être force de propositions, ajoute-t-il. L'avenue Paul Doumer est un contre-exemple de ce qu'il fallait faire. C'est un semi-aménagement, nous n'avons pas été écoutés. Les cyclistes, dont beaucoup roulent en famille à cet endroit, sont en danger quand elles prennent le vélo ici. Inspirons-nous des Hollandais et des Danois, qui ont quaranteans d'avance par rapport à nous sur les aménagements urbains et les pistes cyclables.»

Vélotaf Metz, Lyon à vélo, vélotaf Grenoble... Le phénomène dépasse évidemment largement les frontières de la capitale. L'un des plus célèbres vélotaffeurs, dont les vidéos cumulent des millions de vues et des milliers de partages, s'appelle Gaby, alias Vélotaf Nancy. Cet étudiant parcourt quotidiennement 60 kilomètres aller-retour à vélo pour rejoindre l'université de Meurthe-et-Moselle. Ses courtes vidéos, dans lesquelles il se plaint à haute voix du comportement des automobilistes, lui valent de nombreuses critiques, auxquelles il répond parfois vigoureusement. Un climat de tension permanent entre cyclistes et autres usagers de la route qui concoure très certainement au grand succès de ses publications. Comme celle du 25 mai dernier, où il démontre, tout en roulant à 35 km/h, qu'à un carrefour bien précis, «il y aura bientôt un mort si rien n'est fait». La séquence totalise plus de 2 millions de vues. Contacté, il n'a pas répondu à nos sollicitations.

Certaines personnalités politiques n'hésitent plus à se prêter à ce petit jeu. Ainsi l'ancienne députée de Paris Clara Chassaniol, suppléante de l'ex-ministre des Transports Clément Beaune, lui-même grand amateur de vélo, informait les cyclistes, fin juin, d'un danger sur la chaussée : «Après dixminutes de tractage à Ledru-Rollin, déjà 4 vélos ont glissé sur le nouveau bitume en fin de piste. Les commerçants n'en peuvent plus de voir les personnes tomber et ont fini par installer une barrière pour éviter un drame» , poste-t-elle, photo à l'appui. Un premier pas vers une vie de « vélotaffeuse » ? É. D.

Le Figaro, no. 24855
Le Figaro, lundi 22 juillet 2024 997 mots, p. 7

International

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21 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Boris Pistorius, ministre de combat de la Bundeswehr

Personnalité politique préférée des Allemands, le ministre de la Défense veut rendre son armée « apte à la guerre » .

Avril, Pierre

Au milieu des blindés et des épaulettes, quoique vêtu d'un costume strict anthracite, Boris Pistorius baigne dans son élément. Le politique de 62 ans grimpe dans la cabine d'un porte-conteneurs, actionne le vérin permettant d'arrimer ce dernier à la caisse d'un poids lourd. Plus loin, dans un hangar, il chausse des lunettes virtuelles tout en lâchant quelques plaisanteries. Au milieu d'une démonstration de fonctionnement d'une pompe à eau, il s'enquiert des états de service personnels du sous-officier accompagnateur. Il s'agit d'un «dialogue avec les camarades» , dit-il.

Jeudi 17 juillet, le ministre allemand de la Défense entamait au sein du commando de logistique basé à Erfurt, un programme d'été de visite de sept bases de la Bundeswehr. C'est dans la capitale de la Thuringe que siège le commandement de cette division, une arme traditionnellement jugée peu noble, mais dont il vante le savoir-faire dans les opérations en cours de retrait des troupes du Mali et du Niger. «Des soldats enthousiastes, innovants et engagés» , salue-t-il.

À la fois dans l'escadron aérien de Büchel (Rhénanie-Palatinat) ou au régiment d'infanterie de Leipzig, étapes des visites ministérielles, « les forces armées doivent devenir aptes à la guerre, capables de dissuader efficacement un agresseur potentiel» , ne cesse-t-il de répéter. Le message s'adresse aussi bien aux troupes, qu'à une société allemande traditionnellement pacifiste, traumatisée par les errements de la Wehrmacht. À Erfurt, en ex-RDA, où la population exprime volontiers ses sympathies à l'égard de la Russie, il réplique que la «menace»du Kremlin est «réelle». À partir de 2029, affirme-t-il, Moscou sera «en capacité d'attaquer l'Otan».

Convaincu de l'avènement d'une nouvelle ère de tensions, exposant l'Allemagne à ses vulnérabilités, Boris Pistorius trace sa route, marchant parfois en solitaire. Il plaide pour un soutien accru à l'Ukraine, quitte à agacer ses camarades pacifistes du SPD, et salue le projet américain de déployer à partir de 2026 en Allemagne de nouvelles batteries de missiles à longue portée. C'est lui qui a forcé la décision de déployer une brigade en Lituanie sous commandement allemand, afin de protéger le flanc est de l'Otan. Enfin, il souhaite réintroduire un service national obligatoire. Ses alliés libéraux du FDP critiquent l'initiative, estimant qu'elle coûte trop cher et porte «profondément atteinte»aux libertés individuelles.

Longtemps habituée à des ministres pâlots, héritant d'un portefeuille traditionnellement dénigré, la troupe se félicite cette fois d'avoir hérité, en mars 2023, d'un politique attentif à leurs besoins. L'ancien ministre de l'Intérieur de Basse-Saxe (SPD) avait remplacé Christine Lambrecht, une autre sociale-démocrate rapidement dépassée par les conséquences de l'invasion russe. Son successeur est « un ministre authentique, très engagé dans sa mission et qui a tout de suite établi un bon contact» , se réjouit un officier, sous le couvert d'anonymat.

Son homologue français Sébastien Lecornu, avec qui il a donné une seconde vie au projet de char franco-allemand de nouvelle génération, l'apprécie. «Chez Boris, l'envie de changer les choses est le fruit d'un engagement à la fois politique et profondément patriote. Ensemble, nous avons également défendu des convictions, pour construire des projets qui changent la donne et renforcent la sécurité de nos concitoyens» , se félicite auprès du Figaro, le ministre sortant du gouvernement Attal. Cerise sur le gâteau : Boris Pistorius reste, depuis quinze mois, inamovible sur son trône, la personnalité politique préférée des Allemands, loin devant Olaf Scholz. «Quand je parle de sécurité nationale, je ne trahis aucun secret», dit-il pour justifier sa popularité.

Dans son cercle politique, tout ne serait que béatitude si celle-ci n'était assombrie par les lois impitoyables de la rigueur budgétaire allemande. «J'ai besoin de plus d'argent» , a résumé d'une phrase le ministre à Erfurt, mercredi dernier, quelques heures après que le Conseil des ministres avait approuvé le projet de loi de finances pour 2025. Le ministère de la Défense n'a reçu que 1,25 milliard d'euros sur les 6,7 milliards supplémentaires qu'il réclamait, conduisant notamment à une division par deux (4 milliards d'euros) l'aide militaire à l'Ukraine.

À partir de 2028, l'Allemagne pourrait ne plus respecter l'engagement de chaque pays de l'Otan de consacrer au moins 2 % de son PIB aux dépenses militaires. Cette date correspond à l'expiration du Fonds spécial de 100 milliards d'euros, lancé par Olaf Scholz au lendemain de l'offensive russe. En attendant, c'est à crédit que Berlin vient d'acheter 100 exemplaires de chars Leopard 2 de nouvelle génération, livrables en 2030, dans l'hypothèse d'une guerre Russie-Otan.

Chaque année, de manière rituelle, la rapporteuse du Parlement auprès de la Bundeswehr, Eva Högl, décrit la situation matérielle pitoyable dans laquelle se trouve l'armée, victime de décennies de sous-investissement chronique et d'une politique quasi constante d'orthodoxie budgétaire. La députée chiffre à 300 milliards les besoins.

«L'aptitude à la guerre ne s'exprime pas en chiffres» , mais en compétences, tente de rétorquer Boris Pistorius. Le ministre en veut pour preuve l'évolution du conflit ukrainien, où l'usage des drones et de la guerre électronique prévaut. Par solidarité gouvernementale, il s'abstient de critiquer la sacro-sainte règle budgétaire du frein à la dette, qui limite les possibilités d'endettement de l'État allemand, mais ne craint pas d'exprimer ses états d'âme.

«Ces arbitrages budgétaires m'agacent, je l'ai déjà dit», et il s'en plaint même auprès de ses troupes. «Compte tenu de la menace et des exigences pesant sur la Bundeswehr, les résultats ne sont pas ceux que nous avions imaginés » , a- t-il regretté, dans une lettre adressée à son personnel. Lors de son passage à Erfurt, le ministre a annoncé 95 millions d'euros d'investissement au profit du commando de logistique, tout en rappelant que celui-ci poursuivra ses restructurations. Émanant d'un homme politique peu porté vers les honneurs, niant toute ambition pour la Chancellerie, cette persévérance séduit. Sa mission -d'autres parleraient d'un chemin de croix - lui suffit. P. A.

Le Monde
France, lundi 22 juillet 2024 568 mots, p. 8
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19 juillet 2024 - Le Monde (site web)
20 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Christian Estrosi évince des proches d’Eric Ciotti de la métropole de Nice

Le maire de Nice avait démissionné de ses fonctions pour provoquer une nouvelle élection

Sofia Fischer

Nice - correspondance - Sans surprise, Christian Estrosi a été réélu à la tête de la Métropole Nice-Côte d’Azur, vendredi 19 juillet. Le maire de Nice avait annoncé sa démission le 10 juillet, avant d’indiquer dans la foulée qu’il se représentait à ce poste. La manœuvre était destinée à évincer des élus proches d’Eric Ciotti, son ennemi juré – président contesté du parti Les Républicains (LR) depuis son ralliement au Rassemblement national (RN), en juin –, avec lequel il est en rivalité dans l’optique des municipales de 2026. Seule une démission du président permet en effet de convoquer une nouvelle élection, afin de réorganiser l’exécutif de la métropole. C’est chose faite : 20 vice-présidents, tous des soutiens de M. Estrosi, ont été nommés dans la foulée.

Avec l’assurance d’être réélu grâce aux votes des communes amies de Saint-Laurent-du-Var et de Cagnes-sur-Mer, le maire de Nice et ses proches avaient décidé de cette opération en quelques heures, le 10 juillet, histoire de faire le « ménage » à la métropole. Certains élus se sont affichés, pendant la campagne des législatives, comme des soutiens d’Eric Ciotti, en saluant, sur les réseaux sociaux, sa réélection comme député des Alpes-Maritimes, à l’issue du second tour, dimanche 7 juillet, avec le soutien de l’extrême droite, ou en prenant parti pour Christelle D’Intorni et Bernard Chaix, également élus des Alpes-Maritimes à l’Assemblée nationale, sous les couleurs LR-RN. Impossible, pour le camp estrosiste, « de laisser ces gens-là, non républicains, à des postes exécutifs à la métropole », avait expliqué Anthony Borré, premier adjoint à la mairie de Nice.

Laborieuse valse

Une fois Christian Estrosi réélu président, le conseil métropolitain a dû procéder, pendant de longues heures, au vote de ses vice-présidents. Une laborieuse valse, dans laquelle les personnalités locales ayant été un peu trop bruyantes dans leur soutien envers Eric Ciotti ont perdu leur siège. Parmi les élus visés, Xavier Beck, maire de Cap-d’Ail, jusque-là membre de l’exécutif métropolitain en tant que vice-président aux transports scolaires et aux affaires juridiques.Gaël Nofri et Martine Ouaknine, deux proches du maire de Nice, récupèrent ses délégations.

D’autres membres ont été obligés de se prononcer quant à leur positionnement « ambigu », dit-on en interne. Ceux qui ont accepté de signer la charte imposée par Christian Estrosi ont pu conserver leur siège. C’est le cas, par exemple, d’Antoine Véran, maire de Levens et ancien vice-président à la culture et à la forêt, qui garde ainsi un siège dans l’exécutif, mais en tant que vice-président à l’agriculture.

Affaibli par les résultats décevants de ses soutiens locaux aux législatives, Christian Estrosi se retrouve tout de même avec une forte majorité à la métropole. Majorité, d’ailleurs, à laquelle il a demandé de se regrouper sous la bannière « Le Rassemblement républicain ». Parmi les cinq engagements qu’impose cette bannière, les membres promettent de « refuser toute alliance avec le Rassemblement national et La France insoumise ». Juste avant que la séance ne commence, plusieurs membres de l’opposition ont tenté de faire connaître leur colère quant à la manœuvre. L’identitaire Philippe Vardon (Reconquête !) avait dénoncé devant la presse une « pantalonnade », une « mascarade ». C’est une « chasse aux estrosceptiques », avait-il résumé. Une chasse, semble-t-il, efficace.

Le Monde
France, lundi 22 juillet 2024 432 mots, p. 11

Les ingérences de Bakou divisent les Calédoniens

L’invitation d’indépendantistes à un nouveau congrès en Azerbaïdjan suscite la réprobation

Nathalie Guibert

Le Groupe d’initiative de Bakou (GIP) a fait de nouveau parler de lui, en réunissant, mercredi et jeudi, en Azerbaïdjan, un congrès des colonies françaises, le deuxième du genre, auquel participent des indépendantistes de Nouvelle-Calédonie. Le groupe est dans le viseur des services français depuis sa création en 2023 par le régime dictatorial d’Ilham Aliev. Il confirme son rôle de bras armé de cet Etat dans sa politique d’ingérence menée contre la France – celle-ci étant une cible en raison de son soutien à l’Arménie, son ennemi juré.

Une délégation du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) s’est rendue à Bakou, autour de Mickaël Forrest, membre (Union calédonienne) du gouvernement calédonien. Des élus du Congrès de Nouvelle-Calédonie l’accompagnent, ainsi que les fondateurs de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), qui a mobilisé les Kanak contre la réforme du corps électoral. Le GIP, affirme, mercredi sur X, être « un[e] lueur d’espoir pour les colonies ». Son directeur, Abbas Abbasov, a évoqué à la tribune les « tortures » qui auraient eu lieu contre les militants de la CCAT incarcérés en France. Il a annoncé « des bourses d’études » pour que des Français ultramarins viennent étudier dans les universités du pays.

La délégation FLNKS a invité le GIP en retour à Nouméa, le 24 septembre, date anniversaire de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France. Fin avril, l’élue indépendentiste Omayra Naisseline, avait suscité des critiques en signant, sans en informer le Congrès calédonien, une convention de partenariat parlementaire avec l’Azerbaïdjan.

La réprobation de cette participation au congrès, qui gêne depuis le début dans les rangs même du FLNKS, n’a pas manqué. A Nouméa, les groupes Loyalistes et Rassemblement (droite) du Congrès ont condamné cette initiative. Nicolas Metzdorf, député (Ensemble), a indiqué, mercredi, avoir saisi le parquet de Paris pour des faits « d’intelligence avec une puissance étrangère ». Calédonie ensemble (droite non indépendantiste modérée) rappelle que le régime Aliev fait l’objet d’accusations d’épuration ethnique contre les Arméniens du Haut-Karabakh. Et s’indigne que Bakou « utilise les indépendantistes comme des petites marionnettes contre la France ».

Les ingérences de l’Azerbaïdjan sont considérées comme très sérieuses par le gouvernement à Paris. Mais les services concernés ont jugé que leur rôle avait été marginal dans l’insurrection et les émeutes en cours depuis le 13 mai en Nouvelle-Calédonie. Elles n’ont pas non plus influé sur les élections législatives françaises.

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_ActuD, dimanche 21 juillet 2024 541 mots, p. AUJM6
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21 juillet 2024 - Le Parisien

FINANCESiUne rude tâche attend Éric Coquerel

Ce samedi, le député Insoumis a été réélu président de l'une des plus convoitées des huit commissions permanentes de l'Assemblée nationale. Il aura notamment pour mission de contrôler le projet de loi de finances, dans un hémicycle fragmenté et sans majorité. Décryptage.

Erwan Benezet et Odile Plichon

C'est une sacrée revanche sur la macronie pour celui que l'on avait dit sur la sellette en 2023, alors qu'il venait de déclarer recevable une proposition de loi proposant de ramener l'âge légal de la retraite à 62 ans. L'Insoumis Éric Coquerel, 65 ans, a été réélu ce samedi à la tête de la commission des Finances de l'Assemblée.

Combien de temps restera-t-il en poste ? Le député de Seine-Saint-Denis l'a bien souligné : dès que « Macron se sera rendu à l'évidence, c'est-à-dire que nous sommes la majorité, je démissionnerai pour laisser ce poste à la nouvelle opposition ». Ce qui suppose que le président nomme un Premier ministre issu du Nouveau Front populaire... « En attendant, je présiderai de manière pleine et entière », a rassuré l'ex-chef d'entreprise dans la communication.

Celui qui a accès à tous les dossiers du fisc - bien que, secret fiscal oblige, il ne puisse rien révéler - aura la lourde tâche de diriger l'une des commissions les plus puissantes de l'Assemblée nationale. Ses leviers d'action sont multiples. Elle contrôle les projets de loi de finances, avec les recettes et les dépenses de l'année à venir, et surveille la bonne application du budget. En parallèle, elle vérifie la recevabilité financière des propositions de loi ou amendements déposés par les députés.

« Il doit tenir la barre »

Autre pouvoir important : « Le président de la commission des Finances peut lancer des enquêtes, y compris au sein des administrations, confirme le constitutionnaliste Benjamin Morel. Il a un accès privilégié à de nombreux documents, ce qui lui permet de soulever des lièvres, puis de convoquer s'il le faut des ministres en audition. » Et il peut demander au bureau de l'Assemblée de saisir un juge pour lui.

Mais dans un hémicycle sans majorité absolue, et qui apparaît plus divisé qu'avant la dissolution, pourra-t-il conserver un poids déterminant ? « Il le faut, alerte Benjamin Morel. Car il exerce un vrai rôle d'évaluation de l'action gouvernementale. » Dans une Assemblée scindée en trois blocs, le président (rôle attribué à un élu de l'opposition depuis 2007) devra jouer son rôle de conciliateur, avec l'appui du nouveau rapporteur général du budget (le centriste Charles de Courson) qui, lui, est traditionnellement un soutien de la majorité. « C'est de leur collaboration que peut naître un consensus », estime le constitutionnaliste.

Un point de vue que partage l'ancien député LR Gilles Carrez, qui fut rapporteur du budget de 2002 à 2012, puis président de la commission des Finances de 2012 à 2017 : « Dans un contexte agité, ce nouveau président doit absolument tenir la barre. Or, son rôle a été considérablement affaibli au cours de la décennie précédente par une soumission grandissante à l'exécutif. »

La tâche qui attend Éric Coquerel est d'autant plus rude qu'« il va devoir rapidement s'investir dans la préparation et l'examen du budget, prévient Gilles Carrez. Sachant que la situation des finances publiques est dramatique, et pire encore qu'au moment de la crise des dettes souveraines, entre 2009 et 2012... »

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_ActuD, dimanche 21 juillet 2024 997 mots, p. AUJM8
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21 juillet 2024 - Le Parisien

Laurent Wauquiez, le négociateur

À la tête d'un groupe de 47 députés, le président de Droite républicaine, de retour au premier plan à l'Assemblée, rafle, entre autres, deux vice-présidences et une questure au Palais-Bourbon.

Alexandre Sulzer

Le téléphone portable tient lieu de pinceau. Jeudi, Laurent Wauquiez s'en saisit sur les marches de l'Assemblée pour un selfie avec le groupe Droite républicaine (DR, ex-LR) qu'il préside : une touche de députés tentés un temps par un rapprochement avec Emmanuel Macron par ici, une nuance d'inflexibles anti-macronistes à la ligne droitière par là... Le tableau final révèle un groupe de 47 parlementaires (dont 6 apparentés) tout sourire derrière celui qui était encore accusé, il y a peu, de rester « planqué » dans sa région Auvergne - Rhône-Alpes.

Seuls trois députés LR sortants ne se sont pas réinscrits dans le groupe DR : l'ombrageux Aurélien Pradié, l'un de ses proches Raphaël Schellenberger et Stéphane Viry, proche de Xavier Bertrand, rattaché au groupe Liot. « J'ai écouté Laurent Wauquiez à ses débuts. Il a dit qu'il voulait assurer la cohérence du groupe. Mais ça entrave l'indépendance... », explique celui-ci.

Caporaliste, Laurent Wauquiez ? L'adjectif lui colle depuis longtemps à la peau. Et ses premières déclarations selon lesquelles ses troupes ne participeraient à « aucune coalition ni compromission » avec les macronistes ont effrayé nombre d'élus de droite, pourtant pas défavorables à faire bloc contre le danger que représenterait le Nouveau Front populaire.

« Faire balle neuve »

Wauquiez aurait-il parlé trop vite ? Dès le 10 juillet, l'Auvergnat met de l'eau dans son saint-pourçain et propose de construire un « pacte législatif » sans participation au gouvernement, en coconstruction avec les sénateurs LR. De quoi faire tenir les deux morceaux de l'omelette du parti, au moins provisoirement.

Après moult hésitations et quelques volontés de coconstruire des groupes dissidents, la majorité des députés DR décide finalement de tenter l'aventure Wauquiez. « Une dizaine de députés ont pris peur quand ils ont reçu son appel », regrette l'un des rares à ne pas avoir rempilé. Ceux qui restent sont majoritairement satisfaits des premiers pas du nouveau président. « Depuis une semaine, chacun a eu quatre appels de lui. Il rend tout le monde important », observe un cadre du groupe.

Lors d'une réunion avec ses ouailles, Laurent Wauquiez a reconnu : « Je veux faire balle neuve. » Nouveau set. Et admis que pour la suite - il ne se cache pas de n'avoir renoncé à rien pour 2027 -, il doit, c'est son expression, « faire monter la jeune génération ». Aussitôt dit, aussitôt fait : les juvéniles Antoine Vermorel-Marques, Justine Gruet et Ian Boucard ont été promus vice-présidents du groupe quand Vincent Jeanbrun obtient le porte-parolat et Yannick Neuder un poste de rapporteur du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).

Si Wauquiez a autant de cadeaux inespérés dans sa hotte - avec notamment deux vice-présidences pour Annie Genevard et Xavier Breton plus une questure pour Michèle Tabarot -, c'est qu'il a su vendre très cher, directement à Gabriel Attal, son soutien à Yaël Braun-Pivet pour le perchoir. « Jusqu'à la dernière seconde, il va nous faire chier ! », s'est plaint un conseiller du Premier ministre auprès d'un député DR.

De quoi redonner le sourire aux troupes. « Il a donné des gages auprès de tout le monde. Il a amendé le pacte législatif. C'est un très bon préalable », se félicite un néodéputé qui n'avait pas cette image du patron. Quand certains députés lui font remarquer que son pacte législatif, trop exhaustif, devrait être réduit, il écoute et annonce dans « le Figaro » que « quatre propositions prioritaires » en seront extraites « pour débloquer la France dans les cent jours ».

« Il donne la parole à tout le monde. On bosse sur le fond. Et maintenant, il répond aux SMS ! », se félicite un député qui n'y était pas habitué, quand un autre se satisfait qu'il « écoute beaucoup, prenant des notes ». En réunion, Wauquiez a aussi assuré qu'il respecterait la « liberté de vote » de chacun. Mais il demande en revanche aux élus de ne pas jouer une ligne discordante dans les médias. Tout le monde a compris : l'époque Pradié, trublion de l'ancien groupe LR, est terminée. « On a plus parlé en quarante-huit heures dans le groupe qu'en deux ans de mandat. On n'a pas le copain Pradié, donc c'est plus simple », se réjouit un cadre DR.

« Les macronistes ne peuvent rien nous refuser »

Jeudi, Annie Genevard l'a remercié pour son « énergie » : « Ça ne se serait pas passé comme ça il y a deux ans », a-t-elle ajouté. « Je rends hommage à Olivier, (Marleix, ex-président de groupe), il a fait un excellent boulot », a immédiatement rebondi Wauquiez, soucieux de ne vexer personne. « Aujourd'hui, tout a changé. Les macronistes ne peuvent rien nous refuser », a-t-il contextualisé, lui qui ces derniers jours s'est entretenu à plusieurs reprises avec Gabriel Attal pour négocier. La majorité s'est d'ailleurs montrée satisfaite de voir que le président de Droite républicaine avait respecté le deal...

Au point d'en faire un allié ? « On reste un opposant qui refuse la politique du pire », rétorque l'entourage de Laurent Wauquiez. « À aucun moment il n'y a eu d'échanges pour une collaboration gouvernementale, poursuit ce proche. Mais on assume de ne pas laisser nos institutions aux mains de l'extrême gauche. Notre ligne est claire : l'opposition mais le refus du blocage du pays et des institutions. C'est un choix politique. Le RN devra assumer de confier les leviers de l'institution à l'extrême gauche. »

Pour certains, pourtant, Wauquiez risque vite d'être confronté aux limites de sa stratégie. Car même au sein de son groupe, la volonté d'avancer sur un « pacte législatif » sans pour autant exercer le pouvoir n'est pas toujours comprise. Au risque du grand écart ? « La position de Laurent tient tant qu'on a un gouvernement technique », grince un pilier du groupe. Si un gouvernement plus politique était nommé, surtout avec un Premier ministre LR, les tensions pourraient vite resurgir. Et les sourires s'effacer de la photo.

Aujourd'hui en France
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_ActuD, dimanche 21 juillet 2024 725 mots, p. AUJM6
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21 juillet 2024 - Le Parisien

Qui a gagné la bataille de l'hémicycle ?

La gauche est majoritaire au bureau de l'Assemblée, le camp présidentiel prend la tête de la plupart des commissions, la droite tire son épingle du jeu, et le RN est écarté de tous les postes...

Henri Vernet avec O.B.

Après deux jours et une nuit de tensions et coups de théâtre, la bataille de l'Assemblée s'est achevée ce samedi sur un résultat à l'image du paysage politique depuis la dissolution : confus, ingouvernable et chaotique, avec même, fait inédit, des bulletins en trop pour l'élection des vice-présidents ! Au terme des votes consistant à attribuer les 22 postes du bureau de l'Assemblée (outre la présidente élue jeudi, six vice-présidents, trois questeurs et douze secrétaires) et les présidences de huit commissions, chacun des blocs - même le RN pourtant écarté de tous les postes - apparaît à la fois gagnant et perdant. Revue de détail.

La gauche

Furieux d'avoir été battu au perchoir par la sortante Yaël Braun-Pivet, le Nouveau Front populaire (NFP) prend sa revanche en glanant la majorité des sièges au bureau, l'instance exécutive de la chambre : 12 postes sur 22, dont deux vice-présidences. En clair, la présidente se retrouve en minorité dans son propre bureau. Ce retournement de situation s'est joué en pleine nuit de vendredi à samedi, dans un hémicycle déserté par une partie des troupes présidentielles. « Nous imposons aux macronistes une cohabitation à l'Assemblée tout comme nous imposerons la cohabitation au président au sommet de la République », a réagi la présidente du groupe LFI Mathilde Panot. Autre gros succès pour le NFP, l'Insoumis Éric Coquerel est réélu à la tête de la puissante commission des Finances, face à Véronique Louwagie (Droite républicaine), soutenue par les macronistes.

Le camp présidentiel

Sur sa lancée de l'élection au perchoir, fort de son alliance avec la Droite républicaine de Laurent Wauquiez, le camp présidentiel (Ensemble pour la République, MoDem, Horizons...) rafle six des huit présidences de commission. Dont les prestigieuses commissions des Lois, pour Florent Boudié (qui a aussi bénéficié des voix du RN), et des Affaires étrangères, pour le ministre délégué aux Affaires (courantes) européennes, Jean-Noël Barrot (MoDem). L'échec est, en revanche, cuisant sur la commission des Finances, alors que les macronistes ont piétiné les usages en participant à un vote en principe réservé, par courtoisie républicaine, aux élus des oppositions. Camouflet supplémentaire au terme de cette séquence chargée - rarement des élections internes à la Chambre auront soulevé tant de passion -, l'élection du trublion centriste indépendant (Liot) Charles de Courson comme rapporteur du Budget. Un poste stratégique d'ordinaire réservé au camp présidentiel, consistant à faire l'interface entre Bercy et les députés. « Attal a tellement traité avec DR qu'il a négligé Liot. Du coup, Courson les a eus », regrette une députée Ensemble craignant une assemblée bloquée.

Arrivé à égalité de voix avec le sortant Jean-René Cazeneuve (Ensemble), Courson, qui s'était inscrit dans l'opposition pour briguer auparavant la commission des Finances, l'emporte... au bénéfice de l'âge (72 ans). « C'est un début de présidence au groupe catastrophique », déplore, visant Gabriel Attal, un soutien d'Emmanuel Macron, qui juge le groupe Ensemble pour la République, à peine formé, déjà au bord de l'implosion. « N'avoir aucune majorité au bureau, c'est donner les clés à LFI et ne plus avoir voix au chapitre sur la vie de l'Assemblée », poursuit-il, déplorant que l'opposition récupère deux postes stratégiques au moment où la France, très endettée, est sous la surveillance de Bruxelles.

La droite

Belle opération a priori pour la Droite républicaine après des revers répétés dans les urnes. Passés de 62 à 47 députés, ils se retrouvent avec plus de postes importants, grâce à la stratégie Wauquiez. Dont deux vice-présidences (Annie Genevard et Xavier Breton) et une questure.

Le RN

Dans l'hémicycle aussi, le front républicain a joué contre le RN, écarté de tous les postes au bureau. « Magouilles » et « achats de postes », tempête Marine Le Pen qui entend se tenir à l'écart de toute coalition gouvernementale pouvant advenir. De quoi rappeler la stratégie de Giorgia Meloni, arrivée au pouvoir il y a deux ans en Italie, après que son parti a été le seul à ne pas participer au gouvernement « techno » de Mario Draghi.

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_ActuD, dimanche 21 juillet 2024 870 mots, p. AUJM9
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21 juillet 2024 - Le Parisien

Emmanuel Macron et le défi de la reconquête de l'opinion

Quinze jours après le second tour des élections législatives et la colère persistante des Français comme des élus, la cote de confiance du président reste au plus bas. Il veut désormais recoller les morceaux.

Olivier Beaumont

« Monsieur le président, les Français vous en veulent encore beaucoup. » Jeudi midi, sur la terrasse qui fait face aux jardins de l'Élysée, Emmanuel Macron reçoit une quinzaine de parlementaires de son camp pour un échange à bâtons rompus. Entre l'entrée servie sur une base d'artichauts froids, et la tarte chocolat-caramel proposée en dessert, trois heures d'explications cathartiques pour ces députés encore déboussolés par l'épreuve de la dissolution... et bien décidés à lui rapporter la colère qu'ils ont entendue pendant ces trois semaines de campagne express pour sauver leur siège à l'Assemblée. C'est justement le but de cet exercice qu'il a déjà tenu la veille avec d'autres de leurs collègues, et qu'il compte réitérer régulièrement dans les prochaines semaines. Sans autres témoins autour de la table, pas le moindre collaborateur du palais à ses côtés. Juste lui et eux.

Au plus bas dans les sondages d'opinion, critiqué par une base qui lui fait de moins en moins confiance, le chef de l'État a bien compris que s'il voulait sauver la suite de son quinquennat, cela devra forcément repasser par une opération de reconquête des coeurs. Et il y a urgence. « On sait que son image n'est pas mirobolante. Être aussi bas après une défaite électorale, c'est normal. Mais après sept ans au pouvoir, c'est quand même loin d'être déshonorant », se rassure comme il le peut l'un de ses conseillers.

« Il faut retourner sur le terrain »

Selon le dernier baromètre Elabe pour « les Échos », la cote de confiance du président de la République reste au plus bas depuis 2017, avec 25 % d'opinion favorable. « Je sais que les gens m'en veulent, que la dissolution n'est pas comprise, et que je suis un repoussoir », a-t-il récemment lâché devant un invité. « Il est très lucide sur la situation », insiste un élu avec qui il échange régulièrement.

Recoller les morceaux, c'est justement le message que tous les députés conviés ces derniers jours à l'Élysée lui ont fait passer. Mercredi, pour la première de ces agapes, trois d'entre eux ont pris l'initiative, alors que voilà presque un mois et demi que le président ne s'est pas offert le moindre bain de foule. C'était début juin, à l'occasion de l'itinérance en Bretagne et en Normandie, pour l'anniversaire du Débarquement... juste avant les élections européennes et l'annonce de la dissolution. Alors, le député Karl Olive va droit au but : « Il faut que vous refassiez ce que vous savez faire, parler avec les Français comme à l'époque du grand débat national pour sortir de la crise des Gilets jaunes, et puis aller sentir le cul des vaches. »

Son homologue Pierre Cazeneuve, qui connaît bien Macron pour avoir été avant son chef de cabinet, y va de son conseil aussi : « Beaucoup vous appellent à vous effacer dans la séquence, je pense qu'au contraire il faut retourner sur le terrain. » Et Marie Lebec de vanter les « vertus de la démocratie directe, avec un président à portée de main », en remarquant aussi que sans élections programmées en 2025 (sauf si nouvelle dissolution en juin prochain), « c'est peut-être l'occasion d'aller davantage sur le terrain ».

« Prendre une position de surplomb »

« Par la force des choses, les prochains mois doivent lui permettre de se tenir un peu plus à distance des affaires courantes et prendre de la hauteur, tout en se mettant au plus près des Français. Cela peut paraître paradoxal, mais c'est essentiel », rebondit après coup Cazeneuve. C'est justement l'intention d'Emmanuel Macron, conscient que la nouvelle donne politique - coalition ou cohabitation - va de facto le conduire à repenser son agenda.

« Je vais moins m'occuper de politique intérieure et aller plus souvent auprès des gens », répond-il à l'occasion du déjeuner. Son entourage valide l'analyse : « À partir du moment où il va moins gouverner, il va plus présider et avoir plus de temps pour être en déplacement hors de Paris. Être aussi le garant des institutions, de l'unité nationale. Se préserver des déchirements qui vont animer la vie à l'Assemblée, pour prendre une position de surplomb. »

Karl Olive lui suggère, par exemple, un tour de France des maires. D'autres des itinérances de plusieurs jours, comme celles qu'il avait faites lors de son précédent quinquennat. Revenir également à des logiques de territoires, en multipliant aussi les pactes locaux entre les élus et l'État, à l'image du plan Marseille en grand ou le Pacte particulier pour la Creuse, signés ces dernières années. Toutes les pistes sont sur la table.

Les prochains jours, avec les Jeux olympiques qui vont débuter, devraient lui permettre d'entamer cet atterrissage. Le président de la République a prévu de rester toute la durée de l'événement à Paris, d'assister aussi à un certain nombre d'épreuves, particulièrement celles où les Tricolores seront engagés. « Mais il sera dans une posture de spectateur, de supporter, un Français parmi les Français », insiste son entourage, parlant d'une « présence impressionniste dans les tribunes », sans caméras ni photographes autour de lui. Une épreuve « d'humilité et de proximité », dit-on. C'est tout son défi.

Le Monde
France, samedi 20 juillet 2024 1648 mots, p. 6,7
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19 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

La journée où Yaël Braun-Pivet a repris sa place au perchoir

La députée Renaissance des Yvelines, réélue à la tête de l’Assemblée nationale, à treize voix devant la gauche, a promis de « nouvelles méthodes »… comme en 2022

Mariama Darame,Rachel Garrat-Valcarcel, Corentin Lesueur et Alexandre Pedro Mariama Darame,Rachel Garrat-Valcarcel, Corentin Lesueur et Alexandre Pedro Mariama Darame,Rachel Garrat-Valcarcel, Corentin Lesueur et Alexandre Pedro

Trente-neuf jours après la dissolution de l’Assemblée nationale, onze jours après le second tour des législatives qui a vu la défaite du camp présidentiel, Emmanuel Macron est toujours à l’Elysée, Gabriel Attal est toujours à Matignon, et Yaël Braun-Pivet est toujours au perchoir.

La députée (Renaissance) des Yvelines a été réélue, jeudi 18 juillet, présidente de l’Assemblée nationale au troisième tour, avec 220 voix contre 207 pour l’élu communiste du Puy-de-Dôme André Chassaigne, son principal rival, représentant le Nouveau Front populaire (NFP). Entre-temps, la coalition présidentielle a obtenu moins de 15 % aux élections européennes, 20 % au premier tour des élections législatives anticipées et perdu plus de 80 sièges au second.

Cette nouvelle donne politique paraît n’avoir jamais existé quand Yaël Braun-Pivet s’élance vers le perchoir, jeudi, peu avant 21 heures. Sur son chemin, elle embrasse le ministre de l’intérieur démissionnaire, Gérald Darmanin, puis le secrétaire général de l’Assemblée nationale et de la présidence, Damien Chamussy. Seuls les élus du bloc central, du groupe de la Droite républicaine (DR) et une partie du Rassemblement national (RN) applaudissent la nouvelle présidente. La plupart des élus du NFP restent interdits au fond de leurs sièges.

Visiblement émue, Yaël Braun-Pivet improvise une prise de parole pour rompre le malaise manifeste, lié à l’annonce de sa réélection. La députée des Yvelines appelle à apporter de « nouvelles solutions » aux Françaises et aux Français, par le biais de « nouvelles méthodes ». « C’était le discours d’il y a deux ans », tempête peu après, dans la salle des Quatre-Colonnes, le président du groupe socialiste, Boris Vallaud.

Les « nouvelles méthodes »évoquées jeudi font écho au « nouveau chapitre » que la présidente de l’Assemblée nationale voulait ouvrir il y a deux ans. « Nous devons nous entendre, nous devons coopérer, nous devons être capables de rechercher des compromis, nous devons être capables de dialoguer, de nous écouter et d’avancer », a-t-elle affirmé jeudi soir. Lors de son accession au perchoir, en 2022, elle assurait déjà que « les Français[leur] enjoign[aient] de travailler ensemble, de débattre, plutôt que de[se] battre.» « Ce dialogue sera la fondation sur laquelle nous pourrons bâtir du consensus, des compromis », avait-elle ajouté.

Logique des trois blocs confirmée

Entre ces deux discours, une législature chaotique, rythmée par les séances électriques. Une ambiance qui s’est retrouvée au cours de cette séance inaugurale, d’ordinaire convenue. Lors du discours de Yaël Braun-Pivet, qui s’est félicitée de la forte participation aux élections législatives, la députée (La France insoumise, LFI) de Paris Sophia Chikirou lui a lancé : « Ils n’ont pas voté pour vous, les Français ! »

Alors que ce scrutin constituait le premier rapport de force au sein de l’Hémicycle depuis le second tour des législatives, l’élection de Yaël Braun-Pivet a confirmé la logique des trois blocs. A l’extrême droite, comme à gauche et dans la coalition présidentielle, tous les groupes ont montré leur solidité. En tête, André Chassaigne, candidat unique du NFP, a obtenu 200 voix au premier tour, soit sept de plus que l’addition des quatre groupes constituant le NFP. Deuxième, Sébastien Chenu, député (RN) du Nord, a obtenu les 142 voix de son groupe et de celui d’Eric Ciotti.

Le RN, dont tous les adversaires redoutaient l’imprévisibilité, n’a finalement joué aucun rôle dans l’élection du quatrième personnage de l’Etat. « Abstention ? Retrait de notre candidat plus tôt ? Vote en faveur d’un autre ? N’importe quel autre choix nous aurait valu des accusations en double jeu. Nous sommes restés dans notre couloir, sans tenir compte de ce qui se passait autour : au moins, on est inattaquables. On ne fait pas ce qu’on dénonce », affirme M. Chenu, qui évoque, à propos de l’élection de la présidente de l’Assemblée nationale, une « victoire à la Pyrrhus ».

Car Mme Braun-Pivet n’est arrivée que troisième au premier tour, avec 124 voix, soit treize de moins que le total des groupes Ensemble pour la République (EPR) et MoDem, qui la soutenaient. Il lui a fallu les retraits de Philippe Juvin (Les Républicains, LR, Hauts-de-Seine, 48 voix) et de Naïma Moutchou (Horizons, Val-d’Oise, 38 voix) pour obtenir un ballottage plus favorable. Au deuxième tour, elle a bénéficié à l’unité près du report des voix des deux candidats et a viré en tête avec 210 voix, puis 220 au troisième tour, après le retrait de Charles de Courson (Les Centristes, Marne), treize d’avance sur André Chassaigne. Les voix contestées des 17 députés toujours ministres ont fait la différence.

C’est le principal fait politique de l’élection de jeudi : l’entente entre l’ancienne coalition gouvernementale et la droite a fonctionné à plein. Gabriel Attal s’est d’ailleurs félicité devant ses troupes, après l’élection de Yaël Braun-Pivet, de l’accord « solide » et enfin respecté de la part du groupe de la Droite républicaine. « Le vote est secret, mais je pense qu’il n’a pas dû manquer une voix chez nous, avance l’élu (LR) de Haute-Corse François-Xavier Ceccoli. Je ne suis pas un de ses proches, mais il faut reconnaître[au président du groupe DR] Laurent Wauquiez d’être un vrai leader. » Et donc de tenir ses troupes. Si celui qui se positionne déjà dans la course à l’Elysée en 2027 ne veut pas entendre parler d’une coalition gouvernementale avec les macronistes, il a œuvré pour favoriser la réélection de Mme Braun-Pivet.

« Une alliance contre-nature »

En échange du soutien sans faille de son groupe, M. Wauquiez a eu des exigences lors de ses discussions avec Gabriel Attal, également président du groupe EPR. Sept postes seraient dans la balance dont trois primordiaux pour la droite. Pour commencer, la première vice-présidence pour Annie Genevard (Doubs) et la questure pour Michèle Tabarot (Alpes-Maritimes), deux postes en jeu vendredi. Puis Véronique Louwagie (Orne) espère, samedi, obtenir la présidence de la commission des finances, traditionnellement dévolue à un membre de l’opposition.

Le groupe DR se voit donc dans l’opposition. Mais à qui s’oppose-t-il ? « On a reçu mandat de nos électeurs pour empêcher LFI d’accéder aux responsabilités, à commencer, par le perchoir », explique le porte-parole du groupe, Vincent Jeanbrun (Val-de-Marne). Si le leadership de Laurent Wauquiez joue un rôle dans l’unité retrouvée des anciens LR à l’Assemblée nationale, l’opposition viscérale au NFP, premier bloc de l’Hémicycle, est l’autre élément déclencheur d’une entente jamais assumée avec les macronistes. Ce jeudi, il s’agissait de prouver que l’option d’un NFP au gouvernement « n’a jamais existé et n’existera jamais », selon les mots de Pierre Cazeneuve (EPR, Hauts-de-Seine). « Est-ce que le vote de ce soir aide à la séparation du NFP ou est-ce qu’il agrège encore un peu plus ce bloc ? C’est la vraie question », se demande Florent Boudié (EPR, Gironde).

Toute la journée, la gauche a oscillé entre un optimisme relatif et un défaitisme profond. Le candidat du NFP est défait, mais avec 207 voix, la gauche n’obtient pas un résultat déshonorant. A la sortie, M. Chassaigne a dit sa « fierté d’avoir mené ce combat uni, de nous être mis d’accord sur un candidat unique du NFP », comme un soulagement d’avoir au moins réussi quelque chose, après dix jours de négociations catastrophiques pour trouver un candidat au poste de premier ministre. « Le vote des Français a été volé par une alliance contre-nature », a poursuivi le député communiste du Puy-de-Dôme. Mais la gauche ne peut pas tout à fait contester qu’entre le bloc central et LR les accointances idéologiques sont visibles depuis longtemps.

Mme Braun-Pivet, jeudi, a porté le constat d’un Hémicycle « fracturé », mais n’a avancé aucune mesure concrète pour adapter le fonctionnement de l’Assemblée nationale. Que pense-t-elle du rôle d’un Palais-Bourbon sans gouvernement ? Des contours de l’ordre du jour ? De la place de l’initiative parlementaire ? On n’en a rien su, jeudi soir, comme pendant toute sa campagne pour le perchoir, qui ne s’est pas jouée sur ces questions majeures, dans un contexte politique inédit.

Elle a préféré survoler certaines thématiques (pouvoir d’achat, déserts médicaux, écoles, services publics), livrant un discours de politique générale de premier ministre, en décalage avec sa fonction institutionnelle. Dans un mélange des genres similaire, Emmanuel Macron s’est fendu d’un message sur X dans lequel il a félicité Mme Braun-Pivet pour sa victoire et s’est positionné sur la présence du RN ou de LFI dans les instances du Palais-Bourbon. « Tous ceux qui vous connaissent savent que vous veillerez au respect de la pluralité des opinions et à l’expression de la diversité des sensibilités », a-t-il soutenu.

Enfin, toujours dans la même tonalité, le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, a lui aussi posté un message et une photo avec Yaël Braun-Pivet dans son bureau de l’hôtel de Lassay, suivi d’un « Au travail pour les Français ! ». Un cliché d’avant la dissolution : comme si, là aussi, le camp présidentiel projetait l’image intacte d’un pouvoir toujours en position de force, après deux défaites électorales en un mois.

Une convergence d’intérêt contre le NFP a permis l’élection de Mme Braun-Pivet, mais la question de la gouvernabilité du pays reste entière. « Il n’y a pas de stabilité à moyen ou à long terme uniquement avec les LR, il faut continuer à engager la discussion avec les autres groupes », avance M. Boudié. Emmanuel Macron, qui avait semblé conditionner la nomination d’un premier ministre à l’émergence d’une majorité lors de l’élection du président de l’Assemblée nationale, ne paraît, de fait, pas plus avancé.

Le Monde
France, samedi 20 juillet 2024 905 mots, p. 7
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19 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Pour la gauche, un nouvel obstacle sur la route de Matignon

Le candidat André Chassaigne a été mis en échec par l’alliance du camp présidentiel et de la droite. Une configuration qui pourrait se reproduire

Laurent Telo

Le Nouveau Front populaire (NFP) était parvenu à se rassembler derrière une candidature unique à la présidence de l’Assemblée nationale. Ce n’est pas rien, mais cela n’aura pas suffi. Ainsi, André Chassaigne, député communiste du Puy-de-Dôme depuis 2002, n’a pas été élu, jeudi 18 juillet, au terme des trois tours de scrutin. Il engrange le plein de voix de son bloc, et même un peu plus, 200, pour arriver en tête du premier tour, mais sans guère de réserves, car il se fait doubler avec 202 voix au deuxième tour, pour trébucher au troisième face à la sortante, Yaël Braun-Pivet, députée Renaissance des Yvelines, réélue présidente par 220 voix contre 207.

« Un vote volé par une alliance contre-nature »,s’est exclamé André Chassaigne après sa défaite, faisant référence au jeu d’accord gagnant entre le camp présidentiel et le groupe de la Droite républicaine pour propulser Yaël Braun-Pivet au perchoir, à rebours du résultat des élections législatives, à l’issue desquelles le NFP est arrivé en tête, mais sans majorité claire. « Ce résultat est un signal terrible pour la démocratie », s’est indignée, sur le même ton, la présidente des députés La France insoumise (LFI), Mathilde Panot.

Cette élection résonne comme l’épilogue d’une première étape décisive pour la constitution d’un prochain gouvernement. D’un prochain gouvernement de gauche ? Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Ecologistes, a estimé que « la guerre » pour Matignon n’était pas perdue et qu’elle « reprend tout de suite ».

Mais alors que le NFP démontre, jusqu’ici, son incapacité à proposer un candidat commun pour Matignon, une victoire à la présidence de l’Assemblée nationale était une condition essentielle aux yeux d’Emmanuel Macron pour lui donner, éventuellement, accès au poste de premier ministre. L’élection d’André Chassaigne aurait pu être une indication tangible de la capacité de la gauche à gouverner en rassemblant. A l’inverse, en cas de défaite, le message, même subliminal, du président de la République était clair : pas de perchoir, pas de Matignon.

« Une forme de hold-up »

Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, avait anticipé un possible revers, jeudi matin sur BFM-TV, conséquence d’ « une forme de hold-up », avec l’édification, qui se profilait déjà, d’un front « tout sauf la gauche ». Pour préserver un espoir conséquent pour la suite des événements, le député de Seine-et-Marne avait donc pris soin de décorréler l’élection à l’Assemblée nationale de la nomination à l’hôtel de Matignon : « Ce n’est pas la fin du NFP. Quoi qu’il arrive, nous revendiquons la victoire[aux élections législatives] . »

Le NFP ne voit-il pas néanmoins s’envoler ses dernières illusions pour le poste de premier ministre ? « Non, ce n’est pas fichu », assure Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis, ex-LFI, désormais membre du groupe écologiste. Quelques minutes après le vote, plusieurs responsables du NFP ont annoncé qu’ils allaient étudier tous les recours juridiques possibles, notamment devant le Conseil constitutionnel, pour faire examiner la légalité de cette élection au Palais-Bourbon : dix-sept ministres démissionnaires mais encore chargés des affaires courantes ont pris part au vote alors que treize voix séparent Yaël Braun-Pivet d’André Chassaigne. « Notre détermination n’est pas entamée », abonde Boris Vallaud, président du groupe socialiste.

« André Chassaigne a perdu à cause d’une alliance de circonstance qui ne pourra pas tenir sur la durée. Nous donnons donc rendez-vous à la rentrée,prévient Eric Coquerel, député (LFI) de Seine-Saint-Denis . Et cela m’étonnerait qu’Emmanuel Macron puisse alors obtenir une quelconque majorité pour faire voter le budget, notamment. Il n’aura donc pas d’autres solutions que de nous proposer, de nouveau, le poste de premier ministre. »

En attendant, quelles sont les conséquences immédiates pour le NFP, qui reste confronté au défi de reprendre les discussions pour désigner un prétendant à Matignon, sur fond de désaccord entre « insoumis » et socialistes ? Il faut accélérer, « proposer vite un nom pour Matignon, selon Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris. Avancer le plus vite possible pour ne plus perdre de terrain. » Et prendre de vitesse le camp présidentiel, lui aussi à la recherche d’un premier ministre idoine.

« Avancer le plus vite possible »

Las, même le mode de désignation de ce candidat de gauche unique, introuvable pour l’instant, suscite des divergences. Jeudi matin, Olivier Faure a de nouveau réclamé un vote, refusé par les « insoumis », pour que les députés du NFP tranchent entre les deux seules candidatures « sur la table » pour Matignon, selon lui : Huguette Bello, présidente du conseil régional de La Réunion, à laquelle s’oppose le PS, et Laurence Tubiana, diplomate, économiste et architecte de l’accord de Paris sur le climat, une candidature refusée par les « insoumis ».

Quelques heures avant le début du scrutin à l’Assemblée nationale, cette dernière s’est dite prête à devenir première ministre, bien décidée à « arracher » des mesures de gauche pour répondre à « l’urgence sociale », dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse. « Je ne demande rien, mais c’est le moment de l’engagement et cela me correspond » , a-t-elle précisé. Cette prise de position pourrait être l’étincelle susceptible de dégripper le laborieux processus interne du NFP. S’il n’est pas déjà trop tard.

Le Monde
France, samedi 20 juillet 2024 720 mots, p. 7

Onze groupes parlementaires, un record

Avec 193 députés, le Nouveau Front populaire constitue le premier bloc de l’Hémicycle

MA. De et R. G.-V.

Avec onze groupes parlementaires officiellement constitués depuis jeudi 18 juillet au soir, l’Assemblée nationale bat un record qui ne datait que des deux précédentes législatures (dix groupes). Le plus important, et c’est là aussi une première, est le groupe Rassemblement national (RN), qui rassemble 126 députés. C’est 38 de plus qu’avant la dissolution de l’Assemblée, le 9 juin. Marine Le Pen, députée du Pas-de-Calais, en reste la présidente. A ses côtés, le groupe d’Eric Ciotti, rallié au RN, se nomme A droite ! Avec Eric Ciotti, du nom du micro parti du député de Nice. Il compte 16 élus. En revanche, le bloc d’extrême droite, qui couvre au total 142 sièges, n’est que le troisième de l’Assemblée.

Le premier bloc est bien celui du Nouveau Front populaire (NFP), fort de 193 députés, soit 42 de plus qu’avant la dissolution. Il s’agit d’une nette progression, mais c’est surtout l’équilibre interne à la gauche qui a changé : le groupe de La France insoumise comptera 72 députés, 3 de moins que le 9 juin. Il reste présidé par Mathilde Panot.

Ce sont surtout les socialistes qui font un bond en passant de 31 à 66 députés, sans toutefois prendre la première place à gauche. Boris Vallaud, député des Landes, rempile à sa tête. La petite frustration du Parti socialiste est de ne pas avoir réussi à convaincre les trois socialistes élus en opposition à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale qui siégeaient dans le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) dans la précédente législature. Réélus sans avoir de concurrence du NFP cette année, ils n’ont pas été convaincus. Seul David Taupiac, député du Gers, ne semble pas être totalement décidé : il ne siégera plus chez LIOT, mais comme non-inscrit.

Le groupe écologiste progresse également, passant de 21 sièges à la dissolution à 38. C’est le fait de l’arrivée des « purgés » de La France insoumise (Clémentine Autain, Alexis Corbière, Danielle Simonnet, Hendrik Davi et François Ruffin), mais pas seulement. Cette arrivée provoque aussi le changement de nom du groupe en « Ecologiste et social », mais il sera toujours présidé par la députée Cyrielle Chatelain (Isère). Le groupe Gauche démocrate et républicaine passe, lui, de 22 à 17 sièges. Il souffre du recul des communistes, avec notamment les défaites de Fabien Roussel, Sébastien Jumel ou Pierre Dharréville, vu comme le dauphin d’André Chassaigne à la tête du groupe, qui finalement rempile.

Horizons s’en sort bien

L’ex-majorité se retrouve réduite à 166 députés, alors qu’elle en avait plus de 250 dans le précédent Hémicycle. Le principal groupe est celui de Renaissance qui devient Ensemble pour la république et compte 99 élus. Il est présidé par le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal. Le deuxième groupe, celui du MoDem, nommé groupe « démocrate », compte 36 élus (– 14). A sa tête, le ministre démissionnaire de l’agriculture, Marc Fesneau.

Dans cette coalition, c’est le groupe Horizons qui s’en sort le mieux : il conserve ses 31 sièges. Le parti d’Edouard Philippe peut se targuer d’être un point d’attraction dans un temps de vaches maigres pour le bloc central : deux anciennes députées Renaissance ont rejoint Horizons (Laetitia Saint-Paul, de Maine-et-Loire, et Béatrice Piron, des Yvelines), ainsi que des élus divers droite ou Les Républicains (LR) élus dans une alliance avec le camp macroniste (Thomas Lam, dans les Hauts-de-Seine, Sylvain Berrios dans le Val-de-Marne). Le Corse Laurent Marcangeli reste président.

Le groupe LR devient Droite républicaine, mais passe de 61 élus à la dissolution à 47 seulement. Il ne peut plus, seul, déposer une motion de censure : il faut cinquante-huit signatures pour le faire. Aurélien Pradié (Lot) et Raphaël Schellenberger (Haut-Rhin) ne rempilent pas et siègent en non-inscrits. Stéphane Viry (Vosges) et Jean-Pierre Bataille (Nord) partent pour le groupe LIOT.

Le groupe LIOT, justement, rassemble désormais 21 membres. Il sera présidé par Stéphane Lenormand (Saint-Pierre-et-Miquelon) après la défaite de Bertrand Pancher dans la Meuse. Ce groupe technique, rassemblant des députés aux marges de grands blocs, aura un profil un peu plus à droite que dans la précédente législature avec les défaites de Guy Bricout et Benjamin Saint-Huile (Nord).

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, samedi 20 juillet 2024 589 mots, p. AUJM5
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20 juillet 2024 - Le Parisien

Député, une affaire de famille ?

Ils sont frère et soeur ou père et fils, et ils ont choisi de s'engager dans la vie politique. Les parlementaires Tabarot, Chavent, Cazeneuve ou encore Le Fur nous racontent.

Taslime Maazouzi

Une FRATRIE connue au Parlement : Michèle et Philippe Tabarot, respectivement députée et sénateur les Républicains des Alpes-Maritimes, forment un tandem aussi soudé dans la vie qu'en politique. Ce qui présente des avantages. « On a oeuvré pour une meilleure coordination entre les deux Chambres, ce qui a très probablement manqué au sein du camp LR ces deux dernières mandatures. », confie le frère.

D'autres parlementaires sont issus de la même famille. Mais leurs opinions politiques divergent parfois. Marc Chavent vient d'être élu député de l'Ain et siège dans le groupe À droite d'Éric Ciotti, quand sa soeur Sylvie Goy-Chavent, sénatrice LR depuis 2008, appartient à celui de Bruno Retailleau... les LR opposés désormais à Éric Ciotti. Pour autant, la sénatrice n'a pas hésité à soutenir son petit frère dans un post sur X pendant la campagne des législatives. « Être soutenu par un parlementaire, c'est déjà fort. Quand, en plus, c'est un membre de sa famille, ça fait doublement plaisir », confie le député, ex-soutien d'Éric Zemmour.

Ne pas travailler sur les mêmes sujets

Leurs divergences ne gênent pas sa soeur. « Elle m'a toujours dit que j'étais libre de mes pensées. » Pour ce fervent défenseur d'une union de la droite, des désaccords avec son aînée perdurent, notamment sur des sujets sociétaux de la fin de vie ou de la PMA. Mais il rappelle qu'il a été l'assistant parlementaire de sa soeur pendant plus de quinze ans. « J'ai dû travailler sur des propositions de loi avec lesquelles je n'étais pas d'accord. J'expliquais toujours à ma soeur pourquoi j'étais contre, mais bon, ça faisait partie du contrat. »

La politique s'écrit aussi de père en fils, comme chez les Cazeneuve. Jeudi, lors de la séance inaugurale à l'Assemblée, Jean-René Cazeneuve (Gers) siégeait à côté de son fils Pierre (Hauts-de-Seine), les députés étant assis selon l'ordre alphabétique. Un moment pas forcément agréable pour les deux élus macronistes. « Vous n'imaginez pas les milliers de remarques qui fusent sur les réseaux sociaux », s'exclame le père, ingénieur de formation. Des accusations de favoritisme relayées en masse, qu'il faut combattre, car « c'est un handicap ».

Alors, à l'Assemblée, père et fils s'évitent. « On ne siège volontairement pas dans les mêmes commissions et on ne travaille pas sur les mêmes sujets », note l'ex-conseiller municipal. « Aujourd'hui, c'est moins un problème à l'Assemblée, car mon fils a été extrêmement digne de son mandat de député. »

Corentin Le Fur (Droite républicaine) vient, lui, d'être élu député à 34 ans, succédant à son père Marc, dans les Côtes-d'Armor. La détermination de ce dernier à aider les autres lors de ses 25 années de mandat lui a donné envie de suivre ses pas, dit-il. « Mon père est un député qui a marqué l'Assemblée, qu'on partage ou pas ses idées. Je me dois d'être à la hauteur. »

Pour Marc Le Fur, aucun doute, son aîné est fait pour la politique. « C'est un bon orateur, il sait se faire entendre avec force de convictions et écoute. » Et « il a fait de meilleurs résultats que moi en 2022 ». Désormais, se préoccupe-t-il, « il va devoir s'affirmer dans un nouveau contexte, qui n'est pas facile et que je n'ai pas connu ». À lui d'écrire son histoire...

Le Figaro, no. 24854
Le Figaro, samedi 20 juillet 2024 459 mots, p. 5

Politique

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19 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Législatives : Plus de 70 recours déposés auprès du Conseil constitutionnel

Thomas, Beker

C'est l'espoir de la dernière chance pour les battus. Soixante-treize recours ont été déposés sur le bureau du Conseil constitutionnel, concernant les résultats des élections législatives des 30 juin et 7 juillet dernier.

En Seine-Saint-Denis, l'ex-députée Raquel Garrido, purgée par l'état-major de La France insoumise (LFI), a saisi le Conseil constitutionnel pour contester l'élection d'Aly Diouara... investi par le Nouveau Front populaire. Le nouvel élu, « responsable du centre de ressources associatives » de la commune de Drancy, pourrait voir son élection annulée par les Sages. Et pour cause : le code électoral interdit aux « chefs de service » des communes de plus de 20 000 habitants d'exercer un mandat de député. Les Sages devront éclaircir le flou autour de cette circonscription, illustration d'une guerre intestine à gauche.

Marie-Caroline Le Pen, défaite dans la Sarthe par la députée Insoumise sortante, jette ses dernières forces dans la bataille avec le dépôt d'une contestation des résultats. «Nous avons relevé pas mal d'erreurs sur les opérations de vote, les listes d'émargement, les registres de procuration», assure-t-elle dans les colonnes du quotidien Ouest-France. Annoncée gagnante dans les prémices de la soirée électorale du second tour, elle a finalement été battue par sa rivale Insoumise avec 225 voix d'écart. La soeur de Marine Le Pen, qui n'en est pas à sa première tentative aux législatives, demande purement et simplement «l'annulation des élections».

D'autres députés déchus, tels que Grégoire de Fournas (RN), Meyer Habib (LR-RN) et Nadia Hai (Renaissance) ont également déposé un recours. Les motifs restent flous, d'autant qu'ils ont chacun reconnu leur défaite sur les réseaux sociaux.

Le Conseil constitutionnel, chargé de surveiller la régularité des élections, est le seul tribunal habilité à statuer sur ces réclamations. «On trouve vraiment de tout dans les contentieux», souligne Julien Boudon, professeur de droit constitutionnel à l'université Paris-Saclay. «Ça part souvent dans tous les sens: absence d'isoloir, pas d'enveloppes dans le bureau de vote, bulletins de certains candidats introuvables... Mais il en faut beaucoup pour que l'élection soit annulée, ça ne peut pas se faire sur la base d'un élément marginal», précise-t-il. Par ailleurs, la majorité des saisines directes sont souvent jugées irrecevables. En 2022, sept élections ont été annulées sur la petite centaine de procédures engagées.

Par ailleurs, le nombre de recours a considérablement diminué depuis sept ans. Il a été divisé par trois entre 2017 et 2022, et a chuté de 91 à 73 avec ces législatives anticipées. Pierre Esplugas, professeur de droit public à l'université Toulouse 1, évoque l'influence de cette campagne «organisée dans la précipitation», qui mécaniquement «laisse moins de temps pour contester». Les élus restent suspendus à la décision des Sages, qui, en moyenne, rendent leur décision dans un délai d'un an.

Le Monde
France, samedi 20 juillet 2024 692 mots, p. 6

Une présidente de l’Assemblée qui prend de l’épaisseur politique

Benoît Floc’h

Elle est l’un des symboles de cette génération de macronistes issue de la société civile qui a fait irruption dans la vie politique française en 2017. Sus à l’ancien monde. « Les Français ne veulent plus des professionnels de la politique qui font carrière », déclarait encore Yaël Braun-Pivet il y a deux ans. Réélue présidente de l’Assemblée nationale, jeudi 18 juillet, à 53 ans, elle s’installe pourtant dans un parcours politique qui prend de l’épaisseur.

Première femme élue au perchoir en 2022, Yaël Braun-Pivet prenait la tête d’une institution où la coalition présidentielle avait raté – déjà – la majorité absolue. Elle promettait alors de « bâtir du consensus, des compromis ». Jeudi, affirmant avoir « beaucoup innové à l’Assemblée nationale dans un contexte de majorité relative », la nouvelle élue a promis de réunir « très rapidement les groupes politiques pour inventer de nouvelles méthodes de travail. Puisque dans cette Assemblée il y a plusieurs blocs, il faut que nous trouvions d’autres modes de fonctionnement pour essayer d’aller chercher davantage le dialogue, le compromis ».

Yaël Braun-Pivet a appris le métier. Non sans mal. « Depuis que j’ai été élue en 2017, ce ne sont que des montagnes russes ! », déclarait-elle dans Le Parisien, le 26 juin 2022. Enthousiasmée par le projet d’Emmanuel Macron dès 2016, devenue députée sans crier gare l’année suivante dans la 5e circonscription des Yvelines, elle devient présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale dans la foulée.

Plusieurs vies

Elue à la surprise générale à un poste traditionnellement réservé à des parlementaires chevronnés, ses débuts sont difficiles. Ses maladresses l’exposent à un redoutable procès en incompétence. Elle se retrouve en première ligne dans l’affaire Benalla. Parce qu’elle refuse de convoquer des proches du président de la République, on l’accuse de protéger l’Elysée. Une période « intense et fondatrice », dira-t-elle. D’autres suivront : la crise des « gilets jaunes », la crise sanitaire…

Ni pratiquante ni croyante, comme elle se définit elle-même, petite-fille d’un tailleur juif polonais qui s’est installé en France pour fuir l’antisémitisme dans les années 1930, elle est dès lors la cible de menaces et d’insultes antisémites.

Mais Yaël Braun-Pivet ne se laisse pas impressionner. Cette détermination sera précieuse dans son accession au perchoir de l’Assemblée nationale. Elle tente sa chance dès 2018, mais doit s’incliner devant Richard Ferrand. En 2022, elle repart à l’assaut. Il n’y a pourtant guère plus d’un mois qu’elle a été nommée ministre des outre-mer dans le gouvernement d’Elisabeth Borne. Qu’importe, elle démissionne. Et tant pis si l’Elysée ne le voit pas d’un bon œil. Le favori est le député de la 1re circonscription des Français établis hors de France, Roland Lescure. Mais elle s’impose au sein du groupe macroniste, avant de remporter l’élection.

Yaël Braun-Pivet sait s’adapter. Avant de se lancer en politique, elle a déjà eu plusieurs vies. Issue d’un milieu modeste, elle devient avocate en 1996 et s’impose chez l’avocat pénaliste Hervé Temime (décédé en 2023). A partir de 2003, elle réside à l’étranger (Taïwan, Japon, Portugal) où son mari, cadre chez L’Oréal, est affecté.

Le couple et ses cinq enfants reviennent en France en 2014. L’ancienne avocate prend des responsabilités aux Restos du cœur, dans les Yvelines, entretenant une fibre sociale qui fait sa marque de fabrique. L’égalité des chances, la lutte contre la précarité, les nouveaux droits (comme la légalisation de l’euthanasie) sont des combats que Yaël Braun-Pivet porte toujours. Quitte à s’opposer à l’exécutif. Que ce soit à l’occasion de la réforme des retraites ; pour défendre l’idée de discuter de l’augmentation des impôts dans un contexte de dérapage du déficit public ; pour exprimer des réserves sur la réforme de l’assurance-chômage, etc.

Depuis quelques mois, certains la poussent à s’intéresser à l’élection présidentielle de 2027. « Je n’ai jamais pensé à la marche d’après », esquivait-elle dans Le Monde , il y a un an.

Le Monde
France, samedi 20 juillet 2024 2029 mots, p. 8
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18 juillet 2024 - Le Monde (site web)
19 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Enquête

Les manœuvres financières d’un député LR-RN

Alexandre Allegret-Pilot, élu du Gard, aurait tenté de profiter de la détresse d’un viticulteur de l’Ain

Vanessa Schneider et Ivanne Trippenbach

Le nouveau député d’extrême droite Alexandre Allegret-Pilot (Les Républicains, rallié au Rassemblement national), coutumier des vidéos provocatrices sur son compte Facebook, s’est amusé de l’enquête parue dans LeMonde daté du 13 juillet, révélant l’aide de 1,3 million d’euros qu’il avait accordée à une société inexistante. Haut fonctionnaire à Bercy, doté du pouvoir de signer de tels actes au nom du ministre, il avait pris un étrange arrêté en pleine campagne électorale, à l’avant-veille de son élection le 7 juillet.

Deux jours après notre publication, il paradait en vidéo, en chemise bleue sur fond de dorures : « Liquidation des stocks avant fermeture ! Je viens d’apprendre grâce au journalisme d’investigation de haut vol du “Monde” que j’étais en mesure moi tout seul(…), avec mes petits doigts et mon petit PC, d’ordonner des virements de plusieurs millions d’euros à des sociétés inconnues. »Il ajoutait, hilare : « Eh bien autant en profiter, je vais lancer une grande opération au bénéfice des Français : envoyez-moi votre RIB, mettez le montant qui vous convient et demain matin, vous aurez certainement une bonne surprise. »

M. Allegret-Pilot, député de la 5e circonscription du Gard, ne va probablement pas rire très longtemps. Depuis nos révélations, le ministère de l’économie a annulé son arrêté suspect et lancé une enquête interne pour percer le mystère des agissements de cet homme de 35 ans, en poste jusqu’au 7 juillet à la mission de « restructuration des entreprises » de Bercy. Alexandre Allegret-Pilot jure avoir agi sur ordre du pouvoir, invoquant des consignes du ministre, Bruno Le Maire, et d’Emmanuel Macron en personne. « Moi je ne suis pas docteur en droit, on m’a demandé de le faire, je le fais,insiste-t-il . Je suis loyal, j’étais fonctionnaire de Bercy, j’ai pris l’arrêté qu’on m’a demandé de prendre. »

Ces allégations sont fermement démenties par le cabinet de Bruno Le Maire, qui rappelle que la société Vitis Gallica, bénéficiaire de l’aide en question, n’existe pas. « L’entreprise, elle existe, elle va changer de nom. C’est un viticulteur de l’Ain qui va restructurer sa boîte, si ça vous intéresse, il n’y en a pas quinze mille », nous avait lancé M. Allegret-Pilot juste avant la publication du premier article, tout en refusant de dire qui se cachait derrière Vitis Gallica.

« Hommes de paille »

Il faut se rendre sur les coteaux pentus du Haut-Bugey, dans l’Ain, pour retrouver la trace de ce fameux viticulteur : Thierry Troccon, 66 ans, propriétaire du domaine du Clos de la Bierle, dans le village de Poncin, spécialisé dans le vin pétillant de cerdon. M. Troccon, issu d’une famille de vignerons remontant au XVIe siècle, a racheté ce domaine en 1987 pour en faire une entreprise prospère, écoulant 40 000 à 80 000 bouteilles les belles années. Mais, en 2015, une catastrophe le frappe : il perd 80 000 bouteilles mal bouchées. Un désastre qui le ruine. M. Troccon se place en redressement judiciaire en 2019 et installe, pour continuer son activité, deux « hommes de paille »(selon ses propres termes), « des amis », à la tête de sa société, pensant qu’ils obtiendront plus facilement des crédits que les banques lui refusent.

Ces malheurs financiers ne l’empêchent pas d’écouler son rosé pétillant. Il promeut un millésime « de noblesse » dans des bouteilles sculptées façon champagne, une « cuvée des élites » qu’il livre sur des yachts de la Côte d’Azur, dans des hôtels monégasques ou à la table de Paul Bocuse. Mais il n’obtient toujours pas les aides espérées. A la chambre d’agriculture de l’Ain, le président, Michel Joux, se souvient de ce « viticulteur qui a eu un pépin en 2019 » : « Une partie de son vin a été perdue. Il a essayé avec les assurances. Et il y a environ un an, il m’a dit qu’il attendait une rentrée d’argent. » De l’argent public promis par un jeune fonctionnaire du ministère des finances.

Le vigneron a frappé à toutes les portes, dont l’antenne départementale de la banque publique d’investissement Bpifrance. « Puisque la BPI ne se bouge pas les fesses, je vais aller à Bercy », se dit-il. Direction la capitale, où il rencontre Alexandre Allegret-Pilot dans son bureau du ministère des finances, à l’été 2023. Le trentenaire lui fait part d’un « fond de caisse » qui reste pour les entreprises fragilisées par la guerre en Ukraine. Bingo. « Il me dit : “On a un délai très court” », raconte au Mondele viticulteur, qui se sent « au bout du bout »et saisit l’opportunité de décrocher ce prêt.

Le 22 décembre 2023, Alexandre Allegret-Pilot autorise le versement de 500 000 euros au domaine du Clos de la Bierle, par un arrêté publié au Journal officiel. Mais les semaines passent, et l’argent n’arrive pas. Thierry Troccon, anxieux, s’impatiente. Il relance son interlocuteur de Bercy, lequel lui propose alors un pacte hors de tout cadre légal, présenté comme une « restructuration ». Le viticulteur en détresse explique au sujet de M. Allegret-Pilot : « Il a voulu que je cède la totalité des parts de ma société pour pouvoir bénéficier de ce prêt. »

Langage administratif

De fait,le fonctionnairelui propose de placer son domaine entre les mains d’un « ami de confiance », dénommé « M. Voravong », que le vigneron ne rencontrera jamais. Pris à la gorge, impressionné par cet énarque qui parle au nom de l’Etat,Thierry Troccon accepte : « S’il faut vraiment passer par cette solution, pourquoi pas… J’ai été hypercorrect, j’ai dit “Pas de problème, mais dites-moi comment je récupérerai mes parts après”,relate-t-il . Eh bien il n’a jamais fait le document de retour. C’est là que j’ai interrogé mon avocat et mon expert-comptable, qui m’ont dit : “Mais monsieur, ne faites pas une bêtise pareille.” »

Thierry Troccon réclame alors des garanties : un acte notarié, payé par le fameux M. Voravong, et la certitude qu’il récupérera sa société une fois le demi-million d’euros empoché. Dans un échange de SMS, auquel Le Monde a eu accès, Alexandre Allegret-Pilot accroît la pression. Le 2 mars, le fonctionnaire écrit, dans un langage administratif : « Je ne pense pas qu’une identification devant notaire pose des problèmes à M. Voravong, mais je doute qu’il souhaite prendre les frais à sa charge. Je vous rappelle l’échéance pour pouvoir avancer sur un éventuel déblocage des fonds et les négociations avec vos parties prenantes, faute de quoi nous serons contraints de clore le dossier de notre côté. »Autrement dit, Alexandre Allegret-Pilot presse M. Troccon de céder les parts de sa société s’il veut recevoir l’aide publique promise.

Le nom du haut fonctionnaire s’affiche souvent sur le téléphone du viticulteur en dehors des heures de travail, à des moments pour le moins inhabituels. Mi-mars, Alexandre Allegret-Pilot se fait plus insistant : « Bonjour M. Troccon, nous sommes le 15 mars et comme indiqué lors de notre dernière réunion, je constate qu’aucune mesure envisagée n’a été prise, malgré le mail de Mme Voravong il y a déjà plusieurs semaines. » La suite a tout d’une menace : « J’envisage de mettre un terme au dossier. »

Thierry Troccon sent alors qu’il y a « un loup », comme il le dit, « une supercherie en route », d’autant que le fameux Voravong est tantôt « une dame », tantôt un homme, selon les différents messages écrits d’Allegret-Pilot. Ce que M. Troccon ignore, c’est qu’un certain Bouasomdeth Voravong existe bien et préside, depuis Casablanca, au Maroc, une société de conseil baptisée European Alpha Capital et domiciliée… chez Michel Allegret-Pilot, le propre père d’Alexandre Allegret-Pilot, chemin des Grangettes, à Fillière, petite commune de Haute-Savoie, où le député d’extrême droite est élu municipal depuis 2020.

Selon ses statuts au registre du commerce d’Annecy, cette entreprise familiale appartenait principalement au père, et Alexandre Allegret-Pilot lui-même en a été un associé minoritaire jusqu’en 2018.L’actionnaire majoritaire est aujourd’hui un ancien militaire reconverti dans la pesée des camionsen Afrique, Maxime Mabilon-Wolpe, qui vit à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

« Silence désespérant »

Voyant que le viticulteur rechigne finalement à céder les parts de son domaine, Alexandre Allegret-Pilot se met aux abonnés absents et ne répond plus à ses messages. Désarçonné, M. Troccon multiplie les courriers tous azimuts, à Emmanuel Macron, à Bruno Le Maire – qui le renvoient vers les services de Bercy –, ou encore au ministre de l’agriculture, Marc Fesneau. Le 28 juin, il adresse une « lettre de sommation » à Bercy pour obtenir enfin le versement du prêt qui lui a été accordé en décembre 2023. Pas de réponse. Le 9 juillet, il déplore dans un nouveau courrierà la direction générale des entreprises un « silence désespérant »et promet : « Tel le roi Léonidas à la bataille des Thermopyles, nous nous battrons jusqu’au bout de nos forces. » Deux semaines plus tard, il monte à Paris pour chercher l’appui de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, la puissante FNSEA.

C’est à cette occasion,le 16 juillet, que Thierry Troccon passe la soirée avec Alexandre Allegret-Pilot. Le député fraîchement élu le dissuade de parler au Mondeet lui fait miroiter un nouveau prêt de 1,3 million d’euros grâce à l’arrêté qu’il a signé le 5 juillet au bénéfice de Vitis Gallica.Selon Allegret-Pilot, Thierry Troccon n’avait plus qu’à monter une nouvelle société à ce nom pour percevoir cette aide. Le haut fonctionnaire se garde bien alors de lui préciser que son arrêté, non conforme, a été abrogé par Bercy après les révélations du Monde.

Vitis Gallica ne figure en effet nulle part au registre du commerce, mais est référencée sur le réseau X comme un compte « patriote, vigneron, boxeur, contre l’islam et le multiculturalisme en France ». Thierry Troccon jure qu’Alexandre Allegret-Pilot a déniché ce nom, qu’il trouvait « sympa ». Mais un autre personnage, Marco Abittan, présenté comme un ami du viticulteur qu’il a rencontré à Monaco, a, semble-t-il, joué un rôle dans ce dispositif pour le moins brumeux. « Je suis rentré en contact par téléphone avec monsieur Allegret, indique au Monde M. Abittan. C’est moi qui lui ai suggéré de créer une nouvelle société, j’ai trouvé le nom Vitis Gallica car j’aime le latin. »

Silencieux pendant des semaines auprès de Thierry Troccon, Alexandre Allegret-Pilot multiplie les appels et les SMS depuis la diffusion de l’enquête du Monde,pour l’inciter à se méfier des journalistes et à s’abstenir de parler de cette affaire. « Il avait une fonction importante, et ce qu’il a fait, ça mériterait, pour être gentil, qu’on lui tire les oreilles », soupire le viticulteur, tout en mimantle geste de griffes sur la table pour signifier que l’ancien fonctionnaire devenu député a tenté de mettre la main sur son domaine viticole. « Le but de M. Troccon était de sauver son exploitation, pas de se la faire voler, relève son avocat, Me Benoît de Boysson. Il est difficile, quand ça vient d’un haut fonctionnaire, de penser que cela rentre dans un cadre pénal. »

A Bercy, une enquête interne tente de retracer le parcours chaotique de ce dossier encore riche en « zones d’ombre », d’après le cabinet de Bruno Le Maire. D’autres dossiers gérés par Alexandre Allegret-Pilot font également l’objet de vérifications. « Même en l’absence de préjudice financier, les premières investigations internes ont fait apparaître des agissements justifiant d’être portés à la connaissance du procureur de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, annonce au Mondele ministère de l’économie et des finances.  Il n’appartient pas aux services du ministère d’effectuer avec certitude la qualification pénale des faits et le parquet décidera des suites à donner à cette saisine. » Sollicité, Alexandre Allegret-Pilot n’a pas répondu à nos questions. Le viticulteur, harassé par des années de démarche, espère encore obtenir un prêt pour sortir du gouffre.

Le Figaro, no. 24854
Le Figaro, samedi 20 juillet 2024 1231 mots, p. 4

Politique

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19 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Vives tensions et bourrage d'urnes à l'Assemblée pour élire les postes clés

Au terme d'une journée complètement folle, deux Insoumises, deux macronistes et deux députés LR ont été élus vice-présidents de l'Assemblée. Le Rassemblement national, qui ne bénéficie d'aucun poste, dénonce un « déni de démocratie » .

Bordas, Wally

Vous êtes des marchands de tapis!» La tension est à son comble dans cette petite salle du Palais Bourbon. Presque collés les uns aux autres autour d'une table, dans une promiscuité déplaisante au vu de leurs différends politiques, les onze présidents de groupe s'affrontent depuis maintenant plusieurs minutes, ce vendredi matin. Objectif : tenter de s'entendre pour la répartition des postes clés de l'Assemblée nationale, au lendemain de la réélection de Yaël Braun- Pivet au perchoir, devant le communiste André Chassaigne. La tradition veut que dans un système de points officiellement établi par le règlement de l'institution, les groupes se répartissent les différents postes clés à la proportionnelle en fonction de leur poids politique.

Sauf que ce vendredi, les présidents de groupe ne parviennent pas à s'entendre. Pire, ils s'invectivent vertement au lendemain de la victoire surprise de la macroniste Yaël Braun-Pivet grâce à une alliance nouée avec la droite. Parmi les présents, le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, l'Insoumise Mathilde Panot, le communiste André Chassaigne, le patron de la Droite républicaine, Laurent Wauquiez, ou encore la présidente du groupe RN, Marine Le Pen. L'ambiance est électrique.

Les patrons du Nouveau Front populaire sont très remontés. Ils estiment s'être fait voler la présidence de l'Assemblée, qui, selon eux, aurait dû revenir au communiste André Chassaigne. Ce dernier est en colère. Et le fait savoir. «Vous vous êtes comportés avec des méthodes de chiffonniers, vous avez craché sur la République», s'emporte-t-il avec sa verve habituelle, notamment à l'adresse de Gabriel Attal et de Laurent Wauquiez. Autour de lui, certains s'agacent. «Tu devrais te reprendre, ce que tu dis n'est pas digne», lui répond notamment le patron du groupe Horizons, Laurent Marcangeli. Passablement agacé, Laurent Wauquiez lui lance : «Et toi, tu te comportes comme un marchand de bestiaux.» Avant d'expliquer : «Il n'y a pas d'accords secrets ou de combines de coulisses. Nous avons juste convenu qu'il était hors de question de laisser nos institutions à l'extrême gauche!»

«Laurent Wauquiez a été odieux, particulièrement dur avec André Chassaigne», juge un présent, marqué par la violence des échanges. «Tout le monde s'est tiré dessus à balles réelles», poursuit un autre président de groupe. «J'ai l'impression que la gauche a mis deux semaines à comprendre qu'elle n'avait pas gagné les élections. Elle l'a finalement compris hier et le vit mal. Mais ce n'est pas une raison pour devenir insultant», tempête Laurent Marcangeli.

Au coeur des discussions, la volonté de la gauche de priver le Rassemblement national de postes clés. Des responsabilités qui leur avaient pourtant été confiées depuis 2022, Sébastien Chenu et Hélène Laporte ayant présidé pendant deux ans les débats dans l'Hémicycle. «Nous devons absolument appliquer le système à points, mais exclure le RN», plaide en substance l'Insoumise Mathilde Panot. «Si vous ne voulez pas que le RN ait de poste clé, alors nous ne pouvons pas trouver de solution pour appliquer le système de points», répond alors Gabriel Attal.

Marine Le Pen, elle, fait savoir sa désapprobation quant aux propos tenus par la gauche. Et quant aux manoeuvres du camp présidentiel et de la droite. «Depuis le début, nous plaidons pour que le système à points soit respecté. Ainsi, nous demandons que nos deux vice-présidents soient reconduits, un poste de questeur et deux secrétaires», fait-elle savoir. Avant de reprendre : «Nous n'accepterons pas les miettes. Nous voulons avoir ce que nous représentons, ou rien.»

La réunion se termine, comme prévu, sans accord entre les partis. Il va donc falloir aller au vote pour départager tous les candidats. Dans les couloirs du Palais Bourbon, le pessimisme s'empare des députés de gauche. «Depuis hier, je n'ai plus aucun espoir. On s'est pris un grand coup sur la carafe», avoue un cadre du Nouveau Front populaire. Avant de reprendre : «J'avais gardé le secret espoir que Braun-Pivet ne soit pas réélue... Maintenant, ils vont faire comme s'il ne s'était rien passé? Ça fait chier!»

À 15 heures, la séance pour l'élection des vice-présidents commence. Huit candidats sont en lice, pour six postes : les Insoumises Clémence Guetté et Nadège Abomangoli, la philippiste Naïma Moutchou, le macroniste Roland Lescure, les députés RN Sébastien Chenu et Hélène Laporte et les élus LR Xavier Breton et Annie Genevard. Le «deal» conclut entre macronistes et députés de droite voudrait que les deux députés LR soient élus. Le RN, lui, pourrait perdre ses deux postes, privé des voix de la gauche et de certains macronistes.

Selon nos informations, en début d'après-midi, dans les couloirs du Palais Bourbon, une discussion s'engage entre Laurent Wauquiez et Marine Le Pen. Ce dernier lui propose que ses députés fassent «ce qu'il faut» pour que le RN obtienne au moins une vice-présidence. Refus tout net de l'intéressée, qui s'en tient donc à sa ligne tenue un peu plus tôt en réunion des présidents. Tout ou rien. «Pendant ce temps, le RN annonçait sur Twitter que ses députés voteraient pour les candidats Insoumis. Tout ça pour alimenter leur posture de victime, qui leur va très bien», tance un élu LR. Avant de reprendre : «Sauf que son plan ne fonctionnera pas. Elle va faire élire deux Insoumises au perchoir et les députés LR vont hurler à la connivence du RN avec l'extrême gauche.»

Contrairement à jeudi, c'est dans les salons attenant à l'Hémicycle que le vote, à bulletins secrets, a lieu. Les députés défilent les uns après les autres et déposent dans l'urne les noms des différents candidats qu'ils souhaitent voir devenir vice-présidents. Une élection en trois tours si six des candidats ne sont pas élus à la majorité absolue des suffrages lors des deux premiers. En fin d'après-midi, l'heure des résultats du premier tour approche, quand, soudain, une rumeur se propage dans les couloirs : des irrégularités auraient été découvertes lors du dépouillement du scrutin.

La présidente de l'Assemblée va constater le litige auprès des scrutateurs désignés pour veiller au bon déroulement de l'élection. Et se présente, quelques minutes plus tard, au perchoir, pour confirmer l'information. «À l'issue du dépouillement est apparu que dix enveloppes en trop avaient été déposées dans les urnes. Nous allons devoir refaire le scrutin dans la mesure où les résultats aboutissaient à de trop faibles écarts», annonce Yaël Braun-Pivet sous les cris indignés des parlementaires de tous rangs. «Du jamais vu au Palais Bourbon», commente, ébahi un fonctionnaire de l'Assemblée. «Hier un député LFI qui tentait d'impressionner physiquement un élu RN dans l'Hémicycle, aujourd'hui un bourrage d'urnes. Cette législature s'annonce difficile et pleine de tensions», lâche un député LR, «dégoûté» par «le spectacle désastreux» donné aux Français.

Quelques heures plus tard, le verdict tombe finalement : la philippiste Naïma Moutchou, les Insoumises Clémence Guetté et Nadèle Abomangoli, le macroniste Roland Lescure et les députés LR Annie Genevard et Xavier Breton sont élus vice-présidents de l'Assemblée. Et contrairement à 2022, le RN est donc privé de poste-clé à l'Assemblée. Un « mépris total de la démocratie qui laissera des traces », fustige, salle des Quatre Colonnes, le député RN Thomas Ménagé. Amer, son collègue Laurent Jacobelli anticipe, sarcastique : « J'espère qu'on ne nous interdira pas aussi le droit de déposer des projets de loi. Au point où on en est, tout est envisageable ». W B

Le Figaro, no. 24854
Le Figaro, samedi 20 juillet 2024 643 mots, p. 5

Politique

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19 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Pour nommer un premier minis tre, Emmanuel Macron donne rendez-vous après les Jeux olym piques

Hausalter, Louis

Jeudi soir, après la réélection très serrée de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l'Assemblée nationale, les ministres démissionnaires se sont retrouvés tardivement dans le vaste jardin de Matignon pour un dîner de fin d'année. Pour leurs adieux à Gabriel Attal, ils ont offert à l'hôte des lieux une affiche stylisée de la saga Star Wars ainsi qu'un sabre laser. Le plus jeune premier ministre de la Ve République, en passe de devenir aussi le plus éphémère, est un fan de la Guerre des étoiles. Même si la sienne a vite pâli, sous le coup de la dissolution décidée par Emmanuel Macron.

Gabriel Attal a vite rebondi, en prenant la tête de l'ex-groupe Renaissance pour écrire désormais sa vie politique à l'Assemblée nationale. Il a déjà déclaré qu'il ne serait pas le prochain premier ministre. Mais combien de temps lui et ses subordonnés devront-ils gérer les « affaires courantes » en attendant un prochain gouvernement ? La Constitution donne à Emmanuel Macron la main sur le calendrier. Au soir du second tour des élections législatives, le chef de l'État avait indiqué qu'il attendrait « la structuration de la nouvelle Assemblée nationale pour prendre les décisions nécessaires ». La réélection de Yaël Braun-Pivet lui a retiré une première inquiétude : celle que les partis du Nouveau Front populaire s'emparent du perchoir. « Il y a une clarification: ils sont dans l'opposition et nous sommes dans la majorité » , note le secrétaire d'État à la Mer Hervé Berville, réélu député des Côtes-d'Armor.

« Majorité de projet »

Aux yeux d'Emmanuel Macron qui, depuis longtemps, regarde plus volontiers vers la droite que vers la gauche, l'arrangement trouvé entre le groupe de Gabriel Attal et celui de Laurent Wauquiez pour se répartir certains postes clés du Palais Bourbon dessine le point de départ d'une future coalition. Le ministre délégué à la Santé Frédéric Valletoux, réélu député Horizons de Seine-et-Marne, abonde : « Il faut commencer à discuter de majorité de projet ou de pacte législatif. On appelle cela comme on veut, l'important, c'est le fond. »

Quelle durée pour les tractations à venir ? Dans sa « lettre aux Français » publiée après les législatives, le chef de l'État disait se laisser « un peu de temps » pour nommer un premier ministre. Mais dans le communiqué qui a acté mardi la démission du gouvernement Attal, l'Élysée souhaitait que « cette période s'achève le plus rapidement possible »... « La vérité se situe entre les deux » , dit-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron. L'intention du président est de laisser passer les JO de Paris, qui gèleront la vie politique, d'autant que la nouvelle Assemblée ne devrait pas siéger. L'un de ses proches identifie une fenêtre de tir entre la fin des Jeux olympiques et le début des Paralympiques, c'est-à-dire dans la deuxième quinzaine d'août. « Ça ne va pas se décanter avant septembre » , parie de son côté un ministre.

En attendant, Emmanuel Macron cherche à renouer avec ses troupes « des liens qui se sont distendus » , comme il l'a admis lors d'un déjeuner avec une douzaine de députés de son camp, reçus mardi à l'Élysée. Un exercice répété le lendemain avec un autre groupe, longuement, puisque les convives sont sortis de table après 16 heures... Et qu'il rééditera peut-être la semaine prochaine. « Il veut que chacun comprenne que s'il y a un point de repère qui restera fixe dans les deux ou trois années qui viennent, c'est lui » , en retient un participant.

Dans l'immédiat, Gabriel Attal compte dégainer de son côté dès le début de semaine prochaine un document de propositions, en écho au « pacte législatif » mis sur la table par Laurent Wauquiez. En recevant son affiche de Star Wars jeudi, le futur ex-premier ministre a filé la métaphore devant l'assistance : « Il y a plusieurs épisodes, on va continuer! » Sachant que les scénaristes sont nombreux à se bousculer pour imaginer la suite. L.H.

Libération
samedi 20 juillet 2024 1032 mots, p. 1,10,11

france

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19 juillet 2024 - Libération (site web)

Gouvernement Macron pas pressé de trancher

Jean-Baptiste Daoulas ; Laure Equy

france

pages 10-11 Assemblée nationale Après l'élection de la présidence, Macron avance avec prudence Pas pressé de prendre une initiative, le chef de l'Etat observe la décantation du bouillon parlementaire, misant sur les divisions de la gauche et un rapprochement avec la droite. L'incertitude pourrait durer jusqu'à la rentrée.

A quoi ressemble un dirigeant en état de grâce ? Emmanuel Macron a passé la journée de jeudi à Blenheim, près d'Oxford, auprès du nouveau Premier ministre britannique. Fort d'une majorité absolue à la Chambre des communes, Keir Starmer marche sur l'eau parmi la quarantaine de dirigeants réunis au sommet de la Communauté politique européenne. Canard boiteux après sa dissolution ratée, Macron est suspendu à l'interminable élection à la présidence de l'Assemblée nationale. Depuis Paris, ses proches le bombardent de messages durant son dîner avec Starmer : Yaël Braun-Pivet l'a emporté de treize voix sur le communiste André Chassaigne. Le chef de l'Etat publie à l'issue du rendez-vous un tweet pour la féliciter et appeler à la «responsabilité républicaine». Depuis les législatives perdues du 7 juillet, il refusait de nommer un Premier ministre, malgré la majorité relative du Nouveau Front populaire. Seule l'élection du perchoir permettrait, selon son entourage, de connaître le «barycentre» de l'Assemblée et donc la physionomie de la future «coalition des modérés» que réclame l'Elysée. Braun-Pivet réélue, l'ex-majorité s'est réjouie d'une clarification qui, selon elle, disqualifierait le NFP pour Matignon. «Celui qui refuse de négocier se prive de la possibilité de gouverner», sermonne la ministre déléguée à l'Agriculture, Agnès Pannier-Runacher. Pas de quoi pavoiser pour autant. Le camp Macron sait que les 47 voix de droite du groupe de Laurent Wauquiez ont été achetées en échange de promesses massives de postes à l'Assemblée, sans le hisser au-dessus de la majorité absolue. «Cela nous permet d'être plus nombreux que le NFP mais n'apporte en aucune manière de la stabilité pour les trois prochaines années», reconnaît le député Ensemble pour la République (EPR, nouveau nom du groupe macroniste) Jean-René Cazeneuve.

Nouvelle cartographie Macron, lui, ne semble pas pressé de prendre une initiative. L'Elysée invite à attendre la fin de la distribution des postes à l'Assemblée, avec l'élection des présidents de commissions ce samedi. Alors que le gouvernement d'Attal gère les affaires courantes depuis mardi, le Président ne compte pas nommer son successeur dans l'immédiat, pas plus qu'il ne souhaite inviter des chefs de partis à l'Elysée pour les consulter. «Il est dans un changement de posture depuis la dissolution. On est arrivé au bout d'un modèle qui, depuis sept ans, consiste à présider, gouverner, dérouler», assure un proche qui décrit la nouvelle cartographie du pouvoir : «Le Président préside, le Parlement parlemente. On lui laisse la main.» Sans en avoir l'air, Macron garde un oeil attentif sur l'ébauche de coalition rêvée par son camp. Officiellement, c'est Gabriel Attal, président du groupe EPR, qui est chargé des manoeuvres d'approches à droite (surtout) et à gauche (un peu). Mais en Conseil des ministres, mardi, c'est le Président qui a fixé les «axes programmatiques» de l'hypothétique «pacte législatif» : «préservation des acquis économiques», «réponse régalienne forte» et «justice sociale». En parallèle, l'Elysée ne se lasse pas de scruter les signes d'implosion du Nouveau Front populaire. La photo officielle du groupe LFI, Jean-Luc Mélenchon au premier rang, jeudi, dans la cour d'honneur du Palais-Bourbon, a fait le bonheur des proches du Président. Les mêmes qualifient de «signaux faibles» les regrets de socialistes sur le «gâchis» de la bataille du perchoir. La sénatrice Laurence Rossignol a noté vendredi sur LCI que l'inflexibilité n'a jamais aidé à «constituer des majorités». Un conseiller se frotte les mains : «Ça commence à travailler sur le côté “Mélenchon est en train de nous buter”. Il faut que les sociaux-démocrates en tirent les leçons et viennent discuter avec les gentils macronistes que nous sommes !» «Marque au fer rouge» Toujours un orteil dans la tambouille, Macron tente de se rabibocher avec ses députés, qui gardent la dissolution en travers de la gorge. Dès le 8 juillet, son conseiller politique, Grégoire Potton, laissait entendre aux parlementaires que le Président comptait les recevoir en petit groupe. Mardi et mercredi, deux «déjeuners d'écoute et de réconciliation» se sont étirés dans le salon des Ambassadeurs et sur la terrasse de l'Elysée. Ni les conseillers ni le secrétaire général, Alexis Kohler, ne sont autour de la table. Juste le chef de l'Etat et une douzaine de députés EPR encouragés à vider leur sac. «Est-ce que cette marque au fer rouge de la dissolution, qui a déteint sur nous, va s'estomper dans les mois qui viennent ?» l'interroge cruellement un participant. Certains l'ont trouvé «lucide» sur l'inquiétude qu'a suscitée sa décision de renvoyer le pays aux urnes. D'autres, plus remontés, se sont étonnés de l'entendre affirmer «nous avons trois ans pour reconstruire», comme si la défaite restait dure à admettre. «Pour la pre- mière fois, je l'ai entendu dire qu'il y avait un problème relationnel entre lui et nous, note un invité. Le Président veut renouer un lien de séduction. C'est une façon, sinon de reprendre la main, du moins de retrouver son rôle de chef historique d'une famille politique en train de se diviser.» Et de ne pas laisser le populaire Gabriel Attal le supplanter dans le coeur des parlementaires. Macron, qui a pesé pour installer une direction collégiale à la tête du groupe, avec Darmanin et Borne, n'a pas obtenu gain de cause. «Il a tenté un putsch et s'est fait bananer», cingle un député EPR.

Contraint de cohabiter avec son gouvernement démissionnaire, le Président a laissé entendre que la situation pourrait rester figée jusqu'à la fin des Jeux paralympiques, le 8 septembre. Si la gauche ne parvient pas à s'entendre sur un nom et à lui imposer ou si le rapprochement entre le bloc central et la droite capote, il devra se résoudre à tenter une autre voie. Pourquoi pas un «gouvernement de personnalités», technique et sans couleur politique, imaginent certains macronistes ? «Il décide quand il veut, il a de l'oxygène plein les poumons, s'emballe un de ses interlocuteurs réguliers. Il peut très bien attendre la rentrée, c'est original, mais le temps joue pour lui.» Comme si le mythe du maître des horloges n'était pas écorné.•

Le Figaro, no. 24854
Le Figaro, samedi 20 juillet 2024 643 mots, p. 5

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Pour nommer un premier minis tre, Emmanuel Macron donne rendez-vous après les Jeux olym piques

Hausalter, Louis

Jeudi soir, après la réélection très serrée de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l'Assemblée nationale, les ministres démissionnaires se sont retrouvés tardivement dans le vaste jardin de Matignon pour un dîner de fin d'année. Pour leurs adieux à Gabriel Attal, ils ont offert à l'hôte des lieux une affiche stylisée de la saga Star Wars ainsi qu'un sabre laser. Le plus jeune premier ministre de la Ve République, en passe de devenir aussi le plus éphémère, est un fan de la Guerre des étoiles. Même si la sienne a vite pâli, sous le coup de la dissolution décidée par Emmanuel Macron.

Gabriel Attal a vite rebondi, en prenant la tête de l'ex-groupe Renaissance pour écrire désormais sa vie politique à l'Assemblée nationale. Il a déjà déclaré qu'il ne serait pas le prochain premier ministre. Mais combien de temps lui et ses subordonnés devront-ils gérer les « affaires courantes » en attendant un prochain gouvernement ? La Constitution donne à Emmanuel Macron la main sur le calendrier. Au soir du second tour des élections législatives, le chef de l'État avait indiqué qu'il attendrait « la structuration de la nouvelle Assemblée nationale pour prendre les décisions nécessaires ». La réélection de Yaël Braun-Pivet lui a retiré une première inquiétude : celle que les partis du Nouveau Front populaire s'emparent du perchoir. « Il y a une clarification: ils sont dans l'opposition et nous sommes dans la majorité » , note le secrétaire d'État à la Mer Hervé Berville, réélu député des Côtes-d'Armor.

« Majorité de projet »

Aux yeux d'Emmanuel Macron qui, depuis longtemps, regarde plus volontiers vers la droite que vers la gauche, l'arrangement trouvé entre le groupe de Gabriel Attal et celui de Laurent Wauquiez pour se répartir certains postes clés du Palais Bourbon dessine le point de départ d'une future coalition. Le ministre délégué à la Santé Frédéric Valletoux, réélu député Horizons de Seine-et-Marne, abonde : « Il faut commencer à discuter de majorité de projet ou de pacte législatif. On appelle cela comme on veut, l'important, c'est le fond. »

Quelle durée pour les tractations à venir ? Dans sa « lettre aux Français » publiée après les législatives, le chef de l'État disait se laisser « un peu de temps » pour nommer un premier ministre. Mais dans le communiqué qui a acté mardi la démission du gouvernement Attal, l'Élysée souhaitait que « cette période s'achève le plus rapidement possible »... « La vérité se situe entre les deux » , dit-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron. L'intention du président est de laisser passer les JO de Paris, qui gèleront la vie politique, d'autant que la nouvelle Assemblée ne devrait pas siéger. L'un de ses proches identifie une fenêtre de tir entre la fin des Jeux olympiques et le début des Paralympiques, c'est-à-dire dans la deuxième quinzaine d'août. « Ça ne va pas se décanter avant septembre » , parie de son côté un ministre.

En attendant, Emmanuel Macron cherche à renouer avec ses troupes « des liens qui se sont distendus » , comme il l'a admis lors d'un déjeuner avec une douzaine de députés de son camp, reçus mardi à l'Élysée. Un exercice répété le lendemain avec un autre groupe, longuement, puisque les convives sont sortis de tables après 16 heures... Et qu'il rééditera peut-être la semaine prochaine. « Il veut que chacun comprenne que s'il y a un point de repère qui restera fixe dans les deux ou trois années qui viennent, c'est lui » , en retient un participant.

Dans l'immédiat, Gabriel Attal compte dégainer de son côté dès le début de semaine prochaine un document de propositions, en écho au « pacte législatif » mis sur la table par Laurent Wauquiez. En recevant son affiche de Star Wars jeudi, le futur ex-premier ministre a filé la métaphore devant l'assistance : « Il y a plusieurs épisodes, on va continuer! » Sachant que les scénaristes sont nombreux à se bousculer pour imaginer la suite. L.H.

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_Politique, samedi 20 juillet 2024 723 mots, p. AUJM4
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20 juillet 2024 - Le Parisien

Premières étincelles à l'Assemblée

Après la réélection de Yaël Braun-Pivet au perchoir, les autres postes clés ont été soumis au vote ce vendredi, faute d'accord entre les présidents de groupe. Une deuxième journée... électrique.

Alexandre Sulzer avec Olivier Beaumont

Au lendemain de la réélection de Yaël Braun-Pivet au perchoir, les présidents des groupes se sont réunis ce vendredi matin à 10 heures pour voir si un accord était possible entre eux. Au menu des discussions : la répartition des postes au sein du bureau de l'Assemblée nationale (six postes de vice-présidents, trois de questeurs et douze de secrétaires), alors que la gauche dénonce un « déni démocratique » et le maintien à la présidence de la députée des Yvelines « après trois défaites successives aux européennes et législatives ».

Un rendez-vous d'une heure très électrique pour cette première confrontation entre Gabriel Attal et ses opposants, entre Laurent Wauquiez (Droite républicaine) et son ancien ami Éric Ciotti (À droite), entre les représentants du Nouveau Front populaire (NFP) qui revendique d'être majoritaire et le Rassemblement national (RN).

Très vite, Laurent Wauquiez trouve qu'Éric Ciotti avait le « regard fuyant » lors de la réunion. Le camp Ciotti l'accuse de faire « assaut d'amabilités » avec Yaël Braun-Pivet et de « devenir la bouée de sauvetage d'un pouvoir à la dérive discrédité comme jamais ». « Ici, c'est un espace de dialogue républicain où tout le monde se respecte », avait avancé Yaël Braun-Pivet lors d'une courte introduction. Rapidement, pourtant, l'agacement se fait sentir. Car, faute de consensus pour répartir les postes selon la taille de chaque groupe dans l'hémicycle, il faudra en passer par un vote. Première à parler, Marine Le Pen prévient qu'elle n'entend pas se contenter « des miettes que l'on laisse en bout de table », mais revendique les postes « qui lui reviennent » en fonction du poids de son groupe, à savoir, selon elle, deux vice-présidences et un poste de questeur, au moins.

Dix bulletins en trop

Mathilde Panot (LFI) dénonce quant à elle « l'accord secret » entre la macronie et LR pour le perchoir, qualifié de « scandaleux ». Laurent Wauquiez parle d'une « position totalement assumée au grand jour », car la droite ne « voulait pas l'extrême gauche à la tête de l'Assemblée nationale ». Le communiste André Chassaigne, la veille encore candidat du NFP pour le perchoir, en lice aux trois tours, dénonce des « méthodes de chiffonniers », un « déshonneur ». « Tu évoques les chiffonniers, mais tu te comportes comme un négociant de bestiaux ! », réplique Laurent Wauquiez, allusion à la prétention de la gauche à faire respecter la représentativité des sensibilités... tout en excluant le RN.

Résultat : les députés doivent élire dans la foulée leurs vice-présidents, questeurs et secrétaires. Avec une inconnue : quel sort sera réservé au RN, premier groupe de l'hémicycle avec 126 députés ? « Officiellement, Renaissance ne veut pas que le RN ait de postes, mais tout le monde n'est pas sur la même ligne au sein du groupe, et le MoDem, Horizons et LR sont contre l'ostracisation du RN. Et comme c'est à bulletins secrets... », résume un cadre de l'Assemblée. Pour chacun des postes, il faut obtenir soit la majorité absolue aux deux premiers tours, soit la majorité relative au troisième. « Ça va durer jusqu'à 3 heures du matin... », soupire un bon connaisseur de la machine.

Dans l'après-midi, Laurent Wauquiez appelle Marine Le Pen, selon nos informations, pour permettre au RN d'avoir une vice-présidence sur les six. Refus de la présidente de groupe, favorisant de fait l'élection de deux vice-présidentes LFI. De quoi faire monter la température à l'Assemblée, alors que le premier tour de scrutin a été annulé... en raison de 10 bulletins en trop ! Naïma Moutchou (Horizons), Clémence Guetté et Nadège Abomangoli (LFI-NFP), Xavier Breton et Annie Genevard (Droite Républicaine) et Roland Lescure (Ensemble pour la République) seront élus vice-présidents dans la soirée.

Du côté du groupe présidé par Gabriel Attal, l'ambiance reste à couteaux tirés. Lors des élections internes de mi-journée - pour choisir les représentants pour les postes clés -, Aurore Bergé et Sylvain Maillard, ex-présidents de groupe, ont été balayés. « C'est écoeurant. Il y a eu des pressions », charge un parlementaire, accusant les équipes du Premier ministre démissionnaire d'avoir voulu placer certains fidèles et « dégager des personnalités qui sont proches de Darmanin ou Braun-Pivet ». « Cet épisode va laisser des traces », juge un autre, misant sur une explosion du groupe à la rentrée...

Le Monde
samedi 20 juillet 2024 527 mots, p. 24

Législatives : gare au déni de défaite

La réélection de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée nationale, jeudi 18 juillet, donne une étrange coloration à la législature qui s’est ouverte, dans la foulée de la dissolution prononcée, le 9 juin, par le président de la République : au lieu du changement attendu, la continuité prévaut alors que le camp présidentiel a été lourdement défait lors des élections législatives des 30 juin et 7 juillet.

Sans parvenir à rassembler l’intégralité de son camp au premier tour, la députée des Yvelines a remporté l’élection au troisième tour, en devançant de seulement 13 voix le candidat du Nouveau Front populaire (NFP), le communiste André Chassaigne, et de 79 voix celui du Rassemblement national, Sébastien Chenu.

Incontestable sur le plan des règles parlementaires, la réélection de celle qui occupait le perchoir depuis 2022, sans être pour autant considérée comme un appui inconditionnel du chef de l’Etat, a aussitôt déclenché une tempête politique sur les bancs de la gauche. Arrivés en tête du second tour des élections législatives, les représentants du NFP ont estimé que la victoire leur avait été volée et mis en cause « les combinaisons », voire, selon La France insoumise, « les magouilles », qui auraient abouti au résultat décrié.

Ce qui s’est produit découle de la réalité de la situation politique : pour pouvoir pousser l’avantage qu’elle avait acquis dans les urnes à la faveur du front républicain, la gauche devait rassembler largement au-delà de son camp, faute de disposer de la majorité absolue. En dépit de l’estime dont il bénéficie, André Chassaigne n’y est pas parvenu, contrairement à Yaël Braun-Pivet, qui a recherché les voix des Républicains et en a bénéficié, moyennant un accord sur la répartition des postes à l’Assemblée nationale.

Cette logique de compromis se referme comme un piège sur la gauche car sa composante la plus radicale y est farouchement hostile. Incapables de s’accorder rapidement sur le nom d’un candidat pour Matignon, les « insoumis », les socialistes, les écologistes et les communistes ont essuyé, jeudi 18 juillet, un lourd revers collectif.

Celui-ci est d’autant plus difficile à admettre que le camp présidentiel se comporte depuis le 7 juillet comme s’il faisait un déni de défaite : non seulement Emmanuel Macron n’a pas explicitement acté qu’il avait perdu plus de quatre-vingts députés dans la nouvelle Assemblée, mais sa présidente est reconduite et le gouvernement Attal est toujours en place, certes démissionnaire mais chargé de gérer les affaires courantes pour une durée indéterminée. La donne politique a beau être éminemment complexe, Emmanuel Macron prend un sérieux risque à laisser traîner les choses car une partie des électeurs, en quête de changement, peut légitimement se sentir flouée.

Consciente de la charge de violence perceptible dans l’Hémicycle lors de la divulgation des résultats, Yaël Braun-Pivet s’est donné pour mission d’ « innover » pour tenter de faire émerger des compromis en prenant à témoin les attentes des Français. La nouvelle élue ne peut cependant ignorer que la symbolique qui se dégage de son élection est une partie du problème : au lieu de créer du lien, elle a crispé.

Le Monde
samedi 20 juillet 2024 79 mots, p. 1

Yaël Braun-Pivet réélue présidente de l’Assemblée grâce à l’appui de la droite

- La députée Renaissance l’a remporté au 3e tour, avec treize voix d’avance sur le candidat de gauche

- Comme en 2022, elle a appelé à de « nouvelles méthodes »

- André Chassaigne, choisi par le NFP, a été défait par l’alliance du camp présidentiel et de la droite

- Cette configuration pourrait se reproduire pour le poste de premier ministre

Le Figaro, no. 24854
Le Figaro, samedi 20 juillet 2024 740 mots, p. 5

Politique

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19 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Malgré sa défaite au perchoir, la gauche s'accroche à Matignon

Flurin, Richard

C'était le premier test grandeur nature dans une Assemblée nationale morcelée comme jamais, sans aucune majorité nette, contrainte aux pactes et aux alliances. L'élection du président de la Chambre basse s'est soldée, au terme d'un long suspens, par un échec sans appel pour la gauche. Le député communiste André Chassaigne, candidat unique du Nouveau Front populaire (NFP), n'a pas recueilli la majorité des voix au troisième tour. C'est la présidente sortante Yaël Braun-Pivet, membre du groupe macroniste Ensemble pour la République, qui l'a finalement emporté grâce au soutien de la droite.

Les quatre composantes du NFP réunies disposent pourtant du contingent le plus important de l'Hémicycle - 193 sièges. Mais cela ne suffit pas pour plier le match. Il faut être capable de rassembler au-delà des frontières étroites de son camp. Ce qu'ont réussi les groupes centristes - 166 sièges à eux trois. Alors qu'il ne restait plus que trois candidats, André Chassaigne a obtenu 207 voix, contre 220 pour Yaël Braun-Pivet et 141 pour Sébastien Chenu, vice-président du Rassemblement national.

Jean-Luc Mélenchon s'est empressé de remettre en cause le résultat de cette élection. Il juge «illicite» le vote des ministres démissionnaires au regard du principe de séparation des pouvoirs, même si aucune disposition légale ne les empêche en droit de siéger dans l'Hémicycle. Le fondateur de La France insoumise a vu dans ce scrutin «le nouveau coup de force d'une clique prête à tout pour garder tous les pouvoirs». André Chassaigne a dénoncé, quant à lui, un «vote volé», et des personnalités de gauche ont prévenu qu'elles déposeraient des recours devant le Conseil constitutionnel (qui n'ont aucune chance d'aboutir). Signe de l'amertume qui s'est emparée de la gauche.

L'écologiste Marine Tondelier, veste vert pomme vissée sur les épaules, a, elle, reconnu la défaite sur le plateau de BFMTV jeudi soir. «Je fais la démonstration aux macronistes que, quand on a perdu, c'est très facile de le reconnaître. Ils auraient très bien pu le faire le soir du second tour des législatives», a-t-elle déclaré, retournant cet échec contre le camp présidentiel, ragaillardi. La chef de parti s'est attachée à relativiser la portée de l'élection au perchoir. «Nous avons perdu une bataille, mais pas la guerre. Tout continue pour Matignon», répète- t-elle sur les plateaux de télévision, insistant sur le fait que la présidence de l'Assemblée nationale et la primature constituent «deux matchs différents».

Reste que le NFP s'est montré incapable de bâtir une majorité, même relative, jeudi soir. Pire, il s'est vu opposer un solide front contre lui, alliant la droite et le centre, pour l'empêcher de gouverner. Preuve par les faits que les menaces de censure qui ont été agitées par les oppositions à la gauche peuvent être mises à exécution et renverser un hypothétique gouvernement NFP sur-le-champ. On est loin de la «majorité solide» posée comme préalable à la nomination du futur premier ministre par le président de la République, seul habilité à le faire.

« Quel gâchis »

Sans compter que les quatre partis de gauche ne parviennent toujours pas à s'accorder sur un nom, deux semaines après le second tour des législatives. Un vote des députés est réclamé de plus en plus fort pour trancher le noeud gordien. Le président du groupe socialiste Boris Vallaud a déclaré vendredi matin qu'il aimerait le voir organisé «d'ici la fin de cette semaine ou le début de la semaine prochaine». Mais LFI continue de s'y opposer, arc-boutée sur sa méthode du «consensus» et son slogan «le programme, tout le programme, rien que le programme».

Un jusqu'au-boutisme de plus en plus critiqué. «Quand on annonce d'emblée qu'on ne cherchera aucun élargissement, que ceux avec lesquels on pourrait s'associer devront se rallier, quand on insulte ses partenaires, ne soyons pas surpris que d'autres s'organisent pour constituer des majorités. Quel gâchis», a déploré la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, actant à mots couverts l'impossibilité de gouverner pour le NFP.

Les failles sont de plus en plus béantes entre socialistes et Insoumis, qui ne cessent de se renvoyer la responsabilité de l'échec. Les écologistes, soucieux d'apparaître comme le trait d'union en toutes circonstances, usent de la méthode Coué. «Évidemment que la gauche se mettra d'accord» ,s'est encore avancée Marine Tondelier vendredi. Sans prendre d'engagement sur la date. «Je ne promets jamais ce que je n'ai pas, je ne mens jamais aux Françaises et aux Français» , justifie-t-elle. La route est encore longue. R.F.

Libération
samedi 20 juillet 2024 802 mots, p. 11

autre

Les ministres députés avaient-ils le droit de voter ?

Vincent Coquaz

autre

Yaël Braun-Pivet a conservé sur le fil son poste au perchoir grâce aux voix de la droite… et de plusieurs membres du gouvernement démissionnaire, en apparente contradiction avec le principe de séparation des pouvoirs.

E n récoltant 220 voix à l'élection de la présidence de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet n'a devancé que de 13 voix le candidat du Nouveau Front populaire, André Chassaigne, grâce à une entente entre la droite et la macronie. Mais si l'on se penche sur le détail du scrutin, on s'aperçoit que 17 voix en sa faveur sont un peu particulières : elles proviennent de ministres démissionnaires (toujours membres du gouvernement en attendant qu'un nouvel exécutif soit nommé), qui ont été élus députés lors des dernières législatives. Parmi eux : Gabriel Attal, Gérald Darmanin, ou encore Prisca Thévenot.

Qui cumulent donc deux positions en principe incom- patibles, du fait de la séparation des pouvoirs entre exécutif et législatif. Ce que n'ont pas manqué de souligner plusieurs figures de gauche comme de droite, juste après l'élection. Manon Aubry a par exemple dénoncé le fait que «17 ministres ont voté en niant le concept de séparation des pouvoirs», quand Sandrine Rousseau appelait à envisager «tous les recours possibles» pour contester le scrutin.

Une formulation qui complique la donne La Constitution se montre en effet très claire sur ce point, dans son article 23 : «Les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l'exercice de tout mandat parlementaire.» Les contours de cette incompatibilité sont fixés par l'article LO153 du code électoral : celui-ci dispose que l'incompatibilité «prend effet à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la nomination comme membre du gouvernement». Et que pendant ce délai, le ministre député «ne peut prendre part à aucun scrutin et ne peut percevoir aucune indemnité en tant que parlementaire». Si l'on s'arrête là, le cadre semble clair : les ministres députés ne pouvaient pas prendre part à l'élection de la présidence, puisqu'il s'agit d'un scrutin. Mais le même article du code électoral termine par une formation qui complique un peu la donne : «L'incompatibilité ne prend pas effet si le gouvernement est démissionnaire avant l'expiration dudit délai.» Emmanuel Macron ayant accepté la démission du gouvernement mardi, donc avant le vote pour la présidence, le gouvernement est depuis considéré comme démissionnaire. Ses membres peuvent-ils, dès lors, siéger à l'Assemblée et prendre part aux scrutins ? Le cas n'est pas simple à trancher et renvoie à différentes interprétations des textes. Notamment concernant la dernière phrase sur le gouvernement démissionnaire : porte-t-elle sur l'ensemble de l'article, ou seulement sur la première règle (le délai d'expiration d'un mois) ? Dans ce second cas, la deuxième règle, qui interdit de siéger, continuerait à s'appliquer. «Les ministres démissionnaires, ayant toujours un pouvoir de décision et d'autorité, ne devraient pas pouvoir siéger en tant que députés, estime par exemple Jean-Philippe Derosier, professeur agrégé de droit public à l'université de Lille. Tant qu'il n'y a pas eu de passation de pouvoir, le ministre démissionnaire est toujours ministre et ne peut pas être parlementaire.» Mais il reconnaît lui-même qu'une autre interprétation, moins stricte, des textes est possible. C'est celle de plusieurs professeurs de droit public, qui ont publié un article sur cette question dans la Revue politique et parlementaire : selon eux, les ministres peuvent «participer aux votes dès lors que la démission du gouvernement [est] actée par décret du président de la République le 16 juillet». De la même manière, pour Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l'université Paris-Panthéon-Assas, dès lors qu'un ministre est démissionnaire, théoriquement, «il peut siéger». «Mais c'est une façon de torturer le droit, ajoute-t-il immédiatement. Parce que la Constitution de la Ve République est vraiment écrite et pensée pour empêcher le cumul de la fonction de ministre et du mandat parlementaire. C'est quelque chose auquel Charles de Gaulle tenait énormément parce qu'il jugeait que cela représentait un risque d'instabilité.» Un précédent en 1988 «L'article LO153 est particulièrement mal rédigé, argue de son côté le professeur de droit public à l'université Toulouse Capitole Mathieu Carpentier. On pourrait donc estimer que le doute qu'il introduit, doit profiter à l'accusé, si je peux me permettre cette formule. Et donc que Gabriel Attal ou les autres ministres pouvaient siéger et voter, d'autant qu'il y a un précédent en ce sens.» Ce précédent s'est déroulé sous Michel Rocard, en 1988. «Réélu en mai, François Mitterrand nomme Michel Rocard Premier ministre et, au soir des élections législatives remportées par la gauche un mois plus tard, ce dernier présente sa démission, comme le veut la tradition républicaine, détaille Jean-Philippe Derosier. Le Président temporise, comme Macron actuellement. Puis Mitterrand accepte la démission dix jours plus tard, le 22 juin. Rocard et tous les ministres députés votent pour Laurent Fabius, candidat au perchoir, le 23 juin, et sont renommés le 24 juin.»

Le Monde
France, samedi 20 juillet 2024 825 mots, p. 9

Le préfet du Tarn démis de ses fonctions

A la suite d’un audit, Michel Vilbois a été limogé pour « management brutal », neuf mois après son arrivée

Philippe Gagnebet

Toulouse - correspondant - Rien n’a filtré du pot de départ organisé jeudi 18 juillet dans les locaux de la préfecture du Tarn à Albi. Un départ moins festif ou solennel qu’à l’habitude, et surtout très prématuré. Pour cause, neuf mois après son arrivée dans le département, le désormais ex-préfet Michel Vilbois a été contraint de faire ses valises dans une ambiance délétère. La mesure avait été officialisée lors du conseil des ministres, deux jours plus tôt, sur décision du premier ministre, Gabriel Attal, et du chef de l’Etat, Emmanuel Macron. Un préfet « démis de ses fonctions » , la mesure est assez rare dans la préfectorale mais, à Albi, après un audit mené au mois de juin par l’inspection générale de l’administration, la sanction est rapidement tombée.

« Cassant », « autoritaire », voire « grossier », plusieurs fonctionnaires s’étaient plaints d’un « management brutal » de la part de cet énarque de 56 ans, originaire de Moselle. La mesure prend effet le 22 juillet et c’est Sébastien Simoes, le secrétaire général de la préfecture et sous-préfet d’Albi qui prend le relais, en attendant une nouvelle nomination. Cette décision intervient dans un contexte politique national agité et, localement, dans celui du dossier du chantier très contesté de l’autoroute A69, entre Castres et Toulouse.

Arrivé le 9 octobre 2023, en provenance de Haute-Saône où il exerçait les mêmes fonctions, Michel Vilbois s’était lui-même surnommé « M. Autoroute ». « J’ai reçu pour mandat de construire l’A69. Le préfet a un rôle de facilitateur. Les élus connaissent leur territoire. Je suis là pour les appuyer dans leurs projets », déclarait-il au quotidien régional La Dépêche du Midi lors de sa prise de fonctions.

Incident inhabituel

Sur place, cet amateur de football aura eu à gérer les nombreuses contestations entourant le chantier de 53 kilomètres, déclaré d’utilité publique en 2018, devant relier le Tarn et la Haute-Garonne. Opposants perchés dans des arbres, week-end de mobilisations, matériel de chantier détruit, importantes présences des forces de l’ordre pendant des mois, la contestation avait grossi depuis les premiers travaux du printemps 2023.

Mais ce n’est pas sa gestion de ce conflit qui aurait précipité sa mutation. Peu après son arrivée, un premier incident, assez inhabituel, avait affecté l’ambiance dans les services. Sa chienne Rilka, âgée de 3 ans et demi, avait mordu un agent à la main, nécessitant une interruption de travail. Sans que Michel Vilbois ne donne suite à cet « incident ». Par la suite, plusieurs témoignages, recueillis par l’inspection générale de l’administration, dénonçaient un « climat de rumeurs, de tensions et de malaise ».

Selon Eric Bellouni, secrétaire général de l’union départementale de Force ouvrière (FO), qui avait recueilli des témoignages d’adhérents FO, « la situation était très tendue, très difficile à vivre ». D’autres témoignages, toujours anonymes, évoquent « un rapport aux femmes problématique et des choix en matière de ressources humaines et budgétaires contestables ». Fin avril, il avait demandé à ses équipes : « Appelez-moi ce connard de maire ! » Revenu aux oreilles de certains élus, cela a déclenché l’audit mené par deux hauts fonctionnaires du ministère de l’intérieur.

« La fin d’un cauchemar »

Dès le lendemain de cette décision, certains agents de la préfecture se sont dits « soulagés », parlant de « la fin d’un cauchemar ». Selon des informations relayées par La Dépêche du Midi, « des cas similaires avaient déjà été dénoncés lors du passage de Michel Vilbois dans la région Grand-Est en 2018 ». Son limogeage a rapidement été salué par le collectif La voie est libre, rassemblant les opposants au chantier de l’A69. «Bien connu pour ses méthodes de voyous pour couvrir des abattages illégaux, et démis de ses fonctions… comme un avant-goût de moratoire », a posté le collectif sur Facebook. Dans le milieu politique, les réactions sont rares. Si le préfet de région, Pierre-André Durand, « n’a pas à commenter une décision disciplinaire de l’Etat », les élus régionaux ou du Tarn restent muets. L’entourage de Carole Delga, la présidente socialiste de la région Occitanie, estime « que c’est une décision qui ne nous appartient pas. Nous n’en savons pas plus que ce qu’en dit la presse ». Tout en précisant que s’ «il est viré pour harcèlement, on ne va quand même pas le défendre ».

Même silence du côté du président du conseil département du Tarn, le socialiste Christophe Ramond, et du député Renaissance du Tarn Jean Terlier, réélu en juin et grand défenseur du chantier autoroutier. Sollicitée, la préfecture du Tarn, au soir du pot de départ, n’a pas donné suite. Michel Vilbois, pour sa part, connaîtra bientôt son avenir . S’il restera bien haut fonctionnaire, administrateur de l’Etat, sa nouvelle affection dépendra du contenu du rapport de l’inspection générale de l’administration, qui n’a pas été rendu public.

Libération
samedi 20 juillet 2024 603 mots, p. 13

AUTRE

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19 juillet 2024 - Libération (site web)

Outre-mer : «Avec une ministre démissionnaire, il va être compliqué de gérer les crises»

Eléna Roney

AUTRE

A lors que Gabriel Attal a présenté sa démission au président de la République mardi, le gouvernement actuel va rester quelque temps en place afin de gérer les «affaires courantes». Une situation qui inquiète le député guyanais Jean-Victor Castor (Gauche démocrate et républicaine), préoccupé par les difficultés ou les crises que traversent certains territoires d'outre-mer, comme la Nouvelle-Calédonie en proie à des troubles politiques, la Guadeloupe, soumise à de fortes restrictions dans l'accès à l'eau potable ou Mayotte, confrontée à un immense défi migratoire. Quelles sont les conséquences du flottement politique actuel pour les territoires ultramarins ? Depuis deux ans, on a changé à plusieurs reprises de ministre des Outre-mer. Il y avait une forme de discontinuité politique qui n'arrangeait déjà pas les choses. Des ministres et des cabinets se sont enchaînés, empêchant toute continuité. Avec une ministre démissionnaire [Marie Guévenoux, ndlr], il va être compliqué de gérer les crises ces prochaines semaines. Déjà qu'il y a des difficultés politiques permanentes, là on n'a même plus d'interlocuteur. Il y a des situations complexes dans les territoires ultramarins, avec des retards de développement, des enjeux démographiques à Mayotte et en Guyane, avec des nécessités de coopération, qui sont compliquées par des normes et des conditions qui ne sont pas du tout adaptées à ces territoires. Il y a aussi des questions essentielles, comme celle de l'autonomie demandée par la Martinique, la Guyane, bientôt la Guadeloupe, celle de l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, ou encore celle des peuples autochtones. Par ailleurs, on ne comprend pas ce que signifie «gérer les affaires courantes». Elles sont déjà gérées par le préfet. Bien que les membres du gouvernement déclarent ne pas prendre de décisions, je pense qu'au vu des différentes crises, ils vont agir.

C'est-à-dire ? On les voit prendre des initiatives alors qu'ils ne sont pas censés pouvoir le faire. En Nouvelle-Calédonie, ils sont obligés en raison de la crise, pour tenter de la régler. Ils ne peuvent pas rester sans rien faire. En Guadeloupe aussi, on a une vraie crise par rapport à l'accès à l'eau, et les citoyens se mobilisent, des barrages se mettent en place… La situation est extrêmement tendue partout et oblige à l'action. Cette situation risque-t-elle d'aggraver les crises ? Forcément. En Nouvelle-Calédonie, on ne va pas entamer des négociations avec un gouvernement qui est démissionnaire, mais qui reste en place, alors qu'il a été défait par les urnes. Déjà qu'on avait vraiment du mal à se faire entendre avec un gouvernement en place… En Guyane, il y a un processus pour demander une évolution statutaire. On ne peut pas continuer les discussions avec Marie Guévenoux, qui avaient d'ailleurs mal commencé. Elle avait en effet avoué ne pas être au courant de notre demande, alors que les discussions avaient débuté sous le gouvernement d'Edouard Philippe. On voit bien que les territoires ultramarins sont relégués au second plan. Qu'attendez-vous du prochain gouvernement ? On a vraiment besoin d'un gouvernement stable, d'un ministère stable, qui soient sincères dans le traitement du pays. Il faudra une vraie stabilité technico-administrative.

Pour le ministère des Outre-mer, il faudra AFP quelqu'un qui soit à l'écoute, et qui connaisse la réalité du terrain, les diversités, complexités et spécificités de chaque territoire, ce que l'on n'a pas connu jusque-là. Le ministre devra être issu du Nouveau Front populaire, car c'est le seul regrou- pement politique qui a développé un certain nombre d'idées primordiales pour les territoires ultra- marins. Mais le programme ne suffit pas, il faut que les choses changent véritablement, il faudra donc mettre la pression pour le faire appliquer.

Le Monde
Economie & Entreprise, samedi 20 juillet 2024 1751 mots, p. 15
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19 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Au Kenya, l’empire de « Mama Ngina », la « fille du village »

Fortunes africaines 2 | 3 La veuve de 91 ans du président Jomo Kenyatta a bâti l’un des plus gros conglomérats d’Afrique de l’Est en accumulant les terres, en créant un puissant groupe laitier et en se diversifiant dans la banque, l’hôtellerie, l’immobilier ou les médias

Marion Douet

Nairobi - correspondance - Elle aurait presque des airs d’écolière, sur cette photo noir et blanc prise en 1961. Une chemisette claire, des cheveux très courts, un sourire enfantin. Lui, enveloppé dans une veste de cuir sombre, la couvant du regard, a la barbe grisonnante. Ngina Kenyatta a 28 ans, son mari, Jomo, frise les 70. Voilà déjà une décennie que la jeune femme a été mariée à ce leader du mouvement pro-indépendance du Kenya. Ils viennent du même district de Gatundu, des vallons fertiles plantés de maïs, de bananiers et de caféiers, au cœur du pays des Kikuyu, la première communauté ethnique de cette colonie britannique. Lorsqu’elle quitte son village pour devenir sa quatrième épouse, elle est à peine majeure, n’a pas fait d’études, ne parle ni anglais ni swahili, seulement leur kikuyu natal.

Aujourd’hui, « Mama Ngina », comme tout le monde l’appelle, est une vieille dame d’une puissance incomparable en Afrique de l’Est. A 91 ans, elle a beaucoup gardé de sa grande beauté et de son influence politique, mais elle a aussi bâti un véritable empire économique. Elle et ses enfants ont fondé Brookside, le numéro un kényan des produits laitiers, dans lequel a investi le français Danone. Les Kenyatta sont le deuxième actionnaire d’une des premières banques du pays, la NCBA. Le clan possède des hôtels, des médias, des écoles privées, de l’immobilier… Leur conglomérat est incontournable, dans une économie kényane figurant pourtant parmi les plus diversifiées et dynamiques d’Afrique.

Le contexte est tout autre quand Ngina et Jomo sont photographiés en 1961. Le Kenya est alors une économie coloniale, centrée sur l’export des ressources agricoles, comme le thé et le café. Rares sont les locaux autorisés à y tenir des commerces. Le pouvoir britannique affronte, depuis une décennie, une rébellion armée, celle des Mau Mau, qu’il a violemment réprimée avant d’accorder plus de droits. Soupçonné d’y appartenir, Kamau wa Muigai – qui se fait appeler Jomo Kenyatta (« le javelot flamboyant du Kenya ») – a passé des années en prison et vient d’être libéré. Ngina elle-même a, un temps, été incarcérée.

Son destin bascule en 1964, quand Jomo devient président de la nouvelle République du Kenya. Elle a beau être la quatrième épouse, c’est elle qu’il choisit comme première dame. Dans les cérémonies officielles, elle est une hôte élégante, son visage parfait rehaussé de coiffes altières. Avec le « père de la nation », qui s’est éloigné de ses deux premières femmes et dont la troisième est morte en couches, elle aura quatre enfants :deux filles (Wambui et Nyokabi) et deux garçons (Uhuru et Muhoho).

Figure maternelle

Dans une famille marquée par les valeurs kikuyu, elle est l’incarnation d’une figure maternelle exemplaire, toujours « convenable », « protectrice » de ses enfants, mais aussi des finances du ménage, souligne l’historien Macharia Munene : « En tant que mère, elle était à la fois la garante de leurs personnes et de leurs intérêts économiques. »

Car Ngina est bien plus qu’une compagne d’apparat. En 1975, une série d’articles du Sunday Times interdits au Kenya la décrivent déjà comme la femme la plus puissante du pays. Une influence confirmée et étayée en 1978 par un télégramme diplomatique envoyé à Washington quelques jours après le décès du « mzee » (le « vieux »).

Le renseignement américain estime alors que la première dame possède « au moins 115 000 hectares »de terres, contre 4 000 hectares au nom de son mari. Dans ce pays toujours agricole, où le foncier est un sujet sensible, les Kenyatta sont aujourd’hui encore considérés comme le premier propriétaire terrien, ayant accumulé selon la presse 500 000 hectares, ce qui équivaudrait à 10 % des terres arables.

Dans la culture kikuyu, la terre est capitale. Et Ngina a beau être une « fille du village », comme disent plusieurs sources, elle est aussi fille d’un important chef coutumier, élevée dans cette obsession. Plus largement, elle va embrasser la voie capitaliste choisie par son mari pour le Kenya, dans une région est-africaine pourtant socialisante. Car ses intérêts ne s’arrêtent pas là : le même télégrammeévoque les actifs de Mama Ngina dans le tourisme, les mines de rubis ou le commerce « du charbon de bois et de l’ivoire, des business particulièrement lucratifs », qui n’ont pas encore été complètement interdits.

Plus largement, les Américains insistent sur « l’emprise » de la famille élargie sur l’économie. Peter Muigai Kenyatta, fils issu du premier mariage de Jomo, est à la tête de la concession locale de Ford, tout en étant député. Cette imbrication entre économie et politique va devenir la marque de fabrique des Kenyatta – et puis de l’élite kényane. De nos jours, il est rare qu’un parlementaire ne soit pas aussi homme d’affaires, dans un mélange des genres qui contribue à l’actuelle colère de la jeunesse.

Son époux décédé, il ne fait plus de doute que c’est Mama Ngina l’architecte de l’empire. «L’expansion, à une échelle massive, se produit après, souligne Michael Chege, un ancien professeur de politiques publiques à l’université de Nairobi. L’accumulation du capital et les plus grosses entreprises sont postérieures [à Jomo]. » Cet essor est marqué dans les années 1980 et 1990, où le pouvoir est pourtant passé aux mains de l’autocrate Daniel arap Moi, un Kalendjin (une autre importante communauté, venant de la vallée du Rift), avec qui Ngina entretient d’excellentes relations.

En 1993, selon le site Internet de Brookside, la famille fonde « humblement », sur l’une de ses vastes fermes, la laiterie originelle, avec une trentaine d’employés. Cette dernière va rapidement devenir un leader, avalant des concurrents, s’implantant en Ouganda et exportant ses produits dans tout l’est de l’Afrique. Après un fonds d’investissement qui acquiert 10 % du capital en 2009, Danone achète 40 % des parts en 2014. Le communiqué ne révèle pas le montant de la transaction, mais souligne que les ventes atteignent 130 millions d’euros, pour 40 % de parts de marché au Kenya. « C’était une véritable pépite, loue un acteur économique. Comme toutes les entreprises des Kenyatta, qui sont gérées comme des machines et génèrent des tonnes d’argent. »

Nombre d’entreprises kényanes sont administrées de manière très directe et à l’ancienne par le fondateur, en tenant des livres de comptes approximatifs, voire volontairement flous. Les Kenyatta, eux, prennent de la distance, s’entourant de conseillers et d’experts. «Ils embauchent les meilleurs talents et les font grandir, comme le ferait un fonds d’investissement », poursuit cette source. D’autres insistent sur leur souci de recruter des étrangers, hors de la famille ou hors du pays. Certes, Muhoho, le fils cadet de Mama Ngina, considéré comme le bras droit de sa mère, siège ou a siégé à de nombreux conseils d’administration et dirige Brookside, mais John Stuart Armitage est connu comme leur fidèle directeur financier.

« Pandora Papers »

L’autre force du clan, rappelle notre acteur économique, est d’user de son influence pour s’assurer que les politiques publiques « jouent en sa faveur ». Il serait difficile, en l’espèce, de bénéficier de meilleurs relais : à partir de 2013, et jusqu’en 2022, Uhuru (le fils aîné) est à son tour devenu président de la République.

Avec le temps, les intérêts se complexifient, s’internationalisent. Un véhicule d’investissement, nommé Enke, gère les quelque 15 % d’actions restant dans la banque NCBA, cotée à la Bourse de Nairobi. En 2021, les « Pandora Papers » révèlent que Mama Ngina et ses enfants ont été liés à onze sociétés et fondations offshore, montées avec l’aide de banques suisses au Panama et dans les îles Vierges britanniques.

L’une d’elles, au nom de Muhoho, totalise, selon le Consortium international des journalistes d’investigation, « 31,6 millions de dollars[28,9 millions d’euros] d’espèces, d’actions et d’obligations ». L’enquête souligne n’avoir aucune preuve de détournements d’actifs publics. A la BBC, le président Uhuru Kenyatta avait déclaré en 2018 : « S’il y a un seul exemple pour lequel quelqu’un peut dire que ce que nous avons fait ou obtenu n’était pas licite, nous sommes prêts à faire face à n’importe quel tribunal. Ce que nous avons est connu du public. »

L’étendue de la fortune des Kenyatta est pourtant un secret bien gardé. Mama Ngina est régulièrement citée comme l’une des plus riches femmes africaines, mais sans évaluation véritable. Dans la même veine, Uhuru a bien été désigné par le magazine Forbescomme l’un des quarante Africains les plus riches, évoquant 500 millions de dollars en 2011. Depuis, plus rien.

Le mystère est tout aussi grand sur la façon dont la matriarche a construit son empire. « C’est une énigme pour moi », admet Michael Chege, insistant sur son profil initialement très « traditionnel ». On ne lui connaît aucune position opérationnelle dans les entreprises ni de siège aux conseils d’administration. Internet n’a pas trace d’interviews. « On sait très, très peu d’elle, confirme l’historienne Anaïs Angelo, Personne ne la connaît, c’est quelqu’un qui s’est effacé, volontairement. » Une source qui l’a rencontrée évoque une femme « simple, gentille, aimable, que vous croiserez à l’église plutôt qu’à un cocktail, un verre de champagne à la main ».

Les églises sont l’un des rares lieux publics où cette fervente catholique se montre encore. Utilisant parfois cette arène pour s’exprimer, dans la plus pure tradition politique kényane. En 2023, des alliés du nouveau président William Ruto (qui n’était pas son candidat de choix) ont appelé à un audit fiscal des Kenyatta, dénonçant des exonérations de taxes. Des critiques qui reflètent un ressentiment latent. Pendant une messe, elle s’est insurgée de « l’attaque contre son nom ». « Elle est toujours très alerte et, si elle se sent agressée, elle peut cracher du feu» , dit Macharia Munene. Quelques mois plus tard, le gouvernement revalorisait (à hauteur d’environ 4 800 euros par mois) la pension étatique qu’il lui verse en vertu de la Constitution.

Le Figaro, no. 24853
Le Figaro, vendredi 19 juillet 2024 1665 mots, p. 3

Politique

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18 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Présidence de l'Assemblée : la victoire étriquée de Yaël Braun-Pivet

À l'issue d'un scrutin à trois tours totalement incertain, la présidente sortante l'a emporté sur le fil face au communiste André Chassaigne. La gauche dénonce déjà les « combinaisons » politiques ayant abouti à ce résultat serré.

Bordas, Wally

Une victoire sur le fil, au bout du suspense. Jeudi soir, après une journée riche en rebondissements, Yaël Braun-Pivet a été réélue présidente de l'Assemblée nationale avec 220 voix, contre 207 pour le communiste André Chassaigne et 142 pour le député RN Sébastien Chenu. Loin d'être écrit d'avance, ce scénario complètement fou s'est dessiné au fil de la journée et des tractations des uns et des autres. De beau matin, déjà, l'incertitude est entière dans les couloirs du Palais Bourbon. « C'est le flou total. Je n'ai aucune idée de ce qui peut se passer cet après-midi. Je n'ai jamais été aussi peu capable de me projeter » , confie une Insoumise. Autour d'elle, plusieurs dizaines de journalistes s'agglutinent. Tous sont venus des quatre coins de l'Europe pour assister à cette journée, qui s'annonçait, depuis plusieurs semaines déjà, historique. La Salle des Pas Perdus, celle des Quatre Colonnes, la Cour du Palais Bourbon sont envahis par des dizaines de caméras.

Dans ce tohu-bohu, les députés se faufilent, souriants mais inquiets. « La pression va être énorme », confie, un brin angoissé, un macroniste à la mi-journée. « Aujourd'hui, notre seule mission, nous allons la remplir : empêcher la victoire de l'extrême gauche », résume quant à lui, entre deux couloirs, le député LR Fabien Di Filippo. Dans le camp présidentiel, certains imaginent la défaite. À gauche, on n'est guère plus optimiste. Au RN, on se sait déjà perdant. Va-t-il y avoir une surprise ? « Tout est possible, c'est ça qui est intéressant », s'enthousiasme le macroniste Ludovic Mendes salle des Quatre Colonnes. Arrive l'heure du premier scrutin, ouvert par le doyen d'âge de l'Assemblée, le député RN José Gonzalez, président de séance d'un jour. Six candidats sont en lice : la sortante Yaël Braun-Pivet, le prétendant du Nouveau front populaire André Chassaigne, le député RN Sébastien Chenu, la philippiste Naïma Moutchou, l'élu LR Philippe Juvin et le centriste Charles de Courson.

André Chassaigne en tête au premier tour tour

Assis dans l'hémicycle par ordre alphabétique, les députés sont orphelins de leur groupe. Ce qui donne lieu à de drôles de voisinages. Le macroniste tendance sociale Sacha Houlié se retrouve à côté de l'ancien président de la République François Hollande, l'Insoumise Sophia Chikirou côte à côte avec le député RN Sébastien Chenu, le premier ministre démissionnaire Gabriel Attal plaisante, lui, avec sa voisine du jour, l'ex-Insoumise Clémentine Autain pendant que l'ambiance est glaciale entre Marine Le Pen et l'Insoumis Antoine Léaument. L'ancien ministre macroniste Aurélien Rousseau est lui à côté de sa nouvelle camarade du NFP Sandrine Rousseau. Le ballet commence : les députés sont appelés un par un et viennent chacun leur tour déposer leur bulletin dans l'urne, installée sur la tribune du Palais Bourbon. Les Insoumis se font - comme souvent - remarquer. Tous refusent de serrer la main au député RN Flavien Termet, le benjamin de l'Assemblée, qui veille au bon déroulement du vote. Le LFI François Piquemal mime un pierre-feuille-ciseau pour ne pas le saluer pendant que son collègue Sébastien Delogu, lui, joue l'intimidation physique. « T'es fada ou quoi? T'y es un fou toi (sic) », lâche-t-il au jeune élu, quand celui-ci lui tend la main.

Quelques minutes plus tard, le premier résultat tombe. Le communiste André Chassaigne est en tête, suivi du député RN Sébastien Chenu et de la macroniste Yaël Braun-Pivet. Qui devra donc compter sur des désistements pour l'emporter. Le député LR Philippe Juvin (48 voix) et la philippiste Naïma Moutchou (38 voix) se retirent. Mais le centriste Charles de Courson et l'ancien vice-président RN de l'Assemblée Sébastien Chenu se maintiennent. Mathématique. Au tour suivant, Yaël Braun-Pivet obtient 220 voix : pile son nombre de suffrages du premier tour ajoutés à ceux de Moutchou et Juvin. Mais pas de majorité absolue. Il faudra donc passer par un troisième tour à très hauts risques.

D'autant que la pire des configurations se présente : le RN, qui aurait pu offrir ses voix à la macroniste, n'en fera rien. Il maintient son candidat Sébastien Chenu, quitte à prendre le risque de faire élire un communiste à la tête de l'Assemblée nationale. Le centriste Charles de Courson, lui, se retire. Ses douze voix obtenues au second tour vont faire toute la différence. Sévère, il se présente devant les caméras et lâche qu'une réélection de Yaël Braun-Pivet serait un « déni de démocratie » suite au « grave échec » subi par les macronistes lors des législatives anticipées. Après son combat contre la réforme des retraites en 2023, où il fut à neuf petites voix de faire tomber le gouvernement d'Elisabeth Borne, le centriste se voit déjà empêcher l'ex-présidente de l'Assemblée de récupérer le Perchoir. Et l'incertitude gagne tout le Palais Bourbon. « Ça va se jouer à deux voix, où à égalité, et comme André Chassaigne est plus âgé, il sera élu » , anticipe, inquiet, un macroniste tirant frénétiquement sur sa cigarette dans les jardins de l'Hôtel de Lassay, résidence du président de l'Assemblée. Un autre : « Ce troisième tour s'annonce historique ! Ça se jouera à rien, sauf si le RN assume de donner ses voix à Yaël. Même si Sébastien Chenu s'est maintenu, quelques voix pourraient manquer ».

Un « deal » entre Laurent Wauquiez et Gabriel Attal

Un peu plus tard, ce même macroniste, sentant la pression monter un peu plus, à quelques minutes des résultats : « Si André Chassaigne est élu, c'est la quatrième dimension de la vie politique. On sera le seul pays au monde à revenir au communisme ». Une députée LR, elle, s'agace : « On va encore leur sauver les fesses. Si on ne vote pas tous pour Yaël Braun-Pivet, l'extrême gauche rafle le perchoir et le gouvernement ». Depuis quelques jours, en coulisses, un « deal » a été conclu entre le patron de La Droite républicaine, Laurent Wauquiez, et Gabriel Attal. Aider Yaël Braun-Pivet à reconquérir le perchoir en échange de plusieurs postes à responsabilités : deux vice-présidences de l'Assemblée notamment, un poste de questeur et la présidence de la commission des finances. Mais sans victoire, personne n'aura rien. Et le scénario qui se profile est plus incertain que jamais. Dans la prestigieuse salle des Quatre Colonnes, les députés de tous les camps ne cachent pas leur fébrilité.

Sauf ceux du RN, qui, comme souvent, restent flous sur leurs intentions. En milieu de semaine, un cadre du groupe donnait tout de même une indication sur la stratégie qui serait celle des députés marinistes : « Yaël Braun-Pivet ne veut pas de nos voix, et bien elle ne les aura pas ». Une phrase lâchée après la décision du camp macroniste de ne pas aider les députés RN à obtenir certains des postes clés de l'Assemblée qu'ils occupaient pourtant depuis 2022. « Notre stratégie ? Vous n'en saurez rien », lâche ainsi, dans la Cour d'Honneur, un élu mariniste, alors que le dépouillement du troisième tour se termine bientôt. « On va être ric-rac », commente quant à lui un ministre démissionnaire, craignant un report de voix des députés Liot en faveur du communiste.

Quelques instants après, côté macroniste, les visages se détendent. Les résultats commencent à fuiter sur les boucles WhatsApp. Yaël Braun-Pivet est réélue. Dans l'hémicycle, avant l'annonce des résultats, la députée des Yvelines affiche un large sourire de soulagement. Et embrasse sa voisine d'un jour, la députée macroniste des Hauts-de-Seine Maud Bregeon. Cette bataille était très loin d'être gagnée d'avance. Nombre de macronistes la donnaient même perdante, ne mâchant pas leurs mots contre elle tout au long de la semaine. Yaël Braun-Pivet peut désormais souffler. Et remonter sur son perchoir. « Nous n'avons pas le choix, nous devons nous entendre, coopérer, être capables de rechercher des compromis, de dialoguer, de nous écouter, d'avancer » , lance-t-elle dans la foulée, avant de faire applaudir chacun des autres candidats. Et de s'engager « à travailler avec chacun d'entre vous ». « Cette élection m'oblige plus que jamais », conclut-elle, applaudie par les siens, mais aussi, par certains députés de droite comme de gauche.

Pendant que la présidente réélue prononce son discours, des députés dépités quittent l'hémicycle. C'est le cas des Insoumis Sébastien Delogu et Sophia Chikirou. Quelques minutes plus tard, salle des Quatre Colonnes, le Nouveau Front populaire crie au scandale. Le communiste André Chassaigne a ciblé Les Républicains, les accusant d'avoir participé « à une combinaison nauséabonde et malsaine ». « La victoire de Yaël Braun-Pivet résonne comme un échec. C'est un signal terrible pour la démocratie dans notre pays. Les magouilles, aujourd'hui ont volé le résultat des urnes du 7 juillet », tance de son côté l'Insoumise Mathilde Panot. Pointant également la faille constitutionnelle ayant permis aux dix-sept ministres démissionnaires de siéger ce jeudi et de permettre ainsi à Yaël Braun-Pivet de l'emporter. Et d'ajouter : « Comme par hasard, Emmanuel Macron a accepté la démission du gouvernement Attal hier ».

Un peu plus loin, dans le jardin de l'Hôtel de Lassay, Charles de Courson, dont le retrait a finalement apporté quelques voix supplémentaires à Yaël Braun-Pivet, s'en va, tête basse. Comme la gauche, le centriste pensait pouvoir tirer son épingle du jeu, aujourd'hui. Ce ne sera pas le cas. « Le maintien de Sébastien Chenu a finalement permis d'éviter des dispersions de voix au RN tout de même. Un coup de main indirect à Yaël Braun-Pivet », fait remarquer une macroniste. Avant de constater qu'au deuxième tour, Sébastien Chenu 143 voix, contre seulement 141 au troisième tour. Où sont passées ces deux voix manquantes ? « Les députés RN et ciottistes étaient pourtant tous présents », sourit cette même parlementaire.

Une chose est en tout cas certaine : cette victoire étriquée ne permettra pas au camp macroniste de revendiquer la majorité, même relative, à l'Assemblée nationale. Et la Chambre Basse, déjà éruptive depuis 2022 et la majorité relative d'Emmanuel Macron, promet d'être plus instable que jamais. Avant de quitter le Palais Bourbon, un député de l'ex-majorité s'amuse : « Et maintenant, il va falloir trouver un gouvernement... Bon courage ! ». Et de conclure : « Une chose est sûre, nous, dimanche, on part en vacances. Et ce sera bien mérité. »

Le Monde
France, vendredi 19 juillet 2024 880 mots, p. 6
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18 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Yaël Braun-Pivet, candidate contestée dans l’ex-majorité

Soutenue par le MoDem, la présidente sortante de l’Assemblée subit la concurrence du groupe Horizons, qui présente sa propre candidate

Rachel Garrat-Valcarcel

Dans une élection au perchoir extrêmement incertaine, une certitude : la présidente sortante de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, sera bien la candidate de son groupe, Ensemble pour la République (EPR, ex-Renaissance), lors du premier tour, jeudi 18 juillet. Seule candidate, elle n’a pas même eu à affronter de primaire interne. Une surprise relative alors que sa présidence a parfois été contestée dans le camp présidentiel : « C’est la sortante, qu’elle se représente est logique », estime le député macroniste du Val-de-Marne Mathieu Lefèvre. « Multiplier les candidatures dans un moment difficile n’est pas une bonne idée, et elle a déjà bien fait le job dans une Assemblée en majorité relative » , ajoute la députée du Maine-et-Loire, Stella Dupont.

Le groupe Démocrate (MoDem), fort de 36 élus, ne présentera finalement pas de candidat et appelle à voter pour Yaël Braun-Pivet. « Les démocrates font ce soir le choix du rassemblement contre les divisions artificielles et contre les querelles partisanes et de personnes », écrivent les députés centristes dans un communiqué publié après leur réunion de groupe, mercredi soir. Une bonne nouvelle pour la députée des Yvelines alors que le groupe Horizons (30 députés), a annoncé la candidature de l’ancienne vice-présidente de la précédente Assemblée, Naïma Moutchou, élue du Val-d’Oise.

Tir de barrage contre le NFP

Mais ce qui a animé la soirée de mercredi, c’est la possibilité d’un accord entre EPR, le MoDem et le groupe Les Républicains (LR), renommé « Droite républicaine », présidé par Laurent Wauquiez. La candidature de Philippe Juvin, député des Hauts-de-Seine, considéré comme constructif à l’égard du camp Macron, plutôt que celle attendue d’Annie Genevard, élue du Doubs, a troublé le jeu. La volonté commune d’un tir de barrage contre le Nouveau Front populaire (NFP), après des négociations difficiles pour la gauche, alimente les supputations.

S’il y a un accord, dans l’ex-majorité on compte bien le cacher le plus longtemps possible. Certains annoncent du spectacle, d’autres déminent et assurent que la candidature de Philippe Juvin prouve, au contraire, qu’il n’y a pas d’accord. Que, certes, il n’y avait pas de candidat macroniste face à lui dans sa circonscription de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine) aux législatives… Mais comme dans une soixantaine d’autres circonscriptions, sans que cela fasse de ces candidats du champ républicain, soutenus par la coalition présidentielle, des candidats macronistes. Dans les Hauts-de-Seine, toutefois, l’accord de « non-agression » était réciproque avec la fédération LR locale avant qu’elle ne soit désavouée par la direction nationale du parti de droite.

Quoi qu’il en soit, l’addition de toutes les voix du bloc central et de toutes celles du groupe de La Droite républicaine ferait une somme d’environ 210 suffrages. C’est plus que la gauche au sens strict (182 députés)… si tout le monde suit bien une éventuelle consigne de vote, ce qui n’a rien d’assuré. A commencer par le groupe EPR lui-même : les plus optimistes pensent que Yaël Braun-Pivet fera le plein au premier tour, les plus pessimistes posent leur joker. Les rares téméraires parient sur une déperdition de 10 à 20 voix sur la centaine de membres du groupe : ce serait beaucoup dans une élection si serrée. On peut aussi retrancher une voix du groupe Démocrate en la personne de l’habituel franc-tireur Richard Ramos, député du Loiret : « Jamais je ne voterai pour Yaël Braun-Pivet, les Français ont voté pour du changement. »

Face au candidat du NFP, André Chassaigne, respecté dans l’Hémicycle, possiblement capable de grappiller des voix en dehors de son camp, cela rend le scrutin d’autant plus incertain. Reste donc l’hypothèse d’un vote de dernière minute du Rassemblement national (RN) pour une candidature de droite ou venue du bloc central. Yaël Braun-Pivet a été accusée de discuter avec la formation d’extrême droite en vue de sa réélection. Elle a dénoncé samedi, par le biais de son entourage, une polémique « nauséabonde ».Depuis deux ans, le groupe RN a largement usé de ce type de pouvoir de nuisance avec des votes surprenants, incohérents voire des volte-face très rapides dont il ne semble jamais souffrir, mais qui mettent ses adversaires en difficulté.

Alors, Yaël Braun-Pivet réélue grâce au RN ? Chez EPR on rejette… les termes, mais pas cette éventualité. « On ne cherche pas à avoir les voix du RN, ça sera leur choix personnel, pense Ludovic Mendes, député apparenté EPR de Moselle. On ne leur demande rien, donc on n’est pas responsable. »Un avis assez largement partagé. Personne n’imagine la députée des Yvelines démissionner si elle est élue en pareilles circonstances.

Dans l’ex-groupe Renaissance, on explique même que dans cette Assemblée divisée en trois blocs, sans majorité et de loin, un vote du RN pour la candidate du camp présidentiel ne devrait être interprété que comme un vote contre le NFP, rien de plus. Des circonvolutions qui ne sont pas sans rappeler celles utilisées lors du vote par le RN de la loi sur l’immigration, en décembre 2023, pour tenter de dédouaner la majorité sortante. Des arguments qui, déjà à l’époque, n’avaient pas convaincu.

Libération
vendredi 19 juillet 2024 1040 mots, p. 8

France

La commission des finances au coeur d'un jeu d'échecs abracadabrantesque

Anne-Sophie Lechevallier

France

La politique française s'est transformée ces derniers jours en une ludothèque géante. Le Qui est-ce ? n'est pas terminé au sein du Nouveau Front populaire pour désigner un(e) Premier(e) ministre, qu'à l'Assemblée nationale, tous les partis ont déjà commencé un Mastermind pour l'attribution des postes. Deux en particulier, qui seront élus samedi matin, celui de rapporteur général du budget et celui de président de la commission des finances, l'une des plus puissantes, dont les domaines de compétences vont des lois de finances au contrôle de l'exécution du budget, en passant par les banques. Deux postes parmi les plus exposés aussi ces prochaines semaines, tant la préparation et l'examen du budget de l'an prochain tournent au casse-tête avec un gouvernement en place qui gère les affaires courantes. Pour le poste de président de cette commission, des règles sont prévues par la Constitution depuis sa révision de 2008 et reprises ainsi dans l'article 39 du règlement de l'Assemblée : «Ne peut être élu à la présidence […] qu'un député appartenant à un groupe s'étant déclaré d'opposition.» Rien ne dit que ce groupe doit être celui qui a le plus grand nombre de députés. Les 73 membres de la commission participent ensuite au scrutin qui peut aller jusqu'à trois tours. Il est d'usage, afin de respecter les droits de l'opposition, que ceux rattachés à la majorité n'y participent pas. Le poste de rapporteur général du budget élu dans la foulée, revient, traditionnellement, à la majorité.

Le problème, cette fois, c'est que rien ne va de soi. Les combinaisons sont infinies. Il a d'abord fallu savoir quels groupes se déclaraient dans la majorité, dans la minorité ou dans l'opposition. Ce choix ne dépend pas nécessairement de l'arithmétique. Il n'engage à rien dans la durée, puisqu'il est révocable à tout moment. L'absence d'un nouveau gouvernement n'aide pas non plus à dissiper le brouillard. Il est peu probable que cette donne change d'ici à samedi matin. Ne se tirer aucune balle dans le pied Le premier sujet, celui de l'appartenance politique déclarée, a fait l'objet de longues discussions jusqu'à 18 heures jeudi, heure limite pour que cela soit inscrit au Journal officiel du lendemain. Au regard du résultat des législatives, auraient logiquement dû se déclarer majoritaires les élus du NFP, les plus nombreux. Après des hésitations, ils ont décidé de s'inscrire dans l'opposition. Le député insoumis Eric Coquerel voulait attendre le résultat d'André Chassaigne pour le perchoir : «Si on ne gagne pas, on sera dans l'opposition.» Sauf que les résultats pour la présidence de l'Assemblée ne sont pas tombés avant l'heure des déclarations d'appartenance… Au groupe socialiste, on est partis du principe que ce qui sera déterminant, ce n'est pas la couleur du président de l'Assemblée nationale, mais celle du futur occupant de Matignon. Se déclarer dans l'opposition serait donc le moyen de se fermer le moins d'options possibles, de ne se tirer aucune balle dans le pied. Le seul espoir aussi de garder un député de gauche à la présidence de la commission des finances. C'est cette option qui a été retenue, au moins jusqu'à ce que le président de la République «respecte la volonté du peuple français» en nommant à Matignon une personnalité désignée par le NFP.

Une voie d'autant plus envisageable que certains ont déjà l'intention de se déclarer majoritaires. La logique aurait voulu qu'actant leur défaite électorale, les macronistes rebaptisés «Ensemble pour la République» (EPR) optent pour l'opposition. Mais là non plus, la logique ne prévaut plus. Ils se sont déclarés dans la majorité jeudi soir, en plaidant la cohérence de ce choix avec la volonté de former un gouvernement de coalition. Cependant, rien ne les empêchait d'attendre, pour se déclarer majoritaires, que cet hypothétique gouvernement soit formé. Ce choix leur barre la présidence de la commission des finances.

A chacun des deux postes, la gauche et les macronistes ne manquent pas de candidats. Pour le NFP, le président sortant, Eric Coquerel, est d'abord «candidat à gouverner» et à rejoindre Bercy. Si la gauche se retrouve dans l'opposition, alors il est candidat à sa réélection, et il pensait mercredi «qu'il était le seul au NFP». Le socialiste Philippe Brun soumet, lui, à ses collègues de gauche sa candidature au poste de rapporteur général du budget, qui, «n'est pas nécessairement issu d'un groupe majoritaire». La députée PS Christine Pirès Beaune attend les réunions prévues vendredi à ce sujet pour se prononcer.

monnayer son soutien Côté macronistes, pour exercer la fonction de rapporteur, plusieurs se préparent. A commencer par le sortant, Jean-René Cazeneuve, qui se porte candidat. Mathieu Lefèvre l'est aussi. Quant à Thomas Cazenave, encore ministre chargé des Comptes publics, il est aussi cité, mais ne fait aucun commentaire. Si le gouvernement continuait pendant des semaines à gérer les affaires courantes, «il est difficile d'imaginer un ministre du Budget qui soit aussi rapporteur du même budget, ce serait baroque», relate un député EPR.

Le Mastermind continue aussi pour les autres partis de l'opposition, qui peuvent prétendre à la présidence de cette commission. Le Rassemblement national s'est déclaré comme tel et revendique la présidence de la commission des finances. Le député du parti d'extrême droite Jean-Philippe Tanguy est candidat, comme en 2022. La règle d'usage qui veut que les députés de la majorité ne prennent pas part au vote, pourrait ne pas s'appliquer. «Cela serait leur faire un gros cadeau que de leur filer cette commission, mais ce serait aussi leur faire un gros cadeau qu'ils soient nulle part», tergiverse un membre de l'exmajorité présidentielle. La Droite républicaine (DR), le nouveau nom du groupe LR, a essayé de monnayer cette présidence, entre autres postes, contre son soutien à la macroniste Yaël Braun- Pivet au perchoir – tout en s'inscrivant dans l'opposition. La députée DR Véronique Louwagie confirme, en tout cas, sa candidature, comme il y a deux ans. Reste aussi dans l'équation le groupe Liot, dont le député Charles de Courson a renoncé au perchoir et peut toujours se porter candidat à la présidence de cette commission, comme en 2022. Le chemin vers la combinaison secrète est encore long.

«Il est difficile d'imaginer un ministre du Budget qui soit aussi rapporteur du même budget. Ce serait baroque.» Un député EDR à propos de Thomas Cazenave

Le Monde
France, vendredi 19 juillet 2024 1064 mots, p. 7
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17 juillet 2024 - Le Monde (site web)
18 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Matignon : le PS et le PCF veulent un vote

L’idée de laisser le soin aux députés du NFP de trancher le nom du premier ministre est rejetée par les « insoumis »

Laurent Telo

Comment s’est réveillée la gauche, mercredi 17 juillet ? Comme les dix matins précédents. Avec la persistance d’une gueule de bois carabinée, en phase avancée d’autodestruction. Dès 7 h 40, sur France 2, Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Ecologistes, s’est dite « désolée du spectacle qu’on donne aux Françaises et aux Français ». « Je suis en colère, je suis écœurée, j’en ai marre, a-t-elle lâché face au blocage absolu des négociations pour s’accorder sur le nom d’un candidat commun du Nouveau Front populaire (NFP) au poste de premier ministre. On ne peut pas susciter l’espoir et décevoir autant après. »

Deux heures plus tard, aux abords de l’Assemblée nationale, dans un troublant mimétisme, Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris, soupire : « Je n’en peux plus. C’est la honte. »Ce qui la désole, notamment, c’est ce processus de négociations menées « en secret », en « conclave, entre quelques négociateurs. C’est, de fait, verrouillé. Pourquoi ne pas ouvrir les discussions à toute la représentation du NFP ? ».Pour tout décoincer avant qu’il ne soit trop tard, il faut, selon elle, « soit un consensus rapide parmi les députés, soit passer à un vote pour savoir qui on met à Matignon ». Cette méthode démocratique avait d’abord été privilégiée pour trancher la question du premier ministre, avant que la recherche délicate du consensus soit actée, lors d’une négociation nocturne.

« Une sortie par le haut »

Une quête d’entente parfaite qui n’aura, jusque-là, sécrété que des divisions. Et de l’acidité, essentiellement entre le Parti socialiste (PS) et La France insoumise (LFI). Le PS a dit non à la candidate suggérée par LFI : Huguette Bello, présidente du conseil régional de La Réunion, réputée trop proche de Jean-Luc Mélenchon. LFI a dit non à la candidate suggérée par le PS : Laurence Tubiana, économiste qui a notamment été présidente de la convention citoyenne pour le climat, réputée trop « Macron compatible ». Un parallélisme dommageable qui débouche sur une quadrature du cercle à mesure que les électeurs de gauche se désespèrent et que les discussions restent closes. Serait-ce le moment de changer de méthode ?

Mardi, les députés communistes ont dit souhaiter « soumettre au vote des députés la désignation d’un premier ministre » pour « trouver au plus vite une sortie par le haut ». Pas question de « courir plus longtemps le risque de laisser le gouvernail au président de la République ». Tout comme Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, qui a déclaré le même jour, à l’Assemblée : « Pourquoi ne pas voter ? Il faut avancer.(…) On ne va pas y passer des jours et des nuits. »Une position qu’il tient depuis un mois : le 18 juin, M. Faure réclamait « un vote » pour choisir le premier ministre en cas de victoire de la gauche.

Un avis partagé, depuis quelques jours, par François Ruffin, ex-député « insoumis » qui siège maintenant chez Les Ecologistes. Il insiste pour que « le choix du premier ministre du NFP ne soit plus laissé entre les mains des partis, mais remis entre celles des députés ».Lui aussi est agacé plus que de mesure par les atermoiements du NFP : « Qu’ils choisissent le candidat à chifoumi ou à la courte paille, mais qu’ils le fassent vite ! », s’est-il exclamé depuis son fief de la Somme, Amiens, le 14 juillet.

Un vote, donc, pour débloquer la situation ? Jérôme Guedj fait la moue. Le député PS de l’Essonne est aussi inquiet et désemparé que ses collègues, et cite le théoricien politique italien Antonio Gramsci : « Le pessimisme de la raison, l’optimisme de la volonté. » « Mais en ce moment, le premier prend un peu le dessus », confie-t-il, ne se déclarant pas emballé par un vote de tous les députés qui, selon lui, « accréditerait l’idée d’un groupe unique »de l’alliance de gauche à l’Assemblée.

« Cela n’a jamais existé du temps de la Nupes[Nouvelle Union populaire écologique et sociale] qui était régulée autant que possible par un intergroupe, mais pas par des votes collectifs. Et si le consensus a échoué, comment le vote peut débloquer, alors que voteraient dans la même pièce François Hollande et Sophia Chikirou[la députée LFI de Paris a comparé le « hollandisme » à des punaises de lit] ? Et on vote pour quoi ? »

Dans l’hypothèse d’un vote, Sandrine Rousseau est persuadée que la candidature d’Huguette Bello devrait être remise dans la boucle des « possibles » et finirait par s’imposer. Patrick Kanner, le président du groupe PS au Sénat, miserait plutôt sur l’« élection » interne de Laurence Tubiana : « Si elle s’engage à mettre en application l’essentiel du projet du NFP, je ne vois pas pourquoi les “insoumis” s’y opposeraient. Et je ne vois pas comment Macron l’écarterait. »

Mais quel intérêt d’un vote des députés pour LFI qui, numériquement, domine moins la gauche qu’il y a deux ans ? « Le vote, ce n’est pas la solution, selon Eric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis. Si on commence à mettre le doigt là-dedans, on devra le faire pour tous les postes de ministres. Il ne faut pas, non plus, qu’un vote fracture le NFP. »

Alors que le communiste André Chassaigne a été choisi mercredi comme candidat unique du NFP pour briguer la présidence de l’Assemblée, en vue du vote prévu jeudi, M. Coquerel distingue deux cas de figure : « Si on n’obtient pas la présidence de l’Assemblée, Emmanuel Macron devrait nommer un gouvernement technique pour passer l’été. On aura alors un peu de temps pour désigner notre candidat. Si on gagne la présidence, alors oui, il faudra vite se remettre en ordre de bataille, mais le choix rapide d’un candidat deviendra tellement nécessaire qu’on y arrivera. »

Sandrine Rousseau, elle, échafaude des scénarios inédits, dans l’espoir de sortir de l’impasse : « Et pourquoi ne pas imaginer un consensus sur un ticket pour Matignon ? Huguette Bello, premier ministre, et Laurence Tubiana, titulaire d’un ministère important. Le ministère de l’environnement, par exemple. Ou inversement. » Il reste peut-être encore un peu de temps, au PS et à LFI, pour s’écharper sur la place de numéro un de ce ticket… si jamais il fait consensus.

Le Figaro, no. 24853
Le Figaro, vendredi 19 juillet 2024 1806 mots, p. 3

Politique

Présidence de l'Assemblée : une élection au bout du suspense

À l'issue du premier tour, les retraits des candidatures de la droite et d'Horizons laissaient présager une possible réélection de Yaël Braun-Pivet. Avec de grandes incertitudes.

Service politique du Figaro, Service politique du Figaro

L'incertitude était encore grande, jeudi, en fin d'après-midi. Alors que les tractations vont bon train depuis plusieurs jours, le premier tour de l'élection pour la présidence de l'Assemblée nationale donnait une avance au communiste André Chassaigne (200 voix), devant le député RN Sébastien Chenu (142 voix) et la macroniste Yaël Braun-Pivet (124 voix). Laissant loin derrière les trois autres candidats : le député LR Philippe Juvin (48 voix), la philippiste Naïma Moutchou (38 voix) et le centriste Charles de Courson (18 voix).

Un résultat qui ne présageait rien du verdict final. Car après ce premier tour, Philippe Juvin et Naïma Moutchou ont décidé de se désister au profit de la présidente sortante de l'Assemblée nationale. Objectif : faire battre le communiste André Chassaigne, candidat commun du Nouveau Front populaire. «Aujourd'hui, notre seule mission, nous allons la remplir: empêcher la victoire de l'extrême gauche», résumait, entre deux couloirs, le député LR Fabien Di Filippo. Mais au jeu des reports de voix, rien n'est mathématique. Particulièrement dans une élection qui devait se jouer au troisième tour à la majorité relative. «On va être ric-rac» , commentait un ministre démissionnaire, pendant le deuxième tour, craignant un report de voix des députés Liot en faveur du communiste, ou, autre scénario, l'apport des suffrages des élus RN au centriste Charles de Courson. Mais espérant toutefois que l'alliance de circonstance avec la droite de Laurent Wauquiez fonctionnerait.

Car là est bien l'enjeu depuis quelques jours : faire barrage à la gauche, donc, et permettre aux macronistes et aux LR d'obtenir un maximum de postes au Palais Bourbon. À droite, on se réjouit des échanges avec les présidences des autres partis. «Si ça marche, c'est un très bon deal pour la droite et pour Laurent Wauquiez, compte tenu du nombre d'élus au sein de La Droite républicaine». Une grosse quarantaine seulement. L'évaluation des négociations se fera samedi, une fois que les présidents de commissions seront élus, mais, en attendant, les discussions entre Laurent Wauquiez, Gabriel Attal pour Renaissance et Marc Fesneau pour le MoDem étaient appréciées.

«Wauquiez a interrompu la réunion de groupe pour discuter avec Attal», rapporte-t-on. Après avoir compris que la présidence de l'Assemblée serait hors d'atteinte pour la candidate naturelle de la droite Annie Genevard, faute de soutien suffisant au sein du bloc de la majorité présidentielle, l'idée était de participer à un seul tour de scrutin pour faire barrage à la gauche en proposant la candidature «factice» du député Philippe Juvin (Hauts-de-Seine). «Un leurre», explique une députée. «On ne voulait pas que la candidature d'Annie Genevard permette au candidat de la NFP de passer.»

Alors, les élus de la droite parlementaire avaient prévu de soutenir la candidature de la présidente sortante de Renaissance, Yaël Braun-Pivet mais en croisant les doigts sur le nombre de députés présents au moment du vote, aucune délégation de vote n'étant permise. Parallèlement, la droite souhaitait obtenir plusieurs postes : deux vice-présidences de l'Assemblée pour Annie Genevard (Doubs) et Xavier Breton (Ain), un poste de questeur pour Michèle Tabarot (Alpes-Maritimes), une présidence de la commission des finances pour Véronique Louwagie (Orne) et un poste de rapporteur général de la commission des affaires sociales pour Yannick Neuder (Isère). Deux autres candidats étaient désignés pour le secrétariat de l'Assemblée : Philippe Gosselin (Manche) et Thibault Bazin (Meurthe-et-Moselle).

«Il faut être prudent sur la commission des finances. Je ne vois pas comment ils pourraient nous céder autant...», confiait un élu plutôt enclin à croire que d'autres présidences de commissions seraient plus accessibles. Un autre renchérissait : «Wauquiez ne s'est jamais fait d'illusion sur le perchoir. Il voulait les postes clés pour mettre en oeuvre son pacte législatif.» Critiquée pour ces tractations en coulisses, La Droite républicaine se défend en se disant parfaitement en phase avec les attentes de leurs électeurs. «Ils nous demandent de faire obstacle à la gauche et de ne pas bloquer l'Assemblée. C'est ce que nous voulons faire. Que proposent ceux qui nous blâment? Donner le pouvoir aux Insoumis?»

Comme la droite, les macronistes entendaient barrer la route de la gauche aux postes stratégiques du Palais Bourbon. Un objectif partagé que le chef de l'État voyait comme le point de départ d'une coalition gouvernementale, ou d'un «pacte législatif» pour reprendre le terme qu'Emmanuel Macron a emprunté à Laurent Wauquiez. À l'Élysée, on suggérait que le vote pour le perchoir déterminerait l'attitude que le chef de l'État va suivre dans les prochaines semaines en vue de la nomination du prochain gouvernement.

Gabriel Attal, qui a dit vouloir «bâtir des solutions depuis le Parlement», s'est discrètement investi dans les discussions ces derniers jours. «Le vote pour le perchoir, comme la composition du bureau de l'Assemblée et l'élection dans les commissions donneront une tonalité. On verra si les jalons d'un travail plus durable avec la droite sont posés, si on peut ensuite se mettre d'accord sur un programme de trois ou quatre grands textes à adopter ensemble ces prochains mois», commenter un conseiller de l'exécutif sortant.

Jusqu'au bout, le suspense a plané sur le soutien qu'apporterait l'ex-majorité à sa candidate Yaël Braun-Pivet . «L'issue est très incertaine, c'est très vaseux», commentait un député macroniste avant le début du scrutin. Tout en glissant : «Il y a beaucoup d'interrogations sur Yaël Braun-Pivet, elle n'est pas très soutenue.» C'est tout le paradoxe de la présidente sortante. Elle était la seule candidate présentée par le groupe Ensemble pour la République (EPR) présidé par Gabriel Attal, mais hors micro, les députés censés voter pour elle ne cachaient pas leur manque d'enthousiasme. Mardi, la rumeur d'une candidature concurrente de Jean-René Cazeneuve, député ex-Renaissance du Gers réputé proche de l'Élysée, avait couru. «Le cabinet de Gabriel Attal l'a poussé à réfléchir, mais il a décliné», raconte un député au fait des discussions.

Emmanuel Macron, qui entretient des relations exécrables avec Yaël Braun-Pivet, a lui-même donné le sentiment de la lâcher. «Il ne faut pas donner le sentiment que rien ne change», a-t-il seriné à une douzaine de députés de son camp reçus mardi à l'Élysée - un exercice qu'il a recommencé le lendemain avec un autre groupe d'élus. Un sentiment partagé dans l'ex-majorité, où l'on a peu de reproches directs à formuler contre la présidente sortante, mais où l'on redoute de donner l'image d'une continuité alors que les électeurs ont réclamé une rupture.

Au cours du même déjeuner, Emmanuel Macron a aussi appelé à faire battre André Chassaigne et mis en garde contre la candidature de Charles de Courson : le président conserve un très mauvais souvenir des manoeuvres de l'électron libre centriste lors de la réforme des retraites, l'an dernier. «Il n'y aura aucune forme de dialogue possible avec lui», a-t-il averti.

Mais le chef de l'État, qui a suivi l'élection au perchoir depuis le Royaume-Uni, où il participait à un sommet de la Communauté politique européenne, avait peu de marge de manoeuvre pour peser sur l'élection, alors que ses troupes sont désormais minoritaires et ont pris leurs distances. Entre une Assemblée devenue le coeur battant de la vie politique et un président politiquement affaibli, la séparation des pouvoirs semble plus réelle que jamais.

Le Nouveau Front populaire comptait de son côté profiter de l'élection à la présidence de l'Assemblée pour placer Emmanuel Macron au pied du mur. Si la gauche parvenait à faire élire un de ses députés au perchoir, elle aurait démontré qu'elle était en capacité de décrocher une majorité au Palais Bourbon. Et que le chef de l'État n'aurait donc aucune raison légitime et démocratique de refuser un gouvernement du NFP. Les députés de la coalition se sont entendus en seulement deux jours pour se ranger derrière la candidature du communiste André Chassaigne. Une rapidité étonnante au regard des négociations menées en parallèle, pour l'instant bloquées, pour désigner «au consensus» un premier ministre issu de leurs rangs. «Ça prouve que la nullité peut souffrir d'exception», ironisait l'ex-Insoumis François Ruffin, accablé par ses discussions qui n'en finissent plus.

Le choix de la gauche s'est porté sur André Chassaigne car le député du Puy-de-Dôme était jugé comme un des plus consensuels pour rassembler le plus de voix possibles dans les groupes hors gauche. Il faut dire que le communiste, élu pour la première fois en 2002, fait presque partie des meubles au Palais Bourbon. Sa bonhomie et sa défense de la ruralité font de lui un parlementaire apprécié au sein d'une bonne partie de l'Hémicycle. Également en lice, la présidente du groupe écologiste Cyrielle Chatelain a d'ailleurs retiré sa candidature jugeant celle de son collègue «plus à même de gagner». Par le passé, André Chassaigne n'avait cependant pas hésité à cibler LFI. Lors des débats contre la réforme des retraites, il s'était dit «choqué, blessé et humilié» par les propos d'Aurélien Saintoul qui avait qualifié «d'assassin» l'ex-ministre du Travail Olivier Dussopt. «Le débat démocratique, c'est un débat d'idées, ce n'est pas un échange d'insultes», avait-il affirmé à l'époque. Les Insoumis ne lui en ont donc pas tenu rigueur.

La constitution officielle des groupes à l'Assemblée nationale et la répartition des postes de vice-président vont-elles permettre d'accélérer les négociations à gauche pour enfin se mettre d'accord sur le nom à proposer à Matignon ? Au sein de la coalition, de plus en plus de voix réclament un vote des députés des quatre groupes de gauche pour trancher entre deux candidates : Huguette Bello et Laurence Tubiana. Si la première, présidente du conseil régional de La Réunion, proche de LFI a refusé, prenant acte qu'elle «ne pas faire l'objet d'un consensus», les proches de Jean-Luc Mélenchon lui ont réaffirmé leur soutien ces derniers jours. La haute fonctionnaire Laurence Tubiana, proposée par le PS, a, elle, indiqué dans un entretien à l'AFP : «Quand il y a une crise politique, il faut y répondre. Il y a besoin d'une personne de gauche. Si cela doit être moi, je le fais.» Reste toujours l'éternel problème : si le NFP parvient à se mettre d'accord sur un nom, rien ne garantit ensuite qu'Emmanuel Macron le nommera à Matignon.

Marine Le Pen, elle, a regardé pour la deuxième fois, avec fierté, son député des Bouches-du-Rhône, José Gonzalez, 81 ans, prononcer son discours, relu attentivement par Renaud Labaye, secrétaire général du groupe RN, à l'ouverture de la séance. En tant que doyen des députés, l'homme, né en Algérie, a présidé la séance. Autre motif de fierté pour la patronne des élus RN : Flavien Termet, député des Ardennes, benjamin de l'Hémicycle à 22 ans, qui a accueilli les votant à la tribune de l'Assemblée nationale. Certains d'entre eux, comme les Insoumis ou certains écologistes, ont refusé de lui serrer la main. Le député LFI des Bouches-du-Rhône, Sébastien Delogu, a même tenté de l'impressionner physiquement à la tribune de l'Assemblée, sous les yeux médusés des autres parlementaires.

Le Figaro, no. 24853
Le Figaro, vendredi 19 juillet 2024 701 mots, p. 4

Politique

Les 11 groupes parlementaires ont choisi leur président

Thomas, Beker

Les présidents des groupes politiques joueront un rôle essentiel dans la construction d'une majorité à l'Assemblée nationale. Certains d'entre eux y voient aussi une opportunité de peser en vue de la présidentielle de 2027.

Marine Le Pen (Rassemblement national)

La triple candidate à la présidentielle reste présidente du groupe RN. Même si le parti à la flamme n'a pas obtenu autant de députés qu'espéré après un premier tour triomphal, il est tout de même le premier groupe à l'Assemblée nationale avec 126 élus. Premier parti de France aux européennes et aux législatives en nombre de voix, le RN reste toutefois très loin de la majorité absolue (289 députés) et devra se contenter d'un rôle d'opposant numéro un dans l'Hémicycle.

Gabriel Attal (Ensemble pour la République)

Seul en lice après le retrait de Gérald Darmanin et d'Élisabeth Borne, le premier ministre démissionnaire présidera le groupe EPR composé d'une centaine de députés. Gabriel Attal avait mené la campagne des législatives du camp présidentiel, en prenant ses distances avec Emmanuel Macron. « Cette dissolution, je ne l'ai pas choisie, mais j'ai refusé de la subir », a-t-il lâché devant le perron de Matignon peu après les résultats du second tour.

ll devra toutefois unir ses troupes : le député du Nord Gérald Darmanin joue déjà les trouble-fêtes, prévenant lors d'une réunion à l'Élysée que « l'élection de Gabriel Attal ne règle ni la ligne politique, ni le fonctionnement du parti ».

Mathilde Panot (La France insoumise)

La présidente du groupe Insoumis depuis 2021 a été reconduite. Élue dès le premier tour dans le Val-de-Marne, c'est une très proche de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier l'avait même plébiscitée, expliquant dans une interview à 20 minutes que « quand Léon Blum devient chef du gouvernement en 1936, il n'est pas au niveau de Manuel Bompard, Mathilde Panot, ou Clémence Guetté ». L'Insoumise en chef refuse toute sorte d'accord avec la macronie.

Laurent Wauquiez (La Droite républicaine)

Il était le seul à se présenter pour prendre la tête du groupe. Rebaptisés « La Droite républicaine » , les LR « canal historique » s'opposeront « à tout gouvernement du NFP » et déposeront « immédiatement » une motion de censure s'il devait inclure des « membres de La France insoumise ». Laurent Wauquiez souhaite imposer une discipline plus forte au sein des LR pour que chaque décision actée par le collectif soit suivie « comme un seul homme », explique-t-on dans son entourage.

Boris Vallaud (Parti socialiste)

Patron du groupe socialiste depuis 2022, il a été reconduit à l'unanimité par ses collègues socialistes mercredi 10 juillet. Le Landais, camarade de promotion d'Emmanuel Macron à l'ENA, est l'un des grands gagnants de cette dissolution : son groupe double de volume et passe de 31 à 69 députés.

Cyrielle Chatelain (Groupe écologiste et social)

La députée de l'Isère a été reconduite mardi à l'unanimité. Le groupe, rebaptisé « écologiste et social » , accueillera les frondeurs insoumis - Clémentine Autain, Danielle Simonnet, Alexis Corbière, Hendrik Davi et François Ruffin - après leur rupture avec La France insoumise.

Laurent Marcangeli (Horizons)

Dans un communiqué publié dans la soirée du mardi 9 juillet, les députés Horizons - le mouvement d'Édouard Philippe - ont reconduit à l'unanimité le député de la Corse-du-sud Laurent Marcangeli à leur tête. Il souhaite voir un « accord de la droite républicaine aux sociaux-démocrates » pour former un gouvernement.

Marc Fesneau (MoDem)

Les 35 députés MoDem ont choisi le ministre de l'Agriculture comme président de groupe. Il est le seul membre du MoDem ayant obtenu un ministère de plein exercice.

Éric Ciotti (À droite)

Le Niçois peut souffler : au soir du second tour, il flirtait avec le seuil de 15 élus, seuil minimal pour constituer un groupe. À droite a finalement vu le jour, composé de 17 députés.

Stéphane Lenormand (Liot)

Les 14 députés Liot sortants réélus ont choisi Stéphane Lenormand, député de Saint-Pierre-et-Miquelon, pour présider ce groupe hétéroclite. C'est un des nouveaux visages du Palais Bourbon, puisqu'il a été élu député pour la première fois en 2022.

André Chassaigne (GDR)

Député depuis 2002, le communiste André Chassaigne a été réélu à la tête du groupe de la Gauche démocrate républicaine. Quelques jours plus tard, le Nouveau Front populaire l'a désigné comme candidat au perchoir après deux jours de négociation.- T. B.

L'Humanité
vendredi 19 juillet 2024 1374 mots, p. 8

Le piège LR-Macronie se referme sur la gauche

Emilio Meslet, Gaël De Santis et Lisa Guillemin

Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet est parvenue à se maintenir au Perchoir à la faveur de combines avec la droite. Le communiste André Chassaigne échoue de peu à la renverser.

Il leur fallait se sauver à tout prix. Quitte à verser dans la tambouille. Quitte à oublier que les Français viennent de voter aux législatives. Mais voilà venue la « clarification » attendue par Emmanuel Macron, qui a tout fait pour éviter d'avoir à reconnaître sa défaite électorale. À l'issue des trois tours de scrutin pour désigner le président de l'Assemblée nationale, le camp présidentiel a réalisé un hold-up. Les députés ont réélu Yaël Braun-Pivet, avec 220 voix. Dont 17 voix de ministres démissionnaires toujours en poste au mépris de la séparation des pouvoirs inscrite dans la Constitution. La titulaire du Perchoir pour la mandature à venir ne doit sa survie qu'à un deal d'arrière-cuisine avec « Les Républicains » (LR), qui l'ont aidé à battre le communiste et candidat commun du Nouveau Front populaire (NFP), André Chassaigne, qui a rassemblé 207 voix. « Honte à tous ces députés qui ont choisi une alliance de fortune, celle du camp présidentiel avec les droites. Leur politique est rejetée, mais ils veulent l'imposer. C'est un coup de force contre la démocratie », a réagi le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. Et l'écologiste Benoît Biteau d'appuyer : « Il ne faudrait pas que les macronistes le prennent à nouveau comme la validation de leur projet politique. »

Dès jeudi matin, le bruit d'un coup de Trafalgar parcourt les salles et jardins du Palais Bourbon. La presse est à l'affût de la moindre rumeur pouvant donner une indication sur l'issue du scrutin prévu à 15 heures le jour même. Les caméras, les micros tendus et les pages de carnets noircies sont légion, signe que ce 18 juillet est l'une de ces dates que l'Histoire retiendra. Les députés passent, s'arrêtent pour un duplex. Un long flottement s'installe. En coulisses, les manigances se trament dans l'objectif de faire perdre la gauche, favorite pour le Perchoir car elle dispose du plus grand nombre de sièges. Quelques échos des tractations arrivent aux journalistes. Et les divers élus de droite rodent leur récit, à l'instar de François-Xavier Ceccoli, qui assure que « le pays ne peut pas être paralysé » par une victoire du NFP. Son collègue Philippe Gosselin dit ne « pas avoir envie de (lui) donner les clés de cette maison, car (il) n'oublie pas que le président de l'Assemblée nationale nomme aussi des membres du Conseil constitutionnel ». L'accord de gouvernement demandé par la droite à la Macronie est en marche.

Un braquage en échange de sept postes

L'ex-président du groupe LR Olivier Marleix débarque même avec un exemplaire de la Grande Peur de juillet 1789 dans un petit groupe qui discute, dont l'ancien ministre d'Emmanuel Macron Guillaume Kasbarian. « Notre pays vit une période de grande instabilité. Nous vivons une crise économique, politique et institutionnelle avec un État impuissant. (...) Il faut donc un grand esprit de responsabilité pour éviter le pire. » D'après l'Opinion, l'actuel député à la tête de ce groupe, Laurent Wauquiez, a même réalisé le braquage du siècle : troquer sept postes, dont deux vice-présidences, la présidence de la commission des Finances et un poste de questeur, contre le soutien de ses 46 députés à une candidature macroniste. « On ne veut pas d'un communiste au Perchoir et nous ferons tout pour l'éviter », plastronne aussi le député d'extrême droite Kévin Mauvieux sur LCP.

Le piège est bien en place mais le NFP continue, en début d'après-midi, d'espérer qu'un sursaut soit encore possible, qu'il y ait « un trou de souris », comme le dit la communiste Elsa Faucillon. « Soit nous avons un président légitime - André Chassaigne - soit une présidente illégitime, estime l'insoumise Aurélie Trouvé. À quel moment les LR ont-ils expliqué à leurs électeurs qu'ils étaient des macronistes ? » La gauche compte sur l'expérience, la connaissance des rouages de l'institution et les bonnes relations en dehors du NFP de son candidat pour faire la différence. « Il a montré son indépendance et sa sincérité. Il n'est pas prisonnier du président de la République », loue Benjamin Lucas, porte-parole du groupe Écologiste et social. Avant d'être interrompu par l'élu du Modem Romain Daubié : « C'est un type bien qui, contrairement à d'autres, sait dire bonjour. Il va attirer des voix. »

« On fait comme s'il n'y avait pas eu de législatives »

Mais le Palais Bourbon est en lévitation, suspendu aux combines : vont-elles suffire aux macronistes pour sauver la peau du président ? Les bruits se font de plus en plus insistants, irritant nombre de parlementaires. Comme le régionaliste du groupe centriste Liot Paul Molac : « Si c'est un macroniste au Perchoir, ça voudra dire qu'on fait comme s'il n'y avait pas eu d'élections législatives. Ce serait un très mauvais signal envoyé aux deux tiers des Français. »

Peu avant 15 heures, la garde républicaine prend place, prête à accompagner le doyen de cette Assemblée vers l'Hémicycle. Devant les sabres au clair des militaires, le parlementaire RN José Gonzalez, 81 ans, s'avance salle des Pas-Perdus. Sur les fauteuils rouges, 574 des 577 députés prennent place par ordre alphabétique. Situation qui oblige des députés à s'asseoir là où le RN s'installe habituellement et les insoumis Antoine Léaument et Sophia Chikirou, par exemple, à siéger respectivement à côté de Marine Le Pen et Sébastien Chenu. « Il y a un cordon sanitaire entre nous », en rit le premier. Et toute l'Assemblée doit supporter de voir au Perchoir l'ouverture de la XVIIe législature présidée par un nostalgique de l'OAS qui, comme en 2022, regrette l'Algérie française, en évoquant son « déchirant déracinement ».

Un à un, les parlementaires montent à la tribune pour glisser un bulletin dans l'urne. Sauf le député Génération.s Sébastien Peytavie, en fauteuil roulant : « J'ai dû confier mon vote à un huissier. Une institution encore incapable d'adapter le vote pour les personnes handicapées. La maison du peuple, vous dîtes ? » a-t-il réagi sur X. Il a fallu attendre le troisième tour pour que l'urne lui soit amenée après l'intervention du communiste Stéphane Peu. La plupart des élus de gauche refusent de serrer la main de l'assesseur du jour, le benjamin de l'Hémicycle issu des bancs du RN. Il est un peu plus de 17 heures lorsque les résultats du premier tour tombent.

Treize petites voix d'écart

Avec 200 voix, André Chassaigne devance alors le lepéniste Sébastien Chenu (142 voix) et Yaël Braun-Pivet (124). Le LR Philippe Juvin (48) et la députée Horizons Naïma Moutchou (38) se retirent en faveur de leur alliée macroniste quand le Liot Charles de Courson (18) se maintient pour le second scrutin. Le camp présidentiel pèse alors 210 voix. « Nous appelons tous ceux qui ont déjà fait barrage républicain dans les urnes ou qui en ont bénéficié de se reporter vers André Chassaigne, qui va permettre d'apaiser le débat », plaide l'écologiste Léa Balage El Mariky.

L'optimisme ne fait alors pas loi chez les parlementaires de gauche. Deux heures plus tard, le deuxième tour accouche de ce résultat : Yaël Braun-Pivet (210), André Chassaigne (202), Sébastien Chenu (143) et Charles de Courson (12). À la surprise générale, ce dernier retire sa candidature et ouvre une voie à la victoire d'André Chassaigne, lequel a 8 voix de retard. En cas d'égalité, le communiste, plus âgé, l'emporterait.

Mais, vers 20 h 30, Yaël Braun-Pivet est annoncée gagnante par José Gonzalez. Elle récolte 13 voix de plus que son principal adversaire. « Nous avons pu voir un pays inquiet, fracturé. Nous avons aujourd'hui une immense responsabilité, a-t-elle dit une fois installée au Perchoir. Nous devons apporter de nouvelles solutions avec de nouvelles méthodes. (...) Nous n'avons pas le choix. Nous devons nous entendre. Nous devons coopérer. » Le député communiste et coprésident du groupe GDR André Chassaigne répond : « Nous serons dans l'Assemblée les défenseurs du pouvoir législatif qui ne doit pas être la courroie de transmission de quelque exécutif que ce soit. Le vote des Français a été volé par une alliance contre nature. Que les députés LR qui ont permis cela se déclarent dans l'opposition est malsain et nauséabond. »

Celle qui fut vilipendée pour ses innombrables coups de force rempile, comme si les Français n'avaient pas voté. Emmanuel Macron va désormais s'appuyer sur ce résultat pour empêcher l'arrivée de la gauche au pouvoir. Elle n'a pourtant pas dit son dernier mot.

Le Monde
France, vendredi 19 juillet 2024 1338 mots, p. 6,7
Aussi paru dans
18 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Après les législatives

La présidence de l’Assemblée, une élection décisive

Les députés vont devoir choisir entre six candidats jeudi. Dans un Hémicycle sans majorité, le vote pour le perchoir va tenir lieu de baromètre des rapports de force entre les trois principaux blocs qui s’affrontent

Mariama Darame

Le vertige de la dissolution, le spectre de la victoire de l’extrême droite et, en définitive, un système politique profondément déréglé. Une dizaine de jours après leur élection, les députés de la XVIIe législature se réunissent, jeudi 18 juillet, pour élire le président de l’Assemblée nationale. Le dix-neuvième depuis 1958. Dans un Hémicycle sans majorité, cette première élection interne tient lieu de baromètre des rapports de force entre les différents blocs, de la gauche à l’extrême droite.

Pour la première fois sous la Ve République, l’élection du président de l’Assemblée nationale va rompre avec la logique majoritaire sur laquelle s’est toujours appuyé le quatrième personnage de l’Etat pour être élu et pour construire sa légitimité auprès de ses pairs au Palais-Bourbon et auprès de l’exécutif. Le nouvel occupant du perchoir sera cette fois issu d’un groupe minoritaire, et peut-être même dans l’opposition au gouvernement. « Politiquement, il va falloir que le président de l’Assemblée prouve son utilité dans la période, qu’il se fasse accepter par ceux qui n’ont pas voté pour lui »,avance l’ex-garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas, auteur d’un Manuel de survie à l’Assemblée nationale (avec Magali Alexandre, Odile Jacob, 2012).

L’élection de jeudi va voir s’affronter dans un suspense entier six députés au cours d’une élection à bulletins secrets, avec trois tours possibles (les deux premiers à la majorité absolue, le troisième à la majorité relative). La campagne s’est faite à bas bruit, rythmée par les tractations discrètes, et des alliances consolidées dans les dernières heures.

Profusion et fragmentation

La présidente sortante, Yaël Braun-Pivet, concourt pour le groupe présidentiel, Ensemble pour la République, et pour ses alliés du MoDem. Le parti d’Edouard Philippe, Horizons, fait bande à part, et présente la députée du Val-d’Oise, Naïma Moutchou. A gauche, le communiste André Chassaigne incarne le compromis trouvé entre les quatre partis du Nouveau Front populaire (NFP). Le groupe du Rassemblement national (RN) et ses alliés ciottistes se sont ralliés derrière Sébastien Chenu (RN, Nord). Le député centriste du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT), Charles de Courson, est également en lice. Enfin, à droite, c’est le député des Hauts-de-Seine, Philippe Juvin, qui va représenter le groupeLa Droite républicaine.

Cette profusion de prétendants reflète la fragmentation de l’Hémicycle, mais aussi le regain d’intérêt pour une fonction qui a vocation à devenir centrale dans la confusion politique qui s’installe, avec un gouvernement Attal démissionnaire, chargé de la gestion des affaires courantes. Lequel pourrait perdurer au moins jusqu’à la fin des Jeux olympiques, le 11 août. L’Assemblée nationale ne peut se référer à aucun gouvernement pour établir le cadre de son action.

Soucieux de garder la main, Emmanuel Macron a dit attendre « la structuration de l’Assemblée »pour déterminer ses prochains mouvements, dont la nomination d’un nouveau premier ministre. Le chef de l’Etat a ainsi transformé l’élection à la présidence de l’Assemblée en un test politique grandeur nature pour l’alliance de la gauche, qui estime être légitime pour former un gouvernement après être arrivée en tête aux élections législatives. S’il parvient à obtenir le perchoir, le NFP, qui dispose de 182 sièges, aura fait la démonstration de sa légitimité à gouverner. En cas d’échec, il sera démonétisé, estiment ses opposants, qui se structurent du côté de la coalition présidentielle, de la droite et de l’extrême droite pour l’empêcher de gouverner.

« Je comprends le raisonnement arithmétique qui consiste à dire que si la gauche n’arrive même pas à faire élire un président de l’Assemblée, c’est donc qu’elle n’arrivera pas à avoir un gouvernement majoritaire. Mais, attention, ne confondons pas les choses,tempère l’ancien président de l’Assemblée nationale François de Rugy (2017-2018). Le résultat de l’élection à la présidence de l’Assemblée est d’abord un accord de fonctionnement. Ce n’est pas un accord de gouvernement ni une majorité en faveur d’un projet politique. »

La gauche s’est néanmoins pliée à la logique du chef de l’Etat pour tenter de sortir de la crise interne dans laquelle elle est engluée depuis le lendemain des élections législatives. A défaut de s’accorder sur un nom pour Matignon, les quatre partis du NFP se sont rangés derrière la candidature du communiste André Chassaigne pour le perchoir. Son profil – expérimenté, élu d’un terriroire rural – est considéré comme le plus efficace, selon eux, pour rallier des voix au-delà de l’alliance de gauche.

Lot de consolation

Quel que soit le candidat élu, cette élection aura des répercussions politiques et institutionnelles difficiles à appréhender, tant elles dépendent de la personnalité qui endossera le rôle. « Soit c’est un président d’Assemblée qui va se focaliser sur son statut personnel, son aura, sa gloire dans cette période exceptionnelle ; soit c’est un président qui aura à cœur d’être un agent stabilisateur et facilitateur pour former des coalitions. Ou bien il restera un personnage installé au cœur de sa famille politique pour préserver l’unité du bloc dont il est issu »,développe Jean-Jacques Urvoas.

Dans un passé récent, le rôle a été tenu par Richard Ferrand, soutien indéfectible d’Emmanuel Macron, élu en 2018. Pour le député du Finistère, il s’agissait d’une sorte de lot de consolation, après sa démission forcée du ministère de la cohésion des territoires à la suite de l’affaire des Mutuelles de Bretagne. Sa successeure, Yaël Braun-Pivet, a, elle, volontairement démissionné du ministère des outre-mer, en 2022, pour briguer le perchoir, contre l’avis du chef de l’Etat, avec lequel elle n’a jamais noué de liens personnels ou politiques.

Cette fois-ci, le président de l’Assemblée nationale sera confronté à une équation parlementaire complexe : l’exécutif ne pourra plus imposer tous ses textes et une dizaine de groupes vont essayer de coexister. « C’est le moment où l’Assemblée doit affirmer son indépendance vis-à-vis de l’exécutif. Quelle que soit la légitimité de l’exécutif à faire passer des lois, ce ne sera que si l’Assemblée le désire »,juge François de Rugy.

Le bureau – la plus haute instance collégiale de l’Assemblée – comme la conférence des présidents, qui réunit tous les présidents de groupe et qui élabore l’ordre du jour, seront des espaces cruciaux pour tenter de créer une dynamique parlementaire malgré l’absence de majorité. « Le président de l’Assemblée n’est ni un surveillant général ni la reine d’Angleterre,juge le socialiste Claude Bartolone, occupant du perchoir sous la présidence Hollande (2012-2017). Il a un rôle politique, il a un rôle institutionnel et il a ce rôle, notamment avec cette Assemblée patchwork, d’essayer d’établir un minimum de complicité intellectuelle entre les uns et les autres. »

L’ex-député de Seine-Saint-Denis estime notamment que les consignes de vote qui visent à exclure le RN ou La France insoumise des postes à responsabilité de l’Assemblée, par stratégie ou au nom d’un front républicain qui s’étendrait aux bancs de l’Hémicycle, pourraient lourdement entraver la présidence du futur occupant du perchoir. « Il est normal d’exprimer son opposition avec ces partis. Mais, à partir du moment où ils ont des électeurs et des députés, vous ne pouvez pas dire : “Ecoutez, de toute façon, on va faire sans vous.” Vous créez une force d’opposition structurelle qui va vous empêcher d’avoir les débats nécessaires », appuie M. Bartolone. Dès vendredi, avec la constitution du bureau et l’élection des vice-présidents, questeurs et secrétaires, le nouveau président de l’Assemblée nationale sera confronté, seul, à l’ampleur de sa tâche et à sa première épreuve d’autorité.

Le Monde
France, vendredi 19 juillet 2024 1311 mots, p. 8
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18 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Le rebond contrarié de Jordan Bardella au Parlement européen

Après l’échec du RN aux législatives, le présidentdu parti a été élu à la tête du groupe Les Patriotespour l’Europe. Mais les embûches s’accumulent

Clément Guillou

Strasbourg - envoyé spécial - J ordan Bardella n’est pas entré à Matignon comme il l’espérait, mais ne renonce pas à découvrir le grand monde. Après Libération, qui rapportait ses visites répétées au conseiller officieux d’Emmanuel Macron, Thierry Solère, ces derniers mois, Mediapart a révélé qu’il se trouvait le 12 juillet, cinq jours après sa défaite aux élections législatives du 7 juillet, dans la villa de l’animateur favori de Vincent Bolloré, Cyril Hanouna, dans le golfe de Saint-Tropez. Une bulle de légèreté avant de retrouver, deux jours plus tard, le Parlement européen, à Strasbourg, où il a été élu le 8 juillet à la présidence du groupe d’extrême droite Les patriotes pour l’Europe. Le troisième groupe de l’hémicycle, négocié entre Marine Le Pen et le premier ministre hongrois, Viktor Orban, depuis des mois.

Après avoir échoué à s’emparer de Matignon, le président du Rassemblement national (RN) continue son rude apprentissage au contact des hautes sphères. Sa suprématie est déjà contestée au sein de son propre groupe, par des alliés exigeants. Et le cordon sanitaire qui prive l’extrême droite de tout pouvoir se révèle en titane. M. Bardella espérait le briser en charmant la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.

Après avoir courtisé les votes de son groupe, que le Français lui a accordés à l’issue d’un entretien bilatéral, la conservatrice maltaise l’a superbement ignoré dans son tour de remerciements. La droite européenne a ensuite empêché Les Patriotes de décrocher les postes de vice-présidents auxquels il pouvait prétendre, laissant aux membres de ce groupe la désagréable impression de s’être « fait rouler ».

Enfin, l’autre chantier estival de Jordan Bardella, la réorganisation du RN, semble déjà engagé par celle qui prétendait vouloir se retirer des affaires internes. Après que le dispositif mis en place par le numéro un du parti a montré ses limites, Marine Le Pen avance déjà ses pistes de réforme et en dit bien plus que le président lui-même. Dans un entretien à Valeurs actuelles,publié mercredi 17 juillet, elle prône « un processus de déconcentration du mouvement », passant par un retour de l’implication des députés dans les fédérations – députés sur lesquels la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale a autorité.

Pour Jordan Bardella, « l’après » a commencé lundi 15 juillet dans la salle Weiss R 3.1 du Parlement européen, moins chargée d’histoire et de dorures que le bureau à l’étage de l’hôtel Matignon. Un cadre froid dans lequel il s’est présenté à ses 83 collègues du groupe Les Patriotes, formé à l’initiative de Viktor Orban, qui en a laissé la présidence au RN, très dominant numériquement. On ne refuse pas une ligne de plus sur le CV lorsqu’on a 28 ans : surprenant son monde au lendemain du second tour des législatives, Jordan Bardella a mis son nom sur le poste. Cela fait moins chic que « premier ministre de la France », mais signale tout de même un changement de statut. « Il fallait faire face au revers de Matignon,explique Mathilde Androuët, l’une des proches de Jordan Bardella, réélue députée européenne. Il ne faut pas perdre cette aura que vous donnent certains titres. Maintenant, on veut en être. On veut passer la porte. »

Un poste prestigieux, pour quelle stratégie ? Jordan Bardella n’a pas sacrifié à l’exercice de la conférence de presse ni souhaité rencontrer Le Monde. Il faut donc se fier à ses premiers actes de député européen reconduit. Là où une partie de son entourage l’encourageait à se réinscrire dans une commission qu’il pourrait facilement sécher – il ne s’était jamais rendu physiquement dans la très accessoire commission des pétitions, entre 2019 et 2024 –, Jordan Bardella a finalement brigué la présidence de groupe et la commission des affaires étrangères.

Le groupe et les chausse-trapes

Cette commission est l’occasion, souligne son entourage, de le « présidentialiser » et d’orienter la ligne du parti dans un sens moins russophile – ainsi que le souligne la mise à l’écart de cette commission de l’eurodéputé Thierry Mariani, jugé trop proche des positions de Moscou. Ambition contrariée au premier jour du mandat, le RN ayant voté contre une nouvelle résolution de soutien à l’Ukraine, au motif que Kiev demandait son adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN, tout en condamnant fermement les initiatives diplomatiques de Viktor Orban.

Le principal fil à la patte que s’est attaché Jordan Bardella est toutefois la présidence du groupe, dont la bonne marche souffrirait mal une gestion à distance. « Il n’aura d’autre choix que de s’investir, estime le député (Somme) Jean-Philippe Tanguy. Quand on dirige le groupe, on est encore plus responsable de ce que les autres vont faire et dire. » Or, s’inquiète un autre lepéniste familier des partenaires du RN, « il y aura un tas d’emmerdes pendant cinq ans, car il y a forcément des tarés dans le lot ».

La première chausse-trape prend la forme d’un général italien élu un peu trop vite. Mercredi 17 juillet, dans une autre salle du Parlement européen, Jordan Bardella a, enfin, fait la connaissance de son vice-président, l’Italien Roberto Vannacci, dont il demande la démission du bureau… alors même que les eurodéputés RN ont accepté son élection à ce poste par acclamation, une semaine plus tôt. Le 8 juillet, M. Bardella ne s’était pas déplacé, prétextant un entretien au « 20 heures » de TF1 le soir même, et ses représentants n’ont pas vu le problème. L’extrémisme du général italien, présenté par la Ligue de Matteo Salvini, avait pourtant fait jaser durant la campagne italienne : l’allié de Jordan Bardella est devenu une célébrité dans son pays à coups de formules homophobes, racistes et de clins d’œil au régime mussolinien. La nomination de Roberto Vannacci a mis Jordan Bardella dans une colère rare, relayée jusqu’en Italie par des cadres du RN.

Coupe militaire, costume beige, français d’école, Roberto Vannacci promène son assurance dans les couloirs du Parlement européen. Et laisse entendre au Monde qu’il faudra bien plus que quelques menaces du Rassemblement national par voie de presse pour le faire renoncer à ses attributions nouvelles, légitimées par un vote populaire qui l’a, en Italie, placé en deuxième position derrière Giorgia Meloni, en dépit d’un parti en perte de vitesse : « Il n’y a aucune discussion à avoir. Cela s’appelle la démocratie. La Lega[“la Ligue” en italien] me soutient, je suis là et je reste. »Le parti de Matteo Salvini s’étonne de ce que son allié souhaite « installer un cordon sanitaire au sein de son propre groupe », tandis qu’au Parlement européen, on s’amuse de cette extrême droite française qui demande à ses partenaires tantôt de réécrire leur programme, tantôt de changer ses représentants.

En quelques jours à Strasbourg, Jordan Bardella a eu un autre aperçu des pièges potentiels d’une cohabitation avec le parti de Viktor Orban, fraîchement revenu d’une tournée qui l’a conduit à rencontrer Recep Tayyip Erdogan, Xi Jinping, Vladimir Poutine, mais aussi Volodomir Zelensky. Avec l’aval de Jordan Bardella, les élus du parti hongrois Fidesz ont été à l’initiative d’une résolution plus loquace sur les imperfections de la démocratie ukrainienne que sur l’aide à apporter à Kiev. Puis ils ont réclamé – en vain – une résolution condamnant la tentative d’assassinat de Donald Trump. Un député d’extrême droite, bon connaisseur de la mécanique européenne, annonce la couleur : « Orban va faire la pluie et le beau temps et passer son temps à l’embarrasser. » De quoi faire regretter Matignon ou les soirées tropéziennes.

Le Monde
France, vendredi 19 juillet 2024 643 mots, p. 7
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18 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Juvin, un « macroncompatible » choisi pour représenter la droite

Le député des Hauts-de-Seine a été préféré à l’élue du Doubs Annie Genevard pour tenter de conquérir le perchoir, jeudi

Alexandre Pedro

La nuit doit porter conseil, ou alors c’est que la droite aime être désirée. Quand les cinq autres candidats pour briguer la présidence de l’Assemblée nationale étaient connus depuis mercredi après-midi, le groupe La Droite républicaine a entretenu le suspense jusqu’au dernier moment. Le choix de Philippe Juvin a définitivement été arrêté lors d’une dernière réunion, jeudi 18 juillet au matin. Présenté comme l’un des plus « macroncompatibles » d’un groupe qui s’appelait encore Les Républicains (LR) il y a une semaine, le député des Hauts-de-Seine est le candidat de la droite au perchoir.

Quand Philippe Juvin arrive à l’Assemblée, mercredi matin, Annie Genevard est encore la grande favorite. La députée LR du Doubs a défendu sa candidature dans les médias, en mettant en avant son expérience de première vice-présidente de l’Assemblée, entre 2017 et 2022. Interrogée par Le Monde, elle réaffirme sa volonté de se présenter. « On élit une personne et pas un parti politique, ni un groupe. Et je pense que mon expérience parle pour moi. » Elle concède bien un rendez-vous avec Philippe Juvin dans la journée. Une simple politesse, pense-t-on, à l’égard de l’autre candidat pressenti.

En début d’après-midi, les deux prétendants sortent des bureaux de leur groupe. Annie Genevard entretient le mystère sur l’officialisation de sa candidature. « Vous verrez bien. Ce que je peux vous dire, c’est que nous avons trouvé ungentlemen’s agreement” », laisse alors entendre la secrétaire générale des Républicains.

Les quarante-cinq membres du groupe entrent ensuite dans un tunnel de réunions. Leur nouveau président, Laurent Wauquiez, en profite pour promouvoir la nouvelle génération, avec la nomination de trois trentenaires à la vice-présidence, Antoine Vermorel-Marques, Justine Gruet et Ian Boucard, pour accompagner le plus expérimenté Patrick Hetzel. Mais la surprise est ailleurs. Philippe Juvin est finalement présenté comme le candidat favori de la droite pour tenter de prendre le perchoir.

Monnaie d’échange

Ces derniers jours, le médecin urgentiste a plaidé pour une « grande coalition à l’allemande », avec les Hauts-de-Seine comme laboratoire. L’ancien maire de La Garenne-Colombes a été élu dès le premier tour aux législatives, dans le cadre d’un accord de non-agression avec les macronistes du département, dont le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, candidat dans la 10e circonscription. « Ma position en faveur d’un bloc central est connue depuis deux ans », assume M. Juvin qui défendait l’idée d’un élu LR à Matignon dès avril 2023, dans une tribune publiée par Le Figaro.

Faut-il alors voir dans sa candidature un alignement de Laurent Wauquiez sur sa ligne « constructive » ? Rien n’est moins sûr. Officiellement, le député de la Haute-Loire refuse toute coalition gouvernementale et préfère mettre en avant son idée de « pacte législatif », un partenariat possible texte par texte avec le groupe Ensemble pour la République (coalition présidentielle).

Mais avant les textes, il y a les postes. Et la candidature de Philippe Juvin apparaît, dans le fond, comme une possible monnaie d’échange dans le cadre des tractations avec l’ex-majorité et le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires. Le désistement du candidat de la droite après le premier tour de scrutin, jeudi, serait conditionné à la garantie d’une vice-présidence pour… Annie Genevard.

Dans les négociations, la droite tente de pousser son avantage jusqu’à demander un poste de questeur pour Michèle Tabarot (Alpes-Maritimes) et convoite aussi la présidence de la commission des finances pour Véronique Louwagie (Orne) plutôt appréciée dans le bloc central. Cette longue liste de courses ferait oublier que malgré les ambitions présidentielles de M. Wauquiez, son groupe n’est jamais que le cinquième en ordre d’importance. Mais visiblement pas le dernier pour négocier.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, vendredi 19 juillet 2024 774 mots, p. AUJM4,AUJM5,AUJM5,AUJM6
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18 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
19 juillet 2024 - Le Parisien

RéélueiLa revanche de Yaël Braun-Pivet

Réélue après un accord avec la Droite républicaine, le groupe de Laurent Wauquiez, la députée des Yvelines réussit son pari. Malgré les critiques d'une partie de la macronie pendant la campagne pour le perchoir.

Olivier Beaumont

Un cliché, noir et blanc, pris au débotté, le soir du 9 juin, depuis la terrasse de l'Élysée, suffit pour comprendre à quel point Yaël Braun-Pivet revient de loin. Il est signé de la photographe officielle du chef de l'État, et publié quelques jours plus tard sur son compte Instagram. On y voit Emmanuel Macron assis face à la présidente de l'Assemblée nationale. Il vient de lui apprendre qu'il a décidé la dissolution, donc de précipiter la fin de son mandat au perchoir.

Elle est consternée. Il va falloir repartir au combat. D'abord, assurer sa réélection dans sa circonscription des Yvelines, ensuite batailler pour espérer être reconduite à la tête de la Chambre basse. Tout sauf une mince affaire...

« Elle voulait être neutre »

Ce jeudi soir, au gré d'un interminable suspense et d'un scrutin jusqu'au bout incertain, l'éphémère ministre des Outre-mer en mai-juin 2022 est parvenue à sauver sa place et son statut de 4 e personnage de l'État. Elle entre aussi une deuxième fois dans l'histoire de l'Assemblée, en étant, après avoir été la première femme élue au perchoir, la troisième personnalité seulement, depuis le début de la V e République, à parvenir à s'y faire réélire, après Jacques Chaban-Delmas et Laurent Fabius.

Il y a encore quelques jours pourtant, même dans son camp, peu y croyaient. « Sa candidature est morte, personne ne veut d'elle, elle n'a pas d'équipe », jurait un pilier de la macronie. La faute à des inimitiés cultivées ces deux dernières années, contre une Braun-Pivet suspectée de jouer sa propre partition pour 2027.

« Et puis, elle n'a pas toujours été en soutien auprès des siens. Elle voulait être neutre à la tête de l'Assemblée, alors qu'elle nous devait son élection », pestait encore ce jeudi matin un ministre démissionnaire, l'accusant notamment de complaisance vis-à-vis du RN, à qui elle avait réservé deux vice-présidences dans l'hémicycle.

En janvier 2023, le parti d'extrême droite s'était même amusé en reprenant sur les réseaux sociaux ses propos dans « le Figaro », quand elle déclarait que les députés de Marine Le Pen « montrent qu'ils travaillent, qu'ils sont présents ». Tollé en macronie. À notre journal, elle répondait alors à ceux qui, au sein de Renaissance, l'accusaient de ne pas assez les défendre : « Le rôle d'un président de l'Assemblée nationale n'est pas de ménager tel ou tel camp. Il serait aberrant de me voir favoriser un député parce qu'il vient de ma famille politique. Si je m'aventurais dans cette voie, j'aurais une piètre image de ma présidence. » Fermez le ban.

Sa liberté vient peut-être de son parcours, elle qui a eu d'autres vies avant d'entrer en politique en 2017. Une carrière d'avocate pénaliste, un temps expatriée au Japon pour suivre la carrière de son mari, mère de cinq enfants, engagée dans les Restos du coeur de son département. Son premier coup, elle le réalise à peine élue au Palais-Bourbon, en raflant la très convoitée présidence de la commission des Lois, qui la révèle au moment des auditions de l'affaire Benalla.

Cinq ans plus tard, elle arrive à se faire élire au perchoir, contre vents et marées déjà, puisqu'elle n'est pas la candidate choisie par Emmanuel Macron. Face au favori, Roland Lescure, elle parvient quand même à s'imposer par 105 voix contre 85 lors de la primaire de la majorité. Son premier vrai acte d'affranchissement à l'égard de l'Élysée.

« Souci d'unité »

Ces derniers jours, la présidente réélue n'a pas ménagé sa peine en coulisses. Des heures pendue au téléphone, pour tenter de convaincre que, même si d'autres, en interne, auraient aimé avoir un autre candidat, elle était cependant la seule en capacité réelle de pouvoir agréger des voix au-delà de sa famille politique. Donc de permettre au bloc central de sauver sa peau. « Elle est malgré tout la sortante. Et le fait d'avoir su traiter les autres groupes par le passé lui confère indéniablement un avantage par rapport à n'importe qui d'autre chez nous », confiait en début de semaine un député Ensemble pour la République. À tel point que, dans la dernière ligne droite avant le début du scrutin, les grandes voix du groupe ont appelé à voter pour elle.

La voilà donc renforcée et de plus en plus persuadée qu'elle peut compter en 2027.

Le Monde
France, vendredi 19 juillet 2024 696 mots, p. 7
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18 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Les petits calculs du RN pour conserver ses postes-clés

Le parti d’extrême droite, qui comptait deux vice-présidences lors de la précédente législature, cherche des appuis dans les autres groupes

Clément Guillou et Corentin Lesueur Clément Guillou et Corentin Lesueur

Marine Le Pen a décidé de ne plus pourfendre le « système ». Cette prétendue coalition de l’ensemble du champ politique, social et économique qui se liguerait contre le Rassemblement national (RN) et ses électeurs pour l’empêcher d’accéder au pouvoir. Difficile pour la triple candidate à la présidentielle de tancer un « système » tout en prenant part aux « jeux d’appareil », ces manœuvres institutionnelles qui ont longtemps laissé aux marges le parti fondé par Jean-Marie Le Pen.

Autrefois honnies, les « combines » n’ont jamais autant occupé les têtes pensantes du RN qu’à l’approche de l’élection du président de l’Assemblée, jeudi 18 juillet. Le parti a son propre candidat au perchoir – Sébastien Chenu, vice-président lors de la dernière législature –, sans se faire la moindre illusion sur les chances du député du Nord d’obtenir une majorité de suffrages. Son parti prévoit de le retirer de la course, peut-être même avant le deuxième tour. Le temps d’ « évaluer les forces en présence » et de déterminer quel autre candidat – et opposant – sera le plus susceptible de servir les intérêts futurs du RN.

S’ils veulent espérer le soutien des 125 membres du RN, les candidats à la tête de l’Assemblée nationale – notamment Yaël Braun-Pivet, présidente sortante (Ensemble), ouNaïma Moutchou, qui représente le groupe Horizons – doivent remplir la condition posée par le parti d’extrême droite : « Soutenir les institutions et la pluralité. » Soit l’attribution aux troupes de Marine Le Pen de quelques-uns des postes-clés du Parlement (vice-présidences, questeurs, secrétaires), qui seront répartis vendredi 19 juillet.

Aucun cadeau à Eric Ciotti

Reste pour le RN à savoir lequel des candidats apportera les voix nécessaires à son maintien au sein du bureau de l’Assemblée, après les vice-présidences de Sébastien Chenu et d’Hélène Laporte jusqu’à la dissolution du 9 juin.

Officiellement, le mouvement de Jordan Bardella revendique quatre postes (deux vice-présidences, un des trois questeurs, un secrétaire), à la hauteur de son rôle revendiqué de « premier opposant » à Emmanuel Macron et de première force en nombre de députés. Le RN réclame aussi la présidence de la commission des finances, qui doit être attribuée samedi 20 juillet et promise à l’opposition par le règlement de l’Assemblée. En coulisses, le RN craint de se retrouver « sans rien du tout ». La faute au Nouveau Front populaire (NFP) et au groupe Ensemble pour la République (EPR), dirigé par Gabriel Attal, qui veulent écarter les lepénistes de la distribution de ces prestigieuses fonctions.

Faute d’accord entre l’ensemble des présidents de groupes vendredi matin, leur attribution risque de se jouer dans l’hémicycle. Avec la nécessité pour le RN de s’assurer le soutien d’assez de voix pour contrer l’abstention attendue d’Ensemble et l’opposition promise des 182 élus de la gauche. Le choix final de Marine Le Pen dans la course à la présidence devrait bénéficier au candidat qui lui assurera, dès jeudi, le plus grand secours pour le lendemain.

« Le groupe RN occupe 21,8 % des sièges grâce à nos 125 députés. Malgré cela, le camp macroniste et l’extrême gauche veulent feindre de l’ignorer et nous exclure de postes stratégiques à l’Assemblée nationale », a déploré le RN dans une pétition publiée mercredi 17 juillet. Une initiative créée dans l’unique but de collecter les données personnelles de sympathisants, reconnaît un proche de Marine Le Pen. Une chose est sûre dans les rangs du RN : le parti de Marine Le Pen ne compte faire aucun cadeau à Eric Ciotti, son nouvel allié, à la tête d’un modeste groupe de dissidents Les Républicains (LR, 16 députés). « J’espère que vous n’allez pas lui filer la questure à ce petit con » , a soufflé la députée européenne LR Nadine Morano, le 16 juillet, à Strasbourg, en s’adressant à Dominique Bilde, ex-élue RN du Parlement européen. Suggestion retenue. Le RN a coché le nom de Bruno Bilde – fils de Dominique – pour décrocher l’un des trois postes de questeurs.

Libération
vendredi 19 juillet 2024 1323 mots, p. 6,7

France

Yaël Braun-Pivet rempile, la gauche fulmine

Par Victor Boiteau; Jean-Baptiste Daoulas; Laure Equy; Sacha Nelken

France

Et à la fin, ce sont les perdants des législatives qui gagnent le perchoir. Présidente de l'Assemblée dissoute, la macroniste Yaël Braun-Pivet a retrouvé son siège, jeudi, élue au troisième tour de scrutin, à la faveur d'une entente avec les députés du parti Les Républicains. Un rapprochement où beaucoup voient le début d'une entente à plus long terme. Braun-Pivet l'a emporté notamment sur le communiste André Chassaigne, candidat unique de la gauche. Présents à l'Assemblée, les journalistes de Libé refont le fil de la journée.

14h45 L'hémicycle se remplit. Les premiers arrivés demandent à leurs collègues de les prendre en photo assis sur les bancs. Aux pieds de la tribune, les huissiers placent les députés qui, pour cette première séance, devront s'asseoir par ordre alphabétique. Certains sont bien servis par le hasard. Le socialiste Olivier Faure et la communiste Elsa Faucillon discutent avec un large sourire. L'ambiance est moins chaleureuse entre Marine Le Pen et l'insoumis Antoine Léaument, voisins murés dans le silence, qui ne s'accordent pas un regard en attendant le début du vote à 15 heures.

Tout en admettant son côté imprévisible, les députés macronistes, désormais groupés sous la bannière Ensemble pour la République (EPR), se montrent confiants. «Dix jours que le NFP clame partout qu'il a gagné, peste l'un d'eux. Si Braun-Pivet gagne, on met en difficulté le narratif de la gauche. Le premier signal envoyé aux Français sera : ils ne sont pas en capacité de gouverner.» De là à y voir les prémisses d'un rapprochement entre le camp présidentiel et la droite ? «Il faut être humble, l'élection du président de l'Assemblée ne se fait pas sur un contrat de coalition mais on peut commencer à créer de la confiance», commente le même.

15 heures Au perchoir, le député RN José Gonzalez, doyen de l'Assemblée à 81 ans, ouvre la XVIIe législature. L'élu RN des Bouches-du-Rhône se lève pour lire son discours. Face à ses collègues, il dit : «Personne ne souhaite revivre les débordements malheureux qu'on a pu connaître dans la précédente mandature.» Dans l'hémicycle, quelques voix s'élèvent lorsque l'élu lepéniste revient sur les législatives et leurs «alliances d'entre-tours pour le moins baroques», conclues contre son parti. Il conclut en appelant, face à une Assemblée sans majorité, à prévenir un «retour accidentel à la funeste IVe République». Pour voter, les députés montent un par un à la tribune, où les attend une urne tenue par le benjamin de l'Assemblée : encore un RN, l'élu des Ardennes Flavien Termet, âgé de 22 ans. Si certains serrent volontiers la main qu'il leur tend, ou lui font une petite accolade, la majorité des députés de gauche esquivent le geste. Lorsque vient le tour du LFI marseillais Sébastien Delogu, ce dernier se place presque front contre front avec le cadet RN, prononçant quelques mots manifestement peu amènes.

17h15 José Gonzalez annonce les résultats du premier tour. Candidat unique de la gauche, André Chassaigne arrive en tête. Le candidat NFP a recueilli 200 voix, soit un peu plus que le total des députés de gauche. Il devance Sébastien Chenu (RN, 142 voix) et Yaël Braun-Pivet (Renaissance, 124 voix). L'indépendant Charles de Courson, avec 18 voix, décide de se maintenir pour le second tour. En revanche, Philippe Juvin (LR, 48 voix), Naïma Moutchou (Horizons, 38 voix) retirent leur candidature, au bénéfice prévisible de Yaël Braun-Pivet. Selon une source à droite, le patron du groupe, Laurent Wauquiez, a même directement échangé au téléphone avec Yaël Braun-Pivet. Le retrait de Philippe Juvin devait, en retour, voir les macronistes soutenir l'octroi aux LR de différents postes à l'Assemblée, comme la présidence de la stratégique commission des finances.

18h45 Entre les deux tours, on parlemente à voix basse dans les couloirs de l'Assemblée. Le socialiste Arthur Delaporte et le très convoité Charles de Courson sont en grande discussion. Ce dernier est l'homme le plus courtisé du moment, sa poignée de voix étant susceptible de faire la différence en bout de course. Avec les minutes qui s'égrènent, le camp présidentiel perd un poil en confiance. Un ministre se promenant loin des caméras, tente de savoir si Courson, «en qui on n'a aucune confiance» compte se désister au troisième tour, et où iront ses voix. Il veut aussi comprendre pourquoi il a manqué à Yaël Braun-Pivet une dizaine de suffrages du groupe EPR au premier tour. «Au bout de deux ans de présidence, elle s'est fait des ennemis», soupire-t-il. Y compris dans son camp, manifestement.

19 heures Sur son perchoir, le doyen José Gonzalez annonce les résultats devant une Assemblée bouillonnante. Obtenant 210 voix, Yaël Braun-Pivet dépasse d'un orteil André Chassaigne, 202 voix. Chenu, troisième, obtient 143 suffrages.

Quant à Charles de Courson, 12 voix, il annonce se désister. Au bénéfice de qui ? C'est la grande affaire du troisième tour aussitôt annoncé. La chasse aux voix du groupe indépendant Liot a démarré. Oubliées, les réflexions peu amènes des macronistes sur Courson, député le plus ancien de l'Assemblée avec ses huit élections consécutives depuis 1993. «Vieux con prétentieux et ingérable», balançait hier un député EPR à propos du pourfendeur acharné de la réforme des retraites de 2023.

Une aversion que l'intéressé leur rend bien : «Lorsqu'on interrogera les Français sur leur perception [d'une] réélection de la présidente sortante qui représente un courant politique qui a connu un grave échec tant aux européennes qu'aux législatives, beaucoup de nos concitoyens vont se poser la question du déni de démocratie», déclare-t-il devant les caméras, après son retrait. Mais son groupe, Liot, laisse à ses membres la liberté de vote...

19h30 L'hémicycle applaudit le député NFP Sébastien Peytavie. Pour ce scrutin où chaque député doit grimper quelques marches, l'élu de Dordogne, en fauteuil roulant, doit remettre son bulletin à un huissier, qui se charge de glisser l'enveloppe dans l'urne. Pour le troisième tour, Peytavie a réclamé que l'urne soit descendue, suscitant des applaudissements de tous les camps. Il se voit finalement donner satisfaction. 20h15 Dans la salle des pas perdus de l'Assemblée, les députés attendent pour passer en duplex en rang d'oignons sur les chaînes d'info en continu. Un député EPR (pourtant là sous la législature précédente) anxieux : «Est-ce que ça passe ? J'en sais rien ! On les connaît au moins, ces Liot ? Ils sont totalement imprévisibles, non ?» 20h40 Braun-Pivet : 220 voix. Chassaigne : 207. Chenu : 141. Pour 13 voix, la sortante macroniste retrouve sa place. Après le report des LR sur son nom au 2e tour, elle a manifestement capté au 3e tour la plus grande partie des voix de Liot, et peut-être deux bulletins RN. Décisives aussi, les voix des 17 ministres-députés du gouvernement démissionnaire, qui peuvent encore cumuler les deux fonctions. 20h45 José Gonzalez quitte le perchoir, cédant le siège à Yaël Braun-Pivet. La présidente reconduite évoque «l'immense responsabilité» des députés, alors que «les Français ont voté massivement aux élections législatives». «Pas pour vous !», lance l'insoumise Sophia Chikirou qui quitte l'hémicycle, ainsi que son collège Sébastien Delogu. «Nous n'avons pas le choix : nous devons nous entendre, nous devons coopérer, nous devons être capables de rechercher des compromis», poursuit Braun-Pivet. Stoïque, Chassaigne reçoit les applaudissements polis de l'assistance.

21 heures André Chassaigne s'exprime en salle des Quatre-Colonnes. «Je crois qu'ici nous avons défendu nos couleurs, notre programme, avec honnêteté, nous plaçant comme étant le premier groupe de l'Assemblée nationale.» Il dénonce une «combinaison qui a permis de ne rien changer» entre les macronistes et la droite. «Le vote des Françaises et des Français a été volé aujourd'hui par une alliance contre-nature ; ça nous donne encore plus de force.» Il en faudra pour désigner le ou la candidat(e) du NFP pour Matignon, le douloureux sujet qui continuera, demain matin, de diviser la gauche.• Suite page 8 LIBÉ.

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Décisives aussi, les voix des 17 ministresdéputés qui peuvent encore cumuler les deux fonctions.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, vendredi 19 juillet 2024 1150 mots, p. AUJM4,AUJM5,AUJM5,AUJM6
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18 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
19 juillet 2024 - Le Parisien

À la conquête du perchoir

Lors de l'ouverture de la XVIIe législature, les 577 députés ont élu leur présidente, Yaël Braun-Pivet. Pour y arriver, beaucoup de tractations, du suspense et trois tours ont été nécessaires.

Pierre Maurer, Alexandre Sulzer et Ludwig Gallet

Jeudi matin, les habitués du Palais-Bourbon passent devant l'hôtel de Lassay sans manquer de jeter un oeil à son tapis rouge menant à ses portes entrouvertes. Qui les franchira jeudi soir dans le costume du nouveau président de l'Assemblée nationale ? En cette première journée d'ouverture de la XVII e législature, la question tempête les crânes des députés, néophytes comme survivants de la dissolution. « Personne n'a du Baume du tigre ? Ou un Dafalgan ? J'ai une migraine horrible », souffle l'un d'eux à l'heure d'entamer ce marathon.

Car de tous les côtés, dans les jardins comme les couloirs d'une Assemblée ceinturée de véhicules de police, les tractations et les « deals » vont bon train. Entre les candidats, du communiste André Chassaigne à la sortante Yaël Braun-Pivet, en passant par le centriste Charles de Courson et le RN Sébastien Chenu, l'élection se révèle plus incertaine que jamais tout au long de la journée.

« On négocie au prix fort nos places »

Dès 9 heures alors que les députés Droite républicaine (DR) sont réunis en réunion de groupe, les dernières négociations se poursuivent entre la droite et la macronie. Assez rapidement, Laurent Wauquiez reçoit un appel de Gabriel Attal et s'éclipse avec ses dossiers. « Ça bute sur le volume. On veut plus qu'une vice-présidence, une questure et une présidence de commission », glisse un stratège LR. Une montée des enchères que Laurent Wauquiez explique devant ses députés : « Les macronistes ont besoin de nous. Donc on négocie au prix fort nos places. » Mais celui qui ne veut pas de deal gouvernemental n'oublie pas de préciser : « En aucun cas il ne s'agit de plus qu'un accord pour les postes de l'Assemblée nationale. » « Ne pas avoir LFI à la tête de l'Assemblée, c'est notre devoir. On s'entend, on discute, mais sans se noyer dans un bloc central. Il faut assurer un fonctionnement correct de l'institution », précise-t-il aussi lors de cette réunion de groupe. La veille, le président de Droite républicaine (DR) s'était félicité de l'unité de son groupe : « Nous, on chasse en meute. La macronie, eux, c'est la basse-cour. » Quoique affaibli, le groupe DR et ses 47 députés entend bien croquer un maximum de postes.

Le deal final est simple : le député LR Philippe Juvin sera le candidat au premier tour pour mieux se retirer au second au bénéfice de Yaël Braun-Pivet. En échange, LR doit obtenir deux vice-présidences (pour Annie Genevard et Xavier Breton selon nos informations) et Michèle Tabarot doit récupérer la questure actuellement occupée par Éric Ciotti... qui avait voulu la virer il y a quelques semaines de la présidence de la commission nationale d'investiture (CNI) de LR..

LFI refuse de serrer la main

À 15 heures, les députés garnissent les rangs du nouvel hémicycle pour procéder au premier tour. L'ordre alphabétique donne lieu à des situations cocasses : Marine Le Pen ignore superbement son voisin de droite, l'Insoumis Antoine Léaument, qui évite le moindre frôlement d'épaules. « J'ai appliqué les gestes barrière », se marre après coup l'Insoumis, arborant sur sa veste un pin's croisant le drapeau français et celui de la Palestine. Gabriel Attal, lui, se montre bien plus urbain avec sa voisine, l'ex-LFI Clémentine Autain. Arrivé en retard, la faute à une photo de dernière minute pour la presse, l'ex-président de la République François Hollande remonte les travées de l'hémicycle à la hâte. Tout en adressant un léger salut de la tête à Marine Le Pen. Les Cazeneuve, père et fils, sont évidemment assis côte à côte tout comme l'écologiste Sandrine Rousseau et Aurélien Rousseau (NFP), ex-directeur de cabinet d'Élisabeth Borne. Le vote est ouvert.

De nombreux élus LFI refusent de serrer la main du benjamin de l'Assemblée qui garde l'urne, le RN Flavien Termet, 22 ans et ancien assistant de Gilles Pennelle, directeur général démissionnaire du RN. En bande organisée sur les réseaux sociaux, les insoumis se livrent à un concours de vidéos de l'instant d'évitement. Le député François Piquemal adresse ainsi au député honni un chifoumi, quand le Marseillais Sébastien Delogu, un proche de Jean-Luc Mélenchon, y va de son petit coup de pression en jouant de sa carrure. « Il m'a dit textuellement : T'es un fada ou quoi ? T'es un fou toi ! » assure Termet dans la foulée.

Au perchoir, le doyen d'âge, le RN José Gonzalez s'installe pour quelques heures dans le siège de la présidence. Dans un discours plus politique que ce qu'il est d'usage d'entendre, il fustige des « alliances pour le moins baroque » lors des législatives, en référence au front républicain qui a coûté cher à son parti. Quelques huées émanent des bancs. Un « On ne t'a pas demandé ton avis ! » fuse.

« Rechercher des compromis »

À l'issue des deux premiers tours, Yaël Braun-Pivet mène la course en tête avec 210 voix, tout juste devant le candidat de la gauche André Chassaigne (202 voix). Le RN Sébastien Chenu (143 voix) annonce se maintenir au risque de faire gagner la gauche. « Ils assumeront la responsabilité de faire fi de 11 millions d'électeurs ! » hausse des épaules un député RN alors que ni la gauche ni la macronie ne s'est engagé à respecter sa représentativité dans les instances. « Les électeurs ont compris que nous étions virés du casting. Et ce n'est pas nous qui avons été élus avec les voix de la gauche ! » poursuit le même. « C'est la primaire du parti unique », critique une source proche de Marine Le Pen.

Avec ses 18 voix, Charles de Courson, candidat du groupe indépendant Liot, qui annonce se retirer au troisième tour, est le faiseur de roi. Son ancêtre Lepeletier de Saint-Fargeau n'avait-il pas déjà voté l'exécution de Louis XVI ? « Beaucoup de nos concitoyens vont se poser la question du déni de démocratie », fait valoir le député de la Marne devant les caméras, à propos de la possible « réélection de la présidente sortante ».

La tension est maximale. Notamment entre les camps Attal et Darmanin. Ils se rejettent la responsabilité alors qu'il a manqué 12 voix de l'ex-majorité présidentielle à Yaël Braun-Pivet au 1 er tour. Un ténor du camp macroniste serre les dents : « Ça va être serré mais nous restons confiants, ça va se jouer entre 4 et 8 voix. » Vers 20 h 40, le verdict tombe. C'est bien la présidente sortante qui est réélue avec 220 voix contre 207 pour le communiste. Dans un discours sans regarder ses notes, elle espère que l'Assemblée élue, après des « semaines tendues », sera « capable de rechercher des compromis, de dialoguer, de nous écouter ». Sans le faire, une poignée de députés LFI quittent ostensiblement l'hémicycle. Sur X, le coordinateur des Insoumis dit « ne pas accepter la négation du vote des Français par des combinaisons politiciennes » et demande au président de la République d'appeler le NFP à la formation d'un gouvernement. Le compromis attendra.

Libération
vendredi 19 juillet 2024 1061 mots, p. 9

autre

A gauche, Laurence Tubiana au taquet, Olivier Faure veut voter

Sacha Nelken

autre

U ne tentative de débloquer la situation à gauche. Laurence Tubiana a confirmé jeudi, juste avant l'ouverture de la XVIIe législature, qu'elle était bien disponible pour mener un gouvernement au nom du Nouveau Front populaire (NFP). «Je ne demande rien, mais c'est le moment de l'engagement et cela me correspond, a déclaré l'économiste et diplomate du climat à l'AFP. Quand il y a une crise politique, il faut y répondre. Il y a besoin d'une personne de gauche, si cela doit être moi, je le fais.» Pour sa première prise de parole depuis que son nom a été proposé, en début de semaine, par les socialistes, les écologistes et les communistes à leurs alliés insoumis (qui n'en veulent pas), l'ancienne conseillère de Lionel Jospin se définit comme «une femme de gauche», «pas encartée» mais «qui partage les idéaux de la famille de gauche au sens large : le progrès social, l'égalité, la démocratie, la lutte contre la brutalisation des minorités, comme les femmes». Elle affirme qu'en cas de nomination à Matignon, sa «boussole» sera le programme du NFP. Tubiana promet également d'«abroger la loi immigration» et de revenir sur la réforme des retraites d'Emmanuel Macron. «Il faut abroger la réforme, la geler, tout ce qu'on veut, mais on ne l'applique pas, dit-elle. Et on relance le dialogue social parce que des choses ont été complètement oubliées, comme la pénibilité.» Un moyen d'envoyer un signal à Jean-Luc Mélenchon et à son mouvement.

«Trahison» Car le premier et ses proches refusent toujours que l'architecte de l'accord de Paris sur le climat porte leur programme. «Le choix du Premier ministre n'est pas une question d'ego ou d'étiquette. C'est une question d'orientation politique, a redit illico Paul Vannier, l'un des négociateurs LFI. Et celle de Mme Tubiana ne correspond pas au programme du NFP.» Les insoumis qui ne dérogent pas à la formule «le programme rien que le programme» lancée par Mélenchon au soir du second tour des législatives voyaient aussi dans une tribune collective cosignée par Tubiana et qui appelait «sans tarder» à «tendre la main aux autres acteurs du front républicain pour discuter d'un programme d'urgence républicaine», la preuve d'une «trahison» future. D'autant que son nom est souvent revenu dans les possibles ministres, voire Premier ministre, d'Emmanuel Macron après le passage d'Edouard Philippe rue de Varenne. «J'ai refusé trois ou quatre fois d'entrer au gouvernement sous Emmanuel Macron, car j'étais en désaccord avec sa politique, justifie Tubiana auprès de l'AFP. Il va falloir gagner des majorités à l'Assemblée nationale, arracher le plus possible de choses en trouvant des consensus.» Une candidature officielle, certes, mais comment la faire accepter à LFI ? «Quand on n'arrive pas à avancer, il y a un mode assez simple en démocratie pour départager des candidatures : c'est le vote», a lancé jeudi le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, sur BFM TV. Pour l'élu de Seine-et-Marne, les députés du NFP devraient avoir à trancher entre les deux candidatures encore sur la table : celle de Laurence Tubiana, donc, et celle d'Huguette Bello, soumise par les communistes et vivement défendue par les insoumis.

Malgré l'annonce de son désistement dimanche à la mi-journée, les mélenchonistes continuent de pousser pour que la présidente du conseil régional de la Réunion soit la candidate du NFP pour Matignon. «Huguette Bello serait la solution qui permettrait de trouver au plus vite un dénouement», assure Paul Vannier. Pour les insoumis, les propos laudateurs de la patronne des écologistes Marine Tondelier à propos de la Réunionnaise de dimanche dernier prouvent que le parti écologiste peut se ranger derrière l'hypothèse. «Puisqu'Olivier Faure semblait attendre la décision des écologistes pour savoir s'il acceptait de soutenir la candidature d'Huguette Bello, il ne devrait pas s'y opposer», poursuit le député du Val-d'Oise.

«Baby-Foot» Voter ? Ne pas voter ? Puisque, dans leurs négociations pour constituer le Nouveau Front populaire, les socialistes, insoumis, communistes et écologistes n'avaient pas tranché la question de la primature, plusieurs méthodes pour choisir l'incarnation avaient été évoquées. Convaincus de rester la force politique de gauche la mieux représentée à l'Assemblée, les insoumis étaient restés arc-boutés sur la première proposition de Faure qui prévoyait que le groupe le plus important choisisse le Premier ministre. A l'inverse, les communistes, socialistes et écologistes s'étaient convertis à l'idée d'un vote, notamment pour éviter de se voir imposer Mélenchon. Finalement, après le second tour, les partenaires ont ouvert les discussions avec l'objectif de trouver le bon candidat au consensus. Mais les tractations se sont engluées. Conscients de l'image déplorable envoyée par une absence d'accord après plus d'une semaine d'échanges à huis clos, plusieurs personnalités ont remis la question d'un vote pour trancher sur la table. «On va pas le faire à chifou-mi, on va pas le faire par un tournoi de baby-foot, on va le faire par le vote», s'est agacé le député de la Somme François Ruffin sur BFM TV mercredi. La veille déjà, les députés communistes appelaient dans un communiqué «à soumettre au vote des députés du NFP la désignation d'un Premier ministre». Le seul moyen selon eux de «trouver au plus vite une sortie par le haut». Remise sur la table, l'hypothèse n'a toutefois aucune certitude d'aboutir. Les insoumis, en effet, restent opposés à un tel mode de désignation. «Si on vote, il y a une candidate qui obtient plus de voix que l'autre et qui se retrouve dans une situation ou elle est affaiblie par rapport à un consensus, a expliqué le député Antoine Léaument jeudi. Les médias vont dire “vous voyez, c'est la candidate qui est soutenue par l'aile droite” ou “l'aile gauche” pour essayer d'affaiblir le front populaire.» «Nous avons abouti sur un programme, sur un chiffrage, sur une candidature commune au perchoir. Nous franchissons chacune des étapes. Je suis optimiste et il n'y a pas de raison de changer de méthode en cours de route», a énoncé sa camarade du Val-de-Marne Clémence Guetté. Le vote, selon elle, est une «solution un peu démagogique». Pour les membres du mouvement mélenchonistes, choisir un potentiel Premier ministre par une élection n'aurait pour seul effet que de l'affaiblir. «Ce n'est pas sérieux, si on se retrouve avec un candidat pour Matignon élu avec 55 % des voix seulement, tout le monde verrait qu'il n'a été choisi par une faible majorité des votants», exposait le député Hadrien Clouet mercredi. Nouveau débat, nouveau blocage ?

Le Figaro, no. 24853
Le Figaro, vendredi 19 juillet 2024 870 mots, p. 19

Débats

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17 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

« Face aux menaces qui planent sur l'Europe, ne sacrifions pas la défense au nom d'économies budgétaires »

TRIBUNE - Dans un contexte de tension budgétaire accrue, certains signes laissent à penser que le budget de la loi de programmation militaire votée en juin sera revu à la baisse, alerte le député LR de Seine-et-Marne. Il appelle le prochain gouvernement à ne pas franchir cette « ligne rouge » .

Thiériot, Jean-Louis

La politique de défense d'une nation est, par essence, celle du temps long. Elle s'accommode mal des soubresauts politiques et des changements de cap à courte vue. Le porte-avions de nouvelle génération (Pang) pour lequel les premières commandes ont été lancées cette année ne naviguera qu'en 2038 pour servir à la mer jusqu'en 2080.

C'est la raison pour laquelle, le Parlement a voté de manière largement transpartisane en juin 2024 une loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 de 413 milliards d'euros, ambitieuse, mais qui constitue le minimum minimorum pour réparer la terrible saignée subie quand la France succombait aux illusions des dividendes de la paix. Tout au long de la guerre froide, notre pays n'a jamais dépensé moins de 3 % pour son outil de défense. Nous sommes tombés à 1,5 % en 2015. Avec les efforts de la LPM, nous atteindrons à peine les 2 % considérés comme un minimum vital par l'ensemble des partenaires de l'Alliance atlantique - certains allant beaucoup plus loin comme la Pologne à 4 %.

Depuis l'adoption de la LPM, les menaces n'ont fait que croître. Les nouveaux champs de conflictualité, spatial, cyber, fonds marins, guerre informationnelle gagnent en intensité. La guerre en Ukraine menace toujours autant la sécurité de l'Europe avec le risque d'un désengagement américain d'autant plus fort que l'élection de Donald Trump devient plus probable. La liberté du commerce international est désormais contestée comme le montrent les événements de mer Rouge.

Autant de défis auxquels nos armées sont confrontées. Malgré la LPM, certains trous capacitaires demeurent. Lors du sommet de Washington, pour respecter les plans de défense de l'Europe, l'Otan a évoqué la nécessité de 35 à 50 brigades supplémentaires. Mais nos forces terrestres demeurent limitées à 77 000 hommes et la question du segment blindé chenillé demeure un non-dit quand tous nos voisins européens mesurent son importance sur le théâtre continental. Dans l'océan Indien, l'Europe a discrètement suspendu l'opération Emasoh-Agenor, faute de navires disponibles. Limité à 15 bâtiments de premier rang (frégates), notre pays est déjà à son maximum. Le bon sens et l'intérêt supérieur du pays inciteraient à un ajustement à la hausse.

Pourtant, un vent mauvais souffle sur l'exécution de la LPM. Nos armées sont confrontées à des échéances budgétaires majeures. Une LPM n'est pas impérative. Elle fixe le cap, mais c'est le vote des annuités budgétaires qui prime. 1,4 milliard d'euros est en suspens pour l'exercice 2024 et le respect de la programmation impose une hausse de 3 milliards en 2025. Dans le contexte de tension budgétaire, d'endettement et de poids de la charge de la dette qui en 2027 dépassera les crédits prévus pour la défense (56,9 milliards/ 57 milliards), le risque est grand de voir notre outil de défense sacrifié. Des rumeurs récurrentes parlent d'abandon de la prochaine marche de 3 milliards. Les propos sibyllins du président de la République le 13 juillet, au ministère des Armées, parlant «d'ajustement»de la LPM et non de «remise à plat», tout en réaffirmant l'objectif 2030, laissent ouverte la question.

Tout laisse à craindre que les « budgétaires » usent de l'artifice usé comme la corde de l'étalement des programmes ou de la réduction des efforts d'entraînement. Ce serait une triple faute.

Faute vis-à-vis de nos armées qui risqueraient de perdre en cohérence opérationnelle et devraient renoncer au modèle d'armée complet qui signerait une perte quasi irréversible des compétences qui sont une des sources de notre influence géopolitique.

Faute vis-à-vis de nos industriels de la défense et de leurs 200 000 salariés qui ont besoin de stabilité et de lisibilité des commandes pour garantir la remontée en puissance qu'exige « l'économie de guerre » , plus que jamais nécessaire.

Faute enfin vis-à-vis de nos compétiteurs stratégiques. Quel plus mauvais signal envoyer que de baisser la garde quand les postures agressives se multiplient à l'est de l'Europe, dans l'océan Indien ou en mer de Chine !

Notre devoir de parlementaires spécialisés dans les questions de défense, membres de la commission de la défense, est de nous mobiliser pour que le prochain gouvernement de la France, quel qu'il soit et quelle qu'en soit la composition ne sacrifie pas la défense au nom d'économies budgétaires, indispensables, mais qu'il faudra trouver ailleurs. Aujourd'hui, c'est un devoir de vigilance. Demain, si le budget était catastrophique, cela deviendrait une ligne rouge, qui pourrait aller jusqu'à la censure. Quand vient le temps des périls et des décisions qui engagent pour des décennies, c'est un rassemblement transpartisan qui s'impose pour préserver l'essentiel, la défense, ultima ratio de la sécurité des Français dont le général de Gaulle rappelait que «c'est là, en effet, la première raison d'être de l'État. Il n'y peut manquer sans se détruire lui-même». C'est notre responsabilité devant le pays. J.L.T.

*Jean-Louis Thiériot est député LR de la troisième circonscription de Seine-et-Marne. Il était vice-président de la commission défense lors de la précédente législature.

Le Monde
France, vendredi 19 juillet 2024 745 mots, p. 8
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18 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Polynésie : Gaston Flosse quitte la présidence de son parti

L’homme de 93 ans dirigeait depuis cinquante-deux ans son mouvement autonomiste, et prône désormais la souveraineté

Mike Leyral

Papeete - correspondance - C’est moi qui ai créé l’autonomie. Avant, nous étions dans un gouvernement colonial. » Cette déclaration de Gaston Flosse, 93 ans, tout-puissant président de la Polynésie française entre 1984 et 2004, et à plusieurs reprises dans la décennie suivante, ne respire pas l’humilité, mais recèle une part de vérité. Militant gaulliste à la fin des années 1950, il combat d’abord toute forme d’autonomie et se pose en garant de la présence française. En 1972, il crée et préside son parti anti-autonomiste, le Tahoeraa Huiraatira… qui devient le principal parti autonomiste au début des années 1980. Gaston Flosse défend toujours la présence de la France en Polynésie, mais avec une large autonomie pour sa collectivité.

Il devient le premier président du gouvernement de la Polynésie française, en 1984. Son amitié avec Jacques Chirac lui permet d’obtenir le secrétariat d’Etat au Pacifique Sud dans le gouvernement de cohabitation, en 1986. Il est le premier Polynésien à intégrer un gouvernement national. Il défend la reprise des essais nucléaires en 1995, puis obtient un élargissement des compétences polynésiennes au sein de la République française en 1996, puis de nouveau en 2004.

Cette année-là, il perd le pouvoir, mais le reconquiert à trois reprises, jamais pour un mandat complet, dans la décennie d’instabilité politique qui suit. Il contribue d’ailleurs largement à cette instabilité en renversant les gouvernements de ses adversaires politiques, qui le lui rendent bien. En France hexagonale, il est lâché par la droite. Il se brouille avec Nicolas Sarkozy. Et enchaîne les procès et les peines d’inéligibilité.

De 2014 à 2023, son ex-gendre, Edouard Fritch, devient le poids lourd de l’autonomie locale, rejoint par la plupart des anciens soutiens de Gaston Flosse. Plusieurs fois élu député, puis sénateur, toujours au sein de la droite conservatrice (RPR, UMP puis divers droite), il soutient Marine Le Pen (Rassemblement national) à la présidentielle de 2017. En 2022, il soutient Valérie Pécresse (Les Républicains) au premier tour et de nouveau Marine Le Pen au second. Une manière de compter ses voix avant les scrutins locaux, où ses défaites s’accumulent.

Neuf ans de critiques acerbes

Il tente un nouveau coup de poker en 2020 : ce chantre de l’autonomie devient souverainiste. « Nous voulons gouverner notre pays nous-mêmes », affirme-t-il alors. Il change le nom de son parti, mais ne reconquiert pas son électorat : les autonomistes suivent Edouard Fritch, les indépendantistes restent fidèles à Oscar Temaru, adversaire historique de Gaston Flosse.

Après neuf ans de critiques acerbes envers son ancien dauphin Edouard Fritch, Gaston Flosse se réconcilie avec lui au second tour des territoriales, en 2023, pour « faire barrage aux indépendantistes »,qui remportent largement les élections. Le parti de Gaston Flosse n’a plus qu’une élue sur les 57 de l’Assemblée locale : son épouse, Pascale Haiti-Flosse.

Avec ses derniers fidèles, Gaston Flosse intègre une alliance autonomiste de cinq partis locaux pour battre les trois députés indépendantistes sortants aux législatives des 30 juin et 7 juillet. L’alliance l’emporte dans deux circonscriptions, mais pas dans la troisième, la seule où Gaston Flosse présente une candidate : Pascale Haiti-Flosse, sous le coup d’une probable inéligibilité, est battue de justesse.

Gaston Flosse inéligible, son parti battu à toutes les élections, ses proches devenus des adversaires politiques, un âge avancé et une santé déclinante : le « Vieux Lion », comme il est surnommé à Tahiti, cède les clés de son parti à l’un de ses derniers fidèles, l’ex-député Bruno Sandras. Mais affirme qu’il continuera à « travailler pour le parti ».

Après cinquante-deux ans à la tête de son parti, il profite de l’attention médiatique suscitée par son départ pour lancer un nouveau message. Il plaide pour un référendum, mais pas pour l’indépendance. « Le problème, c’est l’argent : il va nous manquer 140 milliards francs pacifiques[1,17 milliard d’euros] ». Il souhaite donc un « pays souverain associé à la France », en concédant qu’une indépendance économique serait difficile pour une Polynésie aux faibles ressources propres. Gaston Flosse propose donc d’être « entièrement souverain », mais de laisser la France « gérer certains domaines, sous le contrôle de la Polynésie ». Un concept proche des îles Cook voisines, dont la défense est assurée par la Nouvelle-Zélande. Mais qui fragiliserait la position de la France dans un contexte de tensions régionales.

Le Monde
France, vendredi 19 juillet 2024 781 mots, p. 10
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17 juillet 2024 - Le Monde (site web)

La présidente du Haut Conseil à l’égalité critiquée et remplacée

Sylvie Pierre-Brossolette, qui faisait face à l’opposition d’une grande partie de son équipe, a démissionné. Bérangère Couillard lui succède

Solène Cordier

La formule de l’arrêté, paru dans le Journal officieldu mercredi 17 juillet, est lapidaire. « Il est mis fin, dans l’intérêt du service, aux fonctions de Mme Sylvie Pierre-Brossolette en qualité de présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes[HCE] », peut-on lire. Nommée en 2022 à la tête de cette instance chargée notamment d’établir un état des lieux annuel sur le sexisme, Mme Pierre-Brossolette devait normalement voir son mandat s’achever en mars 2025.

L’ancienne députée Bérangère Couillard, battue aux élections législatives dans sa circonscription de Gironde, est nommée dans la foulée pour la remplacer. Celle qui occupa brièvement, en 2023, le poste de ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations retrouvera donc, avec ses nouvelles fonctions, l’hôtel du Petit-Monaco. Situé dans le 7e arrondissement de Paris, il abrite à la fois le ministère délégué et le Haut Conseil, chargé d’orienter les politiques du gouvernement en matière d’égalité.

« Ce sont des combats que je porte depuis longtemps. Je suis très heureuse et honorée qu’on m’ait confié cette très belle mission, qui vient reconnaître aussi le travail réalisé avant sur ces sujets importants », réagit Mme Couillard, qui est notamment à l’origine d’une proposition de loi visant à protéger les victimes de violences conjugales promulguée le 30 juillet 2020.

Ce changement de présidence, qui s’inscrit dans la valse des nominations et des départs de la fin du gouvernement de Gabriel Attal, intervient dans un contexte particulièrement délétère au HCE. Début mai, un article de Mediapart faisait état d’une crise interne entre l’équipe et sa présidente. Le média en ligne révélait l’existence d’un courrier en date du 2 janvier, signé par la demi-douzaine de salariés du secrétariat général de l’instance, alertant sur des « dysfonctionnements internes » et un « mal-être collectif » ayant conduit à de nombreux arrêts de travail et départs anticipés.

Propos racistes et sexistes

Plusieurs salariés accusaient Mme Pierre-Brossolette d’avoir eu un comportement inadapté, proche du harcèlement moral, et d’avoir également tenu des propos racistes, sexistes, « contribuant à diffuser la culture du viol » et « stigmatisant les personnes LGBTQIA+ ». Des formulations qui « entrent en contradiction avec les valeurs défendues par l’instance et s’inscrivent dans un contexte de violences sexistes qui ne peut être ignoré au sein d’une institution comme le HCE », soulignait la note interne de six pages.

Aurore Bergé, la ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, avait dans la foulée diligenté une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales, dont les conclusions étaient attendues « avant le 30 juin », selon la lettre de mission consultée par Le Monde. « Les travaux sont toujours en cours », selon l’entourage de la ministre.

A l’époque, Mme Pierre-Brossolette avait démenti l’ensemble des accusations, y voyant une « volonté de déstabiliser » le HCE et sa ligne « abolitionniste et universaliste ». Jointe par Le Mondemercredi 17 juillet, elle conteste à nouveau « ces propos calomnieux ». « Ma façon de diriger le HCE ne convenait pas à la petite équipe de salariés, une demi-douzaine de personnes qui a cherché à me nuire », affirme-t-elle. La situation politique actuelle, avec un gouvernement chargé seulement des affaires courantes avant la nomination du prochain exécutif, l’a poussée, dit-elle, « à accélérer la présentation de[sa] démission » – ce que confirme Mme Bergé, selon qui « Mme Pierre-Brossolette a souhaité d’elle-même mettre un terme à ses travaux pour préserver le HCE et ses travaux ». Plusieurs coprésidents ont également annoncé leur démission en soutien.

« Je suis très triste de quitter le HCE, mais très reconnaissante à tous les membres qui ont merveilleusement travaillé, et je souhaite que ce travail continue le mieux possible », fait savoir Mme Pierre-Brossolette, en tenant à défendre son bilan. Outre l’état des lieux du sexisme produit depuis la création de l’institution en 2013, le Haut Conseil « a demandé le premier la constitutionnalisation du droit à l’avortement » dès l’annonce de la révocation de l’arrêt Roe vs Wade par la Cour suprême américaine, rappelle-t-elle, en citant aussi, dans les travaux réalisés sous sa présidence, un rapport sur la pédocriminalité et un autre sur la parité en politique.

Depuis la crise interne de mai, les travaux au sein des différentes commissions ont été suspendus. Un rapport sur le viol et un avis sur la contraception masculine sont notamment attendus.

Le Figaro, no. 24853
Le Figaro, vendredi 19 juillet 2024 552 mots, p. 3

Politique

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18 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

CHRONIQUE CONTRE-POINT

Un coup d'arrêt à la gauche, mais pas encore d'alternative

Tabard, Guillaume

Un revers sévère pour la gauche, un soulagement pour ceux qui voulaient conjurer l'arrivée au pouvoir du Nouveau Front Populaire et une victoire personnelle pour Yaël Braun-Pivet. Après le coup de tonnerre de la dissolution et l'énorme surprise du retournement électoral de l'entre-deux tours des législatives, le suspense sur l'issue du match pour la présidence de l'Assemblée nationale a fait de ce 18 juillet une nouvelle journée hors norme de la vie politique française.

L'incertitude a duré jusqu'au bout mais la victoire de la présidente sortante a été finalement assez nette. Et c'est d'abord une satisfaction personnelle pour la députée des Yvelines. Gabriel Attal et une partie des élus d'Ensemble redoutaient que son statut de sortante se retourne contre elle au lendemain d'un scrutin marqué par une forte volonté de renouvellement. Après avoir fait le plein des voix dans son socle Ensemble-MoDem, elle a élargi son assise de manière substantielle. Au moment où le bloc central va devoir se réorganiser et se réinventer, Yaël Braun-Pivet ne voudra pas se contenter de jouer les seconds rôles.

Mais on le sait, la bataille pour le perchoir n'était qu'une étape dans la bataille pour Matignon. C'est pourquoi elle est un échec lourd de conséquences pour la gauche. Depuis le 7 juillet, le Nouveau Front populaire proclamait sa victoire, depuis le 7 juillet, Emmanuel Macron assurait que personne n'avait gagné. Le chef de l'État voulait se donner le temps de construire une alliance alternative. Si André Chassaigne avait été élu, la gauche aurait dans la foulée exigé que l'un des siens soit nommé à Matignon. Preuve aurait été donné que LFI, PC, PS et EELV avaient une majorité, certes relative, mais réelle. Mais avec le résultat de ce jeudi, c'est la preuve inverse qui a été donnée.

La gauche se montre mauvaise joueuse, en parlant de « magouilles » et de « victoire volée ». Mais elle peut d'autant moins parler d' « alliances contre nature »que le renfort de voix du RN n'a pas été nécessaire. La gauche n'arrivait déjà pas à trouver un candidat commun pour le poste de premier ministre alors qu'elle croyait s'emparer de la présidence de l'Assemblée, on voit mal comment Insoumis, socialistes, écologistes et socialistes vont maintenant réussir à recoller les pots cassés qu'ils ont eux-mêmes brisés.

G. T.Ceux qui redoutaient l'arrivée au pouvoir d'une gauche minoritaire sont soulagés. Mais une gauche défaite ne fait pas une majorité retrouvée. C'est une alliance elle-même minoritaire et avant tout défensive qui a permis la réélection de Yaël Braun-Pivet. Le plus dur commence maintenant. Une occasion de travailler soit à une nouvelle coalition soit au « pacte législatif » mis sur la table par Laurent Wauquiez. Mais rien n'est réglé. Ce n'est pas parce que les députés LR ont préféré une centriste à un communiste qu'ils vont donner un blanc-seing à un président qui cherche à sauver son autorité. Ce n'est pas non plus parce que l'opération Chassaigne a échoué et que les Insoumis préfèrent le chaos à la victoire que des sociaux-démocrates vont venir travailler avec les macronistes. Si le pire a été évité, la crise provoquée par la dissolution n'est pas dissipée. Des jeux d'appareils ou d'alliance n'y suffiront pas. C'est sur le fond d'un projet que doivent maintenant commencer des discussions.

L'Humanité
vendredi 19 juillet 2024 791 mots, p. 13

La Knesset rejette toute création d'un État palestinien

Pierre Barbancey

Proche-Orient Alors que les bombardements s'intensifient sur Gaza, les députés du Parlement israélien ont confirmé leur opposition à une solution à deux États. Seuls les élus communistes et arabes ont voté contre cette résolution.

La proposition n'est pas venue de l'extrême droite mais de la droite israélienne. Le New Hope-The United Right (Nouvel Espoir-la Droite unie), une scission du Likoud de Benyamin Netanyahou, a présenté une résolution, le 18 juillet au matin, devant la Knesset (le Parlement israélien) dans laquelle il est mentionné que « l'établissement d'un État palestinien au coeur de la terre d'Israël constituerait une menace existentielle pour l'État d'Israël et ses citoyens, perpétuerait le conflit israélo-palestinien et déstabiliserait la région ».

Le président de Nouvel Espoir, Gideon Sa'ar, a expliqué que « la décision de résolution est destinée à exprimer l'opposition générale qui existe parmi le peuple (israélien) à l'établissement d'un État palestinien, ce qui mettrait en danger la sécurité et l'avenir d'Israël ». La résolution « signale à la communauté internationale que la pression pour imposer un État palestinien à Israël est futile ».

Une motion votée par 68 députés, sur les 120 que compte la Knesset, 9 s'y opposant (ceux du groupe communiste et Taal, ainsi que les parlementaires arabes de Raam et Avoda). Aucun parti sioniste ne s'est exprimé contre. Un vote que l'organisation La paix maintenant a qualifié de « populiste, nuisible et préjudiciable aux chances d'un accord régional et de mettre fin à la guerre ».

Les travaillistes se sont abstenus et les députés du parti Yesh Atid, du chef de l'opposition Yaïr Lapid, ont quitté la séance. L'ancien ministre de la Défense, Benny Gantz, et les parlementaires de l'Unité nationale ont voté en faveur de cette résolution « exprimant son opposition à un État palestinien », car la création de celui-ci serait perçue comme « une récompense pour la terreur et le Hamas », après le massacre du 7 octobre. Le ministre des Finances d'extrême droite, Bezalel Smotrich, du Parti sioniste religieux, s'est exclamé sur X : « Avec une majorité décisive de 68 contre 9, la Knesset a voté contre l'établissement d'un État terroriste arabe en Israël, pas maintenant, pas à l'avenir, pas unilatéralement et pas dans un accord. Le réveil de l'écrasante majorité de la société israélienne est incroyable. C'est maintenant le temps de la souveraineté. » Une allusion directe à l'annexion de la Cisjordanie.

Pour le député communiste Ayman Odeh, « ceux qui ont voté contre un État palestinien ne veulent pas la paix et ne veulent pas de sécurité, et surtout ne veulent pas de justice. Celui qui met sa voix contre la paix et la sécurité est un traître aux véritables intérêts de son peuple. Il y aura un État palestinien à côté de l'État d'Israël. Tout le monde sera en sécurité. Il y aura aussi la paix. La question est de savoir combien de morts nous devrons enterrer, combien d'êtres chers nous devrons pleurer jusqu'à ce que nous y arrivions. » Hussein Al Sheikh, secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), estime que la décision de la Knesset confirme le « racisme  » d'Israël, « le mépris du droit international » et « la politique visant à perpétuer l'occupation ».

en Cisjordanie, les colons se déchaînent

Formellement, ce vote n'a aucune portée. Il revêt pourtant une importance politique forte. D'abord, il met en lumière le refus d'un État palestinien de la part de la majorité des députés israéliens, et pas seulement de Netanyahou et de l'extrême droite. Depuis plusieurs semaines, les États-Unis n'ont pas caché leur préférence pour un Benny Gantz, qui, à leurs yeux, serait plus rassembleur et apte à mettre fin à la guerre.

Mais cet ancien chef d'état-major a montré son véritable visage, qui n'est guère différent de celui d'un Netanyahou. Car, s'il est important d'arriver à un cessez-le-feu pour que la population de Gaza ne disparaisse pas tout entière sous les bombes, il convient également de préparer l'avenir, c'est-à-dire la fin de l'occupation et la création d'un État palestinien.

Netanyahou doit s'exprimer devant le Congrès des États-Unis, le 24 juillet, et rencontrer Joe Biden à la Maison-Blanche. Il vient d'ores et déjà d'envoyer un message clair au monde entier et à tous ceux qui, depuis le 7 octobre, le soutiennent et ne tentent pas d'arrêter sa politique génocidaire à Gaza et de nettoyage ethnique en Cisjordanie, où les colons se déchaînent. Benyamin Netanyahou fait un bras d'honneur au droit international et à la justice. La Cour pénale internationale (CPI) pourrait délivrer un mandat d'arrêt à son encontre d'ici à deux semaines et, ce 19 juillet, la Cour internationale de justice (CIJ) rendra publiques ses conclusions concernant les « conséquences juridiques découlant des politiques et pratiques d'Israël dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ». Rien de mieux que la guerre pour échapper à toutes poursuites.

Le Figaro, no. 24853
Le Figaro, vendredi 19 juillet 2024 815 mots, p. 13

Culture

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17 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

BENOÎT DUTEURTRE, écrivain sarcastique et tendre

Victime d'une crise cardiaque, le romancier, essayiste, critique d'art et musicologue Benoît Duteurtre, familier des lecteurs du « Figaro » , est mort soudainement, mardi 16 juillet, dans sa maison des Vosges où il se retirait pour écrire.

Lapaque, Sébastien

Ces derniers mois, Benoît Duteurtre s'était hardiment engagé dans les vastes palais de sa mémoire, traquant une dernière fois les figures du passé, afin de se souvenir et d'apprendre à ses contemporains à se souvenir, en racontant l'histoire de Jean-Claude Duteurtre, un père admiré auquel il devait sa triple passion pour la littérature, la musique et les beaux-arts. Cet homme longtemps attaché à la direction du port autonome du Havre avait été novice à l'abbaye normande de Saint-Wandrille, partagé entre son idéal de renoncement au monde sur les pas du Christ et son amour pour Marie-Claire Georges, une petit-fille du président René Coty qu'il a fini par épouser. Enfant, Benoît Duteurtre a grandi au Havre avec ses parents. Il a souvent pris le chemin de Saint-Wandrille avec son père, resté proche de la communauté après avoir renoncé à devenir moine. De vieux frères se souvenaient l'avoir vu s'égarer dans les ateliers, dans la bibliothèque et séjourner au monastère pour la révision de son baccalauréat, comme le ferait Frédéric Beigbeder quelques années après lui.

Pour esquisser le portrait de son père et percer un peu de son mystère, le romancier avait retrouvé la trace de l'un d'eux, devenu ermite. La tristesse et le désarroi dans lesquels nous plonge l'annonce de la mort soudaine de Benoît Duteurtre, emporté par une crise cardiaque, mardi 16 juillet, dans sa maison de campagne des Vosges, sous un ciel barrésien, vibrant et caressant, si différent des lourds plafonds de nuages gris des nouvelles de Maupassant, seront peut-être adoucis par la publication d'un roman posthume dans lequel il aura retrouvé en rêve le chemin de Saint-Wandrille et les soirs dorés de son enfance normande dont il a si parfaitement restitué l'harmonie dans L'été 76 (2011) et Les Pieds dans l'eau (2008). Deux romans que nous n'hésitons pas à affirmer chefs-d'oeuvre.

Normand de Normandie, ami des vaches élevé dans la familiarité des arts et des muses, attaché à la Lorraine par le souvenir de son grand-père maternel natif de la Meuse, le député gaulliste Maurice Georges, Benoît Duteurtre était de la race des laboureurs. Romancier, essayiste, chroniqueur, critique d'art, amateur de musique romantique et d'opérette française, producteur de l'émission « Étonnez-moi Benoît » diffusée le samedi sur France Musique, c'était un travailleur infatigable dont les lecteurs du Figaroont souvent eu l'occasion d'apprécier la culture nourrie à toutes les sources, la liberté de ton et l'intelligence scintillante. Milan Kundera admirait son sens aigu du réel, Philippe Muray jalousait son art d'être dans le monde sans rien céder au monde et Michel Déon louait le regard froid qu'il posait sur son siècle.

Sentir et ressentir

Né le 20 mars 1960 à Sainte-Adresse, une ville balnéaire de Seine-Maritime dont Claude Monet a peint les plages et les terrasses, il avait 22 ans lorsque Samuel Beckett l'a encouragé à publier un premier texte dans la revue Minuit. Et 25 ans lorsque a paru Sommeil perdu, son premier roman, l'histoire d'une éducation sentimentale et d'un apprentissage artistique en forme de dérive improvisée dans un Paris à grandes nuits et à grandes journées, à l'école des situationnistes. Quand il a eu l'occasion d'exprimer sa dette à l'égard de Guy Debord en lui adressant un exemplaire dédicacé de Tout doit disparaître, Benoît Duteurtre a été l'un des rares à échapper au mépris dévastateur de l'auteur de La Société du spectacle, qui s'est simplement étonné que ce roman ait pu être inspiré par ses « théories extravagantes » : « Il vous a suffi de voir le même siècle et sa sorte d'art, vous l'avez ressenti justement. »

Sentir et ressentir : c'était tout l'art de Benoît Duteurtre, la matière et le mobile de ses vingt-cinq romans, qu'on dirait alternativement exécutés en couleurs, sur un mode majeur, témoin des grandeurs et misères du monde (Gaieté parisienne, Les Pieds dans l'eau, Livre pour adultes, Ma vie extraordinaire) et en noir et blanc, sur un mode plus léger, ironique et bondissant (La Cité heureuse, La Petite Fille et la cigarette, Le Retour du Général, Dénoncez-vous les uns les autres), à l'instar des encres et des aquarelles de son ami Sempé, qui a souvent illustré ses couvertures.

Jeune homme, Benoît Duteurtre avait interprété en public La Cathédrale engloutie, un prélude pour piano de Claude Debussy. Dans ce morceau, il lui semblait retrouver son enfance, entendre du grégorien sous les colonnes gothiques d'une abbaye en ruine. Dans le chant antiphoné, ce moderne paradoxal, très secret quant aux tréfonds de son âme, affectionnait ainsi la phrase ascendante, plus loin dans la mélancolie et la lumière, plus haut vers le ciel, à la recherche de l'accord secret que David jouait pour plaire au Seigneur, comme chante Leonard Cohen dans Hallelujah.

Le Monde
Horizons, vendredi 19 juillet 2024 3455 mots, p. 16,17
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18 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Indochine, le temps des colères

Mémoires d’Indochine 2 | 3 Soixante-dix ans après la disparition de la colonie française, retour,au Vietnam et en France, sur les années 1930-1950du territoire. Si l’économie tourne à plein régime, l’amertume et les souffrances d’une population asservie débouchent sur ses premières révoltes

Bruno Philip

Ho Chi Minh-Ville, Tinh Tuc, Cong Dao (Vietnam) - envoyé spécial - Xuan Phuong ne se souvient pas de la date précise de l’incident, mais ila dû se produire au début des années 1940, car, au couvent des Oiseaux de Dalat, station de montagne des « Alpes vietnamiennes » , les écolières chantaient Maréchal, nous voilà ! Peu importe le jour, la semaine ou l’année, elle n’oubliera jamais cet événement à nul autre pareil : ce jour-là, sa vie a basculé.

Ho Chi Minh-Ville, chez une ancienne lycéenne vietminh

« Je suis fille d’un père inspecteur des écoles, j’ai grandi dans une atmosphère profrançaise, où le français était notre langue de culture », prévient d’abord Xuan Phuong, 94 ans, dans le salonde son appartement, à Ho Chi Minh-Ville. « A dire vrai, je ne savais pas que j’étais vietnamienne ! Les seuls Vietnamiens que je connaissais, c’étaient les employés de maison… »

Le couvent des Oiseaux est alorsun endroit d’exception. Comme son nom l’indique, l’établissement est géré par des religieuses, françaises pour la plupart. Il domine les hauteurs de Dalat, charmante bourgade aux chalets disséminés sous les pins. La crème de la crème des jeunes filles françaises y étudie, de même que certains rejetons de l’élite « indigène », ainsi que le démontre la présence de Phuong. C’est l’époque où l’Indochine est occupée par les Japonais : l’amiral Decoux, nommé gouverneur en juin 1940, par le maréchal Pétain, gère les affaires courantes depuis Hanoï.

C’est à l’heure du salut aux drapeaux que l’incident a eu lieu. Car il y a deux drapeaux :celui de la République française et celui de l’Annam, nom du protectorat établi en 1884 par la France, dans cette région du centre du Vietnam, siège d’un empire déchu, désormais doté d’un pouvoir symbolique. Le drapeau en question est constitué d’un rectangle jaune, couleur impériale, flanqué dans l’angle supérieur gauche des trois bandes verticales du tricolore français.

« Je n’ai rien vu venir, raconte Xuan Phuong. Tout à coup, ma copine Juliette Ricardoni fait un pas en avant et se met à piétiner l’ombre formée sur le sol par le drapeau de l’Annam et hurle : “Saloperie d’Annam, saloperie d’Annam !” »A ce moment précis, le monde de l’adolescente s’écroule : cette brusque poussée de haine lui fait comprendre qu’elle n’est pas française. « Nous n’étions que cinq “indigènes” dans ma classe, et j’ai senti monter en moi la colère : je venais de devenir vietnamienne. »Bientôt, elle comprend aussi que nombre de ses compatriotes, en particulier les serviteurs des colons, sont méprisés ou maltraités. « Peu de temps après, je vais chez une autre copine. On prend le thé. La servante fait tomber malencontreusement de la confiture de fraises sur la table, et ma camarade se met à lui crier dessus… »

L’« affaire du drapeau » marque un tournant dans la vie de la future et célèbre documentariste de la télévision vietnamienne. Quelque temps plus tard, la voici lycéenne à Huê, la capitale de l’Annam. Désormais âgée de près de 16 ans, il lui arrive de rencontrer nuitamment des envoyés du Vietminh, la Ligue pour l’indépendance, créé à l’initiative des communistes en 1941. Puis c’est la fuite dans le « maquis », dans le nord du Vietnam, où le grand chef, Ho Chi Minh, a établi le quartier général de la résistance depuis le début de la guerre d’Indochine, en 1946. Réfugiée dans une grotte pour se protéger des bombardements de l’aviation française, la jeune fille se distingue rapidement en tant que spécialiste dela confection d’explosifs : « Avant de devenir journaliste, j’ai fabriqué des mines à retardement et des obus de bazooka », s’amusel’espiègle nonagénaire.

En Indochine française, il y eut, durant les premières décennies du XXe siècle, le « temps béni » de la colonie, celui des constructions : routes, chemins de fer, exploitations de minerais, plantations d’hévéas – à la fin des années 1930, le caoutchouc est le deuxième produit d’exportation après le riz –,mise en place d’une ébauche de système éducatif… Puis vint celui des déceptions, de la colère et des premières révoltes d’une population asservie. Si l’économie tourne toujours à plein régime, le « contrat social » entre colons et colonisés est en train de se rompre. La frustration va se muer en révolte, puis la révolte devenir révolution, laquelle débouchera sur une guerre de huit ans, un conflit meurtrier (entre 500 000 et un million de morts), marqué par une cuisante défaite française, à Dien Bien Phu, le 7 mai 1954.

Certes, tous les Vietnamiens, de tout temps attachés, et quel que soit leur milieu, à l’indépendance nationale, ne suivront pas le Vietminh : une partie d’entre eux choisira le camp des Français, parfois à contrecœur et, en tout cas, pas forcément par amour de ces derniers, mais bien par haine des communistes. D’où les divisions ultérieures entre un Sud plus « capitaliste » et un Nord plus « léniniste » au moment de la deuxième guerre d’Indochine, l’« américaine » (1955-1975).

En attendant, c’est bien un « capitalisme colonial » qui préside aux destinées économiques de l’Indochine au temps de l’empire français. Ce système, rappelle l’historien François Guillemot dans son livre Viêt-Nam, fractures d’une nation (La Découverte, 2018), « s’est imposé, entre 1858 et 1930, dans des sociétés encore faiblement intégrées au monde marchand asiatique ». « Avec pour corollaire, précise l’auteur, une charge fiscale(…) particulièrement injuste [pour la paysannerie] . » Conséquence indirecte : l’Indochine, tous pays confondus – la colonie de Cochinchine (sud), les protectorats d’Annam et du Tonkin (centre et nord), ainsi que les royaumes du Cambodge et du Laos – ne sera jamais une colonie de peuplement, mais d’exploitation. Au début des années 1940, le nombre de colons français au Vietnam s’élève à seulement 35 000 personnes, dont plus de la moitié de militaires, pour 23 millions de Vietnamiens.

S’il est difficile de généraliser la façon dont les patrons traitaient leurs employés, il ne fait pas de doute que la condition des travailleurs « annamites », notamment dans les grandes plantations de caoutchouc, était souvent abominable. « Le sort des coolies dépendait encore trop, en fin de compte, de l’individualité des patrons, dont certains avaient la réputation d’hommes organisés et justes alors que d’autres affichaient de véritables comportements d’esclavagistes », écrit Philippe Franchini, fils du patron du célèbre hôtel saïgonnais, le Continental, dans son livre Continental Saïgon. Parmi quelques noires légendes, celle d’une Française bottée arpentant sa plantation munie d’un fouet, ses fils n’hésitant pas à tirer au fusil sur les coolies en fuite.

Tinh Tuc, le Tonkin asservi

Ici, en « haute région tonkinoise », comme disaient les Français, c’est bruine et brouillard. La saison des pluies a commencé. Nous sommes à un peu moins de 2 000 kilomètres au nord de l’ex-Saïgon, devenue Ho Chi Minh-Ville en 1975. La frontière chinoise est à une trentaine de kilomètres, et le décor évoque quelque peu le Far West : la bourgade s’étire le long d’une unique route, bordée de petits immeubles dont le style colonial, avec galeries et colonnades, renvoie à la présence européenne. Non loin de là, une mine d’étain à ciel ouvert, creusée du temps des Français, forme un trou immense dans la montagne.

Sur son pas-de-porte, Mme Luc, une dame de l’ethnie minoritaire nung, âgée de 64 ans, devise avec une copine. Nous l’abordons. Elle raconte avoir été elle-même ouvrière dans la mine, ainsi que son père et le père de son père.

« Les Français, votre grand-père, il en pensait quoi ?, lui demande-t-on.

Oh, il ne les aimait pas trop. Mais lui, il avait de la chance, il était sous-contremaître, alors il occupait une certaine position. Les coolies, eux, les chefs français les frappaient. »

Mme Luc nous regarde soudain d’un air soupçonneux : « Dites donc, vous ne seriez pas le petit-fils d’un de ceux-là, par hasard ? » Fin de la conversation.

Saignon (Vaucluse) :de Saïgon au Luberon

Traquer le passé de l’Indochine impose aussi d’enquêter en France, où les derniers témoins sont parfois plus accessibles. Alain Belardy, 86 ans, reçoit dans sa villa dominée par cette jolie bourgade médiévale faisant partie des célèbres villages perchés du Luberon, tout près d’Apt. Son souvenir de l’ « Indo », c’est celui d’un métis franco-vietnamien vivant dans cette Indochine où il se sentait chez lui. Il ne venait jamais en métropole.

Né à Saïgon en 1938, il en est parti en 1956, deux ans après la débâcle française. Plus que métis, Alain Belardy est fils de fils et de filles de métis, et le camaïeu de ses origines offre une vaste palette : martiniquaises, khmères, vietnamiennes et françaises. Son grand-père maternel, originaire de Fort-de-France, s’était marié à une Vietnamienne et devint planteur d’hévéas. « C’était un riche, qui avait une traction avant et un perroquet annonçant l’arrivée des visiteurs. »Son père, lui, était de condition beaucoup plus modeste : « Il a fait quatre cents métiers : ouvrier, cheminot… »

M. Belardy a beau être français de nationalité, il se sentait plus vietnamien que français, et les « métros » le lui rappelaient volontiers : « Certains nous insultaient, nous les métis, ils nous traitaient de “bougnoules”, et même si j’avais parmi eux des copains, je n’osais pas leur dire que j’étais pour l’indépendance du Vietnam. » A la maison, sa grand-mère lui interdisait de parler vietnamien. « Si tu parles viet, tu seras moins intelligent », proclamait-elle. Son père était contre l’indépendance et reprenait à son compte le jugement raciste en vigueur : « Les Vietnamiens sont des singes ! »Quand Alain Belardy est arrivé de Saïgon à Marseille, en 1956, il a immédiatement pu profiter de la « bienveillance » française à l’égard des « rapatriés » d’Indochine : « A peine débarqué, je me suis fait à nouveau et aussitôt traiter de “bougnoule”. »

Paris : plutôt « œuf dur »que « banane »

Un autre témoignage apporte de l’eau au moulin de M. Belardy : celui de Nguyen Ngoc Chau, un ancien banquier international, auteur d’un livre sur le Vietnam (Vietnam. L’histoire politique des deux guerres. 1858-1954 et 1945-1975, Nombre 7 éd., 2020). Nous retrouvons cet homme de 80 ans dans un restaurant du quartier chinois du 13e arrondissement de Paris. Ses origines sont aux antipodes de celles d’Alain Belardy, mais leurs observations se complètent.

Ainsi, Nguyen Ngoc Chau raconte comment son père, Ngoc Bich, né en 1911, a connu le rare destin des quelques « indigènes » promis aux plus hautes fonctions. Admis d’abord à Polytechnique, il intègre ensuite l’Ecole des ponts et chaussées. Difficile d’imaginer plus prestigieux. Pour autant, cela ne l’empêche pas de rallier les rangs des insurgés du Vietminh, auprès desquels il mettra à profit ses études effectuées en France. Après avoir appris à en construire, il fait sauter des ponts dans le sud du Vietnam. Arrêté par l’armée française, condamné à mort, il est finalement gracié sous pression de ses camarades de l’X, puis expulsé vers la France, où il finira ses jours en exil.

Son fils, l’ex-banquier, résume à sa façon l’ambiance dans le Saïgon des années 1950 : « Tous les Vietnamiens étaient contre les Français : moi, bien sûr, j’étais pour l’indépendance. » Comme il avait des amis blancs et étudiait dans les écoles de l’élite coloniale, ses copains viets lui reprochaient parfois d’être comme une banane, « jaune à l’extérieur, blanc à l’intérieur ». Il leur rétorquait en riant qu’il avait plutôt le sentiment d’être un œuf dur, « blanc à l’extérieur, jaune à l’intérieur ».Soixante-dix ans après la défaite française, il porte un jugement sévère sur la colonisation : « La France parlait d’égalité, de liberté, de fraternité, mais c’était un mensonge.Qu’est-ce qu’on a été contents quand Dien Bien Phu est tombé ! »

Nantes, l’ombre des égorgeurs

Poursuite de notre tour de France avec un Nantais d’adoption, Henri Copin, 79 ans. Agrégé de lettres, il a soutenu une thèse de doctorat intitulée L’Indochine dans la littérature française(L’Harmattan, 1996). Ce retraité de l’éducation nationale apporte une vision nuancée sur ce que fut, selon lui, l’époque coloniale – du moins celle qu’il a connue.

« J’ai quitté le Vietnam en 1958, témoigne-t-il dans son pavillon d’une cité-jardin construite après-guerre pour abriter les survivants des bombardements américains de 1943 . Je peux vous dire que, dans les années 50 en Indochine, rabaisser un Vietnamien en public aurait déclenché un véritable scandale ! »A l’époque, la France croyait encore en l’impossible fiction d’une Indochine autonome, mais toujours « associée » à une hypothétique « Union française » en Extrême-Orient. Ce qui supposait le consentement, sinon la participation des « indigènes ». Paris cherchait une « sortie honorable », obsession des caciques d’un empire en état de déchéance avancée.

Henri Copin, dont le père était administrateur colonial, habitait dans le sud du pays, dans le delta du Mékong. La maison familiale, percée de meurtrières, était située au cœur de la plaine des Joncs. Ils y vivaient sous la protection de supplétifs vietnamiens qui avaient choisi la France plutôt que le communisme. « Quand les Vietminh nous attaquaient, ma mère et moi, on se réfugiait sous le lit de la chambre parentale. »C’était une terrible époque : « Des bandes armées rôdaient en permanence, les Vietminh organisaient des “comités d’assassinats” de notables. Il faut quand même se rappeler que l’on se battait aussi contre des égorgeurs, des gens qui obligeaient leurs concitoyens vietnamiens à soutenir le Parti[communiste] ! »

Si l’on veut prendre la mesure de cette violence et en connaître l’origine, il faut à nouveau remonter le temps, jusqu’en 1930. Cette année marque en effet un double tournant, sur le chemin de la liberté pour les Vietnamiens et sur celui de l’humiliation pour les Français. Dans la nuit du 9 au 10 février 1930, les soldats « indigènes » de la garnison de Yen Bai (dans le nord du Vietnam) se mutinent. La veille, le Parti nationaliste vietnamien (VNQDD, une organisation indépendantiste non communiste) vient d’appeler le peuple à se soulever et à « tuer, tuer les pirates français ». En réaction, la répression est terrible. Le 16 février, un village soupçonné d’abriter des sympathisants nationalistes est rayé de la carte par un bombardement aérien. Des centaines de sympathisants sont arrêtés. Quelques mois plus tard, treize meneurs révolutionnaires sont guillotinés à Yen Bai même. En montant sur l’échafaud, ils crient « Vive le Vietnam ! Vietnam ! Vietnam ! »Plus tard, le député socialiste Marius Moutet, futur ministre des colonies, fera ce constat aux accents prophétiques : « Si la France ne peut rester en Indochine qu’en y coupant des têtes et en y maintenant un régime de terreur et de force, il vaut mieux nous en aller. »

En ce début des années 1930, l’agitation continue et s’étend. Dans le nord du pays, la province de Nghe Anh, région natale de Ho Chi Minh, se soulève, et des « soviets » se constituent sous la houlette d’agitateurs communistes. Dans le Sud, les ouvriers de la grande plantation de Phu Rieng font grève. Sans compter la multiplication des manifestations pacifiques dans les villes et des marches paysannes dans les campagnes. Pour la première fois, l’ordre établi vacille. La répression se poursuit, impitoyable : en deux ans, 3 500 révolutionnaires sont condamnés. Au sortir des tribunaux, pour beaucoup d’entre eux, une seule destination : le bagne.

Con Son, l’enfer au paradis

L’île de Con Son est un endroit de carte postale qui, en se modernisant, s’efforce de se donner des airs de paradis touristique : hôtels et autre resortsle long de plages immaculées, front de mer bordé de palmiers, routes taillées au cordeau… Le revers de ce décor de publicité est un passé d’épouvante. Sur l’île principale du petit archipel de Con Dao (le territoire vietnamien le plus au sud), les Français avaient construit le bagne de Poulo Condor dès 1861. Au dire même des autorités carcérales de l’époque, le taux de mortalité était ici de 70 % au tournant du siècle.

Même si les « relégués » de cet « enfer au paradis » furent souvent des prisonniers de droit commun, les premiers rebelles à la colonisation vinrent grossir les rangs de la population carcérale, au début du XXe siècle. Certains mutinés de la garnison de Yen Bai y furent déportés. Plus tard, les personnalités montantes du Vietminh, tel le futur premier ministre Pham Van Dong, y furent emprisonnées.

Aujourd’hui, les trois camps distincts de ce goulag tropical sont devenus des lieux touristiques où le passé carcéral a été mis en scène. Les responsables de la muséographie ont joué au maximum sur l’effet de réalisme en plaçant côte à côte, sur les bat-flancs, des figures de plâtre aux joues et jointures badigeonnées de peintures rouge sang. Un Musée Grévin de l’horreur à la française. Du haut des fenêtres grillagées tombe une faible lumière sur de grandes estrades où s’alignaient autrefois les prisonniers. Leurs chevilles étaient fixées à une barre de fer courant sur toute la longueur de l’immense salle : la bien mal nommée « barre de justice ».

A partir de 1940, de petites « cages de tigres », où s’entassaient plusieurs prisonniers, furent construites pour les détenus politiques. Là aussi, d’autres statues en plâtre s’y tordent aujourd’hui, ensanglantées, le dos marbré de coups de trique, la bouche ouverte sur le cri silencieux de leur cauchemar.

C’est ici, à Poulo Condor, que le Vietnam a trouvé sa Jeanne d’Arc : Vo Thi Sau. Un matin de 1952, cette femme de 19 ans, accusée d’avoir commis des attentats contre des militaires français dans le sud de la Cochinchine, est passée par les armes. Avant d’être fusillée, elle refusera qu’on lui bande les yeux.

De nos jours, Vo Thi Sau fait l’objet d’un culte extraordinaire. A quelques kilomètres du lieu de son exécution, sa tombe est un monument de marbre noir couvert de fleurs et flanqué d’une statue de la suppliciée. Le matin de notre visite, une délégation des membres d’un comité populaire du Parti communiste vietnamien, hommes en costume sombre et dames à chapeau, se presse devant la tombe, les bras chargés de bouquets. Personne n’aurait l’idée de venir à Con Dao sans aller fleurir la tombe de Vo Thi Sau.

Saint-Maur-des-Fossés, souvenirs d’un âpre 14-Juillet

Thérèse Nguyen, 95 ans, nous a donné rendez-vous dans son pavillon, en banlieue parisienne. Sur le portail, elle a laissé l’écriteau mentionnant les horaires de ses consultations. Médecin généraliste à la retraite, elle est née au Vietnam en 1929. Elle en est partie quatre ans, avant les accords de Genève, qui mirent fin à un siècle de présence française il y a soixante-dix ans, le 21 juillet 1954.

A certains égards, l’enfance de Mme Nguyen ressemble un peu à celle de Xuan Phuong, l’ancienne fabricante d’explosifs du Vietminh. « Mon père était médecin, comme moi, témoigne-t-elle. Je me souviens que, petite, je mangeais des biscuits Lu et étudiais dans un collège privé. »La jeune fille vit alors dans un monde d’exception, coupé du Vietnam profond. « Mes camarades et moi, on était vêtues différemment des autres Vietnamiennes, nous devions porter un chapeau, nous étions chaussées de sandales. »

Comme Xuan Phuong, une affaire de drapeau va lui ouvrir les yeux, lors du 14-Juillet. « On le fête sur la place de la petite ville où j’habitais, dans le delta du Mékong. On chanteLa Marseillaise , on salue le drapeau, et puis, d’un coup, tout se fige : des slogans antifrançais montent dans la foule. Un colon s’écrie : “Ces types-là mériteraient d’aller au bagne !” Je suis sidérée, je ne comprends pas ce qu’il se passe. »Ou plutôt elle comprend que quelque chose « ne va pas ». Ironie de l’histoire, il lui a peut-être fallu un 14-Juillet pour se sentir vietnamienne.

Au fil du temps, l’adolescente privilégiée mesure combien son milieu l’a éloignée du réel .En 1950, elle partira du Vietnam pour poursuivre des études de médecine en France. Avec, à la clé, le choc de l’exil et l’intuition que, dans cet ailleurs européen inconnu d’elle, le quotidien ne sera peut-être plus si facile. Sans doute est-ce ce qu’elle veut dire aujourd’hui en confiant dans un sourire : « J’ai quitté Saïgon en bateau et en troisième classe. »

Le Monde
France, jeudi 18 juillet 2024 1491 mots, p. 10
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17 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Présider l’Assemblée, enjeu stratégique à gauche

Au sein du NFP, cinq candidatures sont sur la table. Les discussions devaient reprendre mercredi matin

Rachel Garrat-Valcarcel

Le Nouveau Front populaire (NFP) n’a pour l’instant accouché ni d’un candidat au poste de premier ministre ni même d’un candidat commun pour l’élection à la présidence de l’Assemblée nationale. Point positif néanmoins : l’union des gauches s’est offert un mardi plus apaisé que ne l’avait été son lundi, entre guerre des communiqués de presse, ultimatums et tir de barrage des « insoumis » contre la candidature de Laurence Tubiana pour Matignon.

La journée de mardi 16 juillet a eu pour cadre les salles de réunion de l’Assemblée nationale les plus feutrées. Les présidents des quatre groupes parlementaires du NFP se sont réunis une heure, en fin d’après-midi, pour avancer sur une candidature commune à la présidence de l’Hémicyle. Le sujet devient brûlant puisque l’élection aura lieu jeudi. Le principe de la candidature unique a été réaffirmé, mais il ne faisait guère de doute, tant la seule chance de succès pour la gauche réside d’abord et avant tout dans son unité au moment du vote.

Chaque groupe a présenté son ou sa candidate et a argumenté sur les avantages et inconvénients : Boris Vallaud, député des Landes, président du groupe socialiste ; Cyrielle Chatelain, députée de l’Isère, présidente du groupe Ecologiste et social ; André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, président du groupe la Gauche démocrate et républicaine (GDR, où siègent notamment les communistes). Le groupe « insoumis » a, lui, proposé deux noms : celui de la présidente, Mathilde Panot, députée du Val-de-Marne, et celui d’Eric Coquerel, député de la Seine-Saint-Denis, président de la commission des finances pendant la précédente législature.

Chez les socialistes, on veut croire que ça se joue entre Boris Vallaud et André Chassaigne, les deux seuls candidats, selon eux, à pouvoir rallier quelques voix au sein du groupe Liberté, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT), voire plus au centre. Dans le nouveau groupe Ecologiste et social, renommé ainsi après l’arrivée des « purgés » de La France insoumise (LFI), on estime que l’heure de Cyrielle Chatelain est venue, à la faveur du refus par principe d’une candidature socialiste par les « insoumis ».

Toujours pas de fumée blanche

« Ça peut être la bonne personne, au bon moment, au bon endroit, assure le député des Yvelines Benjamin Lucas (Génération.s), lui aussi membre du groupe, qui ne tarit pas d’éloges sur sa présidente. Cyrielle Chatelain, c’est la candidate de l’indépendance du Parlement. On peut toujours reprocher des choses aux écologistes, mais ils ont intrinsèquement une vraie culture parlementariste. »

S’il n’y a pas eu de fumée blanche, plusieurs participants affirment que ce n’était pas une réunion pour rien. Chacun rechigne à donner une date, mais certains espèrent arriver à une solution dans la journée de mercredi, alors que les discussions ont repris à 9 h 30. Il faut dire que la réunion de mardi s’est tenue « dans une bonne ambiance, où chacun s’écoute et se respecte, sans invectives », décrit M. Vallaud. « On a aussi avancé sur la question du bureau, avec un certain nombre de scénarios, si on gagne ou pas la présidence, s’il y a un front républicain ou pas… On a bien avancé ! », poursuit-il. Le tableau, dans le contexte de la gauche, peut apparaître comme un espoir ou une surprise, selon les points de vue.

« Il n’y a pas de surprise, reprend le député socialiste du Calvados Arthur Delaporte, présent lui aussi autour de la table. Les discussions entre les groupes sont souvent moins difficiles qu’entre les partis. Quand il a fallu s’entendre sur une répartition des équilibres pour le futur bureau suivant les configurations, en trente minutes, c’était réglé. » Les seuls moments de relative tension de la réunion du jour sont à mettre à l’actif de Boris Vallaud, qui a reproché aux « insoumis » d’avoir nommément attaqué un député de son groupe, Philippe Brun (Eure), dans leur communiqué de lundi. Et à celui d’Arthur Delaporte, qui a mis sur la table le tweet de la députée LFI de Paris Sophia Chikirou, où elle compare le « hollandisme » aux punaises de lit.

Les groupes de gauche se sont enfin entendus sur un appel aux présidents des groupes de la coalition présidentielle – Démocrate, Horizons et Ensemble pour la République (nouveau nom du groupe des députés Renaissance) – et de La Droite républicaine (le groupe des députés Les Républicains) pour qu’ils empêchent l’élection de députés du groupe Rassemblement national (RN) au bureau de l’Assemblée nationale. « Le vote réalisé il y a neuf jours par les Françaises et les Français nous oblige à confirmer le barrage républicain qu’ils ont érigé face à l’extrême droite », déclarent les quatre présidents de groupe dans une lettre ouverte.

« C’est la première bataille »

En face, les macronistes ont déjà annoncé une ligne « ni RN ni LFI », ce qui fait enrager les groupes de gauche : « Le “ni-ni” excluant certains d’entre nous au même titre que le RN constituerait un déni et un oubli des conditions dans lesquelles nombre de députés ont été élus, grâce au retrait sans contrepartie des candidats issus, par exemple, du Nouveau Front populaire », disent les présidents des groupes du NFP dans leur lettre ouverte.

Malgré cet appel, plusieurs craignent que l’élection du président de l’Assemblée nationale ne tourne plutôt au front anti-NFP. Si, au troisième tour, où la majorité relative suffit, le bloc central et LR s’entendent sur une candidature commune, elle dépasse numériquement, sur le papier, la gauche. Celle-ci devrait alors s’assurer des voix du groupe LIOT, voire des abstentions sur la gauche de Renaissance, où tout le monde n’est pas convaincu par la candidature de Yaël Braun-Pivet, la présidente sortante. Et c’est sans compter un éventuel ralliement de dernière minute du RN à la députée des Yvelines.

Du côté de la candidature au poste de premier ministre, en revanche, rien ne semble avancer sérieusement depuis le rejet clair et net par les « insoumis » du nom de Laurence Tubiana, avancé par les socialistes, les écologistes et les communistes. Tout juste le groupe GDR a-t-il appelé, dans un communiqué de presse, à « soumettre au vote des députés du NFP la désignation d’un premier ministre ».

Aucune autre discussion à quatre n’a eu lieu mardi. Après tout, LFI avait annoncé la couleur dans son communiqué de lundi après-midi : « Nous ne participerons à aucune discussion supplémentaire sur la formation du gouvernement, tant que la candidature unique à l’Assemblée nationale ne sera pas acquise et que le vote n’aura pas eu lieu. » Le sujet de la candidature à Matignon ne devrait donc pas avancer avant jeudi soir… au mieux.

Ce qui a provoqué la colère de Marine Tondelier. « Ecœurée » par la guerre que se livre « insoumis » et socialistes pour proposer un nom de premier ministre, la secrétaire nationale des Ecologistes a appelé à la reprise immédiate des négociations. « Chaque heure, chaque minute de ridicule qu’on offre(…) , on est en train de fabriquer du vote RN, et ce ne sera pas la peine de venir me chercher avec ma veste verte en 2027, entre les deux tours, pour dire : “Au secours, il faut un front républicain !” On ne peut pas susciter l’espoir et décevoir autant », s’est-elle insurgée, mercredi matin, sur France 2.

Une défaite dans la course au perchoir ne pourrait-elle pas se transformer en porte de sortie du NFP pour LFI ? Chez les « insoumis », on assure que non. « Je forme le vœu qu’à l’issue de ce vote nous puissions reprendre les discussions pour nous accorder à la fois sur une candidature à la fonction de premier ministre et sur un gouvernement qui pourra mettre en œuvre le programme du Nouveau Front populaire », a déclaré, mardi soir, sur LCI, le coordinateur de LFI, Manuel Bompard. Sur un ton d’ailleurs assez éloigné du communiqué très dur de la veille.

Pour LFI, le focus mis sur l’élection à la présidence de l’Assemblée est avant tout une question de priorité calendaire. « On a gagné sur l’idée qu’il y avait urgence à s’entendre, parce que c’est objectivement la bataille qui arrive. C’est la première bataille concrète vis-à-vis de Macron », explique le député LFI de Haute-Garonne Hadrien Clouet.

Chez les « insoumis », les bonnes nouvelles sont exploitées, les mauvaises n’existent pas. Nouvel exemple en l’espèce : « Si on gagne, on pourra prendre Macron au mot pour le gouvernement. Si on perd, il n’y a de toute façon aucun lien organique entre l’élection à la présidence de l’Assemblée et le gouvernement, l’exigence démocratique d’appliquer notre programme ne change pas », précise le député, qui relativise déjà un éventuel échec, simple « première manche perdue ». Sauf que la gauche abordera alors la seconde manche, en ballottage très défavorable.

L'Humanité
jeudi 18 juillet 2024 1337 mots, p. 2

Le Nouveau Front populaire à la conquête du Perchoir

Gaël De Santis

Parlement Après avoir créé la surprise lors des législatives, l'alliance de gauche entend conquérir la présidence de l'Assemblée nationale, ce jeudi, pour continuer sa marche vers l'exercice du pouvoir. Elle s'est entendue sur un candidat : le communiste André Chassaigne.

Une journée capitale attend ce jeudi le Nouveau Front populaire (NFP), avec l'élection de la présidence de l'Assemblée nationale. Les députés de gauche, qui constituent la première force de l'Hémicycle devant la Macronie et l'extrême droite, se sont mis d'accord pour présenter le député communiste André Chassaigne au poste de président de la Chambre. Signe d'une République qui se parlementarise faute de majorité absolue, jamais élection au Perchoir n'a été tant disputée. Ce scrutin s'annonce crucial, non seulement pour l'avenir de la Chambre et le respect du Parlement, mais aussi parce qu'il constitue une étape clé dans la course à Matignon.

Pour la gauche, une étape clé

Sur les bancs à la gauche du Palais Bourbon, le principe d'un candidat commun était acquis depuis plusieurs jours. Restait à trouver l'oiseau rare. Mercredi, c'est au président du groupe GDR et député PCF André Chassaigne que cette mission d'importance a été confiée, en vue de symboliser que l'Assemblée penche à gauche. « Nous devons montrer qu'on peut obtenir une majorité, même relative, à l'Assemblée nationale. Si nous n'en faisons pas la démonstration, nous nous mettons en danger. L'échéance est cruciale », décrypte la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, qui précise toutefois : « Si nous ne parvenons pas à faire élire une personne du NFP, cela ne signifie pas pour autant qu'Emmanuel Macron sera légitime à nommer premier ministre quelqu'un qui n'est pas du NFP. » Dans l'édition de l'Humanité de ce mardi, André Chassaigne soulignait combien « ce scrutin déterminera aussi quelles seront la majorité et l'opposition au sein de cette assemblée ». Ce sera donc une indication en vue d'écrire la suite. Avec cette élection se joue la capacité de la gauche à gouverner.

Vers un troisième tour décisif

Le scrutin se joue à trois tours qui, tous, se dérouleront ce 18 juillet. Aux deux premiers, est élu celui qui obtient une majorité absolue des suffrages exprimés. Au troisième, une majorité relative suffit : le candidat arrivé en tête l'emporte même s'il ne recueille pas 50 % des voix plus une. Il est dès lors important pour chaque bloc, celui de la gauche, de l'extrême droite ou du « centre », de serrer les rangs. Mais aussi de trouver un profil capable de séduire dans les autres blocs en vue du troisième tour. Entre chaque scrutin, il est possible de changer de candidat. À noter que Charles de Courson, porteur de la motion de censure contre la réforme des retraites et membre du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (Liot), présente sa candidature. Bien que provenant de la droite, il a partagé de nombreuses batailles avec la gauche lors de la dernière législature. Du côté du NFP, c'est donc la figure d'André Chassaigne, député expérimenté élu en 2002, reconnu à la fois pour sa combativité et pour sa capacité de dialogue, qui a été choisie afin de recueillir un maximum de suffrages.

Le danger d'une droite qui s'organise

Une victoire de la Macronie potentiellement alliée à la droite donnerait un argument de plus à Emmanuel Macron pour ne pas nommer un premier ministre issu du NFP. Dans ce scrutin, la gauche compte un peu plus de 190 députés, soit davantage que le RN, qui n'en dispose que de 143 en comptant les ciottistes. Sébastien Chenu devrait briguer la présidence pour l'extrême droite, sans espoir de l'emporter. Le camp présidentiel a, en revanche, ses chances s'il parvient à trouver une entente avec « Les Républicains » (LR), qui, entre 2022 et 2024, ont plusieurs fois sauvé le gouvernement en appuyant ses réformes et en refusant de voter les différentes motions de censure. Ensemble pèse au moins 168 sièges et LR, au moins 46. Soit bien plus que 200 parlementaires : assez pour l'emporter au troisième tour.

Aussi, la droite s'organise. « Je reste convaincu que s'il y a une personnalité du bloc de gauche qui préside l'Assemblée nationale, cela préfigure (...) un gouvernement du Nouveau Front populaire », s'inquiétait, lundi, Mathieu Lefèvre, député Renaissance du Val-de-Marne.

Selon l'AFP, le camp présidentiel a engagé des négociations avec LR. « Nous voulons nous assurer qu'il n'y aura pas de candidat FI qui serait en mesure de gagner le Perchoir, voire de candidats de gauche qui auraient pu signer un contrat très explicite avec la FI », a indiqué le député républicain Philippe Juvin, candidat de son camp pour le perchoir.

Depuis le second tour des législatives, l'ancienne présidente de l'Assemblée,Yaël Braun-Pivet (Renaissance), multiplie les appels du pied - y compris auprès de l'extrême droite - dans l'espoir d'être réélue, tandis qu'Annie Genevard, présidente par intérim des « Républicains », porte les couleurs de LR.

Valérie Létard (UDI) faisait figure de compromis, en début de semaine, en cas d'échec de Braun-Pivet, tant la Macronie se fissure. Modem et Horizons envisageaient encore, mardi, de présenter chacun un candidat concurrent.

La présidence, un poste stratégique

Les pouvoirs du président de l'Assemblée nationale sont étendus. Ils pourraient être pleinement employés demain à la défense du Parlement, si André Chassaigne l'emporte. Mais ils pourraient aussi, en cas de défaite, être détournés au profit du camp présidentiel, comme l'a déjà fait Yaël Braun-Pivet entre 2022 et 2024. Ces deux dernières années, la députée des Yvelines a multiplié les sanctions contre les parlementaires, notamment de gauche. Entre 1961 et 2022, seules 38 punitions ont été prononcées. Son bilan est imposant : pas moins de 110 ! L'une des dernières a été infligée au député FI Sébastien Delogu, coupable d'avoir arboré un drapeau palestinien dans l'Hémicycle. La présidente a prononcé cette sanction après convocation du bureau de l'Assemblée où macronistes, droite et extrême droite étaient majoritaires. Le président dispose également d'un pouvoir de nomination. « Pour la délégation parlementaire au renseignement, nous avions présenté avec les 151 députés de gauche un candidat. Yaël Braun-Pivet était obligée de choisir un membre de l'opposition et a désigné une femme issue d'un groupe de 88 députés, celui du RN », indique Gabrielle Cathala, députée FI du Val-d'Oise. Outre les délégations parlementaires, le président nomme aussi à certaines fonctions, au sein du Conseil d'orientation des retraites, de la Commission nationale de l'informatique et des libertés. Par ailleurs, tous les trois ans, le président de l'Assemblée nationale, le président du Sénat et le président de la République nomment chacun un membre du Conseil constitutionnel. Le prochain round de nomination est prévu en février 2025.Le principal pouvoir de la présidence de l'Assemblée est d'influer sur l'ordre du jour, en lien avec la conférence des présidents de groupe. Si le gouvernement fixe l'ordre du jour des plénières pour au moins deux semaines sur une période de quatre, le reste est à l'appréciation du Parlement et de sa présidence. Le président veille aussi à la sérénité des débats, au respect du Parlement, et peut jouer un rôle décisif en cas de situation non prévue. Ainsi, en janvier 2023, la gauche a déposé une motion référendaire pour abroger la réforme des retraites. Le RN lui a emboîté le pas. « Tout à coup, en conférence des présidents, Yaël Braun-Pivet a inventé un tirage au sort pour déterminer quelle motion serait examinée », rappelle Gabrielle Cathala. La pratique était jusqu'ici que la motion arrivée en premier était celle soumise aux députés. Le RN ayant remporté le tirage au sort, il n'y a jamais eu de référendum. « Nous n'avons de plus jamais pu réexaminer de texte portant sur la réforme des retraites du fait du pouvoir de la présidente d'interpréter l'article 40 de la Constitution », souligne Gabrielle Cathala. En juin 2023, une proposition de loi du groupe Liot devait être examinée, visant à abroger la réforme des retraites. Yaël Braun-Pivet a empêché le débat en déclenchant l'article 40, qui bloque toute proposition de loi entraînant une « aggravation de la charge publique ». Un président de gauche, en l'occurrence André Chassaigne, permettrait enfin aux parlementaires de reprendre du pouvoir et de débattre des droits qui concernent tous les citoyens.

Libération
jeudi 18 juillet 2024 1160 mots, p. 1,14,15

France

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17 juillet 2024 - Libération (site web)

Assemblée nationale Six têtes pour un perchoir

Victor Boiteau; Sacha Nelken

France

pages 14-15 Présidence Le Palais- Bourbon dans le brouillard A l'ouverture de la XVIIe législature ce jeudi à l'Assemblée, les députés vont élire leur président.

Reconduction de Braun-Pivet ? Un communiste au perchoir ? Surprise consensuelle ? L'issue a rarement été aussi incertaine.

Lever de rideau sur une Assemblée en morceaux. Onze jours après les résultats des élections législatives, convoquées à la suite de l'annonce de la disso- lution par Emmanuel Macron le 9 juin, les 577 députés ont rendezvous dans l'hémicycle à 15 heures, ce jeudi, pour élire leur président. Première séance d'une législature inédite, dans une chambre émiettée en trois parts quasi égales – Nouveau Front populaire (NFP), camp présidentiel et Rassemblement national –, celle-ci doit permettre de désigner le successeur de Yaël Braun-Pivet au perchoir. Si le Premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, a acté au soir du second tour que «le centre de gravité du pouvoir sera […] désormais plus que jamais entre les mains du Parlement», personne n'est (encore) capable d'en fournir le mode d'emploi. Sans majorité claire, un gouvernement réduit à la gestion des «affaires courantes» et un bloc de gauche vainqueur d'une courte tête des législatives, mais incapable de proposer un nom pour Matignon, le brouillard est bien épais.

«Baroque» Jeudi, la XVIIe législature s'ouvrira avec le même visage qu'il y a deux ans : José Gonzalez. En 2022, le député RN des Bouches-du-Rhône avait versé une larme sur l'Algérie de son enfance et son «âme à jamais meurtrie» après l'indépendance.

Charge à lui, doyen du Palais-Bourbon oblige, d'installer le bureau d'âge et de procéder à l'élection du président, entouré des six députés benjamins. Chaque camp, égaré depuis des jours dans des conjectures interminables, espère que le résultat lèvera un coin de voile sur le futur paysage politique. Le chef de l'Etat en premier. L'élection de la présidence de l'Assemblée «va dé- terminer le barycentre de la vie politique et parlementaire», avance ainsi l'Elysée.

Le scrutin est codifié. La partie se joue en trois manches. Les deux premières à la majorité absolue, la troisième à la majorité relative. «Tous les groupes vont se compter au premier tour», avance un conseiller parlementaire. Chaque écurie présente ainsi son candidat. La droite version Wauquiez a choisi Philippe Juvin ; les troupes Horizons, l'ancienne vice-présidente Naïma Moutchou. «Pour que ça fonctionne, défend Emilie Bonnivard, députée LR de Savoie, il faut une figure indépendante, libre, pas sectaire.» Comme André Chassaigne ? Après près de trois jours de discussions, le NFP s'est accordé sur le nom du communiste. L'élu du Puy-de-Dôme, député depuis 2002, a été préféré au socialiste Boris Vallaud, à l'écolo Cyrielle Chatelain et aux insoumis Mathilde Panot et Eric Coquerel. Pour son expérience, mais aussi pour son côté consensuel. A gauche, on estime qu'il est le seul à pouvoir faire gagner la coalition, avec la conviction que son profil attirerait des élus macronistes, du Modem, de Liot, voire des ex-LR.

Côté macronistes, la sortante Yaël Braun-Pivet espère rempiler. Dans sa profession de foi, l'élue vante son bilan, cocktail de «maîtrise [des] débats» et de «recherche de compromis ». Dans les rangs de feu la majorité, certains la soutiennent, d'autres auraient aimé de la nouveauté. Devant une quinzaine de députés du groupe Ensemble pour la République (EPR, le nouveau nom de Renaissance à l'Assemblée) reçus à déjeuner mardi à l'Elysée, Emmanuel Macron a lui aussi exprimé ses réserves. «Il n'a jamais parlé de Yaël Braun-Pivet», s'étonne l'un des convives : «Il a évoqué le sujet en disant qu'il ne fallait pas donner l'impression que rien n'a changé.» Pas franchement un soutien pour la candidate du groupe macroniste, élue en 2022 contre la volonté présidentielle, et avec laquelle les relations ont toujours été glaciales. La sortante pourrait pourtant récolter les voix de la droite et l'emporter. Voire dès le deuxième tour, si le RN lui apporte ses voix. Un baiser de la mort ? La boutique de Marine Le Pen présente bien Sébastien Chenu, ancien vice-président, mais sait ses chances de succès nulles. Et garde donc le secret sur ses intentions. «Quand ils ne disent rien, relève une députée Liot, c'est qu'ils mijotent.» «Après le premier tour, tout est possible. C'est un scrutin baroque», élude un cadre lepéniste. Mardi, devant ses invités, le chef de l'Etat a en revanche prononcé le nom de Charles de Courson, dont il redoute la candidature. Le député centriste est poussé par ses camarades de Liot, dont l'une des têtes loue «sa probité, son expérience, sa connaissance du moindre détail du règlement…» Jeudi, c'est derrière les épais rideaux de l'entrée de l'hémicycle, donnant sur les salons du «périmètre sacré», que se joueront les tractations entre chaque tour. Loin des regards.

«On n'est pas à l'abri d'une candidature au troisième tour qui ne s'est pas présentée aux deux premiers, note Olivier Falorni (Modem). Ce sera sûrement un jeu de dupes jusqu'au troisième tour.» De l'issue de ce premier scrutin à bulletin secret, chaque groupe voudra tirer des enseignements, voire dérouler le récit lui convenant. Si Chassaigne rafle le fauteuil, aidé par la majorité, la gauche unie poussera (davantage) pour parvenir à désigner un nom commun pour Matignon. La réélection de Braun-Pivet serait lue par le camp présidentiel comme la preuve qu'une alternative à la gauche est possible pour gouverner le pays. Le RN, lui, paraderait en faiseur de rois parlementaires. Et la victoire (surprise) de Juvin serait perçue comme les prémices d'un deal entre la droite et les macronistes… Cordon sanitaire Dans cette Assemblée encore illisible, deux autres temps forts mettront, eux, le barrage républicain une nouvelle fois à l'épreuve. Vendredi, les députés désigneront les membres du bureau de l'Assemblée, organe stratégique comprenant, outre le président, six vice-présidents, trois questeurs et douze secrétaires. L'instance gère la vie du Palais- Bourbon, des finances de l'institution aux sanctions des députés. La répartition des postes s'effectue via un système de points, répartis entre les groupes selon leurs effectifs. Chaque poste vaut un certain nombre de points. D'ordinaire, les présidents de groupe se les répartissent à l'amiable. Faute d'accord, le partage se fait au vote.

Pour le bureau, les macronistes veulent barrer la route au RN et à LFI. La droite, pour qui toutes les forces politiques doivent être représentées, s'y oppose. L'extrême droite, elle, revendique deux vice-présidences, un poste de questeur et un de secrétaire. Et se victimise déjà. «Toutes les forces politiques doivent participer au fonctionnement de l'institution selon nos usages républicains et le règlement intérieur de l'institution», a affirmé mardi Marine Le Pen, craignant un retour du cordon sanitaire. Socialistes, communistes, écologistes et insoumis ont adressé un courrier aux présidents des groupes EPR, Horizons, Modem et La Droite républicaine pour barrer la route à l'extrême droite. Le sujet sera de nouveau sur la table samedi, lors de l'élection des présidents des huit commissions permanentes. Et notamment la stratégique commission des finances, revenant de droit à l'opposition. Reste à savoir, dans cette chambre encore mal rangée, où se trouve chacun. Opposition ou majorité.•

Le Figaro, no. 24852
Le Figaro, jeudi 18 juillet 2024 775 mots, p. 3

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17 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Annie Genevard veut toujours jouer un rôle à l'Assemblée nationale

Galiero, Emmanuel, Conruyt, Claire

Laurent Wauquiez et les députés du groupe La Droite républicaine étaient sur le point de choisir leurs candidats pour divers postes clés de l'Assemblée nationale. Annie Genevard était en bonne place mercredi soir pour obtenir le soutien de sa famille politique, alors que parallèlement, son collègue Philippe Juvin (Hauts-de-Seine) a également avancé ses pions. Au sein de son groupe et à l'extérieur, la députée du Doubs est perçue comme une personnalité «apaisante». «Tout cela est en train de se décider en bonne intelligence au sein du groupe» ,confiait un élu au Figaro, mercredi soir.

Après l'élection d'Emmanuel Macron en 2017, Annie Genevard avait été désignée première vice-présidente de l'Assemblée nationale, et ce, jusqu'en 2022. Son tempérament et son sérieux ont été appréciés pour la conduite des débats et le respect des expressions. Attachée aux règles de la démocratie parlementaire, l'élue est d'ailleurs opposée à toute forme d'exclusion de certaines forces politiques. «Il nous faut inventer une nouvelle façon de gouverner, et je considère que la situation actuelle ouvre complètement le jeu pour le perchoir. Rien ne s'impose» ,confie-t-elle quelques heures avant son élection par le groupe DR. Un proche renchérit : «Lorsqu'elle était vice-présidente de l'Assemblée, tous les groupes assuraient qu'elle faisait le job. C'est sérieux et, inévitablement, si elle est élue, c'est crucial pour notre famille politique.»

Secrétaire générale des LR depuis 2017, elle a été l'une des premières, parmi les ténors du mouvement, à dénoncer l'alliance d'Éric Ciotti avec le RN. Après l'organisation d'un « bureau politique exceptionnel » , et l'exclusion du député des Alpes-Maritimes, elle a été désignée à la tête de LR, aux côtés du député européen François-Xavier Bellamy. Propulsée, elle aussi, dans les élections législatives anticipées, la candidate du Doubs a fait campagne, menacée par la dynamique lepéniste. Finalement, elle s'est qualifiée au second tour avec 62,69 % des voix.

L'engagement à droite de celle qui vient du monde enseignant fut marqué par sa nomination au secrétariat de l'UMP, chargée de l'animation des fédérations, en décembre 2014, par Nicolas Sarkozy, alors président du mouvement. Elle s'est beaucoup investie sur les questions liées à l'éducation, comme ce fut le cas lors de l'élaboration du programme de la droite pour 2017 et depuis la présidence Macron. Soutien de François Fillon dans le cadre de la présidentielle 2017 et de la primaire qui précédait le scrutin, Annie Genevard a occupé le secrétariat général des LR en coresponsabilité avec Gérald Darmanin, avant que celui-ci ne rejoigne le gouvernement d'Édouard Philippe (au ministère des Comptes publics) et ne soit remplacé par Éric Ciotti.

Sous l'ère Christian Jacob à la présidence des Républicains, Annie Genevard fut nommée présidente du conseil national, le « Parlement » du mouvement. Puis, en 2021, on la vit accéder au poste de vice-présidente déléguée dans la foulée de Guillaume Peltier, écarté par le président Jacob pour divergences sur la ligne. Enfin, au départ du chef de file de la droite, elle occupa aussi la présidence du parti par intérim.

Opposante historique à un rapprochement avec le camp présidentiel, la députée s'est toujours positionnée en faveur d'une certaine indépendance de sa famille politique, ligne défendue aujourd'hui par Laurent Wauquiez. Elle fait partie de ces élus LR dits « loyalistes » , convaincus de pouvoir encourager l'unité de la droite sur ses fondamentaux tout en se disant que la fin du macronisme, accélérée par la dernière dissolution de l'Assemblée, ouvre un nouvel espace à la droite dans la perspective d'un retour du clivage gauche-droite.

D'ici la désignation de la nouvelle présidence de l'Assemblée, prévue jeudi à 15 heures, les élus de la droite vont se compter. Ils assument l'existence de discussions entre les différents chefs de parti. Des discussions qu'ils jugent «normales» ,sans laisser entendre qu'un accord serait déjà prêt pour la désignation d'Annie Genevard. Mais au-delà du profil et de l'expérience de l'élue à ce poste ou à un autre, la droite parlementaire veut croire que les planètes s'alignent plutôt bien. Quoi qu'il en soit, beaucoup estiment à droite que la présidente Renaissance sortante, Yaël Braun-Pivet, affaiblie après les législatives, ne peut plus tirer sa légitimité de son groupe. «Elle ne fait pas l'unanimité chez les siens» ,souligne-t-on. On raconte que mercredi matin certains élus du bloc présidentiel se félicitaient d'avoir dissuadé «une quinzaine»de députés de voter pour elle, alors qu'ils étaient issus de sa famille politique.

En attendant le vote de jeudi, la droite parlementaire poursuivait ses réflexions mercredi soir. Dans le climat éruptif qui s'annonce à l'Assemblée, la candidature d'Annie Genevard s'imposait comme un signal positif, quel que soit le poste stratégique qu'elle pourrait occuper au Palais Bourbon. E.G. ET

Le Figaro, no. 24852
Le Figaro, jeudi 18 juillet 2024 966 mots, p. 3

Politique

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17 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

La course au perchoir, plus stratégique et incer taine que jamais

Objet de multiples tractations, l'élection, ce jeudi, du président de l'Assemblée doit clarifier le rapport de force politique et déter miner la capacité d'un camp à dégager une majorité relative.

Bordas, Wally

Au jeu des alliances et des négociations, qui sortira vainqueur ? Bien malin celui qui devinera le nom du prochain président de l'Assemblée nationale. Alors que le scrutin doit avoir lieu ce jeudi après-midi, au Palais Bourbon, les tractations ont été nombreuses dans les différentes formations politiques tout au long de la semaine. Plusieurs noms de candidats sont désormais connus. Mais aucun ne semble pour l'heure faire l'objet d'un large consensus. Bien au contraire.

Il y a d'abord la présidente sortante, Yaël Braun-Pivet. La députée Renaissance des Yvelines a été officiellement désignée prétendante du groupe Ensemble pour la République (ex-Renaissance). Celle qui a présidé le Palais Bourbon de 2022 à 2024 croit fermement en ses chances d'être réélue. En dépit des manoeuvres dans son propre camp... Car, sauf surprise, elle ne sera a priori pas soutenue par les alliés macronistes du MoDem et d'Horizons.

Le parti d'Édouard Philippe présentera même une candidate face à elle : Naïma Moutchou, vice-présidente de l'Assemblée depuis 2022. Cette dernière l'a annoncé mercredi, salle des Quatre Colonnes : «Avec moi, il n'y aura pas de « ni-RN ni-LFI » à l'Assemblée», a-t-elle notamment expliqué, estimant que chacune des forces politiques présentes au Palais Bourbon doit pouvoir siéger dans ses instances. Très appréciée à droite comme à gauche de l'Hémicycle, cette dernière pourrait obtenir quelques voix qui pourraient faire pencher la balance, y compris au sein du groupe Liot. «Naïma Moutchou aura ma préférence dès le premier tour», glisse par exemple, dans un couloir du Palais Bourbon, un parlementaire n'appartenant pourtant pas au camp du président de la République.

Mais, en infériorité numérique, les troupes macronistes n'ont pas toutes les cartes en main. Sans soutien de la droite, voire du Rassemblement national, elles laisseraient la gauche aux manettes. Car, après des jours de discussions sur Matignon, les quatre partis du Nouveau Front populaire se sont enfin mis d'accord sur un candidat commun pour le perchoir : le communiste André Chassaigne. Député depuis 2002, président du groupe communiste, le parlementaire a mis en avant son «expérience» pour expliquer le choix de ses collègues de se ranger derrière lui. «Nous avons une légitimité politique pour présider l'Assemblée nationale», a-t-il également argué, rappelant la majorité relative obtenue par la gauche lors des législatives anticipées. Il devrait, sauf surprise, obtenir tous les suffrages de la gauche et certaines voix de députés divers gauche. Assez pour être élu prochain président de l'Assemblée nationale ?

Un véritable casse-tête

Rien n'est moins sûr. Deux autres candidats pourraient bouleverser la donne : celui de la droite - mercredi soir, deux candidats tenaient la corde : Annie Genevard et Philippe Juvin - et le centriste Charles de Courson, député Liot, doyen en années de mandats à l'Assemblée nationale. Malgré le faible nombre de députés dans leur groupe respectif - moins d'une cinquantaine pour la droite et une grosse vingtaine pour Liot -, ils pourraient tirer leur épingle du jeu. Selon nos informations, au troisième tour, les socialistes n'écarteraient pas de voter pour Charles de Courson. Tout comme d'autres formations politiques. «Le RN n'exclut pas de voter pour lui», croit savoir un élu bien informé, qui affirme même que des cadres du groupe de Marine Le Pen auraient eu des contacts, ces derniers jours, avec le député centriste. «Il peut arriver à passer», craint une macroniste. Un député du groupe Liot, lui, peste : «S'il deale avec le RN, ça me paraît complètement fou vu son histoire personnelle. Ce sera tout à son déshonneur». Pour l'heure, le Rassemblement national a toutefois officiellement annoncé la candidature de Sébastien Chenu, vice-président du Palais Bourbon entre 2022 et 2024. Au premier tour, les voix du RN seront donc - sauf surprise - toutes en sa faveur.

Aux quatre coins de l'Assemblée, les députés du camp macroniste abondent tous dans cette même direction : «Yaël Braun-Pivet est complètement cramée. Au troisième tour, le candidat de la droite sera l'une de nos meilleures cartes pour empêcher la gauche de gagner.» Un autre parlementaire ajoute : «Offrir le perchoir aux Républicains, c'est s'assurer une majorité relative à l'Assemblée et commencer à réfléchir à une coalition gouvernementale.»

L'un des enjeux du scrutin résidera dans les dynamiques des uns et des autres. Aucun des candidats ne sera a priori en mesure de l'emporter à la majorité absolue lors des deux premiers tours. Ce sera donc au troisième que tout se jouera, le président étant alors élu à la majorité relative. Un député bien informé explique : «Les candidats qui obtiendront le plus de voix au premier tour ne seront pas forcément ceux qui pourront prétendre à la victoire finale. Entre chaque tour, les discussions et négociations seront importantes et les désistements probablement nombreux.» Sachant également qu'il est possible pour un prétendant de ne déclarer sa candidature qu'au troisième tour. Un véritable casse-tête... «Ça va être complètement dingue, un moment historique», s'enthousiasme un macroniste.

Si le nom du futur président de l'Assemblée déterminera probablement la «couleur politique» du Palais Bourbon, il n'est toutefois pas dit, au vu de la configuration inédite, qu'il présage d'une quelconque majorité. Encore moins d'une coalition gouvernementale. Une chose est toutefois certaine : le futur occupant du perchoir bénéficiera de multiples avantages. Il verra son salaire doublé et pourra notamment emménager dans l'Hôtel de Lassay, sublime résidence située dans les jardins du Palais Bourbon. Il deviendra par la même occasion le quatrième personnage de l'État et aura un rôle politique très important les mois qui viennent : il sera notamment le garant du bon déroulement des débats dans l'Hémicycle, et pourra, s'il le souhaite, saisir le Conseil d'État. Les ambitions sont désormais dévoilées. Place au vote. W B

Libération
jeudi 18 juillet 2024 675 mots, p. 14,15

France

LES CANDIDATS À LA PRÉSIDENCE

Noa Jacquet

France

André Chassaigne Le patron des députés PCF, André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme sans discontinuer depuis 2002, est le candidat unique du NFP pour le perchoir. Les gauches, très divisées quant au nom de leur candidat à Matignon, se sont plus facilement accordées sur l'élu de 74 ans.

N'étant issu ni du PS ni de LFI, il apparaissait comme un compromis acceptable pour ces deux partis, même si les relations entre lui et Jean-Luc Mélenchon n'ont jamais été au beau fixe… André Chassaigne vante sa «connaissance de l'institution» et son «expérience liée à son ancienneté». En cas de victoire, l'Auvergnat serait le premier commu- niste à devenir président de l'Assemblée.

Yaël Braun-Pivet Elle y croit. L'ex-présidente de l'Assemblée compte bien rempiler. Yaël Braun-Pivet a été désignée, sans trop de concurrence, comme candidate par son groupe Ensemble pour la République (le nouveau nom de Renaissance à l'Assemblée). Réélue sans souci, la sortante a très vite commencé les négociations avec d'autres groupes, notamment à droite, pour une alliance. Elle a toutefois démenti les rumeurs de pacte avec le RN pour s'assurer de rester au perchoir. Mais pour contrer une candida- ture du NFP, elle aura besoin d'aller chercher des voix au-delà du camp présidentiel. LR et Horizons ont déjà déposé des candidatures, mais peuvent les retirer après les premier ou deuxième tours. Enfin, l'ex-présidente ne fait pas l'unanimité au sein même de son camp… Sébastien Chenu Sans trop se faire d'illusions sur ses chances, le Rassemblement national a désigné Sébastien Chenu, député du Nord et vice-président du parti, comme candidat à la présidence de l'Assemblée. L'ancien membre de l'UMP a rejoint le Front national en 2014, devenant trois ans plus tard son porte-parole, puis son vice-président. En 2022, il est devenu vice-président de l'Assemblée nationale, à la faveur des 89 sièges de son parti dans l'hémicycle. Aujourd'hui, le RN n'étant pas majoritaire et ne comptant pour soutiens qu'une quinzaine d'alliés ciottistes, il n'a guère de chance d'accéder au perchoir. Il a précisé se présenter au moins «pour le premier tour».

Philippe Juvin Son nom ne circulait pas vraiment… Le député des Hautsde-Seine Philippe Juvin a pourtant été désigné pour représenter son groupe – La Droite républicaine – au scrutin de jeudi. L'ex-maire de La Garenne-Colombes a été préféré à la favorite Annie Genevard. L'élue du Doubs sera candidate à un poste de vice-présidente, déjà occupé de 2017 à 2022. Au sein du groupe, on assure que le changement vise à «sécuriser» la vice-présidence. Manière de dire que la boutique de Wauquiez n'a que de minces chances de décrocher le perchoir. Partisan ouvert d'une forme de coalition avec le camp présidentiel, Juvin pourrait toutefois récolter quelques voix de macronistes peu emballées par Braun-Pivet.

Charles de Courson Recordman en longévité à l'Assemblée, le centriste Charles de Courson, figure de proue du petit groupe composite Liot, réélu dans la Marne huit fois d'affilée, est lui aussi candidat pour le perchoir.

Ce serait une consécration pour celui qui s'est fait élire pour la première fois en 1993. Ces dernières années, le député s'était notamment illustré pour sa droiture et sa fine connaissance des rouages des institutions. Dans une Assemblée morcelée, où la bataille pour le perchoir se fera au gré de coalitions et de compromis, Courson pourrait faire office de candidat de consensus. Mais à moins de faire rétropédaler la gauche – qui le voyait comme un «plan B idéal» –, il faudrait un gros concours de circonstances pour qu'il accède au perchoir.

Naïma Moutchou C'est un signal envoyé par Edouard Philippe à ses partenaires macronistes : son parti a choisi de s'autonomiser encore. Alors que Yaël Braun- Pivet bataille pour garder son siège, Naïma Moutchou représentera Horizons, au moins au premier tour de scrutin – consigne a été donné aux philippistes de soutenir Braun-Pivet aux deuxième et troisième. L'occasion pour Philippe de compter ses soutiens dans la nouvelle Assemblée. Seule rescapée macroniste dans le Val-d'Oise, l'élue, députée depuis 2017, pourrait mettre à profit son expérience de troisième vice-présidente de l'Assemblée entre 2022 et 2024. Elle n'a toutefois aucune chance d'être élue.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, jeudi 18 juillet 2024 594 mots, p. AUJM4
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18 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

SORTANTEiYaël Braun-Pivet, un chemin semé d'embûches

Présidente sortante de l'Assemblée nationale, elle avait réussi à l'emporter il y a deux ans, contre vents et marées. Réussira-t-elle une nouvelle fois à s'imposer ?

« Yaël, ce n'était pas mon choix, ni celui de beaucoup d'entre nous. Mais si au fond il n'y a qu'elle qui puisse nous permettre de conserver le perchoir, alors... » À l'image de cette députée Ensemble pour la République (EPR, ex-Renaissance), c'est peu dire que la candidature de Yaël Braun-Pivet pour la présidence de l'Assemblée ne fait pas vraiment l'unanimité au sein de son propre camp. Elle est pourtant la sortante à ce poste qu'elle avait déjà conquis contre vents et marées en 2022. Et c'est bien elle qui s'est imposée avec autorité à la tête de cet hémicycle qui n'avait jamais été dirigé par une femme.

« Solitaire », « clivante », « obsédée par la présidentielle de 2027 », que n'entend-on pas dans les rangs de l'ex-majorité présidentielle à propos de la députée des Yvelines. Ses soutiens louent au contraire une « énorme bosseuse », « un caractère qui ne se laisse pas impressionner », « une tacticienne ». De fait, ces derniers jours, Braun-Pivet s'est activée comme jamais pour sauver sa peau. « Quand elle est en campagne, c'est une machine. Elle ira jusqu'au bout », assure un de ses conseillers. Elle entend surtout jouer de son expérience et de son bilan pour tenter de s'imposer : « Dans le contexte actuel, on a besoin de gens d'expérience mais qui ont aussi la capacité de dresser des ponts. J'ai montré pendant deux ans que j'étais de ceux-là », a-t-elle encore confié ce mardi, interrogée sur LCI.

« C'est une élection, pas une nomination »

De fait, ces derniers jours, alors que sa candidature semblait compromise, les obstacles se sont peu à peu levés. D'abord celui d'Emmanuel Macron qui, bien qu'elle entretienne depuis deux ans des relations orageuses avec lui, n'a pas souhaité lui rajouter des bâtons dans les roues, au principe qu'il voulait aussi s'éviter une guerre des chefs pour le perchoir. Ensuite celui de Gabriel Attal qui, même s'il se méfie de cette potentielle rivale pour 2027, n'est pas parvenu à lui imposer d'autres candidatures en interne. Résultat, son groupe politique n'a pas eu besoin de passer par une primaire pour l'investir. « Le reproche autour du thème on prend les mêmes et on recommence ne fonctionnait pas. C'est une élection, pas une nomination. Donc, si elle parvient à se faire réélire, personne ne pourra lui faire un procès en illégitimité », décrypte un député.

Avec les autres formations qui pourraient lui apporter un soutien, les contacts se sont aussi multipliés. Côté LR, renommé Droite républicaine à l'Assemblée. Et aussi au RN ? Son entourage botte en touche et parle de polémique « nauséabonde » quand, en coulisse, a bruissé la rumeur d'un accord secret entre elle et certains députés de Marine Le Pen. Habile, Braun-Pivet - qui avait permis à Sébastien Chenu d'accéder au poste de vice-président en 2022 -, n'a cependant guère relayé la décision de son camp de ne pas participer aux élections à des postes qui permettraient de faire élire des RN ou des LFI. Manière de ne pas froisser ses adversaires politiques...

Bref, le chemin s'éclaircit un peu. Ce mercredi soir, le groupe MoDem a annoncé qu'il ne présentera pas de candidat face à elle, « pour jouer l'unité du bloc central », justifie un lieutenant de François Bayrou. Contrairement à Horizons, qui a investi Naïma Moutchou. « Mais je suis certain qu'elle saura se retirer au deuxième tour pour ne pas compromettre les chances de Yaël et du camp présidentiel... », espère déjà l'entourage de Braun-Pivet. Verdict ce jeudi après-midi dans l'hémicycle.

Le Figaro, no. 24852
Le Figaro, jeudi 18 juillet 2024 1288 mots, p. 7

Société

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17 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

« Nous n'avons plus notre place ici » : ces Français juifs qui choisissent Israël

Spectre de l'extrême gauche au pouvoir, montée de l'antisémitisme... À l'issue du second tour des législatives, l'Agence juive a enregistré une augmentation des ouvertures de dossiers d'alya.

Baldassari, Shaya

Voir le Nouveau Front populaire arriver en tête des élections, ça a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, nous n'avons plus notre place en France» , confie Jeremy*, 30 ans, Français de confession juive. S'il avait déjà songé à son alya, terme hébreu désignant la «montée» vers l'État hébreu, l'annonce des résultats des élections législatives a marqué un tournant pour lui. Son départ est fixé au mois de septembre.

«Depuis quelques mois, nous avons des demandes d'ouvertures de dossiers tous les jours», indique Emmanuel Sion, directeur de l'Agence juive. Cet organe gouvernemental israélien, qui se donne pour mission de «servir de lien principal entre l'État juif et les communautés juives du monde entier», est chargé d'organiser et de faciliter ce «droit au retour», inscrit dans la loi israélienne depuis 1950. L'Agence juive ne confirme pas le chiffre de «2000» ouvertures de dossiers d'alya à l'issue des législatives, repris par plusieurs médias, mais reconnaît une forte augmentation des demandes au lendemain des élections.

«Il y a certes eu un sursaut, mais nous sommes très loin des grandes périodes d'alya post-attentat en 2015», tempère Emmanuel Sion, en confirmant toutefois une «augmentation de l'intérêt porté aux départs en Israël» ,en particulier chez les jeunes, ces derniers mois. «Aucune alya ne devrait être motivée par autre chose qu'une réelle envie de s'installer en Israël, cela doit toujours être un projet réfléchi et préparé» ,souligne-t-il.

De son côté, Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), appelle à prendre ces données «avec précaution». En effet, une simple demande de renseignement concernant un potentiel départ en Israël provoque aussitôt une ouverture de dossier. Pour lui, cette augmentation révèle tout de même le niveau d'inquiétude et de solitude de la communauté juive française. «Ouvrir un dossier, c'est déjà marquer une étape supérieure dans la réflexion» , analyse-t-il.

En 2022, le ministère de l'Intérieur et le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) avaient recensé 436 actes antisémites, soit 1 240 de moins qu'en 2023. Cette hausse spectaculaire a eu lieu à la suite de l'attaque terroriste du Hamas en Israël, le 7 octobre dernier. Alors qu'un mois plus tôt la France enregistrait 43 actes antisémites, 563 étaient recensés en octobre, 504 en novembre et 175 en décembre. Une progression de plus de 1 000 % comparé à la même période en 2022, selon un rapport publié par le Crif en janvier dernier.

«Le 7octobre a incontestablement marqué la conscience et l'histoire juive contemporaine, ce qui a facilité la réflexion autour de l'alya», explique l'historien Marc Knobel, spécialiste de la question de l'antisémitisme. «Les actes antisémites ont connu la plus grande hausse depuis les années 2000. Les Juifs de France doivent se cacher et se sentent en danger en permanence, déplore-t-il. Alors, ayant le sentiment qu'il ne sert plus à rien de se battre, ils préfèrent partir.» C'est ce que confirme un récent rapport de l'Agence des droits fondamentaux (FRA) sur l'angoisse des Juifs en Europe. Alors que 76 % des Juifs européens disent «cacher occasionnellement leur identité», ils sont 83 % à le faire en France. 74 % d'entre eux estiment que la guerre au Proche-Orient a un impact sur leur sentiment d'insécurité. Il s'agit du taux le plus élevé parmi les pays sondés.

«Il y a dixans, je n'aurais jamais pensé quitter la France mais aujourd'hui je prépare mon alya» raconte Rachel*, mère de deux enfants de 5 et 7 ans, qui dit avoir «constamment peur» qu'il leur arrive quelque chose de grave. Comme pour beaucoup d'autres membres de la communauté juive, voir la majorité relative des sièges de l'Assemblée nationale pourvus par des élus du Nouveau Front populaire a été un choc. «Quand je vois que des fanatiques d'extrême gauche pourraient se retrouver au pouvoir, ça ne fait que renforcer mon envie de partir. Même si Israël est un pays en guerre, c'est le seul endroit où je trouve ma place» ,regrette la mère de famille.

Selon Yonathan Arfi, La France insoumise portera une «part de responsabilité à chaque fois qu'une famille juive française quittera le pays à cause de l'antisémitisme. Ce parti a fait de l'antisionisme une stratégie électorale, en instrumentalisant la guerre à Gaza et la défense de la Palestine. La victoire autoproclamée de Jean-Luc Mélenchon après les élections, qu'elle soit réelle ou non, provoque une immense peur chez les Juifs français», souligne-t-il.

Pourtant, à l'issue du second tour, La France insoumise est loin d'être le parti majoritaire à l'Assemblée nationale. Les députés LFI devraient être entre 70 et 80 seulement à siéger au sein de l'alliance du Nouveau Front populaire, qui compte environ 180 parlementaires issus des divers partis de gauche (La France insoumise, le Parti socialiste, Les Écologistes et le Parti communiste français) - la composition définitive de l'Assemblée ne sera connue qu'en fin de semaine.

«La question de l'antisémitisme n'a pas empêché les alliances,souligne Marc Knobel . Une grande partie de la communauté juive française se sent trahie par une gauche qui s'est alliée avec ceux qui ont animé un antisémitisme d'atmosphère pendant des mois et des mois.» Pour Caroline Yadan, députée de la 8e circonscription des Français établis hors de France, « les Juifs ne se demandent pas s'ils vont partir, mais quand ils vont partir. Il faut absolument comprendre la dangerosité de ces compromissions et je compte y travailler à l'Assemblée nationale ».

La parlementaire juge que la potentielle arrivée de l'extrême gauche au pouvoir est «inacceptable». «Europe Écologie-Les Verts (EELV), c'est LFI déguisée en vert. Rappelons-nous queMarine Tondelierest celle qui avait invité le rappeur antisémite Médine l'été dernier à l'université d'été des Verts», dit-elle, reprochant aux électeurs d'avoir «la mémoire courte». Hanna, habitante du Val-d'Oise, assure que «l'influence médiatique»de LFI est encore plus importante que son poids électoral . «Il y a une semaine, un des stagiaires du cabinet où je travaille m'a traitée de « dragon céleste »» ,raconte-t-elle. Ces créatures, issues de l'univers du manga One Piece, symbolisent richesse et privilèges. Mais le terme, détourné de son sens, est repris par des mouvances antisémites sur les réseaux sociaux pour désigner les Juifs sans les nommer et ainsi tromper la modération des réseaux. Cette référence a été reprise par le député LFI David Guiraud, réélu à Roubaix avec 64 % des voix. «Il a dit ça sur le ton de l'humour, mais ça ne m'a pas fait rire du tout», ajoute la jeune femme.

D'après une enquête du Fonds social juif unifié (FSJU) menée après le 7 octobre et publiée en juillet 2024, 46 % des jeunes Français juifs seraient prêts à faire leur alya. Parmi les répondants, 42 % affirment avoir déjà été victimes d'antisémitisme. Dans 22 % des cas, ils ont vécu leur premier acte ou propos antisémite après le 7 octobre. C'est le cas d'Hanna, qui raconte son désarroi lorsqu'elle a trouvé des tags «Free Palestine» et «Fuck le Crif» inscrits sur les murs des toilettes de sa prestigieuse université parisienne. Le contexte actuel, qu'elle juge trop «violent» , la pousse à quitter la France à contrecoeur. «Pour mon copain, il était hors de question de partir et, maintenant, il se renseigne sur les équivalences de diplôme». Le couple a conscience de la difficulté de la vie en Israël et redoute les barrières économiques et linguistiques. «Je sais que la vie est dure là-bas, mais je préfère avoir une moins bonne situation en Israël que de devoir me cacher en France», assure l'étudiante.

*Les prénoms ont été modifiés.

Le Monde
Planète, jeudi 18 juillet 2024 1533 mots, p. 6
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17 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Gestion de l’eau

Contre les mégabassines, une mobilisation sous pression

Les opposants aux projets d’irrigation géants se rassemblent jusqu’à la fin de la semaine, dans le Poitou, pour demander un moratoire. Un rendez-vous parasité par les risques d’affrontements avec les forces de l’ordre, massivement déployées

Matthieu Goar et Frédéric Zabalza(La Rochelle, correspondant) et Frédéric Zabalza(La Rochelle, correspondant)

Un « village de l’eau », des « manifestations fleuves », des « convois de vélos » avec, peut-être, des points de fixation, 3 000 membres des forces de l’ordre mobilisés et un syndicat agricole, la Coordination rurale, appelant à s’opposer aux activistes… Dans les Deux-Sèvres, un territoire marqué par les affrontements autour d’un chantier de mégabassine à Sainte-Soline, en octobre 2022 et en mars 2023, et dans tous les départements du Poitou, la fin de semaine est placée sous très haute surveillance. Sur Franceinfo, lundi 15 juillet, Gérald Darmanin, le ministre de l’intérieur, a dit redouter « des actes d’une très grande violence ». « Annoncer le pire, étaler ses fantasmes et répandre la peur pour justifier la répression » , a répondu le même jour le collectif Les Soulèvements de la Terre. Comme si la bataille avait déjà commencé par médias interposés.

Le rassemblement des opposants a débuté, mardi 16 juillet, à Melle (Deux-Sèvres), où a été installé un « village » temporaire constitué de stands, de chapiteaux et de tentes. Pendant six jours, ce lieu, prêté par le maire écologiste, Sylvain Griffault, sera le point de convergence d’une quinzaine de convois venus de toute la France mais aussi d’Allemagne, d’Italie et de Belgique. Au programme des multiples conférences sur des thèmes variés : la souveraineté alimentaire, la criminalisation des mouvements sociaux, mais surtout « l’accaparement de l’eau » et « le juste partage » de ce « bien commun », selon les termes employés par le collectif Bassines non merci (BNM).

Principal objectif des organisateurs ? Obtenir un moratoire sur les projets et médiatiser les nombreux conflits dans cette zone d’irrigation déjà touchée par le réchauffement climatique. « On le place à une semaine des Jeux olympiques pour profiter de toute la visibilité et poser la question à Darmanin et consorts : “Est-ce que vous êtes bien prêts à reproduire un tel carnage ?” », a lancé Julien Le Guet, porte-parole de BNM, lors d’une conférence de presse, mercredi 10 juillet.

Se dressant contre la multiplication des bassines, qui « ne servent qu’à 6 % des agriculteurs dans les Deux-Sèvres », selon Benoît Biteau, député écologiste de la Charente-Maritime, la dizaine de milliers de personnes attendues devrait participer à deux « manif’actions ». Vendredi 19 juillet, les opposants se rendront pour un défilé et une « grande marche populaire » dans la forêt de Saint-Sauvant (Vienne), où un chantier contesté de mégabassine est prévu pour septembre. Samedi 20 juillet, ils veulent converger vers le terminal agro-industriel du port de La Pallice, à La Rochelle, avec « des kayaks, des paddles et autres bateaux gonflables » pour bloquer « le dernier maillon de la chaîne », selon un membre d’Extinction Rebellion, qui a requis l’anonymat.

Viser le « système agro-industriel »

Les organisateurs n’ont pas déposé de demandes d’autorisation de manifestation auprès des préfectures concernées, et celle de la Vienne a, d’ores et déjà, interdit les défilés de vendredi. Ils ont, en revanche, modifié leur stratégie. Alors que les rassemblements de Sainte-Soline avaient ciblé un chantier de mégabassines, ils disent cette fois-ci vouloir viser le « système agro-industriel ». « Les irrigants et les irrigantes n’ont jamais été et ne sont pas les cibles du mouvement, estime Johanne Rabier, de BNM, dans la Vienne. En réalité, ces personnes et leurs fermes sont bien peu de chose comparé aux mégacoopératives et aux multinationales qui accaparent l’eau et les maintiennent dans une dépendance économique. »

Ces deux journées vont-elles une nouvelle fois donner lieu à des échauffourées ? Lundi, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, s’est rendu à Niort pour caler le dispositif de sécurité. « Nous attendons entre 6 000 et 8 000 personnes, dont un millier que l’on pourrait qualifier de dangereuses, violentes ou radicalisées », a-t-il affirmé. Son entourage confirme qu’une centaine d’activistes a été bloquée aux frontières du pays tout en rappelant que « les menaces contre les agriculteurs »et les « destructions de biens »ne sont pas tolérables dans une démocratie.

La Ligue des droits de l’homme (LDH) y a dépêché une cinquantaine d’observateurs. Après le 25 mars 2023, date des affrontements de « Sainte-Soline 2 », la LDH avait conclu à « un usage immodéré et indiscriminé de la force » de la part des gendarmes, qui avaient tiré plus de 5 000 grenades lacrymogènes en moins de deux heures. A Beauvau, on rétorque que les forces de l’ordre avaient dû faire face à « des individus radicaux mêlés aux élus, lançant des pavés, des boules de pétanque et même une tronçonneuse ».

Sans appeler à la violence contre les biens, mais en employant des termes ambigus comme « démantèlement » ou « désarmement », Les Soulèvements de la Terre et les autres collectifs ont une nouvelle fois accusé les forces de l’ordre de jeter de l’huile sur le feu. « Si Darmanin n’avait pas pris les décisions de venir aussi lourdement armé à Sainte-Soline, jamais il n’y aurait eu ces débordements-là, pense M. Le Guet, condamné à douze mois de prison avec sursis pour avoir organisé les manifestations interdites à Sainte-Soline. On est face à un gouvernement incendiaire. »

Cette fois-ci, un nouveau groupe s’invite sur le terrain puisque la Coordination rurale a demandé à ses soutiens de venir à Melle, vendredi 19 juillet, pour « soutenir les agriculteurs locaux aux côtés des forces de l’ordre ». Depuis quelques jours, de nombreux exploitants des départements concernés ont reçu des textos les incitant à se mobiliser. « Paysans, nous ne pouvons laisser nos frères des Deux-Sèvres et de la Vienne se faire martyriser ! Mobilisez-vous avec tracteurs équipés, lames, tonnes à lisier, épandeurs », pouvait-on lire sur l’un de ces messages signés de la Coordination rurale de la Nouvelle-Aquitaine. Une initiative loin d’être anodine, alors que ce syndicat, très actif pendant la crise agricole, est majoritaire dans les chambres d’agriculture de la Vienne, de la Haute-Vienne et du Lot-et-Garonne.

Une situation politique très floue

« En République, c’est l’Etat, ce sont les gendarmes, les policiers et les préfets, qui ont le monopole de la force », a répondu M. Darmanin, lundi 15 juillet. Face aux actions violentes de certains agriculteurs , « on ne parle jamais d’agroterrorisme », regrette Benoît Jaunet, représentant de la Confédération paysanne dans les Deux-Sèvres, en référence au terme « écoterroriste » utilisé par le ministre de l’intérieur après les premiers événements de Sainte-Soline. « Le débat ne devrait pas se résumer à une opposition entre agriculture et écologie, mais porter sur la meilleure façon d’adapter l’agriculture au monde de demain. »

Sans surprise, ces nouvelles mobilisations suscitent l’hostilité des agriculteurs irrigants et de leurs représentants. Le président de la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres, Thierry Boudaud, a ainsi dénoncé, dans un communiqué, sans les nommer, les élus locaux favorables aux militants antibassines, tel que le maire écologiste de Melle, Sylvain Griffault : « Décider d’accueillir une telle manifestation sur notre territoire, c’est encore une fois prendre le risque d’attirer des activistes radicaux animés par la seule volonté d’en découdre avec les forces de l’ordre. »

Alors que la situation politique française est encore très floue, à l’Assemblée nationale comme à Matignon, l’affrontement se fait aussi sur ce terrain-là. « Ce que LFI[La France insoumise] a fait à Sainte-Soline, la France ne doit pas le subir », s’est ainsi alarmée Coralie Dénoues (centre droit), présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres, accusant le parti d’avoir jeté de l’huile sur le feu en soutenant les manifestations. Retenus à l’Assemblée nationale, la plupart des députés « insoumis » et écologistes ne pourront pas se rendre sur place, mais le programme du Nouveau Front populaire (NFP) prévoit un moratoire sur les bassines, suscitant l’espoir des opposants.

« On se doit d’écouter les rendus de justice qui nous donnent toujours raison et donc d’être à côté de ces citoyens qui étaient à Sainte-Soline en octobre 2022, en mars 2023, et qui seront à Melle », affirme M. Biteau, en référence, notamment, à la décision du tribunal administratif de Poitiers, en date du 9 juillet, qui annule l’autorisation pluriannuelle de prélèvements agricoles dans le Marais poitevin.

A Melle, vendredi 12 juillet, deux cents élus locaux, dont le maire divers droite de Niort, Jérôme Baloge, et la députée écologiste des Deux-Sèvres Delphine Batho, ancienne ministre de l’écologie, se sont réunis pour clamer leur refus de « toute forme de violence ». « Je suis pour un moratoire et je suis pour une écologie républicaine. Si le gouvernement a sa part de responsabilité, je n’ai toujours pas entendu de condamnations des organisateurs contre les violences, juge cette dernière. Il y a une vraie prise de conscience dans notre département du problème de l’eau. Mais les violences et les affrontements sont insupportables. Ils alimentent le “backlash”[retour de bâton conservateur] contre l’écologie et discréditent la cause de l’eau. » Réélue à l’Assemblée nationale, Mme Batho a affronté au second tour une candidate du Rassemblement national (RN), un parti en progression dans cette circonscription qui comprend la commune de Sainte-Soline.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, jeudi 18 juillet 2024 866 mots, p. AUJM2
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17 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
18 juillet 2024 - Le Parisien

Six candidats pour un perchoir

Les députés s'apprêtent à élire ce jeudi à bulletin secret le ou la président(e) de l'Assemblée nationale. Les tractations ont été vives et l'incertitude demeure.

Ludwig Gallet, Pierre Maurer et Alexandre Sulzer

C'est le jour J. Celui tant attendu par l'ensemble de la classe politique. Par le président de la République, impatient de savoir si son camp va pouvoir se maintenir au perchoir par le jeu des coalitions. Par la gauche, qui se demande si les interminables séances de négociations pour tenter de coucher sur le papier un nom de Premier ministre ont un quelconque intérêt. Par les Français, qui cherchent à comprendre si le pays est tout simplement gouvernable. Ce jeudi, à partir de 15 heures, les 577 députés vont défiler les uns après les autres sous le perchoir pour élire, à bulletin secret, le ou la nouvelle présidente de l'Assemblée nationale. Le quatrième personnage de l'État. Un poste hautement stratégique, particulièrement lorsque la vie politique française peut se jouer au Palais-Bourbon et que chacun espère y trouver la future majorité pour gouverner.

Depuis que Gabriel Attal a été largement élu à la présidence du groupe Ensemble pour la République (EPR), il mène les tractations au nom de ce dernier. Selon nos informations, un accord aurait été trouvé ce mercredi avec le patron du groupe Droite républicaine, Laurent Wauquiez. Mercredi soir, Philippe Juvin et Annie Genevard postulaient tous les deux à la candidature pour le perchoir, les députés se laissant jusqu'à ce jeudi pour trancher.

Postes contre soutien

Dans les deux cas, il ne s'agira sans doute que d'une candidature d'affichage. Car le LR devrait rapidement se retirer pour faciliter les chances de Yaël Braun-Pivet, la candidate EPR, et lui permettre d'être réélue. « Avoir la présidence de l'Assemblée nationale, ça ferait trop « collaboration avec Macron » pour Laurent Wauquiez », analyse un ténor de la majorité. S'entendre, sans donner le sentiment de s'allier... En échange, les 45 députés Droite républicaine, conscients de ne pas pouvoir l'emporter seuls, réclament un poste de vice-président pour Annie Genevard, le poste de questeur pour Michèle Tabarot, ainsi que la présidence de la commission des Finances pour Véronique Louwagie.

Le profil de Yaël Braun-Pivet, pourtant, a suscité bien des interrogations, jusqu'au sein de la majorité (lire ci-contre). Chez les partenaires de l'ancienne majorité aussi, la question de présenter leurs propres candidats s'est longuement posée. Depuis des semaines, la députée des Yvelines a multiplié les prises de contact tous azimuts. N'a-t-elle pas été aperçue, le 11 juillet, installée à la buvette en train de discuter avec le RN Jean-Philippe Tanguy, son collègue Sébastien Chenu et le communiste André Chassaigne ? Sous le sceau de l'anonymat, certains élus RN confient ne pas éprouver de grands remords à l'idée de voter pour elle dans le cas où cela deviendrait nécessaire, notamment pour contrer le Nouveau Front populaire (NFP).

Au Rassemblement national, la candidature de Sébastien Chenu n'a pas fait l'ombre d'un doute. Au RN, on sait de toute façon que la déception du second tour des législatives ne permettra pas au parti de Jordan Bardella de briguer le perchoir. Mais les députés RN savent que leur comportement sera scruté avec la plus grande attention. Chenu sera candidat, mais « ça ne préjuge pas de la suite », insiste-t-on à la direction sans exclure le retrait de leur candidat, passé le premier tour. « On pourrait soutenir au dernier tour quelqu'un qui soutient la pluralité des institutions ».

Les calculatrices chauffent

Les partenaires du NFP ont enfin réussi à trouver un accord. La désignation d'un candidat unique pour le perchoir ressemblerait presque à une respiration pour la gauche. C'est finalement le communiste André Chassaigne qui a été désigné candidat unique du NFP. « Dans l'esprit de tout le monde, on sait que l'on ne va pas gagner, confesse cependant un stratège Insoumis. Le plus important ce sont les autres postes : la vice-présidence et la questure. »

Le paysage dressé par ces longues journées de négociation ne dit peut-être rien de l'issue du scrutin. À gauche comme au sein de la majorité, le nom du député Liot Charles de Courson revient avec insistance. En macronie, certains en font une réelle menace. « Il porte trop de sujets irritants pour la gauche, notamment ses votes sur le pacs ou sur le mariage pour tous », se rassurent les autres. Et à gauche, des stratèges en font une option pour faire chuter Yaël Braun-Pivet. « L'avantage de Courson, c'est que Macron ne pourra en tirer aucune conclusion politique nationale. Il ne pourra pas dire : il y a une majorité », s'amuse déjà un Insoumis. « Courson, ça fonctionne si la gauche et le RN votent pour lui. Donc ça existe du point de vue arithmétique, mais du point de vue politique ? », s'interroge le groupe de Laurent Wauquiez. Ces dernières heures, les calculatrices sont sorties et chacun fait ses comptes pour essayer d'y voir clair. Sauf si la dernière hypothèse finit par l'emporter, décrite par un cadre de la majorité : le surgissement d'un candidat au troisième tour, que personne n'a vu venir...

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, jeudi 18 juillet 2024 434 mots, p. AUJM2,AUJM3,AUJM3,AUJM4
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18 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

Vote Trois tours et beaucoup de surprises

Si les différents groupes politiques ont essayé autant que possible de préparer le scrutin, tout reste ouvert car « il est tout à fait possible pour un député de se porter candidat au 3e tour même s'il ne s'est pas présenté aux 1er et 2e tours », précise l'Assemblée.

Sous le regard avisé du doyen d'âge, le député du Rassemblement national de 81 ans José Gonzales (Bouches-du-Rhône), qui présidera la séance, les 577 députés nouvellement élus vont déposer un à un leur bulletin secret dans l'urne située sur la tribune face à l'hémicycle. Le vote peut se dérouler en un, deux ou trois tours.

Pour être élu dès le premier tour, un candidat à la présidence de l'Assemblée doit recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés. Si tel n'est pas le cas, un deuxième tour est organisé, également à la majorité absolue. Entre chaque tour, les postulants peuvent retirer leur candidature. Si aucun n'est élu à ce stade, le troisième tour sera alors un scrutin à majorité simple (plus une voix). Celui ou celle qui recueille le plus de voix l'emporte. En cas d'égalité, c'est le plus âgé qui endosse la présidence. En 2022, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), avait été élue au deuxième tour, par 242 voix sur 462 exprimées. En pratique, le député élu au perchoir est généralement issu du groupe majoritaire à l'Assemblée. Mais avec la tripartition actuelle de l'hémicycle, entre le Nouveau Front populaire, le camp présidentiel et le Rassemblement national, l'issue du scrutin est bien floue. Il est probable qu'aucun candidat ne soit élu dès le premier tour, ni même à l'issue du deuxième. Par des alliances et des reports de vote, un vainqueur peut émerger au troisième tour.

Il se pourrait également qu'un député s'immisce dans la course en cours de route, bien que son nom n'ait pas été déclaré avant. Si cette possibilité ne figure pas dans le règlement de l'Assemblée, « a priori ce qui n'est pas interdit est autorisé » déduit le constitutionnaliste Benjamin Morel. « Tout député peut ainsi présenter sa candidature à chaque tour, et il est donc tout à fait possible pour un député de se porter candidat au troisième tour même s'il ne s'est pas présenté aux premier et deuxième tours », précise l'Assemblée nationale. Il est donc tout à fait possible que pendant le dépouillement, aux alentours de 20 h 30, un député se porte candidat au troisième et ultime tour. Vers 21 heures, on devrait enfin connaître le nom du vainqueur.

Taslime Maazouzi

La Croix, no. 42973
Événement, jeudi 18 juillet 2024 1181 mots, p. 4,5

Les débuts difficiles d’un nouveau parlementarisme

Bernard Gorce et Corinne Laurent

La nouvelle Assemblée nationale va élire son président ce jeudi 18 juillet, tandis que chaque député doit se rattacher à un groupe politique, le tout permettant de clarifier les rapports de force au sein de l’hémicycle.

En l’absence de majorité, les élus auront à imaginer de nouvelles formes d’alliance parlementaire.

La France redécouvre que le Parlement peut jouer une place centrale dans la vie politique. Depuis que les urnes ont parlé, le 7 juillet, tous les regards sont tournés vers l’Assemblée nationale, où le parti présidentiel se retrouve en minorité, sans qu’aucune autre majorité ne se dégage clairement. Situation inédite, certes inconfortable, mais dont rien ne dit qu’elle ne condamne le pays à une situation de blocage. « La Constitution de la Ve République n’interdit pas nos institutions de fonctionner sans une majorité unique et de nombreux exemples chez nos voisins montrent que des coalitions peuvent exercer le pouvoir », rappelle Martial Foucault, professeur à Sciences Po Paris et chercheur au Cevipof.

Depuis une dizaine de jours, le spectacle que donnent les députés n’est pas très encourageant. Le Parlement piétine. La tripartition de l’hémicycle entretient le flou politique. Les tractations entre les forces politiques pour les postes stratégiques au Palais-Bourbon entament l’image des parlementaires. Arrivée en tête au second tour des élections législatives, la gauche s’est enlisée dans des négociations sur le nom d’un candidat commun au poste de premier ministre. Secoué par la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée, le camp présidentiel s’est divisé sur la ligne politique et la stratégie du « ni-RN ni-LFI ».

« Ce moment traduit une grande immaturité démocratique » et « une grande irresponsabilité partagée », regrette le député socialiste de l’Eure, Philippe Brun, qui pointe « une vision trop présidentialiste de la Constitution ». « Globalement, au sein d’Ensemble pour la République, à part quelques-uns qui ne veulent pas des écologistes ou des Républicains, tout le monde a conscience qu’il faudra un large accord. Si on n’en est pas capables, alors ce sera le RN », avertit Ludovic Mendes, député de Moselle, issu de l’aile gauche de Renaissance. Le politologue Martial Foucault estime toutefois qu’il est « normal et même salutaire » que cela prenne du temps : « Cela montre que l’on prend en compte la nécessité de construire quelque chose de solide. À quoi servirait d’aller vite sur une coalition qui serait aussitôt renversée ? »

Une analyse partagée par Ludovic Mendes. « On doit passer par un accord programmatique, c’est ce que veulent les Français, mais c’est encore trop tôt. On sort de la campagne et ce n’est pas possible d’arriver à une coalition en quinze jours. Et même, si on doit attendre octobre, on attendra car il faut une coalition large », explique-t-il. La journée du jeudi 18 juillet, avec l’élection du président ou de la présidente de l’Assemblée et le dépôt des déclarations et compositions des groupes politiques, devrait clarifier les rapports de force au sein de l’hémicycle. Pour autant, le député macroniste estime que « les nominations ne suffiront pas à stabiliser le paysage. Même à la rentrée, ça peut encore bouger ». Selon lui, « il faut un travail de fond, mais tout cela est perturbé par les logiques de partis et les personnalités qui ont un agenda pour 2027 ».

Mais comment parvenir à des solutions ? « Il faut arriver à s’entendre sur un contrat de gouvernement, c’est-à-dire définir quelques projets de loi majeurs, à commencer par le budget, qui doit impérativement être adopté avant le 31 décembre », souligne Martial Foucault. C’est ce que Les Républicains ont commencé à faire en proposant un pacte législatif. « Ceux qui s’en sortent dans la clarté, ce sont Les Républicains,observe d’ailleurs le socialiste Philippe Brun. Laurent Wauquiez est le seul à avoir fait une proposition claire et utile pour le pays : “Nous ne voulons pas participer à des coalitions gouvernementales, pas de censure, et voilà nos propositions sur le fond.” »Mais ce travail suppose de rétablir une relation de confiance avec le parti présidentiel, qui ne s’est jamais instaurée entre 2022 et 2024.

En l’absence de majorité absolue durant cette période, l’ancienne première ministre Élisabeth Borne a bien tenté de trouver des majorités « texte par texte ». Mais son recours à l’article 49.3 de la Constitution, une vingtaine de fois, pour faire passer sans vote les textes budgétaires, a fait oublier l’adoption de projets ou propositions de loi grâce aux voix d’autres forces politiques. « On ne peut pas refaire Borne 2022. C’était un gouvernement minoritaire qui allait finir par tomber », rappelle Philippe Brun. Les réponses au blocage sont donc plus larges que de simples compromis.

« Il va falloir être responsables. On ne peut pas laisser le pays dans l’abîme. Il faut des discussions, c’est évident. Il faut sortir du dogmatisme, aller au-delà de nous-mêmes, insiste Philippe Brun. Ma loi EDF(pour protéger le groupe d’un démembrement, NDLR) a été adoptée avec le soutien de LR, contre les macronistes. Il est intéressant de noter que les députés LR réélus sont ceux qui ont voté contre la réforme des retraites », fait valoir le député PS.

Le fait de renoncer à la hausse des prix de l’électricité cet été ou de suspendre la réforme de l’assurance-chômage ont été des signes adressés à la gauche. Est-ce un nouveau geste d’ouverture ? Lors du dernier conseil des ministres, mardi 16 juillet, le président Emmanuel Macron a poussé son camp à « mettre une proposition sur la table en vue d’une coalition majoritaire ou d’un large pacte législatif ».Le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, a promis ensuite, sur TF1, de prendre dans les prochains jours « une initiative politique », « un pacte d’action » avec « du fond, des propositions de mesures, des propositions de compromis » en direction de « la droite républicaine » et de « la gauche sociale-démocrate ». Le politologue Martial Foucault incite toutefois le bloc central à la modestie. « Il doit renoncer à vouloir écrire seul la partition car, plus que les autres, il a bénéficié du front républicain. »

Pour aller vers un parlementarisme réinventé, il faudra encore se donner un peu de temps et regarder l’épreuve des faits, car la Ve République reste un régime semi-présidentiel qui accorde de larges pouvoirs au chef de l’État, que n’ont pas ses homologues allemand ou italien. « Pour une évolution vers une forme plus parlementaire, il faudra que le président de la République joue le jeu. Cela ne se limite pas à la question des postes et des personnes qui les occupent, mais cela tient aussi au respect de l’agenda parlementaire », poursuit le chercheur. Après l’élection présidentielle de 2022, Emmanuel Macron a continué à agir comme s’il était en situation de majorité absolue, une grande majorité des lois votées ayant été d’initiative gouvernementale. « Maintenant on entre dans une forme de cohabitation entre l’exécutif et le législatif, et il va falloir que l’agenda présidentiel apprenne à s’accorder avec celui du Parlement. »

Le Figaro, no. 24852
Le Figaro, jeudi 18 juillet 2024 704 mots, p. 2

Politique

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17 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Charles de Courson, l'espoir du trou de souris

Bordas, Wally, Gentilhomme, Célestine

Longtemps, Charles de Courson est resté dans l'ombre. Plus de trente années passées sous les dorures du Palais Bourbon sans pourtant accéder à l'un de ses postes prestigieux. Parti pour un huitième mandat, l'inoxydable centriste rêve désormais de grimper sur la plus haute marche : la très convoitée présidence de l'Assemblée nationale. Candidat du groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), le député de la Marne entend s'imposer comme le plus petit dénominateur commun entre les trois blocs politiques. Dans un communiqué publié ce lundi, le vétéran de 72 ans promet d'être le «garant de la profondeur des débats» en s'affranchissant des querelles partisanes qui électrisent la course au perchoir.

Pour y parvenir, ce spécialiste des finances publiques devra décrocher des soutiens de part et d'autre de ce nouvel Hémicycle, dépourvu de majorité claire. Respecté de tous les bords, l'énarque y dispose d'une récente popularité depuis son offensive contre la réforme des retraites. En février 2023, il fait trembler le gouvernement avec sa motion de censure transpartisane qui a manqué le coche à neuf petites voix près. L'épisode a laissé des rancoeurs dans le camp présidentiel, qui voyait plutôt d'un bon oeil ce personnage à l'élégance surannée. «J'avais une certaine estime pour lui, mais je l'ai perdue en observant la démagogie dont il a fait preuve pendant la réforme des retraites», torpille le député macroniste Marc Ferracci. Un mauvais souvenir qui risque de priver Charles de Courson des précieuses voix du bloc central.

Il faut dire que le conseiller référendaire à la Cour des comptes, défenseur d'une gestion stricte des comptes publics, n'a jamais succombé au charme libéral d'Emmanuel Macron, qu'il juge trop centralisateur et technocrate. Au gré des vagues, l'ancien maire de Vanault-les-Dames (Marne) continue, lui, de se plier à une ligne d'indépendance. Sa soif de liberté lui vaut même les faveurs de la gauche, qui le redécouvre dans son combat contre les retraites. Certains l'imaginent déjà comme un potentiel second choix du Nouveau Front populaire, qui doit encore s'aligner sur le nom d'un candidat unique pour le perchoir. Mais les positions passées du parlementaire, notamment son opposition au mariage pour tous, éloignent la perspective d'un renfort des 190 députés de gauche. «Il est détesté par Renaissance, et la gauche aura son candidat unique jusqu'au troisième tour inclus. Est-il prêt à se faire élire par les voix du RN?», cingle un écologiste.

Car l'enjeu est bien là. Ces derniers jours, selon nos informations, des cadres du RN ont pris contact avec Charles de Courson. En vue, un possible soutien au troisième tour, qui se joue à la majorité relative. Même en se glissant dans un trou de souris, l'élu local a peu de chances de l'emporter à l'un des deux premiers tours, qui nécessitent une majorité absolue. Rangées sans illusion derrière la candidature de l'ancien vice-président RN du Palais Bourbon, Sébastien Chenu, les troupes marinistes pourraient donc voler au secours du centriste pour éviter le sacre de l'un des deux autres blocs.

La manoeuvre n'est pas anecdotique. En 2022, Charles de Courson aurait pu décrocher la présidence de la prestigieuse commission des finances de l'Assemblée grâce aux voix du parti à la flamme. Mais il avait fini par se désister, refusant de devoir sa victoire aux élus de Marine Le Pen. Résultat, son retrait surprise avait facilité l'élection de l'Insoumis Éric Coquerel, provoquant l'émoi de la droite et des nationalistes.

Descendant d'une haute lignée aristocratique, Charles de Courson invoque souvent une longue histoire familiale dans laquelle il puise son engagement politique. Son grand-père, également député, est mort dans un camp de concentration allemand. L'élu de droite avait fait partie de ceux qui ont voté contre les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940 «parce qu'il était contre le sabordage de la République», aime rappeler son petit-fils. Le père du centriste, lui aussi résistant, s'est évadé d'une prison allemande, après y avoir été torturé. «Charles deCourson est un homme de convictions. Il refusera d'être élu président de l'Assemblée grâce aux voix du RN», veut croire l'un de ses collègues du groupe Liot. Avant de reprendre : «Il ne tombera pas dans ce piège et se retirera.» W B ET C.G.

L'Humanité
jeudi 18 juillet 2024 342 mots, p. 2

Le bel accord

En s'entendant in extremis sur la candidature du communiste André Chassaigne au Perchoir, la gauche vient de faire mentir ses adversaires. Avec ce bel accord, elle rassure aussi ses électeurs qui commençaient à désespérer de sa capacité à se hisser à la hauteur du moment historique, après la belle surprise des législatives où, surmontant ses divisions, elle s'est unie dans le Nouveau Front populaire (NFP). Reste le plus dur : gagner la bataille de la présidence de l'Assemblée nationale, ce jeudi, alors que la gauche y dispose de moins de 200 sièges sur 577.

La candidature du président tout juste réélu du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR) est un choix d'intelligence et de sagesse. Elle permet à la fois de dépasser l'opposition stérile entre la FI et le PS qui paralyse le NFP depuis dix jours, et de jouer la carte du rassemblement majoritaire derrière une personnalité reconnue pour son ouverture d'esprit, ses principes républicains et son éthique sourcilleuse. Avec André Chassaigne au Perchoir, c'est la garantie d'une présidence de l'Assemblée authentiquement de gauche, respectueuse de l'opinion et des droits de chaque député quel que soit son parti, mais aussi intransigeante avec ceux qui, demain, tenteraient de dévoyer l'institution pour en faire une tribune de haine et de fracture de la communauté nationale.

Le parcours d'André Chassaigne révèle le  meilleur de la tradition du communisme français. Celle qui fait de la participation de chacun aux choix démocratiques la condition du changement social et de jours meilleurs. Sa méthode de délibération citoyenne dans sa circonscription du Puy-de-Dôme est riche de nombreux succès dans l'Hémicycle en vingt-deux ans de mandats. Parce que ces qualités peuvent permettre au député PCF de faire gagner le NFP, ses adversaires vont redoubler d'efforts pour le faire tomber. Tous les coups tordus, tous les arrangements de l'ombre sont désormais possibles. Il en va de la crédibilité à rassembler, demain, une majorité pour gouverner. Mais si la gauche remporte cette épreuve, la pression citoyenne redoublera pour qu'elle désigne au plus vite son candidat pour Matignon.

L'Humanité
jeudi 18 juillet 2024 515 mots, p. 4

André Chassaigne met d'accord la gauche à l'Assemblée

Emilio Meslet

Le Nouveau Front populaire a désigné, ce mercredi, son candidat commun pour le Perchoir : le député PCF du Puy-de-Dôme, parlementaire respecté sur tous les bancs. Un choix pour déjouer un accord tacite entre le camp présidentiel et la droite, voire le Rassemblement national.

À défaut d'un premier ministrable, le Nouveau Front populaire (NFP) s'est accordé pour le Perchoir. Après trois jours de discussions apaisées, les quatre groupes parlementaires de gauche ont désigné André Chassaigne comme leur candidat à la présidence de l'Assemblée nationale. Le communiste l'a lui-même annoncé à la presse avant de rappeler l'ambition de la coalition : « Nous voulons faire en sorte d'avoir une Assemblée qui puisse répondre à l'urgence sociale et le faire avec une forme de pacification. »

Le président depuis 2012 du groupe Gauche démocrate et républicaine, lequel réunit communistes et ultramarins, a vu son nom s'imposer dans les négociations. D'autres profils ont circulé - le socialiste Boris Vallaud, l'écologiste Cyrielle Chatelain et les insoumis Éric Coquerel et Mathilde Panot - mais l'expérience et la capacité à aller chercher des voix en dehors de la gauche ont fait pencher la balance en sa faveur. « Le choix s'est porté sur ma personne, à partir de certains critères dont l'ancienneté et ma connaissance de l'institution parlementaire », a déclaré André Chassaigne.

C'est en 2002 que l'ancien professeur de lettres et d'histoire-géographie, fils d'un ouvrier chez Michelin, est élu député du Puy-de-Dôme pour la première fois. Le communiste de 74 ans est entré en politique par le local. En 1977, il devient adjoint au maire de Saint-Amant-Roche-Savine avant de devenir l'édile de ce village de 500 âmes de 1983 à 2010. Il continue d'ailleurs de dire qu'il est, en tant que parlementaire, « un service public à (lui) tout seul » dans un territoire rural qu'il connaît comme sa poche.

Au fil des mandats au Palais Bourbon, constant dans sa défense du monde du travail, André Chassaigne s'est imposé comme une figure incontournable de l'Hémicycle. L'une des plus respectées aussi, jusqu'à être désigné « meilleur élève » du Palais Bourbon par le magazine Capital en 2007. Siégeant toujours dans un groupe d'opposition, il a toutefois obtenu des victoires, notamment sur son sujet de prédilection : l'agriculture. Les paysans lui doivent plusieurs lois, dont celles votées en 2020 et 2021 visant à revaloriser leurs retraites à hauteur de 85 % du Smic net minimum et à augmenter les rémunérations de leurs conjoints, frères et aidants familiaux.

Au-delà du Parlement, le nom d'André Chassaigne avait été cité comme candidat du PCF à la présidentielle de 2012, à laquelle Jean-Luc Mélenchon a finalement concouru pour le Front de gauche.

Le socialiste Boris Vallaud, à l'annonce de sa désignation, a salué « un grand parlementaire et un grand démocrate », dans lequel il voit « l'héritier d'une riche histoire, celle du Conseil national de la Résistance ». « Rassembleur, expérimenté, intègre. (...) Le meilleur de la République », loue, de son côté, le sénateur PCF Ian Brossat. Au nom de la gauche unie, André Chassaigne va affronter, entre autres, ce jeudi, la macroniste Yaël Braun-Pivet qu'il a régulièrement accusée de « détourner le règlement de l'Assemblée ». 

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, jeudi 18 juillet 2024 274 mots, p. AUJM2
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18 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

On avance ? Les couloirs du Parlement ont

On avance ?

Les couloirs du Parlement ont toujours été le théâtre d'intrigues plus ou moins passionnantes, notamment quand il s'agit d'attributions de postes en commission ou sous-commission... Et si les enjeux sont importants, il n'est pas sûr que nos concitoyens s'enflamment pour autant. Les Français se sont mobilisés comme rarement pour des élections mais regardent dépités ce qui se joue depuis quelques semaines. Un psychodrame assez déroutant, un vaudeville sans beaucoup d'éclat qui a fait dire à l'écologiste Marine Tondelier qu'elle était « écoeurée », quand sa consoeur députée Sandrine Rousseau a présenté ses « excuses pour le spectacle ».

« Et maintenant, on fait quoi ? » avions-nous titré au lendemain des législatives. La réponse attendra ! Si ce n'est que, de part et d'autre, on retrouve des électeurs trahis. Aux 10 millions qui ont voté RN, il a été rétorqué que leur bulletin n'avait servi à rien et qu'ils avaient perdu. Les autres, sympathisants de gauche, ont sincèrement cru au NFP avant de comprendre que rien ne pourrait sortir de cette mélasse tant que LFI fera régner la terreur et dézinguera tous ceux qui ne sont pas sur une ligne radicale.

Néanmoins, les choses pourraient avancer avec l'élection à la présidence de l'Assemblée et le début d'une campagne pour des idées et même, soyons optimistes, pour des programmes. On sait qu'Emmanuel Macron met la pression pour avancer sur un « pacte législatif » avec LR, on parle aussi d'un accord avec des sociaux-démocrates dont le centre de gravité pourrait être à droite, ou à gauche. Ce sera l'enjeu de cette élection au perchoir, que l'on puisse enfin répondre à la question : « Et maintenant, on avance ? »

L'Humanité
jeudi 18 juillet 2024 749 mots, p. 8

Un garde-côtes face à une vague de haine

Hayet Kechit

Extrême droite Après une tribune appelant à la désobéissance civile en cas de victoire du RN aux législatives, Rémi Vandeplanque, représentant du syndicat Solidaires, reçoit des menaces de mort.

Dix jours ont passé depuis le second tour des législatives, mais la progression dans les urnes du Rassemblement national (RN) - et la déferlante de violence qui en a découlé - a laissé des traces. Appels à la haine, intimidations et menaces de mort ont été le lot quotidien des voix qui ont osé publiquement exprimer leur effroi face à l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir. À l'instar de Rémi Vandeplanque, garde-côtes douanier à Brest et représentant de Solidaires. Le message reçu sur son compte X, le 3 juillet, après avoir diffusé une tribune de son syndicat appelant à la désobéissance civile en cas de victoire du RN, tient en quelques mots : « Bande de traître (sic) à la nation, soyez pendue (sic) en temps et en heure. Vous tuez la France. »

Aux attaques de la fachosphère, le syndicaliste de 46 ans, second commandant sur un équipage du patrouilleur des garde-côtes de Brest, avait jusqu'ici opposé un silence désabusé. Mais ces menaces de mort, une première en plus de vingt années d'engagement syndical et citoyen, constituent un point de rupture face auquel il a décidé de réagir en portant plainte dès le lendemain. « Il peut s'agir d'un pauvre troll, mais aussi d'un individu chauffé à blanc. Peu importe, sur le principe, je refuse qu'on s'habitue à ce climat haineux et je ne laisse pas passer ! » assène le syndicaliste, auquel le député Nouveau Front populaire du Finistère, Pierre-Yves Cadalen, a publiquement apporté son soutien, le 16 juillet. Qu'est-ce qui, dans les propos de Rémi Vandeplanque, a déchaîné cette logorrhée vindicative de la part des militants d'extrême droite ? La tribune de son syndicat jetait une lumière crue sur l'abîme de questions auxquelles lui et ses collègues seraient confrontés, en tant que fonctionnaires, face au scénario, alors encore plausible, d'un RN raflant une majorité absolue à l'Assemblée nationale.

«  Qu'adviendra-t-il si un gouvernement d'extrême droite décide de s'affranchir des conventions internationales supposées garantir les droits fondamentaux de l'être humain ? Qu'adviendra-t-il si les ordres illégaux auxquels tout fonctionnaire a le devoir de désobéir deviennent subitement légaux au détour d'une loi scélérate adoptée par une Assemblée nationale aux 50 nuances de brun ? » s'interroge-t-il dans cette tribune, évoquant le rôle que ne manquerait pas de jouer, dans ce scénario, l'ancien directeur de Frontex devenu eurodéputé frontiste, Fabrice Leggeri, qui a dirigé pendant sept ans l'Agence européenne de gardes-côtes et de gardes-frontières, avant d'être poussé à la démission, en raison notamment de refoulements illégaux de demandeurs d'asile. Que faire si ce dernier prenait les manettes d'un grand ministère de l'Immigration ? s'interroge encore Rémi Vandeplanque.

Des gendarmes qui veulent saboter les embarcations d'exilés

Des questions dont les douaniers, soumis directement aux orientations politiques liées au traitement des exilés, ne peuvent faire l'économie. « Avoir des idées sur le combat à mener contre l'extrême droite est une chose, mais y être confronté, en première ligne, dans le cadre de son travail, est autrement plus concret. On prend la réalité en pleine face », résume le syndicaliste.

Comme ce 11 août 2023, où il apprend par un collègue de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, que des gendarmes maritimes auraient demandé, sans succès, aux sauveteurs de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) de les aider à crever les boudins gonflables du pneumatique sur lequel avaient embarqué une dizaine d'exilés, au large de la plage de Berck-sur-Mer, afin de les empêcher de faire la traversée de la Manche vers le Royaume-Uni. Au risque de provoquer leur noyade. Rémi Vandeplanque avait refusé de « laisser passer ». Sans réponse de son directeur national, à qui il a soumis ces « faits délictuels constituant une atteinte à la vie humaine », il a décidé de porter plainte, en son nom propre, auprès du procureur de Boulogne-sur-Mer, en vertu de l'article 40 du Code de la procédure pénale. Le dossier est en cours d'instruction.

Déplorant la dérive de son coeur de métier, passé en quelques années des missions fiscales et de contrôle des marchandises vers une administration de contrôle des personnes, le syndicaliste, qui évoque avec émotion le souvenir d'un grand-père communiste, éleveur de chèvres dans les Aurès en Algérie avant son arrivée en France à 17 ans, réaffirme la détermination de son syndicat à « rendre systématiquement publics les actes de maltraitance (à l'égard des exilés) et les consignes indignes dont (nous aurons) connaissance ».

Libération
jeudi 18 juillet 2024 963 mots, p. 3

AUTRE

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17 juillet 2024 - Libération (site web)

Le long voeu de silence de l'Eglise catholique se dissipe

Bernadette Sauvaget

AUTRE

Des fautes, l'abbé Pierre, monument national de la charité et figure révérée du catholicisme, reconnaissait en avoir commis au long de sa très longue existence. Interrogé par l'essayiste Frédéric Lenoir, l'ancien député et résistant confessait que «la force du désir […], il m'est arrivé d'y céder de manière passagère», dans un livre présenté comme son testament spirituel, Mon Dieu… pourquoi ? Petites méditations sur la foi chrétienne et le sens de la vie (Plon), publié en 2005. Il y a près de vingt ans, ces quelques mots avaient déjà fait du bruit. Le religieux, de son vrai nom Henri Grouès, avait failli à son voeu de chasteté. Mais, à l'entendre, une fois ou l'autre, sans réelle conséquence.

Au regard de son grand âge et de l'oeuvre accomplie, l'heure était à l'indulgence vis-à-vis du vieil homme, figure adulée en France, qui décédera deux ans plus tard, à l'âge de 94 ans. Sur l'abbé Pierre, les ragots, qui prennent désormais une autre signification, existaient. L'icône de la charité traînait derrière elle une réputation sulfureuse, celle d'aimer les femmes. Mais d'une manière particulièrement détestable à l'aune de ce que l'on l'apprend aujourd'hui. Et qui conforte, a posteriori, le fait que l'Eglise catholique n'entamerait jamais une procédure de canonisation du prêtre pour qu'il rejoigne le panthéon de ses saints. Amertume. A la lumière de ce qu'a révélé, mercredi, un rapport indépendant – au moins sept femmes accusant Grouès de violences sexuelles et de harcèlement sexuel – la petite confession et maigre concession faite à Frédéric Lenoir au seuil de la mort ont plus qu'un goût d'amertume. Il y a quelques années déjà, des journalistes avaient été alertés par des té- moins sur des faits s'apparentant clairement à des agressions sexuelles. Les victimes, elles, ne s'exprimaient pas, ce qui rendait impossible la publication de ces informations. Que reste-t-il désormais au milieu des ruines ? L'affaire de l'abbé Pierre n'est pas seulement celle de l'Eglise catholique. Elle provoque une déflagration comme les affaires Depardieu, Poivre d'Arvor, Jacquot et consorts. Même s'il était prêtre, un religieux dévoué aux plus dé- munis, Henri Grouès appartenait à la caste des puissants, ceux qui pouvaient imposer leur volonté, en toute impunité, à des femmes qui souvent les admiraient. La notoriété du religieux, qui allait bien au-delà des frontières françaises et catholiques, a contraint les victimes au silence pendant des décennies. Les bouches cousues de ces femmes sont aussi une des composantes majeures de ce drame. S'en prendre à l'abbé Pierre, briser l'image de l'idole, réclame de la force. Et ce n'est qu'à la fin de leur vie qu'elles l'ont trouvée, pour aller chercher des oreilles attentives. Il a fallu le dévoilement d'une myriade de scandales et la chute de nombreuses icônes pour que leur parole puisse, un tout petit peu, s'exercer. Scandales. Pour l'Eglise catholique, l'affaire de l'abbé Pierre est évidemment désastreuse. Tant bien que mal, elle est arrivée à faire la vérité, ces dernières années, sur la pédocriminalité. Notamment depuis la remise du rapport Sauvé en octobre 2021, qui a abouti à la mise en place de procédures d'indemnisation pour les victimes. Mais une autre vague la submerge en silence : celle d'un #MeToo catholique à bas bruit, ces violences sexuelles commises à l'encontre des femmes au sein de l'institution, un phénomène qui concerne particulièrement les religieuses dans les pays du Sud. En France et à Rome, l'Eglise catholique tente d'étouffer ces scandales tant qu'elle peut, même après le retentissement qu'a eu, en 2019, le documentaire d'Arte, Religieuses abusées, l'autre scandale de l'Eglise. Les deux victimes de l'ex-abbé Benoît Moulay, un prêtre de la puissante communauté de l'Emmanuel qui a été finalement renvoyé des ordres, peinent toujours à obtenir des réparations. Même si leur agresseur, lui, a été condamné, en bonne et due forme, par la justice interne à l'Eglise catholique.

Le dossier Marko Rupnik, un prêtre slovène et artiste mosaïste de renommée mondiale, est également emblématique des résistances de la hiérarchie. L'ex-jésuite, renvoyé officiellement de la Compagnie de Jésus, est soupçonné de violences sexuelles et spirituelles sur au moins une vingtaine de religieuses. Ses victimes ont bataillé plus de six ans pour obtenir l'ouverture d'une enquête par les instances ad hoc à la curie romaine tant Rupnik bénéficiait de protections, y compris de la part du pape François. Ses oeuvres sont réparties dans plus de 200 chapelles, églises et sanctuaires. Notamment à Lourdes où début juillet, l'évêque du lieu Jean-Louis Micas, a dû renoncer, contrairement à son souhait, à recouvrir les mosaïques de Rupnik de la basilique du rosaire, tant les résistances internes sont vives. Les révélations concernant l'abbé Pierre vont-elles contraindre l'institution à prendre plus au sérieux les violences sexuelles commises à l'encontre des femmes ? Jusqu'à présent, elle les a minimisées, accusant même parfois la victime, selon de vieux schémas, d'avoir été la séductrice du prêtre. Pour la sociologue du catholicisme Céline Béraud, cette question est un grand tabou au sein de l'Eglise catholique. «Bien plus que la pédocriminalité, elle remet en cause la sexualité des prêtres», explique-t-elle.

«D'une certaine manière, j'ai eu la vie d'un captif, osait dire l'abbé Pierre à Frédéric Lenoir. Lorsqu'on sait que quelque chose de désirable est irréalisable – puisque ma vie de moine, ensuite totalement absorbée par l'aide aux plus démunis, ne pouvait permettre une relation amoureuse –, il faut l'écarter. Ne pas laisser le désir prendre racine. Je parlerai de servitude consentie.» A l'aune du rapport publié mercredi, l'abbé Pierre n'a pas eu seulement eu la vie d'un captif. Il a mené aussi la vie d'un menteur.

Et cela jusqu'au seuil de la mort. C'est dévastateur pour ceux qui l'ont admiré.

Bernadette Sauvaget

Les bouches cousues de ces femmes sont une des composantes majeures de ce drame. S'en prendre à l'abbé Pierre, briser l'image de l'idole, réclame de la force.

Le Figaro, no. 24852
Le Figaro, jeudi 18 juillet 2024 722 mots, p. 4

Politique

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17 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Le Rassemblement national espère encore décrocher des postes clés à l'Assemblée

Marine Le Pen veut garder les deux vice-présidences acquises en juillet 2022, mais aussi récupérer une questure et pourquoi pas la présidence de la commission des finances.

Laubacher, Paul

Comment obtenir ce que l'on veut ? C'est la question qui taraude le Rassemblement national (RN) alors que se profile cette semaine l'élection des postes clés de l'Assemblée nationale. Le parti à la flamme n'a pas caché ses ambitions à propos des postes stratégiques de l'Hémicycle : garder les deux vice-présidences acquises en juillet 2022, mais aussi récupérer une questure et pourquoi pas, cerise sur le gâteau, la présidence de la commission des finances, échue, selon la coutume parlementaire, au principal parti d'opposition. «Dans cette Assemblée, une chose est certaine: nous sommes le seul parti d'opposition, qu'importe la composition du prochain gouvernement, et de ceux qui suivront!» , remarque, taquin, un cadre mariniste.

Dans ce nouvel Hémicycle post-dissolution, et sans majorité claire, Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire nationaliste, peut se satisfaire d'une chose. Jamais elle n'a réussi à faire élire autant de députés RN. Selon un dernier pointage, ils sont 123, sans compter les trois élus proches de Marion Maréchal, anciens cadres de Reconquête, le parti d'Éric Zemmour. Ces derniers pourraient, à terme, être rattachés au groupe RN, en étant apparentés. Les troupes marinistes peuvent donc clamer qu'ils sont le groupe le plus nombreux. Mais c'est bien la seule bonne nouvelle pour le parti lepéniste, dont la situation est paradoxale : cela ne leur garantira pas d'accéder aux postes qu'ils désirent.

En façade, les députés de Marine Le Pen ont activé plusieurs leviers pour mettre la pression aux autres groupes parlementaires. Quand Mathilde Panot, chef de file des députés de La France insoumise, publie sur X (ex-Twitter) la lettre des présidents des groupes parlementaires du Nouveau Front populaire demandant l'instauration du front républicain pour éviter que le RN n'obtienne le moindre poste à l'Assemblée nationale, c'est Marine Le Pen, elle-même, qui y répond, avec la sulfateuse. «Il est vain ou mensonger de séparer les différentes nuances du NFP. De LFI aux socialistes, des verts aux communistes, ils sont tous unis, mais uniquement dans la détestation de la démocratie, du pluralisme et de près de 40% du peuple français», écrit-elle.

« Chacun a droit à sa légitime part »

Le parti estime, aussi, avoir son rôle à jouer. Il a décidé de lancer une pétition, intitulée « Faites respecter votre voix à l'Assemblée nationale ! » «Le groupe Rassemblement national, à lui seul, occupe 21,84% des sièges grâce à nos125 députés. Malgré cela, le camp macroniste et l'extrême gauche veulent feindre de l'ignorer et nous exclure de postes stratégiques à l'Assemblée nationale», peut-on lire, invitant ses électeurs à signer le texte.

Enfin, dernier coup de pression, l'idée d'une candidature à la présidence de l'Assemblée nationale de Sébastien Chenu, député RN du Nord, proche de Marine Le Pen et vice-président sortant, a été actée ce mercredi matin. Une manière pour le parti nationaliste d'affirmer, pour ceux qui en auraient besoin, qu'il ne faudra pas compter sur les voix du RN, au moins lors du premier tour de l'élection. «Ensuite, on verra qui sont les candidats qui seront les plus à même à respecter l'institution», fait valoir un proche de Marine Le Pen, qui assure : «Ce sera notre ligne lors de cette élection.»

Et puis, derrière la façade, il y a les coulisses. Les proches de Marine Le Pen, et notamment Sébastien Chenu, l'homme qui adore parler avec tout le monde, tentent d'arracher la promesse de «respecter le règlement de l'Assemblée nationale» aux candidats au perchoir, surtout ceux favorables à ce que le RN soit représenté dans les instances de l'institution. Mais qui sont ces candidats ? Il y a bien l'ancienne présidente Yaël Braun-Pivet. Les proches de Marine Le Pen ont remarqué que les députés d'Horizons, le parti d'Édouard Philippe, ont toujours été «constructifs» avec eux. Il y a aussi François Bayrou, qui avait dit au Figaroque «chacun a droit à sa légitime part, quelles que soient les étiquettes» , en profond désaccord avec la ligne « ni RN, ni LFI » , adoptée par Gabriel Attal et les députés Ensemble pour la République. En clair : le RN est dépendant de la bonne volonté des partis pour espérer obtenir ce qu'il veut. P. L.

Le Figaro, no. 24852
Le Figaro, jeudi 18 juillet 2024 751 mots, p. 3

Politique

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17 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

La gauche s'accorde sur un candidat communiste

Flurin, Richard

C'était présenté comme «la priorité», «l'urgence», «la nécessité du moment». À défaut d'avoir trouvé un premier ministre, les quatre groupes parlementaires de gauche sont parvenus à se mettre d'accord mercredi après-midi sur une candidature unique à la présidence de l'Assemblée nationale. Celle du communiste André Chassaigne, chef de file du groupe Gauche démocrate et républicaine, qui comprend les neuf députés PCF et quelques Ultramarins. Issu de la plus petite formation parlementaire à gauche, André Chassaigne dispose toutefois d'un «profil consensuel», selon plusieurs sources. «Il est respecté, il pourrait rassembler au-delà du Nouveau Front populaire», veut croire un écologiste.

Reste que le chemin séparant le candidat unique de la gauche au perchoir est semé d'embûches. Certes, avec quelque 190 députés, le NFP est le bloc qui en compte le plus, mais il n'est pas à l'abri d'une alliance de circonstance entre les centristes et la droite, voire avec le Rassemblement national, dans le but d'entraver la gauche. L'élection du président de l'Assemblée nationale nécessite la majorité absolue des voix (289 sur 577) aux deux premiers tours d'un vote à bulletins secrets. En cas d'absence de majorité absolue, ce qui semble probable au vu de la configuration de l'Hémicycle, un troisième tour a lieu, et c'est alors le nom qui recueille le plus de voix qui l'emporte - à la majorité relative, donc.

À eux deux, les groupes des macronistes et des Républicains comptent davantage d'élus que le NFP et pourraient donc rafler la mise. Sans compter que le Rassemblement national, qui a assez peu de chance de rassembler au-delà de son propre camp, pourrait jouer les trouble-fêtes. «Tout est mieux qu'un gouvernement du Nouveau Front populaire», a prévenu Marine Le Pen, mardi matin sur BFMTV. Or l'intronisation au perchoir d'André Chassaigne fournirait la preuve de la capacité de la gauche à bâtir des majorités de projet et pourrait lui offrir de bonnes chances de gouverner la France.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les différentes composantes du NFP se sont accordées dès lundi soir sur le principe d'une candidature unique. La France insoumise a exigé, toute affaire cessante, qu'un nom soit trouvé avant le scrutin parlementaire de jeudi. «Pour pouvoir former un gouvernement du Nouveau Front populaire et mettre en oeuvre le programme fidèle aux aspirations exprimées par le peuple français», justifiait la coordination du mouvement dans un communiqué invitant à «déjouer d'urgence» la «manoeuvre» d'Emmanuel Macron.

L'accord de la gauche sur un candidat au perchoir impliquerait a priori une reprise des négociations sur le nom d'un premier ministre commun, unilatéralement suspendues par LFI en début de semaine. Cette interruption, que les mélenchonistes ont mise sur le compte d'un Parti socialiste récalcitrant, a fini d'installer un climat délétère à gauche. Au point que l'on peine à imaginer les différents partis s'entendre sur le nom d'un premier ministre, et moins encore gouverner un jour main dans la main.

Il y a évidemment le duel incessant entre LFI et le PS, qui se rejettent depuis le départ la responsabilité d'un échec de plus en plus probable du NFP. En des termes souvent fleuris de la part des Insoumis. Mais ces derniers n'épargnent plus les Verts et les communistes. L'écologiste Marine Tondelier a ainsi été prise pour cible mercredi, notamment par le député Ugo Bernalicis, l'un des historiques du mélenchonisme. «Ça suffit le double langage entre les plateaux télé et les négos! Faut-il rappeler que la première à rompre l'unité au sein de la Nupes en vue des européennes avec pour principal objectif d'affaiblir les Insoumis, c'est toi pour gagner un congrès?», a-t-il lancé à Marine Tondelier sur X.

« Il faut avancer »

La brutalité retrouvée des Insoumis envers leurs partenaires de gauche tend à penser que le NFP n'était qu'une parenthèse enchantée, qui se referme avec la même violence que lors des européennes. En façade, on continue cependant à croire que la gauche gouvernera bientôt, tout en s'indignant haut et fort du mauvais «spectacle» et de «la guerre de leadership». L'option d'un vote de l'ensemble des députés du NFP, abandonnée par les chefs de parti au profit du «consensus», revient avec insistance. Les députés communistes l'ont demandé, tout comme les anciens frondeurs Insoumis. «Pourquoi pas voter, à un moment donné il faut avancer» , a lâché Olivier Faure, premier secrétaire du PS, constatant que plusieurs élus de son camp y sont également favorables. Encore faut-il que l'élection du président de l'Assemblée nationale, ce jeudi, n'enterre pas définitivement toute opportunité pour la gauche de gouverner. R.F.

La Croix, no. 42973
Événement, jeudi 18 juillet 2024 187 mots, p. 2,3

repères

Une vie d’engagement

1912. Naissance d’Henri Grouès, à Lyon.

1932. Il entre chez les capucins, qu’il quitte en 1939 pour être incardiné dans le diocèse de Grenoble.

1945. Il est élu député sous l’étiquette MRP.

1947. Il loue une maison à Neuilly-Plaisance, où il accueille des sans-logis.

Janvier 1954. Un bébé meurt de froid dans le camion où sa famille s’était réfugiée. Interpellé par l’abbé Pierre, le ministre de la reconstruction assiste à l’enterrement.

1er février 1954. Il lance son fameux appel sur Radio Luxembourg et les dons affluent.

1957. L’abbé Pierre est hospitalisé en Suisse. Rupture au sein d’Emmaüs entre les « abbé-pierristes » et les responsables du mouvement. Dès lors, l’abbé se consacre surtout à ce qui deviendra Emmaüs International.

1984. L’abbé Pierre revient sur le devant de la scène avec l’opération « le Noël de l’abbé Pierre ». Il s’engagera dès lors pour toutes les causes, des squats de sans-logis aux sans-papiers.

2007. Il meurt à 94 ans. Après des funérailles célébrées à Notre-Dame de Paris, il est inhumé à Esteville, en Normandie.

Le Monde
International, jeudi 18 juillet 2024 747 mots, p. 3
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17 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Le gouvernement allemand interdit le magazine d’extrême droite « Compact »

Proche du parti ultranationaliste AfD, le mensuel est accusé d’« attiser la haine contre les juifs, les personnes issues de l’immigration et la démocratie parlementaire »

Thomas Wieder

Berlin - correspondant - Il était plus difficile de se le procurer depuis que deux grandes chaînes de magasins de journaux l’avaient retiré de leurs étals, début février. Il sera désormais inutile de le chercher. Mardi 16 juillet, le gouvernement allemand a annoncé l’interdiction du mensuel d’extrême droite Compact, l’accusant d’ « attiser la haine contre les juifs, les personnes issues de l’immigration et la démocratie parlementaire ».

Fondé en 2010 et tiré à 40 000 exemplaires, Compact affichait des ambitions très claires. « Nous voulons renverser le régime » , écrivait, en juin 2023, son fondateur, Jürgen Elsässer, un pamphlétaire ayant fait ses débuts dans la presse d’extrême gauche avant de basculer de l’autre côté du spectre politique.

Au cours de ses quatorze années d’existence, Compact a épousé tous les combats d’une extrême droite allemande en pleine ascension, du soutien au mouvement islamophobe Pegida au combat contre la « dictature vaccinale » pendant la pandémie liée au Covid-19, en passant par la dénonciation des « envahisseurs venus d’Afrique », des « fanatiques du climat »et des « vampires de la finance », le tout en faisant une large place aux thèses conspirationnistes. En 2019, il avait consacré une couverture aux trois figures incarnant, selon lui, « l’espoir de l’Europe »: le chef de la Ligue italienne, Matteo Salvini, la présidente alors du Rassemblement national, Marine Le Pen, et le premier ministre hongrois, Viktor Orban.

Ligne prorusse

Assumant une ligne résolument prorusse, Compact a récemment qualifié de « criminel de guerre » le ministre allemand de la défense, Boris Pistorius, en raison de son soutien à la résistance ukrainienne. Il y a quelques jours, les 345 000 abonnés de la chaîne YouTube gérée par le magazine se sont vus proposer un entretien de deux heures avec Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des affaires étrangères. Un échange mené par Hansjörg Müller, un ancien député du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Sans surprise, l’AfD a sévèrement réagi, mardi, à l’annonce de cette interdiction. « C’est une grave atteinte à la liberté de la presse », ont dénoncé Alice Weidel et Tino Chrupalla, les coprésidents du parti, alors que celui-ci a recueilli 15,9 % des voix aux élections européennes du 9 juin et a des chances d’arriver en tête lors des scrutins régionaux organisés en septembre dans trois Länder de l’Est. Il faut dire que ce type de décision est rare en Allemagne, où, en vingt ans, seuls trois éditeurs de presse ont dû cesser leur activité sur ordre des autorités.

En interdisant Compact, le gouvernement ne prive pas seulement l’extrême droite de son magazine papier le plus important. La décision frappe aussi la quinzaine de sites Internet et de canaux de diffusion qui lui étaient associés. Des perquisitions mobilisant plus de 300 policiers ont eu lieu dans les bureaux et aux domiciles de plusieurs collaborateurs du magazine, l’objectif étant de saisir des actifs financiers et de collecter des indices sur la nébuleuse d’ultradroite, qui fait l’objet d’une surveillance accrue de la part des services de renseignement.

Cette interdiction a également pour conséquence l’annulation du rassemblement organisé chaque été par la rédaction de Compact. Prévue le 27 juillet, la prochaine édition devait accueillir Maximilian Krah, la sulfureuse tête de liste de l’AfD aux européennes, et Martin Sellner, le fondateur du Mouvement identitaire d’Autriche, dont le « plan de remigration » visant à déporter en Afrique du Nord des millions d’immigrés et d’Allemands d’origine étrangère, a fait descendre dans la rue près de quatre millions de manifestants après sa révélation, en janvier, par le site d’investigation Correctiv.

Privés de leur bréviaire, les lecteurs de Compact ne pourront pas se consoler avec les produits dérivés proposés sur la boutique en ligne du magazine, celle-ci étant désormais fermée elle aussi. Parmi les produits phares : des imitations de thalers, des pièces de monnaie en argent qui circulaient sous le Saint-Empire romain germanique. L’une, frappée à l’effigie du chef de file de l’aile radicale de l’AfD, Björn Höcke, était vendue 74,95 euros. Une autre, à l’effigie du visage de Donald Trump, était annoncée pour les prochains jours afin de marquer le soutien du magazine à la campagne électorale de l’ex-président américain.

Le Figaro, no. 24852
Le Figaro, jeudi 18 juillet 2024 691 mots, p. 10

Société

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17 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Agressions sexuelles : l'abbé Pierre accusé par plusieurs femmes

Mort en 2007, le religieux est visé par une enquête publiée par les associations qu'il a fondées, dont Emmaüs France. D'autres témoignages pourraient suivre.

Guénois, Jean-Marie

Un mythe s'écroule. L'abbé Pierre, mort en 2007 à l'âge de 94 ans, est accusé d'agression sexuelle par sept femmes, dont une mineure au moment des faits, qui se seraient déroulés entre 1970 et 2005. La nouvelle a été rendue publique le 17 juillet par trois associations non confessionnelles dont l'abbé Pierre a été à l'origine : Emmaüs International, Emmaüs France et la Fondation Abbé Pierre.

Cette information, touchant un défunt ne pouvant répondre des accusations portées contre lui, requiert un a priori de prudence, mais elle est formellement validée par ces trois organismes qui ont mandaté un cabinet spécialisé, le groupe Egaé, fondé par la militante féministe Caroline de Haas, pour réaliser une enquête indépendante à la suite d'un premier signalement en 2023.

Cette enquête aboutit à un communiqué officiel qui dénombre « sept femmes » victimes. Le texte, publié sur le site des trois institutions, décrit « des comportements pouvant s'apparenter à des agressions sexuelles ou à des faits de harcèlements sexuels commis par l'abbé Pierre ». Selon ce travail de recherche, cinq autres témoignages similaires pourraient être versés à charge contre ce prêtre catholique. Un appel à d'autres témoignages est lancé.

Dans un livre interview avec Frédéric Lenoir publié en 2005, Mon Dieu... pourquoi ? (Plon), l'abbé Pierre avait reconnu qu'il n'avait pas toujours été fidèle à son voeu de chasteté. « Il m'est arrivé de céder à la force du désir de manière passagère, témoignait-il, mais je n'ai jamais eu de liaison régulière, car je n'ai pas laissé le désir sexuel prendre racine. Cela m'aurait conduit à vivre une relation durable avec une femme. » Il disait également ne pas comprendre le refus du pape Jean-Paul II, qu'il avait rencontré à plusieurs reprises, d'abolir le célibat sacerdotal.

« Douleur » de l'épiscopat français

Cette confession, publiée deux ans avant sa mort - confirmée par une interview télévisée de l'abbé Pierre avec Marc-Olivier Fogiel - avait provoqué un certain émoi dans le milieu ecclésial, mais elle avait finalement contribué à renforcer son image de prêtre frondeur, dont personne ne pouvait alors soupçonner qu'il serait accusé d'agressions sexuelles.

Né à Lyon, religieux dans l'ordre des capucins, héros de la Résistance, trois fois élu député à l'Assemblée nationale, fondateur des communautés Emmaüs, où les pauvres et sans-abri étaient les premiers servis, auteur du fameux « appel de l'abbé Pierre » lors du terrible hiver 1954, ami de tous, respecté internationalement par les plus grands artistes, écrivains et politiques, l'abbé Pierre était « la » figure d'une conscience catholique et française du XXe siècle. Ce monument s'écroule donc, dix-sept ans après sa mort. L'institution catholique perd l'une de ses figures morales et sociales de référence, et beaucoup de crédibilité.

L'épiscopat catholique français a dit sa « douleur » en rappelant « l'impact remarquable » de cet « éveilleur des consciences » en faveur « des plus pauvres » mais salue « le travail de vérité nécessaire » qu'Emmaüs a eu « le courage » de réaliser. L'Église dit sa « profonde compassion » pour les victimes, et souligne « la honte que de tels faits puissent être commis par un prêtre ».

Soeur Véronique Margron, présidente élue de la Conférence des religieuses et religieux en France (Corref), très en pointe dans le combat contre les abus sexuels dans l'Église, confie au Figaro : « Que dire encore devant ces drames, ces vies brisées, souvent empêchées ? Avant tout, mon admiration pour le courage des victimes, dans leurs prises de parole, alors que leur agresseur était une figure tutélaire, quasi sacrée, bien au-delà du seul mouvement Emmaüs et de l'Église catholique. » La religieuse dit son « infinie tristesse et (son) écoeurement ». « L'abbé Pierre a très gravement abusé de sa position pour installer son emprise et rendre possible ses agressions,poursuit-elle. Parce que son action - indiscutable - a interdit toute vigilance, tout esprit critique, tout courage peut-être même de ceux qui l'ont entouré, devant ses comportements indignes et coupables. » Dépitée, elle conclut, en référence à certains atermoiements dans l'Église face à ces scandales : « Je ne sais pas si nous allons finir par apprendre... » J.-M. G.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, jeudi 18 juillet 2024 670 mots, p. AUJM4
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18 juillet 2024 - Le Parisien

Le nouveau visage de l'Assemblée nationale

La XVIIe législature démarre ce jeudi, un peu plus d'un mois après la dissolution de la Chambre basse. Ses rangs seront divisés en groupes parlementaires, dont la taille définit l'importance.

Louis Valleau

C'est un point essentiel pour la future Assemblée nationale, dont la XVII e législature s'ouvre ce jeudi. Quels groupes parlementaires diviseront la Chambre basse ? Selon les différentes déclarations des responsables politiques connues ce mercredi, il pourrait y en avoir pas moins de onze, soit un de plus que lors de la précédente législature. Si ce nombre se confirmait - il peut encore évoluer jusqu'à 18 heures ce jeudi -, il s'agirait alors d'un record sous la V e République.

Chaque groupe parlementaire doit être composé d'au moins quinze députés, regroupés le plus souvent par affinités politiques. Le plus important sera, sans surprise, celui du Rassemblement national, à nouveau dirigé par Marine Le Pen (environ 126 députés, dont trois apparentés). Viendra ensuite le groupe macroniste, renommé Ensemble pour la République, et présidé par le Premier ministre démissionnaire Gabriel Attal (99 députés). Le camp présidentiel sera également composé du groupe MoDem de Marc Fesneau (environ 36 députés) ainsi que des Horizons de Laurent Marcangeli (une trentaine de députés).

À gauche, les partis composant le Nouveau Front populaire (NFP) - qui compte le plus de députés, environ 174 - siégeront séparément. « Une coalition n'est que politique. Il ne s'agit pas nécessairement d'un groupe parlementaire », justifie Mélody Mock-Gruet, autrice du « Petit Guide du contrôle parlementaire » (Éd. L'Harmattan).

Peser politiquement et dans le fonctionnement

Tous ont par ailleurs élu leur président ou présidente : Mathilde Panot pour la France insoumise, Cyrielle Chatelain pour le groupe Écologiste et social - dans lequel siégeront les « purgés » Insoumis comme Alexis Corbière ou Clémentine Autain -, Boris Vallaud pour le Parti socialiste et André Chassaigne pour le groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), qui rassemble des élus communistes et ultramarins.

À droite, le groupe LR s'appellera désormais la Droite républicaine et sera présidé par Laurent Wauquiez (environ 45 députés). Le président contesté du parti, Éric Ciotti, devrait, lui, disposer de son propre groupe de seize députés, nommé À Droite. Le groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (Liot) devrait, pour sa part, être présidé par le député de Saint-Pierre-et-Miquelon Stéphane Lenormand.

Le premier intérêt d'un groupe parlementaire est de « peser tant politiquement » que dans le « fonctionnement des organes » de l'Assemblée, explique Mélody Mock-Gruet. La répartition des postes clés de la Chambre basse (vice-présidence, questure, etc.) se fait en fonction du nombre de députés que compte chaque groupe, tout comme celle des moyens matériels (bureaux, salles de réunion, etc.) et financiers. Le raisonnement est identique pour la répartition des députés dans les différentes commissions de l'Assemblée.

De même, plus un groupe est important, plus son temps de parole lors des débats sur les projets et propositions de loi ou lors des séances de questions au gouvernement sera important. Chaque groupe dispose également, une fois par an, d'une niche parlementaire. « C'est lui qui décide alors des textes inscrits à l'ordre du jour. Il peut ainsi mettre en avant ses propres propositions », décrypte l'experte. Il s'agit donc d'un outil particulièrement important pour les groupes d'opposition.

Sans majorité claire, le flou règne

Car, au début d'une législature, chaque groupe parlementaire doit fixer sa ligne via « une déclaration politique commune », rappelle Mélody Mock-Gruet. C'est là qu'il choisit de se placer dans la majorité ou dans l'opposition à un « gouvernement ou à une majorité parlementaire », poursuit la spécialiste.

Selon elle, « vu la situation actuelle, sans majorité claire, certains groupes pourraient attendre de savoir qui sera président(e) de l'Assemblée avant de se positionner ». Toutefois, si l'élection au perchoir traîne en longueur et dépasse l'heure limite (18 heures), les groupes pourraient devoir se déclarer à l'aveugle. Il « existe un flou sur la question », constate Mélody Mock-Gruet.

Le Figaro, no. 24852
Le Figaro, jeudi 18 juillet 2024 1172 mots, p. 4

Politique

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17 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Éric Ciotti : « Pour porter un « pacte législatif » comme Laurent Wauquiez, il faut être au gouvernement »

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Éric Ciotti est le président du groupe parlementaire À droite.

LE FIGARO. - LE FIGARO. - La nouvelle Assemblée nationale est inaugurée jeudi avec un premier ministre démissionnaire chargé de la gestion des affaires courantes... Que vous inspire la situation politique du pays ?

- ÉRIC CIOTTI.- Nous sommes dans une crise politique et démocratique majeure qui met en péril nos institutions. Emmanuel Macron a mis le feu au pays et il a tendu un piège aux Français. Par des subterfuges indignes, il a transformé la grande Ve République en une médiocre resucée de la IVe. Il tente de se maintenir au pouvoir au travers d'un gouvernement qui n'a plus aucune légitimité. Imaginez un peu : nous avons désormais un premier ministre chargé d'expédier les affaires courantes tout en étant président d'un groupe parlementaire ! Cela veut dire qu'un député encore ministre pourrait se poser des questions à lui-même.

LE FIGARO. - Quel est le danger ?

- C'est une atteinte très grave au principe de séparation des pouvoirs, doublé d'un vol du vote démocratique des Français. Au premier tour des législatives, plus de 11 millions de nos concitoyens ont soutenu la coalition des droites que nous avions formée avec le RN. Une large avance sapée in extremis par des alliances dissimulées, honteuses et contre-nature. Le vote des Français a été détourné par de basses manoeuvres politiciennes, auxquelles plusieurs partis se sont prêtés, dont, hélas, certains anciens membres de ma famille politique.

- Le RN se retrouve en troisième position dans l'Hémicycle. Vous ne pourrez pas conserver votre poste à la questure mais vous vous retrouvez à la tête d'un groupe de 17 députés.

Avez-vous perdu votre pari ?

- Bien au contraire ! C'est une réussite, qui a déjoué tous les pronostics de nos adversaires. Ce groupe que je préside compte des députés talentueux, des élus d'expérience, des maires de terrain et surtout de nombreux chefs d'entreprise qui vont profondément renouveler de notre vie politique. Bien sûr, nous aurions espéré obtenir une majorité. Mais cette perspective, j'en suis sûr, n'est que différée. Nous avons été élus dans le cadre d'une coalition avec le RN et nous serons fidèles à l'esprit du pacte de campagne que nous avions proposé, mais nous resterons un groupe autonome et indépendant, avec sa singularité et son histoire, fier de porter une approche économique tournée vers la liberté, l'entreprise, la restauration du pouvoir d'achat, la baisse de la fiscalité, et un combat de tous les instants contre l'immigration de masse et la violence.

LE FIGARO. - Vos anciens amis LR continuent de qualifier cette alliance avec le RN comme une forme de trahison...

- Je n'ai aucune leçon à recevoir de ceux qui ont été élus avec le soutien ou le désistement des macronistes, mais aussi des Insoumis ou des communistes. Nous savons que les Français veulent être gouvernés à droite et adhèrent à ses valeurs : l'autorité, l'identité, la liberté. Certains ont reculé devant la victoire de ces idées pour tenter de se sauver. Je suis convaincu que le cours de l'histoire conduira très rapidement à la victoire des droites. J'ai ouvert une brèche, et l'immense majorité du peuple de droite suivra sur ce chemin et condamnera lourdement l'impuissance de l'immobilisme et du conservatisme. J'ai osé rompre des tabous érigés artificiellement par une bien-pensance politique. Et j'en suis fier.

LE FIGARO. - Gérald Darmanin pousse le camp présidentiel à se montrer ouvert au « pacte législatif » de La Droite républicaine, le groupe présidé par Laurent Wauquiez... Êtes-vous prêt à signer ce pacte avec vos anciens amis LR ?

- Non. Pour porter un pacte législatif, il faut être au gouvernement. Cela veut donc dire que Laurent Wauquiez est déjà, dans sa tête, dans une coalition gouvernementale avec Emmanuel Macron, après l'avoir traité de « dictateur » il y a quelques années et avoir dénoncé légitimement le bilan catastrophique de douze années de hollando-macronisme. Ces responsables politiques se trompent : le pouvoir macroniste n'aura pas plus de courage demain qu'il n'en a eu les huit dernières années pour réformer le pays et protéger les Français.

LE FIGARO. - Laurent Wauquiez justifie ce pacte législatif comme seul bouclier face au danger de l'extrême gauche...

- Douce hypocrisie ! Pourquoi n'ont-ils pas considéré que l'urgence, pour défaire l'extrême gauche dangereuse, était de la combattre dans les urnes plutôt que de la soutenir ? C'est dans les urnes que ça se joue et non dans les couloirs et arrière-cours. N'oublions pas que certains de mes anciens amis ont soutenu des candidats d'extrême gauche, comme M. Bertrand qui a appelé à voter communiste.

LE FIGARO. - Vous avez souvent qualifié Laurent Wauquiez de « candidat naturel de la droite » pour 2027. L'est-il toujours, à vos yeux ?

- Il faut du courage pour s'attaquer à la face nord de l'Everest pour redresser une France qui tombe. Je n'ai pas perçu, dans cette période décisive, cette indispensable qualité.

LE FIGARO. - Un Parlement sans majorité, un gouvernement à bout de force... Quelle solution voyez-vous pour sortir de cette crise ?

- Si Emmanuel Macron avait le sens de la responsabilité et de l'intérêt national, il mettrait fin à la mascarade qu'il a provoquée en posant sa démission : des élections présidentielles anticipées pourraient permettre une sortie par le haut, avec une légitimité et une force retrouvées à la tête de l'État, confortées au plus tard au mois de juin 2025 par une nouvelle majorité parlementaire.

LE FIGARO. - À qui pensez-vous pour remplacer le chef de l'État ?

- La question se posera le moment venu.

LE FIGARO. - Pourriez-vous renouer votre pacte avec le RN dans le cadre de ces nouvelles législatives ?

- Bien sûr. Nous avons inauguré quelque chose de durable qui va profondément modifier la structuration de la vie politique française.

LE FIGARO. - Les Républicains existent-ils toujours ?

- J'ai adhéré au RPR à 16 ans et je regarde l'évolution de certains des dirigeants actuels avec beaucoup de tristesse. Je souhaite que dans un cadre consensuel, nous puissions nous réunir en Congrès pour donner la parole aux militants. Je veux qu'avec le bureau politique contrôlé par Laurent Wauquiez, nous puissions nous mettre d'accord pour définir une ligne de façon claire : les militants veulent-ils une alliance avec la macronie ou une alliance des droites, telle que je l'ai portée ? Je respecterai le résultat de ce vote. Ce qui est sûr c'est que notre pays a besoin d'une grande formation politique attachée à la liberté économique, à l'ordre dans les comptes, à l'ordre dans nos rues et à la défense de notre identité.

LE FIGARO. - La situation se tend sensiblement à Nice. La conquête de la ville, aux municipales de 2026, reste-t-elle votre projet ?

- Nice, c'est ma base, ma légitimité et mes racines les plus solides. Nous sommes désormais trois députés à la représenter au sein de mon groupe. Pour le maire actuel Christian Estrosi, c'est une véritable déroute, légitime au regard de son bilan politique et économique. Je veux donner le meilleur pour ma ville.

Libération
jeudi 18 juillet 2024 621 mots, p. 4

Événement

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17 juillet 2024 - Libération (site web)

Quelles sont les structures liées à l'abbé Pierre ?

Service CheckNews

Événement

Emmaüs France, Emmaüs International, la Fondation Abbé- Pierre… Pour comprendre le maillage de structures liées au prêtre mort en 2007 et accusé dans un rapport publié mercredi d'agressions sexuelles, il faut suivre le parcours du religieux, Henri Grouès de son vrai nom.

1949 : naissance du mouvement Emmaüs En 1949, l'abbé Pierre, alors député, s'installe à Neuilly- Plaisance dans une maison qu'il restaure pour en faire une auberge de jeunesse internationale, vite trans- formée en lieu d'accueil «inconditionnel». Il y rencontre un ex-bagnard, Georges Legay. Il lui propose de l'aider à monter une première communauté d'entraide, autour de l'activité de chiffonniers. Il l'appellera communauté Emmaüs, en référence à deux disciples qui, dans le Nouveau Testament, accueillent Jésus sans savoir qui il est. C'est l'acte fondateur du mouvement. Les communautés Emmaüs sont devenues des asso- ciations locales, qui accueillent des hommes et femmes précaires, comme des personnes sans domicile fixe, des migrants ou des chômeurs. Appelés com- pagnons, ils vivent et travaillent ensemble. Selon l'organisation, il y aurait aujourd'hui 125 communautés en France, et 7 000 compagnons et compagnes. Le principe des communautés repose sur l'économie solidaire : elles sont inté- gralement financées grâce au travail de récupération et de tri.

1954 : création de l'association Emmaüs A l'hiver 1954, dans le contexte d'une importante crise du logement et d'un froid vigoureux, l'abbé Pierre lance un appel aux dons pour venir en aide aux sans-abri. Grâce à l'argent récolté, il fonde dans la foulée l'as- sociation Emmaüs (depuis renommée Emmaüs Solidarité), censée organiser les différentes communautés. Mais, rapidement, l'association se concentre sur la gestion de centres d'hébergement et d'accueil (qui fonctionnent avec des salariés et des bénévoles) à Paris. La structure s'éloigne donc de son rôle initial de structuration du mouvement Emmaüs et de ses communautés, qui se développent bien au-delà des frontières françaises. Le lien entre celles-ci est surtout le fait de l'abbé Pierre.

1971 : Emmaüs International En 1963, le prêtre engagé manque de mourir dans un naufrage en Argentine, ce qui rend évident la nécessité de structurer le mouvement, désormais international, pour en garantir la pérennité. Une première réunion mondiale des groupes d'Emmaüs se tient à Berne, en Suisse. Il en résulte un «Manifeste universel» et un secrétariat international.

Les statuts d'Emmaüs International sont officiellement adoptés en 1971 par une assemblée générale réunie à Montréal. Selon Emmaüs International, il y a aujourd'hui plus de 400 groupes Emmaüs, présents dans plus de 40 pays.

1985 : création d'Emmaüs France Jusqu'à la création d'Emmaüs France, les différentes structures d'Emmaüs dans le pays restaient divisées (Union centrale de communautés Emmaüs, «Comités d'amis», SOS Familles Emmaüs, etc.) Emmaüs France est donc créée en 1985 pour regrouper l'ensemble des associations françaises d'Emmaüs, qui ne se rencontraient auparavant qu'à l'échelle mondiale au sein d'Emmaüs International. 1988 : création de la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés A la suite de premières rencontres sur le sans-abrisme organisé par l'ONU sous son patronage, l'abbé Pierre crée la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés en 1988. Reconnue d'utilité publique en 1992, elle soutient aujourd'hui près de 900 projets et livre un rapport chaque année sur «l'état du mal-logement en France». Emmaüs Habitat, le bailleur social et la CGL Le nom de l'abbé Pierre est également lié à Emmaüs Habitat, bailleur social créé en 1954 pour loger dans l'urgence les sans-abri. Toujours étroitement lié au mouvement Emmaüs et à la Fondation Abbé-Pierre, qui siègent au conseil d'administration, Emmaüs Habitat gère aujourd'hui un parc de 15 000 logements en Ile-de- France. Et l'on peut également citer la Confédération générale du logement, association de défense des locataires, qui est une émanation des comités d'aide aux sanslogis, eux aussi créés dans le sillon de l'appel de 1954.

Aujourd'hui en France
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_Le Fait du jour, mercredi 17 juillet 2024 859 mots, p. AUJM2
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16 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
17 juillet 2024 - Le Parisien

LFI, la stratégie de la haine ?

Au sein de l'alliance des gauches, les relations entre les Insoumis et les socialistes sont plus violentes que jamais. Les négociations pour s'accorder sur un nom commun à Matignon sont à l'arrêt. Au risque de lasser leurs électeurs.

Pierre Maurer

Dans la nuitde lundi à ce mardi, la gauche a mal dormi. La faute à de petits insectes, de la taille d'un pépin de pomme, qui, à la nuit tombée, pompent le sang des endormis. Les punaises de lit ne se sont pas cachées dans les sommiers des représentants du Nouveau Front populaire (NFP), mais elles ont surgi dans un message de la députée LFI Sophia Chikirou, très proche de Jean-Luc Mélenchon, lundi soir. L'Insoumise qui ne « baisse jamais les yeux », selon son expression, n'a pas retenu ses coups en apprenant que ses partenaires du NFP proposaient pour Matignon le nom de Laurence Tubiana, l'ancienne présidente de la Convention citoyenne pour le climat, jugée trop Macron-compatible. Et donc incarnant, selon la députée, le retour du « hollandisme » comparé à ces satanées bestioles : « Tu as employé les grands moyens pour t'en débarrasser, tu y as cru quelque temps et tu as repris une vie saine (à gauche) mais en quelques semaines, ça gratte à nouveau et ça sort de partout... Il va falloir recommencer ! » a-t-elle dézingué sur X.

Mardi matin, la gauche s'est réveillée, sonnée, le corps endolori par la violence des échanges auquel se livrent les Insoumis et les socialistes. « Là, c'est n'importe quoi... On est en train de se comporter comme des gamins ! », s'emporte un écologiste au pied du lit. L'exaspération est telle que les boucles de messageries communes chauffent, les algarades s'enchaînent. « Ça tape dans tous les sens de manière extrêmement violente », témoigne un gradé socialiste, au point d'envisager la dislocation de l'union. « Ils sont angoissés par un PS qui remonte, on sent chez LFI cette crispation quasiment haineuse », persifle le même.

Les négociations entre grands chefs socialistes, écologistes, Insoumis et communistes, elles, sont au point mort. « Reprenons les discussions. Maintenant », intime dans la matinée la patronne des Écologistes Marine Tondelier, appelant ses partenaires à arrêter de se « déchirer ».

« Peut-être qu'ils préfèrent ne pas gouverner »

Sur BFM, le patron des communistes, Fabien Roussel, presse son homologue insoumis : « Je le redis à Manuel Bompard : s'il veut quitter le NFP, c'est une lourde responsabilité qu'il prendrait, ce serait très grave. Mais peut-être que LFI préfère être dans l'opposition, qui est une position beaucoup plus confortable. » Une analyse partagée par les plus hautes sphères socialistes. « LFI persiste dans sa lecture radicale révolutionnaire, veut croire un député proche d'Olivier Faure. Ils préfèrent ne pas gouverner en pensant qu'un jour le peuple les mènera au pouvoir. Mais on n'est pas en avril 1917, Mélenchon n'a pas gagné, et on n'a pas la révolution d'octobre derrière. »

Car du côté des mélenchonistes, la menace est sur la table. À leurs yeux, l'hypothèse Laurence Tubiana marquerait « la fin du NFP pour lui substituer une alliance PS-Macron », après que les socialistes ont retoqué Huguette Bello, la présidente du conseil régional de la Réunion, qui avait les faveurs insoumises. « Si c'est effectivement ce profil sur lequel travaillent nos partenaires, je tombe de ma chaise », a déclaré sur France 2 Manuel Bompard. Le coordinateur insoumis considère la proposition « pas sérieuse ».

Au-delà des questions de personne, ce rapport de force traduit une divergence de vision sur la façon de gouverner entre les Insoumis et les socialistes : les premiers veulent appliquer « le programme et rien que le programme du NFP » quand les seconds reconnaissent la nécessité de concessions dans l'hémicycle afin de trouver des majorités « texte par texte » en cas d'éventuel gouvernement commun. « Le mieux que l'on puisse faire, c'est de s'entendre avec une partie du bloc central », concède un stratège du PS. Précisément ce que craignent les troupes de Jean-Luc Mélenchon, qui a, selon nos informations, participé à une réunion de négociations des chefs du NFP en visioconférence samedi soir. « On l'entendait râler de temps en temps, mais il n'a pas pris la parole », assure-t-on au PS.

D'abord la course au perchoir de l'Assemblée

Désormais, pour LFI, la gauche doit d'abord remporter la présidence de l'Assemblée nationale avant d'envisager toute reprise des négociations. « Macron nous l'a imposé comme le résultat le plus important, pointe le député LFI Gabriel Amard. Si le PS n'avait pas bloqué pendant les négociations depuis huit jours, on n'en serait pas là. » Le NFP travaillait ce mardi après-midi à une candidature commune pour le perchoir, mais il a peu de chance de l'emporter. Et a bien du mal à effacer d'un trait de plume ces désaccords.

Au grand dam d'une bonne partie de ses parlementaires. « Ce que font les chefs de parti est une honte, dénonce le député et ex-Insoumis, François Ruffin. On assiste à une partie de ping-pong entre le PS et LFI et on a l'impression qu'on peut faire tout l'annuaire pour être toujours au même point [...] Tout ça est une farce ! » Qui finit par ne plus faire rire.

Libération
mercredi 17 juillet 2024 1327 mots, p. 2,3,4

Événement

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16 juillet 2024 - Libération (site web)

MATIGNON La gauche joue à gâche-gâche

Charlotte Belaïch

Événement

Depuis la victoire surprise du 7 juillet, les négociations entre les différentes composantes du NFP pour trouver un nom de Premier ministrable vont d'impasse en impasse.

Une aubaine pour le chef de l'Etat.

Les jours passent et l'espoir s'amenuise. Alors que le Nouveau Front populaire (NFP) n'est toujours pas parvenu à s'unir derrière un nom pour Matignon, beaucoup pensent qu'il est en réalité déjà trop tard. Depuis le 7 juillet et l'enthousiasme suscité par la coalition mise en place face à l'extrême droite, la gauche s'affaiblit en étalant ses divisions. «Ce sont des ados, gouverner, c'est pour les adultes, enrage un député de gauche. On avait la main pendant quarante-huit heures, mais on a laissé passer notre moment.» Pour mettre Macron sous pression, il fallait aller vite et se montrer soudés. Si la gauche ne surprend pas une deuxième fois en remportant le vote pour la présidence de l'Assemblée nationale, jeudi, la perspective de former un gouvernement s'éloignera encore. A la table des négociations depuis dix jours, les partis se retrouvent sur le banc des accusés. «Un cartel», se désole-t-on dans tous les rangs du Nouveau Front populaire. «C'est une honte, a regretté le député François Ruffin, ex-LFI qui siégera désormais avec les écologistes. Nos dirigeants ne sont pas à la hauteur des gens qui ont glissé un bulletin de gauche dans l'urne.» «Chacun veut sa part de marché, mais si on se fait voler la victoire, personne ne sera satisfait, se désole une figure de la société civile. Ça fait l'effet d'un pétard mouillé.» Au fond, chacun n'a cessé d'être ce qu'il est : les insoumis défendant l'union… derrière eux, et accusant les autres de compromission ; les socialistes serrant les rangs en rappelant dans un exercice d'autocélébration qu'eux seuls ont gouverné ; les écologistes posant en trait d'union pour mieux éviter d'arbitrer entre les deux. «Seuls les communistes ont été responsables, salue une figure de la gauche. Ils n'ont rien bloqué et ont toujours été clairs.» Chute éclair Après les débats sur la potentielle candidature à Matignon de la présidente du conseil régional de la Réunion, Huguette Bello, le NFP se divise désormais sur celle de Laurence Tubiana. Poussée à partir de lundi par les socialistes, les communistes et les écologistes, la candidature de la directrice de la Fondation européenne pour le climat, ancienne présidente de la Convention citoyenne pour le climat, a été immédiatement refusée par les insoumis. «Nous n'avons aucune garantie sur la mise en oeuvre de notre programme», explique le député insoumis Paul Vannier, qui rappelle que le nom de la Suite page 4 Suite de la page 2 haute fonctionnaire a été cité lors des remaniements du premier quinquennat de Macron.

«Les insoumis nous poussent dans le camp des macronistes pour tracer leur route», regrette un écologiste. Toute la gauche refuse pourtant une quelconque alliance avec le camp présidentiel. En réalité, certains suspectent les insoumis de n'avoir jamais vraiment cru à un gouvernement aux couleurs du NFP. Mais qui a jamais pensé qu'un tel scénario tiendrait dans la durée ? Alors qu'un exécutif de gauche est promis à une chute éclair, c'est aussi la suite qui se joue dans les négociations, la prochaine présidentielle en ligne de mire. Chez les insoumis et les socialistes, beaucoup parient sur une démission du chef de l'Etat, qui précipiterait le calendrier. Dès lors, aucun des deux camps ne veut céder. Entre les deux, les écologistes refusent de trancher. Alors que les insoumis se sont retirés des négociations, Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Ecologistes, appelait à la reprise des discussions mardi matin. Personne n'assume l'arrêt des discussions à quatre. «On n'a jamais dit que [Laurence Tubiana] était une proposition à prendre ou à laisser, on n'abandonne pas tant que tout le monde dit qu'il veut gouverner, assure le communiste Christian Picquet. Les socialistes ont accepté que ça ne soit pas l'un des leurs, à voir maintenant si les insoumis aussi.» «Si c'est pour faire face aux oukases d'Olivier Faure, ça n'a aucun intérêt», évacue l'insoumis Paul Vannier. En réalité, les socialistes pourraient s'accommoder du retrait de ces partenaires qui ne cessent de les accuser de vouloir trahir. Et se contenter d'un accord à trois ? «Tout est imaginable, affirme un cadre du PS. Ce sera compliqué pour Macron de refuser Tubiana si les insoumis sont dans un soutien sans participation au gouvernement.» Barrage Au fil des jours, la bataille du Premier ministre s'est peu à peu transformée en lutte pour attribuer à l'autre la responsabilité du blocage.

Au départ, les insoumis, qui rappellent sans cesse leurs 22 % à la présidentielle de 2022, proposent des noms issus de leurs rangs : Clémence Guetté, Manuel Bompard, Mathilde Panot ou encore Jean-Luc Mélenchon. Les socialistes, renforcés par les européennes et les législatives, plaident pour la candidature de leur Premier secrétaire, plus acceptable pour une macronie qui menace déjà de faire tomber un éventuel gouvernement de gauche. Face au blocage, les écologistes demandent alors aux socialistes d'autres noms. Le barrage insoumis n'est pas clair : s'opposent-ils au premier secrétaire en particulier, ou à n'importe quel socialiste ? «Tu es premier secrétaire, les insoumis ne peuvent pas accepter», analyse le président de la métropole lyonnaise, Bruno Bernard. D'autres, pendant les discussions bilatérales entre écologistes et socialistes, interrogent directement la personna- lité d'Olivier Faure. A-t-il assez d'autorité pour le poste ? Les noms de Johanna Rolland, la maire de Nantes et numéro 2 du PS, et de Martine Aubry, maire de Lille, sont alors avancés par les écologistes. «On a fini par avoir un échange à quatre au cours duquel Bompard a admis qu'ils ne voulaient pas trancher le leadership pour la suite», affirme un négociateur socialiste.

«Il fallait vérifier la nature du veto des insoumis et il s'est avéré qu'ils refusaient n'importe quel socialiste, confirme un communiste. A leurs yeux, les socialistes sont toujours suspectés de n'avoir pas suffisamment rompu avec le hollandisme.» C'est ainsi que le nom d'Huguette Bello surgit, vendredi. «Roussel a proposé Bello comme ça, et s'est luimême piégé, raconte un négociateur. Quand les insoumis se sont engouffrés, il ne pouvait plus faire autrement que la soutenir.» Réunion orageuse Beaucoup louent alors le parcours de cette ancienne députée communiste, une femme, figure des outremers, saluée pour son engagement jusqu'en macronie. Mais les socialistes la jugent trop insoumise, trop proche de Mélenchon, qu'elle a soutenu en 2022. Accusés de tout bloquer, ils suivent de près la position des écologistes, qui n'ont pas arbitré. «Ils ont voulu s'abriter derrière nous», s'agace-t-on au sein de la direction des Ecologistes. Le samedi, tard dans la nuit, une réunion orageuse a lieu en visio entre les quatre partenaires. Mélenchon est là, assis derrière l'écran de Manuel Bompard, à ses côtés. «C'est la première fois qu'on a eu des cris», raconte un des participants. «Vous nous avez fait attendre pour rien», s'agace Marine Tondelier. Mais qui se cache derrière qui ? «Les écolos n'ont rien fait pour appuyer sa candidature», regrette un communiste. Le dimanche, Huguette Bello annonce abandonner face aux débats suscités par sa candidature. Pour ne pas se laisser isoler, les socialistes ont compris qu'ils devaient proposer d'autres noms. Celui de Najat Vallaud-Belkacem, l'ancienne ministre de l'Education, est immédiatement écarté par Manuel Bompard. Les écologistes, eux, poussent pour l'ancienne ministre du Logement, Cécile Duflot. Mais les insoumis sont hostiles et les socialistes partagés face à cette figure louée à gauche mais jugée clivante. «La seule manière de sortir par le haut était une candidature de la société civile», explique un socialiste. Claire Hédon est citée, mais la Défenseuse des droits refuse. Johanna Rolland sonde de son côté Laurence Tubiana, qui accepte une réunion en visio avec la direction écologiste lundi matin. Après l'entrevue, les écologistes acquiescent, suivis par les communistes. Une porte de sortie apparaît, vite refermée par les insoumis. Mardi, la députée LFI Sophia Chikirou compare même sur X le «hollandisme» de certains socialistes aux «punaises de lit». Il s'est écoulé un mois et deux jours depuis le lancement du Nouveau Front populaire.•

Le Monde
France, mercredi 17 juillet 2024 866 mots, p. 10
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16 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Laurent Wauquiez tente d’incarner une « droite responsable »

Le nouveau président des députés LR veut soumettre aux autres formations un « pacte législatif », rassemblant une dizaine de mesures

Alexandre Pedro

Pendant que la gauche peine à s’entendre sur le profil d’un premier ministre, la droite planche sur le « pacte législatif » évoqué par Laurent Wauquiez. Le nouveau président du groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale, rebaptisé « La Droite républicaine », a annoncé, mercredi 10 juillet, l’élaboration d’un pacte « pour répondre aux problèmes du pays ». S’ils ont exclu de participer à une « coalition gouvernementale », qui pourrait englober une Macronie déclinante, M. Wauquiez et ses troupes veulent tout de même apparaître comme une formation constructive. Pas enfermée dans une opposition stérile. « Nous représentons une droite responsable, toujours prête à voter les lois qui vont dans l’intérêt de la France » , peut-on lire en préambule d’un document de travail – encore provisoire – rédigé par les 46 députés rattachés au groupe, lundi, à l’issue d’une réunion en visioconférence.

En bon « manageur », Laurent Wauquiez a cherché à impliquer ses équipes dans cette démarche. « Je vous fais passer, dès que possible, un document martyr [un document provisoire envoyé pour avis]qui pourra alimenter nos réflexions et nos échanges. Un grand merci à tous ceux qui m’ont déjà fait parvenir des propositions, celles-ci sont très utiles », relevait le député de la Haute-Loire dans un e-mail adressé au groupe, vendredi.

Le document de travail – que Le Monde a pu consulter – met en avant une dizaine de textes jugés prioritaires. A droite, le vocabulaire bonapartiste n’est jamais très loin. Ainsi, Laurent Wauquiez explique au Figarovouloir « débloquer la France dans les cent jours ».Vaste et ambitieux pour la quatrième force politique du pays, à l’issue des dernières élections législatives. Ce « pacte législatif » doit être de nouveau affiné lors d’une réunion des députés de droite, mercredi. Il a ensuite vocation à être mis en commun avec les sénateurs LR, avant d’être présenté aux autres formations d’ici à la semaine prochaine.

Présenté comme un travail collectif, ce document porte la patte du nouveau chef de groupe. Et cela dès le premier volet, lorsque est évoquée la nécessité de « valoriser la France qui travaille et qui a travaillé toute sa vie plutôt que l’assistanat ». Si Laurent Wauquiez évite désormais d’accoler le mot « cancer » devant celui d’« assistanat », il en fait toujours son cheval de bataille, treize ans après ses propos polémiques.

Les yeux rivés sur l’Elysée

« Notre priorité, c’est de revaloriser le travail pour qu’il paye davantage que les prestations sociales, prévient la députée de Savoie, Emilie Bonnivard. Pour nous, cela passe par une baisse des charges et non pas, comme le propose Sandrine Rousseau[députée écologiste de Paris], par une augmentation du smic à 1 600 euros, prise en charge par l’Etat pour les petites et moyennes entreprises. »Pour cette proche de M. Wauquiez, « travailler sur le fond des sujets est la meilleure façon de dégager une majorité ».

« C’est à nos voisins dans l’Assemblée de dire s’ils prennent ou pas nos propositions », prolonge un autre fidèle soutien du nouveau patron, Alexandre Portier, élu du Rhône. Les yeux toujours rivés sur l’Elysée en 2027, le nouveau chef de groupe cherche à trouver la bonne distance avec un « voisin » macroniste, dont l’aile droite appelle à une coalition avec son parti. « Wauquiez m’a plutôt convaincu, concède Nicolas Forissier, député de l’Indre et avocat depuis deux ans d’un rapprochement avec le bloc central. Il a compris qu’il faut que l’on agisse, pas que l’on adopte une position de fermeture. »

Mais si Mme Bonnivard met en avant les points de convergence avec les députés d’Ensemble (« Quand on avance comme priorité le renforcement de l’autorité, je ne vois pas qui peut s’y opposer chez eux ? »), certaines propositions risquent de faire tiquer les moins « LR-compatibles » chez Renaissance ou au MoDem. Dans cette première version, la droite plaide pour reprendre les dispositions du projet de loi sur l’immigration censurées en janvier par le Conseil constitutionnel. Elle insiste sur des mesures totémiques pour elle comme l’instauration de quotas annuels d’immigration ou le conditionnement des aides sociales à une durée de présence sur le territoire.

Difficile d’imaginer l’aile gauche de la Macronie ou des socialistes – même détachés de La France insoumise – se joindre aux Républicains sur ces mesures. Lesquelles pourraient plus facilement recevoir l’appui du Rassemblement national et de son nouvel allié, Eric Ciotti, président honni mais pas encore exclu de LR. Même combat pour la suppression du dispositif zéro artificialisation nette, qui entraverait la « renaissance industrielle » du pays. Après avoir annoncé qu’il ne respecterait pas la loi, Laurent Wauquiez était revenu en février sur sa décision, invoquant un « infléchissement du gouvernement ».

Présent à la réunion de lundi, un député salue la forme et l’écoute du successeur d’Olivier Marleix, mais se montre sceptique sur le fond. « J’approuve presque tout dans le document, dit-il. Mais il faudrait bien cinq ans pour réaliser tout cela avec une majorité absolue. » Une configuration inexistante à l’Assemblée nationale depuis juin 2022.

Libération
mercredi 17 juillet 2024 1025 mots, p. 5

AUTRE

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16 juillet 2024 - Libération (site web)

Pour survivre, la macronie veut faire imploser la gauche

Jean-Baptiste Daoulas; Laure Equy

AUTRE

Affaibli, le camp présidentiel mise sur les divisions au sein du NFP pour bâtir une coalition et s'assurer des postes clés à l'Assemblée, dont la présidence de l'hémicycle.

Chaque jour, une ration de pop-corn. De matinales fielleuses en tweets à l'acide, les macronistes se délectent des divisions au grand jour du Nouveau Front populaire (NFP). La «colère» du coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, contre les «blocages systématiques du PS» sur le nom d'un Premier ministre, la députée Sophia Chikirou comparant le «hollandisme» à des «punaises de lit»… «Ils sont dingues», juge un proche d'Emmanuel Macron. «Je ne me délecte pas de les voir s'insulter, jure le député Ensemble pour la République (EPR, nouvelle étiquette de Renaissance à l'Assemblée) Ludovic Mendes. On a le droit de pas être d'accord, mais les méthodes montrent qu'il y a une dérive de certaines personnes.» Même François Ruffin, en rupture de ban avec LFI, s'est ému sur RTL d'un spectacle «qui donne raison évidemment à Emmanuel Macron». Le camp présidentiel veut y voir la confirmation que le NFP, malgré son programme commun, n'est qu'un «attelage électoraliste», selon le député EPR Marc Ferracci : «Il y a une stratégie claire de LFI consistant à faire échouer cette démarche de gouvernement pour éviter d'avoir à cheminer avec les sociaux-démocrates, et l'espoir probable de se retrouver en tête à tête avec l'extrême droite en 2027. Tout ça est cousu de fil blanc.» Tout est bon pour attiser les divisions de la gauche, à commencer par la répartition des postes clés à l'Assemblée nationale vendredi. Les députés macronistes ont choisi lundi à la quasi-unanimité de barrer la route à LFI autant qu'au RN dans l'attribution des vice-présidences ou de la questure, en sachant pertinemment que les socialistes ne pourraient se désolidariser des insoumis. «C'est la question qui leur est posée», mettait au défi une ministre. Peine perdue. Les quatre présidents des groupes de gauche ont écrit à Gabriel Attal et à leurs homologues d'Horizons et du Modem pour dénoncer la manoeuvre. Ils pointent «un déni et un oubli des conditions dans lesquelles nombre de députés ont été élus grâce au retrait sans contrepartie de candidats issus, par exemple, du NFP». Les élus Modem se sont démarqués en estimant que tous les groupes devaient être représentés au bureau, comme le veut la tradition.

Petit pas. Les 17 ministres élus députés ont, eux, été libérés à temps pour grossir les rangs du «bloc central» dans l'hémicycle. Emmanuel Macron a accepté, mardi, la démission du gouvernement prié de traiter les affaires courantes : «Afin que cette période s'achève le plus rapidement possible, il appartient aux forces républicaines de travailler ensemble pour bâtir un rassemblement autour de projets et d'actions», exige l'Elysée. Lors d'un ultime Conseil des ministres, Emmanuel Macron a demandé dans la matinée à son camp de «mettre une proposition sur la table» pour bâtir une alternative au NFP. Il a brossé les axes de cette «coalition majoritaire» : «préservation des acquis économiques», comme la réforme des retraites, «réponse régalienne forte» murmurée aux oreilles de la droite et «justice sociale» pour tenter d'amadouer des élus de gauche.

En attendant une possible implosion du NFP, c'est vers la droite (encore) que le camp présidentiel se tourne. Mardi matin, Gérald Darmanin, dans un message aux députés EPR, a vanté le «pacte législatif» suggéré par Laurent Wauquiez dans le Figaro. «Nous devons travailler avec Les Républicains sur le fond», recommande-t-il, jugeant «très intéressantes» les propositions du groupe la Droite républicaine. Sans surprise, le contenu du «pacte» est corsé, reprenant les antiennes de la droite sur l'immigration : conditionnement de «l'accès aux aides sociales à une durée de présence minimale» sur le territoire ou remplacement de «l'Aide médicale d'Etat par une aide médicale d'urgence». «On sous-estime fortement le fil que Wauquiez va nous donner à retordre. Il va être très dur», prévient un député de l'aile droite d'EPR. Tout en se faisant fort de contrer un gouvernement NFP, Wauquiez se montre pour l'heure peu enclin à la négociation. Mais les macronistes se contentent déjà de ce petit pas. «Tout le monde n'en est pas au même niveau d'évolution sur la possibilité de discuter. La droite républicaine a mis sur la table un premier document alors que le PS et les écologistes sont encore empêtrés dans le NFP», observe Marc Ferracci, «convaincu qu'on ne peut pas être hémiplégiques » et qu'une discussion avec la gauche (hors LFI) est nécessaire.

Bataille. Pour montrer qu'une autre coalition que le NFP est possible, Emmanuel Macron, en déplacement à Londres jeudi, scrutera de près l'élection du président de l'Assemblée. Autour de la bataille du perchoir – qui se joue, au troisième tour, à la majorité relative –, s'esquissera le récit d'une possible alliance. «Il faut montrer que le barycentre est, si ce n'est dans le bloc central, du moins pas trop éloigné», mise un proche du chef de l'Etat. La présidente sortante, Yaël Braun-Pivet, rêve de rempiler. Macron qui entretient avec elle des relations en dent de scie «préférerait quelqu'un d'autre, il regarde ce qui pourrait surgir mais il ne doit pas s'en mêler», estime un interlocuteur du Président. Une candidature soutenue d'un peu trop près par l'Elysée serait contre-productive. L'idée d'une primaire interne aux trois groupes EPR, Horizons et Modem semble tourner court, les députés proches d'Edouard Philippe souhaitant que leur députée Naïma Moutchou fasse au moins un tour de piste.

En attendant, Yaël Braun-Pivet vante son expérience au perchoir et la nécessité d'avoir un peu de «stabilité» dans cet hémicycle sens dessus dessous. Ses camarades, s'ils la jugent légitime, ne voient pas tous dans sa reconduction un bon signal. Comme si leur camp ne venait pas d'encaisser une lourde défaite. Si le scénario Braun-Pivet prenait l'eau, certains espèrent se raccrocher à un radeau nommé Valérie Létard. «Valérie, c'est le groupe Liot, le début du travail avec LR, elle n'est pas macroniste», promeut l'un de ses amis. L'ancienne secrétaire d'Etat et sénatrice centriste, proche de Jean- Louis Borloo, permettrait au camp présidentiel de ne pas perdre la face. Si le futur président de l'Assemblée bénéficie au troisième tour des voix du bloc macroniste, l'Elysée pourra toujours revendiquer une demi-victoire.

Le Monde
France, mercredi 17 juillet 2024 1553 mots, p. 8,9
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16 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Crise politique

Le Nouveau Front populaire au bord de la rupture

Alors que le PS, Les Ecologistes et le PCF ont proposé le nom de Laurence Tubiana pour Matignon, LFI s’y oppose, jugeant l’économiste trop « Macron-compatible »

Rachel Garrat-Valcarcel

Au lendemain du retrait d’Huguette Bello, la présidente du conseil régional de La Réunion, pour être la candidate du Nouveau Front populaire (NFP) au poste de premier ministre, un nouveau nom est sur la table : celui de Laurence Tubiana. L’économiste, ancienne ambassadrice pour les négociations de la COP21, à Paris en 2015, est la « personnalité de la société civile » qui a été proposée, lundi 15 juillet, par le Parti socialiste (PS), le Parti communiste français (PCF) et Les Ecologistes à La France insoumise (LFI).

Cet épisode n’est que le dernier d’une journée sous haute tension au sein du NFP, rythmée par les communiqués de presse, les menaces ou les ultimatums entre partenaires. La survie de l’alliance de la gauche, décidée dans la foulée de la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin, se pose désormais clairement.

Dès lundi matin, sur BFM-TV, Manuel Bompard, le coordinateur de LFI, « en colère face aux oppositions systématiques » du PS, a demandé que le NFP s’accorde « immédiatement » sur une candidature commune pour la présidence de l’Assemblée, dont l’élection est prévue jeudi 18 juillet. A 15 h 30, les « insoumis » montent d’un cran, en menaçant de suspendre les négociations avec les autres forces de gauche tant qu’un accord pour une « candidature unique » au perchoir n’est pas trouvé.

Au passage, LFI accuse, une nouvelle fois, le PS de « mettre un veto à toute candidature issue du Nouveau Front populaire dans le seul but d’imposer la sienne ». Dans le reste de la gauche, on s’interroge : pourquoi LFI s’aligne-t-elle sur la position d‘Emmanuel Macron, qui a récemment jugé que l’élection à la présidence de l’Assemblée – et la clarification des rapports de force au Palais-Bourbon – aurait une influence sur le profil du futur gouvernement ?

« C’est un rendez-vous important, car si nous remportons le perchoir, Emmanuel Macron sera pris au mot, estime Paul Vannier, député (LFI) du Val-d’Oise. Si nous échouons, il n’y aura pas de premier ministre du Nouveau Front populaire. »Après ce coup de pression de LFI, les quatre groupes de gauche se sont retrouvés à l’Assemblée nationale, lundi soir, et ont acté le principe d’une candidature unique pour le perchoir.Socialistes et écologistes reconnaissent l’importance de l’élection de jeudi… mais n’imaginent pas le NFP en position de favori.

Fossé stratégique majeur

A 18 heures, le PS tente de renverser la vapeur en axant les discussions sur le profil du premier ministre : le parti dirigé par Olivier Faure affirme qu’il a proposé le nom d’une personnalité « issue de la société civile », conjointement avec les communistes et les écologistes : « Elle a été proposée à La France insoumise et nous souhaitons, sur cette base, une reprise immédiate des discussions. »

Une demi-heure plus tard, le PCF, qui « alerte sur le danger de mettre fin à ces discussions », confirme qu’il a bien proposé un nom en commun avec le PS et les Ecologistes. La cheffe de file de ces derniers, Marine Tondelier, ne confirme pas tout à fait, mais déclare, sur X, que le NFP « n’a jamais été aussi proche du but ».

Alors que le nom de Laurence Tubiana est finalement confirmé dans la soirée, une chorégraphie similaire à celle qui avait suivi la révélation du nom d’Huguette Bello, vendredi 12 juillet, se met en place entre partis de gauche. Entre celles et ceux qui tentent de décrédibiliser cette candidature et celles et ceux qui la défendent. D’un côté, les « insoumis », qui ne voient là qu’une candidature « Macron-compatible », puisque le nom de Laurence Tubiana a souvent été cité pour occuper un poste ministériel depuis 2017. De l’autre, les socialistes, qui vantent ses compétences… et le fait qu’elle n’ait jamais accepté de poste ministériel sous Emmanuel Macron.

Mardi 16 juillet au matin, Manuel Bompard a jugé « pas sérieuse » l’idée de proposer Laurence Tubiana pour Matignon, car cela ferait « rentrer par la fenêtre les macronistes ». « Si c’est effectivement ce profil sur lequel travaillent nos partenaires, je tombe de ma chaise », a-t-il déclaré, sur France 2. Plus virulente, la députée LFI de Paris Sophia Chikirou semble y voir l’action de François Hollande et ne craint pas de comparer ce qu’elle appelle le « hollandisme » à des « punaises de lit ». « Le hollandisme c’est comme les punaises de lit : tu as employé les grands moyens pour t’en débarrasser, tu y as cru quelque temps et tu as repris une vie saine (à gauche) mais en quelques semaines, ça gratte à nouveau et ça sort de partout… », a-t-elle écrit sur X.

De son côté, le patron du PS, Oliver Faure, a défendu le profil d’une « économiste et diplomate engagée à la fois sur le terrain écologiste et le terrain social ». « Elle correspond complètement à ce que nous portons », a-t-il déclaré, mardi, sur France inter .

Derrière la bataille des noms, que ce soit pour Matignon ou pour le perchoir de l’Assemblée nationale, c’est un fossé stratégique majeur qui émerge entre socialistes et « insoumis ». « Ce ne sont pas des oppositions de personnes », assurait, lundi, M. Bompard, en suspectant le PS de vouloir « renoncer » au programme du NPF « pour essayer de trouver une sorte de majorité » avec des macronistes.

Pour les « insoumis », depuis le second tour des législatives, dimanche 7 juillet, la ligne, c’est toujours « le programme, rien que le programme ». « Bien sûr que l’on est en majorité relative. On a conscience du rapport de force, mais on pense que les mesures d’urgence du programme peuvent être appliquées par décret ou trouver une majorité dans l’Assemblée nationale », croit M. Vannier, qui participe aux négociations.

Certains « insoumis » assument l’idée d’un gouvernement NFP qui pourrait ne tenir que quelques semaines, sinon quelques jours, quitte à tomber sur une mesure symbole, comme l’augmentation du smic mensuel à 1 600 euros ou l’abolition de la réforme des retraites. Paul Vannier ne va pas jusque-là, mais considère que détricoter, dès aujourd’hui, le programme du NFP n’évitera pas une éventuelle motion de censure rapide : « On ne peut pas faire primer l’objectif de durer à tout prix au gouvernement. Si c’est pour ne pas appliquer le programme, à quoi bon gouverner ? »

Barricade de pacotille

« Pour appliquer le cœur du programme du NFP, il faudra bien passer par des lois, et donc trouver des accords avec d’autres, assume, de son côté, le député socialiste de l’Eure Philippe Brun. Refuser de discuter d’emblée ou faire passer quiconque veut une discussion pour quelqu’un de droite, c’est incohérent. » Pour lui, qui ne parle néanmoins pas de coalition avec le camp présidentiel, il faut négocier. Faute d’accord, l’échec de la négociation pourra alors être mis sur le dos des macronistes.

Plus globalement, les socialistes pensent qu’un des leurs aura plus de chance de survivre dans cette Assemblée sans majorité. Peut-être, mais quel profil miracle, fût-il issu du PS, peut s’assurer le soutien d’une partie substantielle du bloc central et la neutralité d’une autre pour abolir la réforme des retraites, augmenter le smic et le point d’indice des fonctionnaires, réformer largement l’impôt sur le revenu, bloquer les prix, entre autres, au moment où l’Union européenne va faire rentrer la France en procédure de déficit excessif ? Même au PS, on reconnaît que la réponse n’a rien d’évident.

Au point où en est rendu le NFP, c’est bien d’une potentielle rupture dont il est question. On trouve bien, ici ou là, des voix pour relativiser les événements. « On ne peut pas s’unir et se désunir en permanence », lâche Cyrielle Chatelain, députée écologiste de l’Isère, après une journée éprouvante de négociations.

Chez Les Ecologistes, qui veulent coûte que coûte continuer à établir le lien tant que possible entre le PS et LFI, on considère que tout cela n’est que barricade de pacotille, où chacun caricature celui d’en face. Sous-entendu : les socialistes sont bien au courant que les négociations avec tout ou partie de la coalition présidentielle pour appliquer même une partie du programme du NFP sont vouées à l’échec. Et les « insoumis » bien au courant que les mesures applicables par décret sont maigres. « Il y a une instrumentalisation de divergences qui n’existent pas », juge Philippe Brun.

Si ce n’est pas encore dit ouvertement, au PS, ils sont pourtant de plus en plus nombreux à considérer que LFI veut la rupture. Que le refus de la candidature de Laurence Tubiana ou de tout autre profil de la « société civile » prouve bien que LFI n’avait pas l’intention d’accepter un non- « insoumis » comme candidat pour Matignon. De l’autre côté, la rhétorique de la « trahison » du PS est déjà bien en place, chacun s’accusant mutuellement de jouer le coup d’après. Plus encore que la survie du NFP à court terme, c’est, à long terme, la crédibilité de la gauche à gouverner qui se joue dans ces négociations chaotiques.

La Croix, no. 42972
Événement, mercredi 17 juillet 2024 1228 mots, p. 2,3
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16 juillet 2024 - La Croix (site web)

La rentrée si particulière des députés élus pour la première fois

Lauriane Clément, Bernard Gorce et Youna Rivallain

À la veille de l’ouverture de la XVIIe législature de l’Assemblée nationale, les parlementaires prennent leurs marques et parlent du sens à donner à leur mandat dans un contexte de grand flou politique.

Tailleur blanc impeccable, sourire tout terrain, grande maîtrise d’elle-même, Manon Bouquin incarne l’image de ce qui a été demandé aux députés Rassemblement national (RN) en réunion de groupe, mercredi 10 juillet. « Votre responsabilité sera d’être les visages et les ambassadeurs de notre parti. On va vous demander d’être irréprochables, dans vos médias, sur le terrain »,leur a intimé Jordan Bardella, président du RN. La députée élue dans la 4e circonscription de l’Hérault, à seulement 32 ans, n’a pas de mal à se plier aux consignes. Encartée depuis 2015, elle a été attachée parlementaire de l’eurodéputée RN France Jamet, puis collaboratrice du député de la 7e circonscription de l’Hérault, Aurélien Lopez-Liguori. « Je me suis engagée quand j’étais encore étudiante en histoire, car j’ai été marquée par les attentats àCharlie Hebdo . Marine Le Pen était la seule alors qui parlait des dangers de l’islamisme radical. Ça a été un élément déclencheur. »

De son côté, Florence Hérouin-Léautey se familiarise avec les couloirs du Palais-Bourbon. La nouvelle élue socialiste était déjà venue à l’Assemblée nationale, mais toujours avec un badge visiteur. Depuis le 7 juillet, la voilà de l’autre côté de la barrière dans l’hémicycle. Militante socialiste de longue date, adjointe aux écoles à la mairie de Rouen, l’élue dans la première circonscription de Seine-Maritime vient grossir les rangs d’un groupe passé de 31 membres, dans la précédente mandature, à 69 (sous réserve de rattachement d’élus à un autre groupe).

Découverte pour les uns, retrouvailles pour les autres. « Il y a des gens qui sont contents de se retrouver, qui se félicitent d’avoir été réélus, d’autres qui nous demandent d’où on vient et qui on a battu »,décrit Florence Hérouin-Léautey. Côté RN, l’heure est aussi aux embrassades. « On est nombreux à se connaître du Rassemblement national de la jeunesse, on fait partie de la même génération de militants,raconte Manon Bouquin. C’est très émouvant de voir le chemin parcouru. »

Toutes deux font partie des quelque 160 députés, sur 577, qui font leurs premiers pas au Palais-Bourbon. Cette rentrée ressemble à un saut dans l’inconnu. Jamais, sous la Ve République, l’Assemblée nationale n’avait paru si morcelée. Depuis une semaine, ceux qui prennent leurs marques retiennent leur souffle avant la séance inaugurale, jeudi 18 juillet, qui s’annonce cruciale. Ce jour-là, les députés procéderont à l’élection du président de cette XVIIe législature, et devront officiellement déclarer leur rattachement à un groupe politique ou choisir de siéger parmi les non-inscrits. Cette étape devrait permettre d’y voir plus clair dans les équilibres politiques…

Où sera Harold Huwart ? Membre du groupe des élus non affiliés à un parti – Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (Liot) dans la précédente mandature –, le normalien de 42 ans est le symbole de la reconfiguration politique en cours, et du brouillard dans lequel tout le monde évolue depuis le 7 juillet. Lui ne s’assiéra ni à gauche, ni à droite. Pas dans la majorité, pas vraiment dans l’opposition. « Il n’était pas question que je me retrouve les mains liées dans une formation. Depuis la semaine dernière, je discute beaucoup avec d’autres élus de terrain et je suis sidéré par le décalage entre leur état d’esprit et les déclarations des chefs de parti au niveau national. »

Maire de Nogent-le-Rotrou, dans le Perche, Harold Huwart est membre du Parti radical, mais c’est sans étiquette qu’il s’est présenté pour la première fois aux législatives. « Avec des élus locaux, on s’est dit qu’on ne pouvait laisser gagner le RN sans combattre, raconte celui qui s’est présenté contre Nicolas Bay, ancien directeur de campagne de Marine Le Pen. J’y suis allé, sans étiquette, avec le soutien de maires de différents bords politiques. C’est pour ça que je vais me rattacher à un groupe d’indépendants. » Comme lui, nombre de députés savent qu’ils ont été élus à la faveur du front républicain et n’ont pas envie de se laisser manœuvrer par les appareils. Pour autant, Harold Huwart goûte chaque heure de cette séquence historique. Son père fut lui-même député et, dans son enfance, il a été marqué par des hommes de la IVe République, à l’instar du radical Maurice Faure. Ils refaisaient le récit des grandes batailles de l’Assemblée qui avaient marqué à jamais leur vie.

Depuis une semaine, il partage sa vie entre Nogent-le-Rotrou et Paris (une heure et demie de train). « J’ai organisé la transition avec mon premier adjoint et j’ai dû prendre le temps de rencontrer les fonctionnaires de la ville »,raconte l’élu, qui se dit « en mission temporaire ». Son souhait, revenir vite dans sa ville. Florence Hérouin-Léautey et son collaborateur passent eux aussi beaucoup de temps dans le train Paris-Rouen. Il faut dire que les transports, la députée les connaît bien. C’était même sa première bataille en tant que militante quand, étudiante à la fac de Mont-Saint-Aignan, elle lança une pétition à l’attention de l’agglomération de Rouen, qui souhaitait diminuer la fréquence des bus. La question des transports publics fait toujours partie de ses grandes préoccupations, et ce, jusque dans l’hémicycle. « Le temps de la mandature sera peut-être très court, donc ce n’est pas le moment de s’éparpiller », explique celle qui voudrait s’engager pour l’éducation, la santé et les transports. Et, en circonscription, elle entend poursuivre ce qu’elle a toujours fait en tant qu’élue locale : tenir sa « permanence » sur le terrain, « pas en faisant venir les gens dans des salles de réunion », mais en allant à leur rencontre au pied des immeubles et sur le trottoir.

Le terrain, Manon Bouquin ne jure elle aussi que par cela. Elle a bien l’intention de partager son temps entre la capitale et sa circonscription. « Je serai à Paris du mardi au jeudi, et dans l’Hérault les autres jours. Comme ce n’est pas la porte d’à côté, ça demande beaucoup d’organisation, et pas mal d’heures en train ou en avion. Je ne pourrai malheureusement pas faire de sauts de puce pour revenir à des fêtes locales. » Une chose est sûre, l’été sera bien occupé. L’élue entend profiter du mois d’août pour rencontrer chacun des 100 maires qui font partie de sa circonscription. Là-bas, le sujet prégnant est la désertification. « Je veux faire revenir les services publics et agir face à la fermeture de la maternité de Ganges et des urgences de Lodève. C’est un grand défi, je dois me montrer à la hauteur… », souffle-t-elle, avant de se reprendre : « Attention, je n’ai pas dit que je ne me sentais pas à la hauteur ! »

Quel que soit le flou qui entoure cette rentrée , Florence Hérouin-Léautey veut croire au dialogue, qui permettra de constituer une majorité à l’Assemblée et de servir l’intérêt général. En attendant, son cap est « clair et invariable : répondre à la colère, apaiser le pays, retrouver la ferveur et l’envie ».

Le Figaro, no. 24851
Le Figaro, mercredi 17 juillet 2024 784 mots, p. 6

Politique

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16 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Présidence de l'Assemblée : la macronie divisée

Alors que l'élection au perchoir a lieu jeudi, la sortante Yaël Braun-Pivet ne fait pas l'unanimité dans le camp présidentiel.

Bordas, Wally, Hausalter, Louis

Des coups de billard à cinq bandes, des stratégies divergentes et, au final, une véritable cacophonie. Depuis quelques jours, les macronistes s'agitent en coulisses pour tenter de conserver la présidence de l'Assemblée nationale. Ce, en dépit de leur faible score aux élections législatives, qui les prive désormais de majorité à la Chambre basse. La présidente sortante Yaël Braun-Pivet est pour l'instant la seule à s'être clairement positionnée pour le scrutin de jeudi. Si elle veut être réélue, elle devra convaincre son camp, mais également aller chercher des voix au-delà.

Une équation compliquée, alors que le groupe Ensemble pour la République (EPR), désormais présidé par Gabriel Attal, peine à s'entendre avec ses alliés du MoDem et d'Horizons. Lors d'un déjeuner autour d'Emmanuel Macron lundi, les cadres du camp présidentiel, qui veulent empêcher le Nouveau Front populaire (NFP) d'accéder au perchoir, ont discuté de la tenue d'une primaire. Yaël Braun-Pivet, à ce stade la seule prétendante connue au sein du groupe, est prête à s'y soumettre.

En 2022, cette dernière avait justement tracé sa route vers le perchoir en remportant une primaire face à son collègue Roland Lescure, présenté alors comme le candidat de l'Élysée. Mais à l'époque, les alliés du MoDem et d'Horizons avaient pris part au vote. Or ce n'est pas ce qui se dessine cette fois-ci. Les députés du groupe Horizons (le parti d'Édouard Philippe) ont refusé lundi d'y participer, alors qu'ils ont une candidate potentielle en la personne de la députée du Val-d'Oise Naïma Moutchou, déjà vice-présidente de l'Assemblée lors de la précédente législature.

Le MoDem pourrait présenter un candidat

Même refus au MoDem : réunis mardi matin, les députés du mouvement de François Bayrou n'ont montré aucun enthousiasme. « Personne ne veut donner le sentiment qu'on est là pour régler les problèmes de Renaissance » , glisse un participant. Surtout, le MoDem réfléchit à présenter lui aussi un candidat. Les noms du nouveau président du groupe, Marc Fesneau, et des ex-ministres Geneviève Darrieussecq et Philippe Vigier sont cités.

Le groupe EPR désignera donc seul son candidat, ce mercredi à 13 h 30, par un vote électronique. Un test pour Yaël Braun-Pivet, d'autant qu'un autre nom émerge des discussions : celui de Valérie Létard, tout fraîchement élue députée du Nord sous les couleurs centristes de l'Union des démocrates et indépendants (UDI). Selon nos informations, Emmanuel Macron l'envisage comme un recours en cas d'échec de Yaël Braun-Pivet dans sa reconquête du perchoir. Son nom a été évoqué lors du déjeuner à l'Élysée, lundi.

«Yaël Braun-Pivet n'a plus aucune chance, Emmanuel Macron le sait», croit savoir un stratège du camp présidentiel. Le chef de l'État préparerait donc, en coulisses, cette candidature de «dernière minute» afin de ne pas laisser un député du NFP, comme Cyrielle Chatelain (EELV) ou André Chassaigne (PCF), dont les noms circulent, être élu président de l'Assemblée nationale.

La stratégie serait la suivante : laisser Yaël Braun-Pivet, candidate légitime du camp macroniste, tenter sa chance jeudi au premier et au deuxième tour du scrutin pour la présidence, où seule une majorité absolue lui permettrait de l'emporter. Puis, acter sa défaite et propulser la «carte joker» Valérie Létard, au troisième tour, où une majorité relative suffit. «Ce serait une candidature de dernière minute sortie de derrière les fagots qui pourrait rafler la mise», informe un ami de Valérie Létard. Un participant au déjeuner à l'Élysée résume : «Si Yaël Braun-Pivet performe, il n'y a pas de raison que ce ne soit pas à nouveau elle. Mais si son score est faible au deuxième tour, il faut une autre idée pour le troisième tour.»

Proche de Jean-Louis Borloo

Peu connue du grand public, Valérie Létard, 61 ans, est pourtant une personnalité politique d'expérience. Proche de Jean-Louis Borloo, dont elle a pris le relais dans son fief de Valenciennes (Nord), elle a été secrétaire d'État sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy et vice-présidente du Sénat de 2017 à 2023. Elle est donc habituée à gérer les débats dans un hémicycle parfois turbulent.

Contactée par Le Figaro ce mardi, Valérie Létard ne confirme ni ne dément cette information. «Les circonstances de la dissolution ont fait qu'il a fallu que je me réimplique dans un mandat parlementaire. Je suis loin de toutes ces considérations pour l'instant, puisque je vais faire mon arrivée à l'Assemblée aujourd'hui» , répond celle qui devrait siéger au sein du petit groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires). W B ET L.H.

L'Humanité
mercredi 17 juillet 2024 528 mots, p. 4

La Macronie et la droite s'attellent à confisquer la victoire de la gauche

Lola Ruscio

Gouverner sans le NFP, en parachevant le rapprochement entre le camp présidentiel et « Les Républicains », c'est la drôle de manoeuvre en cours. Aux manettes, le nouveau président du groupe LR à l'Assemblée, Laurent Wauquiez, a proposé un « pacte législatif » au « bloc central ».

Il est hésitant, mais de plus en plus manifeste. Le pas de deux entre le camp présidentiel et la droite dite d'opposition se fait plus précis. Les macronistes, sans majorité absolue (168 députés), entrevoient « Les Républicains » (LR) - dont le groupe au Palais Bourbon est rebaptisé Droite républicaine - et leurs 46 élus comme une réserve de voix ; les seconds espèrent renaître de leurs cendres en pesant sur la politique gouvernementale après des années passées dans l'opposition. Mais cette alliance viserait surtout à barrer la route à un futur gouvernement issu du Nouveau Front populaire (NFP), tandis que la gauche peine à s'entendre sur le profil d'un premier ministre.

Yaël Braun-Pivet obsédée par le perchoir

La coalition présidentielle et la droite tentent en effet depuis plusieurs jours de bâtir une majorité alternative au NFP et ses alliés (182 députés) pour le poste clé de la présidence de l'Assemblée, que l'ancienne titulaire du perchoir, Yaël Braun-Pivet, souhaite conserver. Également candidate sous les couleurs de la droite, la députée du Doubs Annie Genevard espère réunir derrière elle les voix de la coalition présidentielle. Cette élection pourrait poser la première pierre d'un accord gouvernemental visant à empêcher la gauche d'accéder à Matignon.

« J'assume mes responsabilités : nous ne laisserons pas la France insoumise prendre le pouvoir », a fait savoir au Figaro Laurent Wauquiez. Le nouveau patron du groupe Droite républicaine a ainsi proposé aux autres formations un « pacte législatif » reposant sur deux axes prioritaires : la « revalorisation du travail » et la « restauration de l'ordre », qu'il lie à la lutte contre l'immigration. La droite revient à la charge sur l'instauration de quotas annuels concernant l'immigration, une disposition très contestée par la gauche. Laurent Wauquiez, qui s'était tristement illustré en 2011 en dénonçant le « cancer de l'assistanat », s'en prend également aux étrangers : il souhaite conditionner le versement des aides sociales à une durée de présence sur le territoire. Dans son sillage, la droite veut recycler des mesures de la loi immigration censurées par le Conseil constitutionnel.

Ces dispositions ont d'ores et déjà reçu le soutien de Gérald Darmanin. Dans un courrier adressé mardi aux députés macronistes, l'ancien sarkozyste a en effet considéré que « ces propositions législatives sont très intéressantes et méritent que nous en discutions ». « Il faudrait en connaître davantage », poursuit le député du Nord, pour qui ces mesures sur le travail comme sur l'immigration répondent aux préoccupations exprimées par les Français aux législatives. « Nous devons travailler avec (la droite) sur le fond », a-t-il insisté. Une position partagée par Mathieu Lefèvre (Ensemble). L'élu du Val-de-Marne prône lui aussi un rapprochement avec le groupe LR : « Le pacte législatif proposé par Laurent Wauquiez est une excellente base de travail pour continuer à réformer le pays dans le sens de l'intérêt général », a-t-il écrit sur le réseau social X. La gauche n'a plus que deux jours pour tenter de déjouer un tel scénario.

L'Humanité
mercredi 17 juillet 2024 1018 mots, p. 5

« Plus on tergiverse, plus on donne le gouvernail au chef de l'État »

Entretien réalisé par Gaël De Santis

Le président du groupe Gauche démocrate et républicaine, André Chassaigne, déplore les dissensions sur la proposition d'un nom de premier ministre du Nouveau Front populaire. Il souhaite un vote des parlementaires progressistes.

L'Assemblée nationale va désigner, jeudi, son ou sa présidente. Qu'est-ce qui se joue dans cette élection ? Un gouvernement NFP peut-il être écarté par Emmanuel Macron ? Faute de majorité, gouverner passera-t-il par un modus vivendi avec les macronistes ? Le groupe GDR est reconduit. Quelle est son originalité ? Vous avez affronté une candidate RN. Quels sont les ressorts du vote d'extrême droite ?

L'Assemblée nationale va désigner, jeudi, son ou sa présidente. Qu'est-ce qui se joue dans cette élection ?

Elle désignera l'autorité suprême de l'Assemblée nationale, mais pas seulement. Ce scrutin déterminera aussi quelles seront la majorité et l'opposition au sein de cette assemblée : la sensibilité du Nouveau Front populaire (NFP), celle de la Macronie associée à d'autres, ou celle du Rassemblement national (RN). Les groupes de gauche ont acté deux choses. La première : nous nous adressons aujourd'hui aux autres groupes pour leur faire part de notre volonté de prolonger le front républicain et de ne pas accorder de responsabilités au sein de notre Assemblée à l'extrême droite. Deuxièmement, nous présenterons un ou une candidate unique. Il a été décidé qu'il ne devait y avoir aucun ostracisme, que ce soit parce qu'un groupe a été diabolisé, comme la France insoumise (FI), ou qu'il est le moins nombreux, comme la Gauche démocrate et républicaine (GDR). Cela s'inscrit dans une répartition des responsabilités au sein de l'Assemblée. Si l'on considère qu'il y a une chance de gagner le perchoir, le bloc NFP doit être soudé ; il ne doit perdre aucune voix. Si l'on veut gagner, il va certainement falloir trouver un candidat qui puisse également rassembler au-delà, en étant reconnu, en ayant une histoire dans cette assemblée.

Un gouvernement NFP peut-il être écarté par Emmanuel Macron ?

Le président de la République doit désigner un premier ministre proposé par le NFP, qui est la force qui compte le plus grand nombre de députés élus. Pour l'heure, il n'y a pas encore consensus entre les partis de gauche sur un nom. Il faut sortir très rapidement par le haut de cette affaire. Notre groupe propose un vote des parlementaires pour choisir le premier ministre. L'attente est très forte. Les députés font remonter des territoires un véritable mécontentement. Plus les jours passent, plus il y a une forme de décrédibilisation. Plus on tergiverse, plus on donne le gouvernail au président de la République.

Faute de majorité, gouverner passera-t-il par un modus vivendi avec les macronistes ?

On se retrouve avec une situation telle qu'on l'a vécue depuis deux ans. Il y aura des majorités de circonstance en fonction du contenu de chaque loi. Les communistes souhaitent que cela se fasse de manière démocratique, sans recours au 49.3 comme le faisait la majorité macroniste. Le peuple de gauche a voté pour des candidats et un programme, mais dans la mesure où il n'existe pas de majorité absolue, ce sera compliqué mais nous sommes prêts à affronter cette difficulté. Le gouvernement devra prendre des mesures d'urgence. Cela concerne particulièrement la question du niveau de vie, par une action sur les prix et une augmentation des salaires et des pensions, l'abrogation de la réforme des retraites. L'urgence, ce sont les mesures du quotidien pour qu'un peu de lumière surgisse. Pour mettre en oeuvre une telle politique, il faut des réformes fiscales, sur l'impôt sur la fortune, sur celui sur les sociétés. Cela doit passer par un accompagnement des petites et moyennes entreprises. Il faut oeuvrer à une République de proximité, avec des services publics, de santé sur tout le territoire.

Le groupe GDR est reconduit. Quelle est son originalité ?

Le groupe sera doté d'une coprésidence représentant ses deux composantes : un député issu des communistes et de la Gauche républicaine et socialiste, et une députée ultramarine. Cette coprésidence reflète l'histoire du groupe, né en 2007. Maintenir un groupe indépendant avec ces deux sensibilités était pour nous la priorité des priorités. Les députés ultramarins, à l'exception d'un, ont tenu à rester au sein du groupe GDR parce que nous avons une façon de travailler, une complémentarité et un respect mutuel. Pour chaque texte, nous faisons en sorte de prendre en compte les difficultés des peuples d'outre-mer. Dans les commissions, nous cherchons à être représentés par les deux composantes... Nous avons des combats communs. Cette association fonctionne bien.

Vous avez affronté une candidate RN. Quels sont les ressorts du vote d'extrême droite ?

Les électeurs ne voulaient plus des partis qui ont été au pouvoir et voulaient essayer autre chose. J'insiste là-dessus : ce n'est pas seulement un vote de mécontentement et de colère. C'est pour beaucoup un vote d'espoir, même s'il se fait sans connaître le programme précis du RN ou ce qu'ont pu voter ses députés depuis 2022, notamment sur l'augmentation du Smic ou la taxation des dividendes. Ses électeurs sont persuadés qu'ils peuvent améliorer leur quotidien avec des mesures qui semblent sociales. On est face à une forme d'acte de foi d'une partie importante de la population, face à une tromperie de ce qu'est la réalité du RN. Il y a également un ressort xénophobe dans des villages où l'on ne compte pas un travailleur immigré. C'est le résultat des messages sur les réseaux sociaux, de ce qui est diffusé par les chaînes d'information. Il y a une perte des valeurs fondamentales de solidarité et de fraternité, de prise en compte de l'autre. Cela appelle à un travail sur les consciences, à une forte entreprise d'éducation populaire, par toutes les entrées possibles : les explications politiques, la culture, la vie associative pour sortir des petits et grands écrans.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mercredi 17 juillet 2024 859 mots, p. AUJM6
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16 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
17 juillet 2024 - Le Parisien

Bertrand, un recours pour Macron ?

Le nom du président de région (LR) est évoqué en coulisses par certains à droite et en macronie pour diriger un gouvernement d'union. Pas sûr que le chef de l'État en ait envie, mais lui s'organise.

Alexandre Sulzeret Olivier Beaumont

« Dès qu'on dit que l'on est pour une coalition ou que l'on fait une tribune en ce sens, on a un petit SMS de Xavier Bertrand : Bravo pour ton intervention ! », témoigne un élu en vue de LR. Lequel en tire un enseignement : « Pour Xavier Bertrand, c'est maintenant ou jamais. » Alors que le brouillard sur la formation d'un gouvernement est loin de se désépaissir, un nom revient sur beaucoup de lèvres, ces derniers jours, à droite et en macronie : celui du président (LR) des Hauts-de-France. En coulisses, celui-ci s'active pour ne pas laisser la gauche seule en ligne proposer un gouvernement. De là à penser qu'il pourrait vouloir aller à Matignon, il n'y a qu'un pas, que beaucoup franchissent...

« Des macronistes, des indépendants, des LR, des partenaires sociaux : beaucoup de gens l'encouragent », confirme un proche du Picard qui indique travailler sur un projet gouvernemental.

Il pense incarner les besoins du moment

« Soit on dit : On reste sur la banquise, on pose notre sac à terre et le président de la République se démerde parce que c'est lui qui nous a mis dans ce chaos, soit on laisse le pays à la gauche, soit on trouve une issue, on va au-delà du pacte législatif défendu par Laurent Wauquiez et on prend nos responsabilités », poursuit le même. Un autre élu proche de Xavier Bertrand liste les cases que celui-ci cocherait pour le poste : « Il est de droite, a toujours cherché l'indépendance, est ouvert pour être utile au pays. »

Xavier Bertrand n'avait-il pas dit, le 9 juillet sur France 2, qu'il fallait que le futur gouvernement, « d'urgence nationale », soit « dirigé par quelqu'un des Républicains » ? Une idée qui avait été accueillie sans enthousiasme au sein de LR. Le patron des Hauts-de-France ne donne pas son nom mais, dans son esprit, son parcours incarne les besoins du moment : la lutte contre le RN (il a été élu deux fois contre le parti de Marine Le Pen à la tête de sa région), une action régionale qu'il veut « au-dessus des partis » car le rassemblement gouvernemental irait au-delà des seuls LR et Renaissance, l'urgence de traiter les partenaires sociaux et de réaliser la décentralisation...

L'un de ses soutiens assure qu'il a « beaucoup bossé ces derniers jours » : « Tout est prêt pour le gouvernement d'union nationale qu'il appelle de ses voeux, il a la stratégie pour août, septembre, octobre. En gros, il arrive, il déroule ! », s'enthousiasme le même au sujet de celui qui a récemment discuté avec les anciens Premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Bernard Cazeneuve, des élus d'Horizons et qui entretient des bonnes relations avec le groupe indépendant Liot... que vient de rejoindre le député (LR) Stéphane Viry qui lui est proche. « Que des personnalités de droite s'échinent à faire ce que fait la gauche depuis huit jours, c'est bien. On ne peut pas attendre que les choses se passent », estime ce dernier.

Xavier Bertrand à Matignon, une hypothèse crédible ? « Je n'en sais rien. Mais il faut un ministre de droite », répond un ténor du gouvernement, quand un pilier de la macronie constate : « Il a envie d'aider. Il faut comprendre qu'il veut aider. » « On ne peut pas lui reprocher de s'organiser. Je lui ai dit qu'il fallait qu'il le fasse savoir », glisse un élu qui l'a croisé la semaine dernière. La perspective n'est pas rejetée par l'aile droite de la macronie. « Sur la ligne politique très sociale-régalienne, je trouve qu'il n'y a pas mieux. Il saurait parler à la jambe gauche et à la jambe droite, après un petit temps d'apprivoisement », lâche une députée (Renaissance), même si elle reste dubitative sur la probabilité qu'Emmanuel Macron accepte de nommer « un opposant affirmé » à Matignon : « Leurs relations ont été sacrément tendues ces dernières années. »

« Ça serait une cohabitation ! »

Un doute que partage Xavier Bertrand, qui se considère si différent de ce président de la République surdiplômé et qui n'a jamais eu de mandat local. « Ça serait une cohabitation, pas une coalition ! », hausse des épaules un soutien. « Wauquiez serait bien emmerdé au passage », signale, non sans le savourer, une élue du camp macroniste. Le tout frais président du groupe Droite républicaine a accepté la semaine dernière de plancher sur un « pacte législatif » que soutiendrait la droite, mais en refusant toute participation au gouvernement...

Nommer Xavier Bertrand ne manquerait pas de diviser les Républicains. « Je ne vois pas comment Bertrand serait une clé pour Macron. Des noms d'opposants de droite à Macron mais qui seraient acceptables pour ses troupes, il y en a beaucoup. Et, de toute façon, il n'y aura pas de deal », réaffirme un soutien du président d'Auvergne - Rhône-Alpes qui n'a renoncé en rien à la prochaine présidentielle. « Matignon, ça rendrait les choses plus compliquées pour 2027, reconnaît un très proche de Xavier Bertrand. Mais les Français jugeront sévèrement ceux qui resteront planqués dans une période aussi dramatique... »

Le Figaro, no. 24851
Le Figaro, mercredi 17 juillet 2024 1064 mots, p. 3

Politique

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16 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Face au risque d'un pays ingouver nable, la douloureuse conversion des politiques à la culture du com promis

Gentilhomme, Célestine

Dans les esprits, compromis rime de moins en moins avec compromission. Sans majorité claire ni nouveau premier ministre à l'horizon, nombreux misent sur une conversion express à la culture du dialogue, et même des négociations. Une logique inspirée du modèle allemand qui permettrait selon certains de sortir de l'impasse d'un pays ingouvernable. «L'idée même de majorité, ne serait-ce que relative, a valsé. Et avec elle, l'absence de tout compromis», tranche Antoine Armand, député macroniste. Fragilisé par le risque d'effacement de son propre camp, Emmanuel Macron a d'ailleurs pressé les siens de bâtir au plus vite une «coalition républicaine» avec les autres forces politiques. Mais l'équation n'est pas si simple pour l'échiquier français, peu habitué à faire un pas vers l'autre. «Politiquement, les partis sont mal armés pour accepter cette nouvelle approche. Ils n'étaient pas préparés à une forme de parlementarisation de la vie politique avec un affaiblissement du président», analyse le politologue Thierry Chopin .

À gauche, l'épreuve du compromis se heurte déjà aux barrages répétés des Insoumis et des socialistes. Depuis plus d'une semaine, les deux principales formations du Nouveau Front populaire (NFP) rejettent tour à tour les noms avancés par chaque écurie pour le poste de premier ministre. Les troupes de Jean-Luc Mélenchon ont même quitté la table des discussions pour Matignon, le temps qu'un accord soit trouvé sur un candidat commun pour la présidence de l'Assemblée nationale. «C'est le sectarisme qui domine dans tous les blocs. Il y a une déconnexion des appareils avec la réalité de l'état du pays. Les partis sont dans une forme de comédie», souffle le socialiste Philippe Brun, qui plaide pour une union nationale avec l'aile gauche de la macronie.

Avec une majorité très relative de 182 députés, le NFP semble toujours déterminé à faire cavalier seul, sans le renfort d'une partie des macronistes. Quitte à prendre le risque d'être très vite renversé par une motion de censure, et sans possibilité réelle d'appliquer son programme. «Les deux tiers des députés n'ont pas le mandat pour trouver un compromis. Le bloc central et le bloc de gauche n'ont pas été élus sur un projet permettant de bâtir du commun, mais ils ont été élus contre le RN», décrypte Stéphane Rozès, président de Conseils, analyses et perspectives (CAP).

Dans le camp présidentiel, certains veulent pourtant croire que le verdict des urnes impose plus que jamais un tournant. «Beaucoup de gens ont voté pour nos candidatures par rejet du risque des extrêmes. Cette nouvelle donne nous oblige à travailler ensemble au-delà de la configuration nationale», maintient le député Renaissance Mathieu Lefèvre, qui se tourne, lui, vers les bancs de LR. À la tête du nouveau groupe La Droite républicaine, Laurent Wauquiez a déjà fait un premier pas en soumettant un « pacte législatif » d'une dizaine de mesures aux autres formations. Manière de ne pas s'enfermer dans une opposition stérile, tout en coupant court à une éventuelle coalition LR-Ensemble. Une main tendue très vite saisie par Gérald Darmanin, qui s'est même fendu d'un message pour louer la démarche auprès des élus macronistes.

«Si on n'invente pas quelque chose de nouveau, le pays est bloqué. Ça va prendre du temps, mais on s'est apprivoisés pendant deux ans», fait valoir Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine. Des premières pierres ont déjà été posées sous la précédente législature, veut croire Christophe Naegelen. «Il y a eu davantage de compromis entre 2022 et 2024 qu'il n'y a pu en avoir depuis 2017», explique le député divers droite des Vosges. Pas assez néanmoins pour nouer des alliances durables entre les forces politiques. Les appels du pied du camp présidentiel, déjà bloqué par une majorité relative, ont été très vite repoussés à gauche comme à droite. «On demandait à LR de nous rejoindre sur la base de notre programme, de nos idées et de nos personnes. Ce n'est pas ça, la culture du compromis», concède un macroniste. Même la stratégie du « texte par texte » - qui consistait à trouver des majorités de circonstance - n'a pas réussi à tracer un chemin clair. «On n'a pas tiré les conséquences de la majorité relative. Il y a eu à la fois un peu d'arrogance de notre part et une certaine tentation de se réfugier dans l'opposition pour les autres partis», reconnaît Mathieu Lefèvre.

Il faut dire que les débats souvent houleux ont compliqué le maintien du dialogue dans l'Hémicycle. De nombreux incidents, venus notamment des bancs des Insoumis, ont exacerbé les tensions entre les différents camps. Jusqu'à parfois enrayer les négociations. «On a perdu le sens de la discussion. La « disputatio » habituelle a disparu au profit de la volonté de détruire l'adversaire. L'adversaire n'a pas tort, il est le mal», regrette Philippe Juvin. Le député RN Thomas Ménagé renchérit : «Le combat politique sous-entend que voter un texte qui ne vient pas de son camp, c'est donner une victoire à l'autre.»Les troupes marinistes n'ont d'ailleurs presque jamais réussi à arracher un compromis autour d'une de leurs propositions. «On voulait nous empêcher toute victoire. Plusieurs fois, j'avais un avis défavorable sur un amendement du rapporteur pour que le même soit finalement déposé par un membre de la majorité en séance», raconte l'élu du Loiret. Le parti à la flamme, qui a loupé la marche de Matignon, poursuivra malgré tout sa ligne d'équilibre en votant des mesures jugées «d'intérêt général», assure-t-il. «Tout le monde va avoir besoin de nous numériquement. Il y aura nécessité, peut-être de manière moins visible, de chercher le compromis. Même si tous pensent déjà au coup d'après...», avance le parlementaire.

Car, à trois ans de l'élection présidentielle, les états-majors des partis redoutent surtout de perdre des plumes dans les tractations. Ni la droite ni la gauche n'entendent voler au secours d'un camp présidentiel en perte de vitesse. «Laurent Wauquiez se dit qu'il se tue pour 2027 s'il accepte une coalition, même dans l'intérêt du pays», croit savoir un député du bloc central. Quand une partie des macronistes refuse de toper avec le NFP, persuadée que la bataille de l'Élysée se jouera à droite. «La vie politique française est tournée vers la présidentielle, il y a un moment où les gens voudront se compter, prédit Philippe Juvin. Il faudra montrer que votre camp est le meilleur. À partir de là, ce sera la limite aux compromis.» C.G.

Le Figaro, no. 24851
Le Figaro, mercredi 17 juillet 2024 756 mots, p. 4

Politique

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16 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Parlementaires et ministres : les angles morts de la Constitution

Gonzalès, Paule

Et la République «pénétra dans de l'inattendu», aurait dit Victor Hugo. Les constitutionnalistes, qui ne sont pas toujours d'accord sur les solutions, le sont tous sur le constat : la Ve République tâte les angles morts de sa Constitution. Ce jeudi, l'Assemblée nationale élira sa présidence, celle de ses commissions et ses questeurs. Des postes de pouvoir qui dessinent les rapports de force internes dans l'Hémicycle et les relations entre les parlementaires et le futur gouvernement.

En ce qui concerne les dix-sept ministres démissionnaires du gouvernement Attal élus députés le 7 juillet dernier, une question est sur toutes les lèvres : ont-ils le droit, jeudi, de participer au vote du président de l'Assemblée nationale ? Pourront-ils, désormais parlementaires, siéger sur le banc des ministres pour défendre des textes d'urgence et les voter en tant que députés ? En bref, avoir le don d'ubiquité. Si cela existe dans d'autres pays, ce n'est en effet pas notre tradition «au nom de la séparation des pouvoirs» , note le professeur de droit constitutionnel Paul Cassia.

Deux textes régissent la question : l'article 23 de la Constitution de 1958 fonctionne comme un verrou. Il affirme que «les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l'exercice de tout mandat parlementaire». L'article LO-153 du code électoral, «portant loi organique pour l'application de l'article 23 de la Constitution», en organise les dérogations : «L'incompatibilité établie par ledit article23 entre le mandat de député et les fonctions de membre du gouvernement prend effet à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la nomination comme membre du gouvernement. Pendant ce délai, le député membre du gouvernement ne peut prendre part à aucun scrutin et ne peut percevoir aucune indemnité en tant que parlementaire. L'incompatibilité ne prend pas effet si le gouvernement est démissionnaire avant l'expiration dudit délai. »

Les anfractuosités de ces textes précipitent aujourd'hui le monde politique dans l'inconnu. «D'abord parce que s'il prévoit qu'un député devient ministre, il n'envisage pas le cas où le ministre devient député», rappelle le constitutionnaliste Mathieu Carpentier. «Dès lors, nous en sommes réduits à raisonner par analogie», souligne-t-il. Or, affirme Paul Cassia, «en droit constitutionnel, tout est toujours prévu et écrit. Mais nous ne connaissons que deux cas comparables: l'un en 1959, l'autre en 1965, cité par le Conseil constitutionnel dans un compte rendu de séance en 1976, évoquant donc les cas des ministres Berthin et Houdet, devenus sénateurs » , sourit-il. Un texte trop apocryphe pour servir de jurisprudence, mais peut-être de précédent.

Quoi qu'il arrive, les ministres du gouvernement Attal sont bien autorisés à être députés durant un mois entier. «Encore faut-il savoir quand débute ce délai car le texte affirme qu'il prend effet à compter d'une nomination»et non d'une «élection», prévient Paul Cassia.

S'ensuit une autre chausse-trape, celui du vote pour l'élection du président de l'Assemblée nationale. Si le texte s'arrange un peu de la séparation des pouvoirs et laisse une porte étroite pour permettre de cumuler furtivement les fonctions de ministre et de parlementaire, il affirme en revanche que le député est, durant ce fameux délai d'un mois, privé «de prendre part au scrutin et de l'indemnité due à tout parlementaire». Un point immédiatement compliqué par la dernière phrase de l'article LO 153, qui dispose que «l'incompatibilité ne prend pas effet si le gouvernement est démissionnaire avant l'expiration dudit délai»d'un mois .

C'est pour cette raison qu'Emmanuel Macron a décidé d'accepter aujourd'hui la démission du gouvernement Attal. Face à une donne politique si serrée, hors de question de se priver de précieuses voix. « Il y a d'ailleurs un précédent qui peut créer une pratique, souligne Mathieu Carpentier. En 1988, les ministres démissionnaires du gouvernement Michel Rocard ne s'étaient pas privés de voter sur les bancs de l'Assemblée, le jour même de la publication du décret constatant la démission du gouvernement», rappelle-t-il.

Mais une partie des constitutionnalistes estiment ces votes anticonstitutionnels «d'abord au regard de l'article 23 de la Constitution qui l'emporte sur l'article LO 153 du code électoral», souligne Paul Cassia. Ils estiment que la suspension momentanée de l'incompatibilité ne permet pas, pour autant, aux députés de voter. Une question qui n'a jamais été tranchée par le Conseil constitutionnel. «Et il y a peu de chance qu'il le fasse, à moins d'élargir de manière prétorienne ses compétences. Ce qui est peu probable» , souligne Mathieu Carpentier. D'autant que son contrôle des incompatibilités est limité par les textes. Par deux fois, le Conseil constitutionnel s'est déclaré incompétent pour trancher la légalité de l'élection du président de l'Assemblée nationale. P. G.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mercredi 17 juillet 2024 634 mots, p. AUJM5
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17 juillet 2024 - Le Parisien

Quels pouvoirs pour le gouvernement démissionnaire ?

Matignon|Avec la démission, ce mardi soir, de Gabriel Attal, le gouvernement va se contenter de gérer les « affaires courantes ». Il restera en fonction jusqu'à être remplacé, avec des prérogatives très limitées.

Louis Valleau

La deuxième fois a été la bonne. Après une première démission refusée par Emmanuel Macron juste après les résultats des élections législatives, le chef de l'État a accepté, ce mardi soir, la démission du Premier ministre Gabriel Attal et de son équipe. Le gouvernement est tenu de se limiter à la gestion des « affaires courantes », comme l'a confirmé la présidence de la République dans un communiqué.

Que signifie gérer les affaires courantes ?

Les affaires courantes désignent une période d'intérim entre la démission d'un gouvernement et la nomination de son successeur. « Il s'agit d'un panel de décisions et de tâches qui permettent d'assurer le fonctionnement de l'État et de son administration », selon le spécialiste Bruno Daugeron. Autrement dit : de veiller à la continuité de l'État.

Cette période commence dès la démission du gouvernement acceptée par le président. Plus précisément, à partir de « la date de la signature du décret présidentiel mettant fin aux fonctions du gouvernement », explique le secrétariat général du gouvernement (SGG) dans une note du 2 juillet que « le Parisien » a pu consulter.

Que peut faire le gouvernement ?

Son pouvoir est limité à la poursuite de ce qui avait déjà été entrepris. « Le gouvernement peut, par exemple, prendre des décrets d'application des lois, mais il ne pourra pas engager de nouvelles réformes », résume Mélody Mock-Gruet, docteure en droit public et autrice du « Petit Guide du contrôle parlementaire » (Éd. l'Harmattan). Le gouvernement peut toutefois prendre des décisions dont l'adoption est dictée par « une impérieuse nécessité », complète le SGG (catastrophe naturelle, attentat, etc.).

Le contrôle des décisions revient au Conseil d'État, « seul juge ». La plus haute juridiction française pourra seulement dire « a posteriori » si un décret pris dans le cadre des affaires courantes sort du cadre et éventuellement le retoquer.

Combien de temps cela peut-il durer ?

Il n'y a pas de règle. L'approche d'échéances tels que les Jeux olympiques de Paris (du 26 juillet au 11 août) devrait retarder le changement d'équipe gouvernementale. Par le passé et selon un décompte de l'Agence France-Presse, un gouvernement des affaires courantes n'a jamais été en fonction plus de neuf jours sous la V e République. Concrètement, le gouvernement démissionnaire « reste en place tant qu'il n'est pas remplacé par un nouveau gouvernement », ajoute le SGG. Il ne suffit pas qu'un Premier ministre soit nommé pour mettre fin à la période des affaires courantes : des ministres de plein exercice - hors ministres délégués et secrétaires d'État - doivent également avoir été nommés.

Peut-on être ministre démissionnaire et député ?

C'est un point dénoncé par certains politiques, notamment par le député LFI et coordinateur du parti Manuel Bompard, sur France 2, ce mardi matin. D'après lui, « le pouvoir s'accroche comme une moule à son rocher » et la présence de ministres démissionnaires constitue « une rupture de la séparation des pouvoirs ». Ils sont 17 dans ce cas-là, comme Gabriel Attal.

« Il n'y a pas d'incompatibilité entre la fonction de ministre d'un gouvernement démissionnaire et celle de député », estime le constitutionnaliste Dominique Rousseau. « Un ministre démissionnaire peut participer aux votes au Parlement. La règle est la même pour ceux qui sont présidents de groupe », développe le spécialiste. Ces 17 ministres démissionnaires-députés pourront donc participer aux travaux de la Chambre basse, comme l'élection de son président, prévue ce jeudi.

Il ne s'agira pas, par ailleurs, d'une première. « Ce fut le cas avec le troisième gouvernement Pompidou, en avril 1967, et du premier gouvernement Rocard », assure Mélody Mock-Gruet. Ce dernier avait « démissionné le 22 juin 1988 pour permettre l'élection de Laurent Fabius à la présidence de l'Assemblée nationale », rappelle la docteure en droit public.

L'Humanité
mercredi 17 juillet 2024 453 mots, p. 10

L'IGPN saisie après le tabassage d'un homme à Bagnolet

Violences policières À la suite de la diffusion des images du passage à tabac d'un homme menotté par trois agents durant le week-end du 14 Juillet, une enquête a été ouverte.

«Attends, pas là, pas là ! » entend-on distinctement un policier dire à l'un de ses collègues, qui vient de décocher un violent coup de poing au visage de l'homme menotté qu'il est en train d'escorter avec deux autres fonctionnaires. Peut-être inquiet des regards et de potentielles caméras, l'agent invite ses équipiers à se déplacer dans un endroit plus discret, sans demander que cesse le passage à tabac de la personne interpellée, pourtant déjà maîtrisée. La suite de cette scène, filmée dans la nuit de samedi à dimanche au coeur du quartier des Coutures, à Bagnolet, où des jeunes procédaient à des tirs de feux d'artifice, puis diffusée le lendemain sur le réseau social X (anciennement Twitter) par le compte @AlertesInfos, est encore plus choquante. Elle montre l'homme arrêté, traîné à terre sur un passage piéton et roué de coups de poing et de pied par les policiers. Sur le réseau Telegram, où la vidéo est également relayée, on lit que les coups auraient été portés par un « policier des Lilas 93 sur un mineur de 15 ans ».

Des agissements « inacceptables »

La diffusion de ces images montrant des agents de la force publique agir en contradiction avec le Code la sécurité intérieure, qui prévoit que « toute personne appréhendée est placée sous la protection des policiers ou des gendarmes et préservée de toute forme de violence et de tout traitement inhumain ou dégradant », a suscité nombre de réactions indignées. « Pas là, mais pas ailleurs non plus », écrit le député insoumis de l'Essonne Antoine Léaument sur son compte X, rappelant que « la sûreté publique, c'est aussi le respect du droit, donc des droits ». Pour Alexis Corbière, le député de la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis, où se sont déroulés les faits, les agissements constatés sur la vidéo sont « inacceptables ». Il demande l'ouverture d' « une enquête administrative pour faire toute la lumière sur ces comportements intolérables ». Une requête entendue, puisque le parquet de Bobigny a annoncé, lundi 15 juillet, que l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait été saisie.

Alors que le droit de filmer les forces de police est remis en cause par la loi sur la sécurité globale de 2021, les quelques secondes de vidéo d'un habitant de Bagnolet sont, pour le moment, la seule preuve des actes de violence illégitime perpétrés par ces policiers. Dans son programme, le Nouveau Front populaire prévoit notamment de remplacer l'IGPN et l'Inspection générale de la gendarmerie nationale par un nouvel organisme indépendant, rattaché au Défenseur des droits. E. B.

Le Monde
France, mercredi 17 juillet 2024 1282 mots, p. 10
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16 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Gabriel Attal, l’affranchi

Le premier ministre démissionnaire, et futur président du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, s’est émancipé du chef de l’Etat

Claire Gatinois

D’autres auraient été meurtris par la fin annoncée d’une aventure politique aussi éphémère. Mais, ce dimanche 7 juillet, lorsqu’il quitte l’Elysée après avoir échangé avec Emmanuel Macron sur les résultats désastreux pour le camp présidentiel, lors des élections législatives, Gabriel Attal ne pense pas à son départ programmé de Matignon, près de six mois seulement après son arrivée. Le chef du gouvernement savoure déjà son triomphe personnel. « J’ai sauvé la République ! », se vante-t-il, immodeste, en croisant près des grilles du palais un fidèle du chef de l’Etat, désarçonné par tant de morgue.

Quelques minutes plus tard, le président de la République, irrité par celui qui fut un temps surnommé le « bébé Macron », ne daignera pas le regarder s’émanciper franchement de sa tutelle face aux caméras de télévision. « Cette dissolution, je ne l’ai pas choisie, mais j’ai choisi de ne pas la subir », affirme Gabriel Attal, depuis le perron de Matignon, rappelant n’avoir pas été associé à la décision du chef de l’Etat, incomprise et blâmée par les macronistes, de dissoudre l’Assemblée nationale, le 9 juin. Se félicitant d’avoir repoussé, après une campagne intense, « les extrêmes » , à savoir le Rassemblement national et La France insoumise, le premier ministre annonce le soir même qu’il remet sa démission, qui sera refusée par Emmanuel Macron.

Un parfum de revanche plane Rue de Varenne. Mardi 16 juillet, le locataire de l’Elysée devait accepter la démission du gouvernement, et de son premier ministre, qui resteront toutefois en place et disposeront d’un pouvoir restreint pour gérer les « affaires courantes ». Mais celui qui fut, à 34 ans, le plus jeune premier ministre de l’histoire de la Ve République a déjà pris en main son destin, loin de ce président que l’on dit irrémédiablement affaibli. Le député des Hauts-de-Seine a les yeux rivés vers l’Assemblée nationale. Elu, le 13 juillet, président du groupe des députés Renaissance, rebaptisé « Ensemble pour la République », le voici prêt, selon ses mots, à « tout réinventer, tout reconstruire »,suggérant de facto que tout a été détruit. « Gabriel Attal suit le pouvoir », constate Vincent Martigny, professeur à Sciences Po Nice et à l’Ecole polytechnique.

Le « sens du devoir »

Profitant de ses derniers instants Rue de Varenne, le premier ministre a fait monter à la hâte, le 5 juillet, au premier étage de Matignon, le bureau de son père adoré, mort en 2015. Le meuble qui a suivi Gabriel Attal dans tous ses ministères a été placé à côté du bureau de Léon Blum, sur lequel le premier ministre travaillait jusqu’ici. Aucun carton n’est encore empaqueté. Gabriel Attal est conscient qu’il pourrait s’éterniser quelques semaines à Matignon afin de gérer les affaires courantes et s’assurer de la bonne marche des Jeux olympiques de Paris, du 26 juillet au 11 août, le temps que le nom d’un remplaçant n’émerge.

Le Nouveau Front populaire (NFP), arrivé en tête des législatives, peine à s’entendre pour proposer un candidat. Quand bien même l’alliance de gauche y parviendrait, Emmanuel Macron pourrait refuser la suggestion arguant que le NFP, sans majorité absolue au Palais-Bourbon, n’est pas en mesure de proposer un gouvernement stable comme il le souhaite. Peu importe. Gabriel Attal joue les bons soldats, mettant en avant son « sens du devoir ».

Sur l’autre rive de la Seine, Emmanuel Macron enrage du beau rôle que s’octroie le trentenaire. Même les colères présidentielles contre les « ego » au détriment de l’intérêt général, ébruitées ces derniers jours, ne font plus effet. « Le président joue au pater familias »,moque un soutien de Gabriel Attal. Le chef de l’Etat, dont l’autorité s’émousse, doit se résigner à laisser l’élu des Hauts-de-Seine, aimé des députés, prendre la lumière. Et se résout à le voir présider le groupe de l’ex-majorité à l’Assemblée. « Gabriel Attal est celui qui te trahira le moins », tente de le rassurer, par texto, l’ex-député macroniste de l’Hérault, Patrick Vignal. « Gabriel Attal trace sa route », soupire-t-on à l’Elysée. L’humiliation de la dissolution, cachée au locataire de Matignon jusqu’à la dernière minute, lui a permis de s’affranchir du chef de l’Etat, sans endosser le rôle de traître. Une prouesse. Mais ce récit d’un premier ministre martyr a aussi été appuyé et peaufiné à Matignon, ces dernières semaines, par sa garde rapprochée, les « power rangers », comme Gabriel Attal surnomme cette petite bande dévouée, formée par sa directrice de cabinet adjointe, Fanny Anor, son chef de cabinet, Maxime Cordier, son chargé de communication, Louis Jublin, et son conseiller Antoine Lesieur.

Si Emmanuel Macron nourrit parfois de l’amertume envers le numéro un du gouvernement, il peut difficilement s’étonner de voir Gabriel Attal tenter de voler de ses propres ailes. Dès les premières semaines qui suivent la nomination du jeune locataire de la Rue de Grenelle à Matignon, le président s’interroge. Le trentenaire peut-il redonner du souffle à son second quinquennat, enkysté depuis le fiasco de la loi « immigration » en décembre 2023 ?

S’inventer un avenir

A l’Elysée, on s’était emballé pour ce jeune homme, comparé à Michael Corleone, le fils préféré du « Parrain », dans le film de Francis Ford Coppola. L’ancien socialiste a marqué les esprits lors de son passage éclair au ministère de l’éducation nationale en interdisant l’abaya dans les écoles. A l’Assemblée nationale, après le départ d’une Elisabeth Borne aux allures de mater dolorosa,le premier ministre, adepte des « punchlines » télévisées, séduit les élus. « Attal ? C’est Gérard Majax », plaisante, en janvier, le président du groupe Renaissance à l’Assemblée, Sylvain Maillard, observant le chef du gouvernement traiter les doléances des députés de son camp en un temps record.

Mais, dès la première crise, aiguë, liée au mal-être des agriculteurs, le président s’agace de ce premier ministre qui semble davantage préoccupé par son aura médiatique que par les négociations difficiles avec les syndicats. « La politique, c’est aussi prendre des coups », s’énerve Emmanuel Macron, devant ses conseillers élyséens, après avoir été hué, fin février, au Salon de l’agriculture.

Le président fulmine encore, en constatant le peu d’entrain du locataire de Matignon à se lancer dans la campagne des européennes, scrutin perdu d’avance. Et lorsque le chef de l’Etat entend les « power rangers »gloser sur son discours fleuve prononcé à la Sorbonne, le 25 avril, il explose. « Des sales types », tempête-t-il, devant un cadre de la campagne des européennes, désignant les conseillers.

Gabriel Attal ne se soucie plus, ou si peu, de ce que pense de lui Emmanuel Macron. En six mois, il a cessé d’être le « petit frère »du chef de l’Etat, comme ce dernier l’a désigné mi-juin. Son dévouement lors des législatives et sa ténacité à faire barrage à l’extrême droite ont sculpté un personnage. Assez pour fabriquer un homme d’Etat à même de lorgner l’élection présidentielle de 2027 ?

Lorsqu’il refermera la porte de Matignon, Gabriel Attal aura perdu deux élections. Et ne pourra guère faire valoir d’autre bilan que celui de l’abaya, qu’il a érigé en méthode de gouvernement. Pour s’inventer un avenir, il lui faut maintenant « transformer la Macronie en une sorte d’“Attalie” »,pense Vincent Martigny. Un défi pour celui qui, selon le politiste, « reste lui-même très macroniste dans cette façon d’exercer le pouvoir sans contrainte, sans colonne vertébrale idéologique en intégrant la vérité de l’instant ».

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Économie, mercredi 17 juillet 2024 819 mots, p. AUJM8
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17 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

Ces réformes sur la sellette

Taxation des rachats d'action, projet de loi d'orientation agricole... Alors qu'Emmanuel Macron vient d'accepter la démission de son gouvernement, plusieurs grands dossiers se retrouvent en suspens.

Erwan Benezet

La dissolution de l'Assemblée nationale annoncée par Emmanuel Macron, le 9 juin dernier, a fait l'effet d'un coup de pied dans une fourmilière. Outre le fait de provoquer des élections législatives anticipées, ce coup de poker du président de la République a mis les scribes des cabinets ministériels en ébullition. Consigne leur a en effet été donnée de publier en urgence plusieurs décrets, comme pour l'assurance chômage (lire page suivante), mais surtout dans le but d'entériner des textes de loi le plus rapidement possible. « On nous a effectivement mis un petit coup de pression pour accélérer la cadence, confirme un directeur de cabinet. On peut comprendre, ce serait dommage que des lois déjà votées ne puissent pas être appliquées juste parce que les décrets n'étaient pas encore passés au Journal officiel. »

Étaient notamment concernées certaines dispositions liées à la loi pour le plein-emploi, au budget 2024 et au financement de la Sécurité sociale, la transposition dans le droit français de certaines mesures - agricoles notamment - voulues par l'Union européenne ou encore la mise en oeuvre de l'accord national interprofessionnel (ANI) sur le partage de la valeur en entreprise.

Une mobilisation générale qui n'a cependant pas empêché plusieurs projets de réformes d'être remisées au placard, en attendant la suite. « Attention, toutes ne se trouvaient pas au même niveau du processus législatif, explique un administrateur de l'Assemblée nationale. Certaines n'en étaient encore qu'à l'état de projet, plus ou moins avancé par telle ou telle commission ou groupe de travail. » C'est le cas par exemple de la future nouvelle loi Travail, qui devait s'inscrire dans la continuité de la loi El Khomri.

« Au bon vouloir de la prochaine Assemblée »

« Le gouvernement était reparti d'une page blanche, rappelle Marc Ferracci, député Ensemble pour la République des Français à l'étranger. Un groupe constitué de députés de la majorité était déjà formé, avec comme objectif de retravailler sur des thématiques comme l'emploi des seniors, les reconversions, le Cetu (compte épargne temps universel) ou encore l'usure professionnelle. » Des auditions étaient prévues, avec en ligne de mire la présentation d'un projet de loi dès l'automne. « Aujourd'hui, tout ce travail est suspendu au bon vouloir de la prochaine Assemblée nationale et du prochain gouvernement, regrette le député. Je souhaite évidemment que ce projet, important pour améliorer la qualité de vie des Français au travail, ne passe pas à la trappe. »

Autres dossiers qui n'avaient pas encore franchi l'étape parlementaire : la taxation des rachats d'actions ou encore celle de certaines rentes, par le biais notamment de la contribution sur la rente inframarginale (Crim). Le mécanisme, inscrit dans la loi de finances 2023 pour récupérer une partie des superprofits réalisés par les producteurs d'électricité pendant la crise de l'énergie, n'avait pas été jugé suffisamment efficace, ne faisant entrer que 300 millions d'euros dans les caisses de l'État alors que les prévisions tablaient plutôt sur 3 milliards.

Le décret de programmation de l'énergie, qui détermine les grandes lignes de la stratégie dans ce domaine pour les cinq prochaines années, devait aussi être publié d'ici à la fin de l'année. « Mais là encore, il appartiendra au nouveau gouvernement de définir ce qu'il veut en faire, le passer en l'état, l'amender ou l'annuler », regrette-t-on au cabinet de Roland Lescure.

Impossible de prévoir tout nouveau calendrier

D'autres textes en revanche avaient déjà été déposés. À l'instar du projet de loi sur la fin de vie : « Pour le coup, il faudra tout recommencer depuis le début, déplore ce même administrateur de l'Assemblée nationale. C'est deux mois de travail fichus en l'air. »

Le projet de loi d'orientation agricole « relatif à la souveraineté alimentaire et au renouvellement des générations » était lui encore plus avancé puisqu'il avait entamé les navettes parlementaires, entre Assemblée et Sénat. Très attendu par le monde agricole, le texte avait été remanié à de nombreuses reprises, notamment pour tenir compte des revendications des agriculteurs pendant la crise et les manifestations survenues au début de l'année. Sauf qu'après avoir été voté en première lecture à la Chambre basse en mai, enrichi de plus de 5 500 amendements, il devait désormais être examiné par les sénateurs, avant de revenir à l'Assemblée. « Une fois qu'un texte législatif a été adopté par une chambre, décrypte encore l'expert parlementaire, c'est le gouvernement qui décide (ou non) de le transmettre à l'autre chambre. » Impossible donc de prévoir tout nouveau calendrier.

Autre projet de loi : celui dédié à la simplification dans le but de faciliter la vie des entreprises. « Là, c'est l'inverse, explique-t-on au cabinet de Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie. Le texte avait été adopté au Sénat en juin et devait être étudié par les députés en juillet. Pour cette réforme comme de nombreuses autres, on est complètement dans le flou. »

La Croix, no. 42972
Monde, mercredi 17 juillet 2024 1048 mots, p. 6,7

Israël accélère l’annexion de la Cisjordanie

Cécile Lemoine

Légalisation et création de colonies, approbation de milliers de logements, accaparement de terres... Ces dernières semaines, Israël a mis un coup d’accélérateur au projet de nouvelles colonies en Cisjordanie occupée. Objectif : empêcher la création d’un État.

Beita (Cisjordanie)

De notre envoyée spéciale

Les lance-pierres tournent dans les airs. Leurs projectiles visent les soldats israéliens, qui répliquent avec des tirs de grenades assourdissantes et du gaz lacrymogène. Un vendredi comme un autre dans le village palestinien de Beita, au sud de Naplouse en Cisjordanie occupée : ce jour a été sanctuarisé comme celui de la résistance à la colonisation depuis qu’un avant-poste juif a fait son apparition sur les terres de la commune, il y a trois ans. Perchée au sommet du rocailleux mont Sabih, la colonie Eviatar domine Beita de son imposante étoile de David en fer.

Illégal au regard du droit international, l’avant-poste l’était aussi pour Israël jusqu’au 30 juin dernier, date à laquelle le cabinet de guerre a décidé de le légaliser, avec quatre autres avant-postes : autant de nouvelles colonies que de pays qui ont reconnu l’État de Palestine, a justifié le ministre Bezalel Smotrich. Ce vendredi 12 juillet, le rassemblement hebdomadaire et intergénérationnel de Beita se déroule dans une tension contenue. Trois jours auparavant, des panneaux jaunes ont fait leur apparition au pied de la colonie, officialisant sa légalisation et autorisant le retour des colons, contraints à quitter les lieux en 2022 : « Terres d’État – Défense d’entrer ».

« L’administration civile a déclaré que 6,6 hectares de la colline appartenaient désormais à Israël, car selon leur lecture du droit ottoman, si ces terres ne sont pas cultivées, ils peuvent se les approprier. C’est du vol », s’insurge Abed Khabeisa, 54 ans, propriétaire de terres sur le mont Sabih auxquelles il ne peut plus accéder depuis deux ans. Les jeunes sont en colère. Ils veulent se battre pour leur montagne. Fer de lance de la révolution arabe de 1936 et des intifadas, la ville de Beita cultive la résistance et se l’inocule de génération en génération. «On n’accepte pas l’occupation. Si on ne résiste pas, le cancer de la colonisation va se propager. Ici, les caravanes deviennent des villes en quelques années », explique Abed Khabeisa en tirant sur sa cigarette.

Comme la plupart des anciens, il tente de modérer l’ardeur des plus jeunes et de faire médiation auprès des soldats. Ces trois dernières années, les confrontations avec l’armée ont tué 15 jeunes du village : «Ne mourez pas gratuitement », a enjoint l’imam lors de la prière qui précède la manifestation. À la faveur de la guerre et d’une idéologie vengeresse, Israël a mis les bouchées doubles dans le processus d’annexion de la Cisjordanie. Depuis fin juin, 5 295 nouveaux logements ont été approuvés dans les colonies, huit avant-postes ont été légalisés et 1 200 hectares de la vallée du Jourdain ont été désignés comme terres d’État, en faisant la saisie de terres la plus importante depuis les accords d’Oslo de 1993.

« Le processus d’annexion et de vol de terres continue de s’étendre et souligne la priorité accordée par le gouvernement israélien à l’expansion idéologique des colonies au détriment de véritables préoccupations sécuritaires », dénonce Yonatan Mizrahi, directeur de l’observatoire de la colonisation de l’ONG israélienne Peace Now, qui parle d’ « annexion accélérée » depuis l’arrivée de la droite messianique et radicale au pouvoir en 2022 : «Israël fait tout pour empêcher la création d’un État palestinien. » Ce coup de pédale est notamment permis par un changement radical dans la manière dont la Cisjordanie est gouvernée.

Fin mai, dans la plus grande discrétion, les rênes de l’administration civile, l’organisme israélien qui gère la vie quotidienne dans les Territoires occupés, sont passées des mains de l’armée à celles d’un nouveau « député civil », Hillel Roth, sous les ordres de Bezalel Smotrich, ministre extrémiste des finances et gouverneur de facto de la Cisjordanie. Concrètement, toutes les décisions relevant de la gestion du territoire, de la planification, des constructions, de la délivrance de licences professionnelles ou encore de la gestion des réserves naturelles et des sites archéologiques sont désormais du ressort d’hommes politiques.

Une restructuration qui transforme l’ADN même de l’occupation et ses règles du jeu sur le terrain : «Ces changements équivalent à une annexionde jure de la Cisjordanie », explique l’avocat israélien Michael Sfard, spécialiste des droits humains, avant de détailler : «On passe d’un territoire géré par une administration militaire, soumise à un droit international qui exige qu’elle s’occupe de la population occupée, à un territoire directement géré par des fonctionnaires dont la loyauté est, par définition, accordée aux citoyens israéliens en général, et aux colons en particulier. Il y a et il y aura des conséquences désastreuses pour les droits des Palestiniens. C’est l’apartheid sans peur et sans vergogne. C’est l’apartheid comme plan de travail. »

Le profil de ce nouveau « député civil » inquiète les organisations des droits humains : ancien habitant de Yitzhar, colonie la plus violente de Cisjordanie, Hillel Roth a auparavant travaillé comme directeur financier de Honenu, une organisation de droite, qui a, entre autres, collecté des fonds pour soutenir l’assassin de Yitzhak Rabin. « Roth est la bonne personne au bon endroit pour un gouvernement qui renforce actuellement l’annexion et la suprématie juive en Cisjordanie », commente Yehuda Shaul, activiste israélien fin connaisseur des dynamiques de l’occupation. C’est au cœur de cette actualité brûlante que la Cour internationale de justice va rendre un avis consultatif, vendredi 19 juillet, sur la légalité de l’occupation par Israël de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. La grande majorité des 50 États qui ont plaidé devant les juges de La Haye en février ont réclamé la fin « immédiate » de l’occupation israélienne et le retrait de ses forces des Territoires palestiniens. Bien que cet avis consultatif ne soit pas contraignant, il détient un poids juridique et politique considérable qui pourrait accentuer l’isolement d’Israël sur la scène internationale.

Le Figaro, no. 24851
Le Figaro, mercredi 17 juillet 2024 964 mots, p. 20

Opinions

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16 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

CHRONIQUE

Qui veut encore gouverner ?

La transparence des patrimoines et l'encadrement tatillon des conflits d'intérêts créent un effet répulsif pour les carrières politiques.

Bayart, Bertille

Le Nouveau Front populaire offre ces derniers jours un spectacle divertissant de tir au pigeon. « Poule ! » , crie La France insoumise, et voilà Huguette Bello qui tombe au champ d'honneur de l'union des gauches. « Poule ! » , lance le Parti socialiste, et Laurence Tubiana connaîtra le même sort. Au suivant ! Avant cet épisode, quand il semblait encore avoir de grandes chances de gouverner, le Rassemblement national vivait sa propre expérience du jeu du ballon d'essai : on cherchait qui, au-delà de Jordan Bardella, serait prêt à entrer dans son gouvernement. La récolte a été maigre, et les noms improbables.

La zizanie chez les uns et la défaite des autres rend aujourd'hui plus crédible l'hypothèse d'un gouvernement technique. Mais là encore, avec qui ? Depuis l'Élysée, on tâte la température chez les vieux sages ou les experts non partisans. Elle est fraîche. Un consultant, qui dissuade ceux qui lui demandent conseil, résume le dilemme : «Il s'agirait au nom de l'intérêt supérieur du pays de s'engager pour un bail à la durée probablement trop court pour faire quoi que ce soit, mais suffisamment long pour s'exposer et prendre beaucoup de coups, y compris sur le terrain personnel.»

La macronie, une fois passé l'élan de 2017, a aussi connu cette crise des vocations. Chaque remaniement au cours des sept dernières années a été plus étriqué et plus laborieux que le précédent. Il n'y avait plus de profondeur du banc de touche. La politique et le service de l'État attirent-ils encore ?

Il y a onze ans éclatait l'affaire Jérôme Cahuzac. Sa carrière politique ne s'en est jamais relevée - sa tentative de remise en selle aux dernières législatives a échoué dès le premier tour. Mais il en est resté un héritage : la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), aujourd'hui présidée par Didier Migaud.

En onze ans, l'extension du domaine de la HATVP a été continue. À la vérification des situations fiscales et patrimoniales des membres de gouvernement et des élus s'est ajoutée la validation ex ante (réforme de 2019) de leur reconversion dans le privé, ainsi que de celle des hauts fonctionnaires et collaborateurs de cabinets, puis l'encadrement des activités de lobbying. La moralisation de la vie publique et la transparence étant des objectifs incontestables, certains envisagent déjà la prochaine étape, c'est-à-dire l'entrée de la HATVP dans la Constitution. Mais pour beaucoup de ceux qui y ont affaire, la HATVP est devenue un épouvantail. Les ministres de l'équipe Attal désormais démissionnaire ont pour certains à peine fini de remplir leurs fiches d'entrée en fonction.

Ces déclarations sont décortiquées et abondamment commentées par les prêcheurs de vertu transformés en voyeuristes qui s'ignorent. L'enjeu n'est pourtant pas de savoir à combien se monte la fortune - ou le petit pécule - d'un ministre mais seulement de s'assurer qu'il n'y aura pas enrichissement indu au cours et du fait de ses fonctions. Le strip-tease du patrimoine suffit à créer des cibles de tir au pigeon. Et tous ceux qui ambitionnent de faire carrière en politique savent désormais que, petit un, il vaut mieux être marié sous le régime de la séparation des biens ou mieux, se contenter d'avoir une maîtresse ou un amant plutôt qu'un conjoint, et que, petit deux, il vaut mieux détenir un livret A que des actions cotées en direct.

Au moment où s'engage, selon l'expression d'un ministre, «le plus grand plan social de la VeRépublique» avec le retour sur le marché du travail de nombreux ministres non élus, de 650 membres de cabinets ministériels et de 2 150 collaborateurs parlementaires, la question des reconversions est également posée. La règle paraît simple : quand on a été ministre ou haut fonctionnaire, on ne se recycle pas dans les trois ans dans une entreprise privée sur laquelle on a eu autorité. Mais les frontières du conflit d'intérêts ne sont jamais simples à tracer. Dès lors, le risque est d'en faire trop. D'ailleurs, dans ses textes, la HATVP explique qu'il ne faut pas «rejoindre une entreprise ou exercer une nouvelle activité qui compromettrait, au moins en apparence, l'impartialité de son ancienne administration ou porterait atteinte à la dignité de ses anciennes fonctions».

Que reste-t-il quand il ne faut pas prendre le risque de «l'apparence»d'un conflit d'intérêts ? Comme le dit la députée ex-LFI tendance purgée Raquel Garrido pour elle-même, «le métier d'avocat ne se perd jamais». C'est en effet le bon plan du politique en mal de mandat. Sinon, il faut prendre la direction de l'étranger ou des entreprises étrangères - enfin cela, c'était avant les polémiques sur les ingérences étrangères. Restent les garde-fous cosmétiques. On a touché au sublime avec le cas Jean Castex, ex-premier ministre devenu PDG de la RATP, autorisé à recevoir des appels de ministres ou membres de cabinet qui avaient travaillé sous son autorité mais pas à les solliciter...

Entre l'hygiène et la tyrannie, la transparence reste à apprivoiser pour la vie publique française. Mais il faut se méfier de l'effet de dissuasion qu'elle provoque chez tous ceux qui voudraient s'engager dans le service du pays. À terme, la politique n'attirera plus que des professionnels de ce métier, des vaniteux et des opportunistes, autant dire des médiocres. «Avec de bonnes intentions, la HATVP est allée beaucoup trop loin (...). Elle incarcère un grand nombre de gens dans l'État en les empêchant d'aller dans le privé, elle décourage totalement les gens du privé d'aller dans l'État parce qu'ils ne pourront pas repartir. La judiciarisation de la transversalité dans l'État et des échanges entre public et privé est une catastrophe» , déclarait, très applaudi, le patron de la banque - publique - Bpifrance Nicolas Dufourcq aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence le 6 juillet. B. B.

Libération
mercredi 17 juillet 2024 325 mots, p. 2

Événement

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16 juillet 2024 - Libération (site web)

A la hauteur

Alexandra Schwartzbrod

Événement

Au moins, les choses sont claires : au vu des messages envoyés par les cadres de LFI ces dernières vingt-quatre heures, le mouvement mélenchoniste n'a aucune intention de la jouer collective, ni même peut-être de gouverner. La très intéressante candidature de Laurence Tubiana au poste de Première ministre, proposée par les socialistes, écologistes et communistes, a été rejetée violemment par les insoumis, et notamment par Sophia Chikirou qui a accusé l'économiste et diplomate d'être trop proche de François Hollande et d'Emmanuel Macron, allant jusqu'à comparer «le hollandisme» aux «punaises de lit», ce qui en dit long sur le niveau des débats alors que les électeurs de gauche désespèrent de voir un peu de raison se mêler à ce trop-plein d'émotion. Samedi soir, les socialistes ne s'étaient pas montrés plus ouverts en rejetant la candidature de l'ex-députée Huguette Bello, avancée par les communistes et les insoumis. Ils ont depuis lors accepté de remballer la candidature d'Olivier Faure pour avancer celle de Tubiana, plus consensuelle, mais cela n'a pas suffi. En continuant à refuser par principe de considérer une candidature qui ne viendrait pas d'euxmêmes, les insoumis prouvent qu'ils préféreraient enjamber la période post-législatives pour mieux se concentrer sur la présidentielle. Le gouvernement à venir étant assuré d'avoir des difficultés à gouverner, le raisonnement de Mélenchon, c'est «courage fuyons, et misons tout sur 2027». Au mépris des souhaits d'une bonne partie des électeurs du Nouveau Front populaire. Il faudra bien trouver une ou un Premier ministre pourtant et, si la gauche ne parvient pas à s'unir et à s'entendre sur un nom – comme elle semble prête à le faire pour la présidence de l'Assemblée –, elle offrira un boulevard au chef de l'Etat qui, dans sa lettre aux Français, proposait de bâtir une coalition dont le centre, c'est-à-dire lui, serait bien sûr le pivot. Il est temps que les leaders de gauche se ressaisissent et se montrent à la hauteur des espérances de leurs électeurs.•

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mercredi 17 juillet 2024 273 mots, p. AUJM2
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17 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

Attaque frontale La gauche dite irréconciliable n'est

Attaque frontale

La gauche dite irréconciliable n'est pas près de se réconcilier ! Et le tweet de Sophia Chikirou pourrait mettre encore un peu plus de sel sur les vieilles blessures. Sur X, la députée LFI, qui appartient à la garde rapprochée de Jean-Luc Mélenchon, a comparé le hollandisme, courant de l'ancien président socialiste, à des « punaises de lit », dont il serait si difficile de se débarrasser qu'au bout de quelque temps : « Ça gratte à nouveau et ça sort de partout. » Gif à l'appui. Outre l'élégance du propos, l'attaque est - sans mauvais jeu de mots - frontale. Le NFP, qui rassemble les communistes, le PS, LFI et les Écologistes, a établi son programme commun en quatre jours pour faire obstacle au RN. Ce fut un succès. Au-delà de l'effet barrage, de nombreux électeurs de gauche se sont réjouis de voir leurs idées triompher. Des espoirs rapidement déçus. Quels combats ou projets de gouvernement ces alliés du second tour des législatives pourraient mener de concert ? Le front n'est toujours pas rompu, assure-t-on dans les états-majors, reléguant les offensives des lieutenants à des saillies individuelles. Vraiment ? Certes, les discussions pour le choix d'un candidat à la présidence de l'Assemblée se poursuivent, mais elles risquent d'apparaître davantage comme du marchandage de postes et de prébendes qu'une volonté de renforcer l'union pour exercer le pouvoir ensemble. Pour cela, il faudrait que tous les membres du NFP le souhaitent vraiment. Par leurs provocations répétées, qui ont commencé le soir du premier tour avec la présence de Rima Hassan sur l'estrade aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, les Insoumis semblent avoir d'autres ambitions.

Le Figaro, no. 24851
Le Figaro, mercredi 17 juillet 2024 756 mots, p. 6

Politique

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16 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Laurence Tubiana, la proposition de la dernière chance pour la gauche

Flurin, Richard

Certains y ont vu la marque de fabrique de François Hollande. L'ancien président de la République, de retour aux affaires à la faveur des élections législatives anticipées, a la réputation d'être un stratège ingénieux et parfois retors. Ne s'était-il pas rendu complice, au début de sa carrière, en 1983, d'une manipulation lancée par François Mitterrand, dite « affaire Caton » ? Quarante ans plus tard, les socialistes - toujours eux - ont avancé le nom de Laurence Tubiana, diplomate de l'environnement, économiste engagée, femme d'expérience, à ses partenaires du Nouveau Front populaire pour les représenter à Matignon. L'enthousiasme des écologistes et des communistes n'a d'égal que l'accablement de La France insoumise, qui se retrouve ainsi isolée au sein de la coalition.

Si rusé soit-il, le « coup » n'en est pas un, insiste un cadre socialiste. L'entourage de François Hollande assure du reste qu'il n'a «joué aucun rôle» et même qu'il «l'a appris dans la presse». «Ce n'est pas une manoeuvre, c'est juste une proposition. Et elle convient à trois des quatre partis, donc ça veut même dire que c'est une bonne proposition», se félicite un élu écologiste, qui plaide de longue date pour ce nom. D'après cette source, l'idée de porter Laurence Tubiana à Matignon a recueilli un assentiment «total» des Verts, qui étaient pourtant, selon plusieurs sources, divisés sur le cas Huguette Bello, présidente de la région La Réunion, plébiscitée par les communistes et les Insoumis.

«Laurence Tubiana est ultraconnue et appréciée dans la sphère écolo, qui est très en lien avec le mouvement associatif en général», explique un proche du sénateur écologiste Yannick Jadot. La haute fonctionnaire s'est illustrée par ses talents de diplomate lors de la COP21, en 2015, parvenant à arracher la signature de 195 États pour l'accord de Paris. Laurence Tubiana, qui a été collaboratrice du premier ministre Lionel Jospin, n'a jamais été candidate à un mandat électif. Sauf une fois, en bout de liste, lors des élections municipales, dans un village de l'Hérault, pour une candidature soutenue par le PS et les Verts. «Son appartenance à la société civile est un atout, elle n'est pas trop marquée politiquement», se félicite un cadre de gauche.

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui avait annoncé lundi soir cette candidature rouge-rose-vert dans un communiqué, a loué au micro de France Inter mardi matin une «diplomate engagée à la fois sur le terrain écologique et sur le terrain social». Et d'affirmer : «Elle n'a jamais transigé avec ses convictions.» Un message adressé aux « partenaires » Insoumis, qui ont mis en doute la crédibilité de Laurence Tubiana aussitôt son nom révélé par la presse. «Je ne peux croire qu'après avoir mis son veto à la candidature d'Huguette Bello, Olivier Faure se prépare à tenter d'imposer au Nouveau Front populaire une candidature Macron-compatible pour Matignon», a regretté sur X l'un des quatre négociateurs Insoumis, Paul Vannier, parlant de «trahison».

Le mutisme de Mélenchon

La députée mélenchoniste Sophia Chikirou a poussé le curseur un peu plus loin. Elle a comparé le «hollandisme», dont elle accuse Laurence Tubiana - qui a soutenu François Hollande en 2012 -, à des «punaises de lit» qu'il faut éradiquer : «Tu as employé les grands moyens pour t'en débarrasser, tu y as cru quelque temps et tu as repris une vie saine (à gauche), mais, en quelques semaines, ça gratte à nouveau et ça sort de partout.» Une voix cependant restée muette mardi soir, et non des moindres : celle de Jean-Luc Mélenchon. Né la même année que Laurence Tubiana, le fondateur de LFI a été, comme elle, très proche de Lionel Jospin. Elle conseillait étroitement le premier ministre lorsque Jean-Luc Mélenchon siégeait dans son gouvernement. Sondé mardi, l'entourage de l'Insoumis n'a pas donné suite.

Le mouvement avait cependant signifié dès lundi après-midi une fin de non-recevoir à la proposition des socialistes : pas question pour eux de porter à la primature une personnalité de la société civile. Ce veto rend difficile, si ce n'est impossible, une issue favorable pour la proposition des socialistes. «Tout le monde s'accorde à dire que, la priorité, c'est l'élection du président de l'Assemblée, jeudi, mais il ne faut pas perdre de vue Matignon, au risque de se faire doubler par Emmanuel Macron», alerte un cadre socialiste, qui propose de soumettre le nom de Laurence Tubiana au vote des députés du NFP. Comme François Ruffin, le renégat Insoumis, qui a reproché aux partis d' «entériner le ressentiment dans le coeur des gens» en se montrant incapables d'accorder leurs violons. R.F.

Le Monde
France, mercredi 17 juillet 2024 774 mots, p. 9
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15 juillet 2024 - Le Monde (site web)
16 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Electricité : le gouvernement renonce à une hausse de 1 % prévue pour le 1 er  août

Le ministère de l’énergie a refusé l’augmentation du « tarif bleu » d’EDF, préconisée par la Commission de régulation de l’énergie, assurant anticiper une future baisse de la facture

Adrien Pécout

Visiblement, même un modeste 1 % de plus sur les factures d’électricité a de quoi embarrasser le gouvernement. Alors, l’exécutif temporise en mettant son veto à une nouvelle hausse du tarif réglementé de vente de l’électricité, fixé par les pouvoirs publics. Ce « tarif bleu » d’EDF, son appellation plus connue, aurait dû augmenter de 1 % en moyenne à partir du 1er août. Mais « les évolutions prévues ne s’appliqueront pas » à cette date, annonce la Commission de régulation de l’énergie (CRE) dans un communiqué, lundi 15 juillet.

D’ordinaire, le gouvernement suit les propositions de cette autorité administrative indépendante. Dans le cas présent, il entend l’inviter à revoir sa copie (l’exécutif dispose d’un délai de deux mois pour demander une nouvelle délibération) – tout en sachant qu’une nouvelle équipe ministérielle devrait être amenée à bientôt prendre place, au vu des récentes législatives du dimanche 7 juillet. Si les deux parties ne parviennent pas à un accord, la situation pourrait se dénouer au niveau du Conseil d’Etat.

« La proposition de la CRE aurait entraîné une hausse [annuelle] de 10 à 40 euros de la facture des Français alors que les prévisions permettent d’anticiper une baisse équivalente voire supérieure dans les mois à venir », déclare Roland Lescure, ministre délégué à l’énergie et réélu député des Français d’Amérique du Nord. Son ministère souhaite que la Commission de régulation de l’énergie «[prenne] mieux en compte »l’évolution à venir des cours de l’électricité sur les marchés de gros, où s’approvisionnent les fournisseurs.

Série de hausses

Environ 60 % des ménages sont abonnés au « tarif bleu » (sans parler des offres de marché indexées à ce tarif). En principe, celui-ci est révisé deux fois par an. L’une en février, pour répercuter les coûts d’approvisionnement de tous les fournisseurs. L’autre en août, pour tenir compte des dépenses liées à la maintenance des infrastructures d’électricité.

Habituellement, l’évolution d’août sert à financer les entreprises gérant les réseaux de transport (RTE) et de distribution (Enedis). Elle correspond au tarif d’utilisation du réseau public d’électricité. Et pour cause, le prix de l’électricité se décompose en trois tiers : celui pour l’énergie en tant que telle, celui pour son acheminement et celui pour les taxes.

La décision du gouvernement fait suite à une série de hausses. En février, le « tarif bleu » avait grimpé de 8,6 % pour le tarif de base, et de 9,8 %, pour le tarif heures pleines-heures creuses. Un bond dû à une remontée de la fiscalité, contrebalançant la baisse des cours de l’électricité sur le marché de gros. Entre 2022 et 2023, au nom de son « bouclier tarifaire » contre l’inflation, le gouvernement avait abaissé une taxe sur l’électricité à 1 euro du mégawattheure pour les particuliers.

Depuis février, cette accise est remontée à 21 euros. Et le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a prévu, pour 2025, de la faire revenir à son niveau d’avant le bouclier tarifaire (32 euros), ce qui permettra, argumente-t-il, des recettes fiscales supplémentaires. « Peu importe la suite politique, il faut que le ministère [chargé] de l’énergie et la CRE travaillent en bonne adéquation pour favoriser une meilleure visibilité pour les consommateurs », fait valoir M. Lescure. « La facture d’électricité de chaque Français baissera de 10 à 15 % en février 2025 »par rapport au tarif actuel, a promis M. Le Maire, le 12 juin, au micro de BFM-TV et de RMC. Cet engagement est, en réalité, beaucoup moins difficile à tenir qu’il n’y paraît. Le tarif réglementé de vente de l’électricité se calcule déjà, mécaniquement, sur la base des deux années écoulées.

Or, pour le marché de gros de l’électricité, le pic des prix se situait plutôt à l’été 2022. Quelques mois après le début de la guerre en Ukraine, cette période coïncidait avec une forte indisponibilité du parc nucléaire français, en raison d’un problème de corrosion sur certaines tuyauteries.

Dernièrement, le prix repère de vente du gaz a connu une évolution sensiblement plus importante. Cette indication mensuelle n’est pas une offre en soi mais elle sert de « taux directeur », après la disparition des tarifs réglementés de vente du gaz. En juillet, elle a bondi de 11,7 %, pour principalement revaloriser le tarif des réseaux de distribution.

La Croix, no. 42972
Événement, mercredi 17 juillet 2024 682 mots, p. 2,3

Le gouvernement Attal « démissionnaire »

Lauriane Clément

Emmanuel Macron devait accepter, mardi 16 juillet en fin de journée, la démission du premier ministre Gabriel Attal.

Son gouvernement dispose donc de pouvoirs restreints, jusqu’à la nomination d’un nouveau gouvernement.

Le suspense aura tenu huit jours. Après avoir refusé la démission du premier ministre, le 8 juillet, Emmanuel Macron a finalement accepté de mettre fin aux fonctions de Gabriel Attal et de son gouvernement, ce qui devait devenir officiel mardi 16 juillet en fin de journée. Cette décision entrera en vigueur le jour suivant, après la signature d’un décret présidentiel pour acter cette démission, et sa publication au Journal officiel.

Le gouvernement Attal devient donc officiellement « démissionnaire ». Concrètement, les ministres vont rester en fonction pour un temps indéterminé, jusqu’à ce que leurs successeurs soient nommés. Mais leurs prérogatives se limitent à l’expédition des « affaires courantes ». Cette pratique, absente de la Constitution de 1958, remonte à la Constitution de 1946, qui en avait fait une mention explicite dans son article 52. Le Conseil d’État a quant à lui précisé ses contours dans sa décision du 4 avril 1952, selon laquelle la restriction de la liberté de la presse en Algérie ne relève pas des affaires courantes. Cela fait depuis jurisprudence.

« Un gouvernement démissionnaire se limite à deux volets : les décrets et arrêtés nécessaires pour faire appliquer les décisions prises précédemment, comme ceux mettant en place la prochaine rentrée scolaire, et les mesures d’urgence nationale ne pouvant pas attendre, telle que la déclaration d’état d’urgence en cas d’attentat », précise Jean-Philippe Derosier, professeur de droit public à l’université de Lille et spécialiste de droit constitutionnel. Son pouvoir est donc restreint. Il ne peut par exemple pas procéder à des nominations « sensibles », ni faire passer de projet de loi. Mais il ne peut pas non plus être visé par une motion de censure, car le décret présidentiel a déjà mis fin à ses fonctions. Un avantage non négligeable pour le gouvernement Attal, qui risquait d’en faire l’objet dès l’ouverture de la XVIIe législature de l’Assemblée nationale, le 18 juillet.

C’est justement le calendrier parlementaire qui a contraint le chef de l’État à prendre cette décision. Tant que le gouvernement n’était pas démissionnaire, les 18 ministres élus députés le 7 juillet ne pouvaient pas siéger au Palais-Bourbon, en vertu du non-cumul d’une fonction ministérielle avec un mandat parlementaire. Le président se privait donc de 18 voix précieuses, alors que son camp est loin d’être majoritaire, avec 163 sièges. Ces ministres, comme Gabriel Attal et Gérald Darmanin, ne pouvaient pas non plus briguer de postes à responsabilités, comme la présidence ou la questure. Avec un gouvernement démissionnaire, rien n’empêche de cumuler ces postes. « Nous, constitutionnalistes, sommes un peu cois car il n’y a aucun précédent, pointe Anne-Charlène Bezzina, maîtresse de conférences en droit public à l’université de Rouen. L’article 23 de la Constitution indique qu’on ne peut pas être à la fois ministre et député, mais rien n’est dit sur un gouvernement démissionnaire. Cela donne lieu à un problème d’incompatibilité. »

Combien de temps un tel gouvernement pourrait-il rester en fonction ? Aucun délai maximal n’est indiqué dans les textes de loi. Selon l’AFP, un gouvernement en « affaires courantes » n’est resté au pouvoir que neuf jours sous la Ve République, et quinze jours en moyenne sous la IVe. Celui-ci pourrait battre un record de durée, en se maintenant pendant les Jeux olympiques et paralympiques, qui s’achèveront le 8 septembre. Cela semble être l’hypothèse privilégiée par Emmanuel Macron, qui a dit vouloir « laisser un peu de temps aux forces politiques pour bâtir(des) compromis. »

Pour Anne-Charlène Bezzina, cette situation risque d’engendrer de fortes contestations à l’Assemblée nationale. « Je ne vois pas comment les groupes d’opposition pourraient approuver ce type de pratique… Sauf s’il y a un consensus parlementaire, s’accordant sur le fait de ne pas faire grand-chose pendant cette première session, et d’attendre la prochaine à la rentrée. »

Le Figaro, no. 24851
Le Figaro, mercredi 17 juillet 2024 921 mots, p. 7

International

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16 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

En Tunisie, une présidentielle sur mesure pour Kaïs Saïed

Un bon nombre de candidats potentiels à l'élection du 6 octobre sont en prison, recherchés ou en exil. Le chef de l'État n'a pas encore officialisé son entrée en lice.

Dumas, Maryline

La Tunisie est en période électorale. Kaïs Saïed a annoncé la date du 6 octobre pour le premier tour de la présidentielle. Élu en octobre 2019, le président tunisien se conforme ainsi à l'ancienne Constitution de 2014 en remettant son mandat en jeu. Un semblant de premier tour a déjà commencé : il s'agit, pour les candidats déclarés, de faire valider leur dossier par l'instance électorale, l'Isie.

Les candidatures seront déposées du 29 juillet au 6 août. Les prétendants (obligatoirement musulmans et sans double nationalité) doivent présenter un casier judiciaire vierge et les parrainages, au choix, de 10 députés du Parlement, 40 présidents de collectivité locale ou 10 000 électeurs répartis dans plus de 10 circonscriptions.

La liste des candidats déclarés est longue, mais beaucoup ne passeront probablement pas le dépôt des candidatures. Seul Kaïs Saïed - qui ne s'est pas encore déclaré candidat - ou des personnes soutenant son processus entamé en juillet 2021 par le gel du Parlement peuvent prétendre à obtenir le parrainage d'élus au Parlement ou au sein des collectivités locales, l'opposition ayant boycotté ces élections. «Récolter 10000signatures de citoyens n'est pas une mince affaire. Qui a envie que son nom apparaisse comme un soutien officiel à un candidat alors que nous vivons dans un climat de peur depuis trois ans?» , s'interroge un ancien haut fonctionnaire sous couvert d'anonymat. De plus, la déliquescence des partis politiques rend difficile la tâche de récolter des signatures dans les régions internes et marginalisées. Enfin, des proches de candidats ont évoqué, ces derniers jours, des difficultés pour obtenir une copie de leur casier judiciaire et le formulaire de parrainage à faire remplir aux citoyens qu'exige une inscription préalable à l'Isie.

Il faut dire que la situation de certains politiques ne facilite pas les choses. Trois candidats déclarés sont en prison : Issam Chebbi (centre gauche) et Abir Moussi (se proclamant de l'héritage de Bourguiba et de Ben Ali) le sont depuis des mois. Le premier pour « complot contre l'État » - comme une vingtaine d'autres personnalités politiques -, la seconde sous divers chefs d'accusation. Ils ont été rejoints, le 3 juillet, par Lotfi Mraïhi, président de l'Union populaire républicaine, accusé de blanchiment d'argent. Ses partisans ont publié jeudi une vidéo de lui sous forme de testament politique. «Si vous regardez cette vidéo, c'est que j'ai été arrêté», commence-t-il avant de poursuivre : «On me harcèle pour quelle raison? Parce que je me suis exprimé dans les médias et j'ai déclaré que Kaïs Saïed était incompétent. (...) Je suis un concurrent politique!»

Safi Saïd, écrivain ayant annoncé en avril sa candidature, est quant à lui discret depuis quelques semaines. Alors qu'il organisait chaque matin des rencontres dans un café d'un quartier huppé de la capitale, l'ancien député n'est plus apparu depuis une quinzaine de jours. Selon les médias locaux, l'homme serait recherché à la suite d'une condamnation par contumace pour escroquerie. Abdellatif Mekki, ancien cadre démissionnaire d'Ennahdha aujourd'hui à la tête du parti Travail et Réalisation, a annoncé fin juin sa candidature. Quelques jours plus tard, il recevait une convocation à comparaître devant le juge qui lui a notifié une interdiction de voyager, de quitter son quartier de résidence et d'apparaître dans les médias et les réseaux sociaux. Il est accusé de manquement à ses devoirs. Alors qu'il était ministre de la Santé, un politicien benaliste, détenu au-delà du délai légal et notoirement malade, est mort quelques heures après sa libération.

D'autres candidats, comme Mondher Zenaïdi, plusieurs fois ministre sous Ben Ali, ou Kamel Akrout, qui fut premier conseiller à la sécurité nationale du président Béji Caïd Essebsi (2014-2019), ont annoncé leur candidature depuis l'étranger sans que l'on sache s'ils seront en mesure de rentrer en Tunisie.

«Toutes les personnes susceptibles de se présenter à cette élection sont soit en prison, soit sous la menace de l'emprisonnement», résume Ahmed Néjib Chebbi, chef de file du Front du salut national (FSN), coalition d'opposition à Kaïs Saïed.

Le FSN a annoncé qu'il ne participerait pas à cette élection, la jugeant «pipée». «Toutes les émissions politiques ont fermé dans les radios et les télévisions locales sous la menace de ce décret54, qui envoie en prison tout internaute qui écrit un statut ou tout journaliste qui émet une opinion, justifie Ahmed Néjib Chebbi. L'instance (Isie) qui va superviser les élections est complètement acquise au pouvoir et est même en conflit ouvert avec les dirigeants de l'opposition. Plusieurs procès sont intentés par cette instance aux chefs de l'opposition. Que reste-t-il d'une véritable élection? Rien du tout.»

À l'autre bout du spectre politique, au Parti destourien libre (PDL) d'Abir Moussi, qui fait elle-même l'objet d'une plainte de l'Isie, le constat est identique mais la conclusion opposée : «Il faut être pragmatique. L'Isie est là et nous ne pouvons pas la changer. Nous réclamons simplement notre droit à la liberté d'expression et aux débats», a expliqué Thameur Saad, membre du bureau politique du PDL. Il prévient : «Si les autorités veulent présenter une image positive de la Tunisie et d'eux-mêmes, il vaut mieux qu'ils acceptent la candidature d'Abir Moussi. Dans le cas contraire, tout le monde pensera qu'il y a quelque chose qui ne va pas en Tunisie.» M.D.

Libération
mardi 16 juillet 2024 872 mots, p. 3

AUTRE

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15 juillet 2024 - Libération (site web)

A l'Assemblée, le retour du débat sur le cordon sanitaire

Lucie Alexandre; Victor Boiteau

AUTRE

En 2022, la digue avait déjà sauté. Pour la première fois, l'arrivée de 89 députés permettait au Rassemblement national d'accéder à des postes clés de l'Assemblée nationale. La gauche avait alors plaidé pour leur barrer la route et dresser dans l'enceinte parlementaire un «cordon sanitaire» sur le modèle de ce qui se pratique – notamment – au Parlement européen : les partis républicains s'entendent alors pour empêcher l'extrême droite d'obtenir des fonctions stratégiques d'une institution démocratique. En vain. Les macronistes et Les Républicains avaient alors refusé la pratique, expliquant qu'il était, selon eux, nécessaire d'offrir une représentation à toutes les sensibilités issues des élections : les députés RN Sébastien Chenu (Nord) et Hélène Laporte (Lot-et-Garonne) avaient été désignés viceprésidents de l'Assemblée nationale. Protocole. Qu'en sera-t-il cette fois-ci ? Le camp présidentiel et la droite manquent encore de clarté sur ce sujet. Car la répartition des postes est soumise à un protocole ficelé. Il y a d'abord l'élection du président de la Chambre basse par l'ensemble des députés lors d'un vote dans l'hémicycle à l'ouverture de la première séance jeudi. Les deux premiers tours se jouent à la majorité absolue des suffrages exprimés. Un troisième peut se tenir à la majorité relative. Si le RN présentera une candidature, il n'a aucune chance d'obtenir le Perchoir vu qu'il a moins de députés que la gauche ou le camp présidentiel. Ce sont des places au bureau que visent les partisans de Le Pen. L'organe qui fixe les règles du jeu de l'Assemblée est encadré, lui, par un système de points. Chaque poste (viceprésidents, questeurs, secrétaires) en vaut un certain nombre. Les groupes disposent de points au prorata de leurs effectifs. Et, d'ordinaire, négocient entre eux pour se répartir les postes. S'il n'y a pas de deal, les députés votent. Pour leur première réunion de groupe après l'élection de Gabriel Attal à leur tête, samedi, les députés Renaissance ont décidé, à la quasiunanimité, d'une autre ligne qu'en 2022 : «Ni LFI ni RN.» Manière assez grossière de tenter d'enfoncer un coin entre LFI et ses partenaires du Nouveau Front populaire. «Ni RN ni LFI ça ne veut pas dire qu'on trace un signe égal entre les deux, tente de nuancer un député Renaissance. Pour des raisons différentes, à des niveaux différents, on ne veut pas leur confier de postes. Le RN parce que c'est un parti raciste et xénophobe. Les insoumis parce qu'on ne confie pas nos institutions à des gens qui bordélisent tout depuis deux ans.» Un ministre réélu député assume davantage, et plaide pour «un accord global avec les autres groupes qui s'inscrivent dans cette logique». Et précise : «Pas que LR.» Equation. C'est pourtant avec la droite que l'ex-majorité pourrait toper. Cumulées, les voix d'Ensemble et de la «Droite républicaine», la boutique de Laurent Wauquiez, dépassent celles du NFP et du RN. Un candidat commun entre les deux camps pour le Perchoir pourrait prendre de court la gauche unie et l'extrême droite, et l'emporter au troisième tour. Selon des sources parlementaires, des négociations se jouent ainsi pour proposer Annie Genevard, députée «Droite républicaine» du Doubs. «Elle serait légitime», appuie une conseillère du groupe, qui ajoute : «La bataille va être rude, Yaël Braun-Pivet s'accroche.» La présidente sortante compte en effet rempiler. A droite, le sujet devrait être abordé mercredi lors d'une réunion de groupe. Les troupes d'Horizons et du Modem, alliées à Renaissance, doivent également en discuter d'ici à jeudi. Exclure le RN de l'équation en fait déjà tiquer quelques-uns dans le camp présidentiel.

«Comment pouvons-nous être crédibles quand on dit qu'il faut écouter tous les électeurs, et en même temps s'asseoir sur leurs votes ? Attention à ne pas donner l'image d'une macronie qui s'arrange pour conserver les postes», prévient un député Renaissance. «Ça me semble compliqué de dire aux 10 millions d'électeurs du RN qu'ils n'auront même pas un poste de secrétaire de l'Assemblée, abonde Ian Boucard (ex-LR). Ne pas avoir de postes, ça les victimise.» C'est tout l'inverse à gauche, où les positions n'ont pas varié depuis 2022. Et font même – chose rare – l'objet d'un consensus inaltérable. «Le front républicain qui valait pendant les élections doit se retrouver aussi à l'Assemblée, justifie ainsi Boris Vallaud, réélu à la tête du groupe PS. Les macronistes ne jouent pas le jeu, et oublient que quelqu'un comme Elisabeth Borne a été élue face à l'extrême droite grâce au désistement du candidat LFI.» «Il faut traduire les votes en acte, les députés élus grâce au barrage doivent y rester fidèles à l'Assemblée, appuie Cyrielle Châtelain, qui devrait, sauf surprise, reprendre la tête d'un groupe écologiste désormais élargi aux anciens frondeurs de LFI. Par ailleurs, on voit bien que depuis deux ans, donner des postes clés au RN n'a pas aidé à les combattre, mais a participé à les dédiaboliser.» Les regards se tournent également vers le groupe Liot, qui propose son propre candidat en la personne de Charles de Courson. Député de la Marne depuis 1993, celui-ci pourrait l'emporter avec les voix de la gauche. «Il se positionne un peu au-dessus de la mêlée, sa candidature est la garantie du bon fonctionnement des institutions», explique-t-on chez Liot. Pour l'heure, le groupe tergiverse, et doit se réunir mardi après-midi pour aborder le sujet.

Libération
mardi 16 juillet 2024 1079 mots, p. 4

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16 juillet 2024 - Libération (site web)

Dans le Lot-et-Garonne, «les gens veulent être contre quelque chose»

Tristan Berteloot

événement

Ce samedi sur le marché de Villeneuve-sur-Lot, à l'ombre des arcades, un vendeur de plants de légumes place un échiquier sur une table et attend son adversaire du jour. Il va lui faire la défense scandinave. Ouverture réservée aux initiés : le pion attaque au centre. Mais il faut avoir anticipé la suite, car un clouage assassin immobilise le roi à l'aile dame. Notre homme, bouille ronde, casquette et moustache, doit finalement s'avouer vaincu.

Il se demande si tout cela n'aurait pas un lien avec Macron, sa dissolution, le vote RN. Pourquoi les gens choisissent l'extrême droite ? «Quand tu as glissé plusieurs fois sur des planches, tu cherches celle qui te semble la moins pourrie.» Pour le président de la République, accroché à sa ligne comme un mauvais joueur empoisonne la partie, il n'a qu'un mot : «Si tu mens sur l'échiquier, tu perds. En temps normal, tu abandonnes.» Sur la place Lafayette, autour, quelques maisons en pans de bois. Au milieu, une fontaine ornée de tritons. La charcuterie Groin-Groin vend ses saucissons, le kilo de pêches est à 2,50 euros, 10 le pied de lavande.

Trois types devisent entre les étals. L'un d'eux se fait appeler M. Dupont. Il est fils de harkis, 68 ans. «Nous, on a été élevés dans la tradition, le respect de l'être humain. Mais la deuxième vague d'immigration est arrivée, qui ne considère rien, et ça attend la fin du mois pour les aides sociales.» Il vote Rassemblement national. «Mais je ne veux pas qu'ils gagnent. Les législatives en ont été la preuve flagrante : ils ne sont pas prêts, et tout le monde en face fait bloc.» Soudain, M. Dupont envisage le cahier du journaliste, sur les pages quadrillées, le texte difficile à déchiffrer : «C'est écrit en arabe ?» «démission du Président ?» Dans la circonscription, la troisième du Lot-et-Garonne, le gagnant des élections s'appelle Guillaume Lepers, ancien maire de Villeneuve, un LR. Il a balayé la députée sortante RN, Annick Cousin. Succès en trompe-l'oeil : la candidate DORDOGNE 3e GIRONDE LOTET GARONNE a amélioré s o n s c o r e de 5 000 voix par rapport à 2022. Et tout le département est comme ça. La poussée du mouvement lepéniste y est monstrueuse. Elle LAND.

10 circonscription doit un peu à l'un des candidats du scrutin, symbole de la détestation des élites, qui a tenté cette année un retour en grâce : un certain Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget, du genre à mentir «les yeux dans les yeux» au sujet de son compte en Suisse. Lepers l'a emporté à la faveur du désistement de la gauche dans le Villeneuvesur-Lot LOT ET Agen TARN GARONNE GERS cadre du «front républicain» contre le RN. Sera-t-il un bon député ? «On verra, répond un habitant. Il n'est pas dit qu'on ne refasse pas de législatives entre-temps, on est habitués aux rebondissements. Pourquoi pas une démission du Président ? Je ne serais pas contre.» Penne-d'Agenais, à quelques encablures. Le village médiéval aux rues fleuries est en crête de montagne. Avant, ici, on votait à gauche. Aux dernières élections, la lepéniste Annick Cousin y est arrivée en tête au premier tour, à plus de 40 %. Quelle explication ? La vallée est l'un des premiers lieux de France en diversité agricole. On est aussi dans le fief de la Coordination rurale, une organisation populiste proche du RN, anti-écolos, aux méthodes musclées, dont le président, Serge Bousquet-Cassagne, a engendré un rejeton frontiste, Etienne. «La Coordination rurale est identitaire, analyse un commerçant de Penne-d'Agenais. Ce qui est paradoxal, c'est que la plupart des agriculteurs du coin embauchent des étrangers pour travailler dans leurs champs.» Il cite le village d'Auradou, à 8 bornes, où le RN est arrivé en tête à 48 % au premier tour. Le village est traversé par une route : pas de centre-bourg, des maisons d'habitations avec jardins. «Ici, il n'y a pas un Maghrébin, la seule fenêtre vers l'extérieur, c'est TF1 ou CNews.» A Penne-d'Agenais, l'ancien conseiller départemental PS Bernard Barral, 77 ans, accueille dans une maison d'été. Il faut passer la porte sous un jasmin citronné. Il raconte l'histoire de la région, qui autrefois fut une terre d'accueil. Les premiers arrivants bretons et vendéens, après la guerre de 1914, des ouvriers agricoles, puis les années 30, les Italiens, des Espagnols, plus tard les rapatriés d'Algérie. Dans les années 1970-1980, la situation est florissante.

Bernard Barral a vu la montée du FN aux cantonales de 2015. Le parti d'extrême droite y a présenté des candidats partout, n'importe qui, pourvu qu'ils assument leur étiquette. «Les gens se sont mis à voter pour eux, parce qu'ils veulent être contre quelque chose. Ils sont en opposition.» Elue en 2022, la députée RN Annick Cousin a fait comme ses autres collègues à l'Assemblée : on se montre partout, pas un mot de travers, en commençant par s'inviter dans des commémorations où on n'est pas le bienvenu, pour occuper le terrain et «normaliser» le parti. Elle l'a fait à la cérémonie en hommage aux insurgés de la prison d'Eysses, sous l'Occupation, dont 12 ont été fusillés et 1 200 déportés à Dachau. «Ils n'ont honte de rien», s'énerve Bernard Barral.

«Ils font ça pour faire peur aux dirigeants» A Dausse, dans les environs, non loin du Club de la vallée riante, Christophe Desrumaux est en train de charger sa camionnette. L'accompagnent Erika et Sylvain, tous les trois la cinquantaine. Les deux premiers sont cafetiers et dirigent l'Encas, qui donne sur la D661. A l'intérieur, un billard et une rôtissoire pour le poulet du dimanche. Erika se promène pieds nus, Sylvain porte un tee-shirt militaire et un short militaire. Elle pense que les Français sont «des moutons», lui est «RN à fond». «Bardella, je l'aime bien, il parle bien, ce n'est pas Jean- Marie Le Pen», pense-t-il.

Erika croit qu'aux dernières élections, «il y a eu de la magouille. J'en veux aux électeurs de ne pas choisir la même chose au premier tour qu'au deuxième. Ils font ça pour faire peur aux dirigeants. Au début, tout le monde est RN, et à la fin, plus personne. Moi, j'ai plus envie d'aller aux urnes. On en a marre de Macron, et Le Pen, on l'a jamais essayée». Christophe : «Son parti, il n'a pas des idées fascistes, comme on dit à la télé. L'extrême droite, c'est Zemmour.» Il en convient : «Ici, on n'est pas emmerdés par l'insécurité. Les immigrés, ce sont eux qui bossent, et il y en a des biens.»

Le Figaro, no. 24850
Le Figaro, mardi 16 juillet 2024 974 mots, p. 6

Politique

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15 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Assemblée : divisés sur le sort du RN, les macronistes tentés par un accord avec LR

Les députés du camp présidentiel ne veulent pas laisser la gauche prendre le perchoir, mais l'attitude à adopter face au RN crée des remous.

Bordas, Wally, Hausalter, Louis, Laubacher, Paul

Ce n'est pas ma ligne.»Au Figaro, François Bayrou dit son désaccord avec la position adoptée lundi par les députés du groupe désormais présidé par Gabriel Attal et baptisé Ensemble pour la République (nouvelle appellation de Renaissance, le nom du parti présidentiel étant relégué aux oubliettes). À plus de 90 %, ces rescapés de la dissolution ont décidé de n'apporter aucun soutien au Rassemblement national ni à La France insoumise lors des élections aux postes clés de l'Assemblée nationale, qui se tiendront à partir de jeudi. «Nous ne prendrons pas part au vote en cas de candidature du RN ou de LFI» , résume un participant.

Au risque de priver du moindre poste le RN, parti qui a réuni le plus de voix aux législatives. François Bayrou insiste : «Des règles assurent l'équité au sein des instances de l'Assemblée, la règle principale étant la proportionnelle au nombre des sièges. Chacun a droit à sa légitime part, quelles que soient les étiquettes.»En 2022, le MoDem avait d'ailleurs pesé pour aboutir à un accord global sur les postes. Le RN avait décroché deux vice-présidences, et LFI, une.

Lors d'une réunion en visio du groupe de Gabriel Attal, plusieurs députés ont aussi fait part de leur malaise. «Arrêtons de flinguer les oppositions comme ça, c'est ce qui fait le plus monter le RN» ,a lancé l'élu des Yvelines Karl Olive. «On flatte notre moral, mais on durcit leur électorat» ,a averti son collègue des Côtes-d'Armor Éric Bothorel. En fin de semaine dernière, la présidente sortante Yaël Braun-Pivet avait elle aussi estimé auprès d'Emmanuel Macron que le RN devait toujours avoir sa place dans les instances de l'Assemblée. Très active en coulisses pour assurer sa réélection, la députée des Yvelines n'a donc pas eu gain de cause, elle dont les discussions avec Sébastien Chenu (RN) en vue du scrutin, révélées dans nos colonnes, ont ulcéré la gauche. «Je veux couper court à ce qu'on dit à ce sujet» ,s'est-elle d'ailleurs insurgée lundi lors de la réunion de groupe.

«Ce résultat, ça signifie qu'elle est minoritaire dans son propre camp. Et ça change tout» ,analyse un potentiel soutien. «Yaël Braun-Pivet ne veut finalement pas des voix des députés RN, eh bien elle ne les aura pas» ,lâche, amer, un député RN. De quoi donner sa chance à un autre candidat capable de ratisser large ? L'électron libre Charles de Courson, du groupe Liot, a déclaré sa candidature. Les noms de Naïma Moutchou (Horizons) et de Geneviève Darrieussecq (MoDem) circulent. «Nous avons en tout cas intérêt à ce que le ou la future présidente de l'Assemblée soient issus de l'arc républicain, et encore plus intérêt à ce qu'ils soient du bloc central» ,plaide le député ex-Renaissance Marc Ferracci.

Devant plusieurs cadres de son camp reçus lundi à l'Élysée, Emmanuel Macron a de nouveau appelé à «bâtir une coalition républicaine».Mais pas avec n'importe qui. Car au menu de ce déjeuner figurait le moyen d'empêcher une personnalité désignée par le Nouveau Front populaire de grimper au perchoir, alors que les partis de gauche, incapables de s'entendre sur le nom d'un premier ministre, ont suspendu leurs discussions. Le scénario privilégié est donc une entente avec Les Républicains. «On peut leur donner la présidence de l'Assemblée en échange d'un accord sur d'autres postes» ,avance un proche du chef de l'État. Lors de la visio des députés macronistes, Gérald Darmanin a insisté sur l'importance de la présidence de la commission des finances, un poste qui doit normalement revenir à l'opposition. De quoi entrevoir un casse-tête supplémentaire. «Tout le monde est dans l'opposition puisqu'il n'y a pas de majorité!» ,s'esclaffe un cadre de Renaissance.

Chez LR, la perspective de récupérer des postes ne laisse pas indifférent. «On est quarante-trois. Soit on négocie, soit on n'a rien» ,avoue un conseiller bien placé. En jeu, une vice-présidence perdue en 2022, et un poste de questeur qu'occupait jusqu'ici Éric Ciotti, parti vers d'autres horizons politiques. Le nom d'Annie Genevard est cité aussi bien côté LR que côté macroniste. Mais l'ancienne vice-présidente de l'Assemblée, elle, ne se voit pas barrer la route aux députés RN : «L'esprit du règlement de l'Assemblée est qu'il y ait une représentation de l'ensemble des députés présents dans l'hémicycle. On ne doit ni exclure ni privilégier personne.» Un cadre du camp présidentiel n'écarte toutefois pas des vice-présidents RN : «En cas d'accord avec LR, nous n'allons pas prendre trois vice-présidences et leur donner les trois autres. L'idée serait d'en sécuriser quelques-unes et de laisser la liberté de vote sur le reste. Ce qui laisserait donc de la place pour le RN et LFI.»

Du côté des proches de Marine Le Pen, l'argumentaire est prêt. «Je ne suis pas sûr que cela soit très intelligent de priver de représentativité au sein des institutions de l'Assemblée plus de 10millions d'électeurs» ,fait valoir l'un d'eux. Dans cette législature née de la dissolution, les 125 députés marinistes se retrouvent dans une situation paradoxale : ils n'ont jamais été aussi nombreux, mais cela ne leur garantira pas d'accéder aux postes qu'ils désirent. Ils s'en tiennent donc à observer ce que trament les autres forces politiques. Mais leurs ambitions sont revues à la hausse et le casting est déjà prêt. En plus de Sébastien Chenu et Hélène Laporte, vice-présidents sortants, Bruno Bilde, ami proche de Marine Le Pen, atterrirait à la questure, et Jean-Philippe Tanguy à la présidence de la commission des finances. Un cadre assure : «Pour l'instant, nous sommes les seuls à avoir une position claire: nous sommes dans l'opposition.»Les autres groupes devront, eux, se décider jeudi. W B ET L.H. ET P. L.

Libération
mardi 16 juillet 2024 602 mots, p. 18

Idées/

Le CNC doit demeurer au service de la création et non d'une politique partisane

un collectif de syndicats; organisations de cinéma

Idées/

Depuis la démission de Dominique Boutonnat le 28 juin, la présidence du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) est vacante, assurée dans l'intérim par son directeur général Olivier Henrard.

Lors du dernier Conseil des ministres précédant le second tour des élections législatives, alors qu'une victoire du Rassemblement national était fortement redoutée, le président de la République n'a pourtant nommé personne à ce poste, prenant le risque de remettre aux mains de l'extrême droite cette institution essentielle à l'existence de nos métiers et de la culture. Cependant, alors que ce danger semble écarté, mais qu'aucun gouvernement n'est encore constitué, le bruit court avec insistance d'une nomination imminente ; et ce, sans concertation avec aucune des organisations représentatives des professionnel·les du secteur. Nous tenons à rappeler et à faire valoir que le CNC, depuis sa création en 1946, s'inscrit dans une tradition de concertation constante avec l'ensemble des parties prenantes des secteurs du cinéma, de l'audiovisuel et de l'image animée. Le CNC doit demeurer au service de la création, des professionnel·les et du public dans leur pluralité, et non à celui d'une politique partisane. Il est indispensable, tant pour le bon fonctionnement de l'institution que pour son exemplarité, que ce principe soit respecté. C'est d'autant plus nécessaire après la condamnation pour agression sexuelle de Dominique Boutonnat, dont la mise en examen avait entaché l'image du CNC. Son comportement a par ailleurs fortement entravé les relations de travail au sein de l'institution.

De fait, les avancées majeures de ces dernières années ont été obtenues de concert avec les syndicats, organisations paritaires et associations des différent·es professionnel·les de nos secteurs pour, d'une part, assurer une production cinématographique et audiovisuelle inventive, audacieuse et diversifiée, et d'autre part améliorer les conditions de travail des différent·es acteur·ices du secteur (répartition des aides, formation à la lutte contre le harcèlement et les violences sexistes et sexuelles, bonus parité, fonds d'aide à la diversité, dispositifs d'éducation à l'image…). Nous demandons par conséquent que la présidence du CNC soit attribuée, en concertation avec les organisations professionnelles du monde du cinéma et de l'audiovisuel, à une personne aux connaissances et aux compétences établies et reconnues, garante de la diversité des points de vue et des formes, et convaincue de la place déterminante de la création cinématographique et audiovisuelle dans nos sociétés, maillon essentiel pour la vitalité de nos démocraties en France et en Europe.• PARMI LES SIGNATAIRES : La CGT Spectacle, le Collectif 50 /50, la Société des réalisatrices et réalisateurs de films, l'Association des responsables de distribution artistique, l'Association des acteurices, le Syndicat français des artistes interprètes, le Syndicat des distributeurs indépendants, les Scénaristes de cinéma associés, le Syndicat des producteurs indépendants, Femmes à la caméra, l'Association légitimité et inclusivité des arts scénarisés, l'Association des cinéastes documentaristes, l'Association des directeurices de production, l'Association des décorateurices de cinéma, l'Association des secrétaires, assistant.e.s de production & coordinateur.rice.s, l'Association des régisseurs et régisseuses, l'Association française des assistants réalisateurs de fiction, l'Union des chefs opérateurs, l'Association des directeurices de post-production, les monteurs associe.e.s et Clémentine Autain (députée), Sandrine Rousseau (députée), Sophie Taillé-Polian (viceprésidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale), Fatiha Keloua-Hachi (députée), Sarah Legrain (députée) Aurélie Filippetti (ex-députée et ancienne ministre de la Culture)… Liste complète des signataires sur Libération.fr

Nous demandons que la présidence du CNC soit attribuée à une personne aux connaissances et aux compétences établies et reconnues.

Le Figaro, no. 24850
Le Figaro, mardi 16 juillet 2024 463 mots, p. 7

Politique

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15 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Les anciens frondeurs de LFI rejoignent le groupe écologiste

Flurin, Richard

Les frondeurs de La France insoumise ont trouvé une piste d'atterrissage. Clémentine Autain, Danielle Simonnet, Alexis Corbière, Hendrik Davi et François Ruffin, en rupture de ban avec Jean-Luc Mélenchon, siégeront au sein du groupe parlementaire des Écologistes, qui comprenait déjà 6 députés du microparti Génération.s, proche de LFI. De quoi grossir les rangs, qui comptaient 33 députés au total après les législatives anticipées, c'est-à-dire moitié moins que les socialistes et moins encore que les Insoumis. Selon L'Opinion, les députés écologistes ont voté à l'unanimité, lundi matin, l'arrivée des cinq transfuges.

Le nom du futur groupe élargi des écologistes évoluera pour prendre en considération cette nouvelle composante. Quant à sa présidence, qui a été assurée entre 2022 et 2024 par la députée écologiste de l'Isère Cyrielle Châtelain, elle ne devrait pas changer, sauf si cette dernière parvient à devenir présidente de l'Assemblée nationale lors du vote qui se tiendra jeudi. Une première votation de ce nouveau groupe aura lieu mardi pour trancher la question de la présidence du groupe.

Inquiétude de certains Verts

Les frondeurs Insoumis avaient manoeuvré la semaine dernière pour agglomérer au sein d'un seul groupe non seulement les écologistes, mais aussi les communistes et plusieurs députés ultramarins, qui formaient jusqu'alors un groupe commun, dit de la « gauche démocrate et républicaine » (GDR). Mais le groupe GDR s'est maintenu, et devrait compter quelque 17 élus. Trois députés réunionnais, tentés de rejoindre le groupe LFI, ont décidé de se maintenir avec les neuf députés communistes ; à condition, cependant, que les frondeurs insoumis ne les rejoignent pas.

Le grand rassemblement du reste de la gauche, hors PS et LFI, au Palais Bourbon, impulsé par les cinq renégats mélenchonistes, a donc échoué. «Nous avions un objectif commun de création d'un groupe plus large avec les députés communistes et ultramarins. Ce projet n'a pas pu voir le jour, et nous remercions les députés écologistes et Génération.s de nous accueillir chaleureusement», a assuré la députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain. Les travées gauches de l'Hémicycle compteront donc quatre groupes.

L'arrivée parmi les députés écologistes de ces poids lourds politiques, en particulier les présidentiables Clémentine Autain et François Ruffin, suscite de l'inquiétude chez certains Verts. «Ce n'est plus le groupe des écolos, c'est le groupe de François Ruffin», s'étrangle un écologiste. Sandrine Rousseau, députée très identifiée, ne verrait pas d'un très bon oeil ce transfert. «Pour elle, ça fait de la concurrence», estime un ancien proche de Yannick Jadot. Pour les Verts les plus modérés, ce rapprochement symbolise surtout la conversion idéologique de la direction du mouvement au logiciel mélenchoniste. «On accrédite l'idée qu'eux et nous, c'est un peu pareil, tout en faisant un sacré pied de nez aux socialistes» , regrette un élu écolo. R. F.

Le Figaro, no. 24850
Le Figaro, mardi 16 juillet 2024 1125 mots, p. 6

Politique

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15 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Laurent Wauquiez dévoile les objectifs du « pacte législatif » de la droite

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Laurent Wauquiez ne veut pas perdre de temps. Lundi matin, cinq jours après avoir pris la tête du groupe La Droite républicaine, le député de Haute-Loire a retrouvé ses collègues en visioconférence pour plancher sur le contenu d'un pacte législatif visant à répondre aux urgences du pays. «J'assume mes responsabilités: nous ne laisserons pas La France insoumise prendre le pouvoir», confie-t-il au Figaro.

Ce projet LR, reposant sur une dizaine de textes jugés prioritaires, met l'exécutif sous pression : soit un chemin législatif s'ouvre pour permettre les réformes proposées par la droite, soit Emmanuel Macron devra les engager par voie référendaire. Le nouveau président du groupe souhaite aussi poursuivre ces travaux en coopération «étroite» avec le Sénat. La version finale sera actée conjointement par les députés et les sénateurs, lesquels ont prévu de s'y mettre dès jeudi. Il annonce aussi que «quatre propositions prioritaires» seront extraites de ce pacte législatif pour «débloquer la France dans les cent jours». Une fois que cette offre sera posée sur la table de l'exécutif, peut-être dès la semaine prochaine, il s'agira de trouver les partenaires pour faire passer toutes les lois dont la France a «cruellement besoin».

Laurent Wauquiez assume cette volonté de pousser le pouvoir à réagir face aux urgences. «Nous voulons poser les choses clairement et montrer que la majorité du pays est autour de ces idées, contrairement à ce que le Nouveau Front populaire voudrait faire croire sur la base d'une supercherie électorale,poursuit le patron des députés LR . La majorité de la France est pour la restauration de l'ordre, la défense des valeurs de la laïcité et pour la revalorisation du travail.»

Le député de Haute-Loire part d'un constat critique : le spectacle offert par la politique française depuis les résultats des législatives n'est pas digne. «L'image projetée par les différents partis politiques est lamentable, aussi bien côté Renaissance que NFP ou RN. Alors même que les Français ont exprimé des choses fortes sur la dévalorisation du travail, l'insécurité, l'immigration ou le ras-le-bol des normes, les seules réponses apportées par les responsables politiques portent sur la manière d'échafauder des petits accords de partis pour prendre le pouvoir. Nous, notre conviction, c'est que l'Assemblée a besoin d'un pôle de responsabilité et de travail. C'est ce que nous voulons incarner.» C'est pourquoi le chef de file des députés LR préconise la recherche de «solutions sur le fond» pour répondre aux attentes des Français.

Se disant «très préoccupé» par la situation actuelle des institutions, Laurent Wauquiez estime que le pays ne peut pas se payer le luxe de rester bloqué compte tenu de l'ampleur des difficultés. «Notre objectif, précise-t-il , est de mettre des propositions de bon sens sur la table qui correspondent aux valeurs qui sont les nôtres, en précisant que nous sommes prêts à travailler avec tous ceux qui seront capables de nous rejoindre pour faire avancer ces réformes législatives.» Pour la droite, les problèmes de la France sont le résultat d'une accumulation de difficultés non réglées. Au coeur de son pacte législatif, elle pose deux axes prioritaires.

Le premier est la revalorisation du travail. En limitant les dérives de l'assistanat, les LR entendent revaloriser les salaires nets. «La première injustice est que ceux qui travaillent ne gagnent pas plus que ceux qui ne travaillent pas», insiste Laurent Wauquiez. L'autre pilier du pacte est la restauration de l'autorité. «Ce sont les deux principaux problèmes du pays.»

Les Républicains assument également deux lignes rouges «très importantes». Plaidant d'abord pour le retour du sérieux budgétaire, Laurent Wauquiez prévient : «On ne cautionnera pas un gouvernement qui continue dans le « quoi qu'il en coûte » et le laxisme budgétaire. Et l'on ne cautionnera pas un gouvernement qui achètera la restauration des finances publiques par l'augmentation des impôts. Il faut sortir de cette spirale.» Ensuite, les LR s'opposeront aussi au «sacrifice des retraités». «C'est la France qui a travaillé toute sa vie», juge Laurent Wauquiez.

Alors que certains, à droite, plaident pour diverses formes de participation gouvernementale, le nouveau patron du groupe LR assure que la ligne est tranchée. «Cette question ne fait pas débat. Elle fait partie de la constitution initiale de notre groupe. Nous voulons offrir aux Français la parole d'une droite républicaine et indépendante. C'est tout ce que nous cherchons à construire. C'est le début de la reconstruction du discours de la droite que nous faisons. Il y a eu trop d'ambiguïtés par le passé. Ce pacte exprime les valeurs d'une famille politique au clair avec ce qu'elle veut proposer au pays. Et cela ne se construit pas dans le « en même temps ». Les petits accords partisans ne sont pas à la hauteur du sujet. Nous ne sommes pas là pour négocier des postes.»

Le cap est donc de travailler, proposer, ne pas bloquer, assumer ses responsabilités, empêcher LFI d'arriver aux affaires et dire à toutes les bonnes volontés qu'elles seront bienvenues si elles sont en accord avec les solutions législatives portées par la droite. «La méthode Wauquiez a calmé les tentations de certains», glisse un cadre, en référence aux quelques députés LR réticents. «Objectivement, on a tous fait un pas l'un envers l'autre», reconnaît Philippe Juvin, l'un de ceux qui prônent depuis longtemps un « contrat de gouvernement » avec Emmanuel Macron - une position «minoritaire», assume le député des Hauts-de-Seine. «L'idée d'un pacte parlementaire va dans le bon sens.»

Cette première réunion de groupe, à entendre les députés, est la bienvenue. «Nos échanges sont très constructifs et l'ambiance, excellente», jure Annie Genevard (Doubs). Véronique Louwagie (Orne) juge «important d'apporter des réponses aux préoccupations des Français de manière collégiale. Et nous sommes tous d'accord pour faire barrage à l'extrême gauche.» Les députés LR veulent aussi répondre aux attentes des électeurs qui, dans leurs circonscriptions, leur demandent de «tout faire pour éviter un gouvernement Nouveau Front populaire». Conscients de ne pas avoir plus de majorité que leurs rivaux à l'Assemblée, ils veulent être perçus comme une force de «proposition», tout en défendant leur «colonne vertébrale».

Un parlementaire, pas franchement wauquiéziste, ajoute : «Franchement, ça fait du bien. Laurent sait y faire, il faut bien lui reconnaître cette intelligence: il veille à ce que chacun prenne la parole, que personne ne puisse le soupçonner de vouloir brider le groupe. Certains ont peur que ce groupe devienne une écurie présidentielle mais je ne vois aucun « red flag »... pour l'instant.» Vincent Jeanbrun (Val-de-Marne) ajoute : «La team Wauquiez est très efficace, il y a un côté machine de guerre, on n'est pas dans le bla-bla. Quand d'autres, au NFP, cherchent des postes, nous, on travaille et on refuse de bloquer le pays.» Julien Dive, député de l'Aisne, renchérit : «On est les seuls à mettre les mains dans le cambouis.» ET E.G.

Libération
mardi 16 juillet 2024 948 mots, p. 2,3

Événement

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15 juillet 2024 - Libération (site web)

«Défaite» du RN Un simple sursis avant le pouvoir ?

Nicolas Massol

Événement

Au Rassemblement national, la défaite est un sentiment familier, que l'on purge à coups de formules censées rendre l'envie d'aller de l'avant. «L'avenir commence toujours demain», disait Jean-Marie Le Pen, coutumier des déconvenues électorales. «Laissez donc retomber la poussière», a ordonné sa fille après la contreperformance de son parti au second tour des élections législatives, le 7 juillet. La remarque visait d'abord son premier lieutenant, Jordan Bardella, moins habitué aux échecs, du haut de ses 28 ans et de son parcours foudroyant, qui affirmait prendre sa part de responsabilité dans la «défaite» des siens. Un mot qui a agacé la numéro 1.

Une fois la poussière retombée, donc, quel paysage se dessine ? Il n'est pas si sombre pour la formation d'extrême droite, veulent croire ses hiérarques. Certes, la marche était encore trop haute pour se hisser en haut du perron de Matignon. Mais, pour les prochains mois, le RN, avec un niveau de jeu élevé de plusieurs millions de voix par rapport aux dernières élections législatives, se retrouve dans la position qui lui convient le mieux : celle d'observateur, et parfois d'arbitre, du combat entre la gauche et l'ex-majorité présidentielle. Profitant des faiblesses des uns et des autres et de la crise politique, les frontistes espèrent tirer leurs marrons du feu lors d'une prochaine dissolution ou, au plus tard, de la présidentielle de 2027, en débarquant plus frais que leurs adversaires usés par le pouvoir ou les querelles internes.

Organisation sévère De leur côté, passé les premiers jours d'amertume de la semaine dernière, les chefs à plumes se sont rapidement remis en selle et accordés sur l'idée qu'il était inutile de changer une équipe qui gagne – même quand elle ne gagne jamais vraiment. L'examen de conscience attendra. Ce dernier devrait s'appliquer au parti, auquel il faut trouver un nouveau directeur général capable enfin de le faire monter en professionnalisation. Le poste est vacant depuis la démission contrainte de Gilles Pennelle, élu au Parlement européen, coupable d'avoir maintenu un trop grand nombre de délégués départementaux radicaux qui, à leur tour, ont fermé les yeux sur beaucoup de profils problématiques. Parmi les députés, certains plaident pour de fortes annonces en septembre, même si ces dernières, comme toujours, n'engageront que ceux qui les prennent au sérieux. Avec une dotation annuelle considérablement renforcée (environ 15 millions d'euros par an), le RN pourrait se doter d'un vrai outil de détection des profils sulfureux, voire de formation des candidats, parfois encore ignorants du programme de leur propre parti. D'ici là, sans surprise, le centre de gravité du lepénisme devrait regagner le «pavillon A» du Palais-Bourbon, à l'angle de la rue de l'Université et de la rue Aristide-Briand, à Paris, où Marine Le Pen et une poignée de députés proches prennent les grandes décisions. Le message a été passé de la manière la plus claire qui soit, mercredi, lors de la première réunion du groupe. «Il y a eu un focus plus appuyé pour rappeler que les opinions personnelles ne doivent pas s'exprimer», rapporte un témoin. «Le ton était clair, restitue un député réélu, ça faisait un peu “on est contents que vous soyez là mais ce serait bien que vous fermiez vos gueules”. Je ne suis pas trop fan du côté caporalisation, mais j'imagine que ça concernait surtout les nouveaux.» Elus d'abord grâce au parti, ce qu'ils se sont vu rappeler avec rudesse, les parlementaires frontistes seront donc toujours encadrés politiquement par des conseillers techniques. Dernière victime : Roger Chudeau, député du Loir-et-Cher, s'est vu intimer l'ordre de présenter ses plates excuses sur X après ses propos xénophobes sur les binationaux pendant la campagne des législatives. Cette organisation sévère est vue comme la condition du succès du parti en 2027. «Le plan c'est plus ou moins de faire ce qu'on faisait depuis 2022 et qui ne fonctionnait pas si mal», remarque le numéro 2 du groupe, Jean-Philippe Tanguy, réélu dans la Somme. Un «groupe Potemkine», godillot mais sans trop de dérapages. A condition que la troupe suive… Ce qui n'est pas forcément acquis dans un collectif marqué par la défaite de sept sortants, dont l'un des plus impliqués à Paris, le Girondin Grégoire de Fournas. Si les ouailles de Marine Le Pen n'ont guère la fibre frondeuse, elles pourraient en revanche passer plus de temps en circonscription, voire consacrer une plus grosse partie de leur enveloppe parlementaire à leurs collaborateurs de terrain, au détriment du travail législatif.

L'ambiance sera sans doute plus libre du côté du groupe d'Eric Ciotti, «A Droite !», avec lequel le RN devrait former un intergroupe. A quoi serviront ces 17 députés ? A gagner en temps de parole, déjà.

«faiseur de rois» «C'est très utile d'avoir un deuxième groupe qui dit la même chose que nous», se félicite le député de l'Oise Alexandre Sabatou. A servir de force d'attraction aux futures recrues, veut croire Charles-Henri Alloncle, élu ciottiste de l'Hérault : «Il est important pour nous de montrer que nous sommes les alliés du RN et non des ralliés. Nous avons intérêt à montrer des nuances dans un tout bien plus fongible que le NFP.» Reste à savoir si le cordon sanitaire (lire ci-contre) enserrera sans nuance ces deux groupes d'extrême droite. Dans tous les cas, «le RN sera bien plus faiseur de rois qu'avant», se persuade un député, évoquant les élections des postes clés en fin de semaine. «Si nous décidons de nous abstenir dans telle nomination, c'est la gauche qui raflera tous les postes et la macronie n'aura plus qu'à nous supplier pour qu'on vote le moins pire, ricane le même. Bref, les castors vont devoir se dépatouiller entre eux.» Tandis – c'est le pari du RN – que les flots continuent de monter.•

Le Monde
France, mardi 16 juillet 2024 1981 mots, p. 13
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15 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Portrait

Sonia Backès, la loyaliste qui a « allumé la mèche »

La présidente de la province Sud de Nouvelle-Calédonie a perdu le soutien des non-indépendantistes

Nathalie Guibert

C’est un message que l’Américain Donald Trump ne renierait pas. « L’Etat n’a pas permis que cette élection se passe de manière démocratique et transparente. » Soit la contestation, immédiate, du second tour du scrutin législatif, dimanche 7 juillet en Nouvelle-Calédonie, marqué par la victoire du premier député indépendantiste depuis 1986, Emmanuel Tjibaou. L’objection, postée sur les réseaux sociaux, émane de Sonia Backès, la cheffe de file du camp loyaliste, face à son échec. A Nouméa, la présidente de la province Sud, élue en 2019, Sonia Backès, ne surprend plus ; elle assume depuis des mois avec sa garde rapprochée une radicalité débridée. « Fraude à grande échelle. Scrutin ni libre ni sincère » , ajoutait, le 7 juillet, sans fournir de preuves, son numéro deux, Philippe Blaise, sur son compte Facebook.

Quand, le 28 mars, à Nouméa, la quadragénaire mobilise ses sympathisants pour défendre la réforme du corps électoral, avancée par Emmanuel Macron en dépit de son rejet par le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), elle monte le ton : « Je vais leur dire[aux indépendantistes] , on a été gentils, trop gentils. Mais c’est terminé. On va pas se laisser faire. » Le Sénat s’apprête à voter le projet, certains redoutent des violences, elle, enchaîne : « Je le dis à Paris, aux parlementaires qui tremblent. Le bordel, c’est nous qui le mettrons si on essaie de nous marcher dessus ! »

Tel le chiffon rouge de l’arène, ce « bordel » va enflammer les réseaux sociaux. « Backès dégage », « Sonia Backès bourre ta mère », « Backès BTM », lit-on, partout sur les barrages, depuis le début de l’insurrection kanak, le 13 mai, contre la réforme, plongeant le territoire dans le chaos. La responsable politique appelle à la « résistance », tandis que ses alliés de la droite, Nicolas Metzdorf, alors député Renaissance – il a été réélu, le 7 juillet, mais sous l’étiquette divers droite –, et Virginie Ruffenach, la cheffe du groupe Rassemblement au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, dénoncent qui « une dictature », qui un « terrorisme ».

« Aveuglement »

C’en est trop, désormais, pour un camp non indépendantiste effaré par le désastre qui engloutit le territoire. Simon Loueckhote, Kanak et sénateur de 1992 à 2011, affirme, mi-mai, que « la radicalisation du partenaire » indépendantiste est la conséquence de « l’aveuglement » loyaliste. Dans une « pétition pour la paix », quatre membres du gouvernement local, jusque-là des proches, lâchent publiquement Sonia Backès début juin, dont le maire de Dumbéa, Yoann Lecourieux (Rassemblement-Les Républicains, LR), qui l’accuse d’avoir « allumé la mèche » du désordre. Mais aussi les enfants de Jacques Lafleur, la figure tutélaire de la Nouvelle-Calédonie française, Isabelle et Pascal. Et Sonia Lagarde, maire de Nouméa et soutien d’Emmanuel Macron. Ou encore le plus grand patron de l’archipel, Didier Leroux, suivi d’autres chefs d’entreprise – autant de financeurs potentiels d’une future campagne, pour celle qui pense pouvoir être réélue en 2025.

A Paris, si l’exécutif n’émet nulle autocritique sur la méthode Macron dans le dossier, il prend aussi ses distances avec l’ex-secrétaire d’Etat à la citoyenneté (2022-2023). En 2017, le clan Backès avait appelé à voter Marine Le Pen, mais, en 2022, le ministre des outre-mer d’alors, Sébastien Lecornu, a convaincu le chef de l’Etat de la prendre au gouvernement. Sa nomination, sous l’autorité du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a signé la fin de l’impartialité de l’Etat, accusent les indépendantistes. A raison. En ligne directe avec l’Elysée et la Place Beauvau, elle a exercé une grande influence à Paris sur la façon d’appréhender le sujet néo-calédonien.

Dans la recherche en cours d’un nouveau statut pour la Nouvelle-Calédonie, durant les six mois qui ont précédé la crise, elle a affirmé au gouvernement qu’elle allait obtenir un accord avec les indépendantistes, confirment les sources proches du dossier, mais Sonia Backès négociait avec des personnalités qui n’avaient pas toutes mandat. Elle s’est enfermée avec le président de l’Union calédonienne-FLNKS (UC-FLNKS), le radical et inconstant Daniel Goa. Pour elle, en effet, une négociation se mène aux extrêmes, « entre les durs ». « Ce n’est pas entre la Suisse et le Vatican que cela se joue à la fin », dit-elle au Monde. Elle assure qu’un accord était prêt, « le 10 mai ».Les divisions des chefs du FLNKS les auraient « empêchés de le vendre à leur base ». « Elle y croyait vraiment », souligne son conseiller Bastien Vandendyck, qui vante son courage. « Ni Gérald Darmanin, ni le président, ni moi ne voulions aller au bout du dégel du corps électoral, c’était toujours pensé pour provoquer l’accord politique », assure-t-elle. Sauf que la réforme constitutionnelle a été votée, prête à être adoptée par le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Le compromis permettant d’écrire l’avenir du territoire a fait flop. La Nouvelle-Calédonie a sombré dans le chaos. « C’est un pari perdu », consent-elle.

Sonia Backès, née Dos Santos, est la fille d’une mère partie à la dérive dans la Scientologie et d’un père d’origine portugaise, professeur de français, arrivé en 1952 sur le Caillou. Elle a effectué ses études en mathématiques puis en informatique, dans l’Hexagone. Avant de trouver en 2000 un poste de cheffe de projet dans l’administration du gouvernement de Nouvelle-Calédonie. Syndicaliste, elle présidera la CFE-CGC du territoire. Une expérience fondatrice.

Pour ses interlocuteurs, elle est restée une syndicaliste, considérant, toujours, qu’il faut aller au rapport de force pour bien entamer la négociation. Ils reconnaissent en elle une partenaire utile pour conclure un accord, car elle est toujours à la recherche du point de sortie et capable de compromis très forts qu’elle assumera face à sa base. Beaucoup saluent ainsi la façon dont elle a mené, début 2021, la sortie du conflit de l’usine de nickel du Sud. La vente du site avait, déjà, manqué de plonger la Nouvelle-Calédonie dans la violence en opposant indépendantistes et loyalistes.

Entrée en politique en 2008 au Rassemblement, le parti héritier de Jacques Lafleur, la syndicaliste fait ses débuts au cabinet de Pierre Frogier, alors président du Congrès local, devenu partisan d’une partition du territoire entre les Kanak et les Européens. Proche de Pierre Maresca, un libéral et centriste, elle quitte avec lui, en 2013, un Rassemblement jugé trop conciliant avec la cause indépendantiste. Puis joue habilement des querelles de la droite néo-calédonienne, jusqu’à gagner, en 2019, la province Sud où se concentrent la richesse du Caillou et le vote non indépendantiste.

Ballons bleu, blanc, rouge, ambiance de fête. Le 2 mars 2019, à Nouméa, la famille loyaliste montre qu’elle s’unit, autour de la liste L’Avenir en confiance établie pour les élections provinciales. Sonia Backès, tête de liste dans la province Sud, affirme se placer « dans les pas de Jacques Lafleur ». L’homme, précise-t-elle toutefois, qui a refusé de signer l’accord de Nainville-les-Roches (Essonne) en 1983, premier texte à reconnaître le droit à l’autodétermination du peuple kanak et la légitimité des autres « victimes de l’histoire » néo-calédonienne à vivre sur la même terre. « Il a refusé d’être une victime de l’histoire. Nous allons reprendre la main ! », promet la candidate. On conspue aussi ce jour de 2019 l’adversaire jugé trop conciliant avec le FLNKS, le parti modéré Calédonie ensemble de Philippe Gomès. « Une prostituée qui voudrait faire croire qu’elle est vierge », selon Willy Gatuhau, à l’époque maire (Les Républicains calédoniens) de Païta. Philippe Gomès, dont Sonia Backès était une ministre quand il présidait le gouvernement local en 2009, sera trahi. Tout comme le Rassemblement, en 2017, quand elle décide de partir seule aux législatives, un échec. « Elle a émargé à toutes les écuelles jusqu’à se frayer un chemin », grince l’ennemi juré Philippe Gomès. Pour lui, le résultat des législatives du 7 juillet se lit ainsi : « Indépendantistes,82 345 voix ; non-indépendantistes, 72 979.Cinq années après les élections provinciales de 2019, le dernier clou du cercueil de la Calédonie française vient d’être planté. »

« Colonialisme moderne »

Dans sa passion pour le combat, Sonia Backès sait admettre un manque de lucidité. Aux élections sénatoriales de septembre 2023, elle ne voit pas venir la coalition « tout sauf Backès » qui lui inflige une cinglante défaite. Robert Xowie (UC-FLNKS) et Georges Naturel (Rassemblement-LR) se sont ligués pour rafler les deux sièges. « Je n’aurais pas dû me présenter », conclut-elle. Pire, sous-estimant le sentiment identitaire kanak, elle convainc Paris que les indépendantistes ne sauraient plus mobiliser comme dans les années 1980. Mais 10 000 émeutiers ont déferlé en ville, le 13 mai, quand 3 000 militants s’étaient levés en brousse il y a quarante ans. « Je n’ai pas vu venir leur capacité de mobilisation des jeunes », admet-elle. A la délégation aux outre-mer de l’Assemblée nationale venue en mission le 12 mars, elle avait vanté : « Quelques centaines de Kanak, on peut les mater. »D’où ce pari fou, assumé par le pouvoir : « J’ai pensé qu’on pouvait prendre le risque de tensions car l’Etat tiendrait l’ordre public. S’il avait mis les moyens nécessaires le premier soir, on n’en serait pas là. »

Elle le dit à Emmanuel Macron, le 23 mai, lors de sa visite surprise à Nouméa : « J’ai mal à ma France car nous n’avons pas été capables de résister. » Mais, ce jour-là, le président de la République lui tord le bras, en recevant Christian Tein, considéré comme le chef de l’insurrection. Et le chef de l’Etat, venu chercher un chemin d’apaisement, la tance. « Tais-toi, maintenant », lui intime-t-il. « Le plus difficile, c’était la victoire des indépendantistes, ils dansaient sur mon scalp », raconte-t-elle. Elle ne s’est donc pas tue. Ainsi avance Sonia Backès, 48 ans, entière au risque de l’échec, osant tous les coups pour tenir le pouvoir, désormais isolée dans une stratégie de la tension qui la consume. « Non je ne suis pas isolée ! », s’emporte-t-elle quand Le Mondelui pose la question.

Sur le fond, elle s’en est tenue à ses convictions. Si l’archipel en est arrivé là, c’est en raison « des ambiguïtés de l’accord de Nouméa », qui, en 1998, a organisé la décolonisation pour vingt ans. Elle le remet en cause. « L’accord a fait comme si tout le monde allait se mélanger, on ne peut pas continuer comme cela, insiste la loyaliste. A chaque fois qu’on a tendu la main, on s’est fait mordre. Le pays est suffisamment grand pour que chacun reste dans son mode de vie : on ne va pas rentrer dans la coutume kanak et eux ne vont pas entrer dans le monde occidental. »

Aujourd’hui la présidente d’une province Sud en faillite veut supprimer les aides sociales attribuées aux Kanak y résidant depuis moins de dix ans. Le 14 juillet, à Nouméa, elle a dénoncé des « antagonismes indépassables » et « l’illusion » d’un seul peuple néo-calédonien. « Son modèle est celui des Afrikaners », qui ne correspond pas à la société néo-calédonienne largement métissée, dénoncent Philippe Gomès et la droite modérée. Egaux peut-être, séparés sûrement : sa ligne est dangereuse, ajoute l’historien Louis-José Barbançon, « car s’il n’y a pas d’histoire commune, pas de “nous”, la page va se refermer comme elle l’a été en Algérie ».Pour Milakulo Tukumuli, président du parti wallisien l’Eveil océanien, qui a discuté avec l’UC et les loyalistes dans l’espoir d’un accord, « Sonia Backès a fini par incarner le colonialisme moderne alors que la société calédonienne commence à s’agréger autour de l’idée d’une indépendance-association. Jacques Lafleur défendait la France avec une certaine hauteur et avait rassemblé beaucoup de Kanak autour de lui. Aujourd’hui, on cherche péniblement des Kanak qui se reconnaissent dans la non-indépendance ».

Libération
mardi 16 juillet 2024 1773 mots, p. 1,12,13

France Environnement

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14 juillet 2024 - Libération (site web)

«L'adaptation au réchauffement doit être une priorité du gouvernement»

Anne-Laure Barret; Nina Guérineau de Lamérie; Margaux Lacroux

France Environnement

pages 12-13 Pendant que la classe politique se déchire pour trouver une majorité à l'Assemblée nationale, le changement climatique, lui, poursuit son oeuvre. Canicules, incendies dévastateurs ou encore tempêtes et inondations ravageuses… La France «n'est pas prête» face à la multiplication et à la nouvelle férocité des événements extrêmes. C'est le constat sans appel du rapport publié lundi par l'association Oxfam France. Si bien que «plus de la moitié des droits humains, dont le droit à la santé, le droit à l'éducation, ou encore, le droit à un logement digne, est menacée». La directrice générale de l'ONG, Cécile Duflot, ancienne ministre du Logement (de 2012 à 2014) et dont le nom circulait lundi soir pour être proposé au poste de Premier ministre par le Nouveau Front populaire (lire page 14), revient sur l'urgence de s'adapter aux conséquences terribles d'un globe réchauffé. Mais pas n'importe comment. La justice sociale doit être au coeur du futur plan adaptation, martèle l'ex-députée écologiste. Pour l'instant, les «rares initiatives», seulement réactives, renforcent les inégalités, critique Cécile Duflot.

Le titre du rapport d'Oxfam France, «Nous ne sommes pas prêts», interpelle, mais est-il vraiment utile de publier une énième analyse sur le retard français en matière d'adaptation au changement climatique ? L'objectif du rapport est d'insister sur les conséquences sociales du changement climatique, de montrer qu'il aggrave les inégalités, fait basculer une partie de la population dans la précarité et cause des milliers de morts, lors des vagues de chaleur notamment – d'ici 2100, elles pourraient tuer 46 000 personnes par an. Aujourd'hui, la France est le troisième pays d'Europe le plus vulnérable aux effets du réchauffement et pourtant, rien n'est pris à bras-le-corps. Il y a une sorte de déni administrativo-politique. Le sujet est absent du débat public sauf quand il y a une catastrophe locale ; le pauvre plan national d'adaptation au changement climatique, qui aurait dû être adopté il y a un an, se trouve dans les limbes (lire ci-contre). La France ressemble à une grenouille engourdie dans l'eau tiède, inconsciente du péril bouillonnant qui la guette. Il faut anticiper pour éviter des dégâts économiques et surtout sociaux terribles.

Quels sont les principaux enseignements de votre travail ? Nous avons passé au crible, pendant un an et demi, les publications scientifiques et institutionnelles les plus pertinentes. Ce travail original croise les données environnementales et socio-économiques tout en liant différentes thématiques (incendies, inondations, submersion marine, etc.) généralement évaluées séparément. Notre rapport montre bien que les rares initiatives en matière d'adaptation, purement réactives, favorisent les plus riches. Les ménages modestes, et en particulier les femmes, les enfants, les personnes âgées et handicapées, sont les plus exposées au changement climatique et les plus vulnérables face à ses effets ; leur capacité à s'adapter est moindre car les ressources économiques, sociales ou culturelles leur manquent pour pouvoir s'inventer une autre vie.

Le pire, c'est que les politiques publiques d'adaptation les laissent souvent de côté. Le dispositif MaPrimeRénov, par exemple, qui subventionne la rénovation thermique des logements, a été conçu pour les propriétaires, pas pour les locataires. La végétalisation des villes bénéficie davantage aux populations aisées : celles-ci ont moins chaud, respirent un air moins pollué et voient le prix de leur logement augmenter, ce qui fait fuir les ménages plus modestes vers d'autres quartiers. Cette «gentrification verte», dénoncée par le Giec, est une forme de mal adaptation. Un cercle vicieux s'enclenche : le changement climatique et les inégalités se nourrissent réciproquement. Il faut au contraire mener des politiques différenciées en fonction des catégories sociales pour prendre en compte les vulnérabilités. Dans quelle mesure le réchauffement climatique menace-t-il les droits fondamentaux, comme l'écrit Oxfam ? Plus de la moitié des droits humains en France (26 des 50 droits fondamentaux) est menacée par l'improvisation des pouvoirs publics en matière d'adaptation et par l'absence de vision globale. Pour prendre l'exemple le plus frappant, en 2030, la totalité des enfants de maternelle de Paris, de Seine- Saint-Denis, des Bouches-du-Rhône et de Gironde seront exposés à une chaleur excédant 35 °C dans les classes. Cela remet en cause leur droit à l'éducation. Les droits des salariés ne sont pas suffisamment protégés non plus puisque 38 % d'entre eux sont déjà confrontés à des chaleurs extrêmes au travail.

Un décret vient de reconnaître que la canicule pouvait ouvrir la voie à du chômage technique, et donc à des indemnisations, dans le BTP. C'est un progrès, mais pourquoi ne pas généraliser ce dispositif à tous les secteurs concernés ? Il faut revisiter le droit du travail. On fait les choses petit bout par petit bout, au lieu de penser de manière systématique et nationale, secteur par secteur : éducation, bâtiment, transports, agriculture, santé, etc.

D'ici 2100, une centaine d'hôpitaux connaîtra des fermetures totales ou partielles à cause des événements extrêmes, et bien d'autres devront accueillir les malades dans des chambres surchauffées. Qui s'en soucie ? Le futur CHU de Nantes, qui a pourtant coûté plus d'un milliard d'euros, se construit dans une zone qui risque de devenir inondable ! Selon le rapport, le réchauffement porte aussi atteinte au droit à la sécurité des personnes.

L'adaptation, c'est d'abord la protection des populations. Assurer la sécurité publique implique de garantir leur droit à vivre sans être exposées à un risque majeur, et à être secourues lors des catastrophes. Pendant le grand incendie de la Gironde et des Landes, en 2022, 50 000 personnes ont dû quitter leur maison. J'ai fait le calcul, peut-être parce que j'étais moi-même concernée : c'est la plus grande opération d'évacuation de civils en France depuis la Seconde Guerre mondiale, et elle a été largement improvisée. Il n'aurait pas été possible de tous les reloger sans l'engagement des maires, des fonctionnaires qui ont travaillé nuit et jour, la solidarité en famille ou entre voisins. Pour la gestion des événements climatiques extrêmes, il faut que la solidarité s'organise au niveau local mais aussi national, comme au temps du Covid, car on va avoir de plus en plus de déplacés climatiques. En août 2022, vous-même avez été une «déplacée climatique» ? Comme pour des milliers de personnes, un gendarme est venu chez nous un jour d'août en nous demandant de quitter notre maison. C'est mon beau-frère qui nous a hébergés. En juillet, c'était l'inverse, nous avions accueilli une famille qui fuyait l'incendie de Landiras. L'adaptation est un concept abstrait. Cela explique-t-il son faible écho ? Ce mot pose problème. En préparant ce rapport, on a cherché à en trouver un autre, sans succès. Un des pièges avec cette notion, c'est l'idée que l'adaptation est toujours possible et qu'il suffirait de solutions techniques. Mais elle va supposer de nombreux renoncements : il y a ces endroits où on ne pourra plus habiter, ces rivières dans lesquelles on ne pourra plus se baigner, ces lieux où ce qu'on cultive depuis des millénaires ne poussera plus. L'adaptation, c'est douloureux. Malheureusement, la dimension douloureuse est peu anticipée. Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, n'a jamais réussi à l'imposer dans l'agenda gouvernemental. Pourquoi ? Sur l'ensemble des dossiers écologiques, si la thématique n'est pas dans le cap global du gouvernement, le ministre en charge de la porter a beau s'agiter dans tous les sens, on lui dit : «Ton truc, c'est anxiogène, ça coûte trop cher.» La tragédie, c'est que si on ne fait rien, ce sera pire, et encore plus cher. Je mets une petite pierre dans notre jardin à nous, les ONG. Beaucoup d'associations ont longtemps eu des réticences à travailler sur le sujet de l'adaptation car cela semblait vouloir dire qu'on avait perdu la bataille pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre et limiter le réchauffement.

Les élus locaux oeuvrent déjà à l'adap- tation. L'échelle nationale est-elle vraiment la plus pertinente pour aller vite ? Le rôle des élus locaux est indispensable mais on ne peut pas les laisser se débrouiller seuls face au manque d'eau ou à la détresse des agriculteurs, on ne peut pas laisser un maire du Pas-de-Calais seul face à des habitants qui lui disent après les inondations : «On ne veut plus vivre dans nos maisons, on a trop peur.» Le dossier de l'adaptation, totalement éclipsé pendant les législatives, doit atterrir tout en haut de la pile des priorités du prochain gouvernement. C'est une obligation démocratique et scientifique. L'Etat est tenu de financer les mesures nécessaires, tout en mettant son corps d'experts techniques à disposition des collectivités locales pour les aider à faire face en cas d'inondation ou d'effondrement de tout un pan de montagne, et donc de ne pas priver le ministère de la Transition écologique de ses ressources. Il lui incombe aussi de fixer un cadre normatif pour déployer ces mesures. Le vieux plan national d'adaptation au changement climatique actuellement en vigueur n'a aucune valeur contraignante. Oxfam recommande de rendre le futur texte juridiquement opposable, sous la forme d'une loi ou d'un règlement. Les citoyens pourront ainsi demander des comptes à l'Etat s'il ne respecte pas ses engagements. Combien va coûter l'adaptation ? L'ordre de grandeur se chiffre en dizaines de milliards d'euros. La marche est haute : le précédent plan était doté de 600 millions d'euros seulement par an. Plus on prend du retard, plus la facture sera élevée. Un autre paramètre à prendre en compte est la justice sociale. Dans les analyses des législatives, on entend beaucoup dire que les employés vivant dans des pavillons à 60 kilomètres des grandes agglomérations où ils travaillent ne veulent pas lâcher leurs voitures à essence. Mais quand le gouvernement a fait le leasing social pour des véhicules électriques, ça a marché ! Sauf que, comme le dispositif coûtait trop cher, il a été arrêté… Toutes les politiques écologistes ambitieuses de ces vingt dernières années ont achoppé pour les mêmes raisons : on n'est pas prêt à mettre l'argent nécessaire. Pour cela, il faudrait accepter de faire contribuer les plus riches. Le rapport montre que c'est possible, à condition que les citoyens fassent pression LIBÉ.

FR «Invivable sous canicule» : en prison, les détenus surexposés au changement climatique Un rapport de l'association Notre Affaire à tous révèle la mauvaise adaptation des prisons françaises au réchauffement.

pour que Bercy ne règne pas en maître. L'adaptation n'est que douleur ? La cheffe du parti Les Ecologistes, Marine Tondelier, a-t-elle tort de répéter que «l'écologie, c'est plus belle la vie» ? La difficulté, aujourd'hui, c'est la sensation que tout n'est pas fait pour lutter contre l'iné- luctable. Il n'y a rien de pire que de se sentir seuls et désarmés face à une catastrophe annoncée. L'adaptation peut se transformer en chantier collectif passionnant pour les jeunes générations qui vont devoir faire preuve d'inventivité. Et cela nécessite une mobilisation collective qui dépasse les clivages, c'est une fabrique de concorde nationale.•

L'Humanité
mardi 16 juillet 2024 1075 mots, p. 7

La gauche face à une semaine décisive

Emilio Meslet

Institutions Les négociations au sein du Nouveau Front populaire patinent au point que les insoumis quittent la table tant qu'une candidature commune pour le Perchoir n'est pas actée. Jeudi et vendredi, l'Assemblée nationale élira sa présidence, puis son bureau. Des postes stratégiques pour la suite.

Attention à ne pas se faire voler la victoire. Les discussions entre formations du Nouveau Front populaire (NFP) pour Matignon virent à la cacophonie : la gauche, victorieuse dans les urnes, peine à pousser son avantage stratégique face à Emmanuel Macron, lequel fait tout pour ne pas perdre la main. Cette semaine se révèle pourtant décisive pour l'avenir de la gauche et du pays. L'Assemblée nationale doit élire, jeudi, son futur président et les manigances des droites vont bon train. Le chef de l'État a assuré qu'il choisira son premier ministre en fonction de la couleur politique qui atterrira au Perchoir.

Matignon : des discussions au point mort

Les noms s'enchaînent : Olivier Faure, Clémence Guetté, Cécile Duflot, Huguette Bello, Jean-Luc Mélenchon... Aucun ne parvient à faire consensus, au grand désespoir du peuple de gauche qui s'impatiente. Depuis quasiment dix jours de discussions, le NFP échoue à s'accorder sur l'identité de son candidat au poste de premier ministre. « Plus le temps passe, plus notre légitimité s'érode car on s'éloigne du vote. Il est grand temps de passer la seconde », insiste Ian Brossat, sénateur et porte-parole du PCF. Et le refus du PS de confier cette responsabilité à Huguette Bello a même arrêté les négociations entre les quatre formations, qui échangent désormais en bilatéral. « Les discussions sont bloquées car le PS n'a qu'une seule proposition : Olivier Faure (son premier secrétaire - NDLR) », avance Aurélie Trouvé, députée insoumise. Son parti a d'ailleurs assumé ne plus vouloir négocier pour le moment : « Nous ne participerons à aucune discussion supplémentaire sur la formation d'un gouvernement tant que la candidature unique à l'Assemblée nationale ne sera pas acquise et que le vote n'aura pas lieu. »

Avant l'impasse, d'autres noms (Martine Aubry, Najat Vallaud-Belkacem...) avaient été mis sur la table, sans faire l'unanimité. Le PS propose désormais d'élargir le spectre des candidatures extérieures aux partis. « Pour que le NFP marche, il a fallu que la société civile humanitaire, féministe, écologiste ou encore syndicale se mobilise comme jamais. C'est peut-être là qu'il faut regarder », estime Stéphane Troussel, président socialiste du département de la Seine-Saint-Denis. Une proposition rejetée par la FI, au motif qu'un tel profil manquerait de « garanties » pour « la mise en oeuvre du programme du Nouveau Front populaire ». Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a assuré de son côté qu'il n'opposerait « pas de veto », et ajoute : « Notre responsabilité est immense. Il serait incompréhensible que l'une des forces quitte les discussions que nous avons depuis des semaines, au risque de laisser le camp présidentiel reprendre la main. » Socialistes, écologistes et communistes ont indiqué, lundi soir, proposer aux insoumis « une candidature commune issue de la société civile », selon le communiqué du PS.

Les Écologistes proposent, par ailleurs, le profil de l'ancienne ministre Cécile Duflot, sans pour autant vouloir commenter les discussions car « la meilleure façon d'avancer, c'est de ne pas parler, balaie l'entourage de Marine Tondelier. Nous avons l'obligation de réussir pour les Français et nos électeurs ».

La gauche à l'offensive pour le Perchoir

C'est désormais la priorité pour la FI : proposer une candidature commune du NFP pour la présidence de l'Assemblée. Sans que cela ne fasse consensus. « Plus on dira que Perchoir et Matignon sont liés, plus on amenuisera nos chances d'être nommés car si ce n'est pas un des nôtres à la présidence de l'Assemblée, ça voudra dire qu'on ne pourra pas avoir le premier ministre », regrette un cadre du NFP. Focalisée sur Matignon, la gauche en avait presque oublié ce poste stratégique.

Face à eux, malgré le résultat des urnes, les macronistes ne désespèrent pas de conserver le poste grâce aux jeux d'appareil. Yaël Braun-Pivet, qui l'a occupé entre 2022 et 2024, lorgne toujours le Perchoir, à la faveur d'une alliance avec LR, voire le RN. Ce que le NFP veut éviter à tout prix : « Une présidence de la gauche permettrait d'envoyer un signal pour dire que nous prenons acte du vote des législatives », appelle l'écologiste Cyrielle Chatelain, régulièrement citée pour la fonction, comme ses homologues Boris Vallaud (PS) et André Chassaigne (PCF). Ce dernier, très expérimenté et « ouvert au dialogue », assure à l'Humanité que l'idée « est portée par des députés de sensibilité diverse qui craignent le désordre et l'instrumentalisation de la fonction ». « Il ne s'agit pas d'une initiative personnelle. Si le choix d'une candidature unique a été actée, aucun nom n'a été avancé pour le moment », ajoute-t-il. Lundi soir, les chefs de groupe de la gauche devaient se réunir afin d'évoquer ensemble la meilleure stratégie et le profil pour permettre le rassemblement.

Les groupes en voie de constitution

L'Assemblée nationale 2024 pourrait atteindre un nouveau record. Onze groupes parlementaires, soit un de plus que lors de la précédente mandature, pourraient voir le jour. Dont quatre à gauche, comme lors de la précédente mandature, puisque les communistes sont parvenus à maintenir le groupe GDR avec les députés d'outre-mer (lire l'encadré ci-contre). Ces derniers sont particulièrement convoités par le PS et la FI, qui veulent être le premier groupe au sein du NFP.

Après avoir gagné dix sièges, le groupe des Écologistes s'élargit à nouveau, en accueillant les insoumis frondeurs (François Ruffin, Clémentine Autain, Alexis Corbière, Danielle Simonnet et Hendrik Davi). En conséquence, son nom devrait changer pour « Écologie, Démocratie, Solidarité ».

Une Assemblée sans RN aux responsabilités ?

« Le RN ne doit occuper aucun poste à responsabilité » : au moment d'arriver à l'Assemblée nationale, les Écologistes ont donné le ton. Le Nouveau Front populaire est d'accord et espère que les macronistes ne referont pas la même erreur qu'en 2022, lorsqu'ils avaient élu deux vice-présidents d'extrême droite. « On ne peut pas dire que le Rassemblement national est un danger pour la République et le laisser accéder à ces fonctions, rappelle Cyrielle Chatelain. Nous avons acté un barrage républicain à l'Assemblée. » Malgré les tractations révélées entre Yaël Braun-Pivet et le RN, le camp présidentiel a décidé à l'unanimité que l'extrême droite ne doit récolter aucun des 21 postes clés. Mais il exclut aussi la France insoumise de l'équation. « Ils poursuivent avec un " ni, ni" effroyable qui participe de la banalisation de l'extrême droite. Qu'ils le veuillent ou non, la FI est un parti républicain », rétorque Aurélie Trouvé. C'est vendredi que le futur bureau doit être composé.

Libération
mardi 16 juillet 2024 922 mots, p. 14

Expresso

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15 juillet 2024 - Libération (site web)

A gauche, l'espoir d'un dénouement teinté d'agacement

Charlotte Belaïch

Expresso

L du a gauche va-t-elle sortir du brouillard ? Plus d'une semaine après leur victoire (certes relative) aux législatives anticipées et toujours incapables de s'entendre sur un nom à proposer à Emmanuel Macron pour Matignon, les quatre principaux partis qui composent le Nouveau Front populaire (NFP) n'ont cessé, lundi, de mener bataille pour se renvoyer la responsabilité du «blocage». Après le refus du Parti socialiste, samedi, d'avaliser le nom d'Huguette Bello, les insoumis ont durci leur position lundi après-midi : dans un communiqué semblant mettre un coup d'arrêt aux discussions, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a déploré «l'impasse dans laquelle le Parti socialiste a mis le NFP», l'accusant d'avoir «refusé, sans explication», la candidature de la présidente du conseil régional de la Réunion. Dans ce même texte, les insoumis écartent par ailleurs l'idée d'une «candidature extérieure» : «Car quelles garanties seraient données pour la mise en oeuvre du programme du Nouveau Front populaire ?» De plus, les insoumis lient désormais le choix de Matignon à celui d'une candidature unique à la présidence de l'Assemblée nationale, (dont le vote est prévu jeudi) sur laquelle s'accordent pourtant tous les partenaires. «Pour l'heure, nous ne participerons à aucune discussion supplémentaire sur la formation du gouvernement tant que la candidature unique à l'Assemblée nationale ne sera pas acquise et que le vote n'aura pas eu lieu», préviennent-ils.

jour Une manière de barrer la route à deux noms qui circulaient lundi soir ? Celui de Laurence Tubiana, ex-ambassadrice pour les négociations de la COP 21 de Paris et aujourd'hui directrice générale de la Fondation européenne pour le climat, mais aussi de l'ex-ministre écologiste du Logement et ancienne patronne des Verts (désormais présidente d'Oxfam France) Cécile Duflot. «Elle suit tout ça au cordeau, raconte un proche, elle parle beaucoup avec Marine Tondelier. Elle n'a pas dit qu'elle voulait y aller, mais elle n'a pas dit le contraire, c'est déjà beaucoup.» «Accord à quatre». Juste après la diffusion de ce communiqué, Marine Tondelier réfutait tout enlisement auprès de Libération, assurant être «pleine d'espoir» : «Je ne baisse pas les bras. Notre objectif reste un accord à quatre. Ce n'est pas fini, on est proches du dénouement.» La secrétaire nationale des Ecologistes venait de s'entretenir avec Manuel Bompard, son homologue à la tête de la France insoumise, qui l'a informée du communiqué en préparation. «Moi je suis plutôt pour qu'on y arrive vite, c'est une course contre la montre contre Macron, ajoutaitelle. Si on a une solution qui avance bien, il faut y aller, on doit l'annoncer.» Et voilà comment, se présentant depuis le début des négociations en «trait d'union» entre insoumis et socialistes, les écologistes, après avoir plutôt penché vers les premiers, ont basculé lundi soir du côté des seconds. «Nous avons fait ce jour, avec les écologistes et les communistes, une proposition de candidature commune issue de la société civile au poste de Premier ministre, permettant de rassembler toute la gauche autour du projet que nous avons porté, a fait savoir le Parti socialiste dans un communiqué publié trois heures après celui de LFI. Nous souhaitons sur cette base une reprise immédiate des discussions pour un accord à quatre dans les plus brefs délais.» «Il serait incompréhensible que l'une des forces quitte les discussions que nous avons depuis des semaines, au risque de laisser le camp présidentiel reprendre la main», a de son côté déploré le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, dans un autre texte. «Si ça freine du côté des insoumis, c'est que ça accélère ailleurs», décrypte un des négociateurs. Sans dévoiler de noms, les socialistes assurent aussi que les négociations sont sur la bonne voie et renvoient la responsabilité du blocage sur les insoumis. «Ils font monter la musique des méchants socialistes, mais on a travaillé tout le week-end, raconte un membre de la direction. On n'a pas risqué de faire exploser notre parti pour finir par casser le rassemblement de la gauche. Si le consensus ne peut se faire autour de nous, on fait un pas de côté pour ne pas entrer dans la spirale de la division.» Après avoir poussé la candidature de leur premier secrétaire Olivier Faure, les socialistes jouent donc désormais la carte «société civile». «On a proposé une shortlist aux écolos et aux communistes mais on n'en réclame pas la paternité», assure-t-on au sein du PS. «Bal des médiocres». Les Ecologistes, de leur côté, ont sondé plusieurs personnalités. Alors que le contact entre les insoumis et les socialistes est rompu, ce sont eux qui tiennent informés les premiers, qu'ils espèrent faire revenir à la table des négociations. Mais après une semaine de discussions âpres et le spectacle d'une gauche incapable de se mettre d'accord, beaucoup se demandent si ce n'est pas déjà trop tard. «Quelle honte, on a envie de se mettre sous la table», se lamente une députée écologiste. «Ils ne sont pas à la hauteur, regrette un conseiller. Duflot et Hamon, c'était la bonne solution pour mettre Macron sous pression. Hamon est au centre de gravité de la gauche. Si son nom ne sort pas, c'est que c'est le bal des médiocres. La démonstration est faite devant le pays qu'ils n'arrivent pas à se mettre d'accord et ainsi, ils font le jeu de Macron.»•

L'histoire du jour «Moi je suis plutôt pour qu'on y arrive vite, c'est une course contre la montre contre Macron. Si on a une solution qui avance bien, il faut y aller, on doit l'annoncer.» Marine Tondelier secrétaire nationale des Ecologistes

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, mardi 16 juillet 2024 1144 mots, p. AUJM10
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16 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

Anatomie d'une lutte

Désormais rivaux à l'Assemblée, Laurent Wauquiez et Éric Ciotti avaient lié leurs destins politiques. Retour sur un compagnonnage qui s'est fracassé sur le mur d'incompréhensions mutuelles.

Alexandre Sulzer

Le nom d'Éric Ciotti s'affiche enfin sur le portable de Laurent Wauquiez. Voilà des heures que le président d'Auvergne - Rhône-Alpes (AuRA) cherche, en vain, à joindre le président de LR. Il est 12 h 15 ce 11 juin et dans trois quarts d'heure, le Niçois annoncera au JT de TF 1 qu'il fait alliance avec Marine Le Pen aux législatives. « C'est notre seule chance pour survivre », dit Éric Ciotti. « Je te désavouerai, tu seras totalement seul », lui répond Laurent Wauquiez.

Depuis, les deux hommes, tenants d'une droite musclée, ne se sont plus reparlé. Et seront dans quelques jours présidents de deux groupes parlementaires rivaux à l'Assemblée. Face à face après plusieurs années main dans la main. Une longue camaraderie commencée dès les années Fillon en 2012 mais émaillée, en coulisses, d'énervements et de non-dits.

Et ce, depuis qu'Éric Ciotti acquiert une nouvelle dimension en annonçant fin 2021, qu'il sera candidat à la primaire présidentielle. Laurent Wauquiez, lui, n'y va pas. « On laisse Ciotti jouer de sa proximité avec Laurent dans sa campagne. On le laisse dire que Laurent sera son Premier ministre, même si c'est grotesque », souligne un proche de Wauquiez.

Des turbulences sur la réforme des retraites

Mais côté Ciotti, on s'agace déjà du manque de soutien venant du président d'AuRA et des parrainages d'élus de la région qui arrivent au compte-gouttes. Cet été-là, Laurent Wauquiez, en vacances sur les hauteurs de Cannes, va voir la députée Michèle Tabarot au Cannet sans penser à inviter Éric Ciotti. « Surpris de cette mauvaise manière », selon les termes d'un collaborateur d'alors, l'Azuréen le fait savoir.

L'année suivante, rebelote. Ciotti est cette fois candidat pour la présidence de LR et fait de la promesse de catapulter Laurent Wauquiez à la présidentielle 2027, son principal argument de campagne auprès des militants. « Notre demande auprès d'Éric était de faire péter la primaire. Mais lui va plus loin en disant que Laurent serait tout de suite investi comme candidat. On n'a rien dit publiquement, mais on voulait rester maîtres de notre calendrier... », témoigne-t-on dans l'entourage de Laurent Wauquiez.

« Je ne doute pas de l'envie, de la détermination de Laurent. Il s'organise, se structure. Toute sa vie politique est fixée sur l'objectif présidentiel », déclare, se voulant encore confiant Éric Ciotti en octobre 2022.

Avec 53,7 % des voix au second tour face à Bruno Retailleau, il l'emporte en décembre, mais sur le fil. « On se rend compte que Ciotti a du mal à rassembler », grince-t-on côté Wauquiez. « L'argument Wauquiez, ça ne m'a pas rapporté plus que ça », rétorque au même moment Ciotti. Mais le duo tient. À Wauquiez la voie dégagée pour 2027. À Ciotti le parti dont l'autre ne veut pas trop se mêler. Un « manque d'engagement », regrette en coulisse le nouveau chef de LR. « Wauquiez me prend pour un con », répète-t-il en privé. Mais les turbulences deviennent plus sérieuses lors de l'examen du projet de loi Retraites, qu'Éric Ciotti est déterminé à faire voter au Parlement début 2023.

« Ça se tend »

En retrait sur son Aventin rhônalpin, Laurent Wauquiez met du temps avant de tenter de convaincre les députés de sa région de voter le texte. Il n'y parvient pas pour la majorité d'entre eux, dont sa propre suppléante. « On s'est dit que Wauquiez soit ne tenait pas ses troupes, soit jouait un double jeu », témoigne-t-on dans le camp Ciotti.

« Ça se tend. Ciotti ne comprend pas que Wauquiez n'affirme pas plus son leadership, et Wauquiez ne comprend pas que Ciotti ne respecte plus sa stratégie de retrait pour la présidentielle », résume un témoin de premier plan. Pour éviter tout couac, il est convenu que, désormais, les deux hommes s'appelleront tous les dimanches soir.

Mais le poison du doute s'est instillé. « Il y a eu la palinodie des retraites. Laurent n'était pas clair avec Éric. Il l'incitait à la réforme et, en coulisses, il la plantait, il appelait des élus. C'est la première digue de l'insincérité dans leur relation. Ça a été pour Ciotti un premier warning : il s'est dit qu'il n'était pas là pour prendre des coups et garder la place », commente l'entourage d'Éric Ciotti.

Le deuxième épisode arrive en 2024 : l'équipe Wauquiez dit avoir vent d'informations selon lesquelles Ciotti ferait passer des messages en haut lieu pour entrer au gouvernement. « On comprend alors qu'il y a un problème Ciotti, mais on fait semblant de ne pas le voir », assure-t-on au siège de la région. De son côté, l'entourage de Ciotti dément catégoriquement, rappelant qu'au même moment il boycottait les Rencontres de Saint-Denis et bataillait pour une censure de LR contre le gouvernement.

Des appels sans réponse

Entre eux, « c'est l'histoire d'une incompréhension humaine. Ils ont eu un compagnonnage idéologique, mais Wauquiez n'a jamais voulu que Ciotti porte le truc. Il l'a toujours considéré comme un collaborateur. Attention, en politique, l'humiliation est un moteur », confie un proche du désormais président du groupe LR-RN.

Le soir des européennes et de l'annonce de la dissolution, les deux hommes se parlent, mais Ciotti ne laisse rien transparaître de son intention de dealer avec Marine Le Pen. C'est le lendemain que Laurent Wauquiez apprend que son « ami Éric » voit des RN et s'apprête à franchir le Rubicon. Mais ses appels resteront sans réponse.

« On avait intégré sa psychologie de victime, mais une telle fébrilité, non. Laurent Wauquiez l'a cru plus solide qu'il ne l'était. C'est un être peu sûr de lui qui manque de colonne vertébrale », analyse rétrospectivement l'entourage du patron d'AuRA. Quant à Ciotti, il considère toujours que l'élu de Haute-Loire a du talent mais désormais, entre eux, la rupture est totale.

Au fond de lui, Ciotti, qui se considère comme faisant partie d'une génération sacrifiée qui n'a pas eu accès aux responsabilités ministérielles, regrette que son ex-champion n'ait pris plus tôt l'initiative de renverser la table : « Ça fait plusieurs fois que Wauquiez aurait dû faire quand il était président de LR ce que Ciotti a fait », explique l'entourage de ce dernier.

« Je lui disais, mais au parti, on est aspiré par un mouvement immobile, conservateur, on ne peut pas formuler une idée sans qu'elle soit contestée... », regrettera plus tard Ciotti, prenant comme exemple une motion de censure qu'il aurait voulu faire voter en mai, juste avant les européennes, mais sans soutien des ténors LR. « Ni Wauquiez ni Marleix n'en ont voulu. Quelle est la crédibilité d'une opposition qui ne donne pas le sentiment de s'opposer ? » Wauquiez et Ciotti vont désormais avoir le loisir de le faire entre eux.

L'Humanité
mardi 16 juillet 2024 533 mots, p. 15

De Varsovie à Buenos Aires, l'extrême droite instrumentalise l'attentat en Pennsylvanie

Lina Sankari

En Pologne, en Espagne et en Argentine, les dirigeants nationalistes entendent profiter de la tentative d'assassinat de Donald Trump pour pousser leur agenda et imputer à la gauche la responsabilité de la violence politique.

L'occasion était trop belle. Les extrêmes droites européennes et latino-américaines se sont immédiatement emparées de la tentative d'assassinat de Donald Trump, samedi, aux États-Unis. Écartés du gouvernement en octobre 2023, les nationaux-conservateurs polonais de Droit et Justice (PiS) ont ainsi accusé la coalition emmenée par Donald Tusk d'avoir favorisé le climat politique actuel. « Nous ne nous laisserons pas intimider... L'autre camp n'a pas de freins. Le bien et la vérité l'emporteront », assure le porte-parole du PiS, Rafal Bochenek. Encore plus à droite de l'échiquier, le député Konrad Berkowicz (Confédération) suggère presque que l'actuel premier ministre aurait tenu la main du jeune tireur : « Laissez-moi vous rappeler que c'est Donald Tusk, le chef du gouvernement polonais, qui a attaqué Donald Trump à plusieurs reprises ! » L'accusation pourrait prêter à sourire si les démocraties ne traversaient pas un dangereux moment de bascule, dont l'extrême droite entend tirer profit.

Dans plusieurs pays, les nationalistes ont sauté sur l'événement pour avancer leur agenda et conserver la maîtrise du récit. Pour eux, le camp progressiste - dans lequel ils incluent une partie de la droite, comme l'illustre l'exemple de Donald Tusk - serait à l'origine de la violence actuelle en favorisant des changements de société qu'ils considèrent comme contre-nature. Mieux, à l'instar d'un Viktor Orban, ces dirigeants profitent du soutien continental à l'Ukraine en guerre pour se présenter comme les seuls défenseurs de la paix et de la démocratie. La tentative d'assassinat de Donald Trump est ainsi présentée comme un « moment choquant, non seulement pour l'Amérique, mais aussi pour l'ensemble du monde libre et démocratique ».

Polarisation du débat

Même registre du côté des néo-franquistes espagnols de Vox dont le leader, Santiago Abascal, a sous-entendu que l'heure était à « arrêter la gauche mondialiste qui sème la haine, la ruine et la guerre ». Il poursuit : « Ce qui est terrible, c'est qu'en Espagne, c'est la pire version de cette gauche qui gouverne et, en ce moment même, ils vont regretter intimement que l'assassin (de Trump) ait échoué. » Peu importe que l'extrême droite contribue ainsi à polariser un peu plus le débat politique en l'hystérisant. Peu importe également que la gauche au pouvoir se soit immédiatement positionnée pour expliquer que « la violence est incompatible avec tout, en particulier avec la démocratie », comme l'a fait la deuxième vice-présidente du gouvernement et ministre du Travail Yolanda Diaz.

Le même chemin a été emprunté par le président argentin Javier Milei, qui se dit peu surpris par « le désespoir de la gauche internationale, qui voit aujourd'hui son idéologie néfaste échoir et qui est prête à déstabiliser les démocraties et à promouvoir la violence pour se visser au pouvoir. Paniquée à l'idée de perdre les élections, ajoute-t-il, elle a recours au terrorisme pour imposer son programme rétrograde et autoritaire ». En faisant mine d'oublier que, partout en Amérique latine, la violence ou les coups de force institutionnels demeurent la solution privilégiée par ses amis pour renverser les gouvernements élus, faute de l'emporter par les urnes. 

L'Humanité
mardi 16 juillet 2024 1088 mots, p. 2

Canal Plus refuse qu'on touche à ses postes

Tom Demars-Granja

Médias Auditionnés par l'Arcom dans le cadre de la remise en jeu de quinze fréquences de la TNT, les dirigeants du groupe de télévision ont tenté de défendre l'indéfendable. Sanctionnées à de nombreuses reprises, les chaînes C8 et CNews symbolisent le combat d'extrême droite mené par Vincent Bolloré.

Le stress, c'est pour les autres. Des années que Maxime Saada, le président du groupe Canal Plus, arpente régulièrement avec son équipe les couloirs de la tour Mirabeau, dans le 15e arrondissement de Paris. L'immeuble accueille l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel français. Soit l'instance qui n'a cessé de sanctionner, à coups d'amendes et de mises en demeure, les chaînes du groupe, C8 (10 fois depuis 2017) et CNews (16 fois depuis 2019) en tête. Ce n'est pourtant pas pour faire face à un nouveau rappel à l'ordre que le représentant du milliardaire Vincent Bolloré se présente, en cette matinée du mardi 9 juillet. L'enjeu est tout autre : l'Arcom auditionne les candidats à l'une des 15 fréquences de la TNT remises en jeu pour 2025.

Arrivé avec une vingtaine de minutes d'avance (l'audition de C8 débute à 10 h 45), Maxime Saada patiente sagement dans la salle d'accueil. Assis sur un banc avec son assistante, le patron de la chaîne cryptée et de ses succursales en profite pour régler les derniers détails de son discours. Le ton change au bout de quelques minutes. Dix-sept étages plus haut, Rodolphe Belmer, le directeur général du groupe TF1, est en train de défendre le cas de la chaîne TMC. Pour conserver la fréquence, le dirigeant n'hésite pas à vendre son groupe comme étant le premier de la TNT. « Ah ouais ? Ah bon ? » s'étrangle Maxime Saada. Pas le temps de rester sur ce détail : sa garde rapprochée - du directeur de C8, Franck Appietto, à la secrétaire générale de Canal Plus, Laetitia Ménasé - vient d'arriver. Le groupe transpire la confiance. « Les multirécidivistes ! » lance même, amusé, un représentant de Canal Plus à ses collègues de C8.

Comment le groupe, avec ses 26 millions d'abonnés dans plus de 50 pays, dont 18 millions rien qu'en France, pourrait-il être en danger ? La ligne de défense de ses représentants est claire : insister sur le besoin de maintenir un prétendu « équilibre actuel ». Faute de quoi, le paysage audiovisuel français perdrait la bataille face aux géants du streaming (Netflix, Amazon, Disney). « C8 est la première chaîne de la TNT et CNews, la première chaîne d'information », n'a ainsi cessé de répéter Maxime Saada lors des auditions, comme piqué au vif par les propos de Rodolphe Belmer. « Ils utilisent une politique du coup de force », rétorque Thibaut Bruttin, nouveau directeur de Reporters sans frontières et ancien assistant de Christophe Deloire, décédé le 8 juin, qui s'est régulièrement positionné contre les pratiques du groupe Bolloré. « C'est assez choquant de voir qu'ils sont dans un bras de fer avec les régulateurs », ajoute t-il.

non-respect des conventions

Ces dernières semaines, les initiatives pour inciter l'Arcom à ne pas renouveler les fréquences de C8 et de CNews se sont multipliées. Une pétition lancée par l'ONG Le Mouvement a rassemblé près de 240 000 signatures. Tandis qu'une centaine d'organisations syndicales et militantes ont appelé, dans une tribune publiée lundi 15 juillet par Mediapart, à « désarmer l'empire Bolloré ». « Le problème, c'est qu'un canal public soit réservé à une chaîne d'extrême droite, qui appelle à la guerre civile du matin au soir », déplore François Bonnet, président du Fonds pour une presse libre et initiateur des états généraux de la presse indépendante.

S'ils ont été plus offensifs qu'à leur habitude, les conseillers de l'Arcom se sont concentrés sur le respect ou non des conventions signées par les chaînes pour accéder à une fréquence. Document que le groupe Canal Plus a ignoré à de nombreuses reprises. Pour C8, la liste des accrocs comprend le « non-respect de la vie privée, de l'honneur, de la dignité de la personne humaine, de la protection des mineurs, du droit à l'image », énumère le conseiller de l'Arcom Hervé Godechot. Pour CNews, ce sont « des encouragements aux comportements discriminatoires, l'incitation à des comportements dangereux, un manque d'expression des différents points de vue et d'honnêteté ». En face, on admettait à demi-mot des « erreurs », des « problèmes », voire de simples « inconvénients ».

à la rentrée, TPMP en différé

Après tout, à quoi bon s'inquiéter ? « On imagine bien sûr l'ombre de qui vous savez sur ces questions », ricane Serge Nedjar, directeur général de CNews et homme à tout faire de « l'ombre » en question depuis qu'il s'est chargé de mettre au pas la rédaction d'iTélé, en 2016. Pour le groupe Canal Plus, Vincent Bolloré n'est pas un sujet. Lorsque, ce lundi 15 juillet, le membre de l'Arcom Hervé Godechot questionne la direction du groupe sur son intention ou non de « rééquilibrer la partie informationnelle » de CNews, Maxime Saada balaie l'hypothèse : « On va peut-être y réfléchir quelques jours. » Selon Serge Nedjar, les dérapages sont inhérents au débat. Il n'est pas concevable d'en vouloir aux Pascal Praud, Christine Kelly ou Jean-Marc Morandini. « L'échange est quelquefois un petit peu bruyant, le présentateur n'entend pas tout ce qu'il se passe sur le plateau », relativise-t-il. C'est pourquoi la direction de CNews préfère « muscler le service juridique ».

L'audition de C8, mardi 9 juillet, fut pourtant le théâtre d'échanges tendus, avec un nom qui revenait sans cesse : celui de Cyril Hanouna. Le présentateur vedette, en vacances, a accaparé toute l'attention. Pour Touche pas à mon poste ! (TPMP), le conseil de l'Arcom attendait des mesures concrètes. À la surprise générale, Maxime Saada et son équipe ont annoncé que TPMP passera en différé à la rentrée. Fini le direct : le talk-show sera diffusé avec un décalage compris entre 15 et 45 minutes. De quoi permettre aux équipes de production de couper une séquence répréhensible, comme l'altercation du présentateur avec le député LFI Louis Boyard (février 2023), la théorie du complot partagée par l'ex-dealer Gérard Fauré (mars 2023), ou l'appel de Cyril Hanouna au président du Rassemblement national, Jordan Bardella, pour le convaincre de s'unir à Reconquête !, le parti d'Éric Zemmour (juin 2024).

« Pourquoi, d'un coup, vous proposez un dispositif ? » a alors fulminé Roch-Olivier Maistre, le président de l'Arcom. De fait, cette carte maîtresse ne figurait pas dans le dossier de candidature. « C'est dans cette salle qu'ont lieu les audiences des procédures de sanction, a-t-il rappelé. À chaque fois, vous nous avez expliqué que ça ne se reproduirait pas et que vous alliez prendre des dispositions... » C'est maintenant au tour de l'Arcom d'agir. Les attributions des 15 fréquences de la TNT sont attendues fin juillet.

L'Humanité
mardi 16 juillet 2024 102 mots, p. 8

Assemblée André Chassaigne réélu à la tête du groupe GDR

Il y aura bien un groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR) à l'Assemblée nationale. Seize membres y siégeront, dont les huit députés communistes. À leurs côtés, on trouvera le député Gauche républicaine et socialiste Emmanuel Maurel, soutien de Fabien Roussel pour la dernière élection présidentielle. Comme lors des législatures précédentes, le groupe GDR comprendra une forte composante de représentants de l'outre-mer venus de La Réunion, de Martinique, de Guyane et de Polynésie. André Chassaigne a été réélu, lundi, à la présidence de ce groupe, le quatrième de gauche à l'Assemblée.

La Croix, no. 42971
France, mardi 16 juillet 2024 98 mots, p. 9

Politique Charles de Courson, candidat à la présidence de l’Assemblée nationale

Le député centriste Charles de Courson, élu depuis 1993, est candidat à la présidence de l’Assemblée nationale, a-t-il fait savoir dans un communiqué lundi 15 juillet. « Dans cette période inédite et chaotique, il est fondamental que le président de l’Assemblée nationale soit le garant de son bon fonctionnement, de la dignité et de la profondeur des débats et qu’il ne soit pas au service de coalitions partisanes », affirme l’élu de 72 ans, qui s’est farouchement opposé à la réforme des retraites.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_24 Heures en Region, mardi 16 juillet 2024 547 mots, p. AUJM16

Va-t-on retrouver les corps des fusillés de la prison de Caen ?

Calvados|Emmanuel Macron vient d'annoncer le financement d'une bourse de recherche

Bertrand Fizel

« Je n'abandonnerai jamais. Je suis persuadée au fond de moi qu'on peut les retrouver », explique, très émue, Véronique de Touchet, petite-fille d'Antoine, résistant, fusillé par la Gestapo alors qu'il était emprisonné à Caen. Il avait 58 ans et six enfants, dont le père de Véronique, âgé alors de 14 ans. Cette histoire est l'une des grandes énigmes du XX e siècle en Normandie. Car, quatre-vingts ans après les faits, on ne sait toujours pas où sont les corps d'Antoine et de ses 72 compagnons d'infortune, exécutés par les Allemands le 6 juin 1944.

Le jour du Débarquement, ces 73 résistants français sont détenus à la prison de Caen. La Gestapo doit les déporter en Allemagne mais il n'y a manifestement pas assez de véhicules disponibles. C'est alors que, dans leur déroute, ils optent pour la pire barbarie. Ils les regroupent par groupes de quatre à sept qu'ils font entrer successivement dans une petite cour de la prison et les exécutent froidement. Ils les enterrent aussitôt sur place.

« Reste que les troupes alliées mettront plus de temps que prévu à entrer dans Caen. Ce qui laisse un sursis aux Allemands, qui décident de faire disparaître les traces de ce véritable crime de masse », explique l'historien Gérard Fournier, président de l'association Mémoires de la résistance et de la déportation normande. Trois semaines plus tard, ils exhument donc les 73 corps et les transportent dans un lieu qui reste inconnu. Une situation qui empêche toujours des familles de faire leur deuil. « J'avais 4 ans et demi, racontait ainsi Joël Chaléat, fils de Paul, un des résistants fusillés, quand on m'a dit que mon père ne reviendrait jamais. Toute ma vie, ça a été un vide absolu... »

Des espoirs déçus ont terriblement malmené ces familles, mais une bourse accordée par le président de la République ouvre un nouvel espoir sérieux. D'ici quelques mois, un universitaire devrait être désigné comme bénéficiaire. Ce qui permettra de canaliser les recherches et d'explorer des archives allemandes encore jamais exploitées.

« Douleur persistante des familles »

« J'ai été bouleversé lors des commémorations de voir la douleur persistante des familles et leur impossibilité à faire complètement leur deuil tant qu'elles n'auront pas retrouvé les corps des leurs », explique Fabrice Le Vigoureux, ancien député de la circonscription, qui avait lancé cette démarche auprès d'Emmanuel Macron, venu à la prison en juin.

« Par une coïncidence particulièrement troublante, poursuit Véronique de Touchet, j'ai pu consulter des archives allemandes interceptées par les services spéciaux français. J'ai eu entre les mains le rapport d'interrogatoire que mon grand-père a signé, trois semaines avant sa mort. C'est évidemment un choc qui m'oblige en quelque sorte à tout mettre en oeuvre pour aller au bout de notre démarche. Retrouver son corps et permettre enfin à notre famille de se recueillir. Ma tante parle toujours de son père. Elle ne pourra, dit-elle, l'appeler papa que le jour où l'on retrouvera son corps. Espérons que cette bourse y contribuera. »

Le Monde
France, mardi 16 juillet 2024 1012 mots, p. 9

Semaine d’échéances décisives à l’Assemblée

Les députés vont devoir s’entendre, à partir de mercredi, sans majorité ni gouvernement nommé

Mariama Darame

Malgré l’absence d’un nouveau gouvernement, les députés entament une semaine décisive. De l’élection de la présidence de l’Assemblée nationale et de la déclaration officielle des groupes (le 18 juillet), à l’installation du bureau (le 19 juillet) et à la composition des commissions permanentes (le 20 juillet), les élus de la 17e législature sont amenés à prendre les devants face à un chef de l’Etat enlisé et un premier ministre introuvable. Devant cette situation inédite, ils devront s’entendre pour faire fonctionner une Assemblée sans majorité.

Ces échéances vont fournir une première radiographie des rapports de force entre les blocs de gauche, de la coalition présidentielle, de la droite et de l’extrême droite. Mais aussi un aperçu sur la propension des groupes à se diviser ou, au contraire, à rester homogènes, pour obtenir les postes les plus stratégiques du Palais-Bourbon. L’Assemblée devrait compter onze groupes – un record. Une tectonique des plaques scrutée par Emmanuel Macron, qui a déclaré, dès le 7 juillet, vouloir attendre la « structuration » de l’Assemblée pour nommer un premier ministre. Selon les alliances formées dans l’Hémicycle, le chef de l’Etat en vient encore à espérer que son camp puisse agréger derrière lui le soutien d’autres forces politiques, notamment sur la présidence de l’Assemblée.

En campagne pour sa réélection au perchoir, Mme Braun-Pivet tente d’obtenir le soutien de la droite pour parvenir à se faire élire au cours d’un scrutin qui comporte trois tours, les deux premiers nécessitant la majorité absolue, et le troisième, la majorité relative. Loin de faire l’unanimité sur son nom, Yaël Braun-Pivet se retrouve dans la tourmente depuis la parution d’un article du Figaroévoquant une « entente tacite » avec les élus du Rassemblement national (RN) pour se faire réélire. Une information démentie samedi par l’entourage de l’intéressée.

Failles juridiques

Face à l’ancienne présidente du Palais-Bourbon, d’autres candidatures sont évoquées, à l’instar du député centriste de la Marne Charles de Courson, élu sans discontinuer depuis 1993, des vice-présidents sortants Naïma Moutchou (Horizons) et Sébastien Chenu (RN) ou encore d’Annie Genevard (ex-Les Républicains). A gauche, Cyrielle Chatelain et Sandrine Rousseau (Les Ecologistes) ou Boris Vallaud (Parti socialiste) s’avancent. Mais, là encore, tout dépendra de l’issue des négociations au sein du Nouveau Front populaire (NFP). Sans accord d’ici au 18 juillet sur une équipe gouvernementale, les quatre groupes de gauche pourraient présenter chacun leurs candidats, se condamnant à l’échec.

Le calendrier pousse le chef de l’Etat à accepter la démission du gouvernement Attal et de ses 17 ministres élus députés. Elle devrait avoir lieu le 17 juillet. Le premier ministre, qui a été élu président du groupe Renaissance, pourra ainsi prendre part aux votes dans l’Hémicycle. Son gouvernement démissionnaire et lui-même continueront de gérer les affaires courantes au moins pendant les Jeux olympiques, et pourquoi pas jusqu’à l’ouverture de la prochaine session ordinaire, prévue le 1er octobre.

Le chef de l’Etat mise sur la lassitude des oppositions tout en se reposant sur un gouvernement démissionnaire qui, par définition, ne peut pas être renversé par une motion de censure. « Cette dissolution a créé une situation politique qui n’est plus gérable par des moyens traditionnels. Elle étend très loin le champ de ce qui est acceptable en matière de fonctionnement institutionnel », estime le politiste Benjamin Morel, invité à livrer son diagnostic, le 10 juillet, par le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, comme l’a révélé L’Opinion.Tant pis pour les failles juridiques que soulève cette situation inédite sur le plan de la séparation des pouvoirs, avec des ministres qui auront un pied dans l’exécutif, l’autre à l’Assemblée. Et un gouvernement encore amené à endosser des décisions politiques alors qu’il n’est plus responsable devant le Parlement. Des anomalies qui ont tout de l’ « impasse ridicule et affligeante », tacle le président du MoDem, François Bayrou, dans Le Journal du dimanche.

Le vide gouvernemental génère une série d’inconnues. Sans ministres, pas de questions au gouvernement, pas de projets de loi en capacité d’être inscrits à l’ordre du jour. Les groupes sont aussi confrontés à la difficulté de se définir, dans l’opposition, dans la majorité ou ni l’un ni l’autre (minoritaire). L’attribution de certaines fonctions stratégiques est conditionnée à ces statuts, comme l’un des trois postes de questeur ou la présidence de la commission des finances, dévolus à l’opposition.

Rôle d’arbitre

Le bureau, la plus haute instance collégiale de l’Assemblée, aura tout le pouvoir d’interpréter le règlement. Encore faut-il que son élection ne vire pas à un énième psychodrame. Depuis 2022 et l’élection de 89 députés RN, la présence de l’extrême droite (deux vice-présidents RN) divise, entre la crainte d’une banalisation et le refus de marginaliser une force politique qui rassemble 10 millions d’électeurs. Le groupe de Marine Le Pen, avec 123 élus, est devenu le premier groupe au Palais-Bourbon. « Si les macronistes nous réexpliquent(…) qu’en fait ils vont aller chercher le RN pour mettre le NFP en minorité à l’Assemblée, on en prendra acte », a mis en garde la secrétaire nationale des écologistes, Marine Tondelier, dimanche sur France Inter.

A l’avenir, le RN pourrait jouer le rôle d’arbitre entre le bloc de gauche et celui des macronistes. D’où l’ambiguïté entretenue par Marine Le Pen et les siens sur leur volonté de censurer un futur gouvernement issu de ces deux blocs. Car un soutien de l’extrême droite aurait tout du « baiser de la mort » pour ceux qui ont fait campagne sur le front républicain. L’alliance de gauche réfléchit à un appel commun pour demander au reste de l’Hémicycle d’ériger un « cordon républicain » vis-à-vis du RN. Reste à savoir si la gauche trouvera un nombre d’alliés suffisant.

Le Monde
France, mardi 16 juillet 2024 865 mots, p. 9
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15 juillet 2024 - Le Monde (site web)

La gauche patine pour s’accorder sur un nom pour Matignon

Double langage et arrière-pensées abondent dans les discussions des partis du NFP en vue de proposer un premier ministre

Julie Carriat

Et si le feuilleton finissait par lasser ? Le 18 juillet, premier jour de la nouvelle mandature de l’Assemblée, approche. Et le Nouveau Front populaire (NFP) n’est toujours pas parvenu à s’accorder sur le nom d’un potentiel chef de gouvernement à proposer. Après l’espoir, vendredi 12 juillet, d’un consensus autour de la présidente de La Réunion, Huguette Bello, les gauches et les écologistes repartent de zéro. Samedi, les socialistes, réunis en conseil national, ont refusé d’entériner cette proposition, perçue comme insuffisamment consensuelle pour garantir une coalition.

Dimanche, l’élue régionale a annoncé décliner la proposition. Depuis, des discussions bilatérales ont repris, au téléphone, sans déboucher sur des avancées. Car la gauche, quoique première des législatives, reste minoritaire dans le pays. Pour pouvoir revendiquer les résultats du 7 juillet comme une victoire, elle est aussi condamnée à s’entendre : il suffit qu’un des partis membres du NFP fasse défection pour que l’argument du « premier bloc électoral » tombe. Le chef de l’Etat aurait alors les coudées franches pour construire une coalition alternative à droite.

Mais, comme le remarque le politiste Rémi Lefebvre, c’est parce qu’un hypothétique gouvernement du NFP serait sans doute dans une forme d’impuissance, qu’il est aussi difficile à former. « Si la gauche n’a pas les moyens d’agir, la question de la forme va être essentielle, on le voit déjà avec les différentes partitions jouées par les uns et les autres. La question de la conflictualité était en cause dès avant le second tour ; aujourd’hui, l’apaisement semble encore plus nécessaire », mesure-t-il.

Dimanche soir, La France insoumise (LFI) était place de la Nation, à Paris, aux côtés de ceux ayant répondu à l’appel du syndicat L’Union étudiante, contre le « coup de force présidentiel ». Les manifestants ont protesté aussi contre le refus du nom d’Huguette Bello.

« Palabres sans fin »

Côté socialiste, on s’irrite des méthodes « insoumises ». « Lorsque l’on s’apprête à gouverner, on doit faire la démonstration que le moment de l’agit-prop est terminé, et que nous sommes prêts à assumer les fonctions de direction du pays », a estimé le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, dans un entretien au Parisien, samedi. Le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, a appelé, quant à lui, à la tenue d’une « réunion des chefs de parti au plus vite, pour sortir par le haut de la situation de blocage actuelle », quand la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, positivait, dimanche, sur France Inter : « On va assumer l’exercice du pouvoir et on va y arriver. »

Déplorant une « situation de blocage due au refus permanent, incessant du PS » et des « palabres sans fin », Manuel Bompard a proposé, lundi matin, sur BFM-TV, de « s’accorder immédiatement sur une candidature à la présidence de l’Assemblée nationale, premier objectif qui va être le préalable à tous les autres ». « Les “insoumis” sont prêts à ce que cette candidature ne soit pas issue de LFI », a-t-il précisé, à l’heure où le socialiste Boris Vallaud s’est déjà positionné pour ce poste, dans La Tribune Dimanche.

Le jeu des noms a repris, au moins dans les cercles militants, la galaxie communiste proposant désormais l’ancienne candidate à la présidentielle Marie-George Buffet, des élus socialistes citant, pour leur part, la maire de Lille, Martine Aubry – « Elle ne souhaite pas reprendre du service », a expliqué, lundi, Olivier Faure, sur France 2 – ou encore l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem.

Le député socialiste du Calvados Arthur Delaporte assure qu’avec le bon profil peuvent s’installer un « front populaire au gouvernement et un front républicain à l’Assemblée nationale ». La formule est astucieuse, mais elle paraît déjà se heurter aux réalités de l’Assemblée… où le front républicain, qui a fait élire de nombreux députés de gauche et du camp présidentiel, semble déjà remisé. La présidente sortante, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), a dit, vendredi, lors d’une réunion à l’Elysée, son intention de permettre que « l’ensemble des partis soient représentés » aux postes-clés de l’Hémicycle, citant une « logique institutionnelle ».

« C’est surréaliste, tout le monde fait semblant que la gauche peut gouverner seule, alors que deux cents députés, cela ne permet pas de gouverner, s’exclame le sénateur communiste des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias. Tout le monde fait semblant. Pour des raisons différentes : Jean-Luc Mélenchon parce qu’il mise sur la démission d’Emmanuel Macron et la présidentielle, les socialistes parce qu’ils veulent montrer qu’ils sont en capacité de gouverner… »

Autant d’objectifs politiques divergents que nul n’affiche ouvertement. Mais qui pourraient se dévoiler dans un second temps. Au PS, en particulier, si l’alliance avec LFI se révélait impossible, ou si elle était censurée à la première occasion, aucun doute que d’autres coalitions pourraient être tentées. Mais, pour l’heure, tous sont obligés de se tenir et d’honorer l’ambition unitaire d’un électorat de gauche à qui ils ont promis, le 7 juillet au soir, une « victoire ».

La Croix, no. 42971
France, mardi 16 juillet 2024 544 mots, p. 9
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16 juillet 2024 - La Croix (site web)

Les choix du prochain gouvernement français seront regardés de près par Bruxelles

Céline Schoen

Quelle que soit sa composition, le prochain gouvernement tricolore devra prendre en compte certaines contraintes européennes.

L’orientation politique de la France est scrutée par ses partenaires européens.

À Bruxelles

De notre correspondante

En annonçant sa démission, le premier ministre Gabriel Attal a lui-même évoqué une « situation politique sans précédent ». À Bruxelles aussi, l’on s’interroge : qui pour gouverner la France ? Quelles orientations européennes primeront ? La France pourra-t-elle conserver son rôle moteur dans l’Union européenne ? Et respectera-t-elle toujours les règles du jeu communes aux 27 États membres ?

Lundi 15 juillet, Pierre Moscovici, ancien commissaire européen aujourd’hui premier président de la Cour des comptes, a rappelé les obligations françaises en matière budgétaire. Pour lui, la réduction de la dette est un « impératif » qui « doit être partagé » par toutes les forces politiques. Le député Philippe Juvin (Les Républicains) rappelle que l’Hexagone a jusqu’au 20 septembre pour soumettre à Bruxelles « son plan de réduction de la dette sur sept ans ». « Honnêtement, qui est capable de faire ça ? », se demande l’ancien élu qui a siégé au Parlement européen durant près d’une décennie, doutant de la capacité du Nouveau Front populaire (NFP) à se plier à cet exercice imposé par le pacte de stabilité et de croissance.

Le 11 juillet, le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire expliquait devoir « dégager 25 milliards d’euros d’économies » pour « tenir » les objectifs de finances publiques. En effet, la menace d’une procédure pour déficit excessif pèse sur la France, sortie des clous budgétaires. L’ouverture de cette procédure devrait être officialisée en fin d’année. Il n’y a pas qu’en matière de règles budgétaires que la France est attendue au tournant : selon la composition du prochain gouvernement, les positions défendues par la France pourraient changer au Conseil de l’UE, une institution peu friande d’instabilité.

Au sein de ce cénacle, qui rassemble les 27 ministres européens, la France pourrait décider de mettre l’accent sur la souveraineté alimentaire ou sur la transition verte, sur le contrôle de l’immigration ou sur la solidarité en matière d’accueil des réfugiés, sur la rigueur budgétaire ou sur l’augmentation du pouvoir d’achat des Européens.

En pleine campagne, Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France Insoumise (LFI), a estimé que « l’heure écologique et sociale dont notre peuple, le monde et l’Europe ont besoin » a sonné. Mais en matière de politique étrangère, le flou domine particulièrement. Alors que la position française était claire – soutien à l’Ukraine et défense d’une solution à deux États au Proche-Orient –, qu’en sera-t-il maintenant ? La position de LFI sur le Hamas pourrait rebattre les cartes. De même, les appels incessants de LFI à désobéir aux traités européens pourraient provoquer des remous.

En ce qui concerne l’écologie, Stefan Seidendorf, directeur adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, veut croire que « le nouveau gouvernement français pourrait tenter quelque chose pour aller plus loin sur le “pacte vert” et, pour cela, travailler en franco-allemand pour faire comprendre à Ursula von der Leyen, peut-être reconduite jeudi à la tête de la Commission, que la mise en œuvre de ces mesures compte. »

Libération
mardi 16 juillet 2024 1192 mots, p. 5

AUTRE

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16 juillet 2024 - Libération (site web)

Dans l'Hérault, «on a résisté à la vague RN, mais je ne sais pas comment»

Lucie Alexandre

AUTRE

Se lancer dans un combat politique peut réserver de mauvaises surprises. «La deuxième fois où je suis allé tracter, un vieil homme m'a craché dessus», raconte Loïc, 21 ans. L'étudiant en relations internationales à la Sorbonne était en vacances chez ses parents le soir de la dissolution, à Pignan, dans l'Hérault, là où il a grandi. Une commune de 8 000 habitants, à une vingtaine de minutes en voiture de Montpellier, bordée par les cultures de vignes et d'oliviers. Un centre-ville déserté par les commerces de proximité, où l'on ne trouve même plus de distributeur automatique de billets. Aux européennes, la liste de Jordan Bardella y a fait 38,69 %.

AVEYRON TARN 8e circonscription HÉRAULT AUDE 10 «Je me suis tout de suite dit qu'on pouvait perdre la circonscription [la 8e de l'Hérault, ndlr]», se remémore le jeune homme, tignasse blonde, en bras de chemise. En 2022, le candidat de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, l'insoumis Sylvain Carrière, ne l'avait emporté qu'à 458 voix près contre Cédric Delapierre pour le Rassemblement national. En 2024, l'écart s'est resserré à 395 voix, mais chaque camp a enregistré autour de 29 000 voix au second tour, contre 19 000 il y a deux ans. Au premier tour, l'extrême droite est passée de 24,92 % en 2022 à 40,12 % en 2024, contre 29,35 % et 32,71 % pour la gauche. Les macronistes, eux, se sont effondrés. Le barrage a tenu, mais l'eau est montée très haut. Loïc, qui n'avait jamais milité pour un parti, s'est livré à corps perdu dans la bataille, comme des milliers de novices partout en France. A Pignan, les troupes de gauche sont maigres et âgées. Alors il a tracté souvent seul, parfois avec quelques amis. «Il y a déjà plein d'insoumis à Montpellier, donc on s'est concentré sur les villages», explique-t-il en nous faisant parcourir sa petite ville, sous un éclatant soleil de juillet. La campagne a été rude. «Les gens qui acceptaient de discuter, c'était seulement ceux qui étaient d'accord avec nous.» «Staline» Le porte-à-porte dans le nouveau quartier Saint-Estève, avec de nombreux HLM, s'est «mal passé». Ils s'attendaient à trouver des abstentionnistes plutôt réceptifs à leur discours contre l'extrême droite, et ont été envoyés sur les roses «par des personnes en colère contre la politique de façon générale». Dans le bourg, les affiches du NFP sont arrachées ou recouvertes d'insultes : «racailles», «antisémites», «Staline». Pourtant, les soldats du RN restent invisibles. Loïc se tourmente au sujet d'un de leurs portevoix : la chaîne CNews du milliardaire Vincent Bolloré, allumée en permanence dans le stand de pizzas à emporter qu'il fréquente depuis l'enfance. L'écran alimente les discussions entre clients qui patientent. Battu dans la circonscription, le parti de Marine Le Pen a obtenu 54,67 % des voix à Pignan au second tour.

GARD Montpellier Mer Méditerranée Ce score reste inférieur à celui de Balaruc-les- Bains, à une demi-heure de là, sur la côte. Dans cette cité balnéaire de moins de 7 000 habitants, le RN a fait 66,79 % au second tour contre la gauche. La population est majoritairement retraitée, recluse dans ses résidences. On rencontre Jean-Franck et Hasna au Bélouga, l'une des terrasses touristiques du front de mer. Lui : 58 ans, prof de maths à Sète et élu communiste au département. Elle : 41 ans, secrétaire générale CGT des agents territoriaux de Frontignan. Tous deux portent des vêtements bariolés et des lunettes de soleil, et n'ont pas hésité à s'investir dans la campagne. «Le danger était imminent pour moi, en tant que binationale franco-marocaine, femme et fonctionnaire», énumère Hasna. La gauche n'a pas perdu la circonscription, mais le duo affiche une mine dépitée. «L'argument qu'ils ont tous à la bouche, c'est l'insécurité. Mais c'est absurde, à Sète, je veux bien qu'il se passe parfois des choses, mais ici rien du tout», soupire Jean- Franck. Les électeurs RN sont leurs voisins, commerçants, copains. «Ici, c'est tout le monde. Les gens qu'on voit passer au bureau de vote sont très sympas, puis on s'étrangle en voyant les résultats, témoigne Hasna. Ce qui est vraiment nouveau cette année, c'est la libération des discours racistes. Avant, ils n'osaient pas. Là, quand on leur tendait un tract sur le marché, ils hurlaient qu'ils allaient voter Bardella.» Si l'extrême droite n'a pas gagné, c'est grâce aux bureaux de vote montpelliérains, et quelques communes qui penchent encore à gauche. C'est le cas de Murviel-lès-Montpellier, 1 930 habitants, à 16 km de la métropole, et 50,33 % des voix pour le NFP au second tour. L'équipe municipale, non encartée, est montée au front contre l'extrême droite. «On connaît les gens. Le porte-à-porte était plus simple, on pouvait identifier les abstentionnistes », expose le premier adjoint, Gilles Cusin. Depuis deux ans, des liens solides ont aussi été tissés avec le député LFI, qu'ils congratulent pour «sa grande présence». Entre deux éclats de rire fatigués et soulagés, Sylvain Carrière minimise pourtant l'impact de son implantation locale. «J'avais dit à mes équipes que ça ne suffirait pas, et que s'il y avait une vague, on serait quand même emportés. On a résisté mais, honnêtement, je ne sais pas comment», admet l'enfant du coin.

Alors les élus locaux débattent de solutions de long terme, espèrent bâtir des digues. «On cherche à créer une vie sociale et culturelle ici, pour que les gens se rencontrent et vivent ensemble, défend la maire, Isabelle Touzard. Le premier truc qu'on a fait en arrivant aux manettes en 2014, c'est de remettre la fête de village, que la mandature précédente avait supprimée pour maintenir le silence et la tranquillité dans la commune.» «Bouc émissaire» Non loin de là, René Revol revendique un peu la même méthode. Vieux compagnon de route de Jean-Luc Mélenchon, il est maire de Grabels, commune de 9 000 habitants qui touche les banlieues de Montpellier. Le NFP y a fait 37,66 % au premier tour, 60 % au second. Les nouveaux venus sont enseignants, chercheurs, médecins, et fuient les loyers élevés de la métropole. «Depuis le premier quinquennat d'Emmanuel Macron, j'ai vu basculer un électorat populaire de droite, qui parfois votait à gauche quand la droite se montrait trop élitiste et aristocratique, estime-t-il. Le mécanisme du bouc émissaire ethnique fonctionne à plein. L'insécurité est le thème dominant dans les médias. Les gens ont peur derrière les murs de leur résidence, se méfient de leurs voisins, alors qu'ici, les seules agressions qui existent sont les types qui battent leurs femmes. Et la seule véritable protection, c'est celle qui vient du lien social. Mais ce discours est difficile à tenir face à quelqu'un qui a peur des cambriolages.» Lui qui cause quotidiennement avec des électeurs RN juge malgré tout que des coups viennent d'être portés par la gauche au projet lepéniste. «Les gens ont voté pour eux, mais je vois qu'ils commencent à douter. Ils ne sont plus sûrs de leur programme, et de les vouloir au pouvoir.»

«L'insécurité est le thème dominant dans les médias. Les gens ont peur, alors qu'à Grabels, les seules agressions qui existent sont les types qui battent leurs femmes.» René Revol maire de Grabels

Le Figaro, no. 24850
Le Figaro, mardi 16 juillet 2024 726 mots, p. 7

Politique

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15 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Matignon, perchoir : le bras de fer se poursuit entre Insoumis et socialistes

Flurin, Richard

Nouveau rebondissement à gauche. Socialistes, écologistes et communistes se sont entendus lundi sur un nom pour Matignon, qu'ils déclarent avoir présenté à La France insoumise. Il s'agit de la haute fonctionnaire Laurence Tubiana, artisane des accords de Paris en 2015 et coprésidente de la Convention citoyenne pour le climat, impulsée par Emmanuel Macron en 2019. « Elle n'est pas trop marquée politiquement, je pense qu'il sera compliqué de la censurer », indiquait un élu écologiste, très satisfait de cette proposition.

Dans un communiqué, le PS a indiqué en fin d'après-midi avoir « fait ce jour avec les écologistes et les communistes, une proposition de candidature commune issue de la société civile au poste de premier ministre » , ce que confirmait le Parti communiste dans un communiqué propre. Les trois partis de gauche avaient décidé de taire le nom de Laurence Tubiana à la presse pour éviter les tirs de barrage, avant que nos confrères de France Info ne finissent pas le révéler.

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, avait fait part dès lundi matin sur France 2 de sa volonté d'élargir le champ de recherche du candidat du NFP pour Matignon au-delà du « quarteron » des partis. Mais les Insoumis ont vite prévenu qu'ils ne l'entendent pas de cette oreille. Dans un communiqué à la mi-journée, ils ont prévenu que « le blocage politique ne se réglera pas par l'improvisation d'une candidature « extérieure » ». Actant que les négociations pour la formation d'un gouvernement du Nouveau Front populaire se trouvent dans « l'impasse » , le nouvement a annoncé dans ce même communiqué qu'il les suspendait. LFI invite ses partenaires à se concentrer sur l'élection du président de l'Assemblée nationale, qui se déroulera jeudi prochain.

« Nous exigeons une candidature unique pour la présidence de l'Assemblée nationale et ne reprenons aucune discussion sur quoi que ce soit d'autre tant que ce n'est pas réglé », a expliqué Jean-Luc Mélenchon sur X. Son parti estime qu'Emmanuel Macron « veut détourner l'élection de la présidence de l'Assemblée nationale le 18juillet pour effacer la coalition victorieuse(le NFP, NDLR) dans les urnes ».

Les mélenchonistes accusent en fait l'Élysée de manoeuvrer en coulisses pour faire élire au perchoir un député qui n'est pas issu des rangs du NFP, dans le but de montrer que la gauche ne dispose pas de la majorité relative, ce qui pourrait la mettre hors jeu pour gouverner. L'élection du président de l'Assemblée nationale nécessite la majorité absolue des voix (soit 289 sur 577) aux deux premiers tours d'un vote de l'ensemble des députés. En cas d'absence de majorité absolue, un troisième tour a lieu et c'est le nom qui recueille le plus de voix qui l'emporte - à la majorité relative, donc.

Si les quatre groupes parlementaires de gauche s'accordent sur un candidat unique, dans la mesure où ils comptent davantage d'élus que les deux blocs macronistes et marinistes, ils pensent avoir de bonnes chances de l'emporter. Ils pourraient toutefois en être empêchés, par exemple en cas d'alliance des macronistes et de la droite. Les tractations vont donc bon train au Palais Bourbon, et LFI ne voudrait pas que le NFP, tout à ses discussions sur son gouvernement, se fasse doubler.

Au-delà du camp présidentiel, les Insoumis mettent en cause dans leur communiqué leurs partenaires socialistes. Le PS est présenté comme seul responsable de cette « impasse » dans laquelle se sont enfoncées les négociations de la gauche depuis une semaine. En cause: le « refus incompréhensible » des socialistes de valider la candidature d'Huguette Bello, présidente de la région de La Réunion, au poste de première ministre pour le NFP.

Communistes et Insoumis s'étaient entendus vendredi dernier sur cette personnalité, qui fut naguère proche du PCF et soutient désormais Jean-Luc Mélenchon. Socialistes et écologistes ont réuni leurs instances dirigeantes dans le week-end pour trancher. Le conseil national du PS, sans surprise, a refusé samedi soir cette candidate soutien de Jean-Luc Mélenchon, malgré la pression maximale exercée par les Insoumis et leurs relais d'opinion.

De quoi renforcer les critiques nourries des Insoumis, à l'instar de leur coordinateur, Manuel Bompard, qui a pourfendu lundi matin sur BFMTV « l'opposition systématique » du Parti socialiste. Dans cette bataille des récits qui s'est engagée durant le week-end, le PS a répliqué en expliquant que plusieurs noms avaient été proposés dans leurs rangs, comme ceux des anciennes ministres Martine Aubry ou Najat Vallaud-Belkacem.

Le Figaro, no. 24850
Le Figaro, mardi 16 juillet 2024 554 mots, p. 7

Politique

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15 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

CHRONIQUE CONTRE-POINT

Petits accommodements déraisonnables au Palais Bourbon

Tabard, Guillaume

Opacité, incohérence, suffrage universel foulé aux pieds. Ceux qui, au lendemain des législatives, applaudissaient au retour de la démocratie parlementaire après des décennies de suprématie de l'exécutif donnent d'eux-mêmes une image déplorable. En invoquant de surcroît les grands principes « républicains ».

Il semble ne choquer personne qu'avant même la démission du gouvernement deux ministres en exercice - Gabriel Attal et Marc Fesneau -, dont le premier d'entre eux, se soient fait élire présidents de groupe. Or le cumul parlementaire-membre du gouvernement est le seul à être explicitement inscrit dans le texte de la Constitution. Invoquer le statut spécifique des groupes (ce sont de simples associations), prétendre que ce n'était qu'une question de jours et s'appuyer sur l'avis des juristes relatifs à cet entre-deux inédit ne change rien à l'affaire. D'autant qu'Emmanuel Macron semble enclin à faire durer le provisoire. Durant un ou deux mois, dix-sept ministres en titre seront bien députés. La casuistique, ici, confine à l'hypocrisie. Aux yeux de l'opinion, un ministre démissionnaire reste un ministre. L'empressement à occuper son siège de député ne vise qu'à assurer ses arrières ou à peser sur la répartition des postes. Tant pis pour la lettre et l'esprit de la Constitution.

Mais le plus troublant est le coup de force voulu par la gauche et auquel le groupe de Gabriel Attal donne en partie raison, à savoir exclure le Rassemblement national des fonctions statutaires à l'Assemblée nationale. Pour prétendre à un parallélisme des formes, l'ex-majorité dit « ni RN ni LFI » , ce qui ne rend pas l'opération plus respectueuse ni de l'Assemblée ni du suffrage universel. Si le perchoir (la présidence de l'Assemblée) exprime un choix politique, l'élection aux postes de vice-président ou de questeur vise à exprimer le pluralisme de l'Hémicycle. Il ne s'agissait pas de valider une option partisane, mais de garantir le fonctionnement de l'Assemblée. Il en a toujours été ainsi, y compris en 2022, où le RN avait obtenu deux vice-présidences et LFI, une.

L'argument, invoqué à gauche comme à Ensemble, du « front républicain » ne tient pas. Dans les urnes, même discutable, il vise à empêcher l'élection de tel ou tel. C'est le propre d'un scrutin d'écarter des concurrents et de favoriser une option privilégiée. Mais, au sein d'une assemblée, barrer délibérément des élus disposant de la même onction du suffrage universel, donc de la même légitimité, revient à justifier une forme de séparatisme démocratique. Évidemment, au nom des grands principes. Et si la gauche avait déjà tenté d'évincer le RN en 2023, les macronistes s'y étaient opposés, rappelant qu'en retour les mélenchonistes pourraient perdre de leur côté la présidence de la commission des finances.

Il serait paradoxal que l'ex-majorité ait défendu un juste pluralisme des instances de l'Assemblée lorsque le RN ne disposait « que » de 88 députés et s'y oppose maintenant qu'il dispose du contingent le plus nombreux envoyé par les Français. Tenir le Rassemblement national en lisière du simple fonctionnement commun de l'Assemblée nationale serait entretenir auprès de ses électeurs le sentiment d'une victoire volée. Tout en donnant le spectacle de petits arrangements au sein d'un entre-soi intéressé. Qui, on le vérifie à chaque fois, est un carburant électoral pour le RN. À moins que le seul souci de Gabriel Attal soit de donner des gages symboliques à la gauche. G. T.

Le Figaro, no. 24850
Le Figaro, mardi 16 juillet 2024 791 mots, p. 7

Politique

Matignon, perchoir : le bras de fer se poursuit entre Insoumis et socialistes

Flurin, Richard

La montagne accouche d'une souris. Actant que les négociations pour la formation d'un gouvernement du Nouveau Front populaire se trouvent dans «l'impasse », La France insoumise a décidé de les suspendre lundi après-midi. Le mouvement de gauche radicale invite ses partenaires à se concentrer sur l'élection du président de l'Assemblée nationale, qui se déroulera jeudi prochain. «Nous exigeons une candidature unique pour la présidence de l'Assemblée nationale et ne reprenons aucune discussion sur quoi que ce soit d'autre tant que ce n'est pas réglé», a expliqué Jean-Luc Mélenchon sur X. Son parti estime qu'Emmanuel Macron «veut détourner l'élection de la présidence de l'Assemblée nationale le 18juillet pour effacer la coalition victorieuse (le NFP, NDLR) dans les urnes».

Les mélenchonistes accusent en fait l'Élysée de manoeuvrer en coulisses pour faire élire au perchoir un député qui n'est pas issu des rangs du NFP, dans le but de montrer que la gauche ne dispose pas de la majorité relative, ce qui pourrait la mettre hors jeu pour gouverner. L'élection du président de l'Assemblée nationale nécessite la majorité absolue des voix (soit 289 sur 577) aux deux premiers tours d'un vote de l'ensemble des députés. En cas d'absence de majorité absolue, un troisième tour a lieu et c'est le nom qui recueille le plus de voix qui l'emporte - à la majorité relative, donc. Si les quatre groupes parlementaires de gauche s'accordent sur un candidat unique, dans la mesure où ils comptent davantage d'élus que les deux blocs macronistes et marinistes, ils pensent avoir de bonnes chances de l'emporter. Ils pourraient toutefois en être empêchés, par exemple en cas d'alliance des macronistes et de la droite. Les tractations vont donc bon train au Palais Bourbon, et LFI ne voudrait pas que le NFP, tout à ses discussions sur son gouvernement, se fasse doubler.

Au-delà du camp présidentiel, les Insoumis mettent en cause dans leur communiqué leurs partenaires socialistes. Le PS est présenté comme seul responsable de cette «impasse» dans laquelle se sont enfoncées les négociations de la gauche depuis une semaine. En cause : le «refus incompréhensible» des socialistes de valider la candidature d'Huguette Bello, présidente de la région de La Réunion, au poste de première ministre pour le NFP.

Communistes et Insoumis s'étaient entendus vendredi dernier sur cette personnalité, qui fut naguère proche du PCF et soutient désormais Jean-Luc Mélenchon. Socialistes et écologistes ont réuni leurs instances dirigeantes dans le week-end pour trancher. Le conseil national du PS, sans surprise, a refusé samedi soir cette candidate soutien de Jean-Luc Mélenchon, malgré la pression maximale exercée par les Insoumis et leurs relais d'opinion. Divisés sur le sujet, selon plusieurs sources, les Verts n'ont pas eu le temps de prendre position : Huguette Bello a décidé de débrancher sa candidature dimanche matin, un peu plus d'une heure avant une prise de parole de la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, sur France Inter. Cette dernière a relativisé les divergences de vues au sein de son parti et chargé les socialistes. «Le problème que j'ai eu avec le PS, c'est qu'ils n'ont mis qu'un nom sur la table: Olivier Faure», a-t-elle accusé. Sans oublier de louer l'attitude des Insoumis, qui «avaient fait plus de pas dans la discussion».

De quoi renforcer les critiques nourries des Insoumis, à l'instar de leur coordinateur, Manuel Bompard, qui a pourfendu lundi matin sur BFMTV «l'opposition systématique»du Parti socialiste. Dans cette bataille des récits qui s'est engagée durant le week-end, le PS a répliqué en expliquant que plusieurs noms avaient été proposés dans leurs rangs, comme ceux des anciennes ministres Martine Aubry ou Najat Vallaud-Belkacem.

Estimant que «rien n'a été bloqué», rappelant en outre que les Insoumis avaient eux aussi refusé des propositions, Olivier Faure a encouragé la gauche à se tourner vers une candidature hors du «quarteron» des partis. Le PS a indiqué en fin de journée lundi avoir «fait ce jour avec les écologistes et les communistes, une proposition de candidature commune issue de la société civile au poste de premier ministre», ce que confirmait le PCF dans un communiqué. L'identité de ce candidat n'avait pas été révélée lundi en fin de journée. Mais LFI avait déjà prévenu dans son communiqué : «Ce blocage politique ne se réglera pas par l'improvisation d'une candidature « extérieure ».»

Les présidents des quatre groupes parlementaires de gauche devaient se réunir lundi soir pour évoquer une candidature unique au perchoir. «Nous acceptons d'avance que cette candidature ne soit pas celle d'un ou d'une Insoumise», a prévenu LFI dans son communiqué. Cyrielle Chatelain et Boris Vallaud, qui président respectivement les groupes écologiste et socialiste à l'Assemblée nationale, semblent intéressés par le poste. La gauche parviendra-t-elle, cette fois, à se mettre d'accord ? R.F.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, mardi 16 juillet 2024 775 mots, p. AUJM8
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15 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
16 juillet 2024 - Le Parisien

Macron pousse l'idée d'une coalition

Ce mardi doit se tenir le dernier Conseil des ministres du gouvernement Attal. Pour bâtir des alliances, le chef de l'État regarde attentivement les initiatives qui commencent à naître à droite.

Olivier Beaumont

Le premier jour du reste de sa vie. En arrivant ce mardi matin à l'Élysée pour son dernier Conseil des ministres de plein exercice, Gabriel Attal aura-t-il déjà glissé dans la poche intérieure de sa veste la lettre de démission qu'il remettra dans la foulée à Emmanuel Macron ? Au bout de six mois et sept jours à Matignon, le plus jeune Premier ministre de la V e République s'apprête à tourner une première page... mais en douceur puisqu'il devrait encore rester quelques jours - ou plusieurs semaines - pour gérer les affaires courantes du pouvoir. Le temps que le pays se trouve un nouveau chef de gouvernement. Ce qui n'est pas forcément gagné.

Dix jours après le second tour des élections législatives, le flou reste total. Le président de la République, lui, reste plus que jamais persuadé que l'idée de trouver un accord entre forces de « l'arc républicain » (hors RN et hors LFI) est possible. C'était même tout l'objet d'un déjeuner qui s'est tenu à l'Élysée avec les chefs de partis. Autour de la table du salon des Portraits, le patron de Renaissance, Stéphane Séjourné, le ministre Marc Fesneau pour le MoDem (représentant de François Bayrou), le chef de l'UDI Hervé Marseille, son homologue du Parti radical Laurent Hénart et Gabriel Attal. Pas d'Horizons, en revanche, Édouard Philippe étant en ce moment en déplacement en Irlande dans le cadre d'un partenariat avec sa ville du Havre.

Le scrutin pour le perchoir est scruté

« Il ne faut jamais lâcher l'intérêt général. Ce n'est pas un sujet d'ego ou de postes », a rappelé le chef de l'État, selon des propos rapportés par son entourage, en demandant à ses cadres d'être « utile pour le pays », et de « bâtir une coalition républicaine de solutions et d'action ». La première étape de cette stratégie va passer par un premier temps fort : jeudi après-midi avec l'élection du président de l'Assemblée nationale. Et un Macron persuadé que le résultat de ce scrutin pour le perchoir, à bulletin secret, déterminera « le barycentre de l'Assemblée », dixit son entourage, et donc la photographie du potentiel gouvernement à venir.

Le Nouveau Front populaire parviendra-t-il à faire élire un des siens à la tête de la Chambre basse ? À l'Élysée, si on reste prudent, on se félicitait dans l'après-midi en apprenant que la France insoumise avait décidé de se retirer des négociations internes pour Matignon (lire ci-dessous). De quoi donner une indication sur leurs difficultés à se choisir aussi un candidat commun pour le perchoir. « C'était prévisible. Avec eux, on n'est jamais déçu... », ironisait dans la foulée un soutien d'Emmanuel Macron.

Mais le camp présidentiel sait bien que, s'il veut garder un espoir de conserver ce poste ô combien stratégique, il va devoir se chercher des alliances, notamment du côté de LR. Un peu plus tôt, en réunion de groupe, Gabriel Attal a par ailleurs fait adopter à une très large majorité le fait que les députés Ensemble pour la République (nouveau nom donné à la place de Renaissance) ne soutiendraient aucun LFI ni RN pour les postes clés de l'Assemblée. Une stratégie à double tranchant, notamment si à l'avenir ils avaient besoin du vote d'un de ces deux camps pour faire passer des lois... dans l'hypothèse où le bloc central parvenait à faire émerger une coalition.

Sur ce point, le chef de l'État et ses conseillers ont d'ailleurs accueilli avec intérêt le document de travail des députés de la Droite républicaine, le groupe de Laurent Wauquiez, sur la construction d'un « pacte législatif ». Révélé par le site du « Parisien », il liste des points de programme que ces élus (lire page 11) veulent soumettre à des partenaires en vue de dégager une majorité à l'Assemblée nationale.

Rien avant la fin de l'été ?

« C'est la preuve que les choses sont en train de bouger. Les gens commencent à parler du fond », traduit aussitôt un proche d'Emmanuel Macron, qui ajoute : « Le président va prendre connaissance de ce document. Maintenant que les choses sont sur la table, on va pouvoir commencer à discuter et mettre à notre tour des propositions. »

Preuve, s'il en est, que le chemin à parcourir vers un possible gouvernement d'union est encore très long. « À ce rythme, je ne vois rien se dégager avant la fin de l'été. On a encore beaucoup trop de choses à décanter », y va un député macroniste. Le feuilleton continue.

Libération
lundi 15 juillet 2024 1182 mots, p. 1,8,9

FRANCE

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14 juillet 2024 - Libération (site web)

FRONT POPULAIRE Bello jette l'éponge, le PS sous pression

LILIAN ALEMAGNA; SACHA NELKEN

FRANCE

PAGES 8-9 Alors que la présidente du conseil régional de La Réunion, Huguette Bello, a annoncé, dimanche, ne plus être candidate pour Matignon, le Nouveau Front populaire s'agite pour éviter une nouvelle implosion et trouver un candidat au poste de Premier ministre.

RÉCIT I ls avaient tous promis un nom pour Matignon «d'ici la fin de la semaine». Dimanche, la flamme olympique a commencé ses relais à Paris, le gouvernement Attal – autour d'Emmanuel et de Brigitte Macron – était aligné avenue Foch devant le défilé des Armées comme si la gauche n'était pas devenue il y a une semaine la force politique la plus importante de la future Assemblée nationale, mais le Nouveau Front populaire (NFP) ne s'était toujours pas entendu sur une personnalité à proposer à l'Elysée pour occuper Matignon. Samedi, à l'issue d'un conseil national, le Parti socialiste a repoussé la proposition, avancée par le PCF et LFI, de s'entendre sur Huguette Bello, la présidente du conseil régional de La Réunion. Encartée dans aucun des quatre partis qui composent le NFP, cette ancienne députée, 73 ans, avait l'avantage de faire consensus entre les communistes, dont elle est issue, et les insoumis, dont elle s'est rapprochée depuis son soutien à Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle de 2022. Cette année, elle était même candidate aux européennes, en bout de liste, pour La France insoumise.

Mais cette «proposition d'Huguette Bello», a affirmé le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, au Parisien, «ne fait consensus ni chez les socialistes ni chez les écologistes». «Il faut donc continuer à travailler, élargir et trouver une candidature qui porte avec force notre projet commun», a-t-il ajouté. Dans la foulée, LFI a annoncé convoquer sa «coordination» – sa direction – dimanche après-midi pour «analyser la signification des blocages constants du Parti socialiste contre toute candidature autre que celle de son premier secrétaire, Olivier Faure». «Le Parti socialiste vient une nouvelle fois de tout bloquer, ce qui conforte le coup de force du président de la République qui refuse de reconnaître le résultat des élections», martelait le communiqué relayé samedi soir sur X (ex-Twitter) par le coordinateur national, Manuel Bompard. Et voilà comment, en une semaine, la gauche a transformé l'or d'une victoire inattendue (plus de 180 députés contre 150 pour le camp présidentiel et 142 pour le Rassemblement national) en plomb des divisions, avec le spectre d'une nouvelle implosion aussi rapide que la constitution de l'union après la dissolution prononcée par Emmanuel Macron.

Premiers responsables Car dimanche matin, Huguette Bello a commencé, dans un communiqué, par «décliner sans plus attendre l'offre» d'emploi pour Matignon. La Réunionnaise dit «prendre acte» que sa candidature «ne fait pas l'objet d'un consensus entre toutes les composantes du Nouveau Front populaire, et notamment qu'elle n'est pas soutenue par le Parti socialiste». «Dans ces conditions et soucieuse d'un accord rapide au sein du NFP, j'ai décidé de décliner sans plus attendre l'offre qui m'a été faite», a-t-elle insisté. «Le sectarisme du Parti socialiste contraint Huguette Bello à se retirer, a enquillé Paul Vannier, l'un des négociateurs insoumis, sur X dimanche matin. Olivier Faure oublie le pays pour ne penser qu'à lui. Son irresponsabilité nous conduit vers l'impasse.» Les socialistes se retrouvent ainsi pointés comme les premiers responsables de ce nouveau blocage. Et pas seulement par les insoumis… Sur X, l'écologiste David Cormand a salué, après le communiqué d'Huguette Bello, «une déclaration qui honore son autrice et qui, paradoxalement, démontre qu'[elle] était bien une proposition qui correspondait à la quête d'unité et de consensus dont nous avons besoin. Il appartient à toutes et tous de le comprendre et d'adopter ce même état d'esprit». Sur France Inter, la patronne des Verts, Marine Tondelier, a expliqué, contrairement à ce qu'affirme Olivier Faure dans le Parisien, qu'Huguette Bello leur «semblait cocher beaucoup de cases». «Le problème que j'ai eu avec le PS, [c'est qu'] ils n'ont mis qu'un nom sur la table, Olivier Faure», a-t-elle attaqué, appelant à ce que «tout le monde bouge». «Les insoumis, ils sont pros, a poursuivi Tondelier. Quand ils disent une chose, ils s'y tiennent. […] Il faut maintenant que les autres fassent des pas.» «Les socialistes se cachent derrière leur petit doigt, dit-on dans son entourage. Se cacher derrière nous c'est pas honnête, que chacun assume ses choix.» Du côté du PS, on a peu aimé «la tonalité agressive» de Tondelier dimanche sur France Inter. «Mais ce n'est pas si surprenant, estime un membre de la direction. Cela s'inscrit dans le discours qu'ils ont depuis le début en essayant de se positionner en surplomb en évitant de prendre position.

On aimerait bien qu'au lieu de garder leur position d'entre-deux, ils tranchent des fois…» Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a, lui, déploré dans un communiqué diffusé dimanche matin le «manque de clarté de plusieurs forces du Nouveau Front populaire dans le soutien à [la] proposition» d'Huguette Bello. Sans les nommer, l'ex-député du Nord vise ici les écologistes qui se sont gardés, entre vendredi et dimanche, de se prononcer clairement sur cette option. «Il faut arrêter le double langage et les ambiguïtés. Chacun doit faire preuve de sérieux et de responsabilité, sans intentions dissimulées», ajoute l'ex-député du Nord, promettant de «ne mettre aucun veto sur aucune candidature». Pour pouvoir avancer, Roussel a donc demandé «une réunion aux chefs de partis au plus vite pour sortir par le haut de la situation de blocage actuelle».

«Nouvelle Star» «Je ressens une grande forme d'impatience chez Fabien. Il a raison, c'est légitime», a réagi quelques minutes plus tard Tondelier. L'élue d'opposition à Hénin-Beaumont a elle aussi jugé nécessaire que les chefs de partis «se remett[ent] autour de la table, de manière apaisée et sereine». Si elle a dit ne pas être «à la recherche de la Nouvelle Star», ou refuser le titre de «cheffe de casting», elle a incité ses alliés à «aller chercher autre part», pourquoi pas dans «la société civile» en fonction des «quatre critères» fixés : une personne ayant «compétence et expérience», qui fait «consensus», «sincèrement alignée avec le programme» du NFP et, enfin, «en mesure d'apaiser le pays». Dans son interview au Parisien, Olivier Faure fixe désormais une nouvelle date butoir afin de «trouv[er] un candidat ou une candidate» pour Matignon : le 18 juillet, celle de l'élection du président de l'Assemblée nationale. «Pour gouverner durablement, il vaut mieux prendre un peu de temps au démarrage plutôt que de découvrir une panne au dernier kilomètre, ajoute-t-il. Le fait de prendre quelques jours est tout sauf un drame.» Si le PS n'a pas fait d'autre proposition que celle de son premier secrétaire, l'un de ses proches avance qu'elle «n'est pas l'alpha et l'oméga» des socialistes. «Des discussions ont eu lieu dans la nuit [de samedi à dimanche], explique ce député. Les échanges continuent de façon plus ou moins formalisée, c'est positif. Mais ce serait plus simple si on n'accusait pas les uns les autres d'être les “bloqueurs” ou les “diviseurs”. Il faut faire preuve collectivement de modération.» Le message était semble-t-il passé : dimanche soir, les insoumis avaient mis leurs critiques en sourdine. Jusqu'à quand ?

Le Monde
France, lundi 15 juillet 2024 1176 mots, p. 11
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13 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Les partis de gauche tentent de sortir de l’impasse

La présidente du conseil régional de La Réunion, Huguette Bello, a été proposée par le PCF et soutenue par LFI. Mais le PS maintient la pression

Julie Carriat et Sandrine Cassini

Toujours pas de fumée blanche au sommet du Nouveau Front populaire (NFP), samedi 13 juillet au matin, mais une liste de noms qui s’allonge… Depuis le second tour des législatives, l’alliance à gauche est engluée dans des discussions sans fin, incapable de s’accorder sur le choix d’un premier ministre, et donne du grain à moudre à ses adversaires de droite et du camp présidentiel. Au cœur du feuilleton, le bras de fer entre socialistes, qui souhaitent imposer leur chef de file, Olivier Faure, le seul à leurs yeux qu’Emmanuel Macron ne pourra pas refuser, et « insoumis », qui revendiquent Matignon pour l’un des leurs, et pourquoi pas Jean-Luc Mélenchon, au motif que La France insoumise (LFI) détiendrait la première force en nombre de députés à l’Assemblée nationale.

Olivier Faure ou Jean-Luc Mélenchon ? Jeudi 11 juillet, l’équation semblait définitivement posée. Jusqu’au vendredi 12 juillet. Où l’on découvre que le Parti communiste français (PCF) pousse officiellement la candidature d’Huguette Bello, présidente du conseil régional de La Réunion, ancienne du Parti communiste réunionnais.

En toute discrétion, Fabien Roussel a mis son nom sur la table dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 juillet, alors que les discussions s’enlisaient et que certains pariaient sur leur échec. Il est 1 h 30 quand le communiste et la numéro un des Verts, Marine Tondelier, commencent à se lasser des querelles LFI-Parti socialiste (PS). Les écologistes n’ont pas envie de prendre parti, au grand dam du PS, tandis que Fabien Roussel a dit sa préférence pour une candidature socialiste. « Avec Marine, on a dit stop ! Si vous bloquez tous les deux, ce sera ni l’un, ni l’autre », relate le chef de file du PCF.

Les deux responsables égrènent des noms de personnalités : Cécile Duflot, côté Verts, Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, pour le communiste. Et puis Huguette Bello. Consigne est donnée de ne rien laisser filtrer, le temps de prévenir l’intéressée. Jean-Luc Mélenchon, qui la connaît bien, a été le premier à l’appeler, lui disant : « Figure-toi que Roussel a proposé ton nom. » L’ancienne députée reçoit ensuite, jeudi matin, un coup de fil du communiste.

Pour une fois, le fondateur de LFI et le patron du PCF sont d’accord. Fabien Roussel en rirait presque. Une candidature d’Huguette Bello aurait l’avantage, pour les communistes, de mettre de l’huile dans les rouages parlementaires et d’assurer, peut-être, la pérennité de leur groupe à l’Assemblée nationale. En appuyant la Réunionnaise, les communistes pourraient s’attirer les faveurs de certains députés de l’île et éviter leur départ massif vers le groupe LFI. Cela leur permettrait aussi d’accueillir les frondeurs « insoumis », de François Ruffin à Clémentine Autain, sans que la direction de LFI s’y oppose. Pour les socialistes, opposés à la candidature d’Huguette Bello, c’est d’ailleurs là le principal ressort du soutien de la place du Colonel-Fabien à l’élue ultramarine.

« L’ère des femmes »

Sans être LFI, Huguette Bello fait presque partie de la famille : soutien de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle de 2022, elle était aussi en dernière position sur la liste du mouvement aux élections européennes et a appuyé de toute sa force oratoire la campagne de Manon Aubry, lors de son meeting de lancement à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 16 mars. « C’est une femme de caractère, elle a un rapport compliqué avec Mélenchon et n’est pas du genre à supporter l’autoritarisme de quiconque », observe le sénateur des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias (PCF). Lors d’une conférence seul en scène, au siège du Parti ouvrier indépendant, à Paris, vendredi soir, Jean-Luc Mélenchon a assuré ne pas avoir « de problème d’ego à contenter dans une fonction politique plutôt qu’une autre », avant de vanter les qualités d’Huguette Bello.

« Elle serait écoutée avec crédit et respect pour régler le retour à la paix civile et à la démocratie en Nouvelle-Calédonie kanaky », a-t-il dit, citant « une vie entière qui est la démonstration de sa capacité à ne se laisser impressionner par personne ». « Huguette est une femme et nous sommes à l’ère des femmes. Une femme racisée et la nouvelle France est racisée », a-t-il poursuivi, espérant que les socialistes se rangent à cette solution. Du côté des écologistes, celle qui a l’avantage d’avoir été saluée comme une « grande républicaine » par Gabriel Attal, lors de sa venue à La Réunion, en août 2023, ne déclenche pas de levée de boucliers, c’est déjà beaucoup. « Nous prenons la proposition sérieusement », résume un cadre chez les Verts.

Reste à convaincre les socialistes, qui se voyaient déjà à Matignon. En suggérant Olivier Faure, le PS veut « rentrer dans un rapport de force avec le président de la République », précise Pierre Jouvet, numéro deux du parti et eurodéputé. « Quel est le parti qui a dirigé deux fois le pays, qui a trente-trois départements, la moitié des régions, dirige de grandes métropoles, a soixante-dix députés[revendiqués] et soixante-cinq sénateurs ? Qui pourra croire qu’avec un premier ministre socialiste les chars soviétiques vont arriver sur les Champs-Elysées », ajoute-t-il.

Très vite, signe qu’ils prennent au sérieux cette menace sur la candidature d’Olivier Faure, les socialistes ont exhumé des prises de position passées d’Huguette Bello. L’ancien député Patrick Mennucci rappelle qu’elle n’a pas pris part au vote de la loi sur le mariage pour tous en 2013, lors de la présidence de François Hollande. Elle avait toutefois évolué et célébré dans la foulée le premier mariage homosexuel de La Réunion.

L’ancienne directrice d’école a également fait partie de ces élus de gauche ayant voté contre la loi sur la laïcité de 2004 bannissant le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. A l’époque, l’ancien député écologiste Noël Mamère ou encore la communiste Marie-Georges Buffet s’étaient également opposés au texte.

Les socialistes Carole Delga, présidente de la région Occitanie, et Valérie Rabault ont, de leur côté, affiché leur soutien à Huguette Bello. Au PS, un conseil national, sorte de « parlement du parti », est programmé pour ce week-end, sans doute pour soumettre aux voix la candidature d’Olivier Faure. « Le seul mandat du bureau national, c’est Olivier Faure premier ministre », martèle Patrick Mennucci. S’il était contre la candidature d’Huguette Bello, le PS risquerait de se retrouver minoritaire face aux « insoumis », aux écologistes et aux communistes. « Puisqu’il n’y a pas de consensus, le mieux, c’est de faire voter les parlementaires se reconnaissant dans le programme du NFP », précise Pierre Jouvet. Mais l’idée n’est pas de tordre le bras au PS. « Nous souhaitons emmener tout le monde dans l’aventure » , promet le communiste Christian Picquet.

Le Monde
France, lundi 15 juillet 2024 1349 mots, p. 10
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13 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Crise politique

Une Assemblée figée par les divisions

Après des législatives qui n’ont débouché sur aucune majorité claire, le flottement institutionnel domine

Mariama Darame

Les résultats des élections législatives du dimanche 7 juillet, parce qu’ils n’ont débouché sur aucune majorité claire, portaient en eux la promesse d’une révolution parlementaire. Beaucoup entrevoyaient une Assemblée nationale revitalisée et la fin de l’hyperprésidentialisme d’Emmanuel Macron. Une semaine après le scrutin, le tournant se révèle mal engagé. Un flottement politique et institutionnel s’est installé. Quelle méthode, quel projet pour défaire le nœud gordien d’un Hémicycle sans majorité et qui ne peut être dissous durant un an ? L’atmosphère, propice à la confusion, laisse place à toutes les interprétations.

Dès dimanche soir, le chef de l’Etat a fait savoir qu’il attendrait « la structuration de l’Assemblée » pour nommer un premier ministre. Finalement, dans une lettre aux Français, publiée mercredi 10 juillet dans la presse régionale, le locataire de l’Elysée avance que « personne ne l’a emporté dimanche »pour mieux conditionner la nomination d’un premier ministre à un accord sur « quelques grands principes pour le pays » et des « valeurs républicaines claires ». « Il n’existe aucun pays au monde où, après une élection, le président dit qu’il ne s’est rien passé (…). C ’est un coup de force » , a fustigé le fondateur de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, vendredi 12 juillet.

Les trois principaux blocs politiques sortis des urnes le 7 juillet – Nouveau Front populaire (NFP, 182 députés), Ensemble (168 élus) et le Rassemblement national (RN) et ses alliés (143 députés) – cherchent à amoindrir l’influence de leurs adversaires dans la future Assemblée, à défaut de pouvoir revendiquer une victoire majoritaire pour leur camp.

Une situation qualifiée de « bourbier »par Marine Le Pen, réélue cette semaine présidente du groupe RN à l’Assemblée. L’ancien premier ministre sous Jacques Chirac, Dominique de Villepin, a fait part de sa vive inquiétude, jeudi 11 juillet, sur LCI : « L’un des risques,(…) c’est que tout le monde se rende compte que personne n’a intérêt à diriger ce gouvernement et que le président se retrouve devant le chaos. »

Au Palais-Bourbon, la plupart des députés semblaient déconcertés par la tournure des événements. La démission du gouvernement de Gabriel Attal n’a pas été acceptée par le chef de l’Etat. Il pourrait être maintenu jusqu’à la veille du 18 juillet, pour que les 17 ministres élus députés puissent prendre part à l’élection de la présidence de l’Assemblée et de son bureau. En parallèle, l’équipe gouvernementale démissionnaire devrait gérer les affaires courantes durant les Jeux olympiques.

La gauche, arrivée en tête des législatives, mais loin de la majorité absolue dans l’Hémicycle, revendique la victoire et entend bien imposer à Emmanuel Macron un premier ministre. Depuis une semaine, les conciliabules s’enchaînent jusque tard dans la nuit, aux quatre coins de Paris, entre les émissaires « insoumis », socialistes, écologistes et communistes.

Une polarisation

Vendredi, l’alliance de gauche peinait encore à s’extirper du bras de fer engagé entre LFI et le Parti socialiste, qui se disputent le leadership du NFP, alors que les deux formations pourraient compter autant de députés l’une que l’autre (autour de 70). La liste des « premiers ministrables », elle, s’allonge au fil des jours. Vendredi, le nom d’Huguette Bello, la présidente du conseil régional de La Réunion, était propulsé sur le devant de la scène, à l’initiative des communistes.

Loin des tractations d’appareils, les députés de gauche ont fait leur rentrée en ordre dispersé mardi, soulignant dans un double mouvement la réussite du front républicain et le doute grandissant sur leur possibilité à gouverner. « Si on veut pouvoir s’inscrire dans la durée, ce gouvernement ne peut pas être une espèce de feu d’artifice que l’on lance pour qu’il fasse ensuite l’objet d’une motion de censure », a mis en garde le député communiste (Puy-de-Dôme) André Chassaigne.

La perspective du NFP au pouvoir déchaîne les passions à l’extrême droite mais aussi chez Les Républicains (LR) et au sein de la coalition présidentielle, où les menaces de censure se multiplient contre un éventuel gouvernement avec des ministres « insoumis » et même écologistes. Assuré d’obtenir la présidence du groupe Renaissance, le premier ministre, Gabriel Attal, s’est engagé, vendredi, dans sa profession de foi, à « protéger les Français de tout gouvernement qui compterait des ministres issus du RN ou de LFI ».

Dans cette ambiance postélectorale, il est encore difficile d’imaginer l’émergence de compromis entre des députés imprégnés par la polarisation des dernières semaines. « On n’a pas subi tout ça pour se retrouver avec un gouvernement dans lequel il y a des gens qu’on a considérés comme faisant partie des extrêmes », s’agace le député Renaissance (Val-de-Marne) Mathieu Lefèvre. « Il faut que tout le monde sorte de ses fantasmes, personne n’est majoritaire, soupire l’élu écologiste (Dordogne) Sébastien Peytavie. Il nous faut acter une forme de maturité politique et ne pas jouer à “je vais te faire tomber et tu vas me faire tomber”. »

A droite, s’il y a bien un jeu auquel l’on refuse de se prêter, c’est celui d’une candidature pour Matignon. Mercredi, Laurent Wauquiez a fermé la porte à toute « coalition gouvernementale » avec les macronistes, préférant « un pacte législatif », soit une série de textes soutenus par ses 46 élus. « Nous ne croyons pas que l’on puisse répondre à la crise d’un pays par une combinaison d’appareils », a lancé, mercredi, le député de Haute-Loire, derrière un pupitre planté dans la cour d’honneur du Palais-Bourbon. Fraîchement élu président du groupe LR, rebaptisé « La Droite républicaine », l’ex-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes confirme la stratégie d’indépendance de son camp, validée en partie par le scrutin des législatives, et ce contre l’avis de certains ténors de son parti. « Les LR vont dans le même sens que nous, estime le député socialiste (Calvados) Arthur Delaporte . Ils reconnaissent qu’ils n’ont ni intérêt ni légitimité pour former une majorité avec les macronistes, qui sont responsables de la situation dans laquelle on est. »

Alors que tout indique que le bloc central rebute une grande partie des forces politiques dans la perspective d’une coalition, nombre d’élus Renaissance se conçoivent encore comme la force motrice et consensuelle d’un Hémicycle éclaté, en tant que probable deuxième groupe de l’Assemblée, derrière le RN. « Il n’y a aucune majorité qui peut se faire sans nous », veut croire Mathieu Lefèvre. Mais ailleurs, l’on s’agace que les chantres du « dépassement » peinent autant à abandonner leurs réflexes majoritaires. « Il y a des configurations où on peut imaginer que Renaissance soit en position de force, mais cela serait une négation de ce qu’ont voulu les Français », avertit Erwan Balanant, député MoDem (Finistère).

Mardi 9 juillet, dans le huis clos de la salle Colbert, les élus du groupe présidentiel, réduit à une petite centaine, ont fait part de leur amertume et même de leur rage contre un chef de l’Etat tombé de son piédestal, depuis sa dissolution de l’Assemblée sans lendemain. Vendredi, Gabriel Attal a admis que son camp avait « frôlé la disparition ».Une autre menace, celle de l’implosion, pèse tout autant sur la pérennité du macronisme. Le départ de l’ex-président de la commission des lois, Sacha Houlié, comme les divisions stratégiques ou les velléités d’émancipation exprimées, ces derniers jours, vers la droite par Gérald Darmanin ou en direction de la gauche par Elisabeth Borne, ajoutent au péril.

Dépassé par son œuvre, Emmanuel Macron ne peut que constater « le spectacle désastreux » offert par ses troupes. « Il n’y a plus de macronisme, c’est fini », corrobore comme d’autres, Laurent Marcangeli, le président du groupe Horizons à l’Assemblée, qui s’inscrit dans les pas de son mentor, Edouard Philippe. A l’Assemblée, la « nouvelle ère » proclamée par Gabriel Attal, dès le soir du 7 juillet, ressemble à s’y méprendre à une fin de règne précipitée.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, lundi 15 juillet 2024 838 mots, p. AUJM10
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15 juillet 2024 - Le Parisien

Semaine à haut risque en macronie

Alors qu'on ignore encore qui sera Premier ministre, les députés éliront leur président ce jeudi. Un vote observé de près par l'Élysée, qui espère voir se dessiner une majorité différente de celle du NFP.

Ludwig Gallet avec M.M.

Emmanuel Macron avait laissé les ténors de la majorité avec des devoirs - comment parvenir à former une coalition - pour le week-end. Lundi, il devrait ramasser la copie. Le chef de l'État avait convié ses troupes pour une nouvelle réunion de travail à l'Élysée, chacun étant prié d'avoir des idées. La dernière avait surtout laissé éclater au grand jour les rivalités entre Gabriel Attal et Gérald Darmanin, avec en toile de fond l'Assemblée nationale.

Lundi, Gabriel Attal, qui vient d'être élu président des députés Renaissance, animera sa première réunion de groupe en visioconférence. Ses rapports avec Gérald Darmanin et les siens seront scrutés de très près alors que les deux hommes, depuis une semaine, ne cachent plus leurs désaccords. « Darmanin plaidait pour une direction collégiale et un report du vote, Attal voulait un vote rapide », explique un ministre. Le premier bras de fer a été remporté par le chef du gouvernement. D'autres se profilent, notamment sur la stratégie à tenir pour nouer des alliances à l'Assemblée. « Gérald ne veut pas entendre parler des écolos, il a brandi la carte Sainte-Soline en réunion. Ce n'est pas le cas d'Attal », poursuit le même ministre. « Gérald joue l'unité mais il fera entendre sa voix, confie un proche du ministre de l'Intérieur. Il veut un changement radical, notamment au sein du parti, et prend date. »

Réussir à garder les rangs serrés

S'il a été adoubé samedi, Gabriel Attal devra donc réussir à garder les rangs serrés, au risque de voir sinon la majorité exploser un peu plus encore. Pas si simple. Car les députés réélus à l'Assemblée nationale sont revenus animés d'un sentiment de liberté. Et se voient comme des rescapés, à l'image des députés LR en 2022 après leur défaite à la présidentielle. « Si les dirigeants de la majorité continuent de penser que nous ne sommes que des supplétifs, ils vont commettre une grave erreur », commente le député François Cormier-Bouligeon (Cher), qui a quitté la réunion de groupe à deux reprises la semaine dernière.

Mardi sera une journée tout aussi importante pour l'exécutif. Comme nous le révélions ce vendredi, Emmanuel Macron devrait accepter la démission du gouvernement ce mardi. Les 17 ministres élus députés n'auront plus qu'à expédier les affaires courantes de leurs ministères respectifs. Le gouvernement devra prendre gare aux éventuelles polémiques qui pourraient en découler. Avec un premier test grandeur nature le jour même. Plusieurs milliers de personnes sont en effet attendues ce mardi au « village de l'eau », un campement établi à Melle (Deux-Sèvres), tout près de Sainte-Soline, pour s'opposer aux mégabassines... Soit à quelques kilomètres à peine du théâtre des violents affrontements qui avaient fait de nombreux blessés en mars 2023.

Le perchoir suscite l'intérêt

Démissionnés, les ministres vont pouvoir exercer leur mandat d'élu comme n'importe quel député. Et pouvoir ainsi participer aux votes pour la présidence de l'Assemblée nationale, ce jeudi. À ce stade, la persistance des trois blocs rend l'issue du scrutin peu lisible. Mais il sera observé de près. « La sensibilité du président ou de la présidente de l'Assemblée nationale montrera quelle force est en situation de composer un gouvernement », explique un visiteur d'Emmanuel Macron.

Si aucun des candidats n'obtient la majorité absolue lors des deux premiers tours, le ou la présidente de l'Assemblée peut être élue au troisième tour à la majorité simple. De quoi favoriser le Rassemblement national, premier parti en nombre de sièges ? Pas forcément, car le jeu des alliances pourrait fonctionner à plein régime pour faire élire ou battre un candidat. Les signes d'intérêt pour la présidence se sont multipliés ces derniers jours, de Cyrielle Châtelain chez les écolos à Sébastien Chenu pour le RN.

Au sein de la majorité sortante, Yaël Braun-Pivet, très active en coulisses, souhaiterait rempiler au perchoir, mais certains jugent que ce serait un mauvais signal pour les Français après les élections législatives. Le député de la Marne Charles de Courson, élu sans discontinuer depuis 1993, se verrait bien lui chiper la place, en vantant une candidature « qui ne s'inscrit pas dans une logique partisane ». « Dans cette période inédite et chaotique, il est fondamental que le président de l'Assemblée nationale soit le garant de son bon fonctionnement, de la dignité et de la profondeur des débats, et qu'il ne soit pas au service de coalitions partisanes, parfois contradictoires et animées par le seul objectif de se distribuer les postes entre eux », défend-il auprès du « Parisien » - « Aujourd'hui en France » en se disant « un député expérimenté, rassembleur et indépendant ».

« Vouloir contourner le peuple français en niant les résultats des élections législatives qui ont manifesté un attachement très majoritaire des Français aux valeurs républicaines, c'est créer un risque immense pour notre démocratie », poursuit-il. La bataille est lancée.

L'Humanité
lundi 15 juillet 2024 1419 mots, p. 6

Huguette Bello rejetée par le PS, la coalition à l'arrêt

Florent LE DU et Emilio Meslet

Matignon Le Nouveau Front populaire n'a toujours pas soumis au chef de l'État une proposition de premier ministre. La présidente du conseil régional de La Réunion tenait sérieusement la corde, vendredi, jusqu'au refus du PS samedi soir, bloquant la situation. Récit d'un week-end tendu.

La pression populaire monte. Depuis la victoire aux législatives, le peuple de gauche exige un nom. Mais le Nouveau Front populaire (NFP) n'y arrive pas : le conclave des dirigeants de partis traîne en longueur. Vendredi, pourtant, communistes et insoumis pensaient avoir trouvé la perle rare, qui mettrait tout le monde d'accord : Huguette Bello.

C'est dans la nuit de mardi à mercredi que son profil sort du chapeau, alors que les négociations se fracassent sur les ambitions des socialistes, qui poussent leur premier secrétaire Olivier Faure, et des insoumis, lesquels posent quatre noms sur la table (Manuel Bompard, Mathilde Panot, Clémence Guetté et Jean-Luc Mélenchon).

Cette nuit-là, en petit comité, entre chefs de parti, Olivier Faure (PS) et Manuel Bompard (FI) campent sur leurs positions. « Alors, ça ne sera ni l'un ni l'autre, soufflent Marine Tondelier et Fabien Roussel, vers 2 heures du matin. Donc, ce sera un premier ministre soit communiste soit écologiste. Ou une troisième voie : un élu local ou une personnalité issue des mondes syndical ou associatif. » La numéro un des Écologistes avance le profil de Cécile Duflot, ancienne ministre du Logement aujourd'hui à la tête d'Oxfam France. Le secrétaire national du PCF propose Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. Les autres font la moue. C'est alors que Fabien Roussel abat la carte Huguette Bello, actuelle présidente du conseil régional de La Réunion. « Une personnalité politique nationale, connue, respectée et dont l'engagement à gauche ne fait douter personne », dit-il.

Dans un premier temps, les homologues ne réagissent pas. Le blocage dure jusqu'aux révélations de l'Humanité, vendredi matin, annonçant la proposition Huguette Bello. La France insoumise finit par étudier l'option de sortie de crise. « On voit ça d'un bon oeil », glisse une cadre de la FI. Huguette Bello présente un avantage pour eux : elle est proche de Jean-Luc Mélenchon, qu'elle a soutenu à la présidentielle, et figurait sur la liste de Manon Aubry aux européennes. Dans la journée, Marine Tondelier s'entretient au téléphone avec la Réunionnaise de 73 ans. « Ce qui compte, c'est de faire rapidement consensus sur un nom. Elle a des atouts : femme, outre-mer... » glisse alors un proche de la secrétaire nationale des Écologistes.

En plus des symboles qu'elle charrie - elle serait devenue la première afrodescendante et la première femme ultramarine à Matignon -, Huguette Bello semble donc cocher un maximum de cases. L'expérience : cette ancienne directrice d'école a été députée de 1997 à 2020 et dirige depuis 2021 un exécutif à La Réunion, avec des socialistes dans sa coalition. Des convictions profondes : la communiste met sa verve indignée au service de ses combats - féministe, anticolonialiste, social - depuis plus de cinquante ans. Une stature et une reconnaissance certaine au-delà de la gauche : en attestent les mots de Gabriel Attal saluant il y a quelques mois une « grande républicaine », ou d'Aurore Bergé (Renaissance) qui, la rencontrant en avril 2024, l'a qualifiée de « combattante de la dignité humaine et des droits des femmes ».

Vendredi, son nom semble s'imposer. Peu de griefs lui sont opposés, hormis son vote contre la loi de 2004 interdisant les signes religieux ostentatoires à l'école, et son absence, en 2013, lors du vote pour le mariage pour tous. Argument battu en brèche par le fait qu'elle a été la première à célébrer un mariage homosexuel sur son île, et qu'elle oeuvre sans ambiguïté à la reconnaissance des droits LGBTQI + à La Réunion et en outre-mer - comme une tribune de 2018 sur le sujet et plusieurs prises de parole publiques en attestent.

Mais le PS reste réticent, bien que la présidente de la région Occitanie, Carole Delga (sans pour autant valider la proposition), et l'ancienne députée Valérie Rabault disent, sur X, tout le bien qu'elles pensent d'Huguette Bello. « Ils bloquent d'abord parce qu'ils veulent un premier ministre venant de chez eux. Ils manquent de souplesse », enrage alors un participant aux discussions. Vendredi soir, l'appui de Jean-Luc Mélenchon à la proposition Huguette Bello accentue la pression sur les socialistes, qui renvoient alors à leur conseil national du samedi le soin de trancher la question.

« Si on est seuls contre trois, on va devoir céder »

Prévu à 11 heures, puis repoussé à 17 heures, celui-ci tourne rapidement autour d'une position : ne pas accepter la proposition Huguette Bello. Elle est jugée « trop radicale », trop proche de la France insoumise et pas à même d'empêcher la censure des macronistes et des « Républicains » - qui, pour la plupart, ont annoncé rejeter tout gouvernement dans lequel siégeraient insoumis et écologistes, quelle que soit la couleur du premier ministre. « Je pense qu'une candidature socialiste est susceptible de rassurer les uns et de rassembler les autres », estime le président du groupe socialiste Boris Vallaud dans la Tribune dimanche. De plus, le PS estime pouvoir disposer du plus grand groupe à gauche, la condition établie avant les élections pour « proposer » un nom pour Matignon.

Mais comment ne pas passer pour les diviseurs, pour ceux qui bloquent les négociations par orgueil et soutien à leur chef, toujours candidat ? « Si on est seuls contre trois, on va devoir céder », aurait lancé Olivier Faure en début de réunion, selon Mediapart. Le PS attend alors qu'une brèche s'ouvre du côté des Écologistes, réunis dans le même temps en conseil politique. Vers 19 h 40, Olivier Faure aurait annoncé que les Écologistes s'en tiendraient à une position « ni pour ni contre ». Le PS en profite pour balayer l'option Huguette Bello de façon irrémédiable. La présidente de La Réunion « ne fait consensus ni chez les socialistes, ni chez les Écologistes », assure Olivier Faure dans le Parisien, dans la foulée.

Pourtant, le lendemain, Marine Tondelier contredit ce récit orchestré par les socialistes pour justifier leur refus. « Nous avions demandé à Huguette Bello de pouvoir la recevoir de manière collective chez les Verts pour faire plus ample connaissance pour pouvoir bien défendre sa candidature, assure-t-elle sur France Inter, visiblement agacée par l'attitude des socialistes ces derniers jours. Le problème que j'ai eu avec le PS, c'est qu'ils n'ont mis qu'un nom sur la table, Olivier Faure. » Globalement, les cadres d'EELV n'auraient guère apprécié d'être instrumentalisés pour faire patiner les négociations, pendant que les insoumis fustigent les « blocages constants du Parti socialiste contre toute candidature autre que celle de son premier secrétaire, Olivier Faure ».

Dimanche soir, la situation était au point mort

Dimanche matin, Huguette Bello déclare finalement « prendre acte » que sa candidature « ne fait pas l'objet d'un consensus entre toutes les composantes du Nouveau Front populaire, et notamment qu'elle n'est pas soutenue par le Parti socialiste ». « Dans ces conditions et soucieuse d'un accord rapide au sein du NFP, j'ai décidé de décliner sans plus attendre l'offre qui m'a été faite », ajoute-t-elle.

Et maintenant ? Ce week-end de tractations a ravivé les tensions au sein du Nouveau Front populaire et lui a fait perdre du temps, au profit d'Emmanuel Macron qui n'en attendait pas tant pour jouer la montre et éviter de nommer une personnalité de gauche à Matignon.

Fabien Roussel, pour qui la décision d'Huguette Bello est « le résultat du manque de clarté de plusieurs forces dans le soutien à cette proposition », a demandé dimanche « une réunion aux chefs de parti au plus vite pour sortir par le haut de la situation de blocage actuelle ». « Il faut arrêter le double langage et les ambiguïtés. Chacun doit faire preuve de sérieux et de responsabilité, sans intentions dissimulées », a ajouté le secrétaire national du PCF, assurant « ne mettre aucun veto sur aucune candidature ».

De leur côté, les socialistes assurent avoir mis d'autres noms que celui de leur premier secrétaire sur la table, ce que les autres forces du NFP n'ont pas confirmé. « Le PS n'a avancé aucun autre nom dans la semaine et a même plutôt repoussé l'idée de Johanna Rolland », la maire de Nantes, rapporte un participant aux négociations.

Dimanche soir, la situation était donc au point mort. Les noms de Cécile Duflot, voire de Marine Tondelier elle-même restent sur la table mais n'ont pas, ces derniers jours, suscité une attention particulière. Olivier Faure, qui n'a pas gagné d'alliés depuis vendredi, a donné une nouvelle date butoir au 18 juillet pour trouver un nom. En attendant, le peuple de gauche s'impatiente et le temps presse, alors que le gouvernement Attal pourrait démissionner ce mardi.

L'Humanité
lundi 15 juillet 2024 123 mots, p. 10

Yaël Braun-Pivet et RN en « collusion »

Parlement L'ancienne présidente de l'Assemblée nationale aurait noué une « entente tacite » avec le Rassemblement national afin de garantir sa réélection à la tête de l'Hémicycle, selon un article du Figaro paru le 12 juillet.Une information démentie depuis par l'entourage de la députée Renaissance, qui dénonce une « tentative nauséabonde d'une polémique qui n'a aucun sens », expliquant qu'il « n'est nul besoin des voix du RN pour qu'une candidature issue du bloc central réunisse plus de voix que le Nouveau Front populaire ou le RN lui-même ». « Indignité et déshonneur », a réagi sur X la députée de la France insoumise Clémence Guetté, affirmant que Yaël Braun-Pivet « aurait déjà pactisé avec le RN, échangeant son soutien contre des postes ». M. G.

Le Figaro, no. 24849
Le Figaro, lundi 15 juillet 2024 844 mots, p. 8

Politique

Dominique Chagnollaud : « Un gouvernement des affaires courantes n'est pas fait pour durer »

Galiero, Emmanuel

Professeur d'université et juriste, Dominique Chagnollaud préside le Cercle des constitutionnalistes.

LE FIGARO. - LE FIGARO. - Pourquoi la situation politique est-elle si chaotique ?

- DOMINIQUE CHAGNOLLAUD. -La coutume parlementaire veut que, après une dissolution, le gouvernement démissionne et qu'il « expédie les affaires courantes ». Or, le président de la République a souhaité que ce gouvernement reste en fonction pour assurer la « stabilité des institutions » , le temps d'être en mesure de procéder à la nomination d'un nouveau premier ministre. Mais rien n'empêchait le gouvernement d'expédier les affaires courantes dans l'intervalle. D'où cette situation ubuesque, liée d'abord aux résultats du scrutin décidé par le chef de l'État, qui nous rapproche moins de la IVe République que de la Belgique, où le roi, lui, reste neutre.

LE FIGARO. - Qu'entend-on au juste par « affaires courantes » ?

- Un gouvernement des affaires courantes n'est pas fait pour durer. Cette notion est intrinsèquement liée à celle de « gouvernement démissionnaire » , qui ne peut donc être renversé. C'est une des raisons pour lesquelles le président Macron devrait accepter la démission de M. Attal avant le 18 juillet, date à laquelle il ne sera plus que premier ministre démissionnaire. La notion d'affaires courantes a été inscrite pour la première fois dans le texte de la Constitution de la IVe République, en cas de dissolution de l'Assemblée (art. 52). Je cite : « En cas de dissolution, le cabinet, à l'exception du président du Conseil et du ministre de l'Intérieur, reste en fonction pour expédier les affaires courantes. » Vous noterez que ni le premier ministre ni le ministre de l'Intérieur ne pouvaient rester en fonction.

LE FIGARO. - Combien de temps peut fonctionner un tel gouvernement ?

- Jusqu'à la nomination d'un nouveau gouvernement ou jusqu'à la date à laquelle les ministres, dont le premier, doivent choisir l'une ou l'autre fonction. C'est-à-dire dans un délai d'un mois après l'acceptation de la démission du gouvernement. Ensuite, il peut exister un nouveau gouvernement ou, dans l'attente, un gouvernement de techniciens qui durerait jusqu'à la rentrée parlementaire d'octobre. C'est peu vraisemblable.

LE FIGARO. - Dans cette situation, jusqu'à quand l'Assemblée, inaugurée ce jeudi, siègera-t-elle ?

- En application de l'article 12 de la Constitution, « une session est ouverte de droit pour une durée de quinze jours » , donc jusqu'au 2 août. Cette session pourra être prolongée par une session extraordinaire, à la demande du nouveau premier ministre ou de la majorité des membres de l'Assemblée, puis être convoquée par décret du président de la République. D'ici là, sans nouveau gouvernement, l'on imagine mal des séances de questions au gouvernement avec un premier ministre, chef officieux, sinon clandestin, du groupe parlementaire Renaissance, se poser des questions à lui-même. Sinon, c'est de la schizophrénie.

En effet, tant qu'il n'est pas démissionnaire, le premier ministre n'est pas député et ne peut siéger, par exemple, à la conférence des présidents. Marc Fesneau (ministre de l'Agriculture, NDLR), président élu du groupe MoDem, ne le pourrait pas davantage. Cette double casquette serait absurde. Donc, Gabriel Attal ne peut pas être considéré comme président du groupe Renaissance au niveau institutionnel, tant qu'il est membre du gouvernement. Pour éviter un tel ridicule, la conférence des présidents décidera peut-être qu'il n'y a pas d'ordre du jour et donc pas de séance publique, même si les organes de l'Assemblée (bureau, commissions...) continueront de fonctionner pendant quelques jours.

LE FIGARO. - Les ministres élus députés peuvent-ils voter lors de l'élection des organes de l'Assemblée ?

- Rappelons ici un principe cardinal voulu par le général de Gaulle, selon lequel « les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l'exercice de tout mandat parlementaire » , conformément à l'article 23 de la Constitution. C'est la séparation des pouvoirs. L'article LO153 du code électoral, modifié par une loi organique de 2013, précise qu'un député nommé au gouvernement « ne peut prendre part à aucun scrutin et ne peut percevoir aucune indemnité en tant que parlementaire » , pendant un délai d'un mois. Passé ce délai, c'est le suppléant du député nommé ministre qui prend sa place sur les bancs. Les précédents de 1976 et 1988 (des ministres démissionnaires ont siégé pour élire des membres du bureau) sont peu convaincants, la situation a duré quelques jours. En somme, voit-on les dix-sept ministres élus députés siéger sur les bancs de l'Assemblée pour élire leur président, sans incident, même si ce type de situation n'est pas contrôlé par le Conseil constitutionnel à l'heure actuelle ? Un tel détournement de procédure pourrait être constaté par le nouveau président de l'Assemblée.

LE FIGARO. - Emmanuel Macron est-il obligé de choisir un premier ministre issu du premier groupe de l'Assemblée ?

- En droit, non. Mais Dominique de Villepin a raison de dire que la tradition républicaine veut que le chef de l'État, en régime parlementaire, désigne le leader de la coalition arrivée en tête, même si celle-ci est minoritaire. Encore faut-il qu'elle ait un nom à proposer. Sinon, on peut envisager une autre coalition centrale, mais elle semble très improbable. Après quoi, n'importe quel gouvernement sans majorité absolue peut être censuré.

Le Monde
France, lundi 15 juillet 2024 811 mots, p. 10
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13 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Gabriel Attal, président d’un groupe Renaissance à l’unité de façade

Seul candidat, le premier ministre sur le départ devait être plébiscité par les députés du parti présidentiel, samedi

Robin D’Angelo

L’élection est encore plus facile à gagner que sa législative dans la très favorable 10e circonscription des Hauts-de-Seine. Samedi 13 juillet, Gabriel Attal sera élu président du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’un scrutin où il est le seul candidat. Le chef du gouvernement devrait prendre ses fonctions une fois qu’Emmanuel Macron aura accepté sa démission remise au lendemain du second tour des législatives, lundi 8 juillet. Ce qui pourrait intervenir mardi 16 juillet, faisant passer le premier ministre au rang de ministre démissionnaire, jusqu’à la nomination du gouvernement.

Ce changement de statut lui permettrait de siéger au Palais-Bourbon sans contrevenir à l’article 23 de la Constitution qui édicte que « les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire ».A moins d’un retournement institutionnel ? « Je maintiens que cela serait contraire à la Constitution, insiste Jean-Philippe Derosier, professeur agrégé de droit public à l’université de Lille . Une autorité qui gère les affaires courantes reste une autorité décisionnaire si on applique strictement l’article 23, il ne peut pas être député. »

Psychodrame

Mais la controverse institutionnelle est le cadet des soucis du futur président du groupe Renaissance. S’il bénéficie du large soutien des députés, des voix s’élèvent pour déplorer une élection à contretemps, qui ne résout en rien les problèmes du parti présidentiel. Au cours de réunions qui ont viré au psychodrame, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, appuyé par l’ancienne première ministre Elisabeth Borne et l’ex-présidente du groupe Aurore Bergé, a fait campagne pour reporter l’élection à septembre. Et lui substituer une gouvernance collégiale par intérim, le temps de redéfinir les orientations du parti.

Le plébiscite annoncé de Gabriel Attal n’ont pas éteint les critiques. Au contraire, puisqu’elles sont désormais publiques. Vendredi 12 juillet sur RTL, Gérald Darmanin estimait ainsi que la direction de Renaissance devait « se remettre en cause » et « prendre en compte toutes les sensibilités », rappelant que « personne n’avait d’hégémonie ». La veille, il s’était fendu d’un message dans une boucle interne aux députés pour leur expliquer que l’élection de samedi ne réglait « en aucun cas les deux problèmes majeurs qui sont les[leurs] ». D’un côté, la définition d’une « ligne politique »et d’un « projet pour les Français », en faisant « l’examen critique de[leur] action »; de l’autre, la question du « fonctionnement du parti et[de] la nécessaire représentation des territoires et des sensibilités ».

Devant ce qu’il a qualifié de « spectacle désastreux », selon une source élyséenne, le chef de l’Etat a convié Gérald Darmanin, puis Elisabeth Borne, pour un entretien en tête à tête, vendredi 12 juillet, avant une réunion avec Gabriel Attal et Aurore Bergé. « Il en a appelé à la responsabilité de chacun et rappelé que les ambitions personnelles étaient légitimes, mais qu’il fallait placer l’unité au-dessus de tout », rapporte un conseiller présidentiel, qui décrit un président « pas en colère » mais empreint de « gravité ».M. Macron, dont « le seul objectif » est de « garantir l’unité de la famille », estime la mission accomplie. Selon le décompte de l’Elysée, 97 députés Renaissance sur les 98 élus, le 7 juillet, se seraient rattachés au groupe. Vendredi, ceux qui avaient agité l’idée d’un départ se sont ravisés, publiant le même communiqué aux airs de capitulation.

Débat sur la ligne à adopter

« Force est de constater, pour l’heure, que malgré nos efforts, les conditions ne sont pas réunies pour nous rassembler toutes et tous dans un même groupe », peut-on lire sur les comptes X d’Eric Bothorel (Côtes-d’Armor), Stéphane Travert (Manche) ou encore Agnès Pannier-Runacher (Pas-de-Calais), qui avaient envisagé de rassembler les élus à « la sensibilité sociale-démocrate » dans un nouveau groupe, et qui siégeront donc, contraints, avec Renaissance en tant qu’apparentés. Seule la destinée de Sacha Houlié (Vienne), qui avait annoncé, le 10 juillet, qu’il ne se rattacherait pas, reste inconnue.

Fort d’un groupe duquel personne n’a réussi à s’émanciper, le camp présidentiel affiche une unité de façade. Mais la semaine à venir ravive déjà les blessures. Les députés vont devoir débattre de la ligne à adopter face à l’extrême droite lors de l’élection du bureau et des commissions. La ministre déléguée chargée des relations avec le Parlement, Marie Lebec, estime que « le poids relatif des groupes doit être respecté », ouvrant l’hypothèse d’une présidence du RN. « Aucun vote ne doit aller à l’extrême droite ! », rétorque au contraire le député de Moselle Ludovic Mendes, qui siège désormais en tant qu’apparenté. « Pour garder ma liberté et ne rien exclure à l’avenir » , justifie-t-il.

Le Monde
International Géopolitique, lundi 15 juillet 2024 3646 mots, p. 18,19
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14 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Chypre Cinquante ans de solitude

Depuis près d’un demi-siècle, l’île est figée dans une sorte de statu quo immuable, scindée en deux entre Chypriotes grecs et turcs, de part et d’autre de la « ligne verte ». Les pourparlers pour une réunification sont au point mort

Nicolas Bourcier

Nicosie, Lefkosa, Varosha - envoyé spécial - Des immeubles abandonnés, des avenues et des rues désertes, une immense plage quasi vide. Tourner la tête dans tous les sens est vain. Pas un habitant, pas une boutique ouverte, pas même une terrasse de café sous ce ciel lourd. Solitude et désolation. Au bord d’une mer de rêve, Varosha est une cité fantôme traversée de coulées d’asphalte enserrées d’herbes folles, de maisons aux vitres brisées et de murs lépreux. A peine si les grandes enseignes des hôtels encore debout, les noms clinquants des boîtes de nuit et les magasins « Souvenirs » rappellent que, il y a cinquante ans, l’endroit était considéré comme le « Copacabana » de la Méditerranée pour son sable fin et soncadre en forme de demi-lune.

En vingt-quatre heures, le 20 juillet 1974, les 32 000 habitants de cette station balnéaire, située dans l’est de Chypre, ont fui l’avancée des troupes turques qui envahissaient le nord de l’île. Vingt-quatre heures à peine et aucun retour en vue depuis. Figée dans le silence, strictement encadrée par l’armée turque, Varosha a fini par cristalliser à elle seule la douleur des Chypriotes grecs. Une plaie ouverte qui, sur près de 180 kilomètres, suinte d’est en ouest de l’île pour former une ligne de front − la « ligne verte », selon la terminologie officielle − entre le Nord turc et le Sud grec, divisant Chypre en deux.

Varosha, cité maudite

Lorsque le président turc, Recep Tayyip Erdogan, annonce, en 2020, son intention de venir y pique-niquer, la communauté grecque dénonce une provocation. Plusieurs milliers de Chypriotes turcs, partisans d’un rapprochement avec le Sud, ont même défilé dans les rues de Lefkosa, la partie turque de la capitale Nicosie, aux cris de « Pas de pique-nique sur la douleur des autres ! » Lorsque, un an plus tard, le chef de l’Etat se rend dans la cité maudite, les protestations redoublent. On rappelle que le Conseil de sécurité de l’ONU avait exigé qu’ « aucune action ne[devait] être prise à propos de Varosha », que la ville était placée sous l’administration onusienne et ne pouvait être, en aucun cas, repeuplée.

Mais rien n’y fait. Décidé à rouvrir quelques rues et bâtiments, sans concertation préalable avec Nicosie, le président turc a permis l’accès au public de parcours pédestres balisés entre les ruines. Deux bâtiments au moins, cachés par de hautes bâches, ont été en partie rénovés et occupés par des militaires turcs. Une petite salle de prière, dans une vieille maison traditionnelle, accueille les rares ouvriers et travailleurs alentour. Deux parcelles de la plage ont été réservées aux baigneurs, cerclées de hauts grillages. Des visites sont même autorisées, où familles grecques et turques se croisent sans vraiment se rencontrer, plongeant l’île tout entière dans un malaise que le temps ne fait qu’accroître.

A ce jour, les négociations entre le nord et le sud de l’île sont au point mort. Chypre reste divisée et Varosha assiste, impuissante, à sa propre consomption. « Jamais nous n’avons connu une aussi longue période sans discussions substantielles entre les différentes parties », observe Hubert Faustmann, professeur de sciences politiques à l’université de Nicosie.

Après des années d’intenses tensions entre Ankara, la République turque de Chypre du Nord (RTCN), et Athènes et la partie sud - la République de Chypre, reconnue par l’ensemble de la communauté internationale -, Recep Tayyip Erdogan et le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis ont décidé de renouer le dialogue depuis près de sept mois. Les deux hommes se sont rencontrés en tête à tête à deux reprises. Ils ont même signé, le 7 décembre 2023, une « déclaration d’amitié »et acté le dégel de leurs relations diplomatiques. Mais rien au sujet de Chypre ni de Varosha.

Pis, le président de la RTCN, le nationaliste Ersin Tatar, homme lige de Recep Tayyip Erdogan, a refusé d’assister, en mai, à une réunion avec son homologue chypriote, le conservateur Nikos Christodoulides, et l’envoyée personnelle du secrétaire général des Nations unies, Maria Angela Holguin Cuellar, dépêchée sur l’île pour tenter de réamorcer un début de négociation. M. Tatar a expliqué qu’il conditionnait sa présence à la reconnaissance de la RTCN par les Chypriotes grecs et la communauté internationale. Chose impossible depuis un demi-siècle, comme il le sait pertinemment.

Pour comprendre ces tensions et cette impression de statu quo immuable, il faut remonter aux origines de cette partition. Planter le cadre de ce que Constantinos Adamides, professeur de relations internationales dans la capitale chypriote, appelle astucieusement « un conflit confortable et routinier »(« a comfortable and routine conflict »), qui contraste notamment avec le Proche-Orient voisin. Retisser les fils, aussi, des différents récits nationalistes et mettre le doigt sur cette incapacité, d’apparence ontologique, à mettre fin à ce comportement des élites des deux bords qui maintiennent la question chypriote quasi aussi irrésolue qu’au premier jour.

L’île n’a cessé de payer chèrement sa situation géographique stratégique, au carrefour de trois continents. Successivement dominée par les Grecs, les Phéniciens, les Ptolémées, les Romains, les Lusignan et, à partir de 1570, par les Ottomans, elle est prêtée par la Sublime Porte à l’Empire britannique en 1878. Epargnée par la guerre gréco-turque de 1921-1922, Chypre est proclamée trois ans plus tard colonie de la Couronne britannique, une annexion reconnue par la Turquie dans le traité de Lausanne. Les décennies suivantes, elle connaît des accès de colère de sa population grecque(environ 78 % des habitants)contre l’occupant britannique. Une guérilla s’organise avec le soutien de l’Eglise et de la droite. Le rattachement à la Grèce (enôsis) est ouvertement revendiqué.

Lutte entre les nationalismes

La minorité turque (18 % de la population)riposte en réclamant le taksim, c’est-à-dire le partage de l’île entre la Grèce et la Turquie. Des émeutes contre la minorité grecque éclatent à Istanbul, en septembre 1955. Dès lors, le décor était planté : « Ce conflit, initialement de type colonial, devient une lutte entre les nationalismes grec et turc, avec un caractère interethnique dans l’île et interétatique sur le plan régional », souligne Ali Kazancigil, ancien correspondant du Monde à Ankara, dans La Turquie aujourd’hui (Olivier Roy, Universalis, 2004).

Des négociations sont engagées et aboutissent aux accords de Zurich et de Londres, en février 1959, qui créent un Etat indépendant et écartent les options de l’ enôsis et du taksim. La République de Chypre est proclamée l’année suivante, comme un compromis entre les deux communautés, qui « n’éprouvaient pas réellement la volonté de construire ensemble une nation », note encore le spécialiste. Le président élu est Mgr Makarios, chef de l’Eglise grecque orthodoxe de Chypre, très vite surnommé par les Etats-Unis le « Castro de la Méditerranée » en raison de son refus de s’aligner sur les positions de l’OTAN.

Le pouvoir est alors divisé entre la majorité chypriote grecque et les Chypriotes turcs, qui obtiennent des droits politiques presque égaux. La Grande-Bretagne, la Turquie et la Grèce se déclarent garantes de l’équilibre constitutionnel. Deux bases militaires britanniques sont maintenues et déclarées souveraines. Elles le sont jusqu’à aujourd’hui.

D’après la Constitution, toujours en vigueur, le président, qui doit être chypriote grec, et le vice-président, un Chypriote turc, ont tous deux le pouvoir de bloquer les décisions par le biais d’un veto. Une prérogative que les Chypriotes grecs jugent disproportionnée. En 1963, le président Makarios abroge cette parité. La situation se tend et, le 21 décembre, la police chypriote grecque tue des civils chypriotes turcs. S’ensuit une série d’incidents assez sérieux pour que les soldats de la paix de l’ONU soient dépêchés sur l’île.Ils ne la quitteront plus.

Avec l’arrivée au pouvoir en 1967 des colonels à Athènes, un nouveau facteur s’invite sur l’échiquier chypriote : après des années de tensions entre Nicosie et la junte militaire, un coup d’Etat d’extrême droite, soutenu par Athènes, renverse en 1974 Makarios, remplacé par un partisan de l’ enôsis. Ankara s’inquiète pour la sécurité de la communauté turque et redoute le rattachement de l’île à la Grèce. « L’occasion est trop belle pour la Turquie, explique Ali Kazancigil. Les forces turques débarquent le 20 juillet à l’aube, au nord de l’île, en vertu de l’article 4 du traité de garantie de 1960, qui leur donne le droit d’intervenir lorsque l’indépendance, l’intégrité territoriale et la sécurité de Chypre sont menacées. »

Le cessez-le-feu, exigé par le Conseil de sécurité des Nations unies, entre en vigueur le 22 juillet. Les forces turques occupent alors près de 38 % du territoire. Le régime militaire grec s’effondre. Au total, 180 000 à 200 000 Chypriotes grecs fuient le Nord vers le Sud, tandis que des dizaines de milliers de Chypriotes turcs font le chemin inverse.

Ces événements violents de 1974 modifient les rapports de force entre les deux communautés. Désormais, ce sont les Chypriotes turcs qui vont faire preuve d’intransigeance, se montrant de moins en moins enclins à négocier. Dès l’année suivante, le leader proturc et futur président Rauf Denktash proclame unilatéralement la création d’un Etat fédéré chypriote turc, présenté comme la première entité du futur Etat fédéral chypriote.

L’époque est agitée. En Turquie, l’idée que Chypre revêt une importance vitale pour le pays se diffuse au sein de l’extrême droite et des milieux nationalistes. A la manœuvre, Necmettin Erbakan, fondateur du mouvement islamique Milli Görüs et mentor politique de l’actuel président. Jusque-là, la question chypriote était considérée comme l’apanage de la vieille élite kémaliste, notamment de l’armée. « Probablement parce que la défense relevait traditionnellement de leur compétence et que la région égéenne de la Turquie ainsi que les habitants turcs de l’île sont dans l’ensemble assez laïques », avance l’analyste politique turc Selim Koru.

Erbakan y voit au contraire une formidable occasion d’étendre son champ d’action. Il prend fait et cause pour Chypre, crée un narratif sans craindre les erreurs et manipulations historiques. Il fait d’abord remonter les origines musulmanes chypriotes au VIIe siècle, lorsque les premiers califes commencèrent à attaquer certaines villes de l’île. Dans son livre de Mémoires posthumes Davam (« ma cause », publié en 2013), il laisse ensuite entendre que l’île est alors devenue musulmane, ce qui n’est pas le cas.

« Un grand porte-avions flottant »

Même lorsque les Ottomans s’en emparent, au XVIe siècle, Chypre devient multiconfessionnelle.Qu’importe, l’influent leader islamique estconvaincu que Chypre revêt une importance stratégique dans ce qu’il appelle la lutte islamique contre le sionisme mondial. Et qu’à ce titre Chypre se doit d’être défendue : « Si l’île tombait entre les mains d’étrangers, il serait très facile d’atteindre l’Anatolie avec des missiles de moyenne portée, écrit-il. Chypre ressemble à un grand porte-avions flottant au milieu de la Méditerranée. »

Il est convaincu que « celui qui capturera Chypre dominera la Méditerranée ». Et ajoute : « Si la moindre concession était faite sur Chypre, le reste viendrait en un claquement de doigts. Perdre Chypre, c’est perdre la mer Egée, puis l’Anatolie orientale, puis l’Arménie, ainsi que le Pont et Byzance… » Le retour du refoulé arménien et grec.

La vision du leader infuse son mouvement. Dans certains milieux d’extrême droite et islamistes turcs, Chypre devient le centre des conversations. Façon humour viril, l’île est présentée comme « les bijoux de famille » de la Turquie, non seulement par sa localisation sur la carte, mais aussi du fait de sa fragilité et de sa préciosité. Et puis Chypre figure comme étant le seul territoire récupéré par la Turquie depuis la fin de l’Empire ottoman. D’ailleurs, Erbakan ne cessera de reprocher au pouvoir central de ne pas avoir occupé l’île dans son intégralité en 1974. A maintes reprises, il exprimera son amertume d’avoir laissé échapper la ville portuaire de Larnaka, qui aurait pu être prise, selon lui, si Ankara n’avait pas été aussi prompt à signer un cessez-le-feu. Il se plaindra également du fait que Maras (Varosha en turc) n’aurait pas dû être laissée isolée dans la « ligne verte ».

« On pourrait croire qu’Erbakan a un côté farfelu et cinglé, mais les idées qu’il défend se sont installées et sont bien vivantes aujourd’hui », souligne Selim Koru. L’analyste rappelle que Recep Tayyip Erdogan les reprend lui-même régulièrement. Encore en 2023, lors du 49e anniversaire de l’intervention militaire, le président a affirmé que la Turquie serait dans une bien meilleure position si elle avait pris la totalité de l’île. Il a aussi déploré la perte de Larnaka et ouvert progressivement Maras.

La proclamation de l’indépendance de la RTCN par le président Denktash, le 15 novembre 1983, n’est que la suite logique de la dégradation continue des relations entre les deux entités. Celle-ci se poursuivra les décennies suivantes, durant lesquelles les phases de négociations et de tensions alterneront sans qu’aucun problème de fond soit réellement abordé – notamment le retour des Chypriotes grecs au Nord, les droits de propriété, les règles de gouvernance, l’implantation de dizaines de milliers de Turcs venant d’Anatolie, la sécurité et le retrait des 20 000 à 30 000 soldats turcs se trouvant sur l’île.

Le point le plus bas a été atteint en 2004, lorsque le plan dit « Annan », du nom du secrétaire général des Nations unies de l’époque, a été rejeté. Bien que les quelque 260 000 Chypriotes turcs de l’époque aient voté à près de 65 % en faveur de ce texte qui proposait la réunification de l’île sur une base fédérative, 75 % des 800 000 Chypriotes grecs s’y sont opposés. Une semaine plus tard, le 1er mai, l’île tout entière entre dans l’Union européenne (UE), une adhésion acquise avant même le vote sur le plan Annan, ce qui n’a pas poussé la partie grecque au compromis.Les Chypriotes grecs et turcs deviennent citoyens de l’UE.Les familles turques installées après 1974, aujourd’hui majoritaires en RTCN, en sont exclues.

« C’était comme si on avait tiré un trait sur la réunification », dit Hubert Faustmann. Le positionnement plus constructif qu’adopte Ankara durant les premières années de la prise de pouvoir par Erdogan, en 2003, ne modifie guère la donne : « Une fois Chypre entrée dans l’UE, explique le spécialiste, chaque concession de la partie grecque au Nord est interprétée comme une défaite. Côté turc, l’accessit à l’UE cesse d’être un moyen de pression dans les négociations, et l’idée d’une unification de la RTCN à la Turquie est, elle, considérée comme une politique à trop haut risque. »L’impasse est totale.

Elle ne l’est pas moins en mer, où les remous s’accumulent. Depuis 1999, date à laquelle les premières découvertes de gaz naturel ont été faites près des côtes d’Israël, la question des fonds marins ne cesse d’alimenter les tensions. Entre 2003 et 2010, Chypre du Sud a convenu des limites des zones économiques exclusives (ZEE) de la Méditerranée orientale avec le Liban, Israël et l’Egypte. La démarcation de la frontière s’effectue conformément à la Convention internationale sur le droit de la mer des Nations unies, à laquelle la Turquie n’a jamais adhéré.

Alors, lorsqu’en 2011 les premières découvertes de gaz ont été faites dans la ZEE de Chypre, Erdogan envoie un navire d’exploration dans la zone revendiquée par Nicosie. Les plaintes se multiplient. Ankara argue que la RTCN revendique également des gisements au sud de l’île.

Ankara se raidit encore davantage après le coup d’Etat manqué de 2016 contre Erdogan, qui provoque une nouvelle coalition gouvernementale dans laquelle le président turc, pour maintenir sa majorité, s’allie aux ultranationalistes du Parti d’action nationaliste (MHP) de Devlet Bahçeli.

En 2017, l’échec patent de la Conférence de Crans-Montana, en Suisse, signe les dernières négociations en date pour réunifier l’île. En mer, la situation se dégrade à nouveau dès l’année suivante : Nicosie se plaint que la marine turque empêche un navire d’exploration italien, affrété par le gouvernement chypriote du Sud, de forer dans sa zone. Le président chypriote grec Nicos Anastasiades parle d’une violation du droit international. Erdogan, lui, insulte les sociétés de forage internationales, qu’il qualifie de « pirates ». C’est l’escalade, laissant béant un espace de tensions qui durera plus de deux ans.

L’enjeu des frontières maritimes

L’été 2019, les ministres des affaires étrangères de l’UE avertissent qu’Erdogan doit arrêter les explorations accompagnées de ses canonnières. Bruxelles réduit les aides à l’adhésionet réclame à la Banque européenne d’investissement de restreindre ses prêts à la Turquie. A la stupéfaction générale, Ankara et Tripoli signent dans la foulée une déclaration d’intention dressant de nouvelles frontières maritimes à travers une zone revendiquée par la Grèce et Chypre. S’ensuit un nouvel accord entre la Grèce et l’Egypte. C’est dans ce contexte que la France envoie son porte-avions Charles-de-Gaulle au large de Limassol.

Le véritable coup de semonce vient toutefois de Lefkosa.Le 18 octobre 2020, les Chypriotes turcs élisent de justesse le conservateur Ersin Tatar comme président. Son prédécesseur et adversaire, le socialiste Mustafa Akinci, a déclaré pendant la campagne qu’Ankara n’était jamais intervenu dans la course de manière aussi intense et directe que cette fois-ci. « Tatar est un vrai nationaliste, souligne Sertaç Sonan, professeur à l’université internationale de Chypre à Lefkosa et spécialiste reconnu de la corruption. A l’instar de Denktash, la solution pour lui ne peut venir que de la Turquie et réside dans le statu quo. »

La nouvelle ligne devient des plus claires : Ankara veut une reconnaissance internationale de la RTCN et œuvre à la division définitive de Chypre. Au quotidien nationaliste turc Aydinlik, Ersin Tatar lâche : « La politique turque en Méditerranée orientale a atteint un point critique. Notre politique de formation de deux Etats[sur l’île] va dans ce sens. Si les zones de souveraineté maritime de la RTCN sont combinées avec celles de la Turquie, un très vaste espace maritime sous souveraineté turque est créé, une grande “Patrie bleue”. »

Tout est dit. L’expression « Patrie bleue » (Mavi Vatan) est alors sur toutes les lèvres. Reprise à son compte par Erdogan, cette doctrine, définie en 2006 par un contre-amiral kémaliste, Cem Gürdeniz, revendique la souveraineté d’Ankara sur une zone de 462 000 kilomètres carrés en mer Noire, en mer Egée et en Méditerranée orientale. Celle-ci permet non seulement au président turc de réclamer la maîtrise d’un espace maritime élargi tout en intronisant Chypre comme nœud stratégique, mais aussi au chef de l’Etat de consolider son alliance avec les mouvements nationalistes.

Lier encore plus étroitement la RTCN à la Turquie n’est pas qu’ « un simple objectif stratégique du président turc, mais également une raison d’Etat pour le pays », ajoute le journaliste Oliver Mayer-Rüth, auteur d’un ouvrage consacré à Erdogan, Der Allmächtige ? (« le tout-puissant ? », Dietz, 2023, non traduit). L’opposition turque n’a d’ailleurs jamais remis fondamentalement en question la politique chypriote d’Erdogan. De fait, il n’existe en Turquie aucun groupe politique notable appelant au retrait des soldats turcs de Chypre du Nord.

Le réchauffement surprise entre le président turc et le premier ministre grec, engagé depuis décembre, n’a pour l’heure aucunement modifié les lignes de la question chypriote. Le changement de pied d’Erdogan vis-à-vis de son voisin est dû, selon les analystes, à ses relations avec Washington qui s’amélioreraient ainsi qu’à la situation économique fort difficile de la Turquie, en quête de nouveaux investisseurs.

« L’intérêt pour Chypre a baissé, concède Harry Tzimitras, directeur du centre de recherche PRIO à Nicosie. Le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, souhaite une diplomatie plus pragmatique. Il est clair qu’Athènes a intérêt à donner la priorité à certains objectifs de politique étrangère comme le rapprochement avec la Turquie, même si cela peut se faire au détriment d’autres politiques de longue date. Et, même si rien en politique ne doit être pris pour acquis, aucune des deux parties au pouvoir n’a intérêt à aller de l’avant de manière décisive aujourd’hui. »

Pour Hubert Faustmann, « Chypre est devenu un sujet politique à trop haut risque » : « Déjà, on se parle peu, mais surtout on ne résout rien. En fait, il nous faudrait l’invraisemblable : l’arrivée, un jour, d’un Gorbatchev turc, et peut-être attendre encore cinquante ans de plus pour que le temps fasse son œuvre et apaise les mémoires blessées côté grec… »

Le regard posé sur son thé noir, Dogus Derya affirme, elle, ne pas vouloir baisser les bras. Assise dans un vieux café de Lefkosa, situé à 15 mètres d’un poste-frontière de la zone tampon, cette quarantenaire est une des principales figures de l’opposition nord-chypriote. Députée du Parti républicain turc (CTP), connue pour ses prises de parole en faveur d’une réunification et pour sa critique infatigable du virage idéologique des dirigeants turcs, elle dit vouloir jeter une lumière crue sur les manœuvres d’Ankara : « Jamais, depuis 1974, la Turquie n’avait interféré à ce point dans nos affaires. »

Aujourd’hui, elle dit se sentir captive dans son propre pays. Les jeunes s’en vont. « Je ne peux même pas leur en vouloir », glisse-t-elle. Et puis ceci : « Chypre est trop petite pour être divisée éternellement. »Elle finit son verre et lâche : « Oui, on a l’impression d’être seuls, et depuis trop longtemps. »

Libération
lundi 15 juillet 2024 985 mots, p. 7

AUTRE

Trois attentats qui ont pesé dans des élections

FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ

AUTRE

Depuis quelques années, un mot suranné revient dans le vocabulaire médiatique. Magnicide. Le terme désigne, à l'origine, l'assassinat d'un monarque, puis de toute personnalité de premier plan : la mort des Américains John F. Kennedy (1963) et Martin Luther King (1968), de l'Egyptien Anouar el-Sadate (1981), du Norvégien Olof Palme (1986), de l'Israélien Yitzhak Rabin (1995), de l'Haïtien Jovenel Moïse (2021) ou du Japonais Shinzo Abe (2022) sont des magnicides. Alors que les sociétés occidentales semblaient avoir dépassé le stade de la violence politique, celle-ci revient en force ces dernières années. Les pays pauvres, les Etats instables ou sans longue expérience démocratique ne sont plus les seuls concernés. Et même quand la cible de l'attentat a la vie sauve, l'effroi et l'onde de choc provoqués ont, bien souvent, un impact politique. Le Brésil en 2018, l'Equateur en 2023 et la Slovaquie en mai en sont trois exemples.

Brésil Des coups de couteau et une victoire pour Jair Bolsonaro Le 6 septembre 2018, Jair Bolsonaro est en campagne pour l'élection présidentielle qui se tiendra un mois plus tard. L'ancien militaire d'extrême droite a le vent en poupe : les sondages avant le premier tour le placent en deuxième position, avec plus de 20 % des intentions de vote, derrière le Parti des travailleurs (PT, gauche) qui tente d'imposer la candidature de Lula, malgré la condamnation par la justice et l'emprisonnement de l'ancien chef de l'Etat. A Juiz de Fora, dans l'Etat du Minas Gerais, Bolsonaro prend un bain de foule en pleine rue, quand jaillit une main armée d'un couteau : grièvement blessé à l'abdomen, le candidat est transporté à l'hôpital où il subit trois opérations. Son agresseur est un ancien militant d'extrême gauche qui affirme avoir agi «sur ordre de Dieu». Le 7 octobre, Bolsonaro, sorti de l'hôpital, rassemble 46 % des voix au premier tour. Le coup de poignard explique-t-il ce raz-de-marée en sa faveur ? Pas à lui seul. Une semaine auparavant, le 31 août, le Tribunal électoral avait définitivement écarté Lula de la course. Et le PT n'a désigné son successeur, Fernando Haddad, que le 11 septembre. Les enquêtes d'opinion qui ont suivi créditaient l'ancien parachutiste de 30 % des intentions, sans qu'on puisse déterminer quel événement a le plus pesé : l'attentat ou le changement de rival. Les conséquences de la tentative d'assassinat bouleversent l'entre-deux-tours : Jair Bolsonaro n'étant plus apte à mener sa campagne, il n'y aura ni débat télévisé, exercice où il s'était montré médiocre, ni réunion publique. Il se contente d'interventions à travers les réseaux sociaux, sur son lit de convalescent. Le second tour lui permet d'être élu avec 56 % des suffrages. Si l'attentat n'avait pas eu lieu, ses chances auraient tout de même été fortes face à Haddad, adversaire tardivement désigné et très éloigné du charisme de Lula. Dans un message sur X dimanche, Bolsonaro a témoigné sa «solidarité» à Trump, «le plus grand dirigeant mondial du moment», en ajoutant : «Nous nous verrons à l'investiture.» Equateur Les bulletins du défunt Fernando Villavicencio dans les urnes En 2023, un assassinat en pleine campagne a provoqué un électrochoc en Equateur. Le 9 août, alors qu'il ne reste que onze jours avant le premier tour de la présidentielle, le candidat Fernando Villavicencio est abattu de trois balles dans la tête, à la sortie d'un meeting à Quito. Difficile à situer idéologiquement, même s'il penche plutôt vers la droite libérale, cet ex-journaliste tenait un discours anticorruption et dénonçait la mainmise croissante des narcotrafiquants. Dans les six mois précédents, deux candidats aux municipales et un aux législatives ont été abattus, puis le maire de Manta, la quatrième ville du pays.

Fernando Villavicencio était quatrième dans les sondages. Mais sa mort va faire basculer l'élection. Christian Zurita est nommé remplaçant mais le 20 août, faute de temps pour en imprimer de nouveaux, les bulletins de vote portent encore le nom et la photo du défunt. Zurita, inconnu de l'électorat, n'arrive que troisième avec 16 % des voix. Il est devancé par la candidate de gauche (34 %), mais un débutant en politique s'invite au second tour : Daniel Noboa, fils du richissime Alvaro Noboa, magnat de la banane et cinq fois candidat malheureux à la présidence. Il sera élu au second tour avec 51,8 % des suffrages. Selon les observateurs, il a bénéficié du rejet de la politique traditionnelle, et est apparu comme l'unique option crédible pour combattre l'offensive des cartels de la drogue. D'autant que ceux-ci se sont rappelés aux électeurs avant le second tour : les six sicarios colombiens accusés de la mort de Villavicencio ont été retrouvés pendus dans leur cellule – la prison était sous la coupe des cartels.

Slovaquie Quatre balles dans le ventre et une défaite pour Robert Fico L'Europe n'est pas épargnée par les tentatives d'assassinat politique. Au Royaume-Uni, la députée travailliste Jo Cox avait été tuée en juin 2016 par un sympathisant d'extrême droite, une semaine avant le référendum qui devait aboutir au Brexit. Plus récemment, le Premier ministre slovaque, le populiste Robert Fico, a échappé à la mort le 14 mai, après avoir reçu quatre balles dans le ventre. L'assaillant est un poète aux motivations confuses. Sauvé par une rapide opération, Robert Fico se lance dans la campagne des européennes et tente de tirer parti de l'attentat en dénonçant opposants et médias qui critiquent ses positions : il est adversaire des sanctions de l'UE contre la Russie et du soutien militaire à l'Ukraine. Son parti, Smer, arrive pourtant deuxième le 9 juin, derrière la formation de l'ex-présidente progressiste, Zuzana Caputová. La surprise est de taille puisque en avril, c'est un conservateur allié de Fico qui avait succédé à Caputová comme président. En 2018, déjà, un double assassinat, et les manifestations qui l'avaient suivi, poussaient Robert Fico à démissionner de son poste de Premier ministre : le journaliste d'investigation Jan Kuciak, qui enquêtait sur les liens entre la mafia italienne et le gouvernement, avait été assassiné en même temps que sa fiancée.

Le Figaro, no. 24849
Le Figaro Économie, lundi 15 juillet 2024 2543 mots, p. 24

Économie

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13 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

« J'ai déjà placé une partie de mon argent à l'étra nger » : face au spectre d'un gouvernement NFP, ces Français tentés par l'exil

Tranche d'impôt à 90 % sur le revenu, retour de l'ISF, flambée des droits de succession... L'arsenal fiscal brandi par le Nouveau Front populaire accélère les préparatifs de départ, et pas seulement chez les plus riches.

Carasso, Jorge, Guinot, Danièle, de Guigné, Anne, Renault, Marie-Cécile, Ruiz Perez, Julie, Kovacs, Stéphane

Des montants énormes d'argent sont en train de quitter la France,alerte un gestionnaire de patrimoine. C'est ahurissant. Les assureurs luxembourgeois avec lesquels je travaille croulent sous les dossiers.» Depuis la victoire du Nouveau Front populaire (NFP) aux élections législatives, nombre de Français plus ou moins fortunés envisagent sérieusement de s'exiler. La décision est certes difficile, et sa mise en oeuvre ne se fait pas du jour au lendemain. Mais, avant même de passer à l'acte, certains ont d'ores et déjà, par réflexe, mis une partie de leurs avoirs financiers à l'abri, hors de France. «J'ai déjà placé une partie de mon argent à l'étranger» , assumait un professionnel du private equity dès le lendemain du premier tour.

«Des mesures font grimper au plafond certains de nos clients» ,prévient Roni Michaly, PDG de la financière Galilée, une société de gestion. Le spectre du retour de l'ISF, mais pas seulement. Dans son arsenal fiscal, la NFP a prévu de dégainer un barème à 14 tranches ponctionnant les plus hauts revenus jusqu'à 90 % et de renforcer l'impôt sur les successions. «À partir de 12millions, je prends tout» , avait prévenu Jean-Luc Mélenchon il y a deux ans. Le dispositif, jugé confiscatoire, a pourtant fait son retour dans le programme du NFP. «Mes clients dont le patrimoine est au-dessus de 12millions d'euros refusent de se laisser tondre» , s'exclame Éric Gérard, patron d'Optigestion, un cabinet de conseil en gestion de patrimoine. «Certains s'attendent à ce que demain la barre descende à 10, puis peut-être à 5millions...confie Benoît Lelieur, associé-fondateur d'Aquila Avocats, cabinet spécialisé en fiscalité patrimoniale. De bons contribuables qui acceptent aujourd'hui de payer de l'impôt se posent des questions face à des taux qui deviennent confiscatoires.»

Alors que la France reste l'un des pays les plus imposés d'Europe, avec un taux de prélèvements obligatoires de 43 %, l'exil fiscal reste une tentation forte. L'histoire montre que l'accession de la gauche au pouvoir réactive à chaque fois le réflexe : de l'élection du Cartel des gauches, en 1925, provoquant la réaction du « mur de l'argent » , selon l'expression d'Édouard Herriot, à 1936 et l'élection du Front populaire, qui voit fuir les grandes familles. En 1981, des Français fortunés placent leur argent à l'étranger craignant de voir François Mitterrand tout nationaliser et confisquer leurs biens. Sous le mandat de François Hollande, élu en 2012, certains riches contribuables fuient également le territoire pour éviter le tour de vis fiscal : taxe à 75 % sur les hauts revenus, alourdissement de l'ISF, contribution exceptionnelle sur les hauts revenus...

Depuis son arrivée à l'Élysée, Emmanuel Macron, président « probusiness » , avait réussi à inverser la tendance grâce à des mesures perçues comme autant de signaux positifs, tel le remplacement de l'ISF par l'IFI et l'instauration de la « flat taxe ». Mais sa dissolution de l'Assemblée nationale menace de provoquer un gigantesque retour en arrière. «Le programme du Nouveau Front populaire nous ferait presque regretter l'ancien» , lâche un dirigeant patronal. «En une seule élection, ils vont flinguer sept ans d'efforts pour rétablir la confiance» , se désole un banquier privé. «Le retour de l'ISF serait une catastrophe: cet impôt ne rapporte quasiment rien aux finances publiques, mais a un réel impact psychologique sur des contribuables déjà lourdement taxés» , assure Maël Toledano, directeur commercial chez Wealins, assureur basé au Luxembourg.

Le Nouveau Front populaire est, certes, loin d'être en mesure de mettre toutes ses menaces à exécution, mais le mal est fait. «C'est un raz-de-marée, raconte l'avocat fiscaliste Benoît Lelieur. Les questionnements ont commencé l'an dernier, en prévision de la présidentielle de 2027, avec la peur des extrêmes. Mais, depuis la dissolution, nous avons eu plusieurs dizaines d'appels et de rendez-vous. Quelques départs sont déjà actés.»

Depuis le 10 juin, au lendemain de la dissolution, le cabinet d'avocats August Debouzy reçoit « de 25% à 30% d'appels supplémentaires pour ce motif, raconte Philippe Lorentz, un associé. Certains nous ont demandé que tout soit prêt pour un éventuel départ. C'est parfois l'affolement. Ils veulent tout vendre, changer leur situation familiale. On sent beaucoup de colère.» Le profil de ces Français en partance ? «Des entrepreneurs, des professions libérales, des salariés, des CSP, CSP+, décrit l'avocat. Ils ont entre 30 et 70ans, avec un patrimoine entre 5millions et 200, 300 ou 400millions d'euros.»

Si les projets de déménagement des ménages peuvent mettre quelques mois à se concrétiser, les transferts d'argent sont plus rapides à opérer. «Nous constatons beaucoup d'intérêt pour le contrat d'assurance-vie luxembourgeois et cela a un impact positif sur notre collecte» ,indique Maël Toledano. Les clients de cet assureur basé au Grand-Duché ? «Des entrepreneurs et des cadres supérieurs déjà lourdement imposés, qui s'inquiètent de devoir payer 90% d'impôt à partir de 400000euros,détaille-t-il . Mais aussi des cadres moyens avec un peu de patrimoine, qui craignent un retour de l'ISF, et des retraités, qui rachètent leur contrat français pour s'orienter vers un contrat étranger. Tous se méfient dela loi Sapin2, qui autoriserait le gouvernement à bloquer leur argent. »Par exemple, si un krach obligataire provoqué par l'envol de la dette aboutissait à des retraits paniques des épargnants sur le fonds en euros. Votée en 2016, cette loi fait figure d'épouvantail. Elle permet, en cas de sorties massives sur les contrats d'assurance-vie, de bloquer de façon exceptionnelle les retraits ou les versements durant trois à six mois maximum et ainsi éviter une crise systémique. Mais elle ne permet pas de siphonner l'épargne des ménages, même si certains agitent ce chiffon rouge.

L'inquiétude provoquée par la dissolution est une aubaine pour les banques situées à l'étranger. «Les banques luxembourgeoises sont passées à l'offensive la semaine précédant les élections, raconte Jérôme Rusak, à la tête du cabinet L&A Finance. Elles ont mis en place des offres commerciales et des facilités de transfert en cas de forte demande.» Certains conseillers en gestion de patrimoine n'ont pas tardé à répercuter ces offres, jouant sur la peur d'un siphonnage du bas de laine des Français. La députée Sandrine Rousseau (NFP) avait assuré en avril : «La France est un pays où il y a une épargne qui nous permettrait de reprendre très bien la main sur notre dette.» Réélue, elle a mis un peu d'eau dans son vin depuis, mais les ménages redoutant cette perspective prennent leurs dispositions. «Un client a transféré 4,5millions d'euros cette semaine sur un contrat luxembourgeois, confie Roni Michaly, de la financière Galilée. D'autres ont de l'intérêt pour la Suisse. Même si ce n'est plus un paradis fiscal, elle est en dehors de l'Union européenne et bénéficie d'un système bancaire solide.» Quand bien même la quasi-faillite de Credit Suisse a pu causer des frayeurs.

«Luxembourg, Suisse, Espagne, Portugal, Grèce... Peu importe où, le but est de sortir l'argent de France» , observe Maël Toledano. Certains pays font figure d'eldorado. «On entend de plus en plus parler de l'Italie» , constate Frédérick Crot, président de l'Association française du family office (AFFO), qui voit affluer les demandes de renseignements. La fiscalité allégée pour les hauts revenus (un forfait de 100 000 euros d'impôt) et en matière de succession aiguise les appétits. Quitte à s'installer tout près de la frontière. «Un client songe à s'installer à Vintimille, en Italie, tout près de Menton (Alpes-Maritimes)» , raconte Frédérick Crot.

Si l'urgence est de sécuriser les transferts à l'étranger de leurs avoirs financiers, le coeur du projet des citoyens effrayés par le programme du Nouveau Front populaire est bel et bien de quitter physiquement la France. Les chefs d'entreprise sont particulièrement concernés. Cela fait des mois que la situation politique inquiète les milieux d'affaires. Plusieurs dirigeants de banques privées confient avoir été sollicités par des patrons d'entreprise de taille intermédiaire bien avant la dissolution. Ils réclamaient des dispositifs permettant de partir quasiment du jour au lendemain. «C'est un vent de panique chez les entrepreneurs, confirme Charles-Marie Jottras, président du groupe Daniel Féau Immobilier. Ça a commencé avec les élections européennes, et cela s'est accéléré depuis le deuxième tour. Quelques familles ont d'ores et déjà décidé de quitter la France.»Et un avocat d'abonder : «Nombre de dirigeants réfléchissent à délocaliser le siège social de leur entreprise à l'étranger, à Milan ou Londres.»

Les candidats au départ ne se recrutent pas uniquement parmi les grandes fortunes. Certes, trois profils ressemblent à ceux des dernières vagues d'exil. C'est en particulier le cas «des entrepreneurs qui veulent partir pour des raisons fiscales, mais surtout parce qu'ils pensent avoir un meilleur environnement économique pour se développer à l'étranger, explique un avocat fiscaliste dans un cabinet international. Eux s'intéressent plutôt aux États-Unis.» Second profil type : les clients ayant une activité indépendante, qu'ils peuvent facilement exercer partout dans le monde. «Le troisième profil, ce sont les retraités ou les personnes fortunées qui n'ont pas ou plus d'activité leur imposant de rester en France, ajoute l'avocat. Ceux-là peuvent plus facilement déplacer leur centre d'intérêt dans un autre pays.»

Mais la tentation du départ est bien plus large. Dirigeants et cadres de licornes de la tech, rémunérés avec des actions gratuites, se posent ainsi les mêmes questions. Tous redoutent de voir le fruit de leur travail lourdement taxé. «Dans le secteur de la tech, tout le monde se connaît et les échanges sont nombreux. Si l'un d'entre eux décide de quitter la France, d'autres devraient suivre» , poursuit cet avocat. «Si le programme du NFP est appliqué, je demanderai mon expatriation au Canada. Nous en avons déjà parlé avec ma femme. Je paie déjà beaucoup d'impôts, mais je l'accepte. En payer encore davantage pour financer des politiques absurdes, ce n'est plus possible» , confie un de ces dirigeants, qui a vendu son entreprise à un groupe américain.

Les financiers et autres traders, que Paris s'enorgueillissait d'attirer de Londres après le Brexit, déchantent eux aussi. Certains petits gestionnaires d'actifs, arrivés en France dans la foulée du Brexit, caressent déjà l'idée de s'installer sur des «terres plus accueillantes» , comme la Suisse. Idem pour les banquiers étrangers installés à Paris depuis peu. «Après le Brexit, de nombreux banquiers ont quitté Londres pour Paris. Mais ces hauts revenus n'hésiteront pas à partir si les impôts augmentent fortement» , note un avocat. D'autres bouderont la France. «Si la fiscalité devient confiscatoire, les banquiers de Londres ne voudront plus venir travailler à Paris, confirme un banquier d'affaires. La prime Macron, qui séduisait les chefs d'entreprise étrangers, s'est un peu réduite.»

Pas besoin d'être menacé par la quatorzième tranche d'impôt sur le revenu pour songer à partir, si l'on observe le profil des clients qui réclament des conseils à Benoît Lelieur : «Peu de très grosses fortunes,confie l'avocat fiscaliste, mais, pour la plupart des entrepreneurs ou des cadres supérieurs, des « riches à la Hollande » qui, avec leurs plus de 4000euros par mois, sont excédés d'être stigmatisés et craignent pour leur pouvoir d'achat. Ils ont déjà réduit leurs vacances, leurs habitudes de consommation et se demandent s'ils vont pouvoir financer les études de leurs enfants... Je pense notamment à un artisan parti de zéro, qui a travaillé sept jours sur sept pour monter sa société et créer des emplois. Aujourd'hui, l'âge de la transmission approchant, il craint d'être privé du fruit de son travail, et a peur de tout perdre.»

Si, comme en 1925, 1936, 1981 et 2012, la crainte du matraquage fiscal est la principale motivation au départ, en 2024, ce n'est plus la seule. «Le sentiment d'insécurité progresse en France,souligne Maël Toledano. Beaucoup de personnes de la communauté juive ont peur de la violence et que l'histoire se répète. Ils déplacent leur argent afin de se tenir prêts au cas où ils devraient partir précipitamment.» Et un gestionnaire de patrimoine d'abonder : «100% de mes clients juifs me posent la question. Ils ne voient pas comment ils peuvent continuer à vivre dans un pays avec un parti qui met tous les jours le conflit israélo-palestinien sur la table.»

Toutes croyances confondues, la réflexion sur un possible départ de France traduit une forme de ras-le-bol général. «L'élément frappant est que les motivations ne sont pas principalement fiscales,relève Benoît Lelieur . Le vrai sujet, c'est la peur face à l'évolution de la société française. On nous parle de tensions communautaires, sociétales, de « gilets jaunes » , de manifestations, de violence dans les écoles, et même de « la loterie de Parcoursup » , que certains de nos clients ne veulent pas faire subir à leurs enfants».

«L'aspect psychologique prime sur les considérations purement financières» ,renchérit Olivier Janoray, avocat fiscaliste associé au cabinet Arsene . Au cours des conversations avec des clients envisageant l'expatriation, il perçoit une forme de blessure. «Chez certains, ce n'est pas tant le coût d'un nouvel impôt que la sensation d'être visé par une politique alors que l'on a construit une fortune toute sa vie. Une sensation d'être mal-aimé.» Pour d'autres, c'est aussi une forme de résistance. «Placer son argent à l'étranger, c'est aussi un moyen de décompenser, une protestation silencieuse, une façon de montrer qu'ils ne font pas que subir» , analyse un responsable banque privée d'un grand établissement.

«La fiscalité est devenue un critère secondaire, confirme Philippe Lorentz, qui assiste des clients au départ de France depuis 2012. Cela a continué après 2017, mais ce n'était plus vraiment motivé par des enjeux fiscaux. «J e suis prêt à payer plus d'impôts me disait paradoxalement un client, mais j'aimerais qu'ils soient utilisés à bon escient. Or ici c'est la gabegie. » C'est une addition de problèmes : nos clients s'inquiètent de l'évolution de la société, de l'instabilité économique, de l'avenir de leur épargne. Et vient le moment où un déclic emporte la décision.»

Partir est toujours un arrachement. «Rebâtir un projet de vie peut être difficile quand on a tout construit en France, qu'on y a des amis, de la famille» , admet Olivier Janoray, qui déconseille à ses clients de partir «uniquement pour des raisons fiscales».Car, pour ne plus payer d'impôt en France, il faut pouvoir prouver au fisc que son « centre d'intérêt » est désormais à l'étranger. «On a tous dans nos portefeuilles des clients qui, pris de panique, ont fait n'importe quoi, commente une banquière. Certains se sont distribué des dividendes par peur d'une hausse de la fiscalité, d'autres ont soldé leur assurance-vie pour mettre l'argent sur des fonds luxembourgeois. On leur dit que cela ne sert à rien, car les lois fiscales sont rétroactives. Ils le font quand même.» De fait, «un exil fiscal, c'est un vrai processus, rappelle un autre banquier. Il faut couper toutes ses positions en France, parfois vendre ses biens. Ça ne se fait pas en trois semaines.»

Malheureusement pour l'économie et l'image de la France, si les départs sont difficiles, ils ne sont pas impossibles. Et, une fois partis, les exilés reviennent rarement. « Je n'ai eu que deux retours, en 2017,souligne Philippe Lorentz. Mais ils sont finalement repartis en 2020 et 2022.» J. C. ET D. G. ET A DE G ET M.-C. R. ET J. R. P. ET S. K.

Le Figaro, no. 24849
Le Figaro, lundi 15 juillet 2024 719 mots, p. 8

Politique

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14 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Assemblée nationale : une semaine pour clarifier

La démission du gouvernement précédera la redéfinition des rapports de force parlementaires

Gentilhomme, Célestine

Faute de « clarification » politique aux législatives, le pays reste depuis plongé dans l'inconnu, sans majorité claire ni nouveau premier ministre.

Mardi 16 juillet : démission du gouvernement

Il lui avait demandé de rester pour la «stabilité du pays». Après avoir temporairement prolongé son bail à Matignon, Emmanuel Macron devrait finalement accepter la démission de Gabriel Attal ce mardi 16 juillet. Élu patron des députés Renaissance, le premier ministre entamera alors un intérim à la tête d'un « gouvernement démissionnaire » - a priori à l'abri d'une motion de censure -, qui sera chargé d'expédier les « affaires courantes » aussi longtemps que souhaité par le président. Détail qui n'en est pas un : les 17 ministres élus députés pourront retrouver les bancs de l'Hémicycle dès jeudi, pour assister à la séance inaugurale de la 17e législature. Surtout, ils pourront prendre part au vote pour la présidence du Palais Bourbon, et participer à l'attribution des postes clés.

« D'ici le 18 juillet » : promesse d'une fumée blanche à gauche

Le temps presse à gauche, après une semaine d'interminables discussions qui ont donné lieu à de premières divisions. En dépit de leur optimisme de façade, les quatre principales forces du Nouveau Front populaire - LFI, PS, EELV et PCF - n'ont toujours pas réussi à s'accorder sur le nom d'un premier ministre à proposer à Emmanuel Macron. L'hypothèse d'Huguette Bello, présidente de La Réunion, a vite tourné court après le refus des socialistes, qui redoutaient la proximité de l'ex-députée avec le mouvement mélenchoniste. Revenu à la case départ, le parti de la rose a promis de « parvenir » à un accord avec ses camarades « d'ici le 18juillet ».

Jeudi 18 juillet : élection à la présidence de l'Assemblée et constitution des groupes

C'est une bataille cruciale qui devrait permettre d'y voir plus clair sur les nouveaux rapports de force dans l'Hémicycle. Réunis pour la première fois depuis leur élection, les 577 nouveaux députés désigneront jeudi la personnalité qui présidera l'Assemblée et qui deviendra le quatrième personnage de l'État. La sortante, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), et l'inoxydable centriste, Charles de Courson, figurent déjà sur la ligne de départ pour le perchoir. À gauche, le socialiste Boris Vallaud et l'écologiste Cyrielle Chatelain pourraient eux aussi tenter de ravir ce poste convoité, qui intéresse aussi Sandrine Rousseau. Côté RN, enfin, le vice-président du Palais Bourbon, Sébastien Chenu, devrait sans surprise candidater lui aussi. Les deux premiers tours du scrutin - à bulletins secrets - se joueront à la majorité absolue, fixée à 289 voix. Si aucun consensus ne se dégage, une simple majorité relative permettra alors de trancher lors d'un troisième tour, où une égalité de voix conduit à l'élection du prétendant le plus âgé. Dans la même journée, jeudi, chaque camp devra par ailleurs transmettre avant 18 heures les déclarations politiques de leurs groupes, leur composition, et le nom de leur président. Un moment de vérité pour les élus qui espèrent bâtir leurs propres chapelles, quitte à atteindre un nombre record de groupes. À droite, Aurélien Pradié s'imagine à la tête d'un groupe parallèle à celui de Laurent Wauquiez, quand l'aile gauche de la macronie rêve de prendre son envol autour de Sacha Houlié. Pour y parvenir, et bénéficier ainsi d'une structure indispensable pour peser dans les débats parlementaires, ils devront néanmoins réunir le seuil minimal requis de 15 élus.

Vendredi 19 juillet et samedi 20 juillet : bataille des commissions et des postes clés

La journée du 19 juillet sera consacrée aux postes clés, avec l'élection des six vice-présidents du Palais Bourbon. Les députés choisiront ensuite trois questeurs - dont un « premier » issu de l'opposition -, qui veilleront sur les finances de l'institution. Le lendemain, samedi 20 juillet, les élus seront répartis dans l'une des huit commissions permanentes. Pour chacune d'entre elles, un président devra être désigné parmi ses membres. La bataille s'annonce déjà intense pour prendre la tête de la puissante commission des finances, qui revient selon l'usage à un membre de l'opposition. Ses prérogatives sont nombreuses : contrôler et examiner le budget de l'État, auditionner les ministres, ou même accéder à des documents protégés par le secret fiscal. Un siège prestigieux jusque-là détenu par l'Insoumis Éric Coquerel, dont l'élection avait à l'époque provoqué l'ire de la droite et des nationalistes. C.G.

La Croix, no. 42970
Religion, lundi 15 juillet 2024 140 mots, p. 9

paroles

« On a besoin de diversité en politique »

Recueilli par Florence Pagneux

Nadia Essayan

Conseillère régionale (MoDem) dans le Centre-Val de Loire, ancienne députée et ancienne déléguée nationale de l’ACI

« On dit les politiques déconnectés du terrain, mais j’ai vécu tout le contraire quand j’ai été élue à l’Assemblée nationale en 2017. Les médias ne retranscrivent pas assez la complexité du travail des députés, ce qui alimente la défiance. Pour fabriquer une loi, nous menons des auditions avec des acteurs de tous bords, nous travaillons en commissions, nous nous déplaçons sur le terrain… Je reste pleine d’espérance pour la période politique à venir. Passé les postures, il faudra bien que nos groupes politiques s’entendent pour créer quelque chose d’inédit. On a besoin de diversité en politique. On ne peut pas construire la nation sur une seule vision. »

Le Monde
France, lundi 15 juillet 2024 805 mots, p. 9
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13 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Prison ferme pour les créateurs de l’« Uber shit » des campagnes

Le réseau de trafic de drogue, installé au May-sur-Evre, dans le Maine-et-Loire, fonctionnait avec une boucle Telegram et des livreurs

Yves Tréca-Durand

Angers - correspondant - Six ans de prison ferme pour le « patron » et des peines s’échelonnant de douze mois avec sursis à quatre ans ferme pour les neuf « employés ». La chambre correctionnelle du tribunal judiciaire d’Angers a eu la main ferme, vendredi 12 juillet, face aux membres du « Zanzi shop », cette boutique en ligne de la drogue, démantelée par les gendarmes, le 9 avril au May-sur-Evre (Maine-et-Loire).

Dans ce bourg (3 970 habitants) de la région des Mauges, situé à dix minutes au nord de Cholet, cet « Uber shit » – le surnom des systèmes de livraison de drogue à domicile – des campagnes prospérait depuis janvier 2023 et avait généré, selon les estimations des douanes, plus de 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires en quelques mois. Il fonctionnait très simplement, par l’intermédiaire d’une boucle de la messagerie sécurisée Telegram, et affichait tous les atours d’une activité commerciale classique, avec promotions, nouveautés (cocaïne goût fraise et MDMA parfum cola) et distribution de petits cadeaux pour les clients fidèles.

Explications invraisemblables

Pour assurer ce service express, le réseau employait des livreurs rémunérés 20 à 25 euros la course. La plupart étaient des clients du « Zanzi shop » ravis d’autofinancer leur consommation. Lorsque le client était hors de portée, la drogue était expédiée par colis, par La Poste ou Fedex. Dans toute la France et au-delà, jusqu’en Belgique, en Italie, en Lituanie, au Mexique. Les règlements se faisaient alors en cryptomonnaies.

Dans l’équipe commerciale, l’un se faisait appeler « Poutine », l’autre « la Fusée », un troisième « le Chinois ». Chacun avait son sobriquet et son rôle au sein de la PME. A l’état civil, ils se prénomment Johan, Tom, Thibaud ou Luigi. Mercredi, pour l’ouverture de leur procès, ils étaient huit à se faire face dans les box du tribunal, encadrés par des agents pénitentiaires. Deux autres, qui comparaissaient libres. Et six autres, dont l’implication semblait moindre, avaient été jugés en avril, dans le cadre d’une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité. Des peines de huit à vingt-quatre mois d’emprisonnement avaient été prononcées.

Ceux qui font face à la présidente, Agnès Tanguy, sont jeunes, voire très jeunes (20 ans pour le « comptable »). Certains se connaissent depuis la maternelle, la plupart vivent encore chez leurs parents. Lorsqu’ils ont débarqué au petit matin, le 9 avril, les 120 gendarmes mobilisés ont saisi 41 kilos de cannabis, 760 grammes de cocaïne, 160 000 euros en liquide, des véhicules et des armes : un fusil 22 long rifle, un pistolet Glock 17, 150 cartouches et des chargeurs de kalachnikov.

Face à la justice, certains n’ont pas encore l’air de comprendre qu’une partie de leur jeunesse se joue là. Ils se regardent en souriant, murmurent, pouffent quand les explications de l’un d’entre eux s’avèrent franchement invraisemblables. Johan B. (25 ans), présenté comme la tête pensante du réseau, se permet même de plaisanter à propos du nom de la représentante du ministère public (elle s’appelle Sandrine Rousseau, comme la députée écologiste), déclenchant les rires de ses camarades de box. Barbe noire et cheveux lissés en arrière, il écoute sa compagne, Morgane M. (24 ans), tenter de convaincre qu’elle ne connaissait rien de ses activités illégales, alors que des produits stupéfiants ont été saisis chez elle et que les relevés téléphoniques attestent qu’elle a participé à un approvisionnement. Lui roulait dans une puissante Mercedes achetée 55 000 euros en Allemagne et avance qu’il l’a en partie payée avec l’argent de ses Noël et anniversaires.

Insultes et menaces

L’ambiance n’est cependant pas détendue pour tout le monde. L’un d’entre eux est accusé par les autres d’avoir trop parlé aux « condés » lors de sa garde à vue. Il est menacé jusque dans les couloirs du tribunal. En prison, il a renoncé à la cantine, aux promenades et aux douches, par peur des représailles.

Ils ont beau être jeunes, les enquêteurs ont retrouvé chez l’un d’entre eux un revolver chargé sous un oreiller et 70 000 euros cachés dans un gilet pare-balles. Les tournées quotidiennes pouvaient rapporter jusqu’à 10 000 euros.

A l’heure du délibéré, c’est bien la question de l’argent qui fait tressaillir les prévenus. Convaincus de ne pas rester très longtemps en prison avec le jeu des remises de peine, ils explosent quand ils apprennent que tous leurs biens sont confisqués et qu’ils sont solidairement condamnés à payer une amende douanière de 1 208 106 euros. La sortie de l’audience est houleuse, avec insultes et menaces contre les juges et la presse.

La Croix, no. 42970
France, lundi 15 juillet 2024 1134 mots, p. 7,8
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15 juillet 2024 - La Croix (site web)

La question de l’antisémitisme menace l’unité de la gauche

Bernard Gorce

L’antisémitisme au sein de la gauche a poussé une partie des intellectuels et du monde juif à juger ce danger aussi menaçant, voire plus, que celui de l’extrême droite.

À l’issue d’une longue séquence électorale, le cas de LFI fragilise l’unité du Nouveau Front populaire.

La longue séquence électorale des européennes puis des législatives laisse de profondes traces à gauche sur la question non réglée de l’antisémitisme au sein de La France Insoumise (LFI). L’alliance du Nouveau Front populaire (NFP) a eu beau faire de la lutte contre cette haine une priorité de son programme, le profil ou les propos de plusieurs candidats insoumis – mais aussi de membres du Nouveau Parti anticapitaliste, de militants antifascistes ou propalestiniens – divisent comme jamais les intellectuels et les citoyens juifs.

Sans nier l’existence d’un antisémitisme de gauche, certains estiment que le sujet est « instrumentalisé » pour décrédibiliser le NFP, à l’instar de l’avocat Arié Alimi et de l’historien Vincent Lemire. Dans une tribune publiée dans Le Monde, le 21 juin, ils affirment « qu’il n’y a pas d’équivalence entre l’antisémitisme contextuel, populiste et électoraliste »de certains membres de LFI et celui, « historique et ontologique, du Rassemblement national ».

Que le parti de Marine Le Pen, dans son entreprise de dédiabolisation, cherche désormais à se présenter comme celui de la défense des juifs, l’universitaire Danny Trom (1) en a bien conscience. Mais dans une longue analyse publiée, le 26 juin, dans le média K (revue de la diaspora juive), le sociologue refuse qu’on en fasse un argument pour dédouaner la gauche de ses responsabilités. « Le RN est-il sincèrement ou stratégiquement philosémite ? La réponse est qu’il l’est stratégiquement. LFI est-elle stratégiquement ou sincèrement antisémite ? La réponse est qu’elle l’est sincèrement, dès lors qu’elle purge ceux qui ne le sont pas », argumente Danny Trom, en faisant allusion à l’éviction par Jean-Luc Mélenchon d’Alexis Corbière ou de Clémentine Autain. À la veille du scrutin, non seulement les institutions juives ont rejeté dos à dos les deux formations extrêmes (Le Crif a prôné un « Ni RN, ni LFI ») mais certains, mettant leurs pas dans ceux de l’avocat Serge Klarsfeld, considèrent aujourd’hui la gauche radicale plus dangereuse que l’extrême droite. Ainsi, le vendredi 5 juillet, une tribune dans Le Figaro, signée par des dizaines d’intellectuels, appelait à faire barrage à LFI et plus largement à tous les candidats du NFP, « la première menace pour les Français juifs ».

Parmi les signataires emmenés par l’historien Georges Bensoussan figurent des personnalités issues de la gauche républicaine. Une famille à laquelle appartient Nathalie Heinich, sociologue, qui a été sollicitée mais a refusé de parapher le texte. Publier une telle tribune après les scores du RN au premier tour et avant le second était, selon elle, « très mal venu ».

Pour cette universitaire de culture juive mais athée, le raisonnement consistant « à vouloir hiérarchiser les antisémitismes n’a pas de sens. La seule question à se poser est celle de savoir quel parti est le plus à même d’accéder au pouvoir. Le risque RN était sur ce point le plus grand. Maintenant qu’il est écarté, il faut se débarrasser de LFI qui est un boulet pour la gauche. Ce n’est pas le moindre défi car certains refusent encore de voir le danger d’un antisémitisme de gauche ».

Grégory Gutierez est coresponsable du groupe de travail sur l’antisémitisme du parti Les Écologistes (ex-EELV). Ce groupe a réalisé une contribution de 14 pages pour le programme électoral du NFP dans lesquelles il aborde la critique du sionisme. Il pose comme principe la reconnaissance de la légitimité de l’État d’Israël et mentionne par ailleurs explicitement « les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre ».Durant cette campagne électorale qu’il a passée au contact des électeurs, il a constaté combien le rejet de l’antisémitisme était un frein au vote à gauche. « C’est devenu clairement un problème. EELV prend ses responsabilités, c’est aux autres maintenant de faire le ménage », estime cet écologiste lui-même non juif, tient-il à préciser.

Depuis le 7 octobre, des militants juifs (et également des non-juifs) de gauche se sont réunis dans le collectif Golem pour lutter contre tous les antisémitismes, d’où qu’ils viennent. Ils s’étaient fait connaître en tentant de bloquer le cortège du RN lors de la marche contre l’antisémitisme à Paris, le dimanche 12 novembre. Membre du Golem, Lorenzo Leschi s’est mobilisé contre le parti de Jordan Bardella durant la campagne des législatives. « On a fait le travail et maintenant que la menace est écartée, il va falloir une clarification et des engagements de la part de LFI. »

Également membre du collectif, Hélène Muzi Cohen met en avant trois demandes de Golem aux partis membres du NFP : qu’ils mettent en place une formation de tous les élus sur l’antisémitisme ; qu’ils retirent leur soutien à tous ceux qui profèrent des propos antisémites ; « il faut enfin et surtout une prise de conscience, entendre les juifs qui souffrent de ces discours. Ils sont aujourd’hui désemparés mais on leur dénie cette souffrance. »

Une partie de la gauche intellectuelle continue toutefois de refuser tout examen critique. Avec le Prix Nobel de littérature Annie Ernaux, une centaine de personnalités ont dénoncé, le 27 juin, le « dénigrement » de LFI et de ses dirigeants. « Toutes sortes d’arguments aussi fallacieux les uns que les autres sont mobilisés à cette fin » comme « les odieuses accusations d’antisémitisme »,écrivent-ils dans le média Politis.

Lors de son allocution après l’annonce des résultats électoraux du premier tour, dimanche 30 juin, Jean-Luc Mélenchon est apparu accompagné de la toute nouvelle députée européenne et militante pro-palestinienne Rima Hassan, un keffieh sur les épaules. Le 18 juillet, ce sont plusieurs élus insoumis mis en cause pour des positions antisémites qui feront leur entrée au Palais-Bourbon.

« Nous risquons une situation de blocage qui pourrait menacer l’unité de la gauche », déplore Hélène Muzi Cohen, militante à La Paix maintenant. Lorenzo Leschi veut croire que le vent a tourné et que Jean-Luc Mélenchon n’est plus hégémonique. « Au sein du NFP, les rapports de force ont changé. Si les Insoumis veulent que l’union de la gauche tienne, ils doivent prendre leur responsabilité. »

(1) Auteur de La Promesse et l’Obstacle. La gauche radicale et le problème juif, Cerf, 2007.

La Croix, no. 42970
Débats, lundi 15 juillet 2024 228 mots, p. 4

Législatives (suite)

Philippe V.

Le président est défait et doit, à mon sens, l’admettre. Il n’est pas sain de rester dans le provisoire et d’autant plus qu’une autre dissolution est envisageable dans treize mois. Les institutions de la Ve sont solides, fort heureusement. La France et la République sortent esquintées de cette triste période, d’où un besoin de rassemblement et de plus grande justice sociale. Les députés du groupe Ensemble ont souvent été réélus avec les voix de la gauche. Il serait souhaitable qu’ils ne l’oublient pas. L’extrême droite est passée dans mon département à la faveur d’une triangulaire… Un inconnu me représente et il ne pourra pas travailler avec les principales villes du département car celles-ci le rejettent. En plus, il est inféodé à un député des Alpes-Maritimes totalement étranger aux réalités locales. Je penche pour un gouvernement de refondation et un, ou une, premier ministre disposant des prérogatives de l’article 20. L’actuel premier ministre ne détermine ni ne conduit réellement la politique de la nation au sens de cet article. Tout est décidé à l’Élysée. Il ne peut donc rester, à mon avis. L’attitude de la Coordination rurale est inadmissible. Je les ai vus, ivres et menaçants, devant notre préfecture. La préfète a eu bien du courage de venir leur parler. La République se mérite.

L'Humanité
lundi 15 juillet 2024 1078 mots, p. 8

À Saint-Denis, la victoire de la gauche redonne un peu d'espoir

Lisa Guillemin

Législatives Les deux circonscriptions de la ville de Seine-Saint-Denis ont plébiscité des candidats issus du Nouveau Front populaire. Les attentes des habitants demeurent nombreuses.

Au pied des barres d'immeubles de la cité Gabriel-Péri de Saint-Denis, deux bambins s'amusent sous le regard de leur nounou, assise en équilibre sur la balançoire du square. « Il faut se mettre au milieu pour ne pas tomber », conseille Naïma, avec son accent marocain. Cela ne vaut que pour l'aire de jeux. Pour la politique, c'est à gauche toute ! Ici, le Nouveau Front populaire (NFP) bat des records : les deux circonscriptions qui composent la ville ont plébiscité les candidats issus de la coalition progressiste aux législatives. Dès le premier tour, le communiste sortant Stéphane Peu l'a emporté avec 71,8 % des voix. Idem pour l'insoumis Éric Coquerel, avec 69,8 %. Saint-Denis est sans conteste la ville la plus à gauche de France.

Alors Naïma est rassurée : « Au moins, avec la gauche, ça va rester comme avant, ils ne vont pas venir nous arracher nos foulards à nous, les musulmanes. » « Ils » ? Le Rassemblement national et son président Jordan Bardella, qui affirmait en juin que l'interdiction du voile dans l'espace public était toujours un objectif de son parti. D'ailleurs, le nom de celui qui se voyait premier ministre n'est pas inconnu à Gabriel-Péri, puisqu'il y a grandi.

Le soir du second tour, « ça a été un soulagement », s'exclame l'assistante maternelle arrivée en France en 1987. On a fait la fête sur le parvis de la cité, installé des enceintes. « Ce n'est pas tellement pour moi que je suis allée voter, avance la sexagénaire qui souhaite néanmoins que la gauche abroge la réforme des retraites. C'est pour nos enfants. » Avec 38,4 % d'habitants d'origine immigrée et 62 % des jeunes de moins de 25 ans qui ont un parent immigré, comme le notait le rapport parlementaire de 2023 de Stéphane Peu sur la Seine-Saint-Denis, voter pour la gauche, ici, c'est avant tout se protéger contre le projet xénophobe de l'extrême droite.

Au loin, le benjamin de Naïma descend tout sourires de sa voiture. Youssef a 24 ans et dit appartenir « à la petite dizaine de jeunes qui ont réussi ici ». Il vient d'obtenir son diplôme en ingénierie et cherche un emploi. Comme nombre d'habitants, alors que le taux de chômage atteignait 20,1 % dans la commune en 2021. « Quand je croisais des gens avant l'élection, je leur rappelais que c'était important d'aller voter pour Stéphane Peu », explique-t-il, affirmant ne jamais rater un scrutin. Ce qu'il attend désormais de la gauche ? Qu'elle s'occupe de la jeunesse reléguée des banlieues, alors que le département est réputé être le plus jeune de France (42 % des résidents ont moins de 30 ans, contre 35 % en Hexagone).

le taux de pauvreté atteint 36 %

À dix minutes à pied, la basilique se dresse fièrement au-dessus des cafés. Dans les rues adjacentes, c'est un melting-pot de cultures qui s'agitent dans tous les sens. Les nombreuses échoppes de produits manufacturés proposent des robes d'été légères ou des vêtements de mode musulmane. Bader, 40 ans, est attablé au zinc du PMU Le Brazza. « À la base, je ne suis pas trop dans la politique et je ne vais pas voter, mais mes collègues m'ont poussé à y aller », explique cet employé dans l'événementiel d'origine marocaine. Pour qui ? Stéphane Peu, bien sûr. Derrière son verre de menthe à l'eau, il ne réclame qu'une chose : « Que le système soit partout pareil, à Paris comme dans le 93. » Pour ça, le programme du Nouveau Front populaire est « pas mal », notamment en ce qui concerne la hausse du Smic. « Aujourd'hui, c'est la galère, nos parents sont venus ici pour avoir une vie meilleure que dans leur pays. Maintenant c'est très difficile. » Surtout à Saint-Denis, où le taux de pauvreté atteint 36 %. Mais mieux vaut ne pas se faire d'illusions, tempère Bader, « parce que, avec les politiques, la confiance n'est pas totale ».

Au-dessus, dans l'un de ces immeubles construits dans les années 1970 pour concentrer le plus d'habitants possible en centre-ville, Safia rayonne. Il faut dire que la victoire du NFP la fait déborder d'enthousiasme : « Là où il y a de l'espoir, c'est que la gauche a réussi à s'unir. Même si je reste lucide, cela va être difficile d'être majoritaire et d'avoir un gouvernement. Mais quand on bouge, on peut y arriver ! » Cheminote encartée à la CGT, fervente militante, Safia fait partie de ces agents mobilisateurs qui ont poussé leurs concitoyens à aller voter. Histoire de faire la part belle aux communistes, alors que la municipalité est tombée aux mains des socialistes en 2020. « Enfin, vu leur politique, c'est plutôt le centre droit », persifle-t-elle, taclant les fermetures d'antennes jeunesse et les coupes budgétaires de ces derniers mois.

« Le plus important aujourd'hui, c'est la formation de nos jeunes. Mais l'éducation nationale a complètement oublié la Seine-Saint-Denis ! » regrette la Séquano-Dionysienne de toujours. Avec pour conséquence le repli vers des activités peu qualifiées mais au minimum lucratives (chauffeur VTC, livreur de plateforme, etc.) encouragées par « l'ubérisation du travail » et la hausse de l'entrepreneuriat. « Car, si le système ne leur permet pas de s'en sortir socialement, ils essayent au moins de se débrouiller financièrement », analyse-t-elle.

il manque 5 000 enseignants

Priorité de la gauche pour la prochaine législature à venir : faire venir les professeurs dans les écoles, alors que l'association de parents d'élèves FCPE 93 estime qu'il manquerait 5 000 postes d'enseignants pour répondre aux besoins éducatifs du département. D'autant que ceux qui y sont affectés sont souvent plus jeunes et inexpérimentés que la moyenne, notamment dans les établissements prioritaires REP +. Selon un bilan du ministère pour l'année 2023, 43 % des enseignants du second degré avaient moins de 35 ans et 56 % avaient au maximum cinq années d'ancienneté.

Alors, nombreux sont les élèves qui décrochent. Et zonent. Voire tombent dans la petite délinquance. Au grand dam des habitants. « C'est devenu la catastrophe, ce n'était pas comme ça avant », regrette Antonio, 78 ans, qui dit ne plus pouvoir dormir la nuit à cause des jeunes qui viennent dealer à partir de minuit. « Quand on appelle la police, elle ne se déplace même pas. » Et, selon lui, « ni le maire ni le député » n'ont réglé le problème. Alors Antonio n'est pas allé voter aux dernières élections, comme 62,18 % des électeurs de sa circonscription - 6 points de moins qu'il y a deux ans, certes, mais toujours bien en deçà de la participation au niveau national.

Le Monde
France, lundi 15 juillet 2024 745 mots, p. 7
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13 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Le RN écarte des « brebis galeuses »

Plusieurs membres du parti d’extrême droite qui ont tenu des propos xénophobes, racistes ou antisémites sont sur la sellette

Corentin Lesueur avec Benjamin Keltz (Rennes, correspondant) Corentin Lesueur avec Benjamin Keltz (Rennes, correspondant) Corentin Lesueur avec Benjamin Keltz (Rennes, correspondant)

Moins d’une semaine après l’échec de son « plan Matignon » qui devait préparer le parti d’extrême droite à accéder au pouvoir, le Rassemblement national (RN) coupe ses premières têtes. Officiellement, le parti promet un simple « examen de conscience » après des législatives gangrenées par des dizaines de candidats xénophobes, racistes ou antisémites ; sans compter ceux qui fuyaient les médias et les débats par crainte de la contradiction. Circulez : le mouvement de Jordan Bardella nie toute « purge » et renvoie la refonte de son organigramme à la rentrée en septembre.

Loin des micros, de premières « brebis galeuses » – qualificatif donné par le président du parti à ses représentants problématiques, pour en minimiser le nombre – ont pourtant déjà été exclues. Battue le 7 juillet dans la 2e circonscription de l’Aveyron, Marie-Christine Parolin a quitté, quelques jours plus tard, les rangs du RN au conseil régional d’Occitanie, où elle siège désormais parmi les « non-inscrits ». « Elle est sortie du groupe et sera convoquée en commission des conflits », confirme le parti au Monde. Dans un débat organisé par la radio locale CFM, en mai, exhumé lors des législatives, Marie-Christine Parolin répond par l’affirmative à un adversaire l’accusant de vouloir remplacer la devise républicaine (« Liberté, égalité, fraternité ») par celle du régime de Vichy (« Travail, famille, patrie »).

Autre indésirable soudainement passé chez les « non-inscrits » : Laurent Gnaedig, qui n’apparaît plus dans le groupe RN du conseil régional du Grand-Est. Candidat dans la 1re circonscription du Haut-Rhin, le quinquagénaire a considéré, le 3 juillet, dans un débat sur BFM Alsace, que le fondateur du Front national (devenu RN), Jean-Marie Le Pen, qualifiant les chambres à gaz de « point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale » n’était pas « une remarque antisémite » mais « un très mauvais choix de mots », « une grave erreur de communication et surtout de compréhension du camp adverse ». Sollicité, Laurent Gnaedig n’a pas répondu au Monde. Pas plus que Laurent Jacobelli, président du groupe RN au conseil régional du Grand-Est et porte-parole du RN.

Les deux conseillers régionaux ne seront pas les seuls à tomber après l’échec des législatives. D’autres membres du parti sont convoqués fin juillet devant sa commission des conflits, selon les informations du Monde. Pour le moment, le RN n’avait admis que l’exclusion de son groupe à l’Assemblée nationale de Daniel Grenon, député de l’Yonne réélu après avoir affirmé que les « Franco-Maghrébins » n’avaient pas leur place « dans les hauts lieux de la République ».

Valse perpétuelle des délégués

Le parti devra vite se prononcer sur d’autres cas encombrants. Comme Florence Joubert, élue en Dordogne, pour qui un « Arabe » ne peut être considéré comme Français et qui vilipende « les climato-manipulateurs »ou « le démoniaque » philanthrope américain George Soros. Ou Françoise Billaud, battue dans les Côtes-d’Armor et visée par une information judiciaire, ouverte pour « provocation publique à la haine » et « injure publique », après avoir rendu hommage sur sa page Facebook au maréchal Pétain, mais aussi à l’abbé Perrot, figure locale emblématique de la collaboration.

Après une première purge de quelques-uns de ses membres radicaux, le RN se penchera sur sa propre organisation. Le remplaçant de Gilles Pennelle, directeur général du parti démissionnaire, chargé depuis deux ans de l’implantation locale, pourrait n’être connu qu’en septembre. Son bilan, lui, n’attendra pas la rentrée, les candidatures défectueuses braquant les projecteurs sur sa supervision défaillante des fédérations et de leurs dirigeants, chargés de proposer des noms pour le « plan Matignon ».

La valse perpétuelle des délégués départementaux (vingt-huit changements depuis 2023) devrait se poursuivre. Dans le Morbihan, David Megel ne décolère pas après son éviction brutale, le 12 juin, coupable selon lui d’avoir alerté le siège du RN sur des candidats suspicieux, investis dans son département. D’autres devraient, au contraire, être sanctionnés pour n’avoir pas repéré les possibles – et multiples – « brebis galeuses ». Plusieurs cadres placent sur la sellette les délégués départementaux du Calvados et de la Mayenne. « Aucune raison, nous avons triplé nos scores aux législatives », balaie ce dernier, Jean-Michel Cadenas, avant de raccrocher. Interrogé sur ces possibles mises à pied, le parti n’a pas répondu au Monde. Le président de la commission des litiges, Wallerand de Saint-Just, n’est pas plus transparent : « Vous ne saurez ni qui, ni où, ni comment. Tout cela est confidentiel. »

L'Humanité
lundi 15 juillet 2024 1183 mots, p. 2

Donald Trump, du sang sur la route de la Maison - Blanche

Christophe Deroubaix

États-Unis La tentative d'assassinat contre l'ex-président américain le renforce dans sa reconquête du pouvoir, au moment où les démocrates présentent un candidat affaibli et une stratégie anti-Trump désormais caduque.

Donald Trump venait de commencer son discours de campagne à Butler, une petite ville située au nord de Pittsburgh, dans l'État de Pennsylvanie, l'un de ces « swing states » qui feront la décision le 5 novembre. Comme d'habitude, il avait accusé les démocrates de faire venir des millions de migrants afin de changer la nature de l'Amérique, une assertion complotiste centrale dans la rhétorique de l'ancien président, quand, en quelques secondes, dans un registre pourtant tellement commun à la vie politique des États-Unis (lire page 4), la campagne électorale a basculé. Une déflagration. Donald Trump porte la main à son oreille. Les agents du Secret Service, qui se précipitent sur lui, le plaquent au sol et le protègent avant de l'évacuer, le visage perlé de sang, brandissant le poing en direction d'une foule encore abasourdie.

Que sait-on du tireur et des circonstances ?

Pareil événement nourrira des questions (légitimes) pendant des jours, voire des semaines et les théories du complot durant des décennies. « Incompétence extrême ou alors c'était délibéré », a insidieusement glissé sur X le milliardaire Elon Musk, soutien officiel de Donald Trump, en appelant à la démission des responsables du Secret Service, l'agence gouvernementale chargée de protéger les personnalités. Comment un ancien président a-t-il pu être laissé dans la ligne de mire d'un tireur, armé d'un fusil semi-automatique (lire l'encadré page 4) ?

L'enquête le déterminera. Des vidéos montrent en revanche qu'un sniper du Secret Service, positionné sur le toit d'un hangar proche de l'estrade, a repéré le tireur après avoir entendu les premières balles et l'a mortellement atteint. L'auteur des tirs serait, selon les informations du FBI, Thomas Matthew Crooks, un homme blanc de 20 ans. D'après les registres de l'État de Pennsylvanie, il y était enregistré comme électeur républicain qui aurait pu voter pour la première fois à la présidentielle de novembre. Le New York Times rapporte qu'il aurait fait, à l'âge de 17 ans, un don de 15 dollars à Progressive Turnout Project, une organisation liée au Parti démocrate dont l'objet est de favoriser la participation électorale. L'enquête sur ses motivations se poursuit. Le jeune homme était positionné sur le toit du hangar d'une entreprise située à un peu moins de 120 mètres de l'estrade où se tenait Donald Trump. Plusieurs participants ont témoigné qu'il l'ont repéré sur le toit avant la fusillade et ont alerté la police locale qui confirme avoir « répondu à un certain nombre de rapports d'activité suspecte », sans donner plus de précisions. Le bilan s'établit à un homme tué et deux autres sévèrement blessés.

Quelles conséquences pour la campagne de Donald Trump ?

Au-delà de la gravité du fait lui-même, chaque observateur est amené à répondre à la question : « Cela favorise-t-il Donald Trump ? » La réponse est assez évidemment positive. Échapper à une tentative d'assassinat renforce à la fois la cohésion de l'électorat déjà décidé à voter pour l'ancien président et bride de fait les attaques que Joe Biden pourra porter contre lui. Donald Trump abordait déjà la dernière ligne droite en situation de favori avec des sondages presque unanimement favorables et un adversaire fragilisé par une catastrophique prestation lors du premier de leurs débats.

L'ancien président des États-Unis se présentera aujourd'hui à la convention républicaine à Milwaukee (Wisconsin) auréolé de cette image de miraculé qui brandit le poing, alors qu'il vient manifestement d'échapper à la mort. Il pourrait désormais adopter une posture plus consensuelle, comme l'indique son premier message sur Truth Social, son propre réseau social : « Il est plus important que jamais que nous restions unis et que nous montrions notre véritable caractère en tant qu'Américains, en restant forts et déterminés, et en ne laissant pas le mal l'emporter. J'aime vraiment notre pays, je vous aime tous, et je me réjouis de m'adresser à notre grande nation cette semaine dans le Wisconsin. » Tout ce qui lestait sa candidature - une première condamnation et trois autres procès à venir ; son soutien à l'assaut du Capitole le 6 janvier 2021 ; des défaites à répétition (2018, 2020) - se trouve relégué au second plan. Momentanément ? C'est pour rendre durable cet état passager que les républicains ont frontalement attaqué leurs adversaires démocrates. J.D. Vance, le sénateur républicain de l'Ohio figurant parmi les favoris pour devenir le colistier de Donald Trump, a incriminé la « rhétorique » de Joe Biden. « Il ne s'agit pas aujourd'hui d'un simple événement isolé. Le postulat central de la campagne de Biden est de dire que le président Trump est un fasciste autoritaire qu'il faut arrêter à tout prix. Cette rhétorique a directement conduit à la tentative d'assassinat du président Trump », a-t-il avancé dans une tentative assez grossière d'instrumentalisation. « Ils ont essayé de le mettre en prison. Ils ont essayé de le tuer. Cela ne marchera pas », a de son côté lancé le gouverneur du Texas, Greg Abbott. « Joe Biden a envoyé les ordres », a même osé le député Mike Collins.

Pourtant, le profil du tireur - pour ce que l'on en sait - ne correspond pas à la description politique des trumpistes de l'opposant féroce à Trump dont le doigt aurait été armé par les propos des démocrates. De plus, l'acte a été perpétré avec un type d'arme dont les républicains refusent de réglementer la vente, contrairement aux démocrates. Ces derniers disposeraient d'un argument de politique publique (« policy ») si le tout n'était pas écrasé par la puissance de l'impact politique (« politics »).

Quel impact pour la candidature de Joe Biden ?

Joe Biden nageait déjà à contre-courant. La vague déclenchée par cet événement le submergera-t-elle ? Là encore, aucune réponse définitive ne peut être apportée. Une chose semble pourtant certaine : l'hôte de la Maison-Blanche ne pourra poursuivre sur la même trajectoire. Jusqu'ici, sa stratégie ressemblait à un copier-coller de celle de 2020 : transformer le scrutin du 5 novembre en référendum anti-Trump. Elle avait parfaitement fonctionné il y a quatre ans, permettant à l'ancien vice-président de Barack Obama de distancer le président républicain sortant au vote populaire (7 millions de voix d'avance) comme au collège électoral (306 grands électeurs contre 232). Elle semblait déjà beaucoup moins bien fonctionner ces derniers mois. Tout d'abord parce que Joe Biden se présente avec un bilan que sa coalition juge positivement mais qui reflète en creux également des promesses non tenues (salaire minimum à 15 dollars, augmentation des impôts pour les plus riches). Ensuite parce que, depuis le premier duel télévisé entre les deux candidats, le débat public est focalisé sur l'état physique et cognitif de Joe Biden (lire l'Humanité des 12, 13 et 14 juillet). Il sera désormais difficile, pour ne pas dire impossible, pour le camp démocrate de dramatiser l'enjeu de l'élection présidentielle en dépeignant Trump en danger pour la démocratie sans se faire qualifier de pousse-au-crime par les républicains. Sans stratégie, avec un candidat affaibli politiquement, les démocrates ont-ils d'autre choix qu'un big bang pour empêcher la tentative d'assassinat de Butler de devenir, dans les livres d'histoire, l'événement fondateur d'un deuxième mandat Trump ?

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_ActuD, dimanche 14 juillet 2024 1018 mots, p. AUJM11
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13 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
14 juillet 2024 - Le Parisien

Gabriel Attal, l'affranchi

Le Premier ministre a été élu samedi à la tête du groupe Renaissance à l'Assemblée. La garantie de jouer un rôle stratégique alors que le climat s'est franchement refroidi avec Emmanuel Macron.

Olivier Beaumont et Ludwig Gallet

Il est 20 heures, ce dimanche 7 juillet, second tour des législatives anticipées. Gabriel Attal se trouve à Matignon. Entouré des siens et de quelques ministres, comme Roland Lescure, Catherine Vautrin ou encore Prisca Thevenot. Ces trois-là sont venus se faire briefer sur les éléments de langage à présenter dans la foulée sur les plateaux télé. Tous sont évidemment au courant des premières tendances. Mais c'est comme un soulagement qui se fait sentir lorsque les résultats apparaissent à l'écran. Le Premier ministre est très applaudi.

La majorité sortante n'a pourtant pas remporté le second tour, loin de là. Mais elle a limité la casse. En macronie, beaucoup font de Gabriel Attal le principal artisan de cette débâcle évitée.

Le Premier ministre démissionnaire a été élu, ce samedi 13 juillet, président du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale. Aucun suspense, il était le seul candidat. Sept députés ont voté blanc, sept se sont abstenus. Tous les autres se sont ralliés à sa cause. Le début, pour lui, d'une nouvelle vie loin de l'Élysée, et bientôt de Matignon.

Avec le président de la République, les liens ne sont pas rompus... mais la confiance est nulle ou presque. « Ils se parlent quand ils ont besoin de se parler, ils se voient quand ils ont besoin de se voir », résume un proche du Premier ministre. On a connu plus chaleureux.

Certains soupçonnent même le président d'avoir tout fait pour que Gabriel Attal ne prenne pas la tête du groupe. « Je pense que le président ne supportait pas que Gabriel ne soit pas abîmé dans la séquence. Je ne vois pas d'autre raison », analyse un député Renaissance.

« Le président trouve que Gabriel en a trop fait »

Emmanuel Macron n'a pas apprécié de voir Gabriel Attal s'arroger la primeur de la stratégie de front républicain, alors qu'il juge en avoir été l'instigateur. « Gabriel, c'est un peu Monsieur Moi-je, tranche un interlocuteur régulier du chef de l'État. Dès le début, Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de replacer notre action dans le temps long. Mais avec Gabriel... Il a parfois le sentiment que lorsqu'il parle c'est comme s'il y avait un avant et un après-Gabriel Attal. Comme s'il y avait... un avant et un après-Jésus-Christ. » Un conseiller de l'exécutif, spectateur de ces déchirements internes, s'en amuse : « Le président trouve que Gabriel en a trop fait alors qu'il lui doit tout. En même temps, Macron avait fait pareil avec Hollande avant. C'est un peu l'arroseur arrosé ! »

Gabriel Attal aussi ressent de la rancoeur à l'endroit d'Emmanuel Macron. Matignon était « l'honneur de sa vie », comme il l'a dit le 7 juillet au soir. Son maître en politique l'en a privé. Il le vit comme une injustice. « Il a été frappé et même peiné de la manière dont le président a procédé ces dernières semaines avec lui », résume un député qui s'est rapproché du chef du gouvernement. Amer de ne pas avoir été consulté, ni même prévenu. D'avoir été mis devant le fait accompli de la dissolution.

Gabriel Attal a donc décidé de prendre le large. Il le revendique, en fait même un élément de programme. « Nous avons failli disparaître », a-t-il écrit dans sa profession de foi pour la présidence du groupe à l'Assemblée nationale. « Il faut tout réinventer. »

Réinventer, et s'imposer. En recevant Gérald Darmanin, Gabriel Attal et Élisabeth Borne vendredi à l'Élysée, Emmanuel Macron a bien senti que la guerre entre les deux premiers était désormais « totale », comme le rapporte un témoin de cet affrontement, samedi dans « Libération », où le camp du Premier ministre accuse Darmanin d'être un « politicard, roi de la com ».

On les a d'abord présentés comme potentiels rivaux pour la présidence du groupe. Darmanin s'est finalement retiré face au succès annoncé de son rival. « Même s'il y a eu des hésitations sur la présidence du groupe, dès lors que la candidature de Gabriel Attal a émergé, elle est apparue comme naturelle, analyse le député de Haute-Savoie Antoine Armand. Ce n'est pas un concours de circonstances mais la preuve à mon sens qu'il est devenu le chef naturel de la majorité. »

La mise au point de Darmanin

Le président de la République s'est tout de même senti obligé de hausser le ton vendredi et d'appeler tout le monde à l'unité. Darmanin et Attal ont fait le job en s'affichant ensemble, dans la foulée, en déplacement sur la sécurité des Jeux de Paris. Mais entre eux, rien n'est réglé. « C'est dommage, la façon dont les choses se passent et la violence avec laquelle elles se font, déplore Gérald Darmanin auprès du Parisien - Aujourd'hui en France. En attendant, je regrette qu'on ne parle pas du fond, ni de la ligne. »

Le ministre de l'Intérieur craindrait presque une absorption de Renaissance par Gabriel Attal. « Le groupe appartient à tout le monde. Il ne faut surtout pas qu'il se transforme en écurie. C'est une grande crainte chez beaucoup de députés », témoigne-t-il.

Les proches de Gérald Darmanin se méfient du Premier ministre. « Attal, c'est un tueur », résume une députée fraîchement réélue. Certains, y compris parmi les fidèles, se demandent encore quelle est sa ligne politique. « Gabriel a tenu une ligne pas vraiment à gauche durant son passage à Matignon, il la tient davantage depuis », relève un ministre ravi de son élection à la présidence du groupe. « J'ai peur qu'il bascule à gauche », ose de son côté un proche de Darmanin.

À Matignon, on réfute tout débat sur cette question. « On a tous à reprendre une réflexion autour de la ligne, de la méthode. Mais la question de la ligne ne peut pas être tranchée tant qu'on ne sait pas si on entre en cohabitation ou en coalition », tempère l'entourage de Gabriel Attal.

Selon nos informations, le nouveau patron des députés Renaissance devrait nommer prochainement quatre émissaires chargés de la reconstruction du groupe. Il présidera, lundi, sa première réunion de groupe. Entre rescapés de la dissolution.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_ActuD, dimanche 14 juillet 2024 638 mots, p. AUJM18
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14 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

La coalition du « président Germanwings »

Chère Blanche, si je laisse l'herpès aux dermatos et vos aigreurs aux thérapeutes, votre point de vue tient en deux points : l'islamophobie est partout et l'antisémitisme nulle part. La chronique de l'humoriste Sophia Aram, chroniqueuse et humoriste.

La métaphore qui circule depuis quelques jours, à mesure que la dissolution impromptue libère son poison dans la vie politique, économique et institutionnelle française : Emmanuel Macron est le « président Germanwings ». Du nom de la compagnie aérienne allemande dont le pilote, en mars 2015, avait précipité délibérément un avion et ses 144 passagers sur une montagne pour se suicider.

D'un mal peut-il sortir un bien ? Certains veulent le croire, et appellent de leurs voeux une large coalition pour gouverner la France. Révolues, les chicanes partisanes, place à l'intérêt supérieur de la nation... Si tous les gars du monde se donnaient la main !

Il faut pourtant beaucoup d'optimisme pour croire à ces chimères. D'abord parce qu'un tel arrangement contrevient à l'esprit des institutions françaises. Notre scrutin majoritaire à deux tours est fait pour affirmer la prééminence d'un seul, le vainqueur, qu'il soit député ou président, et non pour préparer une négociation. Dans un pays comme la France où la politique est une passion, les institutions ont été conçues davantage pour gouverner que pour représenter la diversité des opinions.

Alors qu'en Allemagne ou en Belgique la coalition est fille du système proportionnel, dans lequel les programmes comptent plus que les élus. D'où la possibilité de compromis. Sans compter que l'arbitre ultime des rapprochements, le président de la République fédérale ou le roi des Belges, est vraiment impartial. Alors que chez nous, le président passe son temps à tirer le tapis sous les pieds de ses opposants, pour son profit ou celui de son camp.

En bref, pour transformer un pays césariste comme la France en démocratie nordique, il y a un peu de travail. Le tour de passe-passe apparaîtra bientôt pour ce qu'il est : une filouterie pour permettre au bloc central désavoué à deux reprises consécutives de se succéder à lui-même. Il y aurait de plus une illusion à croire que la coalition apporterait la stabilité. L'opposition va se radicaliser, aux deux extrémités du spectre. Le processus est du reste en cours de façon continue depuis sept ans. Et si cette opposition ne trouve pas jour à s'exprimer avec les institutions, elle le fera dans la rue.

Quant au programme qu'une telle coalition pourrait mettre en oeuvre, on a peine à le concevoir, au vu des différences entre la gauche, fût-elle débarrassée de LFI, et les LR. Baisser les impôts tout en les augmentant ? Construire des centrales nucléaires pour les fermer ? Ce serait le « en même temps » ramené à son essence, le gloubi-boulga. Le plus probable, dans un tel scénario, est que les impétrants finissent par s'accorder sur le seul point, la dépense publique. En France, tout finit par des chansons et du déficit.

Une perspective d'autant plus inquiétante que la situation du pays n'est guère brillante. Rien à voir avec la dernière fois où nous avons embarqué pour l'aventure, en 1981. À l'époque, la dette était quasi inexistante - 20 % du PIB, contre 110 % aujourd'hui -, et les comptes étaient en équilibre. L'actuelle conjonction de finances fragiles, de la forte dépendance dans laquelle nous sommes vis-à-vis des investisseurs étrangers et de l'instabilité politique, est explosive. Pour ne rien dire des répercussions qu'une crise française aurait sur l'union monétaire, et des tensions avec nos partenaires européens qui en découleraient

Peut-être le président envisage-t-il cette secousse, pour déclencher une IV e République en accéléré et tenter ensuite le coup de 1958, celui de la refondation sur les ruines fumantes de l'ancien régime. Cela serait audacieux, pour dire les choses de façon charitable. Le dernier homme des temps anciens est rarement le premier homme des temps nouveaux.

Le Figaro, no. 24848
Le Figaro, samedi 13 juillet 2024 1790 mots, p. 6

Politique

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12 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Émotions, tensions et tractations : les coulisses d'une folle semaine à l'Assemblée nationale

Les 577 députés ont fait leur entrée au Palais Bourbon dans un contexte d'incertitude politique plus prononcé que jamais.

Bordas, Wally

Il ne faut pas toujours se fier aux apparences. Ni aux grandes déclarations péremptoires assénées devant les caméras. Derrière la violence des attaques qui fusent, depuis lundi matin, entre les différents camps, les retrouvailles dans les couloirs du Palais Bourbon sont parfois bien plus chaleureuses. Il n'y a qu'à voir ces deux députés, l'un, macroniste de la première heure, et l'autre, écologiste convaincue, se tomber dans les bras, pris d'émotion et de soulagement, dans ce que l'on appelle le « périmètre sacré » de l'Assemblée. Ou encore, d'écouter, d'une oreille indiscrète, ces deux élus socialiste et Renaissance, qui ne s'étaient jamais adressé la parole auparavant, discuter amicalement d'un «accord» pour la présidence de la commission des finances, dans la cour d'honneur de la Chambre basse.

Après ces législatives anticipées, qui ont vu, plus que jamais, la classe politique française se déchirer dans une campagne express, le retour des députés à l'Assemblée se fait - pour l'instant - sans éclats de voix. «L'ambiance est assez particulière, assez humaine. Il y a beaucoup d'embrassades avec les collègues de la coalition présidentielle. Beaucoup savent qu'ils doivent leur réélection au « front républicain »», raconte l'écologiste Sandra Regol. Avant de reprendre : «C'est étrange, c'est un peu: « Bienvenue dans le monde des Bisounours ». Il y a beaucoup d'émotion. Ça tranche complètement avec le monde politique vu de l'extérieur.»

Il faut dire que les députés n'ont pas forcément eu le temps de beaucoup se croiser, chacune des forces politiques ayant choisi un jour différent pour mettre en scène son retour. Lundi et mardi, les effusions de joie - souvent sincères, parfois surjouées - de la gauche. Ou plutôt, des gauches, qui, malgré leur union au sein du Nouveau Front populaire, sont arrivées séparément au Palais Bourbon. Mercredi, l'ovation de Marine Le Pen par ses 124 députés sur les escaliers de la cour d'honneur de l'Assemblée, suivie, quelques minutes plus tard, par l'arrivée groupée du nouveau patron de La Droite républicaine, Laurent Wauquiez accompagné d'une trentaine de députés LR. Plus discrètes, les allers et venues des macronistes, grands perdants de ces élections désormais minés par des querelles internes.

Et toujours, dans les yeux des parlementaires de chaque camp, cette même incertitude. Car, à dire vrai, si la gauche revendique la victoire, elle est consciente que sa majorité relative est très étriquée. Et si les troupes présidentielles semblent désespérément chercher une coalition pour garder la main, elles savent leurs tentatives très hypothétiques. «Il n'y a pas de liesse particulière, personne n'a la victoire à la bouche. Il y a du trouble, de la confusion, de la gravité. Aucun député ne semble très victorieux. L'ambiance est déjà pesante, chacun s'évite. C'est une drôle de prérentrée», résume la députée Horizons Naïma Moutchou.

Et, malgré certaines sympathiques scènes de retrouvailles, une vraie tension semble déjà s'installer entre une partie de la gauche et le Rassemblement national. Exemple en milieu de semaine : alors que Marine Le Pen et Jordan Bardella improvisent un point presse devant l'Assemblée, ce nouvel élu socialiste s'éloigne à leur vue, le regard noir. «Je ne reste pas là, sinon...», lâche-t-il dans sa barbe. Cette députée écologiste, elle, les évite soigneusement : «Ces gens-là me font froid dans le dos. Ils sont encore plus nombreux qu'avant, j'angoisse déjà de les entendre tous s'applaudir dans l'Hémicycle.»

La gauche a pourtant d'autres problèmes à régler. Car pendant que les députés font leur retour à l'Assemblée, les chefs à plumes des différentes forces politiques du Nouveau Front populaire négocient dans des hôtels parisiens sur le futur gouvernement à soumettre au président de la République. Des pourparlers qui ne sont pas sans conséquences sur l'Assemblée, chaque camp étant suspendu à la nomination d'un potentiel nouveau premier ministre par Emmanuel Macron pour se positionner. Et faire campagne pour la répartition des postes clés du Palais Bourbon.

«Ils font chier, on passe pour des cons depuis cinq jours et on donne le bâton à Macron pour se faire battre», rouspète, jeudi soir, un conseiller parlementaire écologiste, auprès d'un néodéputé du même camp. Qui répond : «Je sais, j'ai eu Marine(Tondelier, patronne des écologistes, NDLR) hier, ça coince encore et toujours. Y'en a marre qu'on soit la Suisse, il faut qu'elle prenne position entre Faure et Mélenchon!» Des tractations «affligeantes», juge sévèrement une élue de gauche en fin de semaine. «Je trouve tout ce spectacle ridicule. Entendre mes collègues crier victoire alors qu'ils savent très bien que sans coalition avec les macronistes, il n'y aura rien... C'est déprimant. Ils feraient mieux de tous aller faire un stage en Allemagne pour voir comment ça fonctionne», tempête-t-elle. Avant d'avouer, quelques minutes plus tard : «En même temps, ça va être dur de trouver des sujets qui aillent dans le sens des Français et sur lesquels on soit tous d'accord. Il va falloir être créatif.»

Pendant ce temps, les macronistes se déchirent. Sonnés par la dissolution surprise et par le résultat des législatives, les survivants du camp présidentiel en veulent à la terre entière. Au président de la République, qui les a envoyés en campagne au pire moment. Mais aussi, aux ténors du mouvement, comme Gabriel Attal, Élisabeth Borne ou Gérald Darmanin, de s'être avancés dans des «batailles d'ego» dès le lendemain de la «claque électorale». Un «spectacle désastreux», a tancé le président de la République, dans une réunion à l'Élysée en petit comité, vendredi. «Ce spectacle, il ne le doit qu'a lui-même», grince une macroniste, dégoûtée par une semaine sous haute tension.

La guerre des camps est déclarée. Celle des lignes, aussi. Sacha Houlié, figure de l'aile gauche, ne siégera pas au sein du groupe Renaissance. «On revient décimés. La plupart d'entre nous sommes là grâce à la gauche qui s'est désistée pour nous sauver les fesses et on en est encore à chercher des alliances avec LR, qui n'existe plus», peste un stratège du camp présidentiel entre deux couloirs. Depuis le début de la semaine, certains s'activent effectivement pour envoyer des signaux à la droite en vue de potentiels rapprochements.

Objectif : tenter une coalition en vue d'une majorité relative pour ne pas laisser le pouvoir à la gauche. «Nous aurions dû le faire bien avant. Lors de la législature précédente, il y a eu un vrai rendez-vous manqué avec LR. Eux comme nous n'avons pas tiré toutes les conséquences d'une majorité relative», juge le député Renaissance Mathieu Lefèvre qui multiplie les échanges, depuis le début de la semaine, avec des députés de droite.

Ces derniers ont d'ailleurs commencé à dessiner les contours d'un « pacte législatif » afin de «travailler dans l'intérêt du pays», dixit Laurent Wauquiez. «Il faut que nous plaidions pour une grande coalition allant des socialistes à la droite républicaines», plaide quant à lui un député LR qui a refusé de rejoindre le groupe désormais présidé par l'ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Autre enjeu d'importance : la semaine prochaine, les élections pour les différents postes à responsabilité auront lieu. Dans un contexte politique incertain où aucune majorité ne semble se dégager, l'élection du futur président de l'Assemblée nationale pourrait se jouer à la majorité relative, au troisième tour. Et ainsi revenir à un député qui ne sait pas encore s'il appartient à « la majorité » ou à « l'opposition » , puisqu'il serait alors possible que le scrutin ait lieu avant la nomination d'un gouvernement.

La présidente sortante de l'institution, Yaël Braun-Pivet, a d'ores et déjà annoncé sa candidature. Et croit sincèrement en ses chances. Toute la semaine, la députée des Yvelines a consulté tous azimuts pour trouver des soutiens, au sein de l'ex-majorité macroniste mais aussi, dans les rangs de la droite. Elle aurait même eu, selon nos informations, plusieurs discussions avec son ancien vice-président, le député RN Sébastien Chenu, en vue d'une entente tacite le jour de l'élection. «Le RN doit avoir sa place dans les instances de l'Assemblée, comme en 2022», a d'ailleurs défendu en substance Yaël Braun-Pivet devant Emmanuel Macron à l'Élysée, vendredi.

Dans le camp macroniste, une autre prétendante pourrait tirer son épingle du jeu. Ancienne vice-présidente de l'Assemblée, la philippiste Naïma Moutchou pourrait également briguer le perchoir. «Elle s'entend avec tout le monde, des députés LFI au RN. Elle ferait une très bonne présidente de l'Assemblée», juge un député Renaissance.

Parmi les autres candidats officiels ou putatifs : Cyrielle Chatelain, patronne des écologistes à l'Assemblée, pourrait être la favorite de la gauche, en fonction de l'avancée des accords conclus entre les différentes forces du NFP. L'Insoumis Éric Coquerel, ex-président de la commission des finances, est également une piste évoquée. Tout comme l'ancien président de la République François Hollande, qui suscite tout de même une levée de boucliers chez les écologistes et les Insoumis. Le député Liot Charles de Courson, doyen de l'Assemblée en années de mandat, a également annoncé son intérêt dans les colonnes du Parisien afin de «garantir l'indépendance du Parlement par rapport à l'exécutif». Tout comme la députée LR Annie Genevard, qui a déjà exercé le rôle de vice-présidente, de 2017 à 2022.

Du côté du Rassemblement national, Sébastien Chenu comme Hélène Laporte devraient également se porter candidats. Bruno Bilde, lui, se verrait bien devenir questeur. Mais leurs chances semblent compromises, après l'alliance anti-RN mise en place pour les législatives par toutes les autres forces politiques. «Il serait incohérent de voter pour eux après avoir plaidé le « front républicain » il y a deux semaines», estime un macroniste. Une position qui divise dans la majorité, certains plaidant pour reconduire les élus marinistes.

En attendant le jeudi 18 juillet, jour de cette élection, qui comportera donc de nombreuses inconnues, chacun fourbit ses armes dans les couloirs du Palais Bourbon. Les apartés se multiplient dans les salles de réunion ou dans les cafés alentours. Et ils se poursuivront la semaine prochaine jusqu'à ce que la composition des différents groupes se dessine enfin. Et que les nombreuses tractations accouchent - ou pas - d'un accord entre différentes forces politiques. La suite ? Personne ne la connaît. Si beaucoup se hasardent à faire des conjectures, aucun élu ne semble à même de livrer un pronostic sur l'avenir. «La vérité, c'est que personne ne sait rien. On est dans l'improvisation totale. La seule certitude, c'est que le président ne peut pas dissoudre l'Assemblée pendant au moins un an», sourit un parlementaire de droite. Un député de gauche, lui, prédit : «Si Emmanuel Macron ne nomme pas un gouvernement NFP, ça va être la guerre parlementaire. Ils nous accusent de bordéliser l'Assemblée depuis 2022, mais s'ils prennent cette décision, je peux vous dire qu'ils n'ont encore rien vu.» W B

Libération
samedi 13 juillet 2024 2291 mots, p. 8,9

France

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12 juillet 2024 - Libération (site web)

SUCCESSION DE MACRON Gabriel Attal entre en piste

Charlotte Chaffanjon

France

Alors qu'il s'apprête à prendre ce samedi la tête du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale, le Premier ministre acte la rupture avec le chef de l'Etat.

La présidentielle n'est plus un tabou pour ses proches et «la guerre totale» avec Gérald Darmanin a démarré.

C omme à son habitude lorsqu'il se sent acculé, Emmanuel Macron s'est mis en colère.

Vendredi, en fin de matinée, le président de la République a convoqué dans le salon vert de l'Elysée la petite poignée de personnalités qui comptent dans son camp, à commencer par le Premier ministre, Gabriel Attal, et le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Se trouvaient là aussi, carburant au café et au coca zéro, l'ex-Première ministre Elisabeth Borne, ou encore la députée des Yvelines, Aurore Bergé. Devant eux, le chef de l'Etat a tempêté contre le «spectacle désastreux» qu'ils offraient ces derniers temps aux Français. Celui «des ambitions prématurées» qui s'étalent à la une.

Le chef de l'Etat les a rappelés à un devoir de «loyauté au projet de 2017». Avant d'avoir un mot spécifique pour Gabriel Attal qui deviendra président du groupe Renaissance à l'Assemblée ce samedi à midi, au terme d'un conflit éclair et médiatique qui l'a opposé à Borne et Darmanin. «L'objectif est de réussir à nous obtenir les meilleurs postes à la tête de commissions», a asséné Macron.

Quelles sont les chances pour que ce coup de pression impressionne le Premier ministre, qui, à 35 ans, devrait quitter Matignon prochainement, quelques mois à peine après y avoir été propulsé ? Il fallait l'entendre rétorquer sèchement en milieu de semaine dans le huis clos d'un conclave au cours duquel était débattue la volonté du chef de l'Etat de repousser le scrutin pour la présidence du groupe à septembre : «Il faut s'émanciper du Président. Il faut qu'on prenne notre destin en main.» Vendredi matin, ce pur produit du macronisme écrivait dans sa profession de foi pour l'Assemblée : «Nous avons failli disparaître.» Avant d'ajouter : «Il faut tout repenser, tout réinventer, tout reconstruire.» «La stratégie a été pensée à Matignon» Les motifs de la rupture avec Emmanuel Macron et son plan pour rebondir sont intégralement résumés dans ces quelques mots. Et personne ne peut désormais ignorer l'état délétère des relations entre les deux têtes de l'exécutif. La sortie de Gabriel Attal au soir du second tour le 7 juillet en avait donné un aperçu. «Cette dissolution, je ne l'ai pas choisie, mais j'ai refusé de la subir», avait-il lâché le visage fermé. Il admettait ainsi en creux l'humiliation provoquée par la décision du chef de l'Etat de dissoudre l'Assemblée au soir des européennes le 9 juin, qu'il a découverte à peine deux heures avant l'annonce. Les mauvais résultats du camp présidentiel venaient de tomber et dans la nuit qui s'avançait, les murs de Matignon tremblaient de la colère de l'équipe d'Attal. Une partie des quatre qui le suivent depuis des années, à la fois cabinet et bande d'amis, Louis Jublin, Fanny Anor, Maxime Cordier et Antoine Lesieur, lui conseillait même de claquer la porte sur-le-champ.

Le temps de retrouver ses esprits, Attal optait pour une autre stratégie, qui visait à renverser la situation à son avantage. Mener la campagne pour son camp, se déplacer partout, enchaîner une quarantaine de médias en trois semaines. Se rendre incontournable pour atteindre son but – quand bien même le locataire de l'Elysée multipliait les interventions –, faire grimper dans la stratosphère sa cote de popularité chez les députés désemparés par la remise en jeu brutale de leur mandat.

Pour s'imposer comme leur patron, il les a cajolés, rassurés. Il les a appelés, reçus. Avec sa sortie tonitruante sur le perron de l'Elysée au soir du premier tour – «Notre objectif est clair : empêcher le RN d'avoir une majorité absolue au second tour» – Attal se posait aussi en premier opposant à l'extrême droite et au «ni RN-ni NFP». «La stratégie a été pensée à Matignon, nous avons porté politiquement et médiatiquement cet entre-deux tours», martèle désormais la bande de Gabriel Attal. L'Elysée s'offusque en retour que le Premier ministre s'attribue ainsi la paternité du front républicain. «C'est une reconstruction de l'histoire de dire comme le fait Gabriel que c'est sa stratégie. Le soir du premier tour, la consigne des désistements est partie de l'Elysée», tape un des plus proches conseillers d'Emmanuel Macron. «Durant toute la campagne, Gabriel a tenu la barre et maintenu le navire à flot. C'est lui qui nous a permis de garder la tête hors de l'eau. Si le bloc central a su rester un des trois pôles qui compte, nous lui devons largement», tranche le député des Français de l'étranger Pieyre-Alexandre Anglade. De son côté, la porte-parole du gouvernement, Prisca Thévenot, accepte pour la première fois de dire clairement dans Libération : «Dans la famille politique dans laquelle je suis, le seul qui est en capacité de rassembler et d'être un leader, c'est Gabriel Attal.» «Quand quelqu'un te coupe la tête» Et voilà comment l'enjeu suprême, la prochaine présidentielle, prévue dans trois ans, n'est plus un tabou du côté de Gabriel Attal, qui a été réélu député des Hauts-de-Seine aisément. Peu importe son âge, le peu d'expérience, son positionnement politique louvoyant, sinon encore flou. L'offense lui donne des ailes. «Attal a mouillé le maillot et pris des décisions parce qu'il est arrivé à un point de cassure. Macron n'est plus son sujet et cela se comprend. Quand quelqu'un te coupe la tête, t'en as plus rien à foutre de ce qui peut lui arriver», assène un conseiller d'un important ministère. De fait, durant ces semaines épiques, inédites sous la Ve République, la rue de Varenne a défié la rue du Faubourg Saint-Honoré. Les entretiens entre Emmanuel Macron et Gabriel Attal se sont déroulés «sans chaleur humaine», ironise un témoin. Et les collaborateurs se sont contentés d'assurer le service minimum.

Pour que la machine ne s'enraye pas complètement, quelques courroies ont résisté. Entre le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, et le directeur de cabinet de Matignon, Emmanuel Moulin – c'est ainsi qu'au détour d'une phrase l'Elysée a appris la suspension de la réforme de l'assurance chômage –, ou entre le vice-président de Publicis détaché au parti pour la campagne, Clément Léonarduzzi, et le chef de cabinet d'Attal, Maxime Cordier. Mais l'indispensable conseiller en communication de Gabriel Attal, Louis Jublin, a décidé, à l'exception d'échanges obligés et lapidaires, de ne plus adresser la parole aux conseillers les plus proches d'Emmanuel Macron, Jonathan Guémas, Jonas Boyard, Bruno Roger-Petit ou Léonarduzzi, les voyant tous en penseurs d'une dissolution folle. Aux yeux de ceux qui se disent désormais «attalistes», seul compte la capacité de leur champion à avoir sauvé Renaissance du chaos et émergé du marasme. Prisca Thévenot déroule : «Gabriel est un homme sain, capable de se poser et de s'entourer pour décider. Il sait que “leader”, ce n'est pas le faire dans la terreur et les petits coups.» Une pique à peine déguisée à l'encontre de Gérald Darmanin. Car entre Attal et le ministre de l'Intérieur, 41 ans, bien au-delà de cette affaire de présidence de groupe, «c'est complètement la guerre», raconte un témoin effaré du niveau de brutalité entre les deux camps.

A l'Elysée, où on a observé de près la montée des tensions entre les jeunes ambitieux, un conseiller balance : «On a accéléré le temps. Il s'est passé en trois semaines ce qui aurait mis trois ans à décanter.» En sortant de sa réunion dans le salon vert, Emmanuel Macron s'est dit devant ses collaborateurs marqué par le niveau de «tension» entre ses deux ministres. De fait, Gérald Darmanin venait de déclarer que l'élection de Gabriel Attal à la tête du groupe Renaissance à l'Assemblée ne réglait ni «la ligne politique» ni «le fonctionnement du parti». Et avait fait mine de s'interroger dans le huis clos de l'Elysée : «Je voudrais savoir comment on continue à vivre ensemble.» «Attal dégueule des boules puantes» Dans le camp de Gabriel Attal, on s'étrangle de ce côté bon élève et on accuse : «Si on en est rendu là où nous en sommes, c'est parce que Darmanin, un politicard et un roi de la com, n'a même pas été capable de vendre sa loi immigration.» Un autre collaborateur du Premier ministre, agacé par le déjeuner d'élus organisé à grand renfort de publicité par Darmanin au lendemain du second tour des législatives : «Il y a la manière forte et la manière subtile. Nous, on ne va pas à la télé tous les matins en disant qu'on a des grosses couilles.» Dit autrement par un proche d'Attal : «C'est un vrai truc de droite de chercher à créer ses petites armées. Gabriel est à la base un loup solitaire, mais il est en train de constituer sa meute.» De l'autre côté de la Seine, place Beauvau, ça n'est pas beaucoup mieux. Un proche de Gérald Darmanin affirme avec autant de poésie que dans le camp d'en face : «Gabriel Attal dégueule des boules puantes sur Darmanin à longueur de journée.» Dans le détail, l'entourage du ministre de l'Intérieur en est persuadé : c'est le clan du Premier ministre qui a fait fuiter dans la presse que Darmanin était le favori d'Emmanuel Macron pour prendre la tête du groupe Renaissance.

La guerre de succession lancée Vu la cote de popularité du Président chez les députés, difficile d'imaginer une stratégie plus efficace pour l'affaiblir. Darmanin est aussi convaincu que c'est de la maison Attal que provient cette phrase mortelle qui lui a été attribuée par le Monde qui racontait son rôle dans l'organisation des législatives : «Le 7 juillet, les blédards seront partis et ne voteront pas LFI.» Un collaborateur de Darmanin a même téléphoné au président du directoire du groupe Le Monde, Louis Dreyfus, lequel n'a pourtant pas de rôle éditorial, pour s'offusquer à grands cris de ce passage de l'article publié deux jours avant un second tour tendu pour le ministre de l'Intérieur dans sa circonscription du Nord (il l'a emporté).

Bref, la guerre de succession à Emmanuel Macron est ouvertement lancée, avec Gérald Darmanin côté centre droit, et Gabriel Attal, exmembre du Parti socialiste qui va tenter de rallier à lui les sociaux-démocrates perdus dans un nouvel axe de centre gauche. Autre prétendant au poste suprême, l'ex-Premier ministre Edouard Philippe, embourbé dans les révélations de Libération autour de ses dîners privés avec Marine Le Pen, leur libère, au moins pour un temps, de l'espace.

Qu'il paraît loin cet hiver de 2023 durant lequel Gabriel Attal éludait ainsi face à Libération toute question sur ses potentielles ambitions : «Je n'en parle pas, simplement parce que je suis né politiquement avec Emmanuel Macron, donc j'ai intégré dans ma chair que tout peut arriver. Je fais le pari de m'inscrire pleinement dans le macronisme, c'est-àdire dans l'espace central et le dépassement politique.» Après avoir gagné en popularité au porte-parolat puis à Bercy aux Comptes publics, il avait été nommé au mois de juillet précédent le plus jeune ministre de l'Education nationale de la Ve République.

Dès ses débuts à ce poste prestigieux, l'ancien conseiller de Marisol Touraine au ministère de la Santé sous la présidence de François Hollande entamait un virage à droite en faisant de l'interdiction de l'abaya à l'école sa première bataille.

La succession des annonces qui avaient suivi (retour de l'uniforme à l'école, restauration de l'autorité des profs, brevet obligatoire pour passer au lycée, création de groupes de niveau) faisait s'étrangler l'aile gauche de la macronie, tel son prédécesseur rue de Grenelle, Pap Ndiaye, qui soufflait : «C'est un retour à Blanquer avec la dimension intellectuelle en moins.» En parallèle, Gabriel Attal profitait de ce ministère ultra-exposé pour travailler son réseau, recevant à tour de bras, de la présidente de Radio France, Sibyle Veil, à l'acteur Vincent Lindon, en passant par le metteur en scène Eric Ruf. De quoi élargir un premier cercle éclectique de proches, parmi lesquels on trouve le chanteur Mika, le patron de BFMTV Marc-Olivier Fogiel ou l'animatrice de télévision Claire Chazal.

Gabriel Attal travaillait au cours de ces mois-là une proximité toujours utile avec Brigitte Macron. La première dame ne manquait pas une occasion de dire de lui en privé : «C'est un fighter.» «Ce garçon est doté de toutes les qualités qui font un grand destin. Il est un capteur de l'air du temps. Il a conscience de la nécessité de conserver les fondamentaux face à un monde en dépossession, l'importance de l'autorité du savoir, de la République, des maîtres. L'abaya, il règle ça en trois jours ! Alors que tout le monde prédisait l'apocalypse identitaire. C'est une incarnation de la régénération de la politique», encensait de son côté le conseiller mémoire du président de la République, Bruno Roger Petit.

Apprentissage brutal du pouvoir Les oppositions se sont vite méfiées de cette montée en puissance. Sandrine Rousseau le jugeait «extrêmement arrogant» : «Il a épousé le macronisme là-dessus, il n'y a vraiment pas de doute.» Des débats sur la réforme des retraites, alors qu'Attal officiait encore à Bercy, la députée EE-LV a retenu son «assez grand mépris pour la gauche» : «Il fait partie de ceux que LFI horripile», ressentait-elle.

Peu avant sa nomination à Matignon, où il allait durant six mois connaître un apprentissage express et brutal du pouvoir, de la crise agricole à la dissolution, Gabriel Attal enchaînait les couvertures de magazines façon nouvelle star, jusqu'à trois unes d'hebdo en une semaine. Il paniquait alors un peu : «Que va penser le Président ?» craignant qu'Emmanuel Macron juge que son jeune ministre s'imagine un peu trop vite un peu trop haut. Dorénavant, ce que peut penser le chef de l'Etat n'est plus la priorité pour Gabriel Attal.•

«Il y a la manière forte et la manière subtile. Nous, on ne va pas à la télé tous les matins en disant qu'on a des grosses couilles.» Un collaborateur du Premier ministre agacé par Darmanin

Le Monde
France, samedi 13 juillet 2024 1363 mots, p. 9
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11 juillet 2024 - Le Monde (site web)
12 juillet 2024 - La Matinale du Monde

L’étrange prêt autorisé par un député ciottiste

Alexandre Allegret-Pilot, élu du Gard en poste à Bercy, a accordé 1,3 million d’euros à une société inexistante

Vanessa Schneider et Ivanne Trippenbach

Alexandre Allegret-Pilot, nouveau député de l’union entre le Rassemblement national (RN) et le président contesté du parti Les Républicains (LR), Eric Ciotti, dans la 5e circonscription du Gard, a le don d’ubiquité. Le 5 juillet, deux jours avant le second tour des élections législatives, il menait campagne sur fond de garrigue, en Occitanie, en même temps qu’il signait un arrêté surprenant au nom du ministre de l’économie, Bruno Le Maire. Haut fonctionnaire à Bercy, chargé des restructurations des entreprises, il était en effet en congépour sa campagne électorale. Mais il lui a suffi d’un « clic », à distance, pour autoriser une aide financière de 1,3 million d’euros à une sociétédénommée Vitis Gallica.

Le 9 juillet, deux jours après son élection, ses collègues de Bercy se sont étranglés en découvrant l’information dans le Journal officiel.Et pour cause : la société en question n’existe pas ou du moins pas encore. Nulle trace de ses statuts au registre du commerce. Seul un compte très confidentiel sur le réseau social X (dix abonnés) porte ce nom, avec une description sans équivoque : « Patriote, vigneron, boxeur, contre l’islam et le multiculturalisme en France. Tu t’intègre ou tu te barre »(sic).

A l’origine, Alexandre Allegret-Pilot avait autorisé cette aide en décembre 2023 à une autre société : l’entreprise d’hélicoptères MBH Samu, domiciliée à Annemasse, en Haute-Savoie, à 30 kilomètres de son village. Sollicitée par Le Monde, cette société, dont le chiffre d’affaires s’élevait à 27 millions d’euros en 2022, n’a pas répondu.

Le prêt de 1,3 million d’euros dont elle devait alors bénéficier, par l’entremise de la Banque publique d’investissement Bpifrance, entrait dans le cadre d’un dispositif d’aide aux entreprises fragilisées par la guerre en Ukraine. Le 5 juillet, pour une raison encore non éclaircie, M. Allegret-Pilot a changé le nom du bénéficiaire pour une autre entité, la mystérieuse Vitis Gallica, en modifiant quelques mots de l’arrêté initial. Sa précipitation à autoriser le prêt d’une telle somme à deux jours de son élection questionne.

Plusieurs vies

Interrogé par Le Monde, l’intéressé dit avoir agi sur note écrite du ministre. « Tout est carré, j’ai appliqué la décision de Bruno Le Maire, se défend-il. C’est un dossier qui est remonté sur le bureau d’Emmanuel Macron. J’étais en fonctions jusqu’à dimanche 20 heures, donc j’ai fait mon boulot. » « Totalement faux,conteste le cabinet de Bruno Le Maire. Ni le ministre ni l’Elysée n’ont demandé qu’un financement soit octroyé à cette entreprise Vitis Gallica. Nous avons découvert cet arrêté non conforme, qui va être supprimé. »Il ajoute que « des vérifications internes sont en cours »et qu’ « aucun argent n’a été versé » à ce jour.

Le fonctionnaire, épinglé durant la campagne pour des propos xénophobes, transphobes et misogynes, avait bien la délégation du ministre pour signer des arrêtés, mais les procédures en vigueur, même dématérialisées, doivent suivre certaines règles. Les subventions aux entreprises doivent normalement passer en comité départemental des finances, qui étudie le dossier et vérifie l’ensemble des documents fournis par la société. Il semble que, dans ce cas, la procédure n’a pas été respectée. Surtout, Alexandre Allegret-Pilot n’était pas censé signer quoi que ce soit alors qu’il était en campagne électorale.

A 35 ans, le Savoyard a déjà eu plusieurs vies. Sur son compte Facebook, il se présente comme « entrepreneur, haut fonctionnaire, montagnard ». Il affiche un master de business à l’Essec, un master 2 en mathématiques, mais aussi un diplôme en sciences de l’environnement et en biologie et un diplôme d’avocat, comme il se présente parfois. Il s’est assez vite tourné vers le monde de l’entreprise, en tant que conseiller pour une marque de vêtements techniques de montagne.

En 2018, il intègre l’ENA par le « troisième concours ». Il est ensuite affecté au ministère de l’économie et des finances où il s’occupe des Jeux olympiques, avant d’être nommé en octobre 2022 chef de la mission des restructurations d’entrepriseset délégué interministériel adjoint aux restructurations. En parallèle à ses fonctions à Bercy, ce haut fonctionnaire habilité à distribuer des aides aux entreprises s’affiche comme investisseur chez 21yield, une société de crédit privé qui promet des taux de rendement à 12 %, et chez RunMotion Coach, une application de running – certaines mentions ont été effacées de son profil LinkedIn depuis son élection.

« Pas bosser gratuitement »

Alexandre Allegret-Pilot n’en était pas à son coup d’essai électoral. En 2020, il avait été élu conseiller municipal de la commune de Fillière (Haute-Savoie). Il avait tenté sa chance aux sénatoriales puis, l’année d’après, aux départementales à Annecy sous des étiquettes divers droite. La dissolution décidée par Emmanuel Macron, le 9 juin, va lui offrir l’occasion inespérée de devenir député.

C’est son ami Antoine Valentin, maire de Saint-Jeoire, une autre commune de Haute-Savoie, qui se dit « de la même génération et des mêmes idées », qui le recommande à Eric Ciotti, tout juste rallié au parti d’extrême droite. Le maire de 31 ans, lui-même candidat LR-RN lors des législatives en Haute-Savoie, où il a été battu, est aussi cofondateur de Politicae, le projet politique du milliardaire catholique réactionnaire Pierre-Edouard Stérin, dont l’objectif est de promouvoir une nouvelle classe politique locale. Alexandre Allegret-Pilot apprécie cet homme d’affaires proche des sphères d’extrême droite et le félicite pour ses investissements sur les réseaux sociaux.

Voilà donc Alexandre Allegret-Pilot investi et parachuté dans les Cévennes. A la presse locale, il raconte avoir reçu un appel d’Eric Ciotti et du président du RN, Jordan Bardella, pour lui demander de « défendre l’union de la droite »dans le Gard, mais précise n’avoir rencontré ni l’un ni l’autre : « Je ne suis pas militant. Je suis un mec lambda. J’ai une vie ! Je ne tourne pas autour des politiques H24 », dit-il ainsi au Midi libre.

A Bercy, ses collègues de bureau ont découvert sa candidature dans la presse, alors qu’il n’avait prévenu personne. Sa hiérarchie l’a alors informé qu’il devait se mettre en congé pour mener campagne, ce qu’il a fait entre le 21 juin et le 5 juillet inclus, fait savoir son administration. « Je n’étais pas en congé ce jour-là, je n’allais pas bosser gratuitement », conteste l’intéressé, qui était pourtant en campagne électorale au même moment.

Avec sa barbe de trois jours, ses cheveux légèrement en bataille et ses lunettes rondes, ce jeune énarque que personne ne connaît arrive en tête du premier tour, avec 41 % des voix face au député sortant du Nouveau Front populaire, Michel Sala, 70 ans. Une campagne très virulente contre celui qu’il surnomme méchamment « le Tartarin de Tarascon ».

Vendredi 5 juillet, jour où il signe le prêt en faveur de Vitis Gallica, M. Allegret-Pilot se trouve dans le Gard où il se filme en chemise blanche sur fond d’un mur de pierre. Dans cette vidéo diffusée sur son compte Facebook, il s’en prend à son rival : « Moi je viens de la direction du budget, donc la rigueur, je connais un petit peu. » Il dénonce des « bourrages d’urnes », des pratiques issues, selon lui, des « pires périodes du stalinisme ».

Le 7 juillet, le voici élu à l’Assemblée avec 51,6 % des voix, en dépit de la résurgence, trois jours plus tôt, de messages à caractère raciste, antiavortement et misogyne postés en 2023 et en 2024, dans lesquels il qualifie notamment la parité hommes-femmes de « régression ». Sur son compte X, supprimé depuis, il exprime sa haine des transsexuels. « Les nazis n’avaient pas leurs médecins ? », écrit-il sous un article de Mediapart consacré à des médecins qui suivent des enfants transgenres.

M. Allegret-Pilot laisse aussi libre cours à sa xénophobie : « Aller simple » , réagit-il à l’égard de la députée européenne La France insoumise Rima Hassan, sous-entendant que la militante franco-palestinienne doit quitter la France

Libération
samedi 13 juillet 2024 1319 mots, p. 10,11

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12 juillet 2024 - Libération (site web)

Nouveau Front populaire Huguette Bello, dernière réunion avant Matignon ?

Charlotte Belaïch ;Sacha Nelken

France

a gauche n'en finit plus de débattre.

L Le Nouveau Front populaire s'était donné jusqu'à la fin de la semaine pour se mettre d'accord sur un candidat pour Matignon mais vendredi après-midi, les négociations bloquaient encore. Dans la journée, le nom de Huguette Bello a surgi pour dénouer la situation. La candidature de la présidente du conseil régional de la Réunion, proche des communistes et des insoumis, avait en réalité été proposée deux jours plus tôt par Fabien Roussel. «J'ai son accord que cette proposition figure parmi celles qui pourraient être, demain, retenue, a expliqué le secrétaire national du Parti communiste, vendredi en fin d'après-midi sur BFM TV. La France insoumise a bougé […], les écologistes, Marine Tondelier, sont sensibles à cette proposition.» Quant au PS qui réunit ses instances ce samedi midi pour en discuter ? «Je leur fais confiance pour mesurer la responsabilité qu'ils ont pour, ou accepter cette candidature ou en faire une autre. On a toujours travaillé au consensus entre nous», a défendu l'ex-député PCF du Nord.

«On est au bord de l'atterrissage, promettait le communiste Christian Picquet avant de retourner négocier avec ses partenaires dans l'après-midi. Les deux plus grosses composantes du NFP revendiquaient le poste. Il fallait trouver une nouvelle méthode ou un nouveau nom. Huguette Bello est une femme d'expérience, à la tête d'une région d'outre-mer, avec la crise en Nouvelle-Calédonie en toile de fond et le besoin de réconciliation.» Dans un discours en forme de bilan de campagne devant ses troupes, Jean-Luc Mélenchon avait la possibilité, vendredi soir, d'adouber la Réunionnaise. Ancienne membre du Parti communiste réunionnais, Huguette Bello est très proche de lui. Elle l'a soutenu en 2017 et 2022. Aux européennes, cette ex-institutrice était aussi en dernière position sur la liste LFI et présentée comme un fort atout.

«Franc-parler qui fait du bien» Les écolos, de leur côté, n'écartent rien. Vendredi, Marine Tondelier, leur secrétaire nationale, a appelé la présidente de région. «C'est une proposition qui coche pas mal de cases», résume un vert. «Elle connaît bien les rouages politiques de l'Assemblée nationale. Elle a un franc-parler qui fait du bien à la démocratie et de solides convictions. Elle sait négocier, a plaidé Valérie Rabault, députée PS battue dans le Tarn-et-Garonne. Elle devrait donc pouvoir mettre tout le monde d'accord !» Mais juste avant de reprendre les négociations, un socialiste s'étranglait : «C'est une blague ? Mais ils ne veulent pas gouverner en fait !» Si la candidature de Huguette Bello présente des atouts – elle a été députée pendant vingttrois ans, c'est une élue locale et elle n'est officiellement rattachée à aucun parti du NFP – certains relèvent son manque de notoriété. Le maire PS d'Alfortville, Luc Carvounas, a par ailleurs rappelé qu'elle n'avait pas voté pour le mariage pour tous en 2012. La députée estimait alors que la loi allait ouvrir une brèche vers la PMA et la GPA. «Elle a été la première […] à célébrer le mariage d'un couple de même sexe» dans les outre-mer, l'a défendue Roussel. Pour lui, «ça ne peut pas être un argument […] Huguette elle a cette capacité de rassembler, de parler à tout le monde». «On respecte les candidatures mais on ne changera pas d'avis. Et si pas d'accord, on vote», prévenait-on du côté de la direction vendredi en fin de journée. Depuis le début de la semaine, les socialistes affirment pourtant que le candidat au poste doit venir de leurs rangs. «Ce n'est pas qu'une question de casting, affirme un élu PS. Si c'est Faure, on rend la tâche difficile à Macron pour empêcher un gouvernement NFP, si c'est les insoumis ça veut dire qu'on ne gouvernera pas.» Dans la matinée vendredi, Gabriel Attal a prévenu qu'il entendait «protéger les Français de tout gouvernement» comportant des ministres du RN ou de LFI. Sauf qu'une vidéo du Premier ministre en déplacement en août 2023 à la Réunion – il était alors à l'Education – est remonté sur les réseaux. Il louait alors «une grande républicaine». «Le président de la République ne pourra pas dire qu'elle n'est pas républicaine, qu'elle ne peut pas être Premier ministre, a avancé Roussel. Ce serait énormément méprisant.» Si le camp Mélenchon se montre très ouvert à l'hypothèse Bello, ils ont toujours leur liste de quatre noms pour occuper la fonction : Mathilde Panot, Manuel Bompard, Clémence Guetté, mais aussi Jean-Luc Mélenchon, que les partenaires des insoumis ont plusieurs fois rejeté ces dernières semaines.

Communistes et écolos s'agacent du rapport de force qui s'est installé entre insoumis et socialistes depuis dimanche.

«On est face à une guerre de procès d'intention entre les socialistes qui accusent les insoumis de ne pas vouloir gouverner et les insoumis qui accusent les socialistes de vouloir trahir», déplore un négociateur écolo. Sans exclure aucun nom, les communistes ont fait comprendre qu'avant de mettre le nom de Bello sur la table, ils penchaient pour un profil socialiste. «J'ai défendu la candidature d'Olivier Faure, a affirmé Fabien Roussel vendredi. Il a de l'expérience et des compétences. Je ne mets pas de côté cette proposition qui est encore sur la table.» Mais les écolos, eux, refusent de trancher.

Pierre Jouvet, le numéro 2 du PS, a mis Marine Tondelier en garde : «Votre nonchoix fait le jeu des insoumis.» Toute la matinée de vendredi, les socialistes ont tenté de les mettre sous pression en prenant la presse à témoin. «Ils jouent aux gentils qui veulent mettre tout le monde d'accord mais ils doivent arbitrer, il faut qu'ils se positionnent», affirme l'un d'eux. Beaucoup pensent que, comme lors des négociations qui ont donné naissance au NFP, les écolos ne veulent pas se mettre les insoumis à dos. Juste après les européennes, c'est Marine Tondelier qui avait affirmé qu'elle ne poursuivrait pas les discussions sans la direction de LFI. Elle aussi qui avait envoyé un courrier aux «frondeurs», qui se sont présentés face à des candidats LFI après avoir été désinvestis dans leur circonscription, pour leur demander d'arrêter d'utiliser le logo des écolos, comme les insoumis le demandaient à leurs partenaires. «On respecte les règles», défend-on dans l'entourage de l'élue. Face à une situation jugée injuste, socialistes et communistes n'avaient, de leur côté, pas obéi.

«Je reste zen, je bois frais» Les verts jugent de toute façon qu'il n'y a pas d'urgence à statuer. «Ils essaient de faire la petite souris, affirme un socialiste. Ils pensent que face au blocage, ils pourront placer Marine Tondelier.» Lors des négociations cette semaine, les écolos ont proposé une liste de quatre noms, sans en faire un élément de blocage. Eux affirment de leur côté que ce sont les socialistes qui manquent de flexibilité. «On n'a pas la même lecture, dit un écolo, présent à la table des négociations. Nous notons que LFI marque plus de volonté pour arriver à un accord que le PS. Certes, la position des socialistes est claire, mais ils n'en ont qu'une, c'est Faure ou rien.» Jeudi soir, sur une boucle de discussion créée par le journaliste Guillaume Duval pendant les législatives, Marine Tondelier s'est agacée : «Bah oui, bien sûr, ça va être de notre faute maintenant…» Sur ce groupe d'environ 200 personnes, avec des personnalités de gauche mais aussi des figures de l'aile gauche de la macronie, dont d'anciens ministres, la secrétaire nationale répond aux échos faisant état d'un blocage venant des écolos : «Vous savez, je reste zen. Je bois frais. Je suis concentrée sur l'objectif et je ferme ma gueule. Mais je vois tout, je n'oublie rien. Et un jour je raconterai. Peut-être ;)» Parmi les participants, certains s'inquiètent de voir les négociations traîner et Macron profiter du pourrissement de la situation. «Ils ne se rendent pas compte qu'on n'est pas du tout sorti de l'auberge, le risque RN est seulement repoussé, déplore un des membres. Si on se fait voler la victoire, personne ne sera satisfait.» «Il y a urgence à proposer le nom de la ou du Premier ministre», a également interpellé l'économiste Julia Cagé.•

Le Monde
France, samedi 13 juillet 2024 558 mots, p. 8
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12 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

LFI propose quatre noms pour Matignon, dont Mélenchon

Les discussions à gauche semblent bloquées, alors que les socialistes plaident pour leur chef de file, Olivier Faure

Sandrine Cassini

Agauche, certains y ont vu une provocation, d’autres un « pas en avant ». Jeudi 11 juillet, lors des discussions au sein du Nouveau Front populaire (NFP), La France insoumise (LFI) est enfin venue avec une liste officielle de noms à proposer pour la fonction de premier ministre. Selon plusieurs sources, le mouvement a mis au débat une liste de quatre personnalités : le coordinateur national, Manuel Bompard ; la coprésidente de l’Institut La Boétie et députée du Val-de-Marne, Clémence Guetté ; la présidente du groupe à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot ; et surtout le fondateur du mouvement, Jean-Luc Mélenchon.

LFI remet donc sur le devant de la scène le triple candidat à la présidentielle, qui cristallise les critiques et alors que les autres partis de gauche se sont évertués à assurer, pendant la campagne des législatives, qu’il ne serait jamais le premier ministre de l’alliance à gauche. Qu’importe. Loin d’avoir disparu, l’ancien sénateur socialiste est omniprésent dans les médias, et s’est ostensiblement rendu sous le feu des caméras à la rentrée des parlementaires, mardi, à l’Assemblée nationale, alors qu’il n’est plus député depuis 2022. Sans vouloir « s’imposer » , il s’est toujours dit prêt à assumer la fonction.

M. Bompard, qui confirme avoir proposé une liste de noms, continue de revendiquer Matignon pour son mouvement. « C’est la composante de la coalition avec le plus gros groupe parlementaire qui propose un nom », répète-t-il au Monde. A son sens, d’ailleurs, « le nom est fixé après discussions et consensus ».

Un geste d’ouverture

Depuis lundi, la situation semble bloquée, avec, d’un côté, les socialistes, qui plaident pour leur chef de file, Olivier Faure, de l’autre, les « insoumis », qui s’y opposent. « Le PS veut imposer la candidature d’Olivier Faure en excluant toute autre possibilité », critique Manuel Bompard. La mise en avant de la potentielle candidature de M. Mélenchon a fait sursauter les socialistes. « C’est un peu triste, ils savent très bien que personne n’en veut. Ce n’est pas à la hauteur des événements », se désole l’un d’eux. Certains préfèrent y voir un geste d’ouverture, alors que la situation s’enlise. « Le fait que LFI propose une liste de noms ouvre le jeu. Ceux qui refusent de le faire sont le PS », analyse un écologiste.

Mais la liste présentée par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a été fraîchement accueillie. « Tous les noms cristallisent sur eux la politique de LFI », se désole un négociateur, qui plaide pour un profil capable de créer des majorités à l’Assemblée nationale et de représenter le collectif.

Entamées dans l’après-midi, les discussions se sont interrompues jeudi, vers 21 heures. Jeudi soir, aucun nouveau rendez-vous n’avait encore été pris pour vendredi. Le Parti communiste français considérait, jeudi soir, la situation bloquée, et qu’il fallait partir de nouvelles propositions.

Une procédure de vote pourrait aussi faire son chemin. En attendant, les divergences du NFP devraient donner du grain à moudre au camp présidentiel et à la droite, qui multiplient les promesses de motion de censure à l’égard d’un gouvernement de gauche potentiel, qui n’a pas encore vu le jour.

Le Figaro, no. 24848
Le Figaro, samedi 13 juillet 2024 962 mots, p. 5

Politique

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12 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Divisée sur son premier ministre, la gauche peine à sortir de l'impasse

Les négociations se poursuivaient vendredi soir entre les quatre principaux partis. Socialistes et Insoumis empêchent le consensus en revendiquant tous deux Matignon.

Lepelletier, Pierre, Flurin, Richard

Le plan était pourtant clair. Partagé par tous. Quelques heures après la victoire surprise du Nouveau Front populaire aux élections législatives, les responsables de gauche savaient qu'il fallait faire vite pour désigner un premier ministre à Emmanuel Macron. Tous avaient conscience que leur dynamique serait de courte durée, tant la majorité relative décrochée est faible. Que, par conséquent, le chef de l'État ferait tout pour les prendre de court. Cela n'a pas manqué. Mercredi, il a considéré que «personne» n'avait gagné les élections, et a réclamé aux «forces républicaines» de «bâtir un large rassemblement». Et le NFP, lui, ne s'était toujours pas mis d'accord... «Si nous avions été en mesure de proposer un premier ministre lundi matin, il serait déjà installé à Matignon» , déplore un socialiste.

Malgré l'injonction du chef de l'État, la gauche compte bien lui forcer la main et proposer le plus tôt possible son gouvernement quatre couleurs. Mais vendredi encore, ses représentants semblaient dans l'incapacité de s'entendre. «On avance dans une atmosphère très constructive. C'est sérieux, c'est concentré. Tout le monde a envie d'aboutir», rassurait Marine Tondelier, la patronne des écologistes, vendredi matin sur BFMTV. Hors micro, le ton n'était pourtant pas le même. Les quatre forces de gauche ne parvenaient toujours pas à toper sur le nom d'un premier ministre.

Pour sortir de l'ornière, les communistes ont poussé une hypothèse inattendue, qui a fini par convaincre une partie des négociateurs. Et pourquoi pas Huguette Bello, présidente de La Réunion ? «Elle connaît le Parlement, son autorité est respectée, elle est présidente d'une région qui traverse des difficultés fortes et les relève avec brio», a défendu le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, vendredi après-midi sur BFMTV, estimant que le président de la République ne pourrait pas «balayer d'un revers de main cette proposition». Cette ancienne communiste, figure relativement confidentielle de la gauche, s'est rapprochée ces dernières années de LFI, jusqu'à figurer en dernière position sur la liste de Manon Aubry aux européennes. En 2021, Jean-Luc Mélenchon louait chez elle «le meilleur de la créolisation française et de l'héritage du communisme dans la tradition des Français». Trois ans plus tard, le fondateur de LFI la soutient officiellement pour Matignon. Dans une intervention vendredi soir, il a adoubé cette femme qui est la « solution » et « coche de nombreuses cases ».

La proximité d'Huguette Bello avec l'Insoumis ne l'a pas empêchée d'être jusque-là plutôt consensuelle à gauche. «Elle peut faire la synthèse: elle est à la fois proche de Fabien Roussel et de Jean-Luc Mélenchon, elle a des combats communs avec les socialistes, elle a jadis poussé la candidature de Ségolène Royal à la présidence de la République. Ça peut aider à faire consensus», indique la députée réunionnaise Karine Lebon. «Elle était très surprise. Elle n'a pas décliné ni dit oui pour l'instant», poursuit cette élue, proche d'Huguette Bello. La proposition a été saluée par les Insoumis et les Verts, mais n'a pas remporté l'assentiment des socialistes, qui n'en démordaient pas. «C'est une proposition sérieuse... pour des gens qui ne veulent pas gouverner», tranchait l'un d'entre eux.

Jeu de dupes

Le maire socialiste d'Alfortville, Luc Carvounas, a par ailleurs levé un lièvre en rappelant sur X qu'Huguette Bello «n'a pas voté le mariage pour tous quand elle était députée». «Je n'imagine pas le NFP valider cette candidature», conclut-il. Pour cause, la loi Taubira, votée sous François Hollande, constitue l'un des totems de la gauche. Ne pas l'avoir soutenue représentait, aux yeux de certains, une faute éliminatoire. «Il faut raison garder. Elle a été la première à célébrer un mariage de deux femmes à la Réunion. Ce parallèle est grotesque», veut croire le sénateur communiste Ian Brossat.

Comme depuis le départ, les socialistes persistaient, mordicus, à avancer le nom d'Olivier Faure. «Dans sa tête, il est déjà à Matignon», grince un Insoumis. Si Fabien Roussel a affirmé avoir soutenu cette piste, mélenchonistes et écologistes ont incité le PS à réfléchir à d'autres noms. Notamment à celui de Johanna Rolland, maire de Nantes et numéro deux d'Olivier Faure. Mais la proposition - refusée par l'intéressée - a rapidement été interprétée par les socialistes comme une tentative de déstabilisation de leur parti, uni derrière son chef comme rarement il l'a été.

Pour témoigner de leur bonne foi, Insoumis et écologistes ont eux-mêmes partagé une liste des quatre « premier-ministrables » de leur camp. Sauf que LFI n'a pu s'empêcher d'y consigner le nom de Jean-Luc Mélenchon, levant un vent d'indignation. Les socialistes l'ont perçu comme une nouvelle marque de provocation. «Ils ne veulent pas gouverner. Ils préfèrent le chaos et l'opposition. C'est leur nature profonde. Désigner un socialiste à Matignon reviendrait pour les Insoumis à reconnaître une forme de leadership au PS», s'agaçait un cadre socialiste.

Les troupes d'Olivier Faure pressaient vendredi leurs alliés écologistes, qu'ils accusent de manquer de clarté et d'entretenir un jeu de dupes, d'enfin choisir. «Ils doivent se positionner! Si les écolos veulent un socialiste plutôt que Jean-Luc Mélenchon, qu'ils le disent», soufflait un cadre à la mi-journée. «La seule chose que nous voulons, c'est que les négociations aboutissent au plus vite», répliquait un cadre écologiste. Le résultat est le même pour tous : au soir du cinquième jour de négociation, la gauche se révélait toujours incapable de s'accorder sur le nom d'un premier ministre. Au risque de faire douter sur la solidité de leur union, même si, assurent-ils tous, leur prétention à gouverner reste totale. P.L. ET R.F.

Libération
samedi 13 juillet 2024 2030 mots, p. 12,13

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12 juillet 2024 - Libération (site web)

SOUMISSION CHIMIQUE «Parmi ceux qui ont violé ma mère, une trentaine ont encore une vie normale»

Johanna Luyssen; Anastasia Vécrin

France

A partir du 2 septembre à Avignon, 51 hommes seront jugés pour une série de viols d'une femme, sous soumission chimique, orchestrés et filmés par son mari. La fille de la victime, Caroline Darian, raconte son combat contre ce mode opératoire et partage son état d'esprit avant le procès.

L e 2 septembre s'ouvre au palais de justice d'Avignon un procès hors normes : celui des viols de Mazan. Le procès d'une affaire vertigineuse par son ampleur, sa durée, le machiavélisme du mode opératoire et le nombre de mis en cause. Tout a commencé en 2020, lorsque Dominique P. est interpellé par les vigiles du Leclerc de Carpentras, dans le Vaucluse : le retraité filmait sous les jupes des femmes. L'enquête préliminaire permet de retrouver des vidéos sur son ordinateur et des échanges sur le site Coco.gg, récemment fermé, dévoilant près de dix ans de viols de son épouse par une multitude d'hommes, alors qu'elle était inconsciente. Entre 2011 et 2020, 92 viols sont répertoriés. L'homme avait créé un chat sur le site, appelé «A son insu», où il recrutait les hommes. Droguée au Temesta, endormie profondément dans une pièce surchauffée pour ne pas être réveillée, elle était violée des heures durant. L'enquête a permis d'identifier 83 hommes, 51 seront finalement mis en cause et jugés devant la cour criminelle départementale du Vaucluse, entre le 2 septembre et le 30 décembre. Parmi eux, Dominique P.

Caroline Darian est la fille de la victime. Elle est aussi la fille de celui qu'elle appelle désormais son «géniteur», «un bourreau et un prédateur sexuel». Depuis la révélation de l'affaire, elle s'est engagée dans un combat contre la soumission chimique, avec une association, M'endors pas, et un livre, Et j'ai cessé de t'appeler papa : quand la soumission chimique frappe une famille (JC Lattès, 2022). Une mission gouvernementale inédite, pilotée par la députée Sandrine Josso, qui avait porté plainte contre le sénateur Joël Guerriau, l'accusant de l'avoir droguée en vue de l'agresser sexuellement, et la sénatrice Véronique Guillotin, devait déboucher sur la remise d'un rapport à l'automne… Avant que la dissolution de l'Assemblée nationale ne vienne tout bousculer. Si Sandrine Josso vient d'être réélue députée, les travaux sont suspendus. Les premières auditions de victimes débutaient à peine, «avec beaucoup de pudeur, de force et d'émotion», commente la fille de la victime.

Lors de l'enquête, les policiers ont montré à Caroline Darian des images d'elle, avec des sous-vêtements qu'elle ne connaissait pas, semblant endormie ou inconsciente. Elle ne sait pas ce qui s'est passé. Elle ne le saura peut-être jamais. A l'approche du procès, où elle est, avec son fils, partie civile, elle évoque son combat contre la soumission chimique. On imagine souvent que la soumission chimique passe par l'administration de drogues, comme le GHB, mais votre affaire montre qu'elle peut aussi avoir lieu dans le cercle intime, par le biais de médicaments… Si notre affaire est hors norme par le nombre de mis en cause, elle montre que la soumission chimique passe aussi par des médicaments très courants, par l'armoire à pharmacie familiale, où l'on trouve des somnifères, des anxiolytiques… Il n'est pas rare que des proches en soient les auteurs, comme le montrent les nombreux témoignages que j'ai reçus via mon association depuis plus de trois ans.

Vous n'imaginez pas le nombre de femmes qui m'écrivent pour me dire «moi ça m'est arrivé», «c'était mon oncle», «un ami», «un collègue». Sauf qu'il y a souvent prescription, donc pour toutes ces femmes, c'est l'errance. Aujourd'hui, il y a encore une trentaine d'individus qui ont violé ma mère sous soumission chimique, qui ont encore une vie normale et ne seront sans doute jamais inquiétés.

Il faut savoir que la majorité des violences sexuelles se passent sous sédation, avec une altération du comportement, une baisse du taux de vigilance de la victime. Médicaments, drogue, alcool… C'est un arsenal complet qui est minutieusement choisi en fonction de ce qui est recherché par le prédateur. Peut-on quantifier les violences sexuelles via soumission chimique survenue dans le cercle familial ? Dans la majorité des cas recensés aujourd'hui, il n'y a pas d'enquête. C'est un chiffre noir, un phénomène aujourd'hui impossible à quantifier. Il est impératif de pouvoir y voir plus clair sur le nombre de cas, en mettant en place des outils – c'était l'objectif de la mission gouvernementale pilotée par Sandrine Josso. La dernière enquête de l'agence du médicament date de 2019, et recense 365 cas de soumission chimique «vraisemblables» ou «possibles», mais il est évident que ce chiffre est bien en deçà de la réalité [et il englobe les cas de violences physiques et les vols, sans les distinguer des violences sexuelles, ndlr]. Comment avez-vous été prise en charge au moment de la découverte des faits ? C'est tout le problème. Quand je sors du commissariat il y a quatre ans, je ne suis pas du tout prise en charge. Je viens de découvrir deux photos de moi inerte, je sais que j'ai été soumise chimiquement car on parlait déjà de plusieurs dizaines d'individus ayant violé ma mère. J'ai dû déposer plainte contre mon père et on m'a laissée seule avec moi-même sans accompagnement psychologique, ni juridique. Aujourd'hui encore, cela arrive bien trop souvent, les victimes sont livrées à elles-mêmes. La découverte des faits a été une déflagration dans ma vie. Grâce à mon association et au travail de sensibilisation que j'ai fait, je me suis rendu compte que notre cas n'était pas un fait divers. Ce mode opératoire touche toutes les classes de la société, tous les âges. Il faut un sursaut et qu'on trouve les moyens de mieux flécher la prise en charge des victimes.

Qu'attendez-vous concrètement des politiques sur le sujet ? La formation des médecins généralistes et des professionnels de santé en général est un aspect essentiel pour qu'on puisse mieux détecter les cas. Ma mère avait des problèmes divers après ce qu'elle a subi, il n'y a eu aucun prélèvement réalisé par les médecins consultés. Une femme d'une soixantaine d'années qui se plaint de lésions intimes, on ne peut pas imaginer que cette femme est violée par son mari.

Il faut que les personnes qui ont des soupçons puissent avoir un endroit, des interlocuteurs formés vers qui se tourner. Il faut pouvoir orienter les victimes dans ce parcours du combattant. La mission devrait permettre de former toutes les parties prenantes : police, justice, santé et d'identifier tous les ponts qu'on peut faire entre elles.

Il faut ensuite démocratiser l'accès aux analyses toxicologiques. Aujourd'hui, il y a des centres en France qui les font, mais les victimes ne connaissent pas les procédures. Pour réaliser gratuitement une analyse séquentielle de cheveux, il faut nécessairement passer par exemple par la case plainte, sinon cela peut coûter entre 300 et 1 500 euros en fonction du spectre de molécules que vous allez rechercher. Ce prélèvement est beaucoup plus efficace qu'une analyse de sang ou d'urines, il permet de retracer les historiques de consommation jusqu'à plus de douze mois si le cheveu n'a pas été coupé ou altéré. Il faudrait que les victimes puissent y avoir accès sans porter plainte, mais surtout qu'elles sachent que ça existe.

Dans votre livre, vous racontez comment votre père a divisé la famille. Comment abordez-vous de ce point de vue la perspective du procès ? Un prédateur sexuel sait flairer ses proies et sait comment elles fonctionnent. Qui nous connaissait mieux que lui ? Conserver le dialogue avec ma mère était très important pour moi. Elle a fini par cheminer et considérer qu'elle n'était pas la seule victime dans tout ce marasme. Il y a par exemple une dizaine de clichés qui existent de moi, où il m'a prise nue au sortir de la douche, dans ma chambre, qui ont été commentés sur Internet et je vous passe le contenu des légendes… Pour ma mère, c'était inconcevable qu'il ait pu porter un regard incestueux sur sa fille. Il lui a fallu du temps pour qu'elle réalise tout cela durant ces trois ans et demi. Nous devons tous se prendre en charge pour se préparer psychologiquement au procès. Je lui ai dit : «Maman, on va y aller main dans la main», en respectant nos états d'âme respectifs.

Ce combat contre la soumission chimique, est-ce une façon de rester debout ? Oui. De toute façon, quand ce genre d'épreuve vous tombe dessus, vous n'avez pas d'autre choix que de préempter le sujet pour vous sauver vous-même. Si je l'ai fait au départ, je l'ai fait pour moi, parce que je sais que dans le cadre de ce procès, je ne serai pas reconnue comme une victime avérée de soumission chimique. Si cela s'était arrêté à mon seul cas personnel, ça ne relèverait que de la correctionnelle, une comparution de quelques heures et quelques centaines d'euros de dommages et intérêts… Je peux éventuellement être reconnue en tant que victime collatérale pour le préjudice moral et affectif qu'il a fait subir à ma mère. Mais pour mes photos, il n'y a pas de preuve d'attouchement ou d'agressions sexuelles, pas de preuve de soumission chimique non plus, je ne suis donc pas une victime reconnue au regard de la justice. Mon avocat m'a dit : «Caroline, dans votre cas, c'est soit l'enfer de l'inconnu, soit l'enfer de la vérité.» Je lui ai dit quitte à choisir, je préfère encore l'enfer de la vérité.

C'est parce que vous savez ce que c'est de ne pas être reconnue comme victime que vous vous engagez pour d'autres femmes ? Oui, c'est d'autant plus facile pour moi de les comprendre et de les écouter. Moi je le vis, je le vis dans ma chair, je le vis intrinsèquement, parce que l'auteur de tout cela était mon père. Seulement, je sais déjà que je vais finir par remettre les clés. Il faudra que je passe à autre chose dans ma vie de femme et je pense que ça se fera naturellement après le procès.

Comment abordez-vous le procès, qui s'annonce historique ? L'horreur des actes est exceptionnelle. Quatre mois de procès à raison de cinq jours d'audience par semaine au palais de justice d'Avignon. Cela n'a jamais existé. Dans une seule et même enceinte, entre les auteurs et leurs avocats, ça représente déjà une soixantaine de personnes. J'appréhende, je ne vais pas vous dire le contraire. J'appréhende la stratégie de mon père. Quelle va être sa posture ? Va-t-il se victimiser ? Demander pardon ? On va tous pleurer ? Allons-nous encore souffrir de cette situation inédite, alors que l'on sait qu'il est condamné à finir sa vie en prison ? Témoigner et déposer à la barre pour qu'il reste en prison, ce n'est pas de gaieté de coeur que je le fais, ma mère non plus, ça a quand même été son mari avec lequel elle a eu trois enfants.

Et quelle va être la posture des 50 autres qui vont chercher à sauver leur peau ? Qui vont dire que ma mère était consentante ou complice ? Cela va être une épreuve d'endurance. Je vais aussi constituer mon fils de 9 ans et demi partie civile, pour faire valoir le préjudice moral et affectif : son grand-père qu'il adorait a brutalement disparu des radars, ça lui a valu deux ans et demi de psychothérapie. Ma belle-soeur, qui a aussi été photographiée à son insu, va aussi constituer ses enfants parties civiles.

Ce procès, c'est aussi celui de la culture du viol… Comment de tels faits ont été rendus possibles ? Mon géniteur et les hommes qui ont violé ma mère passaient par le site Coco.gg qui, jusqu'à sa fermeture récente, était LA plateforme où tous ces pervers entrent en contact les uns avec les autres. Il avait créé un chat sur lequel il a diffusé pendant huit ans des vidéos et des photos de ma mère pour appâter ces détraqués. Ensuite, comment ces hommes se sont autorisés à violer une femme inconsciente ? Et comment éduque-t-on nos garçons ? On n'a pas beaucoup évolué sur le sujet. J'ajouterais que c'est peut-être le reflet de la société, mais c'est aussi aux responsables politiques de donner le ton. Chacun doit prendre ses responsabilités. Ça ne peut pas reposer uniquement sur les associations et les épaules des victimes.•

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, samedi 13 juillet 2024 652 mots, p. AUJM5
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13 juillet 2024 - Le Parisien

Des négociations à gauche qui traînent pour Matignon

Les discussions se sont tendues sur fond d'affrontement entre les socialistes et les Insoumis. Les communistes ont proposé le nom d'Huguette Bello. Hypothèse refusée par les socialistes.

Pierre Maurer

Casus Bello ? Ce vendredi, le numéro un des communistes, Fabien Roussel, a proposé le nom de la présidente du conseil régional de La Réunion, Huguette Bello, comme candidate commune du Nouveau Front populaire (NFP) pour Matignon. Une tentative en forme de voie alternative au milieu du « duel » entretenu par La France insoumise et le Parti socialiste, au cinquième jour des négociations.

« La proposition d'Huguette Bello peut peut-être permettre de rassembler tout le monde et d'unifier, tente Roussel ce vendredi après-midi. Il nous faut sortir par le haut, et chacun est face à ses responsabilités. » En fin de journée, il assurait sur BFMTV avoir obtenu son accord pour porter son nom. « Aujourd'hui il y a sur la table une proposition qui ferait honneur à tous. Huguette coche de nombreuses cases. », a indiqué ce vendredi soir Jean Luc Melenchon devant des militants et des élus.

Sur le papier, la Réunionnaise a un profil de « trait d'union » entre les communistes - elle siégea en tant que députée dans leur groupe jusqu'en 2020 - et les Insoumis, puisqu'elle a figuré à la dernière position de la liste de LFI aux européennes et apporte son soutien à Jean-Luc Mélenchon depuis 2017. « Huguette Bello, c'est une vraie option chez nous. C'est presque une Insoumise... », valide un mélenchoniste. Les écologistes aussi ne la voient pas d'un mauvais oeil. « C'est solide », juge David Cormand, un des négociateurs des Écologistes.

Appel à une manifestation le 14 juillet

Mais l'hypothèse de Fabien Roussel se heurte au refus des socialistes. « C'est une proposition sérieuse pour des gens qui ne veulent pas gouverner », s'agace un socialiste, au coeur des négociations. « C'est absurde. Il y a une appétence chez nous à gouverner », défend un Insoumis. « Bello, c'est une histoire pour leur groupe de députés PCF, pour garder les députés réunionnais qui voulaient partir... C'est un leurre ! », rétorque un proche d'Olivier Faure. « Huguette Bello Première ministre ? Elle n'a pas voté le mariage pour tous quand elle était députée. [...] Je n'imagine pas le NFP valider cette candidature », pointe quant à lui le maire PS d'Alfortville, Luc Carvounas. Au sein des négociations, d'autres profils ont aussi été évoqués, comme celui de l'ancienne ministre écologiste, Cécile Duflot.

Avant la piste Huguette Bello, les chefs du NFP tournaient en rond. Les Insoumis ont mis quatre noms sur la table : Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, Clémence Guetté et Mathilde Panot. Les socialistes, soutenus par les communistes, défendaient, eux, leur patron, Olivier Faure. « C'est l'épreuve de vérité, ça se résume à Mélenchon ou Faure », tranchait un cadre socialiste en début d'après-midi. L'heure tourne. « On était convaincus qu'à la guerre des nerfs, on ferait plier les socialistes », susurre un Insoumis.

En parallèle, les négociateurs ont « essayé d'élargir le spectre des négociations ». Celles-ci portent notamment sur la composition d'un éventuel gouvernement et la manière d'enclencher les premières grandes décisions. « Ils font des espèces de schémas de gouvernement où ils pondèrent en fonction des partis. Mais tant qu'ils n'ont pas la première pièce de l'édifice, c'est compliqué... », explique-t-on. « On n'aboutira pas à un nom cette semaine », prévoyaient finalement plusieurs sources dans la journée.

Même si, selon nos informations, le 14 juillet a un temps été envisagé comme une date « butoir ». Plusieurs députés Insoumis, comme Antoine Léaument et Louis Boyard, appellent ainsi à se joindre à une manifestation des organisations de jeunesses le jour de la fête nationale, place de la Bastille à Paris. Le NFP aura-t-il d'ici là un nom à proposer à Emmanuel Macron ? « Nous aurons une candidature commune du NFP le 18 juillet. Il faut que nous soyons vainqueurs. », affirme Jean-Luc Mélenchon.

Libération
samedi 13 juillet 2024 1085 mots, p. 2,3

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12 juillet 2024 - Libération (site web)

Paris 2024 Macron a allumé la flemme olympique

Laure Bretton

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Difficile de faire plus criant comme silence. Sur le site internet de l'Elysée, les Jeux olympiques de Paris 2024 sont logiquement rangés dans l'onglet «Fiertés». Au pluriel puisqu'ils côtoient les 80 ans du Débarquement, la francophonie et Notre-Dame. Et même si le décompte olympique figure sur la page d'accueil, la dernière publication de la colonne JO remonte au… 8 mai. Il y a deux mois, quand tout le monde au sommet de l'Etat se frottait les mains en admirant la patrouille de France dessiner les anneaux olympiques dans le ciel de Marseille et la flamme olympique débarquer du Bélem. Un show populaire et réussi au millimètre près qui mettait Paris 2024 sur les meilleurs rails possibles.

«La pire balle dans le pied» C'est peu dire que l'aiguillage a été brutal, le 9 juin au soir. Quand Emmanuel Macron a décidé de dissoudre l'Assemblée, c'est l'effet «waouh» des JO qui a pris l'eau direct. En plus de jouer avec le feu démocratique en faisant monter le Rassemblement national à un niveau historique, «il a foutu le bordel dans les têtes», résume une source olympique, dépitée de voir «sept ans de super taf passer au 27e plan des préoccupations» ces cinq dernières semaines, au moment où tous les voyants médiatiques auraient dû passer en mode 100 % JO.

Juste avant de casser son jouet olympique, Emmanuel Macron ne reculait pourtant devant rien pour promouvoir l'été des JO, vitrine de cet «esprit français» si cher à ses yeux. C'est lui qui trompettait que ces Jeux allaient générer six milliards d'euros de retombées éco- nomiques pour le pays et qui expliquait partout avoir appelé les patrons du Real Madrid pour qu'ils libèrent Kylian Mbappé le temps du tournoi olympique de foot. Avec un sens aigu du détail, le président épistolaire avait même écrit le 18 mai aux élèves d'une maternelle près de Montbéliard pour les féliciter de leur hymne maison, les Zozolympiques. Mais la dernière apparition officielle des mots «jeux» et «olympiques» dans la bouche présidentielle remonte à cinq jours après la dissolution, le 14 juin. Macron se disait alors serein sur l'issue des législatives anticipées parce que les Français allaient «intégrer les Jeux olympiques dans leurs choix» de vote. «C'est la pire balle dans le pied de l'histoire du tir sportif olympique, grince l'ancien député socialiste Régis Juanico, aujourd'hui consultant en politiques publiques sportives. Depuis toujours, les JO sont percutés par la politique mais là c'est énorme. Emmanuel Macron a tué la bouffée d'oxygène que tout le monde attendait. La ferveur populaire, la montée en puissance, ils l'ont gâchée.» «Dans les kermesses de fin d'année, les habitants nous parlaient plus de leur peur de voir le RN arriver au pouvoir que des JO», se désole Mathieu Hanotin, le maire de Saint-Denis qui, comme le reste du département, joue gros avec les JO (lire ci-contre). Officiellement, étant donné que les grandes décisions (budgétaires et opérationnelles) étaient prises, la crise politique n'a rien fait bouger. «On est embarqué depuis dix ans dans les Jeux», rappelle un Tony Estanguet aminci mais impassible à chacune de ses apparitions médiatiques, manière d'insister sur le temps long plutôt que sur les soubresauts, même s'ils étaient historiques. Fluctuat nec mergitur le Cojo ? Si près du but, «il ne faut pas changer de mindset», confirme son entourage, friand de novlangue et d'anglicismes qui déteignent sur tous les acteurs de ces JO. Depuis mi-juin, «on a plus d'output de leur part, ils vivent en tortue romaine», glisse un partenaire impliqué dans l'organisation. Toutes les cases à cocher le sont, de la livraison du sable pour le stade de beach-volley sous la tour Eiffel à l'accueil des chefs de délégations sportives au village olympique, avant l'arrivée des athlètes à partir de mercredi prochain. Une répétition de la cérémonie sur la Seine, récemment annulée en raison du très fort débit du fleuve, est programmée mardi, a fait savoir le ministère des Sports. On serre les rangs et on croise les doigts.

«Au niveau local, ça n'a rien changé» Dans la tourmente, le Cojo a cependant veillé à modifier le parcours de la flamme olympique les deux jours de scrutin les 30 mai et 7 juillet afin de ne pas compliquer l'accès aux bureaux de vote. Parce que le relais est le baromètre maison du Cojo, qui, à chaque étape, se rassure de le voir toujours aussi suivi sur le terrain. Après un premier mois réunissant un million de spectateurs, on est passé à 4,5 millions de personnes sur les routes au bout de deux mois et 500 000 lors des shows d'allumage de chaudron olympique chaque soir. Le succès populaire du passage de la flamme «montre la passion des Françaises et Français pour les sports et les JO», s'est enthousiasmé Thomas Bach, le président du CIO, vendredi dans la petite cité viticole de Vougeot (Côte-d'Or), traversée par le flambeau. Dans certains endroits, «on a parfois eu 3 000 spectateurs alors qu'il n'y avait que 2 000 habitants, se réjouit Grégory Murac, directeur délégué du relais. Toute la séquence politique, on en parle au niveau national mais au niveau local ça n'a rien changé. On n'a pas vécu une baisse de tension sur le public» venu récupérer des bobs aux couleurs des sponsors et prendre des photos des porteurs de la précieuse torche, célèbres ou inconnus. Comme un Tour de France olympique. Comment parler de désamour populaire quand 2 000 communes ont organisé des événements liés aux JO cet été et que 43 villes franciliennes ont préparé des «zones de célébration» pour les 19 jours de compétition, questionne le préfet d'Ile-de- France, Marc Guillaume, quand il croise des journalistes. Pensé il y a des mois pour éblouir le monde à douze jours du but, le parcours de la flamme dans les lieux les plus emblématiques de Paris ce weekend est désormais attendu avec un mélange d'angoisse (logistique) et de soulagement politique. «La politique a embolisé les têtes et les médias jusque-là mais ce week-end marquera une bascule, analyse Emmanuel Grégoire, ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo devenu député de Paris dans l'intervalle. Les gens ont besoin d'une fenêtre. La France a besoin de souffler et de faire la fête ensemble.» De s'engueuler sur le score des Bleuets et de ne plus pleurer que sur le sort de Kévin Mayer.•

«Emmanuel Macron a tué la bouffée d'oxygène que tout le monde attendait. La ferveur populaire, la montée en puissance, ils l'ont gâchée.» Régis Juanico ex-député, consultant en politiques sportives

Le Figaro, no. 24848
Le Figaro, samedi 13 juillet 2024 1015 mots, p. 7

Politique

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12 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Entre Gabriel Attal et Gérald Darmanin, la macronie sombre dans le combat des chefs

Alors que son premier ministre prend la tête des élus Renaissance, le président fustige le « spectacle désastreux » des ambitions dans son camp.

Boichot, Loris

Emmanuel Macron rentre tout juste du sommet de l'Otan à Washington, ce vendredi matin, quand il réunit dans le salon Vert de l'Élysée les cadres de son parti, Renaissance. Il y a urgence à ressouder un camp en voie de dislocation, alors que la gauche revendique le pouvoir depuis le second tour des législatives anticipées, dimanche.

Autour de lui, le chef de l'État a convié son premier ministre, Gabriel Attal, sa prédécesseur, Élisabeth Borne, ses ministres Gérald Darmanin (Intérieur), Stéphane Séjourné (Affaires étrangères), Aurore Bergé (Égalité femmes-hommes), le député Sylvain Maillard, ainsi que la présidente sortante de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet.

Quelle date butoir fixer pour former la « coalition » entre « forces républicaines » qu'il a appelée de ses voeux, dans sa récente « lettre aux Français » ? Comment manoeuvrer en vue de l'élection à la présidence du Palais Bourbon, prévue jeudi, que le président voit comme un « premier vote de clarification » ? La parole circule entre les convives.

Et puis il y a l'avenir du groupe Renaissance, passé de 170 députés à près d'une centaine. Gabriel Attal, seul en lice, doit être élu à sa tête samedi matin par vote électronique, au terme d'une semaine de tractations pendant lesquelles il s'est vu concurrencé par Gérald Darmanin et Élisabeth Borne.

À distance, Emmanuel Macron n'a rien raté de cette lutte d'influence entre rivaux. Devant eux, ce vendredi matin, il déplore un «spectacle désastreux».Il les appelle à préférer «la nation plutôt que les ambitions prématurées» et insiste : «On ne peut pas faire ce qu'on a reproché aux autres avant d'arriver au pouvoir.» Le message est cinglant.

Engagée cette semaine loin des caméras, la bataille entre Gabriel Attal et Gérald Darmanin, qui se rêvent en héritiers d'Emmanuel Macron, a laissé des traces. Jusque sur les boucles de messagerie des députés Renaissance, vendredi matin. « Nous avons frôlé la disparition » , leur a écrit le premier ministre, en leur promettant que « l'unité » sera sa « seule boussole ». Avec un nouveau nom de groupe proposé : « Ensemble pour la République ».

Peu après, son ministre de l'Intérieur tient à marquer sa différence, dans un message envoyé à son tour : «L'unité de notre groupe est très importante, mais l'unité (comme la vie de couple) ne se décrète pas: elle se construit chaque jour.» Il juge que l'élection de Gabriel Attal ne règle ni «la ligne politique» ni «le fonctionnement»du parti Renaissance, qui doit faire son « examen critique ». Lors de la réunion organisée à l'Élysée, il évoque encore la cohésion du camp Macron : «Il faut savoir si l'on veut vivre ensemble.» Ambiance électrique.

Déçu de ne pas avoir pu se hisser à la tête du groupe parlementaire, malgré le soutien exprimé en coulisses par l'Élysée, Gérald Darmanin lorgne désormais la formation présidentielle. Son secrétaire général, Stéphane Séjourné, doit remettre son mandat en jeu lors d'un congrès attendu à l'automne. « On a perdu, il faut un changement rapide à la tête du parti, jusqu'à son nom » , estime le député Mathieu Lefèvre, proche de Gérald Darmanin.

Le locataire de l'Hôtel de Beauvau et celui de l'Hôtel de Matignon ont déjà manifesté leur opposition lors de deux réunions tendues, mardi et mercredi. Sous les yeux des députés Renaissance, dans la salle Colbert du Palais Bourbon, le premier a indiqué exclure les écologistes d'une coalition, quand le second a défendu un large accord, des Républicains jusqu'à la gauche non Insoumise.

Tacticien, Gérald Darmanin a aussi échafaudé un plan pour éviter que la tête du groupe ne revienne à Gabriel Attal, et à lui seul. Il a défendu une direction collégiale associant, à ses côtés, Élisabeth Borne et Aurore Bergé. Une proposition lue en interne comme une stratégie « tout sauf Attal ».

Mais le chef du gouvernement et ses proches ont plaidé pour une désignation rapide. La sienne. «Un chef, c'est fait pour cheffer» ,a fait valoir mercredi le ministre Roland Lescure (Industrie), soutien de Gabriel Attal. Désormais à l'extérieur de Renaissance, le député Sacha Houlié voit dans ces luttes internes «la suite logique du combat des chefs». «On est 96heures après la débâcle et ils se battent pour un gâteau périmé, c'est affligeant» ,se lamente un pilier du parti macroniste.

Face à Gabriel Attal, qu'elle a vu jeudi à Matignon, Élisabeth Borne a aussi réfléchi à sa stratégie. En début de semaine, elle a discuté avec François Bayrou de l'opportunité de se rapprocher de ses députés du MoDem, avec d'autres élus. Tout comme elle a aussi testé, puis écarté, une candidature à la tête du groupe Renaissance.

L'élue du Calvados, comme Gérald Darmanin, a compris qu'ils ne pouvaient guère rivaliser avec le premier ministre. Improvisé chef de la campagne législative, populaire auprès des députés, Gabriel Attal se voit crédité d'avoir émis des consignes claires de désistement dans l'entre-deux-tours contre le Rassemblement national (RN).

De nombreux parlementaires estiment qu'ils l'ont aidé à survivre à la dissolution. Une décision en faveur de laquelle a plaidé le ministre de l'Intérieur, à l'inverse, auprès d'Emmanuel Macron. Longtemps jugé proche du chef de l'État, avec lequel il entretient des relations délétères depuis son annonce surprise, Gabriel Attal apparaît désormais comme l'un de ceux qui s'en distinguent le plus. Un retournement.

Pour pouvoir mener à bien ses nouvelles ambitions, bientôt entouré de cinq vice-présidents élus, il a examiné le calendrier. La démission de son gouvernement, qu'il a présentée dès lundi 8 juillet au chef de l'État, pourrait être acceptée mardi 16 juillet. Cela lui permettrait, ainsi qu'aux 17 autres ministres élus, de siéger dès le début de la législature, deux jours plus tard, et de participer au vote de la présidence de l'Assemblée nationale. Emmanuel Macron l'a prévenu, vendredi, à l'Élysée, dans une nouvelle mise en garde : il «a la responsabilité de réussir ces élections internes». L.B.

Le Monde
Idées, samedi 13 juillet 2024 917 mots, p. 26
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11 juillet 2024 - Le Monde (site web)
12 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Le NFP doit tendre la main aux autres acteurs du front républicain pour discuter d’un programme

Le point de départ d’une telle négociation, souligne un collectif composé de 70 intellectuels, responsables associatifs et anciens élus de gauche, sera, du côté du Nouveau Front populaire, le programme présenté aux législatives. Mais ce ne sera pas le point d’arrivée dans tous les domaines

collectif

Dimanche 7 juillet, au second tour des élections législatives, les Françaises et les Français se sont très majoritairement opposés au Rassemblement national en jouant pleinement le jeu du front républicain initié par le Nouveau Front populaire (NFP). Nous sommes très reconnaissants au NFP d’avoir proposé un tel front, malgré les profondes divergences qui l’ont opposé à l’ex-majorité présidentielle. Les résultats obtenus par l’extrême droite dans un nombre important de territoires montrent cependant que la colère et le désespoir – au sens littéral du terme – de millions de nos concitoyens et concitoyennes restent profonds.

La voie raciste et xénophobe choisie pour l’exprimer est une impasse qui conduirait le pays au désastre économique, social, écologique et démocratique. Il faut donc réussir à mettre en œuvre ici et maintenant une alternative qui permette d’éviter que la prochaine vague d’extrême droite ne soit encore plus haute et ne parvienne à nous submerger.

Le 7 juillet, les Françaises et les Français ont fait des députées et députés du NFP la première force à l’Assemblée nationale. Ils et elles n’ont pas donné cependant de majorité absolue au NFP et donc de mandat pour appliquer la totalité de son programme, comme cela avait pu être le cas en d’autres temps. Dans un tel contexte, il n’est pas envisageable de commettre l’erreur justement reprochée à Jacques Chirac en 2002 et à Emmanuel Macron en 2017 et 2022, qui, aussitôt élus, avaient oublié les voix de gauche ayant permis leur élection.

Réorientation des politiques publiques

La position de principale force du NFP au sein de l’Assemblée nationale lui donne une responsabilité particulière pour proposer au pays les moyens de sortir de l’impasse où il se trouve du fait de l’absence de majorité claire au Parlement. Il nous semble impossible en effet que la France puisse rester durablement sans véritable gouvernement légitimé par l’Assemblée pour préparer le budget du pays pour 2025 et entamer la profonde réorientation des politiques publiques, indispensable pour ramener la concorde et faire (enfin) reculer l’extrême droite.

C’est pourquoi, le NFP doit sans tarder tendre la main aux autres acteurs du front républicain pour discuter d’un programme d’urgence républicaine et d’un gouvernement correspondant. Ce sera également le moyen de mettre au pied du mur l’ex-majorité présidentielle, en l’obligeant à se positionner vis-à-vis des nostalgiques qui, en son sein et à droite, rêvent encore de poursuivre et d’accentuer la politique qui a conduit le pays au bord du gouffre.

Le point de départ d’une telle négociation sera bien sûr, du côté du NFP, son programme, mais chacun et chacune d’entre nous sait, et admet par avance, que ce ne sera pas le point d’arrivée dans tous les domaines. Et très peu nombreux seront celles et ceux qui, dans le pays, tiendront rigueur au NFP d’avoir dévié de ce programme sur tel ou tel sujet si cela permet que la France soit gouvernée de manière stable et apaisée.

Nous avons la conviction que si la volonté politique est suffisante, il est possible de trouver un accord pour un tel gouvernement d’urgence républicaine. Et de montrer aux Françaises et aux Français que le message a été entendu.

Que la volonté est là de mettre un terme à la dégradation des services publics, notamment d’éducation et de santé, d’améliorer le pouvoir d’achat des plus faibles, de rééquilibrer les territoires, de lutter enfin contre toutes les formes de racisme et de discrimination, d’accélérer une mutation écologique juste et solidaire et de réduire les injustices sociales et fiscales. Le tout en commençant à refondre nos institutions pour renforcer la démocratie et à rétablir dans le champ médiatique les conditions d’un débat public serein et de qualité.

Nous savons que la société civile (associations, syndicats, think tanks, etc.) est prête à aider le NFP à dégager un tel programme d’urgence capable de rassembler une grande partie du pays. Et si d’aventure certains ou certaines préféraient privilégier leurs intérêts de boutique de court terme plutôt que les intérêts supérieurs du pays, cette société civile saurait aussi se mobiliser pour les ramener à la raison, comme elle l’a fait entre les deux tours des élections législatives vis-à-vis de celles et ceux qui étaient réticents à la mise en œuvre du front républicain.

L’avenir du pays est entre les mains du Nouveau Front populaire. Nous comptons sur lui pour se porter à la hauteur des responsabilités que les Français et les Françaises lui ont confiées.

Le Monde
France, samedi 13 juillet 2024 1374 mots, p. 6,7
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12 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Coalition présidentielle

Les cartes rebattues dans le camp Macron pour 2027

Gabriel Attal, favori pour prendre la tête du groupe Renaissance, paraît le seul à tirer son épingle du jeu après la dissolution de l’Assemblée et les élections législatives

Robin D’Angelo et Nathalie Segaunes

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, est d’humeur nostalgique, lundi 17 juin, dans son vaste bureau à Bercy. Huit jours après la brutale dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin, le numéro deux du gouvernement pressent l’effacement prochain de la majorité présidentielle. « Nous ne sommes déjà plus sur la photo », déplore-t-il, balayant du regard les unes des magazines. S’il ne sait pas ce qu’il adviendra du gouvernement Attal en cet été 2024, l’ambition présidentielle de Bruno Le Maire est intacte. « Il s’y voit à fond » , s’en amuse l’un de ses vieux amis.

Le locataire de Bercy ne sort pourtant pas renforcé, c’est un euphémisme, des cinq dernières semaines, qui ont plongé les responsables politiques dans un épais brouillard. « Son Meccano stratégique a été mis à mal par la dissolution et les législatives », analyse Frédéric Dabi, directeur général délégué de l’Institut français d’opinion publique (IFOP). Son plan, qui était de s’imposer comme l’héritier « naturel » d’Emmanuel Macron en vue de l’élection présidentielle de 2027, a été remisé.

Bruno Le Maire a pris publiquement ses distances avec le chef de l’Etat, après sept années de considérations flatteuses à son endroit. La dissolution de l’Assemblée nationale, « c’est la décision d’un seul homme », a-t-il lâché, amer, début juin. Avant de railler les « cloportes » qui pullulent à l’Elysée. Aux élections législatives, l’ancien député de l’Eure a défendu le « ni La France insoumise (LFI) ni Rassemblement national (RN) », de préférence au front républicain, jetant par-dessus bord le « dépassement » originel du macronisme. « Il est redevenu le Bruno Le Maire de la primaire LR[Les Républicains] , alors qu’il avait réussi à incarner une certaine hauteur de vue depuis 2017 », observe froidement un ancien ministre.

Le maire du Havre, Edouard Philippe, s’est, lui aussi, émancipé durant cette séquence, de manière plus flagrante et plus assumée que Bruno Le Maire. Emmanuel Macron a « tué la majorité », accuse l’ancien premier ministre, le 20 juin. Le soir du second tour, il explique aux Français, aussitôt les résultats connus, que le chef de l’Etat a conduit le pays dans « une grande indétermination »,les exposant à « des dangers redoutables ».

« L’opinion a retenu que la rupture avec Macron était actée », note Frédéric Dabi. Les circonstances ont accéléré cette autonomisation. « Ça n’a pas été conçu ainsi, mais il était dans un désaccord profond avec le président et n’avait aucune raison de ne pas le dire, justifie le député européen Gilles Boyer, un fidèle. C’est une période qui change tout pour tout le monde, qui remet les compteurs à zéro. »« Il n’a pas été à la hauteur du moment », estime un ministre, pour qui « la dissolution a contrarié les petits plans » du président d’Horizons.

Une « boule puante »

Aux législatives, Edouard Philippe, qui a dû voter communiste au second tour, a érigé le strict « ni LFI ni RN » au rang de « valeur », mais n’a pas été suivi par tous ses candidats. Le procès en droitisation a redoublé après la révélation par Libérationde la tenue d’un dîner privé chez Thierry Solère, ancien conseiller d’Emmanuel Macron, entre l’ancien premier ministre et Marine Le Pen, en décembre 2023. Invité du « 20 heures » de TF1, mardi 9 juillet, le maire du Havre s’en est défendu maladroitement. « Moi, j’aime bien rencontrer des gens », a-t-il répondu au journaliste Gilles Bouleau, après que celui-ci s’est étonné qu’Edouard Philippe ait eu « besoin » de dîner avec Marine Le Pen pour constater « leurs désaccords ».

Les proches de l’ancien premier ministre voient dans le scoop une « boule puante » qui aurait été « téléguidée »… le regard tourné vers l’Elysée. « Le dîner avec Marine Le Pen, je n’imagine pas que ce soit l’acte lourd qui va perdre Edouard Philippe », considère cependant Frédéric Dabi, tout en observant que la période ne lui a pas permis de « capitaliser» dans l’opinion. Le parti Horizons est celui qui, au sein de la coalition présidentielle, résiste le mieux, avec 25 députés réélus sur 30 sortants, fait-on valoir au siège de l’avenue d’Iéna. De plus, en se présentant sous leurs propres couleurs, les candidats Horizons ont permis de remplir les caisses du parti. Si Edouard Philippe sort abîmé de ces cinq semaines tumultueuses, au moins les Français ont-ils compris qu’il « se voit à fond », lui aussi, dans la prochaine compétition présidentielle.

L’objectif de son ami Gérald Darmanin est moins clair, en revanche. Le ministre de l’intérieur, réélu en grande partie grâce aux électeurs de gauche dans sa circonscription de Tourcoing (Nord), menace désormais de voter une motion de censure contre un gouvernement dont feraient partie des ministres de LFI ou des Ecologistes. « Je censurerai des ministres qui viendraient de cette gauche-là », a-t-il lancé, le mercredi 10 juillet, sur Europe 1, tandis que les partis alliés du Nouveau Front populaire tentent de se mettre d’accord sur un premier ministre.

Darmanin « dans la manœuvre »

Alors qu’il convoitait, encouragé par le chef de l’Etat, la présidence du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, Gérald Darmanin a pu mesurer l’étendue de la désaffection dont il souffre désormais parmi les députés, lors de la succession de réunions internes qui se sont tenues tout au long de la semaine. Mardi, son souhait d’exclure Les Ecologistes du périmètre des négociations d’une coalition a irrité une partie des élus présents. Mercredi, ses manœuvres pour ajourner l’élection du président du groupe Renaissance ont achevé de braquer une partie des troupes.

Le résultat du scrutin interne, qui se tient samedi 13 juillet au matin, ne fait désormais plus de doute : Gabriel Attal fait figure de grandissime favori – s’il est finalement libéré de Matignon par Emmanuel Macron. Gérald Darmanin, dont la candidature avait été interprétée comme acquise par les participants aux conciliabules, a fini par reculer, assurant aujourd’hui n’avoir jamais brigué le mandat. Reste à savoir quelle place à la hauteur de ses ambitions pourrait occuper l’ancien maire de Tourcoing, dont on redoute un départ pour Horizons avec quelques fidèles.

« Il faut que tous ceux qui aspirent à de hautes fonctions puissent trouver un espace d’expression qui leur corresponde, affirme un ministre proche du locataire de Matignon. Mais ça ne marche plus si, à un moment, vous dites : “Puisque c’est ça, je me casse.” » La porte est grand ouverte du côté d’Edouard Philippe, où l’on jure cependant qu’il n’a jamais été question que le ministre rejoigne l’écurie philippiste. « Gérald est dans la manœuvre et ne s’interdit rien, résume un cadre d’Horizons. S’il peut être le premier ministre de Macron, il le sera ; s’il peut faire un coup avec Edouard Philippe, il le fera ; s’il peut prendre la tête de Renaissance, il la prendra… »

Le premier ministre, Gabriel Attal, est le seul qui aura réellement marqué des points, dans le camp présidentiel et dans l’opinion, depuis le 9 juin. S’il lui a fallu quarante-huit heures pour encaisser la dissolution, équivalent d’un « TGV conduit par le président en pleine figure », selon un ancien ministre, Gabriel Attal a su retourner la situation en incarnant, sur le terrain et dans les médias, le « tout contre le RN ».

Des dizaines de parlementaires de la coalition présidentielle doivent leur réélection au front républicain défendu par le premier ministre. « Même s’il n’est pas le dernier à négocier avec Les Républicains, Attal apparaît, dans le bloc central comme une force de résistance à la droitisation », souligne l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis. Et se recentre, après avoir gouverné à droite. Le directeur de l’IFOP voit le premier ministre comme le « grand gagnant de la séquence dans le camp présidentiel : il a capitalisé sur une forme de distinction avec Macron, sans aller jusqu’à la rupture ». Mais la crise est loin d’être terminée.

Le Figaro, no. 24848
Le Figaro, samedi 13 juillet 2024 2046 mots, p. 8

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12 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Bruno Le Maire, les derniers jours d'un septennat à Bercy

L'indéboulonnable ministre de l'Économie s'apprête à tourner la page du gouvernement, mais pas de la politique.

Bayart, Bertille

Sur la côte basque, le brouillarta est un phénomène climatique singulier; en faisant tomber d'un coup une masse d'air chaud sur l'océan, il déchaîne des vents violents, creuse en mer des vagues de plusieurs mètres de hauteur, soulève sur les plages des tempêtes de sable inattendues.» Le brouillarta que Bruno Le Maire décrit ainsi en introduction de son dernier livre, LaVoie française (Flammarion), s'est abattu sur le paysage politique français le 9 juin à 21 heures, à l'initiative du président de la République.

Depuis ce jour de dissolution, c'est écrit : pour Bruno Le Maire, cette fois, Bercy, c'est fini. Le septennat du ministre de l'Économie et des Finances d'Emmanuel Macron, détenteur du titre de la longévité à ce poste de la Ve République, s'achèvera dès qu'un nouveau gouvernement aura été formé. Dans les bureaux de son cabinet, on commence à faire les cartons. Les sacs-poubelles emportent les souvenirs inutiles. Mercredi soir, le ministre a réuni une dernière fois ses directeurs d'administration centrale. Le paquebot de Bercy avait perdu l'habitude de l'alternance. Ces jours-ci, bringuebalé de l'hypothèse d'un gouvernement RN à la possibilité d'un gouvernement Nouveau Front populaire, en passant par l'ingouvernabilité, il tangue, comme le pays. Au sixième étage, le ministre contemplait le désastre, soufflé par une campagne dominée par les populismes, marquée par «une déréalisation complète du débat public» , aux conséquences vertigineuses.

Comme beaucoup de ses collègues d'un gouvernement bientôt démissionnaire, mais pas encore remplacé, Bruno Le Maire espère que cette période de fonction sans pouvoir, d'entre chien et loup politique et institutionnel, ne s'éternisera pas trop. «Je suis encore ministre et je le serai jusqu'à la dernière minute de la dernière heure de mes fonctions», assure-t-il. Mais chacune de ces minutes est amère. La comédie du pouvoir bascule du jouissif au pénible au moment où celui-ci s'achève. Les appels dont le but est de décrocher une ultime décision, ou une Légion d'honneur in extremis, sont probablement les pires.

Le Maire n'a plus qu'une envie : partir chez lui, à Saint-Pée-sur-Nivelle, dans le Pays basque, avec les Pensées,de Pascal, sous le bras pour les relire une dixième fois. Quitter Paris et son atmosphère politique «toxique» pour quelques jours, quelques semaines. Retrouver pour un temps le silence. «Il faut parfois accepter de se taire. On peut mener des combats hors de l'Assemblée. Les gens ont besoin de silence. Tout le monde devient inaudible dans ce vacarme» , dit-il. Et puis, c'est long, sept ans. «Une épreuve, y compris physique, décrit Bruno Le Maire. Mais aussi un honneur.» Il a fait le compte : 350 conseils des ministres, une vingtaine de G7 Finances, quatorze G20 Finances, sept G7 aux côtés du président et autant d'assemblées du FMI. Des allers-retours innombrables à Bruxelles, Berlin, Washington et ailleurs. Le normalien-diplomate a certes voulu Bercy - il l'avait déjà espéré en 2011 avant que François Baroin ne s'y impose sous son nez. Il a aimé Bercy, probablement le seul ministère qui n'enferme pas son locataire dans un écosystème étroit. Un jour, il faudra qu'il croque dans un livre la galerie de portraits de ceux qu'il y a côtoyés, ministres étrangers ou patrons du CAC 40. Il a aimé la puissance projetée par ce ministère, dans lequel il a progressivement agrégé sous sa seule autorité de plus en plus de compétences : comptes publics, numérique, PME, industrie, énergie . «Ça fait vingt-deux ans que je suis engagé en politique» , dit celui qui est entré dans la machine gouvernementale au cabinet de Dominique de Villepin et a été trois fois élu député de l'Eure (en 2007, 2012 et 2017). «Cela me fera beaucoup de bien de prendre un peu de distance.»

Le futur ex-ministre de l'Économie sait déjà ce qu'il fera ensuite. Il écrira, bien sûr, lui qui se définit d'abord comme un écrivain. Sur quoi ? On verra. «Les livres s'imposent à moi» , dit-il. Et, à partir du 15 septembre, il enseignera. Ce devrait être officiel pendant l'été, dès que son bail à Bercy aura été effectivement résilié. Bruno Le Maire, qui en fait à juste titre un motif de fierté, a démissionné de la fonction publique. Et il n'a plus de mandat électif. Or il faut bien gagner sa vie.

Jeudi, le ministre a rangé sa chambre. Il a envoyé aux ministères leurs nouveaux plafonds de dépenses 2024, calculés pour porter à 25 milliards d'euros l'effort d'économies et respecter l'engagement de contenir à 5,1 % du PIB le déficit public cette année. Libre au prochain gouvernement de faire autrement. Il a aussi fait publier un audit demandé le 17 juin à l'Inspection générale des finances, qui fait la photographie de l'état, à date, des comptes publics et de l'économie du pays. Ainsi qu'un rapport sur les raisons de l'erreur à 0,6 point de PIB, qui a conduit le déficit à atteindre 5,5 % et non 4,9 % l'an dernier. La faute à une faible élasticité des recettes fiscales, inédite depuis 1991. Documents techniques, enjeu très politique. Bruno Le Maire soigne son bilan. Pas question pour lui de se faire refiler le mistigri de la responsabilité du désastre qui vient de frapper la macronie.

La dissolution n'est pas de son fait. Il n'a pas été consulté. Ni écouté quand il a dit, à l'Élysée, le dimanche 9 juin, qu'une dissolution de convenance serait le plus sûr chemin vers la crise de régime. Un mois plus tard, il réfute toujours l'argument qui le concerne le plus directement : la certitude d'une motion de censure lors du vote du prochain budget, qui aurait de toute façon fait sauter le gouvernement Attal. Le locataire de Bercy n'y croit pas. «La chute du gouvernement n'était pas écrite, il y avait une voie de passage» , répète-t-il. À ses yeux, les députés LR auraient renoncé à appuyer sur le bouton, surtout si l'exécutif avait fait gré à leur exigence d'indexation des retraites - du reste confirmée depuis. Allez savoir ! Ces raisonnements font partie de ce grand jeu des uchronies qui tient éveillé la nuit depuis un mois un camp présidentiel complètement déboussolé.

Plus fondamentalement, Bruno Le Maire tente de contrer l'idée qui s'est installée de la perte de contrôle sur les finances publiques. Malgré les chiffres qui donnent à la France le bonnet d'âne de la classe des grands pays européens : le déficit donc, et la dette de 3 100 milliards d'euros. Le ministre tente de recalculer son bilan. Le chiffre de « 1000milliards de dette en plus» en sept ans ne veut rien dire, martèle-t-il. Il faut le rapporter au PIB. Soit 13 points de plus, ou encore 350 milliards d'euros, selon lui essentiellement imputables aux crises du Covid et de l'inflation. Pas de regrets : «Le coût a été élevé, mais il était nécessaire pour épargner aux Français des conséquences économiques et sociales bien plus graves encore sur l'emploi, l'activité, la croissance et, au bout du compte, sur les finances publiques» , écrivait-il cette semaine dans une tribune publiée dans nos colonnes. Avant que son septennat ne soit percuté par ces crises hors norme, la France était sortie de la procédure communautaire pour déficits excessifs et le déficit avait été ramené sous les 3 %.

Mais, quoi qu'il en dise, cette dette record risque d'être son sparadrap. Le septennat Macron-Le Maire aura été une variante de Sept ans de réflexion, avec la politique du chèque dans le rôle de Marilyn Monroe et de la tentation irrésistible. Sauf si le temps fait son oeuvre. Et si la mémoire rétinienne de l'opinion retient les alertes du ministre ces derniers mois, conjurant la majorité et l'opposition de trouver des pistes d'économies, lançant des idées d'économies - filière seniors des retraites par exemple - comme autant de ballons d'essai. Le ministre a soigneusement consigné dans une pochette chacune de ses notes transmises depuis août 2023 au président dans ce sens. Emmanuel Macron n'a pas voulu les saisir. Il a continué à miser sur la croissance et le taux d'emploi pour soigner les comptes, alors que Bruno Le Maire pensait qu'il fallait y ajouter une couche d'économies structurelles. Là était leur différend depuis l'élection de 2022.

Bruno Le Maire aurait peut-être mieux fait de partir plus tôt. La question s'est posée plusieurs fois depuis 2022. Son entourage l'y a très vivement encouragé début 2024, au moment du remaniement qui a conduit Gabriel Attal à Matignon. Il a voulu rester. À défaut de bons comptes, peut-être le ministre espérait-il, une fois la vague inflationniste passée, recueillir pleinement les fruits de la politique de l'offre, de stabilité fiscale et de soutien aux entreprises, menée depuis sept ans avec constance. Celle-ci, estime-t-il, a constitué «un changement de politique économique aussi radical que celui opéré en France en 1981». La baisse du chômage et l'attractivité enfin retrouvée du pays sur la carte du monde sont des acquis, et ses trophées. Le succès du plan épargne-retraite, qui a séduit 11 millions de Français, aussi. «L'enjeu, c'est la transformation du modèle économique de la France: nous devons redevenir un pays de production. Nous devons soutenir l'industrie et l'innovation. Nous devons améliorer notre prospérité. Cela prendra dix ans, peut-être vingt ans, mais la trajectoire pendant sept ans a été rectiligne. Les finances publiques, ce n'est que le moyen» , affirme-t-il.

Ce bilan est bon. Il se laisse même parfois aller à le qualifier d' «exceptionnel» , fidèle à l'air satisfait que ses adversaires et interlocuteurs lui reprochent si volontiers. Mais il y a belle lurette qu'on sait que la célèbre maxime d'un conseiller de Bill Clinton, «It's the economy, stupid!» , est fausse. On ne gagne pas d'élections sur un bilan économique. Ce qui n'empêche pas le ministre de ressentir déjà le sentiment d'un immense gâchis, de désespérer du virage politique qui s'annonce, peut-être de la catastrophe, si le Nouveau Front populaire parvient à s'imposer au pouvoir. «Un naufrage économique et financier» en puissance.

Raison de plus pour reprendre sa liberté, après sept années de loyauté impeccable en public à Emmanuel Macron. Venu de la droite avant le premier tour de la présidentielle de 2017, Le Maire n'a jamais été de la famille des macronistes pur jus, souvent élevés dans les rangs de la social-démocratie de gauche. Demain, pourtant, peut-être sera-t-il de ceux qui les derniers chercheront à convaincre le chef de l'État de ne pas démissionner quand la pression politique sera tout entière dirigée dans ce sens. «Il faudra faire bloc derrière le président de la République» , dit-il. Ultime paradoxe.

Depuis ses 2,4 % à la primaire de la droite de 2016, qu'il a appris à tourner en autodérision, la carapace s'est épaissie. En sept ans, Bruno Le Maire a appris à parler plus fort. «Il ne faut pas être bon garçon. Il faut être moins propre sur soi», disait-il en avril. Il n'y aura pas d'héritier du macronisme qui vient de se saborder, mais une foire d'empoigne qui a probablement commencé dimanche dernier. Car il y a une force centrale dont le socle électoral est solide, un dépassement à reconstruire.

«Il faut refonder une idéologie, estime-t-il aujourd'hui. Les autres, on sait ce qu'on achète» ,la justice avec la gauche, la lutte contre l'immigration avec le Rassemblement national . «Mais, nous, qu'est-ce qui nous définit?» Bruno Le Maire veut prendre le temps d'y réfléchir. Repenser les exigences d'écologie et de sécurité, le capitalisme, les institutions. Il a posé des premiers jalons, avec son idée d'un «État protecteur» plutôt que providence, avancée au printemps. Après Bercy, il sera temps pour lui de rencontrer, de dialoguer, de se poser, de comprendre, de penser un pays qui s'est «structuré depuis 400ans comme un État-nation, mais où l'État, ses services publics, son autorité, son école, et la nation, avec la montée du communautarisme et de l'individualisme, sont considérablement affaiblis». Bref, Bruno Le Maire n'envisage pas un instant de quitter la politique. Il prend un peu de champ, c'est tout. Avant de revenir , «et pas pour jouer les seconds rôles». Une autre version du «pas seulement en se rasant» de Nicolas Sarkozy. Permanence de la politique française, même dans le chaos du moment : c'est toujours l'élection présidentielle qui les fait courir. B. B.

Le Figaro, no. 24848
Le Figaro, samedi 13 juillet 2024 671 mots, p. 5

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12 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Marine Le Pen durcit son opposition contre le NFP

Laubacher, Paul

Pour Marine Le Pen, la nouvelle donne à l'Assemblée nationale a changé. Il fallait donc faire évoluer la doctrine mariniste au lendemain des élections législatives anticipées qui ont vu l'élection d'un Hémicycle sans majorité claire, et au bord du blocage. Le Rassemblement national (RN) arrive certes en force au Palais Bourbon, avec 125 députés, mais très loin de ses ambitions originelles, qui étaient de conquérir le pouvoir et Matignon, et loin derrière l'union de la gauche sous les couleurs du Nouveau Front populaire (NFP) et de l'ex-majorité présidentielle.

Marine Le Pen, réélue logiquement présidente du groupe parlementaire du RN mercredi dernier, a profité d'une confusion interne au parti nationaliste sur la ligne à tenir face au NFP pour mettre les points sur les «i». «Le bourbier dans lequel nous a plongés Emmanuel Macron ne permet pas de connaître le futur gouvernement de la France», a-t-elle déclaré jeudi soir dans un message publié sur le réseau social X (ex-Twitter), avant d'annoncer solennellement : «Mais il y a une chose qui est sûre: le groupe RN censurera tout gouvernement où des LFI et des écologistes auraient des responsabilités ministérielles.»

Même son de cloche chez Jordan Bardella, président du parti à la flamme, avec un peu moins de précision. «Contrairement à ce qui est annoncé par la presse, le RN censurerait immédiatement un gouvernement minoritaire du NFP, dont les mesures économiques, agricoles et migratoires plongeraient le pays dans le chaos», fait-il valoir lui aussi sur X. «Il ne peut y avoir aucune complaisance avec l'extrême gauche», affirme-t-il.

Future confrontation

Le jeune patron du RN a beau blâmer «la presse», la réaction des deux figures nationalistes est la conséquence avant tout d'un cafouillage interne. Le jour même, Renaud Labaye, secrétaire général du groupe parlementaire et bras droit de Marine Le Pen, expliquait une tout autre position vis-à-vis de la gauche. «Par principe, on ne censure jamais pour censurer. Tout dépendra du gouvernement, du discours de politique générale ou des textes présentés», avait-il annoncé au Figaro. « Nous ne faisons jamais de censure a priori. Si la gauche fait des mesures consensuelles que l'on peut voter, on ne la censurera pas. Puis, la temporalité est importante. Il y a des paramètres à prendre en compte comme la bonne tenue des Jeux olympiques», expliquait-il.

L'argumentation de Renaud Labaye reprenait les préceptes qui ont aiguillé le groupe RN pendant deux ans à l'Assemblée nationale, ceux d'une «opposition constructive», capable de voter des textes du gouvernement, ou même d'un autre parti, «s'ils vont dans le bon sens» , et qui ne pratiquait pas l'obstruction parlementaire pour faire échouer un texte. Autrement dit : l'institutionnalisation du parti lepéniste. Cette attitude «constructive» a, par exemple, permis à la loi immigration, votée dans la douleur par le camp présidentiel, d'être adoptée grâce aux votes des élus marinistes.

Les stratèges nationalistes avaient estimé que les Français, en accordant alors une majorité relative à Emmanuel Macron, donneraient le point au parti qui serait capable de jouer le jeu de cette nouvelle donne parlementaire. Deux ans et une dissolution plus tard, l'élection de 125 députés RN vient confirmer, selon eux, leur stratégie. «Tout ce que l'on a gagné aux législatives vient en grande partie de notre travail dans l'Hémicycle, remarqué par nos électeurs, actuels et futurs» , juge un député.

La déclaration de Marine Le Pen vient clarifier le rôle qu'entendent avoir ses élus dans cette nouvelle Assemblée nationale. L' « opposition constructive » , qui portait sur des textes soumis à l'Hémicycle, a trouvé sa limite, selon l'ancienne candidate à la présidentielle : la constitution d'un gouvernement «ultra-minoritaire», en l'occurrence du NFP, avec la participation de La France insoumise et des Écologistes.

Surtout, Marine Le Pen pose les bases de sa future confrontation avec «l'extrême gauche» , comme elle définit le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, mais aussi celui de Marine Tondelier, avant une éventuelle seconde dissolution d'ici un an. Elle estime que la principale confrontation aura lieu entre deux blocs : le sien et celui incarné, pour l'instant, par le NFP. P. L.

Libération
samedi 13 juillet 2024 795 mots, p. 11

AUTRE

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12 juillet 2024 - Libération (site web)

Autain, Corbière… «L'Après»-Mélenchon commence

S.N

AUTRE

Garrido, Simonnet, Corbière et Autain ont lancé vendredi un mouvement politique destiné à «mettre du ciment» dans la fragile union de la gauche. Sans savoir encore s'ils rejoindront communistes ou écolos à l'Assemblée.

L e premier jour du reste de leur vie. Deux ans après le début de leur prise de distance avec l'appareil mélenchoniste, ceux que l'on appelle désormais les «frondeurs» de La France insoumise se structurent. Vendredi, Clémentine Autain, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Danielle Simonnet, Hendrik David et l'adjoint au maire de Montreuil, Olivier Madaule, ont convoqué la presse au Bal perdu, un bar de Bagnolet (Seine- Saint-Denis). Pendant que les négociateurs du Nouveau Front populaire tentaient de se mettre d'accord sur une équipe gouvernementale et le nom d'un Premier ministre, les «purgés» des dernières législatives ont lancé «L'Après» pour «Association pour une République écologique et sociale». Un «espace d'incubation» dixit Autain visant à «mettre du ciment» dans la fragile union de la gauche.

Solidarité. Concrètement, L'Après n'est, pour l'instant, pas un nouveau parti mais seulement un «outil politique pour rassembler les citoyens et militants qui se sont reconnus dans le chemin tracé» par «les insurgés» (contraction d'insoumis et de purgés) comme ils s'appellent désormais. Après avoir fait part de leurs divergences stratégiques avec LFI tout en restant dans le mouvement pendant deux ans, ces derniers sont désormais bien en dehors de l'appareil. Certains, comme trois des quatre ex-insoumis présents face à la presse n'ont pas été investis par LFI aux dernières législatives. Autain a rompu d'elle-même par solidarité avec ses camarades. «L'unité doit être plus qu'un sursaut tactique en réaction à la dissolution. Elle doit être une ligne stratégique durable parce qu'elle est indispensable à la victoire contre l'extrême droite», expliquent-ils pour résumer leur démarche. Pour cela, les ex-proches de Mélenchon promettent de faire le lien entre les différentes formations du Nouveau Front populaire. Y compris avec La France insoumise avec qui les rapports sont aujourd'hui exécrables. «Nous n'avons aucune rancoeur, nous ne voulons exclure personne», insiste Alexis Corbière tout en prenant soin de ne pas citer clairement LFI et Jean- Luc Mélenchon. Dans sa présentation, le mouvement devient «la force politique d'où nous venons» et le tribun «le candidat que nous avons soutenu aux dernières présidentielles».

Difficile pourtant d'imaginer pour l'instant les deux camps autour d'une même table. Dans la foulée de la conférence de presse, les lignards de LFI ont attaqué leurs anciens camarades sur les réseaux sociaux en affirmant, capture d'écran du journal officiel à l'appui, qu'ils avaient prévu de «trahir» avant la «purge». «Date de déclaration : 21 mai. “L'Après” c'était déjà avant», a par exemple tweeté l'ancien parlementaire Adrien Quatennens. «On avait déjà prévu de créer une association car on avait des désaccords, on était mis à l'écart de tout ! Vu l'ambiance des européennes, les insultes qui fusaient contre les partenaires d'aujourd'hui : oui, nous avions déjà en tête qu'il fallait un espace associant les insoumis attachés au rassemblement des gauches et des écologistes, condition pour gagner», justifie Clémentine Autain après du service CheckNews de Libération.

Courrier. Face à la presse, les frondeurs ne manquent pas de souligner que Picardie debout, le petit parti de François Ruffin est dans l'aventure. «C'est un symbole fort», insiste Hendrik Davi. Pour autant, le député tout juste réélu dans la 1re circonscription de la Somme ne fait pas partie de l'aventure à titre personnel. «Mais le dialogue est total. Il suit ce que nous faisons avec bienveillance. Il est un peu comme le parrain de ce que nous construisons», assure Alexis Corbière. D'ailleurs pour montrer qu'il n'existe pas une feuille de cigarette entre eux et le Picard, les «insurgés» certifient que tous siégeront dans le même groupe parlementaire durant la législature qui s'ouvrira mardi.

Reste désormais à savoir où. Les frondeurs, qui ont adressé mardi un courrier aux communistes et aux écologistes pour proposer de ne constituer qu'un seul groupe, n'ont pas obtenu gain de cause. Les rouges, affaiblis par les pertes de plusieurs de leurs figures au Palais-Bourbon – au premier rang desquels Fabien Roussel –, tiennent à préserver leur identité. Qui plus est l'année du centenaire de l'arrivée du PCF à l'Assemblée nationale. Les anciens insoumis doivent donc choisir entre les verts et les communistes. Les alliés se laissent du temps pour arrêter la meilleure option. A priori, les «insurgés» ne devraient pas emporter grand monde du groupe LFI avec eux. Les quelques ruffinistes comme Damien Maudet et Christophe Bex semblent bien partis pour ne pas bouger. Rien de très surprenant pour Clémentine Autain : «On voit très bien que la menace pèse lourdement sur ceux qui peuvent avoir un esprit critique.» Mais l'élue de Sevran veut croire que les choses ne restent pas figées éternellement. Elle affirme : «Nous embarquerons du monde avec la dynamique que nous créerons.»

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, samedi 13 juillet 2024 961 mots, p. AUJM7
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13 juillet 2024 - Le Parisien
20 septembre 2024 - Le Parisien (site web)

« Il s'agit d'éviter le chaos du pays »

En pleine recherche d'une majorité, la ministre de la Culture Rachida Dati presse la droite de répondre favorablement à Emmanuel Macron et de soutenir un gouvernement de coalition.

Propos recueillis par Marion Mourgue et Alexandre Sulzer

Toujours ministre ,Rachida Dati juge que « la dissolution n'était pas inutile » et que le « Nouveau Front populaire est divisé sur tout. « Cela prouve leur impréparation à gouverner le pays », estime-t-elle.

Vous êtes toujours ministre de la Culture. Jusqu'à quand ?

RACHIDA DATI.Je suis toujours ministre. D'ailleurs, j'ai annoncé jeudi des mesures ambitieuses et inédites dans le cadre du Printemps de la ruralité pour permettre un meilleur accès à la culture pour 22 millions de nos compatriotes. Il y aura désormais une direction dédiée à la politique culturelle dans la ruralité au ministère de la Culture. Et, la semaine prochaine, j'annoncerai le nouveau Pass culture suite à une réforme en profondeur que j'ai menée depuis cinq mois. Ce nouveau Pass culture permettra enfin de réduire les inégalités d'accès à la culture et aux métiers de la culture pour les jeunes, en y intégrant enfin de la médiation et de la formation. Et je poursuivrai cette mission jusqu'à la décision du président de la République de former un nouveau gouvernement.

Dans une lettre aux Français, Emmanuel Macron demande aux groupes politiques de s'organiser : n'est-ce pas un peu facile après avoir dissous ?

Dans ce message aux Français, le président de la République en appelle à la responsabilité des républicains de tous bords dans l'intérêt du pays. Il demande que chacun, dans ce moment de gravité et de solennité, prenne ses responsabilités. Les résultats de ces élections nous obligent compte tenu du taux de participation historique, avec un résultat assez clair : personne n'a la majorité. Et la gauche, toutes tendances confondues, est particulièrement minoritaire dans le pays puisqu'elle réunit tout juste 27 % des voix. Pour finir, s'adresser à l'ensemble des Français est toujours une marque de considération.

Qui a le profil idéal pour conduire un gouvernement ?

Une personnalité qui est convaincue que sa mission sera d'éviter de livrer le pays à l'aventurisme des extrêmes.

Le Nouveau Front populaire s'apprête à proposer un nom pour Matignon. Faut-il le mettre de côté par principe ?

Le Nouveau Front populaire est divisé sur tout : sur les idées et sur les personnes. Et tout cela prouve leur impréparation à gouverner le pays. Ce qui est majoritaire dans le pays, c'est une demande de protection, de contrôle des flux migratoires, de revalorisation de la valeur travail et, avec elle, du pouvoir d'achat. C'est le développement de notre souveraineté industrielle, qui passe, en particulier, par la relance du programme nucléaire. Le souhait majoritaire des Français, c'est cela. C'est l'inverse des proclamations du NFP.

Mais était-ce à vos yeux une bonne idée de dissoudre ?

La forte participation des Français à ces élections montre à elle seule que la dissolution n'était pas inutile.

Le macronisme est-il « mort », comme le jugent certains macronistes ?

Ce qui a fait la force d'Emmanuel Macron, c'est de souligner que l'intérêt du pays peut être un enjeu partagé par des personnalités de tous bords. Et cette conviction, je la partage et elle n'est pas morte.

Le RN a été fort au premier tour et le front républicain a fonctionné au second. Quelles leçons en tirer ?

Une majorité de Français s'est mobilisée au premier tour contre l'extrémisme de gauche et au second tour contre l'extrémisme de droite. Il y a donc, avec le soutien de la majorité des Français, un chemin pour les républicains de tous les bords. C'est pour cela que le président de la République appelle à la concertation et à la responsabilité.

Mais êtes-vous optimiste sur la sortie de crise ? Les législatives ont eu lieu il y a une semaine...

L'intérêt du pays exige que nous restions mobilisés. Mon optimisme se situe là. J'espère que le bon sens l'emportera partout, en particulier dans ma famille politique, celle de la droite républicaine.

Laurent Wauquiez a-t-il raison d'exclure toute participation de LR au gouvernement ?

À ce jour, les discussions ne sont pas figées. Laurent Wauquiez a proposé un pacte législatif. Ce pacte législatif peut amener à une participation ou non au gouvernement. Mais l'essentiel est d'être en soutien à ce gouvernement de coalition. Nombreuses sont aujourd'hui les personnalités de la droite républicaine à vouloir s'engager dans la recherche d'une coalition pour l'intérêt de la France. J'appelle la droite républicaine à soutenir une coalition. Nos électeurs ne nous pardonneraient pas d'avoir refusé la main tendue par le président de la République, alors qu'il s'agit d'éviter le chaos au pays.

À Paris, la droite n'a pas obtenu de députés et le camp macroniste a perdu trois sièges au profit de la gauche. N'est-ce pas annonciateur de mauvaises nouvelles pour les municipales ?

À Paris, il y a toujours eu un décalage entre les échéances nationales et les échéances municipales. C'était déjà vrai du temps de Jacques Chirac. Je pense que le rejet de la politique de la majorité municipale demeure une donnée forte. L'aspiration à changer Paris est là. Il appartient à tous ceux qui souhaitent changer Paris de se rassembler. C'est comme cela que le député Jean Laussucq (ancien directeur de cabinet de Rachida Dati, élu d'une circonscription qui comprend le VII e arrondissement) a réussi à rassembler une majorité d'électeurs dans la 2 e circonscription de Paris. À titre personnel, j'en suis extrêmement fière.

Anne Hidalgo se baignera le 17 juillet dans la Seine. Et vous ?

Je ne suis pas certaine que ce soit le dossier le plus prioritaire de la Ville de Paris. D'autres dossiers mériteraient beaucoup plus d'énergie et d'investissement.

Le Figaro, no. 24848
Le Figaro, samedi 13 juillet 2024 978 mots, p. 11

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12 juillet 2024 - Le Figaro Étudiant (site web)

Lycée juif Yabné : les conclusions de l'enquête créent des remous

Lancée jeudi matin, après des soupçons de discrimination au bac, elle a livré ses résultats le soir même, suscitant doutes et interrogation.

Ferrand, Emma

En moins de douze heures, le ministère de l'Éducation nationale a levé le mystère. Après avoir lancé, jeudi matin, une enquête administrative au sujet des soupçons et accusations de discrimination envers des élèves juifs au bac, il a rendu ses conclusions le soir même. Il estime que les éléments recueillis «ne permettent pas de conclure que les élèves du lycée Yabné auraient subi une quelconque discrimination à raison de leur religion supposée ou de leur établissement d'origine ».Le résultat autant que la méthode questionnent les principaux intéressés.

L'enquête a été lancée par Nicole Belloubet alors que 15 lycéens de l'école Yabné, un brillant établissement juif privé sous contrat, dans le 13e arrondissement de Paris, avaient indiqué avoir été «saqués» à l'épreuve du grand oral par deux jurys, qui se déroulait au lycée Charles-de-Foucauld.

Pourtant, le ministère se veut clair : «Si certains élèves ont pu connaître des notes plus faibles à cette épreuve très spécifique du grand oral qu'à celles d'autres épreuves écrites dans les mêmes matières, rien n'établit que ces notes attribuées par un jury souverain l'auraient été pour des raisons autres que la maîtrise ou l'absence de maîtrise de cet exercice par ces élèves» , déclare-t-il en ajoutant que les modalités d'examen ont été «conformes».

Le ministère a analysé les notes en physique-chimie des 173 candidats qui ont passé leur épreuve au lycée Charles-de-Foucauld, tous jurys confondus. Puis, il a comparé les résultats de ceux interrogés par les deux jurys qui posent question. Pour le premier jury, l'analyse des résultats, «en comparant les élèves issus de Yabné et les autres élèves, ne révèle aucune distorsion de notation». Pour le deuxième, s'il «s'est montré globalement plus sévère, rien ne permet de retenir une discrimination réelle ou supposée à l'égard des élèves du lycée Yabné» , affirme l'enquête réalisée «avec rigueur et précision» , comme le souligne Nicole Belloubet sur X.

Pour l'école Yabné, c'est la douche froide. Si son avocat, Me Patrick Klugman, salue l'enquête «dans son principe» , il regrette que l'affaire n'ait été prise au sérieux que huit jours après le premier signalement, «jusqu'à ce que la crise devienne médiatique». «Puis, c'est devenu un empressement pour le ministère» , relève l'avocat. Pour lui, surtout, l'enquête, telle qu'elle a été menée, ne permet pas de justifier qu'il n'y ait pas eu de discrimination. «Nous regrettons que l'enquête ait été aussi rapide et définitive dans ses conclusions. Nous aimerions partager ces dernières en disant que toutes les vérifications ont été faites. Mais cela n'est pas possible, ni juridiquement, ni scientifiquement» , ajoute Me Klugman.

Ainsi, le lycée Yabné appelle le ministère à «rassurer les familles le plus méticuleusement possible» et «à poursuivre cette enquête de manière ouverte, sereine et transparente» , insiste l'avocat. Celui-ci souhaiterait que les jurys, les bacheliers et l'établissement d'origine soient entendus. «L'école a ses propres statistiques au sujet de ses 138élèves qui passaient le bac. Cela peut donc être intéressant de les consulter» , plaide-t-il. Il aimerait en outre que les lycéens et enseignants concernés soient reçus pour que leurs versions soient entendues. «Plusieurs propos rapportés circulent. Une professeur de mathématiques aurait entendu ses confrères dire « ce sont encore des élèves de cette école » en parlant des candidats de Yabné. Il faut éclaircir la situation» , martèle-t-il.

De son côté, le ministère se justifie : «L'école a saisi la ministre avec tous les éléments qu'elle souhaitait notifier.»Ajoutant que « les membres des jurys, qui provenaient de quatre établissements parisiens différents, n'ont pas été entendus à ce stade». Le ministère assure par ailleurs avoir consulté les notes de spécialité des lycéens concernés, pour évaluer leur niveau. «Mais les deux types d'exercices n'ont rien à voir», précise-t-il. Le reste du dossier académique des candidats n'a pas été regardé.

L'école Yabné n'est pas la seule à s'interroger sur ces résultats. Julien Dray, ancien député, qui s'était déjà exprimé mercredi sur X pour appeler à clarifier la situation, a de nouveau partagé sa sidération : «L'Éducation nationale se moque du monde. En 24heures, elle nous dit : « On a vérifié, tout est normal. » C'est une honte digne des grandes lâchetés administratives de ce pays... une longue histoire!» , a-t-il écrit. Avant d'ajouter, dans un nouveau tweet : «Une enquête menée en 24heures... et on me dit que je suis parano, complotiste, antiprofs, que je (ne) vois tout que par le prisme juifetc. OK, mais il se trouve que je suis fils d'enseignant, que j'ai été prof moi même,etc. Donc désolé mais des jurys qui saquent j'en ai vu...»

À l'inverse, d'autres se réjouissent des conclusions de cette enquête. En particulier la communauté enseignante, directement pointée du doigt dans cette affaire. Dans un communiqué de presse, le syndicat national des lycées et collèges (Snalc) partage son soulagement : «Le Snalc a été horrifié de l'emballement médiatique qui s'est produit suite à une rumeur concernant l'épreuve du grand oral. (...) Le Snalc rappelle que l'école est aujourd'hui le principal rempart contre l'antisémitisme, comme elle l'est contre toutes les formes de discrimination.» Pour le syndicat, cette situation est surtout l'occasion de demander la suppression de l'épreuve, issue de la réforme du bac. «Sans surprise, et comme le prévoyait le Snalc, l'enquête a lavé nos collègues de tout soupçon, et n'a fait que révéler ce que nous savions déjà, à savoir que le grand oral est une épreuve qui dysfonctionne, tant dans sa préparation que dans son évaluation » , ajoute le syndicat.

Patrick Klugman et l'école Yabné espèrent que leur demande de poursuivre l'enquête sera entendue par le ministère. «On ne souhaite pas en arriver là mais, en dernier recours, nous devrons envisager de porter plainte.»Le ministère, lui, compte en rester là : «Sauf élément nouveau porté à notre connaissance, les investigations sont closes à ce stade.» E.F.

Le Figaro, no. 24848
Le Figaro, samedi 13 juillet 2024 884 mots, p. 4

International

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12 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

À Brienne, un 14 Juillet au goût d'adieu pour Sébastien Lecornu

Samedi, le ministre des Armées accueillera Emmanuel Macron dans le jardin de l'Hôtel de Brienne pour un discours aux troupes, la veille de la fête nationale.

Quinault-Maupoil, Tristan

Imperméables aux soubresauts de la vie politique, les traditionnelles répétitions organisées tout au long de la semaine ont donné un aperçu du défilé qui se tiendra dimanche. Dans le jardin de l'Hôtel de Brienne, on s'active aussi. Comme tous les ans, des gradés en uniforme impeccable y prendront place samedi pour y écouter discourir le chef des armées. Les militaires ont gardé cette habitude d'ouvrir le bal des festivités, alors que les garden-parties des autres ministères ont été supprimées par Nicolas Sarkozy. Ce sera la troisième réception organisée par Sébastien Lecornu, le locataire des lieux depuis l'été 2022. La dernière ? «Je ne sais pas répondre à la question. Cela ne m'appartient pas complètement...», relève le ministre des Armées de 38 ans, qui se prépare à assumer les affaires courantes à compter de la semaine prochaine après la démission du gouvernement. Un oeil sur le déploiement des 18 000 militaires mobilisés le temps des Jeux olympiques, les livraisons d'armes en Ukraine et la situation délicate au Liban où stationnent des hommes sous commandement de la Finul. «Ce ministère, je l'ai fondamentalement voulu. Je l'aime profondément. C'est un lien personnel que j'ai avec le monde militaire. Donc je n'abandonnerai jamais ces sujets. C'est certain» , insiste Sébastien Lecornu vendredi, à son retour de Washington où il a assisté au sommet de l'Otan avec Emmanuel Macron. Bien que le président de la République croie encore à la faisabilité d'une coalition où son camp serait incontournable, l'avenir de Sébastien Lecornu reste incertain.

« Le ministère n'échappe pas à la réalité politique et démocratique. Ça dépendra de ce qui se passera à l'Assemblée. Le président a par le passé pu avoir un droit de regard particulier sur ce ministère...», commente celui qui a été nommé après la présidentielle grâce à la proximité qu'il a cultivée avec l'Élysée depuis 2017. Faisant de lui le plus jeune titulaire du poste depuis la Révolution.

« Le monde nous regarde »

Au moment où bon nombre de figures macronistes se détournent d'Emmanuel Macron, heurtées par sa dissolution ratée, il lui reste «fidèle». «Je suis très mal à l'aise avec ceux qui crachent dans la soupe et manquent de loyauté au président. Beaucoup de gens ont vu changer leur vie grâce à lui. Mon amitié lui est acquise. Certains excès récents sont impardonnables», affirme-t-il, avant de se tenir samedi à Brienne aux côtés du premier ministre, dont la relation avec Emmanuel Macron, est devenue exécrable.

« Je crois à la cohérence. On ne peut pas rejoindre l'aventure Macron en 2017 en croyant au dépassement, et lui tourner le dos sept ans plus tard. Cela ne nous dispense pas de faire notre autocritique, c'est indispensable», dit Sébastien Lecornu tandis que son ami proche, Gérald Darmanin, se tourne de nouveau vers la droite. Et que Gabriel Attal redevient sensible aux sirènes de la social-démocratie après avoir organisé un désistement anti-RN lors des législatives, y compris en faveur des Insoumis.

Face à l'éventualité d'être remplacé par un représentant du Nouveau Front populaire, il prévient qu'il ne faut «pas s'entendre avec des formations politiques qui seraient totalement à rebours des fondamentaux de notre système de défense. Je pense qu'il y a un devoir de clarté, le monde nous regarde». Il a été surpris du contexte géopolitique peu discuté lors des législatives anticipées : «C'est frappant: tout le monde est inquiet sur ces sujets puis au moment de voter ils disparaissent. Le Nouveau Front populaire n'a pas prononcé un mot pour ces questions. Il y a quelque chose de préoccupant: la vie politique ne peut s'exonérer du réel.»

Dans son fief, les équilibres n'ont pas évolué : quatre des cinq circonscriptions y sont toujours détenues par le parti à la flamme. Libéré de sa charge ministérielle, il compte retrouver l'un de ses deux anciens mandats pour «s'occuper de (son) département». «Comme sénateur» ,siégeant au groupe RDPI, «ou président du conseil départemental», si Alexandre Rassaërt, qui a repris son flambeau avant de s'opposer aux macronistes, cède effectivement sa place.

« Je compte bien organiser la reconquête de l'Eure face au RN. C'est absolument certain», assure-t-il, bien que la macronie a été troublée par la parution, mercredi, d'un article de Libérationévoquant sa participation à un dîner avec Marine Le Pen organisé par l'ancien député Thierry Solère. «Je maintiens que le samedi 16mars j'étais chez moi dans l'Eure. Sur le fond, le ministre des Armées se doit de discuter avec toutes les oppositions. C'est plutôt rassurant pour le pays et de bon sens», rétorque celui qui a accueilli «avec indifférence» les remarques outrées de ses collègues. «J'en ai un peu marre de tous ces conseillers, et sans doute ministres, qui se prennent pour Machiavel et qui se comportent comme des Pieds Nickelés», a lâché Roland Lescure (Industrie), cette semaine sur BFMTV.

Qu'importe, Sébastien Lecornu préfère tancer en privé les «bons amis»qui raillent les résultats qu'il obtient dans l'Eure «depuis leur circonscription très confortable», moins difficile que son département. Et promet de prendre plus de place dans les mois à venir : «Je compte continuer à faire vivre le débat d'idées qui en a cruellement besoin.» T.Q.-M.

Le Monde
France, samedi 13 juillet 2024 1582 mots, p. 10
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12 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Santé

Tensions aux urgences l’été : « On s’est habitué »

Des médecins de toute la France racontent comment ils font face aux fermetures et au manque de soignants

Camille Stromboni

On entend peu parler de la santé, mais il n’y a pas beaucoup de choses qui ont évolué sur le terrain, depuis l’été dernier » , décrit Agnès Ricard-Hibon, porte-parole du syndicat SAMU-Urgences de France. Dans les hôpitaux, les tensions restent vives sur les ressources humaines, notamment au sein des services d’urgence, où l’été est un casse-tête depuis des années. Des fermetures « perlées » ; des équipes SMUR (structures mobiles d’urgence et de réanimation) en moins pour intervenir sur les urgences vitales ; des effectifs d’urgentistes réduits… Les mêmes maux se racontent, dans de nombreux territoires, exacerbés à l’heure des congés estivaux. Sur un ton de résignation désormais bien installé.

« L’été dernier, 163 services[sur 650] ont dû fermer, le soir, la nuit, le week-end, et 167 SMUR,reprend la docteure Ricard-Hibon . On avait alerté, mais cela n’aboutit à rien, alors on ne compte plus… On a fini par s’habituer à fonctionner en mode dégradé. » Sur le terrain, les plannings sont loin d’être remplis partout, faute d’urgentistes, mais chaque territoire recherche la « meilleure formule ». « La priorité, c’est de préserver l’“urgence vitale” », souligne cette urgentiste dans le Val-d’Oise. Elle rappelle le déploiement du « pack Braun », 40 mesures décidées par le gouvernement, et notamment l’ex-ministre de la santé François Braun, à l’été 2022, et depuis prolongées : la régulation par le 15 s’est développée à l’entrée de certains services, ou encore les services d’accès aux soins (SAS), qui permettent au SAMU-SAS de s’organiser avec la médecine de ville pour répondre aux urgences non vitales… « Tout reste fragile, avec des situations différentes d’un territoire à l’autre », précise-t-elle.

Au ministère de la santé, dans cet entre-deux post-électoral qui a vu le locataire de l’Avenue de Ségur, Frédéric Valletoux, se faire élire député (Horizons) en Seine-et-Marne, on ne communique pas de chiffres sur des fermetures désormais régulières. Et si l’on acte une « situation fragile », du fait d’un effectif médical qui reste insuffisant, on la qualifie aussi de « moins tendue » que les deux derniers étés. Avec des établissements qui ont pu rouvrir des lits, ce qui doit permettre de désengorger les urgences.

Autre avancée mise en avant : 86 départements sont désormais couverts par un SAS, soit 94 % de la population. En moyenne, 1,2 million d’appels par mois sont traités pour ces demandes de soins non programmés.

En Bretagne, on a dû se résoudre à recourir à un autre outil du « pack Braun » pour la première fois, depuis le 8 juillet, face à des tensions accrues : les citoyens sont appelés à passer par un appel SAMU de manière obligatoire, avant de pouvoir se rendre aux urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes, de même que dans les hôpitaux privés des communes limitrophes de Cesson-Sévigné et de Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine).

Les alertes sont remontées dès le printemps du centre de la région, avec des fermetures à Carhaix (Finistère), Pontivy (Morbihan), Guingamp (Côtes-d’Armor), ou encore Vitré (Ille-et-Vilaine). Et une plus forte activité en juin, sans que les médecins ne puissent vraiment se l’expliquer : « Depuis un mois, nous avons 200 passages par jour », soit une hausse de 10 % par rapport à 2023, rapporte Louis Soulat, patron des urgences rennaises, et par ailleurs vice-président de SAMU-Urgences de France. Sur la carte bretonne, des « signaux positifs » se dessinent pourtant, estime-t-il, avec la réouverture, la nuit, des urgences de Redon, grâce à l’arrivée de quelques jeunes urgentistes. Inversement, à Fougères, cela se dégrade et les fermetures se multiplient, même certaines journées. « Le plus dur va être de tenir la semaine du 15 août », prédit-il.

Lui comme d’autres médecins le soulignent : « Nous avons un point noir, c’est la psychiatrie. » Aux urgences rennaises, chaque jour, de cinq à dix patients attendent qu’un lit se libère. « On se retrouve à faire des contentions de patients, qui restent parfois un jour, deux jours, sur des brancards… c’est inhumain », lâche-t-il.

« Sentiment d’enlisement »

A Bordeaux, premier CHU à mettre en place, dès 2022, une régulation à l’entrée face aux difficultés sur les effectifs médicaux, le « filtre » est maintenu cet été, de 20 heures à 8 heures, explique Philippe Revel, directeur du SAMU de Bordeaux. « On a réussi à stabiliser les effectifs, on est même un peu plus nombreux », souffle le médecin. Il n’empêche, ce sont les tensions dans les centres hospitaliers périphériques du département qui risquent de compliquer la donne : « Beaucoup manquent de médecins ou d’infirmiers. » A l’hôpital de Blaye ou à celui de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde), des fermetures s’annoncent, le soir, la nuit, le week-end… Même le secteur privé est touché, comme la clinique Bordeaux Tondu, celle des Quatre Pavillons ou de Lesparre : « Cela s’étend à des zones isolées », dit-il. En toile de fond, le Covid-19, qu’il voit remonter ces derniers jours, fait craindre des tensions supplémentaires sur les effectifs. « Il suffit d’un arrêt maladie pour qu’un service ferme, parfois », rappelle le docteur Revel.

Les « équipes paramédicalisées de médecine d’urgence » (un ambulancier et un infirmier, sans médecin) mises en place sur les sites les plus touchés par les fermetures, ne le rassurent pas. « C’est une solution dégradée, on le fait parce qu’on n’a pas le choix », dit-il. En 2023, l’équipe paramédicale s’est retrouvée obligée d’intervenir une fois pour un arrêt cardiaque – scénario où « chaque minute compte », disent les urgentistes – faute d’alternative. Le médecin n’a pu arriver qu’une heure plus tard.

En Vendée, autre région touristique qui souffre de la pénurie médicale, l’urgentiste François Brau fait état d’un « statu quo » : « On ne pourra pas empêcher, à certaines périodes, les fermetures de services et de SMUR », dit le médecin de La Roche-sur-Yon. L’effectif médical dans le département a pourtant un peu progressé. « On a arrêté l’hémorragie, mais c’est lent », note-t-il, alors qu’environ 30 % de postes d’urgentistes restent vacants. La régulation par le 15 mise en place depuis l’été 2022, de 20 h 30 à 8 h 30 du matin, est maintenue. « Ça fonctionne très bien, c’est une des actions de résilience qui permet de tenir, que nous souhaiterions voir étendue au niveau national », dit-il. Des fermetures régulières se poursuivent, de manière ponctuelle aux Sables-d’Olonne et à Challans ; plus souvent à Luçon ou à Montaigu. « C’est entré dans les mœurs », dit-il.

Avec des situations qui pourraient devenir la « norme » ? A Montaigu, la fermeture la nuit, permanente depuis des mois, intervenait jusqu’ici sous la forme dérogatoire,un service d’urgence étantcensé être ouvert 24 heures sur 24. Depuis décembre 2023, un décret est venu autoriser de futures « antennes » de médecine d’urgence, qui peuvent n’ouvrir que la journée, à certaines conditions – comme celle d’y maintenir une équipe de SMUR. « Montaigu a été précurseur d’une organisation qui est maintenant réglementaire », remarque François Brau. D’autres services pourraient faire cette bascule : les établissements doivent faire remonter aux autorités de santé,ces prochaines semaines, les demandes de transformation. Une manière d’acter, à bas bruit, sur un sujet très sensible politiquement, que certains territoires ne disposeront plus à l’avenir d’un service ouvert 24 heures sur 24.

« Ce qui m’inquiète davantage, ce sont les patients âgés que l’on voit arriver aux urgences sans médecin traitant, de plus en plus nombreux », reprend l’urgentiste de La Roche-sur-Yon, signe de l’aggravation des déserts médicaux dans son département.

C’est un « sentiment d’enlisement », que partage, de son côté, Marc Noizet, président de SAMU-Urgences de France : « On a réussi à amortir un peu la situation, mais on reste dans une gestion de la pénurie, et on laisse les établissements se débrouiller chacun de leur côté. » Le responsable ne manque pas de pointer ces « très gros services » en difficulté eux aussi : « A Metz, le service fonctionne avec 40 % de l’effectif nécessaire », dit-il.

Autre territoire touristique, autre constat : dans le Var, l’été se présente sous de meilleurs auspices. « Nos perspectives sont plus favorables », relate le directeur du centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint Raphaël et de l’hôpital de Saint-Tropez, Frédéric Limouzy. Alors que les urgences de Draguignan fermaient depuis deux ans la nuit, de même que celles de Saint-Tropez (depuis septembre), « [ils ont] réussi à tout rouvrir, au 1er juin », dit-il. Une réussite « collective » de l’ensemble des équipes du département. Pour l’instant. « Cela reste fragile, il faut continuer de travailler pour que cela devienne pérenne », souligne le directeur, reconnaissant l’importance des heures supplémentaires qu’ont acceptées les médecins pour tenir l’été.

Il n’a pas été décidé, dans le Var, de recourir à une régulation par le 15, mais d’autres mesures organisationnelles ont fluidifié le fonctionnement, telle cette équipe d’infirmières gériatriques d’urgence, qui prend en charge les personnes âgées, décrit-on au centre hospitalier de Toulon. « Contrairement à l’été dernier, nous avons pu rouvrir tous nos lits d’hospitalisation », note le directeur, Yann Le Bras.

« On tient bon, on est sur le pont,soutient Catherine Bouvet-Velly, cheffe de pôle SAMU-Urgences à Toulon. Mais il faut aussi que la population ait un recours le plus raisonnable possible aux urgences, ce n’est pas parce qu’on est ouvert 24 heures sur 24 qu’on peut venir pour tout. »

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, vendredi 12 juillet 2024 1071 mots, p. AUJM6,AUJM7,AUJM7,AUJM8
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12 juillet 2024 - Le Parisien

Cherche majorité... à l'Assemblée nationale

Perchoir|Jeudi 18 juillet, à 15 heures, les députés devront élire le ou la présidente du Palais-Bourbon. Une élection scrutée de près pour observer les futures alliances politiques qui permettraient de trouver un Premier ministre. Charles de Courson déclare dans nos colonnes être candidat.

Olivier Beaumont, Julien Duffé, Marion Mourgueet Alexandre Sulzer

À défaut d'obtenir un Premier ministre, les Français auront le 18 juillet un ou une présidente de l'Assemblée nationale. Avec quelles alliances ? Le scrutin sera observé de près. Surtout par Emmanuel Macron pour observer quelles formations politiques auront été capables de s'entendre sur un nom. « Ne pas avoir la présidence de l'Assemblée nationale, ça veut dire être minoritaire et donc ne pas pouvoir prétendre à Matignon », explique un ténor de la majorité. Pour autant, le chef de l'État a donné des « garanties » à Yaël Braun-Pivet, l'ancienne présidente de l'Assemblée nationale et candidate à sa succession, pour ne pas intervenir comme l'Élysée l'avait fait en 2022.

Ces dernières heures, selon nos informations, des échanges téléphoniques ont d'ailleurs eu lieu entre cette dernière et Emmanuel Macron, alors que le président de la République se trouve à Washington (États-Unis) au sommet de l'Otan. En coulisses, des contacts auraient également été engagés entre Yaël Braun-Pivet et certains élus LR pour s'assurer de leur soutien au moment du vote jeudi prochain, même si à cette heure elle n'a pas échangé avec Laurent Wauquiez.

Pas de candidat MoDem, Horizons n'en a pas discuté

« Sur le fond, sa candidature devient une évidence. La synthèse est en train de se faire autour d'elle », veut croire un membre de son cabinet, avec la volonté que le bloc Ensemble ne procède pas en amont à une primaire ouverte, comme cela avait été le cas en 2022 quand elle l'avait emporté face à Roland Lescure. « Elle a montré lors de la précédente législature qu'elle n'était pas sectaire, et ouverte aux compromis avec les autres groupes. Ça peut compter, dans la période qui s'ouvre... », décrypte un député Renaissance.

Pour cela, le MoDem ne devrait pas présenter de candidat. Le parti Horizons d'Édouard Philippe n'en a pas encore discuté. « On le fera en réunion de groupe mercredi prochain », avance le président Laurent Marcangeli, alors que la députée Naïma Moutchou, jusque-là vice-présidente, aurait esquissé un temps son envie d'y aller, sans donner suite à ce stade. « Si Yaël Braun-Pivet y va, on ne fera pas de barrage », appuie un autre élu du groupe philippiste. Mais peut-elle l'emporter ? « Elle pense qu'on peut gagner, quitte à avoir les voix du RN. Mais comment expliquer qu'on a gagné la présidence de l'Assemblée alors qu'on a perdu l'élection [des législatives] ? Il faut qu'elle accepte que ça ne soit pas elle, juge un ténor du groupe Renaissance. Yaël Braun-Pivet ne peut pas gagner avec les voix du RN après avoir appelé au barrage républicain. Ce n'est pas malin ! »

Côté Rassemblement national, on prétend à l'obtention de deux vice-présidences et d'un questeur (le parti de Marine Le Pen avait deux vice-présidents au cours de l'ancienne législature). « Mais ça dépendra du président élu », reconnaît-on dans l'entourage de la patronne du parti. Sans surprise, c'est Sébastien Chenu, vice-président sortant, qui devrait être le candidat au perchoir, mais le parti ne se fait aucune illusion. « Ils ne nous feront pas ce cadeau », grinçait Marine Le Pen mercredi.

Surtout, le Nouveau Front populaire n'entend pas laisser passer la présidence, revendiquant la victoire aux élections législatives et donc la tête de l'hémicycle. Si Sandrine Rousseau s'est déclarée candidate, c'est l'option Cyrielle Chatelain, ancienne présidente du groupe les Écologistes, qui tient la corde. Sa capacité à travailler avec tout le monde à gauche en fait une personnalité particulièrement appréciée. « Chatelain émerge comme candidate de consensus. Elle constitue un point d'équilibre entre socialistes et Insoumis. Si c'est Chatelain, on a plus de chances que si c'est (l'Insoumise Mathilde) Panot », espère un cadre des Écologistes.

Un point de négociation au sein du NFP

Même si la députée de l'Isère n'entend rien confirmer à ce stade : « Ce n'est pas le moment. Il faut travailler sur des candidatures qui émergent du collectif. Il faut se mettre d'accord ensemble. Et on n'en a pas encore discuté. Le moment n'est pas aux destins individuels mais au collectif. » Car la candidature à la présidence de l'Assemblée nationale fait partie des points de discussion dans le cadre des négociations en cours sur l'équipe gouvernementale du NFP. Raison pour laquelle, à ce stade, le PS ne présenterait pas de candidat : « Si on a le poste de Premier ministre, on ne peut pas avoir le perchoir. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre », indique un socialiste.

À gauche, certains imaginent aussi un plan B : le centriste Charles de Courson. « Il est un plan B idéal, juge un écologiste. Il coche beaucoup de cases. Il avait été très fort au moment de la réforme des retraites en portant la motion de censure avec le groupe Liot. La gauche lui doit quelque chose. Et puis c'est un centriste qui n'a jamais été inféodé à Macron, un parlementaire d'expérience apaisé, avec sept mandats derrière lui. Et un petit-fils de résistant. Son grand-père maternel fait partie des quatre-vingts députés à avoir refusé de voter les pleins pouvoirs à Pétain. »

Le souvenir de la séquence des retraites

Si certains commencent déjà à imaginer un duel face à Yaël Braun-Pivet, plusieurs députés macronistes indiquent déjà qu'ils ne voteront « jamais » pour de Courson, se souvenant de la séquence des retraites qui leur avait coûté cher politiquement.

Le député de la Marne, soutenu par les députés Liot, compte bien, lui, se présenter : « Ma candidature s'inscrit dans la nécessité de respecter la Constitution, à savoir le premier alinéa de l'article 24 de la Constitution : Le Parlement vote la loi. Il contrôle l'action du gouvernement. Il s'agit donc de renforcer le Parlement et de garantir enfin son indépendance par rapport à l'exécutif, ce qui n'est pas le cas lors des précédentes mandatures. » Et d'ajouter : « Nos compatriotes ont voté pour un changement de cap et de méthode, l'élection d'un député indépendant, expérimenté et de dialogue serait un signe fort envoyé par les députés au peuple français. » En coulisses, la campagne bat son plein.

Le Monde
France, vendredi 12 juillet 2024 1352 mots, p. 9
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11 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Le NFP peine à s’accorder sur un premier ministre

Mise sous pression par les manœuvres de la droite et du chef de l’Etat, la gauche enchaîne les réunions

Sandrine Cassini

Sur France 2, mercredi 10 juillet au soir, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, n’a toujours pas de réponse à apporter sur l’identité d’un potentiel premier ministre pour représenter le Nouveau Front populaire (NFP). « Nous avons toutes et tous soif de parvenir à un résultat », promet-il. Trois jours après le second tour des législatives anticipées, gagnées par le NFP d’une courte tête, avec 182 députés, la pression s’accroît sur l’alliance de gauche, alors qu’à droite et chez les macronistes, certains s’activent pour l’écarter du gouvernement.

Mercredi, le chef de l’Etat lui-même nie la victoire du NFP dans une lettre aux Français. « Personne ne l’a emporté », écrit Emmanuel Macron. Il laisse entendre qu’il ne revient pas au NFP de gouverner et invite « l’ensemble des forces politiques » qui se reconnaissent dans les « institutions républicaines », « le parlementarisme », et qui ont une « orientation européenne », à constituer « une majorité ». Le chef de l’Etat veut donc une coalition sans La France insoumise (LFI), qu’il n’a eu de cesse de placer hors de « l’arc républicain ».

Tollé à gauche. « J’ai fait le choix du rassemblement de la gauche et je n’en bougerai pas », rétorque Olivier Faure sur France 2. Et enjoint Emmanuel Macron à « respecter son devoir de républicain, respecter le suffrage universel et respecter le vote des Français ».

Furieux, Jean-Luc Mélenchon dénonce « le retour du droit de veto royal sur le suffrage universel »et « des intrigues de la IVe République ». La veille, l’ancien dauphin et ex-député « insoumis » Adrien Quatennens a appelé à « une grande marche populaire en direction de Matignon », s’attirant une pluie de critiques de la part de ses adversaires, qui ont jugé, comme le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, ses propos « factieux ».

Depuis dimanche soir, le PS, LFI, Les Ecologistes et le PCF multiplient réunions, visioconférences et conclaves pour se mettre d’accord sur un premier ministre potentiel, un gouvernement où chaque formation aurait sa place et une manière de faire. « L’idée, c’est d’atterrir sur un dispositif global : la force qui a le premier ministre n’a pas les autres ministères régaliens », explique le député européen écologiste David Cormand, au cœur des discussions. Ce dernier n’exclut d’ailleurs pas la possibilité « d’élargir à des gens qui veulent rompre avec le macronisme ». « On veut avancer vite, il faut déjouer les manœuvres de Macron, qui va essayer de contourner le vote des Français », exhorte Christian Picquet, membre du bureau exécutif du PCF, également impliqué dans les échanges.

Mais les choses avancent lentement. Mercredi, le maire (divers gauche) de Marseille, Benoît Payan, et le député européen et secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, ont enchaîné les réunions bilatérales avec leurs partenaires du NFP. Vers 18 heures, les quatre délégations de gauche se sont retrouvées à l’hôtel l’Echiquier, à Paris. Contrairement aux négociations sur le NFP, où les sièges des Ecologistes, des socialistes et des communistes avaient abrité les échanges, les partis de gauche ont, cette fois, opté pour des lieux « neutres », à l’abri des caméras.

Pas de chance, mercredi, le journaliste indépendant Clément Lanot débusque la petite équipée cachée dans le 10e arrondissement et filme Benoît Payan, le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, ou la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier.

« Faire preuve de dialogue »

Les cadres de gauche changent alors de lieu, et se retrouvent vers 1 heure du matin. Sans parvenir pour autant à régler l’affaire. La discussion a avancé, selon un protagoniste, sur le « profil » idéal pour Matignon, une femme ou un homme censé(e) « délivrer un message d’apaisement » et « incarner l’unité de la coalition ».

Les communistes souhaitent non pas « un gouvernement qui proclame » la mise en place de tout le programme du NFP, au risque d’être rapidement censuré, mais un gouvernement qui sache « faire preuve de dialogue » et qui soit capable de « réunir des majorités ». Qui pour incarner ce portrait-robot ? Olivier Faure a proposé ses services, mardi, lors de la rentrée des députés. Tout sauf une sortie en solitaire du chef de file du PS.

Ce choix avait été discuté, lundi, lors d’un bureau national, éteignant de facto les autres hypothèses qui avaient circulé, du député des Landes Boris Vallaud à l’ex-élue du Tarn-et-Garonne Valérie Rabault, en passant par la présidente de la région Occitanie, Carole Delga. « Nous avons poussé pour qu’Olivier Faure soit candidat à Matignon parce qu’il faut que les socialistes s’affirment comme une force centrale à gauche. Ils n’encourent pas le rejet que suscite LFI », indique l’ex-député des Bouches-du-Rhône Patrick Mennucci, qui représente le courant des partisans de François Hollande, de retour au Palais-Bourbon et lui aussi favorable à son ancien bras droit au PS.

« Si Mélenchon s’y oppose, la distanciation avec LFI sera consommée », prévient M. Mennucci. Visiblement conscient qu’ils avaient peu de chance de l’emporter en raison d’un nombre plus faible de députés, Les Ecologistes n’ont pas mis de proposition sur la table.

Mais la proposition des socialistes se heurtait encore, mercredi soir, aux « insoumis », qui revendiquent toujours le poste, sans avancer de nom précis, même si certains mettent en avant la députée du Val-de-Marne Clémence Guetté. Depuis des semaines, Jean-Luc Mélenchon assure qu’il reviendra au premier groupe de la coalition de gauche de proposer l’hôte de Matignon, affirmant reprendre l’idée… d’Olivier Faure, émise le 10 juin, au lendemain de la dissolution de l’Assemblée par Emmanuel Macron.

Le premier secrétaire du PS avait imprudemment évoqué cette méthode sur France Inter, misant sur un groupe socialiste « majoritaire dans la majorité »éventuelle, avant de rétropédaler. Depuis, il suggère plutôt un consensus ou un vote « démocratique » des députés NFP, sans convaincre.

Entre le PS et LFI, une bataille de chiffres se joue donc, et chacun compte et recompte ses députés. Lorsque les représentants des quatre partis de gauche se retrouvent, dimanche, après l’annonce des résultats du second tour, les « insoumis » sont encore convaincus de rester devant les socialistes, avec 74 élus. De son côté, le PS dénombre 69 députés.

Et le parti à la rose pense même qu’il va dépasser son rival, qui pourrait perdre quelques plumes dans le processus d’affiliation des députés. Les « frondeurs » de LFI, François Ruffin, Clémentine Autain, Alexis Corbière, Hendrik Davi et Danielle Simonnet, sur le départ, espèrent entraîner des alliés avec eux. Voilà des mois qu’ils discutent avec un petit groupe de députés en désaccord discret avec le fonctionnement du parti.

« Ça a rué dans les brancards »

Ils en ont au moins sept dans le viseur, dont Marianne Maximi (Puy-de-Dôme), de la Gauche écosocialiste, la formation politique de Clémentine Autain, Matthias Tavel (Loire-Atlantique) ou Damien Maudet (Haute-Vienne), ex-assistant parlementaire de François Ruffin. Proche du député de la Somme, Christophe Bex a aussi laissé entendre, dans l’entre-deux-tours, qu’il pourrait partir. « Là où il y aura Clémentine Autain et François Ruffin, je les suivrai », a-t-il dit à l’AFP, provoquant l’émoi, croulant rapidement sous les messages d’« insoumis » mécontents. « Ça a rué dans les brancards », reconnaît-il. Depuis, il a changé d’avis. « Je ne souhaite pas affaiblir LFI », justifie-t-il.

La direction de LFI a-t-elle su se montrer persuasive ? Mardi, lors de la première réunion parlementaire, aucun élu n’avait franchi le Rubicon. Après une journée de flottement, Manuel Bompard se frottait les mains, revendiquant « autour de 80 députés », un chiffre qui comprend aussi les élus ultramarins, en cours de recrutement.

Changeant d’argumentaire, le Parti socialiste, par la voix de Pierre Jouvet, préfère désormais revendiquer être le « plus grand parti de France » , avec 14 eurodéputés, un grand nombre d’élus locaux et 2,5 millions de voix au second tour. Mercredi, juste avant 4 heures du matin, les négociateurs ont levé le camp, remettant à jeudi la suite des discussions. Sans qu’un atterrissage précis soit prévu.

Libération
vendredi 12 juillet 2024 697 mots, p. 9

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11 juillet 2024 - Libération (site web)

Macron tergiverse, les partis le pressent

Victor Boiteau; Sacha Nelken

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Donner du temps au temps… Choyée par Emmanuel Macron, la formule mitterrandienne colle aux baskets du président de la République, plus encore depuis la défaite de son camp aux législatives. Voilà le «maître des horloges» pressurisé, d'un côté par la gauche réclamant Matignon, gonflée à bloc par son arrivée en tête du scrutin ; de l'autre par la droite et des ténors du bloc central, comme Gérald Darmanin ou Edouard Philippe, partisans d'une coalition alternative au Nouveau Front populaire. Pris dans la seringue, le chef de l'Etat temporise. Dans sa lettre aux Français relayée mercredi par la presse régionale, il laisse le temps aux forces politiques de «bâtir [des] compromis». «Personne ne l'a emporté» aux législatives, se borne-t-il à répéter, prônant en réponse un «large rassemblement» des «forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines, l'Etat de droit, le parlementarisme» ou l'Europe.

Les tergiversations du locataire de l'Elysée font tiquer, y compris parmi ses alliés. Le chef du Modem, François Bayrou, l'a encouragé jeudi sur TF1 à «revenir à ce qu'est la logique de nos institutions». Soit, selon le maire de Pau, la nomination d'un Premier ministre qui se chargerait lui-même de composer son équipe de coalition, capable de surmonter une motion de censure à l'Assemblée. Réserves. Dans son exercice de temporisation, le chef de l'Etat compte quelques alliés, dont Gérard Larcher. Le président du Sénat a appelé jeudi à «enjamber» les JO pour ne former un gou- vernement qu'«en septembre». «Personne n'a de majorité, même relative», a aussi argué l'élu des Yvelines sur BFM TV, en phase avec l'argumentaire macroniste selon lequel «la clarification viendra du Parlement». Invité à l'Elysée mardi soir, Larcher avait déjà exposé au chef de l'Etat «l'option» de prolonger le bail d'Attal à Matignon, exprimant au passage ses réserves sur la nomination d'un chef du gouvernement estampillé Nouveau Front populaire. «Si le président de la République fait ce choix, je [le] combattrai et je demanderai que le gouvernement soit censuré», a-t-il prévenu jeudi. Sur ce point au moins, la droite ne tortille pas. «Ce que nous demandent nos électeurs, assure Annie Genevard, députée du Doubs et patronne par intérim de LR, c'est d'empêcher l'arrivée de la gauche au pouvoir.» Avec une soixantaine de députés élus, la droite se prend à rêver d'un retour au pouvoir. Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ou l'ex-chef des députés LR Olivier Marleix, réclament la nomination d'un Premier ministre de droite. Option pas franchement du goût de Laurent Wauquiez, élu à la tête du groupe «La Droite républicaine» (ex-Les Républicains) au Palais-Bourbon. Le député de la Haute-Loire défend l'idée d'un «pacte législatif» mais refuse toute «coalition gouvernementale». Histoire, pour le postulant à l'Elysée, de se tenir à bonne distance du pouvoir exécutif… «Plus c'est la merde, plus ça l'arrange pour 2027», griffe un conseiller dans le camp d'Edouard Philippe. Flèches. Pour la gauche, la lettre d'Emmanuel Macron n'a rien changé. Comme depuis le second tour des législatives, le Nouveau Front populaire continue de revendiquer Matignon après être arrivé en tête du scrutin (lire page 11). Mercredi soir, socialistes, communistes, insoumis et écologistes ont multiplié les flèches contre le chef d'Etat et «son déni de démocratie». «Il y a eu un rejet de leur politique, ils ont pris deux tôles d'affilée aux élections, n'ont pas pu aller en circonscription pendant les retraites et ils continuent de dire qu'il faut continuer comme avant», s'étrangle la députée verte Cyrielle Chatelain, ex-cheffe de file des Ecologistes à l'Assemblée. Pour l'élue de l'Isère, la missive du locataire de l'Elysée avait surtout pour objectif de diviser la gauche en distinguant – sans le dire clairement – les insoumis des autres partis de l'alliance, perçus, eux, comme appartenant à «l'arc républicain». Sans succès. «Macron devrait prendre contact avec les socialistes. Ça veut dire quoi sa lettre ? C'est la main invisible qui va organiser la coalition ? Le centre de gravité du NFP, c'est la social-démocratie, fait valoir un néodéputé. Le processus de mûrissement devrait déboucher sur ça mais la lettre du Président qui dit qu'il n'y a pas de vainqueur n'aide pas.» Les partenaires poursuivent donc les discussions pour tenter de former une équipe gouvernementale à proposer à Emmanuel Macron.

L'Humanité
vendredi 12 juillet 2024 1101 mots, p. 10

Hors des villes, la gauche tente de résister à la vague RN

Anthony Cortes

Législatives Certains représentants du Nouveau Front populaire ont rencontré des difficultés hors des métropoles lors des élections, causées par la vague d'extrême droite, mais tiennent bon malgré tout.

M ission impossible ou trompe-l'oeil ? Bien que le Nouveau Front populaire (NFP) soit parvenu à devenir la première force parlementaire à l'issue des élections législatives anticipées, cet élan a une faille : les difficultés rencontrées hors des métropoles. Si, au premier tour, ses candidats ont recueilli en moyenne 35,6 % des voix dans les zones urbaines, son score retombe à 24,8 % dans le périurbain et 24,2 % dans les espaces ruraux. Même écart au second tour avec un vote barrage bien moins mobilisateur hors des grandes villes... Inévitablement, certains candidats du NFP en ont fait les frais. À l'image du communiste Fabien Roussel dans le Nord, privé de réélection dès le premier tour malgré un total de voix en hausse entre 2022 et 2024 (mais un pourcentage en baisse), mais aussi de Sébastien Jumel (PCF), en Seine-Maritime. Ou encore François Ruffin (ex-FI), réélu dans la Somme, mais non sans peine, avec une perte de 8 points en deux ans. La gauche est-elle en train de perdre définitivement la France des campagnes et des sous-préfectures au profit du Rassemblement national (RN) ?

Le tableau est en réalité un peu moins sombre. En observant de près le détail des résultats de la gauche au second tour, il apparaît que ces différents espaces ne boudent pas totalement le NFP. Dans les 14 départements considérés comme appartenant à l' « hyper-ruralité » (éloignée des services et avec une densité de population extrêmement faible), la gauche fait pratiquement jeu égal avec le RN en obtenant 7 députés (majoritairement socialistes), contre 8 pour l'extrême droite. Si c'est plus compliqué dans les 40 départements dits « ruraux », dominés en premier lieu par Ensemble puis par le RN, le NFP s'établit en troisième force, conquérant plus de 20 % des sièges en jeu dans ces circonscriptions. Un chiffre en légère augmentation par rapport à 2022. Enfin, selon un décompte de Thibault Lhonneur pour la Fondation Jean-Jaurès, 45 députés NFP et 2 divers gauche ont été élus dans les 225 circonscriptions qui comptent une sous-préfecture (contre 40 Nupes en 2022). Reste que le RN, lui, en envoie 77 à l'Assemblée. Un chiffre quasiment doublé en deux ans.

« Lorsque l'on regarde les chiffres, en nombre d'électeurs, la gauche améliore son score global hors des grandes villes, note Thibault Lhonneur. Le problème, c'est la hauteur de la vague RN qui, partout, capte les trois quarts de la participation supplémentaire et a empêché de convertir cette avancée en davantage d'élections. Avec parfois des défaites symboliques de justesse. Comme dans la 2e  circonscription des Alpes-de-Haute-Provence ou la 4e  de l'Hérault. Dans les deux cas, les candidats RN l'emportent de 800 voix sur deux candidats insoumis. »

« être à l'écoute en permanence »

Si la gauche a connu beaucoup de défaites d'ampleur, comme celle de Valérie Rabault (PS) dans le Tarn-et-Garonne ou Caroline Fiat (FI) en Meurthe-et-Moselle, elle a aussi réussi à réaliser certaines belles performances. Dans la 1re circonscription de l'Allier, le communiste Yannick Monnet s'est imposé de justesse à la suite d'un intense bras de fer avec le RN. Dans la 4e des Pyrénées-Atlantiques, le socialiste Inaki Echaniz, élu député pour la première fois en 2022, est parvenu à arracher sa réélection sur les terres de Jean Lassalle - qui n'avaient jusque-là jamais basculé à gauche (en dehors d'une parenthèse entre 1981 et 1986). Même chose dans la 3e de la Drôme pour l'écologiste Marie Pochon, réélue en 2024 après avoir réussi à mettre fin, deux ans plus tôt, à vingt années de règne de la droite. « Pour l'emporter, dans ces territoires, il faut en permanence être à l'écoute, considérer tous les points de vue, oeuvrer pour tous sans idées préconçues », observe celle qui s'est démarquée pendant son court premier mandat sur les dossiers agricoles, ou par son action en faveur de la publication des cahiers de doléances des gilets jaunes. « Mais cette victoire tient également à l'identité d'une terre : la République du Vercors, les maquis de la Lance... Notre histoire politique nous oblige. » Comme dans le Sud-Ouest, où les représentants du NFP tiennent bon sur les anciennes terres radicales socialistes, ou dans les départements qui bordent le plateau de Millevaches, base altermondialiste : la Haute-Vienne ou la Corrèze, mais pas la Creuse, conquise par le RN.

« L'histoire d'un territoire permet la subsistance d'un vote à gauche, mais quand les ruralités sont attaquées dans leur dignité ou que les projets d'intérêts privés s'implantent sans consultation populaire, le sentiment d'abandon et de mépris fait le jeu du RN et il est très difficile de lutter », nuance cependant Manon Meunier, députée FI réélue haut la main en Haute-Vienne. Un avis que partage Joël Aviragnet, député socialiste de Haute-Garonne, tout juste réélu avec une chute de 8 points en deux ans. « Si ça continue comme ça, la prochaine fois, je saute, estime-t-il. Les retraités qui ne peuvent plus se chauffer l'hiver, les demandes aux Restos du coeur qui augmentent de 40 % à Saint-Gaudens... Pour que la gauche existe encore dans les zones rurales, il faut s'attaquer à la colère qui gonfle le dégagisme et la haine de l'autre. Et cela ne passe que par des mesures sociales d'urgence pour les classes populaires, majoritaires hors des villes. »

« Des ruralités au pluriel »

Un combat que doit porter la gauche pour « réunir les classes populaires des villages et des quartiers », comme le demande Guillaume Ancelet, président de Picardie debout, mouvement de François Ruffin. « Aujourd'hui, la dynamique de participation favorise le plus fort, poursuit-il. Dans les campagnes, elle est en faveur du RN parce que beaucoup s'estiment moins bien traités que dans les villes, les quartiers. Les gens s'affichent, disent au bistrot qu'ils votent pour Bardella ou Le Pen, ce qui permet à d'autres de sortir du bois. Et la toile s'agrandit. Il faut couper ça en entrant dans la vie des gens et en créant du lien entre les classes populaires. »

Pour reconquérir ces territoires, Jonathan Dubrulle, animateur de la commission agriculture, pêche, forêt du PCF, veut parler de « ruralités au pluriel ». « On ne note pas les mêmes phénomènes d'un endroit à l'autre, remarque-t-il. Dans le Massif central, si le RN monte, sa progression est bien moindre que dans les grandes plaines céréalières de Picardie. Et si le vote RN rural se nourrit le plus souvent d'un sentiment de déclassement, il n'est pas le même partout. Pour la gauche, la solution, c'est l'ancrage et l'analyse fine des situations. Pour devenir le camp qui entend et qui répond. »

Le Figaro, no. 24847
Le Figaro, vendredi 12 juillet 2024 997 mots, p. 4

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11 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Avec leur « pacte législatif » , les députés LR veulent contrer la gauche

Tout nouveau patron du groupe La Droite républicaine à l'Assemblée nationale, Laurent Wauquiez veut poser les priorités de son camp sur la table de l'exécutif dès que possible.

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Laurent Wauquiez a rassuré ses amis députés en se disant prêt à bâtir un « pacte législatif » pour faire barrage à la gauche. Une « offre de service » , résume un ténor, « mais qui s'adresse avant tout aux parlementaires » et qui écarte toute coalition avec le camp présidentiel. Ceci étant posé, le nouveau chef de la droite parlementaire est d'accord pour dresser les priorités de son camp sur la table du premier ministre. Quand Antoine Vermorel-Marques, réélu dans la Loire, l'a interrogé : « Es-tu prêt à négocier ce pacte avec Attal, Darmanin ou Braun-Pivet en notre nom? » , Wauquiez a répondu « oui » sans laisser le doute planer.

Mercredi prochain, à la veille de l'ouverture de la 17e législature à l'Assemblée, le groupe La Droite républicaine se retrouvera pour dresser la liste de ses urgences, considérant qu'il n'y a pas une minute à perdre pour barrer la route à la gauche. « Nos idées doivent gagner. Nous devons devancer les choses comme nous l'avions fait avec le carburant à 1,50euro et l'immigration, s'impatiente Vermorel-Marques. Le pays ne doit pas être bloqué et le nouveau gouvernement ne doit pas être de gauche. » Cranter les choses donc, quitte à brandir la menace d'une censure en cas de ministres issus de LFI, comme l'a annoncé Laurent Wauquiez. En attendant, fait savoir son entourage, on souhaite vivement que ce pacte législatif émerge avant la rentrée, alors que certains aimeraient marquer le terrain dès la séance inaugurale du 18 juillet.

Certains élus considèrent même que cette censure devra être activée contre la gauche tout court. Sur BFMTV, le président du Sénat, Gérard Larcher, affirme que si Emmanuel Macron choisissait un premier ministre issu des rangs du NFP, il appellerait à « censurer » le gouvernement. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, en phase avec l'axe Larcher-Retailleau-Wauquiez, a écrit aux militants pour les alerter : « Non seulement la gauche ne pèse qu'un petit tiers de la nouvelle Assemblée, mais surtout, son programme mènerait notre pays à la faillite et au chaos. » Pour Nicolas Forissier (Indre), le danger est réel. « En cas d'absence d'offre du grand centre, le risque sera grand que la gauche voudra s'imposer comme une majorité relative. Le barrage est une évidence car le PS d'Olivier Faure est sous la domination de Mélenchon et des plus durs de LFI. On n'en veut pas! La seule solution est une offre de textes pragmatiques, proposée pour préserver les entreprises et les ménages » , juge Forissier, « conforté » par les positions défendues par Laurent Wauquiez. Tout comme d'autres qui avaient failli s'échapper vers un groupe indépendant. On sait par exemple que parmi les réfractaires, ont circulé les noms de Philippe Juvin, Jean-Louis Thiériot, Aurélien Pradié, Stéphane Viry, Ian Boucard, Julien Dive ou encore, Véronique Louwagie. « Une somme d'individualités aux intérêts divergents, siffle un député. Entre le quasi-socialiste Pradié, ceux qui sont de purs libéraux et ceux qui espéraient juste un poste de ministre... ça donnait un groupe Liot bis, charrie un élu. Depuis la réunion avec Wauquiez, tout cela s'est calmé. La politique est un métier et Laurent en a: il a tout ficelé et ce putsch a fait pschitt. »

Finalement, Nicolas Forissier considère que le député de Haute-Loire a eu raison de ne pas s'interdire la piste du pacte législatif. « Tous les messages que je reçois depuis que je suis élu sont ceux de notre électorat qui nous dit: « Ne faites surtout pas les cons avec LFI! » » Un collègue ajoute : « Laurent devra faire la part des choses entre son objectif pour 2027, que je respecte, et son choix de revenir dans l'arène pour diriger un collectif dont le but doit être la réussite de la France dès 2024. Pour ne pas porter la responsabilité d'avoir laissé la gauche « l-f-iste » arriver au pouvoir, nous devrions imaginer un prolongement gouvernemental à l'anglo-saxonne. »

Reste la question de l'incarnation et de Matignon : Michel Barnier, Martin Hirsch, Jean-Louis Borloo, Jean Castex, voire une personnalité de la société civile type Henri de Castries... plusieurs hypothèses tournent à bas bruit pour prendre la tête d'un gouvernement. Laurent Wauquiez, lui, estime que la droite n'a pas à projeter autre chose au sommet du pouvoir que ses impératifs. Si ce pacte législatif doit encore être affiné d'ici la semaine prochaine, certains dévoilent quelques grandes orientations - la priorité étant le pouvoir d'achat, le travail et la revalorisation des salaires. « Les Français ne sont pas assez récompensés, il y a une trop grande différence entre le brut et le net, entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas, avance Annie Genevard, députée du Doubs. Cela donne lieu à une grande colère. » Mais aussi, les thèmes de l'immigration, de la cohésion nationale, la sécurité et la consolidation de la justice des mineurs (en finir avec l'excuse de minorité), la santé, l'école, l'agriculture (urgences oubliées de la crise agricole) et l'environnement. Dans cet élan de réflexion, s'ajoutent d'ailleurs les propositions parallèles. Le maire LR de Cannes, David Lisnard, a communiqué une liste de mesures visant à « sauver les institutions » et à « préserver la France avant l'alternance ».

Olivier Marleix, président du groupe sortant, a plaidé pour un premier ministre de droite, considérant qu'il serait regrettable pour son parti de ne pas récolter les fruits médiatiques d'un programme purement LR, si celui-ci devait être appliqué. L'idée n'a pas été largement soutenue mais l'option du pacte législatif a mis d'accord une majorité des députés LR fraîchement élus ou réélus. « Ensuite, la balle sera dans le camp d'Attal » , avance-t-on au sein du groupe où l'on espère que les premières impulsions données permettront dès la semaine prochaine d'agréger quelques nouveaux députés au-delà des 45 déjà enregistrés sur la liste du groupe La Droite républicaine. ET E.G.

Le Monde
France, vendredi 12 juillet 2024 839 mots, p. 9
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11 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Les députés ultramarins plus courtisés que jamais à l’Assemblée

Dans un Hémicycle éclaté, les élus d’outre-mer ont une position-clé. Le groupe communiste compte sur eux pour pouvoir continuer à exister

Nathalie Guibert

Tout le monde les veut. A l’heure de la formation des groupes à l’Assemblée nationale, dans un paysage parlementaire plus morcelé que jamais, les vingt-sept députés d’outre-mer retrouvent une position-clé. Non qu’ils souhaitent constituer un groupe pivot spécifique – seul Olivier Serva (Guadeloupe) milite avec constance pour cette idée peu consensuelle, souhaitant, le 10 juillet, que son groupe, Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) « devienne le réceptacle naturel pour les élus d’outre-mer », « continuant à être au centre du débat politique national ».

Mais les élus de la France lointaine savent que leurs votes vaudront de l’or. Chacun garde en tête une période comparable, en 1988, sous le gouvernement du socialiste Michel Rocard, quand chaque texte porté dans l’Hémicyle donnait lieu à négociations, moyennant parfois l’octroi d’une route ou d’une gendarmerie dans les territoires. Dans la législature précédente, les ultramarins ont pratiqué une grande unité contre la « verticalité » du pouvoir macronien et le « manque de considération » réel ou supposé de la majorité pour leurs dossiers. Les sujets de la vie chère, des services publics ont soudé les rangs par-delà les groupes de l’Assemblée.

Depuis 2022, ces parlementaires ont siégé en majorité dans l’opposition : trois à La France insoumise (LFI), dix au groupe communiste Gauche démocrate et républicaine (GDR), quatre chez les socialistes, cinq à LIOT, trois chez Renaissance, un au MoDem et un chez Les Républicains (LR).

Une des nouveautés du dernier scrutin vient de la droite, où LR a perdu le Mahorais Mansour Kamardine au profit d’une députée Rassemblement national (RN). Marine le Pen, réélue mercredi 10 juillet présidente du groupe RN à l’Assemblée, s’est « particulièrement » satisfaite, le même jour, de la présence de ses deux premiers députés ultramarins, Anchya Bamana (Mayotte) et Joseph Rivière (La Réunion). « C’est le début de quelque chose qui se construit au fur et à mesure, un lien de confiance avec nos compatriotes d’outre-mer », a-t-elle souligné.

« Se donner un peu de temps »

LIOT, amené à perdurer comme groupe pivot, espère compter six ultramarins parmi dix-sept à vingt-trois députés (mais en comptant que trois socialistes pourraient le quitter). Si la Réunionnaise Nathalie Bassire s’est fait battre, le groupe garde Estelle Youssouffa (Mayotte), Stéphane Lenormand (Saint-Pierre-et-Miquelon) et Max Mathiasin (Guadeloupe). Il mise sur deux autres élus, possiblement les deux autonomistes polynésiens Nicole Sanquer et Moerani Frebault. Cible possible, Frantz Gumbs (Saint-Barthélemy et Saint-Martin) a affirmé, lui, qu’il « continuerai[t] à travailler avec le groupe MoDem ».

Le groupe socialiste compte pour l’heure, lui, toujours quatre représentants : la nouvelle venue de Martinique Béatrice Bellay, Christian Baptiste et Elie Califer pour la Guadeloupe, et Philippe Naillet pour La Réunion. Peu de ralliements ultramarins sont attendus – sous réserve d’un éclatement de GDR ou d’un glissement à droite de LIOT, qui pousseraient certains à le rejoindre. Chez LFI, on espère attirer les trois députés réunionnais réélus qui siégeaient jusque-là dans le groupe GDR (Karine Lebon, Frédéric Maillot et Emeline K/Bidi), avec l’aide de la présidente de région Huguette Bello, proche de Jean-Luc Mélenchon.

C’est donc pour le groupe communiste et son président, André Chassaigne, que la bataille est la plus cruciale. Comme en 2022, l’inscription des élus d’outre-mer lui est indispensable pour pouvoir former le groupe, avec le minimum requis de quinze parlementaires. Battus, deux députés sortants manquent d’ores et déjà à l’appel, les Polynésiens Steve Chailloux et Tematai Le Gayic.

Mercredi, les réunions se sont enchaînées sur le sujet, et doivent se poursuivre. Le président de la délégation outre-mer de l’Assemblée, Davy Rimane (Guyane), devrait rester à GDR. « La complexité de la situation actuelle tient au choix du gouvernement. Ce qui compte, c’est la solidité d’une base idéologique et politique », plaide Jean-Victor Castor (Guyane).

Pour Karine Lebon, « il faut se donner un peu de temps, et on a jusqu’au 18 juillet. Je me pose des questions : ne faut-il pas réinventer un autre modèle ? Où notre voix portera-t-elle le mieux ? » Son collègue réunionnais de LFI Perceval Gaillard, favorable à un groupe outre-mer au sein du Nouveau Front populaire (NFP), souligne le paradoxe de la situation : « Moins l’Assemblée dispose de majorité, plus les ultramarins ont de chances de défendre leur territoire. Mais pour cela, il faut un gouvernement qui tienne, or on ne voit pas comment cela est possible. »

Tous espèrent attirer Emmanuel Tjibaou, le nouvel élu indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, qui n’était pas encore arrivé à Paris mercredi. Au Sénat, le tout premier indépendantiste, Robert Xowie, élu en septembre 2023, a rejoint le groupe communiste, rebaptisé pour l’occasion Communiste, républicain, citoyen et écologiste-Kanaky. Ce dernier a indiqué, mercredi dans un communiqué, que l’élection d’Emmanuel Tjibaou « vient soutenir le travail du sénateur Xowie »et que le groupe « s’engage à travailler conjointement » avec le député.

Le Figaro, no. 24847
Le Figaro, vendredi 12 juillet 2024 996 mots, p. 2

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11 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Pour Matignon, le Nouveau Front populaire ne veut pas laisser le choix à Macron

La gauche a refusé l'idée du « large rassemblement » proposée par le président de la République. Et compte toujours imposer un premier ministre, malgré des négociations qui patinent.

Lepelletier, Pierre, Flurin, Richard

Le Nouveau Front populaire veut encore y croire. Même si la « lettre aux Français » d'Emmanuel Macron, publiée mercredi, a donné un sacré coup de chaud aux responsables de la coalition. Alors qu'ils négociaient depuis trois jours et trois nuits pour se mettre d'accord sur un futur gouvernement, le chef de l'État les a pris de court en affirmant que, malgré la courte majorité relative obtenue par la gauche, «personne» n'avait remporté les législatives anticipées selon lui. Le président a même incité les «forces républicaines» à «bâtir un large rassemblement» pour former une «majorité solide, et nécessairement plurielle». Comprendre : un premier ministre venu du seul Nouveau Front populaire ne serait nommé par Emmanuel Macron, qui a l'opinion avec lui. Car comme le révèle la dernière vague du sondage Odoxa- Backbone Consulting pour Le Figaro , publié jeudi, plus de 7 Français sur 10 rejettent l'option d'un gouvernement rouge-rose-vert.

Après avoir collectivement dénoncé «un coup de force», accusant l'Élysée de ne pas reconnaître la défaite des urnes, les cadres de gauche concèdent que la pression a changé de camp. Qu'il est urgent de se mettre d'accord vite, très vite, pour proposer, ou plutôt imposer, un nom à Emmanuel Macron pour Matignon. Ce que les plus optimistes tempèrent. Selon eux, le président ne parviendra pas à composer de majorité alternative à la leur et devra donc, in fine, se résoudre à un gouvernement du Nouveau Front populaire. D'autant que ce que la gauche comprend de «forces républicaines» - selon la terminologie et le point de vue macroniste - a prestement fermé la porte aux préconisations du chef de l'État. «J'ai fait le choix du rassemblement de la gauche et je n'en bougerai pas», a prévenu au « 20 Heures » de France 2 Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste. Courtisé par le camp présidentiel, le député de Seine-et-Marne, pressenti pour le poste de premier ministre du NFP, a ainsi donné des gages de fidélité à ses partenaires, notamment Insoumis. Pas suffisant, apparemment, pour plier le match qui s'éternise en coulisses. Aussitôt terminée son intervention télévisée, mercredi, Olivier Faure a rejoint la table des négociations pour une nouvelle réunion avec les représentants des quatre partis de la coalition qui s'est étirée jusqu'au petit matin. Mais toujours pas de fumée blanche.

Agenda caché

Le bras de fer entre LFI et le PS, qui revendiquent tous deux l'hégémonie au sein du NFP, s'est donc poursuivi toute la journée de jeudi. «Nous continuons à travailler méthodiquement à la fois sur le nom d'un premier ou d'une première ministre, et sur l'architecture du gouvernement», expliquait jeudi matin la mélenchoniste Mathilde Panot sur Franceinfo. Les quatre forces veillent à être dûment représentées dans un gouvernement commun, sans que l'une paraisse prendre l'ascendant sur l'autre. «Si les Insoumis lâchent pour Olivier Faure à Matignon, ils exigeront que Clémence Guetté (LFI, NDLR) devienne ministre d'État. Emmanuel Macron n'achètera jamais. Et même s'il donnait son accord, ce gouvernement tomberait tout de suite», résumait un député de gauche.

À se demander comment le NFP compte sortir de l'impasse. Certains dénoncent la mauvaise volonté de LFI, et les soupçonnent d'entretenir un agenda caché. «Les mélenchonistes veulent leur affrontement final avec le RN en 2027. Ça les arrangerait bien de voir le PS et les Verts nouer un accord sans eux avec les macronistes pour les voir finir dans les poubelles de l'histoire», estime un député socialiste. Dès lors, rien ne bouge vraiment. «Plus nous passons de temps à nous mettre d'accord sur un gouvernement, plus notre crédibilité se trouve entachée», s'inquiétait un ancien ministre socialiste. Et plus le temps passe, plus l'effet de souffle provoqué par la victoire surprise de la gauche dimanche dernier retombe. «C'est le pari du président avec sa lettre: que la dynamique s'essouffle, que l'on parle d'autre chose que de la percée surprise du Nouveau Front populaire», analyse un stratège.

Le 18 juillet dans toutes les têtes

Tandis que le pays s'abandonne chaque jour un peu plus à l'été qui s'installe, alors que le Tour de France s'apprête à laisser sa place aux JO de Paris 2024, il n'est pas certain que les discours indignés de la gauche suscitent le soulèvement populaire. Il y a bien la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, qui a pris la parole jeudi matin pour appeler Emmanuel Macron à «sortir du déni» et à «respecter le choix des urnes». La fédération cégétiste des cheminots a d'ores et déjà appelé à de vastes rassemblements le 18 juillet prochain, jour de la séance inaugurale de la nouvelle Assemblée nationale. «Orchestrer un mouvement social à une semaine des JO, c'est s'exposer à la détestation des Français», craint un écologiste, qui ne voit pas l'initiative d'un très bon oeil.

La date du 18 juillet, où l'élection à la présidence du Palais Bourbon marquera l'ouverture de la 17e législature, est dans toutes les têtes. «Je crois qu'Emmanuel Macron joue la montre pour attendre l'élection au perchoir. Si Yaël Braun-Pivet (la présidente macroniste de l'Assemblée sortante, NDLR) arrive à récupérer son poste, cela montrera qu'il existe un chemin pour la coalition souhaitée par le président», analyse un cadre socialiste. Et si le NFP se met d'accord d'ici là sur un premier ministre issu d'un parti jugé «républicain» par le chef de l'État, comme Olivier Faure ? «Macron ne voudra pas d'un gouvernement avec des Insoumis», prévient un élu qui connaît bien le chef de l'État. «Et puis avoir Olivier Faure comme premier ministre est une idée insupportable pour Macron. Il aurait du mal à expliquer comment son coup de génie de la dissolution a conduit à appeler le premier secrétaire du PS à Matignon...» P.L. ET R.F.

Le Monde
France, vendredi 12 juillet 2024 1702 mots, p. 12
Aussi paru dans
10 juillet 2024 - Le Monde (site web)
11 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Enquête

Karl Olive face à l’affaire du Variétés Club de France

Le député macroniste réélu est critiqué pour la gestion opaque de l’association qu’il préside

Rémi Dupré

Au terme d’une campagne menée tambour battant, le député macroniste sortant (Renaissance) Karl Olive a été réélu dans la 12e circonscription des Yvelines lors du second tour des législatives, dimanche 7 juillet, avec 45,1 % des suffrages. L’ancien journaliste sportif à Canal+ a notamment tiré profit de sa forte implantation à Poissy, ville industrielle dont il a été maire de 2014 à 2022.

Ce proche d’Emmanuel Macron est toutefois confronté à une affaire dont il aurait préféré se passer en ces temps électoraux. En mai et début juin, Mediapart a publié une série d’articles au sujet de l’association Variétés Club de France, cercle d’influence qui regroupe, sous le même maillot, anciennes stars du football, personnalités des médias et du show-biz pour des matchs caritatifs (près de 2 500 disputés à ce jour). Le journal en ligne a épinglé la gestion opaque du « Variétés », cofondé en 1971 par le journaliste Jacques Vendroux et présidé par M. Olive depuis une assemblée générale de l’association organisée en novembre 2022 à l’Assemblée nationale.

Très investi dans le monde du ballon rond, membre du conseil d’administration de la Ligue de football professionnel, Karl Olive s’est trouvé dans une situation de conflit d’intérêts avec le Variétés Club de France. Membre actif de l’association depuis 2004 (67 buts inscrits à ce jour), l’élu a contribué et participé à plusieurs décisions du conseil départemental des Yvelines, dont il a été le vice-président (2015-2022), en faveur du Variétés.

Une attitude qui contraste avec celle, plus prudente, adoptée précédemment par l’élu, le 31 août 2015, lors d’un vote du conseil municipal « exceptionnel » de Poissy au sujet d’un partenariat avec le Variétés en lien avec la tenue d’un match caritatif à Poissy. Ce jour-là, M. Olive s’est déporté lors du scrutin – après avoir toutefois donné des précisions financières sur le sujet lors des débats – « puisqu’il est membre du Variétés », selon le PV de la séance dirigée par l’édile, consulté par Le Monde.

A contrario, le 16 octobre 2015, M. Olive est à l’origine (comme rapporteur) d’une délibération du conseil départemental octroyant notamment « une subvention de fonctionnement » de 7 000 euros pour un événement du Variétés à Poissy, dont il est alors maire. De 2014 à 2024, le club y a joué douze fois. Et M. Olive a participé à plusieurs reprises aux votes de délibération du conseil départemental accordant une subvention annuelle de 20 000 euros au Variétés – dont le maillot est alors sponsorisé par la collectivité –, en vertu d’un « partenariat », selon l’élu, scellé en 2017.

Interrogé, M. Olive, qui siège toujours au conseil départemental, se justifie : « A la mairie de Poissy, j’ai préféré ne pas prendre part au vote, car mon conseil juridique n’avait pas la même lecture juridique que le conseil départemental. En revanche, je pouvais voter au département car je n’étais pas encore président du Variétés mais simple membre. »

« Je suis l’unique responsable »

En revanche, en 2021, toujours membre de l’association, M. Olive a pris soin de ne pas participer au vote du conseil départemental lors d’une délibération similaire en faveur du Variétés. « En 2021, le président[du conseil départemental] Pierre Bédier[Les Républicains] ne voulait prendre aucun risque sur les suspicions de conflit d’intérêts et d’intérêts croisés », argue M. Olive.

Contactée, la direction juridique du département n’a pas répondu sur ce point. Un élu n’est pourtant pas censé interférer alors que ses intérêts personnels sont simultanément en cause, sous peine d’être poursuivi pénalement pour prise illégale d’intérêts.

Ce conflit d’intérêts n’est pas le seul souci de M. Olive. Mediapart a plus spécifiquement mis en exergue les affaires lucratives de la société commerciale Ventilo Sports, qui organise depuis 2018 les rencontres de gala du Variétés Club de France, s’occupant notamment des sponsors de ces événements. Ladite société est cogérée par le journaliste sportif Baptiste Vendroux, fils de Jacques Vendroux (manageur général du Variétés depuis sa création, ancien directeur des sports de Radio France devenu, à 75 ans, l’une des figures du sport des médias de Vincent Bolloré), et son associé Tom Rocheteau, le fils de l’ex-attaquant des Bleus Dominique Rocheteau.

Selon les documents consultés par Mediapart, Ventilo Sports aurait généré des revenus estimés entre 200 000 et 600 000 euros autour d’un match du Variétés à Plaisir (Yvelines), le 24 avril, pour le compte de l’opération « Pièces jaunes » (57 500 euros collectés), auquel a participé, chaussures à crampons aux pieds, Emmanuel Macron. D’après Mediapart, Ventilo a proposé à des partenaires (contre des prix compris entre 25 000 et 75 000 euros) de participer, en plus du match, à un dîner de gala organisé ce jour-là à l’Elysée par la présidence de la République en l’honneur de l’association.

Contacté, l’avocat des dirigeants de Ventilo, Pascal Garbarini, a indiqué que ses clients (membres du Variétés) ne souhaitaient pas répondre à nos questions portant sur la commercialisation de cet événement. Pas davantage que l’avocat de l’association, Elie Dottelonde, et l’Elysée. « Je ne commenterai pas plus. Le Variétés n’a pas volé les gens. Faites les questions et les réponses, c’est plus simple pour vous », réagit Jacques Vendroux, précisant ne voir aucun « conflit d’intérêts » entre lui et Ventilo. « Si une connerie a été faite, je suis l’unique responsable, j’assumerai », a-t-il ajouté. « Jacques Vendroux, entouré de béni-oui-oui, décide de tout neuf fois sur dix », s’agace un proche de l’association.

Karl Olive assure que « ces prestations autour du dîner à l’Elysée sont une maladresse de la part de Ventilo ». « Ni l’Elysée ni le président Macron n’ont su que Ventilo facturait autour du dîner. Ventilo n’aurait pas dû laisser sur sa plaquette commerciale que le dîner à l’Elysée était compris dans le package avec le match de gala », développe-t-il. « C’est complètement déconnant d’avoir voulu associer les sponsors à des places pour ce dîner à l’Elysée. On l’a dit à Ventilo », renchérit le vice-président du Variétés, Jean-Pierre Fraioli.

Après les premières révélations de Mediapart, Karl Olive a convoqué le comité de direction du Variétés, le 23 mai, afin « d’obtenir des réponses à ses questions »au sujet de Ventilo et de lancer un « audit »de la collaboration entre la société et le Variétés. Il n’a noté aucune « anomalie comptable »du côté de Ventilo à l’occasion des deux derniers matchs de gala organisés par la société.

Toutefois,M. Olive assure avoir « découvert », le 23 mai, qu’aucun contrat ne liait Ventilo et le Variétés depuis le début de leur étroite collaboration, en 2018, comme l’a constaté le comité de direction de l’association dans son dernier procès-verbal. « Je l’ignorais et j’ai exigé qu’une convention claire, validée par le comité directeur du Variétés, encadre chaque événement organisé par Ventilo, affirme M. Olive. Il n’y a pas de problème sur le fond. C’est juste un problème d’habillage juridique qui nécessite un ajustement sur la forme. Le Variétés doit se mettre au goût du jour. »

Match caritatif à Kinshasa

« Karl Olive et le comité directeur n’avaient pas vérifié qu’il n’y avait pas de contrat avec Ventilo,abonde M. Fraioli. C’est peut-être un tort. Mais il n’y a pas d’embrouille d’argent. On a un peu vécu hors du temps en se tapant dans la main. C’est fini : tout sera désormais formalisé et carré. Karl Olive a dû sortir le parapluie, car il était en première ligne comme député… »

« Je n’étais moi-même pas au courant de l’existence de Ventilo ni d’une quelconque relation entre le Variétés et cette société », concède l’ex-joueur stéphanois Jean-Michel Larqué, cofondateur et membre du comité directeur du Variétés. « Jamais le Variétés n’avait autant reversé au caritatif que depuis que les gens de Ventilo, très compétents, commercialisent ses matchs », plaide toutefois M. Olive.

Ventilo a été épinglé par Mediapartpour avoir été choisi par l’Elysée comme prestataire lors d’une visite officielle en France du président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi. Ainsi,à la demande de l’Elysée, la direction de la Fédération française du football (FFF) a dû mettre à disposition de M. Tshisekedi et de son imposante délégation le Centre national du football de Clairefontaine (Yvelines) et son château, « QG » des Bleus. Ventilo a été chargé par l’Elysée d’organiser la venue, le 29 avril, du président de la RDC en présence d’ex-footballeurs, comme Alain Giresse, Christian Karembeu et Robert Pirès, membres du Variétés.

Selon nos informations, une facture de plusieurs milliers d’euros a été émise par la FFF pour cet événement à Clairefontaine. Qui l’a payée ? Ni la FFF, ni l’Agence française de développement, en première ligne lors de l’organisation de cette visite, pas plus que la présidence de la RDC n’ont répondu à nos questions. « Ce n’est pas une anomalie que Ventilo, seule société travaillant avec le Variétés, ait été choisie par l’Elysée pour cet événement, souligne M. Olive. J’ignore si Ventilo a été payée, je n’étais pas dans la boucle même si j’étais au courant de cet événement à Clairefontaine. »Alors que son cogérant, Baptiste Vendroux, a assisté fin avril au forum économique franco-congolais présidé par M. Tshisekedi, Ventilo a obtenu l’organisation, en décembre, d’un match caritatif du Variétés à Kinshasa.

Instrument de lobbying et association fonctionnant « à l’affect et à la confiance », selon Jacques Vendroux, le Variétés est toujours dans les petits papiers d’Emmanuel Macron. Selon nos informations, le chef de l’Etat envisage d’emmener le Variétés au Brésil, en marge du G20, en novembre, pour disputer un match au mythique stade Maracana de Rio de Janeiro. « C’est en discussion avec le président Macron » , confirme M. Olive. L’Elysée n’a pas répondu sur ce point.

Le Monde
France, vendredi 12 juillet 2024 409 mots, p. 10

Un député RN élu à Crépol, une première

La 4e circonscription de la Drôme est celle où a été tué le jeune Thomas, en novembre 2023

Juliette Guéron-Gabrielle

La 4e circonscription de la Drôme, où résidait Thomas, l’adolescent de 16 ans tué à la sortie d’un bal à Crépol, dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, a élu un député Rassemblement national (RN), Thibaut Monnier. Celui-ci a réuni 42 % des suffrages, battant ses concurrentes, Isabelle Pagani (Nouveau Front populaire, 32,1 %) et Emmanuelle Anthoine (Les Républicains, 26 %). Une victoire rendue possible par l’absence de front républicain dans la circonscription, la candidate Emmanuelle Anthoine ayant maintenu sa candidature au second tour.

Le parti d’extrême droite n’était jamais arrivé au second tour des législatives dans la circonscription avant le 7 juillet. D’où la surprise de ce score au premier tour des législatives, 18 points au-dessus de celui des précédents suffrages (38,4 %). Difficile de dire si le contexte local a contribué à la victoire du RN dans la circonscription. En novembre 2023, une marche blanche avait réuni 6 000 personnes à la suite du meurtre de Thomas. Le week-end des 26 et 27 novembre 2023 avait donné lieu à de violents affrontements entre jeunes identitaires et forces de l’ordre à l’entrée de la cité de la Monnaie, à Romans-sur-Isère (Drôme), les premiers cherchant à mener une expédition punitive pour « venger Thomas » dans la cité où résidaient certains des accusés du meurtre. L’affaire avait pris une ampleur nationale. Certains y voyaient un « meurtre anti-Blanc » et d’autres le résultat d’une « rixe » , un affrontement entre bandes rivales.

A Crépol, la ville où résidait Thomas, le taux de participation a été extrêmement fort (74,8 %), le choix des votants se portant clairement sur le RN (48,5 %), malgré la triangulaire. Mais « le nord de la circonscription a toujours voté RN », rappelle Isabelle Pagani, la candidate de gauche défaite.

Thibaut Monnier est un vieux compagnon de route de Marion Maréchal et a quitté Reconquête !, le parti d’Eric Zemmour, au profit du RN en même temps qu’elle. Ancien conseiller RN de la région Rhône-Alpes, il a fait campagne sur l’insécurité, mentionnant souvent le drame de Crépol. Son autre thème phare était le malaise agricole. Il a choisi comme suppléant l’agriculteur Thierry Sénéclauze, connu pour avoir bloqué l’autoroute A7, en janvier. Une campagne qui semble avoir résonné dans la Drôme des collines.

Libération
vendredi 12 juillet 2024 808 mots, p. 11

AUTRE

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11 juillet 2024 - Libération (site web)

Pour Matignon, le Nouveau Front populaire fait la course avec Macron

Charlotte Belaïch

AUTRE

Quelques silhouettes se dispersent dans la nuit rue de Liège, entre les VIIIe et IXe arrondissements de Paris. Les partenaires du Nouveau Front populaire se sont encore séparés à l'aube jeudi, sans parvenir à trouver un accord. Après l'annonce des résultats du second tour, socialistes, écolos, communistes et insoumis ont tout de suite martelé que le président de la République devait appeler la gauche à gouverner, même en situation de majorité relative, excluant une «coalition des contraires» avec la macronie. Restait à se mettre d'accord sur le candidat à Matignon et, selon la figure choisie, le rythme et l'ampleur des réformes espérées. Depuis dimanche, les insoumis répètent une formule sans concession : «Rien que le programme, mais tout le programme.» Sans évoquer Jean-Luc Mélenchon, qui cristallise aujourd'hui les attaques, ils reven- diquent le poste, étant à quelques sièges près le plus gros groupe du NFP à l'Assemblée. Les socialistes excluent une candidature insoumise qui sera selon eux rejetée par Macron. «Ça ne peut être qu'un socialiste», répètent-ils. Depuis mardi, les lieutenants d'Olivier Faure poussent donc la candidature de leur premier secrétaire pour occuper l'espace. «Tu dois y aller», lui a dit l'ancien président François Hollande, qui a pourtant peu d'estime pour ce lointain successeur à la tête du PS, qu'il a bien connu rue de Solférino (Faure était le directeur adjoint de son cabinet de 2000 à 2007). «La différence entre les socialistes et les autres, c'est qu'on veut vraiment gouverner», a revendiqué l'ex-président lors de son intervention pendant la première réunion du groupe PS à l'Assemblée mardi. Exaspération «Je suis prêt à assumer la fonction», avait affirmé quelques heures plus tôt Olivier Faure. Une déclaration sans grandiloquence, qui ressemble à son émetteur. «C'est la fonction qui fait les gens», se rassure un élu proche du PS. La répartition des ministères fait partie des sujets de débat du NFP, mais le député de Seine-et-Marne a commencé à réfléchir de son côté à la composition de son cabinet et à se faire envoyer des notes.

Sans soutenir clairement une candidature socialiste, les communistes en décrivent les contours. «Il faut un profil qui est dans une posture d'ouverture et de dialogue, avec de l'humilité, affirme l'un d'eux. Dire “tout le programme, rien que le programme”, c'est arrogant. C'est parler comme si on avait une majorité absolue.» Les écolos, eux, restent comme à leur habitude au milieu du gué. «Ils attendent d'être le plus petit dénominateur commun, comme toujours», s'agace un socialiste. Mais l'exaspération dépasse les rangs du PS. «La nature a horreur du vide. Et, depuis trois jours, le NFP ne produit que du vide. Vu la situation du pays, c'est grave et irresponsable», s'alarme une élue locale proche de toutes les familles politiques.

Dans la nuit de mercredi, les insoumis se sont agacés face aux socialistes : «Pourquoi nous disqualifier d'emblée ?» A travers le débat sur le nom du candidat au poste se pose la question de l'exercice du pouvoir. «Plutôt mourir sur le champ d'honneur en ayant fait passer deux ou trois décrets plutôt qu'en n'ayant rien fait», affirme un député insoumis. «Je ne veux pas partir dans la perspective de tomber», tempère Roussel, qui veut chercher plus de compromis sans «rogner le programme». Un chemin étroit. En réalité, beaucoup se demandent si les insoumis veulent réellement se battre pour un poste de Premier ministre sur la sellette. Leur objectif reste la présidentielle. «L'affrontement final», comme ils l'appellent – eux d'un côté, le RN de l'autre –, a simplement été repoussé. L'enjeu est donc, avant tout, de ne pas se laisser entacher par un quelconque renoncement. «Quoi qu'il arrive, ils rompront à un moment en disant qu'on est des traîtres», pronostique un élu de la galaxie socialiste. «Centre de gravité» Le camp présidentiel mise sur une scission prématurée pour mieux s'entendre avec les socialistes. Cette semaine, le ministre des Transports, Patrice Vergriete, a appelé François Hollande pour le sonder, sans préciser s'il était missionné par l'Elysée. Au sein du NFP, tout le monde évacue une quelconque alliance avec un camp présidentiel en sursis. Mais certains espèrent détacher une par- tie de l'aile gauche de la macronie, qui pourrait suivre sur certains sujets. «On a tous entendu les mêmes choses en campagne, explique un interlocuteur qui crée du lien entre les deux camps. Des gens qui sont partis en macronie sur la promesse d'émancipation peuvent revenir.» Les partenaires du NFP se sont laissés jusqu'à la fin de la semaine pour se mettre d'accord. S'ils y parviennent, rien n'obligera pour autant Macron à appeler leur représentant à former un gouvernement. «La logique des institutions voudrait qu'il appelle un socialiste, c'est le centre de gravité, affirme un ancien proche de la macronie. Mais ça doit lui être insupportable d'avoir dissous pour finir avec Olivier Faure Premier ministre.»

L'Humanité
vendredi 12 juillet 2024 1301 mots, p. 8

Dans le Cher, le barrage républicain plie mais ne rompt pas

Maël Galisson; reportage photo : samir maouche

LÉGISLATIVES Le Rassemblement National, pourtant arrivé en tête au premier tour des élections dans les trois circonscriptions de ce département du Centre-Val de Loire, n'a finalement envoyé aucun élu à l'Assemblée nationale.

Envoyé spécial à Vierzon et à Bourges (Cher)

Attablé dans la brasserie Au bureau, dans le centre de Vierzon, Ahmed Taoussi parle presque à voix basse. Les mots sont mesurés. L'ancien président départemental de La République en marche (LaREM), aujourd'hui au Modem, revient sur cette intense semaine d'entre-deux-tours des législatives qui a vu le candidat macroniste Gabriel Behaghel, se désister au profit du candidat Nouveau Front populaire (NFP), le communiste Nicolas Sansu. « Il ne fallait pas que la circonscription bascule dans les mains du Rassemblement national (RN), assure-t-il. Cela aurait envoyé un message terrible. »

Le Vierzonnais met aussi en avant la dimension locale pour expliquer ce « réflexe républicain » : « Le RN n'a aucune solution concrète à apporter à notre territoire, il ne cherche qu'à faire la distinction entre les gens. » Ahmed Taoussi reproche au candidat d'extrême droite Bastian Duenas de ne jamais prendre en compte la réalité du haut Berry. « Comment ce parti aurait-il pu défendre le secteur hospitalier, alors que la plupart des hôpitaux de la région ne fonctionnent que grâce à un certain nombre de médecins étrangers ? »

Dans cette circonscription, la 2e du Cher, le score du RN a été multiplié par deux entre le premier tour des législatives 2022 et celles de 2024. Ahmed Taoussi pointe « l'absence de services publics » pour expliquer cette percée et la difficulté de faire comprendre aux électeurs que « ce qu'on observe sur le terrain, ce ne sont pas des décisions qui ont été prises ces dernières années, mais il y a trente ans », oubliant au passage que la majorité macroniste a contribué à esquinter les services publics, ces sept dernières années, dans une circonscription qui a plongé en termes de revenu par habitants.

3 électeurs nfp sur 4 ont fait front

« La décision de me désister a été prise rapidement, dès le dimanche soir du premier tour. L'équation était simple : si je reste au second tour, le RN gagne », indique Gabriel Behaghel. S'il a appelé à voter pour Nicolas Sansu, le macroniste arrivé troisième au premier tour considère que c'est le communiste arrivé deuxième derrière le RN qui aurait dû se retirer, « sachant que le report de voix des électeurs de gauche est plus fort que celui des électeurs de droite, la réserve de votes pour les candidats du centre ou de droite est en général plus importante ».

Une enquête Ipsos Talan datée du 7 juillet sur l'analyse des reports de voix dans le cadre des législatives montre en effet que, en cas de duel opposant un candidat Ensemble au RN, près de 3 électeurs du NFP sur 4 sont allés voter en faveur du candidat macroniste. À l'inverse, en cas de duel NFP face au RN, à peine 54 % des électeurs d'Ensemble et seulement 29 % des électeurs LR ont soutenu le candidat de gauche quand celui-ci était affilié au PS, aux Écologistes ou au PCF. Les reports de voix sont encore plus faibles quand le NFP est représenté par un ou une candidate de la France insoumise (FI). En somme, face à la vague RN, le barrage républicain a tenu au niveau national en grande partie grâce à la mobilisation dans les urnes du peuple de gauche.

« Pour notre électorat, faire le choix du désistement n'est pas toujours compris », tente d'expliquer Gabriel Behaghel. « Il y a eu des hésitations, ajoute de son côté Ahmed Taoussi, il a fallu expliquer qu'il ne s'agissait pas d'une adhésion au programme du NFP. » Au soir du second tour, Nicolas Sansu l'a au final emporté sur le fil, avec 50,63 % des voix contre 49,37 % pour Bastian Duenas, soit un différentiel de 519 voix.

« Ce résultat est un grand soulagement, souffle la maire communiste de Vierzon, Corinne Ollivier. Nous partions de loin avec plus de 4 000 voix de retard. » Dans cet ancien bassin industriel dont le taux de chômage est d'environ  10 %, l'élue locale constate une « vraie désespérance » sur le terrain dans laquelle se mêlent un « désintérêt pour la politique » et la « peur de l'autre », bien alimentée selon elle par certains médias. Face à ce constat, Corinne Ollivier préconise de « revenir aux fondamentaux, c'est-à-dire le terrain, la proximité ».

L'édile, qui a remplacé Nicolas Sansu à la suite de son élection à l'Assemblée nationale en 2022, considère nécessaire de tenir compte du vote de ces électeurs qui ont fait barrage à l'extrême droite. « Localement, certains sujets tels que la santé peuvent nous rassembler », estime-t-elle, prenant pour exemple «  le groupe transpartisan au Parlement sur la question des déserts médicaux auquel appartient Nicolas Sansu ».

« Vichy et Pétain, on sait ce que c'est »

Corinne Ollivier souligne toutefois que la réélection du député sortant repose avant tout sur « une forte mobilisation des militants du NFP : en très peu de temps, ceux-ci ont été en mesure d'organiser de nombreuses séances de tractage, des rassemblements ou encore des meetings. L'arrivée de l'alliance de gauche en tête au second tour a depuis ravivé une flamme sociale », mesure-t-elle, avant d'ajouter que « le rassemblement autour du NFP ne doit pas être éphémère nous n'avons pas le droit de décevoir les gens ».

« On doit redonner de l'espoir en appliquant le programme du NFP : revenir sur les lois scélérates votées par les macronistes, notamment la réforme des retraites, augmenter le Smic et surtout rétablir les services publics », avance, déterminée, Joëlle Chauveau. Cette retraitée, habitante de Bourges dans la 1re circonscription du Cher, limitrophe de celle de Nicolas Sansu, a elle aussi « fait barrage » dimanche dernier. « À gauche depuis toujours », elle a dû voter au second tour pour le candidat Renaissance, François Cormier-Bouligeon, afin de faire barrage à celui du RN, Ugo Iannuzzi. Ici, c'est le candidat du NFP, le socialiste Hugo Lefelle, arrivé en troisième, qui a été amené à se désister.

« Aucune hésitation, il fallait faire barrage au RN », assume cette ancienne professeure d'histoire-géographie dans un lycée technique, avant d'ajouter : « L'extrême droite, on a déjà essayé : Vichy et Pétain, on sait ce que c'est. » La retraitée explique qu'à Bourges « un groupe identitaire, Animus Fortis, a cassé la gueule à des militants qui tractaient pour la gauche et qu'un café associatif, l'Antidote, est régulièrement ciblé par des attaques fascistes ».

Dans la foulée de la dissolution, l'alliance de gauche locale menée par le socialiste Yann Galut, élu maire en 2020 après vingt-cinq années de règne de la droite, a mobilisé localement pour mener campagne en faveur du NFP, avant de se mobiliser pour faire barrage au RN. « Nous avons repris le quadrillage de Bourges réalisé pendant la campagne pour les municipales, indique Joëlle Chauveau. Nous avons tracté sur tous les marchés, dans toutes les boîtes aux lettres, aucune rue n'a été oubliée, cela a payé. » Dimanche dernier, le député sortant François Cormier-Bouligeon (Renaissance-Ensemble) a été réélu avec un score de 56,82 %, contre 43,18 % pour le candidat RN, Ugo Iannuzzi. Le candidat macroniste a bénéficié de la réserve de 11 432 voix acquise par Hugo Lefelle (PS-NFP) au premier tour.

« François Cormier-Bouligeon est redevable envers les électeurs de gauche, estime Joëlle Chauveau, il a intérêt à proposer des mesures pour apaiser le pays et pour améliorer le quotidien des gens. » Elle poursuit : « C'est notamment comme ça qu'on fera baisser le vote RN dans les zones rurales : dans certaines campagnes autour de Bourges, il n'y a plus de médecins traitants, il faut sept à huit mois pour obtenir un rendez-vous avec un généraliste. » C'est justement entre Bourges et Vierzon que le RN prospère et obtient ses résultats les plus hauts, et où le ressentiment monte en flèche. La gauche est désormais sommée de se préparer et de trouver des réponses, car 2027 va arriver très vite.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, vendredi 12 juillet 2024 646 mots, p. AUJM8
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12 juillet 2024 - Le Parisien

VoteiUn, deux ou trois tours

Jeudi, les 577 députés choisiront leur président. Un scrutin bien codifié qui ouvre la voie ensuite à la répartition des postes. Encore faut-il savoir qui se trouve dans la majorité et dans l'opposition.

Taslime Maazouzi

Alors que les députés font leur rentrée cette semaine, l'Assemblée nouvellement élue se réunira pour la première fois en séance le jeudi 18 juillet, à 15 heures. Au programme : élection du président ou de la présidente de l'Assemblée. Quatrième personnage de l'État, le locataire du perchoir a pour mission « d'assurer la conduite des débats dans de bonnes conditions au sein de l'hémicycle » et de « veiller au respect du règlement », en ayant parfois recours à des sanctions. Dans un hémicycle divisé et sans majorité absolue, ce rôle d'encadrement des débats sera crucial... Comment va s'organiser ce vote ?

La séance débutera par un discours du député le plus âgé. Du haut du perchoir, c'est José Gonzalez, 81 ans, député RN des Bouches-du-Rhône, qui inaugurera cette 17 e législature. Il sera installé face aux députés assis dans l'hémicycle par ordre alphabétique, uniquement ce jour, avant que chacun ne siège au sein de son groupe politique. Après le discours, place au vote. Les députés vont déposer un à un leur bulletin secret dans l'urne située sur la tribune. Ce scrutin se déroule sous l'égide du « bureau d'âge », composé du doyen et des six députés les plus jeunes remplissant les fonctions de secrétaires.

En cas d'égalité, le plus âgé l'emporte au 3 e tour

Le vote peut se dérouler en un, deux ou trois tours. Pour être élu au premier, un candidat à la présidence doit recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés. Si tel n'est pas le cas, un deuxième tour est organisé, également à la majorité absolue. À ce stade, si aucun candidat n'est élu, le troisième tour est alors un scrutin à majorité relative. Celui qui recueille le plus de voix l'emporte. En cas d'égalité, c'est le plus âgé qui endosse la présidence.

Le lendemain, les élections se poursuivent. Cette fois, c'est le bureau de la présidence qui doit être nommé. Plus haute autorité collégiale de l'Assemblée, elle accueille 22 députés, dont le ou la présidente. Mais aussi : six vice-présidents - dont le rôle est de remplacer le président au perchoir lors des séances -, trois questeurs en charge des finances du Palais-Bourbon, douze secrétaires qui veillent au bon déroulement du processus législatif, en observant notamment les votes et les résultats.

Attention particulière sur la commission des Finances

Le bureau doit reproduire « la configuration politique de l'Assemblée » et « respecter la parité entre les femmes et les hommes ». C'est pourquoi un système de répartition par points a été mis en place pour chaque poste. Ce système peut-il perdurer alors que le nombre de groupes politiques pourrait être bien supérieur à la moyenne ? Si les présidents ne parviennent pas à se mettre d'accord, une élection au scrutin uninominal à un tour sera organisée. Tous les députés départageront les candidats.

Le 20 juillet se poursuit par la répartition des députés dans l'une des huit commissions permanentes : Finances, Développement durable, Défense, Affaires sociales, Affaires étrangères, affaires Culturelles et Éducation, Affaires économiques et Lois. Cette fois encore, leur répartition est proportionnelle aux effectifs de chaque groupe. L'attention se portera particulièrement sur la présidence de la commission des Finances, qui doit revenir à un groupe d'opposition, le plus important selon l'usage. Ce poste stratégique, étant donné les pouvoirs de contrôle qui en découlent, risque d'être très disputé par tous les partis qui n'obtiendront pas la présidence. Encore faut-il savoir qui se déclarera dans l'opposition. Les députés ont jusqu'au 18 juillet à 18 heures pour cocher la case : « majorité » ou « opposition ».

Libération
vendredi 12 juillet 2024 1837 mots, p. 12,13

france

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10 juillet 2024 - Libération (site web)

HIDALGO-GRÉGOIRE Amers de Paris

Eve Szeftel

france

C'est ce qu'on appelle, en cyclisme, une échappée : quatre jours après la dissolution de l'Assemblée, Emmanuel Grégoire crée la surprise en annonçant sa candidature dans la 7e circonscription de Paris. Personne n'attendait le premier adjoint d'Anne Hidalgo, postulant déclaré à sa succession, sur ce terrain. Luimême n'avait rien prémédité, la preuve, le lundi 10 juin à l'aube, il s'envole vers la Sicile, une semaine de vacances prévue de longue date avant le rush des Jeux olympiques. Pour reprendre l'avion dès le lendemain, retour à Paris pour tenter de préempter une circonscription convoitée par Lamia El Aaraje. La patronne du Parti socialiste parisien, qui estime s'être fait voler son siège par l'insoumise Danielle Simonnet – investie à sa place par la Nupes en 2022, réélue dimanche –, se verrait bien retourner à l'Assemblée. Mais c'est sans compter l'impatience de l'ancien consultant de 46 ans, las de jouer les princes consorts aux côtés d'une reine-maire qui cultive l'ambiguïté quant à ses intentions pour 2026, mettant la loyauté de son bras droit à rude épreuve. «Emmanuel a trahi tout le monde : Anne, la fédé, le parti. Tout ça pour se présenter contre Clément Beaune, son ancien collègue au cabinet de Jean-Marc Ayrault, fulmine un proche de la maire de Paris. Anne est furieuse, personnellement, politiquement et idéologiquement.» «Il a négocié, seul, dans le dos de la fédé, en obérant l'accord qui était en discussion sur les circos dévolues au PS parisien», s'indigne un autre fidèle d'Hidalgo. Au vu du bon score de Raphaël Glucksmann, arrivé en tête dans la capitale lors des européennes, le parti à la rose estimait qu'au moins quatre circonscriptions gagnables par la gauche devaient lui revenir. Au final, alors que le PS gouverne à Paris (avec les Verts et le PCF) depuis 2001, il n'a envoyé que deux députés à l'Assemblée, contre quatre pour les Ecologistes et six pour les insoumis. «FAIRE CHIER ANNE» Si Emmanuel Grégoire a vu l'occasion de s'émanciper de son encombrante tutelle, le patron du PS, Olivier Faure, y a vu celle de «faire chier Anne et la fédé de Paris», poursuit cette source. Avec le premier secrétaire, les relations sont exécrables depuis le fiasco de la présidentielle où, soutenue du bout des lèvres par le parti, elle n'a recueilli qu'1,75 % des voix. Et l'apparition de son premier adjoint juste derrière Faure dimanche soir sur l'estrade de la Bellevilloise a achevé de convaincre l'hôtel de ville de la traîtrise définitive de l'élu parisien. Des accusations qui indignent le nouveau député, élu dès le premier tour. «C'est une honte absolue et ceux qui racontent ça payeront cette infamie », s'emporte Emmanuel Grégoire. Il assure avoir été «sollicité» pour être candidat sur cette circonscription, et que «nul n'a été pris par surprise, à commencer par la maire.

Je lui ai fait un SMS mardi en début d'après-midi où je lui demandais un entretien en tête à tête. Je n'attendais qu'une chose, avec affection et peutêtre naïveté, c'était son soutien. Il n'est pas venu, j'en ai pris acte et je suis passé à autre chose.» Lundi, la passation de pouvoir à l'hôtel de ville a été protocolaire. Emmanuel Grégoire s'est assis à sa place, au premier rang face à la maire, juchée dans son large fauteuil surplombant la salle du conseil. D'un ton neutre, Hidalgo a salué son élection. Très apprécié à l'hôtel de ville pour sa maîtrise des dossiers et ses talents de rassembleur, Emmanuel Grégoire a été longuement applaudi. Mais la maire n'a pas eu un mot de remerciement pour celui qui a tenu la barque pendant six ans, réservant ses louanges à son «ami» Patrick Bloche, désigné pour le remplacer.

Si les deux camps se renvoient la responsabilité de la rupture, ils s'accordent pour dire que les relations s'étaient dégradées depuis un an et demi – ce qui n'empêchait pas des relations de travail «fructueuses». «Au dernier congrès du PS en janvier 2023, Emmanuel est resté très en retrait, alors que toute la fédération de Paris soutenait [le maire de Rouen et challengeur d'Olivier Faure, ndlr] Nicolas Mayer-Rossignol, Anne en tête. Et il ne l'a pas beaucoup défendue non plus lors de la polémique sur son voyage à Tahiti», rappelle un proche de la maire. Or Anne ne fait pas dans la demi-mesure : si tu n'es pas avec elle, tu es contre elle.» Du côté de l'exadjoint, on préfère parler d'une «incompréhension teintée de paranoïa» et on date le point de bascule à un article du Figaro de février 2023, «A Paris, Emmanuel Grégoire prépare déjà l'après-Hidalgo», «vécu comme une indélicatesse» par l'édile. Trois mois plus tard, ce dernier accélère son émancipation en créant son micro-parti, «Paris en grand», puis en organisant des rencontres avec les Parisiens de chaque arrondissement, avant de déclarer au Monde, en février : «La théorie du gentil Emmanuel Grégoire qui attend d'être adoubé, c'est fini.» Une socialiste parisienne a une autre analyse de l'échappée du second d'Hidalgo : «Son rêve, c'était d'être maire de Paris, mais il a compris que ce ne serait pas possible, car il n'arriverait pas à convaincre les grands élus. C'est un très bon adjoint, un excellent premier adjoint, mais pour être candidat à la mairie de Paris, il faut plus que ça.» De son côté, le nouveau député, qui a fait mardi sa rentrée des classes parlementaires, justifie sa décision par «l'état du pays» au soir de la dissolution, alors sous la menace d'être gouverné par l'extrême droite : «Paris est ma passion, mais 2026, c'est loin». Son entourage se fait fort de rappeler sa légitimité dans cette circonscription, à cheval sur le IVe, le XIe et XIIe arrondissement, où il habite et milite depuis 2002, et est élu depuis 2014. Et le vote des sections de Paris Centre et du XIIe en faveur de sa candidature.

«CORNÉRISER» Au-delà du cas Grégoire, domine, dans une partie du PS parisien, le sentiment de s'être fait une nouvelle fois rouler dessus par LFI. En vingt-trois ans de gestion de la capitale, «on a préparé un nid favorable à la gauche et certains se sont approprié le nid», s'agace l'adjointe à la mairie Lamia El Aaraje. En 2022, laminé par l'échec d'Hidalgo, le PS était aux abois et l'accord de la Nupes a été vu comme une manière de sauver les meubles. Mais cette fois, le contexte est différent. Encouragé par la dynamique insufflée par Raphaël Glucksmann, le PS allié à Place publique s'est remis à y croire. «C'est une campagne qu'on a pris plaisir à faire ; beaucoup d'électeurs, partis vers Macron, sont revenus vers nous. Le soir du 9 juin, on a eu une vague d'adhésions, des profils très “soc-dem”, et cela continue depuis», témoigne Lamia El Aaraje.

Las, la dissolution a mis un coup d'arrêt au «mouvement de recomposition qui s'était engagé à gauche et fait se resserrer les rangs, alors qu'on pouvait imaginer cornériser les mélenchonistes», analyse Emmanuel Grégoire. Surtout, alors que le PS tend la main aux Ecologistes et au PCF, les verts font savoir qu'il est «hors de question de ne pas inclure LFI dans l'accord» en vue des législatives, poursuit l'élu. Dès lors, la maire «ne pouvait aller contre sa majorité» municipale. Voyant qu'on se dirige droit vers une reconduction de l'accord de 2022, le PS parisien pousse alors l'idée de présenter des candidatures dissidentes, au moins face aux trois sortants LFI jugés «infréquentables» en raison de leur complaisance avec l'antisémitisme, de leur absence de condamnation des crimes du Hamas ou de propos jugés homophobes : Aymeric Caron, Danièle Obono et Sophia Chikirou. «Le lendemain de la dissolution, quand on voit que Caron va être réinvesti, on se dit “ce n'est pas possible, il faut y aller”. Surtout dans le XVIIIe, où Glucksmann est largement en tête», raconte Jean- Philippe Daviaud, conseiller de Paris et adjoint au maire du XVIIIe, Eric Lejoindre. Face à Caron, c'est Elisa Yavchitz, la directrice de l'association Les Canaux, qui est pressentie. Une candidature dissidente est également envisagée dans la première circonscription, où l'on juge un socialiste plus à même de l'emporter face au macroniste Sylvain Maillard.

Dissidence Le soutien apporté par Glucksmann à l'alliance de gauche, suivi par la décision de François Hollande de se présenter sous les couleurs du Nouveau Front populaire, refroidit les ardeurs. Vendredi soir, l'annoncechoc de la purge dont sont victimes plusieurs sortants LFI semble dans un premier temps changer la donne : les frondeurs socialistes s'estiment «délivrés de leurs obligations» dès lors que le principe de reconduire les sortants ne tient plus. Samedi, l'idée d'entrer en dissidence est finalement abandonnée. «J'ai fait valoir que l'électeur moyen de gauche se fichait de nos histoires internes, et qu'on serait inaudible, avec le RN à nos portes», résume Jean-Philippe Daviaud.

«A Paris, le RN, ce n'était pas le sujet», objecte Ariel Weil, le maire de Paris Centre. Jusque tard dans la soirée de samedi 15 juin, l'élu des quatre arrondissements centraux de Paris a tenté de convaincre les uns et les autres de suivre l'exemple du socialiste Jérôme Guedj, dissident dans l'Essonne.

«On aurait mieux fait accepter l'accord si on avait dit qu'il ne s'appliquait pas à certains candidats antirépublicains. On n'était pas obligés d'avoir un seul mot d'ordre pour les 577 circos», argumente Weil.

Sauf que Guedj était sortant, et avait le logo de tous les partis – sauf LFI. «Quand vous êtes dissident sans logo officiel, c'est hyperviolent, je l'ai vécu en 2022 contre Danielle Simonnet», tempère Lamia El Aaraje. Et puis, la priorité était de battre le RN. «Je suis binationale, franco-marocaine, mes enfants sont aussi basanés que moi. Je n'ai pas envie qu'on leur explique qu'ils ne peuvent pas être magistrats.» Au final, «on a réussi à empêcher le pire mais pas permis au meilleur d'advenir», juge l'élue de 37 ans.

La protégée d'Hidalgo, qui s'est vue confier la délégation clé de l'urbanisme, ne décolère pas quant à la manière dont, une nouvelle fois, les choses se sont passées. «Quatre mecs qui négocient sur un coin de table une répartition des circonscriptions en fonction d'enjeux d'appareil et viennent écraser une réalité électorale sortie des urnes : ça, on n'en veut plus.» La première secrétaire fédérale prévient : «Si les appareils continuent à travailler de cette façon, on sera un certain nombre à en tirer les conclusions qui s'imposent.» La porte-parole de Refondations donne rendez-vous dans six mois, lors du prochain congrès.

La priorité est de «reprendre le fil de la campagne de Glucksmann» interrompu par la dissolution, c'està-dire «le fil de la reconstruction de la gauche sociale-démocrate», confirme le sénateur PS de Paris Rémi Féraud. Et cela suppose de «cesser d'avoir peur du qu'en-dirat-on insoumis», ajoute le président du groupe Paris en commun à la mairie, en paraphrasant un socialiste dont le nom revient souvent ces derniers temps. Un certain Léon Blum, qui disait cela des communistes, lors du 36e congrès de la SFIO, en août 1946.•

«[Emmanuel Grégoire] ne l'a pas beaucoup défendue lors de la polémique sur Tahiti. Et Anne ne fait pas dans la demi-mesure : si tu n'es pas avec elle, tu es contre elle.» Un proche de la maire

Le Figaro, no. 24847
Le Figaro, vendredi 12 juillet 2024 822 mots, p. 3

Politique

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11 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Quel que soit le gouvernement, l'épée de Damoclès de la motion de censure

Bordas, Wally, Gentilhomme, Célestine

Le sablier est retourné. Combien de gouvernements tomberont dans les douze prochains mois, avant une éventuelle dissolution ? Sans même savoir qui remplacera Gabriel Attal et ses ministres sortants, plusieurs camps brandissent déjà la menace de la censure. Il faut dire que la configuration paraît indémêlable : à l'exception d'une improbable entente des « forces républicaines » , aucune coalition ne semble en mesure d'avoir la majorité absolue. Les premiers ministres de différentes forces politiques pourraient ainsi se succéder à Matignon sans jamais pouvoir légiférer puisque aussitôt renversés. Une situation qui serait inédite sous la Ve République.

À gauche, où les discussions du Nouveau Front populaire patinent, chacun sait que le couperet pourrait très vite tomber en cas d'accession au pouvoir. «J'appellerai mes amis à censurer ce gouvernement, car ça ne correspond pas à la volonté des Français» , a prévenu ce jeudi le président du Sénat, Gérard Larcher, au micro de BFMTV. L'aile droite du camp présidentiel a elle aussi annoncé la couleur : la nomination du moindre Insoumis entraînerait aussitôt le dépôt d'une motion de censure. L'initiative aurait toutes les chances d'être suivie par la soixantaine d'élus LR et divers droite, mais cela ne suffirait pas pour autant puisque, pour renverser un gouvernement, un minimum de 289 voix exprimées est requis. Résultat, il faudrait alors compter sur le renfort du Rassemblement national et de ses alliés « ciottistes » pour faire pencher la balance. Ce qui est quasiment assuré.

D'autant que Marine Le Pen et Jordan Bardella ont tracé jeudi soir la ligne officielle du parti à la flamme. La chef de file des députés nationaliste a annoncé que le Rassemblement national (RN) « censurera » n'importe quel gouvernement NFP auquel appartiendrait le moindre ministre Insoumis ou écologiste. Avant de dénoncer le « bourbier institutionnel » provoqué par Emmanuel Macron, qui ne « permet pas de connaître le futur gouvernement. » « Il ne peut y avoir aucune complaisance avec l'extrême gauche », a renchéri dans la foulée le président du RN Jordan Bardella.

Les députés NFP sont convaincus qu'en dépit de leur courte majorité, leur hypothétique gouvernement pourrait tenir quelque temps. «Nous allons devoir faire en sorte que nos textes soient votés. Ce ne sera pas simple de durer, mais je suis certaine que nous pouvons éviter de nous prendre une motion de censure tous les deux jours», veut croire l'écologiste Sandra Regol. D'autant que plusieurs voix d'élus de l'aile gauche macroniste, qui appellent déjà à «construire des passerelles»avec le NFP, pourraient de fait manquer à une éventuelle censure. Sans compter que les bancs de gauche ne manqueront pas de rappeler les désistements de l'entre-deux-tours des législatives qui, au nom du « front républicain » , ont permis l'élection de certains députés du camp présidentiel comme de la droite.

S'il échoue à se hisser à Matignon, le NFP pourrait en revanche retourner l'arme de la censure contre un autre gouvernement. Notamment en cas de « coup de force » du chef de l'État, qui reconduirait Gabriel Attal ou un autre macroniste malgré le verdict des urnes. Mais l'alliance des gauches pourrait difficilement renverser un « gouvernement démissionnaire » en charge des affaires courantes, qui serait déjà privé de ses prérogatives politiques. La cartouche n'est d'ailleurs pas illimitée : un même député ne peut signer plus de trois motions spontanées au cours d'une session ordinaire, et une seule par session extraordinaire.

S'ajoute également une difficulté arithmétique : à lui seul, le bloc de gauche louperait de toute façon la cible. Là encore, il lui faudrait puiser dans les voix du RN et de ses alliés, sans qui la tentative serait vouée à l'échec. Or les troupes nationalistes confirment qu'elles resteront fidèles au comportement qui avait été le leur durant la législature précédente : «On vote ce qui nous semble aller dans la bonne direction, on dépose une motion de censure ou on vote les motions qui sont déposées lorsque l'on estime que cela va dans le mauvais sens», résume Renaud Labaye, secrétaire général du groupe RN à l'Assemblée. Il paraît donc imaginable qu'une coalition gouvernementale de droite ne soit pas immédiatement renversée par les députés RN et leurs partenaires, en particulier si des projets de loi régaliens sont mis sur la table.

Une chose semble en tout cas certaine : au vu des rapports de force, aucun gouvernement ne devrait se risquer à demander un vote de confiance. Déjà coincés par une majorité relative - autrement plus confortable - dans la législature précédente, ni Élisabeth Borne ni Gabriel Attal ne s'y sont soumis en leur temps. Les mélenchonistes avaient d'ailleurs, à chaque fois, déposé des motions de censure, que n'avaient pas votées Les Républicains (LR) et le Rassemblement national. Un député de gauche anticipe : «Pour nous comme pour n'importe quel autre gouvernement, l'épreuve du feu sera le budget à l'automne. Avant, ça peut tenir. Pendant, c'est injouable. Il faudrait forcément passer par un 49.3 et donc, se faire renverser dans la foulée.» W B ET C.G.

Libération
vendredi 12 juillet 2024 574 mots, p. 6

Éditos/

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11 juillet 2024 - Libération (site web)

Eric Ciotti, le roi sans couronne

Samira Sedira

Éditos/

Eric Ciotti a été réélu haut la main et sans grande surprise dans la première circonscription des Alpes-Maritimes avec 45,14 % des suffrages. Eric Ciotti a tout fait pour gagner et Eric Ciotti a gagné. Pour paraphraser Corneille, il partit seul mais, par un prompt grondement, il n'en vit aucun en arrivant au port.

Eric Ciotti est seul, et c'est sur des ruines fumantes qu'il célèbre sa drôle de victoire. Après les rebondissants épisodes de son inénarrable trahison (dont Shakespeare lui-même n'aurait pas renié la paternité), on le retrouve lundi dans la cour d'honneur de l'Assemblée nationale, flanqué d'une poignée de députés, une armée plus réduite qu'espérée, une armée prise entre deux rives, mi- Républicaine mi-RN, plus tout à fait l'une, mais pas vraiment l'autre, comme un vieux vêtement qu'on trempe dans un bac à teinture et qui ressort avec une couleur indéfinie. Pour la photo de groupe, le député niçois sourit, laissant apparaitre des dents de la chance. Il sourit sans sourire, comme quelqu'un qui y a cru.

Eric Ciotti est un roi sans couronne. Le groupe parlementaire que monsieur Ciotti a constitué avec la grappe de députés (comme lui alliés du RN) a été baptisé «A droite !». Ce point d'exclamation qui affirme haut et fort ce que la grande majorité de ses anciens camarades désormais lui dénient ne saurait à lui seul lui rendre sa crédibilité. C'est Jean- François Copé qui, dans le magazine Challenges, en parle le plus durement : «Sa tactique était un fusil à un coup : elle ne pouvait marcher que si le RN arrivait au pouvoir. Puisque ce ne sera pas le cas, il ne leur servira jamais, et il ne sera rien pour eux. Côté LR, c'est l'impossible pardon. Désormais il se trimballera à tout jamais une image de traître.» Finito. On connaît depuis longtemps les appétences naturelles d'Eric Ciotti pour l'autorité. Son triptyque de prédilection : «ordre, autorité et liberté», dont il aime à se repaître, semble vouloir narguer la devise républicaine inscrite sur tous les bâtiments publics. A noter que le mot liberté, chez Ciotti, occupe la troisième place seulement, et qu'aux mots «égalité et fraternité» il oppose la plus grande fermeté.

Car derrière la monture austère de ses lunettes, Eric Ciotti se rêve en ministre de l'Intérieur. Il s'y voit depuis longtemps, s'y emploie depuis toujours, dérivant vers des eaux de plus en plus troubles, empruntant même au Rassemblement national sa rhétorique sécuritaire (immigration, islamo-gauchisme, wokisme, etc.). Devenir ministre, c'est du boulot, et le député niçois n'a jamais été aussi près de réaliser son rêve bleu que le jour où il a sauté le pas en s'alliant au RN.

Mais hélas, pour lui la fusion n'a rien donné. Avec la défaite de Jordan Bardella, le job de ministre lui est passé sous le nez. Il arrive qu'un fruit hybride issu du croisement de deux variétés ne réponde pas aux espérances. A la seconde génération d'hybrides, les graines de fruits peuvent s'avérer inertes, c'est-à-dire qu'elles ne sont plus capables de germer et de produire de nouveaux fruits. Quand la nature ne veut pas… Dommage qu'Eric Ciotti ne se soit pas intéressé de près à la fruiticulture, il en aurait peutêtre pris de la graine. Mais n'oublions pas qu'à la course au pouvoir, nul n'est à l'abri d'une déloyauté. Des cadavres, il en remonte de tous les côtés, en ce moment. Et quelque chose me dit que ce n'est pas fini.•

Le Monde
Idées, vendredi 12 juillet 2024 1131 mots, p. 22
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Astrid Panosyan-Bouvet La seule solution viable et efficace est une grande coalition entre démocrates, républicains et pro-européens

Le choix d’unpremier ministre et la rédaction d’un vrai contrat de gouvernement demanderont plusieurs semainesde négociations, souligne la députéede Paris, qui considère l’investissement plus que rentable s’il permet d’éviter la victoire du Rassemblement national en 2027

Astrid Panosyan-Bouvet

La dissolution, qui devait être un moment de « respiration » et de « clarification » démocratique, a été avant tout, pour beaucoup, un moment d’angoisse. Et elle débouche sur la confusion d’une Assemblée dont tous les blocs sont très éloignés de la majorité, même relative. Néanmoins, en plus d’une participation record pour des législatives dans une démocratie souvent décrite comme moribonde, trois bonnes nouvelles sont sorties des urnes.

Primo, le Rassemblement national (RN) ne gouvernera pas dans l’immédiat : cela préserve pour un temps notre sécurité collective et notre ancrage européen. Secundo, La France insoumise (LFI) est affaiblie : de 50 % de feu la Nupes, elle ne représente plus que 40 % du Nouveau Front populaire (NFP). Tertio, une multiplicité de partis républicains, démocrates et pro-européens, de droite comme de gauche, se maintiennent voire se renforcent : cela consolide la démocratie. Aucun parti seul n’est une digue contre le RN, et une offre politique diversifiée est le meilleur antidote contre l’abstention et les extrêmes.

Erreur collective

Deux réalités graves émergent cependant. D’abord, au premier tour, le nombre de voix pour l’extrême droite n’a jamais été aussi haut : 11 millions, soit plus de 34 % des suffrages exprimés. Ensuite, au second tour, les désistements et le choix de la raison débouchent sur une configuration de l’Assemblée largement décorrélée du nombre de voix initialement récoltées par chaque parti : par responsabilité, beaucoup d’électeurs n’ont pas voté « pour » mais « contre ».

Même si les élections se sont déroulées dans le plus strict respect de nos règles démocratiques, leur issue alimentera pour bon nombre le sentiment d’une « élection volée » et la défiance dans les institutions, nous rapprochant encore de l’accession de Marine Le Pen à la magistrature suprême en 2027. Résumé simplement, nous venons d’acheter à un prix exorbitant un peu d’oxygène politique qui s’apparente à du sursis.

En 2022, lors des élections législatives, les Français avaient déjà imposé au centre une majorité relative mais nous n’avions pas pris acte du fait que, pour garantir la stabilité et la lisibilité des orientations politiques, elle appelait une coalition, plutôt qu’une majorité texte par texte et des débauchages individuels qui ont agacé plus que rallié. Une occasion unique a été manquée de moderniser la pratique du pouvoir en ouvrant une ère de culture du contrat de gouvernement basée sur le respect, le dialogue et le compromis – au Parlement comme dans le dialogue social. Le centre, en position de force, aurait dû faire sérieusement le premier pas. Les gaullistes et les sociaux-démocrates, eux, sous le prétexte de singularité et d’indépendance, ont préféré la confortable position d’oppositions-couperets au détriment de la recherche de solutions communes.

Il est temps de réparer cette erreur collective en construisant une large coalition qui se rapprochera ou dépassera la majorité absolue. Seule cette assise permettra de dérouler un programme lisible, répondant aux besoins communs des électeurs et les détournant des extrêmes. Le NFP est très loin de cette majorité absolue et le Sénat est à droite : il ne pourra donc pas appliquer son programme. Une coalition Ensemble-LR n’est pas suffisante non plus. La seule solution efficace et viable est donc une grande coalition entre ceux – gaullistes, centristes, sociaux-démocrates, écologistes – qui partagent des valeurs démocrates, républicaines et pro-européennes.

Cette coalition suppose d’abord un changement radical dans l’exercice du pouvoir. Conformément à la Constitution, le pouvoir doit revenir au premier ministre et au gouvernement, qui déterminent et conduisent la politique de la nation avec la confiance du Parlement. Le président de la République redevient le garant des institutions et s’occupe de la politique internationale et de la défense.

Entendre les électeurs du RN

Sur la forme toujours, cela suppose qu’au sursaut républicain des Français succède celui de femmes et d’hommes politiques de bonne volontédignes et décents dans l’exercice du pouvoir. Capables de se parler et d’avancer ensemble dans le respect mutuel de leur identité politique, mais en faisant passer l’intérêt général avant celle-ci. Capables de voir que la distance qui les sépare est plus faible que celle qui les sépare de leurs extrêmes respectifs. Capables enfin de subtilité dans les diagnostics et de radicalité dans les réponses.

Aux centristes d’accepter que la moyenne parfois tiède du « en même temps » n’est pas à la hauteur de certains enjeux. Aux sociaux-démocrates de renouer avec les combats matriciels de la gauche – défense de la laïcité et lutte contre les communautarismes, immigration régulée pour éviter le dumping social, priorisation du social sur le sociétal, considération pour l’entreprise comme élément moteur de l’économie. A la droite républicaine de sortir d’une lecture économiciste de la société pour reparler aux ouvriers et aux classes moyennes partis vers le RN, de s’engager sérieusement contre les discriminations et les inégalités de destins et de faire un pas de plus vers l’écologie. A tous d’entendre que la trajectoire des finances nationales doit être maîtrisée par une réelle priorisation des dépenses publiques et le souci premier de l’efficacité de l’action de l’Etat.

Sur le fond, ils auront à garder en tête la dynamique du premier tour sans surplomb moral pour le choix massif en faveur du RN et sans balayer d’un revers de main les raisons de ce choix. Le message est clair : peur du déclassement individuel et d’un avenir confisqué et demande forte d’autorité pour renouer avec la promesse républicaine selon laquelle, quand on travaille et qu’on respecte les règles, on peut se construire une meilleure vie pour soi et ses enfants. Il appelle à se concentrer sur quelques priorités : le pouvoir d’achat par le travail qui paye sans mettre en péril les entreprises, la restauration de nos services publics, de l’école et de la santé, la sécurité au quotidien.

Sur la méthode, enfin, comme d’autres pays le font, il est urgent de prendre son temps. Le choix d’un premier ministre et la rédaction d’un vrai contrat de gouvernement signé par toutes les parties ne se font pas en une nuit, mais demanderont plusieurs semaines de négociations. Elles sont un investissement plus que rentable si elles permettent que les trois prochaines années soient utiles au pays et lui évitent cinq ans de RN au pouvoir entre 2027 et 2032.

Le Monde
Economie & Entreprise, vendredi 12 juillet 2024 815 mots, p. 17
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10 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Un projet minier « d’intérêt national majeur » dans l’Allier

La mine de lithium envisagée par le groupe français Imerys suscite l’opposition d’une partie de la population locale

Bastien Bonnefous

Le décret a été publié au Journal officiel en date du dimanche 7 juillet, quelques heures seulement avant les résultats du second tour des élections législatives. Le projet d’une mine de lithium dans l’Allier, porté par le groupe français Imerys, a été classé « projet d’intérêt national majeur » par le gouvernement. Ce statut spécial, créé par la loi relative à l’industrie verte votée en octobre 2023, permet à des projets industriels jugés importants pour la souveraineté nationale et la transition écologique de bénéficier de mesures d’accélération ou de dérogations administratives, et ce, dans le but de faciliter leur développement.

Le projet « Emili » (pour « exploitation de mica lithinifère ») s’inscrit dans le cadre de la politique française visant à bâtir une nouvelle filière nationale de minerais et métaux stratégiques, afin d’être moins dépendant aux importations, notamment en provenance de Chine. Le lithium constitue une matière première centrale dans la fabrication de batteries pour véhicules électriques, alors que les moteurs thermiques doivent être interdits à la vente dans l’Union européenne à partir de 2035.

Le projet dans l’Allier, dont les investissements sont estimés à 1 milliard d’euros, serait la première ouverture d’une mine en France depuis près de cinquante ans. Selon Imerys, il permettrait de produire à partir de 2028 du lithium afin d’équiper 700 000 batteries par an pendant au moins un quart de siècle.

Plusieurs sites ont été retenus par l’entreprise : le projet d’extraction et de transformation du lithium serait situé à Echassières, dans une mine souterraine, sur la carrière de Beauvoir, où Imerys exploite du kaolin pour céramique depuis 2005 ; le site de stockage dans la commune de Saint-Bonnet-de-Rochefort, distante d’une quinzaine de kilomètres ; et l’usine de conversion pour le raffinage à Montluçon, à 49 kilomètres. Le transport du minerai d’un site à l’autre se ferait par voie souterraine ou par train. Imerys promet, à terme, entre 500 et 600 emplois directs, et un millier d’emplois indirects.

Annoncé en 2022, le projet Emili est soutenu par l’Etat et le gouvernement, mais il provoque l’opposition d’organisations de défense de la nature ainsi que d’une partie des populations locales. Celles-ci craignent des conséquences pour l’environnement et la santé. Un débat public a été lancé au mois de mars, qui doit se conclure le 31 juillet, selon la Commission nationale du débat public, laquelle présentera son bilan en octobre.

« Déni de démocratie »

L’obtention du statut de « projet d’intérêt national majeur » avant même la fin du débat public provoque la colère des opposants. Ainsi, pour l’association Préservons la forêt des Colettes, qui redoute une pollution des sols et des eaux liée à la mine autour d’Echassières, cette décision représente « un passage en force » et « un déni de démocratie ». « C’est la preuve que ce débat n’est qu’une pure formalité mise en place par les pouvoirs publics et Imerys, et que l’avis des populations locales ne sera pas pris en compte », estime Etienne Philippe, membre de l’association.

Mardi 9 juillet, la préfète de l’Allier, Pascale Trimbach, ainsi que le délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques, Benjamin Gallezot, ont souligné, à l’occasion d’une nouvelle réunion organisée à Montluçon par la Commission nationale du débat public, que le décret paru deux jours auparavant avait « une valeur procédurale, mais[qu’] il ne [présumait] en aucune manière des autorisations finales qui seront données ou pas au projet Emili, lesquelles devront tenir compte des aspects environnementaux, sociaux et économiques ».

La nouvelle donne politique issue du scrutin législatif pourrait-elle changer la situation ? Jusqu’à présent, l’ensemble des partis, y compris à gauche, était favorable au projet. Le Parti communiste et le Parti socialiste le soutiennent. Les écologistes, quant à eux, se montrent plus prudents : ils appellent à être vigilants sur les conditions d’extraction, mais considèrent que la France et l’Europe ne peuvent pas continuer à sous-traiter la production de lithium aux pays du Sud.

Seule La France insoumise critique le projet, mais principalement parce que l’exploitation de la future mine a été déléguée par l’Etat à Imerys, « une entreprise privée qui veut faire du profit », avait déploré, en mars, Marianne Maximi, députée (LFI) du Puy-de-Dôme, réélue le 7 juillet.

Le décret au Journal officiel a également accordé le statut de « projet d’intérêt national majeur » au projet d’usine de recyclage moléculaire des plastiques de la société Eastman en Seine-Maritime, au site de production de minerai de fer réduit et d’hydrogène de l’entreprise GravitHy à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et à la méga-usine de panneaux photovoltaïques Carbon, dans le Grand Port maritime de Marseille.

Le Figaro, no. 24847
Le Figaro, vendredi 12 juillet 2024 801 mots, p. 10

Société

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11 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Les militants antibassines appellent à « encercler » le port rochellais

Le 20 juillet, ils vont « converger » vers le port de La Pallice (Charente-Maritime), grand exportateur de céréales. Des dégradations sont redoutées.

Paillot, Fabien

Les militants antibassines imaginaient leur nouvelle « mobilisation internationale » , prévue du 16 au 21 juillet, comme une façon de peser dans l'opinion et d'interpeller les pouvoirs publics, à la veille des Jeux olympiques de Paris. C'était sans compter sur «le contexte parlementaire chaotique»qui, selon eux, leur offrira aussi « un troisième tour (...) pour mettre fin à 7ans de politiques macronistes antisociales et antiécologiques et pour faire reculer l'extrême droite ».

Quinze mois après les violents affrontements de Sainte-Soline, 120 organisations associatives et syndicales appellent à se rassembler à Melle (Deux-Sèvres) où se tiendront un « village de l'eau » et de multiples formations, débats et conférences. Aux manettes : Attac, Solidaires, les Soulèvements de la Terre ou encore le collectif Bassines non merci (BNM), avec le soutien de formations politiques comme LFI et EELV.

Opposés aux réserves d'eau dédiées à l'irrigation intensive des cultures, ces militants réclament toujours « un moratoire immédiat sur les bassines » et appellent à « défendre un juste partage de l'eau et une transition agricole vers un modèle plus respectueux des terres, de l'eau, de la biodiversité et des paysans ». Le vendredi 19 juillet, leur mobilisation prendra la forme d'une « grande marche populaire et d'un convoi de vélos » dans le département voisin de la Vienne, à Saint-Sauvant. Le chantier d'une nouvelle réserve doit y débuter en septembre.

Dès le lendemain, les opposants quitteront les champs et cibleront cette fois le port de commerce de La Pallice, à La Rochelle (Charente-Maritime), lors d'une « manifestation fleuve, ambiance carnaval » visant à « encercler et bloquer joyeusement » les installations avec des kayaks et des bateaux gonflables. Présenté comme « le dernier maillon de la chaîne du système bassines » , ce terminal reste le second port français exportateur de céréales et expédie une partie du blé et du maïs irrigués dans le Marais poitevin. Actant une stratégie aussi nouvelle qu'inattendue, les opposants entendent ainsi « mettre en lumière les rouages du complexe agro-industriel qui sous-tend la construction et l'utilisation des bassines ». Annoncée ce mercredi, cette manifestation semble avoir pris de court les autorités préfectorales qui s'attendaient à une mobilisation cantonnée dans les Deux-Sèvres. Aucune demande n'a encore été formulée, confirment l'État et les antibassines. Mais ceux-ci disposent d'un délai de 72 heures pour déclarer un tel événement et souhaitent « converger » vers le port quoi qu'il arrive.

Une situation inédite

Déterminés à « remonter à la source du ravage » , les militants antibassines ont été confortés mardi par une décision du tribunal administratif de Poitiers liée aux volumes d'eau prélevables dans le Marais poitevin. Saisis par l'association Nature Environnement 17, les juges ont en effet retoqué l'autorisation unique pluriannuelle de prélèvement (AUPP) délivrée en 2021 par les préfectures de Vendée, Deux-Sèvres, Charente-Maritime et Vienne. Extrêmement technique, la précédente mouture de cette AUPP avait déjà été rejetée en 2019. En cause : des prélèvements jugés « excessifs et contraires au principe de gestion équilibrée et durable de la ressource en eau » , les futures réserves ne conduisant pas à une baisse des volumes puisés mais, au contraire, à leur augmentation.

En attendant l'appel du ministère de la Transition écologique ou bien une nouvelle copie des préfectures, les juges ont eux-mêmes décidé de réduire d'un quart les prélèvements destinés à l'irrigation - une situation inédite ! À l'instar de la députée écologiste et deux-sévrienne Delphine Batho, qui a dénoncé « un projet dans une impasse écologique et désormais juridique » , les antibassines applaudissent ce jugement. Les irrigants, eux, accusent le coup. « Cette décision est incohérente et anéantit tout le travail de dialogue et de concertation mis en place sur le territoire pour permettre une répartition raisonnée, équilibrée et durable de la ressource » , analyse ainsi Thierry Boudaud, le président de la Coop de l'eau 79, à l'origine du projet de réserves contestées dans les Deux-Sèvres.

« Très en colère » , le même agriculteur craint de surcroît la mobilisation des antibassines à Melle et juge leur « attitude » et ce rassemblement « dangereux et irresponsables ». Thierry Boudaud dénonce « le ton belliqueux » et « les appels à la violence et aux dégradations explicites ». La Chambre d'agriculture des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime dresse un même constat. « La démocratie locale ne peut être prise en otage par une petite poignée d'activistes déconnectés du territoire et s'affranchissant de l'État de droit et de l'intérêt général » , écrit-elle en brocardant « des discours bon enfant précédant des menaces, des intimidations et des actions systématiquement violentes ». Porte-parole du collectif BNM, Judith Rivière et Julien Le Guet réfutent, eux, cet argumentaire et renvoient la responsabilité d'éventuels débordements aux forces de l'ordre et au gouvernement : « Les violences n'ont pas leur place dans cette mobilisation nouvelle. Il faut tranquilliser le camp d'en face. Il s'agit, à LaRochelle, d'un blocage symbolique, pas d'une ZAD. » F.P.

Le Monde
France, vendredi 12 juillet 2024 454 mots, p. 10
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10 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Les ambitions nationales contrariées de Valérie Rabault

Philippe Gagnebet (Toulouse, correspondant) Philippe Gagnebet (Toulouse, correspondant)

Son nom circulait pour occuper les plus hautes fonctions de l’Etat, telle la présidence de l’Assemblée nationale, et même le poste de première ministre. Mais, dimanche 7 juillet au soir, la socialiste Valérie Rabault a perdu son siège de députée dans la 1re circonscription de Tarn-et-Garonne et, peut-être, ses ambitions nationales. Elle a été battue par la maire de Montauban, Brigitte Barèges, qui candidatait avec l’étiquette Les Républicains courant Eric Ciotti, ralliés au Rassemblement national (RN). Au soir de sa défaite, celle qui était encore il y a peu première vice-présidente de l’Assemblée nationale a tenu à « féliciter [son] adversaire », évacuant « tout sentiment de frustration ».

Ancienne conductrice de travaux devenue banquière et experte financière au sein du groupe BNP Paribas, Mme Rabault fut la première femme présidente du groupe socialiste à l’Assemblée, entre 2018 et 2022, après avoir été rapporteuse générale du budget entre 2014 et 2017. Elle avait déclaré, en 2022, qu’Emmanuel Macron, à peine réélu, lui avait proposé le poste de première ministre.

Coup dur pour Carole Delga

Dimanche, Mme Rabault a analysé sa défaite en affirmant que « les électeurs ont voté pour les idées du RN et non pour Brigitte Barèges ». Elle peut cependant se féliciter de très bons scores réalisés à Montauban, où elle devance de 1 028 voix Mme Barèges, qui a annoncé démissionner de son mandat de maire. De quoi alimenter un rebond possible aux élections municipales de 2026 ? Toujours conseillère départementale de Tarn-et-Garonne, Mme Rabault évoque simplement ressentir « une responsabilité, dans un département avec une grande histoire, notamment parce qu’il est celui qui a vu naître Olympe de Gouges. Elle a combattu toutes les injustices, de l’esclavage à l’invisibilisation des femmes ».

Cette défaite est également un coup dur pour Carole Delga, son « amie »et présidente socialiste de la région Occitanie. Les deux femmes entretiennent une longue relation et des convictions partagées, notamment sur leurs réticences à voir les idées de La France insoumise appliquées. Toutes les deux avaient soutenu la démarche de Raphaël Glucksmann, tête de liste du Parti socialiste et de Place publique, lors des élections européennes. Mme Rabault est également un pilier du mouvement La gauche en commun, créé en Occitanie, qui rassemble tous les étés les tendances d’une gauche qui « fuit les extrêmes ».

A la veille de sa défaite aux législatives, Mme Rabault avait déclaré : « Je sais que mon nom a été évoqué[pour le poste de première ministre] », ajoutant que, si elle n’avait pas participé aux négociations pour la création du Nouveau Front populaire, «[elle] prendrai[t] ses responsabilités pour gouverner ». Une perspective vite balayée. Depuis le 7 juillet, elle ne s’est plus exprimée.

L'Humanité
vendredi 12 juillet 2024 1456 mots, p. 2

Avalanche d'intox pour disqualifier le Nouveau Front populaire

Cyprien Boganda, Pierric Marissal et Gaël De Santis

Économie Les porte-flingues du patronat et de tous ceux qui ont profité des années Macron multiplient les outrances. Ils tirent à boulets rouges sur le programme de la gauche afin de l'empêcher de parvenir à Matignon.

Il ne manque guère que les invasions de sauterelles. Des éditorialistes libéraux et économistes orthodoxes au patron des patrons, jusqu'à Bercy et au plus haut sommet de l'État, tous récitent la même messe depuis dimanche soir et promettent l'apocalypse en cas de nomination d'un premier ministre de gauche. Dans l'Opinion, Nicolas Beytout exhorte les Français à « se réveiller », pour ne pas succomber à la « radicalité » du programme du Nouveau Front populaire (NFP). Le Figaro met en garde contre un « suicide économique », citant Bruno Le Maire en roue libre : « C'est un délire total, c'est 1981 puissance 10, c'est l'assurance du déclassement, du chômage de masse et de la sortie de l'UE. » Rien que ça !

Leurs outrances sont proportionnelles aux changements que la gauche a portés dans les urnes. Le NFP à Matignon, c'est la mise au rebut du ruissellement, du tout pour les premiers de cordée, des niches fiscales et exonérations en faveur de ceux qui ont déjà trop. Vus sous ce prisme, les anathèmes lancés cette semaine prennent un tour nouveau.

« La hausse du Smic est une mesure qui augmenterait la pauvreté. »

Gilbert Cette, économiste, le Point, 9 juillet

Le Nouveau Front populaire cherche à améliorer le sort des plus précaires en portant le Smic à 1 600 euros net, contre environ 1 400 euros ? Pour les libéraux, cette hausse plongerait les travailleurs dans le chômage et donc la misère en raison des suppressions d'emplois induites par un alourdissement du « coût » du travail. Ce scénario catastrophe ne s'est pourtant jamais observé dans les pays qui ont décidé d'instaurer et/ou d'augmenter leur salaire minimum, au cours des dernières années (lire page 5). C'est le cas du Royaume-Uni, qui a créé son National Minimum Wage (NMW) en 1998, avant de l'augmenter de près de 40 % entre 2000 et 2017 (près de deux fois plus vite qu'en France). 30 % des salariés britanniques ont profité des hausses du NMW. Dans une étude publiée en avril 2019, la Low Pay Commission (groupe d'experts auprès du gouvernement) dresse un bilan historique complet : « Au lieu de détruire des emplois, comme c'était prévu à l'origine (...), le salaire minimum a atteint ses objectifs d'augmenter les rémunérations des plus bas salaires sans mettre en danger leurs perspectives d'emplois. »

En France, les économistes du NFP ont conscience qu'une augmentation de 15 % du salaire minimum ne se fait pas d'un claquement de doigts. Pour aider les PME à absorber le choc, ils proposent plusieurs pistes : réorientation des 200 milliards d'euros d'aides aux entreprises en direction des plus petites, création d'un fonds d'aide aux PME ou encore, comme le préconise le PCF, système de prêts bancaires à taux d'intérêt très faibles, voire négatifs.

« L'annulation de la réforme des retraites nuirait à la pérennité de notre système par répartition. »

Patrick Martin, président du Medef, 9 juillet

Usé jusqu'à la corde pendant la dernière réforme des retraites, l'argument est ressorti opportunément à la veille d'une possible arrivée au pouvoir de la gauche. Abroger la réforme de 2022 (recul de l'âge légal de 62 à 64 ans) conduirait à la ruine de notre régime universel de retraite. C'est supposer qu'il y avait urgence à réformer à l'époque, ce qui n'a jamais été démontré : le Conseil d'orientation des retraites (COR) estimait, fin 2022, que ses résultats « ne validaient pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l'idée d'une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite ». Et d'ajouter qu'après avoir été excédentaire en 2021 et 2022 le régime resterait déficitaire jusqu'en 2032, mais dans des proportions parfaitement contrôlables - entre 0,5 point et 0,8 point de PIB (un point de PIB = 1 % du PIB). Pierre-Louis Bras, ancien président du COR, avait même enfoncé le clou, en février 2023, en affirmant, au grand dam de la Macronie, que « les dépenses de retraite ne dérapent pas ».

L'abrogation du recul de l'âge de départ à la retraite, qui a pénalisé de nombreux travailleurs, n'aurait donc rien du suicide économique décrit par certains. « En termes de faisabilité, revenir en arrière à 62 ans est tout à fait possible d'autant que la réforme a à peine commencé à s'appliquer, rappelle l'économiste Michaël Zemmour dans  la Dépêche du Midi. Pour cela, il suffit de trouver des ressources, et pas dans des proportions démesurées. Ça pourrait passer par des réductions d'exonérations ou d'exemptions de cotisations dans les entreprises, ou alors un très léger relèvement des cotisations sociales étalé dans le temps. Il y a vraiment un choix politique à faire. »

« Les propositions économiques du NFP représentent un danger vital pour la France. »

Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, 11 juillet

Il a beau reconnaître être sur le départ, Bruno Le Maire continue de donner des leçons à tout-va. « Le programme économique du NFP est irréaliste : les dépenses envisagées sont irresponsables et les augmentations d'impôts s'approchent du vol », assène-t-il, ce jeudi. En même temps, celui qui a passé un septennat à Bercy annonce 5 milliards d'euros de gel de crédits dans les budgets des ministères, car les 10 milliards déjà rabotés au premier semestre ne suffisent plus à limiter les déficits publics. « Il n'y a pas eu besoin d'attendre le Nouveau Front populaire pour être dans une situation de déficit. La France est déjà sous contrôle européen », ironise Jean-Marc Durand, rédacteur en chef de la revue Économie et politique. La dette publique a bondi de 1 000 milliards d'euros depuis sept ans. Une moitié suite à la crise du Covid, l'autre du fait des cadeaux fiscaux offerts aux entreprises et aux plus riches.

« Toutes les mesures de notre programme sont assorties d'une recette », soutient le député FI Gabriel Amard. La suppression des niches fiscales inefficaces doit rapporter 25 milliards d'euros ; l'impôt progressif sur l'héritage 14 milliards ; la taxation du capital au même niveau que le travail 2,7 milliards ; l'impôt sur les multinationales 26 milliards ; le renforcement de la taxe sur les transactions financières, 3 milliards. L'égalité salariale hommes-femmes entraînera des recettes estimées à 10 milliards d'euros. « En matière de fiscalité, il faut toujours miser sur l'élargissement de l'assiette des prélèvements, qui génère des recettes », rappelle Jean-Marc Durand. Le programme du NFP « inverse le paradigme » et promeut une reprise de l'activité avec des mesures en faveur du pouvoir d'achat et de l'investissement des entreprises. « Si on paie mieux les gens, qu'on en met à la retraite et qu'on embauche aussi, cela génère de la croissance », et des recettes fiscales, décrypte cet ancien de la Direction générale des finances publiques, qui affirme que « le NFP dispose de propositions qui relancent la machine économique, avec le pôle public bancaire, les mesures en faveur des TPE et PME pour faire face à la hausse du Smic ». De plus, le NFP défend un conditionnement des aides aux entreprises qui permettrait de réduire cette enveloppe, actuellement de 200 milliards d'euros.

« Le rétablissement de l'ISF ferait partir les riches. »

Patrick Martin, 9 juillet

L'argument est éculé. On l'a déjà entendu en 1981, à la création de l'impôt sur les grandes fortunes ; en 1989 à sa transformation en ISF, etc. Pourtant, en plus de trente ans d'existence, cet impôt n'a pas fait fuir grand monde. Seuls 0,2 % des assujettis étaient des exilés fiscaux, avançait même un rapport de la Direction générale des finances publiques, datant du milieu des années 2010. En 2006, l'économiste Gabriel Zucman pointait déjà que, s'il y avait bien quelques départs, ceux-ci « ne représentent pas des pertes de recettes fiscales significatives : au grand maximum, 10 % de ce que l'ISF rapporte ».

Pourtant, « cet argument est le premier présenté par les libéraux dès qu'on évoque l'ISF », déplore Anne Guyot-Welke. « Une chose est sûre, la suppression de l'ISF n'a pas amené un retour significatif d'expatriés », remarque la secrétaire nationale de Solidaires finances publiques. Le bouclier fiscal mis en place par Sarkozy en 2007 n'avait pas non plus freiné l'exil des fortunes. Vraiment, depuis quarante ans qu'il est rabâché et que sa nullité fut maintes fois démontrée, l'argument de la fuite des capitaux aurait dû faire long feu... En revanche, les réformes de l'ère Macron (fin de l'ISF et création de la flat tax) ont permis que les versements de dividendes battent de nouveaux records chaque année.

En outre, dans le programme du NFP, l'ISF reviendrait accompagné d'une exit tax cohérente. « Cette taxe concerne les personnes qui ont plus de 1,3 million d'euros de patrimoine, qui se sont expatriées dans des pays à la fiscalité avantageuse, et qui voudraient en profiter pour vendre leur patrimoine mobilier, comme leurs actions », explique Laurent Perin de la CGT finances. Juste au cas où.

Libération
vendredi 12 juillet 2024 1050 mots, p. 5

AUTRE

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11 juillet 2024 - Libération (site web)

Ayman Odeh, pilier du camp de la paix : «Chaque peuple pense que l'autre l'a floué»

N.Rou

AUTRE

Les bureaux parlementaires des députés israéliens sont petits et uniformes. Une petite table fait face à un canapé-lit. La première chose qui attire l'oeil dans celui d'Ayman Odeh, ce sont les cadres au mur. Sont présentés deux documents fondateurs, la Charte de la liberté des organisations anti-apartheid sud-africaines, signée en 1955, et la proclamation d'indépendance de la République d'Irlande de 1919. Il y a des héros palestiniens, dont Mahmoud Darwich, et puis ceux qui viennent de plus loin, comme Malcolm X ou Martin Luther King – et Kylian Mbappé. «Alors, fâché de la défaite contre l'Espagne ?» demande le politicien, en référence à l'élimination des Bleus à l'Euro, l'oeil pétillant. «Mais bravo pour la victoire de la gauche. Un discours uni, cela nous donne de l'espoir», ajoute-t-il.

Issu d'un milieu populaire d'Haïfa, grand port du nord d'Israël, engagé en politique depuis son adolescence, Ayman Odeh, 49 ans, est depuis 2015 tête de liste du seul parti israélien qui revendique de s'adresser aux Arabes comme aux Juifs. Descendant du parti communiste, Hadash puise le gros de son soutien chez les Palestiniens citoyens d'Israël. En 2015, menacés de disparaître par une nouvelle loi qui élevait le seuil d'éligibilité à 3,25 % du vote (perçue comme une manière d'invisibiliser la minorité arabe, 20 % de la population), Hadash et trois autres partis arabes se sont alliés. Unis, ils avaient réussi à obtenir 15 sièges sur 120, devenant la troisième force parlementaire. «Le temps est venu» «Si les Arabes votaient autant que les Juifs, à 70 % au lieu de 50 %, l'ère Nétanyahou serait finie, khalass [ça suffit]», calcule Ayman Odeh. Mais les mathématiques ne suffisent pas à conjurer une vérité électorale à l'intérieur d'un bloc qui n'est pas monolithique. L'alliance s'est effritée, preuve des dissensions idéologiques fortes dans la communauté. Le politicien fait face à des critiques caustiques dans son parti. L'été dernier, l'élu a annoncé qu'il se retirerait à la fin de son mandat. «Pas de la politique, précise-t-il, mais la vie parlementaire n'est plus pour moi, le quotidien des petites questions, la politique électorale. Je veux me concentrer sur des choses plus importantes.» Cela fait un an qu'il discute plus ou moins ouvertement avec de multiples figures militantes, académiques et politiques associées au camp de la paix israélien moribond. Le 1er juillet, ces conversations ont pris chair. Ayman Odeh était le dernier à monter sur scène au stade Menorah de Tel-Aviv, devant 7 000 personnes. Au-dessus des têtes souvent grisonnantes – mais pas que – des banderoles en hébreu, arabe et anglais insistaient : «Le temps est venu» pour la paix. Avec une émotion palpable, contagieuse et tonitruante, le député a énoncé ce qu'il considère comme une évidence : «Sur cette terre ensanglantée, il y a deux peuples… qui ont droit à une vie sûre, dans la prospérité et la dignité. C'est le futur que nos enfants méritent, que nous méritons tous.» L'initiative, encore sans nom, se concrétise : à la fin du mois, plus de 25 représentants de différentes organisations décideront des grands principes et de la marche à suivre. Certains amèneront l'analyse, l'histoire, d'autres la psychologie ; il y aura des cartographes et des militants, des personnalités incontournables, comme l'historien et auteur de Sapiens Yuval Noah Harari et l'entrepreneur Maoz Inon, qui a perdu ses parents le 7 octobre. Ayman Odeh amène son carnet d'adresses et sa personnalité. C'est une phrase qui revient souvent, dans les cercles militants de tout bord : une crise est aussi un moment d'opportunité. L'extrême droite israélienne le dit ouvertement, poussant à l'annexion et la guerre totale, avec un certain succès. Ayman Odeh, comme tous les politiciens palestiniens en Israël, a immédiatement dénoncé l'attaque coordonnée et sanglante du Hamas. Mais il est limpide : un nettoyage ethnique est en cours à Gaza. «Ils voulaient un transfert de population immédiat mais l'Egypte a refusé. Alors ils s'y prennent autrement, en rendant la vie impossible. En bombardant les écoles, les hôpitaux, l'infrastructure.

Pour que les gens partent de leur propre chef.» Malgré ses prises de position claires, ou peut-être grâce à elles, Ayman Odeh parle à tout le monde à la Knesset, à l'exception de l'extrême droite. La vieille gauche ashkénaze, les ultraorthodoxes séfarades, et les cadres du Likoud : il connaît les défis et les qualités de toutes ces communautés. C'est vrai aussi en dehors. «Je parle avec Abou Mazen [Mahmoud Abbas] toutes les semaines, et avec les autres partis palestiniens aussi», dit-il. Il revient d'une visite chez le roi de Jordanie, connaît celui du Maroc et est accueilli à bras ouverts par la communauté juive aux Etats-Unis.

«Ils ont colonisé l'Etat» «Aujourd'hui, chaque peuple pense que l'autre l'a floué, explique Ayman Odeh. Les Palestiniens voient leur espace physique et politique diminuer jour après jour, et les Juifs pensent que les Palestiniens n'attendent qu'une opportunité pour les jeter à la mer.» C'est l'argument principal du camp des colonies, dont les militants sont omniprésents à la Knesset, employés par les partis autant que par la bureaucratie. «Ils ont colonisé l'Etat d'Israël, assure-t-il. Même le Likoud d'aujourd'hui n'est pas ce qu'il était : tout a changé après le début des enquêtes sur les affaires de Nétanyahou en 2017 [pour lesquelles le Premier ministre israélien a été mis en examen pour «fraude», «abus de confiance» et «corruption», ndlr]». Avant, dit-il, «je pouvais prendre Bibi entre quatre yeux, et on pouvait avoir une conversation honnête. Plus maintenant.» Plutôt qu'une organisation, l'initiative a opté pour une coalition décentralisée, une façon d'éviter la cooptation. «Nous voulons éviter une situation à la Rabin, quand la mort d'un homme avait sapé tous les efforts vers la paix», souffle un des coordinateurs. L'important, c'est de créer le dialogue, en laissant les militants de différentes sensibilités monter leurs propres activités. Avec comme objectif, ajoute le militant, de montrer «que l'écrasante majorité des Israéliens et des Palestiniens ne veulent pas envoyer leurs enfants mourir pour un bout de terrain».

Tsahal pris en défaut le 7 Octobre L'armée israélienne a publié une enquête interne sur l'attaque du kibboutz Be'eri par le Hamas le 7 octobre. 101 personnes y furent tuées et 30 kidnappées. «L'armée israélienne a échoué dans sa mission de défense», conclut le rapport. «Elle n'était pas préparée au scénario d'une pénétration de masse.»

Le Monde
France, vendredi 12 juillet 2024 1269 mots, p. 7
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11 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Après les législatives

La lettre de Macron ravive les tensions

« Personne ne l’a emporté » aux législatives, affirme le chef de l’Etat dans un texte publié dans la presse régionale

Claire Gatinois et Nathalie Segaunes (à Paris)

Washington - envoyée spéciale - Emmanuel Macron est arrivé par la coulisse au sommet de l’OTAN, sans un mot ni un regard pour les journalistes. Mercredi 10 juillet, à peine le pied posé à Washington pour rejoindre les célébrations des 75 ans de l’Alliance atlantique, démarrées la veille sans lui, le chef de l’Etat s’engouffre dans le centre de conférences de la capitale américaine pour rejoindre le tout nouveau premier ministre britannique, Keir Starmer. Souriant, l’air léger lorsqu’il échange une franche poignée de mains avec le président des Etats-Unis, Joe Biden, le locataire de l’Elysée pense avoir mis plus qu’un océan entre lui et la crise politique qui agite son pays. Le voici dans son élément, à évoquer les tourments du monde : l’invasion russe en Ukraine et les tensions dans l’Indo-Pacifique.

La lettre aux Français qu’il vient de faire paraître dans la presse régionale doit le placer en surplomb du brouhaha politique hexagonal. Emmanuel Macron a rédigé la missive mardi de l’Elysée, au dire de son entourage, avant d’en finaliser les détails dans l’A330 qui le conduisait aux Etats-Unis. Le courrier, présenté par la présidence de la République comme « un format d’apaisement », met fin à un silence inhabituel d’une dizaine de jours.

Fallait-il que le chef de l’Etat parle pour assurer sa tranquillité à l’OTAN ? Trois jours après le dénouement des élections législatives, Emmanuel Macron se pose en arbitre des élégances, presque en maître du jeu. A ceux qui fustigent son choix d’avoir dissous l’Assemblée nationale, le 9 juin, risquant de livrer le pays aux mains de l’extrême droite, le président répond en se félicitant de la « mobilisation » des Français le 30 juin et le 7 juillet, « signe de la vitalité de notre République » et d’un « besoin d’expression démocratique ». Son choix était donc le bon, laisse-t-il entendre.

Former une « majorité solide »

Et ses adversaires du Nouveau Front populaire (NFP) ont tort de crier victoire, cingle-t-il. « Personne ne l’a emporté » à l’issue de ce scrutin, juge-t-il dès les premières lignes de sa missive, ignorant que l’alliance de gauche est arrivée en tête (195 sièges selon le décompte du Mondedu 8 juillet), suivie d’Ensemble pour la République (168 sièges) et du Rassemblement national (RN, 143 sièges), loin devant Les Républicains (LR, 46 sièges). Emmanuel Macron dépeint une Assemblée où « les coalitions qui ressortent de ces élections sont toutes minoritaires » pour mieux relativiser l’avance du NFP.

Le « peuple » auquel le chef de l’Etat a voulu redonner la parole veut voir se « concrétiser par les actes » le front républicain qui a permis de contrer le RN, dit-il. Cette lecture du résultat des élections l’oblige, lui, « à la fois protecteur de l’intérêt supérieur de la nation » et « garant des institutions et du respect de votre choix », écrit-il, à poser le cadre des discussions au Palais-Bourbon pour former une « majorité solide, nécessairement plurielle ».

Emmanuel Macron exhorte les partis à trouver des « compromis » pour bâtir un « large rassemblement », dont il dessine les contours. Il doit s’agir, dit-il, des « forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines, l’Etat de droit, le parlementarisme, une orientation européenne et la défense de l’indépendance française ». Une énumération qui exclut l’extrême droite, eurosceptiqueet liée à la Russie de Vladimir Poutine, et La France insoumise (LFI), accusée par le chef de l’Etat, avant le premier tour, d’ « antiparlementarisme ». Seuls les partis modérés à droite et à gauche du « bloc central » ont leur place dans cette coalition espérée. Une ligne adoptée par le groupe du parti présidentiel Renaissance à l’Assemblée nationale, qui s’est prononcé le matin même pour une « coalition allant des sociaux-démocrates à la droite de gouvernement ».

A trois ans de l’élection présidentielle de 2027, rassembler des partis diamétralement opposés qui prétendent incarner une alternance aux deux quinquennats d’Emmanuel Macron relève de la gageure. D’autant que la coalition devra, prévient le président de la République, « garantir la plus grande stabilité institutionnelle possible ». C’est-à-dire se mettre à l’abri d’une motion de censure en formant une majorité absolue au sein de l’Hémicycle. Pour réussir à bâtir cette majorité, que lui-même n’a pas su construire depuis 2022, il invite les élus à placer « leur pays au-dessus de leur parti, la nation au-dessus de leur ambition ». Une manière de signifier que si la France s’avérait ingouvernable, la responsabilité incomberait aux partis politiques et non à lui.

Emmanuel Macron ressort fragilisé de cette dissolution ratée. Mais il rappelle l’une des rares prérogatives qui lui restent : en vertu de l’article 8 de la Constitution, c’est lui qui « décidera de la nomination du premier ministre », « à la lumière de ces principes », écrit-il. Cette décision prendra « un peu de temps », prévient-il. D’ici là, « le gouvernement actuel continuera d’exercer ses responsabilités, puis sera chargé des affaires courantes comme le veut la tradition républicaine », promet-il.Emmanuel Macron répond ainsi, sans donner de calendrier, aux critiques de la gauche et de la droite, qui lui reprochent de « détourner les institutions » en refusant la démission du gouvernement de Gabriel Attal. « A aucun moment il n’y a, de la part du président, une volonté de s’accrocher au pouvoir », le défend-on à l’Elysée.

« Cirque indigne »

De Washington, Emmanuel Macron semble savourer la solitude que lui offre son « domaine réservé ». Peut-il ignorer qu’à plus de 6 000 kilomètres de là, son propre camp se disloque ? Alors que le chef de l’Etat survole encore l’océan Atlantique, le député réélu de la Vienne Sacha Houlié, ancien président de la commission des lois à l’Assemblée nationale et cofondateur des Jeunes avec Macron, annonce qu’il ne siégera plus au sein du groupe Renaissance, préférant travailler à la constitution d’un autre groupe, allant de « la droite sociale à la gauche socialiste ». L’amorce, peut-être, d’un mouvement plus important au sein de l’aile gauche de la Macronie, mal à l’aise depuis le vote du projet de loi sur l’immigration en décembre 2023.

Sur le flanc droit, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, dit refuser toute collaboration avec les Ecologistes tandis que le président d’Horizons, Edouard Philippe, qui confesse avoir rencontré lors d’un dîner « cordial »la représentante de l’extrême droite, Marine Le Pen, plaide mardi, sur TF1, pour la création d’un bloc penchant vers la droite et reliant « LR à Renaissance ».

La lettre d’Emmanuel Macron devait apaiser. Elle aura ravivé les tensions du pays, cultivant l’image d’un chef de l’Etat incapable d’accepter la défaite et se contredisant d’une semaine sur l’autre. Un « cirque indigne », tempête Marine Le Pen sur X, notant qu’ « Emmanuel Macron propose de faire barrage à LFI qu’il a contribué à faire élire il y a trois jours et grâce à qui les députés Renaissance ont été élus, il y a également trois jours ».

Le président « refuse de reconnaître le résultat des urnes », dénonce pour sa part sur le même réseau social Jean-Luc Mélenchon. « C’est le retour du droit de veto royal sur le suffrage universel.(…) C’est le retour des intrigues de la IVe République », insiste l’« insoumis ». Invité de France 2, mercredi, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, conclut plus sobrement : « Le peuple français a parlé, il faut maintenant respecter son choix. »

Le Figaro, no. 24847
Le Figaro, vendredi 12 juillet 2024 545 mots, p. 3

Politique

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11 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

CHRONIQUE CONTRE-POINT

Logique de coalition contre logique majoritaire

Tabard, Guillaume

L'absence de majorité absolue au sein de la nouvelle Assemblée nationale et la quasi-impossibilité qu'il y a à concevoir un arc majoritaire ne créent pas uniquement un blocage politique ; elles soulèvent aussi un problème institutionnel.

Pour la première fois en effet, la logique majoritaire, inhérente à la Ve République n'a pas fonctionné. Les effectifs des groupes politiques donnent au Palais Bourbon des airs d'Assemblée élue à la proportionnelle. C'est la raison pour laquelle certains en déduisent la nécessité de passer à une logique de coalition, comme dans la plupart des démocraties où un parti peut rarement gouverner seul sans alliés. D'où, comme dans un Meccano, les différents scénarios suggérés : « arc républicain » de LR au PC, alliance Ensemble-LR, etc.

Mais le problème, c'est que l'architecture gouvernementale résulte du mode de scrutin. La proportionnelle, où chacun se compte en partant sous ses propres couleurs, permet des coalitions a posteriori. Le scrutin majoritaire, où il faut arriver en tête pour être élu dans une circonscription, oblige à conclure des alliances en amont. Le scénario macronien de députés socialistes, voire communistes, coupant les ponts avec les Insoumis pour venir travailler avec eux est d'autant plus compliqué, sinon illusoire, que chaque député PS, Verts ou PC a été élu en tant que candidat commun de toute la gauche. Chacun est lié par cette alliance qu'il a assumée.

On peut faire le pari qu'à l'avenir, plus aucun parti n'aura la possibilité de décrocher à lui seul une majorité absolue et exprimer le souhait que la France se convertisse à l'esprit de coalition - même si l'exemple allemand, entre autres, est là pour rappeler que ce système est loin d'être la panacée. Mais alors, il faut d'une part se résoudre à passer à la proportionnelle et, d'autre part, prendre le temps de négocier de manière transparente et approfondie des contrats de coalition rigoureux. Le problème dans le contexte inédit, c'est que certains cherchent à changer de méthode de désignation d'une majorité sans avoir ni le bon mode de scrutin ni le délai suffisant pour cela.

Pour la première fois également dans l'histoire de la Ve, la force politique arrivée clairement en tête au premier tour, en l'occurrence le RN et ses alliés, se retrouve dans l'opposition. Pour ses électeurs, cela crée le sentiment d'une victoire volée. L'explication en est évidemment le réveil du « front républicain ». On peut légitimement s'interroger sur le bien-fondé d'une telle expression, mais comme mécanisme électoral, il a fonctionné à plein. Le principe d'un vote de barrage peut se comprendre. Après tout, c'est une forme particulière du vieux principe : au premier tour on choisit, au second on élimine. Mais avoir lesté cette attitude d'un poids moral particulier - bloquer des supposés ennemis de la République - a des conséquences sur le casse-tête actuel. Déjà, exclure quelque 220 députés du jeu complique la recherche d'une majorité absolue au sein de l'Assemblée. Et surtout, dès lors que chacun considère que l'autre n'a pas été élu pour mettre en oeuvre son projet mais pour empêcher « le pire » , cela délégitime tout mandat. Or, ce n'est pas parce qu'un candidat Ensemble a recueilli des voix de gauche qu'il n'aurait pas le droit de s'opposer à un gouvernement de gauche ; ni l'inverse. G. T.

Le Figaro, no. 24847
Le Figaro, vendredi 12 juillet 2024 859 mots, p. 4

Politique

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12 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Entre Macron et la droite, l'éternel rendez-vous manqué

Hausalter, Louis

Comme souvent quand il a rendez-vous à l'Élysée, Gérard Larcher n'en est pas ressorti conquis. Loin de là. Mardi soir, le président du Sénat a vu Emmanuel Macron, comme l'a révélé Le Figaro. Auprès de cet interlocuteur avec lequel les relations sont fraîches depuis longtemps, le chef de l'État a testé ses idées de coalition pour sortir de l'impasse de la fragmentation de la nouvelle Assemblée nationale.

Mais Gérard Larcher n'est toujours pas emballé par un scénario qui verrait Les Républicains venir au secours du président, et a plutôt évoqué la possibilité d'un gouvernement technique et d'une démarche texte par texte. Quitte à recourir à la méthode des « douzièmes provisoires » qui permettrait de parer à l'impossibilité d'adopter un budget. Les deux hommes se sont quittés sans solution, sinon celle de se laisser du temps. De toute façon, Emmanuel Macron ne fait fondamentalement pas confiance à Gérard Larcher. « Il dit une chose dans mon bureau, puis le contraire au Sénat » , a-t-il pesté après coup auprès d'un interlocuteur.

La rencontre illustre toute la défiance, la rancoeur et les malentendus entre Emmanuel Macron et la droite. Alors que le chef de l'État regarde de nouveau de ce côté du paysage politique pour sortir de l'ornière, le pas de deux en cours a de furieux airs de déjà-vu. D'un côté, un président en quête désespérée de renforts tâte le terrain, sans faire de proposition formelle. De l'autre, une famille politique menacée de disparition hésite et se divise. « Que Laurent Wauquiez refuse parce qu'il veut être candidat à la présidentielle, d'accord, mais les autres? Ils ont l'occasion d'entrer dans le dispositif et d'influencer. Je ne comprends pas » , lâche, dépité, l'un de ceux qui servent d'intermédiaires entre Emmanuel Macron et des élus LR.

Depuis 2017, ce président passé autrefois par les rangs du Parti socialiste joue avec les nerfs de cette droite traumatisée, à l'époque, par l'échec de François Fillon. Avec LR, Emmanuel Macron n'a jamais voulu passer un pacte global comme il l'a fait avec le MoDem de François Bayrou. « Il n'aime pas que ça brille à côté de lui, donc il n'a pas voulu d'accord de gouvernement, explique l'ex-patron de l'UMP Jean-François Copé, qui plaide dans ce sens depuis 2022. Il les a donc pris individuellement. » Des débauchages visant à affaiblir et désosser LR. C'est ainsi qu'il recrute en 2017 Édouard Philippe pour Matignon et Bruno Le Maire, Gérald Darmanin ou encore Sébastien Lecornu pour muscler son gouvernement. En face, les LR dirigés par Laurent Wauquiez ont beau fustiger les « traîtres » passés à l'ennemi, ils sont pris en tenailles entre la macronie qui séduit nombre de leurs électeurs et un Rassemblement national en plein essor. Les 8 % de la liste LR aux européennes de 2019 actent cette impasse, et forcent Wauquiez à démissionner.

Un rôle pivot

Aux petits soins avec Nicolas Sarkozy, qu'il prend le temps de recevoir sans écouter ses conseils pour autant, Emmanuel Macron peut alors accélérer la transfusion. Nombre de figures de la droite sont mûres pour le rejoindre, comme Christian Estrosi, maire de Nice, Renaud Muselier, président de la région Paca, ou Éric Woerth, député de l'Oise et ex-ministre du Budget. Ils s'ajoutent à d'autres barons locaux qui se sont progressivement rapprochés du chef de l'État, comme Christophe Béchu, maire d'Angers, ou Catherine Vautrin, présidente du Grand Reims, et qui seront plus tard récompensés par des postes au gouvernement.

La réélection d'Emmanuel Macron à la présidentielle de 2022, couplée au naufrage de Valérie Pécresse (4,78 %), semble couronner cette stratégie. Mais les législatives qui suivent ne donnent qu'une majorité relative au président. Les LR ne sont qu'une soixantaine à l'Assemblée, mais ont un rôle pivot, tandis que la droite et le centre contrôlent toujours le Sénat. Emmanuel Macron cherche à s'attirer leurs bonnes grâces, allant jusqu'à proposer publiquement une « alliance » aux députés LR à l'automne 2022, alors qu'il a besoin de leurs voix pour sa réforme des retraites. Échec : Élisabeth Borne devra recourir à l'article 49.3. Les patrons respectifs des députés et sénateurs LR, Olivier Marleix et Bruno Retailleau, rejettent viscéralement le macronisme. Tandis que le président de LR Éric Ciotti finit par boycotter les Rencontres de Saint-Denis organisées l'an dernier par le chef de l'État avec les chefs de parti.

Le débauchage de Rachida Dati, nommée ministre de la Culture en janvier dernier, exaspère un peu plus la droite, qui agite la menace d'une motion de censure. Le 7 mars, Emmanuel Macron convie Gérard Larcher à dîner et teste l'idée d'une coalition. Le président du Sénat reste discret sur le contenu des agapes. Lui aurait-on, en plus, proposé d'être premier ministre ? Sous pression, il finit par démentir un intérêt pour Matignon.

C'est l'une des raisons qui pousseront Emmanuel Macron à presser le bouton de la dissolution, renvoyant devant les électeurs les LR comme les autres partis. « Non seulement ils ont rejeté ses propositions, mais ils préparaient une motion de censure sur le budget à l'automne » , s'agace-t-on alors dans son entourage. Sauf qu'aujourd'hui, alors que la situation semble encore plus insoluble qu'avant, le président cherche toujours le point de passage à droite. Un éternel recommencement. L.H.

Libération
vendredi 12 juillet 2024 304 mots, p. 2

Événement

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11 juillet 2024 - Libération (site web)

Calvaire

Alexandra Schwartzbrod

Événement

Pendant qu'Américains et Européens se concentrent, avec plus ou moins d'habileté, sur leurs échéances électorales, la guerre s'intensifie à Gaza où, bientôt, plus aucun immeuble ne restera debout. Déplacés du nord au sud puis du sud au nord et à nouveau du nord au sud, les habitants tentent de survivre, en pleine chaleur, sans eau potable ou presque. Les bombardements intensifs de l'armée israélienne, qui ont tué cette semaine des dizaines de civils (notamment dans des écoles), alternent avec les combats au sol, les soldats de Tsahal essayant de débusquer les hommes du Hamas là où ils se trouvent, ceux-ci prenant malheureusement soin de se cacher au sein de la population civile. Une véritable guérilla urbaine à laquelle le mouvement islamiste semble mieux préparé compte tenu de sa connaissance intime du terrain. Chaque jour qui passe montre l'échec flagrant de l'objectif fixé il y a neuf mois par le chef du gouvernement israélien, qui était d'«annihiler le Hamas», le mouvement n'ayant aucun mal à recruter au sein d'une jeunesse palestinienne déterminée à venger les souffrances subies. Combien de temps le calvaire de l'enclave vat- il durer ? Des mois, voire une année encore, anticipe l'expert Michel Goya. Les manifestations israéliennes contre le jusqu'au- boutisme aveugle de Benyamin Nétanyahou, alors que 116 otages israéliens restent prisonniers du Hamas, sont chaque semaine plus importantes. D'autant que les colons profitent de l'attention portée à Gaza pour voler toujours plus de terres en Cisjordanie. L'espoir de voir les uns et les autres revenir à la raison n'a donc jamais été aussi ténu. Il subsiste néanmoins. Nous avons rencontré à la Knesset le député Ayman Odeh, un Israélien palestinien décidé à tout tenter pour convaincre les uns et les autres de mettre un terme au bain de sang. Beaucoup ont déjà essayé. Un jour, quelqu'un y parviendra.•

La Croix, no. 42968
France, vendredi 12 juillet 2024 705 mots, p. 6
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10 juillet 2024 - La Croix (site web)

Le Fraternibus du Secours catholique mise sur le lien social

Maud Guilbeault

Après une campagne électorale intense et conflictuelle, les Français savent-ils encore se parler ? Réponse avec nos reporters qui sont parties sillonner la France d’est en ouest.

Aujourd’hui, étape à Vanxains, petite commune de 700 habitants où l’on partage café, chouquettes et états d’âme autour du Fraternibus du Secours catholique.

Vanxains (Dordogne)

De notre envoyée spéciale

À Vanxains, tous les toits sont neufs. En juin 2022, de violents orages de grêle se sont abattus sur la commune périgourdine, marquant durablement ses constructions et, surtout, l’esprit de ses 704 habitants. Françoise, 80 ans (« et demi », précise-t-elle), en parle comme de « la terrible catastrophe ». Attablée, ce mercredi 10 juillet, devant le Fraternibus du Secours catholique installé devant la mairie, elle confie son traumatisme, sans jamais se départir de son sourire. « Maintenant quand on entend qu’il va y avoir un orage, on tremble », surenchérit Andrée.

C’est à la suite de cette catastrophe naturelle que le Secours catholique a renforcé son action dans la commune. Déjà présent depuis l’hiver 2020, « avec masques et distanciation sociale », rappelle Philippe Beaumont, la venue du Fraternibus s’est faite dès lors plus régulière, devenant bimensuelle pour répondre à une « demande de lien et d’échange », note le bénévole du Secours catholique. Ainsi Françoise ne manque-t-elle jamais une occasion de retrouver Jocelyne, Angèle, Andrée et « M. Texier, pas là aujourd’hui »,autour de la tasse de café et des chouquettes offertes par Philippe et Nadine, qui viennent à eux un mercredi sur deux.

La pluie, qui s’est invitée sur la place de la mairie n’y change rien. Sous la tonnelle du Fraternibus, la joyeuse équipe discute à bâtons rompus. Des arrière-petites-filles d’Angèle tout juste nées, de « la terrible catastrophe » de 2022, des problèmes de mobilité qui se posent dans la commune et du désert médical avec lequel il faut composer. Des élections d’il y a trois jours, on parle peu. « Ces dernières semaines, bien sûr, il est arrivé que le fait politique s’invite à la table, pour parler inquiétudes et intérêts de chacun, précise Philippe Beaumont. Mais pour que la discussion reste apaisée, on évite d’imposer ce thème-là, sans l’exclure s’il s’impose. »

« On a élu qui ici ? »,s’enquiert tout de même Françoise. « Le Rassemblement national ! », réagit Jocelyne en cessant une seconde son ouvrage au crochet. À 75 voix près sur les 45 103 exprimées, c’est Florence Joubert qui a remporté la 3e circonscription de Dordogne face au candidat Nouveau Front populaire ce 7 juillet. Une première. En 2022, c’est un député de la majorité présidentielle qui s’était imposé, devant la Nupes. « Je ne veux pas politiser cette conversation, mais je dois admettre que j’ai eu peur que le RN obtienne une majorité à l’Assemblée, reconnaît Jocelyne. Des émeutes que ça aurait pu entraîner, surtout. »

Pour Jean Chalié, délégué de l’antenne locale du Secours catholique, « ces discussions sont cathartiques. On vient discuter de ses problèmes dans la bonne humeur, le bus n’est qu’un prétexte fédérateur. » En accueillant la parole, « sans discrimination, sans culpabilisation, sans autre ambition que de proposer un temps de discussion »,souligne Philippe Beaumont, les bénévoles parviennent à créer des connexions entre les habitants.

Parfois, ils se font médiateurs et se rapprochent des municipalités pour pallier les manques constatés à force de discuter. Entre les quatre tours du quartier fragilisé des Mondoux, à Périgueux, où le Fraternibus s’installe un lundi sur deux, la possibilité de créer un city-stade où les jeunes puissent jouer au foot est ainsi à l’étude. « C’est un travail de colibri », note Jean Chalié.

Il est midi, le bus doit plier bagage. Mais personne ne tient à couper court à la conversation, qui se poursuivra donc dans le jardin de Françoise. Impossible de refuser : son époux Charles a déjà mis la table et sorti le pinot local, échangé à la voisine contre un sac de pommes de terre. On trinquera donc, en ces temps de fracture politique, à la santé du lien social.

Le Figaro, no. 24847
Le Figaro, vendredi 12 juillet 2024 772 mots, p. 9

Société

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11 juillet 2024 - Le Figaro Étudiant (site web)
12 juillet 2024 - MSN (France) (site web réf.)

Enquête après des soupçons de discrimination au bac envers des élèves juifs

Ferrand, Emma

Quinze élèves de terminale du lycée privé juif Yabné, dans le 13e arrondissement de Paris, auraient été « saqués » au grand oral du bac. Convoqués au lycée privé Charles- de-Foucauld, dans 18e arrondissement, pour passer leur dernière épreuve, ils ont eu la mauvaise surprise de découvrir leurs notes, qui oscillent toutes entre 4 et 8/20. Des résultats étonnants, alors que le lycée Yabné, sous contrat d'État, fondé en 1948, est réputé pour son excellence, avec un taux de réussite de 100 % et un taux de mentions de 92 % en 2023. Une enquête administrative a été lancée par la ministre de l'Éducation nationale, Nicole Belloubet.

Sur les 138 élèves de l'établissement à passer leur bac, 15 adolescents inscrits en spécialités mathématiques et physique-chimie ont été reçus par deux jurys différents du lycée privé Charles-de-Foucauld : 11 élèves dans un groupe, et 4 dans un autre, selon un communiqué de l'école Yabné. Mais dès leur arrivée, l'atmosphère aurait été pesante. « Cette année, le lycée a été alerté par des parents d'élèves d'une attitude particulièrement agressive du jury lors du passage de leur enfant » , indique la direction de l'établissement. Avant d'ajouter : « Une de nos enseignantes présente sur ce site m'a aussi fait part de discussions en salle des professeurs stigmatisant Yabné comme « école hors contrat ». Nos élèves ont des patronymes juifs et les fiches que présentent les élèves au jury sont tamponnées par Yabné. »

Pour l'heure, personne ne sait si les membres des jurys enseignent au lycée Charles-de-Foucauld ou ailleurs. « Les professeurs des jurys du grand oral peuvent venir de partout : du public, du privé sous contrat et du privé hors contrat. C'est le service interacadémique des examens et concours (Siec) qui gère cela, pas les établissements » , indique Marie-Amélie Marcq, directrice communication de l'enseignement catholique.

Le lycée Yabné indique avoir contacté le Siec le 3 juillet dernier. Une fois les résultats du bac tombés, lundi dernier, il a informé le rectorat de Paris ainsi que le ministère de l'Éducation nationale. Ce mercredi, Yonathan Arfi, le président du Crif, a rencontré Nicole Belloubet pour parler de la situation. Me Patrick Klugman a par ailleurs été mandaté par l'établissement pour l'assister dans ses démarches. Sur X (ex-Twitter), l'avocat s'est exprimé : « Le plus ancien et plus grand lycée confessionnel juif sous contrat avec l'État a constaté un biais de notation (...). On parle de 9 points d'écart sur 20 en moyenne par rapport aux 123 autres candidats du lycée qui sont passés devant d'autres jurys. Cet écart, qui n'est explicable ni statistiquement ni pédagogiquement, fonde une suspicion de discrimination. »

La polémique s'est enflammée après un tweet de l'ancien député Julien Dray, mercredi soir. « Il s'est visiblement passé quelque chose de pas très normal lors des oraux du bac dans le 18e arrondissement. Des notes bizarres. Il faut faire vite la clarté sur cette situation » , s'est-il alarmé. L'ancienne ministre et sénatrice PS, Laurence Rossignol, a réagi ce jeudi matin, indiquant saisir Nicole Belloubet « pour qu'une enquête soit diligentée immédiatement ». « Si les faits et l'antisémitisme sont avérés, c'est extrêmement grave. Si c'est une rumeur, il faut y mettre fin » , a-t-elle ajouté. Un message bien reçu par la ministre de l'Éducation nationale qui a déclaré ensuite avoir lancé une enquête approfondie. « Si les faits étaient avérés, ils seraient intolérables dans notre école. Et je ne laisserai rien passer » , a-t-elle publié sur X.

Alors que les vérifications sont en cours, le ministère a apporté des précisions, jeudi en fin de matinée, dans un communiqué : « La distribution des notes obtenues par ces élèves est examinée, jury par jury, sous l'angle statistique afin d'établir si la moyenne, la variance et la distribution de celles-ci sont anormalement différentes de celles des autres élèves ayant passé les épreuves dans les mêmes circonstances. Ce travail est conduit pour les élèves concernés, mais aussi pour les autres candidats de ces mêmes jurys. Enfin, les éléments des bordereaux de l'épreuve sont également analysés de façon systématique. »

Pour le lycée confessionnel, « la gravité d'une discrimination probable d'élèves juifs au baccalauréat ne doit pas être minimisée. Toutefois, elle doit être mise en relief avec son caractère isolé et inédit et avec la très grande réactivité et mobilisation des pouvoirs publics dont le groupe scolaire Yabné est conscient ». Une mobilisation confirmée par le ministère. « Si les faits et l'antisémitisme étaient constatés, cela serait d'une extrême gravité et la ministre sera intraitable dans les actions qui alors s'imposeraient. Si les faits et l'antisémitisme n'étaient pas constatés, il s'agirait alors d'une information infondée et intolérable à laquelle la ministre répondrait pour y mettre un terme et protéger l'ensemble des protagonistes » , conclut-il.

Le Monde
France, vendredi 12 juillet 2024 512 mots, p. 10
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10 juillet 2024 - Le Monde (site web)
11 juillet 2024 - La Matinale du Monde

A l’Assemblée, les mises au point de Marine Le Pen

Clément Guillou et Corentin Lesueur

Ils partirent 88 au moment de la dissolution ; mais par un prompt renfort se virent entre 122 et 125 en revenant au Palais-Bourbon. Le Rassemblement national (RN) aurait pu siéger à 126, premier groupe de la nouvelle Assemblée nationale, mais le député de l’Yonne Daniel Grenon n’a pas été invité pour la photo de classe, mercredi 10 juillet : sanctionné pour l’exemple après avoir affirmé que les « Franco-Maghrébins » n’avaient pas leur place « dans les hauts lieux de la République ».

Le parti devrait être plus indulgent avec d’autres nouveaux élus, comme Florence Joubert, en Dordogne, pour qui un « Arabe » ne peut être considéré comme français et qui vilipende « les climato-manipulateurs ». Ou avec René Lioret, élu en Côte-d’Or, aux multiples publications sur Facebook à caractère raciste ou hostiles à la vaccination contre le Covid-19. Le RN renvoie à une commission des conflits dont on ignore la date. « Tous ceux qui tiennent des propos qui ne sont pas conformes à mes convictions seront mis à la porte » , avait promis Jordan Bardella.

René Lioret, adhérent depuis l’époque de Jean-Marie Le Pen, trouve qu’on « n’en a pas fait autant avec des candidats de l’autre côté », mais se fait tout de même discret ce mercredi matin place du Palais-Bourbon. Même chose pour Roger Chudeau, rabroué publiquement par Marine Le Pen pour avoir relancé la polémique sur les emplois interdits aux binationaux. Mais pas question de se passer de lui au sein du groupe. « Les propos de Roger Chudeau n’étaient pas racistes, ils n’étaient simplement pas dans la ligne du RN », nuance Jean-Philippe Tanguy, membre du bureau du groupe.

« Laissez retomber la poussière »

Comme lors des deux années précédentes, la première réunion de groupe est l’occasion d’une mise au point : les députés RN ont l’interdiction d’exprimer une « opinion personnelle ». Voilà pour la liberté de conscience des élus d’extrême droite. Autre consigne : le score de dimanche 7 juillet ne saurait être qualifié d’échec. « Ceux qui, durant quarante-huit heures, ont évoqué une défaite aux élections législatives,[comme] je l’avais dit à certains d’entre vous : laissez donc retomber la poussière », intime-t-elle à ses troupes, selon un extrait diffusé par BFM-TV, admis à la réunion. Message transmis au premier à avoir évoqué une « défaite » électorale, qui est aussi le premier des lepénistes : Jordan Bardella.

Restait une dernière chose à clarifier, auprès de la presse cette fois, qui s’étonnait d’apprendre, dans Libération, que Marine Le Pen et Jordan Bardella partageaient des dîners avec des figures de la droite macroniste, Thierry Solère, Sébastien Lecornu ou Edouard Philippe. Marine Le Pen, adversaire autoproclamée du « système » et des « élites », n’y voit absolument aucune contradiction. « Cela ne veut pas dire qu’Edouard Philippe partage mes idées ou que je partage celles d’Edouard Philippe. Ce sont des choses que je trouve d’une totale normalité. »Interrogée par Le Monde, dix jours plus tôt, sur la rumeur de dîners, elle en soulignait plutôt le caractère « absurde ».

Le Figaro, no. 24847
Le Figaro, vendredi 12 juillet 2024 837 mots, p. 8

International

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11 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Au Canada, la fronde anti-Trudeau prend de l'ampleur

Distancé de longue date par son rival conservateur Pierre Poilievre, le premier ministre est contesté au sein de son parti.

Hirtzmann, Ludovic

L a Trudeaumania a vécu. Près d'une décennie après l'élection triomphale de Justin Trudeau en octobre 2015, la cote de popularité du leader libéral est au plus bas. Réélu de justesse à la tête de majorités relatives en 2019 et 2021, le fils de feu Pierre Elliott Trudeau affronte une impopularité croissante dans l'opinion publique et dans ses propres rangs. Donné largement perdant dans tous les sondages face aux conservateurs de Pierre Poilievre aux prochaines élections d'octobre 2025, avec environ 20 % de retard, le chef du gouvernement fait face à une fronde d'anciens ministres influents et de députés, qui demandent sa démission.

De nombreuses personnalités libérales critiquent désormais Trudeau ouvertement. « Le Parti libéral n'est pas le parti d'une personne, mais plutôt la somme des valeurs qui l'animent (...) Le premier ministre laisse un héritage dont il peut être fier, mais est venu le temps pour de nouvelles idées, une nouvelle énergie et un nouveau leader. Trop de choses sont en jeu dans cette prochaine élection, particulièrement en ce qui a trait à l'économie et à l'environnement » , a ainsi écrit, fin juin dans une lettre ouverte, l'ancienne ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, qui fut un poids lourd du gouvernement. D'autres, comme le député Wayne Long du Nouveau-Brunswick, ont ajouté : « Pour l'avenir de notre parti et pour le bien de notre pays, nous avons besoin d'un nouveau leadership et d'une nouvelle direction. » De plus en plus de députés estiment qu'un parti libéral du Canada (PLC) mené par l'héritier Trudeau n'a aucune chance de l'emporter aux prochaines élections.

Les libéraux viennent de perdre une législative partielle dans la circonscription de Toronto St-Paul's, où ils ont toujours gagné depuis 1993. Cette défaite dans l'un de leurs fiefs, réputé imprenable, a accentué la pression sur Justin Trudeau. Un groupe de neuf députés a demandé une réunion « urgente » du PLC, selon le quotidien torontois The Globe and Mail, pour décider de la stratégie à tenir. Si le premier ministre a apporté un vent de fraîcheur en 2015 et pris de nombreuses mesures pour aider la classe moyenne durant les premières années de son premier mandat, il a ensuite suscité les mécontentements.

Les environnementalistes ont été déçus par ses belles paroles, peu suivies d'effet. Les habitants des provinces pétrolières de l'ouest du pays ont en revanche accusé le premier ministre d'être trop écologiste. Les importantes dépenses d'Ottawa lors de la pandémie du Covid ont creusé les déficits. Elles ont provoqué une hausse de l'inflation, que la Banque du Canada n'a pu endiguer qu'au prix d'une forte hausse des taux d'intérêt.

Les Canadiens ont dû payer plus cher le remboursement de leurs emprunts, pour l'essentiel à taux variables. La politique migratoire de Justin Trudeau, si elle est une réussite en termes d'intégration, est en revanche une catastrophe en termes de gestion des flux d'immigration. De 250 000 immigrants permanents par an en moyenne entre 1995 et 2015, Ottawa est passé à près de 500 000 personnes ces dernières années, auxquelles il faut ajouter plus de 2,5 millions d'immigrants temporaires, qui résident désormais dans le pays. Cet afflux d'étrangers a provoqué une pénurie de logements, une hausse considérable des prix de l'immobilier et des loyers, et une grogne croissante dans l'opinion publique.

Plusieurs sources donnent le chef libéral partant vers la fin de l'été. Justin Trudeau, lui, s'accroche. Il a annoncé plusieurs fois ces derniers mois ne pas vouloir quitter son poste. « C'est une job(le mot est féminin en québécois, NDLR) de fou que je suis en train de faire avec des sacrifices au niveau personnel (...) Si je ne doutais pas quasiment tous les jours de ce que je fais, je ne serais pas humain. Je ne pourrais pas être l'homme que je suis et abandonner le combat à ce moment-ci » , a déclaré le premier ministre, lors d'une entrevue à Radio-Canada. Il a toutefois estimé, début juillet à Montréal, que la défaite du PLC lors de la législative de Toronto St-Paul's, doit « nous amener à travailler encore plus fort et à mettre en place les réponses nécessaires pour les citoyens ».

Après une décennie de gouvernement libéral, les successeurs potentiels du premier ministre à la tête du PLC, la vice-première ministre Chrystia Freeland, le ministre de l'Innovation, des Sciences et de l'Industrie, François-Philippe Champagne et l'ancien gouverneur de la Banque du Canada puis d'Angleterre, Mark Carney, se font discrets, étant à peu près sûrs qu'un changement de leadership ne suffira pas à mener le parti à la victoire. Une attitude raisonnable, car au Canada, lorsqu'un chef de parti perd une élection, il démissionne et quitte presque toujours la vie politique. L. H.

Le Monde
France, vendredi 12 juillet 2024 1016 mots, p. 13
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10 juillet 2024 - Le Monde (site web)
11 juillet 2024 - La Matinale du Monde

L’activiste suprémaciste noir Kemi Seba s’est vu retirer sa nationalité française

Le gouvernement a usé d’une procédure tombée en désuétude depuis les années 1960

Christophe Ayad

Deux courtes lignes dans le Journal officieldu mardi 9 juillet. C’est tout ce qu’il a fallu pour officialiser le retrait de la nationalité française par décret, signé la veille, du militant panafricaniste et farouche adversaire de la présence française en Afrique, Kemi Seba, condamné à plusieurs reprises pour violences, menaces, antisémitisme et incitation à la haine raciale. Il y est mentionné sous son vrai nom, Stellio Gilles Robert Capo Chichi, né le 9 décembre 1981 à Strasbourg.

Le ministère de l’intérieur avait engagé une procédure de retrait de la nationalité française de Kemi Seba, possédant aussi la nationalité béninoise par ses parents, sur la base de l’article 23-7 du code civil : « Le Français qui se comporte en fait comme le national d’un pays étranger peut, s’il a la nationalité de ce pays, être déclaré, par décret après avis conforme du Conseil d’Etat, avoir perdu la qualité de Français. » Le décret, pour entrer en vigueur, doit obtenir un avis favorable de la section de l’intérieur du Conseil d’Etat. Le caractère contraignant de l’avis, qui n’a pas été rendu public, fait débat entre les différents juristes consultés par Le Monde.

« Cette décision est conforme avec la ligne de fermeté[du ministre de l’intérieur] Gérald Darmanin à l’égard des personnes qui ont un comportement contraire aux valeurs de la République et hostile aux intérêts de la France », explique la Place Beauvau. Selon une source proche du dossier, Kemi Seba « intervient très activement dans la vie publique du Bénin et déclare y nourrir des ambitions politiques le conduisant à aspirer à l’exercice des plus hautes fonctions de l’Etat béninois ». Par ailleurs, il mène « de manière très véhémente une activité délibérément hostile à la France, à son action et à ses intérêts dans le monde, plus spécialement dans les pays de l’Afrique francophone ». Enfin, il « manifeste ainsi de façon répétée, affirmée et constante une déloyauté caractérisée à l’égard de la France ».

« Plus de nationalité française ? Gloire à Dieu. Libéré je suis de ce fardeau », a réagi Kemi Seba sur le réseau social X. Il avait brûlé son passeport français le 16 mars, lors d’une réunion publique à Fleury-Mérogis, que la préfecture de l’Essonne avait tenté, en vain, d’interdire. « Me retirer la nationalité car je critique votre néocolonialisme est, chères autorités françaises, une reconnaissance (TRÈS PEU STRATÉGIQUE)(…) de l’efficacité de mon travail politique contre VOUS AUTRES, les tenants de cette Françafrique », ajoute l’activiste.

Contacté, son avocat, Juan Branco, déclare : « On a beaucoup crié au fascisme pendant cette campagne[électorale] . La réalité est que depuis Vichy, jamais un citoyen français ne s’était vu retirer la nationalité du fait de ses origines. Ce n’est pas la seule mesure de ce gouvernement qui y fasse écho. »

D’après Jules Lepoutre, professeur de droit public à l’université Côte d’Azur, c’est la première fois depuis les années 1960 que le gouvernement recourt à l’article 23-7 du code civil, à l’époque contenu dans l’article 96 du code de la nationalité. « Cette procédure a beaucoup été utilisée de 1945 à la fin des années 1960, notamment contre des communistes binationaux partis édifier le socialisme dans les pays de l’Est, comme la Pologne, note-t-il. La même procédure a également été utilisée contre des communistes binationaux continuant de vivre en France. Ces derniers ont effectué des recours devant le Conseil d’Etat qui est souvent allé dans leur sens. »

Régulièrement invité en Russie

L’activiste peut contester le décret gouvernemental devant le Conseil d’Etat mais il est peu probable qu’il le fasse, étant donné ses positions antifrançaises. D’autant qu’il assure, sur X, avoir envoyé une demande d’abandon de nationalité au Conseil d’Etat.

Kemi Seba est passé par le mouvement suprémaciste noir américain Nation of Islam, où il s’est converti à une version soufie de l’islam, puis par le Parti kemite, pour lequel la civilisation pharaonique était africaine, qu’il a quitté. Après avoir été proche, au début des années 2000, de Dieudonné, il a fondé la Tribu Ka, groupuscule extrémiste noir, dissout par décret en 2006 puis remplacé par Génération Kemi Seba, dissout en 2009.

Condamné plusieurs fois pour des déclarations antisémites ou négationnistes et des agressions et violences, il passe l’essentiel de son temps en Afrique subsaharienne depuis les années 2010. D’abord basé au Sénégal, dont il est expulsé en 2017, puis au Bénin, où il est en délicatesse avec les autorités, il voyage beaucoup en Afrique, où il a tissé des liens étroits avec les nouvelles juntes antifrançaises au pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Après avoir milité activement pour la sortie du franc CFA, il a été remarqué par Moscou, qui, d’après les enquêtes de plusieurs médias, finance ses activités politiques par l’intermédiaire de la société de mercenaires Wagner, très active au Sahel. Régulièrement invité en Russie, Kemi Seba est aussi l’hôte occasionnel du régime iranien, notamment de l’ex-président conservateur Ahmadinejad, du Hezbollah libanais, de la Turquie d’Erdogan… Le député (Renaissance) du Rhône Thomas Gassilloud, lorsqu’il présidait la commission de la défense de l’Assemblée, avait accusé l’activiste d’être un « relais de la propagande russe » et de servir « une puissance étrangère qui alimente le sentiment antifrançais ».

L’organisation de Kemi Seba, Urgences panafricanistes, dispose d’une aura sur les réseaux sociaux auprès de la jeunesse africaine. Mais l’une des raisons qui a pu pousser les autorités à passer à l’action est son activisme de plus en plus entreprenant dans les départements et les territoires d’outre-mer français. En février, notamment, il avait été reçu par les députés (GDR) Jean-Victor Castor et Davy Rimane, en Guyane, où il s’était vu remettre la médaille de la ville de Cayenne de la part de la maire, Sandra Trochimara.

Le Monde
France, vendredi 12 juillet 2024 965 mots, p. 8
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11 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Tensions entre Darmanin et Attal pour la tête du groupe Renaissance

Au-delà des ambitions personnelles des deux hommes se dessine une bataille sur le périmètre d’une coalition gouvernementale

Robin D’Angelo et Mariama Darame

La réunion devait être l’occasion de fixer la dizaine de « principes » pouvant servir de base à une coalition avec des alliés jusqu’ici introuvables. Mais l’ébauche de programme écrite la veille dans la douleur ,et qui tenait lieu de document de travail, a vite été remisée dans les sacs à main et les serviettes des députés présents ce jour-là. Mercredi 10 juin en fin de matinée, la réunion des parlementaires Renaissance, qui devait porter sur les engagements programmatiques du groupe, a tourné à la guerre de position.

D’un côté, les partisans d’une élection sans délai de leur nouveau président, alors que les autres groupes politiques à l’Assemblée nationale ont désormais presque tous choisi leur dirigeant. De l’autre, ceux qui plaident pour que Renaissance établisse en priorité un projet politique et remette à un second temps le choix de leur représentant. A première vue, la querelle apparaît anecdotique. Mais elle a donné lieu à un affrontement tendu dans la très feutrée salle Colbert du Palais-Bourbon entre le premier ministre, Gabriel Attal, et le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin. En creux, les rivaux de longue date se disputent la future présidence du groupe.

Pour le premier ministre, il est urgent que Renaissance dispose d’un chef à l’Assemblée, afin de peser dans les discussions sur les coalitions alors que les négociations battent leur plein sur le périmètre de la future majorité. Le ministre de l’intérieur plaide pour que des prérequis indispensables à tout accord de gouvernement soient établis, remettant l’élection d’un bureau à septembre.

Derrière cette bataille, ce sont deux lignes politiques qui s’affrontent. M. Darmanin regarde à droite, ayant déjà fait part de son souhait d’exclure les écologistes de tout accord gouvernemental. Gabriel Attal, lui, prône « le dépassement », des Républicains jusqu’aux communistes. Mais la querelle masque mal les ambitions personnelles des deux héritiers d’Emmanuel Macron, tous deux persuadés que leur avenir politique à court terme passera par le Palais-Bourbon. Capitalisant sur son crédit accumulé auprès des députés après la campagne, Gabriel Attal aimerait battre le fer tant qu’il est encore chaud. Tout le contraire de Gérald Darmanin, qui ne peut pas rivaliser avec la cote de popularité du premier ministre, lui qui a encouragé le chef de l’Etat à dissoudre l’Assemblée nationale.

Aussitôt la proposition de Gérald Darmanin énoncée, la levée de boucliers ne s’est pas fait attendre parmi la soixantaine de députés présents. Elue des Français de l’étranger, Eléonore Caroit est la première à interpeller l’ancien maire de Tourcoing (Nord) sur le déni de démocratie qu’induirait le report d’une élection. « On ne va pas s’abaisser à ça », cingle-t-elle. Gérald Darmanin a, lui, invoqué l’impossibilité pour les ministres de prendre part dans l’immédiat aux élections internes de l’Assemblée, après le refus d’Emmanuel Macron d’accepter la démission du gouvernement.

Effritement du bloc central

L’argument est depuis tombé à l’eau avec l’élection, à la tête du groupe MoDem, du ministre de l’agriculture, Marc Fesneau, mercredi après-midi. Selon une information de Politico, confirmée par Le Monde, la démission du gouvernement devrait être acceptée le 17 juillet par le chef de l’Etat, permettant aux ministres élus de siéger à l’Assemblée à temps pour le démarrage de la législature.

Dans un message adressé à ses députés mercredi soir, le président par intérim, Sylvain Maillard, a tranché l’épineuse discussion : « La nécessité pour beaucoup d’un vote rapide s’est dégagée », a-t-il conclu. Renaissance devrait élire son président vendredi. Cette élection suffira-t-elle à recoller les morceaux dans un groupe au bord de l’implosion ? « Il nous méprise », « il nous écrase », « il ne nous parle pas », « il ne nous a jamais considérés »… Les critiques à l’endroit d’Emmanuel Macron n’ont jamais été aussi fortes chez Renaissance. Mardi, le député du Val-de-Marne Guillaume Gouffier-Valente a mis en garde le chef de l’Etat contre une deuxième dissolution, d’ici un an, en cas d’impasse politique. « Dans ce cas-là, il faudra se poser la question de sa démission », a-t-il soutenu devant ses collègues. La lettre aux Français du chef de l’Etat, publiée mercredi, a ranimé la rancœur.

La menace d’un effritement du bloc central est devenue plus concrète dans l’après-midi, une fois la réunion terminée. L’ancien président de la commission des lois Sacha Houlié a annoncé à l’Agence France-Presse qu’il « ne[siégerait] pas » au groupe Renaissance. Avant d’indiquer « travailler » à la constitution d’une nouvelle structure allant « de la droite sociale à la gauche socialiste ». Les regards se tournent également vers Elisabeth Borne, partisane d’une présidence collégiale provisoire dont elle aurait été l’un des visages. L’ex-première ministre ne s’est toujours pas rattachée à Renaissance – la date limite pour la déclaration des groupes est fixée au 18 juillet.

Bien que soixante-dix députés se soient rattachés à Renaissance, le groupe pourrait aussi se disloquer par le flanc des amis de Gérald Darmanin, certains députés ne cachant pas en privé leur souhait de rejoindre Horizons si la présidence échappait à leur mentor. Un récit que l’on se plaît à entretenir dans l’écurie d’Edouard Philippe, où l’on n’imagine pas une seconde le ministre de l’intérieur s’éterniser dans un groupe sous la tutelle de Gabriel Attal. Ce dernier a indiqué, mercredi, devant les députés, qu’il « resterai[t] » à Renaissance quel que soit le résultat de l’élection interne. Gérald Darmanin, dont les députés guettaient avec attention la réaction, a, lui, gardé le silence.

Le Figaro, no. 24847
Le Figaro Économie, vendredi 12 juillet 2024 904 mots, p. 28

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11 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Le retour surprise de Patrick Cohen met le feu aux poudres au sein de France Inter

La directrice de la station, Adèle Van Reeth, est visée par une motion de défiance de la rédaction. Une première.

Sallé, Caroline

Le torchon brûle entre la rédaction de France Inter et la directrice de la station. Jeudi matin à 11 heures, une motion de défiance à l'encontre d'Adèle Van Reeth a été déposée sur le bureau de Sibyle Veil. Le texte remis à la présidente de Radio France acte une rupture de confiance entre la rédaction et la patronne de France Inter. «C'est la première fois que je vois ça en plus de vingtans passés dans la maison» ,confie un journaliste.

Motif du mécontentement ? L'éviction de Yaël Goosz de l'édito politique de la matinale. Celui qui est aussi le chef du service politique de France Inter doit être remplacé à la rentrée par Patrick Cohen, ex-matinalier de la station de 2010 à 2017 et éditorialiste bien connu de l'émission « C à Vous » sur France 5. C'est à lui qu'Adèle Van Reeth a souhaité confier dorénavant l'édito politique.

Et ce choix ne passe pas du tout au sein de la rédaction. « Nous, journalistes de France Inter, contestons fermement cette décision violente et d'une brutalité inouïe en matière de management » , indique le texte de la motion de défiance. Mercredi en milieu de journée, un article du Parisien révélait l'arrivée de Patrick Cohen à France Inter, pour reprendre l'éditorial politique du matin assuré depuis deux ans par Yaël Goosz. Ce dernier a été prévenu à la hâte, à peine quelques heures avant. Le coup est dur à encaisser.

Cela fait des semaines que le journaliste cumule l'édito politique, l'interview de Léa Salamé - qui s'est mise en retrait depuis la campagne aux européennes de son compagnon le député socialiste Raphaël Glucksmann - et la direction du service politique. « Un esprit brillant et libre, loue un journaliste encore abasourdi par la nouvelle. Il a tout géré et il a signé « en même temps » des éditos de très haute volée journalistique. » La motion de défiance souligne de la même manière le « travail exemplaire, fiable, indépendant, qui s'appuyait sur toute une rédaction » de Yaël Goosz. « Avec cette décision, c'est tout un collectif (...) qui est bafoué. »

Face à l'émotion suscitée, la directrice de France Inter et Marc Fauvelle, son directeur de l'information, ont tenté d'apaiser les esprits mercredi après-midi. Non, il ne s'agit pas d'un désaveu. « Personne n'est propriétaire de sa case», rappelle-t-on à la direction de France Inter. La directrice explique qu'elle a décidé « de faire évoluer l'édito pour l'amener vers une forme d'analyse et de fact-checking».Et elle considère que Patrick Cohen est « une référence dans cet exercice » , indique son entourage. Dans cette période politique très particulière, la dirigeante veut aussi mettre l'accent sur des éditos beaucoup plus tranchés dans le parti pris. « Elle a estimé que quelqu'un d'extérieur à la rédaction aurait davantage les coudées franches dans cet exercice, car il n'engagerait pas tout le service politique » , rapporte un proche.

La rédaction n'est pas convaincue par les explications fournies et dans la soirée, une motion de défiance est préparée. L'éclaircissement donné par Adèle Van Reeth est jugé « fallacieux mais aussi très inquiétant, dénonce le texte, signé par la quasi-totalité de la rédaction. Comme s'il fallait être extérieur à la maison pour s'exprimer librement sur cette antenne! Drôle de conception de la liberté de l'information et de l'indépendance du service public. » Au vu des circonstances, les signataires estiment « impossible de continuer à lui faire confiance pour diriger cette radio ». Selon un participant à la réunion, « mercredi, Adèle VanReeth a perdu toute sa crédibilité ». La directrice s'attendait à ce que cette décision fasse des remous. « Elle l'a prise quand même car elle estime que c'est ce qu'il y a de mieux pour l'antenne » , confie un bon connaisseur du dossier.

Au sein de la Maison ronde et à l'extérieur, le retour surprise de Patrick Cohen à France Inter interroge. L'été dernier, la candidature du journaliste avait été envisagée pour incarner la matinale de Franceinfo, autre radio du service public. Patrick Cohen affirmait avoir eu des « échanges conclusifs » avec le directeur de Franceinfo de l'époque, Jean-Philippe Baille. Et il assurait que Sibyle Veil avait donné son feu vert. Finalement éconduit, il dénonçait une « vendetta personnelle à perpétuité » organisée par Laurence Bloch. La directrice des antennes et de la stratégie éditoriale de Radio France et ex-directrice emblématique de France Inter ne lui aurait jamais pardonné son départ en 2017 pour Europe 1. Furieux, l'éditorialiste de « C à Vous » claquait donc la porte de Radio France, où il animait l'émission « L'Esprit public » sur France Culture. « À peine Laurence Bloch est-elle partie qu'il revient par la fenêtre » , sourit un fin connaisseur de Radio France.

En interne, la forte personnalité de l'éditorialiste n'a pas laissé un souvenir impérissable et certains participants à la réunion de mercredi n'ont pas manqué de le rappeler à la direction. « Il est bougon, râleur, il ne dit pas toujours bonjour dans les couloirs et il peut être extrêmement exigeant et dur dans le travail. Il ne se fait pas des amis, mais c'est un excellent journaliste » , défend une source qui le connaît bien. À la rentrée, l'accueil pourrait être glacial. « Il faut que Patrick Cohen sache que le matin, lorsqu'il se rendra à France Inter au studio du cinquième étage, il arrivera dans un environnement hostile » , prévient un salarié. C. S.

Le Monde
France, vendredi 12 juillet 2024 98 mots, p. 11

POLITIQUE

Laurent Wauquiez élu président du groupe LR à l’Assemblée

Le député de Haute-Loire Laurent Wauquiez a été élu, mercredi 10 juillet, président du groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale, rebaptisé « La Droite républicaine », avec 37 voix pour et 6 abstentions, succédant à Olivier Marleix à la tête des députés de droite. De retour au Palais-Bourbon, le président d’Auvergne-Rhône-Alpes et possible candidat de la droite à l’Elysée en 2027, âgé de 49 ans, rejette toute « coalition gouvernementale », mais laisse la porte ouverte à un « pacte législatif » qu’il présentera aux autres groupes. – (AFP.)

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, vendredi 12 juillet 2024 906 mots, p. AUJM5
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11 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
12 juillet 2024 - Le Parisien

Guerre des chefs en macronie

Renaissance| Gabriel Attal, Élisabeth Borne et Gérald Darmanin sont en train de se livrer en coulisses à une bataille sans merci pour la présidence du groupe à l'Assemblée.

Olivier Beaumont

« Il faut calmer le jeu. Que tout le monde redescende. Sinon on va encore avoir des départs », plante un pilier du camp présidentiel. Au sein de Renaissance, le choc de la défaite aux législatives a laissé place à une ambiance à couteaux tirés entre ses éminents représentants.

Avec en ligne de mire le poste de président du groupe à l'Assemblée, pour lequel trois figures majeures sont en train de se livrer en coulisses à une bataille sans merci. À savoir le Premier ministre, Gabriel Attal, Élisabeth Borne, qui l'a précédé à Matignon, et le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.

« Il faut aller vite. Lundi, il sera trop tard »

Tout est parti d'une réunion mercredi matin, « délétère » selon un participant, au cours de laquelle le locataire de Matignon aurait manifesté son envie de procéder rapidement à l'élection du nouveau président. Poste ô combien stratégique, doté de gros moyens financiers (selon nos informations, les caisses font état d'un solde de 4 millions d'euros), et qu'il lorgne pour espérer peser politiquement pour la suite, notamment dans la perspective de la présidentielle de 2027. À rebours de la position validée par l'intéressé il y a une semaine devant Emmanuel Macron...

Vendredi 5 juillet, à l'avant-veille du second tour des législatives, c'est en effet un à un que le chef de l'État a reçu dans son bureau élyséen les caciques de la majorité sortante. Gabriel Attal, donc, mais aussi Gérald Darmanin, Élisabeth Borne, également l'ex-présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, et le président sortant du groupe Renaissance, Sylvain Maillard. Avec ce message clair, que chacun a validé dans l'instant : « Je ne veux pas d'une guerre des chefs après les législatives pour la présidence du groupe. Je vous demande donc une période de transition jusqu'à la rentrée de septembre », a-t-il dit, selon plusieurs propos rapportés et confirmés par son entourage.

« L'idée n'était pas de freiner les ambitions mais de dire que, dans ce moment d'instabilité politique, ce n'est pas la peine de rajouter de la crise à la crise, sinon c'est le parti qui explose », reprend un proche du chef de l'État, proposant d'attendre les journées parlementaires de Renaissance fin septembre pour procéder à cette élection, avec Sylvain Maillard en intérim d'ici là.

Gérald Darmanin n'a jamais caché son intérêt pour le poste. Gabriel Attal non plus. Sauf que, pressé par une partie de sa base, le Premier ministre aurait finalement changé d'avis pour accélérer, au moment où Emmanuel Macron est parti à Washington, mercredi, pour le sommet de l'Otan. « Ce n'est pas correct. Tu ne peux pas être Premier ministre et président de groupe, ça ne fonctionne pas comme ça », a rétorqué Élisabeth Borne, mercredi matin, pendant la réunion. « On ne peut pas avoir un président de parti élu dans les Hauts-de-Seine (Stéphane Séjourné) et un président de groupe issu de ce même département », a poursuivi Gérald Darmanin, dénonçant un potentiel manque d'équilibre Paris-province si Gabriel Attal était élu.

Un autre participant y voyant aussi une façon pour ce dernier de « s'affranchir un peu plus d'Emmanuel Macron », en récupérant la présidence du groupe « pour en faire une écurie présidentielle ». Ambiance... Au cours de cette conversation à huis clos, l'idée d'une direction collégiale a même germé. « Gérald Darmanin a fait une offensive dans ce sens pour court-circuiter Gabriel, voyant que, de toute façon, il n'avait aucune chance d'être élu », enrage un proche du Premier ministre. Et de justifier la nécessité de ne plus attendre pour élire un président, au plus tard en début de semaine prochaine, « car toutes les autres formations politiques de l'Assemblée l'ont fait et sont déjà en train de discuter pour se répartir les postes clés et les bureaux. Il faut aller vite. Lundi, il sera trop tard ».

Borne soutenue par Darmanin

Son message a visiblement été entendu puisque, ce jeudi soir, le groupe Renaissance a annoncé que l'élection aurait lieu samedi matin. « Je ne pouvais pas attendre plus longtemps, on a une demande forte de nos députés pour clarifier la situation au plus vite et avoir un groupe enfin en ordre de marche », confie Sylvain Maillard. De là à laisser un boulevard à Gabriel Attal ? Pas sûr, puisqu'il pourrait avoir une rivale sérieuse face à lui : Élisabeth Borne. « Elle réfléchit, consulte beaucoup autour d'elle pour évaluer le rapport de force interne, explique un de ses supporters. Ce qui est certain, c'est qu'elle a divergence de ligne avec Gabriel et compte bien faire valoir les voix de la gauche macroniste. » Quant à Gérald Darmanin, il serait prêt à la soutenir. « Quelle blague ! », commente avec amertume un député proche du Premier ministre, quand on se rappelle l'inimitié entre les deux élus au moment où elle était à Matignon.

« Mais c'est Gabriel qui fout la m... Il met la pression à tout le monde pour accélérer et s'arroger le groupe », fulmine le camp adverse. Crépusculaire. « À ce rythme, des gens vont continuer de se barrer, et on va passer de cent députés à soixante. On aura l'air malin », redoute un pilier de Renaissance. Plus que jamais, la crise couve. Et Emmanuel Macron ne tient plus ses troupes.

Le Monde
International, vendredi 12 juillet 2024 1219 mots, p. 5
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11 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Argentine : les gouverneurs font allégeance à Milei

Les trois quarts des dirigeants des provinces, tous de l’opposition, ont signé le pacte en dix points du président

Angeline Montoya

Montés à bord d’un char, Javier Milei et Victoria Villarruel jubilent. Séparés par une mitrailleuse, le président argentin d’extrême droite et sa vice-présidente se tiennent la main et saluent la foule, hilares, tandis que le blindé s’avance sur l’immense avenida del Libertador, à Buenos Aires.

Ce mardi 9 juillet, jour de l’indépendance du pays, et pendant plus de deux heures, 7 000 soldats et 70 véhicules ont parcouru la large avenue arborée, survolée par 62 avions de chasse et hélicoptères, sous les cris de « vive la patrie ! » des centaines de milliers de personnes venues braver le froid en cet hiver austral.

Excepté sous le gouvernement de Mauricio Macri (droite, 2015-2019), la tradition du défilé militaire avait été abandonnée pendant les mandats péronistes (centre gauche) de ces deux dernières décennies, au profit de grandes célébrations populaires. « Quel plaisir de voir un acte patriotique avec des fanfares militaires, des grenadiers, l’armée de terre, l’armée de l’air et les héros de la guerredesMalouines, a tweeté Agustin Romo, député du parti du président, La Libertad Avanza. Nous laissons enfin derrière nous les défilés de travestis communistes et drogués. »

Le « pacte de mai »

Sur le char, bras levés, Javier Milei a des raisons d’exulter. Quelques heures plus tôt, à 1 200 kilomètres de là, à San Miguel de Tucuman, capitale de la province du même nom, il posait aux côtés de dix-huit des vingt-quatre gouverneurs du pays, tous de l’opposition, qui venaient de signer son « pacte de mai », document en dix points destiné à « remettre[le peuple argentin] sur le chemin du développement et de la prospérité ».

Contre toute attente, le président a réussi à obtenir ce qu’il attendait depuis des mois : l’adhésion des gouverneurs à son projet. Formant une haie d’honneur de part et d’autre du chef de l’Etat, dans la Maison historique de Tucuman, où a été signée l’indépendance le 9 juillet 1816, les dix-huit hommes ont, tour à tour, ratifié le document dans une mise en scène soignée. « Le gouvernement veut montrer de manière surjouée son idée de refondation du pays, avec des symboles forts comme le “pacte de mai” ou le défilé militaire, explique Pablo Ortemberg, historien du Conseil national de recherches scientifiques et techniques et professeur à l’université nationale de San Martin. Il dit haïr l’Etat et vouloir le détruire, mais il est amoureux des symboles de l’Etat. »

Javier Milei avait espéré que le texte soit signé le 25 mai, une autre fête nationale argentine (d’où le nom de l’accord). Il aura finalement dû attendre deux mois d’âpres négociations. « Nous annonçons le début d’un nouvel ordre pour notre pays », a-t-il déclaré, triomphant, lors d’un discours prononcé peu après minuit.

Après l’élection de Javier Milei le 19 novembre 2023, les observateurs ne donnaient pas cher de sa capacité à gouverner et à mettre en œuvre son programme ultralibéral, alors qu’il ne disposait ni de majorité au Congrès ni du soutien d’aucun gouverneur. Mais après l’approbation, le 13 juin, de la loi « bases et points de départ pour la liberté des Argentins », son projet phare, la signature de ce « pacte » marque une nouvelle victoire symbolique pour M. Milei.

Difficile, pour les gouverneurs, de ne pas céder aux pressions de l’exécutif, alors qu’ils dépendent en grande partie du versement par les autorités centrales des fonds pour les travaux publics dans leurs provinces, suspendus depuis six mois. « Les gouverneurs voient que Javier Milei continue d’avoir une image positive élevée, de l’ordre de 45 % ou 50 %, surtout dans les provinces, car les Argentins attribuent leurs difficultés économiques aux gouvernements précédents, explique la politiste Lara Goyburu, de l’université de Buenos Aires. Et ils ont besoin d’avoir une bonne relation avec le chef de l’Etat pour obtenir la reprise du versement des fonds. »Les six gouverneurs manquant à l’appel, quasi tous péronistes, « sont en fait déjà tournés vers les législatives d’octobre 2025 et jouent le jeu de savoir qui prendra la tête de l’opposition », ajoute-t-elle.

Le texte signé mardi est une sorte de décalogue dans lequel les gouverneurs s’engagent à respecter « l’inviolabilité de la propriété privée », « l’équilibre budgétaire non négociable » ou encore « une éducation initiale, primaire et secondaire utile et moderne ». « Ça n’engageait pas à grand-chose de le ratifier : la plupart de ces points sont déjà dans la Constitution, souligne Mme Goyburu. En gros, les gouverneurs se sont engagés à respecter la loi… »

Certains points, comme « l’engagement des provinces à faire avancer l’exploitation des ressources naturelles du pays », sont plus polémiques. « La nature doit servir l’être humain et son bien-être, pas le contraire », a insisté le président dans son discours aux accents libertariens. Mais, rappelle encore l’analyste, le document n’est pas contraignant et « n’a aucune valeur juridique ».

Ce que montrent, en somme, la signature de ce « pacte » et l’approbation par le Congrès de la loi « bases » en juin est surtout que Javier Milei, pourfendeur d’une « caste politique » honnie, « a finalement appris à faire de la politique traditionnelle en négociant avec les uns et les autres », analyse Mme Goyburu.

Programmes sociaux amputés

Le porte-parole du gouvernement, Manuel Adorni, n’a pas pu, lundi, répondre à une journaliste qui lui demandait le coût du défilé militaire, alors que Javier Milei n’a eu de cesse de répéter qu’ « il n’y a[vait] plus d’argent »à gaspiller et a effectué des coupes drastiques dans les programmes sociaux et les institutions culturelles. De fait, le gouvernement a, en avril, acheté au Danemark vingt-quatre avions de chasse F-16, et les budgets des ministères de la sécurité et de la défense sont ceux qui ont le plus augmenté.

Seule note discordante, le 9 juillet, le Te Deum dans la cathédrale de la capitale, en présence du président et de la quasi-totalité de son cabinet, où l’archevêque de Buenos Aires, Mgr Jorge Ignacio Garcia Cuerva, a regretté que « beaucoup n’aient pas le thermomètre social pour savoir ce que vivent les Argentins ordinaires ».

Le pays a certes enregistré un excédent budgétaire pendant quatre mois consécutifs, ce qui n’était pas arrivé depuis 2008, grâce à la réduction des dépenses de l’Etat. Et l’inflation a été freinée, atteignant + 4,2 % en mai, contre 25,5 % en décembre 2023. Mais certains économistes, comme Matias Battista, attribuent cette baisse à « un processus fictif »lié à la baisse des revenus, dans un contexte de récession (− 5,1 % du produit intérieur brut au premier trimestre de 2024 par rapport à la même période de 2023), et de chute de l’activité économique, de la production et de la consommation.

Selon l’Observatoire de la dette sociale de l’Université catholique argentine, le taux de pauvreté est passé de44,7 % au quatrième trimestre de 2023 à 55,5 %au premier trimestre 2024. Durant la même période, la pauvreté extrême est passée de 13,8 % à 19,4 %. En moins d’une semaine, cinq personnes sont mortes de froid sur les trottoirs de Buenos Aires.

Le Monde
France, jeudi 11 juillet 2024 1220 mots, p. 6,7
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10 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Après les législatives

A l’Assemblée, Renaissance au bord de la dislocation

Dans ce groupe parlementaire, où des volontés de départ sont exprimées, certains penchent pour un rapprochement exclusivement avec Les Républicains. Plusieurs ministres et députés annoncent d’ores et déjà qu’ils feront sécession si tel est le cas

Robin D’Angelo et Mariama Darame

L’opération de lobbying a été savamment coordonnée. Un peu trop même, à en juger par les éléments de langage aux allures de copier-coller distillés par les députés Mathieu Lefèvre, Maud Bregeon et Benjamin Haddad. Quand le premier souhaite « écrire l’avenir avec la droite républicaine », la deuxième milite pour « s’accorder sur l’essentiel avec les députés LR », quand le troisième veut « leur tendre la main ».

Alors que l’hypothèse d’une coalition des Ecologistes au parti Les Républicains (LR) semblait privilégiée par le camp présidentiel, c’est le scénario d’un accord avec la droite que porte une partie du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale. Le ton avait été donné par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, dès les résultats des législatives connus. « On doit gouverner à droite et ne pas avoir de coalition avec La France insoumise et le[Nouveau] Front populaire[NFP] » , avait-il déclaré, le 7 juillet, à peine réélu député dans le Nord.

Nouvelle salve, mardi 9 juillet, cette fois avec Edouard Philippe. Invité du « 20 heures » de TF1, l’ancien premier ministre, aujourd’hui chef de file du parti Horizons, a plaidé pour « un accord technique » allant « de LR à Renaissance », avec « un premier ministre qui soit de droite ». La proposition suscite l’approbation du député Renaissance des Yvelines Charles Rodwell : « J’y adhère absolument, d’autant que cela fait maintenant deux ans que nous votons tous nos textes de loi ensemble avec eux. »Le scénario a également les faveurs d’Aurore Bergé, députée des Yvelines, issue de la droite, qui en a fait la promotion dans une boucle interne du parti.

Derrière, une bataille des récits s’engage. A celui du NFP, qui aspire à gouverner, revendiquant la victoire au second tour des législatives, les partisans d’un accord avec LR tentent de substituer celui de la droite comme première force politique du pays. Avec le risque de braquer une partie de leur groupe. « Il y a un manque d’humilité de notre part, déplore le député (Renaissance) de la Moselle Ludovic Mendes. Nous avons pris une taule et nous ne sommes pas maîtres de la situation. »

Pression inefficace

Ces crispations ont été accentuées par les propos de Gérald Darmanin en réunion de groupe, mardi matin. Le ministre de l’intérieur a fait part de son refus de dialoguer avec Les Ecologistes, au prétexte qu’ils ont soutenu les opposants aux mégabassines de Sainte-Soline (Deux-Sèvres), dont la manifestation du 25 mars 2023 avait engendré des violences. « Il faut être sourd et aveugle pour ne pas prendre en compte que des millions de gens ont voté NFP », fulmine en retour un membre du gouvernement.

Pour rééquilibrer le cap, le secrétaire général du parti, Stéphane Séjourné, publiait, mardi dans Le Monde, une tribune s’adressant notamment « aux leaders de la gauche républicaine »pour leur proposer un compromis. Mais, au lieu de clarifier la ligne, l’initiative a échaudé les députés, même les plus convaincus, irrités de découvrir le texte après sa publication. La colère s’est accumulée contre Emmanuel Macron, accusé de les mépriser après les avoir envoyés au casse-pipe sans un mot de félicitations pour leur réélection. Mais aussi contre leur parti, qu’ils estiment avoir sauvé en faisant campagne seuls, sans être aujourd’hui associés aux décisions.

Autre sujet de discorde, le courrier envoyé dès lundi matin par l’ex-président du groupe Sylvain Maillard à ses députés pour leur intimer de se rattacher au groupe Renaissance « avant mercredi ». Un empressement perçu comme une tentative de « leur mettre le couteau sous la gorge ». Une pression inefficace : mercredi matin, seuls 33 élus s’étaient rattachés au groupe, certains récalcitrants préférant garder leur précieuse signature pour établir un rapport de force.

Dans ce groupe, certains ont déjà exprimé leur désir de faire bande à part. Mardi matin, en réunion de groupe, le député de la Vienne Sacha Houlié a expliqué devant Gabriel Attal avoir été réélu en ayant « fait campagne contre tout ce que le gouvernement a porté » – loi sur l’immigration et réforme de l’assurance-chômage en tête – et que, désormais, il ne « devait plus rien à personne ». En conséquence, il a précisé à ses collègues qu’il « reprenait[s] a liberté ». La veille déjà, M. Houlié avait réuni une vingtaine de députés de l’autoproclamée « aile gauche »de Renaissance avec l’ambition de poser les bases d’un futur groupe « démocrate ».

Les promoteurs du projet assurent qu’ils sont suffisamment nombreux pour pouvoir dépasser le seuil de quinze élus nécessaire pour créer un groupe, mais l’initiative n’est pas encore à l’ordre du jour pour les dirigeants de l’ex-majorité qui pourraient être tentés de le rejoindre. « Tout le monde a en tête qu’il faut jouer la carte de l’union, car qui dit multiplication des groupes dit affaiblissement du bloc de vote central », justifie-t-on dans l’entourage d’un ministre.

« Moment de clarification »

Les orientations prises par le groupe Renaissance dans les jours à venir pourraient rebattre les cartes. Si un accord était trouvé avec LR comme seuls partenaires, plusieurs ministres et des députés annoncent, d’ores et déjà, qu’ils feront sécession. La nomination d’Aurore Bergé, pressentie comme nouvelle vice-présidente, serait un autre casus belli. Mardi soir, pendant que Gabriel Attal réunissait à Matignon les députés Renaissance pour une soirée cocktail devant le match de l’Euro de football France-Espagne, ce petit groupe de l’aile gauche de la Macronie se retrouvait à l’hôtel de Villeroy, sous l’égide de la ministre déléguée à l’agriculture et à la souveraineté alimentaire, Agnès Pannier-Runacher. Parmi la quinzaine de convives, l’ancienne première ministre Elisabeth Borne, les députés Sacha Houlié, Ludovic Mendes, Stella Dupont ou encore Stéphane Travert.

« Je suis ouvert à choisir mon groupe politique en fonction du message qui sera porté, explique ce dernier, député de la Manche, ex-ministre de l’agriculture sous Edouard Philippe mais aussi ex-membre du Parti socialiste. Il y a peut-être des choses nouvelles à créer. »Ces élus pourraient aussi rejoindre le MoDem. L’hypothèse est sur la table, mais à la condition qu’un nouveau groupe soit créé, pour que ces transfuges ne deviennent pas une force d’appoint sous l’autorité seule de François Bayrou. La députée (Renaissance) des Hauts-de-Seine Constance Le Grip, une ex-LR, ne verrait pas ce départ d’un mauvais œil : « Le moment de clarification est peut-être venu. »

De leur côté, toujours mardi soir, les troupes d’Edouard Philippe annonçaient la création de leur nouveau groupe Horizons et indépendants, toujours présidé par le député de la Corse-du-Sud Laurent Marcangeli. Avec deux nouvelles recrues : Béatrice Piron et Laetitia Saint-Paul, venues de Renaissance, portant les effectifs à 27 élus. Le député (LR) du Val-de-Marne Sylvain Berrios, qui avait assisté à la réunion préparatoire du futur groupe Horizons, lundi soir, ne s’y est finalement pas inscrit, après avoir échangé avec Laurent Wauquiez. Le futur président du groupe Les Républicains lui aurait garanti qu’il prendrait une initiative allant dans le sens d’un accord avec la coalition présidentielle.

Le Figaro, no. 24846
Le Figaro, jeudi 11 juillet 2024 853 mots, p. 2

Politique

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10 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

En proie aux tensions, les députés Renaissance de plus en plus émancipés

Boichot, Loris

Les débats des députés Renaissance, mercredi matin à l'Assemblée nationale, devaient porter sur une « déclaration de principes ». Avant même qu'Emmanuel Macron ne publie une « lettre aux Français » pour appeler les « forces républicaines » à « bâtir une majorité solide » , ses troupes entendaient déjà discuter d'une éventuelle coalition pour gouverner avec des partenaires de gauche et de droite. Finalement, leurs échanges ont vite dérivé sur de la « popol » - ainsi que l'on appelle la « politique politicienne » -, à savoir la gouvernance du groupe des élus macronistes. Faut-il voter sans attendre pour une direction collégiale, composée de figures du parti présidentiel comme Gérald Darmanin, Aurore Bergé, Élisabeth Borne et Yaël Braun-Pivet ? Ou organiser dès que possible l'élection d'un président, poste auquel beaucoup projettent le premier ministre sortant Gabriel Attal après son départ attendu de Matignon ? Mercredi, au Figaro, le président sortant Sylvain Maillard a annoncé qu'il ne « cherchait pas à se maintenir » à son poste. « Il faut un changement de tête », juge-t-il .

Pendant que les élus de Renaissance prennent la parole les uns après les autres, le député François Cormier-Bouligeon claque la porte, comme il l'a fait la veille. « Les débats entre les mêmes caciques pour savoir qui va prendre la tête du groupe, ce n'est pas à la hauteur de ce qu'attendent les Français, un gouvernement d'union nationale » , explique-t-il, au sortir de ce huis clos. Selon l'élu du Cher, « il y a une règle de base dans la vie: quand on perd les élections, les responsables doivent faire leur mea culpa et peut-être se mettre en retrait. Ça ne peut pas être: « On prend les mêmes et on recommence » ».

Conciliabules tous azimuts

De retour à l'Assemblée nationale depuis lundi, les « survivants » macronistes - passés de 250 députés à plus de 180 élus, dont une centaine de Renaissance - défendent une liberté nouvelle. Au point de s'émanciper de la tutelle des dirigeants de leur parti, accusés de manquer d'humilité en s'imaginant incontournables dans une future majorité « plurielle ». « On a perdu, on n'a pas gagné » , a souligné mercredi matin, devant ses collègues, le ministre délégué chargé de l'Industrie, Roland Lescure, réélu dimanche par les Français d'Amérique du Nord.

Après le choc de la dissolution, que beaucoup ne pardonnent pas à Emmanuel Macron, les tensions sont aggravées par les positions de plus en plus affirmées des membres de l'aile droite du camp présidentiel, partisans d'un accord avec Les Républicains (LR). Opposé à cette ligne, le député Sacha Houlié, figure de l'aile gauche, a annoncé mercredi à l'AFP qu'il « ne siégera pas » à Renaissance. Il préfère « créer un groupe qui aille de la droite sociale à la gauche socialiste » , avec le soutien de la députée Stella Dupont, elle aussi membre du groupe macroniste. « Il manque un chaînon entre le Nouveau Front populaire et la majorité présidentielle d'hier, estime-t-elle. Notre sensibilité de centre gauche a besoin d'être visible, lisible ». Aux yeux des ex-LR ralliés au camp Macron, ces démarches et conciliabules tous azimuts ont un avantage : « Ils permettent de clarifier notre ligne. L'unité pour l'unité, ce n'est pas viable comme projet » , explique Charles Rodwell, élu des Yvelines.

La veille, lors d'une première réunion de groupe agitée, Sacha Houlié a rappelé à ses collègues avoir été réélu en faisant campagne sur une ligne ancrée à gauche : son opposition à la loi immigration, sa défense de la taxation des « superprofits » et son hostilité au durcissement de l'assurance-chômage. En sortant, il s'est agacé de ces « ministres et députés franciliens des circonscriptions de droite » , qu'il juge « hors-sol».Dans son viseur : Aurore Bergé, Benjamin Haddad, Mathieu Lefèvre et Maud Bregeon, quatre transfuges de la droite favorables à un rapprochement avec Les Républicains.

Preuve de la prise de distance en cours, certains membres de l'aile gauche macroniste tardent à se rattacher officiellement au groupe Renaissance, alors que la direction les presse de s'y employer. Quelque 70 députés sur une centaine s'étaient exécutés mercredi après-midi. L'élu de Moselle Ludovic Mendes, qui préfère se déclarer « apparenté » au groupe, insiste : « Je garde ma liberté pleine et entière. » Comme lui, Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l'Agriculture, s'est présentée dès sa victoire dimanche en « députée libre » , une latitude « gagnée avec cette élection » à Arras (Pas-de-Calais).

Soucieuse d'afficher une stratégie unique, la direction des députés Renaissance a plaidé mercredi, dans un communiqué, pour une version large de coalition. Ses responsables défendent des « alliances programmatiques » allant « des sociaux-démocrates à la droite de gouvernement » , sans les Insoumis. Une façon de ne pas faire de choix exclusif entre la gauche modérée et « la droite républicaine » , ainsi que l'a lui-même rebaptisée Laurent Wauquiez.

Il n'empêche que les crispations internes à Renaissance font resurgir la crainte de troupes difficilement manoeuvrables. D'autant que les partenaires du bloc central s'organisent de leur côté. Les plus de 30 députés centristes du MoDem ont élu mercredi leur chef de file, Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture. Tandis que la veille, leurs 27 collègues Horizons - dont Laëtitia Saint-Paul et Laurence Piron, débauchées à Renaissance - ont reconduit à leur tête le Corse Laurent Marcangeli. Lequel aime à répéter qu'il n'a « qu'un seul chef, Édouard Philippe ». L.B.

Libération
jeudi 11 juillet 2024 636 mots, p. 5

AUTRE

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10 juillet 2024 - Libération (site web)

«Pacte législatif» : Wauquiez soutient Macron… de loin

Victor Boiteau

AUTRE

Et Laurent Wauquiez apparut. Après son entrée à l'Assemblée nationale, des heures d'échanges à huis clos avec des députés de son camp et une partie de cache-cache géant avec les journalistes dans les recoins du Palais-Bourbon, le député de Haute-Loire s'est exprimé mercredi, quelques minutes à peine avant la publication de la lettre aux Français d'Emmanuel Macron. Oyez ! Déboulant avec une petite trentaine de députés dans la cour d'honneur de l'Assemblée, l'ancien maire du Puy-en-Velay a annoncé la création d'un nouveau groupe parlementaire, remplaçant Les Républicains (LR) et baptisé la Droite républicaine. L'ancien ministre ne s'est pas étalé sur l'opération éclair menée pour s'emparer de la présidence du groupe, ni sur les résultats du vote en début d'après-midi. Mais a fixé son cap, et sa ligne. Sa boutique repose sur «trois principes» dont le «refus de laisser nos institutions dans la situation de blocage qui émerge aujourd'hui» et une «volonté d'être une force positive». Vieille pratique. De cette déclaration d'intention, chacun piochera ce qui l'arrange. Le président de la République y trouvera peutêtre un début de réponse à sa lettre aux Français, Laurent Wauquiez et son groupe disant vouloir proposer un «pacte législatif» composé de plusieurs propositions de loi visant à «répondre aux problèmes du pays». Sa priorité ? «La revalorisation de la France qui travaille.» Hors de question, en revanche, d'entrer au gouvernement. «Nous ne participerons pas à des coalitions gouvernementales», a lancé Wauquiez, fustigeant une «combinaison d'appareil». Sans le dire, l'élu du Puy ressort le «soutien sans participation», vieille pratique parlementaire consistant à épargner le gouvernement d'une motion de censure sans y participer directement. «On peut travailler pour le pays sans être au gouvernement», sous-titre la députée Michèle Tabarot. Depuis le perron de la cour d'honneur, Wauquiez a en revanche menacé de censurer «tout gouvernement qui comporterait des ministres» membres de La France insoumise. L'ex-Premier ministre Edouard Philippe décèlera éventuellement une piste pour son «accord technique» proposé mardi soir sur TF1. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, défend le même bifteck. Faire travailler la poutre en direction de la droite ? «On essaie…» glisse Franck Riester, ministre du Commerce extérieur, lui aussi issu de l'ex-UMP.

A droite, les compas ne sont pourtant pas tous alignés. Aux côtés de Wauquiez mercredi sur le perron, ni Olivier Marleix, l'ancien patron des députés LR, ni Aurélien Pradié, élu du Lot, n'étaient présents. Le premier a plaidé dans les colonnes du Figaro pour la nomination d'un Premier ministre LR – et donc une participation gouvernementale entre «la droite, le centre et ceux qui se reconnaissent dans les valeurs républicaines». Pradié, lui, a acté la mort de son parti et s'active depuis son retour au Palais-Bourbon pour constituer son propre groupe. L'élu de Cahors plaide pour une «cohabitation complexe, plurielle». Si le noyau dur des députés d'Auvergne-Rhône-Alpes, proches de Wauquiez, ainsi que les historiques et fidèles LR (Annie Genevard, Michèle Tabarot, Patrick Hetzel) défendent ce «soutien sans participation» du nouveau patron, d'autres élus doutent à l'idée de pousser leurs pions dans un futur gouvernement.

«Tête brûlée». «Ma religion n'est pas faite, convient Jean-Louis Thiériot. Car aller dans un gouvernement qui pourrait être renversé dans trois mois…» Hormis la ligne sur le CV, le jeu n'en vaut pas la chandelle, estime le député de Seine-et-Marne. «Personne ne veut être avec Macron, mais certains pensent qu'on ne peut pas se tenir à l'écart», nuance Raphaël Schellenberger, député du Haut-Rhin. Remonté contre la méthode Wauquiez, un député LR serre les dents : «Le groupe s'est construit autour de lui. Point. Après, il agrège. Et il va très vite, avec une stratégie de tête brûlée.» Le même s'agace de la ligne arrêtée par le chef du groupe : «On fait semblant de prendre nos responsabilités. C'est un pastiche.» Comme si tout cela ne ressemblait pas à des envies de cohabitation.

Le Figaro, no. 24846
Le Figaro, jeudi 11 juillet 2024 771 mots, p. 3

Politique

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10 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Le Nouveau Front populaire dénonce un « droit de veto royal sur le suffrage universel »

Flurin, Richard

Le «maître des horloges» prend la gauche de court. En déclarant en substance qu'il ne permettra pas à une coalition comprenant des partis jugés hors des «forces républicaines» de diriger la France, Emmanuel Macron bloque de facto toute tentative du Nouveau Front populaire, auquel appartient La France insoumise, de constituer un gouvernement. En négociation depuis dimanche soir, les quatre principaux partis de gauche ne sont pas parvenus dans ce délai à s'entendre sur un premier ministre à proposer au président de la République, qui a seul le pouvoir constitutionnel de le nommer. Déterminé à aller vite, le NFP, qui se savait engagé dans une course contre la montre, a donc fini par se faire doubler par l'initiative de l'Élysée, jusque-là muré dans le silence.

Les réactions outrées de la gauche ne se sont pas fait attendre. Jean-Luc Mélenchon, notamment, a pointé «le retour du droit de veto royal sur le suffrage universel», sommant le président de «s'incliner». «Son déni abîme le pays et la démocratie, a regretté pour sa part l'écologiste Marine Tondelier sur X. La logique institutionnelle lui dicte d'appeler les chefs de parti du Nouveau Front populaire pour nous demander de lui proposer le nom d'un premier ministre et un gouvernement.» Le député socialiste Arthur Delaporte a étrillé lui aussi «le déni le plus complet» du chef de l'État, identifiant sa lettre à «un coup d'épée dans l'eau».Désireuse elle aussi de passer outre les exigences formulées par Emmanuel Macron, la présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, a encouragé le NFP à accélérer ses négociations. «Je pense qu'il faut être prêt extrêmement rapidement, si possible ce jeudi», a réagi celle qui pourrait être candidate au perchoir du Palais Bourbon le 18 juillet prochain.

Préférant balayer, sinon ignorer, la proposition du chef de l'État dans sa lettre aux Français, la gauche semblait donc se diriger mercredi soir vers la stratégie du passage en force. Les représentants des quatre partis devaient se retrouver mercredi en fin de journée pour poursuivre les négociations. Reste que la Constitution prévoit, en son article 8, que la nomination du premier ministre est une prérogative du président de la République, et de lui seul. «Oui, il doit nommer le prochain premier ministre, mais il doit être issu du groupe majoritaire à l'Assemblée nationale, c'est-à-dire le Nouveau Front populaire», a insisté la députée socialiste Dieynaba Diop, intimant à Emmanuel Macron, «comme tous les autres présidents avant lui», de respecter «le verdict qui est sorti des urnes».

La gauche avait anticipé la manoeuvre. Ses cadres s'étaient déjà indignés du maintien de Gabriel Attal au poste de premier ministre après la remise de sa démission lundi. «Le maintien prolongé de Gabriel Attal à la tête du gouvernement pourrait sonner comme une tentative d'effacer le résultat de dimanche(la gauche est devenue d'une courte tête la première force de l'Assemblée nationale après les élections anticipées, NDLR) . S'il n'était qu'un moyen détourné de ne pas proposer une personnalité du Nouveau Front populaire au poste de premier ministre, ce serait démocratiquement inacceptable. Nous mettons solennellement en garde le président de la République contre toute tentative de détournement des institutions», a menacé le NFP.

Le même communiqué de presse s'inquiétait d' «une trahison de l'esprit de notre Constitution et (d')un coup de force démocratique», indiquant que la coalition de gauche s'y opposerait «de toutes ses forces». Les mêmes termes avaient été repris par Jean-Luc Mélenchon, qui a jugé mercredi - avant la publication de la lettre d'Emmanuel Macron aux Français - que la France se trouvait «sous l'emprise d'un coup de force démocratique». Si l'on s'en tient aux menaces formulées par la gauche, la réaction du NFP promettait d'être tempétueuse.

Déjà, mardi, un tweet aux accents insurrectionnels de l'Insoumis Adrien Quatennens, ancien dauphin de Jean-Luc Mélenchon marginalisé en raison d'une condamnation pour violences conjugales, a suscité une vive polémique. «Alerte! Macron veut nous voler la victoire et manoeuvre pour faire barrage à l'application du programme du Nouveau Front populaire. Le seul souverain que la République connaisse, le peuple, doit le faire céder. Pourquoi pas une grande marche populaire en direction de Matignon?», a-t-il suggéré. Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, a nuancé mercredi matin la proposition polémique de l'ancien député mélenchoniste. «Ce que dit Adrien Quatennens et que je partage, c'est qu'il doit y avoir les conditions d'une mobilisation populaire pour dire: « Monsieur le président de la République, vous devez respecter le résultat des élections législatives »» , a-t-il expliqué. R.F.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, jeudi 11 juillet 2024 472 mots, p. AUJM2,AUJM3,AUJM3,AUJM4
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10 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
11 juillet 2024 - Le Parisien

La gauche dénonce le « déni » du chef de l'État

Les responsables du Nouveau Front populaire fulminent à la lecture de la lettre aux Français du président, dans laquelle le chef de l'État affirme que personne n'a gagné les élections législatives. Ils lui réclament de se tourner vers leurs rangs pour désigner le successeur de Gabriel Attal à Matignon.

Mardi soir, les responsables du Nouveau Front populaire ont mis la pression sur Emmanuel Macron pour qu'il nomme un Premier ministre issu de leur rang. La réponse - négative - n'a pas tardé. Dans sa lettre aux Français, le chef de l'État livre son analyse du scrutin du 7 juillet. Estimant que « personne ne l'a emporté », le président appelle « l'ensemble des forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines [...] à engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide ». Autrement dit : une coalition de droite à gauche, sans le RN ni les Insoumis.

De quoi mettre le feu aux poudres dans les rangs de la gauche, qui, sortie des urnes en tête le soir du second tour, négocient depuis trois jours pour se mettre d'accord sur la composition d'un gouvernement commun. « Unique dans le monde démocratique : le président refuse de reconnaître le résultat des urnes qui a placé le Nouveau Front populaire en tête des votes et des sièges à l'Assemblée », s'est indigné sur X Jean-Luc Mélenchon. Avant de pilonner la proposition présidentielle : « C'est le retour du droit de veto royal sur le suffrage universel. Il prétend donner du temps pour former une autre coalition par magouilles après les élections ! C'est le retour des intrigues de la IV e République. Ça suffit. Il doit s'incliner et appeler le Nouveau Front populaire. »

« Un acte d'autoritarisme »

Pas encore d'accord sur un nom à Matignon, les membres du NFP convergent pour rejeter le projet d'Emmanuel Macron. « Le président est dans le déni le plus complet », estime le député PS Arthur Delaporte. « C'est au mieux un coup d'épée dans l'eau, au pire une hérésie institutionnelle. C'est un acte d'autoritarisme d'un président qui n'a plus d'autorité », enfonce-t-il. Tout comme le patron des communistes, Fabien Roussel, qui juge le président « dans une forme de déni », et l'appelle à « arrêter d'éviter le résultat des urnes ».

Bientôt rejoint par la députée écologiste Cyrielle Chatelain, qui pousse les siens à accélérer les négociations. « Je lui dis très sincèrement : Laissez les représentants du peuple français faire. Il a tort, il y a eu une victoire, celle du Nouveau Front populaire. Je pense qu'il faut être prêts extrêmement rapidement, si possible jeudi. » La numéro un des Verts, Marine Tondelier, l'a quant à elle appelé une fois de plus à se tourner uniquement vers la gauche. « La logique institutionnelle lui dicte d'appeler les chefs de parti du NFP pour nous demander de lui proposer le nom d'un Premier ministre et un gouvernement. »

Pierre Maurer

L'Humanité
jeudi 11 juillet 2024 759 mots, p. 8

LR et macronistes se tendent des perches

Jessica Stephan

Des ministres du camp présidentiel et des députés « Les Républicains » lancent des appels à construire ensemble une entente pour empêcher le Nouveau Front populaire de gouverner.

Les macronistes et les députés LR pourraient-ils s'unir pour empêcher le Nouveau Front populaire (NFP) de gouverner ? C'est ce que pense Olivier Marleix, pour qui « la plus grande priorité est de ne pas laisser s'installer un gouvernement avec l'extrême gauche ». L'ancien président du groupe LR à l'Assemblée nationale estime, auprès dans le Figaro, qu'Emmanuel Macron devrait nommer premier ministre un membre de LR. Même son de cloche pour Xavier Bertrand, qui appelle à la formation d' «   un gouvernement de rassemblement », qui « doit être dirigé par quelqu'un des "Républicains" ». Le président de la République, qui a rencontré le président LR du Sénat, Gérard Larcher, mardi soir, plaide lui-même pour que le « bloc central » s'unisse pour gouverner.

Dans une lettre adressée aux Français, ce mercredi, et diffusée dans la presse quotidienne régionale, Emmanuel Macron considère que « personne ne l'a emporté » lors des législatives et demande « aux forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines » de « bâtir une majorité solide, nécessairement plurielle  ». Selon le président, « seules les forces républicaines représentent une majorité absolue. La nature de ces élections, marquées par une demande claire de changement et de partage du pouvoir, les oblige à bâtir un large rassemblement ».

Mais, dans les faits, ses troupes cherchent surtout à séduire la droite. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, appelle à « gouverner à droite ». La ministre chargée de l'Égalité femmes-hommes, Aurore Bergé, soutient « une coalition de projets » ou une « alliance programmatique » avec « Les Républicains ». Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, mord lui aussi à l'hameçon de son ancien parti : « Le premier ministre devrait sans doute être issu des "Républicains" », a-t-il déclaré sur Sud Radio.

un « accord de gouvernement » ?

Une opération bien coordonnée : Maud Bregeon a elle aussi appelé à  « réfléchir à une coalition ou a minima un accord de gouvernement », avec LR. La députée Renaissance souligne deux « grands dangers » : l'épouvantail de « la FI », déjà agité durant la campagne, et « l'instabilité ». Autre soutien à ce rapprochement, le macroniste Benjamin Haddad affirme qu'il « entend les LR qui ont fait des propositions » et se « félicite de cet esprit de responsabilité ». Les deux élus menacent de voter une motion de censure en cas d'entrée de la FI au gouvernement, usant des mêmes éléments de langage que plusieurs élus LR.

« L'avenir s'écrit avec la droite républicaine », juge aussi le député Renaissance Mathieu Lefèvre, qui précise toutefois qu' « il faut essayer de convaincre les socialistes de former une coalition ». Les députés ayant pour le moment adhéré au groupe Renaissance, soit seulement une quarantaine, ont indiqué dans un communiqué oeuvrer « pour une coalition de projet allant des sociaux-démocrates à la droite de gouvernement ». Édouard Philippe, ancien premier ministre et président d'Horizons, souhaite pour sa part « un accord technique », dont il fixe les bornes « de LR à Renaissance » avec un premier ministre « de droite ».

la cacophonie à droite

En cas d'accord, les députés macronistes (168) et LR (environ 60) pourraient bénéficier d'une majorité relative d'environ 228 élus, contre 195 pour la gauche. Mais ce serait oublier le risque d'explosion du groupe Renaissance, dont certains membres potentiels pourraient faire défection en créant un groupe « social-démocrate », comme souhaite le faire Sacha Houlié, qui prend de plus en plus ses distances avec la Macronie.

La cacophonie semble également de mise du côté des « Républicains », qui, sans réel président de parti depuis qu'Éric Ciotti est devenu un paria après avoir soutenu le RN, défendent différents scénarios. Laurent Wauquiez, chef de file des députés LR, dont le groupe parlementaire a été rebaptisé « Droite républicaine », a d'ailleurs sifflé la fin de la fin de la récréation. « Nous ne participerons pas à des coalitions gouvernementales », a-t-il insisté, mercredi, juste après avoir été élu président de groupe. L'ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a dénoncé « l'agitation de ces derniers jours », et fustige « des manoeuvres reposant sur des fantasmes ou des illusions au vu des résultats des élections ». Il a ajouté : « Les Français sont orphelins d'une offre positive. Aujourd'hui, nous sommes tous très lucides, la droite républicaine n'est pas encore en mesure d'incarner cette offre. Et pour cela, nous devons tout rebâtir et tout reconstruire. Et c'est ce à quoi nous allons nous employer pour mettre en oeuvre une nouvelle offre politique d'une droite indépendante. » Une façon de faire monter les enchères avec les macronistes ? Peut-être, puisque Laurent Wauquiez défend aussi un « pacte législatif » à l'Assemblée... Reste à savoir si ces tractations contrariées entre macronistes et LR aboutiront.

Le Monde
France, jeudi 11 juillet 2024 447 mots, p. 9

En Gironde, la chute du RN Grégoire de Fournas

Le député sortant, qui avait tenu des propos racistes, perd son siège au profit du PS

Claire Mayer

Bordeaux, correspondante - C’est ce qu’on appelle une « remontada ». Et dans le Médoc, sur une terre favorable au Rassemblement national (RN) depuis l’élection de Grégoire de Fournas à l’Assemblée nationale en 2022, elle n’est pas des moindres. Dimanche 7 juillet, la socialiste Pascale Got est parvenue à reprendre le siège qu’elle a occupé de 2007 à 2017 en s’imposant face au député sortant dans la 5e circonscription de Gironde.

Pourtant les jeux étaient loin d’être faits à l’issue du premier tour. En tête avec 42,3 % des voix, M. de Fournas partait avec un avantage de 8 826 voix sur Mme Got (31,8 %). Arrivé troisième (18,6 %), le candidat (Ensemble) Stéphane Sence a fait le choix de se désister. Le 7 juillet, la candidate de l’union de la gauche l’a finalement emporté de justesse (50,6 %).

Dans cette circonscription, que le macroniste Benoît Simian avait arrachée à Mme Got en 2017, M. de Fournas, viticulteur de 39 ans, l’avait emporté cinq ans plus tard. Il avait alors profité de l’ancrage du RN dans le nord du département, notamment grâce à l’impulsion d’Edwige Diaz, qui avait remporté la 11e circonscription de Blaye – la seule que compte encore le parti en Gironde, après la réélection de cette dernière au premier tour.

Avant de militer pour le Front national et de devenir député du RN, M. Fournas était un cadre du Bloc identitaire. Au niveau local, il a d’abord été conseiller départemental de la Gironde en 2015, puis a échoué à la mairie de Pauillac aux municipales de 2020, devenant alors conseiller d’opposition.

A l’Assemblée, il s’est illustré en novembre 2022 par des propos racistes tenus dans l’hémicycle, qui lui ont valu quinze jours d’exclusion et la réduction de moitié de son indemnité pendant deux mois. L’élu avait lancé « qu’il retourne en Afrique ! » au député « insoumis » Carlos Martens Bilongo, qui est noir, lors de l’intervention de ce dernier au sujet d’un bateau transportant des migrants. M. de Fournas avait aussitôt nié tout caractère raciste, assurant avoir parlé du « bateau »et « en aucun cas »de l’élu du Val-d’Oise.

M. de Fournas s’était aussi fait remarquer par ses prises de position sur l’agriculture, notamment contre « l’écologie punitive » et « l’Europe décroissante ». Lundi, dans un message sur X, il a remercié le patron du RN, Jordan Bardella, en notant que « le chemin » vers le pouvoir « sera plus long que prévu ».

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, jeudi 11 juillet 2024 620 mots, p. AUJM4
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10 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
11 juillet 2024 - Le Parisien

Assemblée nationalei Une improbable coalition

Dans sa lettre aux Français, le président de la République appelle l'ensemble des forces républicaines à se mettre d'accord pour former une coalition. Mais les blocages paraissent encore à ce stade insurmontables.

Ludwig Gallet, Quentin Laurent et Marion Mourgue

Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron appelle les forces politiques républicaines à former une majorité « solide ». Un voeu pieux ? Le premier obstacle à la construction d'une grande coalition vient des divisions internes au camp macroniste lui-même. En concurrence, notamment, Gérald Darmanin et Gabriel Attal pour dessiner des alliances avec d'autres groupes. Sauf que les multiples réunions qui se sont tenues depuis dimanche ont surtout permis de faire émerger une bataille interne pour les postes clés, au Palais-Bourbon comme au sein du parti.

« Les prises de parole des caciques de la majorité commencent à énerver beaucoup de parlementaires », s'agace le député François Cormier-Bouligeon, qui a préféré quitter la réunion du groupe Renaissance ce mercredi matin. « Il y a ceux qui pensent à 2024, et ceux qui pensent à 2027 », déplore un ministre.

Darmanin, l'anti-écolos

Quand François Bayrou tend la main à la gauche, Gérald Darmanin se tourne vers la droite et les LR. « Darmanin ferme même la porte aux écolos en citant Médine et Sainte-Soline », regrette ce même membre du gouvernement. À cela, il faut encore ajouter d'éventuels départs au sein de l'aile gauche de la majorité, qui souhaitent s'émanciper de Renaissance. Le député Sacha Houlié a décidé de ne pas siéger au sein du groupe présidentiel et dit oeuvrer à la création d'un nouveau, en mesure d'unir des élus « de la droite sociale jusqu'à la gauche socialiste ».

Dans un paysage centriste aussi morcelé, l'Élysée a-t-il pensé à un négociateur en chef ? « Non, nous laissons la responsabilité aux chefs de parti ! » tranche l'entourage du président de la République. Bon courage.

Le second obstacle de taille à cette alliance appelée de ses voeux par Emmanuel Macron relève des oppositions. À ce stade, la porte est fermée à double tour. Dès la publication de la lettre, des socialistes se sont pressés devant les micros pour faire savoir qu'ils ne comptaient pas s'allier à « ceux qui ont voté la réforme des retraites ». Un ministre préfère ne pas s'affoler. « Il faut se montrer patient, si les socialistes échouent à créer un gouvernement stable, il faudra bien qu'ils fassent quelque chose... »

Wauquiez droit dans ses bottes

La situation n'est guère plus reluisante à droite. Après plusieurs heures de dialogue, les députés les Républicains se sont mis d'accord pour élire Laurent Wauquiez à la tête de leur groupe (la Droite républicaine), lequel a gravé sur le frontispice de sa nouvelle présidence qu'il ne serait jamais question de pactiser avec les macronistes. « Nous ne participerons pas à des coalitions gouvernementales. [...] Nous ne croyons pas que l'on peut répondre à la crise d'un pays par des combinaisons d'appareil », a déclaré le député de Haute-Loire.

La droite s'est dite prête à travailler, à l'Assemblée, à des propositions de lois précises avec les autres forces politiques, mais pas question, comme le souhaitaient certains députés LR, d'aller plus loin en participant à un gouvernement avec les macronistes. Enterrée, aussi, la proposition d'Olivier Marleix de proposer un Premier ministre issu de LR. « Wauquiez n'aide pas bien sûr, mais ça n'exclut rien, tente de se rassurer un député. Il n'est pas le seul à décider, il ne tient pas du tout LR et tous les divers droite... »

Mardi, Emmanuel Macron avait reçu Gérard Larcher à l'Élysée. Le patron (LR) du Sénat lui a refait savoir qu'il n'était pas candidat à Matignon, et a plaidé pour laisser passer du temps, laissant un gouvernement d'affaires courantes au pouvoir en attendant. Loin, très loin de cette « coalition solide » espérée par Emmanuel Macron.

Le Monde
France, jeudi 11 juillet 2024 1233 mots, p. 7
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10 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Revendiquer Matignon, le coup de poker de LR

A droite, Xavier Bertrand et Olivier Marleix plaident pour la nomination d’un premier ministre issu de leur camp, pour faire barrage à La France insoumise

Alexandre Pedro

Dans la nouvelle Assemblée nationale, le groupe Les Républicains (LR) constitue la quatrième force politique, à distance respectable des trois premières. Alors, quand plusieurs dirigeants LR appellent, mardi 9 juillet, à la nomination d’un premier ministre issu de leur famille, la droite donne l’impression d’être la grenouille qui se prend pour un bœuf dans la fable de La Fontaine. Le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, et le député d’Eure-et-Loir Olivier Marleix – peu connus pour leur proximité – ont pourtant émis cette idée comme solution, afin de sortir le pays de la crise institutionnelle et de faire barrage à une gauche sous domination de La France insoumise (LFI), selon eux.

« Il nous faut un gouvernement d’urgence avec des LR, des indépendants, le camp d’Emmanuel Macron et, peut-être aussi, des hommes et des femmes de bonne volonté, qui veulent clairement que notre pays ne soit pas paralysé », a expliqué le président de la région Hauts-de-France, sur France 2. Avant même le premier tour des législatives, ce dernier disait au Monde vouloir « imposer une cohabitation à M. Macron ».

Une position désormais partagée par Aurélien Pradié. Bête noire de l’ancienne majorité pour son opposition à la réforme des retraites en 2023, le député de droite du Lot, qui a quitté LR en juin, admet lui aussi que, dans un contexte politique inédit, « la seule voie possible, c’est la cohabitation ». Xavier Bertrand, lui, ne va pas jusqu’à déposer son CV dans la boîte aux lettres de l’Elysée, mais l’ancien ministre estime que « si l’on veut qu’il y ait un changement, ça n’est pas un premier ministre issu du camp présidentiel qui doit aller à Matignon ». Selon lui, c’est au camp présidentiel (Renaissance, MoDem, Horizons) de se ranger derrière LR, et non le contraire. Il s’agit de la seule solution, à ses yeux, pour « mettre un coup d’arrêt à LFI » et aux ambitions des « insoumis » pour Matignon.

« Accord technique »

Si la droite a sauvé un groupe d’une soixantaine de députés, elle le doit en partie au front républicain contre le Rassemblement national (RN), et parfois même aux désistements de certains candidats LFI. Olivier Marleix a profité de celui d’une socialiste pour sauver son siège en Eure-et-Loir. Dans un entretien au Figaro, publié mardi soir, l’ex-chef du groupe LR plaide pourtant pour un barrage contre le Nouveau Front populaire (NFP), première force à l’Assemblée nationale . « La priorité est donc de ne pas laisser s’installer un gouvernement avec l’extrême gauche : un gouvernement du Nouveau Front populaire sous tutelle de Jean-Luc Mélenchon, c’est impossible », avance-t-il.

Pour éviter cette menace, cet antimacroniste patenté défend lui aussi l’idée que le président de la République devrait nommer un LR à Matignon. « Je ne parle pas de débauchage individuel,précise-t-il, mais d’un premier ministre capable de composer une majorité incluant ceux qui se réclament de la droite, du centre et des valeurs républicaines. »Mais sans les socialistes, coupables à ses yeux et à ceux d’autres LR, d’être inféodés à LFI. « Nous en avons discuté avec d’autres députés aujourd’hui, poursuit l’élue du Doubs Annie Genevard. Nos électeurs nous demandent d’empêcher l’arrivée de la gauche au pouvoir et l’application de leur programme économique qui serait une catastrophe pour le pays. »

Mardi, au moment même où une réunion de rentrée s’éternisait entre les députés sortants LR, l’information d’une rencontre entre Emmanuel Macron et Gérard Larcher, à l’Elysée, circulait dans la cour du Palais-Bourbon, où certains fumaient une cigarette. Vers 19 heures, l’Elysée a confirmé le rendez-vous avec le président (LR) du Sénat. De quoi raviver l’hypothèse d’un déménagement de M. Larcher du Palais du Luxembourg vers Matignon.

En mars, un certain Eric Ciotti (alors président pas encore contesté des LR) avait pris cette rumeur très au sérieux et multiplié les coups de téléphone, cafés et même déjeuners avec des macronistes pour une éventuelle entrée au gouvernement. Gérard Larcher est-il candidat ? Mardi matin, l’élu des Yvelines confiait à ses interlocuteurs ne pas croire à une coalition pour gouverner le pays. Lui préconise la désignation d’un gouvernement technique, qui gouvernerait par 49.3 – l’article de la Constitution, qui permet de faire adopter un texte sans vote au Parlement – et reconduirait le budget.

Mais preuve que la poutre travaille entre les actuels Républicains (du moins ceux opposés à M. Ciotti) et leurs anciens camarades, partis en Macronie, Edouard Philippe a également défendu, mardi soir, sur France 2, l’idée d’un « accord technique » entre le camp présidentiel et LR, pour « avancer et gérer les affaires du pays pendant au moins un an ».« Ne pas vouloir rentrer dans cet accord, pour Les Républicains, ce serait devoir expliquer à leurs électeurs, demain, qu’ils ont préféré un gouvernement du Nouveau Front populaire avec LFI plutôt qu’un accord au centre et à droite, qui prévaut dans toutes les collectivités territoriales que nous gérons », a averti le président d’Horizons.

Laurent Wauquiez, quant à lui, ne vise pas Matignon, mais l’Elysée, lors de la présidentielle de 2027, en passant d’abord par le Palais-Bourbon. Sept ans après l’avoir quittée, le député de la Haute-Loire a retrouvé l’Assemblée nationale et a appris, par hasard, que la buvette fermait désormais à 19 heures, au moment de proposer un verre à son homologue du Territoire de Belfort, Ian Boucard. Une façon de trinquer à sa très probable élection, mercredi, comme président du groupe. Olivier Marleix a laissé sa place au revenant. « Marleix est un loyal. Quand il a compris que Wauquiez voulait y aller, il s’est effacé sans chercher à négocier », confie un proche du député d’Eure-et-Loir.

« Majorités contre-nature »

Depuis lundi, Laurent Wauquiez consulte à tout-va et cherche à savoir qui, dans son groupe, partage sa ligne d’indépendance, en particulier face à une majorité sortante qu’il juge démonétisée. « Je vois bien la tentation des tractations, des combinaisons pour échafauder des majorités contre-nature. Ce sera sans nous », prévenait-il, dimanche, dans la foulée de son élection. Mais l’unité n’est pas la première qualité des troupes LR – Olivier Marleix l’a expérimenté pendant deux ans. Il avait dû composer avec les appels à la coalition avec la Macronie des députés de droite « constructifs », comme Nicolas Forissier (Indre) et Philippe Juvin (Hauts-de-Seine).

Le second a été élu dès le premier tour dans les Hauts-de-Seine, dans le cadre d’un arc républicain avec les macronistes du département. « Cet accord politique implique une responsabilité, avance-t-il au Parisien. Ma position en faveur d’un bloc central est connue depuis deux ans. »Laurent Wauquiez ne l’ignore pas, pour avoir eu de nombreux relais dans le groupe pendant ces deux ans, et sait que le camp macroniste continue d’exercer une certaine attraction. « C’est malin d’avoir accéléré le calendrier pour la présidence du groupe, note un cadre du parti. Il évite que certains n’aient le temps d’être trop courtisés par Renaissance ou Horizons. » A défaut d’imposer une cohabitation à Emmanuel Macron, Les Républicains la pratiquent déjà entre eux depuis un moment.

Le Figaro, no. 24846
Le Figaro, jeudi 11 juillet 2024 1022 mots, p. 5

Politique

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10 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Vers un nombre record de grou pes dans l'Hémicycle

Bordas, Wally

Dans la cour d'honneur du Palais Bourbon, deux députés se font une bise chaleureuse. «Je suis content de te revoir, on revient de loin!», lance le premier à son camarade, qui, lui, semble préoccupé : «Bon, tu crois qu'on va arriver à le créer ce groupe?» «Ça va le faire» , lui répond alors son collègue, d'une tape dans le dos volontairement rassurante. Depuis le début de la semaine et l'arrivée perlée des députés à l'Assemblée nationale, cette même question est sur toutes les lèvres. À quoi ressembleront les groupes qui composeront bientôt la Chambre basse, avant l'élection au perchoir du futur président de l'institution et le début de la XVIIe législature ? Alors que la dissolution surprise de l'Assemblée et la convocation de législatives anticipées ont mis la vie politique sens dessus dessous, sans compter la campagne éclair, qui a éreinté tous les élus, aucune majorité absolue ne semble se dégager. Et aucun gouvernement n'apparaît donc en mesure de tenir dans la durée sans s'exposer à une motion de censure des oppositions qui le renverseraient.

Si la situation semble inextricable, les députés s'activent tout de même pour essayer de trouver des solutions. Alors que la session ordinaire ouvrira le jeudi 18 juillet prochain, la composition des groupes est donc dans toutes les têtes. Selon les estimations du Figaro, cette législature pourrait, en la matière, battre le record la Ve République, puisque une douzaine de formations - entre dix et treize - seraient effectivement en cours de création.

La gauche, qui revendique la majorité relative, possède a priori plus de députés que toutes les autres coalitions. Depuis leur retour au Palais Bourbon, les différentes forces de cette alliance du Nouveau Front populaire tentent chacune de jouer leur partition pour être les plus puissantes possibles dans le rapport de force interne qui les opposent afin d'obtenir deux postes clés : désigner un « premier-ministrable » pour Matignon et s'emparer de la présidence de l'Assemblée.

« Tout est ouvert »

Ainsi, les socialistes, largement renforcés après ces législatives anticipées, tentent d'attirer le plus de députés possible. Objectif : concurrencer en nombre le groupe des Insoumis, qui disposait, depuis 2022, d'une majorité pléthorique au sein de l'ex-alliance Nupes. «On passe des coups de fil. Je pense que, finalement, on sera entre 67 et 70députés. Pas assez pour dépasser les Insoumis», anticipe, pragmatique, un député socialiste. Mais les Insoumis, minés par des querelles intestines, ont vu quatre de leurs députés claquer la porte ces derniers jours : François Ruffin, Clémentine Autain, Alexis Corbière et Danielle Simonnet. Tous ont acté le divorce avec LFI, se disant ouverts aux propositions des écologistes et des communistes.

Ces derniers, eux, sont en pourparlers. Faut-il fusionner pour unir leurs forces en vue des batailles à venir ? Ou repartir séparément comme lors de la législature précédente ? «Il y a des sujets sur lesquels on peut trouver des convergences. Il faut que les gens soient là où ils sont bien. Tout est ouvert, et il y a des échanges», glisse au Figaro la patronne des députés Verts, Cyrielle Chatelain. En cas de fusion des deux entités, ce nouveau bloc de gauche pourrait presque concurrencer en nombre les socialistes et les Insoumis. La question se pose donc très sérieusement, même si, selon plusieurs sources, cette potentielle ouverture du groupe écolo ne fait «pas du tout l'unanimité». «Sandrine Rousseau est ultra contre», croit savoir un élu.

Au Rassemblement national, les choses sont plus claires. Au total : 125 députés siégeront dans le groupe présidé par Marine Le Pen, quand leurs alliés LR-RN, emmenés par Éric Ciotti, seront 17. Suffisant pour constituer un groupe À droite, distinct de La Droite républicaine, dont Laurent Wauquiez est devenu le nouveau chef de file parlementaire. L'élu de Haute-Loire s'est présenté devant la presse mercredi avec un peu moins d'une trentaine de députés. Ce qui a souligné l'absence de certains, et non des moindres : le député du Lot Aurélien Pradié ou encore ses collègues Jean-Louis Thiériot et Virginie Duby-Muller.

Selon nos informations, plusieurs initiatives indépendantes seraient en fait en train d'émerger pour tenter de créer un groupe parallèle à celui de Laurent Wauquiez. Sans pour l'heure parvenir à réunir le seuil minimal requis de 15 députés. «Nous y sommes presque, ça n'est qu'une question d'heures», jure une élue à l'origine du projet. Qui feint d'ignorer que plusieurs élus pressentis pour la suivre dans cette démarche se sont finalement rangés derrière le présidentiable de la droite pour 2027. «Ils se sont dégonflés. Ça n'est pas grave, on fera ça sans eux», lâche un autre élu LR.

Dans le camp macroniste, les trois chapelles constituées - Renaissance, le MoDem et Horizons - vont perdurer. Elles ont d'ailleurs chacune d'ores et déjà élu leurs futurs présidents : de Sylvain Maillard pour Renaissance à Laurent Marcangeli pour Horizons en passant par Marc Fesneau pour le MoDem. Mais, au sein du groupe Renaissance, les divisions sont latentes. À peine plus de 40 députés sur 99 ont officiellement rejoint l'entité présidée par Sylvain Maillard à ce jour. L'ancien président de la commission des lois et figure de l'aile gauche macroniste, Sacha Houlié, a même annoncé à l'AFP qu'il n'y siégerait pas et qu'il tenterait de créer son propre groupe «qui aille de la droite sociale à la gauche socialiste pour que la France soit gouvernable». Stella Dupont, sur la même ligne que lui, a également confirmé qu'elle se tiendrait à ses côtés. «Ils tiennent le bon bout, ils arriveront facilement à créer un groupe», croit savoir un autre député tendance sociale, qui hésite à rejoindre la bande.

Enfin, selon nos informations, le petit groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), serait en mesure de se reconstituer. Cette formation regroupant des élus de bords différents, qui avait fait trembler l'exécutif au moment de la réforme des retraites en échouant à renverser le gouvernement à neuf petites voix, va survivre à la dissolution malgré la non-réélection de son président sortant, Bertrand Pancher. «Nous sommes dans la capacité de refaire un groupe» , affirme l'ancien coprésident du groupe, Christophe Naegelen. Le doyen de l'Assemblée en années de mandat, Charles de Courson, devrait notamment être de la partie. W B

Libération
jeudi 11 juillet 2024 1270 mots, p. 3,4

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10 juillet 2024 - Libération (site web)

Chez Ensemble, la guerre de sécession

Jean-Baptiste Daoulas; Laure Equy

Autre

C'est le moment du cartoon où le coyote continue à courir sans voir que le sol s'est dérobé sous ses pieds. Mercredi, Emmanuel Macron a sommé dans une lettre aux Français l'ensemble des partis de bâtir une alliance reflétant le «front républicain» face à l'extrême droite. Les députés Renaissance, eux, ont publié un communiqué appelant à une «coalition de projet allant des sociaux-démocrates à la droite de gouvernement». L'ancienne majorité persiste à montrer les muscles, sûre de sa force, ignorant la pole position du Nouveau Front populaire (NFP) et, surtout, l'implosion qui la menace depuis que ses députés, amoindris et divisés, sont revenus à Paris.

Ni dieu ni maître Ils ne se quittent plus, les députés Renaissance, enchaînant depuis mardi les longs huis clos étouffants, à l'Assemblée nationale ou en visio. On y vient moins pour affiner une stratégie de survie dans le prochain hémicycle que pour y laver son linge sale. Pour beaucoup miraculés après une campagne vent de face, les députés n'ont plus ni Dieu ni maître. Sans surprise, c'est d'abord le Président qui trinque : «Ils se rendent compte qu'ils ne doivent pas leur élection à cette idée brillante de la dissolution. L'état d'esprit n'est pas de faire tourner les serviettes en chantant “j'aime le chef”», résume un ministre.

Ancienne, la fracture entre députés des champs et élus franciliens, nombreux à détenir postes clés ou portefeuilles ministériels, est ravivée. «Si c'est pour recommencer avec les caciques parisiens qui décident de tout, c'est intolérable», prévient un député Renaissance. Certains qui l'ont emporté de justesse dans des batailles difficiles face à l'extrême droite estiment avoir plus de mérite que d'autres, élus dans les coins cossus des Hauts-de-Seine ou des Yvelines. Stéphane Séjourné, parachuté à Boulogne-Billancourt, est particulièrement épinglé. «Le secrétaire général de Renaissance qui enjoint à partir au combat et se prend la circo la plus planquée de France, ça, je l'ai beaucoup entendu», glisse un ministre. L'appel pressant de Sylvain Maillard, dès dimanche soir, à se rattacher fissa au groupe pour éviter l'hémorragie n'a donc pas été apprécié. Mercredi midi, seule une petite moitié des élus Renaissance avait rempli le formulaire. Au-delà des petits agacements et des grosses rancoeurs, le périmètre de la coalition alternative au Nouveau Front populaire que voudrait bricoler le camp présidentiel continue de diviser. Officiellement, les macronistes, au centre de l'hémicycle, s'estiment les seuls à pouvoir ratisser sur leurs flancs droits et gauche. Mais la tentation de faire pression sur la droite pour composer un attelage Modem-Renaissance-Horizons-LR, susceptible de dépasser en nombre de sièges les effectifs de la gauche unie, semble la plus forte. «Je ne soutiendrai aucune solution hémiplégique», campe le député Renaissance François Cormier-Bouligeon, se laissant la possibilité d'aller siéger ailleurs. Si les macronistes agitent d'avance la menace d'une censure contre un gouvernement du NFP qui inclurait des insoumis, certains refusent même de travailler avec des écologistes. Mardi soir, sur TF1, le patron d'Horizons, Edouard Philippe, a préconisé, non pas une coalition, mais «un accord technique» avec le groupe de Laurent Wauquiez, de façon à disposer d'une courte majorité relative pour «avancer et gérer les affaires du pays pendant au moins un an». A l'inverse, son homologue du Modem, François Bayrou, juge qu'on «ne peut pas faire un gouvernement d'union nationale avec un seul camp» et souhaite la désignation d'un Premier ministre capable de «rassembler» des deux côtés. Ecartés par les socialistes comme par Laurent Wauquiez, ces scénarios semblent à ce stade n'exister que dans la tête des ténors du bloc central. «Il faut qu'on dise qu'on veut une coalition et qu'on fasse tous les efforts pour. Mais on a des LR irresponsables qui ont mis Wauquiez à leur tête et un PS incapable de dire merde à LFI», admet une ministre.

«Boule puante» Un document traçant les «lignes rouges et les axes programmatiques» de cette coalition imaginaire devait, en principe, être discutée mercredi par les députés. Salle Colbert, c'est une autre question qui a déchiré les députés : faut-il choisir un chef et quand ? Deux lignes s'affrontent, permettant à Gabriel Suite page 4 Suite de la page 3 Attal et Gérald Darmanin, tous deux candidats officieux à la présidence du groupe, de pousser leurs pions. Pour le Premier ministre, les macronistes doivent s'organiser sans tarder. Pendant que le Modem et Horizons ont élu à leur tête Mdarc Fesneau et Laurent Marcangeli, «tous les autres groupes désignent leur président. Ça fait vraiment bordel si on n'a personne», estime un pro-Attal.

Pour se faire élire, le chef du gouvernement mise sur son activisme durant la campagne, pour soutenir les candidats en difficulté et sa consigne de désistements républicains tous azimuts qui a permis de sauver de nombreux candidats. Le ministre de l'Intérieur, lui, plaide pour que le groupe se laisse du temps et désigne une direction collégiale menée par le président sortant Sylvain Maillard, afin d'assurer l'intérim.

D'autres, dont Aurore Bergé et Yaël Braun-Pivet, le rejoignent. «On en est à débattre d'un vote sur le vote, on se croirait à un congrès de l'Unef», soupire un député consterné. L'aile droite ne digère pas l'appel d'Attal à voter indistinctement pour des candidats NFP, LFI compris, contre le RN. A l'inverse, les soutiens d'Attal veulent «définir leur propre ligne sans que le groupe et le parti soient les bras armés du Président», insinuant que Darmanin, ostensiblement reçu lundi par le Président, serait le candidat de l'Elysée. Un handicap en ces temps de Macron-bashing interne. «Boule puante pour faire de Gérald un repoussoir !» s'insurge un darmaniste. Durant la campagne, le locataire de Beauvau, resté proche d'Edouard Philippe, semblait lorgner la présidence d'un groupe Horizons élargi. Mais les philippistes ont gardé leur contingent (27 députés). Maintenus en poste, Attal et Darmanin, comme les autres ministres, attendent toujours que Macron accepte la démission du gouvernement, probablement à l'issue d'un ultime Conseil des ministres, avant ou après le 14 juillet.

Joyeuse ambiance Que restera-t-il du groupe Renaissance ? Un de ses piliers, le président sortant de la commission des lois, Sacha Houlié, a prévenu mercredi qu'il n'y siégerait plus, ce qu'il glissait déjà à qui voulait l'entendre mardi soir, lors d'une réception des députés élus et candidats battus à Matignon. Figure de l'aile gauche macroniste, il entend créer un groupe social-démocrate indépendant. «Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues», dit-il, suivi notamment par Stella Dupont, Eric Bothorel et sans doute l'ex-ministre Stéphane Travert. L'aile gauche se compte : une vingtaine prêts à franchir le pas ? Certains hésitent encore. «Ils ne sont pas quinze pour l'instant [seuil nécessaire pour créer un nouveau groupe à l'Assemblée]», veut croire un proche d'Attal. Ce qui ferait les affaires du Premier ministre, qui compte sur ces voix de gauche pour s'imposer face à Darmanin. A moins que les sociodémocrates en déshérence, à commencer par l'ex-Première ministre Elisabeth Borne, ne préfèrent frapper à la porte du Modem ? Le groupe de François Bayrou se verrait bien intégrer de nouveaux venus pour affermir ses positions, comme Horizons a piqué mardi deux députées à Renaissance. Horizons comme le Modem ont décliné la semaine dernière la proposition d'Emmanuel Macron de réunir l'ensemble des élus de la coalition présidentielle dans un seul groupe. Et ils s'en félicitent. «Chez nous, personne ne claque la porte !», plastronne un philippiste. Une si joyeuse ambiance consolerait presque les perdants. Sur le chemin de la buvette, Bruno Millienne (Modem) a vite détrompé son excollègue Henri Alfandari (Horizons) qui pensait le consoler de sa défaite dans les Yvelines : «C'est vous qui êtes dans merde, les gars, pas moi ! Moi, je suis sorti du merdier !»

Pour se faire élire, Gabriel Attal mise sur son activisme durant la campagne pour soutenir les candidats en difficulté.

Le Figaro, no. 24846
Le Figaro, jeudi 11 juillet 2024 1135 mots, p. 5

Politique

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10 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Malgré la déception, le RN revient en force à l'A ssemblée

Trois jours après l'échec des législatives, Marine Le Pen et Jordan Bardella veulent aller de l'avant. Ils ont réuni les 125 députés RN élus dimanche dernier.

Laubacher, Paul

Marine Le Pen a commencé sa journée agacée. Ce mercredi matin, c'était la rentrée de ses députés. Ils étaient plusieurs dizaines d'élus Rassemblement national (RN) à s'être regroupés spontanément sur la place du Palais Bourbon, qui tient son nom de l'Assemblée nationale, située juste en face. Une manière de se retrouver avant de réaliser la grande photo de famille devant les marches de l'institution. Ils se sont salués, se sont félicités pour leur élection ou réélection respective. Ils se sont embrassés autour de la grande statue symbolisant la Loi.

Marine Le Pen, elle, a déboulé de l'enceinte du Palais Bourbon. Évidemment, une nuée de caméras, de microradios s'est jetée sur la chef de file des députés RN. Cela l'a énervée. Elle a tenté de zigzaguer pour traverser la rue de l'Université, malgré les très nombreux médias qui tentaient de décrocher une parole de l'ancienne candidate du RN à la présidentielle. À un moment, elle s'est arrêtée et a lancé aux journalistes : «Pouvez-vous vous comporter de manière civile? J'aimerais rejoindre mes députés!» Puis elle a fendu la foule sans un regard en arrière.

Trois jours après l'échec des législatives, Marine Le Pen veut aller de l'avant. Ce n'est pas la même ambiance qu'en juin 2022, quand le RN avait fait élire près de 90 députés à la surprise générale, dont la chef nationaliste. Aujourd'hui, les sentiments des élus oscillent entre soulagement, déception et frustration. Tous, Marine Le Pen et Jordan Bardella en tête, pensaient que la majorité absolue, ou du moins une majorité relative importante, était atteignable. C'était avant la douche froide du second tour des législatives.

Ils sont pourtant, selon les chiffres du parti, 125 députés dans ce nouveau groupe. Ce dernier accueille donc 44 nouveaux élus, après la défaite au second tour de sept députés sortants. Un retour en force qui reste, pour l'instant, toujours masqué par l'échec des législatives. «Un certain nombre de manoeuvres, notamment de désistements massifs, nous ont privés de la majorité absolue», a dénoncé Marine Le Pen devant les portes de l'Assemblée nationale. L'accession au pouvoir du RN n'est «que partie remise», a-t-elle assuré, avant de réunir ses troupes.

Il y avait au moins un absent remarquable ce mercredi matin. Daniel Grenon, député RN de l'Yonne réélu dimanche dernier, n'était pas présent pour la photo de famille. C'est parce qu'il n'a plus sa place au sein du groupe, ni peut-être au sein du parti nationaliste. Il devrait faire l'objet d'une procédure disciplinaire. Pendant la campagne législative, il avait déclaré dans un débat qu'un «Maghrébin binational»n'avait pas «sa place dans les hauts lieux». Conséquence : il va donc siéger chez les non-inscrits.

Un autre homme s'est fait discret : Roger Chudeau, député du Loir-et-Cher, qui avait remis une pièce dans la machine à polémique en s'en prenant à la binationalité de l'ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem. «Ce n'est pas du tout ce que je pense! Ce n'est pas ma ligne!», avait lâché Jordan Bardella, vert de rage. Lui restera, par contre, dans le groupe du RN.

Trois autres députés investis par le parti à la flamme n'étaient pas là non plus. Ce sont les proches de Marion Maréchal : Thibaut Monnier, élu dans la Drôme, Anne Sicard, élue dans le Val-d'Oise à la faveur d'une triangulaire et Eddy Castermann, député de l'Aisne dès le premier tour.

Une formalité a rapidement été évacuée. Marine Le Pen a été très vite réélue présidente du groupe parlementaire. Jordan Bardella a, lui, félicité les députés RN et a eu une pensée pour tous ceux « qui n'ont pas été réélus». «Vous êtes les visages de la victoire»pour «tous les Français qui nous ont accordé leur confiance», a-t-il dit à ses troupes, filmé par une caméra de BMFTV. Il a promis un «examen de conscience» afin de « corriger ce qui doit être corrigé».

Le président du RN leur a aussi donné un conseil : «Ne vous laissez pas atteindre par ce petit bruit médiatique qui consiste à expliquer que, somme toute, c'est une défaite.» «Ce n'est pas une défaite, parce que nous multiplions par trois notre nombre de voix. Nous réalisons une dynamique qui est très importante», a-t-il fait valoir, seulement quarante-huit heures après avoir admis que les résultats du scrutin législatif étaient pourtant bien une... défaite. Il a aussi prévenu ses députés : «Votre responsabilité sera d'accentuer la crédibilité de notre projet»et «d'être parfaitement irréprochables sur le terrain, auprès de vos médias».

Marine Le Pen, elle aussi, avait son mot à dire, consciente que le parti nationaliste ne pouvait plus se permettre le moindre dérapage. «Nous sommes un groupe de cordés. Si l'un de nous commet une erreur, il met en danger toute la cordée. Et dans ce cas-là, je n'hésiterai pas à couper la corde», a-t-elle affirmé. Message reçu cinq sur cinq par ses troupes.

« Stratégie de la cravate »

Reste à savoir ce que compte faire le groupe parlementaire du RN dans cette assemblée chaotique et sans aucune majorité claire. «On se retrouve avec un bourbier puisque personne n'est capable de savoir de quels rangs sera issu le premier ministre et quelle politique sera menée pour le pays» , avait affirmé Marine Le Pen avant d'entamer sa réunion. Pour les cadres RN, c'est bien là une belle opportunité politique qu'il ne faut pas gâcher.

Pour le moment, ce sont les principes de 2022 qui prévalent. La fameuse «stratégie de la cravate» est toujours d'actualité. La direction du parti attend de ses députés, anciens et nouveaux, d'être toujours respectueux des institutions. Le groupe RN entend avoir l'attitude d'une «opposition constructive» vis-à-vis des autres projets et propositions de loi, qu'il pourrait voter s'ils vont «dans le bon sens».

Mais que faire à l'égard d'un éventuel nouveau gouvernement, qu'il soit du Nouveau Front populaire ou né d'une coalition entre le groupe présidentiel et la droite ? Pour l'état-major du parti nationaliste, il est en réalité urgent d'attendre. «On a plus qu'à regarder et voir comment les autres groupes politiques se débrouillent pour former un gouvernement. C'est très bien pour nous, car nous serons en réalité la seule opposition de l'Assemblée nationale», veut croire un stratège mariniste.

Une chose est certaine : Marine Le Pen et Jordan Bardella sont persuadés que la situation politique actuelle ne pourra pas durer plus d'un an. «La vraie grande campagne, elle commence maintenant, en réalité», a expliqué le président du RN à ses troupes. «Le calendrier électoral sous sa forme actuelle pourrait difficilement ne pas être revu avant la prochaine présidentielle. Il est parfaitement probable qu'un retour aux urnes soit de nouveau envisagé» , a-t-il pointé. Message là aussi reçu cinq sur cinq par les députés RN. P. L.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, jeudi 11 juillet 2024 857 mots, p. AUJM4
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10 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
11 juillet 2024 - Le Parisien

Le dîner gênant d'Édouard Philippe

Après que « Libération » a révélé la tenue d'un repas réunissant l'ex-Premier ministre et Marine Le Pen, les réprobations sont nombreuses, y compris au sein du bloc central. L'intéressé répond et assume.

Olivier Beaumont

« On assume, calmement », répond par texto Édouard Philippe à ceux qui l'interrogent sur la petite grenade dégoupillée qui vient de lui tomber dessus. Mardi soir, juste avant 19 heures, le quotidien « Libération » lâche une bombe : un dîner privé, en catimini il y a quelques mois chez l'ancien député Thierry Solère, et en présence... de Marine Le Pen. Une heure plus tard, le voilà invité au JT de TF 1 pour tirer les enseignements des législatives, mais l'interview est percutée par cette révélation.

Raide comme un piquet, le maire du Havre se justifie : « Nous avons dîné parce qu'on se connaît peu [...]. On a constaté à l'occasion du dîner, qui était cordial, que nous avions des désaccords très profonds sur de nombreux sujets. » Et d'enchaîner : « Ça ne me dérange pas de dîner avec elle. D'ailleurs, je pourrais dîner avec Jean-Luc Mélenchon. Et à chaque fois je leur ferais part de mes désaccords. » Fin de l'histoire ? Pas vraiment.

Depuis, les réactions s'enchaînent, jusqu'à crisper les propres rangs de l'ex-majorité présidentielle. « Ça m'a soufflée. Pendant l'entre-deux-tours, il était encore sur une ligne très dure, le fameux ni RN ni LFI, pour signifier qu'il ne fallait pas faire la moindre compromission d'appareils avec les extrêmes. Et voilà qu'on apprend qu'il a tranquillement dîné avec Le Pen en novembre dernier. Je suis troublée », confie sous couvert d'anonymat une de ses anciennes ministres. « Son costume était impeccable. Il vient de le marquer d'une tache qui ne s'effacera pas. Que penseront les Français si en 2027 il débat entre les deux tours de la présidentielle face à elle ? Les gens se diront : Tous les mêmes, c'est le règne du copain coquin », y va un député Renaissance.

Prises de distance en cascade

Cette révélation tombe mal. Alors même que les troupes philippistes n'ont pas à rougir des résultats des élections législatives, avec déjà 28 députés inscrits au groupe à l'Assemblée. Et la volonté de peser activement dans le rapprochement entre le camp macroniste et les LR pour former un bloc central qui pourrait demain gouverner le pays.

Mais autour de lui, on reste persuadé que la polémique ne durera pas plus de vingt-quatre heures. Avec pour gage ses états de service dans son combat contre les extrêmes : « Tout l'oppose aux Le Pen depuis vingt ans. On n'a aucune leçon à recevoir dans son engagement contre eux », s'agace un de ses lieutenants, rappelant que sa rupture avec les LR en 2017 s'était faite sur le choix du parti, présidé à l'époque par Laurent Wauquiez, de ne pas appeler à voter contre Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. « À une autre époque, Jacques Chirac a bien dîné avec Jean-Marie Le Pen. Ça ne l'a pas empêché de toujours tenir le cordon sanitaire face au Front national », rappelle un autre.

Le patron du MoDem, François Bayrou, s'est pourtant empressé de réagir pour dire sur son compte X qu'il « n'a jamais dîné avec Marine Le Pen », et de parler de « fossé infranchissable » entre lui et l'extrême droite. « Je n'y serais pas allée si j'avais été invitée », a également fait savoir la ministre de l'Égalité hommes-femmes Aurore Bergé sur France 2. Jusqu'à ce commentaire d'un intime de l'ancien Premier ministre, Gérald Darmanin : « Je ne sais pas dans quelles conditions cela s'est passé [...]. Mais moi, je n'aurais pas dîné avec madame Le Pen », a-t-il réagi sur Europe 1.

Des prises de distances qui, pour l'eurodéputé Gilles Boyer, proche d'Édouard Philippe, relèvent surtout d'une forme d'hypocrisie : « J'appelle à la prudence. Il suffit de se poser une heure pour voir que tout le monde parle avec tout le monde, nous confie-t-il. Le RN, ça fait déjà un moment qu'il est dans le jeu. Ils ont bien eu un vice-président à l'Assemblée (Sébastien Chenu) dans la précédente législature. Au moment des rencontres de Saint-Denis, Jordan Bardella a aussi eu sa place autour de la table... »

« Ce n'était pas un rendez-vous entre copains »

Au fond, Philippe serait même très à l'aise avec cette histoire. « C'est utile de la rencontrer, de savoir qui elle est vraiment, de comprendre sa vision, de se confronter à elle », s'est-il une fois épanché auprès d'un des siens. « J'étais au courant de ce dîner, il n'a rien caché à personne autour de lui. Ce n'était pas un rendez-vous entre copains pour s'arranger sur quoi que ce soit », insiste pour sa part le président du groupe Horizons, Laurent Marcangeli, qui poursuit : « Des millions de Français votent pour Marine Le Pen, on ne peut pas faire comme si elle n'existait pas. Et puis il m'est moi-même arrivé de dîner avec elle, en présence d'autres chefs de groupe, à l'invitation de la présidente Yaël Braun-Pivet qu'on ne peut pas suspecter de la moindre connivence avec le RN. »

Le Figaro, no. 24846
Le Figaro, jeudi 11 juillet 2024 944 mots, p. 6

Politique

À la tête du groupe La Droite républicaine, Laurent Wauquiez refuse toute coalition

L'élu de Haute-Loire, nouveau chef de file de la droite parlementaire, exclut le scénario d'une alliance mais propose un « pacte législatif » .

Galiero, Emmanuel, Conruyt, Claire

Une séance d'explication. Laurent Wauquiez avait rendez-vous mercredi matin avec les députés élus sous les couleurs des Républicains. Seul candidat à la présidence du groupe à l'Assemblée, désormais baptisé La Droite républicaine, il a été élu avec au moins 35 voix (6 abstentions) sur les 45 ayant signé la feuille d'émargement - les députés ayant jusqu'au 17 juillet pour se rattacher à un groupe. Nombre de ses collègues attendaient ce rendez-vous avec impatience, tant les messages contradictoires circulaient en coulisses sur ses intentions.

«S'il ferme totalement la porte à toute forme de coalition anti-NFP, ce sera sans nous. Hors de question de voir des Insoumis au pouvoir!», confiait un parlementaire quelques minutes avant la réunion, quand un autre s'inquiétait de voir émerger un groupe armé de nouveaux statuts «trop contraignants» et limitant la «liberté de vote». Un ténor raconte : «Il y a une question de méthode: Laurent arrive, à la limite de demander à tout le monde de signer un papier avec une consigne pas négociable et une discipline stricte... Mais il a devant lui des élus qui se sont battus comme des chiens et qui ne veulent pas être les pions de son plan.»

La partie était donc loin d'être gagnée pour Laurent Wauquiez tandis que, depuis hier, certains LR laissaient courir le bruit d'un «contre-groupe» qui pourrait voir le jour et assumer l'idée d'une coalition avec le camp présidentiel. Mais, finalement, selon un député, «Laurent a fait bonne impression». «Il n'a peut-être pas convaincu 100% des présents mais j'ai senti qu'il s'est passé quelque chose. Il n'est pas là pour faire de la figuration. Cela crée une forme d'émulation.»

Dans la foulée de cette réunion, Laurent Wauquiez a pris la parole au pied des escaliers de la cour d'honneur de l'Assemblée nationale. Entouré d'une trentaine d'élus, le désormais patron du groupe LR, rebaptisé Droite républicaine, a commencé par tirer les enseignements des législatives marquées, selon lui, par trois refus. Le premier, opposé à Emmanuel Macron ; le second, à la gauche et au «diktat» de La France insoumise et enfin, au Rassemblement national. «Les Français sont orphelins d'une offre positive», a-t-il souligné, admettant avec «lucidité» que son mouvement n'est «pas encore en mesure de l'incarner». Devant ses collègues, le nouveau chef de file de la droite parlementaire a posé les principes qui devront guider son groupe : le refus de «laisser nos institutions dans une situation de blocage» et, donc, la proposition d'un «pacte législatif» fait de propositions de loi «pour répondre aux problèmes du pays» et notamment, permettre la «revalorisation de la France qui travaille». Wauquiez a prévenu : «Nous ne participerons à aucune coalition gouvernementale.» Les LR s'opposeront à «tout gouvernement du NFP» et déposeront «immédiatement» une motion de censure s'il devait inclure «des membres de La France insoumise».

Créer une dynamique

Cette prise de parole est le fruit d'une discussion longue de plus de trois heures avec ses collègues LR, devant lesquels il a admis qu'il «fallait tout changer de fond en comble», mardi. «Il a pris la position du maire face au conseil municipal en laissant chacun s'exprimer», rapporte un participant. Si l'élu de Haute-Loire pouvait compter sur le soutien de plusieurs députés, tels le wauquiéziste Yannick Neuder (Isère) ou le sudiste Éric Pauget (Alpes-Maritimes), Laurent Wauquiez ne pouvait pas ignorer la nécessité d'en rassurer un certain nombre avant de se lancer dans l'aventure de cette présidence.

Désormais, il aura la difficile tâche de soigner un groupe percuté par une campagne difficile. «C'est le syndrome des survivants. Ce n'est pas un groupe qu'il a devant lui, mais une addition d'individualités. Il va devoir créer une dynamique», commente un cadre. Alors, pour clarifier la question des statuts, Wauquiez a indiqué vouloir en finir avec les divergences internes qui ont abîmé l'image et la cohésion du groupe LR dans le passé. On se souvient des dissensions de lignes sur la question des retraites, qui se sont invitées sur la scène publique avant d'être exploitées par les adversaires des LR. Autrement dit, s'il devait assumer la présidence du groupe LR, Wauquiez refuserait catégoriquement une répétition des erreurs passées. Concrètement, le principe sur lequel il compte mettre d'accord les membres du groupe est simple : la liberté d'expression de chacun est complète mais ne pourra pas s'exercer au détriment du collectif et chaque décision actée collectivement devra être suivie «comme un seul homme». «C'est une question de cohérence et de constance», explique-t-on dans l'entourage de Laurent Wauquiez.

Tout cela étant posé, le président du groupe La Droite républicaine était parfaitement conscient de ne pas pouvoir faire l'unanimité chez les LR où, mercredi, certains allaient jusqu'à envisager l'apparition de trois groupes à droite : l'un autour de Wauquiez, l'autre rassemblant les LR «constructifs» courant Aurélien Pradié et un troisième de 17 élus formé par Éric Ciotti, en satellite du RN. «On sait que certains veulent une coalition mais pour Wauquiez, ce sera non. Il préférera avoir moins de soldats mais un groupe plus cohérent», commente un député, plutôt confiant sur sa capacité à rassembler une majorité sur la cinquantaine de LR. À la fin de la réunion, un élu confie : «On a l'impression d'être sortis de l'ère Damien Abad, Christian Jacob, Olivier Marleix et de passer à autre chose. On a vu une personnalité politique de premier plan, une incarnation très lucide sur les enjeux du pays.» E.G. ET

Le Monde
Idées, jeudi 11 juillet 2024 1061 mots, p. 30
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Daniel Cohn-Bendit et Zaki Laïdi Le Palais-Bourbon sera le centre de gravité de la vie politique

L’instauration du scrutin proportionnel est la clé de la sortie de crise, estiment l’ancien député européen et le politiste. Il permet, commeen Allemagne, à des forces différentes décidées à exercerle pouvoir de définirun contrat de coalition fondé sur un programme négocié

Daniel Cohn-Bendit et Zaki Laïdi

Les urnes ont parlé. Le peuple français ne veut clairement pas du Rassemblement national (RN) au pouvoir – et c’est un point capital. Pour autant, ce résultat ne règle rien, loin de là : il faut inventer une nouvelle démarche politique en trois temps car, même si le Nouveau Front populaire (NFP) est en tête, aucune force, à elle seule, n’aura la majorité absolue.

Premier temps : le président de la République n’a ni à se soumettre ni à se démettre, mais à s’en remettre au résultat des urnes. Elles ne lui imposent nullement de nommer un nouveau premier ministre tout de suite : la reconduction de Gabriel Attal à ce poste pour gérer les affaires courantes s’imposait, au moins jusqu’au 18 juillet, date de la réunion de l’Assemblée nationale et du choix de son nouveau président. C’est en effet au Palais-Bourbon que se situera le nouveau centre de gravité de la vie politique.

Le 18 juillet, le candidat au perchoir ne pourra pas être issu des rangs macronistes – ce choix signifierait qu’aucune leçon n’a été tirée du scrutin – mais il devra être adoubé par le centre, la droite modérée et la gauche. Il ne devra pas avoir d’autre ambition que celle de servir le pays, d’apaiser le débat et de faciliter une certaine concorde républicaine : il ne peut s’agir d’un candidat potentiel à la présidentielle de 2027. S’il y a une leçon institutionnelle à tirer de cette crise, c’est en effet la nécessité de désintoxiquer la vie politique française du syndrome présidentiel.

Gouvernement de coexistence

Même si le NFP propose son candidat à la présidence de l’Assemblée nationale, il a tout intérêt à ce que son nom ne repose pas sur une simple arithmétique mais exprime un souci d’ouverture vers le reste de l’Hémicycle. Pour le perchoir, des noms existent, même s’ils ne recueilleront ni l’adhésion du RN ni, peut-être, celui d’une partie de La France insoumise (LFI). C’est dans cette nouvelle force aux contours encore imprécis qu’il faudra s’appuyer pour éviter l’ingouvernabilité dont profiteraient les partisans d’une élection présidentielle anticipée. C’est donc à ce premier vote fondamental qu’est suspendu le succès, ou l’échec, de la transition républicaine.

Deuxième temps : si cette première étape est franchie, il reviendra logiquement au président de la République de désigner un nouveau premier ministre. Il sera probablement issu du NFP mais, même si c’est le cas, il devra disposer d’une expérience du pouvoir, être crédible nationalement et internationalement, être compatible avec le chef de l’Etat et, surtout, être ouvert à d’autres groupes politiques.

Si, comme le souhaite Jean-Luc Mélenchon, il n’est là que pour mettre en œuvre tout le programme du NFP, le résultat se révélera très vite désastreux. C’est pourquoi la présence de personnalités comme Carole Delga, Raphaël Glucksmann ou Boris Vallaud serait très importante, et surtout très rassurante, pour l’opinion modérée et nos partenaires. L’enjeu est de repousser les marges du NFP, et non de l’ériger en repoussoir.

Ce gouvernement aurait une caractéristique particulière et inédite : il ne serait ni un gouvernement issu de la majorité présidentielle, désormais dissoute, ni l’expression d’une majorité parlementaire qui n’existe pas et qu’il ne faut pas chercher à organiser trop vite. Ce ne serait donc ni un gouvernement majoritaire ni un gouvernement de cohabitation, mais un gouvernement de coexistence entre le Parlement et le président. Dotée d’une Constitution d’une très grande plasticité, la Ve République se prête parfaitement à une lecture parlementaire tempérée par le pouvoir présidentiel, même si la pratique dominante n’a pas été celle-là, hors cohabitation.

Alliances voulues plutôt que subies

Troisième temps : si cette deuxième étape est franchie, ce gouvernement aura deux objectifs prioritaires – le vote du budget et l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel. Il existe des dispositions constitutionnelles pour prévenir un « shut down budgétaire », ce qui signifie qu’il est possible de s’entendre sur un budget de compromis – d’où l’importance de la relation entre le premier ministre et le président de l’Assemblée nationale.

L’instauration de la proportionnelle est la clé de la sortie de crise. Quand un système politique est composé de trois forces, le mode de scrutin uninominal à deux tours qui, par définition, repose sur la bipolarité, exclut le troisième et contraint les deux autres à des alliances subies. Le scrutin proportionnel obéit à une autre logique : il permet d’assurer une représentation proportionnelle des forces, comme nous avons pu le voir à la faveur des élections européennes, mais surtout de construire des alliances voulues et non pas subies.

Chaque force présente en effet son programme, mais elle peut parfaitement attendre le résultat des élections pour savoir avec qui elle gouvernera. C’est ce qui se passe en Allemagne : il faut, pour gouverner, faire des alliances, mais elles sont fondées sur des bases claires et des contrats de coalition. La culture de coalition n’est certes pas dans la culture politique française, mais cette culture est d’abord et avant tout le produit des institutions et du mode de scrutin. L’exemple allemand montre que des forces différentes mais décidées à exercer le pouvoir peuvent s’entendre sur un programme négocié.

Ce schéma peut parfaitement fonctionner, au moins pendant un an. Il rééquilibrera les pouvoirs au profit de l’Assemblée nationale, créera de nouvelles pratiques et ouvrira la voie à des coalitions voulues et non plus subies. Si la France ne s’engage pas dans cette voie, les vieux réflexes reviendront et ils déboucheront sur un blocage qui, cette fois, profitera définitivement au RN. Les forces de la modération et du compromis tiennent le destin du pays entre leurs mains.

Le Monde
France, jeudi 11 juillet 2024 1198 mots, p. 8
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10 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Après les législatives Entretien

Ruffin : « Il fallait que je coupe avec Mélenchon »

Après son départ de LFI, le député de la Somme accuse le parti d’avoir abandonné les zones d’expansion du RN

Propos recueillis parSandrine Cassini Propos recueillis parSandrine Cassini

Réélu de justesse, dimanche 7 juillet, dans la 1re circonscription de la Somme face au Rassemblement national (RN), le député François Ruffin pose un regard critique sur La France insoumise (LFI), la formation politique qu’il a quittée avant le second tour des élections législatives. Il accuse son ancien parti d’avoir sciemment abandonné les campagnes populaires et les terres ouvrières, pour se concentrer uniquement sur la jeunesse et les quartiers.

Comment analysez-vous les résultats des législatives. Est-ce vraiment une victoire de la gauche ?

Au soir des élections européennes, le 9 juin, la gauche était en miettes, le moral dans les chaussettes. Qu’avec un « Soyez unis », un « Front populaire », on parvienne en quatre semaines à rallumer la lumière, c’est un espoir. Mais, au risque de jouer le rabat-joie, je dis : « Attention, c’est un sursis. » Il y a un effet trompe-l’œil. Le mode d’élection, les institutions ont contenu la poussée du RN, mais la vague est puissante.

Ma Picardie a élu treize députés d’extrême droite sur dix-sept, c’est pire dans le Pas-de-Calais. Et 57 % des ouvriers ont voté pour le RN dès le premier tour. Perdre les ouvriers, c’est très grave pour la gauche : ce n’est pas seulement perdre des voix, c’est aussi perdre son âme. Et, dans ma circonscription aussi, il faut l’énoncer avec lucidité, je recule de 8 points en deux ans.

Cette difficulté, je l’avais identifiée dès 2022, dans mon livre Je vous écris du front de la Somme[Les Liens qui libèrent]. La gauche souffrait de trois « trous » : un trou géographique, la France des bourgs ; un trou démographique, les personnes âgées ; un trou social, les salariés modestes. Mais cette alerte n’a servi à rien. La situation a empiré, et a même basculé.

Comment avez-vous vécu la campagne ?

Dans la douleur. D’un côté, il y avait la force d’attraction du RN : en face de moi, le candidat, c’était Jordan Bardella. Pour bien des gens, Marine Le Pen et lui incarnent le changement. Et, de l’autre côté, une force de répulsion. Pendant trois semaines, nous avons porté notre croix, un sac à dos rempli de pierres, on s’est heurtés à un mur, à un nom : « Mélenchon, Mélenchon, Mélenchon. » Avec le profil de la gauche, de LFI, ces deux dernières années, je savais qu’on perdait du terrain. Mais je pensais que ma figure, localement, servirait de paratonnerre.

Eh bien non, cela ne suffit pas. C’était presque comique : les gens me disaient « on adore tes discours, c’est formidable », « attends, j’appelle ma femme, on va faire un selfie », et à la fin, contre Macron et Mélenchon, ils votaient Bardella !

Vous avez annoncé quitter LFI juste avant le second tour. Pourquoi si tard, alors que vous étiez déjà en désaccord avec Jean-Luc Mélenchon ?

Parce que j’avais porté le Front populaire, l’unité de la gauche, je me devais de les préserver. Mais, avec Jean-Luc à la télé tous les deux jours, ça nous étranglait. Même tard, il fallait que je coupe la corde pour pouvoir respirer. Et dès cet instant ça a tout changé, ça nous a libérés, on a regagné des voix par centaines.

La gauche a donc failli dans les zones d’expansion du RN ?

Elle a fait le choix de l’abandon. En 2022, alors que l’Assemblée nationale accueillait 89 députés RN, Jean-Luc Mélenchon déclarait, texto : « De toute façon, ces terres-là n’ont jamais accepté la démocratie et la République. » Ça m’a stupéfié. Car quels sont ces endroits ? Le Pas-de-Calais, la Picardie, le Midi rouge, qui pendant un siècle ont envoyé des députés communistes et socialistes dans l’Hémicycle.

Du coup, très inquiet, je sors un petit livre, j’interroge : « Les bastions comme les miens, on en fait quoi ? On les renforce, ou on les abandonne ? » Ça n’a pas suscité de débat, seulement des attaques, comme quoi j’étais un « adversaire des quartiers populaires ». Pas du tout : je veux additionner, pas soustraire ! Il faut réconcilier, pas opposer, montrer l’immense commun entre la France des bourgs et des tours. Pour des raisons morales, évidentes. Mais surtout pour des raisons électorales : on ne gagnera pas sans.

L’année d’après, [Julia] Cagé et [Thomas] Piketty, dans leur ouvrage paru au Seuil [Une histoire du conflit politique], invitent à la même chose : « La gauche doit retrouver le chemin des campagnes populaires. » Là, les cadres de LFI clarifient : c’est non ; ils misent tout sur les quartiers et la jeunesse diplômée. Tant mieux, il nous les faut. Mais les autres ?

Désormais, dans les textes de Jean-Luc Mélenchon, c’est « la nouvelle France », qui s’oppose sans doute à « la vieille France ». Depuis deux ans, LFI, c’est la stratégie [du think tank] Terra Nova avec le ton du Nouveau Parti anticapitaliste.

A l’inverse, LFI vous accuse de passer sous silence le racisme sous-jacent du vote RN…

Lutter contre le racisme, c’est pour moi une bataille de tous les jours, pas théorique. C’est mon laïus, mille fois répété : « Devant la justice, la police, la santé, l’éducation, qu’importe notre religion, notre couleur de peau, nous devons être tous et toutes égaux. »

Et, sur l’immigration, mon refrain quotidien : « La France doit intégrer comme elle l’a toujours fait : par la langue, par la formation, par le travail. » C’est une bagarre menée à bras-le-corps, pour que revienne l’envie de faire France ensemble.

Qui doit gouverner le pays, alors que le Nouveau Front populaire (NFP) a une très faible majorité relative ?

Le président de la République a assez maltraité les institutions. Il doit permettre à la gauche de gouverner, en nommant un premier ministre issu de nos rangs. Et en demandant à ses députés de ne pas pratiquer, à l’Assemblée, une opposition de principe. Il faudra ensuite des coalitions sur les textes. Mais je pose cet avertissement : il ne faudra pas gouverner comme l’a fait le chef de l’Etat ces deux dernières années, avec arrogance et toute-puissance. Il faudra le faire avec respect pour les Français, avec tendresse même. On doit prendre soin des gens pour prendre soin de la République.

Où allez-vous siéger ?

Je souhaite un groupe trait d’union, qui rassemble les communistes, les écologistes, les élus du parti Génération.s et nous.

Souhaitez-vous être premier ministre ?

Ce n’est pas le sujet. J’ai un rôle à jouer ailleurs. Le NFP doit vivre dans la société. Il nous faut désormais une force, un parti, une coopérative politique, j’en ignore la forme exacte, mais qui porte une gauche populaire qui nous a manqué, une gauche de la décence et du bon sens, une gauche généreuse et joyeuse. Une gauche qui transforme la colère en espérance.

Et pour la suite, Jean-Luc Mélenchon n’est-il pas un frein ?

Bien sûr. Jean-Luc Mélenchon a remis la gauche sur ses deux jambes, et il l’a fait avancer. Mais quelle trace veut-il laisser dans l’histoire ?

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, jeudi 11 juillet 2024 751 mots, p. AUJM2,AUJM3,AUJM3,AUJM4
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10 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
11 juillet 2024 - Le Parisien

Macron tente de reprendre la main

Dans une lettre aux Français, le président appelle les forces politiques à « bâtir une majorité solide » et « nécessairement plurielle ». Pour lui, « personne ne l'a emporté » dimanche dernier.

Olivier Beaumont

Les derniers mots ont été retouchés alors qu'il était dans les airs, à bord de l'A330 présidentiel qui l'a emmené ce mercredi à Washington (États-Unis) pour le sommet de l'Otan. Après trois jours de silence, sans la moindre réaction publique depuis le second tour des élections législatives, Emmanuel Macron a fini par s'exprimer et tirer les enseignements de ce scrutin à bien des égards hors norme.

Dans une lettre aux Français, publiée quelques heures plus tard sur les sites Internet de la presse quotidienne régionale. Et ce message, qui ne souffre d'aucune ambiguïté dans son esprit : le Nouveau Front populaire a beau le presser de démissionner Gabriel Attal pour mettre un des leurs à Matignon, lui considère que le futur Premier ministre sera issu d'une majorité « nécessairement plurielle ». Le bras de fer continue. Et il n'entend pas être en dehors du jeu.

À l'étranger pendant quarante-huit heures, le président de la République veut démontrer par cette missive qu'il pense encore qu'un chemin est possible pour créer un bloc central à l'Assemblée nationale, dans lequel s'agrégeraient des députés du bloc Ensemble, des LR, des divers gauche et pourquoi pas des socialistes et des écologistes.

Le retour du « ni-ni »

« Une volonté de reprendre le manche », raconte un collaborateur. Une gageure. Mais à le lire, ce serait le principal message qu'auraient envoyé les Français dimanche dernier : « Personne ne l'a emporté. Aucune force politique n'obtient seule une majorité suffisante et les blocs ou coalitions qui ressortent de ces élections sont tous minoritaires », écrit-il pour rappeler aux Insoumis qu'ils n'ont pas gagné.

Puis il poursuit : « Seules les forces républicaines représentent une majorité absolue. La nature de ces élections, marquées par une demande claire de changement et de partage du pouvoir, les oblige à bâtir un large rassemblement. »

Dans l'expression « forces républicaines », il exclut le Rassemblement national et la France insoumise, qu'il renvoie dos à dos : « Ce que les Français ont choisi par les urnes, le front républicain, les forces politiques doivent le concrétiser par leurs actes. » Et tant pis si ces deux partis ont, par l'élection, recueilli 225 sièges dans l'hémicycle.

Le président veut « une majorité solide »

Pour cela, Emmanuel Macron, qui se décrivait naguère « maître des horloges », a surtout besoin de temps. Au moins quelques jours encore, voire plus, pour que les discussions - difficiles à ce stade - lui permettent d'aboutir à ce plan vu par certains cadres de Renaissance comme un « sauve-qui-peut », une « fuite en avant », après son pari raté de la dissolution et la perte lourde dans ses rangs : 80 députés en moins.

« Il devait prendre une initiative, ne pas laisser tout le champ médiatique au NFP au moment où il s'absente pendant quarante-huit heures loin de Paris », glisse un de ses lieutenants. « Le président de la République est garant de nos institutions et de leur respect. Son expression pose le cadre. Et rappelle ce à quoi nous ne sommes pas habitués : former une alliance programmatique ou une coalition demande du temps », souligne la députée Aurore Bergé.

Le chef de l'État en profite aussi pour rappeler ses conditions : « Bâtir une majorité solide », autour d'un « projet pragmatique et solide », avec « l'ensemble des forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines, l'État de droit, le parlementarisme, une orientation européenne et la défense de l'indépendance française ».

Le format d'une lettre aux Français, décidé mardi soir, est le même que celui du 23 juin, une semaine avant le premier tour, quand il était alors revenu sur sa décision de dissoudre l'Assemblée. « Ça lui permet de déployer une pensée, dans un format de proximité et apaisé », explique l'Élysée. Ce faisant, il entend surtout rappeler, n'en déplaise à ses adversaires, que c'est lui qui détient le pouvoir de nomination du Premier ministre, qu'il décidera « à la lumière des principes » édictés plus haut.

Le palais s'est quand même fixé une première échéance, le 18 juillet, jour de l'élection du président de l'Assemblée, qui dessinera le nouveau rapport de force dans l'hémicycle. En espérant que les tractations en cours pour aboutir à la constitution d'un bloc central emmènent un de ses députés au perchoir. Si d'aventure le NFP y parvenait, quelle décision prendra-t-il ? « On verra », répond laconiquement un de ses conseillers, conscient que les marges de manoeuvre seront alors bien plus minces pour Macron. Et surtout pour la suite de son mandat.

L'Humanité
jeudi 11 juillet 2024 260 mots, p. 9

Stefano Feltri et Emiliano Fittipaldi

Giorgia Meloni est déterminée à faire taire la presse. Ce 10 juillet s'est ouvert le procès de deux journalistes de gauche à Rome, la deuxième procédure de ce type depuis le début du mandat de la présidente du Conseil italien en 2022. Cette procédure-bâillon concerne Emiliano Fittipaldi du quotidien Domani, et son directeur Stefano Feltri. Tous deux doivent répondre de faits de diffamation aggravée à la suite d'un article mettant en cause la transparence de la procédure d'acquisition de masques lors de la pandémie de Covid. Selon Domani, Giorgia Meloni aurait exercé des pressions à l'encontre de Domenico Arcuri, alors commissaire extraordinaire pour l'urgence Covid, pour imposer Fabio Pietrella, patron du textile et député de Fratelli d'Italia.

Giorgia Meloni profite des lacunes des lois italiennes en matière de diffamation pour réclamer 25 000 euros de dommages et intérêts. Dans des arrêts datés de 2020 et 2021, la Cour constitutionnelle exhortait le Parlement à une révision des lois sur la diffamation. L'hémicycle n'a jamais donné suite. En avril, le Conseil européen adoptait lui aussi une législation visant à protéger les journalistes des procédures-bâillons.

Emiliano Fittipaldi maintient avoir « seulement rapporté des informations véridiques », et assure que Domani poursuivra ses investigations « y compris (dans) les dossiers gênants ». Avant eux, la présidente du Conseil italien avait poursuivi le journaliste Roberto Saviano, condamné à 1 000 euros de dommages et intérêts pour avoir traité de « salauds » Giorgia Meloni et Matteo Salvini, le vice-président du Conseil, suite à la mort d'un nourrisson dans le naufrage d'un bateau de migrants.

Lina Sankari

Le Figaro, no. 24846
Le Figaro, jeudi 11 juillet 2024 1011 mots, p. 19

Opinions

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10 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Les élections législatives ont montré que le RN reste la meilleure chance de la gauche

Les choix du RN en ont fait un parti incapable de rassembler au second tour, quand bien même son programme correspondrait à des aspirations majoritaires dans l'électorat, estime le député européen LR. D'où, selon lui, la nécessité de reconstruire une offre politique de droite solide, sérieuse et exigeante.

Bellamy, François-Xavier

Où va la France ? Le malaise démocratique qu'elle traverse depuis longtemps n'a pas été résolu par la dissolution, au contraire, ni par les élections qui ont suivi. Ce pays, qui n'a jamais autant aspiré à la fermeté, à la sécurité, à la maîtrise des frontières, à la liberté et à la prospérité retrouvées, pourrait se trouver gouverné par une gauche archaïque dont l'attelage indéfendable ne tient que par le déni de réalité sur ces enjeux existentiels. Comment en sommes-nous arrivés là ? Avant d'agir, il faut commencer par comprendre ce qui vient de se produire.

Nos démocraties occidentales sont partout confrontées à la même crise intérieure : le relativisme vide de son sens la parole publique, l'obsession de la communication prend le pas sur la nécessité de l'action, l'effacement du réel détache la politique de la vie.

Il y a sept ans, Emmanuel Macron a proposé aux Français le pari du « dépassement des clivages. » De la fatigue des appareils qui avaient structuré le débat politique pendant plusieurs décennies, il a tiré la promesse de mettre fin aux querelles de l'ancien monde, réputées artificielles et périmées. Il faudrait désormais être « en même temps » de droite et de gauche, et tous unis contre « les extrêmes. » Ce chemin ne pouvait être qu'une illusion. L'engagement politique n'est rien d'autre que le service de la décision : dans quelque mandat que ce soit, la mission du politique est de faire des choix au nom de la cité, c'est-à-dire de renoncer - on ne peut jamais tout choisir « en même temps »... Et la noblesse de la démocratie, c'est que les élus reçoivent ce mandat après avoir assumé la vision qui guidera leurs arbitrages. Les différences, les désaccords, les divergences ne sont pas un accident dans une démocratie ; ils sont le principe même du pluralisme. Et la confrontation entre ces deux visions du monde, ces deux tempéraments politiques qui distinguent la droite et la gauche, revient d'une manière ou d'une autre dans toute conversation civique libre et ouverte. Vouloir « la fin des clivages » et le « en même temps » , c'était donc de toute évidence préparer une aggravation sans précédent du malaise démocratique profond que vivent les Français.

Car les clivages n'ont pas disparu, au contraire. Et depuis 2017, derrière les artifices de communication et les débauchages individuels, c'est en réalité la politique de la gauche qui s'est largement poursuivie. Refus d'une vraie réponse pénale contre l'explosion des violences ; fragi- lisation de l'enseignement des savoirs fondamentaux, qui aggrave la crise de l'école ; records d'immigration légale et illégale chaque année ; record historique des prélèvements obligatoires, des déficits et de la dette publique : il y a bien longtemps que la France n'a pas connu l'alternance, malgré l'évidence du déclin auquel cette trajectoire la conduit.

Pourquoi ce paradoxe ? Le discrédit qui touche la droite, sa difficulté à se remettre en question et à se renouveler vraiment, a conduit une majorité des électeurs qui veulent le changement vers le Rassemblement national. C'était aussi le projet d'Emmanuel Macron, qui a tout fait pour rester seul face à cet adversaire idéal. Car le RN, en proclamant lui aussi la fin du clivage droite-gauche, adopte le récit macroniste. Avec les mêmes méthodes, et le même résultat : derrière la surenchère de communication, à la fin, c'est toujours la gauche qui gagne. Dimanche soir, par un retournement improbable, le Nouveau Front populaire arrivait en tête de l'élection législative...

On pourra bien sûr épiloguer longtemps sur les accords indécents qui ont vu des figures de la majorité macroniste soutenir une alliance de candidats compromis avec l'antisémitisme, la violence, l'autoritarisme. Mais ce que montre un tel résultat, c'est d'abord que le RN est et reste le meilleur instrument pour une gauche qui grâce à lui, sous des formes différentes, reste indéfiniment au pouvoir. Pour une raison très simple : ses propres choix en ont fait un parti incapable de rassembler au second tour, quand bien même son programme correspondrait à des aspirations majoritaires dans l'électorat. Ce n'est pas par un défaut conjoncturel ou par l'adversité de ses opposants, mais par l'identité politique que cette formation s'est choisie. Demain comme hier, c'est face à lui qu'un pouvoir pourtant en échec et minoritaire dans le pays aura toujours le plus de chances de l'emporter. Les candidats de droite qui ont eu le courage de s'engager malgré l'épreuve et qui se sont qualifiés au second tour ont démontré au contraire qu'ils étaient, partout en France, les plus capables de l'emporter.

Cela ne peut que rendre plus nécessaire un chemin difficile, mais le seul qui puisse conduire demain à l'alternance dont la France a tant besoin : la reconstruction d'une offre politique de droite, solide, sérieuse, exigeante. Qui s'impose enfin un renouvellement profond pour reparler aux Français au-delà des fractures sociologiques ou géographiques du pays. Qui assume le clivage politique, avec le courage de la cohérence et de la vérité : nous ne retrouverons pas la maîtrise de notre destin, y compris de nos frontières, sans relèvement économique, et sans liberté retrouvée. Comment prétendre rompre avec le macronisme en adoptant la même stratégie de l'ambiguïté ? Comment promettre de sortir du déclin en misant sur la démagogie ? Comment prétendre réunir la droite en refusant d'être de droite ? Bien sûr, les étiquettes politiques ne sont pas une fin en soi, mais seule une ligne claire pourra déterminer l'action qui relèvera le pays, et pour cela d'abord réunir les Français. La droite n'est pas prête encore pour ce travail qui l'attend, mais la leçon de dimanche soir est pourtant que, comme partout en Europe, c'est elle seule qui peut rendre possible ce renouveau. C'est la raison pour laquelle, avec persévérance, il nous faut nous accrocher plus que jamais au devoir de la reconstruire, non pour un parti, mais pour le pays.

Le Monde
France, jeudi 11 juillet 2024 787 mots, p. 8
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10 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Comment la gauche veut abroger la réforme des retraites

Jean-Luc Mélenchon a affirmé que le report à 64 ans de l’âge légal de départ sera abrogé, « dès cet été », par un décret, si le NFP gouverne le pays

Bertrand Bissuel

Sur le papier, la mesure a l’air simple, mais les conditions de sa mise en œuvre donnent lieu à un débat nourri. Après la divulgation des premières estimations quant au résultat des élections législatives, Jean-Luc Mélenchon l’a réaffirmé avec force, dimanche 7 juillet : le report à 64 ans de l’âge légal de départ à la retraite, qui a été introduit en 2023, sera abrogé, « dès cet été » , par un décret, si le Nouveau Front populaire (NFP) gouverne le pays. La déclaration du leader de La France insoumise est toutefois matière à interrogation, plusieurs fins connaisseurs du dossier estimant qu’il faut une loi pour supprimer cette disposition aussi emblématique qu’impopulaire.

C’est l’un des « actes de rupture » que le NFP s’engage à réaliser dans les « quinze premiers jours » pour « répondre à l’urgence sociale », s’il prend le pouvoir : tirer un trait sur les « décrets d’application de la réforme d’Emmanuel Macron » qui ont relevé de 62 à 64 ans l’âge d’ouverture des droits à une pension. Le programme des partis de gauche cible ainsi l’article 10 de la loi du 14 avril 2023, qui a revu en profondeur les règles de notre système par répartition. Précision importante : l’article en question prévoit également d’augmenter la durée de cotisation nécessaire à l’obtention d’une retraite à taux plein, pour certaines générations. Mais, étrangement, le NFP ne dit pas s’il compte aussi mettre un terme à ce mécanisme, synonyme d’efforts supplémentaires pour les tranches d’âge concernées.

L’idée d’annuler la retraite à 64 ans par décret est jugée illégale par des artisans de la réforme de 2023, qui s’expriment anonymement. Leur argument est le suivant : l’âge légal étant fixé par la loi, il faut une mesure législative pour le modifier – et non pas une mesure réglementaire, comme un décret. Professeur émérite de l’université Paris-II Panthéon-Assas, Michel Borgetto développe une analyse analogue : « Un décret ne saurait revenir sur la disposition de la loi portant progressivement à 64 ans l’âge légal de départ à la retraite, une telle modification ou abrogation ne pouvant provenir que de la loi. »

Mais d’autres experts ont un avis différent. Maîtresse de conférences en droit social à l’université Lyon-II, Laure Camaji pense qu’ « un décret peut immédiatement geler le relèvement de l’âge de la retraite ». De son côté, Emilien Quinart, maître de conférences en droit public à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, va plus loin en observant que, de 1985 à 2010, l’âge de départ à la retraite figurait dans la partie réglementaire du code de la Sécurité sociale, avant d’être inséré dans sa partie législative, à la suite d’une réforme promulguée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Dès lors, le premier ministre pourrait demander au Conseil constitutionnel de « délégaliser » l’âge de la retraite, c’est-à-dire de le déclasser pour lui redonner une valeur réglementaire, comme avant 2010.

Procédure contraignante

Si elle était fructueuse, une telle démarche, prévue dans la Constitution, permettrait à l’exécutif d’abroger par décret la règle des 64 ans. Cependant, un haut fonctionnaire doute, sous le couvert de l’anonymat, que cette procédure puisse aboutir, en soulignant qu’elle est très contraignante.

Subsiste l’option d’une saisine du Parlement. Olivier Faure l’a d’ailleurs mentionnée, lundi sur Franceinfo. Le premier secrétaire du Parti socialiste a même considéré qu’il fallait « un projet de loi, que nous déposerons à l’Assemblée ». « Et l’Assemblée aura à se prononcer, a-t-il complété. On verra à ce moment-là qui est prêt à aller jusqu’au bout et ceux, au contraire, qui se défilent. » Une manière de rappeler que la gauche n’est pas assurée de faire passer, à elle seule, le texte, puisqu’elle n’a pas la majorité absolue au Palais-Bourbon. Dans ce contexte, M. Faure a expliqué qu’il serait envisageable de recourir à l’article 49.3 de la Constitution, qui permet l’adoption sans vote d’un projet de loi. « Chacun [le] comprendrait », a-t-il soutenu, en faisant valoir que la réforme de 2023 suscitait l’hostilité de « 80 % des Français » et était passée grâce au 49.3.

Cependant, il existe un autre chemin : le Rassemblement national (RN), qui est également contre la retraite à 64 ans, pourrait mêler ses voix à celles du NFP. Laure Lavalette, député RN du Var, indiquait d’ailleurs, lundi sur BFM-TV, que sa formation « votera pour l’abrogation ».

Le Monde
jeudi 11 juillet 2024 41 mots, p. 1

Gauche

François Ruffin explique pourquoi il quitte LFI

« Jean-Luc Mélenchon à la télé tous les deux jours, ça nous étranglait. Il fallait que je coupe la corde pour pouvoir respirer », déclare le député de la Somme dans un entretien

Libération
jeudi 11 juillet 2024 739 mots, p. 6

événement

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10 juillet 2024 - Libération (site web)

Pour trouver un Premier ministre, la gauche tient le cap des tractations

Sacha Nelken

événement

L' Assemblée nationale était bien calme mercredi. Depuis le second tour des élections législatives dimanche, les députés ont presque tous fait leur rentrée. Les groupes, en phase de constitution, élisent petit à petit leurs présidents. Les journalistes sur place s'ennuient ferme dans la salle des Quatre-Colonnes. Mais à 16 h 45, tout s'anime. Dans une lettre à la presse quotidienne régionale, le président de la République, sort enfin de son silence. «Personne ne l'a emporté» aux législatives anticipées, estime Emmanuel Macron dans son court texte, demandant «à l'ensemble des forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines, […] d'engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide, nécessairement plurielle, pour le pays». Des élus de tous bords déboulent alors à la rencontre de la presse pour réagir. «Il a trop fumé», grince le socialiste Arthur Delaporte dénonçant un «déni total». «Cette tentative ne pourra aboutir à rien, ou au chaos», prédit-il.

La gauche n'a pas du tout apprécié l'écrit présidentiel. Quoi qu'en dise le chef de l'Etat, les partenaires du Nouveau Front populaire (NFP) maintiennent qu'après leur victoire dans les urnes dimanche, c'est à eux, et eux seuls de gouverner. «Emmanuel Macron réalise un coup de force contraire aux institutions dont il doit être le garant. Forfaiture», s'étrangle l'écologiste Benjamin Lucas. «Les Français ont fait un choix extrêmement clair, Emmanuel Macron a perdu. Il ne peut pas faire comme si le vote n'avait pas eu lieu», abonde l'insoumis Eric Coquerel. Si la tentative du locataire de l'Elysée de diviser le NFP en voulant attirer les socialistes dans un gouvernement d'union nationale et en mettant LFI de côté est évidente, l'ancien président de la commission des finances se montre serein. L'élu de Seine-Saint-Denis dit n'«avoir aucun doute» sur le fait que ses partenaires ne mordront pas à l'hameçon. «Encore embryonnaire» Malgré la prise de parole du chef de l'Etat, la gauche n'a effectivement pas l'intention de changer de cap. L'objectif reste celui de former un gouvernement du NFP. Après une longue séance d'analyse collective des résultats des législatives dans la nuit de dimanche à lundi et une journée d'installation des différents groupes à l'Assemblée nationale, les partenaires ont repris leurs discussions mardi soir. «On a commencé à évoquer les équilibres mais c'est encore embryonnaire», explique Arthur Delaporte. Les échanges devaient se poursuivre mercredi soir après une journée de rencontres bilatérales entre les différents partis.

Dans un lieu une nouvelle fois tenu secret.

Trois jours après le second tour des législatives, la gauche doit toujours se mettre d'accord sur un Premier ministre pour diriger le gouvernement qu'elle entend former. Car si ces derniers jours insoumis et socialistes ont avancé les noms de Clémence Guetté et d'Olivier Faure pour Matignon, la question est loin d'être réglée. Les deux camps martèlent que la fonction ne peut être endossée que par l'un des leurs. «Seul un socialiste peut rassembler» répètent les roses, tandis que les insoumis martèlent que leur statut de plus gros groupe justifie que la primature leur revienne. Problème, les socialistes serinent qu'à la fin des fins, ce seront sûrement eux la première force de gauche dans l'hémicycle. Une étape franchie Une bataille à distance s'est donc lancée entre les deux partenaires pour tenter d'attirer le plus d'élus possibles. Et notamment les ultramarins dont une majeure partie siégeait avec les communistes lors de la dernière législature. «Nous faisons l'objet de toutes les attentions. C'est assez inédit car c'est la première fois que le NFP représente la première force politique à l'Assemblée. Ce qui se joue à travers la composition des groupes, c'est l'identité du Premier ministre», témoigne un élu particulièrement convoité. Mardi soir, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a tapé du poing sur la table lors des discussions. L'ancien député aimerait que l'alliance s'active pour faire sortir un nom rapidement. Histoire notamment de montrer que la gauche est prête à gouverner. «Il ne faut surtout pas créer de la désespérance chez les gens», expliquait-il à Libé dans la matinée. Le communiste affirme toutefois qu'une étape importante a été franchie : celle de la méthode pour choisir le Premier ministre. «Mardi, nous nous sommes quittés en ayant la volonté de travailler au consensus, la méthode la plus noble mais sans doute la moins facile», dit-il. Les partenaires espèrent pouvoir communiquer quelque chose avant la fin de la semaine.

Libération
jeudi 11 juillet 2024 858 mots, p. 2,3

Événement

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10 juillet 2024 - Libération (site web)

MAJORITÉ INTROUVABLE Macron envoie sa lettre de recadrage

Lilian Alemagna; Jean-Baptiste Daoulas; Laure Equy; Dessins Coco

Événement

On peut décider de dissoudre l'Assemblée en une demi-heure et mettre des semaines à tirer les conclusions d'une élection. Malgré les appels répétés du Nouveau Front populaire, arrivé en tête dimanche soir, à nommer l'un des siens à Matignon, Emmanuel Macron laisse du temps au temps. Dans une lettre confiée à des journaux régionaux, publiée mercredi dans l'aprèsmidi, le président de la République se pose en «protecteur de l'intérêt supérieur de la nation et garant des institutions» pour tancer les partis, coupables selon lui de ne pas respecter le vote des Français. Ou, tout du moins, de se tromper sur son sens. «Seules les forces républicaines représentent une majorité absolue», estime le chef de l'Etat, mettant dans le même sac tous les partis ayant participé au «front républicain» contre l'extrême droite. Il leur demande «d'engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide, nécessairement plurielle, pour le pays». En clair, le Président considère qu'aucun programme n'a été validé par les électeurs et veut forcer à la construction d'une coalition partant de zéro.

Violons gaulliens Une sorte de «conclave républicain», selon l'expression d'un de ses proches. Il ne nommera qu'un Premier ministre capable de réunir une majorité absolue de députés, ce qui n'est aujourd'hui le cas d'aucun des trois blocs composant l'Assemblée, qu'«à la lumière de [plusieurs] principes» énumérés dans cette lettre postée alors qu'il était en route pour un sommet de l'Otan à Washington : l'attachement aux «institutions républicaines», à «l'Etat de droit», au «parlementarisme», à l'Europe et à «la défense de l'indépendance française». «Les idées et les programmes avant les postes et les personnalités», insiste le chef de l'Etat qui sort les violons gaulliens – «la tradition de la Ve République» – pour tenter de faire prévaloir sa légitimité de «garant des institutions» sur celle des «partis» et leur pouvoir renforcer à l'Assemblée puisque la dissolution est désormais impossible durant un an. «Ce que les Français ont choisi par les urnes – le front républicain, les forces politiques doivent le concrétiser par leurs actes», insiste-t-il. Avant d'en convenir : «Cela suppose de laisser un peu de temps aux forces politiques.» Macron s'abstient donc volontairement de fixer une date butoir aux partis. L'Elysée compte ainsi réparer une erreur commise en juin 2022, quand le Président avait tenté de bâtir une coalition dans l'urgence pour élargir sa majorité relative de l'époque. «Le gouvernement actuel continuera d'exercer ses responsabilités puis sera en charge des affaires courantes comme le veut la tradition républicaine», ajoute-t-il, sans préciser à quelle date il compte accepter la démission de l'équipe de Gabriel Attal. Ce qui ne risque pas de tranquilliser son camp, déjà projeté dans l'après- Macron (lire ci-contre). Mais cette nouvelle tentative macronienne de «dépassement des clivages» se heurte au refus de la gauche, dont les dirigeants sont bien conscients qu'il s'agit là d'une tentative d'enfoncer un coin entre partenaires du Nouveau Front populaire. «Unique dans le monde démocratique : le Président refuse de reconnaître le résultat des urnes, s'est emballé Jean-Luc Mélenchon sur X. C'est le retour du droit de veto royal sur le suffrage universel. Il prétend donner du temps pour former une autre coalition par magouilles après les élections !» Même position pour le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel (lire pages 6 et 7) et celle des Ecologistes, Marine Tondelier, pour qui le «déni» du chef de l'Etat «abîme le pays et la démocratie». «Ça fait sept ans qu'on nous sert le “en même temps” à toutes les sauces, a-t-elle écrit sur le même réseau. Mais on ne peut pas perdre et gagner en même temps […] Emmanuel Macron a décidé seul de cette dissolution. Qu'il tire maintenant les conséquences de son résultat.» «Le peuple français a parlé, il faut maintenant respecter son choix, a enchaîné, en début de soirée, Olivier Faure. Certes, nous ne sommes pas [en] majorité absolue mais [les Français] ont donné une préférence.» Pour le premier secrétaire du PS, le Président «doit respecter son devoir républicain, respecter le suffrage universel […] il ne peut pas faire comme si rien ne s'était passé», qualifiant le maintien du gouvernement actuel comme «quelque chose d'irréaliste, presque lunaire». Droite silencieuse Quant à François Ruffin, il a rappelé qu'«Emmanuel Macron aussi, en 2022, “ne l'a pas emporté” » en référence à un passage de la lettre aux Français du Président : «Il a été élu pour faire barrage.» «Cette manière de gouverner, avec arrogance et toute puissance, personne à gauche ne souhaite la reproduire, ajoute le député de la Somme, sauvé in extremis dimanche face au RN. Qu'il nous laisse travailler, pour changer la vie des gens, un peu, en mieux.» Non-concernée par le «rassemblement» proposé par Macron, l'extrême droite en a profité, comme le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, pour fustiger un Président qui «organise la paralysie du pays en positionnant l'extrême gauche aux portes du pouvoir, après d'indignes arrangements». Il n'y a que la droite qui reste silencieuse et se positionne, avec Laurent Wauquiez en nouveau patron, dans un potentiel soutien sans participation (lire page 5). Pour un chef de l'Etat affaibli et qui tend la main à LR depuis 2022, c'est déjà ça de pris.•

Le Figaro, no. 24846
Le Figaro, jeudi 11 juillet 2024 555 mots, p. 7

International

Israël : la coalition de Netanyahou dans une mauvaise passe

Les partis alliés au Likoud étalent au grand jour leurs désaccords. La coalition ne parvient plus à faire voter ses projets de loi à la Knesset.

de Dieuleveult, Guillaume

La coalition emmenée par Benyamin Netanyahou traverse peut-être la zone de turbulences la plus forte depuis son arrivée au pouvoir, en 2023. Elle a contraint le chef de la coalition au Parlement, le député Likoud Ofir Katz, à retirer tous les projets de loi en cours à la Knesset « en raison du comportement irresponsable d'Otzma Yehudit » , le parti d'Itamar Ben Gvir, un des quatre alliés du Likoud.

La crise a émergé sur fond de tensions entre ce parti suprémaciste juif et le Shas des Séfarades ultraorthodoxes. Elle est la conséquence du chantage exercé par Itamar Ben Gvir, le ministre de la Sécurité nationale, pour intégrer le cabinet de guerre israélien. Face au refus de Netanyahou, Otzma Yehudit s'est opposé, pour la seconde fois depuis le mois de juin, au vote d'une loi déposée par le Shas, qui lui assurerait la mainmise sur la nomination de rabbins à des postes de fonctionnaires religieux.

Cette décision a provoqué la fureur des onze députés du Shas, dont le chef, Aryé Deri, occupe un siège d' « observateur » au sein du cabinet de guerre. Dans une déclaration, les députés condamnent « avec la plus grande gravité le comportement irréfléchi du ministre Ben Gvir ». Les députés séfarades se disent également « profondément perturbés par le manque de contrôle du premier ministre sur les membres de la coalition. »

Le parti d'Itamar Ben Gvir a répondu en renouvelant ses exigences : tant que ce dernier ne sera pas intégré au cabinet de guerre, ils continueront de « perturber le travail de la coalition. » Dans la presse israélienne, un « officiel » d'Otzma Yehudit explique qu' « alors que le ministre Ben Gvir pousse pour une victoire décisive et la destruction de l'ennemi sur tous les fronts, Deri est prêt à capituler en acceptant un accord honteux » sur la libération des 120 otages israéliens, aux mains du Hamas depuis plus de neuf mois désormais.

Itamar Ben Gvir est sur la même ligne que Bezalel Smotrich, le ministre des Finances et chef lui aussi d'un parti suprémaciste juif. Ils menacent tous deux de quitter la coalition en cas d'accord avec le Hamas. Les négociations ont repris cette semaine, mais elles ont été singulièrement compliquées par une déclaration de Benyamin Netanyahou, dimanche soir, sur la question cruciale du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, dont il refuse le principe.

Cette prise de position suscite des tensions entre le premier ministre et l'équipe de négociateurs. Netanyahou est régulièrement accusé par ses détracteurs d'être uniquement obsédé par sa survie politique. La coalition est également fragilisée par la question de la conscription des ultraorthodoxes. Au terme d'un long feuilleton politique et judiciaire, la Cour suprême israélienne l'a ordonnée fin juin. L'armée israélienne a annoncé mercredi que, dès le mois d'août, des jeunes religieux seraient appelés sous le drapeau. Les écoles religieuses qui ne se plient pas à cette obligation voient déjà leurs subventions supprimées. Pour les deux partis ultraorthodoxes alliés de Netanyahou, c'est un échec.

Netanyahou est aussi fragilisé par des affaires de corruption. Mardi, il a appris que son procès allait reprendre début décembre alors que ses avocats avaient demandé qu'il soit reporté à 2025. G. D.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Politique, jeudi 11 juillet 2024 501 mots, p. AUJM4
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10 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
11 juillet 2024 - Le Parisien

Marine Le Pen met la pression sur ses troupes

La présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale a passé des consignes très strictes à ses députés.

Alexandre Sulzer

Devant la façade arrière de l'Assemblée nationale, un néodéputé RN des Bouches-du-Rhône interpelle, la mine inquiète, l'un de ses collègues : « T'as pris l'écharpe, toi ? » « Non », lui répond l'autre. « Ouf, ça va », réagit l'élu qui, bien que dûment cravaté comme l'a demandé lundi Marine Le Pen, avait peur de s'attirer les foudres lepénistes.

Le RN fait sa deuxième rentrée parlementaire en pack de son histoire. Avec 89 députés, il était le premier groupe d'opposition de l'Assemblée nationale il y a deux ans. Avec 125, il devrait désormais être le premier groupe tout court. Malgré la déception des résultats du second tour, il s'agit pour Marine Le Pen de transformer le retour au Palais-Bourbon en démonstration de force en faisant poser ses fantassins, sortants comme néophytes, sur les marches de la cour d'honneur.

Clic-clac. Les députés parlent avec parcimonie aux journalistes, se contentant de se dire « fiers » et pressés de « se mettre au travail », et filent pour la première réunion de groupe. « Ceux qui ont parlé de défaite, je leur ai dit d'attendre quarante-huit heures et de faire retomber la poussière », dit en préambule Marine Le Pen alors que Jordan Bardella, à ses côtés, a précisément utilisé ce terme lundi devant le siège du parti... « Ne vous laissez pas atteindre par le bruit médiatique qui consiste à expliquer que c'est une défaite », explique désormais sans ciller le président du RN qui revendique au passage un pic « inédit » à 100 000 adhérents.

« Le calendrier électoral, sous sa forme actuelle, pourrait difficilement ne pas être revu avant la prochaine élection présidentielle », estime-t-il, tablant donc sur de nouvelles législatives anticipées. « Votre responsabilité, c'est d'accentuer la crédibilité de notre projet, on va vous demander d'être irréprochables », poursuit-il, en une référence évidente aux dérapages qui ont émaillé la campagne. Hors caméras, des consignes de discipline très strictes sont données aux députés.

Pas de coalition gouvernementale en vue

« On part sur une mandature pleine d'inconnues. [...] Nous sommes dans l'opposition. Au moins nous pouvons le dire. Les autres sont dans l'expectative », se félicite à la sortie de la réunion Marine Le Pen alors que son groupe est le seul à ne pas faire partie de potentielles coalitions gouvernementales. Pourrait-elle s'associer à une censure immédiate du futur gouvernement ? Elle refuse de répondre à cette question tant qu'elle ne connaît pas sa composition. Pas de coalition gouvernementale en vue pour le RN mais désormais un allié avec le groupe de 17 députés À droite d'Éric Ciotti. Un intergroupe et des collaborateurs communs aux deux groupes dans les commissions des Affaires étrangères et de Défense sont envisagés. Ainsi qu'un troc de députés.

Trois élus « ciottistes », dont Sophie-Laurence Roy dans l'Yonne, pourraient rapidement rejoindre le groupe RN tandis que trois députés proches de Marion Maréchal pourraient être exfiltrés vers le groupe ciottiste. « Ils vont beaucoup me manquer », grince déjà un député RN.

Le Monde
Idées, jeudi 11 juillet 2024 1086 mots, p. 29
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Vincent Pons Le désastre évité, réformons notre mode de scrutin

Le mode de scrutin majoritaire fonctionnait lorsque l’espace politique était organisé autour de deux grands blocs, de gauche et de droite, mais il est obsolète depuis la tripartition de l’espace politique, analyse l’économiste

Dimanche 7 juillet, le pire a été évité : qu’une minorité d’électeurs d’extrême droite permette au Rassemblement national (RN) de gouverner la France. Au contraire, le front républicain a accouché d’une Assemblée divisée en trois blocs.

Le Nouveau Front populaire (NFP) remporte 32 % des sièges, soit un peu plus que son total de voix au premier tour (28 %), Ensemble est fortement surreprésenté (29 % des sièges, contre environ 20 % des voix), et le RN avec ses alliés ciottistes est sous-représenté (25 % des sièges, contre 33 % des voix). Aucun camp n’ayant de majorité absolue, les négociations du troisième tour ont débuté : un gouvernement de coalition peut-il émerger, et quel serait son centre de gravité ? Si pressantes ces questions soient-elles, les élections que nous venons de vivre devraient également nous pousser à réformer notre mode de scrutin. Elles ont en effet confirmé deux faiblesses structurelles du scrutin uninominal à deux tours.

La première est la disproportionnalité entre nombre de voix et nombre de sièges. Comme chaque circonscription élit un seul député, un parti peut en théorie rafler tous les sièges en réunissant la moitié seulement des suffrages.

Or le Parlement est d’autant moins représentatif et légitime que l’écart entre sièges et voix est important. Par le passé, la disproportionnalité a parfois été encore plus forte qu’aujourd’hui. En 2017, En marche ! et ses alliés avaient ainsi transformé 32 % des voix en 61 % des sièges. L’émergence de majorités franches, quoique artificielles, peut certes assurer une certaine stabilité gouvernementale. Cela fonctionnait lorsque le système partisan était organisé autour de deux grands blocs, de gauche et de droite.

Mais la montée de l’extrême droite, l’émergence d’un parti centriste et l’union des gauches ont remplacé ce duopole par une tripartition de l’espace politique. Tant que cette tripartition durera, nous paierons le coût de la disproportionnalité sans en tirer les bénéfices. La seconde faiblesse du scrutin uninominal à deux tours est qu’il incite les candidats à nouer des alliances avant le premier tour afin d’assurer la qualification de leur camp au second, puis à se désister entre les deux tours en cas de triangulaire. De même, les électeurs sont incités à être stratégiques et à délaisser les candidats les plus faibles au premier tour, pour éviter l’éparpillement des voix de leur bloc, et au second, pour empêcher la victoire d’un candidat honni.

Choix stratégiques

Or la restriction de l’offre partisane et le fait qu’une partie des électeurs ne votent pas pour leur candidat préféré réduisent la lisibilité des résultats. Par exemple, dans les circonscriptions remportées par un candidat du NFP dimanche, les électeurs ont-ils principalement voté pour son programme ou contre le RN ? De même, lorsqu’un candidat Renaissance est arrivé en tête, combien de ses électeurs venaient de la gauche ? Faute de réponse à ces questions, le mandat des nouveaux élus reste flou.

En outre, l’examen des élections passées révèle que de nombreux candidats et électeurs refusent de faire les choix stratégiques auxquels la règle électorale les incite. En cas de duel, une part importante des électeurs soutenant un camp absent du second tour s’abstiennent ou votent blanc ou nul. Lorsque les candidats arrivés en troisième position se maintiennent, certains de leurs électeurs continuent à voter pour eux, quitte à provoquer la victoire du candidat qu’ils aiment le moins. Ce scénario s’est répété dimanche dans quelques circonscriptions : à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), par exemple, le maintien d’Anne-Laurence Petel, candidate Ensemble arrivée en troisième position, a privé le candidat NFP des suffrages qui auraient été nécessaires pour défaire son opposant RN, vainqueur par 858 voix.

Mais la menace d’une victoire du RN a donné lieu à un nombre historiquement élevé de désistements, permettant par exemple la victoire d’Elisabeth Borne ou de François Ruffin. Les électeurs ont fait leur part du travail : un grand nombre d’entre eux, à gauche et au centre, ont accepté de voter pour un candidat d’un camp différent afin de barrer la route au RN.

Ainsi, la participation a augmenté de 20 points par rapport à 2022 et la fraction de votes blancs et nuls a baissé de 2 points. Reste que désistements et votes contre nature sont coûteux. Combien de temps les électeurs et candidats seront-ils prêts à les réitérer ?

Les députés sont souvent récalcitrants à changer les règles du jeu qui les ont fait élire. Mais ces élections ont montré que le mode de scrutin actuel peut conduire à la catastrophe et qu’il axe la campagne sur les calculs stratégiques aux dépens des discussions de fond. Ces limites étant désormais manifestes, le contexte est plus favorable que jamais à une réforme électorale de grande ampleur. Le désastre évité, réformons notre mode de scrutin.

Le nouveau mode de scrutin devra remplir plusieurs objectifs. Il devra comporter plus de proportionnalité : lorsque les partis obtiennent un nombre de sièges proportionnel à leurs suffrages, chaque électeur peut voter pour son parti de prédilection sans risquer de « perdre » son vote, et les désistements décidés à la hâte à partir de calculs de coin de table font place à des accords de coalition basés sur des négociations programmatiques.

Pour renouer le lien avec les élus, la réforme électorale devra également renforcer la personnalisation du vote, en permettant par exemple aux électeurs de classer différents candidats.

Parce qu’il faudra arbitrer entre des objectifs parfois rivaux, adopter précipitamment une nouvelle règle serait une erreur. Il faudra au contraire prendre le temps d’évaluer les exemples étrangers, de consulter les experts de la science électorale et de construire un consensus large. Depuis le paradoxe de Condorcet, qui dès le XVIIIe siècle révèle la difficulté à traduire les préférences individuelles en choix collectif, jusqu’au jugement majoritaire, scrutin dans lequel les électeurs attribueraient une mention à chaque candidat, la France est le pays des théories du vote. Il est temps, désormais, de mettre ces travaux en pratique.

Libération
jeudi 11 juillet 2024 1286 mots, p. 13

AUTRE

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10 juillet 2024 - Libération (site web)

La détention en métropole, «démonstration caricaturale d'un Etat colonialiste»

Julien Lecot

AUTRE

«Libé» a suivi la sénatrice écologiste Raymonde Poncet Monge lors d'une visite du centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône, où est emprisonné le militant indépendantiste Dimitri Qenegei.

L a cellule D202 du centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône (Rhône) est nichée tout au fond du deuxième étage du bâtiment B. S'y rendre relève du parcours du combattant. Il faut : traverser des halls où les chaussures claquent et les voix résonnent ; longer d'imposants grillages verts en haut desquels des fils barbelés sont attachés ; se faire ouvrir une porte métallique, puis une deuxième, une troisième, et ainsi de suite jusqu'à ne plus arriver à les compter. Au bout d'un long couloir blanc, l'ultime porte rouge porte le numéro D202. Un petit carton vert y est accroché. Le nom du détenu qui l'occupe est écrit au feutre : Dimitri Qenegei. Registre d'écrou : 37 880. Derrière la porte, l'homme de 40 ans, arrivé de Nouvelle-Calédonie dans la nuit du 23 au 24 juin, apparaît en forme, vêtu d'un tee-shirt blanc, les pieds dans des claquettes bleues trop petites pour lui. Le costaud gaillard en sourit : «Je fais du 48 mais la plus grande taille qu'ils avaient, c'était du 46.» Malgré les 17 000 kilomètres qui le séparent de chez lui, de sa femme et de ses quatre enfants, le moral tient. «C'est sûr que c'est mieux d'être à l'extérieur, surtout que je n'avais jamais connu ça, la prison. Mais bon, ça va», dit-il sobrement à la sénatrice écologiste du Rhône, Raymonde Poncet Monge, ce lundi dans le cadre d'une visite parlementaire à laquelle Libé a assisté.

«C'est dur» Militant indépendantiste de longue date, Dimitri Qenegei est un visage connu en Nouvelle-Calédonie. Aujourd'hui commissaire politique de l'Union calédonienne dans la région Djubéa-Kaponé, dans le sud de l'île, il a été arrêté avec onze autres personnes le 19 juin. Il leur est à toutes reproché d'être les «commanditaires présumés» des émeutes qui ont éclaté à la suite du projet de loi de réforme du corps électoral qui entendait élargir la liste des électeurs – gelée depuis 2007 – aux scrutins provinciaux, cruciaux sur le territoire. De quoi bouleverser les équilibres, dans les urnes, entre indépendantistes et unionistes.

Le 22 juin, neuf de ces militants ont été présentés à un juge des libertés et de la détention. Et sept ont été placés dans la foulée dans un avion «affrété spécialement pour cette mission» et envoyés en métropole «en raison de la sensibilité de la procédure et afin de permettre la poursuite des investigations de manière sereine, hors de toute pression ou concertation frauduleuse», explique le procureur de Nouméa.

Les deux derniers ont été emprisonnés en Nouvelle-Calédonie, à cause d'une demande de délai faite par leurs conseils à la dernière minute pour préparer leur défense, assure Me François Roux, ce qui leur a fait rater l'avion. «Les magistrats ne se sont pas cassé la tête, ils ont mis les mêmes chefs d'accusation pour tous, dénonce cet avocat de longue date des indépendantistes kanak. Ensuite, les sept détenus ont juste eu le temps d'embrasser leurs proches, sans avoir le droit de leur parler, et on les a mis dans l'avion. Pendant les trente heures de transfert, ils étaient menottés, qu'ils dorment, qu'ils mangent ou qu'ils aillent aux toilettes. Même les terroristes, on ne le traite pas comme ça.» Dijon, Bourges, Mulhouse, Blois… A leur arrivée en métropole, tous ont été éparpillés sur le territoire. Dimitri Qenegei a, lui, fini sa route en pleine nuit à Villefranche-sur- Saône. «On m'a demandé de me déplacer pour l'accueillir, à 3 heures du matin, ce qui ne se fait jamais, sauf pour les détenus “médiatisés”. Il était avec des forces de l'ordre à attendre devant la porte», raconte la directrice du centre pénitentiaire, Géraldine Balmelli.

Le quadra vit dans une cellule qu'il occupe seul. La pièce, simplement éclairée par une petite fenêtre, est sommaire : on y trouve un lit simple, une télé branchée sur CNews, un petit frigo, un meuble dans lequel sont entreposés quelques livres, du courrier et des conserves, et une petite table sur laquelle traîne un paquet de cigarettes.

Interrogé par Raymonde Poncet Monge, Dimitri Qenegei revient sur ses derniers jours passés en Nouvelle-Calédonie. Il raconte s'être rendu de lui-même avec son oncle, Christian Tein, le leader de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) dès qu'il a su qu'il était recherché. «Je n'avais rien à me reprocher, et on nous disait que les gendarmes allaient venir nous arrêter, qu'ils étaient prêts à faire feu si on ne coopérait pas», dit-il. Dimitri Qenegei détaille avoir été auditionné «jour et nuit» pendant près de quatre jours, avant d'être entendu à 2 heures du matin dimanche 23 juin. C'est là qu'on lui a appris qu'il allait être transféré dans le Rhône. Peu après, «sans avoir le temps de prendre des affaires», il était dans l'avion.

Si le départ a été violent – «c'est dur d'être envoyés d'un coup à 17 000 kilomètres de chez nous sans savoir où on va mettre les pieds» –, le militant dit avoir été «bien accueilli» à Villefranche-sur- Saône et ne se plaint pas de ses conditions de détention. En revanche, le fait de ne pas pouvoir être en lien avec sa famille, et plus encore avec sa femme qui est «malade depuis un an», lui pèse. Sa cellule est bien équipée d'un téléphone, mais au moment de notre visite, faute d'autorisation du juge d'instruction, le combiné ne fonctionnait pas.

Contrairement à plusieurs des indé- pendantistes transférés en métropole, Dimitri Qenegei n'a pas été placé à l'isolement. Une décision saluée par Raymonde Poncet Monge. Géraldine Balmelli rappelle que l'isolement sert «soit à protéger le détenu de lui ou des autres, soit parce qu'il est problématique à gérer». Autant de cases dans lesquelles n'entrait pas Dimitri Qenegei, détenu modèle qui ne «représente pas une dangerosité particulière».

«Absurdité» Il y a quelques jours, la sénatrice était revenue marquée de sa visite à une autre militante, Frédérique Muliava, enfermée à l'isolement dans la prison de Riom (Puy-de-Dôme) : «Pour Frédérique, l'isolement a été un énorme choc. Un troisième après l'arrestation et le transfert loin de ses enfants en bas âge. Ça semblait une décision purement punitive.» Directrice de cabinet du président du Congrès en Nouvelle-Calédonie, Frédérique Muliava a depuis été placée sous contrôle judiciaire avec bracelet électronique et assignation à résidence, en métropole, pendant six mois. Une mesure qui ne satisfait pas pleinement la sénatrice, qui appelle au renvoi des prisonniers dans le Pacifique : «Ce n'est pas à nous de dire s'ils devaient, ou non, être arrêtés. Mais les envoyer à l'autre bout du monde, c'est une démonstration caricaturale d'un Etat colonialiste.» Pour continuer de faire parler de ces détenus particuliers, les écologistes entendent multiplier les visites en prison aussi longtemps que nécessaire. «C'est important de mettre la lumière sur ces cas passés un peu sous les radars à cause du contexte politique en métropole», appuie le sénateur Thomas Dossus, qui s'était rendu le 1er juillet à Dijon, où la responsable de la communication de la CCAT était incarcérée.

Robert Xowie, devenu il y a un an le premier sénateur indépendantiste calé- donien, réalise également de son côté un tour de France des prisons depuis deux semaines. On imagine le député fraîchement élu Emmanuel Tjibaou, premier représentant indépendantiste élu à l'Assemblée nationale depuis 1986, faire de même sous peu. S'il visite les centres pénitentiaires dans lesquels les indépendantistes ont été placés, il croisera son frère, Joël Tjibaou, arrêté le même jour que Dimitri Qenegei mais resté, lui, en Nouvelle-Calédonie. Pour François Roux, «cette situation résume l'absurdité de la situation actuelle : pour avoir défendu la même cause, la sortie d'un Etat colonial, l'indépendance, l'un est en prison, l'autre fait son entrée au Palais-Bourbon. C'est surréaliste.»

Libération
jeudi 11 juillet 2024 770 mots, p. 1,12,13

France

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10 juillet 2024 - Libération (site web)

Comment renouer le dialogue ?

Gilles Caprais

France

pages 12-13 Nouvelle-Calédonie Deux mois de tensions et un dixième mort Un homme de 38 ans, neveu du président du Congrès, a été tué par un gendarme mercredi à Saint-Louis. Pour renouer le dialogue, les indépendantistes espèrent désormais la nomination d'un Premier ministre de gauche.

est le dixième décès par arme à feu depuis le début C' de l'insurrection. Un homme de 38 ans a été abattu mercredi matin par un gendarme dans la tribu de Saint-Louis, au nord-est de Nouméa, où les affrontements sont particulièrement intenses et fréquents depuis le 13 mai. Rock Victorin Wamytan, 38 ans, neveu de Roch Wamytan, président indépendantiste du Congrès de la Nouvelle- Calédonie et grand chef de la tribu, a été mortellement touché par un coup de fusil de longue portée.

un «tir de riposte» Dans un communiqué diffusé mercredi soir, le procureur de la République indique que des membres du groupe d'intervention de la gendarmerie nationale, postés à 650 mètres de l'église, ont été «directement visés par plusieurs tirs». Quelques heures plus tôt, plusieurs hommes avaient été aperçus dans les hauteurs du bâtiment, «l'un d'entre eux […] arborant une arme longue». L'un des gendarmes a réalisé un «tir de riposte», qui a atteint la victime au flanc. «A ce stade de l'enquête, et sous réserve des investigations en cours, l'hypothèse d'une action de légitime défense pourrait être privilégiée», écrit Yves Dupas. Le parquet a ordonné un examen scanographique et une autopsie, et a ouvert deux enquêtes, l'une pour tentative de meurtre sur les gendarmes, l'autre pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Cette seconde enquête a été confiée à l'Inspection générale de la gendarmerie nationale. Rock Victorin Wamytan «faisait l'objet d'un mandat de recherche depuis le 2 juillet», précise le procureur. Il était suspecté d'avoir participé à un ou plusieurs des douze car-jackings commis sur la longue route qui passe devant la tribu de Saint-Louis au cours de la semaine dernière, et notamment dimanche. Libéré en juillet 2023, il avait été condamné en 2018 à dix ans d'emprisonnement pour des faits de violence à l'encontre des gendarmes commis deux ans plus tôt, en réaction à la mort de William Decoiré, habitant de Saint-Louis, abattu par un gendarme lors d'un contrôle routier, une affaire dans lequel la famille avait contesté la légitime défense. Depuis le 13 mai, sept Kanak, un habitant d'origine européenne ainsi que deux gendarmes (dont un victime d'un tir accidentel d'un autre militaire) ont été tués par balle en Nouvelle-Calédonie. L'insurrection indépendantiste est survenue après six mois de mobilisation pacifique de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) contre le dégel du corps électoral. Portée par le ministre de l'Intérieur et des Outre-Mer, Gérald Darmanin, la réforme constitutionnelle a été suspendue par Emmanuel Macron le 12 juin, trois jours après sa décision de dissoudre l'Assemblée nationale suite aux mauvais résultats de son camp aux élections européennes. La violence avait connu une deuxième flambée à partir à la suite de l'arrestation de neuf dirigeants de la CCAT, le 19 juin, et du transfert dans des prisons de métropole de sept d'entre eux, dont le leader Christian Tein (lire ci-contre).

Domination du camp pro-kanaky Les violences se sont également matérialisées par l'incendie de plus de 700 entreprises, pour des dégâts estimés à plus de 2 milliards d'euros, et par des barrages routiers qui auraient conduit à la mort de plusieurs personnes, faute de soins. Ces barrages se sont faits moins nombreux au fur et à mesure de l'arrivée des renforts, pour porter le nombre de policiers et gendarmes sur l'archipel à plus de 3 000. Dans le secteur de Saint-Louis, la résistance des militants reste particu- lièrement forte, et les gendarmes continuent de faire l'objet de nombreux tirs.

Malgré l'état insurrectionnel latent, les élections législatives se sont déroulées dans des conditions jugées satisfaisantes par les autorités. Emmanuel Tjibaou est devenu le premier député indépendantiste depuis 1986, brisant le plafond de verre créé par le redécoupage «Pasqua» des deux circonscriptions, et le loyaliste Nicolas Metzdorf est parvenu à conserver un siège à l'Assemblée nationale. Dans un contexte de forte participation, la plus grande surprise a été la domination globale du camp pro-Kanaky, qui a récolté 83 000 voix à l'échelle du pays, contre 73 000 pour les partisans du maintien dans la République.

Les indépendantistes espèrent désormais la nomination à Matignon d'un Premier ministre de gauche, au nom d'affinités historiques avec le camp qui a permis de conclure les accords de paix de Matignon en 1988 puis de Nouméa en 1998, et par volonté de rupture avec la partialité affichée d'Emmanuel Macron.•

Libération
jeudi 11 juillet 2024 1358 mots, p. 6,7

événement

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10 juillet 2024 - Libération (site web)

«Il ne faut pas brutaliser la discussion, le PCF ne bloquera aucune solution, ni aucun nom»

Charlotte Belaïch ; Sacha Nelken

événement

Ces derniers temps, le carnet de bord que tient Fabien Roussel depuis 2017 se remplit plus vite que d'habitude. Utilisé pour prendre des notes lors de ses rencontres, le cahier de l'ex-député centralise aujourd'hui les moindres observations du secrétaire national du PCF à propos des négociations du Nouveau Front populaire (NFP) pour tenter de former un gouvernement. «C'est trop long, je m'impatiente», a-t-il ainsi écrit dans la nuit de mardi et mercredi. Après trois jours d'échanges, le communiste aimerait que la gauche accélère et se mette d'accord sur le nom d'un Premier ministre. Comment réagissez-vous à la lettre d'Emmanuel Macron ? C'est un déni de réalité. Il ne veut toujours pas accepter la défaite et l'unique demande des Français : le changement ! Le président de la République est le garant des institutions. Il doit accepter le résultat des urnes. Son camp a été défait et les députés du NFP sont arrivés en tête. Il doit nous laisser gouverner et permettre à l'Assemblée de mettre en place un gouvernement dans le cadre d'une majorité relative. Il doit ainsi demander à ses députés de ne pas s'opposer au budget que nous mettrons en place. Les Français doivent pouvoir juger, ce sont eux les juges de paix. Mais où en êtes-vous de vos discussions à gauche ? Elles se poursuivent pour élaborer le meilleur moyen de répondre aux attentes des Français avec un gouvernement, un calendrier de réforme et une méthode pour gouverner en position de majorité relative dans une situation fragile. Nous devons encore nous mettre d'accord sur la question du Premier ministre.

Mardi, nous nous sommes quittés en ayant la volonté de travailler au consensus, la méthode la plus noble mais sans doute la moins facile. Il y a une volonté d'accélérer ? Oui, il y a une volonté d'aboutir au plus vite pour répondre à l'attente des Français. J'ai moi-même fait part de mon impatience de façon assez forte. Mais il faut sans doute ce temps-là pour être solide dans notre union. Il ne faut surtout pas brutaliser la discussion. Le PCF ne bloquera aucune solution, ni aucun nom.

Des noms commencent à circuler pour Matignon. Ajoutez-vous le vôtre à la liste ? Comme dirait quelqu'un : «Je ne serai jamais un problème.» Avant de parler de noms, concentrons-nous sur le profil de la personne qui doit incarner notre façon de gouverner.

Il y a encore des nuances entre ceux qui disent «c'est tout le programme, rien que le programme» et ceux qui disent qu'il faut répondre aux attentes des Français sur la base de notre programme. En tout cas, nous sommes tous d'accord sur le fait que nous n'irons pas dans une coalition qui nous lierait aux macronistes et qu'il est hors de question de rogner notre programme.

Vous êtes donc aussi sur la ligne «tout le programme, rien que le programme» ? Non. Il faut un Premier ministre qui soit en capacité de construire des majorités sur les textes. Est-ce qu'on parle comme si on avait la majorité absolue, avec un peu d'arrogance ? Ou bien on se montre ouvert face aux Français et au Parlement avec un esprit de dialogue ? Pour pouvoir construire, il nous faut cette humilité-là. Le chemin est très étroit pour réussir. Je ne veux pas donner d'illusion. Nous ne réussirons pas sans former des majorités à l'Assemblée d'où la nécessité de choisir un Premier ministre capable de dialoguer. Doit-on déduire que ça ne peut pas être un insoumis ? Je n'ai jamais dit ça. J'ai insisté sur la nécessité d'avoir un Premier ministre et un gouvernement ouverts au dialogue, humbles, capables de construire des majorités au Parlement et prenant à témoin l'opinion. Je l'ai dit hier en réunion. Sur la hausse du smic par exemple, ce sera compliqué de trouver des partenaires au-delà des rangs de la gauche… Nous pouvons inscrire cette hausse dans le cadre d'une conférence sociale, avec une lettre de cadrage du gouvernement, qui comprendrait aussi l'indexation des salaires sur l'inflation et la question de l'exonération des cotisations sociales des entreprises du CAC 40. Si l'on respecte la démocratie sociale, si l'on est transparent avec les salariés et le monde économique, en prenant l'opinion à témoin sur ce que nous pouvons faire et comment nous le mettons en oeuvre, nous pouvons trouver une majorité.

Vous parlez «d'humilité». Est-ce que la gauche peut se permettre de gouverner à coups de 49.3 après l'avoir critiqué pendant deux ans ? Ça fait partie des points sur lesquels nous discutons. Personnellement, je pense que l'idéal serait de construire et de convaincre. Une coalition entre le camp présidentiel et la droite serait une façon de vous voler la victoire ? Le Président prendrait une lourde responsabilité en acceptant cela. Il a trop d'orgueil. Il ne veut pas admettre que la confiance est rompue avec la politique qu'il mène. Une coalition avec LR, ça veut dire quoi ? Dix à trente milliards de coupes budgétaires dans nos services publics, pour l'environnement. Ça veut dire des frigos toujours vides à la fin du mois, des profs absents, des gens qui ne se soignent pas. Ils ne mesurent pas que ça bouillonne dans le pays.

Vous avez été enregistré, dans un train, évoquant une coalition avec la macronie et LR sans LFI. L'avez-vous vraiment envisagé ? Mes propos sont sortis de leur contexte, coupés, tronqués. Nous étions au lendemain du premier tour. On parlait d'un risque de majorité absolue pour le RN. Tout le monde s'interrogeait sur la façon d'empêcher un gouvernement d'extrême droite de diriger la France. D'où l'évocation dans la discussion d'un gouvernement d'union nationale qui circulait alors et que je n'envisage pas.

Comment avez-vous vécu votre défaite ? Je m'y attendais, mais quand le couperet est tombé, ça a été dur. Mais je suis un militant, j'ai des convictions, que je veux continuer à défendre en assumant ma responsabilité de secrétaire national du PCF et en travaillant à la poursuite du NFP.

Quelle leçon en tirez-vous ? Aucune digue ne protège d'une vague. Chez moi, je suis cerné par le RN. Ensuite, beaucoup de gens m'ont reproché l'alliance avec Mélenchon, comme le dit François Ruffin, et d'autres collègues qui ont été emportés. Mélenchon a fait peur. Il a été utilisé comme un épouvantail et comme il aime bien être au centre du jeu, il y est allé. Sans parler de certaines ambiguïtés qui auraient dû être levées, comme sur l'antisémitisme. Mais je ne serais pas sincère si je disais que c'est à cause de lui que j'ai perdu. Ce n'est pas juste de mettre tout sur son dos comme le fait François. Parce que, sans alliance, j'aurais perdu aussi. Enfin, ma défaite montre que la gauche est devenue inaudible dans la France des sous-préfectures et qu'on est minoritaires chez les ouvriers. On ne peut pas abandonner une partie de la France à l'extrême droite en disant que ce n'est pas grave, car on est forts dans les métropoles, chez les jeunes et les cadres. On ne construira jamais de majorité politique ainsi. Vous ne remettez donc pas en question votre ligne ? Non. Il faut analyser nos reculs pour les réparer.

Je dis attention à ce que le combat identitaire ne supplante pas le combat de classe. Le RN est là-dessus et en réaction, une partie de la gauche racialise, communautarise. Nous devons nous adresser aux ouvriers, aux employés, de toutes les origines, de toutes les religions.

Etes-vous favorable à un groupe avec les écologistes et les frondeurs de LFI, comme ils le proposent ? On veut d'abord créer les conditions de faire vivre le groupe communiste et GDR [Gauche démocrate et républicaine, ndlr]. Après, ils sont les bienvenus, nous accueillons les sensibilités diverses, mais nous sommes attachés à notre originalité. On vient déjà d'être dissous une fois, on ne va pas l'être une deuxième fois en disparaissant dans le groupe écologiste comme on nous le demande. Les ultramarins qui siégeaient avec vous sont très convoités par les insoumis… C'est pas très fair-play. Il y a une petite course à savoir qui a la plus grosse équipe entre les insoumis et les socialistes. Ce n'est pas bien, car la gauche est plurielle.

Le Figaro, no. 24845
Le Figaro, mercredi 10 juillet 2024 6506 mots, p. 12

Légion d'honneur

Présidence de la République

À la dignité de grand-croix

Bernard Esambert, président de fondations et d'associations. Joëlle Kauffmann, née Brunerie, ancienne médecin gynécologue, militante féministe.

À la dignité de grand officier

Edwige Bonnevie, née Tourne, ancienne déléguée générale d'un établissement public national en faveur du développement technologique. Bernard Hayot, ancien président-directeur général de société, président de fondation. Yannick Lallemand, ancien aumônier militaire. Simone Long, née Gartich, première vice-présidente nationale honoraire et première vice-présidente régionale d'une association d'aide humanitaire.

Grande Chancellerie de la Légion d'honneur

Au grade d'officier

Nicolas Frizon de Lamotte de Règes, ancien haut fonctionnaire, président d'une section locale d'une association de décorés. Brigitte Sénut, paléontologue, professeure émérite au Muséum national d'histoire naturelle.

Au grade de chevalier

Claudine Astier, née Merlin, médecin généraliste. Florence Bergeaud-Blackler, née Bergeaud, anthropologue, chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique. Daniel Cerdan, ancien officier, président départemental d'une association de personnels de la gendarmerie. Lucienne Forestier, née Gaillard, ancienne présidente départementale d'une association patriotique, combattante volontaire de la Résistance. Mario Gervasi, président d'une association de parachutisme et d'une délégation régionale d'une association culturelle. Patrick Lemoine, psychiatre et écrivain. Serge Lie Pao, président départemental et trésorier national d'une association de décorés. Anne-Catherine Robert-Hauglustaine, née Robert, directrice générale du Musée de l'air et de l'espace. Anne Saint-Laurent-Genta, née Rabiller, directrice générale d'un service interentreprises de prévention et de santé au travail, administratrice d'une association caritative. Aurélie Tristant, née Brasseur, présidente d'une société d'investissement immobilier, membre du directoire d'un établissement bancaire.

Premier ministre

Au grade de commandeur

Élisabeth Borne, ancienne première ministre. Bernadette Malgorn, conseillère maître honoraire à la Cour des comptes, ancienne préfète de région, conseillère municipale de Brest (Finistère).

Au grade d'officier

Dominique Attias, avocate, ancienne secrétaire générale d'une association dédiée à la défense des droits de l'enfant. Nathalie Collin, née Ribes, directrice générale adjointe d'un groupe multi-services. Marianne Laigneau, présidente du directoire d'une société spécialisée dans la distribution d'électricité. Luc Machard, président d'une section au sein d'une chambre à la Cour des comptes. Véronique Peaucelle-Delelis, née Delelis, inspectrice civile de la défense, ancienne directrice générale de l'Office national des combattants et des victimes de guerre. Jean-Louis Touraine, député honoraire du Rhône, professeur émérite de médecine, président national d'une association à vocation médicale. Herbert Traube, ancien combattant, ancien ingénieur de l'industrie aérospatiale. Michèle Vianès, née Lewinski, présidente d'une association de lutte contre les violences faites aux femmes.

Au grade de chevalier

Yonathan Arfi, président d'une association de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Christine Aubère, présidente-fondatrice d'une association sportive. Guillaume Bazin, directeur du contrôle et de l'évaluation de l'Assemblée nationale. Marie-Françoise Bocquet, née Chapron, présidente d'une association de protection de l'enfance et des familles. René Brunet, résistant, membre d'une association d'anciens combattants. François Corbin, administrateur référent au sein d'un groupe industriel. Elsa Cortijo, chercheuse en paléoclimatologie, directrice de l'agence de programmes du Centre national de la recherche scientifique. Christian Cusset, directeur général adjoint d'une entreprise spécialisée dans la fabrication de véhicules terrestres. Rebecca D'Antonio, directrice générale d'une association spécialisée dans le traitement de l'insuffisance rénale. Kokoè Dosseh, présidente de section près d'une chambre régionale des comptes. Virginie Efira, actrice. Frédéric Encel, géopolitologue, directeur de recherche et maître de conférences au sein d'une université. Catherine Faivre-Pierret, née Faivre, cheffe d'une exploitation agricole, vice-présidente d'un syndicat agricole. Stéphane Fauth, président d'entreprises spécialisées dans les équipements modulaires et de robotique industrielle. Gilles Finchelstein, secrétaire général d'une fondation politique. Anne-Sophie Gavriloff, présidente départementale d'une association d'aide aux victimes. David Gourion, psychiatre, auteur. Véronique Grivel, née Abrioux, directrice des achats et des finances à l'Assemblée nationale. Marthe His, née Rigault, ancienne agente de services hospitaliers. Christophe Honoré, réalisateur, scénariste, écrivain, dramaturge et metteur en scène. Achille Hourdé, maire de Jaignes (Seine-et-Marne), président d'une société dans le domaine médical. France Hourrière, née Pottier, présidente d'une association locale à vocation patrimoniale. Jean-Jacques Hyest, ancien sénateur et ancien député de Seine-et-Marne, président d'une communauté de communes, maire de La Madeleine-sur-Loing. Sophie Koch, artiste lyrique. Pierrette Lambert, peintre miniaturiste, portraitiste. Marie-Thérèse Leccia, professeure des universités-praticienne hospitalière, présidente de la commission médicale d'établissement d'un centre hospitalier universitaire. Aurélia Lecourtier, directrice financière d'une société de gestion. Sabine Lunel-Suzanne, née Lunel, directrice de projets d'une entreprise du secteur de l'énergie, vice-présidente d'une association nationale de promotion de l'insertion professionnelle des femmes. Gilles Lurton, ancien député d'Ille-et-Vilaine, maire de Saint-Malo, président d'une communauté d'agglomération. Anne Marcassus, coprésidente-fondatrice d'une société de production d'émissions, productrice et directrice artistique d'un concert caritatif. Valéry Molet, secrétaire général du Conseil économique, social et environnemental. Marie Niedergang, directrice générale de l'Institut de la gestion publique et du développement économique. Franck Papazian, président-fondateur d'une société oeuvrant dans l'enseignement supérieur, coprésident d'un conseil de coordination représentant une communauté étrangère. Claire Peigné, née Brémond, conseillère régionale d'Auvergne-Rhône-Alpes, maire de Morancé (Rhône), présidente départementale d'une association de maires. Florence Provendier, ancienne députée des Hauts-de-Seine, coordinatrice au ministère de l'Europe et des affaires étrangères. Muriel Reus, présidente-fondatrice d'une association de défense des droits des femmes. Sandrine Rui, enseignante-chercheuse en sociologie, membre du comité de gouvernance de la convention citoyenne sur la fin de vie. Florence Sandis, présidente d'une association dédiée à l'égalité professionnelle. Bernadette Senga Dia Bayedila, ancienne médecin anesthésiste, responsable associative.

Ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique

Au grade d'officier

Marie Adeline-Peix, née Adeline, directrice exécutive au sein d'une banque publique d'investissement. Christophe Gruy, président d'une entreprise de conception de projets d'aménagements. Catherine Mayenobe, directrice au sein d'une institution financière publique. Robert Ophèle, président du collège d'un organisme de normalisation comptable. Olivier Roussat, directeur général d'un groupe de services diversifiés.

Au grade de chevalier

Aly Adham, président d'un groupe fournisseur de produits et solutions routières. Emmanuelle Assouan, directrice dans une institution bancaire. Hafid Baroudi, directeur des sites et territoires dans un établissement public à caractère industriel et commercial. Anne-Catherine Basset, née Péton, directrice des opérations de la manufacture, de l'ingénierie et de la qualité d'un constructeur automobile français. Sandrine Bayle-Gosse, directrice d'un centre de formation d'apprentis. Monique dite Monica Bragard, née Polonsky, directrice générale d'une société de vêtements professionnels. Patrice Bros, directeur industriel au sein d'une entreprise spécialisée dans la joaillerie. Marie-Christine Brun, directrice départementale des finances publiques. Abdelkarim dit Karim Chaiblaine, président-directeur général de la division automobile et ferroviaire d'un conglomérat industriel. Sylvie Cohen, directrice au sein d'un opérateur de services postaux. Laurence Comte-Arassus, née Comte, directrice générale au sein d'une entreprise du secteur médical. Thierry Dana, directeur général d'une entreprise d'assurances. Pascale Dennery, née Dufourcq, administratrice directrice générale d'une société bancaire. Églantine Dewitte, directrice générale d'une société coopérative dans le domaine du numérique. Paul du Saillant, né de Lasteyrie du Saillant de Comborn, directeur général délégué d'un groupe spécialisé dans les équipements ophtalmiques et optiques. Stéphanie Gaiffe, née Patault, directrice d'un établissement spécialisé en énergie et combustible nucléaire. Carole Georges, directrice d'une faïencerie. Michel Giannuzzi, président d'une structure productrice d'emballages en verre pour boissons et produits alimentaires. Isabelle Godard Devaujany, née Devaujany, directrice régionale des finances publiques. Didier Gouraud, président d'une chambre de métiers et de l'artisanat. Nicolas Guérin, secrétaire général d'une société française de télécommunications. Valérie Guérin, vigneronne, propriétaire d'un domaine viticole. Raphaëla le Gouvello, née le Gouvello du Timat, véliplanchiste, directrice d'une société de conseil en aquaculture. Marion-Anne Macé, sous-directrice du développement au sein d'une direction ministérielle. Clarisse Maillet, née Martins, directrice générale d'une entreprise spécialisée dans le recyclage et la valorisation des métaux stratégiques. Jean-Claude Marcellet, président d'une entreprise spécialisée en aéronautique. Patrick Martinez, directeur régional d'une structure publique d'investissement. Christèle Merter, née Lampin, présidente d'une plateforme collaborative. Georgette Michel-Brassart, née Michel, ancienne députée des Bouches-du-Rhône, consultante en commerce international. Nelly Nicoli, née Renoux, directrice générale d'une structure spécialisée dans le gaz naturel liquéfié. Paul Pairet, chef cuisinier, propriétaire de restaurants gastronomiques. Christian Pichevin, directeur départemental des finances publiques. Florence Ployart, née Tétrault, sous-directrice d'une direction ministérielle. Sylvie Plunian, directrice d'entreprises. Jocelyne Pluton-Hennard, née Pluton, cheffe d'un pôle à la direction régionale des douanes. Louis Privat, fondateur et directeur général d'un restaurant. François Provost, directeur du développement international et des partenariats au sein d'une entreprise spécialisée dans l'automobile. Karine Renouil-Tiberghien, née Tiberghien, coprésidente d'un groupe spécialisé dans l'industrie textile. Jean-François Rial, président-directeur général d'une entreprise spécialisée dans le voyage sur mesure. Nicole Ricaud, directrice financière d'une entreprise du secteur aéronautique. Charles Robinet-Duffo, président-directeur général d'un groupe de protection sociale collective. Frédéric Roux, commissaire divisionnaire de la police nationale. Patrick Seguin, président d'une chambre de commerce et d'industrie. Nathalie Seninck, née Antoine, présidente d'une entreprise spécialisée dans le traitement des surfaces. Joseph Sfeir, horloger-joaillier. Philippe Stohr, directeur des énergies dans un organisme public de recherche. Jean-Christophe Tortora, président d'un journal économique et financier. Michel Van Den Berghe, né Vanden Berghe, président d'un campus dans le domaine de la cybersécurité. Corinne Versini, directrice générale d'une société spécialisée dans les encres électroniques. Benoît Vuillemin, président d'une société de décoration d'intérieur, maire de Saône (Doubs), vice-président d'une communauté urbaine.

Ministère de l'Intérieur et des Outre-mer

Au grade de commandeur

Pascal Mailhos, ancien préfet, coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.

Au grade d'officier

Victor Anicet, plasticien céramiste (Martinique). Aude Bono-Vandorme, née Vandorme, ancienne députée de l'Aisne, directrice de l'action régionale du Conservatoire national des arts et métiers. Gilles Cantal, préfet honoraire, président d'un groupement de coopération médico-social. Anna Gourgue, née Peklidonoglos, présidente d'une association de défense et de protection des enfants. Gilles Grégoire, contrôleur général de sapeurs-pompiers. Louis Le Franc, haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Au grade de chevalier

Dominique Abbenanti, inspecteur général des services actifs de la police nationale. Benjamin Allouche, président d'une assemblée régionale des communautés juives. Marieder Arostéguy, maire de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), vice-présidente d'une communauté d'agglomération. Carole Auchart, adjointe d'un chef de division dans une direction du ministère. Paul Audan, maire de Gréoux-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), président d'une association d'élus. Jérôme Baloge, maire de Niort (Deux-Sèvres), président d'une communauté d'agglomération. Maurice Barate, préfet du Cher. Abdenour Bastianelli, président-fondateur d'une union régionale d'associations musulmanes, président d'une association cultuelle. Joseph Beco, maire de Loubressac (Lot), président d'un office de tourisme. Isabelle Bérard, née Naffrechoux, lieutenante-colonelle de sapeurs-pompiers professionnels. Stéphane Bijoux, ancien député européen. Géraldine Bodet-Allard, née Bodet, commandante divisionnaire fonctionnelle de police. Élise Bonnerre-Sirjacobs, née Sirjacobs, commissaire divisionnaire de police. Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Luc Bouard, conseiller départemental de la Vendée, maire de La Roche-sur-Yon, président d'une communauté d'agglomération. Odile Bureau, ancienne sous-préfète chargée de mission auprès du préfet de la Moselle. François-Xavier Bustillo, cardinal, évêque d'Ajaccio. Philippe Calleja, maire de Saverdun (Ariège). Serge Castel, préfet du Jura. Jean Cesto, président d'un groupement d'économie solidaire (Guyane). Patricia Chadrys, née Bobichon, commandante divisionnaire fonctionnelle de police. Bertrand Chamoulaud, directeur des services actifs de la police nationale. Adeline Champagnat, contrôleuse générale des services actifs de la police nationale. Amandine Charlot, née Matricon, commissaire divisionnaire de police. Stéphanie Chaubet, pharmacienne colonelle de sapeurs-pompiers professionnels. Laurence Chevreau-Fonteneau, née Fonteneau, médecin coordonnatrice d'une zone de défense et de sécurité. Philippe Chose-Bridenne, né Chose, directeur technique dans une direction du ministère. Pierre-Édouard Colliex, préfet de police des Bouches-du-Rhône. Daniel Coudreuse, maire de Brûlon (Sarthe), président d'une communauté de communes. Thierry Courtecuisse, contrôleur général des services actifs de la police nationale. Christiane Dalo, médecin généraliste, médecin lieutenante-colonelle de sapeurs-pompiers volontaires. Jean-Pierre Decool, ancien sénateur, ancien député, ancien maire de Brouckerque (Nord), président du conseil d'administration d'un établissement pour personnes âgées. Pascaline Delépine, commandante de police. Élisabeth Del Genini, née Heisser, vice-présidente du conseil régional du Grand Est, adjointe au maire d'Épinal (Vosges), présidente d'un office de tourisme. Véronique Deprez-Boudier, née Deprez, préfète déléguée pour l'égalité des chances auprès de la préfète du Val-de-Marne. Franck Desalme, président d'une entreprise agroalimentaire, président d'une organisation interprofessionnelle (Guadeloupe). Cécile Dindar, née Nabos, préfète de l'Aube. Frédéric Doidy, contrôleur général des services actifs de la police nationale. Nicole Etheve, née Sautron, représentante d'un syndicat de salariés, ancienne directrice au sein de la chambre de métiers et de l'artisanat de La Réunion. Françoise Férat, née Prou, ancienne sénatrice, ancienne maire de Cuchery (Marne). Claudie Ferchaud-Lhermitte, née Ferchaud, commissaire divisionnaire de police. Bruno Fradet, commandant divisionnaire fonctionnel de police. Richard Galy, maire de Mougins (Alpes-Maritimes), conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur, médecin. Christian Ghirlanda, commissaire divisionnaire de police. Viviane Godebert, née Carrère, maire de Locmaria-Plouzané (Finistère), vice-présidente d'une communauté de communes. Philippe Gosselin, contrôleur général des services actifs de la police nationale. Christophe Guilloteau, ancien député, président du conseil départemental du Rhône. Bernard Hellal, maire de Margny-lès-Compiègne (Oise). Jean Hentz, vice-président du conseil synodal de l'Église protestante réformée d'Alsace et de Lorraine. Jean-Marc Huchet de La Bédoyère, maire de Raray (Oise). Christophe Imbert de Balorre, président du conseil départemental de l'Orne. Hervé Jonathan, préfet d'Eure-et-Loir. Marie Jugan, née Ozon, présidente d'une association d'aide aux personnes handicapées (Saint-Pierre-et-Miquelon). Chaynesse Khirouni, ancienne députée, présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle. Céline Kichtchenko, commissaire divisionnaire de police. Thierry Lang, pilote de Canadair. Bernard Lauret, maire de Saint-Émilion (Gironde), président d'une communauté de communes, président d'une association de maires. Michel Lavaud, inspecteur général des services actifs de la police nationale. Éric Lebon, colonel hors-classe de sapeurs-pompiers professionnels. Olivier Leborgne, évêque d'Arras. Chantal Le Goff, lieutenante-colonelle de sapeurs-pompiers professionnels. Brigitte Lèques, médecin, présidente d'une association de santé publique (Nouvelle-Calédonie). Armelle Leroy, commissaire divisionnaire de police. Laure Loriot, née Delaigue, commandante de sapeurs-pompiers professionnels. Frédérique Macarez, née Mulliez, conseillère régionale des Hauts-de-France, maire de Saint-Quentin (Aisne). Christian Mafré, pilote de Canadair. Lisette Malidor, actrice, comédienne, ancienne meneuse de revue (Martinique). Denis Mardesson, maire honoraire d'Argent-sur-Sauldre (Cher). Nicolas Marillet, colonel de sapeurs-pompiers professionnels, directeur d'un service départemental d'incendie et de secours. Gérard Martin, ancien maire de Névez (Finistère), vice-président d'une communauté d'agglomération. Valérie Maureille, inspectrice générale des services actifs de la police nationale. Natacha Merrien, née Vuillemot, commissaire générale de police. Agnès Mottet, directrice départementale de l'emploi, du travail et des solidarités. Émile Mouheb, adjoint au maire de Cernay (Haut-Rhin). Jean-Paul Nicolas, conseiller municipal d'Aurillac (Cantal), ancien vice-président d'une communauté d'agglomération. Yannick Nison, ancien maire d'Hasnon (Nord), ancien conseiller communautaire. Isabelle Nuti, directrice départementale des territoires de la Savoie. Claude Olive, maire d'Anglet, vice-président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, vice-président d'une communauté d'agglomération. Christian Pailler, chef de délégation régionale pour un programme d'une association humanitaire (La Réunion). Emmanuelle Pappini, conseillère technique de service social. François Pesneau, préfet de la Haute-Vienne. Frédéric Pizzini, contrôleur général des services actifs de la police nationale. Christian Pouget, préfet de l'Aude. Johanna Primevert, contrôleuse générale des services actifs de la police nationale. Delphine Rabary, commandante divisionnaire fonctionnelle de police. François Ravier, préfet de la Savoie. Dominique Regnier, présidente d'un syndicat d'eau. Agnès Reiner, directrice générale déléguée à l'appui opérationnel et stratégique de l'Agence nationale de la cohésion des territoires. Vincent Roberti, préfet de Tarn-et-Garonne. Frédéric Rose, préfet des Yvelines. Sylvie Ruer, née Garnier, commissaire divisionnaire de police. Jean-Claude Sammut, inspecteur général de sapeurs-pompiers. Michel-Ange Santamaria, lieutenant-colonel de sapeurs-pompiers professionnels. Anne Sibille-Menard, née Sibille, commandante divisionnaire de police. Raphaël Sodini, préfet du Territoire de Belfort. Patrick Sorieul, contrôleur général de sapeurs-pompiers professionnels, directeur d'un service départemental d'incendie et de secours. Françoise Teriierooiterai, née Aubry, présidente de section dans une association sportive (Polynésie française). Frédéric Tisserant, commandant de sapeurs-pompiers professionnels. Delphine Tondeur, infirmière-cheffe de sapeurs-pompiers volontaires. Patricia Tordjman, vice-présidente de la Métropole du Grand Paris, ancienne maire de Gentilly (Val-de-Marne). Frédéric Tournay, colonel hors-classe de sapeurs-pompiers professionnels, directeur d'un service départemental d'incendie et de secours. Bernard Tourte, président d'une association de secours en spéléologie. Patrick Vailli, contrôleur général de sapeurs-pompiers, directeur d'un service départemental d'incendie et de secours. Joël Valmain, chargé de mission au bureau du recrutement et de formation des inspecteurs du permis de conduire et de la Sécurité routière. Hélène Vaucois, née Legin, pharmacienne hors classe de sapeurs-pompiers professionnels. Justin Vogel, maire de Truchtersheim (Bas-Rhin), président d'une communauté de communes. Mathieu Weill, directeur de la transformation numérique au ministère. Hélène Zacharie, née Wehrung, commandante divisionnaire fonctionnelle de police.

Ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités

Au grade de commandeur

Philippe Da Costa, président national d'une association d'aide humanitaire.

Au grade d'officier

Anne-Carole Bensadon, née Laloum, inspectrice générale des affaires sociales, présidente d'un comité des pairs à l'Inspection générale des affaires sociales. Pierre-Étienne Bindschedler, président-directeur général d'un groupe spécialisé dans l'étanchéité, l'isolation et la couverture. Georges-Fabrice Blum, ancien chirurgien gynécologue-obstétricien, vice-président national d'une association de médecins, ancien adjoint au maire de Rixheim (Haut-Rhin). Armelle Gentric, professeure des universités-praticienne hospitalière, cheffe du service de médecine interne gériatrique et du centre mémoire de ressources et de recherche d'un centre hospitalier universitaire. Marie-Paule Martin-Blachais, née Blachais, présidente d'une association départementale de protection des publics fragiles. Philippe Richert, ancien ministre, ancien sénateur du Bas-Rhin, président d'une association régionale spécialisée d'action sociale, d'éducation et d'animation.

Au grade de chevalier

Nadia Bakour, directrice générale d'une association dédiée à l'accompagnement des personnes en situation de handicap psychique. Emmanuel Barranger, directeur général d'un centre de lutte contre le cancer. Michèle Berthy, née Creissent, ancienne maire de Montmorency (Val-d'Oise), ancienne présidente d'un groupement d'intérêts public de protection de l'enfance. Sissako Bolanga, ancienne sportive de haut niveau, présidente d'une association d'aide aux malades. Fayroze Boudjemline, directrice d'un institut de formation professionnelle. Dominique Brémond-Gignac, née Brémond, professeure des universités-praticienne hospitalière, cheffe du service d'ophtalmologie d'un centre hospitalier universitaire, coordinatrice d'un centre de référence des maladies rares en ophtalmologie. Guillaume Bronsard, professeur des universités-praticien hospitalier, chef du service de pédopsychiatrie d'un centre hospitalier universitaire. Sophie Brossier, née Broguet, médecin généraliste, responsable d'une maison de santé pluriprofessionnelle universitaire. Jacques Brouard, professeur des universités-praticien hospitalier, ancien chef du service de pédiatrie médicale d'un centre hospitalier universitaire, coordinateur médical d'un centre régional de dépistage néonatal. Pierre Champsaur, professeur de médecine, chef du service de radiologie d'un centre hospitalier universitaire. Hélène de Champs Léger, née de Champs de Saint Léger, praticienne hospitalière, coordinatrice de la permanence d'accès aux soins de santé d'un centre hospitalier. Michel Cymes, médecin oto-rhino-laryngologiste, animateur et chroniqueur de télévision. Patrice Dandreis, ancien directeur général d'une association en faveur de jeunes en situation de handicap. Vincent Darrouzet, professeur des universités émérite, praticien hospitalier oto-rhino-laryngologiste de centres hospitaliers. Jacky Decobert, ancien vice-président d'une association nationale en faveur de personnes en situation de handicap. Pierre Dejoux, président d'une association handisport. Michel Denis, praticien hospitalier, chef du service de soins palliatifs et douleurs chroniques d'un centre hospitalier. Pascale Desrumaux, professeure en psychologie du travail et des organisations. Marilyne Dieuze, née Salesses, codirectrice d'une association en faveur des enfants malades. Valérie Doussinault, directrice générale et cofondatrice d'une agence de conseil en communication. Frédéric Dubrana, professeur des universités-praticien hospitalier, chef de service du département de chirurgie orthopédique d'un centre hospitalier régional universitaire. Dominique Epiphane, sociologue de l'éducation, de l'emploi et du travail, ingénieure de recherche au Centre d'études et de recherches sur les qualifications. Caroline Fourest, née Guillemot, journaliste, essayiste, directrice éditoriale d'un hebdomadaire. Isabelle Frigière, née Leroy, directrice des ressources humaines d'un groupe de l'immobilier géré. Sylvie Gauthier-Lafay, née Jacquemin, ancienne directrice d'une association d'hébergement social. Hugo Gilardi, directeur général d'une agence régionale de santé. Jean Haïssaguerre, professeur des universités-praticien hospitalier, ancien chef du service de cardiologie-électrophysiologie et stimulation cardiaque d'un centre hospitalier universitaire. Christine Hamot, responsable de la mission handicap d'une compagnie de production et de fourniture d'énergies. Gérard Hermant, directeur général d'un institut supérieur de rééducation psychomotrice. Pierre Jaïs, professeur des universités-praticien hospitalier, cardiologue, directeur général d'un institut hospitalo-universitaire. Nathalie Jeker-Wasmer, née Jeker, directrice générale d'un institut pour personnes en situation de déficience sensorielle et dysphasiques. André Kahan, professeur des universités-praticien hospitalier, ancien chef du service de rhumatologie d'un centre hospitalier universitaire. Nathalie Lassau, professeure des universités-praticienne hospitalière en radiologie au département d'imagerie d'un institut de lutte contre le cancer. Brigitte Llanas, praticienne hospitalière en néphrologie pédiatrique, cheffe du pôle de pédiatrie d'un centre hospitalier universitaire. Clotilde Mallard, directrice générale d'une association en faveur des enfants hospitalisés. Annie Maudhuit, née Desbois, ancienne directrice adjointe d'un centre hospitalier universitaire. Laurence Melloul-Piou, née Melloul, directrice d'un institut médico-éducatif. Mickael Naassila, professeur des universités, directeur d'une unité de recherche d'un centre hospitalier universitaire, président d'une société savante. Laurence Nivet, directrice déléguée d'un groupement de centres hospitaliers universitaires. Sandrine Paquin, praticienne hospitalière anesthésiste-réanimatrice en gynécologie obstétrique d'un centre hospitalier. Anne-Catherine Rolland, professeure des universités-praticienne hospitalière, cheffe du service de psychothérapie de l'enfant et de l'adolescent d'un centre hospitalier universitaire. Pauline Saint-Martin, professeure des universités-praticienne hospitalière, cheffe de service de l'institut médico-légal et de la maison des femmes d'un centre hospitalier régional universitaire. René-Paul Savary, ancien médecin généraliste, ancien sénateur de la Marne, ancien vice-président de la commission des affaires sociales du Sénat. Éric Senneville, professeur des universités-praticien hospitalier, chef du service universitaire des maladies infectieuses et du voyageur d'un centre hospitalier. Éric de Seynes, président du conseil de surveillance d'une société de construction de motocycles. Françoise Tenenbaum, née Lefebvre, présidente d'une union nationale de gérontopôles et d'un établissement public national d'accueil et d'accompagnement de personnes en situation de handicap. Alexandra Usclade, née Bousset, infirmière puéricultrice, coordinatrice paramédicale de la recherche à la direction de la recherche clinique et de l'innovation d'un centre hospitalier universitaire.

Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse

Au grade de commandeur

Guy Bouissou, médiateur académique.

Au grade d'officier

Daniel Auverlot, ancien recteur d'académie, président du conseil d'évaluation de l'école. Martine Gustin-Fall, née Gustin, ancienne inspectrice générale de l'éducation, du sport et de la recherche.

Au grade de chevalier

Anne Anglès, née Gicquel, professeure agrégée d'histoire-géographie. Éric Barbazo, professeur agrégé de mathématiques. Pierre Baylet, directeur d'école. Brigitte Garcia, professeure des universités, linguiste spécialisée en langue des signes. Bruno Garcia, professeur certifié de génie mécanique. Véronique Gardair, née Dreuilhe, professeure certifiée en documentation. Dominique Gratianette, secrétaire général d'académie. Houria Lafrance, née Salhi, professeure certifiée de mathématiques. Claude Lang, directeur adjoint de section d'enseignement général et professionnel adapté. Christèle Lomer-Bréhier, née Lomer, professeure certifiée de lettres modernes. Édith Maruéjouls, née Maruéjouls-Benoit, sociologue et géographe, spécialiste des politiques publiques axées sur l'égalité. Pascale Ricaux-Lefèvre, née Lefèvre, professeure agrégée d'histoire-géographie. Dominique Vidaud, directeur d'un établissement mémoriel, ancien professeur agrégé d'histoire-géographie. Christine Vigneau-Pélissier, née Vigneau, proviseure. Zahia Ziouani, cheffe d'orchestre, membre d'une fondation oeuvrant pour l'inclusion des jeunes en situation de fragilité.

Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire

Au grade de commandeur

Bertrand Hervieu, membre de la commission de déontologie du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux.

Au grade d'officier

Hervé Durand, membre du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux. Éric Frechon, chef cuisinier. Véronique Rivoire-Spahis, née Rivoire, dirigeante d'une entreprise fromagère, vice-présidente d'un comité interprofessionnel fromager.

Au grade de chevalier

Christian Berthe, président-directeur général d'une entreprise et d'un marché de vente en gros de fruits et légumes. Philippe Brehon, gérant d'une entreprise agricole, président d'une association nationale de promotion des endives. Chantal Brèthes, exploitante agricole en production céréalière, avicole et bovine labellisée, présidente d'une association de promotion et de défense de produits du terroir. Jean-Hervé Caugant, exploitant agricole, président d'une chambre départementale d'agriculture. Pascal Delahaye, dirigeant d'une entreprise spécialisée en production végétale. Marie-Laure Empinet, directrice des relations extérieures d'une société agroalimentaire, présidente d'une union de syndicats d'industriels producteurs d'amidons et de produits dérivés. Maud Faipoux, née Petron, directrice générale de l'alimentation. Pierre Gay, directeur général d'un parc zoologique, président d'un fonds de dotation pour la protection des espèces. Sylvie Gonod, née Dequin, directrice de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement. Olivier Gourmelon, dirigeant d'une société d'événementiel spécialisée dans l'organisation de manifestations à caractère gastronomique. Véronique Luddeni, vétérinaire, vice-présidente d'une organisation professionnelle nationale. Marie-Andrée Luherne, née Le Cadre, présidente départementale d'une organisation professionnelle agricole, secrétaire générale d'une fédération nationale de producteurs laitiers. Jean-Paul Mancel, ancien exploitant agricole, président d'associations de promotion et de défense de produits du terroir. Gérard Napias, dirigeant d'une entreprise spécialisée dans l'entretien, le reboisement et la gestion des forêts, ancien président d'une fédération nationale d'entreprises spécialisées dans les travaux en milieu agricole. Pierre Piveteau, ancien dirigeant d'une entreprise spécialisée dans la coupe et la transformation du bois, ancien président de l'observatoire économique d'une organisation de promotion de la forêt et des usages du bois. Marie-France Théron, née Voituriez, viticultrice, maire honoraire de Portets (Gironde).

Ministère de la Culture

Au grade de commandeur

Michel Drucker, animateur et producteur de télévision. Jean Reno, né Moreno, acteur.

Au grade d'officier

Joseph Abitbol, médecin, chirurgien, enseignant. Isabelle Giordano, responsable mécénat d'un groupe bancaire, déléguée générale d'une fondation. Amine dit Amin Maalouf, écrivain, secrétaire perpétuel de l'Académie française. Leïla Sebbar, écrivaine.

Au grade de chevalier

Alain Boublil, compositeur, parolier, librettiste. Sophie Cauchefer-Choplin, née Cauchefer, organiste. Anne-Marie Châtelet, architecte, professeure. Yannis Chebbi, dirigeant d'une société de production. Jean-Pierre Gagneux, directeur général délégué associé d'un groupe immobilier. Pascale Heurtel, née Thuillier, adjointe chargée du patrimoine, de l'information, de la culture scientifique et technique au Conservatoire national des arts et métiers. Alexia Laroche-Joubert, productrice, présidente-directrice générale d'un groupe de production et de distribution de contenus audiovisuels. Antoine Laurentin, galeriste. Bénédicte Lefeuvre, directrice régionale des affaires culturelles. Claire Levacher, cheffe d'orchestre, professeure. Alain Malraux, écrivain, dramaturge, traducteur. Marie-Jeanne Meyer, née Louis-Dreyfus, présidente d'un fonds de dotation, mécène. Benjamin Millepied, danseur, chorégraphe. Kenizé Mourad, née Hussain de Kotwara, écrivaine, journaliste. Francis Mulliez, fondateur et membre du comité de surveillance d'un groupe de location de matériel, propriétaire d'un domaine classé monument historique. Déborah Papiernik, née Banayan, vice-présidente chargée des nouvelles affaires et des alliances stratégiques d'une entreprise de jeux vidéo. Christine Phal, galeriste. Lionel Quillet, fondateur et président d'une entreprise patrimoniale, maire de Loix (Charente-Maritime). Marjan dite Marjane Satrapi, née Ebrahimi, auteure de bande dessinée, réalisatrice, scénariste, peintre, compositrice. Claude-Michel Schönberg, compositeur de musique, chanteur. Anne Seibel, cheffe décoratrice. Patricia Stibbe, présidente du conseil d'administration du Ballet de Lorraine, administratrice de l'Odéon-Théâtre de l'Europe. Chantal Thomas, écrivaine, essayiste, chercheuse, membre de l'Académie française. Laurence Tison-Vuillaume, née Vuillaume, cheffe du service de l'Inspection générale des affaires culturelles.

Ministère des Armées

Au grade de commandeur

Bruno Berthet, président d'une société d'aéronautique et de défense.

Au grade d'officier

Charles Deygas, président national d'une fondation d'anciens combattants, président départemental d'une association d'anciens combattants. Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef d'une revue de défense. Valérie Peneau, née Leprince, directrice, adjointe au secrétaire général pour l'administration, chargée d'une délégation du ministère. Pierre Pommellet, président-directeur général d'une société industrielle de défense.

Au grade de chevalier

Alexandre Baillot, chef d'une mission dans une délégation du ministère. Dominique Boueilh, président national d'une association mémorielle. Jeannette Bougrab, ancienne ministre, conseillère d'État, membre d'une commission de reconnaissance et de réparation. Walter Bruyère-Ostells, né Bruyère, professeur des universités, directeur de recherche d'un service du ministère. Marie-Laure Buisson, directrice d'une fondation. Suzette Champavier, née Reynier, résistante. Ghislaine Doucet, conseillère juridique d'une organisation internationale auprès du ministère. Françoise Dumas, présidente d'une commission de réparation, ancienne députée du Gard et présidente de la commission de la défense nationale et des forces armées. Ghislaine El Chafei, cheffe de bureau dans une direction du ministère. Jean-Paul Émorine, ancien sénateur et député de Saône-et-Loire, membre de la commission de la défense nationale et des forces armées, ancien maire de Sennecey-le-Grand. Élisabeth Grosdhomme, membre d'un haut comité du ministère. Pierre Hunault, président d'une société oeuvrant au service des armées. Gérard Kiffer, président et porte-drapeau régional d'une association d'anciens combattants. Jean-Philippe Lampin, vice-président national et président départemental d'associations mémorielles. Valérie Lanney de Courten, cheffe d'un centre dans une direction du ministère. Sylvie Leluc, née Soria, cheffe d'un service dans un musée. Armelle Lequin, née Lefebvre, vice-présidente, directrice d'un centre de compétences dans un groupe industriel d'aéronautique et de défense. Jacques Longuet, président départemental d'une association mémorielle. Benjamin de Maillard, secrétaire général dans une direction du ministère. Chloé Mirau, directrice d'une direction du ministère. Laurent Moreau, délégué adjoint d'une association de promotion du lien armée-nation. Alexis Morel, vice-président en charge des opérations dans un groupe industriel d'aéronautique et de défense. Mohamed Nemiri, chef d'un département dans un établissement public du ministère. Ary Plagnol, directeur général des opérations industrielles d'une société aéronautique de défense. Benoit Plantier, directeur général dans un groupe industriel d'aéronautique et de défense. Valérie Plier, cheffe d'un laboratoire d'innovation et d'intelligence artificielle dans une délégation du ministère. Léon Roux, résistant. Jean-Pierre Sakoun, président-fondateur d'une association dédiée à la défense des valeurs républicaines. Philippe Sansy, directeur adjoint dans un établissement public oeuvrant au service des armées. Philippe Sellier, sous-directeur des cabinets du ministère. Jean-Marc Todeschini, ancien ministre, ancien sénateur de la Moselle. Laurence Zélie, directrice d'un programme d'études et de développement dans une société industrielle de défense.

Ministère de la Justice

Au grade d'officier

Claude Serra, avocat au barreau de Paris. Annie Verrier, experte judiciaire près la cour d'appel d'Amiens, présidente d'honneur d'une association nationale représentative. Dominique Villemot, avocat au barreau de Paris.

Au grade de chevalier

Marc Bellanger, avocat au barreau de Paris. Éric Bienko Vel Bienek, président du tribunal judiciaire de Créteil. Laurence Boulenger, née Hardy, secrétaire générale adjointe de l'École nationale des greffes. Nicole Bouneau, née Darracq, conciliatrice de justice au tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan, vice-présidente régionale d'une association représentative. Christine Calvez, née Le Rhun, greffière en cheffe au tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Éric Corbaux, procureur général près la cour d'appel de Poitiers. Jean-Marc Fedida, avocat au barreau de Paris. Catherine Hoze, née Boudon, adjointe à la sous-directrice des ressources humaines des greffes à la direction des services judiciaires du ministère. Michel Portos, chef cuisinier, consultant culinaire bénévole au centre pénitentiaire de Marseille-Baumettes. Valérie Rault, née Baudrillard, présidente du tribunal judiciaire du Havre. Stéphane Scotto, directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris. Claire Soltner, née Gadat, présidente du tribunal judiciaire de Nîmes. Patrick Uzan, avocat au barreau de Dole.

Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères Personnel

Au grade de commandeur

Catherine Colonna, ambassadrice de France, ancienne ministre.

Au grade d'officier

Anne-Marie Descôtes, ambassadrice de France, secrétaire générale du ministère.

Au grade de chevalier

Sandrine Barbier, directrice adjointe des affaires juridiques au ministère. Martin Briens, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en Italie. Valérie Lagriffoul, secrétaire du chef de poste à l'ambassade de France à Kiev (Ukraine).

Protocole

Au grade d'officier

Alain Ducasse, de nationalité monégasque, chef cuisinier, président-fondateur d'un groupe spécialisé dans les domaines de la cuisine et de l'art de vivre. Jean-Dominique Giuliani, président d'une fondation promouvant l'Europe. Philippe Papin, historien, épigraphiste, directeur d'études à l'École pratique des hautes études, expert sur le Vietnam pour le ministère. Corinne Vigreux, entrepreneure, créatrice d'une fondation d'aide à la formation des jeunes aux technologies de l'information (Pays-Bas).

Au grade de chevalier

Martine Assouline, née Buchet, cofondatrice, directrice générale et éditrice en cheffe d'une maison d'édition. Philippe Avril, président d'un organisme local d'entraide et de solidarité pour les expatriés (Japon). Vincent Basquin, président d'une association humanitaire. Jean-Marie Beaupuy, ancien député européen, ancien vice-président du conseil général de la Marne, ancien adjoint au maire de Reims. Lorenzo Bini Smaghi, de nationalité italienne, président du conseil d'administration d'une banque. Liliane Blin, avocate, bénévole associative (Chili). Patricia Connell, née Martens, conseillère dans une instance consultative représentant les Français établis hors de France. Marie-Élizabeth Ducreux, directrice de recherche émérite de l'École des hautes études en sciences sociales (République tchèque). Nathalie Griesbeck, née Guépratte, ancienne députée européenne, ancienne vice-présidente du conseil général de la Moselle, ancienne adjointe au maire de Metz. Jean-Pierre Grzelczyk, entrepreneur dans le transport routier et la logistique portuaire (Laos). Safia Ibrahim-Otokore, née Ibrahim Mohamed, directrice de l'Agence française de développement de Kinshasa (République démocratique du Congo). Hélène Joffe, née Mindel, rescapée de la Shoah et passeuse de mémoire, ancienne enseignante, bénévole associative (Afrique du Sud). Sabine Klauke, de nationalité allemande, vice-présidente d'un groupe de construction aéronautique, directrice de l'ingénierie et de la technologie. Damien Leclerc, directeur général d'une coopérative viticole. Rémi Maillard, président-directeur général d'un groupe de construction aéronautique pour l'Asie du Sud (Inde). Sébastien Maillard, conseiller spécial et ancien directeur d'un institut de recherche européen. Aude Maio-Coliche, née Coliche, directrice dans une direction du service européen pour l'action extérieure. Étienne Mallet, producteur de cinéma, président d'une association culturelle. Olivier Marchal, président d'un cabinet international de conseil en stratégie et management. Catherine Marchi-Uhel, née Marchi, juge internationale (Suisse). Caroline Marcilhac, directrice d'un centre national des dramaturgies contemporaines. Daniel Markic, directeur d'une agence de sécurité et de renseignement (Croatie). Fabrice Morenon, directeur général d'une filiale spécialisée dans le développement et l'exploitation des gares et de plateformes de transport internationales. Christophe Nuttall, créateur d'une fondation pour le climat (Suisse). Jean-Marc Ollagnier, directeur général dans une entreprise de conseil, membre du comité exécutif mondial. Marija Pejcinovic Buric, née Pejcinovic, de nationalité croate, secrétaire générale du Conseil de l'Europe. Catherine Perez, vice-présidente d'un groupe de construction automobile (Japon). Claire Raulin, préfète du Lot, ancienne diplomate. Christian Roques, directeur général adjoint d'une direction de la Commission européenne. Pauline Rouch, ancienne directrice de cabinet de la commissaire européenne à l'innovation, la recherche, la culture, l'éducation et la jeunesse. José Sanchez-Gil, de nationalité espagnole, officier de liaison auprès d'une unité de la Direction générale de la sécurité intérieure. Florence Thune, directrice générale d'une association humanitaire. Marie Wattez, née Mosafer, présidente d'une chambre de commerce et d'industrie, vice-présidente d'un groupe informatique (Suisse). Nadine Zakhia-Rozis, née Zakhia, conseillère scientifique de la présidente-directrice générale d'un établissement public de recherche agronomique pour le développement.

Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires

Au grade de commandeur

Ross McInnes, président du conseil d'administration d'un groupe industriel et technologique.

Au grade de chevalier

Cédric Bourillet, directeur général de la prévention des risques au ministère. Thierry Burlot, président d'un comité de bassin, président d'une association environnementale. Mireille Chiroleu-Assouline, née Chiroleu, professeure des universités en sciences économiques. Marie-Claire Daveu, née Colin, directrice du développement durable et des affaires institutionnelles d'un groupe de l'industrie du luxe. François Decoster, maire de Saint-Omer (Pas-de-Calais), vice-président du conseil régional des Hauts-de-France. Jackie Emon, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, ancien agent de conduite ferroviaire. Pascale Estecahandy, médecin, ancienne coordinatrice nationale d'un programme social. Anne Fraisse, directrice générale d'un opérateur immobilier spécialisé dans la construction bas carbone. Rodolphe Gintz, directeur général des infrastructures, des transports et des mobilités au ministère. Rosiane Godefroy, née Leséve, maire du Perrier (Vendée), vice-présidente d'une communauté de communes. Philippe Gouet, président du conseil départemental de Loir-et-Cher. Alain Grizaud, président d'une entreprise de travaux publics, président d'une fédération nationale de travaux publics. Sandrine Holler, née Jouvenceau, directrice des programmes d'un groupe industriel et technologique. Jérôme Josserand, directeur de l'environnement, de l'aménagement, du logement et de la mer. Valérie Lasek, directrice générale au sein d'un établissement public d'aménagement. Jean-Michel Lattes, adjoint au maire de Toulouse, vice-président de Toulouse Métropole (Haute-Garonne). Juliette Méadel, ancienne ministre, magistrate à la Cour des comptes, conseillère municipale de Montrouge (Hauts-de-Seine). Pascal Minault, président-directeur général d'un groupe de construction, président d'un groupe immobilier. Christophe Paris, directeur d'une association luttant contre les inégalités scolaires. Olivier Pécoux, vice-président d'un groupe financier. Marie-Luce Penchard, née Michaux, ancienne ministre, vice-présidente du conseil régional de Guadeloupe, présidente du conseil de surveillance d'un grand port maritime. Emmanuelle Pernes, présidente d'une agence de conseil pour l'amélioration de l'habitat. Barbara Pompili, ancienne ministre, ancienne députée de la Somme, conseillère au secrétariat général à la planification écologique. Nora Preziosi, née Remadnia, conseillère départementale des Bouches-du-Rhône, présidente d'un office public de l'habitat. Catherine Ritz, glaciologue, directrice de recherche émérite dans un organisme public de recherche scientifique. Thierry Schidler, ancien président d'une société de transport de voyageurs. Romain Troublé, navigateur, biologiste, directeur général d'une fondation pour la protection des océans. Emmanuelle Verger-Chabot, née Verger, présidente du conseil de surveillance d'un grand port maritime, directrice de l'énergie hydraulique dans un groupe de production et de fourniture d'électricité. Pierre Vollaire, maire des Orres (Hautes-Alpes), vice-président d'une association nationale d'élus.

Ministère de la Transformation et de la Fonction publiques

Au grade de chevalier

Christophe Cassou, climatologue, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique.

Ministère des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques

Au grade de commandeur

Marie-José Pérec, triple championne olympique d'athlétisme.

Au grade d'officier

Daniel Baal, dirigeant d'un groupe bancaire engagé dans la promotion du sport, administrateur d'un fonds de dotation dédié au sport propre. Marie-Thérèse Griselain, présidente d'honneur d'une association handisport. Christine Zanetta-Génin, née Génin, médecin, ancienne championne de voltige aérienne.

Au grade de chevalier

Éric Brèche, ancien athlète de haut niveau, président d'un syndicat national professionnel. Marion Clignet, ancienne sportive de haut niveau, présidente-cofondatrice d'une association de promotion du cyclisme féminin. Prosper Congré, ancien professeur d'éducation physique et sportive. Philippe Diallo, président d'une fédération sportive. Hervé Dubuisson, ancien basketteur professionnel. George Eddy, journaliste sportif. Paôliné dite Paoline Ekambi, née Ekambi Kingue, ancienne joueuse internationale de basket-ball, présidente-cofondatrice d'une entreprise de l'économie sociale et solidaire. Roland Krzentowski, médecin du sport, président-cofondateur d'un centre d'expertise en santé, sport et performance. Émile Ntamack, né Ntamack-Muyenga, ancien joueur et entraîneur de rugby professionnel. Christelle Reille, présidente d'une ligue régionale de cyclisme. Claire Supiot, ancienne nageuse.

Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

Au grade de commandeur

Claire Voisin, mathématicienne, directrice de recherche dans un organisme public de recherche scientifique, membre de l'Académie des sciences.

Au grade d'officier

Geneviève Almouzni, biologiste, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique, directrice honoraire d'un centre de recherche sur le cancer, membre de l'Académie des sciences. Marie-Paule Cani, professeure des universités en informatique dans un établissement d'enseignement supérieur et de recherche, membre de l'Académie des sciences. Jean-Marie Tarascon, chimiste, professeur des universités, titulaire de la chaire chimie du solide au Collège de France, membre de l'Académie des sciences.

Au grade de chevalier

David Alis, professeur agrégé en sciences de gestion, président de l'université de Rennes. Laure Bally-Cuif, née Bally, neurogénéticienne, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique, directrice d'une unité de recherche, cheffe d'équipe au sein d'une fondation dédiée à la lutte contre les maladies infectieuses et le cancer, membre de l'Académie des sciences. Yasmine Belkaid, immunologiste, directrice générale d'une fondation dédiée à la lutte contre les maladies infectieuses et le cancer, directrice d'une unité de recherche. Christian Boitard, immunologiste clinique, professeur émérite des universités-praticien hospitalier à l'université Paris-Cité et à l'hôpital Hôtel Dieu-Cochin, secrétaire perpétuel de l'Académie nationale de médecine. Isabelle Brian, historienne, professeure des universités en histoire moderne à l'université de Lorraine, directrice adjointe du Centre de recherche universitaire lorrain d'histoire. Mariane Domeizel, maîtresse de conférences en chimie de l'environnement, présidente d'une association d'enseignement supérieur dans le domaine du développement durable. Abderrazak El Albani, géologue, professeur des universités à l'université de Poitiers. Flore Gubert, économiste, directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement. Alice Guilhon, directrice générale, présidente exécutive d'une école de commerce. Estelle Iacona, ingénieure, professeure des universités, ancienne présidente de l'université Paris-Saclay. Jean-Marc Ogier, professeur des universités en informatique, président de La Rochelle université. Karin Tarte, professeure des universités-praticienne hospitalière à l'université de Rennes et au centre hospitalier universitaire de Rennes, chercheuse à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale. Jean-François Thibault, ancien directeur de recherche de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement. Béatrice Thomas-Tual, née Thomas, maîtresse de conférences en droit public, doyenne honoraire de la faculté de droit, économie, gestion administration, économique et sociale de l'université de Bretagne-Occidentale. Catherine Truffert, géologue, géophysicienne, présidente-directrice générale d'une société de fabrication d'instrumentation scientifique et technique. Charlotte Vaysse, professeure des universités-praticienne hospitalière en oncologie.

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 899 mots, p. 4,5
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8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Récit

A l’Assemblée, les députés prennent leurs quartiers

Plusieurs élus du second tour se sont rendus au Palais-Bourbon, dès lundi, dans le contexte particulier d’un Hémicycle sans majorité

Alexandre Pedro

Ce lundi 8 juillet, des députés fraîchement élus sont venus à l’Assemblée nationale recevoir leur badge, accréditer leurs collaborateurs ou récupérer un sac contenant des petits cadeaux pour faire plaisir à la famille. Sans oublier l’écharpe tricolore, objet personnel et symbolique. Ce parcours bien balisé débute devant la place du Palais-Bourbon par un bain de foule médiatique avec des journalistes souvent incapables de coller un nom sur les visages. Le lot de tous les nouveaux parlementaires, sauf si vous avez été ministre de la santé dans un passé récent, comme Aurélien Rousseau, tout frais député Nouveau Front populaire (NFP) des Yvelines.

Devant la porte majestueuse de l’Assemblée, Dieynaba Diop répète et épelle son nom et son prénom au lendemain de son élection dans la 9e circonscription des Yvelines, au second tour de ces élections anticipées. Un rien impressionnée, la nouvelle députée socialiste connaît pourtant les lieux de pouvoir. « Quand j’avais 9 ans, j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour l’arbre de Noël de l’Elysée et de rencontrer le président François Mitterrand, raconte l’élue. Aujourd’hui, j’ai une pensée pour la petite fille que j’étais à l’époque et mon papa qui doit être très fier. »

Il flotte comme un parfum de victoire et de soulagement à gauche, après que le NFP est arrivé en tête du second tour, la veille. « On est heureux, car on aurait pu accueillir nos nouveaux collègues dans le contexte d’une majorité Rassemblement national[RN] », admet Arthur Delaporte.

Réélu dans le Calvados, le socialiste s’amuse à jouer à une sorte de « ni oui, ni non, ni premier ministre ». « Des noms pour Matignon ? J’en ai plein en tête, mais c’est prématuré d’en avancer un aujourd’hui. »A quelques mètres de lui, Jérôme Guedj n’en finit plus de s’attarder devant les journalistes et s’essaie même aux réponses en anglais. « J’espère que c’était compréhensible »,s’excuse le député socialiste de l’Essonne.

Courte nuit

La métaphore culinaire de Richard Ramos n’a sans doute aucune traduction possible. « Le Nouveau Front populaire, c’est de la vinaigrette. Or la vinaigrette, ce n’est homogène que quand c’est agité », prévient le député MoDem du Loiret. Et comme les micros s’attardent sur lui, il en profite pour envoyer un message à Emmanuel Macron. « Le président de la République a méprisé les députés avec cette dissolution et beaucoup lui en veulent encore, même dans son camp », explique l’homme au franc-parler assumé.

La pêche à la petite phrase est moins généreuse du côté du RN. Laure Lavalette traverse bien la place, mais la députée du Var file à la brasserie Le Bourbon. « Vous êtes une nouvelle députée ? », tente une journaliste auprès de Nathalie Da Conceicao Carvalho. « Non, je suis réélue », répond la députée RN de l’Essonne, qui presse le pas pour éviter une relance.

Si l’extrême droite a la gueule de bois, les « insoumis », eux, ont « quelques cernes », avoue David Guiraud après une courte nuit. Le député La France insoumise (LFI) du Nord refuse d’exclure Jean-Luc Mélenchon de la liste des possibles premiers ministres et demande à Emmanuel Macron de reconnaître sa défaite. « On veut bien lui laisser quarante-huit heures pour s’organiser, sourit-il. Mais ensuite, c’est à nous, Nouveau Front populaire, de former une nouvelle majorité. »

Ballet coordonné

Dans un ballet très coordonné, les LFI pro-Mélenchon évitent d’être sur la même partie de trottoir que les dissidents du parti. Notamment Danielle Simonnet, réélue à Paris. « Je suis heureuse de retrouver une Assemblée qui a résisté à la vague brune du RN et où je souhaite siéger dans un large groupe Nouveau Front populaire », déclare cette mélenchoniste de la première heure, devenue « frondeuse ».

Les Républicains (LR) « anti-Ciotti » sont, eux, plus rares et discrets. Leur siège a beau être à quelques mètres de l’Assemblée, la plupart n’avaient pas pris le risque de bloquer un billet de train ou d’avion, tant leur victoire était incertaine. Les Franciliens essuient donc les plâtres avant leurs collègues des autres régions. Tombeur de l’« insoumise » Rachel Keke dans le Val-de-Marne, Vincent Jeanbrun annonce déjà l’ambiance tendue qui devrait régner entre le groupe LR « canal historique » et celui d’Eric Ciotti, le président contesté de LR, allié au RN. « Si j’ai un message pour eux ? Honte à vous d’avoir rejoint l’extrême droite », lâche-t-il.

Avec sa grande taille, le « nouveau » est facilement repérable de loin. Elisabeth Borne moins. L’ancienne première ministre peine à se frayer un chemin jusqu’à l’entrée. Malgré elle, la députée du Calvados a obligé un caméraman à reculer. Lequel a alors manqué d’être renversé par le vélo-cargo du député Renaissance du Val-de-Marne Guillaume Gouffier Valente. Certains y verront peut-être la métaphore d’une Macronie passée très près d’une grosse chute lors de ces élections législatives. Mais c’est bien toute l’Assemblée nationale qui entre dans une période d’incertitude, sans aucune majorité évidente et avec la menace d’une nouvelle dissolution dans un an. « C’est un sentiment étrange. On sait quand on débute cette législature, mais on ignore quand elle se terminera », admet Arthur Delaporte.

Libération
mercredi 10 juillet 2024 815 mots, p. 6

Événement

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9 juillet 2024 - Libération (site web)

A gauche, chacun veut faire la course en tête

Sacha Nelken

Événement

Socialistes et insoumis mènent une bataille à distance pour tenter, chacun, d’attirer un maximum d’élus et faire en sorte de prétendre pour l’un des leurs au poste de Premier ministre.

Plusieurs dizaines de micros et caméras piétinent sur la place du Palais-Bourbon. Il est presque 15 heures mardi, et d’un instant à l’autre, les socialistes doivent rentrer ensemble dans l’Assemblée nationale. Tous les députés du groupe sont attendus, y compris l’ancien président de la République François Hollande, tout juste élu en Corrèze. La majeure partie des journalistes présents ne le sont que pour lui. Les caméramans aux aguets, sont prêts à sprinter pour obtenir les premières images de l’ancien locataire de l’Elysée. Il est 15 heures 05, certains ont cru apercevoir sa voiture à une rue de là. Les reporters courent alors, mais tombent sur le premier secrétaire Olivier Faure entouré de ses proches. Heureusement, la presse ne s’est pas essoufflée pour rien. Le député de Seine-et-Marne a une annonce à faire : il se dit «prêt à occuper la fonction» de Premier ministre.

Deux heures plus tôt, les socialistes ont justement lancé une campagne pour tenter d’imposer leur chef à la tête du futur gouvernement formé par le Nouveau Front populaire. «Olivier Faure est le seul profil qui peut rassurer et être Premier ministre», a ainsi soufflé le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, à l’AFP dans la matinée. L’occasion aussi de répondre aux insoumis. La veille, dans la soirée, de nombreux mélenchonistes ont commencé à pousser le nom de la députée Clémence Guetté. Quarante-huit heures après le second tour des législatives, le PS et LFI s’activent donc pour faire en sorte que le potentiel futur gouvernement du NFP soit bien dirigé par l’un des leurs.

Domination supposée. L’alliance des gauches est encore loin d’avoir réglé la question de l’incarnation. Après une nuit à analyser collectivement la situation, les socialistes, communistes, écologistes et insoumis doivent désormais s’atteler à définir une méthode de désignation d’un Premier ministre. Sur le sujet, une forte nuance persiste. Pour les roses, les rouges et les verts, c’est un vote de tous les membres de la coalition qui doit régler la question. Les insoumis, eux, plaident pour une désignation par le groupe le plus important en nombre d’élus. Convaincus, évidemment, que ce sont eux qui ont le plus de députés à faire valoir. Ce que les socialistes contestent. Ce seront eux, jurent-ils, qui finiront par représenter la principale force du NFP : «Aujourd’hui, les discussions autour des groupes prennent le dessus sur tout le reste», observe la députée communiste Elsa Faucillon, regrettant ainsi un ralentissement dans les négociations liées au gouvernement. C’est que, depuis dimanche, les socialistes et insoumis se livrent une bataille à distance pour tenter d’attirer le plus d’élus possibles dans leurs groupes. Au PS où l’on affirme rassembler au minimum 69 députés on fait les yeux doux à plusieurs personnalités de l’ancien groupe Libertés, indépendants, outremer et territoires (Liot). «On essaye de les rassurer en insistant sur le fait qu’on n’est pas liés à Mélenchon», reconnaît un élu socialiste. Cela pour tenter d’attirer de nouvelles recrues comme le régionaliste breton Paul Molac ou Harold Huwart. Mais aussi pour s’assurer que les ex-dissidents Martine Froger, Denis Taupiac, ou Laurent Panifous, qui avaient trouvé refuges chez Liot, restent bien dans la maison rose. Contrairement à 2022, les trois proches de la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, ont cette fois-ci été investis par le NFP. Pour asseoir leur domination supposée, les socialistes misent aussi le départ de plusieurs députés du groupe LFI dans le sillage, notamment de François Ruffin. Avec d’autres ex-LFI comme Alexis Corbière, Danielle Simonnet ou Clémentine Autain, il a adressé un courrier ce mardi aux verts et aux PCF pour participer à la constitution d’un ensemble «associant des écologistes, des communistes [et] des membres de Génération.s». «Liens politiques très forts». De leur côté, les insoumis (72 membres selon une source parlementaire) lorgnent plutôt les dont la grande majorité siégeait jusqu’ici avec les communistes. «Nous avons des liens politiques très forts avec eux que nous voulons approfondir», affirme le député LFI Paul Vannier, rappelant l’intérêt de Jean-Luc Mélenchon pour les questions sociales et environnementales en outremer. Une réunion est prévue mercredi entre les élus PCF et les ultramarins pour faire un point et officialiser de potentiels départs. Les semblent en tout cas sereins. Prévue mardi, la photo de groupe officielle a été décalée pour, dit-on, «permettre aux ultramarins d’être présents».

«On essaye de rassurer [d’anciens du groupe Liot] en insistant sur le fait qu’on n’est pas liés à Mélenchon.» Un élu socialiste

L'Humanité
mercredi 10 juillet 2024 1003 mots, p. 4

La gauche prend ses quartiers à l'Assemblée

Emilio Meslet et Gaël De Santis

Les députés du Nouveau Front populaire sont arrivés ce mardi au Palais Bourbon, alors que les négociations pour Matignon se poursuivent. Ils pressent Emmanuel Macron de leur confier la charge de gouverner.

P endant qu'Emmanuel Macron fait sa rentrée des crasses en refusant de tenir compte du verdict des urnes, le Nouveau Front populaire (NFP) fait sa rentrée des classes. Comme les bons élèves qu'ils se plaisent à être, les Écologistes ont frappé les premiers à la porte du Palais Bourbon. Rendez-vous fixé à 9 h 15 pour une arrivée groupée devant une meute de caméras. Les sourires sont sur tous les visages de ceux qui n'imaginaient pas gagner 10 sièges dans l'opération. Il y a les réélus (Sandra Regol, Sandrine Rousseau, Charles Fournier...) et les nouveaux (Dominique Voynet, Boris Tavernier, Benoît Biteau...). Le soleil tape sur la place mais ne suffit pas à dissiper le brouillard politique et institutionnel. « La première qualité qu'on va devoir chercher chez les députés, c'est l'inventivité, prévient Benjamin Lucas, député Génération.s. Il nous faudra trouver des solutions à des questions qui ne se sont jamais posées dans l'histoire de la Ve  République. »

Devant le futur groupe écologiste, Cyrielle Chatelain - qui l'a dirigé de 2022 à 2024 - prend la parole : « Le président de la République voulait clarifier ; il a provoqué le désordre. La clarté viendra du NFP. » Mais d'ici à ce que la gauche arrive à Matignon, il y a une Assemblée nationale à composer, dans laquelle « le RN ne doit occuper aucun poste dirigeant », exige celle que les Écologistes voudraient, selon nos informations, envoyer à la présidence de l'Assemblée. « Elle coche toutes les cases : rassembleuse, irréprochable sur le fond, connaissance du Parlement... », énumère un écologiste, avant la traditionnelle photo de famille des 32 députés sur le perron.

« C'est au NFP de gouverner, d'appliquer son projet »

Place du Palais-Bourbon, sonne l'heure de l'arrivée des insoumis. Aurélien Le Coq, député de Lille et responsable des Jeunes insoumis, arrive parmi les premiers. Tous les micros se tournent vers lui. L'occasion parfaite d'imposer le récit des législatives déroulé par la gauche : « La Macronie a perdu. Elle a été défaite dans les urnes. Elle a été battue aux élections européennes puis aux élections législatives. Gabriel Attal doit partir. C'est au Nouveau Front populaire de gouverner, d'appliquer son projet. » À quelques mètres de lui, Claire Lejeune, insoumise nouvellement élue dans l'Essonne, dit son « grand soulagement » de voir l'extrême droite battue et le devoir de la gauche de ne pas décevoir le mouvement social qui s'est levé pour faire barrage au RN. « On a perdu de super collègues, comme Charlotte Leduc ou Léo Walter, qui ne représentent pourtant pas ce que les gens détestent de la politique. Il nous faudra faire le bilan », relève cependant Mathilde Hignet, députée d'Ille-et-Vilaine.

Dans la salle des Quatre Colonnes, un sujet occupe particulièrement les discussions. Qui entrera à Matignon ? Alors que les chefs de parti du NFP continuent les tractations, les informations n'arrivent qu'au compte-gouttes à l'Assemblée. À gauche, une certitude persiste : quel que soit le périmètre de la future majorité, les insoumis ne pourront en être exclus, et le programme du NFP doit servir de base aux discussions. Pour le reste, chacun y va de son idée, d'un gouvernement d'union nationale allant des insoumis aux « Républicains », proposé par le socialiste Philippe Brun, jusqu'à une alliance avec l'aile gauche de la Macronie. « On doit tous faire un stage en Allemagne, pour apprendre à construire de larges consensus », ironise le communiste Jean-Paul Lecoq.

« Il doit y avoir des discussions et un élargissement avec des personnalités progressistes avec lesquelles se mettre d'accord sur un programme minimum pour répondre à l'urgence sociale. Nous devons nous inscrire dans la durée », tranche le communiste André Chassaigne, qui présidait le groupe GDR de 2012 à 2024. Un groupe un temps menacé par la perte de plusieurs députés PCF et ultramarins. « Il y a 8 communistes, Emmanuel Maurel et 8 ou 9 Ultramarins, affirme André Chassaigne. Je ne vois pas de raison pour que ça ne se fasse pas. » Une réunion est prévue, ce mercredi à 18 heures, en présence des députés d'outre-mer, dont certains que la FI tente de débaucher pour rester le premier groupe du NFP. Mais, en début d'après-midi, coup de théâtre : les frondeurs insoumis, qui ne veulent plus siéger avec leurs anciens camarades, adressent une lettre à Cyrielle Chatelain et André Chassaigne pour leur proposer un « groupe commun » réunissant Écologistes, communistes et élus Génération.s. Cette proposition doit être débattue par les différentes formations politiques.

« Le principal verrou, c'est le refus du président de la République »

Peu avant 15 heures, la pluie s'abat sur le Palais Bourbon. Signe que François Hollande, nouveau député de Corrèze, est dans les parages. Il arrive avec la délégation PS, laquelle a plus que doublé sa taille entre 2022 et 2024. Dans le ciel, passent trois avions de chasse. « La Patrouille de France salue le retour des socialistes », s'amuse Benoît Payan, le maire de Marseille venu accompagner les siens. Et de conseiller : « Nous devons présenter au plus vite un gouvernement avec un premier ministre. » Olivier Faure, premier secrétaire du PS, s'est dit prêt à assumer la fonction. Tout comme l'insoumis Jean-Luc Mélenchon qui a débarqué, quelques minutes avant l'arrivée des socialistes, histoire de jouer jusqu'au bout le rapport de force entre les deux formations qui revendiquent le poste de premier ministre.

« Le principal verrou, c'est le refus du président de la République » de nommer une personnalité de gauche à Matignon, assure le député FI Paul Vannier. Car, qu'ils soient insoumis, socialistes, écologistes ou communistes, les 195 parlementaires du NFP pressent le forcené de l'Élysée de respecter la démocratie. « Un gouvernement Borne 2 ou Attal 2 est inenvisageable ! tonne le socialiste Arthur Delaporte. Nous ne sommes pas là pour faire vivre le libéralisme macronien. » Plusieurs députés évoquent la possibilité d'obtenir des majorités pour faire adopter un possible plan pour l'école et l'hôpital. Il y a urgence. Mais le seul qui ne semble pas pressé, c'est Emmanuel Macron.

Le Figaro, no. 24845
Le Figaro, mercredi 10 juillet 2024 1189 mots, p. 3

Politique

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9 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

À l'Assemblée, la bataille des postes clés a déjà commencé

Certains macronistes sont prêts à s'entendre avec la gauche pour empêcher les anciens vice-présidents RN, Sébastien Chenu et Hélène Laporte, d'être reconduits au perchoir.

Bordas, Wally

Il y a certaines choses qui ne changent pas. Après une journée ensoleillée, mardi, il aura suffi que François Hollande mette un pied au Palais Bourbon pour qu'un énorme orage s'abatte sur Paris. Un drôle de clin d'oeil pour l'ancien président redevenu député de Corrèze, surnommé «rain man» durant ses années à l'Élysée. De courte durée, l'averse n'a cependant pas empêché la poursuite de l'étrange balai qui a animé l'Assemblée toute la journée. Car depuis le second tour des élections législatives anticipées, les 577 nouveaux députés arrivent, au compte-gouttes, à la Chambre basse. Les mises en scène sont souvent soignées et savamment préparées. Particulièrement pour la gauche qui, après sa première place surprise et sa majorité relative, revendique la victoire et souhaite imposer un premier ministre de cohabitation à Emmanuel Macron avant la fin de la semaine.

C'est pourtant séparément que les députés du Nouveau Front populaire ont fait leur arrivée officielle à l'Assemblée, mardi. Les Insoumis ont ainsi précédé les écologistes, avant que les socialistes n'arrivent plus tard dans la journée. À chaque fois, les mêmes sourires, les mêmes effusions de joie et les mêmes mots. La gauche veut «gouverner» ; elle est «prête» ; dispose d'un «programme» ; et tente désormais de s'entendre sur le casting.

Devant le Palais Bourbon, deux socialistes se rencontrent pour la première fois. Dominique Potier, député depuis 2012, et Florence Hérouin-Léautey, fraîchement élue de Seine-Maritime. Un monde les sépare. «Tu te rends compte, il va falloir faire connaissance, on est trois fois plus qu'avant 2022», lance, enjouée, la nouvelle parlementaire. «Ne m'en parle pas, je suis trop heureux!», répond, non sans émotion, l'élu de Meurthe-et-Moselle, qui, après avoir connu un groupe socialiste avec moins de 30 élus, pourrait cette fois compter jusqu'à 70 collègues.

Quelques minutes plus tôt, l'Insoumise Ersilia Soudais ne cachait pas non plus ses larmes de joie au moment de retrouver, après un mois de campagne difficile, ses amis du groupe LFI. Tous n'étaient d'ailleurs pas présents. Car pendant que les mélenchonistes affichaient leur unité de façade devant les caméras, Clémentine Autain, François Ruffin, Alexis Corbière ou Danielle Simonnet écrivaient une lettre pour acter la «rupture» avec LFI et annoncer qu'ils se tenaient «à la disposition» des groupes écologistes et communistes. Les enjeux du moment sont en fait là : quelles seront les compositions des futurs groupes de l'Assemblée nationale ?

Pendant que le va-et-vient des députés se poursuit d'un côté, les discussions en coulisses portent de l'autre côté presque exclusivement sur ces questions stratégiques. Il faut dire que l'identité du « premier-ministrable » du NFP dépend de ces tractations. Surtout que, lancées dans une course de vitesse pour tenter d'imposer une cohabitation à Emmanuel Macron, les forces de gauche savent que les troupes présidentielles tentent de trouver des solutions pour éviter de laisser le pouvoir au NFP. «Il nous manque une vingtaine de députés et nous avons la majorité relative», veut croire un député Renaissance. De discrètes discussions ont donc lieu ici et là pour tenter de nouer des alliances d'un jour. Une députée LR : «Il ne faut pas refaire la connerie d'être dans l'opposition systématique aux macronistes. Puisque nous avons l'occasion de prendre le pouvoir, alors allons-y!» Sauf que l'équation n'est pas aussi simple. Elle semble même «inextricable», juge une élue macroniste. Peu importe l'alliance : aucune majorité absolue ne semble se dégager, ce qui signifie que n'importe quel gouvernement serait susceptible de tomber en étant renversé par une motion de censure.

Un îlot de stabilité

Dans ce contexte, l'Assemblée semble être le seul endroit où la situation s'annonce à peu près «stable», puisqu'il est constitutionnellement impossible pour le président de dissoudre pendant au moins un an. Les postes clés du Palais Bourbon sont donc au coeur de toutes les tractations du moment. Et de toutes les discussions. Quels seront les différents présidents de groupe ? Dans le camp macroniste, Sylvain Maillard va assurer la transition à la tête des députés Renaissance en attendant le retour des futurs-ex-ministres Gabriel Attal et Gérald Darmanin, tous deux prétendants. Laurent Wauquiez devrait lui, sauf surprise, prendre la présidence du groupe LR.

Qui pour présider cette Assemblée nationale morcelée en trois blocs ? «Il faudrait déjà savoir qui est dans la majorité et qui est dans l'opposition», anticipe un fin connaisseur du Palais Bourbon. Or, si la gauche semble numériquement majoritaire, elle peut devenir minoritaire si plusieurs des oppositions se liguent contre elle. Pour les différents candidats au perchoir, il va donc falloir nouer des alliances de circonstance d'ici au jeudi 18 juillet - date de début de la XVIIe législature - afin de rafler la mise. Yaël Braun-Pivet, la présidente sortante, a d'ores et déjà annoncé qu'elle serait candidate. «Cela ne peut évidemment pas être elle! Elle croit vraiment que, après ces législatives, tout peut continuer comme avant. Les macronistes ne sont plus majoritaires», corrige la communiste Elsa Faucillon.

« Continuer le barrage »

D'autres noms circulent depuis quelques jours. Dont celui de François Hollande à gauche. «Cela n'arrivera pas», prédit le mélenchoniste Hadrien Clouet, qui estime que le président Insoumis sortant de la commission des finances, Éric Coquerel, a un meilleur profil. «Il est armé pour pouvoir le faire, ce serait un très bon candidat», juge- t-il. «Je serai où je suis utile», répond l'intéressé. «Clairement, si nous sommes majoritaires, je préfère gouverner, même si je n'exclus évidemment rien», ajoute-t-il. L'écologiste Sandrine Rousseau, elle, a avoué qu'elle «aimerait bien» devenir présidente de l'Assemblée. Mais sa collègue Cyrielle Chatelain, patronne des députés Verts, semble avoir la préférence de nombreux élus.

Plus à droite, Naïma Moutchou, ancienne vice-présidente de l'Assemblée, est également citée par certains députés. Sa bonne entente avec les élus de toutes les sensibilités est louée. «Je sais ce que signifie la fonction. Mon expérience pourrait compter pour conduire un hémicycle qui s'annonce très tendu», se contente de répondre cette proche d'Édouard Philippe. Quant au centriste Charles de Courson, doyen de mandat de l'Assemblée, il n'écarte rien non plus. Selon nos informations, les deux vice-présidents RN, Sébastien Chenu et Hélène Laporte, pourraient en revanche pâtir de cette nouvelle Assemblée. Eux qui avaient réussi à arracher cette fonction - dans un mode de scrutin proportionnel - avec l'aide des macronistes en 2022 seraient cette fois-ci laissés-pour-compte.

«Difficile de faire le « front républicain » hier et d'accepter aujourd'hui de leur donner des gages», prévient un stratège macroniste. Avant d'expliquer : «Ils se sont fait voler les élections législatives et ils vont se faire voler leurs postes. C'est d'ailleurs comme ça qu'ils le diront, et ils n'auront pas tort.» Cyrielle Chatelain avait d'ailleurs tenu le même discours il y a quelques jours, invitant à «continuer le barrage»contre le RN «dès la rentrée parlementaire» ,en empêchant les nationalistes d'obtenir des postes importants. Cet élu de gauche, catégorique, ne dit pas autre chose : «Il est hors de question qu'un député RN réaccède à la vice-présidence de l'Assemblée sous notre majorité. C'est une question de principe.» Le ton est donné. W B

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 844 mots, p. 6
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Avec six députés, le « grand chelem » de l’extrême droite dans le Gard

Pour la première fois, le Rassemblement national remporte l’intégralité des circonscriptions de ce territoire, même dans les terres de gauche

Agathe Beaudouin

Nîmes - correspondante - Une couleur uniforme sur l’ensemble du département, et un parti qui progresse d’une élection à l’autre. Comme aux européennes du 9 juin, le Gard a d’abord voté pour le Rassemblement national (RN) et envoie, pour la première fois, six députés d’extrême droite à l’Assemblée nationale, lors des élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet.

Dans ce département qui s’étend des hauteurs du mont Aigoual aux bords de la Méditerranée, la situation est inédite, mais pas surprenante. Le RN, qui comptait depuis 2022 quatre députés gardois, avait annoncé son ambition au soir des européennes : rafler l’ensemble du territoire. Objectif atteint.

Les députés sortants Yoann Gillet, Pascale Bordes et Pierre Meurin n’ont pas été inquiétés, dépassant tous 54 % des voix au second tour, alors que, sur la deuxième circonscription, Nicolas Meizonnet avait été élu au premier tour. Dans les deux autres circonscriptions, qui jusque-là avaient résisté, le ciottiste Alexandre Allegret-Pilot, parachuté sur la cinquième circonscription, et l’avocate nîmoise Sylvie Josserand, ancienne militante socialiste devenue eurodéputée RN le 9 juin, battent les candidats du Nouveau Front populaire (NFP), mais avec des scores plus resserrés (respectivement 51,6 % et 51,4 %).

« Pas une fatalité »

Ces deux derniers duels laissent des remords aux vaincus. « Je suis triste pour le département et triste pour les Cévennes gardoises », reprend le député « insoumis » sortant Michel Sala, qui perd sa place de député dans la cinquième circonscription pour 1 994 voix, sur une terre historiquement de gauche. « Les reports de voix tardifs ou pas assez clairs n’ont pas aidé », estime-t-il.

Plus direct encore, Nicolas Cadène (NFP, apparenté aux écologistes), ancien rapporteur de l’Observatoire de la laïcité, qui se présentait sur la sixième circonscription, accuse l’équipe municipale de Nîmes, bastion des Républicains (LR), et l’entourage du maire, Jean-Paul Fournier : « Si on perd, c’est du fait du “ni-ni” répété par le maire de Nîmes, le président de l’agglo[Franck Proust] et le sénateur LR[Laurent] Burgoa. Ils ont mis un signal égal entre RN et NFP. »

Un message relayé durant l’entre-deux-tours par l’ensemble de son équipe municipale, et qui a certainement fait le jeu du RN. Sur la sixième circonscription, composée de plusieurs cantons nîmois, le nombre de votes blancs est passé de 797 au premier tour à 3 232 au second tour. Pour les votes nuls, l’écart est aussi significatif : 327 le 30 juin, 1 070 le 9. Et Nicolas Cadène échoue par 1 457 voix.

Après ce scrutin historique pour le Gard, la gauche veut comprendre. « Ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas le vrai visage du Gard », estime la présidente socialiste du Conseil départemental, Françoise Laurent-Perrigot. Vincent Bouget, à la tête de l’opposition nîmoise et secrétaire départemental du Parti communiste français, observe « un vote qui s’amplifie dans les lieux où la vie sociale est en recul. Quand les gens ne sont plus ensemble, il y a un problème à la fin ».

Le communiste considère aussi que dans le Gard, comme « sur l’arc méditerranéen, il y a un vote culturel et idéologique, qui commence même à grignoter les Cévennes, terres de résistance ». Michel Sala reprend : « Nous sommes passés d’une tache rouge à une tache brune[les quatre circonscriptions du département étaient détenues par les communistes en 1978]. C’est dur, mais je reste persuadé que le RN n’est pas enraciné dans nos Cévennes, et que la gauche pourra reconquérir cette circonscription. »

Terre de conquête

Sauf que, désormais, dans le département, plus de 30 000 voix séparent l’extrême droite de l’union de la gauche. Depuis les années 2000, l’extrême droite a fait du Gard une terre de conquête, en commençant par le sud du département, un secteur attaché à ses traditions locales, et dans des villes où l’immigration est très présente. Lorsque le médiatique Gilbert Collard devient député Front national (ancêtre du RN) en 2012, il commence la partition de la dédiabolisation du parti.

Deux ans plus tard, Julien Sanchez, alors jeune disciple de Marine Le Pen, gagne la mairie de Beaucaire, et la machine du parti frontiste se met en place dans ce département. Les ténors du parti viennent régulièrement en Petite Camargue. Du Grau-du-Roi à Saint-Gilles, Jordan Bardella, président du RN élu en 2022, fait des apparitions fréquentes.

Yoann Gillet, député réélu sur la première circonscription et patron du RN gardois, revendique ce travail de terrain : « On laboure les circonscriptions et l’ensemble du département du Gard depuis plusieurs années, même là où nous ne sommes pas élus. Nous y sommes tous les jours. » La députée Sylvie Josserand veut voir dans les scores gardois les prémices d’un nouveau modèle politique : « Le Gard est à contre-courant et fait un grand chelem. Il montre le chemin aux autres. Ce n’est qu’une question de temps. »

L'Humanité
mercredi 10 juillet 2024 1048 mots, p. 2

Minorité présidentielle, un déni presque parfait

Cyprien Caddeo

Assemblée nationale Malgré sa défaite aux élections législatives, le camp présidentiel multiplie les interventions pour éviter à tout prix un gouvernement du Nouveau Front populaire. Il entend imposer un récit dans lequel il serait encore la force principale du pays.

C'est dans un monde parallèle que nous plongeait, ce mardi 9 juillet, la matinale de France Inter. Celui de Yaël Braun-Pivet, où les forces macronistes n'ont pas été battues dans les urnes. Au micro de la radio publique, l'ex-présidente de l'Assemblée nationale évoque l'après-législatives, en assurant que la « majorité présidentielle doit travailler à une alliance programmatique sur une année avec LR, l'UDI, les sociaux-démocrates et même les écologistes ». En une phrase, l'ancienne titulaire du perchoir, qui s'y verrait bien reconduite en comptant sur les voix de la droite et du Rassemblement national, trahit tout le logiciel macroniste. « Une année », cela signifie que Yaël Braun-Pivet anticipe déjà que cette législature sera courte, et qu'Emmanuel Macron déclenchera une nouvelle dissolution dès que la Constitution lui en donnera la possibilité, c'est-à-dire à l'été 2025. Mais, surtout, la députée des Yvelines s'accroche au terme de « majorité présidentielle » alors que celle-ci, réduite à 168 députés, n'existe plus.

Le bloc macroniste a basculé du « ni, ni » au déni. Après avoir allègrement profité du barrage républicain, érigé à l'initiative de la gauche, pour sauver les meubles, les mêmes députés s'étouffent à l'idée de lui accorder cette victoire. « Le Nouveau Front populaire n'a pas gagné les élections », assure carrément Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur - celui qui est supposé être le garant du respect des urnes. Voici venu le temps des combines d'appareil, des distorsions des usages républicains, pour déjouer le verdict populaire : Emmanuel Macron et ses ouailles sont passés maîtres en la matière, confer la dernière réforme des retraites.

Les macronistes s'appuient sur une donnée réelle : le Nouveau Front populaire, avec moins de 200 élus, repose sur une majorité très relative, facile à renverser. Ce qui rend plus aisées les attaques visant à le délégitimer. Le président de la République reste pour le moment silencieux, se contentant de reconduire Gabriel Attal à Matignon, lundi. En coulisses, les tractations avec la droite ont commencé, alors que le chef de l'État décolle, ce mercredi, pour le sommet de l'Otan à Washington. En attendant, ses porte-flingues défouraillent pour lui. Le secrétaire général de Renaissance, Stéphane Séjourné, lance l'assaut, dans le  Monde : « Le Nouveau Front populaire fonce tête baissée, comme si aucune réalité démocratique n'existait. Ils veulent appliquer leur programme comme s'ils avaient une majorité pour le faire. Ils prétendent désigner le premier ministre, comme si celui-ci avait, de manière automatique, le soutien de la majorité de l'Hémicycle sans discussion préalable sur sa feuille de route ou ses priorités. » Une saillie ironique quand on se rappelle que ni Élisabeth Borne ni Gabriel Attal n'ont sollicité de vote de confiance à l'Assemblée, à rebours de la tradition républicaine, précisément pour éviter d'être mis en minorité. « Quand j'entends dire que des dirigeants du NFP entendent gouverner par 49.3 ou par décrets, je m'inquiète de leur vision de la démocratie », ose Yaël Braun-Pivet, toujours elle. Un tel culot aurait de quoi arracher un sourire même à Élisabeth Borne, 23 articles 49.3 au compteur entre 2022 et 2024. Tardant à accepter publiquement d'avoir basculé dans l'opposition, la Macronie goûte à ses propres potions et vomit déjà sa bile.

les macronistes ont du mal à admettre que la donne a changé

La grande idée de l'Élysée, c'est désormais de bâtir une coalition partant du centre, dont elle serait bien évidemment le chef d'orchestre, et s'élargissant à la droite et à la gauche. Toute la gauche ? Bien sûr que non. « On doit pouvoir trouver une entente pour le bien du pays, avance le président du Modem, François Bayrou. Cette union irait de la gauche hors FI à la droite hors RN. » Un tel attelage pencherait de fait à droite, avec le poids cumulé de LR et d'Ensemble, ce à quoi poussent plusieurs députés macronistes transfuges des « Républicains », comme Karl Olive ou Mathieu Lefèvre. Ce dernier a au moins la lucidité de dire : « Il faut qu'au plus haut sommet de l'État on reconnaisse qu'il n'y a pas de victoire. » Et si la proposition d'un arc présidentiel élargi sonne comme un air de déjà-vu, c'est normal : c'est déjà ce que les troupes présidentielles prétendaient faire en 2022, après avoir été réduites à la majorité relative. Et ce qu'elles n'ont jamais su faire. Deux ans plus tard, les macronistes ont du mal à admettre que la donne a encore changé et que ce n'est plus à eux de dicter le tempo politique.

Toujours au Modem, le député Jean-Paul Mattei, qui présidait le groupe du parti centriste lors de la dernière législature, se projette pourtant déjà : « On pourrait avoir un gouvernement avec des tendances : à l'écologie un écologiste, au social un socialiste, à l'économie quelqu'un du bloc central... Si le NFP applique son programme, il sautera à la première motion de censure. Dimanche, je ne crois pas que c'était une victoire de la gauche. » La ministre de la Culture, Rachida Dati, écrit même un contre-récit des résultats de dimanche : «  La grande majorité des Français a exprimé son souhait d'une politique protégeant le pays contre l'insécurité, la pression migratoire ou la dérive des finances publiques, publie-t-elle sur X. L'intérêt de la France est de trouver au Parlement une majorité qui soit à l'image de ce que pensent majoritairement nos concitoyens. » À l'entendre, la somme des votes de droite (RN compris, donc, bien qu'il soit exclu pour les libéraux de s'allier avec) disqualifie la gauche.

« Un gouvernement incluant la France insoumise devra être censuré dans la foulée », tranche, quant à elle, la députée Renaissance Maud Bregeon. Le message martelé est clair : les élus du Nouveau Front populaire, s'ils veulent gouverner, doivent trahir l'accord électoral qui leur a permis de l'emporter, en excluant l'un des leurs, revoir leurs promesses à la baisse quitte à décevoir leur électorat, et participer à remplumer de fait le bloc central qui, lui, joue déjà la dissolution d'après. La ficelle est grosse : le NFP serait mort-né, et la gauche d'emblée fracturée, ce qui la rendrait d'autant plus faible en cas de nouvelles législatives anticipées en 2025. Tout un programme. Mais certainement pas celui pour lequel les Français ont voté.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mercredi 10 juillet 2024 757 mots, p. AUJM4,AUJM5,AUJM5,AUJM6
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9 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
10 juillet 2024 - Le Parisien

Bras de fer entre le PS et LFI

Alors que les députés du NFP ont fait leur entrée en ordre dispersé à l'Assemblée, les négociations pour aboutir à une incarnation commune de la gauche à Matignon tournent à la confrontation.

Pierre Maurer et Julien Duffé

L'Assemblée nationale semble prise dans une tornade. Mardi après-midi, Jean-Luc Mélenchon, François Hollande et Olivier Faure débarquent séparément au Palais-Bourbon en l'espace d'une dizaine de minutes. Au-dessus de leurs têtes, un orage menace et des avions de chasse déchirent le ciel gris. Autour d'eux, les caméras tourbillonnent, dans l'espoir de décrocher le nom de celui ou celle que la gauche compte envoyer à Matignon.

Le premier secrétaire du Parti socialiste ne se fait pas prier. Aux micros tendus, il se dit « prêt à assumer » la fonction de Premier ministre « dans le dialogue avec [ses] partenaires » du Nouveau Front populaire (NFP). Comme une mise en garde face aux velléités de Mélenchon d'envoyer un Insoumis à Matignon, alors que les discussions au sein du cartel des gauches durent. « Olivier est le seul qui peut nous permettre de gouverner », souffle dans un large sourire son fidèle lieutenant Pierre Jouvet.

Pour les socialistes, il devenait urgent de mettre un nom sur la table. Lundi soir, Jean-Luc Mélenchon a martelé qu'il faisait partie « de la solution, pas du problème », tout en poussant les noms de trois des siens pour Matignon : Manuel Bompard, Mathilde Panot et Clémence Guetté, l'architecte du programme de LFI en 2017 et en 2022. Depuis lundi, cette dernière, députée proche du tribun et coprésidente de l'Institut La Boétie, fait l'objet d'un intense lobbying de la sphère insoumise sur les réseaux sociaux. « Elle est forte et compétente, elle est la gardienne du programme, elle a une bonne image, mais derrière le sourire c'est une garde rouge. Que demander de plus ? » s'enthousiasme un Insoumis proche de la direction de LFI.

Tout va toutefois dépendre des rapports de force à l'Assemblée. Insoumis et socialistes se tirent la bourre depuis dimanche soir, revendiquant tous deux de disposer du premier groupe parlementaire de gauche au Palais-Bourbon afin de peser dans la désignation du candidat à Matignon. Mardi, le socialiste Boris Vallaud évoque un contingent de 65 à 70 députés socialistes, quand l'Insoumis Paul Vannier assure que LFI pourrait compter « autour de 80 députés ». Ce dernier, lieutenant de Mélenchon, reconnaît en creux que la bataille des chiffres est au coeur des négociations : « Il reste une incertitude sur la répartition des groupes et le poids relatif de chacun. »

Contre-la-montre

Les uns et les autres cherchent notamment à obtenir l'appui des députés ultramarins pour gonfler leurs groupes. Ou des macronistes de l'aile gauche, dans le cas des socialistes. Pour l'heure, la situation est « inextricable », juge un stratège de la gauche : « Il y a un blocage inévitable. »

D'autant que la bataille pourrait durer jusqu'à la dernière minute. Les députés ont jusqu'au jeudi 18 juillet, à 18 heures, pour s'affilier à un groupe parlementaire. Et les partenaires doivent aussi s'entendre sur la stratégie à mettre en place pour gouverner. Les Insoumis répètent qu'ils ne transigeront pas sur le programme du NFP, quand d'autres plaident pour élargir leurs rangs jusqu'à des centristes sur un contrat de coalition plus souple. À l'image de Philippe Brun, député PS. « Tout le monde sait que c'est de la posture de faire un gouvernement en s'appuyant sur 190 députés. Ça n'existe pas, tranche-t-il. Il faut faire une majorité large avec LFI à l'intérieur. Les circonstances nous l'imposent. »

Et l'urgence commande. « Plus on avance vers le 18 juillet, plus on risque d'avoir un revers si la gauche n'arrive pas à s'entendre », prévient un cadre du PS. Car les responsables du NFP craignent qu'Emmanuel Macron les prenne de vitesse en formant une coalition avec la droite.

Pour prendre l'opinion à témoin, l'alliance a dégainé en fin d'après-midi un communiqué pour mettre en garde « solennellement » le chef de l'État contre toute tentative de maintien prolongé de Gabriel Attal à Matignon, l'appelant à « se tourner immédiatement vers le Nouveau Front populaire ». Une députée écolo fulmine. « Si Macron deale avec les LR pour nous la faire à l'envers, ça s'appelle un putsch ! » Sur X, l'Insoumis Adrien Quatennens appelle, lui, « le peuple à faire céder » le chef de l'État. En suggérant « une grande marche populaire » en direction de Matignon.

Libération
mercredi 10 juillet 2024 1882 mots, p. 1,2,3

Événement

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9 juillet 2024 - Libération (site web)

enquête les dîners secrets de la macronie et du rn Enquête Quand la macronie invite Le Pen et Bardella à dîner

Service Checknews; Laurent Léger; Charlotte Chaffanjon

Événement

pages 2-3 D ans ce coin bobo du IXe arrondissement de Paris, la rue d’Aumale est aussi paisible que cossue. La sérénité des riverains est néanmoins parfois troublée depuis que Thierry Solère, élu régional, ancien député, et surtout exconseiller d’Emmanuel Macron, s’est installé dans le vaste appartement qu’il occupe avec sa nouvelle compagne, une communicante. Thierry Solère reçoit, beaucoup, à toute heure, et pas n’importe qui. Le ballet des berlines au pied de l’immeuble, les gardes du corps qui font le pied de grue : tout indique que le conseiller officieux, un temps écarté des premiers cercles de l’Elysée, est à nouveau dans le jeu. Et dans un des rôles de l’ombre qu’il affectionne : celui d’agent de liaison entre la macronie et l’extrême droite. Car, ces derniers mois, selon nos informations, le binôme du Rassemblement national, Marine Le Pen et Jordan Bardella, a été reçu à plusieurs reprises rue d’Aumale. Pas en même temps, mais parfois en présence de membres éminents du camp présidentiel, comme l’ex- Premier ministre Edouard Philippe ou l’actuel ministre des Armées, Sébastien Lecornu, tous deux très proches de Solère. La dédiabolisation du RN passe aussi par ces rencontres secrètes.

Le 12 juin, deux témoins racontent à Libération avoir vu Jordan Bardella sortir de l’immeuble à 16 h 30, et s’engouffrer dans la DS qui l’attendait. Que figurait au menu de ce rendez-vous avec Solère ? Le timing de la rencontre écarte l’hypothèse d’une visite de courtoisie. Trois jours plus tôt, Macron a annoncé avec fracas la dissolution de l’Assemblée nationale, offrant un potentiel boulevard au RN, qui caracolait en tête des élections européennes, et plongeant la droite et la macronie dans une crise profonde. Les deux hommes ont-ils parlé du parti Les Républicains qui était, au même moment, en train d’imploser à quelques kilomètres de là, après le ralliement d’Eric Ciotti, le chef de LR, au RN ? Solère, issu de l’UMP, connaît le sujet, lui à qui on a prêté la mission de dynamiter la droite au profit du camp présidentiel. S’agissait-il pour l’Elysée, dans ce nouveau contexte, de prendre officieusement langue avec un potentiel Premier ministre ? Grand ami Interrogé par Libération, l’Elysée botte en touche en répondant que Thierry Solère n’a plus de fonction en relation avec la présidence. «Auprès du Président, il a un rôle informel, nuance en privé un conseiller de Macron. Il peut prendre des contacts avec la droite, mais Bardella ou Le Pen, cela ne correspond pas à une demande du Président.» Contacté, Jordan Bardella n’a pas répondu à nos questions sur le motif de sa présence rue d’Aumale ce jour-là. Quant à Solère, il refuse de s’exprimer pour cet article et dément formellement toute rencontre, assurant que les gens «deviennent fous». A la question : «Vous ne savez pas ce que Bardella faisait devant chez vous ?» L’élu a cette réponse : «Ben non.» Transfuge de LR en 2017, au service d’Edouard Philippe à Matignon puis d’Emmanuel Macron à l’Elysée, Solère joue au sommet de l’Etat le rôle «d’officier traitant», confie un conseiller politique, de «trait d’union» de la macronie avec «tout le monde». Mais l’intéressé a été progressivement contraint de prendre du champ, lesté par un nombre record de treize mises en examen (l’affaire est toujours en cours), dont il conteste le bien-fondé. En mai 2022, le député des Hauts-de- Seine annonçait sur X qu’il ne candidaterait pas à sa réélection, précisant néanmoins qu’il continuerait «à accompagner politiquement» le président de la République. En juin 2023, il confiait à Libé : «Je fais le lien entre le Président et des personnalités aussi diverses qu’Arnaud Montebourg et Marine Le Pen.» Avant cela, en 2021, le même assurait avant un débat entre Darmanin et Le Pen, au cours duquel le ministre de l’Intérireur et grand ami de Solère avait estimé que Le Pen était «molle» sur la question de l’islam et de l’immigration : «Il faut débattre avec Le RN, bien sûr. C’est pas parce qu’on leur parle qu’on est complaisant.» Solère est aujourd’hui simple conseiller régional du parti présidentiel en Ile-de-France.

Le Point racontait en décembre qu’il était depuis revenu en grâce, notamment pour avoir été un des seuls à alerter le Président sur la forte probabilité de voir le projet de loi immigration rejeté à l’Assemblée. On dit Macron «fasciné par ses réseaux phénoménaux», confie un ancien de l’Elysée. Solère était d’ailleurs du dîner de la majorité à l’Elysée, le 12 décembre, et garde en son sein des amitiés fortes. «Il est drôle et produit des analyses fines», dit un interlocuteur, qui assure aussi que les rapports de Solère avec le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, comme avec Sébastien Lecornu et Edouard Philippe, relèvent de l’amitié «réelle», pas simplement politique. Il a quotidiennement l’ex-Premier ministre au téléphone, et le ministre des Armées est l’un des habitués de la rue d’Aumale. Solère revient régulièrement à l’Elysée. Il y a ainsi passé la soirée du premier tour des législatives, jusqu’à une heure avancée de la nuit, avec une poignée de ministres et de proches d’Emmanuel Macron, comme Richard Ferrand, pour qui le champagne a été débouché : l’ancien président de l’Assemblée nationale fêtait ce soir-là son anniversaire. Mardi, le conseiller régional et son compère, Sébastien Lecornu, étaient reçus à la table d’Emmanuel Macron, à la présidence de la République.

Dédiabolisation Le soir de la dissolution, le cortège de Lecornu avait stationné devant chez Solère. Le 19 juin, sa DS, accompagnée d’un fourgon et de deux motos, a de nouveau longuement attendu le ministre devant l’immeuble. Lecornu en est sorti autour de 19 heures. Et, cinq jours plus tard, ce dernier est revenu à nouveau rue d’Aumale, après une réunion électorale à Bondues (Nord), cette fois en compagnie de Gérald Darmanin : les deux étaient allés soutenir Violette Spillebout, la députée macroniste en campagne, finalement élue au second tour. Ce soir-là, un lundi, ils ont débarqué chez Solère… vers minuit.

Trois mois plus tôt, mi-mars, Sébastien Lecornu était déjà venu dîner rue d’Aumale, mais dans une configuration différente cette fois : en présence de la cheffe de l’extrême droite. Marine Le Pen a franchi le porche de l’immeuble le 16 mars pour une rencontre avec l’un des ministres les plus proches du chef de l’Etat, restée secrète jusqu’à présent. La compagne de Solère avait pris soin de quitter les lieux au préalable. Les agapes se sont terminées tard dans la nuit, aux alentours de 2 ou 3 heures du matin.

Réveillés par le moteur de la voiture de Le Pen, garée à moitié sur le passage piéton, qui tournait en son attente, des voisins ont appelé la police. Marine Le Pen se déplace en effet dans un cortège de deux véhicules, dont le second transporte ses officiers de sécurité. Quatre voitures officielles en pleine nuit dans l’une des rues les plus tranquilles du quartier, cela se remarque… Sollicitée, Le Pen assure ne pas avoir été à Paris ce soir-là. Solère et Lecornu démentent quant à eux auprès de Libération avec les mêmes mots : «Qui vous raconte ces mensonges ?» Même réponse en choeur à une demande d’explication concernant un autre rendez-vous, tenu chez le même hôte quelques jours avant, avec Jordan Bardella. S’agissait-il d’un sujet directement lié à une demande du chef de l’Etat, devant donc rester secrète, comme se demande un conseiller politique qui utilise le qualificatif d’«agenda président» ? Que Sébastien Lecornu dîne avec les figures du RN, voilà le naturel qui revient au galop. Tout au long de la législature, le ministre s’est montré affable avec les députés d’extrême droite, n’hésitant pas, parfois, à reprendre leurs amendements, en faisant comme s’ils provenaient du gouvernement. Les parlemen- taires RN le considèrent comme un homme courtois, avec qui il serait très agréable de travailler, malgré leurs désaccords. A l’inverse du garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, leur bête noire.

En décembre, c’est une autre personnalité qui se rend chez Thierry Solère pour dîner. Edouard Philippe a rendez-vous ce soir-là avec Marine Le Pen, comme l’entourage de l’ex- Premier ministre le confirme à Libération. Le patron d’Horizons, régulièrement derrière la cheffe du RN dans les sondages en vue de la présidentielle, met volontiers en scène le duel. Par stratégie ou conviction, il a clairement pris le parti de la dédiabolisation du RN. Aussi bien Philippe que les responsables d’Horizons ne cessent de dire leur hostilité à toute posture «morale» vis-à-vis du parti d’extrême droite, appelant à un affrontement «projet contre projet» pour 2027.

Coup de fil Mi-novembre, Edouard Philippe s’était ainsi félicité de la participation du RN à la marche contre l’antisémitisme, qui fut un moment charnière de la quête de respectabilité du parti cocréé par des Waffen-SS. Quelques semaines plus tard, les deux responsables politiques se trouvaient donc autour de la même table… Il faut «se connaître» avant de «s’opposer», justifie l’entourage de Philippe, qui note que, alors Premier ministre, ce dernier avait eu l’occasion de recevoir Marine Le Pen une ou deux fois entre 2017 et 2020, et a par exemple rencontré le secrétaire général du Parti communiste, Fabien Roussel, à la Fête de l’Huma. A des interlocuteurs, Thierry Solère a assuré que «ni Marine Le Pen ni Jordan Bardella ou même Edouard Philippe ne sont venus chez [lui], individuellement ou collectivement, depuis le 9 juin». Ce qui ressemble à la confirmation que Libé lui demandait… Le rendez-vous du 12 juin avec Bardella, lui, a peut-être été déplacé pour une raison ou pour une autre. Quel rôle a joué précisément Solère, durant les semaines cruciales avant, et après l’annonce de la dissolution ? Interrogé au coeur de la campagne des législatives, un conseiller gouvernemental veut nuancer le rôle joué par le «baron noir» de la droite : «On ne peut pas dire qu’il soit au coeur du jeu», assure-t-il, ajoutant que la campagne ne se jouait pas, de toute manière, à l’Elysée.

Mais le même disait avoir eu vent de la visite de Bardella chez Solère quelques jours après la dissolution, et rapportait que l’ex-conseiller avait passé des coups de fil la semaine de l’entre-deux-tours, au moment où se négociaient les désistements. L’un a été ébruité. Sur X, le 2 juillet, la candidate LR-RN Babette de Rozières a affirmé avoir reçu des appels du chef de cabinet de Gabriel Attal mais aussi de Thierry Solère, pour la pousser à se désister en faveur de la macroniste Nadia Hai. La candidate assure s’être vue proposer un poste de ministre ou de préfet, ce que Solère a démenti, sans nier le coup de fil. Les deux candidates ont finalement été éliminées au profit d’Aurélien Rousseau, éphémère ministre de la Santé d’Emmanuel Macron, qui se présentait sous l’étiquette Nouveau Front populaire.•

Le Figaro, no. 24845
Le Figaro, mercredi 10 juillet 2024 1089 mots, p. 3

Politique

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9 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Les tractations pour Matignon divisent le camp Macron

Boichot, Loris, Quinault-Maupoil, Tristan

Engagées dans une course de vitesse pour former un nouveau gouvernement, les troupes d'Emmanuel Macron s'inquiètent d'être prises de court par le Nouveau Front populaire (NFP). La succession des conciliabules à gauche met la pression sur la majorité sortante, qui s'étonne de l'attentisme du chef de l'État, qui a refusé lundi matin la démission de son premier ministre, Gabriel Attal.Le président de la République a certes reçu Gérard Larcher, mardi soir à l'Élysée, comme l'a annoncé Le Figaro. Relançant les interrogations sur les intentions du président (Les Républicains, LR) du Sénat. Mais le départ du chef de l'État, attendu mercredi à Washington pour le sommet de l'Otan, irrite ses soutiens. Lesquels voudraient le voir davantage conscient du danger d'être débordé par le NFP, bloc arrivé en tête des élections législatives en nombre de sièges (plus de 180 sur 577).

«Partir trois jours à Washington alors que chaque jour compte, c'est spéculer sur le fait que la gauche n'arrivera pas à se mettre d'accord pour proposer un premier ministre. S'ils y parviennent, la pression sera très forte à son retour » , s'alarme un ministre. Convaincu, comme certains de ses collègues de « l'aile droite » , que le président ne prend pas la mesure du risque d'une entente à gauche. Preuve de l'urgence, à leurs yeux, le numéro un des socialistes, Olivier Faure, s'est dit « prêt » mardi à « assumer » la fonction.

À l'Élysée, l'état-major d'Emmanuel Macron fait mine de rester en surplomb. «Il faut changer de logique. Le président est dans un rôle d'arbitre. C'est aux chefs de parti de s'organiser», rétorque-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron. Ce qui n'empêche pas le cabinet du chef de l'État d'estimer que « tout le monde est face à ses responsabilités: si les LR ne rejoignent pas le bloc central, cela revient à servir de marchepied au NFP. On ne peut pas dire que le NFP serait une catastrophe pour le pays et refuser de nourrir la dynamique du bloc central ».

Accepter des concessions

Depuis qu'aucune majorité claire n'est sortie des urnes, dimanche, aile gauche et aile droite du camp présidentiel se divisent sur le périmètre d'une éventuelle coalition pour gouverner, même si tous s'accordent sur la ligne ni-Insoumis, ni lepénistes. De Gérald Darmanin à Bruno Le Maire, en passant par Édouard Philippe, plusieurs figures de son camp prient le chef de l'État de rechercher au plus vite un accord avec la droite. En acceptant des concessions. «Il faut assumer que le coeur du pouvoir, Matignon, ne revienne pas à quelqu'un du bloc central. Il faut être capable de s'effacer, prône-t-on à la direction d'Horizons, le parti d'Édouard Philippe. Les gens ont besoin de savoir qu'on ne remet pas un macroniste à Matignon. Il faut une respiration.» Quitte à obtenir, en échange, le soutien de la droite pour conserver la présidence du Palais-Bourbon. À condition, là encore, de s'atteler sans tarder à de véritables tractations, alors que la nouvelle législature commencera officiellement le 18 juillet. «Il y a des choses dont on peut discuter jusqu'à cette date et pas après. Prendre son temps empêche une négociation globale qui puisse prendre en compte les postes clés à l'Assemblée » , relate un cadre macroniste.

Certains noms de premiers ministres potentiels sont évoqués par ces transfuges de la droite. Ainsi du président LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, qui a plaidé dès l'entre-deux tours des législatives pour «un gouvernement de sursaut national».Ou de la députée (UDI) Valérie Létard, poussée par l'ancien ministre Jean-Louis Borloo.

En réunion des députés Renaissance, mardi matin, deux lignes se sont affrontées, comme aux plus grandes heures des déchirements du camp Macron. Les partisans d'un accord avec la gauche en priorité, les thuriféraires d'un pacte avec la droite de l'autre, et les adeptes du « en même temps ». « C'est évident qu'on peut travailler avec les sociaux-démocrates, explique Sacha Houlié, figure de l'aile gauche de la majorité sortante. Il faut se mettre d'accord sur la ligne politique. Si l'accord politique n'est pas clair, j'en tirerai toutes les conséquences en ne siégeant pas dans le groupe Renaissance. » Dans son sillage, certains de ses collègues doutent de pouvoir accorder leur confiance aux LR, après l'épisode de la réforme des retraites, adoptée par 49.3 en mars 2023. « Ils n'ont aucune fiabilité » , pointe le député (Mouvement démocrate, MoDem), Erwan Balanant. Sur le versant droit de Renaissance, le député Charles Rodwell promet de « voter » une « motion de censure » contre « un gouvernement qui s'engage à appliquer le programme du NFP ».

Entre lundi soir et mardi matin, les dirigeants du camp Macron ont en revanche renoncé à rédiger une « déclaration de principes » , potentiel socle d'un accord de coalition. Ils préfèrent attendre que le paysage se stabilise. Le patron de Renaissance et ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, a énuméré mardi les « lignes rouges » d'une éventuelle alliance, dans une tribune au Monde : « Soutien à l'Europe et à l'Ukraine, aucune compromission sur la laïcité et la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, accélération de la transition écologique, la sécurité comme priorité gouvernementale, et le maintien de la politique d'attractivité économique ».

Que chercher au juste ? Au moins 289 députés, seuil de la majorité absolue dont chaque bloc est très loin ? Ou bien un nombre d'élus suffisant pour éviter au gouvernement d'être renversé ? « Il ne faut pas chercher une majorité de coalition, mais une majorité qui permette d'éviter la censure » , explique, à droite, le sénateur (LR) Philippe Bas. Dans le même temps, des ministres poussent Emmanuel Macron à accepter la démission présentée par Gabriel Attal. D'abord, pour que ceux qui sont élus députés puissent prendre part au vote sur les postes clés, dès le 18 juillet. « Nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir 18ministres élus qui ne siègent pas à l'Assemblée la semaine prochaine » , dit un conseiller du gouvernement. «Il n'y a pas de volonté de faire traîner les choses ou de capturer le pouvoir. L'idée c'est d'avancer», assure l'entourage du chef de l'État. L'inverse de ce qu'exprime Jean-Luc Mélenchon : « Le président de la République, c'est lui qui bloque la situation aujourd'hui, pour garder le pouvoir le plus longtemps possible » , a lancé l'Insoumis en entrant mardi à l'Assemblée nationale avec ses troupes.

En fin de journée, le NFP a mis en garde « solennellement » le chef de l'État contre un maintien prolongé de Gabriel Attal à Matignon. Certains conseillers du pouvoir exécutif préviennent d'un risque réel de motion de censure adoptée dès l'ouverture de la législature. Un gouvernement démissionnaire, chargé des affaires courantes, ne s'exposerait pas à un tel couperet. L.B. ET T.Q.-M.

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 1685 mots, p. 2
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web)

La gauche à la recherche d’un premier ministre

Lundi, les chefs des partis ont tenté de s’entendre sur un nom

Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach

Sa veste verte est désormais si célèbre qu’il n’est pas facile, pour les chefs de file du Nouveau Front populaire (NFP), de se réunir incognito cette semaine avec Marine Tondelier. « On cherche des lieux sûrs » loin des journalistes, confirme la secrétaire nationale des Ecologistes à la presse qui traque l’« insoumis » Manuel Bompard, le socialiste Olivier Faure et le communiste Fabien Roussel un peu partout dans Paris. Au soir du premier tour, les motards des chaînes de télé poursuivaient la voiture blindée du président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, comme s’il était déjà premier ministre ; depuis la victoire du NFP aux législatives, dimanche 7 juillet, ce sont les chefs de la gauche que les caméras à moto suivent à travers la capitale. « On va finir par faire des zooms » , soupirent-ils, épuisés.

Tout est allé si vite ! « La victoire, on n’y croit pas nous-mêmes », confiait deux jours avant le second tour Olivier Faure, le patron du Parti socialiste (PS), qui double le nombre de députés socialistes par rapport à 2022. Dimanche soir, à l’Elysée, Emmanuel Macron n’en revient pas non plus en découvrant la gauche en haut du podium, première force parlementaire devant le parti présidentiel et le RN. Les chefs des partis du NFP sont eux aussi sonnés. « Ils pensaient se réveiller Jean Moulin et les voilà Léon Blum », résume l’ancien secrétaire national du PS Jean-Christophe Cambadélis.

Pris de court, aucun des chefs de l’alliance n’a songé à lancer dimanche soir l’idée d’un gouvernement de « défense républicaine ». Leur score doit au puissant barrage érigé par les Français pour tenir l’extrême droite à l’écart du pouvoir, mais personne ne tente une formule s’émancipant de la coalition électorale. Dès 20 h 05, Jean-Luc Mélenchon adopte le même ton triomphal de ceux qui détiendraient seuls la majorité absolue, quoique l’alliance de quelque 182 députés n’atteint pas, loin s’en faut, le seuil des 289. « Tout le programme, rien que le programme. »Voilà ce que rappellent les « insoumis ».

Après les plateaux télé, les quatre chefs de partis Marine Tondelier (Ecologistes), Manuel Bompard (La France insoumise, LFI), Olivier Faure (PS) et Fabien Roussel (Parti communiste français) se retrouvent tard dans la soirée, dans une salle sans âme du siège du PS, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Entre eux. Sans motards. Sans caméras. Autour des tables carrées, les quatre partenaires discutent jusqu’au creux de la nuit. L’idée : gouverner seuls, sans négocier de coalition avec les troupes d’Emmanuel Macron, et décrocher des votes texte par texte… Une illusion. Il faut surtout tenter de trouver au plus vite une personnalité à proposer pour Matignon.

Le lendemain matin, lundi 8 juillet, Olivier Faure annonce sur Franceinfoqu’un nom de premier ministre sortira « dès cette semaine ». « On n’a pas le choix », abonde Marine Tondelier sur France Inter, même si « ce ne sera pas simple ». Ont-ils parlé un peu vite ? Au bureau national du PS, peu avant midi, plusieurs figures socialistes freinent leurs ardeurs. Les membres de la direction nationale décrètent que la semaine s’étire au moins jusqu’au 18 juillet, date limite d’inscription pour les députés avant la composition des groupes et de l’élection des présidents de commission à l’Assemblée nationale. Outre ses 59 socialistes, le PS nourrit l’espoir de décrocher alors quelques ralliés pour devancer les 74 « insoumis » et renverser le rapport de force au sein de la gauche parlementaire.

Glucksmann absent

A la suite de ce bureau national, la gauche ne promet plus de présenter le nom d’un premier ministrable avant la fin de la semaine. Plus de « dead line », dit Marine Tondelier, qui claque des doigts : on ne peut pas « sortir » comme ça un gouvernement du chapeau. « On n’est pas obligé de rentrer dans la course en promettant un nom si vite. Quelle est la méthode ? Un conclave ou un happening, et on fait le tir au pigeon ? », ajoute le communiste Fabien Roussel. « N’allons pas plus vite que la musique », résume le socialiste Jérôme Guedj, réélu dans l’Essonne, qui propose d’élargir la coalition vers le centre. Mais à trop attendre, ils courent, redoute-t-il, le risque de « réhabiliter Macron en un maître des horloges qui nous fait sauter à la corde ».

Qui le remarque ? La gauche a déjà perdu une de ses figures, ce lundi. Raphaël Glucksmann (PS-Place publique), 13,8 % des voix aux européennes, est absent des négociations. La tête de liste des élections européennes du 9 juin a même quitté Paris. Officiellement, il a filé à Bruxelles pour récupérer son badge de député européen 2024-2029 qu’il n’a « pas eu le temps d’aller chercher durant ces trois semaines de campagne éclair ». A présent qu’il a félicité les Français de s’être montrés « intelligents » et « à la hauteur », l’eurodéputé, qui s’entend aussi mal avec M. Mélenchon qu’avec Olivier Faure, n’a aucune envie de s’asseoir à la table des négociations.

C’est simple : il a même oublié de féliciter Aurélien Rousseau, victorieux dans les Yvelines, et unique élu de son petit parti, Place publique. Il l’avait pourtant poussé à se présenter pour grossir l’influence des sociaux-démocrates. En arrivant lundi au Palais-Bourbon, l’ex-ministre de la santé a en revanche la surprisede croiser son ancienne « patronne », Elisabeth Borne, réélue députée du Calvados grâce au désistement républicain d’un adversaire LFI – son « nouveau meilleur ami », comme elle dit. Tous deux ont planché des heures durant dans le bureau d’Emmanuel Macron sur la réforme des retraites, et partagent désormais la même intuition : « Le président veut gouverner avec la droite », glisse l’ex-première ministre à son ancien directeur de cabinet. Elisabeth Borne sait de quoi elle parle : avant de se faire congédier de Matignon, elle avait fait passer la loi sur l’immigration avec l’aide de la droite et les voix du RN.

Les leaders du NFP de dimanche se méfient eux aussi d’Emmanuel Macron. Ni Olivier Faure, ni Marine Tondelier, ni Fabien Roussel (ni d’ailleurs Raphaël Glucksmann) n’ont reçu le moindre coup de téléphone du chef de l’Etat, qui doit s’envoler mercredi 10 juillet au sommet de l’OTAN à Washington. « Pour le moment », Gabriel Attal est maintenu à Matignon, indique lundi matin Emmanuel Macron, en refusant la démission d’un premier ministre qui pourrait bien rester en poste une partie de l’été : une façon pour le chef de l’Etat d’imposer son tempo. « Il laisse décanter », résume un ami d’Emmanuel Macron, pendant que les forces de gauche s’activent. Ou s’épuisent.

Chacun a compris que l’Elysée tente de tisser une alliance avec la droite en laissant fleurir l’hypothèse d’un Gérald Darmanin à Matignon – le même qui vient de clamer lundi que « personne n’a gagné »les élections et qu’il est « hors de question »de gouverner avec LFI. Un « déni »du camp présidentiel qui « s’invente une histoire magnifique » et refuse d’admettre sa défaite, s’enflamme, lundi soir, Marine Tondelier sur France 2. « On ne peut pas en même temps perdre et dire qu’on a gagné (…).La logique institutionnelle lui eut dicté de décrocher son téléphone et d’appeler les chefs de partis du NFP pour leur demander le nom d’un premier ministre… »

« Un vote »

Qu’auraient-ils répondu ? Aucune fumée blanche n’est encore sortie de leurs conciliabules. Conseils, références historiques et voix dissidentes fleurissent en revanche ici et là. Lundi, dans la cour d’honneur du Palais-Bourbon, le député PS Philippe Brun, réélu dans l’Eure, appelle à une coalition courant des « insoumis » jusqu’aux Républicains, puisque « les communistes ont gouverné avec le général de Gaulle en 1945 ». Les ballons d’essai volent, les téléphones vibrent, et le brouillard ne se dissipe pas en fin de journée, malgré une nouvelle réunion. Tout le monde ne s’accroche pas coûte que coûte au programme. Sur le smic à 1 600 euros, par exemple, Mme Tondelier explique que c’est « plus compliqué »puisqu’il faut une « loi rectificative » pour voter une aide aux PME-TPE et éviter des « catastrophes » économiques.

Dans le camp d’en face, le « macroniste de gauche » Sacha Houlié tend la main à la gauche en suggérant de bâtir un très hypothétique « groupe social-démocrate ». Jérôme Guedj prône, lui, « un gouvernement minoritaire qui répond aux aspirations majoritaires », et dirigerait le pays de manière consensuelle en évitant les mesures clivantes et le couperet d’une censure de l’Assemblée. Dans la soirée, François Ruffin suggère sur France 2 une mystérieuse « coopérative politique »qui réunirait la « gauche de bon sens ».Tandis que les négociateurs se cachent, lui savoure à la terrasse d’un café de la rue de Paradis, à Paris, les « Ruffin président »venus d’un groupe de passants. Et tient à faire savoir qu’il se tient « loin du secret des alcôves ». Il sait que les électeurs détestent la tambouille politique.

« Je ne fais pas de “combinazione” , comment on va prendre un bout de machin, un bout de truc, ce n’est pas notre histoire », lâche Olivier Faure au « 20 heures » de TF1. Parmi les « sociaux-démocrates », beaucoup le pressent de réclamer Matignon pour le PS – son parti a récolté 13,8 % des voix aux européennes et réalisé la plus belle progression, dimanche, dit-il : mais en privé seulement. Monté à Paris, le maire de Marseille, Benoît Payan (divers gauche), dit les choses tout haut et à sa place, mardi 9 juillet sur Franceinfo : « Il n’y a aucune raison que ce soit un “insoumis” plus qu’un autre. Il faut un socialiste pour gouverner ce pays. »

Pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon revendique de « faire partie de la solution » : « Je dis stop à mes amis. Il est temps de gouverner le pays. »Pour éviter de lui laisser la main, la négociatrice du PS, Johanna Rolland, appelle ce mardi à une autre solution : « un vote » sur le nom du champion pour Matignon auquel participerait « la totalité des députés » du NFP.

Le Monde
International, mercredi 10 juillet 2024 901 mots, p. 13
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8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Royaume-Uni : Starmer met fin à l’expulsion des migrants vers Kigali

Le nouveau premier ministre britannique a enterré l’accord signé avec le Rwanda qu’un avis de la Cour suprême avait déclaré illégal fin 2023

Cécile Ducourtieux

Londres - correspondante - Sans surprise – cela faisait partie du programme de son parti –, le nouveau premier ministre britannique, Keir Starmer, chef de file du Labour, a annoncé, le 6 juillet, lors de sa première conférence de presse à Downing Street, que la politique d’expulsion des demandeurs d’asile au Rwanda était « morte et enterrée ». L’accord avec Kigali amorcé par l’ancien premier ministre conservateur Boris Johnson n’aurait jamais pu avoir « d’effet dissuasif étant donné qu’il concernait moins de 1 % dessmall boats », des embarcations de fortune arrivant sur les côtes britanniques, a poursuivi le dirigeant.

Deux ans et demi après l’annonce de ce partenariat, seules quatre personnes ont été envoyées au Rwanda – et encore, toutes de manière volontaire. L’accord a été bloqué par de multiples recours en justice, dont un avis de la Cour suprême, fin 2023, qui le déclarait illégal, le Rwanda étant jugé « non sûr » pour les demandeurs d’asile (parce qu’ils risquaient d’être refoulés vers leur pays d’origine, estimaient les juges).

Le gouvernement du conservateur Rishi Sunak a tenté de contourner ce jugement de la plus haute juridiction du Royaume-Uni avec une loi (Safety of Rwanda Bill) adoptée au printemps, déclarant que le pays d’Afrique était « sûr ». Mais ce texte controversé n’aurait probablement pas bloqué tous les recours en justice, notamment ceux des demandeurs d’asile invoquant des cas personnels.

Soulagement

L’abandon confirmé de cette politique, jugée cruelle par les associations de protection des migrants, constitue un soulagement pour les dizaines de milliers de personnes arrivées ces deux dernières années au Royaume-Uni, censées remplir les critères pour être expulsées vers le Rwanda. Par quelles mesures le Labour au pouvoir va-t-il remplacer l’accord avec Kigali, le parti s’étant engagé, comme les conservateurs, à limiter la migration légale et illégale ?

Yvette Cooper, 55 ans, la nouvelle ministre de l’intérieur – une députée très expérimentée, qui fut ministre de Tony Blair et de Gordon Brown –, a confirmé dès le 7 juillet les contours de son action. Pour stopper les small boats (au 26 juin, 13 195 personnes avaient traversé la Manche dans ces frêles embarcations depuis le début de l’année, selon la BBC), elle compte mettre l’accent sur la lutte contre les passeurs et créer une nouvelle structure, une Border Security Command (« unité de sécurité aux frontières »), constituée d’inspecteurs de police dotés de pouvoirs antiterroristes à préciser dans une future loi.

Cette structure devrait être annoncée lors du « discours du roi », la cérémonie d’ouverture du nouveau Parlement, durant laquelle le monarque annoncera le programme législatif du gouvernement – le discours pourrait être prononcé dès le 17 juillet. Le recrutement du chef de la nouvelle unité Border Security Command a commencé lundi 8 juillet. Cette personne, sous l’autorité de la ministre de l’intérieur, sera chargée de mettre en musique les travaux de la National Crime Agency (NCA), des agences de renseignement, des forces de police et des douanes, qui luttent déjà, en coopération notamment avec la France, contre le trafic d’êtres humains et les traversées de la Manche. A en croire le quotidien Daily Telegraph, Neil Basu, l’ancien chef du département antiterrorisme au Metropolitan Police Service, fait partie des favoris.

Toujours selon le quotidien conservateur, jusqu’à mille officiers supplémentaires seront recrutés par la NCA, les douanes et le MI5 (l’agence des renseignements intérieurs britanniques), pour lutter spécifiquement contre les passeurs. Un « nombre significatif » d’entre eux pourrait être déployé ailleurs en Europe, pour assister Europol et d’autres polices nationales.

Montée de l’extrême droite

Le Migration Observatory, centre de recherche spécialiste de la migration à l’université d’Oxford, met cependant en garde : «Le plan du Labour se concentre sur l’application de lois[antipasseurs] . On ne sait pas exactement quel impact cette application supplémentaire aura, étant donné que cette stratégie[de lutte contre les passeurs] est déjà en place. »

Le gouvernement britannique mettra sans doute à profit le sommet de la Communauté politique européenne, prévu le 18 juillet au palais de Blenheim, à Woodstock, dans l’Oxfordshire, pour présenter sa stratégie aux autres exécutifs européens. Au-delà de la lutte contre les passeurs, dont il n’a pas caché qu’elle ne constitue pas une solution miracle, le Labour doit aussi s’atteler aux 86 000 demandes d’asile en souffrance – correspondant à environ 118 000 personnes hébergées dans des logements d’urgence (hôtels, anciennes casernes), dans des conditions difficiles et coûteuses pour le contribuable britannique.

L’enjeu migratoire est considérable pour le Labour, qui a certes gagné les élections législatives du 4 juillet avec une considérable majorité (411 élus à la Chambre des communes sur un total de 650), mais fait face à la montée de Reform UK, un parti d’extrême droite antimigrants. Son chef, le très médiatique Nigel Farage, a enfin réussi à se faire élire député après sept échecs, et il ne devrait pas manquer d’exploiter sa nouvelle position pour demander systématiquement des comptes au Labour. Lutter contre les gangs de passeurs ? «Le précédent gouvernement luttait déjà[contre les gangs] ces dernières années, cela ne marchera pas » , a déjà réagi le nouveau député pour Clacton (est de l’Angleterre).

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 608 mots, p. 5
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Raphaël Arnault L’antifasciste qui soigne son image

Juliette Guéron-Gabrielle

Il était un des candidats les plus clivants du Nouveau Front populaire (NFP). Le candidat fiché « S » Raphaël Arnault a été largement élu dans la 1re circonscription du Vaucluse (55 % des voix), devançant de dix points la députée Rassemblement national (RN) sortante, Catherine Jaouen (45 %). Investi par La France insoumise (LFI), il a bénéficié du retrait du candidat de gauche dissident Philippe Pascal entre les deux tours. La candidate macroniste, arrivée quatrième, n’avait pas donné de consigne de vote.

La candidature de Raphaël Arnault avait créé la polémique dès le départ. « J’appelle au sursaut face au pire,a tweeté le président du RN, Jordan Bardella, avant le vote du 7 juillet. Le dirigeant d’un groupuscule antisémite ne doit pas entrer à l’Assemblée nationale. » A gauche, la maire socialiste d’Avignon, Cécile Helle, avait initialement soutenu la candidature du dissident divers gauche Philippe Pascal face à Raphaël Arnault, jugeant que ce dernier « représentait une gauche ultraviolente dans laquelle elle ne se reconnaissait pas » , avant de rallier le candidat dans l’entre-deux-tours.

« L’antifascisme arrive à l’Assemblée », s’est réjoui le nouveau député sur X, dimanche, avec les trois flèches symbolisant le logo de la Jeune Garde, le collectif antifasciste qu’il a cofondé en 2018. Trois flèches inspirées du symbole de la Section française de l’Internationale ouvrière dans les années 1930, un symbole originellement pensé en Allemagne pour recouvrir les croix gammées.

La Jeune Garde prône une lutte contre l’extrême droite passant parfois par la violence. En 2022, Raphaël Arnault a été condamné pour « violences en réunion », selon des informations confirmées par le parquet de Lyon au média en ligne StreetPress. Six membres de la Jeune Garde auraient, en effet, plaqué un homme qu’ils soupçonnaient d’appartenir à un groupuscule identitaire contre un mur, lui demandant de déverrouiller son téléphone.

Campagne en bras de chemise

Plus récemment, huit membres du collectif ont été mis en examen pour « violences volontaires en raison de la race, de l’ethnie, de la nation ou de la religion », à la suite d’une altercation verbale, le 27 mai, avec un adolescent de 15 ans, soupçonné par ces militants d’être membre de la Ligue de défense juive, dans le métro parisien, après un meeting de la militante propalestinienne et candidate La France insoumise aux européennes Rima Hassan, selon  Libération.

Arnault est un alias, le candidat n’utilise plus son nom de naissance par crainte pour sa sécurité. En 2021, il a été agressé sur le parvis de la gare de Lyon, à Paris, par des membres du groupuscule d’ultradroite Zouaves Paris. Un passage à tabac qu’il a raconté sur X, l’arcade sourcilière en sang.

L’ex-étudiant en sciences politiques, devenu assistant éducatif, veut croire qu’il saura s’ancrer dans sa nouvelle circonscription – un îlot NFP entouré de circonscriptions RN. Ses grands-parents sont du coin. Il a deux feuilles de laurier d’où émerge une cigale tatouées sur le bras. Très actif sur les réseaux sociaux, il cultive ses apparitions médiatiques – allant du débat avec une « influenceuse patriote » sur « Touche pas à mon poste ! », en 2021, à un entretien fleuve avec le youtubeur Usul la même année ou aux vidéos sur TikTok pour les législatives.

Raphaël Arnault soigne son image : il a fait campagne en bras de chemise, loin de l’esthétique traditionnelle des antifas. Il cherche aussi à faire oublier certaines de ses opinions : le 7 octobre 2023, il publiait un tweet affirmant que « la résistance palestinienne a lancé une offensive  sans précédent contre l’Etat colonial d’Israël ». Une remarque vite supprimée.

Le Figaro, no. 24845
Le Figaro, mercredi 10 juillet 2024 1061 mots, p. 6

Politique

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9 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

À gauche, la course de vitesse pour Matignon s'engage entre les socialistes et la France Insoumise

Le nom d'Olivier Faure est évoqué par les socialistes pour devenir premier ministre. L'intéressé se déclare « prêt à assumer cette fonction » .

Lepelletier, Pierre

Les heures passent et l'ambition ne change pas. Trois jours après avoir obtenu, à la surprise générale, une majorité relative aux élections législatives anticipées, le Nouveau Front populaire souhaite récupérer les clés de Matignon et proposer un gouvernement. Problème : la coalition, montée en urgence après l'annonce de la dissolution, n'a toujours pas désigné de « premier-ministrable ». Déjà, lors des négociations pour l'accord, le sujet avait été renvoyé aux calendes grecques tant les partis s'écharpaient à l'évocation du moindre nom. Rien de trop grave à l'époque puisque, loin d'imaginer qu'elle pouvait l'emporter dans les urnes, la gauche se voyait avant tout comme un bloc de «résistance» à l'hégémonie annoncée du Rassemblement national. Projet qui a fonctionné bien au-delà de leurs espérances, mais qui les place désormais face à l'urgence.

Car la gauche n'a qu'une seule crainte : qu'Emmanuel Macron profite de ces interminables négociations internes au NFP pour prendre le cartel de vitesse en allant construire une autre offre avec la droite. «Il obtiendrait une majorité relative avec quelques dizaines de sièges en plus. Il peut nous la faire à l'envers», s'inquiète un écologiste. «Il n'aurait aucune légitimité politique et démocratique à imposer quoi que ce soit», rétorque un responsable du NFP. « Nous mettons solennellement en garde le président de la République contre toute tentative de détournement des institutions » ,ont insisté les forces du Nouveau Front populaire dans un communiqué, soupçonnant « un coup de force démocratique ».

Toutes les composantes du Nouveau Front populaire ont beau s'entendre sur l'indispensable «pression» qu'ils doivent maintenir sur le chef de l'État, en s'accordant le plus rapidement possible sur une personnalité pour les représenter, les discussions continuaient de patiner mardi. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a voulu donner un sérieux coup d'accélérateur mardi après-midi en déclarant qu'il était «prêt à assumer» la fonction. Les socialistes sont persuadés qu'ils parviendront, au bout du compte, à imposer leur chef au reste de la gauche. «C'est le seul en capacité», assure Pierre Jouvet, eurodéputé devenu, au fil du temps et des accords, le négociateur en chef pour le PS.

Une fois n'est pas coutume, Olivier Faure peut même compter sur le soutien de ses opposants internes, à commencer par la maire de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, qui l'a poussé à prendre ses «responsabilités» lors d'un bureau national lundi. «La situation est tellement importante dans le pays, donc on ne va pas se bagarrer à l'intérieur du parti. Il est premier secrétaire du PS, donc il est légitime», confirme également Kamel Chibli, vice-président de la région Occitanie, proche de Carole Delga, farouche opposante à la direction.

Plan B : un vote

Pour l'imposer, le parti de la rose compte notamment sur le fait de constituer le plus grand groupe de gauche dans l'Hémicycle. «Ça se jouera de quelques sièges avec les Insoumis», pronostiquait un député PS réélu, alors que les deux forces sont pour l'instant données autour de la barre des 70 élus. Si le PS est devant LFI, ses dirigeants comptent bien prendre au mot Jean-Luc Mélenchon, qui a répété tout au long de la courte campagne que ce serait «le groupe majoritaire» de la coalition qui devrait, «par tradition» , proposer un nom pour Matignon.

Les tractations se sont donc prolongées toute la journée de mardi pour essayer d'arracher le renfort de certains élus de gauche, dont les Ultramarins, qui ne sont pour l'instant affiliés à aucun groupe. Sans oublier quelques individualités de l'aile gauche du camp présidentiel, qui pourraient constituer un précieux contingent. «Nous sommes clairs, mais pas sectaires. Si certains macronistes de gauche veulent se retrouver sur les bases du Nouveau Front populaire, nous serons ouverts», a d'ailleurs assuré Johanna Rolland, la maire de Nantes, numéro deux du PS, sur France 2 mardi matin.

S'ils ne parviennent pas à dépasser leurs alliés Insoumis au Palais Bourbon, les socialistes assurent avoir un plan B. Ils demanderont un vote au sein de la coalition du Nouveau Front populaire pour désigner le premier ministre. Un scrutin qu'ils sont certains de remporter, car, selon eux, le soutien des écologistes et des communistes leur serait assuré face à un Insoumis. «Le point de centralité doit être le Parti socialiste. Il y a besoin de rassurer. Or le PS a le premier groupe au Sénat, est à la tête de nombreuses grandes villes, de collectivités...», souligne un cadre du parti de la rose qui tient à rappeler qu'Emmanuel Macron «n'acceptera jamais de désigner un premier ministre LFI».

Pour les Insoumis, pas question de parler d'un quelconque vote. Ces derniers réaffirment encore et encore qu'ils décrocheront le groupe de gauche le plus important, malgré le départ annoncé des quelques députés « frondeurs » réélus, dont certains malgré la « purge » lors des investitures, comme François Ruffin, Alexis Corbière ou Danielle Simonnet. Les mélenchonistes considèrent donc que le poste de premier ministre leur reviendra, de droit.

Dès lundi, les mêmes faisaient d'ailleurs fuiter un premier nom, celui de la députée LFI Clémence Guetté. À 33 ans, la coordinatrice du programme de La France insoumise fait partie de la garde rapprochée de Jean-Luc Mélenchon. Ne pas pousser davantage pour Manuel Bompard, le coordinateur national, ou Mathilde Panot, la présidente du groupe, démontrerait, selon certains à gauche, que les Insoumis ont abandonné l'idée de décrocher Matignon.

Reste à savoir également l'attitude des deux autres partis de gauche minoritaires : les Écologistes et le Parti communiste. «On ne peut avoir aucune confiance en un écologiste, alors qu'un communiste tient toujours parole», racontait un cadre socialiste lors de l'entre-deux-tours. Chez les Verts, certains misent à bas bruit sur une neutralisation entre le PS et LFI lors des négociations pour apparaître comme le trait d'union. Des anciennes figures des écologistes sont même évoquées dans les discussions, comme Cécile Duflot, l'ancienne ministre du Logement retirée de la vie politique.

Même si les discussions devraient durer encore plusieurs jours, tout le monde se disait plutôt serein à gauche quant à l'issue. «Depuis la dissolution, nous avons franchi les étapes les unes après les autres, donc il n'y a pas de raison», rappelle un parlementaire écologiste. P.L.

Le Figaro, no. 24845
Le Figaro, mercredi 10 juillet 2024 1018 mots, p. 4

Politique

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9 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Laurent Wauquiez en passe de s'imposer à la tête d'un nouveau groupe LR

Mercredi, les députés sortants réélus et les nouveaux entrants seront invités à choisir le nouveau président des Républicains à l'Assemblée.

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Réalités et perspectives. Les députés Les Républicains se sont retrouvés mardi après-midi pour la première fois depuis leur élection. Deux jours après leurs victoires respectives aux législatives, le signe d'une stabilité de la droite à l'Assemblée, les sortants réélus avaient des choses à se dire sur la situation politique du pays et sur la manière dont le nouveau groupe devra fonctionner après l'élection d'une nouvelle présidence, prévue mercredi. Au Figaro, Olivier Marleix, président de groupe sortant, a expliqué pourquoi il ne souhaite pas gêner les ambitions de Laurent Wauquiez pour ce poste stratégique (lire ci-dessous).

Absent de cette réunion réservée aux élus sortants, le député de Haute-Loire fraîchement élu s'est appliqué à passer des coups de fil tous azimuts pour féliciter, encourager, sonder les coeurs et les reins, puis vérifier, sans doute, la résonance de sa candidature au sein du groupe. Selon nos informations, Wauquiez a proposé des perspectives pour le groupe, que ce soit sur les axes forts des politiques à défendre ou sur le fonctionnement de l'équipe, dans lequel il souhaiterait consolider la collégialité, le collectif, la place faite aux jeunes et un travail étroit avec le Sénat. « Une chose est sûre: il veut repartir sur des bases claires. Quitte à repartir avec moins d'élus » , glisse un parlementaire.

Parallèlement en coulisses, Aurélien Pradié, député réélu du Lot, continue de faire de l'agitation, appelant les uns les autres en espérant fédérer et créer son propre groupe. « Il harcèle tout le monde , rapporte-t-on dans les couloirs de l'Assemblée. Il dit qu'il ne siégera pas chez LR, et jure qu'il a déjà 15élus pour faire un groupe. Mais c'est du bluff, ce n'est pas possible. » Entre deux tractations, le jeune député du Lot ne cache pas sa volonté d'aller de l'avant : « Je vous invite à sortir de votre bouche le mot « Les Républicains ». C'est une vieille histoire , a-t-il déclaré sur BFMTV. Je ne me satisferai pas ni de voir le NFP accéder aux responsabilités, ni de voir le pays s'effondrer. Le monde a changé (...). La seule voie possible, c'est la cohabitation. »

Atmosphère de retrouvailles

Un élu glisse : « C'est malin, il prend le contre-pied de Laurent Wauquiez qui s'est montré beaucoup plus ferme sur le « non » à toute alliance avec le camp Macron. » Il se murmurait mardi que certains élus seraient prêts à le rejoindre, telle Virginie Duby-Muller (Haute-Savoie) ou Raphaël Schellenberger (Haut-Rhin). Quant à Stéphane Viry (Vosges), il préférerait siéger en indépendant. Au sein des LR sortants réélus, on sait aussi que certains, tels Nicolas Forissier (Indre) plaident depuis longtemps pour un pacte de gouvernement avec la macronie.

Si le nom de Laurent Wauquiez n'a pas été évoqué durant cette réunion de groupe organisée dans une atmosphère de retrouvailles, ce dernier était bien présent, mardi à l'Assemblée, où sa grande silhouette n'est guère passée inaperçue dans la cour d'honneur, puis jusque dans les bureaux des LR, où l'on a pu croiser aussi Michèle Tabarot, souriante, en grande conversation avec Véronique Louwagie, toutes deux réélues dans les Alpes-Maritimes et l'Orne. Lors des échanges, les élus ont insisté sur la nécessité de « bloquer » la gauche. Certains ont évoqué la possibilité d'un pacte législatif appuyé sur une dizaine d'urgences mais sans participation gouvernementale, d'autres se sont dits plus favorables à un pacte de gouvernement. Olivier Marleix a même défendu l'idée de proposer à Emmanuel Macron de nommer un premier ministre issu de la droite LR mais certains ont jugé cette solution «cocasse».

Mardi, en tout début de soirée, il était prévu que le président du Sénat, Gérard Larcher, rencontre Emmanuel Macron. « Sans doute pour évoquer la situation politique catastrophique dans laquelle le chef de l'État nous a plongés » , murmurait-on, au Palais du Luxembourg. Si certains poussent pour une forme d'accord de gouvernement avec Emmanuel Macron, un poids lourd du Sénat tranche : « Nous l'avons redit en réunion de groupe, ce matin: nous refusons toute coalition. Arithmétiquement, cela n'a pas de sens car, avec les macronistes, nous serions 200-220 à l'Assemblée. Et politiquement, nous ne tenons à gouverner ni avec la macronie, ni avec la gauche. » Et d'ajouter : « Céder à la coalition serait en plus donner le monopole de l'opposition à Marine Le Pen. »

Une bouffée d'oxygène

Cette première réunion des parlementaires, accessible en visioconférence, avait été sollicitée par le benjamin des députés, Antoine Vermorel, et le doyen, Michel Herbillon, au lendemain d'une séquence difficile pour la droite, vécue comme « historiquement compliquée » , selon l'aveu même de plusieurs élus. « C'est la première fois que je vis une élection avec autant de stress, de pression et d'incertitude » , confie Éric Pauget, finalement vainqueur dans sa circonscription à Antibes, après quelques frayeurs au premier tour. Résultat des européennes, brutalité de la dissolution, rupture avec Éric Ciotti parti dans une alliance avec le RN, premier tour à hauts risques... Pour beaucoup de candidats LR, la coupe était pleine et les résultats de dimanche sont tombés comme une bouffée d'oxygène. Et dans la foulée de ces épreuves en cascade, certains observent l'implication de Laurent Wauquiez comme le signe avant-coureur et encourageant d'un rebond.

Mardi, un député se disait confiant sur la capacité pour l'élu de Haute-Loire de trouver une majorité favorable au sein du groupe. « Laurent est très déterminé. Le voir nous rejoindre dans la bataille nous a rassurés. Il vient de franchir une étape et il est le seul capable de s'imposer et de rallumer la flamme de l'espoir. Il nous faut une voix qui porte. La raison va l'emporter. Si l'on croit que la droite a vocation à jouer un rôle dans notre pays, il n'y a pas d'autre solution. »

En prenant la tête du nouveau groupe LR mercredi, au coeur d'une Assemblée nationale agitée par d'innombrables calculs, Laurent Wauquiez voudra sans doute envoyer un message de détermination et de clarté. « Il est prêt » , assure un proche. ET E.G.

Le Figaro, no. 24845
Le Figaro, mercredi 10 juillet 2024 604 mots, p. 2

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9 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Le casse-tête des ministres députés dans l'attente de la démission du gouvernement

Gentilhomme, Célestine

Vont-ils être écartés d'office de la course ? Parmi les dix-sept ministres élus députés dimanche soir, plusieurs espèrent encore rebondir en décrochant un poste stratégique à l'Assemblée nationale. Certains proches de Gabriel Attal le voient déjà ravir la présidence du groupe Renaissance, quand ceux de Gérald Darmanin imaginent le ministre de l'Intérieur chapeauter l'aile droite de la macronie. Mais aucun d'entre eux ne peut y prétendre d'ici le début de la nouvelle législature, le 18 juillet prochain. «L'article 23 de la Constitution prévoit une incompatibilité absolue entre la fonction parlementaire et la fonction ministérielle» , tranche Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public.

Toujours en poste après le maintien de Gabriel Attal à Matignon, les membres du gouvernement ne peuvent donc pour l'instant retrouver les bancs de l'Hémicycle. Leurs suppléants non plus, puisqu'il leur faut attendre une période de trente jours avant de reprendre le flambeau, comme le prévoit la Constitution. Ces dix-sept élus risquent surtout d'être privés des votes tactiques de la semaine prochaine : élection du président et des vice-présidents du Palais Bourbon, désignation des trois questeurs et des patrons des huit commissions permanentes... Des pièces manquantes d'autant plus problématiques que ces scrutins se jouent souvent à quelques voix près. Candidate à sa succession au perchoir, Yaël Braun-Pivet devrait se passer du renfort de ces poids lourds, qui représentent plus d'un dixième des forces du bloc central.

«La seule solution pour un ministre qui souhaiterait redevenir député serait qu'il présente sa démission, et que celle-ci soit acceptée», analyse le juriste Bruno Daugeron. En claquant la porte, le ministre aurait trente jours pour décider de son retour ou non à la Chambre basse, avant que le siège ne revienne définitivement à son suppléant. Mais la règle ne tranche pas clairement la possibilité pour le démissionnaire de retrouver dans l'immédiat son mandat. «Cette histoire de délai n'est pas claire, on n'y comprend rien», souffle un directeur de cabinet d'un ministère de premier plan. «Ce n'est pas absolument évident. À mon sens, un ministre peut reprendre son mandat de député bien avant l'expiration de cette période d'un mois», avance Guillaume Drago, professeur de droit public à l'université Panthéon-Assas.

En coulisses, certains poussent pour une démission collective de la trentaine de ministres avant la première séance du 18 juillet. Mais le scénario d'un « gouvernement démissionnaire » , chargé d'expédier les affaires courantes, ne semble pas dans les plans du chef de l'État, qui a refusé lundi le départ du premier ministre. «S'il ne démissionne pas le gouvernement avant jeudi prochain, c'est un problème. J'ai du mal à me dire qu'il peut se passer d'une dizaine de voix pour l'élection au perchoir», presse un membre de cabinet.

Une telle hypothèse plongerait les ministres députés dans une zone grise. À la tête d'administrations aux pouvoirs très limités, ces derniers pourraient-ils retrouver leurs sièges de parlementaire ? «De ce que je comprends, on peut rester ministre démissionnaire et député pendant un mois maximum, donc il faudrait trancher avant le 7août», veut croire cette même source gouvernementale. Sauf que l'équation n'est pas aussi simple. «Même démissionnaire, un ministre ne peut pas être en même temps député. C'est une règle intangible de la Constitution», balaie Guillaume Drago.

Obligé de patienter à Matignon, Gabriel Attal pourrait difficilement quitter le navire pour rejoindre l'Assemblée nationale, même en cas d'une vague de démissions individuelles. « Il est très coincé. On imagine mal un gouvernement d'affaires courantes sans premier ministre à sa tête. La seule solution serait que le secrétariat général du gouvernement assure l'interim, mais ce serait une grande nouveauté , décrypte Bruno Daugeron. C.G.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mercredi 10 juillet 2024 1166 mots, p. AUJM6
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9 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
10 juillet 2024 - Le Parisien

Le RN tire les leçons des ratés de sa campagne

Jordan Bardella a reconnu des erreurs de casting qui ont coûté cher à son parti. Alors que les députés élus font leur entrée ce mercredi au Palais-Bourbon, Marine Le Pen serre la vis.

Alexandre Sulzer

Lundi, Marine Le Pen a tenu une réunion en visio avec son nouveau groupe de 125 députés. Elle leur a demandé de « retourner sept fois » leur langue dans leur bouche avant de s'exprimer, leur a rappelé qu'ils avaient été élus sur un programme national et pas sur leurs opinions personnelles. Et leur a donné rendez-vous ce mercredi à 9 h 30 devant le Palais-Bourbon pour la rentrée des classes. « La stratégie de la cravate s'applique toujours ! » n'a-t-elle pas oublié de préciser, rappelant cette ligne de respectabilité que le RN entend faire appliquer à ses élus au sein des institutions. Il faut dire que durant la campagne des législatives, le noeud de la cravate a eu tendance à se relâcher...

Les sorties de piste racistes ou complotistes d'un nombre non négligeable de candidats RN sur les réseaux sociaux ainsi que les prestations télévisuelles complètement ratées d'autres ont coûté cher au parti dans l'entre-deux-tours. « Ça n'existe plus, les médias locaux », pointe un responsable alors que les bourdes sur les antennes régionales de France 3 ont inondé les réseaux sociaux.

Après avoir dénoncé une « campagne de désinformation » et des « caricatures » dimanche soir, Jordan Bardella a rectifié le tir lundi en reconnaissant des « erreurs ». « Il y a des efforts à faire à la fois sur la professionnalisation de notre implantation locale, peut-être sur le choix d'un certain nombre de candidats. Je le dis clairement, sur quelques circonscriptions, les choix que nous avons faits n'étaient pas les bons », a-t-il reconnu. Ce mardi, c'est le directeur général du RN Gilles Pennelle qui a donné sa démission. C'est ce cadre, au profil sulfureux, qui était la cheville ouvrière du fameux plan Matignon, c'est-à-dire la pré-investiture de candidats en vue de législatives anticipées censée démontrer précisément... la professionnalisation du parti.

Au RN, on a beau se plaindre en boucle sur le fait que les médias seraient plus exigeants avec le parti d'extrême droite qu'avec ses adversaires, l'heure est venue de « l'examen de conscience » demandé dès lundi matin sur RTL par Louis Aliot, premier vice-président du parti. « On ne peut plus continuer comme ça. [...] Nous avons eu des profils extrêmement clivants, parfois même inquiétants. Il va falloir que la direction se penche tout de suite sur ce problème qui a parasité l'intégralité de la campagne, et surtout l'entre-deux-tours », alertait dès lundi dans « le Monde » le député Bruno Bilde, un proche de Marine Le Pen.

« Un problème de RH et de mauvaises habitudes »

Qu'est-ce qui a péché ? Le plan Matignon ciblait en réalité les 100 circonscriptions les plus prometteuses pour le parti... en délaissant les autres, notamment dans l'Ouest où se sont révélés un grand nombre de candidats problématiques. « Un problème de RH et de mauvaises habitudes », reconnaît un dirigeant ciblant ces territoires qui comptent peu de militants. « On y a laissé des profils de gens qui n'ont rien à perdre, des kamikazes... » regrette un élu. Avec la bénédiction de délégués départementaux (DD) douteux. Comme celui du Calvados (le département de la candidate à la casquette nazie) où le DD, Philippe Chapron, est un ancien des mouvements néofascistes Ordre nouveau et GUD. Ou celui de la Mayenne, Jean-Michel Cadenas, auteur de fake news prorusses. « Je l'ai signalé trois fois à Pennelle... sans résultat » soupire un dirigeant. Dans le Cher, alors que le parti tente de rassurer sur son indépendance vis-à-vis de Moscou, c'est le très prorusse chroniqueur de CNews Pierre Gentillet qui a été investi dans une circonscription prometteuse. « On avait pourtant obtenu qu'il ne soit pas investi aux européennes... » n'en revient pas le même cadre.

« On a fait l'erreur de privilégier l'appareil militant sur les CV dans les investitures », analyse un responsable pour qui l'exemple des macronistes de 2017 - des candidatures en ligne sur CV sans ancrage local - a servi de modèle repoussoir. « On n'a pas eu 577 merdes, il ne faut pas exagérer, mais manifestement, le plan Matignon n'était pas abouti », poursuit le même, qui regrette que la stratégie de la cravate, globalement respectée à l'Assemblée nationale, n'ait pas infusé dans le parti. Déjà, certains en haut lieu pointent du doigt l'entourage trop jeune du cabinet de Jordan Bardella et l'absence d'un directeur de cabinet qualifié. « Il faut muscler ça... » juge un cador.

Répercussion immédiate : le député RN sortant de l'Yonne Daniel Grenon n'a pas eu le temps de siéger à nouveau qu'il est déjà exclu du groupe RN. Le 1 er juillet, il avait déclaré dans « l'Yonne républicaine » que « les Maghrébins arrivés au pouvoir en France n'ont pas leur place en haut lieu ». Des paroles jugées « abjectes » par Jordan Bardella. « Ce n'était pas la pointe de tungstène du groupe mais dans la vitesse, on a réinvesti tous les députés », regrette-t-on dans l'entourage de Marine Le Pen.

Formations et media training vont se multiplier

Mais même les huiles ont péché. Au parti, on est convaincu que le bourbier de la binationalité - un détail d'un projet de loi constitutionnel absent du programme législatif - n'aurait pas existé si Sébastien Chenu ne s'était pas trompé le 13 juin sur C 8 en affirmant, à tort, que l'interdiction de la binationalité était toujours au programme. « Il était fatigué, mais quand on est fatigué, c'est une erreur d'aller en plateau », juge-t-on en haut lieu. La sortie du député Roger Chudeau - pourtant censé jusqu'alors faire partie de la dream team gouvernementale du RN - qui affirme le 27 juin sur BFMTV que la binationalité de la ministre de l'Éducation Najat Vallaud-Belkacem a posé un « problème de double loyauté », achève d'enfoncer le RN dans les méandres de la polémique.

Lors de la rentrée ce mercredi, Marine Le Pen et son bras droit Renaud Labaye ont bien l'intention de rappeler à tous les députés qu'ils ne sont « pas là pour se faire plaisir ». Il sera indiqué aux troupes que le second degré est interdit dans les prises de parole et les messages sur les réseaux sociaux, qu'il est vivement déconseillé d'aller sur les plateaux sans avoir prévenu la direction, avoir travaillé ses sujets et avoir été formé en amont. Il est prévu que les sessions de media training se multiplient.

« Le parti prend conscience de ses erreurs, de ses défauts, j'avais peur que l'on dise que c'est uniquement la faute des médias », sourit un député RN. Ce qui n'empêche pas les déconvenues de voler en escadrilles. BFMTV a révélé ce mardi que, après une enquête préliminaire, une information judiciaire a été ouverte le 2 juillet pour des soupçons de financement illégal de la campagne présidentielle de 2022 de Marine Le Pen après un signalement en 2023 de la Commission nationale des comptes de campagne.

Aujourd'hui en France
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_Le Fait du jour, mercredi 10 juillet 2024 641 mots, p. AUJM7,AUJM8
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10 juillet 2024 - Le Parisien

Ces députés battus qui préparent l'après

Alors que certains ex-élus se préparent à repartir au combat, d'autres confient leur soulagement à l'idée de mettre un terme à leur mandat de député.

Gabrielle Trottmann et Benjamin Moisset

Ils n'ont pas encore eu le temps de souffler. À peine leur défaite annoncée, les 133 députés sortants battus dimanche lors des élections législatives anticipées doivent faire leurs cartons, rendre leurs affaires, clôturer leurs comptes de campagne... et réfléchir à l'après.

« Je vais prendre des vacances, s'amuse Emmanuelle Anthoine. C'est indispensable après avoir travaillé de manière acharnée pendant sept ans », fait valoir l'ancienne élue LR de la Drôme. « On aura tous bien besoin de repos », abonde l'ex-député Renaissance des Bouches-du-Rhône Jean-Marc Zulesi, battu de justesse par le candidat du Rassemblement national (RN) Romain Tonussi. L'ancien président du groupe Liot, Bertrand Pancher, lui aussi défait par le RN dans la Meuse, le rejoint : « Je travaillais quatre-vingt-dix heures par semaine, ce n'est pas possible de faire ça toute sa vie... Je voyais ma femme une demi-journée par semaine. »

Un certain soulagement

Au point de se sentir soulagé ? « D'une certaine manière, oui. Je suis passé à côté de tellement de choses. Je ne compte plus les anniversaires loupés, les Noëls où je suis arrivé en retard... J'ai à peine eu le temps de voir mes filles naître », reprend Jean-Marc Zulesi. Sans parler de la pression qui commence tout juste à retomber : « On a tellement de responsabilités que je me sentais souvent coupable à l'idée de louper un train, de ne pas pouvoir assister à une commission, de mal faire mon travail... »

Encore secrétaire d'État chargée de la Ville et de la Citoyenneté, Sabrina Agresti-Roubache - qui s'était désistée après le premier tour dans sa circonscription des Bouches-du-Rhône -, a toujours « la tête dans le guidon ». Mais l'ex-productrice ne s'inquiète pas : « J'ai passé la moitié de ma vie à être intermittente du spectacle, l'autre à être cheffe d'entreprise, je ne suis élue que depuis trois ans... Quoi qu'il arrive, je m'en remettrai. » Celle qui est encore en charge du plan Marseille en grand exclut toutefois de reprendre des responsabilités politiques dans la cité phocéenne : « Je laisserai la ville se débrouiller ! » lâche-t-elle.

Les anciens élus ne sont pas aux abois. Après leur défaite, pendant une durée allant de dix-huit à vingt-sept mois selon leur âge, chaque député battu et sans revenus pourra percevoir un montant mensuel brut représentant 57 % de son indemnité parlementaire de base, soit 4 353 € brut.

« La politique fait partie de ma vie »

Mais certains redoutent que leur ancien mandat politique ne soit un obstacle dans leur recherche d'emploi. C'est le cas, par exemple, de Jean-Marc Zulesi. S'il n'élimine pas totalement l'idée de « se frotter de nouveau au scrutin », il préférerait, « a priori », reprendre son ancien métier d'ingénieur dans l'industrie. Après sept années passées à l'Assemblée nationale, « cela risque d'être très difficile de retrouver du travail, à cause de la mauvaise image qu'ont souvent les représentants politiques dans notre pays », appréhende-t-il.

Ex-agent de service au sein de la communauté d'agglomération du Grand Belfort, Florian Chauche (LFI) avait pris une disponibilité de la fonction publique pour rejoindre l'Assemblée en 2022. Ancien fonctionnaire de catégorie C, il est certain qu'il retrouvera du travail après sa défaite contre l'ex-éditorialiste CNews Guillaume Bigot. Mais à quel poste ? « J'espère que mon engagement ne va pas me porter préjudice. C'est important que les candidats issus de la société civile comme moi puissent rebondir pour ne pas les décourager de faire de la politique », fait-il valoir. Il se prépare déjà à repartir en campagne, si son parti lui fait confiance : « On n'est pas à l'abri d'une nouvelle dissolution d'ici à 2027 ! »

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 1268 mots, p. 6
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Premières difficultés pour Bardella à la tête du RN

Des voix dénoncent, au sein du parti, les erreurs stratégiques du jeune président lors des élections législatives

Corentin Lesueur et Clément Guillou

Depuis des mois, les rares contempteurs de Jordan Bardella au Rassemblement national (RN) ne lui souhaitaient qu’une seule chose : un revers, un tout petit revers, pour lui tanner le cuir. Les voilà exaucés. A 28 ans, celui qui se rêvait premier ministre n’est que premier déçu et, en tant que président du RN, premier responsable de l’échec du second tour des élections législatives le 7 juillet. Une responsabilité qu’il a d’ailleurs souhaité assumer, lundi 8 juillet après-midi, pressé par les caméras devant le siège du parti d’extrême droite, dans le 16e arrondissement de Paris.

« On commet toujours des erreurs, j’en ai commises. (…) J’assume ma part de responsabilité tant dans la victoire aux élections européennes que dans la défaite d’hier », a lâché Jordan Bardella, la mine fatiguée, avant de répéter mécaniquement le scénario devant faciliter la victoire prochaine du RN. Ce n’est toutefois pas lui qui a fait les frais de ces « erreurs », mais le directeur général du parti : Gilles Pennelle, fraîchement élu député européen, a remis sa démission dans la soirée. Si la victoire est « différée » , selon le terme de Marine Le Pen, le droit d’inventaire n’attend pas.

Dès lundi matin, Louis Aliot, vice-président du parti et maire de Perpignan, décide de sortir le RN du déni collectif, sur RTL. « On peut gagner, je l’ai fait à Perpignan, mais cela demande des efforts de notre part. On ne fera pas l’économie d’un examen de conscience. »

« Se pencher sur les problèmes »

Dans la foulée, le député du Pas-de-Calais Bruno Bilde, joint par Le Monde, insiste : On ne peut plus continuer comme ça. On a besoin de rassurer. Or, nous avons eu des profils extrêmement clivants, parfois même inquiétants. Il va falloir que la direction se penche tout de suite sur ce problème qui a parasité l’intégralité de la campagne, et surtout l’entre-deux-tours. » Par un message sur X, Marine Le Pen leur donnera la bénédiction juste avant un bureau exécutif du parti en invitant ses ouailles à « faire aussi le bilan de ce qui peut être, incontestablement, amélioré dans l’avenir ».

Tandis que le reste du parti se mure dans un silence prudent, l’identité du duo lanceur d’alerte n’est pas anodine. Bruno Bilde et ses proches étaient, en 2022, les principaux soutiens de Louis Aliot dans sa candidature face à Jordan Bardella lors de l’élection à la présidence du parti. A l’issue d’une nette victoire, en novembre 2022, Jordan Bardella s’était fixé quatre priorités à la tête du RN : ouvrir le mouvement à un nouvel électorat, les déçus du « zemmourisme » et de la droite ; « occuper le prestigieux terrain des idées » ; former « une élite nouvelle », ses militants, et renouveler les cadres ; et mieux préparer les élections à venir, notamment d’éventuelles législatives anticipées et les municipales de 2026. Seule la première a été accomplie, avec l’incontestable conquête de l’électorat de droite observée aux élections européennes. Mais la campagne des élections législatives a montré les lacunes dans tous les autres domaines.

Le travail programmatique n’a été qu’effleuré par le parti et relève plutôt du groupe parlementaire ou d’intervenants extérieurs. La plate-forme de formation en ligne Campus Héméra, confiée à l’ancien sondeur Jérôme Sainte-Marie – battu aux législatives dans les Hautes-Alpes –, est en léthargie. Un seul séminaire de formation idéologique a été organisé. La préparation des élections municipales a déjà pris du retard, et le « plan Matignon » s’est révélé un échec.

Au-delà des candidats problématiques, certains pointent du doigt les ratés de la séquence des législatives. Le choix du même directeur de campagne que pour les européennes, le député de Moselle Alexandre Loubet, malgré la fatigue accumulée et un siège à défendre, était-il le bon ? Le parti a parfois semblé manquer de coordination à son sommet, avec des déclarations contradictoires sur le programme, le débat sur les binationaux en étant la manifestation la plus éclatante.

L’absence de déplacement de campagne de Jordan Bardella aux côtés des candidats ne laisse pas d’étonner, compte tenu de sa popularité. Durant trois semaines, le président du RN a fait le choix de consulter tous azimuts avec Marine Le Pen pour préparer un gouvernement, anticipant une victoire qui, sur le terrain, se détricotait en son absence. « C’est Napoléon qui va dormir à Moscou, mais ne sécurise pas ses bases arrière. Derrière, c’est la bérézina », compare un interlocuteur régulier de Marine Le Pen, décrivant une formation sens dessus dessous.

Choix humains hasardeux

Le parti, constatent plusieurs sources de la sphère lepéniste, connaît les mêmes travers que lorsqu’il était dirigé par Marine Le Pen, à savoir des choix humains hasardeux et une absence de méritocratie interne. Le choix de Gilles Pennelle au poste de directeur général du parti, un proche, humainement et idéologiquement, de Philippe Olivier, principal conseiller de Marine Le Pen, était questionné depuis sa nomination. Tout comme la désignation, par l’élu breton, de nombre de délégués départementaux, jugés trop faibles.

Grand ordonnateur de la structuration du parti, Gilles Pennelle n’aura donc pas résisté plus de vingt-quatre heures à la faillite de son « plan Matignon ». Soucieux de ne laisser prise à aucune critique, le RN lie sa démission à son nouveau mandat. Ce départ n’avait pourtant jamais été évoqué avec la presse, ni communiqué aux cadres du parti. Sollicité ce lundi, Gilles Pennelle n’a pas répondu au Monde.

« Ses fonctions européennes sont incompatibles avec un travail à temps plein à Paris », justifie Philippe Olivier. Ce membre du bureau exécutif anticipe d’autres manœuvres au sein du RN : « Jordan Bardella va annoncer une réorganisation générale du parti. Elle aurait eu lieu, quoi qu’il arrive. Mais il y aura des modifications périphériques qui tiendront compte des dysfonctionnements constatés[lors des législatives] . »

Si rien n’a filtré du bureau exécutif, la décision de « sanctionner » tous les « fautifs » des législatives a été entérinée par la direction. Outre des candidats épinglés pour antisémitisme, racisme ou xénophobie, plusieurs responsables de fédération feront les frais de ce casting défaillant, validé par une commission nationale d’investiture où siègent notamment Jordan Bardella et Marine Le Pen.

« Il y a faute quand on confie à un délégué départemental le soin d’investir une personne[du département] et qu’il ne procède pas aux vérifications nécessaires, tempête Philippe Olivier. Il n’y aura aucune indulgence, zéro tolérance. Mais pas de purge de tout l’appareil. » Le RN espère déjà une nouvelle dissolution. « Il nous faut préparer une armée de 577 candidats prêts pour le jour. Là, c’était le cas dans les deux tiers des territoires », évaluait M. Aliot à la tombée des résultats.

Moins de deux ans après son accession au sommet du RN, Jordan Bardella est contraint à un premier bilan de sa présidence. Une cote de popularité exponentielle et plusieurs records électoraux n’ont pas coïncidé avec la professionnalisation d’un mouvement toujours aussi lacunaire dans l’implantation locale et la formation de cadres. « Un parti politique est un outil, pas une fin en soi », posait en mai 2022 Marine Le Pen, heureuse alors de confier à son dauphin les rênes de l’entreprise familiale, et les pesanteurs qui vont avec.

Après des législatives décevantes, l’ancien aspirant premier ministre doit remiser son ébauche d’équipe gouvernementale pour remanier la direction du parti. Et redresser la barre d’un navire désormais au service des ambitions présidentielles de son aînée.

Aujourd'hui en France
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_Le Fait du jour, mercredi 10 juillet 2024 528 mots, p. AUJM6
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9 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
10 juillet 2024 - Le Parisien

Palais-bourboniRentrée des classes à l'Assemblée

Entre formalités administratives à remplir et négociations politiques à conduire, les députés n'ont pas chômé mardi au Palais-Bourbon.

Taslime Maazouzi

« Reculez, reculez svp, sinon il n'y aura pas de photo », s'impatiente une attachée de presse des Insoumis. Sur la place du Palais-Bourbon ce mardi, à 10 h 30, médias télé et photographes sont attroupés en cercle autour des députés LFI. Pour certains d'entre eux fraîchement élus, une photo ne suffit pas pour immortaliser l'instant. Alors entre camarades, le shooting se poursuit. « On dit Éric Ciotti ! » lance Ugo Bernalicis à ses confrères, que la blague fait rire. Si des députés ont déjà fait leur entrée lundi à l'Assemblée, le gros des troupes est arrivé ce mardi.

En face, dans la cour d'honneur de l'Assemblée nationale, des huissiers attendent, bras croisés derrière le dos. Leur rôle ? Guider les députés dans leurs premiers pas quand les nouveaux sont parfois un peu perdus. « Il y a même un député qui nous a demandé où était la place du Palais-Bourbon », sourit un huissier, le regard tourné vers la place centrale par laquelle rentrent tous les élus.

Une fois arrivés devant l'entrée de la cour, les huissiers accompagnent les élus jusqu'au portique de sécurité, puis aux vestiaires, tous deux nichés sous deux grandes tentes blanches spécialement installées pour l'occasion. Chaque député reçoit un petit carton. Sur celui-ci figurent son nom, son prénom, le département et le numéro de circonscription de l'élu de la XVII e législature, qui s'ouvre officiellement le 18 juillet. Ce document permet ensuite aux nouvelles têtes de se faire connaître par la presse et de prendre une première photo seul, devant l'escalier qui mène à l'Assemblée.

À l'intérieur, les étapes sont nombreuses : remplir les documents administratifs, récupérer son badge, se prêter à la photo officielle dans l'hémicycle... et surtout récupérer le traditionnel « kit de bienvenue » avec l'énorme règlement intérieur, un guide de la gestion, une cocarde aux couleurs de la République...

Déjà au travail

Il contient aussi une écharpe tricolore, qu'Emmanuel Duplessy, nouveau député Génération.s (NFP), découvre enfin. La procédure d'accueil a été longue : trois heures. Accroupi, seul à l'ombre, « c'est une fierté de la contempler pour la première fois », s'exclame-t-il, un peu impressionné par le faste des lieux. L'ancien conseiller municipal aimerait que l'Assemblée devienne sa maison pour les trois prochaines années, mais rien n'est moins sûr. « Le risque de dissolution plane », reconnaît-il les dents serrées, avant de poursuivre sa balade dans les jardins.

D'autres font leur grand retour. Sylvain Berrios, maire LR de Saint-Maur, revient après sept ans d'absence dans les murs. S'il a rapidement retrouvé ses marques, « ce qui est difficile, c'est de reprendre la vie parlementaire dans des conditions aussi particulières. Il y a tout à reconstruire ! » souffle l'élu du Val-de-Marne, légèrement irrité par les longues démarches administratives. « Il faut rapidement rentrer dans le travail. Il faut y aller ! » martèle-t-il avant de rejoindre le bureau du groupe LR à l'Assemblée. Première réunion à 14 heures !

Même hâte pour Harold Huwart, néodéputé divers centre d'Eure-et-Loir : « Les formalités sont sans intérêt. Le sujet important est de donner une majorité au pays en sortant de la logique des blocs », scande l'ancien maire de Nogent-le-Rotrou.

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 465 mots, p. 5
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Guilhem Carayon Le jeune zélateur de l’union des droites défait dans le Tarn

Alexandre Pedro

Au soir du premier tour des législatives, le 30 juin, Guilhem Carayon était en bonne position pour rejoindre les rangs de l’Assemblée nationale dans la 3e circonscription du Tarn. Mais, dimanche, le président des Jeunes Républicains, a été battu à la surprise générale par Jean Tarlier, député Renaissance sortant (49 % contre 51 %).

La défaite est aussi douloureuse qu’inattendue surtout avec près de 15 points d’avance au soir du premier tour. Le jeune homme de 25 ans identifie une seule raison à ce résultat étonnant : « L’alliance contre-nature entre l’extrême gauche et Emmanuel Macron a gagné » , dénonce-t-il sur le réseau social X, en référence au désistement du candidat Nouveau Front populaire, Julien Lassalle (25,4 % au premier tour).

Guilhem Carayon, défenseur zélé du rapprochement du parti Les Républicains (LR) avec le Rassemblement national (RN), décidé par Eric Ciotti, le président contesté de LR, après la dissolution, aurait pâti du front républicain. Comme Eric Ciotti, il attend son exclusion du parti, dont il est toujours officiellement le porte-parole.

Mais, depuis un mois, le Tarnais a surtout porté celle de l’union des droites, une idée longtemps marginale sauf à la table familiale. Dans les années 1980, Bernard Carayon (actuel maire LR de Lavaur et père de Guilhem) défendait déjà cette ligne politique dans Contrepoint, la revue du Club de l’Horloge, un mouvement servant alors de passerelle entre le Rassemblement pour la République (RPR, ancêtre de LR) et le Front national (devenu le RN) à l’époque.

Chez les LR (anti-Ciotti), personne n’a donc été étonné dans le fond de voir le « fils Carayon » franchir le Rubicon. En mars 2023, le patron des jeunes LR s’affichait d’ailleurs en une du magazine L’Incorrect avec ses homologues du RN et de Reconquête ! (Pierre-Romain Thionnet et Stanislas Rigault), sous le titre : « Les jeunes coupent le cordon », en référence au cordon sanitaire, entrave à l’union des droites.

Destin cruel

Soutien de Laurent Wauquiez, président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes (et élu député de Haute-Loire), Guilhem Carayon n’était, en revanche, pas réputé en interne pour un « ciottisme » débordant. Il avait même le sentiment d’avoir été mal payé de son investissement lors de la campagne des élections européennes, avec une neuvième place sur la liste LR. Mais le futur avocat se voyait déjà au Palais-Bourbon.

Et comme le destin est parfois cruel, Guilhem Carayon a été battu par le même adversaire que son père en 2017 qui avait alors essayé de récupérer cette circonscription (à la suite d’un redécoupage), lui, l’ancien député du Tarn de 1993 à 1997 et de 2002 à 2012, sous les couleurs du RPR puis de l’Union pour un mouvement populaire.

La Croix, no. 42966
Monde, mercredi 10 juillet 2024 621 mots, p. 12
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10 juillet 2024 - La Croix (site web)

L’opposant rwandais Frank Habineza fait entendre sa différence

Vivien Latour

Au pouvoir depuis 2000, le président Paul Kagamé est ultraflavori du scrutin du 15 juillet.

Le cofondateur et dirigeant du Green Party Frank Habineza veut faire plus que de la figuration.

Kigali (Rwanda)

De notre correspondant

La scène se passe à Kabaya, à trois heures de route de Kigali, la capitale du Rwanda. Comme depuis le lancement officiel de la campagne présidentielle et législative le 22 juin dernier, plusieurs centaines d’habitants sont réunis à proximité d’une estrade en gazon synthétique. Tous attendent l’arrivée de Frank Habineza, le candidat du Democratic Green Party of Rwanda (le Parti vert démocratique du Rwanda), seule opposition tolérée légalement depuis 2013 par le régime. Le leader du Green Party se présente face à l’inamovible président Paul Kagame, au pouvoir depuis 2000. Ses objectifs ? Défendre les droits de l’homme, la démocratie, l’environnement et « mettre fin aux mauvaises pratiques du gouvernement ». Ses chances ? Plus que ténues. À 47 ans, c’est la deuxième fois que Frank Habineza postule à la présidence. En 2017, il avait terminé troisième avec 0,47 % des voix… Paul Kagame avait alors été réélu avec un peu plus de 98 % des suffrages.

Un an plus tard, le Democratic Green Party of Rwanda avait obtenu 5 % des voix aux législatives. « Même lui ne croit pas à la victoire,confie un journaliste rwandais. Il fait ça pour éviter une situation de parti unique. » Soudain, des motos taxis aux tee-shirts verts arrivent à pleine vitesse. Derrière eux, quelques bus remplis de jeunes militants du Green Party. Frank Habineza fend la foule, monte sur scène pour défendre son bilan. « 70 % de nos promesses ont été tenues », clame l’ex-député, de 2018 à 2024. À commencer par l’augmentation de la location de la terre, propriété du gouvernement, « passée de vingt-cinq à quatre-vingt-dix-neuf ans ». Il met en avant la baisse de l’impôt foncier portée par son parti au Parlement, passée de 300 à 80 francs rwandais par mètre carré. « Élus, nous supprimerons cette taxe !,lance-t-il. Nous créerons un salaire minimum. » Frank Habineza promet aussi d’assurer trois repas par jour aux Rwandais et d’éradiquer le chômage, qui touche 20 % des jeunes, notamment grâce au développement des industries agroalimentaires. Accusé de servir de caution démocratique au pouvoir, Habineza réfute : « C’est une véritable élection. L’espace démocratique s’ouvre. Simplement cela prend du temps. » Né en Ouganda d’une mère tutsie exilée, il a fait des études en administration publique dans le Rwanda post-génocide, avant de lancer sa carrière politique comme assistant d’un ministre du Front patriotique rwandais (FPR), de Kagame. Mais en 2009, il fonde avec d’autres dissidents le Green Party pour remédier, dit-il, au « manque de démocratie et d’indépendance au Rwanda ».

Frank Habineza dénonce publiquement la crainte des Rwandais d’être « arrêtés ou dénoncés à la police secrète et d’être inculpés pour des affaires imaginaires », mais aussi la « mauvaise gouvernance » et la « corruption » des dirigeants politiques au pouvoir. La reconnaissance légale de son parti, en 2013, s’est faite dans la douleur, certains de ses partisans ont été battus, emprisonnés. « J’ai moi-même dû m’exiler en Suède pour deux ans », rappelle l’ancien député. En privé, celui qui est depuis février l’ambassadeur des Verts mondiaux – une organisation qui rassemble plus de cent partis verts dans le monde – confie à propos de ces élections : « C’est David contre Goliath. Le FPR dirige le Rwanda depuis trente ans, il a mis fin au génocide. Il a plus de ressources, plus d’argent, plus de structures locales. Mais nous espérons obtenir au moins 20 députés. » C’est un début.

Le Figaro, no. 24845
Le Figaro, mercredi 10 juillet 2024 776 mots, p. 7

Politique

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9 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

En Corse, les nationalistes connaissent leur première défaite depuis dix ans

Giannini, Antoine

Poing levé vers le ciel, grand sourire, François-Xavier Ceccoli, le candidat divers droite de la deuxième circonscription de Haute-Corse, savoure sa victoire dimanche soir, sur les épaules de ses soutiens. La scène de liesse est à la hauteur de la secousse sismique ressentie par la majorité territoriale nationaliste. Avec ce succès de plus de 4 000 voix, face à Jean-Félix Acquaviva, le député sortant autonomiste, l'ingénieur de 55 ans vient de mettre fin à dix ans de victoires électorales des autonomistes, depuis leur accession à la tête de la région en 2015. Un tremblement de terre dans le paysage politique insulaire qui met fin aussi à l'hégémonie du mouvement Femu a Corsica (Faisons la Corse), dirigé par Gilles Simeoni, le président de la collectivité de Corse. Au point que la réélection de Michel Castellani (Femu a Corsica) et de Paul-André Colombani (Parti de la nation corse), deux députés sortants autonomistes, est presque éclipsée par cet échec.

Les autonomistes avaient pourtant tout remporté pendant cette période dorée, parvenant à envoyer trois députés et un sénateur à Paris. Tout en conservant la mairie de Bastia arrachée à la dynastie Zuccarelli en 2014. En prime, les autonomistes gèrent aussi la collectivité de Corse, mammouth institutionnel qui réunit les deux ex-conseils départementaux et l'ancienne collectivité territoriale de Corse. L'élection dans la deuxième circonscription de Haute-Corse était donc remplie de symboles. Fief familial et politique de Gilles Simeoni, ce territoire au coeur de l'île, à forte consonance rurale, avait donné ses voix à Jean-Félix Acquaviva depuis 2017. L'homme n'est pas n'importe qui. Cousin de Gilles Simeoni, il est la cheville ouvrière des négociations sur l'autonomie menées avec le gouvernement depuis l'agression mortelle en prison du militant indépendantiste corse Yvan Colonna, condamné à perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Erignac.

Ce membre du premier cercle de Gilles Simeoni a pourtant concentré toutes les critiques émises par les opposants à la majorité territoriale : «Acquaviva doit tomber en premier,avait lancé lors d'un meeting de campagne, François-Xavier Ceccoli. Et, derrière, c'est Simeoni qui tombera», renchérissait ce producteur de clémentines, président de la fédération LR de Haute-Corse, qui se voit aujourd'hui comme le premier opposant aux nationalistes. Si le maire de San Giuliano, un village de plaine orientale, a su fédérer, il a pu aussi compter sur la volonté affichée par l'opposition, de sanctionner l'action de Gilles Simeoni depuis dix ans.

« Changer de politique »

Le bilan de l'ancien avocat est largement critiqué, accusé de surfer avant tout sur la symbolique, par ses opposants. Et les attaques les plus virulentes viennent de son propre camp. Depuis les élections territoriales de 2021, les différents mouvements nationalistes partent divisés à travers les différentes élections. Eux qui affichaient leur union depuis 2015, sous une seule et même bannière. Ses anciens partenaires de l'assemblée de Corse le tiennent pour responsable de cette rupture : « On ne peut pas tirer des enseignements de cette défaite, uniquement sur la stratégie de 2021, se défend Gilles Simeoni. Cette stratégie a été une réponse à des difficultés internes dans la majorité élue en 2015. Chacune des composantes de cette majorité avait sa responsabilité.»

Le président du conseil exécutif de la collectivité de Corse prend tout de même sa part de la défaite : « Il y a eu un choix de M. Ceccoli de concentrer des attaques véhémentes contre le Conseil exécutif et la majorité territoriale. Après sa victoire, on peut considérer que ces attaques ont été, en partie, entendues par les électeurs. Il faudra que le Conseil exécutif, la majorité territoriale et moi-même en tirions les conséquences.»

Le constat est encore plus dur du côté des indépendantistes alors qu'un tiers des électeurs corses ont porté leurs suffrages vers le RN, fortement opposé à l'autonomie : «Les législatives ont globalement sanctionné le Mouvement national,lance Paul-Félix Benedetti, leader de Core in Fronte, qui compte six élus à l'assemblée de Corse. Depuis neuf ans, il n'y a pas eu les attendus et les traceurs d'une politique nouvelle pour la Corse. Ceux qui sont au pouvoir doivent faire une rétrospection de leurs échecs. Nous devons changer de politique.»

De quoi galvaniser le camp d'en face. À commencer par les soutiens de François-Xavier Ceccoli : «C'est l'espoir du changement qui renaît, affirme Pierre Alessandrini, directeur de campagne du nouveau député. Après tant de défaites et de déceptions. Ça fait du bien!»Et le prochain objectif n'est même plus caché. Ange Santini, maire de Calvi et pilier de la droite insulaire, avait donné le ton lors d'un meeting de soutien à François-Xavier Ceccoli : «Nous allons même faire tomber le bastion de la collectivité de Corse en 2028!» A.G.

Libération
mercredi 10 juillet 2024 754 mots, p. 6

Événement

Alexis Corbière : «Il y a une vie pour la pensée insoumise en dehors de la férule de Mélenchon»

Charlotte Belaïch

Événement

Le député de Seine-Saint- Denis, réélu dimanche en dissidence, appelle à la création d’un groupe unique du Nouveau Front populaire pour garantir une «stratégie à long terme de rassemblement».

Après vingt-huit ans aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbière acte la rupture avec son ancien mentor. Réélu député de Seine-Saint-Denis, il annonce le lancement d’un «regroupement politique». Vous et vos camarades critiques de la direction insoumise ne participez pas aux discussions en cours au sein du Nouveau Front populaire. Vous le regrettez ? Le NFP doit fonctionner de la manière la plus démocratique qui soit. C’est la raison pour laquelle je suis pour un grand groupe, auquel appartiennent tous les députés élus à gauche. Ils pourraient ainsi se prononcer sur les choix stratégiques, à commencer par la désignation du Premier ministre.

Un groupe unique de gauche ? Oui. Nos électeurs ont voté sans faire de distinguo entre les partis. Le NFP est plus qu’une alliance. C’est une coalition large avec des syndicats, des associations, des intellectuels, pas un cartel de partis. Il faut donc créer un cadre large qui garantisse sa solidité car ce n’est pas un coup tactique mais une stratégie à long terme de rassemblement des forces de gauche et écologistes face à la puissance de l’extrême droite.

Un espace commun au-delà de l’Assemblée ? Oui. Le NFP doit avoir une existence dans le pays. Pourquoi pas des comités locaux auxquels on peut adhérer directement ? Je vais proposer avec plusieurs amis un nouveau cadre de regroupement, un outil de réflexion et d’action.

Vous lancez un parti ? Il s’agit d’ouvrir un processus, d’avancer vers un regroupement politique qui peut accepter les doubles adhésions. Des milliers de gens souhaitent que nous gardions le meilleur de LFI, c’est-à-dire un programme de transformation sociale et écologique radicale, mais avec des méthodes démocratiques. Ma campagne – dans la circonscription la plus insoumise qui soit – a été un référendum pour ou contre la méthode Mélenchon. Il y a une vie pour la pensée insoumise en dehors de la férule de Mélenchon. Nous l’avons démontré par les urnes.

DR Votre rupture est donc actée ? Après vingt-huit ans de vie politique commune, j’ai découvert mon exclusion par mail. Aucune conscience de gauche ne peut accepter ces méthodes. Des prétextes ont ensuite été utilisés. On a simplement voulu faire taire avec brutalité ceux qui poussaient au débat. Ce système de gouvernement par la crainte maintient le silence au sein de LFI alors qu’un parti devrait être le lieu de la libre confrontation d’idées. Le mouvement «gazeux» est devenu aussi fumeux que brumeux. Une organisation qui porte le projet de VIe République ne peut fonctionner comme une petite principauté. Y a-t-il eu une dérive que vous ne réalisiez pas ? Il y a eu une incapacité à passer de la tactique du commando de 2017, avec un petit groupe discipliné qui anime une campagne présidentielle, à la stratégie d’un grand mouvement. Cela ne fonctionne plus. C’est aussi le venin du bonapartisme et du présidentialisme. Un grand homme serait le sauveur de la gauche ? C’est quand même un paradoxe pour une organisation qui lutte pour l’abrogation de la Ve Républi- que. Attention à ce que cette culture de caserne politique ne se diffuse pas. C’est l’inverse qu’il faut faire : construire une culture du collectif. La campagne a été difficile ? La direction de LFI a employé contre moi des moyens exceptionnels. Neuf députés et 100 militants extérieurs sont venus dans ma circonscription pour expliquer que j’étais un traître, un vendu, un raciste, un sioniste… Comment ne pas déplorer la défaite de Rachel Kéké, un symbole, une femme issue du peuple, qui n’a pas bénéficié du quart des moyens utilisés contre moi ? Ils ont préféré faire battre Corbière que faire réélire Kéké. LFI a perdu onze députés, dont neuf dans des zones rurales. Nous ne prendrons pas le pouvoir avec une base sociale et électorale qui se réduit de scrutin en scrutin, ni avec une direction constituée d’un seul profil sociologique. Comme le dit François Ruffin, il faut faire l’alliance de la France des tours et de la France des bourgs.

Il lance avec vous cet «outil de regroupement» ? François et moi avançons dans la même direction. Il a parlé de «maison commune», cela s’inscrit dans la même logique. Tout doit converger.

L'Humanité
mercredi 10 juillet 2024 537 mots, p. 6

Le Nouveau Front populaire dans l'oeil de la gauche internationale

Lina Sankari

Face à une extrême droite qui gagne partout du terrain et à des conservateurs qui n'hésitent plus à s'allier avec les nationalistes, l'expérience de la coalition française fait figure de laboratoire pour la gauche en Europe, en Amérique latine et aux États-Unis.

Nikos Pappas n'a pas le profil d'un preneur d'otages. Toutefois, le député grec de Syriza se verrait bien retenir le reste de la gauche dans un local. Vivement scrutés en Europe, l'expérience politique en cours en France et le score recueilli par le Nouveau Front populaire (NFP) aux législatives anticipées donnent des idées aux partis de gauche qui, partout ou presque, voient l'extrême droite gagner du terrain. En France, explique l'élu athénien, « les forces politiques ont été contraintes de s'enfermer dans une pièce et d'en sortir avec un accord politique ». L'union de Syriza avec les sociaux-démocrates du Pasok, sollicitée par 83 % des électeurs de gauche, pourrait constituer un « événement majeur », dit-il. Les deux formations ont déjà décidé de travailler ensemble sur le scandale des écoutes téléphoniques, qui met sous pression le premier ministre Kyriakos Mitsotakis, et sur la recherche de responsabilités autour de la catastrophe ferroviaire qui a fait 57 morts en 2023. En mars, une motion de censure a permis à la gauche de tester sa capacité à travailler de concert. Comme en France, les progressistes contournent la question du premier ministrable : « La question principale n'est pas "qui ?", mais "comment" nous allons démettre Mitsotakis (...) L'essentiel est de définir notre programme et de convaincre les citoyens qu'il existe une alternative », avance Alexis Charitsis, député de la Nouvelle Gauche à la Vouli.

Au-delà des Alpes, c'est la réforme constitutionnelle, qui décuplerait les pouvoirs de la présidente du Conseil, Giorgia Meloni (Fratelli d'Italia, extrême droite), qui a posé les jalons de l'unité. Les yeux rivés sur les efforts français, le Parti démocrate (PD), le Mouvement 5 étoiles, ainsi que Refondation communiste, l'Alliance des Verts et de la Gauche et le parti Plus d'Europe manifestaient ensemble, le 18 juin. « Assez des divisions ! Gardons nos différences, importantes si nous pouvons les utiliser à bon escient ! » exhorte la cheffe du PD, Elly Schlein.

« L'importance du dialogue entre progressistes »

Sur la méthode, le président brésilien Lula, qui ferraille contre l'extrême droite au Parlement, dans les États fédéraux et à la Banque centrale pour appliquer son programme, insiste sur « l'importance du dialogue entre les segments progressistes pour la défense de la démocratie et de la justice sociale ». Pour lui, le résultat des élections législatives anticipées en France « devrait inspirer l'Amérique du Sud ». Aux États-Unis, le sénateur Bernie Sanders tire une leçon programmatique du score du NFP : « Voici un fait simple : si les responsables politiques défendent les familles ouvrières, celles-ci vous soutiendront. Il s'avère que l'abaissement de l'âge de la retraite et l'augmentation du salaire minimum sont très populaires. » En Espagne enfin, la ministre communiste du travail, Yolanda Diaz, profite, elle, des élections françaises pour envoyer un message clair aux conservateurs : « La droite française, contrairement au Parti populaire, empêche l'extrême droite d'arriver au pouvoir. Ils sont démocrates et à la hauteur. Montrez l'exemple : cassez les gouvernements avec Vox dans les mairies et les communautés autonomes. » Un appel clair à tous les Ciotti espagnols.

Libération
mercredi 10 juillet 2024 867 mots, p. 4,5

Événement

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10 juillet 2024 - Libération (site web)

Les macronistes dans le déni de la défaite

Par Jean-Baptiste Daoulas et Laure Equy

Événement

P endant qu’Emmanuel Macron fête avec les grands de ce monde les 75 ans de l’Otan à Washington, mercredi et jeudi, les députés sont priés de ranger leur chambre. Après la saignée subie par son camp aux législatives, le chef de l’Etat, qui recevait, selon le Figaro, le président LR du Sénat, Gérard Larcher, mardi soir refuse toujours d’appeler les dirigeants du Nouveau Front populaire (NFP) pour nommer l’un des leurs à Matignon. Malgré l’accusation de «coup de force démocratique» dans un communiqué de la gauche unie, il attend le 18 juillet, date limite pour constituer les groupes politiques au Palais-Bourbon. «On est sur la même ligne depuis dimanche soir. L’Assemblée nationale doit se structurer, insiste-t-on à l’Elysée. Il y a énormément d’incertitudes sur les blocs et, en leur sein, sur la domination des uns et des autres. Tout cela a un impact énorme sur les choix du Président, qui est en position d’arbitre et de garant des institutions.» Puisque le NFP reste arc-bouté sur son souhait de gouverner seul, avec 178 députés sur 577, le bloc présidentiel s’agite avec ses 150 élus. Plusieurs menacent de censure immédiate un gouvernement intégrant des insoumis. Après trois heures de réunion des députés Renaissance rescapés, mardi matin, leur président sortant, Sylvain Maillard, a annoncé une «initiative» pour constituer une «alliance avec une majorité relative». C’est-à-dire «avec tous les membres de l’arc républicain», sans RN ni LFI, a écrit dans le Monde le secrétaire général de Renaissance, Stéphane Séjourné.

«On fait semblant» Toujours en poste à Matignon, Gabriel Attal a retrouvé les députés à l’Assemblée pour définir les «lignes rouges» et les «axes programmatiques» de Renaissance dans une coalition, donnant rendez-vous ce mercredi. Sauf que ni le PS ni LR ne veut de cette initiative, la rendant de fait illusoire. «C’est précisément contre cette culture hyperconflictuelle qu’il faut pouvoir lutter, sinon on va au chaos institutionnel», met en garde le député Renaissance de Paris, David Amiel. «On fait semblant de proposer un accord de coalition anti-extrêmes pour montrer que si ça foire, ça ne sera pas de notre faute», glisse une de ses collègues. L’Elysée joue l’opinion : 61 % des Français jugent «indispensable» que des partis s’allient à l’Assemblée selon un sondage Harris Interactive. «Ce sont les partis qui bloquent», insiste un conseiller de l’Elysée. Le camp présidentiel espère détacher le PS du reste de la gauche. «Au NFP, ils restent groupés pour une répartition des postes à l’Assemblée [la semaine prochaine] et ils se quitteront après», mise l’ex-ministre Renaissance Stéphane Travert. Quand bien même le NFP constituerait un gouvernement ? «Ils seront en incapacité de gouverner, anticipe Ludovic Mendes (Renaissance). Peut-être que le PS attend d’être confronté à ça pour faire sortir LFI.» Le rêve d’une coalition arrachée par les macronistes au terme d’une quatrième mi-temps… Si le camp présidentiel rétréci continue de se rêver en pivot, comment pourrait-il prendre l’initiative d’une telle opération ? Certains macronistes, après sept ans au pouvoir, peinent à comprendre qu’ils n’ont plus la maîtrise des opérations. «On n’a pas subi une défaite, c’est une branlée», a rappelé Ludovic Mendes en réunion de groupe, sous le regard entendu d’Elisabeth Borne. «Qu’on dise “ni RN ni LFI” ne choque personne chez nous. Mais, stop ! On ne va pas cracher sur l’ensemble de la gauche. On n’est plus les rois du pétrole, on n’est plus la première force politique. On ne va pas tout faire tout seuls», ajoute le député réélu en Moselle face au RN, avec le report des voix de gauche.

Effritement «Le préalable pour entrer dans une coalition est qu’elle ne soit pas conduite par quelqu’un du bloc central, admet un ministre. On doit faire preuve d’humilité, on est ceux qui ont le plus perdu.» Au gouvernement, on a des fourmis dans les jambes. Maintenu en poste, le même ministre redoute que, si le statu quo perdure, «on donne l’impression de s’accrocher au pouvoir » : «Vous nous imaginez en rang d’oignons sur l’estrade pour le défilé du 14 Juillet ? On doit prendre notre paume.» L’agitation du camp Macron peine à dissimuler son effritement. Mardi matin, des députés de l’aile gauche comme Eric Bothorel ou Stéphane Travert n’avaient toujours pas officialisé leur rattachement à Renaissance. Sacha Houlié n’a pas abandonné le projet de créer un groupe social-démocrate indépendant, même si sa tâche est rendue plus ardue par la déroute des macronistes de cette sensibilité aux législatives.

Quant aux alliés du Modem, ils rechignent à envisager une coa- lition qui pencherait surtout à droite. «Ce n’est pas bien, ça ne correspond pas aux résultats de cette élection», juge le président sortant des députés Modem, Jean-Paul Mattei. Depuis dimanche, François Bayrou multiplie les coups de fil aux élus de gauche hors NFP. Chacun pour soi. Alors que le Premier ministre recevait mardi, à Matignon, les candidats Renaissance, élus et battus, les trois familles de l’ex-majorité n’avaient pas prévu une réunion commune.•

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mercredi 10 juillet 2024 424 mots, p. AUJM4
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10 juillet 2024 - Le Parisien

GroupesiLes purgés recasés

En rupture avec Jean-Luc Mélenchon, plusieurs députés issus des rangs de LFI ne siégeront pas avec le groupe Insoumis à l'Assemblée nationale. Ils pourraient constituer un nouveau groupe politique, notamment avec des députés communistes.

P.M.

Ils ne siégeront plus côte à côte. Réélus, pour une partie d'entre eux, en dissidence des candidats officiellement investis par LFI dans le cadre du Nouveau Front populaire, lors des législatives anticipées, les anciens « frondeurs » vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon ne retrouveront pas le chemin du groupe Insoumis au Palais-Bourbon. François Ruffin l'a annoncé le premier, jeudi dernier, suivi par l'un de ses proches, Christophe Bex, réélu en Haute-Garonne.

Idem pour Clémentine Autain, réélue dès le premier tour en Seine-Saint-Denis. « J'ai bien compris que je ne faisais plus partie du groupe [...]. Je ne serai pas dans ce groupe-là aussi parce que, il faut le dire, il y a eu des désaccords, la France insoumise a beaucoup de mal à supporter que tout le monde ne soit pas au cordeau », a-t-elle expliqué dimanche soir sur LCI, face à l'ancienne cheffe des députés LFI, Mathilde Panot.

Avec les communistes et les écolos ?

Les députés Danielle Simonnet, Hendrik Davi et Alexis Corbière, tous réélus, les suivront. « La rupture entre la France insoumise et nous est consommée », insistent-ils.

Alexis Corbière s'est déjà rattaché financièrement en préfecture au Parti communiste français lors du dépôt de sa candidature. « Il est temps d'en finir avec les méthodes brutales. Qui seront les prochains purgés ? Aux nouveaux députés LFI réellement élus : bravo, mais n'acceptez pas ces méthodes, vous en serez les prochaines victimes... Vive le NFP démocratique ! » a-t-il écrit sur X.

Pour l'heure, beaucoup les voient donc former un nouveau groupe politique dans l'hémicycle. « Possiblement, ils vont chercher à avoir leur groupe avec les députés communistes restants », estime un député qui a échangé avec François Ruffin et Clémentine Autain, même si à ce stade le président (jusqu'à présent) des députés communiste, André Chassaigne, n'a reçu aucun coup de fil.

Ce mardi, François Ruffin, Danielle Simonnet et Clémentine Autain ont adressé un courrier aux groupes communiste et écologiste pour proposer la « création d'un groupe nouveau » associant l'ensemble des forces de gauche hors Insoumis.

« Ce qu'on continue à défendre, c'est un grand groupe du Nouveau Front populaire. C'est pour nous la meilleure hypothèse », insiste le député des Bouches-du-Rhône Hendrik Davi. Et le frondeur d'adresser un pied de nez au tribun et à la direction de LFI : « Le groupe unique de la gauche, c'était une proposition de Jean-Luc Mélenchon en juin 2022. Comme quoi, parfois, il a des bonnes propositions... »

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 1133 mots, p. 3
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Macron en quête d’une coalition introuvable

Après les législatives, l’absence de majorité rend l’équation encore plus complexe qu’avant la dissolution

Claire Gatinois et Nathalie Segaunes

Jamais Emmanuel Macron n’aura émis le moindre regret. Ce lundi 8 juillet encore, devant les cadres de Renaissance et les chefs de parti de son camp conviés à l’Elysée, le président de la République ne laisse paraître aucun remords quant à son choix de dissoudre l’Assemblée nationale, le 9 juin. Une décision qui a tant meurtri les siens. « La participation[aux élections législatives des 30 juin et 7 juillet] montre que la dissolution répondait à un besoin d’expression démocratique », souligne-t-on à l’Elysée. Au lendemain du second tour de ce scrutin anticipé, l’opération de « clarification » qu’espérait le chef de l’Etat a pourtant toutes les allures d’un fiasco.

Les troupes macronistes sortent « déplumées » de plus de 80 députés (168 sièges, contre 250 lors de la précédente législature), et aucune majorité claire n’a vu le jour. Si le Nouveau Front populaire (NFP) a raflé le plus grand nombre de sièges (182), l’alliance de gauche ne peut gouverner seule. Mais le pire, une cohabitation avec l’extrême droite, un temps envisagée, a été évité, respire-t-on à l’Elysée. Un « non très net a été envoyé au Rassemblement national[RN]», souligne l’entourage du président.

C’est donc le cœur presque léger que le chef de l’Etat doit s’envoler mercredi 10 juillet pour Washington, afin d’assister au sommet de l’OTAN et à la célébration du 75e anniversaire de l’Alliance atlantique. Emmanuel Macron ne veut pas croire qu’il ressort affaibli sur la scène internationale après cet épisode. « Une majorité à l’Assemblée est pour un soutien clair à l’Ukraine », fait-on valoir dans son entourage. « La France a rejeté l’extrémisme, les démocrates[américains] le rejetteront aussi », a salué le président, Joe Biden, lundi 8 juillet, sur la chaîne MSNBC, à quatre mois d’élections aux Etats-Unis où l’octogénaire joue son propre mandat.

Le soulagement est palpable au sommet de l’Etat. Mais comment gouverner ? L’équation, déjà complexe avant la dissolution, paraît aujourd’hui sans issue. « Si le RN avait eu la majorité, on ne peut pas dire que ça aurait été une bonne nouvelle, mais au moins, ça aurait eu le mérite de la clarté », soupèse Hervé Marseille, patron de l’UDI, allié au chef de l’Etat. Le paysage politique est brumeux. Trop pour qu’Emmanuel Macron laisse partir son premier ministre. Lundi, la démission de Gabriel Attal a été immédiatement refusée, le chef de l’Etat le priant de rester à son poste « pour le moment», afin de préserver la « stabilité du pays ». Le premier ministre devra gérer les affaires courantes, le temps de voir désigner un remplaçant.

Cette obligation risque d’empêcher le trentenaire de se porter candidat à la présidence du groupe Renaissance ou de prétendre à un poste en vue à l’Assemblée nationale. Peu importe. L’entourage de Gabriel Attal fait valoir son « sens du devoir ». Et espère que cette période transitoire ne s’éternise pas.

« Des chemins possibles »

De son côté, le NFP, ragaillardi par sa victoire inespérée, se dit prêt à « gouverner » et promet de proposer d’ici à la fin de la semaine un chef de gouvernement issu de ses rangs. Mais rien ne sera simple. L’hypothèse d’une gauche tenant les manettes du pouvoir hérisse l’aile droite de la Macronie. Depuis lundi, des ténors du gouvernement et de l’ex-majorité s’activent afin de démontrer que le programme du NFP n’est pas le reflet des urnes. «La grande majorité des Français a exprimé son souhait d’une politique protégeant le pays contre l’insécurité, la pression migratoire ou la dérive des finances publiques, écrit la ministre de la culture, Rachida Dati sur X.  L’intérêt de la France est de trouver au Parlement une majorité qui soit à l’image de ce que pensent majoritairement nos concitoyens. »

« Le pays n’est pas à gauche », abonde sur le réseau social le député Renaissance Benjamin Haddad, réélu à Paris. « En travaillant avec les Républicains[LR] , en respectant l’indépendance de chacun, nous pouvons créer un bloc central qui sera le premier à l’Assemblée nationale », préconise l’élu. Une thèse défendue par les ministres Gérald Darmanin (intérieur), Bruno Le Maire (économie) etAurore Bergé (égalité entre les hommes et les femmes), partisans d’un accord avec LR.

Emmanuel Macron, lui-même, juge qu’il ne faut pas ignorer le message envoyé par les 10 millions d’électeurs du RN. Cette offensive droitière contrarie l’autre flanc de la Macronie, plus prompt à se tourner vers les socialistes et les écologistes. « On ne peut pas ignorer la poussée du RN »,convient l’ancien député Renaissance Clément Beaune, battu dans la 7e circonscription de Paris au premier tour. « Mais le fait arithmétique, c’est que le Nouveau Front populaire est la première force à l’Assemblée »,rappelle l’ancien socialiste.

Emmanuel Macron, se voulant « au-dessus des partis », ne doute pas que d’ici à quelques jours ou quelques semaines, tout sera plus clair. Une fois les groupes politiques constitués à l’Assemblée le 18 juillet, les discussions pourront être, imagine-t-il, fructueuses, pour faire aboutir une coalition, avec une partie de la gauche ou avec la droite républicaine. « Il y a des chemins possibles », veut-on croire à l’Elysée, alors que la gauche continue d’afficher son unité et que LR rechigne à voler au secours du camp présidentiel.

L’entourage de Gabriel Attal, sceptique, doute du succès de l’initiative. « On n’a pas réussi à la faire en 2022 alors qu’on avait besoin de 40 voix seulement. Là, il nous en faut 130 », soupire un collaborateur du premier ministre. Emmanuel Macron, souvent pressé, devra sans doute prendre son mal en patience. « Il se mitterrandise. Il laisse du temps au temps », flatte l’ancien sénateur LR Pierre Charon, parmi les artisans de la dissolution. « Emmanuel Macron est hanté par Mitterrand », témoigne l’écrivain Bernard-Henri Lévy, fréquemment interrogé par le président sur les choix politiques de son lointain prédécesseur. L’entourage du chef de l’Etat imagine qu’il puisse revenir au centre du jeu politique.

Mais le locataire de l’Elysée « n’a pas la main et ne choisira pas le premier ministre, rappelle l’ancien garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas, professeur de droit public à l’université de Brest. Le pouvoir du président n’est qu’un pouvoir nominal. Il est obligé de nommer la personnalité soutenue par une majorité de députés. En 1986, Mitterrand n’a pas choisi Chirac[il souhaitait nommer initialement Jacques Chaban-Delmas] . En 1997, Chirac n’a pas choisi Jospin ». Une loi d’airain qu’Emmanuel Macron ne pourra contourner.

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 934 mots, p. 11
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Entretien

« Pas de gouvernement de coalition sans donnant-donnant »

Le député allemand Nils Schmid inciteses homologues français à se convertir àla culture du compromis chère à son pays

Propos recueillis par Thomas Wieder Propos recueillis par Thomas Wieder

Berlin - correspondant - Député fédéral depuis 2017, Nils Schmid est le porte-parole du groupe social-démocrate (SPD) du Bundestag pour la politique étrangère. Proche du chancelier Olaf Scholz, il est aussi président de l’Assemblée parlementaire franco-allemande, créée en 2019 et qui réunit, au moins deux fois par an, cent parlementaires des deux pays.

Que vous inspire le résultat des élections législatives françaises ?

Un grand ouf de soulagement. Une majorité RN à l’Assemblée nationale aurait eu des retombées extrêmement négatives sur les relations franco-allemandes et l’avenir de l’Union européenne (UE). Sans compter le risque de déstabilisation qu’aurait eu, en France, l’arrivée au pouvoir d’un parti ayant une vision inégalitaire de la société et dont le fonds de commerce est le racisme et le rejet de l’autre.

Le score inattendu du Nouveau Front populaire (NFP) est-il une bonne nouvelle pourune Allemagne dirigée parun chancelier SPD ?

Oui, d’autant plus que, par rapport aux législatives de 2022, on observe un rééquilibrage au sein de la gauche française au profit de la social-démocratie. Nous sommes très heureux de voir le centre gauche renforcé et La France insoumise moins dominante.

Dans son programme, le NFP promet de « refuser le pacte de stabilité budgétaire » européen et de « mettre fin aux traités de libre-échange » entre l’UE et des Etats tiers ? Pour l’Allemagne, n’est-ce pas inacceptable ?

Sur les accords commerciaux, que ce soit avec le Canada (CETA) ou avec le Mercosur, nous n’étions déjà pas sur la même ligne qu’Emmanuel Macron : ça ne changerait donc pas grand-chose avec un gouvernement de gauche. Sur le pacte de stabilité et plus généralement sur l’Europe, l’histoire me rend plutôt confiant : depuis quarante ans, chaque fois que la gauche a été au pouvoir en France, que ce soit avec François Mitterrand, Lionel Jospin ou François Hollande, elle a toujours su s’accommoder des contraintes européennes. Je n’imagine pas qu’elle rompe aujourd’hui avec cet héritage.

Enfin j’ajoute un point : le Nouveau Front populaire n’ayant pas à lui seul la majorité, il ne pourra gouverner qu’en passant des compromis avec des forces centristes, ce qui l’obligera à renoncer à des points de son programme.

L’absence de majorité absolue à l’Assemblée fait dire à certains dirigeants que la France devrait s’inspirer de ses voisins et former un gouvernement de coalition. En Allemagne, où c’est la norme, comment se bâtit concrètement une coalition ?

Pour former une coalition, je dirai qu’il faut trois conditions. D’abord, accepter de devoir faire des compromis. Cela ne veut pas dire qu’on est obligé de se mettre d’accord sur tout. C’est ce qu’il s’est passé en 2021 quand nous avons décidé de faire un contrat de gouvernement entre sociaux-démocrates, écologistes et libéraux : d’emblée, nous avons listé les sujets que nous mettrions de côté et sur lesquels nous ne chercherions pas à nous entendre.

En revanche, dans les domaines identifiés comme devant faire partie du contrat de coalition, nous savions tous qu’il faudrait faire des compromis. Un exemple : les libéraux du FDP tenaient absolument à ce que soit gravé dans le marbre le respect du « frein à la dette » [qui limite à 0,35 % le déficit structurel annuel de l’Etat fédéral]et la promesse de ne pas augmenter les impôts. Au SPD, nous étions plutôt réticents au départ, mais nous avons accepté à condition qu’en contrepartie le FDP accepte d’augmenter le smic et les minima sociaux, ce que nous avons obtenu.

Si l’on n’accepte pas ce principe du donnant-donnant, on ne peut pas gouverner en coalition. Mais cela ne suffit pas. Un contrat de gouvernement ne peut pas être qu’une addition de petits compromis. Il faut un fil directeur qui donne un sens à la politique que l’on entend mener et qui justifie que des partis différents décident de travailler ensemble.

Vous avez évoqué un troisième préalable à la formation d’une coalition…

Oui, c’est la personnalité du futur chef du gouvernement. Sa première qualité doit être d’avoir précisément cette culture du compromis, autrement dit d’avoir pour objectif de forger du consensus plutôt que de chercher à se mettre en avant et à imposer ses vues à ses partenaires. Cela suppose de l’expérience. Après, les critères peuvent varier d’un pays à l’autre. En Allemagne, le poids des Länder et des partis politiques fait qu’on a du mal à imaginer un chancelier qui n’a pas déjà appartenu à la direction d’un parti, été ministre fédéral ou dirigé une grande collectivité territoriale. En France, vu le plus faible rôle des régions et des partis, ces préalables sont peut-être moins importants.

La séquence politique qui s’est ouverte en France avec l’annonce de la dissolution a-t-elle altéré l’image de M. Macron en Allemagne ?

Oui, énormément. Ici, personne n’a compris le sens de cette dissolution. La plupart des gens ont été effrayés qu’un président de la République joue avec le destin de son pays comme on joue au poker. Plus généralement, le résultat des européennes et des législatives a provoqué une forme de sidération en Allemagne. Jusque-là, l’image de Macron qui dominait chez nous était celle d’un grand leader européen, avec lequel on n’était pas forcément d’accord mais qu’on admirait pour son intelligence, son énergie et son volontarisme.

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 457 mots, p. 4
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8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Peio Dufau Régionaliste basque allié au NFP

Michel Garicoïx (Bayonne, correspondant)

Collier de barbe encadrant un visage poupin, l’approche chaleureuse mais le propos posé, Peio Dufau a réussi son pari : être élu député lors du second tour des élections législatives, dimanche 7 juillet. L’adjoint au maire de Ciboure a été choisi par les électeurs de la 6e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, qui va de Biarritz à Hendaye et Espelette.

Elu sous la bannière de l’union de la gauche, Peio Dufau est un cheminot et un bascophone de 45 ans très impliqué dans la vie associative, décrit par son entourage comme « un bosseur engagé et un meneur, mais qui fait confiance aux autres ». Membre du parti « abertzale » (« patriote ») de gauche basque Euskal Herria Bai (EH Bai, « oui au Pays basque »), Peio Dufau s’est présenté cette fois sous les couleurs du Nouveau Front populaire. « Face à la gravité de la situation, nous préférons nous centrer sur les convergences en surmontant les divergences » , expliquait, en juin, Gaby Arestegui, porte-parole d’EH Bai. Une alliance qui n’allait pas de soi, certains responsables « insoumis » ou communistes ayant longtemps tenu à distance les « Basques », soupçonnés de séparatisme identitaire.

« Abertzale bat Parisen », un « régionaliste à Paris » (selon la nomenclature en usage) : peu de personnes y croyaient. Mais, déjà lors du premier tour des élections législatives de 2022, 7 667 personnes avaient fait confiance à Peio Dufau, qui avait récolté 14,6 % des suffrages, en se présentant sous les couleurs d’EH Bai. Cette année, lors du premier tour, le 30 juin, il avait fini en tête avec 21 650 voix ; puis, dans une triangulaire difficile face à un candidat MoDem et un candidat Les Républicains-Rassemblement national, il progresse de quelque 5 500 voix et rassemble 36,3 % des voix au second tour.

Rechercher le consensus

Des groupes de danse à la gestion de l’école en langue basque (ikastola), des commentaires de rugby à la radio à l’engagement dans le syndicalisme CGT, ce cheminot additionne des journées bien remplies : « Mon parcours professionnel, associatif et politique me donne des atouts et l’envie de changer les choses », assure cet enfant de Saint-Jean-de-Luz résidant à Ciboure.

Depuis la cité natale du compositeur Maurice Ravel, il affûte ses dossiers prioritaires : le logement « en plein déficit en Pays basque », la préservation du foncier agricole, la langue basque « alors que la France n’a toujours pas ratifié la charte des langues minoritaires ». Il veut que Paris entende la diversité, la pluralité des territoires, ici comme en Bretagne. Et en recherchant toujours le consensus, « comme celui que nous avons tous ici pour défendre la langue basque ». En attendant, le député n’oubliera pas de retrouver son groupe de rock, le 10 juillet, pour l’ouverture des Fêtes de Bayonne.

L'Humanité
mercredi 10 juillet 2024 443 mots, p. 6

Les trois options des députés frondeurs insoumis

Timothée Ives

Plusieurs élus en rupture de ban avec la FI ont d'ores et déjà annoncé qu'ils ne siégeront pas dans le groupe parlementaire du mouvement.

La purge de députés insoumis sortants a ouvert la brèche. Alexis Corbière, Hendrik Davi, Raquel Garrido, Frédéric Mathieu et Danielle Simonnet n'ont pas été investis et ont dû affronter des candidats de la France insoumise (FI) dans leur circonscription. Exclus de facto du mouvement, ils ont été soutenus par les députés François Ruffin et Clémentine Autain, qui eux avaient reçu l'investiture de la FI. Outre Raquel Garrido et Frédéric Mathieu, tous ont été réélus dimanche soir. En rupture de ban avec leur parti d'origine, leur affiliation à un autre groupe parlementaire pose question. En particulier dans un contexte de lutte pour l'hégémonie à gauche entre le PS et FI.

Une hypothèse abandonnée

Trois options sont donc sur la table. La première : rejoindre le groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR). Le PCF ne dispose plus que de neuf parlementaires à l'Assemblée nationale et a besoin d'alliés pour reconduire son groupe. Des liens existent entre les communistes et François Ruffin, qui reversait en 2017 sa dotation de député au parti. Clémentine Autain était, quant à elle, apparentée PCF jusqu'en 2013. Toutefois, le groupe GDR a déjà suffisamment d'élus avec ses sortants ultramarins reconduits. Un élu communiste craint en outre l'opposition des « plus identitaires de la direction du PCF » à cette arrivée. André Chassaigne, président du groupe GDR, tempère : « Ce devra être une décision collective prise par les communistes comme par les Ultramarins. »

Une autre option a été évoquée, celle de former un groupe avec les cinq députés Génération.s, affiliés dans la législature précédente aux écologistes. Il aurait alors fallu trouver cinq autres députés afin d'atteindre le seuil minimal de quinze parlementaires pour composer un groupe. Selon nos informations, cette hypothèse a été abandonnée ce mardi. Les députés Génération.s ont décidé de rester chez les Écologistes, et invitent les frondeurs insoumis à les rejoindre.

Certains travaillent à une troisième option, une fusion des groupes Écologistes et GDR, à laquelle appellent François Ruffin, Clémentine Autain et les frondeurs réélus dans une lettre adressée le 9 juillet à André Chassaigne et Cyrielle Chatelain.

Par ailleurs, le nombre de frondeurs insoumis n'est pas encore connu. Le député Christophe Bex a indiqué qu'il emboîterait le pas à François Ruffin et Clémentine Autain. Quelques autres élus opposés à la ligne de la direction pourraient suivre. Leur choix sera crucial alors que la FI a insisté pendant la campagne sur le fait que le premier ministre serait issu du groupe disposant du plus grand nombre de députés.

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 964 mots, p. 5
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7 juillet 2024 - Le Monde (site web)

La campagne active des médias Bolloré

CNews, C8 ou « Le JDD » sont intervenus directement dans le jeu politique depuis le 9 juin

Aude Dassonville

Une ultime fois depuis la dissolution annoncée le 9 juin, l’un des médias du groupe Vivendi, de Vincent Bolloré, a pris part à la campagne électorale de manière active. Et ce, à quelques heures seulement avant le moment (vendredi à minuit) où il n’est plus possible, pour aucune chaîne de télévision ou de radio, ni sur Internet, de traiter la campagne électorale.

Peu après 21 h 30, vendredi 5 juillet, le site du Journal du dimanche(JDD)dévoile un « document » censé prouver que le gouvernement s’apprêterait à suspendre la loi sur l’immigration adoptée en décembre 2023. Une « information » extrêmement sensible dans le contexte électoral, où la question de l’immigration constitue l’un des thèmes de prédilection de l’extrême droite. Démentie par le gouvernement, elle ne fait l’objet d’aucun article dans Le JDD disponible en kiosque ce 7 juillet. Pas même un entrefilet dans la page réservée aux « Indiscrets », ne serait-ce que pour signaler l’agitation qu’elle a provoquée.

Une vingtaine de minutes après la mise en ligne de l’article, à 22 h 01, Jordan Bardella le relaie sur le réseau X. « Alors qu’une immense majorité de Français souhaite maîtriser l’immigration, le gouvernement s’apprête à suspendre les quelques maigres mesures de fermeté de la loi immigration,s’insurge le président du Rassemblement national (RN). On peut empêcher cette coalition Macron-Mélenchon sous le contrôle de l’extrême gauche : mobilisation ! »

Sur CNews, c’est alors le début de l’émission « 100 % politique week-end ». Les journalistes Gauthier Le Bret et Yoann Usaï reprennent l’information de « nos excellents confrères duJournal du dimanche »pour critiquer une « grave erreur », un « clin d’œil à la gauche ». «C’est à contre-courant de ce que veut l’opinion », s’insurge Gauthier Le Bret. Son collègue n’en croit pas ses yeux : « C’est un appel à voter Marine Le Pen, en réalité ! » A ce moment-là, l’audience de la chaîne n’est sans doute pas très élevée. L’attention des téléspectateurs est captée par le quart de finale France-Portugal, qui rassemblera 12,7 millions de supporteurs, en moyenne, devant M6 – le programme le plus regardé, toutes chaînes confondues, en 2024.

Dès 22 h 05, le ministre de l’intérieur dément sur X : « C’est bien sûr totalement faux. » Gérald Darmanin est rejoint à 22 h 08 par la porte-parole du gouvernement, Prisca Thevenot : « A quelques heures du silence républicain, tentative duJDD d’influencer le scrutin avec une fausse information. Peu glorieux », poste la candidate macroniste dans les Hauts-de-Seine. Vers 22 h 30, Gabriel Attal fustige à son tour cette « opération bien huilée ». « Les Français méritent mieux que ces méthodes trumpistes », condamne-t-il sur l’ancien Twitter. Toute la soirée, toute la nuit, et durant le week-end, le tweet de Jordan Bardella continue de circuler sur les réseaux, cumulant plus de 3 millions de vues.

C’est en fin d’après-midi, samedi, que Le Journal du dimanche retirera son post, désormais indisponible. L’article – toujours en ligne –, lui, a été profondément modifié dès 1 h 14, samedi, et cosigné par Louis de Raguenel, le chef du service politique d’Europe 1, chroniqueur sur CNews. Il indique désormais : « Face au tollé provoqué par nos informations, la porte-parole du gouvernement affirme que “les décrets seront publiés dans les délais”. » Comme l’a signalé le collectif qui « lutte contre le financement du discours de haine » Sleeping Giants, il a, au passage, été décorrélé de l’actualité des législatives. Contacté, le directeur de la rédaction du JDD, Geoffroy Lejeune, n’a pas donné suite à notre appel.

Saisines devant l’Arcom

Vendredi à 23 h 30, le secrétaire général de Renaissance, Stéphane Séjourné, avait annoncé avoir saisi le tribunal judiciaire de Paris d’une « action anti-fake news ». Cette loi de 2018, destinée à lutter contre la prolifération des fausses informations, mais difficile à appliquer, a été voulue par Emmanuel Macron. Lors de la campagne pour la présidentielle de 2017, il avait été lui-même la cible de diverses fausses informations et tentatives de déstabilisation véhiculées par les réseaux sociaux, dont l’une avait été reprise par Marine Le Pen lors du débat de l’entre-deux-tours.

Ce n’est pas la première fois que, depuis la dissolution, des « médias Bolloré » sont partie prenante du jeu politique. Le Monde avait révélé, le 13 juin, comment le président des Républicains, Eric Ciotti, avait orchestré avec Vincent Bolloré l’annonce de son ralliement au RN. Le lendemain, le journaliste du média Frontières (ex- Livre noir) Erik Tegnér avait révélé sur CNews avoir participé (à distance), et même voté, au bureau politique du parti Les Républicains, qui avait vu l’exclusion de son président, Eric Ciotti. Le même jour, sur C8, Cyril Hanouna appelait Jordan Bardella en direct afin qu’il engage la discussion avec Sarah Knafo, députée européenne Reconquête !, afin de renouer les liens entre les deux partis d’extrême droite. Le 19 juin, Europe 1 a « révélé » sur son antenne qu’Emmanuel Macron pourrait recourir, « si aucun parti n’obtenait de majorité absolue », à l’article 16 de la Constitution, « qui lui conférerait les pleins pouvoirs ». Une information démentie ensuite… par CNews.

Dans les prochains jours et prochaines semaines, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) aura à examiner les différentes saisines dont ces événements ont fait l’objet. S’y ajoutera, sans doute, la déclaration du footballeur Jules Koundé, au sortir du terrain, samedi à 00 h 31 sur M6, qui a longuement appelé à voter contre le RN. Un manquement à la règle de silence électoral auquel la chaîne, contactée par Le Monde , n’a pas souhaité pas réagir.

La Croix, no. 42966
Événement, mercredi 10 juillet 2024 550 mots, p. 2,3
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8 juillet 2024 - La Croix (site web)

« Il y a une attente de vivre mieux ensemble les uns avec les autres »

Fanny Magdelaine

Père Michel Delannoy

Curé d’Hénin-Beaumont

Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais)

De notre correspondante régionale

« Les gens ont besoin de trouver une sécurité qu’ils n’ont pas, d’où ce vote de contestation plus que de conviction », pose d’emblée le père Michel Delannoy, curé d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), ville dirigée par Steeve Briois, maire RN depuis dix ans. Au lendemain des résultats du second tour des élections législatives, qu’il voit comme une « bonne surprise », il assure néanmoins que « tout reste à faire et notamment trouver l’équilibre qui va permettre de faire avancer les choses ».

À 65 ans, « l’abbé Michel », comme on l’appelle, se veut constructif : « Notre foi nous dit que le chemin est devant. Alors continuons à favoriser dans cet ancien bassin minier la rencontre et le dialogue entre musulmans, chrétiens et juifs. »Il se réjouit d’ailleurs de voir que la fête interreligieuse annuelle de la solidarité et de la paix attire de plus en plus de monde. « Il y a une attente de vivre mieux ensemble les uns avec les autres et pas contre les autres », assure-t-il. Celui qui se veut « prêtre pour tous » tente « d’éclairer les consciences à suivre le Christ », sans jugement, mais en répétant que « l’Évangile pousse à vivre la rencontre et la parole ».

Parmi ses paroissiens, certains votent-ils pour le parti d’extrême droite ? « Dans notre petite communauté, on ne me l’a jamais dit franchement, je peux juste l’envisager. Si on m’en parlait, j’inviterais à regarder plus en profondeur les propositions du Rassemblement national pour voir si elles sont en accord avec l’Évangile… » Engagé de longue date aux côtés des migrants, le prêtre prêche inlassablement la fraternité : « Ces peurs que le RN attise, il nous faut les dépasser en s’ouvrant aux autres. C’est à notre portée ! » Et de s’interroger : « Maintenant que le vote RN est plus assumé, peut-être pourrait-on s’en parler entre chrétiens. Pourquoi pas autour d’un repas, comme les disciples d’Emmaüs. »

Quel rapport entretient-il avec le maire de la commune ? Le croise-t-il régulièrement ? « Pour les travaux de l’église ou la fête de la Sainte-Barbe, la mairie est à l’écoute par exemple quand on a besoin d’une sono plus forte », répond-il, laconique. À l’évocation de Marine Tondelier, élue d’opposition au conseil municipal et secrétaire nationale des Écologistes, le ton se fait plus chaleureux. « Je la connais bien, je suis plus proche d’elle que de l’autre Marine… », explique le père Michel Delannoy, en référence à Marine Le Pen, réélue députée de cette 11e circonscription du Pas-de-Calais dès le premier tour.

Le prêtre n’oublie pas les inégalités sociales. « Que ceux qui ont de quoi bien vivre rencontrent ceux qui viennent chercher de la nourriture à Saint-Vincent-de-Paul… La société doit soutenir davantage les personnes qui sont sur le côté », appelle-t-il de ses vœux. Son maître mot : la proximité, « qui compte plus que les idées qu’on a dans la tête ! », poursuit le curé arrivé à Hénin-Beaumont il y a cinq ans. Confiant, se sentant entouré et soutenu dans sa mission, « l’abbé Michel »garde en tête comme boussole le texte choisi pour son ordination en 1987 : « Avance au large… »

Le Figaro, no. 24845
Le Figaro Économie, mercredi 10 juillet 2024 2114 mots, p. 30

Économie

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9 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Impôts, retraites, smic... l'alarmant projet du Nouveau Front populaire

Bien décidé à taxer les riches pour financer ses propositions, le bloc de gauche à l'Assemblée nationale veut mettre en oeuvre tout son programme économique. Celui-ci pénaliserait à la fois les ménages et les entreprises.

Da Sois, Julien, Engrand, Thomas, Renault, Marie-Cécile, Ruiz Perez, Julie

C'est un délire total, c'est 1981 puissance10, c'est l'assurance du déclassement, du chômage de masse et de la sortie de l'Union européenne.» Bruno Le Maire, toujours ministre de l'Économie, ne mâche pas ses mots pour qualifier le programme économique du Nouveau Front populaire (NFP). Il n'est pas le seul à redouter un cocktail de mesures qui risque d'affaiblir une France déjà mal en point, avec un déficit de 5,5 % du PIB en 2023 et une dette de 3 100 milliards d'euros. L'agence de notation Moody's a d'ailleurs prévenu, ce mardi, que toute baisse de la volonté gouvernementale de faire des économies pourrait avoir un impact négatif sur la notation de la France, même si elle a souligné les « difficultés » à venir dans le vote des lois. Dès lundi soir, l'agence S & P avait prévenu que la note de crédit de la France serait « sous pression » si le pays « ne (parvenait) pas à réduire son important déficit public ». Du côté des entreprises comme des ménages, l'anxiété est forte face à ce programme aux allures de véritable choc budgétaire . Il « contient des chiffons rouges absolus pour les chefs d'entreprise. Il aboutirait à 200milliards d'euros de dépenses publiques supplémentaires chaque année, financées par de l'impôt, ou par le déficit. Ça finira forcément mal » , a indiqué Patrick Martin, président du Medef, au Figaro.

Passer de 5 à 14 tranches d'impôt sur le revenu, avec une taxation jusqu'à 90 %

Le mot d'ordre préféré des Insoumis, « taxer les riches ! » , se traduit, entre autres, par une refonte de l'impôt sur le revenu en 14 tranches, contre 5 actuellement. Si la gauche n'a fait qu'esquisser les bornes de ces nouvelles tranches, son but est d'augmenter le rendement de l'impôt sur le revenu en proposant des taux d'imposition plus forts pour les ménages aisés. Pour les très hauts revenus - au-delà de 400 000 euros annuels -, la tranche marginale pourrait même atteindre 90 % de taxation. Un taux si élevé qu'il pourrait être jugé confiscatoire par le Conseil constitutionnel, selon les experts. Cette mesure ressemble à une des propositions de campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2022. L'institut Montaigne avait alors estimé qu'elle ferait bondir les recettes de l'impôt sur le revenu d'environ 4,7 milliards d'euros. Mais quel serait le consentement à l'impôt, alors que la France affiche déjà l'un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés de l'OCDE ? « Un accroissement des impôts toutes choses égales par ailleurs nuit mécaniquement à la croissance économique et à la création de richesse » , rappelle l'institut Montaigne.

Rendre progressive la CSG

Alourdir l'impôt sur le revenu ne suffit pas. Le NFP veut aussi rendre la contribution sociale généralisée (CSG) progressive. La CSG est prélevée directement sur les salaires, les revenus du capital, les allocations chômage et les pensions de retraite pour financer la protection sociale. Pour les salariés, son taux, fixé à 9,2 %, est le même pour tous. Les retraités sont, eux, taxés selon quatre taux variables selon leurs ressources : un taux zéro pour les plus modestes (revenu inférieur à 12 200 euros annuels pour un célibataire), un taux réduit (3,8 %), un taux médian (6,6 %) ainsi qu'un taux plein (8,3 %) pour les plus aisés. Le NFP propose de rendre la CSG « progressive » pour tous, sans donner plus de détail sur la délimitation des nouvelles tranches. Mais comme pour l'impôt sur le revenu, il s'agit de taxer davantage les plus hauts revenus. Cela reviendrait à augmenter le taux de prélèvements obligatoires. Durant la campagne, Gabriel Attal avait souligné qu'une telle mesure réduirait le montant des pensions de certains retraités. Selon le simulateur mis en place par l'équipe du premier ministre, un retraité gagnant 1 200 euros par mois perdrait près de 800 euros par an. Le chef de file socialiste Olivier Faure avait juré que cette mesure ne coûterait rien au « petit retraité » , mais reconnu que « ceux qui ont plus » paieraient plus.

Alourdir les droits de succession

La coalition de gauche veut instaurer un « impôt sur les successions dorées » , pour rendre « l'impôt sur l'héritage plus progressif » et cibler « les plus hauts patrimoines ». En outre, l'alliance reprend l'idée d'instaurer un héritage maximum, formulée par Jean-Luc Mélenchon pendant la présidentielle de 2022. « Au-delà de 12millions, je prends tout » , avait avancé le Lider Maximo des Insoumis. Ces deux mesures fiscales devraient rapporter 17 milliards d'euros par an, selon les documents de campagne du NFP. « On distingue dans le programme économique de la gauche une stratégie globale qui vise à faire reposer le financement de son projet par une fiscalité forte sur les grandes entreprises et les grandes fortunes » , analyse Lisa Thomas-Darbois, directrice adjointe des études France de l'Institut Montaigne. Une stratégie « porteuse de beaucoup d'incertitudes » pour les finances publiques, selon elle : « On ne peut jamais maîtriser les comportements des contribuables qui peuvent s'adapter aux réformes et faire ainsi baisser l'assiette fiscale. Une stratégie budgétaire basée sur les recettes peut aussi être soumise aux aléas de conjoncture. »

Rétablir l'ISF et le renforcer d'un volet climatique

Le NFP veut « rétablir un impôt de solidarité sur la fortune (ISF) renforcé avec un volet climatique ». En 2022, la Nupes défendait une proposition similaire, créant une taxe sur les patrimoines supérieurs à 2 millions d'euros, avec un bonus-malus selon l'impact des actifs financiers et immobiliers sur le climat. Selon les estimations du NFP, cette mesure devrait rapporter près de 15 milliards d'euros. « Cela semble correspondre à des recettes très optimistes,estime le chef économiste du cabinet Asterès, Sylvain Bersinger. Par exemple, l'ISF, avant son remplacement en IFI par Emmanuel Macron, rapportait environ 6milliards d'euros par an. L'ajout d'une composante climatique ajouterait 9milliards d'euros de recettes, sans qu'aucune précision n'ait été apportée à ce chiffre. » Sans compter que les plus aisés, qui constituent la base la plus « mobile » de l'assiette fiscale, pourraient développer des stratégies d'évitement (optimisation, exil fiscal...), rendant la mesure moins rentable pour les comptes publics.

Taxer les « superprofits » des entreprises

Les entreprises ne sont pas oubliées par le bloc de gauche. Le programme du NFP propose de taxer les superprofits au niveau européen. Cette mesure rejoint une proposition de loi portée par la Nupes en 2022, visant l'instauration d'une contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises au-delà d'un seuil. L'Institut des politiques publiques (IPP) a chiffré le rendement que pourrait générer cette taxe à 15 milliards d'euros minimum. « Ce chiffrage, repris par le NFP, est néanmoins entouré de fortes incertitudes, comme l'illustre l'écart entre le chiffrage par l'IPP des deux contributions exceptionnelles sur les bénéfices des énergéticiens adoptées en France en 2023 et les recettes effectivement générées » , note l'Institut Montaigne. En effet, en plus de la difficulté de faire passer une mesure qui, par définition, devra être approuvée par les Parlements français et européen, le rendement d'une telle taxe reste incertain. De la contribution sur la rente inframarginale de la production d'électricité (Crim) - une taxe sur les superprofits déjà mise en place -, le gouvernement Macron espérait environ 12 milliards d'euros en 2022. Elle n'a rapporté que 625 millions, selon les calculs de l'IPP. Selon les propos tenus pendant la campagne, le NFP envisagerait d'étendre cette taxe sur les superprofits, au-delà des énergies, aux secteurs de l'agro-industrie et de la grande distribution. Comme toute augmentation d'impôts sur les entreprises, cette mesure pourrait avoir des effets délétères sur l'investissement et la croissance.

Bloquer les prix des produits et services de première nécessité

Parmi les mesures « d'urgence » avancées par NFP, on retrouve en tête de liste le blocage des prix des biens de première nécessité dans l'alimentation, l'énergie et les carburants. La proposition figurait dans le programme de la Nupes en 2022. Si celle-ci vise à protéger le pouvoir d'achat des ménages à court terme, elle est loin de faire l'unanimité parmi les économistes. La principale critique porte sur le risque de pénuries qu'elle risquerait d'engendrer. «L'État peut interdire à une entreprise d'augmenter ses prix, mais il ne peut pas l'obliger de travailler à perte, ce qui impliquerait une baisse de production et donc des pénuries», alerte le cabinet Asterès. «Nous referons une politique de stocks et une politique de régulation des prix agricoles, qui permettront d'éviter les pénuries alimentaires», assure la députée Insoumise Aurélie Trouvé. Pour éviter l'écueil des pénuries, l'État pourrait être forcé de compenser les pertes des industriels, affirment des économistes. Dans ce cas, la facture risque d'être salée. Le blocage des prix coûterait près de 20 milliards d'euros, affirme le cabinet de Bruno Le Maire. Le bloc de gauche soutient, lui, que la mesure pèsera uniquement sur les entreprises, incitées à réduire leurs marges. Quoi qu'il en soit, cette mesure profiterait à tous les Français... et même davantage aux plus riches, selon d'Asterès.

Augmenter immédiatement le smic à 1 600 euros net

Pour tenter de rallier le vote des ouvriers et des employés, le NFP a annoncé le passage du smic à 2 000 euros brut (1 600 euros net) - soit un « coup de pouce » de 200 euros par rapport au niveau actuel. À peine annoncée, la mesure a provoqué une levée de boucliers. D'une part, son coût - 19 milliards par an selon l'Institut Montaigne - serait insupportable pour les finances publiques. D'autre part, cela mettrait des millions d'entreprises dans une situation économique intenable, particulièrement en cette période de ralentissement économique et de coût élevé du crédit. « La hausse des salaires reviendrait à creuser encore plus le déficit commercial tout en attisant l'inflation » , ajoute Sylvain Bersinger, chef économiste chez Asterès. En outre, elle ne réglerait pas la question de la pauvreté chez les salariés. «La quantité de travail et la situation familiale sont les facteurs premiers de la pauvreté laborieuse, avant le salaire horaire» ,explique Gilbert Cette, ancien président du groupe d'experts du smic, dans son livre Travailleur (mais) pauvre.Il rappelle que la France est le pays où le salaire minimum est le plus élevé proportionnellement au revenu médian. Pis, si elle était mise en place, cette hausse ne ferait que renforcer le tassement des grilles. Un phénomène à l'origine du sentiment de déclassement de millions d'employés. À cela s'ajoute la volonté de revaloriser de 10 % le point d'indice des fonctionnaires et l'indexation des rémunérations sur les prix, une mesure pourtant supprimée par la gauche en 1983.

Réduire le temps de travail à 35 heures effectives, voire 32

Le NFP promet le «rétablissement de la durée effective hebdomadaire du travail à 35heures» et le «passage aux 32 heures dans les métiers pénibles ou de nuit immédiatement».Un virage à 180 degrés par rapport à la politique menée par Emmanuel Macron. À peine arrivé à l'Élysée, il avait rétabli la défiscalisation et l'exonération de cotisations sociales pour les heures supplémentaires. Le chef de l'État se plaçait dans les pas de Nicolas Sarkozy, qui avait déjà fait un pas dans ce sens, avant que François Hollande (aujourd'hui rallié au NFP) ne revienne dessus. Alors que la plupart de nos voisins européens pratiquent plutôt la semaine de 39 heures, voire plus, le retour aux strictes 35 heures, voire aux 32 heures, serait un handicap supplémentaire pour la compétitivité des entreprises. « Baisser le temps de travail aggraverait les difficultés de recrutement», souligne Sylvain Bersinger, chef économiste chez Asterès. « L'instauration des 32heures pour certains métiers relève de l'utopie la plus dangereuse car ne tenant aucun compte de la réalité», a réagi l'organisation patronale des petites et moyennes entreprises (CPME).

Abroger la réforme des retraites

Mesure emblématique de son projet de retour en arrière, le NFP prévoit d'abroger immédiatement les décrets d'application de la réforme d'Emmanuel Macron, qui a fait passer l'âge de la retraite à 64 ans. « Une grande conférence avec les partenaires sociaux » serait ensuite organisée pour déterminer « des conditions du retour de l'âge légal à 60ans et du nombre d'annuités associées ». Pour la financer, le NFP veut instaurer « une surcotisation sur les hauts salaires » et « mettre à contribution les revenus qui échappent à la cotisation comme les dividendes, les rachats d'action, l'intéressement ou la participation ». Le NFP veut aussi revaloriser le minimum vieillesse. Pour les petites pensions, il souhaite augmenter le minimum contributif au niveau du smic pour des carrières complètes. Enfin, les années de RSA seraient comptabilisées pour la retraite comme des années cotisées. Au total, tous ces éléments représentent « un coût annuel de l'ordre de 58milliards d'euros par an à horizon 2027 » , estime l'Institut Montaigne. ET T.E. ET M.-C. R. ET J. R. P.

Le Monde
Idées, mercredi 10 juillet 2024 915 mots, p. 24
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Stéphane Séjourné Le Nouveau Front populaire n’est pas au-dessus de la démocratie parlementaire

Le secrétaire général de Renaissance demande aux leaders de la gauche républicaine – sans La France insoumise –, aux indépendants et aux Républicains de chercher, par le dialogue et le compromis, un gouvernement et une feuille de route à la France

Stéphane Séjourné

Les résultats des élections législatives ont produit une situation inédite dans l’histoire de la Ve République : au lendemain du scrutin, aucune majorité claire ne se dégage pour notre pays.

Malgré la confusion qui règne, les électeurs ont été clairs sur trois points. Premièrement, ils ont décidé que le bloc d’extrême droite était disqualifié pour gouverner. Non seulement il finit troisième, mais les électeurs se sont massivement mobilisés pour lui faire barrage. Je note d’ailleurs qu’eux-mêmes ne prétendent pas désormais à autre chose qu’à l’opposition.

Deuxièmement, aucun des trois blocs arrivés en tête ne peut gouverner seul. Il n’y a pas de mandat populaire pour l’application intégrale d’un programme de gouvernement de l’un des trois blocs. Cela vaut pour Ensemble pour la République comme pour le Nouveau Front populaire, tous deux à plus de 100 sièges de la majorité absolue.

Troisièmement, pour donner un gouvernement à la France, il faudra que les forces politiques hier adverses entament des discussions pour former une majorité de projets. Cet objectif implique que chaque force politique pose ses conditions mais aussi accepte celles de ses concurrents. C’est le principe même de la coalition parlementaire et le quotidien de la quasi-totalité des démocraties européennes.

Etre réaliste

Pourtant, depuis dimanche, le Nouveau Front populaire fonce tête baissée, comme si aucune de ces réalités démocratiques n’existait. Ils veulent appliquer leur programme comme s’ils avaient une majorité pour le faire. Ils prétendent désigner le premier ministre, comme si celui-ci avait, de manière automatique, le soutien de la majorité de l’Hémicycle sans discussion préalable sur sa feuille de route ou ses priorités. Ils évoquent même des 49.3 d’abrogation et une gouvernance par décrets.

Les mêmes qui conspuaient « la minorité présidentielle » de 250 sièges en 2022 sont aujourd’hui les premiers à prétendre disposer de tous les pouvoirs avec 182 sièges seulement ! Le Nouveau Front populaire n’est pas au-dessus de la démocratie parlementaire.

Imagine-t-on une seconde le social-démocrate Olaf Scholz, le soir de l’élection de ses 207 députés sur les 700 du Bundestag, faire comme si les autres forces politiques n’existaient pas ? Dans quelle démocratie la coalition arrivée en tête prétend gouverner avec un tiers des sièges de son Parlement ? Dans quelle pensée magique s’est enfermée la gauche pour croire posséder un droit absolu de dicter le tempo de la démocratie française ?

Soyons clairs, je ne conteste pas la possibilité pour la gauche républicaine de gouverner ou de participer à un gouvernement. Mais à 100 sièges de la majorité absolue, à 14 sièges d’écart avec le bloc central (qui est plus large que EELV et le PS réunis), il faut être réaliste.

En Europe, cette règle s’applique à tous les camps. Les gouvernements socialistes comme celui de Pedro Sanchez tout comme les coalitions allant de la droite à l’extrême droite n’ont jamais prétendu gouverner sans majorité.

Regardons nos amis polonais ! Quatre forces politiques concurrentes – de gauche, du centre et de droite – ont gagné en 2023 contre l’extrême droite. Aucune d’elles n’a prétendu gouverner seule. Aujourd’hui, le gouvernement démocrate de Donald Tusk est composé de ces quatre forces.

Tout faire pour réussir

Le bloc central est prêt à discuter avec tous les membres de l’arc républicain – des écologistes aux Républicains. Nos conditions préalables doivent être affinées, mais nos lignes rouges sont connues : soutien à l’Europe et à l’Ukraine, aucune compromission sur la laïcité et la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, accélération de la transition écologique, la sécurité comme priorité gouvernementale, et le maintien de la politique d’attractivité économique. Cela exclut nécessairement Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise de l’équation gouvernementale.

Mais, aujourd’hui, aucune porte ne s’est ouverte. Le Nouveau Front populaire pense qu’il gagnera la bataille de l’opinion et forcera nos élus à ne pas censurer son gouvernement. C’est oublier que nos électeurs leur ont donné leurs voix pour empêcher les extrêmes de gouverner. C’est oublier que les Français attendent un comportement responsable et exemplaire de leurs représentants. C’est oublier que le bloc central a réuni des millions de votants dès le premier tour sur une base programmatique claire qui doit être représentée. C’est oublier, enfin, que la démocratie parlementaire a ses règles et que ceux qui la bafouent s’en relèvent rarement.

Je le dis aussi aux leaders de la gauche républicaine comme aux indépendants et aux Républicains : un autre chemin est possible. Un chemin où, par le dialogue et le compromis, nous pouvons donner un gouvernement et une feuille de route à la France.

Peut-être que nous n’y arriverons pas, peut-être que nos divergences sont trop fortes, mais la France vaut bien cet effort. Nous devrons tout faire pour réussir.

Il faut que chacun le comprenne : nous ne sommes plus en campagne. Il ne s’agit plus d’unir son camp, mais bien de s’unir dans l’intérêt des Français.

Libération
mercredi 10 juillet 2024 763 mots, p. 5

autre

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9 juillet 2024 - Libération (site web)

Entre coalition et indépendance, les LR balancent

Victor Boiteau

autre

En pleine lutte pour la présidence de leur groupe parlementaire, les élus de droite peinent à choisir entre rester libres et s’allier aux macronistes.

A ssemblée nationale en fusion, deuxième jour. Après une rentrée perlée lundi, un gros morceau des élus de la XVIIe législature a pris ses quartiers au Palais-Bourbon mardi. Dont le gros des troupes Les Républicains, revenues de la dissolution essorées mais moins déplumées que les plus pessimistes ne le craignaient. Réélus sur leurs noms, leur ancrage local et par la grâce des désistements de leurs adversaires de gauche ou macronistes, les députés LR sont au moins raccord sur un point : l’obstacle à dresser face à un hypothétique gouvernement de gauche (lire page 6). Consensus a minima, car personne ne s’aligne sur la meilleure recette pour se dépatouiller de la bouillabaisse parlementaire issue de la dissolution… Réélu dans le Rhône, Alexandre Portier résume l’état d’esprit général : «Le pays est majoritairement à droite et on filerait les clés du camion à la gauche ?» «Contre nature». Reste à trouver la méthode. Alors que les leaders du Nouveau Front populaire s’affairent pour proposer un Premier ministre et que les macronistes cogitent sur les «axes programmatiques» d’une hypothétique coalition, la frange des LR opposés à Eric Ciotti et son alliance avec l’extrême droite s’interroge sur son futur rôle. Copilotes d’une coalition avec les macronistes, les centristes, voire certains socialistes ou écologistes ? Partisans d’une intransigeante ligne d’indépendance ? Ou soutiens ponctuels de tel ou tel texte ? Tous pendus au téléphone, sautant d’une salle de réunion aux formalités administratives à remplir, se perdent en hypothèses… Une situation rendue plus complexe par l’élection du président de groupe, dont le profil collera à la ligne arrêtée. Et qui doit avoir lieu à la hussarde, dès ce mercredi.

Discrètement, sans lâcher un mot devant les caméras, Laurent Wauquiez est entré à l’Assemblée dans la matinée, accompagné de son épouse. En pole position pour diriger le groupe, l’élu de Haute- Loire a joué la montre, espérant un vote dès le lendemain de son arrivée. Trop tôt, râlent certains, alors que les députés ont jusqu’au 18 juillet pour s’enregistrer auprès d’un groupe. Dimanche soir, l’ancien ministre de François Fillon a illico fixé une ligne : «Ni coalition ni compromission.» Et dénoncé «la tentation des tractations, des combinaisons, pour échafauder des majorités contre nature». Le cowboy du Puy-en-Velay a-t-il tiré trop vite ? Plusieurs députés LR croisés à l’Assemblée le laissent entendre, dont Aurélien Pradié, pour qui «il ne peut y avoir comme perspective qu’une cohabitation complexe, plurielle. […] Les seuls qui ont la clé sont ceux qui porteront de l’indépendance». L’élu du Lot laisse planer le doute sur une candidature face à Wauquiez, voire carrément la création autonome d’une boutique parlementaire. «J’ai choisi l’indépendance. Il n’y aura plus de groupe LR», assène-t-il seulement, enterrant, comme ses collègues, la marque créée par Nicolas Sarkozy en 2015.

«Rincés». En milieu d’aprèsmidi, une réunion informelle, convoquée par le benjamin Antoine Vermorel et le doyen Michel Herbillon, a permis une première prise de température collective. Un simple «débrief» de la campagne, dixit Annie Genevard, élue dans le Doubs et patronne par intérim du parti. «La bataille a été rude, constate une conseillère LR. Les élus arrivent rincés… Si on pouvait ne pas se diviser, ça serait bien !» Un voeu pieux ? Avant même la première réunion officielle du groupe, calée ce mercredi matin, chacun a multiplié les coups de téléphone pour convaincre, rallier ou infléchir la position de chaque collègue.

Elu sans candidat macroniste face à lui, Philippe Juvin plaide pour une coalition. «On doit proposer à Emmanuel Macron quelqu’un de chez nous pour Matignon, avec une plateforme, quelques sujets communs. Quelle est l’alternative ? On ne va pas aller avec le RN… Il faut réunir les gens qui ont pour point commun de faire obstacle à la gauche.» Le député des Hauts-de- Seine évoque une «course de vitesse» contre à la gauche unie. «Il faudrait prendre une décision vite. Il y a plein d’histoires de siestes non pas salvatrices mais destructrices. Napoléon dormait pendant Waterloo…» Même les plus raides à l’idée de bosser avec des macronistes, à l’image d’Olivier Marleix, ex-chef du groupe parlementaire, semblent desserrer la bride. «Macron n’a jamais proposé qu’une fusion-absorption, relève ainsi Raphaël Schellenberger, élu du Haut-Rhin. Là, on ne discute plus avec Macron. C’est une coalition de cohabitation.» Fastoche.

Libération
mercredi 10 juillet 2024 361 mots, p. 2

Événement

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9 juillet 2024 - Libération (site web)
10 juillet 2024 - MSN (France) (site web réf.)

Liaisons dangereuses

Paul Quinio

Événement

Un dîner. Un rendez-vous. Un deuxième dîner. Puis un autre. Un autre rendez-vous aussi, dans l’après-midi cette fois. Peut-être d’autres encore… Où ça ? A Paris, chez Thierry Solère, ancien député LR, proche d’Edouard Philippe, entré en même temps que l’ancien Premier ministre en macronie, avant de devenir conseiller politique à l’Elysée. Un «agent de liaison» comme on dit pour ne pas dire agent trouble, comme il y en a tant dans les allées du pouvoir. Et justement, les dîners et rendez-vous dont Libération révèle l’existence sont pour le moins troubles, puisque l’on parle de rencontres secrètes organisées chez Thierry Solère entre Marine Le Pen, Jordan Bardella et des représentants éminents de la majorité présidentielle : Edouard Philippe donc, mais aussi Sébastien Lecornu, ministre des Armées. Les intéressés soit démentent, soit avancent de façon un peu courte qu’il faut fréquenter ses adversaires pour mieux les combattre. On attend avec impatience des explications plus convaincantes tant nos révélations laissent planer le doute sur les liaisons dangereuses entretenues entre les deux leaders de l’extrême droite et ces ténors, issus de la droite, proches d’Emmanuel Macron. La dernière fois que Bardella a été vu dans la discrète rue du IXe arrondissement où réside Thierry Solère remonte ainsi au 12 juin, soit trois jours après la dissolution annoncée par le chef de l’Etat suite à la vague RN des européennes. Sans connaître précisément le menu de ces rencontres, elles appellent d’ores et déjà une remarque et une question. La remarque : c’est que de tels rendez-vous ne peuvent être interprétés que comme une compromission avec l’extrême droite, des petits cailloux supplémentaires en tout cas sur le chemin de la dédiabolisation du RN. La question : le chef de l’Etat était-il au courant de ces initiatives, notamment celles de son ministre des Armées ? L’Elysée dément et avance que Thierry Solère n’était plus conseiller du Président. Il était tout de même au palais le soir du premier tour pour analyser avec des proches du chef de l’Etat les résultats… Pour un agent trouble soi-disant en disgrâce, il y a mieux.•

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mercredi 10 juillet 2024 357 mots, p. AUJM2
Aussi paru dans
10 juillet 2024 - Le Parisien

Ministre ou député, il va falloir choisir

Le président de la République fait face à une contrainte de temps pour le choix du futur Premier ministre : la répartition des postes clés à l'Assemblée que pourraient briguer des ministres sortants.

Ludwig Gallet

Pendant que la gauche phosphore sur le choix d'un potentiel Premier ministre, les macronistes se demandent combien de temps le petit jeu du gouvernement pas encore démissionnaire va encore durer. Lundi, Gabriel Attal a présenté sa démission à Emmanuel Macron. Refus présidentiel. De fait, le chef du gouvernement et les ministres conservent l'ensemble de leurs prérogatives. Mais jusqu'à quand ? « S'il s'agit d'attendre le temps des Jeux olympiques, je pense que c'est une bonne décision, lançait lundi le socialiste Marc Pena. Tant que ça ne dure pas trop longtemps... »

Le président de la République risque en effet de devoir vite trancher, avant l'attribution des postes clés à l'Assemblée nationale. Selon un membre du gouvernement, « ça va obliger Macron à acter la démission du gouvernement avant le 18 juillet », jour où

la composition de l'hémicycle sera définitivement déterminée. Ensuite pourront démarrer les séances publiques de cette XVII e législature de l'Assemblée nationale, pour élire le président de l'Assemblée, les vice-présidents, le questeur ou encore désigner les présidents de groupe.

Ces fonctions pourraient intéresser plus d'un ministre. « Pour le moment, Gabriel Attal s'enquiert du moral des troupes, mais il voudra jouer un rôle. Est-ce que ce sera la présidence du groupe ? Le parti ? » raconte un proche du Premier ministre. Ces fonctions, aussi, pourraient très bien intéresser Gérald Darmanin ou Aurore Bergé.

Le ministre de l'Intérieur s'est montré très offensif depuis sa réélection dans le Nord dimanche, enchaînant un déjeuner avec une trentaine de députés, affirmant son rattachement au groupe Renaissance, et débarquant dès lundi à l'Assemblée nationale.

Tant qu'ils seront ministres, ces personnalités ne pourront prétendre à de telles fonctions ni voter. Et les voix des 17 membres du gouvernement élus députés promettent de valoir très cher alors que chaque bloc (NFP, Ensemble et RN) essaie de s'imposer. Inutile de chercher à compter sur les suppléants des ministres, puisque ces derniers ne pourront pas leur succéder avant un délai d'un mois.

La Croix, no. 42966
Événement, mercredi 10 juillet 2024 474 mots, p. 4,5

« Je fais de la politique par la preuve »

Fanny Magdelaine

Denain (Nord)

De notre correspondante régionale

La maire socialiste de Denain, fait bien la différence entre les élus et les électeurs du Rassemblement national. Elle combat les premiers, en particulier le député sortant de sa circonscription Sébastien Chenu, réélu dès le premier tour avec 58,32 % des voix. C’est contre lui qu’elle avait gardé la mairie en mars 2020. « Je ne travaille pas avec lui, je ne partage rien de son ADN.» Pour l’élue de 54 ans, « le RN promet tout et ne fera rien, il ne prospère que sur des situations difficiles et n’a aucun intérêt à ce que ça aille mieux, souligne-t-elle. Moi, je fais de la politique par la preuve : ce que je promets, je le fais ».

Pour les électeurs, la principale du collège Madame-d’Épinay d’Aulnoy-lez-Valenciennes est plus déterminée que jamais « à faire au mieux ». « J’ai 47 % de Denaisiens qui n’ont pas voté RN et les 53 % autres ne sont pas tous racistes, loin de là.Mais ces personnes expriment un mal-être. » Pour y répondre, la maire de l’une des communes les plus pauvres du Nord a deux priorités : « Aider les gens qui en ont besoin par des coups de pouce au pouvoir d’achat sans monter les pauvres contre les très pauvres, comme le fait le RN, et remettre de l’ordre. » Chèque de 50 € à toutes les familles, petits-déjeuners et fournitures solaires gratuits, passe senior pour aller au ciné… Ces avantages ne sont pas soumis à conditions de ressources. « Très peu de Denaisiens paient l’impôt sur la fortune, s’amuse l’élue. Et il faut faire attention à ceux qui ont de petits salaires et en ont assez de ne pas avoir droit à telle ou telle aide, cela alimente les haines.»

Celle qui se voit comme « un hussard noir de la République » – et qui expérimentera à la rentrée prochaine dans sa ville l’uniforme à l’école – entend la demande de sécurité de ses concitoyens : « Il y a un an, ma ville a été saccagée par des jeunes qui n’ont pas été jugés du fait de leur minorité, et le résultat s’est vu dans l’urne, croyez-moi ! Et même si je dis à mes concitoyens que le RN ne fera rien ou pas mieux, on me répond qu’on verra bien…», lance celle qui a créé une police municipale dans sa ville et développé les caméras de sécurité. La ville compte mettre en place «une équipe administrative municipale pour responsabiliser les propriétaires dont les locataires posent problème et embêtent leurs voisins ». La municipalité a les yeux rivés sur les festivités du 14-Juillet, «avec beaucoup de monde et de bonne humeur». Anne-Lise Dufour-Tonini espère que la France sera à la hauteur des JO : « Le reste du monde nous regarde ! »

Le Figaro, no. 24845
Le Figaro, mercredi 10 juillet 2024 872 mots, p. 7

Politique

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9 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Financement des partis : le RN grand gagnant, la macronie amputée de millions d'euros

Les subventions versées aux mouvements politiques dépendent essentiellement du résultat des élections législatives.

Lagrave, Martin

Au lendemain des législatives, les états-majors et surtout les trésoriers des partis politiques sont déjà tournés vers 2025. En se rendant aux urnes, les 30 juin et 7 juillet, les électeurs n'ont pas seulement déterminé les nouveaux rapports de force au sein de l'Hémicycle. Ils ont aussi grandement modifié le montant des subventions publiques accordées aux partis politiques.

La règle est claire : au premier tour, dès lors qu'un parti récolte au moins 1 % des suffrages dans 50 circonscriptions, chaque voix lui rapporte environ 1,10 euro (montant variable en fonction de la participation), et ce, de manière fixe tous les ans. Puis, une fois le second tour passé, chaque parlementaire élu - député ou et sénateur - débloque l'autre volet d'un montant de plus de 37 000 euros par élu et par an jusqu'au prochain renouvellement. Une manne financière qui s'élève à 66 millions d'euros pour l'année 2024.

Le grand gagnant de ce redécoupage budgétaire anticipé est sans conteste le Rassemblement national (RN), même si le pactole du parti à la flamme est bien moins élevé qu'espéré. Avec près de 9,4 millions de suffrages récoltés le 30 juin, le RN devrait recevoir toutefois plus de 10,3 millions d'euros du financement public au titre de la première fraction. La déception du second tour, avec « seulement » 124 députés élus, liée aux plusieurs centaines de désistements du « front républicain » , a contraint les cadres du RN à revoir leurs projections financières. Le contingent d'élus ajoute néanmoins environ 4,5 millions d'euros à la caisse - contre 9 millions envisagés - portant l'enveloppe totale à près de 15 millions d'euros par an. Le parti de Jordan Bardella, qui ne comptait que 2 députés en 2017, est désormais le plus grand bénéficiaire des subventions publiques.

Pour la coalition Ensemble, c'est la déconfiture. Renaissance et ses alliés (MoDem et Horizons), qui se partageaient près de 19,5 millions d'euros par an depuis 2022, vont perdre gros. Amputés d'une centaine de députés, les trois partis du camp Macron ont certes récolté plus de voix qu'en 2022 - du fait d'une participation record - mais un pourcentage moindre : 20 % des suffrages exprimés contre plus de 25 % en 2022. Pour l'année 2025, Renaissance et le MoDem se partageront donc environ 12 millions d'euros. Les trésoriers des deux formations étudieront dans les prochains jours les voix récoltées par chacun des deux partis pour répartir équitablement la dotation. Horizons, qui est cette fois, parti sous ses propres couleurs, percevra 2 millions d'euros.

Pénalités pour non-respect de la parité

Pour la coalition des gauches, si l'enveloppe globale devrait rester similaire - 16 millions d'euros en 2022 contre 16,7 millions prévus en 2025 - le changement du rapport de force interne modifie aussi la donne financièrement. Ainsi, si LFI revendique pour l'heure 78 députés, ce chiffre devrait diminuer d'ici le 18 juillet - date limite pour constituer les groupes parlementaires - notamment avec le départ des « frondeurs » comme François Ruffin, Alexis Corbière ou encore Clémentine Autain. Le Parti socialiste devrait au contraire, élargir son groupe grâce au possible rattachement de députés « divers gauche ». Le parti à la rose juge même crédible de doubler les Insoumis et devenir la première force de gauche dans l'Hémicycle. Là encore, les argentiers des formations du Nouveau Front populaire sont d'ores et déjà en train d'évaluer les voix récoltées par leurs candidats respectifs pour estimer leur part du gâteau.

Pour les Républicains (LR), la situation financière se dégrade mais la catastrophe est évitée, notamment grâce au « front républicain ». En 2022, le parti pouvait compter sur près 4,5 millions d'euros grâce à son score des législatives et ses 62 députés. Toutefois, le parti d'Éric Ciotti perdait 1 290 000 d'euros chaque année pour non-respect de la parité lors des élections. Ces législatives anticipées auraient pu très sévèrement affaiblir le parti, notamment à cause de la concurrence des troupes ciottistes alliées au RN. Finalement, les désistements massifs de candidats lors du second tour ont grandement profité aux Républicains. En plus des 2 millions de voix recueillies au premier tour, le parti compte plus d'une cinquantaine de députés. En 2025, la formation de Laurent Wauquiez devrait toucher 4,3 millions d'euros (hors pénalité) et pourra aussi compter sur son grand nombre de sénateurs (133) pour récupérer près de 5 millions d'euros supplémentaires.

L'agitation de deux campagnes menées successivement s'estompant peu à peu, les partis vont désormais pouvoir se tourner vers la prochaine échéance majeure : l'élection présidentielle de 2027. Les décisions d'Édouard Philippe ou encore d'Éric Ciotti d'avoir mené une campagne sous leur propre bannière attestent de cette volonté d'indépendance financière. Une manière d'aborder plus sereinement le coût faramineux d'une éventuelle campagne élyséenne, souvent autour d'une quinzaine de millions d'euros rien que pour le premier tour. ML

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mercredi 10 juillet 2024 1066 mots, p. AUJM2
Aussi paru dans
9 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
10 juillet 2024 - Le Parisien

Sous pression, Macron temporise

Alors que le NFP peine à tomber d'accord pour proposer un nom pour Matignon, le chef de l'État gagne du temps dans l'espoir qu'une coalition prenne forme autour du bloc central.

Olivier Beaumont et Ludwig Gallet

Calme et sûr de lui, Emmanuel Macron assène devant des responsables de la majorité cette recommandation censée trahir son humeur du moment : « Il faut faire preuve d'unité, de concorde et de fidélité à l'esprit des institutions », lâche-t-il ce mardi depuis l'Élysée. Traduction d'un de ses interlocuteurs, au moment où le Nouveau Front populaire le met en garde « solennellement » contre le maintien prolongé de Gabriel Attal à Matignon : « L'esprit de la Constitution, c'est que c'est le président qui nomme le Premier ministre. Et pas l'inverse. Donc, il fait les choses dans l'ordre. »

Au moment de s'envoler pour quarante-huit heures au sommet de l'Otan à Washington (États-Unis), le chef de l'État n'a toujours rien dévoilé de ses plans pour la suite. Trois jours après le second tour des élections législatives où la majorité sortante se retrouve en lambeaux, il ne s'est même pas encore publiquement exprimé. Et semble au contraire bien déterminé à ne pas se précipiter, tout maître des horloges qu'il tente de rester malgré une position de plus en plus fragilisée à la tête du pays. Ce qui lui vaut ce commentaire acerbe du député Renaissance Ludovic Mendès (Moselle), ce mardi en réunion de groupe : « Quand il doit parler, on ne l'entend pas. Et quand il doit se taire, il parle. »

Et tant pis si ses adversaires à gauche, qui revendiquent la victoire, le pressent de laisser la place libre pour former un nouveau gouvernement. « C'est parfois bon de consulter les livres d'histoire. Au moment du Front populaire, en 1936, l'élection avait eu lieu un 3 mai... mais Léon Blum n'avait été nommé président du Conseil que le 4 juin », relève non sans ironie un proche du président, précisant qu'« il faut toujours prendre le temps avec les institutions ».

Des sujets consensuels et rassembleurs

Du temps, l'hôte de l'Élysée compte en prendre, quelques jours encore. D'abord pour voir comment la gauche va se sortir de ses divisions. Pour laisser aussi les discussions se poursuivre à l'intérieur du bloc central, afin de constituer un hypothétique gouvernement de coalition qui irait des Républicains à des députés divers gauche.

Encore ce mardi, les téléphones ont chauffé toute la journée, les réunions se sont multipliées. De l'Élysée à Matignon, en passant par le siège de Renaissance. Rue du Rocher (VIII e), en milieu d'après-midi, c'est d'ailleurs de là que les cerveaux macronistes ont planché pour tenter d'échafauder un texte visant à fixer, selon un participant, « les grands principes d'une coalition, pour donner une capacité minimale d'action ». Il a abouti sur des objectifs, des propositions plutôt que des lignes rouges.

« L'idée, c'est de mettre des gros sujets qui parlent à tout le monde, comme des solutions pour augmenter le pouvoir d'achat par le travail, refuser toute augmentation d'impôts, tenir l'ordre républicain, réformer la justice ou porter l'égalité hommes-femmes », raconte un autre. Ce texte pourrait servir de base de discussion programmatique, au-delà des rives macronistes.

À droite, pour le moment, les discussions restent bloquées malgré quelques volontés individuelles de travailler dans un gouvernement élargi. Ce mardi matin sur France Inter, l'ex-présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a réitéré son appel du pied pour une « autre force politique alternative » à la gauche, avec « les centristes, l'UDI et les Républicains », « jusqu'aux sociodémocrates, avec les socialistes et les écologistes ».

Mais attention, « c'est le dernier inventaire avant liquidation » a prévenu Gérald Darmanin en réunion de groupe, favorable, pour sa part, à un rapprochement essentiellement avec les LR, et surtout pas avec des écolos : « Hors de question de travailler avec des LFI, mais aussi avec Marine Tondelier et ceux qui ne s'affranchissent pas du gauchisme. »

Les LR prêts à gouverner

Résultat, à ce stade, la coalition version bloc central patine sévèrement. Invité mardi soir du 20 Heures de TF 1, Édouard Philippe a cependant esquissé une piste en signe de bonne volonté : ne pas exclure qu'un LR soit nommé Premier ministre, mais pas sur la constitution d'une coalition, plutôt d'un simple « accord technique », afin de gérer a minima le pays pendant un an. « Il y a un bloc au centre qui, avec des LR, fait 220 députés dans son ensemble. C'est plus que le NFP », assure le maire du Havre.

Un peu plus tôt dans la journée, Olivier Marleix, ex-chef du groupe les Républicains à l'Assemblée, ou encore Xavier Bertrand, ont émis cette même idée. « De toute façon, les Français ont besoin d'une respiration après sept ans de macronisme. Donc le futur chef de gouvernement ne peut pas venir de chez nous », assène un lieutenant philippiste. Et ce proche du chef de l'État de mettre, à dessein, la pression sur les LR : « Si la droite ne vient pas, elle va précipiter le pays dans les bras du NFP. »

Inévitablement, les lignes vont encore bouger. Selon nos informations, Emmanuel Macron s'est cependant fixé une échéance : le 18 juillet, et la nomination du futur, ou de la future, président(e) de l'Assemblée nationale. « Si un membre du Nouveau Front populaire monte au perchoir, cela voudra forcément dire que la majorité dans l'hémicycle est chez eux. Le président les appellera pour former un gouvernement. Si au contraire, dans le cadre de ce vote à bulletins secrets, c'est une figure du bloc central qui est élue, alors il en tirera les mêmes conclusions », glisse un de ses stratèges.

Attal libéré le 17 juillet ?

Pour ne pas brider les ministres élus dimanche de pouvoir siéger à l'Assemblée, le président de la République pourrait également procéder, au plus tard le 17, à la démission du gouvernement Attal. Manière de laisser libre l'actuel Premier ministre, tout comme Gérald Darmanin, de livrer bataille pour la présidence du futur groupe Renaissance.

Mais en cas de gouvernement NFP, forcément composé avec des Insoumis, certains ont déjà mis des lignes rouges. Ainsi en réunion de groupe, les députés Aurore Bergé, Pierre Cazeneuve, Benjamin Haddad et David Amiel ont d'ores et déjà annoncé que « tout gouvernement, même avec un seul LFI, sera immédiatement soumis à une motion de censure ».

Une façon de rendre la pareille à leurs adversaires qui, du temps de la précédente législature, ne se sont pas privés d'en déposer. OEil pour oeil, dent pour dent. Et pendant ce temps-là, le paysage politique s'enlise.

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 1205 mots, p. 10
Aussi paru dans
9 juillet 2024 - La Matinale du Monde

Au sein de l’UE, l’expectative après le soulagement

Satisfaits de la défaite du RN, à l’exception de l’Italie, les grands pays européens craignent une paralysie de la France

Philippe Ricard (À Paris), avec nos correspondants Philippe Ricard (À Paris), avec nos correspondants

Berlin, Londres, Madrid, Rome, Varsovie - correspondants - Quand les résultats des élections législatives françaises sont tombés, le 7 juillet au soir, « toute l’Europe a poussé un grand ouf de soulagement », affirme le ministre délégué chargé de l’Europe, Jean-Noël Barrot. Si la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, ou le premier ministre hongrois, Viktor Orban, espéraient une victoire du Rassemblement national (RN), dans leur immense majorité, les Européens se félicitent que l’extrême droite française soit restée aux portes du pouvoir.

En Allemagne, Olaf Scholz s’est dit « soulagé » par l’issue des législatives en France. « Cela aurait beaucoup compliqué les choses que le président français cohabite avec un parti populiste de droite.(…) Pour l’amitié franco-allemande, le résultat du scrutin est une bonne nouvelle » , a déclaré le chancelier social-démocrate (SPD), lundi 8 juillet, en marge d’un déplacement à Nuremberg.

Partagée par l’ensemble des partis de gouvernement outre-Rhin, la satisfaction de voir le RN défait se double néanmoins d’une inquiétude, liée à la possible accession de La France insoumise (LFI) au pouvoir. « Mélenchon est germanophobe jusqu’au bout des ongles. Dans ses tirades anti-allemandes et anti-européennes, il ne se distingue pas substantiellement de Marine Le Pen », a réagi Michael Roth, le président (SPD) de la commission des affaires étrangères du Bundestag dans un entretien au quotidien Der Tagesspiegel.

A Berlin, on s’inquiète d’un risque de paralysie à Paris. « Ceux qui pourraient gouverner ensemble n’ont pas de majorité, et ceux qui s’approchent d’une majorité sont trop différents pour gouverner ensemble », a déploré le député chrétien-démocrate Norbert Röttgen, spécialiste de politique étrangère au sein de l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Selon lui – et l’analyse est partagée par de nombreux observateurs outre-Rhin –, c’est le système politique de la Ve République qui se trouve aujourd’hui menacé de blocage, au point d’ « affecter Macron lui-même dans sa fonction de président ».

Keir Starmer, chef de file du Labour et nouveau premier ministre britannique, n’a pas fait mystère, durant sa campagne, de sa volonté d’un « rapprochement » avec l’Union européenne (UE). M. Starmer et son ministre des affaires étrangères, David Lammy, comptent donner des gages de cette bonne volonté dès le sommet de l’OTAN, qui a lieu à Washington du mardi 9 au jeudi 11 juillet. Le fait que les Français aient refusé une majorité absolue au RN est un motif de soulagement pour Downing Street, même si la perspective d’un exécutif hexagonal paralysé ralentira probablement l’opération « reset » de Londres avec Bruxelles.

Le nouveau gouvernement britanniquea déjà en partie tiré les conséquences de cette configuration inédite. La première visite de M. Lammy, confirmé à son poste le 5 juillet, a été, dès le lendemain, pour Berlin. Il s’est ensuite rendu à Varsovie et à Stockholm, sans passer par Paris, pourtant le premier allié du Royaume-Uni en matière de sécurité et de défense.

Varsovie méfiant

En Pologne, Donald Tusk, le premier ministre, à la tête d’une coalition pro-européenne au pouvoir depuis décembre 2023, s’est réjoui de l’échec du RN : « A Paris, l’enthousiasme, à Moscou, la déception ; à Kiev, le soulagement. C’est suffisant pour être heureux à Varsovie. » Les médias conservateurs polonais se sont inquiétés en revanche d’un Jean-Luc Mélenchon qui serait en embuscade derrière le Nouveau Front populaire. L’ancien président du groupe de La France insoumise à l’Assemblée nationale, qui a tenu des propos pro-Kremlin par le passé, est vu avec circonspectionà Varsovie. Lukasz Maslanka, analyste au sein du Centre d’études orientales, un groupe de réflexion polonais, rappelle qu’ « il ne faut pas surestimer le rôle » de LFI ni celui de son leader dans la nouvelle Assemblée nationale. « Les rapports de force au sein de l’actuelle coalition de gauche sont plus équilibrés. Les socialistes et les écologistes ont plus de députés que la formation de M. Mélenchon. Et il y a toujours une majorité pro-européenne au sein du Parlement français. »

Quant au sujet du soutien à l’Ukraine, point cardinal de la politique extérieure de la Pologne, reste à savoir quelle sera la position d’Emmanuel Macron après les élections, lui qui avait « multiplié les ouvertures sur la sécurité de l’Ukraine au début de l’année », rappelle l’expert. Selon lui, Kiev se retrouvera d’autant plus renforcé que les forces modérées accéderont au pouvoir en France.

Alors qu’elle avait adressé ses « félicitations »au RN pour son succès au soir du premier tour, le 30 juin, Giorgia Meloni, est, quant à elle, restée muette après la publication des résultats du second tour des élections françaises. Depuis l’annonce de la dissolution par M. Macron, son parti, Fratelli d’Italia, avait appelé de ses vœux une victoire du RN et salué l’alliance passée avec Eric Ciotti, embryon, vu de Rome, d’une union des droites sur le modèle italien.

Face à un paysage politique français divisé en trois blocs et dominé par la gauche, l’exécutif italien insiste sur le fait qu’il serait aujourd’hui le plus stable des gouvernements des grands pays européens. Dans l’opposition italienne, en revanche, on exulte. « La droite peut être battue »par une « gauche unie », s’est félicitée la secrétaire générale du Parti démocrate, Elly Schlein. L’issue du scrutin français, marqué par l’union de la gauche et les désistements républicains, est citée en exemple alors que les oppositions italiennes tâtonnent vers l’unité face à l’extrême droite.

Apprendre à négocier

De son côté, l’Espagne, où le climat politique est délétère depuis un an, a suivi de près le scrutin français. Dimanche soir, le premier ministre espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, s’est empressé de dresser un parallèle avec les élections législatives espagnoles de 2023. Sur son compte X, il a déclaré : « Cette semaine, deux des plus grands pays d’Europe[le Royaume-Uni et la France] ont choisi la même voie que l’Espagne il y a un an : le rejet de l’extrême droite et l’engagement ferme en faveur d’une gauche sociale. »

C’était une manière pour le dirigeant socialiste de rappeler qu’en juillet 2023 le parti d’extrême droite Vox avait perdu dix-neuf députés par rapport à 2019, soulignant qu’ « avec l’extrême droite on ne peut ni négocier ni gouverner ». M. Sanchez a cependant omis de mentionner que dans une assemblée très polarisée, il a dû pactiser avec les indépendantistes catalans, se compliquant considérablement la tâche. Son adversaire politique, le conservateur Alberto Nuñez Feijoo, qui avait tenté sans succès d’obtenir l’investiture deux mois après le scrutin, a pour sa part déclaré sur X : « L’Europe s’est toujours construite sur la modération. Le centre politique doit s’unir pour empêcher les extrémistes d’orienter son avenir. » Il a omis de préciser que son parti gouverne avec l’extrême droite dans cinq régions autonomes.

Le quotidien El Paisa souligné que, dans la nouvelle Assemblée nationale, les partis devront apprendre à négocier, comparant la situation en France à celle d’autres démocraties parlementaires comme l’Italie, la Belgique ou l’Allemagne.

Le Monde
élections législatives, mercredi 10 juillet 2024 566 mots, p. 5
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9 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Meyer Habib Le soutien de la droite israélienne sans tribune

Louis Imbert (Jérusalem, correspondant) Louis Imbert (Jérusalem, correspondant)

L’« ami » français de Benyamin Nétanyahou a perdu son fauteuil. Après une décennie à l’Assemblée nationale, Meyer Habib (apparenté LR) n’est plus député. Celui qui fut l’un des membres les plus clivants de l’Hémicycle, où il défendit sans relâche la politique de la droite israélienne et de son chef, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, qu’il fréquente depuis trois décennies, s’est incliné dimanche 7 juillet dans la 8e circonscription des Français de l’étranger, face à la candidate de Renaissance, Caroline Yadan, victorieuse avec 52,7 % des voix.

Arrivé en tête au premier tour, M. Habib a pâti d’une mobilisation importante dans cette circonscription qui comprend huit pays : Israël, l’Italie, Malte, Saint-Marin, le Vatican, Chypre, la Grèce et la Turquie. La participation s’élève à 24,3 % au second tour, un chiffre qui peut sembler dérisoire au vu de la moyenne nationale. Mais avec plus de 36 000 votants, il est deux fois plus important qu’à la législative partielle de 2023, convoquée après l’invalidation de l’élection de M. Habib pour des abus durant la campagne électorale de l’année précédente.

M. Habib a obtenu la majorité des suffrages en Israël, dimanche. Mais les voix décomptées ailleurs, notamment en Italie, lui coûtent son siège. Mme Yadan a aussi bénéficié d’un important report des voix de gauche, à l’appel de la candidate du Nouveau Front populaire, Yaël Lerer, défaite au premier tour.

Proximité avec Eric Ciotti

Dans une vidéo enregistrée devant le mur des Lamentations, à Jérusalem, dimanche soir, M. Habib, fameux pour ses outrances, a accusé sa concurrente de s’être « alliée avec l’extrême gauche antisémite ». Mme Yadan a suggéré, pour sa part, que son rival avait bénéficié du soutien du Rassemblement national (RN), qui n’a pas présenté de candidat dans sa circonscription.

Durant la campagne, M. Habib s’était vanté de sa proximité avec Eric Ciotti et avait ménagé le RN. Interrogé lundi 8 juillet par la chaîne israélienne Kan, il a souligné que « Marine Le Pen a doublé ses sièges. Je ne suis pas en sa faveur, mais elle est moins pire que l’extrême gauche qui déteste Israël. Ils ont attiré les Arabes de France (…) qui ne savent même pas où se situent la Palestine et la Jordanie sur une carte ». Après l’attaque terroriste perpétrée par le Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, Meyer Habib avait qualifié la population de Gaza dans son ensemble de « cancer ». Il avait apporté dans l’Hémicycle un appui sans nuance à la contre-offensive du gouvernement israélien, qui a causé, à ce jour, la mort de plus de 38 000 Palestiniens, selon les autorités de santé de Gaza. Durant la campagne, dans des vidéos enregistrées à ses côtés, M. Nétanyahou et le ministre de la défense, Yoav Gallant, lui avaient offert leur soutien.

Sa successeure, Mme Yadan, avocate de 55 ans, est entrée à l’Assemblée en juin 2022, en tant que suppléante du ministre de la transformation et de la fonction publiques, Stanislas Guérini, élu dans la 3e circonscription de Paris. Elle avait ferraillé avec des députés de gauche sur la question de l’antisémitisme et avait suggéré dans un tweet, accompagné d’un clin d’œil, la dissolution de La France insoumise. Lundi, elle a félicité M. Habib « pour son courage ».

Le Figaro, no. 24844
Le Figaro, mardi 9 juillet 2024 1027 mots, p. 5

Politique

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8 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

À l'Assemblée nationale, petits calculs et grandes manoeuvres

Alors qu'aucune majorité solide ne semble pour l'instant se dégager, la composition des groupes est au coeur des discussions au Palais Bourbon.

Bordas, Wally

Les traits sont tirés, mais le sourire est bien là, trahissant une forme de soulagement. Lundi, devant le Palais Bourbon, Christelle d'Intorni est l'une des premières, parmi les députés composant la nouvelle Assemblée, à faire son apparition devant la presse. Au lendemain des élections législatives, qui ont donné une courte majorité relative au Nouveau Front populaire, celle qui fut la seule députée LR à suivre Éric Ciotti dans son alliance avec le Rassemblement national revient gonflée de motivation. «J'ai dormi deux heures et demie et j'ai sauté dans le premier avion avec mon mari», raconte la jeune femme, qui a été réélue au premier tour dans sa circonscription des Alpes-Maritimes. Elle l'assure : malgré des résultats plus difficiles que prévu pour les candidats de l'alliance LR-RN, les amis d'Éric Ciotti auront bien un groupe de « 17députés» à la Chambre basse. «Nous serons autonomes! L'union des droites n'est ni une fusion ni une absorption» , prévient-elle.

Alors qu'aucune force politique ne semble en mesure de construire de solide majorité pour gouverner, la composition des différents groupes est déjà dans toutes les têtes. Lundi, salle des Quatre Colonnes, dans les couloirs ou dans les cafés proches de l'Assemblée, le sujet est sur toutes les lèvres. Car de la puissance de chaque groupe dépendront les rapports de force de demain. Et se construiront, au fil de la législature, les majorités, et potentiellement, les gouvernements de circonstance. «On est en train de passer des coups de fil à droite à gauche. On sera entre 50 et 65députés LR», prévient par exemple un cadre de la droite, pas mécontent du résultat des législatives. Une autre élue LR promet, amusée : «Laurent Wauquiez veut reprendre le groupe, mais Olivier Marleix ne veut pas lâcher l'affaire. Ça va être la guerre!»

Un peu plus loin, une socialiste nouvellement élue fait les comptes. «On va essayer de passer la barre des 70députés. Je pense que l'on peut dépasser les Insoumis. Cela changerait le rapport de force», confie-t-elle dans un sourire. Objectif : «Avoir un premier ministre qui pourrait rassembler les différentes sensibilités de la gauche», ajoute-t-elle. Devant les journalistes, chacun joue «l'esprit de responsabilité». «Nous allons bientôt nous mettre d'accord sur le futur premier ministre. Il faut que le président de la République soit prêt», lâche, dans un sourire, le député Insoumis David Guiraud. «Nous devons plaider pour une coalition, il n'y a que comme cela que l'on peut s'en sortir», plaide, de son côté, l'ancienne ministre Brigitte Klinkert. «On va enfin redécouvrir le vrai parlementarisme. Tout sera désormais issu de l'Assemblée», se félicite quant à lui le député Renaissance Charles Sitzenstuhl.

« Rien n'est à écarter »

Les petits nouveaux, eux, découvrent les lieux, mi-intimidés mi-excités. Ayda Hadizadeh, nouvelle députée socialiste, ne cache par exemple pas sa surprise en découvrant la bonne dizaine de journalistes se précipitant vers elle à son arrivée devant l'Assemblée. «C'est un peu impressionnant avec toutes ces caméras. On rentre dans le rôle qui nous a été assigné, c'est étonnant», lâche-t-elle, avant d'entrer dans le bâtiment, dans lequel elle siégera désormais pendant au moins un an. Ce drôle de ballet dure toute la journée. Loin d'être désagréable pour les députés, qui retrouvent, après une longue campagne, le feu des projecteurs.

Mais en coulisses, chacun fait les comptes. Les principaux cadres de l'alliance de gauche sont d'ailleurs absents de l'Assemblée. «Pour l'instant, tout se passe ailleurs, entre deux couloirs», s'amuse un cadre écologiste. «Il y a des tunnels de réunions, de négociations. Rien n'est à écarter», informe un autre membre de l'alliance. Ces dernières heures, plusieurs députés ont par exemple évoqué l'éventualité d'un large groupe écologiste qui fusionnerait avec les frondeurs Insoumis et les communistes. «Une alliance qui ferait un peu plus pencher le rapport de force en défaveur de LFI et rééquilibrerait les choses avec le PS», décrypte un député EELV.

Au sein des troupes macronistes, aussi, on fait ses calculs. Certains espèrent encore avoir la majorité en allant chercher quelques anciens Liot ou quelques divers droite égarés. D'autres actent clairement le divorce. Place du Palais-Bourbon, les députés Horizons François Jolivet et Henri Alfandari, tous les deux proches d'Édouard Philippe, discutent de la suite. Envisagent-ils une chapelle commune avec Renaissance et le MoDem afin d'avoir le groupe comptant le plus grand nombre de députés et ainsi, au minimum, conserver quelques postes clés de l'Assemblée ? «J'avais cru comprendre que le président avait dissous», grince Alfandari. «Nous sommes des députés Horizons, c'est tout», complète Jolivet. Et son collègue d'ajouter, amer : «La grande perdante de cette dissolution, c'est l'Assemblée.» Un peu plus loin, cette autre macroniste, du groupe Renaissance, elle, s'inquiète de ces divisions à venir. «Si on n'est pas tous ensemble, on va tout perdre: on n'aura ni la majorité, ni aucun poste à responsabilité...», déplore-t-elle.

Stratégies à court terme

De nombreuses réunions de groupe vont avoir lieu, dans les deux jours qui viennent, afin d'établir des stratégies à court terme. Mais chaque écurie semble déstabilisée par cette nouvelle Chambre basse, complètement inédite sous la Ve République. «On a connu une Assemblée sous majorité relative en 2022, maintenant, on va connaître une Assemblée sans majorité du tout», prédit un macroniste. Et cet autre député du camp présidentiel de prévenir : «Je pense que personne n'a intérêt aux grandes manoeuvres. Il va falloir avoir une ligne claire.»

Dans ce contexte, la distribution des postes à responsabilité, à partir de jeudi 18 juillet, s'annonce plus stratégique que jamais. La bataille pour la présidence de l'Assemblée s'annonce féroce. La sortante, Yaël Braun-Pivet, se verrait bien rempiler. Mais à gauche, les noms de François Hollande ou encore de Cyrielle Chatelain, la patronne du groupe Écologistes, commencent à émerger. Celui de Naïma Moutchou, ancienne vice-présidente Horizons de l'institution, circule également. La députée LR Annie Genevard, qui avait dû renoncer au poste en 2022, pourrait aussi être tentée. Les vice-présidents RN Sébastien Chenu et Hélène Laporte seront-ils reconduits ? Renforcées au Palais Bourbon, les troupes marinistes pourraient paradoxalement être les premières victimes des jeux de pouvoir qui s'annoncent. W B

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 428 mots, p. SPA4

Bourgogne- Franche-Comté 21 || Côte-d’Or 5 sièges 25 || Doubs 5 sièges 39 || Jura 3 sièges 70 || Haute-Saône 2 sièges 71 || Saône-et-Loire 5 sièges 89 || Yonne 3 sièges 90 || Territoire de Belfort 2 sièges

58 || Nièvre 2 sièges

Sortants Perrine Goulet (MoDem-Ensemble) ; Patrice Perrot (LRM-Ensemble).

Grâce au bon report des voix de gauche, la députée Perrine Goulet (MoDem-Ensemble) a été confortablement réélue dans la 1re circonscription (Nevers) du département (53,67 %), face à Charles-Henri Gallois, candidat Rassemblement national (RN) issu d’une famille d’industriels nivernais, partisan du Frexit et ancien cadre de l’UPR de François Asselineau. Dans la 2e circonscription (Clamecy, Decize), c’est Julien Guibert (RN) qui s’impose devant le socialiste Christian Paul, lui-même député de 1997 à 2017, avec 54,82 % des voix, et devient ainsi le premier député d’extrême droite élu dans ce département profondément rural. Pour raisons de santé, le député Renaissance Patrice Perrot, en place dans cette 2e circonscription depuis 2017, ne s’était pas représenté.

Nevers (1re)

Perrine Goulet (MoDem-Ensemble) Réélue

I : 73 867 - V : 48 501 - A : 34,34 % E : 45 883 - B : 2 014 - N : 604

Perrine Goulet

, MoDem-Ensemble, 24 627 (53,67 %) ; Charles-Henri Gallois, RN, 21 256 (46,33 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 850 - V : 47 887 - A : 35,16 % - E : 46 238 - B. : 1 217 -

Gallois

, 18 870 (40,81 %) ;

Goulet

, 13 593 (29,40 %) ;

Larèpe

, 9 856 (21,32 %) ;

Dubost

, 2 482 (5,37 %) ;

Lemoine

, 809 (1,75 %) ;

Varela

, 628 (1,36 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 74 670 - V : 33 748 - A : 54,80 % - E : 30 412 - B. : 2 647 -

Goulet

, 16 554 (54,43 %) ;

Vigneron

, 13 858 (45,57 %).

Clamecy, Decize (2e)

Julien Guibert (RN) Élu

I : 78 766 - V : 55 101 - A : 30,04 % E : 50 208 - B : 3 318 - N : 1 575

Julien Guibert

, RN, 27 522 (54,82 %) ; Christian Paul, PS, 22 686 (45,18 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 78 765 - V : 54 256 - A : 31,12 % - E : 52 382 - B. : 1 055 -

Guibert

, 23 480 (44,82 %) ;

Paul

, 13 788 (26,32 %) ;

Germain

, 10 708 (20,44 %) ;

Vincent

, 2 757 (5,26 %) ;

Dupuis

, 839 (1,60 %) ;

Munoz

, 801 (1,53 %) ;

Guyot

, 9 (0,02 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 762 - V : 43 934 - A : 44,92 % - E : 42 576 - B. : 895 -

Perrot

, 15 577 (36,59 %) ;

Guibert

, 15 472 (36,34 %) ;

Guillemain

, 11 527 (27,07 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 1508 mots, p. 8
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8 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Le RN dans le déni après des résultats décevants

Le parti, qui a fait face à un front républicain, n’a pas confirmé ses succès aux européennes et au premier tour

Clément Guillou et Corentin Lesueur

Ce devait être une soirée à faire sauter les bouchons de champagne, mais le Rassemblement national (RN) a dû se contenter d’un mousseux éventé. Quand 20 heures ont sonné, dimanche 7 juillet, au Pavillon Chesnaie du Roy, loué pour l’occasion dans le bois de Vincennes, il y eut un grand silence dans les rangs.

Les caciques du parti, au fait de la déconfiture, s’étaient murés dans un espace à l’étage. Restaient des militants endimanchés, figés devant le grand écran, leur détresse saisie par des caméras qui pensaient venir filmer des cris de joie. Des murmures : « Putain, on est troisièmes… » ; « C’est du foutage de gueule, ils ont triché »; une dame, qui a enduré d’autres défaites, connaît trop bien les coupables, qui sont toujours les mêmes : « Les Français sont des cons ! Peuple d’abrutis ! » Plus tard sur France 2, le député (RN) de l’Yonne Julien Odoul – réélu – devait dire son amertume avec d’autres mots : « Ils vont payer le prix de cette soumission. Ils vont payer le prix de ce non-choix. »

L’extrême droite n’a pas obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale, à laquelle elle feignait de croire. Elle n’a pas davantage obtenu de majorité relative, qu’elle pensait mériter. La veille du scrutin encore, un cadre du RN partageait ses conclusions après une plongée dans les 577 circonscriptions : 211 députés garantis, 273 possibles. Le parti en obtient finalement 143 (avec les sièges des Républicains, LR, alliés au RN) ; dont celle du sortant Daniel Grenon (1re de l’Yonne), dont le président du RN, Jordan Bardella, avait affirmé qu’il siégerait chez les non-inscrits après des propos tenus dans L’Yonne républicaine, sur le « Maghrébin binational ».

Daniel Grenon est l’un des multiples avatars de la xénophobie de certains cadres intermédiaires du RN, mise en évidence par la campagne électorale. Est-ce là une clé du revers de l’extrême droite ? Pour l’heure, le parti ne veut pas se poser de questions sur ce qui lui a coûté la victoire annoncée. Les éléments de langage sont transmis : il faut positiver. Le RN n’a-t-il pas augmenté considérablement son groupe parlementaire ? N’est-il pas le grand vainqueur de la clarification politique réclamée par Emmanuel Macron ? De fait, la grande incertitude parlementaire et la coalition qui pourrait émerger des urnes peuvent faire, à moyen terme, les affaires d’un mouvement dont le meilleur atout reste d’être celui « qu’on n’a pas essayé ».

Dimanche, les rares parlementaires présents au bois de Vincennes dénoncent le « parti unique »leur ayant fait face, « la tambouille », « le bidouillage », « la magouille ». « Ce soir, un vieux monde est tombé, et rien ne peut arrêter un peuple qui s’est remis à espérer », lance Jordan Bardella, ex-futur premier ministre, mais la conviction et le souffle manquent.

Son proche collaborateur, Pierre-Romain Thionnet, député européen, fait front avec le chef et laisse entendre que les Français manquent de lucidité, malgré la participation exceptionnelle (66,6 % des inscrits) : « Ces désistements sont légaux mais tout est mis en œuvre pour empêcher l’expression des Français. On canalise leur vote vers l’autre candidat. »

D’autres y voient la faute à pas de chance : la pièce tomberait toujours du mauvais côté. Des tas de circonscriptions, assure-t-on, auraient été perdues à quelques centaines de voix près. C’est faux : dans celles qui se jouent à moins de deux points d’écart, le RN en perd vingt et en remporte seize.

« Mauvais report des voix LR »

Le parti a le sens des proverbes et sait qu’à quelque chose malheur est bon. Ainsi de la configuration politique qui ne pourrait, selon lui, qu’accoucher d’un désastre, qui est lui-même le meilleur carburant du RN. L’extrême droite dans son meilleur rôle : seule contre tous et faisant son miel d’un état de péril. Le conseiller spécial de Marine Le Pen, son beau-frère Philippe Olivier, le dit sans fard : « Les choses vont se dégrader, les Français vont comprendre qu’il faut une vraie alternance. La France sera dans un bourbier total, les gens voudront en sortir. Vous croyez que le problème de l’immigration, de l’insécurité, de la dette, du pouvoir d’achat sera résolu, dans un pays sans majorité réelle ? »

Philippe Olivier n’enrage pas, ni ne consent de faille, habitué à ne jamais donner un point. En début de soirée, l’élection de sa femme, Marie-Caroline Le Pen, dans la circonscription historique de François Fillon, devait être le seul rayon de soleil des militants ; las, la 4e circonscription de la Sarthe reste représentée, à 200 voix près, par la députée La France insoumise (LFI) sortante, Elise Leboucher.

Les bonnes nouvelles sont rares pour le parti à la flamme. Il pensait étendre son emprise sur la grande couronne francilienne ; seules deux circonscriptions supplémentaires lui reviennent, dans le Val-d’Oise – où une triangulaire donne la victoire à Anne Sicard, issue de la mouvance identitaire – et la Seine-et-Marne. C’est dans l’Est et en Bourgogne-Franche-Comté que le parti connaît ses gains les plus importants, tandis que l’Ouest et le département du Nord résistent à la poussée lepéniste.

Signe du réveil du front républicain, certains candidats comptant plus de dix points d’avance au soir du premier tour ont perdu au second. Huit députés sortants sont battus, dont le porte-parole sur l’agriculture, Grégoire de Fournas, en Gironde. « Nous avons eu un très mauvais report des voix LR, analyse Jean-Philippe Tanguy, qui a pris peur en constatant le résultat des premiers villages dépouillés dans sa circonscription. Mais dans les zones où le RN est fort, on se renforce considérablement. »

Déclarations embarrassantes

Le déni était, dimanche soir, partagé au RN. L’heure n’est pas encore à l’analyse d’une campagne des législatives qui a fait refluer la vague Bardella, née d’européennes éclatantes. Les recettes du succès ont été oubliées dès le 9 juin au soir, à commencer par la stratégie de déplacements répétés, pour des bains de foule traduisant un engouement populaire. Marine Le Pen s’est aventurée deux fois à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), dans un quasi-anonymat. Jordan Bardella n’a pas quitté Paris, après un premier déplacement précoce dans le Loiret au secours de son ami Jean-Lin Lacapelle – battu contre toute attente. Très peu de candidats ont organisé des événements dans les circonscriptions, se reposant sur les affiches de Jordan Bardella et la présence médiatique de leurs porte-parole.

Sur les plateaux, toutefois, le RN s’est embourbé dans des polémiques sur des points programmatiques et son président a refusé le débat d’entre-deux-tours, fâché de ne pouvoir débattre avec l’« insoumis » Jean-Luc Mélenchon. Comme si les résultats du premier tour l’avaient privé de son chiffon rouge et de son meilleur argument. Pris dans les phares allumés par ses adversaires, le parti a laissé la campagne s’enliser sur ses futurs renoncements puis sur le niveau de ses candidats, tantôt introuvables, tantôt racistes ou antisémites.

Quel impact a eu cet entre-deux-tours ponctué, chaque jour, par de nouvelles déclarations embarrassantes ou esquives médiatiques des candidats d’extrême droite ? Dimanche soir, personne ne souhaitait incriminer ouvertement le « plan Matignon » prétendument préparé depuis un an et demi par la direction du RN. Son responsable, le directeur général Gilles Pennelle, n’a pas souhaité répondre au Monde.

Mais les prochains jours pourraient être mouvementés au sein d’un mouvement qui ne semble pas avoir avancé sur la voie de la professionnalisation, dix-neuf mois après la prise de pouvoir de Jordan Bardella. « Il va falloir débriefer rapidement et dire ce qui n’a pas été,commente le vice-président Louis Aliot. Je compte bien m’investir plus encore, aider à structurer le parti. Il nous faut préparer une armée de 577 candidats prêts pour le jour J. Là, c’était le cas dans les deux tiers des territoires. »

Dépêché auprès des journalistes, le bras droit de Marine Le Pen, Renaud Labaye, convient qu’ « il faut mieux former les candidats, être meilleurs et se focaliser sur l’important », en allusion à la polémique sur les binationaux – comme si leur interdire l’accès, dans un texte constitutionnel, « à des emplois des administrations, des entreprises publiques et des personnes morales chargées d’une mission de service public »relevait de l’accessoire.

Il y avait toutefois plus malheureux que le RN, dimanche soir : son allié Eric Ciotti. Parti dans le dos de son propre mouvement, LR, pour négocier une alliance avec l’extrême droite, le Niçois a certes sauvé son siège de député. Mais il se retrouve allié minoritaire d’une force minoritaire, à la tête d’un groupe trois fois inférieur à celui de son parti. Un haut responsable du RN lâchait, dimanche soir, avant les résultats définitifs, que le nombre idéal de députés « ciottistes » serait de quatorze, soit juste en dessous du minimum requis pour constituer un groupe parlementaire. L’extrême droite a le sens de l’accueil.

Libération
mardi 9 juillet 2024 835 mots, p. 4

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

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8 juillet 2024 - Libération (site web)

Gouverner par décret, une possibilité sur certains sujets

ANNE-SOPHIE LECHEVALLIER

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

Le NFP pourrait utiliser la voie réglementaire pour ses premières propositions, comme la hausse du smic. Il faudra en revanche trouver des majorités pour faire voter des lois.

Même s’il n’a pas la majorité absolue à l’Assemblée nationale, le Nouveau Front populaire, s’il était amené à former un gouvernement, n’est pas condamné à l’inaction. Dans son «contrat de législature» présenté le 14 juin, la gauche a planifié son action en distinguant plusieurs périodes consécutives aux législatives anticipées. Les deux premières semaines, une phase de «rupture» prévoit des décisions à prendre par décret, puis, à partir de la session ordinaire qui se tiendra du 18 juillet au 2 août à l’Assemblée, tous les aspects du programme qui doivent passer par le Parlement, comme un projet de loi de finances rectificative (PLFR) «pour abolir les privilèges des milliardaires» ou une «grande loi pouvoir d’achat». Ce séquençage prenait pour hypothèse l’obtention d’une majorité absolue pour le NFP et donc la possibilité d’agir à l’Assemblée. «Nous n’avions pas anticipé la situation d’aujourd’hui, qui n’est pas réglée, mais nous avions anticipé que s’ouvrirait au lendemain du second tour une période pendant laquelle l’Assemblée ne pourrait pas siéger, d’où des messages politiques forts qui s’inscrivent dans un cadre réglementaire avant leur traduction législative. Les usages du décret ont été entérinés collectivement», précise Maxime Sauvage, secrétaire général du groupe socialiste à l’Assemblée.

Blocage des prix. Jean-Luc Mélenchon, sitôt les résultats annoncés dimanche, a été le premier à rappeler que les premières mesures «peuvent être prises par décret, sans vote», et de citer, «l’abrogation de la retraite à 64 ans, le blocage des prix, l’augmentation du smic, la convocation des conférences salariales par branche professionnelle»… La députée insoumise Aurélie Trouvé explique que c’est «tout à fait faisable» pour le blocage des prix des produits de première nécessité, en particulier ceux «du gaz, de l’électricité et de l’essence», ou pour la hausse du smic, que le NFP a promis de relever à 1 600 euros net (contre 1 398,69 euros depuis le 1er janvier). Point sur lequel la députée socialiste Christine Pirès Beaune rappelle que ce décret doit être pris en même temps que se mettraient en place «les compensations prévues pour les TPE et les PME», qui, elles, devraient passer par une loi. Les dispositifs avaient été précisés lors de la présentation du chiffrage du NFP et prévoyaient, entre autres, «un fonds de solidarité pour le développement» de ces entreprises, ou des avances à 0 % sur un ou deux ans. La revalorisation de 10 % des aides personnalisées au logement passerait par un décret changeant leur mode de calcul, d’autres acteraient la hausse du minimum contributif au niveau du smic et du minimum vieillesse au niveau du seuil de pauvreté. Autant de dépenses qu’il faudra inscrire dans un PLFR. «Si on se dépêche, cela peut être possible pour la session ordinaire de cet été, voire pendant une session extraordinaire qui suivrait», explique Eric Coquerel, député LFI et président de la commission des finances sous l’ancienne législature, qui reste persuadé que «pas mal de choses que nous proposons pourraient être majoritaires».

«Rester cohérents». Une partie du détricotage des réformes de l’ancienne majorité présidentielle peut également passer par décret. Il faudra d’ici au 31 juillet, date de fin des règles d’indemnisation actuelle, en rédiger un sur l’assurance chômage, après que le gouvernement Attal a levé le crayon sur les changements envisagés. Pour la réforme concernant les allocataires du RSA que le NFP a promis d’annuler, l’exercice pourrait être plus facile : le décret prévu dans la loi pour le plein-emploi et devant fixer les modalités des sanctions n’a pas été pris par le gouvernement Attal.

Pour la réforme des retraites, pendant qu’Eric Coquerel regarde la possibilité, dans un premier temps, «de passer un décret pour décaler son application», une loi serait nécessaire pour repasser l’âge légal de départ à 62 ans. «Ce qui s’est fait par le 49.3 peut se défaire par 49.3», a estimé le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Toujours sur ce sujet, «la marge de manoeuvre gouvernementale est, si elle s’appuie seulement sur les textes réglementaires, faible», considère Xavier Cabannes, professeur de droit public à Paris-Cité, puisqu’une loi ne peut être abrogée par décret. Il serait possible de modifier les décrets déjà pris mais les nouveaux «doivent rester cohérents avec la loi qu’ils mettent en oeuvre». Enfin tout ce qui concerne la fiscalité – avec les 30 milliards d’euros de recettes attendues par le retour de l’impôt de solidarité sur la fortune, avec une composante climatique, et d’une taxe sur les superprofits – doit en revanche, selon la Constitution, passer par le Parlement. Pour cela, il faudra – si gouvernement de gauche il y a – trouver des majorités.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 556 mots, p. SPA11

Nouvelle-Aquitaine 16 || Charente 3 sièges 17 || Charente-Maritime 5 sièges 19 || Corrèze 2 sièges 23 || Creuse 1 siège 24 || Dordogne 4 sièges 33 || Gironde 12 sièges 40 || Landes 3 sièges 64 || Pyrénées-Atlantiques 6 sièges 79 || Deux-Sèvres 3 sièges 86 || Vienne 4 sièges 87 || Haute-Vienne 3 sièges

47 || Lot-et-Garonne 3 sièges

Sortants Michel Lauzzana (LRM-Ensemble) ; Hélène Laporte (RN) ; Annick Cousin (RN).

Dans le Lot-et-Garonne, le Rassemblement national (RN) perd l’avantage acquis en 2022. Il était alors arrivé en tête dans deux circonscriptions sur trois. Cette fois, seule Hélène Laporte, qui affrontait à nouveau Christophe Courregelongue (PS-NFP), conserve son siège de députée dans la 2e circonscription (Marmande), avec 57,20 % des voix. A Villeneuve-sur-Lot (3e), Annick Cousin (RN), pourtant arrivée en tête au premier tour, perd son siège de députée face au maire de la ville Guillaume Lepers (DVD), avec plus de 4 000 voix d’écart. Le député sortant Michel Lauzzana (Renaissance-Ensemble) remporte le scrutin dans la 1re circonscription (Agen) face au même adversaire qu’en 2022, Sébastien Delbosq (RN), mais cette fois avec 2 744 voix d’écart, contre 1 165 en 2022.

Agen (1re)

Michel Lauzzana (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 88 552 - V : 63 008 - A : 28,85 % E : 59 160 - B : 2 677 - N : 1 171

Michel Lauzzana

, Ren.-Ensemble, 30 952 (52,32 %) ; Sébastien Delbosq, RN, 28 208 (47,68 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 88 558 - V : 62 686 - A : 29,21 % - E : 60 389 - B. : 1 456 -

Delbosq

, 26 034 (43,11 %) ;

Lauzzana

, 17 155 (28,41 %) ;

Vo Van

, 15 479 (25,63 %) ;

Cuquel

, 1 021 (1,69 %) ;

El Marbati

, 700 (1,16 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 88 689 - V : 44 087 - A : 50,29 % - E : 39 491 - B. : 3 360 -

Lauzzana

, 20 328 (51,48 %) ;

Delbosq

, 19 163 (48,52 %).

Marmande (2e)

Hélène Laporte (RN) Réélue

I : 76 963 - V : 53 775 - A : 30,13 % E : 49 306 - B : 3 060 - N : 1 409

Hélène Laporte

, RN, 28 203 (57,20 %) ; Christophe Courregelongue, PS-NFP, 21 103 (42,80 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 76 944 - V : 53 343 - A : 30,67 % - E : 51 269 - B. : 1 196 -

Laporte

, 25 281 (49,31 %) ;

Courregelongue

, 13 787 (26,89 %) ;

Lenzi

, 11 272 (21,99 %) ;

Lambolez

, 929 (1,81 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 77 451 - V : 43 029 - A : 44,44 % - E : 41 880 - B. : 715 -

Laporte

, 16 516 (39,44 %) ;

Courregelongue

, 12 880 (30,75 %) ;

Freschi

, 12 484 (29,81 %).

Villeneuve-sur-Lot (3e)

Guillaume Lepers (LR) Élu

I : 75 784 - V : 53 480 - A : 29,43 % E : 51 153 - B : 1 523 - N : 804

Guillaume Lepers

, LR, 27 689 (54,13 %) ; Annick Cousin, RN, 23 464 (45,87 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 75 786 - V : 53 004 - A : 30,06 % - E : 51 526 - B. : 900 -

Cousin

, 21 168 (41,08 %) ;

Lepers

, 12 876 (24,99 %) ;

Czapla

, 9 460 (18,36 %) ;

Cahuzac

, 7 501 (14,56 %) ;

Gasc

, 521 (1,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 987 - V : 39 102 - A : 48,54 % - E : 32 908 - B. : 4 388 -

Cousin

, 18 747 (56,97 %) ;

Czapla

, 14 161 (43,03 %).

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mardi 9 juillet 2024 738 mots, p. AUJM8
Aussi paru dans
9 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

Leur grand retour à l'Assemblée

François Hollande, Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Laurent Wauquiez, Dominique Voynet... Ils ont retrouvé ou retrouveront dans les prochains jours les bancs de la chambre basse du Parlement.

Ludwig Gallet, avec Q.L. et P.M.

On ignore si François Hollande savait, en confiant au président de la République tout le mal qu'il pensait de la dissolution qui venait d'être annoncée, qu'il repartirait lui-même en campagne, sept ans après avoir quitté l'Élysée. Mais son cheminement personnel, poussé aussi par quelques-uns de ses plus proches, n'a pas duré bien longtemps. Et puis le revoilà reparti comme hier, ou avant-hier, à arpenter sa circonscription de Corrèze, son fief, sous la bannière du Nouveau Front populaire.

François Hollande a été réélu dimanche. Face à une candidate du Rassemblement national et un adversaire LR qui a refusé de se désister malgré les appels appuyés d'un Éric Ciotti qui souhaitait à tout prix voir perdre le socialiste. Mardi, l'ancien chef de l'État retrouvera l'Assemblée nationale, qu'il connaît par coeur et où il fut élu pour la première fois, en 1988.

Au moment de la traditionnelle séance photo, le député de Corrèze rencontrera ses nouveaux collègues... parmi lesquelles le président du PS, Olivier Faure, son ancien conseiller, avec lesquelles les relations sont devenues très fraîches, voire nulles. Mercredi, ce sera la rentrée officielle, avec toute la paperasse administrative à remplir pour entrer définitivement dans cette XVII e législature. François Hollande s'était arrêté à la XIII e. Son rôle, des proches le résument ainsi : « Ancien président normal, mais député pas comme les autres. » Il récupère donc son siège de parlementaire douze ans après l'avoir quitté pour entrer à l'Élysée. Sans s'interdire de lorgner la présidence de l'Assemblée ou la commission des Affaires étrangères.

Dominique Voynet, vingt-sept après

Hollande n'est pas le seul à avoir vu dans ces législatives la perspective d'un retour au premier plan. Comment ne pas citer Dominique Voynet ? L'écologiste et ancienne ministre de Lionel Jospin, qui avait quitté la politique et la mairie de Montreuil en 2014, redeviendra députée de la nation vingt-sept ans après son dernier mandat au Palais-Bourbon.

Laurent Wauquiez, à la tête de la région Auvergne - Rhône-Alpes, a mis moins de temps pour rechausser les crampons. L'ex-ministre de Nicolas Sarkozy avait quitté l'hémicycle en 2017. De nouveau élu sur ses terres de Haute-Loire, son ambition est simple : « Être le visage de la seule droite indépendante à l'Assemblée nationale », précise un proche. Laurent Wauquiez n'exclut pas de prendre la présidence du groupe LR. Avant de pouvoir se projeter, espère-t-il, sur 2027.

Dans cette nouvelle Assemblée, on devrait aussi trouver des revenants qui auraient sans doute préféré passer leur tour. Comme Gabriel Attal. Le Premier ministre aurait aimé poursuivre son action à la tête du gouvernement. « L'honneur de sa vie », comme il l'a dit dimanche soir, devant l'hôtel de Matignon, pour commenter les résultats du second tour des élections législatives.

Le Premier ministre n'a pas encore acté sa prochaine venue à l'Assemblée, sa future maison quand il quittera Matignon. Mais s'il a présenté ce lundi sa démission à Emmanuel Macron, le chef de l'État l'a refusée pour « assurer la stabilité du pays ». L'entourage de Gabriel Attal promet déjà qu'il jouera « un rôle » auprès de ses troupes. Mais à quel niveau ? Le groupe ? Le parti ? Ce mardi matin, il entend en tout cas participer à une réunion des députés Renaissance. L'ancienne Première ministre, Élisabeth Borne, qui siégeait déjà ces derniers mois sur les bancs de l'hémicycle, devrait y être.

« Personne n'a gagné »

Gérald Darmanin, lui, n'a pas attendu vingt-quatre heures pour faire son grand retour à l'Assemblée. Tout juste réélu dans sa circonscription du Nord, le ministre de l'Intérieur est arrivé à 15 h 42 tapantes dans la cour d'honneur. Le tout en rappelant que « personne n'a gagné cette élection » et en estimant que des députés de la majorité ont été battus car : « Nous n'avons pas su faire tout ce qu'il fallait. » Un comportement jugé quelque peu cavalier par certains au sein de la majorité, qui lui reprochent de replonger, déjà, dans l'arène politique. Pourtant, rien n'interdit à un ministre encore en exercice de le faire. « Il avait fait pareil en 2022 », défend son entourage. Attal et Darmanin auront sans doute beaucoup à se dire dans l'hémicycle.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 461 mots, p. SPA13

Occitanie 09 || Ariège 2 sièges 11 || Aude 3 sièges 12 || Aveyron 3 sièges 30 || Gard 6 sièges 31 || Haute-Garonne 10 sièges 66 || Pyrénées-Orientales 4 sièges 81 || Tarn 3 sièges 82 || Tarn-et-Garonne 2 sièges 48 || Lozère 1 siège 32 || Gers 2 sièges 34 || Hérault 9 sièges 46 || Lot 2 sièges

65 || Hautes-Pyrénées 2 sièges

Sortants Sylvie Ferrer (LFI-Nupes) ; Benoit Mournet (LRM-Ensemble).

Les deux représentants du Rassemblement national (RN) étaient arrivés en tête dans ce département au soir du premier tour, mais ne parviennent pas à concrétiser le 7 juillet. Dans la 1re (Tarbes-Bagnères-de-Bigorre), la députée sortante Sylvie Ferrer (LFI-Nouveau Front populaire, 53,11 %) l’emporte grâce au front républicain face à Marie-Christine Sorin (RN). Dans la 2e (Tarbes-Lourdes), le député sortant Benoit Mournet (Renaissance-Ensemble) avait décidé de retirer sa candidature, étant arrivé en troisième position au premier tour. C’est donc Denis Fégné (PS-NFP, maire d’Ibos et vice-président de l’agglomération Tarbes-Lourdes) qui, avec 51,72 %, devance Olivier Monteil (RN). A noter cependant que le candidat RN l’emporte largement face au nouveau député à Lourdes, avec un score de 55,86 %.

Tarbes I, III, IV, Bagnères-de-Bigorre (1re)

Sylvie Ferrer (LFI-NFP) Réélue

I : 87 312 - V : 61 307 - A : 29,78 % E : 53 182 - B : 5 729 - N : 2 396

Sylvie Ferrer

, LFI-NFP, 28 245 (53,11 %) ; Marie-Christine Sorin, RN, 24 937 (46,89 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 87 328 - V : 61 494 - A : 29,58 % - E : 59 474 - B. : 1 386 -

Sorin

, 20 272 (34,09 %) ;

Ferrer

, 17 564 (29,53 %) ;

Sempastous

, 14 776 (24,84 %) ;

Evon

, 3 047 (5,12 %) ;

Claret

, 2 626 (4,42 %) ;

Bonnecarrere

, 656 (1,10 %) ;

Saez

, 533 (0,90 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 88 025 - V : 46 341 - A : 47,35 % - E : 41 209 - B. : 3 468 -

Ferrer

, 20 657 (50,13 %) ;

Sempastous

, 20 552 (49,87 %).

Tarbes II, V, Lourdes (2e)

Denis Fégné (PS-NFP) Élu

I : 88 507 - V : 62 926 - A : 28,90 % E : 56 740 - B : 4 471 - N : 1 715

Denis Fégné

, PS-NFP, 29 345 (51,72 %) ; Olivier Monteil, RN, 27 395 (48,28 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 88 496 - V : 62 793 - A : 29,04 % - E : 60 709 - B. : 1 422 -

Monteil

, 22 436 (36,96 %) ;

Fégné

, 17 055 (28,09 %) ;

Mournet

, 15 121 (24,91 %) ;

Béhague

, 3 184 (5,24 %) ;

Dabat

, 1 486 (2,45 %) ;

Alves Da Cunha

, 735 (1,21 %) ;

Meunier

, 692 (1,14 %) ;

El Marsni

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 89 776 - V : 45 397 - A : 49,43 % - E : 40 312 - B. : 3 447 -

Mournet

, 21 073 (52,27 %) ;

Korn

, 19 239 (47,73 %).

Libération
mardi 9 juillet 2024 842 mots, p. 6

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Libération (site web)

Rentrée des députés entre trac et tractations

VICTOR BOITEAU

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

Des formalités administratives aux négociations politiques, les parlementaires de la XVIIe législature ont fait une première incursion à l’Assemblée lundi.

«S’il vous plaît, madame la députée !» «Monsieur le député, sur votre droite, toute !» Sur le perron de la cour d’honneur de l’Assemblée nationale, lundi, les députés prennent la pose sous les objectifs des photographes. Ambiance cannoise et folklore parlementaire, un classique de chaque nouvelle législature. La XVIIe, qui s’ouvrira officiellement le 18 juillet, lors d’une première séance publique dans l’hémicycle, est déjà inédite sous la Ve République. Après le coup de grisou de la dissolution, une campagne éclair et la victoire, d’une courte tête, de la gauche unie, l’incertitude règne sur les contours du futur paysage politique. Trois morceaux composent cette Assemblée morcelée : le Nouveau Front populaire, avec 178 élus ; le camp présidentiel, réuni (pour l’heure) sous la bannière Ensemble, avec 150 élus ; et le Rassemblement national, 142 élus. Dans cette tripartition parlementaire, des archipels flottent. On trouve 15 députés de gauche qui n’avait pas le label «NFP», 66 élus Les Républicains et divers droite, 15 élus centristes, indépendants des macronistes… Comment, dès lors, dégager une majorité pour gouverner ? Depuis dimanche soir, la gauche unie revendique Matignon. Sans LFI, coupe le socialiste Jérôme Guedj (Essonne), pour qui il existe un «espace» entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron pour «une gauche républicaine universaliste, laïque, écologiste, européenne, féministe». Conscient de sa défaite, le bloc central plaide lui aussi pour une coalition, excluant l’extrême droite et LFI. «Il faut demander au PS s’il accepte de rompre avec La France insoumise et, dans ce cas-là, on pourrait discuter sur des grands sujets», a exposé Gérald Darmanin lundi.

CALME DE FAÇADE La droite, elle, est partagée… Certains penchent pour la coalition quand Laurent Wauquiez, élu en Haute-Loire, prône «ni coalition ni compromission». Un casse-tête… Deux ans que l’Assemblée nationale vivotait, à la recherche, texte par texte, des voix suffisantes. Voilà le macronisme privé de son dernier attribut, une majorité relative. Seule certitude, rappelée dimanche soir par le Premier ministre, Gabriel Attal : «Le centre de gravité du pouvoir sera, par la volonté des Français, désormais plus que jamais entre les mains du Parlement.» Au Palais-Bourbon, pour ce jour de rentrée, flotte un calme de façade. L’heure est aux formalités. Un parcours a été spécialement aménagé pour les nouveaux élus et les sortants. Passé un contrôle de sécurité, dans la cour d’honneur, les parlementaires sont guidés par un huissier en queue-de-pie jusqu’à des bureaux, où ils récupèrent leur écharpe d’élu, une cocarde, le règlement de l’institution… Les rescapés de la dissolution ont la mine enjouée, à l’image des députés Horizons François Jolivet (Indre) et Henri Alfandari (Indre-et-Loire), les premiers à franchir le portail, à 14 heures. «Cette Assemblée sera encore plus compliquée que la précédente…» glisse Alfandari, bien incapable de prédire l’intrigue des prochains jours. Dans les couloirs, l’ex- Première ministre Elisabeth Borne, qui a enduré les fastidieuses séances de questions au gouvernement et essuyé son lot de motions de censure, savoure d’un oeil rieur sa liberté retrouvée. Aux sortants réélus, comme Ludovic Mendes (Moselle), l’élue du Calvados donne une accolade chaleureuse et glisse quelques mots à l’oreille. La composition des futurs groupes parlementaires agite les esprits. Les cadors de feu la majorité s’activent. «Personne n’est prêt à faire un bloc commun, tique un conseiller parlementaire du camp présidentiel. Chacun joue sa partition.» Des chapelles, la droite va elle aussi en bâtir. Le président du parti Les Républicains, Eric Ciotti, contesté par ses anciens camarades, va créer son propre groupe, baptisé «A droite» ou «Les Républicains à droite», selon Christelle d’Intorni (Alpes-Maritimes). Chez les LR «canal historique», c’est Laurent Wauquiez qui va tenter d’être élu à la présidence du groupe, mercredi. Philippe Juvin ou Aurélien Pradié pourraient surgir dans ses pattes… Les députés ont jusqu’au 18 juillet pour se déclarer auprès d’un groupe.

PRONOSTICS Autre objet d’agitation, les postes clés qui seront répartis entre le 18 et le 20 juillet : présidence de l’Assemblée, questeurs, présidences des commissions… Les tractations sont lancées. Les pronostics fusent. Qui pour succéder notamment à Yaël Braun-Pivet au Perchoir ? L’élue des Yvelines se verrait bien rempiler… Le vétéran du Palais-Bourbon Charles de Courson, réélu dimanche dans la Marne ? «Il pourrait tenter le coup, phosphore un collaborateur parlementaire Horizons. Opposé à la réforme des retraites, il recueillera les suffrages de la gauche et, à défaut, le RN ne s’y opposera pas. Originaire du centre, Ensemble laissera faire. Député le plus ancien, réélu de justesse… Ça lui ferait un beau bâton de maréchal !» Autre objet de convoitises, le fauteuil de la puissante commission des finances. Les jeux sont ouverts.

Depuis la victoire, d’une courte tête, de la gauche unie, l’incertitude règne sur les contours du futur paysage politique.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 605 mots, p. SPA13

Occitanie 09 || Ariège 2 sièges 11 || Aude 3 sièges 12 || Aveyron 3 sièges 30 || Gard 6 sièges 31 || Haute-Garonne 10 sièges 65 || Hautes-Pyrénées 2 sièges 66 || Pyrénées-Orientales 4 sièges 82 || Tarn-et-Garonne 2 sièges 48 || Lozère 1 siège 32 || Gers 2 sièges 34 || Hérault 9 sièges 46 || Lot 2 sièges

81 || Tarn 3 sièges

Sortants Frédéric Cabrolier (RN) ; Karen Erodi (LFI-Nupes) ; Jean Terlier (LRM-Ensemble).

C’est la surprise de ce deuxième tour : dans la 1re circonscription (Albi Centre, Est, Sud), Frédéric Cabrolier, le député sortant Rassemblement national (RN) élu avec 53,09 % des voix en 2022, est battu par Philippe Bonnecarrère (div.c-Ensemble). Le sénateur tarnais et ancien maire d’Albi, arrivé second au premier tour, récolte 56,23 % des suffrages. Margot Lapeyre (PS-Nouveau Front populaire), arrivée troisième au premier tour, avait retiré sa candidature. Dans la 2e (Albi Nord, Carmaux), la députée sortante Karen Erodi (LFI-NFP) conserve son siège de justesse avec 50,73 % des voix face à Julien Bacou, le candidat RN. Dans la 3e (Castre-Mazamet), Jean Terlier, député sortant élu depuis 2017 sous l’étendard macroniste, conserve sa place avec 50,99 % des voix. Il bat Guilhem Carayon, candidat LR-RN, arrivé en tête au premier tour (43,51 %).

Albi Centre, Est, Sud (1re)

Philippe Bonnecarrère (div. c.-Ensemble) Élu

I : 85 364 - V : 61 008 - A : 28,53 % E : 57 851 - B : 2 069 - N : 1 088

Philippe Bonnecarrère

, div. c.-Ensemble, 32 529 (56,23 %) ; Frédéric Cabrolier, RN, 25 322 (43,77 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 85 344 - V : 60 773 - A : 28,79 % - E : 58 776 - B. : 1 314 -

Cabrolier

, 23 237 (39,53 %) ;

Bonnecarrère

, 17 352 (29,52 %) ;

Lapeyre

, 16 673 (28,37 %) ;

Rouquette

, 769 (1,31 %) ;

Chavegrand

, 567 (0,96 %) ;

Pauthier

, 178 (0,30 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 85 129 - V : 43 814 - A : 48,53 % - E : 36 025 - B. : 5 411 -

Cabrolier

, 19 125 (53,09 %) ;

Poujade

, 16 900 (46,91 %).

Albi Nord, Carmaux (2e)

Karen Erodi (LFI-NFP) Réélue

I : 110 310 - V : 79 172 - A : 28,23 % E : 69 869 - B : 6 474 - N : 2 829

Karen Erodi

, LFI-NFP, 35 446 (50,73 %) ; Julien Bacou, RN, 34 423 (49,27 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 110 310 - V : 79 089 - A : 28,3 % - E : 76 040 - B. : 2 034 -

Bacou

, 28 850 (37,94 %) ;

Erodi

, 24 048 (31,63 %) ;

Verdier

, 16 501 (21,70 %) ;

Bah

, 4 082 (5,37 %) ;

Encontre

, 1 058 (1,39 %) ;

Lamouche

, 989 (1,30 %) ;

Gimenez Sastre

, 512 (0,67 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 109 876 - V : 62 350 - A : 43,25 % - E : 60 348 - B. : 1 291 -

Erodi

, 22 633 (37,50 %) ;

Verdier-Jouclas

, 21 151 (35,05 %) ;

Bacou

, 16 564 (27,45 %).

Castres, Mazamet (3e)

Jean Terlier (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 104 787 - V : 75 669 - A : 27,79 % E : 70 849 - B : 3 265 - N : 1 555

Jean Terlier

, Ren.-Ensemble, 36 127 (50,99 %) ; Guilhem Carayon, LR-RN, 34 722 (49,01 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 104 780 - V : 75 723 - A : 27,73 % - E : 72 970 - B. : 1 794 -

Carayon

, 31 748 (43,51 %) ;

Terlier

, 20 870 (28,60 %) ;

Lassalle

, 18 525 (25,39 %) ;

Daugé

, 965 (1,32 %) ;

Tressens

, 767 (1,05 %) ;

Azais

, 95 (0,13 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 104 171 - V : 53 968 - A : 48,19 % - E : 47 474 - B. : 4 059 -

Terlier

, 25 496 (53,71 %) ;

Lassalle

, 21 978 (46,29 %).

Le Figaro, no. 24844
Le Figaro, mardi 9 juillet 2024 1267 mots, p. 6

Politique

Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

En majorité relative, le NFP veut gouverner seul

Après son succès surprise aux législatives, la gauche rêve d'imposer une cohabitation à Emmanuel Macron pour s'éviter une coalition.

Lepelletier, Pierre, Flurin, Richard

La gauche veut croire aux lendemains qui chantent. Arrivé en tête à la surprise générale dimanche soir, le Nouveau Front populaire entend bien gouverner le pays à l'issue de ces élections législatives anticipées. Tout reste cependant à construire puisque, avec environ 190 députés, le NFP ne dispose que d'une courte majorité relative, loin de la majorité absolue fixée à 289 sièges. En l'état, un gouvernement de gauche pourrait donc être rapidement renversé puisqu'il serait à la merci de n'importe quelle motion de censure des autres groupes de l'Assemblée nationale. «Personne ne peut dire qu'il a remporté ces élections», a d'ailleurs rappelé à plusieurs reprises le numéro trois du gouvernement sortant Gérald Darmanin (Intérieur). Quitte à ce que le Nouveau Front populaire ait justement à coeur de lui démontrer l'inverse, en se montrant «prêt à gouverner».

Lundi, après l'avoir parfois évoqué à voix basse dans l'entre-deux-tours, les responsables du cartel des gauches excluaient l'idée d'un gouvernement élargi aux macronistes. Un tel accord conduirait, à leurs yeux, à un trop grand nombre de compromis, ce qui finirait par dévitaliser leur programme «de rupture». «Il faut de la clarté», a résumé Olivier Faure sur Franceinfo lundi matin. Pour le premier secrétaire du PS, une coalition élargie au bloc central se réduirait à de la «tambouille politicienne» qui provoquerait «un dégoût des Français». «Nous serions le carburant de l'extrême droite», a-t-il souligné, appelant à observer les cadres du RN qui «se délectent de cette idée» du retour de «l'UMPS». «Cela leur permettrait de dire demain qu'ils sont la seule alternative», a mis en garde le chef des socialistes. Une parlementaire écolo ajoute : «Nous ne pouvons pas faire des coalitions avec les députés macronistes qui ont refusé d'en faire pendant sept ans et qui ont répété pendant trois semaines avant le premier tour que nous étions des fascistes.»

Les directions des Verts, des Insoumis et des communistes sont pour l'instant sur la même ligne. «Nous disons « tout le programme, rien que le programme »», a confirmé sur RTL la patronne des députés LFI, Mathilde Panot, pour exclure toute idée de compromis. Car le Nouveau Front populaire pense pouvoir mener sa barque en négociant «des majorités texte par texte» avec les autres groupes à l'Assemblée nationale, comme l'ont fait entre 2022 et 2024 les gouvernements macronistes qui ne disposaient pas de majorité absolue. Les représentants du NFP soulignent par ailleurs que si les députés du camp présidentiel souhaitent les renverser, ils devront mathématiquement s'allier aux élus du Rassemblement national pour faire voter une motion de censure. «Chaque groupe prendra ses responsabilités», a prévenu Mathilde Panot.

Olivier Faure a du reste annoncé que le Nouveau Front populaire n'excluait pas de recourir à l'article 49.3 pour «défaire» par la force ce qui a été adopté par la force par les gouvernements d'Emmanuel Macron. «Il s'agirait d'un parallélisme des formes», a-t-il justifié, évoquant notamment l'abrogation de la réforme des retraites. Avant d'être contredit quelques instants plus tard par l'écologiste Sandrine Rousseau sur BFMTV : «Le Nouveau Front populaire ne gouvernera pas par 49.3. Nous respecterons l'Assemblée nationale. Nous chercherons des majorités, texte par texte. C'est l'esprit du Parlement», a-t-elle promis. Alors que LFI promet de longue date la suppression de cet article de la Constitution dont les mélenchonistes condamnent systématiquement l'usage.

Au sein des formations de gauche, si certains se montrent optimistes, d'autres refusent de se projeter outre mesure pour l'instant. «Penser que l'on peut gouverner avec moins de 200députés, c'est vivre dans un monde parallèle. Ça n'existe pas», prévient un responsable socialiste, opposant interne d'Olivier Faure. «Il n'y a pas cinquante options. Nous devons discuter avec d'autres forces politiques en partant de l'ossature de notre projet. Cela ne veut pas dire trahir notre programme, mais trouver des compromis, qui ne sont pas des compromissions», poursuit-on de même source. «Il faut réussir à étendre au maximum sans trop lâcher sur le programme pour éviter le plus possible de passer en force. Autrement, nous le paierons politiquement » , abonde un député écologiste.

Une fois tranché ce débat de fond viendra alors la question du premier ministre, puisque le NFP était le seul des trois blocs à n'avoir pas réussi à se mettre d'accord sur une incarnation commune durant la campagne. Or, là où la défaite annoncée rendait ce dossier moins urgent, la victoire surprise oblige au contraire à remplir à la hâte cette case vide. Les chefs de parti affirment en choeur qu'un nom sera trouvé «dans la semaine». Une nouvelle réunion organisée «dans un lieu neutre» devait d'ailleurs se prolonger jusque tard dans la nuit lundi soir.

Car à défaut de se retrouver derrière un « candidat naturel » qui ferait l'unanimité pour Matignon, les différentes composantes de la gauche ont préféré chercher à mettre au point un mode de désignation consensuel. Faut-il procéder par vote ? Chacun des quatre partis dispose-t-il d'un droit de veto ? Le premier ministre doit-il émaner du groupe parlementaire le plus important ? Avant même que ces questions aient trouvé réponse, les uns et les autres ont déjà fixé leurs lignes rouges. Tandis que les Insoumis ont martelé, à l'instar de Mathilde Panot, que Jean-Luc Mélenchon «n'est absolument pas disqualifié» pour diriger un hypothétique gouvernement rouge-rose-vert, les autres membres du NFP ont juré qu'il n'en était pas question. «Il est clair que la personne choisie doit être très fédératrice au sein de nos différentes familles politiques», a prévenu la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, quand d'autres n'ont pas hésité à exprimer cette position plus explicitement encore.

Dans cette séquence, les Verts pensent qu'ils ont une carte à jouer. En s'imposant habilement comme le «trait d'union» de la gauche après la dissolution, puis en jouant les premiers rôles dans la campagne d'entre-deux-tours, Marine Tondelier a marqué des points. Même si son parti reste minoritaire dans la moitié gauche de la nouvelle Assemblée, la patronne des Écologistes veut croire que son nom pourrait faire consensus par élimination, tout comme celui de la présidente sortante des députés écolos, Cyrielle Châtelain, très appréciée. Le PS, lui aussi renforcé après ces législatives, n'est pas en reste de candidats putatifs. D'aucuns bruissent d'une candidature de Boris Vallaud, haut fonctionnaire et chef du groupe socialiste sortant, au siège de premier ministre.

De leur côté, les Insoumis poussaient en sous-main lundi la députée du Val-de-Marne, Clémence Guetté. «Elle a un profil qui rassure. Dans la coalition, tout le monde la connaît. Beaucoup ont travaillé avec elle sur les négociations pour le programme et c'est une femme», énumérait un Insoumis au sujet de cette très proche de Jean-Luc Mélenchon. Sa désignation représenterait une victoire pour le chef de LFI, qui a vu son influence considérablement se réduire au sein de la coalition, contrairement à l'alliance de la Nupes en 2022 sur laquelle il régnait de façon hégémonique.

Pis, les Insoumis ne sont même pas garantis de rester le premier groupe de gauche à l'Assemblée, où ils souffrent de la concurrence socialiste. Les principaux frondeurs réélus, malgré la «purge» pour certains, ont déjà annoncé quitter le navire mélenchoniste. Dans leur sillage, ils pourraient emmener quelques-uns de leurs camarades avec eux. De quoi affaiblir, encore un peu plus, les Insoumis. Et surtout le premier d'entre eux, Jean-Luc Mélenchon. P.L. ET R.F.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 819 mots, p. SPA4

Bourgogne- Franche-Comté 21 || Côte-d’Or 5 sièges 39 || Jura 3 sièges 58 || Nièvre 2 sièges 70 || Haute-Saône 2 sièges 71 || Saône-et-Loire 5 sièges 89 || Yonne 3 sièges 90 || Territoire de Belfort 2 sièges

25 || Doubs 5 sièges

Sortants Laurent Croizier (MoDem-Ensemble) ; Eric Alauzet (LRM-Ensemble) ; Nicolas Pacquot (LRM-Ensemble) ; Géraldine Grangier (RN) ; Annie Genevard (LR).

Les électeurs de la 2e circonscription du Doubs, qui couvre une partie de Besançon et des environs, ont permis à Dominique Voynet de faire son retour en politique. Bien que domiciliée dans le Jura, l’ancienne ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement de Lionel Jospin a été élue sous l’étiquette Les Ecologistes, avec 59,95 % des suffrages, face à un candidat Rassemblement national (RN). Elle sera l’unique députée de gauche dans l’ancienne région Franche-Comté. Annie Genevard, secrétaire générale du parti Les Républicains (LR), a retrouvé son siège avec 62,69 %, ainsi que Laurent Croizier, sortant MoDem, à la faveur d’une triangulaire, et Géraldine Grangier, sortante RN. En revanche, Nicolas Pacquot, député sortant Renaissance, a été battu de peu par Matthieu Bloch, candidat LR soutenu par le RN.

Besançon Ouest (1re)

Laurent Croizier (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 75 796 - V : 54 735 - A : 27,79 % E : 53 415 - B : 966 - N : 354

Laurent Croizier

, MoDem-Ensemble, 19 324 (36,18 %) ; Thomas Lutz, RN, 17 261 (32,31 %) ; Séverine Vezies, LFI-NFP, 16 830 (31,51 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 75 793 - V : 53 642 - A : 29,23 % - E : 52 132 - B. : 1 096 -

Croizier

, 17 475 (33,52 %) ;

Vezies

, 16 555 (31,76 %) ;

Lutz

, 16 264 (31,20 %) ;

Pernin

, 923 (1,77 %) ;

Friess

, 780 (1,50 %) ;

Ruch

, 133 (0,26 %) ;

Moré

, 2 (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 76 211 - V : 36 829 - A : 51,67 % - E : 33 663 - B. : 2 231 -

Croizier

, 17 465 (51,88 %) ;

Vezies

, 16 198 (48,12 %).

Besançon Est (2e)

Dominique Voynet (EELV-NFP) Élue

I : 78 894 - V : 57 435 - A : 27,20 % E : 51 802 - B : 4 253 - N : 1 380

Dominique Voynet

, EELV-NFP, 31 053 (59,95 %) ; Eric Fusis, RN, 20 749 (40,05 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 78 875 - V : 57 350 - A : 27,29 % - E : 56 084 - B. : 858 -

Voynet

, 19 160 (34,16 %) ;

Fusis

, 16 895 (30,12 %) ;

Vuillemin

, 15 026 (26,79 %) ;

Roy

, 4 215 (7,52 %) ;

Vuitton

, 788 (1,41 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 175 - V : 40 400 - A : 48,97 % - E : 36 849 - B. : 2 464 -

Alauzet

, 19 255 (52,25 %) ;

Ravacley

, 17 594 (47,75 %).

Montbéliard (3e)

Matthieu Bloch (LR-RN) Élu

I : 64 751 - V : 44 731 - A : 30,92 % E : 42 444 - B : 1 683 - N : 604

Matthieu Bloch

, LR-RN, 21 543 (50,76 %) ; Nicolas Pacquot, Ren.-Ensemble, 20 901 (49,24 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 64 748 - V : 44 222 - A : 31,7 % - E : 42 381 - B. : 1 149 -

Bloch

, 18 795 (44,35 %) ;

Pacquot

, 12 806 (30,22 %) ;

Dayet

, 9 138 (21,56 %) ;

Kemps

, 889 (2,10 %) ;

Plain

, 753 (1,78 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 64 514 - V : 29 762 - A : 53,87 % - E : 27 057 - B. : 2 021 -

Pacquot

, 13 754 (50,83 %) ;

Fritsch

, 13 303 (49,17 %).

Audincourt (4e)

Géraldine Grangier (RN) Réélue

I : 65 484 - V : 43 674 - A : 33,31 % E : 40 607 - B : 2 128 - N : 939

Géraldine Grangier

, RN, 22 274 (54,85 %) ; Magali Duvernois, PS-NFP, 18 333 (45,15 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 65 469 - V : 42 940 - A : 34,41 % - E : 41 762 - B. : 770 -

Grangier

, 19 891 (47,63 %) ;

Duvernois

, 11 804 (28,26 %) ;

Gautier

, 8 531 (20,43 %) ;

Vola

, 902 (2,16 %) ;

Treppo

, 634 (1,52 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 65 553 - V : 28 222 - A : 56,95 % - E : 26 199 - B. : 1 456 -

Grangier

, 13 357 (50,98 %) ;

Barbier

, 12 842 (49,02 %).

Pontarlier (5e)

Annie Genevard (LR) Réélue

I : 85 273 - V : 59 169 - A : 30,61 % E : 56 749 - B : 1 712 - N : 708

Annie Genevard

, LR, 35 576 (62,69 %) ; Florianne Jeandenand, RN, 21 173 (37,31 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 85 263 - V : 59 293 - A : 30,46 % - E : 57 831 - B. : 871 -

Genevard

, 20 356 (35,20 %) ;

Jeandenand

, 19 505 (33,73 %) ;

Cassez

, 9 709 (16,79 %) ;

Boillot

, 7 176 (12,41 %) ;

Morrison

, 588 (1,02 %) ;

Laurent

, 497 (0,86 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 84 722 - V : 35 102 - A : 58,57 % - E : 31 477 - B. : 2 630 -

Genevard

, 22 681 (72,06 %) ;

Alpy

, 8 796 (27,94 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 323 mots, p. SPA11

Nouvelle-Aquitaine 16 || Charente 3 sièges 17 || Charente-Maritime 5 sièges 19 || Corrèze 2 sièges 23 || Creuse 1 siège 24 || Dordogne 4 sièges 33 || Gironde 12 sièges 40 || Landes 3 sièges 47 || Lot-et-Garonne 3 sièges 64 || Pyrénées-Atlantiques 6 sièges 79 || Deux-Sèvres 3 sièges 86 || Vienne 4 sièges 87 || Haute-Vienne 3 sièges

Sortants Catherine Couturier (LFI-Nupes).

L’unique circonscription de la Creuse bascule vers l’union de l’extrême droite. Dans ce département où Les Républicains (LR) sont partis divisés, Bartolomé Lenoir, le président de la fédération départementale des LR, proche d’Eric Ciotti, a été élu dans la coalition avec le Rassemblement national (RN, 37,69 %). Il devance Valérie Simonet, présidente du conseil départemental (droite républicaine et centre) de 1 757 voix (34,87 %). Le soutien de l’ex-député macroniste Jean-Baptiste Moreau n’a pas suffi à la candidate divers droite pour combler son retard. Arrivée troisième au premier tour, elle n’avait pas voulu se désister. Catherine Couturier, la députée sortante LFI-Nouveau Front populaire, ferme la marche dans cette triangulaire. Battue (27,44 %), elle a perdu 4 631 voix par rapport à 2022.

Circonscription unique (1re)

Bartolomé Lenoir (LR-RN) Élu

I : 89 962 - V : 64 600 - A : 28,19 % E : 62 390 - B : 1 377 - N : 833

Bartolomé Lenoir

, LR-RN, 23 513 (37,69 %) ; Valérie Simonet, div. d., 21 756 (34,87 %) ; Catherine Couturier, LFI-NFP, 17 121 (27,44 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 89 980 - V : 63 557 - A : 29,37 % - E : 61 182 - B. : 1 468 -

Lenoir

, 20 403 (33,35 %) ;

Couturier

, 14 359 (23,47 %) ;

Simonet

, 13 536 (22,12 %) ;

Moreau

, 10 670 (17,44 %) ;

Dumon

, 958 (1,57 %) ;

Verheyen Valade

, 763 (1,25 %) ;

Pinson

, 493 (0,81 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 91 036 - V : 47 942 - A : 47,34 % - E : 42 284 - B. : 3 438 -

Couturier

, 21 752 (51,44 %) ;

Moreau

, 20 532 (48,56 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 471 mots, p. SPA13

Occitanie 09 || Ariège 2 sièges 11 || Aude 3 sièges 12 || Aveyron 3 sièges 30 || Gard 6 sièges 31 || Haute-Garonne 10 sièges 65 || Hautes-Pyrénées 2 sièges 66 || Pyrénées-Orientales 4 sièges 81 || Tarn 3 sièges 82 || Tarn-et-Garonne 2 sièges 48 || Lozère 1 siège 32 || Gers 2 sièges 34 || Hérault 9 sièges

46 || Lot 2 sièges

Sortants Aurélien Pradié (LR) ; Huguette Tiegna (LRM-Ensemble).

Dans la 1re circonscription du Lot, le score est sans appel pour Aurélien Pradié, le candidat en rupture avec Les Républicains (LR) qui concourait sous les couleurs de son micro-parti, Du courage. Le député sortant briguait un troisième mandat et s’impose avec 53,78 % des voix face à la candidate (LFI-Nouveau Front populaire) Elsa Bougeard (23,26 %) et la candidate du Rassemblement national (RN) Slavka Mihaylova (22,96 %). Dans la 2e circonscription, Christophe Proença, socialiste investi par le NFP, obtient haut la main un siège à l’Assemblée nationale, avec 46,83 % des voix. Le maire du petit village de Gintrac devance Gérard Blanchet, du RN (32,51 %). Huguette Tiegna, la députée sortante du camp présidentiel (Ensemble), restée sourde aux appels au retrait, perd son siège, obtenant la troisième place avec 20,66 % des voix.

Cahors (1re)

Aurélien Pradié (div. d.) Réélu

I : 73 051 - V : 53 274 - A : 27,07 % E : 52 153 - B : 698 - N : 423

Aurélien Pradié

, div. d., 28 049 (53,78 %) ; Elsa Bougeard, LFI-NFP, 12 129 (23,26 %) ; Slavka Mihaylova, RN, 11 975 (22,96 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 047 - V : 53 676 - A : 26,52 % - E : 52 503 - B. : 598 -

Pradié

, 22 180 (42,25 %) ;

Bougeard

, 12 775 (24,33 %) ;

Mihaylova

, 12 108 (23,06 %) ;

Decremps

, 4 689 (8,93 %) ;

Tesson

, 398 (0,76 %) ;

Domenech

, 353 (0,67 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 72 859 - V : 41 848 - A : 42,56 % - E : 39 632 - B. : 1 448 -

Pradié

, 25 616 (64,63 %) ;

Bougeard

, 14 016 (35,37 %).

Figeac (2e)

Christophe Proença (PS-NFP) Élu

I : 66 321 - V : 49 709 - A : 25,05 % E : 47 773 - B : 1 243 - N : 693

Christophe Proença

, PS-NFP, 22 373 (46,83 %) ; Gérard Raymond Blanchet, RN, 15 530 (32,51 %) ; Huguette Tiegna, Ren.-Ensemble, 9 870 (20,66 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 66 320 - V : 49 297 - A : 25,67 % - E : 47 303 - B. : 1 114 -

Proença

, 18 079 (38,22 %) ;

Blanchet

, 14 369 (30,38 %) ;

Tiegna

, 12 752 (26,96 %) ;

Paget

, 1 237 (2,62 %) ;

Viau

, 607 (1,28 %) ;

Bouguerra

, 259 (0,55 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 66 674 - V : 39 514 - A : 40,74 % - E : 37 329 - B. : 1 312 -

Tiegna

, 12 745 (34,14 %) ;

Grossemy

, 12 618 (33,80 %) ;

Proença

, 11 966 (32,06 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 2025 mots, p. SPA3

Auvergne- Rhône-Alpes 01 || Ain 5 sièges 03 || Allier 3 sièges 07 || Ardèche 3 sièges 15 || cantal 2 sièges 26 || drôme 4 sièges 38 || Isère 10 sièges 42 || Loire 6 sièges 43 || Haute-Loire 2 sièges 63 || Puy-de-Dôme 5 sièges 73 || Savoie 4 sièges 74 || Haute-Savoie 6 sièges

69 || Rhône 14 sièges

Sortants Thomas Rudigoz (LRM-Ensemble) ; Hubert Julien-Laferrière (GE-Nupes) ; Marie-Charlotte Garin (EELV-Nupes) ; Anne Brugnera (LRM-Ensemble) ; Blandine Brocard (MoDem-Ensemble) ; Gabriel Amard (LFI-Nupes) ; Alexandre Vincendet (LR) ; Nathalie Serre (LR) ; Alexandre Portier (LR) ; Thomas Gassilloud (Agir-Ensemble) ; Jean-Luc Fugit (LRM-Ensemble) ; Cyrille Isaac-Sibille (MoDem-Ensemble) ; Sarah Tanzilli (LRM-Ensemble) ; Idir Boumertit (LFI-Nupes).

L’union de la gauche réalise un grand chelem historique en remportant les quatre circonscriptions de Lyon, dont la 4e, avec la victoire de Sandrine Runel (Parti socialiste) dans l’ancien fief de Raymond Barre, contre la députée sortante Anne Brugnera (Renaissance-Ensemble). Anaïs Belouassa-Cherifi (La France insoumise-Nouveau Front populaire) déboulonne Thomas Rudigoz (Ren.-Ens.), le sortant dans la 1re. Le département compte désormais deux élus d’extrême droite, dans les 8e (L’Arbresle) et 13e circonscriptions (Meyzieu, Saint-Priest). La majorité présidentielle perd deux sièges sur quatre dans le berceau de la macronie, et Les Républicains (LR), deux sièges sur trois. Passé des Républicains à Horizons, le député sortant Alexandre Vincendet chute dans la 7e, à Rillieux-la-Pape et à Vaulx-en-Velin, où Abdelkader Lahmar (LFI-NFP) le devance de 20 points.

élue du premier tour Marie-Charlotte Garin - EELV-NFP - 3e

Lyon V et parties de Lyon I, IV, X et XII (1re)

Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI-NFP) Élue

I : 71 914 - V : 52 373 - A : 27,17 % E : 51 436 - B : 702 - N : 235

Anaïs Belouassa-Cherifi

, LFI-NFP, 23 970 (46,60 %) ; Thomas Rudigoz, Ren.-Ensemble, 18 115 (35,22 %) ; Laurent Mouton, RN, 9 351 (18,18 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 71 917 - V : 53 304 - A : 25,88 % - E : 52 592 - B. : 511 -

Belouassa-Cherifi

, 22 300 (42,40 %) ;

Rudigoz

, 15 631 (29,72 %) ;

Mouton

, 9 521 (18,10 %) ;

Sansoz

, 3 070 (5,84 %) ;

Thiriat

, 1 176 (2,24 %) ;

Alves

, 424 (0,81 %) ;

Bugni

, 358 (0,68 %) ;

Eymeric

, 110 (0,21 %) ;

Lopouchansky

, 2 (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 72 741 - V : 37 957 - A : 47,82 % - E : 36 255 - B. : 1 233 -

Rudigoz

, 18 803 (51,86 %) ;

Gries

, 17 452 (48,14 %).

Lyon II, III et parties de Lyon I et IV (2e)

Boris Tavernier (EELV-NFP) Élu

I : 74 622 - V : 54 430 - A : 27,06 % E : 51 624 - B : 2 105 - N : 701

Boris Tavernier

, EELV-NFP, 30 239 (58,58 %) ; Loïc Terrenes, Ren.-Ensemble, 21 385 (41,42 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 74 611 - V : 58 150 - A : 22,06 % - E : 57 534 - B. : 427 -

Tavernier

, 28 567 (49,65 %) ;

Terrenes

, 14 455 (25,12 %) ;

Bisleau

, 8 228 (14,30 %) ;

Guilloteau

, 4 456 (7,74 %) ;

Mahmoud-Vintam

, 731 (1,27 %) ;

Etenne

, 456 (0,79 %) ;

Briday

, 297 (0,52 %) ;

Coulan

, 148 (0,26 %) ;

Jouteux

, 133 (0,23 %) ;

Touihri

, 63 (0,11 %) ;

Bruno

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 74 047 - V : 42 164 - A : 43,06 % - E : 40 371 - B. : 1 289 -

Julien-Laferrière

, 20 847 (51,64 %) ;

Terrenes

, 19 524 (48,36 %).

Lyon VI, VII, XI, XIII et partie de Lyon XIV (4e)

Sandrine Runel (PS-NFP) Élue

I : 78 903 - V : 59 526 - A : 24,56 % E : 58 509 - B : 802 - N : 215

Sandrine Runel

, PS-NFP, 24 852 (42,48 %) ; Anne Brugnera, Ren.-Ensemble, 23 208 (39,67 %) ; Yannick Chaumont, RN, 10 449 (17,86 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 78 898 - V : 61 080 - A : 22,58 % - E : 60 411 - B. : 517 -

Runel

, 22 959 (38,00 %) ;

Brugnera

, 18 744 (31,03 %) ;

Chaumont

, 10 818 (17,91 %) ;

Billard

, 6 267 (10,37 %) ;

Torrent

, 655 (1,08 %) ;

Quevy

, 496 (0,82 %) ;

Laurent

, 329 (0,54 %) ;

Vel

, 143 (0,24 %) ;

Jego

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 78 300 - V : 43 825 - A : 44,03 % - E : 41 162 - B. : 1 465 -

Brugnera

, 24 338 (59,13 %) ;

Badouard

, 16 824 (40,87 %).

Caluire-et-Cuire (5e)

Blandine Brocard (MoDem-Ensemble) Réélue

I : 90 622 - V : 67 704 - A : 25,29 % E : 66 406 - B : 1 047 - N : 251

Blandine Brocard

, MoDem-Ensemble, 26 066 (39,25 %) ; Sasha Bitoum, RN, 23 669 (35,64 %) ; Fabrice Matteucci, PS-NFP, 16 671 (25,10 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 90 607 - V : 68 230 - A : 24,7 % - E : 67 326 - B. : 696 -

Brocard

, 21 552 (32,01 %) ;

Matteucci

, 17 831 (26,48 %) ;

Bitoum

, 17 090 (25,38 %) ;

Joint

, 9 431 (14,01 %) ;

Bazin

, 1 009 (1,50 %) ;

Riviere

, 413 (0,61 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 90 165 - V : 46 120 - A : 48,85 % - E : 43 374 - B. : 2 033 -

Brocard

, 29 199 (67,32 %) ;

Matteucci

, 14 175 (32,68 %).

Villeurbanne (6e)

Gabriel Amard (LFI-NFP) Réélu

I : 92 019 - V : 53 826 - A : 41,51 % E : 50 134 - B : 2 930 - N : 762

Gabriel Amard

, LFI-NFP, 25 352 (50,57 %) ; Jean-Paul Bret, PS dis., 24 782 (49,43 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 92 008 - V : 59 971 - A : 34,82 % - E : 58 963 - B. : 768 -

Amard

, 27 294 (46,29 %) ;

Bret

, 11 755 (19,94 %) ;

Agus

, 11 167 (18,94 %) ;

Fraysse

, 7 247 (12,29 %) ;

Basilien

, 723 (1,23 %) ;

Bouhami

, 466 (0,79 %) ;

Mizony

, 184 (0,31 %) ;

Lawson Doute

, 127 (0,22 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 89 588 - V : 38 783 - A : 56,71 % - E : 36 725 - B. : 1 526 -

Amard

, 20 397 (55,54 %) ;

Haziza

, 16 328 (44,46 %).

Vaulx-en-Velin (7e)

Abdelkader Lahmar (LFI-NFP) Élu

I : 72 634 - V : 44 562 - A : 38,65 % E : 43 901 - B : 472 - N : 189

Abdelkader Lahmar

, LFI-NFP, 21 966 (50,04 %) ; Alexandre Vincendet, Hor.-Ensemble, 13 214 (30,10 %) ; Cédric Pignal, RN, 8 721 (19,87 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 72 607 - V : 44 390 - A : 38,86 % - E : 43 614 - B. : 527 -

Lahmar

, 20 062 (46,00 %) ;

Vincendet

, 11 799 (27,05 %) ;

Pignal

, 9 280 (21,28 %) ;

Fontaine

, 1 536 (3,52 %) ;

Spreux

, 526 (1,21 %) ;

Benon

, 411 (0,94 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 70 999 - V : 28 812 - A : 59,42 % - E : 27 697 - B. : 799 -

Vincendet

, 14 801 (53,44 %) ;

Lahmar

, 12 896 (46,56 %).

L'Arbresle (8e)

Jonathan Gery (RN) Élu

I : 105 986 - V : 79 115 - A : 25,35 % E : 77 363 - B : 1 365 - N : 387

Jonathan Gery

, RN, 29 317 (37,90 %) ; Nathalie Serre, LR, 24 556 (31,74 %) ; Anne Reymbaut, PS-NFP, 23 439 (30,30 %) ; Dominique Despras, MoDem-Ensemble, 51 (0,07 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 106 007 - V : 78 613 - A : 25,84 % - E : 77 141 - B. : 1 101 -

Gery

, 25 808 (33,46 %) ;

Reymbaut

, 17 548 (22,75 %) ;

Despras

, 16 338 (21,18 %) ;

Serre

, 15 941 (20,66 %) ;

Fourboul

, 876 (1,14 %) ;

Teyssier

, 630 (0,82 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 105 090 - V : 47 751 - A : 54,56 % - E : 43 013 - B. : 3 732 -

Serre

, 21 855 (50,81 %) ;

Despras

, 21 158 (49,19 %).

Villefranche-sur-Saône (9e)

Alexandre Portier (LR) Réélu

I : 98 153 - V : 69 940 - A : 28,74 % E : 67 708 - B : 1 725 - N : 507

Alexandre Portier

, LR, 40 872 (60,37 %) ; Patrick Louis, LR-RN, 26 836 (39,63 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 98 123 - V : 70 343 - A : 28,31 % - E : 69 096 - B. : 973 -

Louis

, 24 464 (35,41 %) ;

Portier

, 17 554 (25,41 %) ;

Soumireu-Lartigue

, 16 066 (23,25 %) ;

Laurent

, 9 935 (14,38 %) ;

D'Autryve

, 613 (0,89 %) ;

Helly

, 464 (0,67 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 96 653 - V : 40 526 - A : 58,07 % - E : 36 395 - B. : 3 276 -

Portier

, 22 385 (61,51 %) ;

Méjean

, 14 010 (38,49 %).

Saint-Genis-Laval (10e)

Thomas Gassilloud (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 99 067 - V : 74 495 - A : 24,80 % E : 71 661 - B : 2 221 - N : 613

Thomas Gassilloud

, Ren.-Ensemble, 45 099 (62,93 %) ; Cecile Patout, RN, 26 562 (37,07 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 99 044 - V : 74 928 - A : 24,35 % - E : 73 640 - B. : 990 -

Gassilloud

, 23 963 (32,54 %) ;

Patout

, 22 941 (31,15 %) ;

Perrin

, 17 412 (23,64 %) ;

Cruz

, 6 689 (9,08 %) ;

Hornus

, 1 296 (1,76 %) ;

Berenyi Geley

, 788 (1,07 %) ;

Bompard

, 551 (0,75 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 99 415 - V : 49 294 - A : 50,42 % - E : 46 074 - B. : 2 419 -

Gassilloud

, 30 089 (65,31 %) ;

Edery

, 15 985 (34,69 %).

Givors (11e)

Jean-Luc Fugit (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 98 040 - V : 70 284 - A : 28,31 % E : 67 283 - B : 2 339 - N : 662

Jean-Luc Fugit

, Ren.-Ensemble, 38 214 (56,80 %) ; Alexandre Humbert Dupalais, LR-RN, 29 069 (43,20 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 98 020 - V : 70 434 - A : 28,14 % - E : 68 931 - B. : 1 100 -

Humbert Dupalais

, 25 371 (36,81 %) ;

Fugit

, 18 564 (26,93 %) ;

Yousfi

, 15 765 (22,87 %) ;

Ferro

, 6 707 (9,73 %) ;

Spennato

, 1 974 (2,86 %) ;

Browning

, 550 (0,80 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 96 597 - V : 43 965 - A : 54,49 % - E : 40 353 - B. : 2 697 -

Fugit

, 25 864 (64,09 %) ;

Yousfi

, 14 489 (35,91 %).

Oullins (12e)

Cyrille Isaac-Sibille (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 82 772 - V : 60 917 - A : 26,40 % E : 59 815 - B : 824 - N : 278

Cyrille Isaac-Sibille

, MoDem-Ensemble, 23 200 (38,79 %) ; Lucie Gaillot Durand, EELV-NFP, 19 938 (33,33 %) ; Clémence Luisier, RN, 16 677 (27,88 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 82 747 - V : 60 948 - A : 26,34 % - E : 60 105 - B. : 613 -

Gaillot Durand

, 18 044 (30,02 %) ;

Isaac-Sibille

, 17 411 (28,97 %) ;

Luisier

, 15 003 (24,96 %) ;

Charmot

, 8 345 (13,88 %) ;

Gallice

, 737 (1,23 %) ;

Faurite

, 565 (0,94 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 82 191 - V : 41 139 - A : 49,95 % - E : 38 534 - B. : 1 887 -

Isaac-Sibille

, 24 244 (62,92 %) ;

Baudin

, 14 290 (37,08 %).

Meyzieu, Saint-Priest (13e)

Tiffany Joncour (RN) Élue

I : 89 820 - V : 62 040 - A : 30,93 % E : 55 665 - B : 5 127 - N : 1 248

Tiffany Joncour

, RN, 28 871 (51,87 %) ; Victor Prandt, LFI-NFP, 26 794 (48,13 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 89 801 - V : 62 702 - A : 30,18 % - E : 61 671 - B. : 751 -

Joncour

, 22 417 (36,35 %) ;

Prandt

, 16 178 (26,23 %) ;

Tanzilli

, 14 933 (24,21 %) ;

Meunier

, 6 106 (9,90 %) ;

Barthès

, 799 (1,30 %) ;

Gigarel

, 610 (0,99 %) ;

Piot

, 523 (0,85 %) ;

Biaut

, 105 (0,17 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 88 594 - V : 38 369 - A : 56,69 % - E : 35 435 - B. : 2 159 -

Tanzilli

, 22 378 (63,15 %) ;

Prandt

, 13 057 (36,85 %).

Vénissieux (14e)

Idir Boumertit (LFI-NFP) Réélu

I : 76 601 - V : 45 318 - A : 40,84 % E : 41 957 - B : 2 572 - N : 789

Idir Boumertit

, LFI-NFP, 27 268 (64,99 %) ; Cédric Mermet, RN, 14 689 (35,01 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 76 572 - V : 45 791 - A : 40,2 % - E : 44 798 - B. : 654 -

Boumertit

, 21 854 (48,78 %) ;

Mermet

, 12 637 (28,21 %) ;

Almeras

, 6 996 (15,62 %) ;

Mazzone

, 2 059 (4,60 %) ;

Minoux

, 815 (1,82 %) ;

Riha

, 437 (0,98 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 892 - V : 26 158 - A : 65,53 % - E : 24 338 - B. : 1 228 -

Boumertit

, 13 798 (56,69 %) ;

Blein

, 10 540 (43,31 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 428 mots, p. 6
Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Trois dissidents de La France insoumise réélus

Sa. C.

C’est un camouflet pour Jean-Luc Mélenchon. Trois des quatre députés « insoumis » qu’il avait choisi de ne pas réinvestir ont finalement été réélus, dimanche 7 juillet. Ils ne siégeront donc plus dans le groupe de La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale.

A Paris, Danielle Simonnet a infligé une défaite cuisante à sa rivale, Céline Verzeletti, l’emportant dans la 15e circonscription, avec 74,2 % des voix. Sur le réseau social X, elle a adressé un « immense merci » à ses militants et à ses électeurs. « Le[Nouveau] Front populaire[NFP], on le construit ensemble, par la base », a-t-elle commenté, une manière de dire que LFI n’était pas propriétaire de l’alliance de la gauche. Pendant la campagne, son ancien parti l’avait durement attaquée, l’accusant, par la voix de Sophia Chikirou, une intime de M. Mélenchon, de « petits arrangements »et de « sabotage contre le collectif ».

A quelques stations de métro de là, dans la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière aussi a été réélu, avec 57,2 % des voix, face à Sabrina Ali Benali, la candidate LFI. « Nous avons été soumis à un duel fratricide qui était vraiment inutile », a rappelé le député sur TF1, appelant à ce que le NFP soit « démocratique », afin « d’être à la hauteur des attentes des Français ».

Juste à côté, dans la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis, Raquel Garrido, compagne à la ville d’Alexis Corbière et ancienne députée, arrivée en troisième position au premier tour, s’était désistée au profit d’Aly Diouara, investi par LFI. Ce dernier a remporté le second tour, avec 60,6 % des suffrages, face à la maire de Drancy, Aude Lagarde (Union des démocrates et indépendants).

A Marseille, dans la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône, Hendrik Davi, un proche de Clémentine Autain, elle aussi en disgrâce au sein de LFI (et élue dès le premier tour en Seine-Saint-Denis), a remporté le scrutin (66 %) face à Franck Liquori, du Rassemblement national. Une victoire rendue possible par le désistement d’Allan Popelard, le candidat officiel de LFI, qui a toutefois accusé M. Davi d’avoir « placé l’extrême droite en tête de la circonscription »à l’issue du premier tour et d’avoir « usurpé l’identité du NFP ». Après sa victoire, M. Davi a préféré ne pas relancer les hostilités. Devant sa permanence marseillaise, il a simplement dit son « immense joie de voir la gauche en tête ». «[Jordan] Bardella ne sera pas premier ministre. Nous devons maintenant mettre en œuvre le programme du NFP » , écrivait-il sur X, dimanche soir.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1693 mots, p. SPA11

Nouvelle-Aquitaine 16 || Charente 3 sièges 17 || Charente-Maritime 5 sièges 19 || Corrèze 2 sièges 23 || Creuse 1 siège 24 || Dordogne 4 sièges 40 || Landes 3 sièges 47 || Lot-et-Garonne 3 sièges 64 || Pyrénées-Atlantiques 6 sièges 79 || Deux-Sèvres 3 sièges 86 || Vienne 4 sièges 87 || Haute-Vienne 3 sièges

33 || Gironde 12 sièges

Sortants Thomas Cazenave (LRM-Ensemble) ; Nicolas Thierry (EELV-Nupes) ; Loïc Prud’homme (LFI-Nupes) ; Alain David (PS-Nupes) ; Grégoire de Fournas (RN) ; Eric Poulliat (LRM-Ensemble) ; Bérangère Couillard (LRM-Ensemble) ; Sophie Panonacle (LRM-Ensemble) ; Sophie Mette (MoDem-Ensemble) ; Florent Boudié (LRM-Ensemble) ; Edwige Diaz (RN) ; Pascal Lavergne (LRM-Ensemble).

La gauche devient majoritaire en Gironde, en remportant sept des douze circonscriptions. Dans le Médoc, Grégoire de Fournas (Rassemblement national, RN) s’incline face à la candidate socialiste Pascale Got (Nouveau Front populaire, NFP) qui retrouve son fauteuil de députée. Le RN ne conserve que la 11e circonscription (Blaye) enlevée au premier tour par Edwige Diaz. Huit des douze députés sortants gardent leur siège, dont le ministre Thomas Cazenave (Renaissance-Ensemble) à Bordeaux. L’ancienne majorité présidentielle résiste à la poussée RN grâce au désistement de la gauche à Arcachon (8e), dans le Langonnais et le Libournais. En revanche, elle perd dans des triangulaires face à des socialistes à Mérignac et à Pessac. A La Réole (12e), où le député sortant Pascal Lavergne (Renaissance-Ensemble) s’était désisté, Mathilde Feld (La France insoumise-NFP) bat Rémy Berthonneau (RN).

élue du premier tour Edwige Diaz - RN - 11e

Bordeaux I, II, VIII (1re)

Thomas Cazenave (Ren.-Ensemble) Élu

I : 105 877 - V : 74 898 - A : 29,26 % E : 73 529 - B : 1 064 - N : 305

Thomas Cazenave

, Ren.-Ensemble, 31 768 (43,20 %) ; Céline Papin, EELV-NFP, 26 425 (35,94 %) ; Bruno Paluteau, RN, 15 336 (20,86 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 105 863 - V : 75 943 - A : 28,26 % - E : 74 553 - B. : 1 002 -

Cazenave

, 28 564 (38,31 %) ;

Papin

, 25 517 (34,23 %) ;

Paluteau

, 15 654 (21,00 %) ;

Pomarel

, 3 143 (4,22 %) ;

Tournay

, 1 164 (1,56 %) ;

Quandalle

, 511 (0,69 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 104 129 - V : 50 535 - A : 51,47 % - E : 47 861 - B. : 1 940 -

Cazenave

, 28 292 (59,11 %) ;

Cestari

, 19 569 (40,89 %).

Bordeaux III, IV, V, VII (2e)

Nicolas Thierry (EELV-NFP) Réélu

I : 74 153 - V : 50 460 - A : 31,95 % E : 47 311 - B : 2 317 - N : 832

Nicolas Thierry

, EELV-NFP, 27 920 (59,01 %) ; Véronique Juramy, Ren.-Ensemble, 19 391 (40,99 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 74 146 - V : 54 412 - A : 26,62 % - E : 53 686 - B. : 529 -

Thierry

, 26 547 (49,45 %) ;

Juramy

, 15 610 (29,08 %) ;

Fournier

, 7 510 (13,99 %) ;

Errera

, 3 692 (6,88 %) ;

Dupont

, 307 (0,57 %) ;

Iva

, 20 (0,04 %) ;

Pijoan

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 72 301 - V : 37 826 - A : 47,68 % - E : 36 430 - B. : 1 003 -

Thierry

, 19 433 (53,34 %) ;

Fabre

, 16 997 (46,66 %).

Bordeaux VI, Talence (3e)

Loïc Prud'Homme (LFI-NFP) Réélu

I : 91 664 - V : 61 793 - A : 32,59 % E : 60 413 - B : 985 - N : 395

Loïc Prud'Homme

, LFI-NFP, 32 525 (53,84 %) ; Ariane Ary, MoDem-Ensemble, 15 905 (26,33 %) ; Maryvonne Basteres, RN, 11 983 (19,84 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 91 635 - V : 63 178 - A : 31,05 % - E : 61 539 - B. : 1 176 -

Prud'Homme

, 30 664 (49,83 %) ;

Ary

, 17 080 (27,75 %) ;

Basteres

, 12 037 (19,56 %) ;

Doumenge

, 679 (1,10 %) ;

Guldner

, 572 (0,93 %) ;

Savino

, 305 (0,50 %) ;

Minvielle-Larrousse

, 196 (0,32 %) ;

Giraud-Girard

, 4 (0,01 %) ;

Touzani

, 2 (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 89 496 - V : 42 886 - A : 52,08 % - E : 40 607 - B. : 1 613 -

Prud'homme

, 24 066 (59,27 %) ;

Robert

, 16 541 (40,73 %).

Cenon (4e)

Alain David (PS-NFP) Réélu

I : 99 789 - V : 64 841 - A : 35,02 % E : 60 407 - B : 3 406 - N : 1 028

Alain David

, PS-NFP, 37 141 (61,48 %) ; Julie Rechagneux, RN, 23 266 (38,52 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 99 767 - V : 65 573 - A : 34,27 % - E : 63 960 - B. : 1 081 -

David

, 27 092 (42,36 %) ;

Rechagneux

, 20 702 (32,37 %) ;

Moretti

, 11 045 (17,27 %) ;

Lambert

, 4 387 (6,86 %) ;

Brivary

, 734 (1,15 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 98 473 - V : 41 470 - A : 57,89 % - E : 38 302 - B. : 2 129 -

David

, 22 876 (59,73 %) ;

Karaca

, 15 426 (40,27 %).

Blanquefort (5e)

Pascale Got (PS-NFP) Élue

I : 123 080 - V : 86 206 - A : 29,96 % E : 80 321 - B : 4 525 - N : 1 360

Pascale Got

, PS-NFP, 40 665 (50,63 %) ; Grégoire De Fournas, RN, 39 656 (49,37 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 123 063 - V : 86 040 - A : 30,08 % - E : 83 781 - B. : 1 641 -

De Fournas

, 35 457 (42,32 %) ;

Got

, 26 631 (31,79 %) ;

Sence

, 15 576 (18,59 %) ;

Simian

, 3 041 (3,63 %) ;

Toussaint

, 2 218 (2,65 %) ;

Fagegaltier

, 858 (1,02 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 120 999 - V : 57 795 - A : 52,24 % - E : 49 289 - B. : 6 492 -

de Fournas

, 26 263 (53,28 %) ;

Maneiro

, 23 026 (46,72 %).

Mérignac (6e)

Marie Recalde (PS-NFP) Élue

I : 109 035 - V : 79 956 - A : 26,67 % E : 78 134 - B : 1 352 - N : 470

Marie Recalde

, PS-NFP, 31 079 (39,78 %) ; Eric Poulliat, Ren.-Ensemble, 25 455 (32,58 %) ; Jimmy Bourlieux, RN, 21 600 (27,64 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 109 009 - V : 80 126 - A : 26,5 % - E : 78 210 - B. : 1 398 -

Recalde

, 27 564 (35,24 %) ;

Poulliat

, 25 636 (32,78 %) ;

Bourlieux

, 21 174 (27,07 %) ;

Florit

, 1 387 (1,77 %) ;

Destouesse

, 929 (1,19 %) ;

Bonhomme

, 847 (1,08 %) ;

Perchet

, 673 (0,86 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 108 051 - V : 55 204 - A : 48,91 % - E : 51 862 - B. : 2 307 -

Poulliat

, 26 893 (51,85 %) ;

Fergeau-Renaux

, 24 969 (48,15 %).

Pessac (7e)

Sébastien Saint-Pasteur (PS-NFP) Élu

I : 80 696 - V : 57 888 - A : 28,26 % E : 56 618 - B : 894 - N : 376

Sébastien Saint-Pasteur

, PS-NFP, 24 810 (43,82 %) ; Bérangère Couillard, Ren.-Ensemble, 19 164 (33,85 %) ; Clémence Naveys--Dumas, RN, 12 644 (22,33 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 80 692 - V : 58 129 - A : 27,96 % - E : 56 921 - B. : 832 -

Saint-Pasteur

, 21 913 (38,50 %) ;

Couillard

, 18 854 (33,12 %) ;

Naveys--Dumas

, 12 766 (22,43 %) ;

Thiam

, 1 597 (2,81 %) ;

Cotton

, 760 (1,34 %) ;

De Witte

, 589 (1,03 %) ;

Oratto

, 442 (0,78 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 776 - V : 42 255 - A : 47,03 % - E : 39 773 - B. : 1 681 -

Couillard

, 20 964 (52,71 %) ;

Ferran

, 18 809 (47,29 %).

Arcachon (8e)

Sophie Panonacle (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 121 581 - V : 87 001 - A : 28,44 % E : 82 893 - B : 3 023 - N : 1 085

Sophie Panonacle

, Ren.-Ensemble, 46 756 (56,41 %) ; Laurent Lamara, RN, 36 137 (43,59 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 121 558 - V : 86 902 - A : 28,51 % - E : 84 776 - B. : 1 463 -

Lamara

, 31 248 (36,86 %) ;

Panonacle

, 26 881 (31,71 %) ;

Faure

, 15 849 (18,70 %) ;

Morin

, 8 673 (10,23 %) ;

Caries

, 1 090 (1,29 %) ;

Coste

, 898 (1,06 %) ;

Blut

, 137 (0,16 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 119 823 - V : 57 392 - A : 52,10 % - E : 52 407 - B. : 3 699 -

Panonacle

, 31 442 (60,00 %) ;

Lamara

, 20 965 (40,00 %).

Langon (9e)

Sophie Mette (MoDem-Ensemble) Réélue

I : 103 877 - V : 74 771 - A : 28,02 % E : 70 527 - B : 3 077 - N : 1 167

Sophie Mette

, MoDem-Ensemble, 40 190 (56,99 %) ; François-Xavier Marques, RN, 30 337 (43,01 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 103 847 - V : 74 962 - A : 27,81 % - E : 72 301 - B. : 1 885 -

Marques

, 27 868 (38,54 %) ;

Mette

, 21 714 (30,03 %) ;

Martinez

, 20 163 (27,89 %) ;

Delcamp

, 1 368 (1,89 %) ;

Mantel

, 1 188 (1,64 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 102 191 - V : 50 688 - A : 50,40 % - E : 45 456 - B. : 3 721 -

Mette

, 22 950 (50,49 %) ;

André

, 22 506 (49,51 %).

Libourne (10e)

Florent Boudié (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 83 620 - V : 58 727 - A : 29,77 % E : 55 515 - B : 2 365 - N : 847

Florent Boudié

, Ren.-Ensemble, 28 960 (52,17 %) ; Sandrine Chadourne, RN, 26 555 (47,83 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 83 589 - V : 59 039 - A : 29,37 % - E : 57 167 - B. : 1 267 -

Chadourne

, 25 037 (43,80 %) ;

Boudié

, 17 128 (29,96 %) ;

Bourgois

, 13 885 (24,29 %) ;

Halbin

, 1 117 (1,95 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 83 290 - V : 40 823 - A : 50,99 % - E : 36 766 - B. : 2 961 -

Boudié

, 19 581 (53,26 %) ;

Chadourne

, 17 185 (46,74 %).

La Réole (12e)

Mathilde Feld (LFI-NFP) Élue

I : 89 136 - V : 63 869 - A : 28,35 % E : 56 487 - B : 5 636 - N : 1 746

Mathilde Feld

, LFI-NFP, 28 474 (50,41 %) ; Rémy Berthonneau, RN, 28 013 (49,59 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 89 111 - V : 64 522 - A : 27,59 % - E : 62 529 - B. : 1 413 -

Berthonneau

, 24 016 (38,41 %) ;

Feld

, 18 042 (28,85 %) ;

Lavergne

, 17 270 (27,62 %) ;

Landete

, 2 180 (3,49 %) ;

Lavin

, 1 021 (1,63 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 88 134 - V : 45 114 - A : 48,81 % - E : 40 546 - B. : 3 064 -

Lavergne

, 20 365 (50,23 %) ;

Feld

, 20 181 (49,77 %).

Le Monde
Economie & Entreprise, mardi 9 juillet 2024 439 mots, p. 17
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7 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

TNT : l’attribution des fréquences met l’Arcom sous pression

A partir du 8 juillet, 24 prétendants à une autorisation de diffusion seront auditionnés

Aude Dassonville

Ala fin de l’hiver, la commission d’enquête sur les chaînes de la TNT convoquée par le député Aurélien Saintoul (LFI) a débattu de l’attribution, par le régulateur, de la ressource hertzienne (une propriété de l’Etat) à des groupes privés.

Une sorte de mise en bouche, avant que les choses sérieuses ne commencent lundi 8 juillet au siège de l’Arcom (Autorité de régulation audiovisuelle et numérique). A 9 heures, l’audition des dirigeants de la chaîne jeunesse Gulli (groupe M6) ouvrira le défilé des vingt-quatre prétendants à une autorisation de diffusion sur la TNT. Ces candidats ont été retenus, en mai, par l’instance présidée par Roch-Olivier Maistre. A la fin du mois de juillet, il ne restera que quinze convives autour de la table, seules quinze fréquences étant remises en jeu.

Avec neuf prétendants (il y en avait dix jusqu’à ce que le groupe Altice, qui a définitivement cédé BFM-TV à CMA Médias, mardi 2 juillet, se désiste) de plus que le nombre d’élus possible, la procédure n’a rien d’une formalité.

Si l’Arcom décidait d’accueillir des nouveaux entrants (L’Express TV, déclinée de l’hebdomadaire libéral, OF TV, imaginée par le quotidien régional Ouest-France, Réels TV, proposée par le groupe CMI France de Daniel Kretinsky, ou encore la chaîne de gauche radicale Le Média), il faudrait qu’elle ait, au préalable, décidé d’expulser de la TNT nationale des chaînes existantes.

Mais lesquelles ? Les chaînes payantes, aux audiences confidentielles (Paris Première, Planète+…)? Certains interrogent l’ « intérêt du public », mais aussi l’absence de rentabilité, sur le long terme, de canaux tels que NRJ12. Ainsi, le pôle télévision du groupe NRJ a dégagé un résultat opérationnel légèrement positif en 2023 après des années de déficit, au prix de coupes dans les programmes.

De leur côté, les opposants à CNews et C8 (le collectif Stop Bolloré, la députée écologiste Sophie Taillé-Polian, etc.) militent pour que la chaîne de débat et celle qui accueille Cyril Hanouna subissent cette sanction. A elles deux, elles cumulent quarante-quatre décisions de l’Arcom à leur encontre en douze ans, avec une accélération ces dernières années.

Le groupe Canal+ politise cet enjeu depuis au moins un an et demi, quand il a commencé d’émettre des doutes sur la réelle indépendance du régulateur vis-à-vis du ministère de la culture, à l’époque occupé par Rima Abdul Malak. Malgré le contexte électoral tendu, l’Arcom a promis d’arrêter son choix fin juillet.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 326 mots, p. SPA16

971 || Guadeloupe 4 sièges 975 || Saint-Pierre- et-Miquelon 1 siège 988 || Nouvelle-Calédonie 2 sièges 987 || Polynésie-Française 3 sièges 986 || Wallis-et-futuna 1 siège 977 || Saint-Barthélemy 978 || Saint-Martin 1 siège 974 || La Réunion 7 sièges 973 || Guyane 2 sièges 972 || Martinique 4 sièges

976 || Mayotte 2 sièges

Sortants Estelle Youssouffa (div. d.) ; Mansour Kamardine (LR).

Mayotte apporte, avec l’élection d’Anchya Bamana, 53 ans, une victoire ultramarine au Rassemblement national (RN), une première pour le département. Sa candidate, opposée à Mansour Kamardine (Les Républicains, LR) dans la 2e circonscription, l’emporte avec 53,77 % des voix. Le sortant affichait pourtant des soutiens politiques locaux de poids. Ancienne maire LR de Sada de 2014 à 2020, puis condamnée à une peine d’inéligibilité en 2021 et exclue du parti, la nouvelle députée est issue d’une des plus grandes familles de l’île. Elle est la fille de Younoussa Bamana, du Mouvement populaire mahorais, qui fut le premier député (1977-1981) élu au nom de la collectivité mahoraise, et qui a siégé dans le groupe UDF et présidé la collectivité, de 1977 à 2004.

élue du premier tour Estelle Youssouffa - div. c. - 1re

Mamoudzou III (2e)

Anchya Bamana (RN) Élue

I : 52 473 - V : 26 069 - A : 50,32 % E : 24 124 - B : 787 - N : 1 158

Anchya Bamana

, RN, 12 971 (53,77 %) ; Mansour Kamardine, LR, 11 153 (46,23 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 52 449 - V : 24 126 - A : 54 % - E : 22 396 - B. : 711 -

Bamana

, 7 933 (35,42 %) ;

Kamardine

, 6 226 (27,80 %) ;

Saïd-Souffou

, 3 560 (15,90 %) ;

Madi Mari

, 3 470 (15,49 %) ;

Adacolo

, 552 (2,46 %) ;

Henry

, 369 (1,65 %) ;

Moreno

, 164 (0,73 %) ;

Salime

, 122 (0,54 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 49 846 - V : 26 359 - A : 47,12 % - E : 24 056 - B. : 909 -

Kamardine

, 14 250 (59,24 %) ;

Issa Abdou

, 9 806 (40,76 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 667 mots, p. 7
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8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

François Hollande l’emporte en Corrèze et compte peser dans le jeu à gauche

L’ex-président de la République est sorti gagnant d’une triangulaire avec le RN et LR

Sylvia Zappi

François Hollande a gagné son pari de redevenir député de Corrèze. En battant, avec un score confortable de 43,1 %, dans une triangulaire, la candidate du Rassemblement national (RN) Maïtey Pouget (31,7 %) et le député sortant Les Républicains (LR) Francis Dubois (25,2 %), l’ancien président de la République reconquiert, à 69 ans, son siège de député à Tulle. Le deuxième ancien chef de l’Etat à siéger à l’Assemblée, après Valéry Giscard d’Estaing en 1984, peut ainsi tenter, une nouvelle fois, de revenir dans le jeu à gauche.

François Hollande avait créé la surprise – y compris dans les instances du Parti socialiste (PS) – en étant investi par la fédération des socialistes de Tulle comme candidat dans la 1re circonscription de Corrèze. Malgré quelques incursions dans le débat politique au gré de signatures, habilement médiatisées, de ses ouvrages dans les librairies, l’ex-chef de l’Etat avait jusqu’alors échoué à peser sur les débats à gauche. Son parti, emmené par le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, prenait soin de le tenir à distance, et les partenaires écologistes et « insoumis » ne rataient pas une occasion de le ramener à son bilan gouvernemental, tant décrié à gauche. Sa participation n’était guère attendue dans cette séquence périlleuse pour son camp.

C’est donc un vrai retour qu’opère François Hollande. Il avait multiplié ces derniers jours les critiques contre la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale, estimant qu’elle intervenait « au pire moment et dans les pires circonstances ». La majorité présidentielle sortante lui avait rendu la pièce en ne présentant pas de candidat face à lui mais en soutenant le député LR sortant, bien implanté.

Le socialiste était arrivé en tête au premier tour, dimanche 30 juin, avec 37,6 % des voix, abordant, au second, une triangulaire qui lui était favorable. Il avait ainsi devancé la candidate du RN, arrivée deuxième, avec 30,9 % des suffrages, un score inédit sur ces terres historiquement de gauche. Loin derrière, mais qualifié pour le second tour, Francis Dubois s’était maintenu, en dépit des appels au désistement venus de tous bords.

« Pas candidat » à Matignon

Durant la semaine de campagne d’entre-deux-tours, on avait vu un François Hollande serein et souriant arpenter les marchés, s’attarder aux terrasses de cafés, multipliant les selfies, alors que sa concurrente du RN brillait par son absence. Elle s’était cependant signalée par le biais d’une interview sur LCI où elle prétendait que les villes de Corrèze étaient envahies par les immigrés. Le socialiste avait, lui, joué la carte de la proximité dans une circonscription qu’il connaît par cœur pour y avoir été par deux fois élu (de 1988 à 1993 puis de 1997 à 2012).

Conscient d’être arrivé par effraction dans le Nouveau Front populaire (NFP), ce social-démocrate avait pris soin de faire allégeance au programme de l’alliance et joué le jeu de l’unité de la gauche, y défendant même la présence de La France insoumise. Dimanche soir, lors d’un point presse, il a tenu à faire entendre de nouveau sa petite musique en donnant son analyse de ce scrutin périlleux. Ayant le plus grand nombre de députés, le NFP doit « essayer de chercher des appoints », a-t-il estimé. Avant d’ajouter : « Il n’en trouvera à mon avis guère, même si rien n’est impossible. »

Dans la situation compliquée d’absence de majorité, le rassemblement de la gauche a, à ses yeux, la responsabilité de « peser sur les décisions qui devront être prises »à l’Assemblée nationale .Et, s’il a affirmé sur BFM-TV qu’il n’était « pas candidat » à Matignon, François Hollande a précisé qu’il pourrait « être utile » en matière de « politique étrangère ». Une manière de rappeler qu’il ne compte pas rester seulement un simple député.

Le Figaro, no. 24844
Le Figaro, mardi 9 juillet 2024 1109 mots, p. 8

Politique

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8 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Fraîchement élu, Laurent Wauquiez veut reprendre le contrôle de la droite

Àpeine était-il redevenu député de la 1re circonscription de Haute-Loire, dimanche soir, que Laurent Wauquiez décrochait son téléphone pour saluer les troupes et sonder les attentes. Alors qu'il est désormais temps de tout refondre chez Les Républicains, au lendemain de ces législatives anticipées qui auraient pu lourdement les affaiblir, l'élu d'Auvergne-Rhône-Alpes a revêtu son costume de leader de la droite, ardent défenseur d'une opposition autonome et indépendante. Au moment où de nombreux LR s'interrogent sur la meilleure manière de répondre à l'urgence politique du pays, et tandis que les grandes manoeuvres sont lancées en coulisses pour former un hypothétique gouvernement « central » , Laurent Wauquiez juge visiblement prioritaire de poser ses marqueurs et de cibler les bonnes volontés prêtes à le suivre dans l'indispensable reconstruction du parti.

Lundi matin, après avoir été contacté directement par téléphone, un député sortant racontait : «Il veut prendre la présidence du groupe à l'Assemblée sur une ligne claire. C'est-à-dire qu'il n'envisage aucune compromission avec les macronistes. Le problème, c'est que cela ne se décrète pas.» Au fil de ses échanges, le « candidat naturel » de la droite pour 2027 entend les interrogations de ses interlocuteurs. Le doyen des députés LR, Michel Herbillon (73 ans), et leur benjamin, Antoine Vermorel (31 ans), ont réclamé une réunion de groupe à 15 heures, mercredi, pour «échanger» et «trancher la ligne politique». À première vue, une majorité des parlementaires semblent partager l'approche de Laurent Wauquiez. Mais, lundi, il était encore difficile d'évaluer leur nombre exact.

Pour Fabien Di Filippo, largement réélu dans son territoire de Moselle (54 %), la droite attend «évidemment» de Laurent Wauquiez qu'il s'empare d'une «forme de leadership» , tant sur le fond qu'au sein du groupe LR. «Quoi qu'il en soit, la droite républicaine sera obligée de se refonder. Nous n'y couperons pas. Avec ce qui vient de se passer, on voit bien qu'il y a une envie de droite et que le RN ne peut pas incarner quoi que ce soit, en termes de valeurs ou de crédibilité. Les LR devront partir sur quelque chose de clair. Et la question ne sera pas « combien sommes-nous? » mais « que portons-nous? ».» Et pour porter ce message, Di Filippo juge Wauquiez légitime et bien placé : «Il est quand même venu à nos côtés sur le champ de bataille au pire moment, dans la plus terrible des campagnes. Moi qui en ai mené trois contre la vague, je peux vous dire à quel point cette séquence a été extrêmement difficile.»

Un renouveau complet

«Courageux» , «audacieux» , «impliqué» , «rassurant» , «expérimenté»... Les paroles louangeuses fleurissent à l'égard de celui dont Éric Ciotti - le nouvel ennemi des LR «loyalistes » depuis son «alliance avec le Rassemblement national»-, avait fait son champion pour la prochaine présidentielle. D'autres, plus critiques, mettent le doigt sur les désistements de la gauche qui auraient artificiellement permis à LR de sauver les meubles dans cette élection à deux tours. Une élection où le nombre de sièges remportés par les candidats a fini par occulter la réalité numérique d'un scrutin : le RN et ses alliés restent la force politique ayant conquis le plus grand nombre de suffrages, avec plus de 10 millions de voix.

Cette réalité politique influence-t-elle la stratégie de Laurent Wauquiez, qui persiste à croire en la possibilité d'un chemin à droite alors que ces législatives ont aussi révélé une recomposition de la gauche ? Au Sénat, Bruno Retailleau pense que, désormais, le meilleur terrain d'existence pour la droite est celui de la «clarté». Selon lui, la «constance» des LR s'est imposée face aux «contradictions» du RN. «Ce qui nous a sauvés, c'est notre ligne d'indépendance. Pour la première fois depuis longtemps, on voit qu'il y a un chemin de reconstruction possible. La reconstruction de la gauche appelle mécaniquement la reconstruction du clivage droite-gauche et, telle la poussée d'Archimède, une reconstruction à terme de la droite» , avance le chef de la droite sénatoriale.

Si Wauquiez semble décidé à défendre une ligne d'opposition autonome, il plaide aussi pour un renouveau complet. Les travaux pour relancer la machine LR sont d'une ampleur colossale : reconstruction du parti, litige juridique avec Éric Ciotti, rassemblement des différents courants... Sans compter la question de l'image du député de Haute-Loire qui reste fragile dans l'opinion : un sondage Toluna-Harris Interactive pour Challenges, M6 et RTL le donnait lundi à 5 % d'intentions de vote pour la présidentielle, quelle que soit la configuration testée.

À l'Assemblée, Laurent Wauquiez souhaite commencer par changer le nom du groupe LR pour mieux souligner l'indépendance de ses députés. Certains élus le soupçonnent d'être même prêt à faire le tri pour assurer un ensemble parlementaire solide, capable de résister aux sirènes venues de la macronie ou d'ailleurs. «Il préfère partir avec moins d'élus et ne pas avoir à subir des divisions par la suite» , assure un député. «Il serait partant pour ne pas réinclure tout le monde» , confirme-t-on au sommet du parti. Théoriquement, les parlementaires ont jusqu'au 17 juillet - veille du début de la XVIIe législature - pour confirmer leur rattachement aux groupes, mais les partisans de Wauquiez poussent pour une accélération afin d'éviter l'installation de calculs hasardeux. Ce, alors qu'Aurélien Pradié, réélu dans le Lot, ferait aussi la tournée des popotes au sein du groupe et ailleurs.

Dans l'entourage d'Olivier Marleix, président de groupe sortant, on estime que l'élu d'Eure-et-Loir n'a pas démérité pour conserver son poste. «Marleix va y retourner. Wauquiez devrait lui laisser la présidence» , insiste un proche. Mais en interne, certains pensent le moment venu pour modifier l'attelage. «Marleix ne s'est pas imposé par son leadership, tranche un cadre. Et à un moment où les tractations iront bon train, alors que nos députés risquent d'être convoités, il faut quelqu'un pour tenir les rênes.»Les députés de la nouvelle génération souhaitent «enfin» trouver «toute leur place» au sein du nouveau groupe. «Olivier Marleix a une grande expérience des institutions, il aura toute sa place mais maintenant, pour rassembler, il faut peut-être quelqu'un qui est armé d'une ambition nationale pour 2027» , soutient le député Yannick Neuder. Réélu en Isère, ce proche de Laurent Wauquiez l'attend de pied ferme pour incarner la «droite républicaine, libre et indépendante». «Nous avons des propositions fortes à faire. Elles doivent être portées par un élu doté d'une colonne vertébrale. Wauquiez peut être une bonne idée.» Yannick Neuder n'ignore pas l'existence d'autres prétentions présidentielles chez LR, comme celles de David Lisnard ou Xavier Bertrand. Mais pour lui, la droite parlementaire peut être une rampe de lancement idéale pour les idées de la droite. Et Laurent Wauquiez, fraîchement élu à l'Assemblée, pourrait cocher toutes les cases pour défendre et habiter les mille défis des LR. C. C. et E. G.

Libération
mardi 9 juillet 2024 1559 mots, p. 2,3,4

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Libération (site web)

La gauche dans la salle d’entente

CHARLOTTE BELAÏCH; SACHA NELKEN

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

Après une victoire que personnen’osait imaginer, les leaders du NFP se sont réunis dimanche et lundi. Au menu, l’obstacle d’une majorité très relative et le choix délicat du Premier ministre.

Depuis la dissolution, la gauche avance pas à pas. «On va trouver des solutions à toutes les embûches au fur et à mesure, on n’a pas le choix», promettait il y a quelques jours Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Ecologistes. Encore sonnés par l’annonce des résultats, qui ont placé le Nouveau Front populaire en tête, devant le camp présidentiel et le Rassemble- ment national, les partenaires doivent se mettre d’accord sur un potentiel gouvernement. Personne n’avait vraiment imaginé la victoire. Répartis sur les plateaux télé pour commenter la soirée, insoumis, socialistes, écolos et communistes se sont immédiatement accordés sur le fait que le président de République devait appeler le NFP à gouverner.

Les commentaires électoraux terminés, ils se sont retrouvés dans un lieu neutre, loin des caméras. Autour de la table, les quatre chefs de partis : le socialiste Olivier Faure, l’insoumis Manuel Bompard, l’écologiste Marine Tondelier et le communiste Fabien Roussel, chacun avec deux lieutenants. Encore surpris par les résultats, les partenaires ont pris le temps de refaire les comptes.

APPELS DU PIED Avec quelque 190 sièges, la gauche est très loin de la majorité absolue, fixée à 289 députés. Mais tous ses représentants se sont quittés dans la nuit sur un accord : ils entendent gouverner, à partir de leur programme. Le camp présidentiel l’a bien fait pendant deux ans, avec 250 députés. Pas question donc, d’entamer des discussions avec les macronistes pour tenter de forger une coalition qui affadirait nécessairement leur projet. «Tout le monde a dit que notre boussole était notre plateforme programmatique, raconte un participant, on ne négociera pas n’importe quoi avec n’importe qui». Les partenaires ont aussi décidé de mettre la pression sur Macron, qu’ils soupçonnent de vouloir laisser pourrir la situation pour reprendre la main. «Ils doivent reconnaître qu’on est le premier bloc, le Président doit dire qu’on a gagné, affirme le numéro 2 du PS Pierre Jouvet. Même à 200, on est en capacité de gouverner.» Sans majorité parlementaire, la gauche revendique une majorité populaire pour abroger la réforme des retraites, créer un «choc du pouvoir d’achat», avec une augmentation du smic, ou encore un «réarmement» des services publics. «C’est sur ces sujets que le pays s’est fracturé, on va apaiser», promet Pierre Jouvet, qui met les députés au défi : «A eux d’assumer de nous faire tomber sur ces mesures.» Le socialiste Jérôme Guedj a trouvé une formule : «Un gouvernement minoritaire qui répond aux aspirations majoritaires.» Au-delà des mesures sociales, la gauche doit selon lui prendre en compte les résultats électoraux en portant par exemple le rétablissement de la police de proximité pour «répondre aux incivilités du quotidien». Comme Mélenchon, les insoumis martèlent de leur côté une expression sans concession : «Rien que le programme, mais tout le programme.» Mais certains au sein de l’alliance admettent qu’il faudra chercher des «majorités de projet», «convaincre pas à pas». «Dire “rien que le programme”, c’est le meilleur moyen de tout bloquer, estime Jérôme Guedj. Il faut a minima que les macronistes s’abstiennent de voter contre.» «On ne peut pas avoir critiqué Macron-Jupiter qui gouverne à coups de 49.3 et faire la même chose», ajoute la maire de Nantes, Johanna Rolland. Le chemin est donc étroit entre la compromission dans la coalition et la condamnation à l’inaction, en l’absence de majorité. Si les élus de gauche refusent pour l’instant de partir à la chasse aux débauchages, certains ont cru voir des appels du pied dans leurs échanges informels avec des macronistes. «Ecrivons la suite», a ainsi écrit un ex-ministre de premier plan à un socialiste qui le félicitait pour sa réélection. «J’ai du mal à voir comment Renaissance reste un bloc homogène de 90 députés. Il va y avoir des règlements de comptes. Macron a flingué la moitié de ses troupes», analyse un socialiste. La fameuse «aile gauche» qui n’a jamais pesé sur la politique présidentielle ces sept dernières années pourrait s’émanciper. Selon France Info, le président de la commission des lois, Sacha Houlié, réfléchit d’ailleurs à créer un groupe social-démocrate à Suite page 4 Suite de la page 2 l’Assemblée. Tout juste réélu dans l’Eure, le socialiste Philippe Brun va, lui, plus loin. L’énarque, proche d’Arnaud Montebourg, plaide pour une grande coalition allant des insoumis jusqu’aux Républicains. Un gouvernement d’union nationale inspiré de celui de 1945 qui n’agirait que sur les sujets consensuels comme le pouvoir d’achat et laisserait les plus clivants sur le côté. «Si on ne trouve pas de compromis, ça risque d’être catastrophique, c’est notre dernière chance avant l’extrême droite», justifie Brun qui se dit plus proche idéologiquement du LR Aurélien Pradié que de l’ancienne Première ministre Elisabeth Borne.

Après une journée de discussions internes, chacun de leur côté, les partenaires devaient se retrouver en fin d’après-midi pour aborder la question de la désignation du Premier ministre potentiel. En fin de journée sur LCI, Jean-Luc Mélenchon a promis, comme Olivier Faure le matin, que la gauche allait «trouver un nom cette semaine». Le sujet, objet de débats tout au long de la campagne, n’a jamais été tranché. Pendant les négociations du NFP, Olivier Faure a d’abord affirmé que Matignon reviendrait au plus gros groupe de l’union. Une erreur, ont très vite admis les socialistes, voyant que les insoumis, promis au plus gros contingent, s’étaient engouffrés dans la brèche. Certains préconisent aujourd’hui un vote général : un homme, une voix. «Ils veulent changer la méthode qu’on a choisie ? C’est bizarre», grince le député de l’Essonne Antoine Léaument.

«ARBITRAGES» Mais les rapports de force internes à la gauche ont été bouleversés dimanche soir. Les socialistes disent qu’ils rassembleront au moins 69 députés, les insoumis autour de 80. Ces derniers pourraient toutefois être affaiblis par le départ d’élus préférant siéger avec les frondeurs. Désinvestis par la direction, les députés sortants Alexis Corbière, Danielle Simonnet et Hendrik Davi, ont été largement réélus. Ils devraient donc former un nouveau groupe avec François Ruffin et Clémentine Autain, qui ont tout deux rompu avec LFI. Le député Génération·s Benjamin Lucas aimerait voir tout ce petit monde rejoindre le groupe écologiste. «Il serait intéressant qu’entre les socialistes et les insoumis se constitue un groupe de stabilité et d’unité», explique-t-il.

«Il n’y a pas de sujet : LFI est le premier groupe», a évacué le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, en réponse à un militant qui s’inquiétait dans une boucle interne, que Libé a pu consulter, du fait que les insoumis puissent «ne pas avoir Matignon». «C’est mourir à petit feu, écrit ce dernier. Les arbitrages c’est là, et les Français ne vont retenir que le Premier ministre, les autres ministères c’est secondaire.» Les insoumis, malgré l’opposition de leurs partenaires, continuent de dire que Mélenchon est toujours en lice pour Matignon. «C’est grâce à [lui] qu’a pu exister non seulement la Nupes, mais aujourd’hui le NFP […]. C’est pour- quoi il n’est absolument pas disqualifié», a affirmé Mathilde Panot sur RTL lundi matin. Les lieutenants insoumis se sont d’ailleurs affichés avec le triple candidat à la présidentielle devant leur siège, montrant qu’il était toujours au centre du jeu.

HYPOTHÈSE BERGER Sans surprise, les socialistes défendent un profil «consensuel au sein du NFP» qui soit aussi «capable d’apaiser le pays», alors que certains redoutent déjà une dégradation de la note de la France et une augmentation des taux d’intérêt. Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, est donc un candidat potentiel. Longtemps méprisé, le député de Seine-et-Marne survit à chaque fois qu’on le croit fini. Egalement cité, Boris Vallaud, le président du groupe PS à l’Assemblée. Au-delà des débats partisans, certains poussent aussi pour une femme, citant les insoumises Mathilde Panot et Clémence Guetté, la socialiste Johanna Rolland ou encore l’écologiste Marine Tondelier. Comme souvent, l’hypothèse Berger revient aussi. L’ancien secrétaire général de la CFDT, figure de la bataille des retraites, est loué par une partie de la gauche pour son profil consensuel, au-delà des partis. «Il faut des accoucheurs, affirme un socialiste qui échange avec lui. C’est une mission sacrificielle.» Depuis longtemps appelé à sauver la gauche, le syndicaliste, cette fois, ne ferme pas tout à fait la porte. Dans l’entourage de François Ruffin, certains l’encouragent à le soutenir. Sur France 2 lundi soir, il a évacué la question du Premier ministre, préférant appeler à une «maison commune du Front populaire dans la société» et à des «coopératives». Le député de la Somme, qui a arraché sa réélection face au RN, était vu comme un candidat potentiel à Matignon. Mais après sa rupture avec la direction insoumise, son profil est aujourd’hui considéré trop clivant. Ruffin, rasséréné par sa victoire, n’a pas renoncé à tracer son chemin mais regarde plus loin. La victoire de dimanche, décisive, n’est qu’une étape à gauche.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 838 mots, p. SPA6

Grand-Est 08 || Ardennes 3 sièges 10 || Aube 3 sièges 52 || Haute-Marne 2 sièges 54 || Meurthe-et-Moselle 6 sièges 55 || Meuse 2 sièges 57 || Moselle 9 sièges 67 || Bas-Rhin 9 sièges 68|| Haut-Rhin 6 sièges 88 || Vosges 4 sièges

51 || Marne 5 sièges

Sortants Xavier Albertini (Hor.-Ensemble) ; Laure Miller (LRM-Ensemble) ; Eric Girardin (LRM-Ensemble) ; Lise Magnier (Hor.-Ensemble) ; Charles de Courson (Lcen.).

Dans la Marne, quatre des cinq députés sortants sont réélus. Dans la 5e circonscription (Vitry-Le-François), le député sortant, Charles de Courson (Les Centristes), l’emporte de peu et exercera donc un huitième mandat. Dans la 1re (Reims II, IV, VI, X), Xavier Albertini (Horizons-Ensemble) sauve son siège face à son adversaire d’extrême droite Adrien Maxis ; comme Laure Miller (Renaissance-Ensemble), qui dans la 2e (Reims I, III, V, VIII) devance sa rivale Rassemblement national (RN) Anne-Sophie Frigout (élue le 9 juin député européenne). Dans la 4e (Reims VII, Châlons-en-Champagne), la discipline républicaine a, là aussi, fonctionné et Lise Magnier (Hor.-Ens.) a battu Achille Bisiaux (RN). Le député sortant de la 3e (Reims IX, Epernay), Eric Girardin (Ren.-Ens.), est le seul à ne pas retrouver son siège de député, battu par son rival RN Maxime Michelet.

Reims II, IV, VI, X (1re)

Xavier Albertini (Hor.-Ensemble) Réélu

I : 75 414 - V : 48 105 - A : 36,21 % E : 45 584 - B : 1 963 - N : 558

Xavier Albertini

, Hor.-Ensemble, 27 419 (60,15 %) ; Adrien Mexis, ext. d., 18 165 (39,85 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 75 390 - V : 48 575 - A : 35,57 % - E : 47 446 - B. : 789 -

Mexis

, 17 697 (37,30 %) ;

Albertini

, 16 058 (33,84 %) ;

Bourgoin

, 12 835 (27,05 %) ;

Varlet

, 856 (1,80 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 74 471 - V : 30 903 - A : 58,50 % - E : 28 433 - B. : 1 721 -

Albertini

, 15 897 (55,91 %) ;

Bourgoin

, 12 536 (44,09 %).

Reims I, III, V, VIII (2e)

Laure Miller (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 74 636 - V : 49 515 - A : 33,66 % E : 47 370 - B : 1 592 - N : 553

Laure Miller

, Ren.-Ensemble, 27 511 (58,08 %) ; Anne-Sophie Frigout, RN, 19 859 (41,92 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 74 627 - V : 49 443 - A : 33,75 % - E : 48 553 - B. : 552 -

Frigout

, 17 645 (36,34 %) ;

Miller

, 14 756 (30,39 %) ;

Pirouelle

, 10 560 (21,75 %) ;

Lang

, 3 425 (7,05 %) ;

Wysocinski

, 1 301 (2,68 %) ;

Pace

, 446 (0,92 %) ;

Rose

, 420 (0,87 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 74 662 - V : 32 592 - A : 56,35 % - E : 26 730 - B. : 4 716 -

Frigout

, 14 650 (54,81 %) ;

Meguenine

, 12 080 (45,19 %).

Reims IX, Épernay (3e)

Maxime Michelet (LR-RN) Élu

I : 78 492 - V : 51 985 - A : 33,77 % E : 49 641 - B : 1 832 - N : 512

Maxime Michelet

, LR-RN, 25 257 (50,88 %) ; Eric Girardin, Ren.-Ensemble, 24 384 (49,12 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 78 476 - V : 51 768 - A : 34,03 % - E : 49 936 - B. : 1 257 -

Michelet

, 21 890 (43,84 %) ;

Girardin

, 15 942 (31,92 %) ;

Berthélémy

, 9 397 (18,82 %) ;

Jabbour

, 1 219 (2,44 %) ;

Cormerais

, 769 (1,54 %) ;

Sene

, 719 (1,44 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 80 058 - V : 35 402 - A : 55,78 % - E : 32 733 - B. : 2 156 -

Girardin

, 16 836 (51,43 %) ;

Marc

, 15 897 (48,57 %).

Reims VII, Châlons-en-Champagne (4e)

Lise Magnier (Hor.-Ensemble) Réélue

I : 77 895 - V : 50 936 - A : 34,61 % E : 48 928 - B : 1 435 - N : 573

Lise Magnier

, Hor.-Ensemble, 25 550 (52,22 %) ; Achille Bisiaux, RN, 23 378 (47,78 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 77 894 - V : 50 490 - A : 35,18 % - E : 49 208 - B. : 840 -

Bisiaux

, 21 045 (42,77 %) ;

Magnier

, 15 245 (30,98 %) ;

Laurent

, 8 845 (17,97 %) ;

Michel

, 3 249 (6,60 %) ;

Gosseau

, 690 (1,40 %) ;

Ducanda

, 134 (0,27 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 77 098 - V : 33 700 - A : 56,29 % - E : 31 256 - B. : 1 848 -

Magnier

, 17 294 (55,33 %) ;

Besson

, 13 962 (44,67 %).

Vitry-le-François (5e)

Charles De Courson (LC) Réélu

I : 75 580 - V : 53 224 - A : 29,58 % E : 52 338 - B : 597 - N : 289

Charles De Courson

, LC, 26 391 (50,42 %) ; Thierry Besson, RN, 25 947 (49,58 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 75 602 - V : 51 971 - A : 31,26 % - E : 50 981 - B. : 616 -

Besson

, 23 954 (46,99 %) ;

De Courson

, 21 751 (42,66 %) ;

Padiou

, 4 774 (9,36 %) ;

Bastien

, 502 (0,98 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 997 - V : 35 221 - A : 53,65 % - E : 33 831 - B. : 1 072 -

de Courson

, 21 325 (63,03 %) ;

Thionnet

, 12 506 (36,97 %).

L'Humanité
mardi 9 juillet 2024 823 mots, p. 20

Au festival d'Avignon, Lacrima et des larmes de joie

Marie-José Sirach

Théâtre Dans les rues de la ville, nombreux sont ceux à avoir fêté la défaite de la députée RN sortante jusque tard dans la nuit. Mais on est aussi allé voir la nouvelle création de Caroline Guiela Nguyen.

Avignon (Vaucluse), envoyée spéciale.

Difficile de se concentrer ce dimanche. Dans le gymnase Aubanel, Caroline Guiela Nguyen, metteuse en scène et directrice du Théâtre national de Strasbourg (TNS), présente Lacrima, une pièce sur le travail invisible de ces petites mains qui oeuvrent à la beauté des collections de haute couture. Programmé à 17 heures, le spectacle dure trois heures. Difficile de ne pas guetter les tendances. Suspense intenable. Les applaudissements éclatent à la fin du spectacle tandis que les spectateurs, incrédules, à 20 h 5, réalisent le score des élections.

Devant l'opéra, le théâtre municipal de la ville, les spectateurs sont sortis eux aussi à 20 heures et sur les marches du théâtre, de longs applaudissements éclatent. Dans les rues d'Avignon, du monde, partout. On se prend dans les bras, on agite le drapeau français, on farandole. La tension de cette semaine s'est soudain évaporée. Les terrasses de la place des Corps-Saints débordent. Toutes les cinq minutes, une ola géante se propage de table en table. Tiago Rodrigues et toutes les équipes du Festival fêtent la défaite de la députée du RN. Si le parti lepéniste l'avait emporté, on se doute qu'il aurait tout fait pour « dégager » le directeur du Festival, dont l'engagement contre l'extrême droite a été exemplaire. Plus tard, place de l'Horloge, devant l'hôtel de ville, HK et les Saltimbanques font guincher la foule. Beaucoup de jeunes laissent éclater leur joie. Un bal populaire pour fêter la victoire du candidat du Nouveau Front populaire s'est poursuivi tard dans la nuit. « Siamo tutti antifascisti ! » a scandé la foule quand Raphaël Arnault s'est avancé pour remercier tous ceux qui ont fait barrage au fascisme. Sa victoire empêche le RN de réaliser le Grand Chelem dans le Vaucluse. Y a du boulot !

Du boulot, du travail, il en est question dans Lacrima, la nouvelle création de la directrice du TNS. Le créateur d'une maison parisienne de haute couture est choisi par la princesse d'Angleterre pour réaliser sa robe de mariage. Dans l'atelier sis 22, rue Saint-Honoré, le défi est de taille tant les exigences princières d'outre-Manche sont légion. À commencer par le délai, dix mois. La robe de la princesse représente « 4 688 heures de travail avant la tragédie », précise ce texte qui s'affiche sur un tableau. De Paris à Mumbai, en Inde, en passant par Alençon, dans l'Orne, Lacrima raconte la mondialisation et l'exploitation de la classe ouvrière, ici et ailleurs. Sur le plateau métamorphosé en atelier, tables, tissu, broderies, fils et aiguilles, mannequins, ordinateurs et ciseaux sculptent les contours d'un espace multidimensionnel. En quelques secondes, nous voici plongés dans l'ambiance quasi religieuse de cet open space parisien où l'artisanat côtoie les outils high tech les plus innovants. Ici, tout le monde se vouvoie, de la première d'atelier à la jeune stagiaire. C'est une grande famille, mais la hiérarchie est de mise. À Alençon, les dentellières détiennent un savoir-faire inestimable, transmis de génération en génération. Ce sont elles qui auront le privilège et la lourde tâche de restaurer le fameux voile de mariée en dentelle précieusement conservé parmi les trésors de la couronne d'Angleterre. Quand on sait que 1 centimètre carré représentait autrefois une journée de travail, la confection du voile avait nécessité dix années. À Mumbai, on trouve les meilleurs brodeurs au monde. Un seul homme est capable de broder les milliers de perles de nacre qui se superposeront sur le voile. Mais sa vue déclinant, il ne pourra aller au bout de son ouvrage...

Derrière la fierté d'avoir été choisies, derrière cet amour du travail bien fait, derrière ces techniques ancestrales transmises au fil des siècles, ces petites mains sont la proie de commanditaires qui n'hésitent pas à leur imposer des cadences infernales, des coûts sans cesse au rabais et des normes « éthiques » d'un cynisme effroyable. Carole Guiela Nguyen parvient à rendre palpables la fierté et la souffrance de chaque ouvrière, les dialogues sonnent juste, sonnent vrai. Actrices et acteurs sont au diapason de cette oeuvre chorale. Tout est fluide dans les dialogues, dans les changements spatio-temporels qui s'opèrent à vue, avec le soutien d'une vidéo qui ne vient jamais entraver la parole. La metteuse en scène imprime un rythme et un souffle, ne laissant jamais le spectateur sur le bord de la route. Même si l'histoire intrafamiliale du couple dans l'atelier parisien dénote avec le reste par son côté... pièce rapportée, Lacrima lève le voile sur les coulisses de la haute couture, sans accroc.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 447 mots, p. SPA6

Grand-Est 08 || Ardennes 3 sièges 51 || Marne 5 sièges 52 || Haute-Marne 2 sièges 54 || Meurthe-et-Moselle 6 sièges 55 || Meuse 2 sièges 57 || Moselle 9 sièges 67 || Bas-Rhin 9 sièges 68|| Haut-Rhin 6 sièges 88 || Vosges 4 sièges

10 || Aube 3 sièges

Sortants Jordan Guitton (RN) ; Valérie Bazin-Malgras (LR) ; Angélique Ranc (RN).

La stabilité prévaut dans l’Yonne, où le Rassemblement national (RN) conserve les deux sièges gagnés à la droite en 2022. Le premier tour avait été marqué par l’écrasante victoire de Jordan Guitton (RN) dans la 1re circonscription (Troyes I, II). Dans la 3e (Troyes III, IV), la députée sortante RN Angélique Ranc a battu au second tour son adversaire de gauche, Olivier Girardin (Parti socialiste-Nouveau Front populaire), victime d’un report limité des voix de droite sur son nom. A contrario, dans la 2e circonscription (Troyes V, VI, VII), la députée LR Valérie Bazin-Malgras, très largement distancée par son adversaire RN Albéric Ferrand à l’issue du premier tour, a, elle, fait le plein des voix des électeurs de l’arc républicain et sauvé son siège.

élu du premier tour Jordan Guitton - RN - 1re

Troyes V, VI, VII (2e)

Valérie Bazin-Malgras (LR) Réélue

I : 73 977 - V : 50 263 - A : 32,06 % E : 48 725 - B : 1 153 - N : 385

Valérie Bazin-Malgras

, LR, 25 420 (52,17 %) ; Albéric Ferrand, RN, 23 305 (47,83 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 976 - V : 50 939 - A : 31,14 % - E : 49 780 - B. : 708 -

Ferrand

, 22 316 (44,83 %) ;

Bazin-Malgras

, 13 902 (27,93 %) ;

Sebbari

, 8 256 (16,58 %) ;

Fontaine-Garcia

, 4 703 (9,45 %) ;

Vallée

, 603 (1,21 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 273 - V : 35 129 - A : 53,33 % - E : 33 157 - B. : 1 524 -

Bazin-Malgras

, 19 731 (59,51 %) ;

Henry

, 13 426 (40,49 %).

Troyes III, IV (3e)

Angélique Ranc (RN) Réélue

I : 65 494 - V : 42 142 - A : 35,66 % E : 39 226 - B : 2 234 - N : 682

Angélique Ranc

, RN, 20 601 (52,52 %) ; Olivier Girardin, PS-NFP, 18 625 (47,48 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 65 463 - V : 42 571 - A : 34,97 % - E : 41 731 - B. : 531 -

Ranc

, 18 084 (43,33 %) ;

Girardin

, 10 178 (24,39 %) ;

Scherrer

, 6 994 (16,76 %) ;

Leprince

, 3 654 (8,76 %) ;

Richard

, 1 502 (3,60 %) ;

Collot-Touzé

, 970 (2,32 %) ;

Andrieux

, 349 (0,84 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 66 562 - V : 29 238 - A : 56,07 % - E : 26 937 - B. : 1 660 -

Ranc

, 13 913 (51,65 %) ;

Beury

, 13 024 (48,35 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 1091 mots, p. 7
Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Reportage

Ruffin réélu à l’issue d’une « semaine d’angoisse »

Dans la Somme, dimanche soir, les militants ont craint, jusqu’au bout, une victoire de l’extrême droite

Marie-Béatrice Baudet

Flixecourt (Somme) - envoyée spéciale - Surtout, rester encore un peu, ne pas se séparer tout de suite. Et tant pis si la chaleur est étouffante dans ce gymnase communal de Flixecourt (Somme), village picard de 3 200 habitants, où l’équipe de François Ruffin organisait, dimanche 7 juillet, une soirée pour le second tour des élections législatives. Oui, tant pis, la victoire est trop belle. Même si la nuit approche, militants et sympathisants continuent de s’étreindre et de se féliciter, les yeux rougis par les larmes.

Déjouant les pronostics, leur champion investi par le Nouveau Front populaire l’a emporté dans la première circonscription de la Somme face à la candidate du Rassemblement national (RN) Nathalie Ribeiro-Billet, qui l’avait pourtant devancé de 3 500 voix lors du premier tour. « Après une semaine d’angoisse, ça fait du bien d’être là tous ensemble », lâche Isabelle (elle n’a pas souhaité donner son nom, comme toutes les personnes citées par leur prénom), qui virevolte d’un cercle à l’autre, emportée par la musique de La Fièvre du samedi soir.Une de ses amies se tient le cœur comme s’il était près de lâcher : « A l’avenir,soupire-t-elle , je préférerais qu’on m’évite ce genre d’émotion. C’est trop cette attente qui vous dévore. »

Avant l’annonce libératrice des résultats, le suspens fut douloureux, en effet. A 18 heures, alors que rien n’est encore joué, Florence s’affaire nerveusement au buffet bientôt garni de tartes et de cakes faits maison apportés par les participants. La retraitée de 64 ans explique connaître « François »depuis sa première campagne, en 2017, lors de la création du parti Picardie Debout !.

« Je crois en lui car il est toujours à l’écoute et, surtout, il ne prend pas la grosse tête,confie-t-elle. Mais je vous le dis, si on perd, vous me ramasserez à la petite cuillère. » Ses voisins hochent la tête. Eux aussi ont peur d’un échec face au RN, un de plus ici sur ces terres ouvrières et minières qui tournent le dos à la gauche. Martine, la mère de François Ruffin, venue soutenir son fils, dit croiser les doigts. « Je veux y croire, car j’aurais tellement mal pour lui s’il ne gagnait pas. Il donne tellement pour les autres. »

« La circo, elle est à nous »

A 18 h 23, les résultats d’un premier dépouillement s’affichent sur un écran : Ribeiro-Billet, 131 voix ; Ruffin, 86. Petit début, grand frisson. Aussitôt, Guillaume Ancelet, le président de Picardie Debout ! et chauffeur de salle attitré, prend la parole : « Oui, je sais, ça picote mais dites-vous bien que ces chiffres émanent des communes les plus petites qui nous sont défavorables. Il faut attendre les nouvelles d’Abbeville et d’Amiens. Et vous verrez, ça va remonter… »Sophie, une militante de la première heure, serre les dents et plaisante pour faire bonne figure. « Des amis belges sont venus nous soutenir entre les deux tours et nous ont invités à passer quelques jours chez eux pour suivre un cours accéléré sur le thème : comment apprendre à vivre dans un pays sans gouvernement stable ? D’ailleurs, je pourrais peut-être demander l’asile politique »,dit-elle en souriant.

Sur les tables et les bancs, des dizaines de drapeaux restent enroulés. La délivrance arrive à 19 h 34 précisément. Guillaume Ancelet, micro à la main, se tourne vers l’écran géant et lance : « Regardez ! 40 % des dépouillements ont été réalisés et, pour la première fois de la soirée, François Ruffin devance sa concurrente, il est à 50,25 % des suffrages exprimés. » La candidate RN ne le rattrapera plus.

Le vent a tourné ici dans la Somme, comme il va tourner dans la France. Guillaume Ancelet semble l’avoir compris et entonne ce qui va devenir le hit de la soirée : « La circo, elle est à nous. On s’est battus pour la gagner, on se battra pour la garder, la circo, elle est à nous ! » La salle explose de joie. Lorsque les résultats nationaux sont annoncés sur les chaînes de télévision, l’euphorie est à son comble. Le RN est en troisième position. La victoire est totale.

A l’écart du tumulte

François Ruffin, lui, est tout à la préparation de son discours. Il s’est isolé avec quelques conseillers pour le finaliser. A 21 h 10, il entre dans un gymnase en folie, aux couleurs de Picardie Debout !. Aucun drapeau de La France insoumise (LFI) ne flotte au vent. La rupture avec Jean-Luc Mélenchon est entérinée et affichée. Même si l’émotion le parcourt, surtout lorsqu’il fait monter ses proches et ses fidèles sur l’estrade, le vainqueur ne jubile pas. « La bataille de la Somme, nous l’avons menée porte après porte, village après quartier ! (…) Ce soir, l’espoir renaît »,lance-t-il d’abord. Ajoutant, le visage fermé : « Je parle avec gravité. Les électeurs nous laissent une dernière chance.(…) Nous devons unir la France des bourgs et la France des tours. Nous devons apaiser, nous devons gouverner avec respect, avec tendresse pour les Français… »

Même si le député tout juste réélu évoque, à la fin de son intervention, la question du travail, celle des impôts – « les petits paient petit, les gros paient gros » – ou l’accès aux soins, personne ne crie « François président », ou « François premier ministre ». François Ruffin ne veut surtout rien entendre de tout cela et évite les questions des journalistes intéressés par le jour d’après. Ministrable ? L’est-il ? Pour quel parti puisqu’il a annoncé ne plus vouloir siéger sur les bancs de LFI ? Aucune réponse.

Le député retourne vite travailler à l’écart du tumulte de la victoire. Dans la salle, des regards se tournent vers sa suppléante, Hayat Matboua, une accompagnante d’élèves en situation de handicap. Certains lui conseillent amicalement de se préparer à sa nouvelle vie de député au cas où François Ruffin serait appelé à d’autres fonctions. Elle sourit. « S’il le faut, je ferai le job, répond-elle. Mais nous n’en sommes pas encore là. Je crois qu’il va falloir un peu de temps avant qu’un nouveau gouvernement ne voie le jour… »

La nuit approche mais le gymnase reste bien éveillé. A la sono, les tubes s’enchaînent. D’abord I Will Survive, puis Bella Ciao , un hymne à la résistance souvent entendu lors des manifestations contre la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron.

Le Figaro, no. 24844
Le Figaro, mardi 9 juillet 2024 616 mots, p. 5

Politique

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9 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Affaibli, le petit groupe Liot suscite les convoitises

Lagrave, Martin

C'est un petit groupe de députés qui attise plus que jamais les convoitises. Crée en 2017, les Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), qui se placent au centre de l'échiquier politique, pourraient bien être indispensables au futur gouvernement pour se rapprocher d'une majorité absolue. «On va tous être appelés, c'est certain» ,se marre l'un de ses parlementaires, réélu ce dimanche. Ni le Nouveau Front populaire ni le camp présidentiel ne sont en mesure de gouverner seuls à l'issue du second tour des élections législatives, faute d'appuis suffisants dans l'Hémicycle.

Les regards se tournent donc vers ces électrons libres, qui continuent de résister aux logiques partisanes. D'autant que les Liot ont laissé des plumes dans la dissolution : sur ses 22 membres repartis en campagne, seuls 14 ont survécu aux urnes. Privée de son patron, Bertrand Pancher, qui a perdu son siège dans la Meuse face au RN, la formation doit encore rallier au moins un autre député pour reconstituer son groupe. Une situation inconfortable qui pourrait faire les affaires des deux autres blocs, en quête de nouveaux partenaires. Avant cela, les 14 rescapés doivent encore se réunir ce mardi matin pour «aborder la suite» et trancher la position à adopter dans cette nouvelle législature.

En coulisses, les négociations ont pourtant déjà commencé depuis plusieurs semaines. «C'est vrai, j'ai reçu des SMS», témoigne le député régionaliste breton Paul Molac, «mais peu importe, ce n'est pas ça qui est important», évacue-t-il. Parmi les sortants reconduits dimanche soir, plusieurs ont d'ailleurs pu compter dès le premier tour sur le soutien des socialistes. C'est le cas de David Taupiac, Martine Froger et Laurent Panifous, tous réputés proches de la présidente PS de la région Occitanie, Carole Delga. Une manière pour le parti de la rose de retisser du lien avec ces élus qui avaient refusé de siéger dans l'ex-Nupes. Réélu dans le Gers, David Taupiac jure pour l'instant qu'il attend la réunion du groupe pour décider son point de chute. Deux semaines avant le premier tour, le conseiller régional laissait pourtant entendre au Figaroqu'il serait prêt à rejoindre les bancs socialistes si ces derniers marquaient leurs distances avec les Insoumis. Ces quelques élus supplémentaires pourraient consolider le rapport de force à gauche, alors que d'intenses négociations ont débuté pour s'accorder sur le nom d'un éventuel premier ministre.

Coalition élargie

Le camp présidentiel a, lui, enclenché très tôt l'opération séduction. Au début de son second quinquennat, déjà paralysé par une majorité relative, Emmanuel Macron avait lui-même tendu la main à ces parlementaires «constructifs». Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, s'était même rendu en Guadeloupe en septembre dernier pour la rentrée parlementaire du groupe. Les Liot s'étaient finalement révélés de farouches opposants au gouvernement, manquant de le faire tomber à neuf voix près avec une motion de censure transpartisane. Il n'empêche, les troupes macronistes pourraient convaincre une poignée d'élus de centre droit, pas franchement emballés par l'union des gauches, de rejoindre le bloc central. À l'image du député UDI des Vosges, Christophe Nageelen, ou Estelle Youssouffa, élue du Mayotte et proche de Gérald Darmanin. L'inoxydable Charles de Courson, réélu de justesse pour un huitième mandat, pourrait lui aussi trouver refuge dans une coalition élargie avec la majorité sortante.

Toutefois, depuis sa création, le groupe Liot a toujours réussi à consolider sa base. Ces derniers mois, la formation avait même abandonné son titre de «plus petit groupe» du Parlement grâce à plusieurs ralliements. Ce lundi, l'ancien coprésident du groupe Christophe Naegelen se montrait confiant : « Des gens de droite et des gens de gauche ont déjà annoncé qu'ils étaient prêts à nous rejoindre, nous serons au moins 20députés Liot» , a-t-il affirmé. ML

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mardi 9 juillet 2024 707 mots, p. AUJM9,AUJM10
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8 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
9 juillet 2024 - Le Parisien

Les Républicains cherchent encore à parler d'une seule voix

Si la droite a paru sauver les meubles, conservant une soixantaine d'élus (LR et DVD), rien n'indique qu'ils siégeront tous ensemble dans la future Assemblée.

Quentin Laurent

Dimanche soir, leur nombre sonnait presque comme une victoire. Les urnes de ce second tour des législatives venaient d'octroyer une soixantaine de députés à la droite (LR et DVD), soit presque autant qu'avant la dissolution.

Alléluia ? Pas si vite. Car le groupe les Républicains à l'Assemblée nationale n'est pas encore officiellement constitué qu'il menace, déjà, d'exploser. D'une part, car le parti de la droite historique demeure affaibli (l'épisode Ciotti n'est pas totalement clos) et son groupe est déjà la cible potentielle de débauchages, notamment par l'ex-majorité présidentielle. Ensuite, parce que certaines ambitions internes s'interrogent sur la possibilité de tout faire exploser de l'intérieur.

Depuis dimanche soir, les téléphones chauffent. Les députés s'appellent pour jauger leurs envies réciproques. Premier à la manoeuvre : Laurent Wauquiez. Élu dimanche en Haute-Loire, le futur ex-président de la région Auvergne - Rhône-Alpes multiplie les textos de félicitations aux rescapés de ces législatives, décroche directement le combiné pour en joindre certains. Il y confie son idée d'être président du futur groupe des députés LR (rien n'est arrêté, et Olivier Marleix y songe aussi), mais que la famille devra « être unie derrière lui » le cas échéant, pour faire face aux vents contraires.

« La marque LR est morte »

L'intéressé les interroge sur leur soutien, les rassure sur la place qu'il fera à chacun. Et surtout explique qu'il faut que ce futur groupe conserve une ligne de « droite indépendante », c'est-à-dire hors de toute coalition, que ce serait « se corrompre de faire ça ». Wauquiez, qui aspire à briguer l'Élysée en 2027, a besoin que ce qu'il reste du navire LR tienne la mer. Même si d'autres ténors, à l'image de Bruno Retailleau, appellent plutôt « à reconstruire un grand parti de droite ».

Autre figure du parti à s'activer en coulisses : Aurélien Pradié. L'ambitieux député du Lot, confortablement réélu, cogite depuis des mois sur l'opportunité de construire en dehors de LR. Ici : un nouveau groupe parlementaire au Palais-Bourbon composé d'élus promis à être plus libres et détachés des pesanteurs du logo LR. Là aussi, textos, appels à certains réélus, à des nouveaux entrants, pour savoir qui pourrait en être. « Il faut rompre avec les habitudes du passé, la marque LR est morte », abonde Raphaël Schellenberger, réélu dans le Haut-Rhin. Mais pour y arriver, il faut l'assurance d'avoir au moins 15 élus, et Pradié ne compte pas que des amis...

« Je suis en phase avec Aurélien, il faut reconstruire quelque chose de nouveau, de sain, mais on ne pourra pas faire quelque chose à part. Il faut qu'on reste unis, qu'on mette un mouchoir sur nos ego », confie Julien Dive, réélu de justesse dans l'Aisne. Lui veut attendre de voir si la future potentielle direction du groupe « intégrera nos revendications », fera plus de place à la nouvelle génération. « Je veux aussi un engagement clair sur notre position vis-à-vis d'Éric Ciotti », poursuit Dive, qui dit avoir hâte de le retrouver « pour lui dire ce qu'il pense, en tête à tête ». Un rendez-vous a été fixé à mercredi matin pour élire le président du futur groupe, mais certains estiment que c'est « trop tôt ». Plusieurs ont demandé une réunion dès ce mardi après-midi, pour débattre une première fois ensemble.

La tentation des alliances

Quelle ligne pour les LR dans cette Assemblée inédite ? Ils sont ainsi plusieurs à s'interroger : « Est-ce qu'on accepte de donner le pouvoir à la gauche ? » interroge un député. Sous-texte : faut-il imaginer des alliances qui éviteraient de laisser le gouvernement aux Insoumis et consorts, donc potentiellement pactiser avec le bloc macroniste. Wauquiez est contre, comme Gérard Larcher, défenseur d'une ligne « d'indépendance, d'autonomie ».

Seront-ils suivis ? Plusieurs nouveaux élus, comme le maire (LR) de Saint-Maur Sylvain Berrios ou le député des Hauts-de-Seine Thomas Lam affirment qu'ils ne siégeront pas dans un groupe qui n'aura pas une attitude « constructive ». L'élu du Val-de-Marne Vincent Jeanbrun pourrait être de ceux-là. Les Républicains ont réchappé de la grande noyade, mais leur navire parlementaire menace encore de prendre l'eau.

Le Figaro, no. 24844
Le Figaro, mardi 9 juillet 2024 1020 mots, p. 8

Politique

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8 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Face aux chimères d'un gouvernement au centre, LR prône l'indépendance

La ligne choisie pour l'instant par Les Républicains est mise à l'épreuve par les manoeuvres parlementaires en vue d'une coalition avec la macronie.

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Soulagement à droite. Au lendemain du second tour des élections législatives, Les Républicains soufflent un peu et se comptent : 44 sortants réélus, 12 nouveaux députés et 13 battus. Au final, dans ce jeu mécanique des vases communicants, ils voient l'ouverture d'un espace politique inédit «depuis longtemps». «C'est la preuve que notre ligne d'indépendance était la bonne et que notre ancrage local est solide» , se réjouit Annie Genevard, secrétaire générale du parti. «Il y a eu deux temps: au premier tour, le temps de la colère. Au second, le temps de la défiance vis-à-vis du RN qui n'a pas été identifié pour redresser le pays.» La nouvelle droite parlementaire veut désormais croire que le problème Éric Ciotti est politiquement réglé et que l'échec de son allié Jordan Bardella le conduit à un corner dans lequel il peinera à trouver de l'oxygène pour que prospère sa vision de l'union des droites.

Lundi, après avoir échangé avec Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau a laissé entendre que tout était parfaitement clair pour la droite. Au même moment, une rumeur véhiculée par certains élus macronistes, annonçait l'imminence d'un dîner à l'Élysée qui aurait réuni Emmanuel Macron, Gérard Larcher, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau et Xavier Bertrand. Au menu, un « deal » supposé. «Je n'ai reçu aucune invitation à dîner ce soir» , dément sans hésiter et en souriant le chef de file de la droite sénatoriale qui n'aurait «pas du tout» l'intention de se prêter à une telle opération, soupçonnant certains proches de la majorité de manoeuvrer. Une source proche d'Emmanuel Macron nie l'existence d'un tel projet.

Après les déclarations de Laurent Wauquiez au soir du second tour, et après sa victoire en Haute-Loire, on voit mal comment le désormais ex-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes accepterait d'entrer dans une telle perspective (lire ci-dessous). «Je vois bien la tentation des tractations, des combinaisons, pour échafauder des majorités contre-nature. Ce sera sans nous» , a-t-il prévenu dimanche soir.

La liste du nouveau groupe LR de 56 élus commence à peine à circuler que, déjà, certains parlementaires se demandent si la cohésion des troupes sera possible. En coulisses, les initiatives se multiplient pour trouver un moyen de bâtir une force centrale. Édouard Philippe n'a pas hésité par exemple à faire part de ses félicitations appuyées auprès de certains députés LR. «Il prend le pouls... Mais Édouard Philippe, c'est quand même le grand perdant d'hier soir: on ne va pas quitter un groupe de 60députés pour un groupe de 26, en prenant le risque de passer en plus pour des traîtres» , souffle-t-on chez LR. On dit Darmanin très actif quand, depuis, Marseille, le président de la région Paca, Renaud Muselier, n'a pas tardé à sauter sur l'occasion en brandissant la nécessité de gérer le pays. «Une seule solution: gouverner au centre, avec un premier ministre qui fédère les raisonnables, et qui s'organise pour débloquer le pays» , clame l'ex-LR, proche de la macronie.

Philippe Juvin, seul député sortant LR élu au 1er tour dans les Hauts-de-Seine, en l'absence d'adversaire macroniste, pourrait-il faire partie des «raisonnables» évoqués par Muselier ? Et combien le nouveau groupe LR abrite-t-il de «raisonnables» aujourd'hui ? En écoutant les premières déclarations de Philippe Juvin, juste après les résultats du second tour, certains de ses collègues ont eu le sentiment d'avoir «clairement» entendu une offre de service. «J'ai été député européen, je connais des parlements où il n'y a pas de majorité, ce n'est pas un drame à condition qu'on sache se débrouiller avec... Il faut donc créer des majorités soit de circonstance sur des projets, soit des coalitions. En France, culturellement, ce sont des choses qu'on ne sait pas faire...» La réplique ne tarde pas à droite où l'argumentaire Juvin provoque une mise en garde. «Nous serions contaminés et jugés comptables du double quinquennat d'Emmanuel Macron. La situation est de sa seule responsabilité. Et quand bien même nous voudrions le faire, nous buterions sur deux écueils: le contenu politique et l'arithmétique de cette éventuelle coalition buteraient sur le budget.»

Outre Philippe Juvin, le positionnement du député réélu du Lot Aurélien Pradié suscite aussi des interrogations à droite. «On ne sait pas où il en est...» , glisse un cadre. Un autre poursuit : «Il semble tenté de monter son propre groupe, en s'appuyant sur des élus Liot, qui ne sont pas assez nombreux pour y parvenir...» Alors, l'élu du Lot siégera-t-il avec LR, qu'il a récemment déclaré «mort» ? Ou préfère-t-il prendre son indépendance ? «Aucune idée» , répond l'intéressé, fort laconique. «C'est encore beaucoup trop tôt pour le savoir, balaie un proche de Pradié, un brin plus loquace. Beaucoup de rumeurs circulent, les choses vont s'éclaircir dans la semaine.»

Quant à l'hypothèse de nouveaux débauchages à droite, certains élus la balayent d'un revers de main. Dans la configuration inédite d'une Assemblée nationale figée en trois blocs, impossible pour eux de l'imaginer. «Ha, ha, ha! Les types ont subi la foudre de Jupiter avec la dissolution, ils ont résisté à la trahison de Ciotti et ils ont bien souvent été élus contre des RN! Très franchement, il est d'autant plus difficile d'y croire que l'on ne comprend pas trop où cela pourrait les conduire : 180élus? Tu parles! Aujourd'hui, Emmanuel Macron est radioactif et ceux qui viennent d'être élus voudront être réélus après.» Un ténor renchérit : «Qui va rejoindre Éric Ciotti, après ce que nous avons traversé? Ceux qui ont pu être tentés, hier, ne le sont certainement plus aujourd'hui.»

Au Sénat, Bruno Retailleau récuse le modèle du tripartisme. «C'est cette logique qui amène un RN et un LFI aux portes du pouvoir, qui installe le poison du fait minoritaire dans les institutions de la VeRépublique, faite pour le fait majoritaire. Accepter le tripartisme, c'est accepter ce poison puisque cela revient à donner le monopole des oppositions aux ailes radicales. Institutionnellement, c'est destructeur.» ET E.G.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 810 mots, p. SPA5

Centre-Val de Loire 18 || Cher 3 sièges 28 || Eure-et-Loir 4 sièges 36 || Indre 2 sièges 41 || Loir-et-Cher 3 sièges 45 || Loiret 6 sièges

37 || Indre-et-Loire 5 sièges

Sortants Charles Fournier (EELV-Nupes) ; Daniel Labaronne (LRM-Ensemble) ; Henri Alfandari (Hor.-Ensemble) ; Fabienne Colboc (LRM-Ensemble) ; Sabine Thillaye (MoDem-Ensemble).

Le Rassemblement national n’a pas obtenu de député en Indre-et-Loire. Quatre sortants ont été réélus avec des scores massifs : la MoDem-Ensemble Sabine Thillaye dans la 5e circonscription (Saint-Cyr-sur-Loire), avec plus de 59 % des voix ; le macroniste (Renaissance-Ensemble) Daniel Labaronne dans la 2e (Amboise), où il frôle les 60 % ; le député Horizons-Ensemble Henri Alfandari, dans la 3e (Montbazon), avec plus de 62 % ; et l’écologiste Charles Fournier, dans la 1re circonscription (Tours), qui passe la barre des 57 %. Dans la 4e, le socialiste (PS-Nouveau Front populaire) Laurent Baumel, ancien conseiller d’Olivier Faure et proche d’Arnaud Montebourg,retrouve le fauteuil qu’il occupait de 2012 à 2017. Ce qui fait deux députés NFP dans le département.

Tours (1re)

Charles Fournier (EELV-NFP) Réélu

I : 71 989 - V : 44 502 - A : 38,18 % E : 40 793 - B : 2 699 - N : 1 010

Charles Fournier

, EELV-NFP, 23 624 (57,91 %) ; Benoist Pierre, Hor.-Ensemble, 17 169 (42,09 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 71 964 - V : 47 705 - A : 33,71 % - E : 46 886 - B. : 565 -

Fournier

, 21 250 (45,32 %) ;

Pierre

, 11 333 (24,17 %) ;

Garbay

, 8 870 (18,92 %) ;

Janer

, 2 774 (5,92 %) ;

Dayan

, 1 690 (3,60 %) ;

Ossart

, 496 (1,06 %) ;

Jouhannaud

, 473 (1,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 71 161 - V : 34 362 - A : 51,71 % - E : 32 628 - B. : 1 185 -

Fournier

, 17 457 (53,50 %) ;

Chalumeau

, 15 171 (46,50 %).

Amboise (2e)

Daniel Labaronne (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 93 139 - V : 65 576 - A : 29,59 % E : 62 249 - B : 2 426 - N : 901

Daniel Labaronne

, Ren.-Ensemble, 37 343 (59,99 %) ; Corine Fougeron, RN, 24 906 (40,01 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 93 120 - V : 65 669 - A : 29,48 % - E : 63 837 - B. : 1 302 -

Fougeron

, 22 396 (35,08 %) ;

Labaronne

, 20 801 (32,58 %) ;

Gobert

, 14 891 (23,33 %) ;

Maintier

, 4 123 (6,46 %) ;

Brunet

, 938 (1,47 %) ;

Saintignan

, 688 (1,08 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 92 250 - V : 45 288 - A : 50,91 % - E : 41 421 - B. : 2 717 -

Labaronne

, 22 663 (54,71 %) ;

Gobert

, 18 758 (45,29 %).

Montbazon (3e)

Henri Alfandari (Hor.-Ensemble) Réélu

I : 99 435 - V : 69 610 - A : 29,99 % E : 65 924 - B : 2 767 - N : 919

Henri Alfandari

, Hor.-Ensemble, 41 028 (62,24 %) ; Jules Robin, LR-RN, 24 896 (37,76 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 99 411 - V : 69 815 - A : 29,77 % - E : 67 453 - B. : 1 633 -

Alfandari

, 22 174 (32,87 %) ;

Robin

, 21 724 (32,21 %) ;

Barbier

, 17 240 (25,56 %) ;

François

, 3 248 (4,82 %) ;

Legendre

, 1 060 (1,57 %) ;

Brimou

, 1 004 (1,49 %) ;

Bourin

, 1 003 (1,49 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 99 402 - V : 49 296 - A : 50,41 % - E : 45 119 - B. : 2 900 -

Alfandari

, 25 792 (57,16 %) ;

Sirven

, 19 327 (42,84 %).

Joué-lès-Tours (4e)

Laurent Baumel (PS-NFP) Élu

I : 92 739 - V : 63 624 - A : 31,39 % E : 57 795 - B : 4 365 - N : 1 464

Laurent Baumel

, PS-NFP, 33 180 (57,41 %) ; Jean-François Bellanger, RN, 24 615 (42,59 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 92 734 - V : 63 488 - A : 31,54 % - E : 61 812 - B. : 1 145 -

Bellanger

, 20 328 (32,89 %) ;

Baumel

, 18 374 (29,73 %) ;

Colboc

, 17 092 (27,65 %) ;

Lagrée

, 5 287 (8,55 %) ;

Gardeau

, 731 (1,18 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 92 318 - V : 45 305 - A : 50,93 % - E : 41 937 - B. : 2 338 -

Colboc

, 21 185 (50,52 %) ;

Baumel

, 20 752 (49,48 %).

Saint-Cyr-sur-Loire (5e)

Sabine Thillaye (MoDem-Ensemble) Réélue

I : 87 690 - V : 61 677 - A : 29,66 % E : 58 610 - B : 2 143 - N : 924

Sabine Thillaye

, MoDem-Ensemble, 34 741 (59,27 %) ; François Ducamp, RN, 23 869 (40,73 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 87 677 - V : 61 562 - A : 29,79 % - E : 59 914 - B. : 1 165 -

Ducamp

, 21 118 (35,25 %) ;

Thillaye

, 16 025 (26,75 %) ;

Coccia

, 14 457 (24,13 %) ;

Bales

, 6 805 (11,36 %) ;

Billon

, 809 (1,35 %) ;

Delarue

, 700 (1,17 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 87 118 - V : 41 505 - A : 52,36 % - E : 37 341 - B. : 3 248 -

Thillaye

, 22 055 (59,06 %) ;

Louisin

, 15 286 (40,94 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 867 mots, p. SPA4

Bourgogne- Franche-Comté 25 || Doubs 5 sièges 39 || Jura 3 sièges 58 || Nièvre 2 sièges 70 || Haute-Saône 2 sièges 71 || Saône-et-Loire 5 sièges 89 || Yonne 3 sièges 90 || Territoire de Belfort 2 sièges

21 || Côte-d’Or 5 sièges

Sortants Didier Martin (LRM-Ensemble) ; Benoît Bordat (LRM-Ensemble) ; Fadila Khattabi (LRM-Ensemble) ; Hubert Brigand (LR) ; Didier Paris (LRM-Ensemble).

La poussée du Rassemblement national (RN) en Côte-d’Or s’est confirmée, même si un seul de ses candidats, René Lioret, a été élu dans la 5e circonscription (Beaune), avec 50,04 % des voix et 42 voix d’avance sur le député sortant Renaissance, Didier Paris. Mais c’est le Nouveau Front populaire (NFP) qui sort gagnant du scrutin, avec trois élus. Océane Godard (Parti socialiste, PS) a battu, avec 37,15 % des voix, le député Renaissance sortant de la 1re circonscription (Dijon V, VI, VII), Didier Martin, dans une triangulaire. Candidate Les Ecologistes, Catherine Hervieu a fait de même dans la 2e circonscription (Dijon I, II, VIII), avec 53,63 %, face à Tatiana Guyenot (RN). Pierre Pribetich, qui portait les couleurs du PS, l’a emporté, avec 53,15 %, dans la 3e (Chenôve, Dijon II, IV), devant Thierry Coudert (RN). Enfin, Hubert Brigand (Les Républicains) a conservé son siège dans la 4e (Montbard), avec 53,96 %, face à Sophie Dumont (RN).

Dijon V, VI, VII (1re)

Océane Godard (PS-NFP) Élue

I : 70 511 - V : 51 765 - A : 26,59 % E : 50 386 - B : 1 081 - N : 298

Océane Godard

, PS-NFP, 18 716 (37,15 %) ; Didier Martin, Ren.-Ensemble, 17 314 (34,36 %) ; Cyline Humblot-Cornille, RN, 14 356 (28,49 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 70 495 - V : 51 245 - A : 27,31 % - E : 50 333 - B. : 657 -

Godard

, 14 679 (29,16 %) ;

Martin

, 13 830 (27,48 %) ;

Humblot-Cornille

, 12 969 (25,77 %) ;

Dugourd

, 6 126 (12,17 %) ;

Zivkovic

, 2 232 (4,43 %) ;

Thévenin

, 497 (0,99 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 70 369 - V : 36 200 - A : 48,56 % - E : 33 558 - B. : 2 026 -

Martin

, 19 473 (58,03 %) ;

Peillon

, 14 085 (41,97 %).

Dijon I, III, VIII (2e)

Catherine Hervieu (EELV-NFP) Élue

I : 72 032 - V : 50 389 - A : 30,05 % E : 45 682 - B : 3 758 - N : 949

Catherine Hervieu

, EELV-NFP, 24 498 (53,63 %) ; Tatiana Guyenot, RN, 21 184 (46,37 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 72 011 - V : 50 613 - A : 29,71 % - E : 49 598 - B. : 767 -

Guyenot

, 17 181 (34,64 %) ;

Hervieu

, 13 723 (27,67 %) ;

Bordat

, 12 225 (24,65 %) ;

Bourguignat

, 3 982 (8,03 %) ;

Gonzalez

, 1 222 (2,46 %) ;

Rocher

, 522 (1,05 %) ;

Gaillard

, 512 (1,03 %) ;

Bertrand

, 231 (0,47 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 71 506 - V : 33 593 - A : 53,02 % - E : 30 398 - B. : 2 294 -

Bordat

, 15 714 (51,69 %) ;

Hervieu

, 14 684 (48,31 %).

Chenôve, Dijon II, IV (3e)

Pierre Pribetich (PS-NFP) Élu

I : 72 452 - V : 50 587 - A : 30,18 % E : 46 201 - B : 3 564 - N : 822

Pierre Pribetich

, PS-NFP, 24 555 (53,15 %) ; Thierry Coudert, LR-RN, 21 646 (46,85 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 72 426 - V : 50 361 - A : 30,47 % - E : 49 115 - B. : 927 -

Coudert

, 17 406 (35,44 %) ;

Pribetich

, 14 533 (29,59 %) ;

Khattabi

, 11 695 (23,81 %) ;

Bourgadel

, 3 611 (7,35 %) ;

Mezui

, 1 176 (2,39 %) ;

Delorme

, 694 (1,41 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 72 561 - V : 32 914 - A : 54,64 % - E : 29 734 - B. : 2 388 -

Khattabi

, 14 900 (50,11 %) ;

Marc

, 14 834 (49,89 %).

Montbard (4e)

Hubert Brigand (LR) Réélu

I : 67 452 - V : 48 799 - A : 27,65 % E : 46 660 - B : 1 665 - N : 474

Hubert Brigand

, LR, 25 179 (53,96 %) ; Sophie Dumont, RN, 21 481 (46,04 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 67 447 - V : 48 427 - A : 28,2 % - E : 46 970 - B. : 1 083 -

Dumont

, 19 838 (42,24 %) ;

Brigand

, 16 531 (35,19 %) ;

Jacq

, 9 616 (20,47 %) ;

Denizot

, 985 (2,10 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 68 400 - V : 35 017 - A : 48,81 % - E : 31 791 - B. : 2 472 -

Brigand

, 19 332 (60,81 %) ;

Ponelle

, 12 459 (39,19 %).

Beaune (5e)

René Lioret (RN) Élu

I : 85 570 - V : 60 802 - A : 28,94 % E : 57 310 - B : 2 612 - N : 880

René Lioret

, RN, 28 676 (50,04 %) ; Didier Paris, Ren.-Ensemble, 28 634 (49,96 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 85 576 - V : 60 533 - A : 29,26 % - E : 58 529 - B. : 1 464 -

Lioret

, 26 518 (45,31 %) ;

Paris

, 18 130 (30,98 %) ;

Flache

, 11 297 (19,30 %) ;

Cheront

, 1 532 (2,62 %) ;

Petet

, 819 (1,40 %) ;

Baudot

, 233 (0,40 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 85 691 - V : 40 785 - A : 52,40 % - E : 36 928 - B. : 3 039 -

Paris

, 20 031 (54,24 %) ;

Lioret

, 16 897 (45,76 %).

Libération
mardi 9 juillet 2024 1102 mots, p. 3

Autre

Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Libération (site web)

Macron laisse décanter, ses troupes désenchantées

JEAN-BAPTISTE DAOULAS; LAURE EQUY

Autre

Alors que le chef de l’Etat temporise, espérant voir la gauche se diviser, les membres de l’ex-majorité tentent d’amadouer leurs adversaires d’hier et cherchent le meilleur scénario pour gouverner.

I l est urgent d’attendre. Si, le 9 juin, Emmanuel Macron avait appuyé sur le bouton de la dissolution une heure à peine après la clôture du scrutin européen, le chef de l’Etat, désormais, n’est pas pressé. Au lendemain des élections législatives, le Président a reçu, lundi midi, Gabriel Attal qui, comme il l’avait annoncé, lui a remis sa démission. Prié de rester en poste «pour le moment, afin d’assurer la stabilité du pays», le Premier ministre doit gérer les urgences, le temps que la situation politique se décante. N’est pas maître des horloges qui veut. «Dans l’intervalle, l’enjeu de l’Elysée est de pouvoir faire des nominations [de hauts fonctionnaires] en Conseil des ministres, ce que l’on ne peut pas faire avec un gouvernement démissionnaire qui ne gère que les affaires courantes», souligne un conseiller de l’exécutif.

Audacieuse autosatisfaction Depuis l’Elysée, le chef de l’Etat scrute l’épais brouillard tombé dimanche sur le Palais- Bourbon. Avec flegme. Si le Nouveau Front populaire a créé la surprise en se hissant en tête, la solide tripartition sortie des urnes ne permet à aucune force de gouverner seule. Après avoir épluché les résultats dans chaque circonscription, Macron, censé s’envoler mercredi matin pour un sommet de l’Otan à Washington, juge avoir tout son temps. Une fois la nouvelle Assemblée installée et les groupes de députés composés, le 18 juillet (lire page 6), il y verra plus clair, espère-t-il.

Si le «moment de clarification» que le Président appelait de ses voeux aboutit à une centaine de sièges perdus pour son camp et à une cohabitation a priori inextricable, l’Elysée affiche une audacieuse autosatisfaction. Le risque d’une victoire du Rassemblement national n’a-t-il pas été écarté ? «On a purgé démocratiquement deux choses : les germes de tensions dans la société et, pour un temps, l’hypothèque du RN au pouvoir est levée», fait valoir un conseiller. «On leur a tapé dans les reins ! L’“irrésistible ascension” de Marine Le Pen, c’est fini. Les détracteurs de la dissolution vont avaler leur chapeau», ose un interlocuteur du chef de l’Etat.

Si la gauche unie constitue la première force de l’hémicycle, les députés Renaissance, Modem et Horizons se rêvent en force pivot, incontournable pour atteindre le seuil fétiche de la majorité absolue. Le camp présidentiel continue donc de vendre le scénario d’une grande coalition allant du PS à LR, et sans LFI. «La première étape, c’est d’accepter qu’on puisse être partenaires», a tenté lundi sur France Inter le patron du Modem, François Bayrou. L’Elysée fait la liste des bonnes manières de Renaissance et ses alliés pour engager le dialogue : absence de candidats investis face à des candidats de droite et de gauche jugés compatibles, retraits massifs dans l’entre-deux-tours, main tendue par le président de la République. Manière de faire monter la pression sur les patrons de partis qui refusent de discuter.

«Est-ce que c’est le régime des partis, profondément néfaste, qui s’impose ? Ou la volonté exprimée par les Français d’élire des républicains qui travaillent ensemble sans perdre leur identité, en faisant des compromis comme dans toutes les grandes démocraties ? interroge un conseiller du chef de l’Etat. Pas un seul député Les Républicains, Ensemble ou Nouveau Front populaire ne peut dire qu’il a été élu uniquement sur la base de son projet.» Si les mots ne suffisent pas à amadouer les adversaires d’hier, le camp Macron compte sur les chiffres. A 111 sièges de la majorité absolue, le NFP ne pourra pas rester inflexible. «On va les faire redescendre. C’est aussi nous qui avons leurs couilles dans nos mains», veut croire un élu de la majorité sortante. «Le NFP dit : “C’est notre programme ou rien”, sans réaliser qu’ils font ce qu’on a fait pendant deux ans, en pire, pointe un ministre. Car nous, on était 250 !» «Signaux pas encourageants» Le bloc central, en particulier son aile droite, regarde aussi vers Les Républicains, même si Laurent Wauquiez a refusé les «combinaisons pour échafauder des majorités contre nature». La présence à l’Elysée à la mi-journée d’Aurore Bergé et Gérald Darmanin, deux ministres venus de la droite, a été perçue comme «des signaux pas encourageants» par le conseiller d’un ministre de l’aile gauche. Là encore, les chiffres sont têtus. Même avec le renfort des 66 élus LR, «ça ne peut marcher que si on fait venir le PS, calcule un député Renaissance. J’ai du mal à y croire». Et un ministre de doucher tout espoir de coalition : «Il faut se sortir de l’idée que l’on trouvera une majorité à 289 députés dans l’année qui vient.» Dans le flou, les boutiques s’agitent. Dès dimanche soir, le groupe Renaissance, espérant éviter les déperditions, adressait à ses ouailles un formulaire de rattachement. Nombre de députés, peu enthousiastes à l’idée de rempiler comme si rien n’avait changé, veulent des garanties avant de signer. Sacha Houlié a écrit à ses camarades de l’aile gauche de Renaissance pour réfléchir à la constitution d’un groupe tendance social-démocrate. A la réunion du groupe, ce mardi matin, chacun va se renifler.

Les présidentiables se comptent en recevant à tour de bras. Une trentaine de députés étaient conviés à déjeuner lundi par Darmanin, soupçonné de vouloir bâtir un groupe de centre droit avec les élus Horizons d’Edouard Philippe : «Il nous a surtout écoutés, relate un convive. Si le NFP arrive à sortir un nom pour Matignon, Gérald pense que ce sera compliqué de ne pas nommer la personne proposée.» Après avoir alerté sur le risque d’une «crise financière et du déclin économique de la France», le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a organisé un «moment convivial» lundi avec 25 députés élus et 5 battus. Quitte à être retenu à Matignon, Attal y recevra les candidats Renaissance ce mardi soir. En refusant sa démission, Macron l’empêche pour l’heure de prendre la tête des Renaissance. «S’il prend le groupe, ce serait l’émancipation totale», pointe un ministre. S’il fait mine d’attendre que LR et le NFP s’effritent au point d’accepter de négocier avec lui, le bloc central est menacé de désagrégation par ses dissensions et ses ambitions contraires.

L'Humanité
mardi 9 juillet 2024 1237 mots, p. 2

Victorieux, le NFP s'organise pour gouverner

Emilio Meslet

Législatives anticipées À la suite de sa victoire dans les urnes, la gauche exige de former un nouvel exécutif pour appliquer son programme de rupture, malgré sa majorité relative. Le résultat de dimanche et l'élan populaire suscité la rendent incontournable. Elle se prépare à exercer le pouvoir.

L e ouf de soulagement s'est fait entendre, dimanche, dans tout le pays. Mais, dès lundi matin, le peuple de gauche avait à nouveau le souffle court. Les Français ont massivement barré la route du pouvoir à l'extrême droite et placé, à la surprise générale, le Nouveau Front populaire (NFP) en tête des élections législatives. Il récolte 182 sièges, auxquels il est possible d'ajouter les 13 élus divers gauche, sur les 577 du Palais Bourbon. Une victoire encore inespérée au soir de la dissolution de l'Assemblée nationale mais qui n'est pas un boulevard vers le pouvoir. Le NFP pourra-t-il gouverner malgré sa majorité relative ?

Depuis le verdict des urnes, malgré le brouillard institutionnel et politique, l'ambition de la gauche ne souffre aucune ambiguïté. Et elle fut appuyée, dimanche soir, par des manifestations spontanées de milliers de citoyens dans tout le pays (lire page 5). « Nous avons vocation à gouverner la France en ayant à l'esprit l'état du pays, profondément fracturé et blessé par sept années de politique macroniste, assure Ian Brossat, sénateur et porte-parole du PCF. Il va nous falloir exercer nos responsabilités. » De la direction de la France insoumise à François Hollande, on ne dit pas autre chose. C'est avec ce périmètre politique, défini lors de l'accord de gouvernement conclu début juin, que le NFP veut changer la vie. « Il n'y aura pas de " coalition" (avec les macronistes - NDLR). La gauche a obtenu une majorité relative et elle doit pouvoir gouverner autour (sic) de son programme », insiste Chloé Ridel, porte-parole du Parti socialiste (PS). Elle balaie ainsi les appels du pied d'une partie du camp présidentiel, lequel espère se sauver via la constitution d'un « bloc central » sur le modèle de la majorité européenne (droite traditionnelle, libéraux et sociaux-démocrates).

« La stabilité doit naître de la cohérence. Qui est le plus grand groupe ? C'est celui du Front populaire et il va de soi que c'est au sein du NFP que doit être trouvé le prochain premier ministre », abonde Alexis Corbière, député ex-FI. Comme c'est le cas en période de cohabitation, selon la pratique normale des institutions, Emmanuel Macron devrait, sauf alliance entre son camp (168 députés) et la droite (60), se tourner vers la gauche pour qu'elle choisisse le prochain locataire de Matignon. « Nous sommes capables de construire une proposition politique et institutionnelle de nature à répondre aux demandes des Françaises et des Français », avance le député PS Boris Vallaud.

Avant même que le président de la République ne se résigne à émettre la proposition, les chefs de parti de la France insoumise, du Parti socialiste, des Écologistes et du Parti communiste français ont pris les devants. Manuel Bompard, Olivier Faure, Marine Tondelier et Fabien Roussel, chacun entouré de deux autres responsables, se sont retrouvés tard dans la nuit de dimanche à lundi pour plancher sur l'identité du futur chef de la majorité. Les discussions ont continué lundi autour de 17 heures, sans que rien ne filtre à l'heure de boucler ces lignes. Malgré la pression populaire qui s'est manifestée dans les rues du pays, la décision pourrait ne pas être connue tout de suite mais seulement « dans la semaine », d'après Olivier Faure et la probable future cheffe du groupe FI, Mathilde Panot.

Plusieurs noms sont régulièrement avancés : les insoumis Manuel Bompard, Clémence Guetté, Mathilde Panot et Jean-Luc Mélenchon, les socialistes Olivier Faure, Boris Vallaud et Carole Delga ou encore l'écologiste Marine Tondelier. « Il y a deux hypothèses : soit une personne s'impose et fait consensus, soit les députés devront trancher », rapporte un cadre du NFP, qui penche plutôt pour la seconde option. Si Jean-Luc Mélenchon semble aujourd'hui hors course car pas assez « consensuel », d'après l'adjectif régulièrement utilisé pour définir le profil du premier ministrable, Matignon pourrait revenir soit à un insoumis soit à un socialiste, en fonction de la formation ayant le plus de sièges. C'est ce que réclame la FI (groupe possiblement le plus volumineux du NFP), par la voix de son coordinateur Manuel Bompard, lequel invoque un « usage républicain ». À moins qu'une personnalité extérieure issue de la « société civile » ne soit « la solution », comme évoqué par Marine Tondelier, qui pense sans doute à son mentor et ex-ministre Cécile Duflot, aujourd'hui dirigeante d'Oxfam France. Toujours est-il que, pour se rendre incontournable, la gauche ne peut se payer le luxe de se fracturer sur la place publique. « Il faut que le NFP tienne, appelle Ian Brossat. Nous sommes tous conscients du risque pour le coup d'après, en 2027. Nous avons l'obligation de réussir. »

Aucune des trois coalitions ne dépasse la barre des 200 députés

Le choix du futur premier ministre n'est, en effet, pas le plus gros caillou sur le chemin du NFP. Appliquer tout au ou partie de son programme de rupture sera compliqué au vu du futur rapport de force parlementaire. Il lui faudra composer avec une situation politique totalement inédite : aucune des trois coalitions s'étant présentées aux urnes ne dépasse la barre des 200 députés. Les macronistes ont gagné 168 sièges, et le RN, 143. Ce qui place un potentiel gouvernement de gauche à la merci des motions de censure. « Il ne sert à rien de faire comme si un acteur pouvait gouverner de manière hégémonique avec une majorité pléthorique, comme en 2017, par exemple, relève le constitutionnaliste Benjamin Morel. Un gouvernement minoritaire peut fonctionner, à condition qu'un groupe s'abstienne lors des motions de censure, comme ces deux dernières années, où "Les Républicains" étaient la roue de secours des macronistes. Pour bâtir une majorité, il faudrait donc un accord entre le NFP et Ensemble, ce qui n'arrivera pas sans diviser la gauche. »

« Il va falloir dialoguer car si on veut gouverner durablement, il faut que la Macronie s'engage à ne pas voter une motion de censure avec le RN et à se maintenir dans une forme de neutralité », espère un cadre du NFP. Une solution qui pourrait permettre de faire passer, au cas par cas, certains pans du programme commun de la gauche, à commencer par l'abrogation de la réforme des retraites ou le conditionnement des aides publiques. Deux mesures parmi d'autres qui font largement consensus dans le pays, comme l'indiquent les sondages. Tout comme la hausse du Smic et l'indexation des salaires sur l'inflation, qui seront toutefois plus difficiles à conquérir dans l'Hémicycle. À moins que la pression citoyenne pour que la gauche puisse gouverner ne vienne accentuer le rapport de force, alors que le mouvement populaire impulsé par le NFP a déjà déjoué le scénario d'une victoire de l'extrême droite. L'enjeu, désormais pour la gauche, est de se rendre incontournable.

Les progressistes pourraient même compter sur une nouvelle force d'appoint, scission sociale-démocrate du camp présidentiel, hostile à la loi immigration ou à la réforme de l'assurance-chômage, qu'essaie de fédérer Sacha Houlié, d'après France Info. « Gouverner en majorité relative, c'est possible, promet Ian Brossat. Si nous présentons un projet de loi pour un plan de rattrapage à l'hôpital, trouverons-nous une majorité d'irresponsables pour la rejeter ? Tous les députés doivent tenir compte des électeurs. » Des électeurs qui ont dit non au projet d'Emmanuel Macron aux européennes, puis au premier tour des législatives, et qui ont rejeté le Rassemblement national au second.

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 947 mots, p. 5
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8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Edouard Philippe tente de préempter 2027

Horizons reste la troisième force de la majorité sortante à l’Assemblée nationale

Robin D’Angelo

Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps lors de la soirée électorale du second tour des élections législatives, dimanche 7 juillet, pour que le président d’Horizons, Edouard Philippe, décoche sa première flèche contre Emmanuel Macron. Il est 21 heures à peine lorsque l’ancien premier ministre prend la parole en direct sur les principales chaînes du pays. La mine grave, devant les drapeaux français et européen, il ne cite pas le président de la République, mais c’est bien lui qu’il critique dès l’entame de son discours. « La décision de dissoudre l’Assemblée nationale, qui devait être un moment de clarification, a au contraire conduit à une grande indétermination », regrette-t-il. Avant d’alerter sur « les dangers redoutables » qui pèsent sur « la crédibilité de notre pays » si jamais aucune majorité ne pouvait se dégager.

Plus tôt à 18 h 30, Emmanuel Macron avait réuni à l’Elysée les dirigeants des partis de la coalition présidentielle. Devant eux, le chef de l’Etat insiste sur l’importance de « l’unité »du « bloc central »dans un pays qui aspire à « l’apaisement ».Il appuie en outre sur « l’esprit de responsabilité » qui doit prévaloir sur « les ambitions personnelles », rappelant que la majorité sortante sera toujours « au centre du dispositif »de l’exercice du pouvoir. Edouard Philippe écoute par visioconférence depuis Le Havre (Seine-Maritime), ville dont il est le maire, sans prendre la parole. Mais il n’en pense pas moins, comme le montrent ses déclarations qu’il réserve aux Français. Dans son allocution, le président d’Horizons estime ainsi que « l’accord »qui pourrait permettre de dégager une coalition « ne sera pas durable ». « Il permettra au mieux de gérer le pays, mais pas de construire une alternative ambitieuse », ajoute-t-il.

Le scénario est pourtant celui qu’il avait fait sien pendant les trois semaines de campagne des législatives, se présentant comme l’inlassable promoteur d’une grande coalition qui irait de « la droite républicaine » aux sociaux-démocrates. Soit la configuration qui pourrait permettre de dégager une majorité à l’heure actuelle. Désormais, Edouard Philippe ne s’en satisfait pas. « Quand ni le PS[Parti socialiste] ni les LR[Les Républicains] ne veulent entrer dans une coalition, il n’y a pas de quoi se réjouir », évacue l’eurodéputée Nathalie Loiseau, une de ses proches.

En réalité, l’ancien premier ministre a d’autres projets que de s’impliquer dans une coalition de circonstance, vouée à préserver un statu quo en attendant les prochaines échéances. « Au-delà de cet exercice nécessaire afin de garantir la stabilité politique du pays à court terme, nous devons donc voir plus loin », poursuit-il, la tête à l’élection présidentielle de 2027. Puis il invite ceux qui le souhaitent à le « rejoindre », « dès ce soir[7 juillet] », pour « participer à la reconstruction d’un espoir ».

Affaibli

Combien seront-ils à lui répondre ? Dimanche, Horizons a obtenu vingt-cinq élus, alors qu’il en comptait trois de plus à la fin de la précédente mandature. « Nous sommes le groupe de la majorité qui perd le moins de députés », se félicite un collaborateur du groupe. Edouard Philippe peut aussi se satisfaire de voir la plupart de ses proches sauver leur siège : l’ancien président du groupe, Laurent Marcangeli (Corse-du-Sud), la vice-présidente de l’Assemblée nationale Naïma Moutchou (Val-d’Oise), ou le ministre délégué à la santé, Frédéric Valletoux (Seine-et-Marne), ont été réélus.

Mais la formation reste la troisième force de la majorité sortante à l’Assemblée nationale, loin derrière Renaissance et le MoDem – forts respectivement de 102 et 33 députés. Surtout, Horizons se voit distancé dans le même espace politique par les élus LR, désormais délestés d’Eric Ciotti, qui obtiennent 45 députés, soit près du double de ses troupes. Comme un symbole, le député sortant du Rhône Alexandre Vincendet, qui avait quitté avec pertes et fracas LR pour rejoindre le mouvement d’Edouard Philippe en mars, et dont le transfert devait en annoncer d’autres, a subi une cuisante défaite, ne rassemblant sur son nom que 30,1 % des voix. « Les désistements ont sauvé la vie aux LR », veut croire Jérôme Lavrilleux, le collaborateur parlementaire de M. Vincendet, qui l’avait suivi d’une écurie à l’autre.

M. Philippe pourrait sortir affaibli du scrutin. « Il est à la marge du bloc central, que ce soit arithmétiquement, en termes de dynamique et politiquement, commente un ministre de second plan. Et il est coincé entre Renaissance, qui a bien tenu, et un bloc de droite plus haut que certains pensaient. »

La pression ne devrait pas retomber. Les dirigeants de Renaissance insistent déjà pour que les groupes de la majorité sortante fassent bloc au Palais-Bourbon, contrecarrant les velléités d’indépendance de M. Philippe. Avec, en toile de fond, la sauvegarde des postes-clés, comme la présidence de l’Assemblée nationale. « Si l’on compte Horizons au sein du groupe Ensemble, nous sommes le deuxième groupe,insiste le président des sénateurs Renaissance et proche du chef de l’Etat, François Patriat. Ce n’est pas le moment de l’affaiblir pour faire plus de place à la gauche et à l’extrême gauche. »

Edouard Philippe voit aussi son successeur à Matignon s’afficher comme un prétendant de plus en plus déclaré à la fonction suprême. Fort du relatif succès de la majorité sortante, le premier ministre, Gabriel Attal, a de surcroît été réélu député dans les Hauts-de-Seine. « Le centre de gravité du pouvoir sera, par la volonté des Français, désormais plus que jamais entre les mains du Parlement », a-t-il déclaré. Un Parlement duquel Edouard Phillippe, qui a préféré ne pas candidater, sera absent.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mardi 9 juillet 2024 472 mots, p. AUJM8
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8 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
9 juillet 2024 - Le Parisien

HémicycleiDrôle de reprise

Les premiers députés élus ou réélus au second tour des élections législatives se sont présentés ce lundi au Palais-Bourbon pour s'enregistrer et récupérer leurs badges. Un moment d'émotion malgré un contexte compliqué.

C'est à 13 h 58 précise que les imposantes portes du 128, rue de l'Université ont fini par s'ouvrir. Devant elles, à l'intérieur de la cour de l'Assemblée nationale, de nombreux huissiers attendent. Les premiers députés élus ou réélus des élections législatives font leur apparition.

Chaque député arrive avec un petit carton. Sur celui-ci sont inscrits le nom, le prénom, le département et le numéro de circonscription de l'élu de la XVII e législature. Les étapes sont nombreuses. Il leur faut passer la sécurité, le vestiaire, remplir divers documents administratifs, prendre la photo pour le badge, faire un saut à la gestion financière, un autre chez le déontologue ou encore passer par le bureau des transports. Aussi, les députés se voient remettre un sac. À l'intérieur ? La fameuse écharpe de député, la médaille de l'Assemblée... et bien sûr l'épais règlement intérieur de la chambre basse, rendu presque célèbre par la dernière « promotion ».

« Compliqué pour les nouveaux »

L'atmosphère n'est pourtant pas vraiment celle d'une joyeuse rentrée des classes. Le temps est lourd ce lundi. Comme si le climat avait été tendu par les résultats de dimanche soir. « Ça va être un peu compliqué au début pour les nouveaux », lance Stéphane Vojetta, réélu dans sa circonscription des Français de l'étranger. Investi par la majorité sortante, lui insiste sur son arrivée dans l'hémicycle en tant qu'indépendant, prêt à voir comment évoluera la tectonique des plaques dans cette assemblée tripartite.

Ce sont les socialistes qui sont arrivés en plus grand nombre en début d'après-midi. Parfois, une tête bien connue fait son apparition. Souvent ceux qui, d'ailleurs, ne s'arrêtent pas pour parler à la presse. Ce fut le cas notamment du LR Olivier Marleix ou encore de l'ex-Première ministre Élisabeth Borne. Parmi les autres figures, le ministre Gérald Darmanin a simplement confirmé son intention de siéger chez Renaissance et pointé les erreurs commises par la majorité dans ce scrutin.

D'autres se prennent davantage au jeu. Comme le socialiste Marc Pena, le seul élu non RN hors Marseille dans les Bouches-du-Rhône. Il découvre l'Assemblée et prévient d'emblée : certes, il souhaite que la base d'une éventuelle coalition soit le programme du NFP. Mais il ne se ferme pas de porte. « Je suis là aussi grâce aux voix des électeurs du candidat MoDem qui s'est désisté pour moi, explique-t-il. Ce que dit Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas mon sujet. Il ne siège pas ici. La seule chose qu'il faut éviter, c'est donner le sentiment de magouilles. »

Son collègue MoDem Philippe Latombe est persuadé qu'une voie de passage peut-être trouvée vers une coalition. Au-delà des tractations d'appareils, les députés pourraient-ils se prendre au jeu du parlementarisme ?

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1541 mots, p. SPA10

Normandie 14 || Calvados 6 sièges 61 || Orne 3 sièges 27 || Eure 5 sièges 50 || Manche 4 sièges

76 || Seine-Maritime 10 sièges

Sortants Damien Adam (LRM-Ensemble) ; Annie Vidal (LRM-Ensemble) ; Hubert Wulfranc (PCF-Nupes) ; Alma Dufour (LFI-Nupes) ; Gérard Leseul (PS-Nupes) ; Sébastien Jumel (PCF-Nupes) ; Agnès Firmin Le Bodo (Hor.-Ensemble) ; Jean-Paul Lecoq (PCF-Nupes) ; Marie-Agnès Poussier-Winsback (Hor.-Ensemble) ; Xavier Batut (LRM-Ensemble).

Comme la Nupes en 2022, le Nouveau Front populaire (NFP) remporte cinq des dix circonscriptions. La gauche conserve la 3e, la 4e, la 5e et la 8e et parvient à conquérir la 1re, où Florence Hérouin-Léautey (PS-NFP, 51,23 %) l’emporte face au député sortant Damien Adam (Renaissance-Ensemble). En revanche, dans la 6e, le député sortant Sébastien Jumel (Parti communiste français-NFP), pourtant très implanté, est battu de justesse par Patrice Martin (Rassemblement national, RN, 51,21 %). Le RN s’impose aussi dans la 10e, avec Robert Le Bourgeois (51,66 %). La majorité présidentielle, victorieuse dans cinq circonscriptions en 2022, n’en décroche cette fois-ci que trois, la 2e, la 7e et la 9e. Dans la 7e en particulier, l’ancienne ministre Agnès Firmin-Le Bodo (Horizons-Ensemble), proche d’Edouard Philippe, l’emporte facilement face au RN (66,18 %).

Rouen I, II, III, IV, V, VII (1re)

Florence Herouin-Léautey (PS-NFP) Élue

I : 66 621 - V : 45 446 - A : 31,78 % E : 44 489 - B : 709 - N : 248

Florence Herouin-Léautey

, PS-NFP, 22 790 (51,23 %) ; Damien Adam, Ren.-Ensemble, 12 690 (28,52 %) ; Grégoire Houdan, RN, 9 009 (20,25 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 66 601 - V : 45 888 - A : 31,1 % - E : 45 095 - B. : 585 -

Herouin-Léautey

, 20 040 (44,44 %) ;

Adam

, 12 456 (27,62 %) ;

Houdan

, 8 567 (19,00 %) ;

Chabert

, 2 606 (5,78 %) ;

Savey

, 465 (1,03 %) ;

Foissey

, 454 (1,01 %) ;

Duverger

, 271 (0,60 %) ;

Horcholle

, 122 (0,27 %) ;

Vacquer

, 111 (0,25 %) ;

Stachkov

, 3 (0,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 66 683 - V : 33 423 - A : 49,88 % - E : 31 568 - B. : 1 366 -

Adam

, 15 823 (50,12 %) ;

Da Silva

, 15 745 (49,88 %).

Gournay-en-Bray (2e)

Annie Vidal (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 95 777 - V : 69 682 - A : 27,25 % E : 66 343 - B : 2 678 - N : 661

Annie Vidal

, Ren.-Ensemble, 39 755 (59,92 %) ; Vanessa Lancelot, RN, 26 588 (40,08 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 95 776 - V : 70 151 - A : 26,76 % - E : 68 499 - B. : 1 266 -

Lancelot

, 23 135 (33,77 %) ;

Vidal

, 18 996 (27,73 %) ;

Decorde

, 16 753 (24,46 %) ;

Haddad

, 7 429 (10,85 %) ;

Garault

, 877 (1,28 %) ;

Accard

, 666 (0,97 %) ;

Mazier

, 643 (0,94 %) ;

Petiot

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 95 314 - V : 49 526 - A : 48,04 % - E : 45 031 - B. : 3 450 -

Vidal

, 26 856 (59,64 %) ;

Duval

, 18 175 (40,36 %).

Rouen VI, Sotteville-lès-Rouen (3e)

Edouard Bénard (PCF-NFP) Réélu

I : 70 633 - V : 43 694 - A : 38,14 % E : 40 861 - B : 2 223 - N : 610

Edouard Bénard

, PCF-NFP, 27 329 (66,88 %) ; Pauline Daniel, RN, 13 532 (33,12 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 70 623 - V : 44 253 - A : 37,34 % - E : 43 173 - B. : 781 -

Bénard

, 21 000 (48,64 %) ;

Daniel

, 12 194 (28,24 %) ;

Ossibi

, 5 951 (13,78 %) ;

Coppein

, 2 757 (6,39 %) ;

Le Manach

, 705 (1,63 %) ;

Vanhese

, 566 (1,31 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 70 128 - V : 29 459 - A : 57,99 % - E : 26 815 - B. : 2 109 -

Wulfranc

, 18 868 (70,36 %) ;

Tessier

, 7 947 (29,64 %).

Elbeuf (4e)

Alma Dufour (LFI-NFP) Réélue

I : 86 229 - V : 54 692 - A : 36,57 % E : 49 884 - B : 3 781 - N : 1 027

Alma Dufour

, LFI-NFP, 26 194 (52,51 %) ; Guillaume Pennelle, RN, 23 690 (47,49 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 86 287 - V : 54 657 - A : 36,66 % - E : 53 091 - B. : 1 146 -

Pennelle

, 20 748 (39,08 %) ;

Dufour

, 17 335 (32,65 %) ;

Bonnaterre

, 13 120 (24,71 %) ;

Podguszer

, 1 152 (2,17 %) ;

Losfeld

, 736 (1,39 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 87 128 - V : 38 072 - A : 56,30 % - E : 33 065 - B. : 3 973 -

Dufour

, 17 764 (53,72 %) ;

Pennelle

, 15 301 (46,28 %).

Lillebonne (5e)

Gérard Leseul (PS-NFP) Réélu

I : 94 907 - V : 65 628 - A : 30,85 % E : 61 901 - B : 2 948 - N : 779

Gérard Leseul

, PS-NFP, 31 994 (51,69 %) ; Jean-Cyril Montier, RN, 29 907 (48,31 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 94 874 - V : 65 312 - A : 31,16 % - E : 63 789 - B. : 1 156 -

Montier

, 26 406 (41,40 %) ;

Leseul

, 21 281 (33,36 %) ;

Delalandre

, 14 259 (22,35 %) ;

Sulkowski

, 963 (1,51 %) ;

Bled

, 880 (1,38 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 95 185 - V : 45 256 - A : 52,45 % - E : 40 987 - B. : 3 447 -

Leseul

, 22 874 (55,81 %) ;

Montier

, 18 113 (44,19 %).

Dieppe (6e)

Patrice Martin (RN) Élu

I : 109 274 - V : 75 023 - A : 31,34 % E : 70 844 - B : 3 298 - N : 881

Patrice Martin

, RN, 36 277 (51,21 %) ; Sébastien Jumel, PCF-NFP, 34 567 (48,79 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 109 261 - V : 73 720 - A : 32,53 % - E : 71 784 - B. : 1 436 -

Martin

, 32 235 (44,91 %) ;

Jumel

, 24 763 (34,50 %) ;

Accard

, 12 916 (17,99 %) ;

Cleland

, 1 009 (1,41 %) ;

Moisan

, 861 (1,20 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 109 827 - V : 53 730 - A : 51,08 % - E : 48 091 - B. : 4 439 -

Jumel

, 27 801 (57,81 %) ;

Martin

, 20 290 (42,19 %).

Le Havre I, V, VI, VII (7e)

Agnès Firmin Le Bodo (Hor.-Ensemble) Réélue

I : 85 544 - V : 57 735 - A : 32,51 % E : 54 472 - B : 2 980 - N : 283

Agnès Firmin Le Bodo

, Hor.-Ensemble, 36 050 (66,18 %) ; Anaïs Thomas, RN, 18 422 (33,82 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 85 533 - V : 58 189 - A : 31,97 % - E : 56 651 - B. : 1 419 -

Firmin Le Bodo

, 19 734 (34,83 %) ;

Thomas

, 16 221 (28,63 %) ;

Martin Péréon

, 16 211 (28,62 %) ;

Forestier

, 1 489 (2,63 %) ;

Omont

, 1 292 (2,28 %) ;

Macé

, 610 (1,08 %) ;

Ducoeurjoly

, 553 (0,98 %) ;

De La Brosse

, 541 (0,95 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 86 816 - V : 39 865 - A : 54,08 % - E : 37 287 - B. : 2 284 -

Firmin Le Bodo

, 21 578 (57,87 %) ;

Duboc

, 15 709 (42,13 %).

Le Havre II, III, IV, VIII, IX (8e)

Jean-Paul Lecoq (PCF-NFP) Réélu

I : 64 491 - V : 38 984 - A : 39,55 % E : 36 525 - B : 2 373 - N : 86

Jean-Paul Lecoq

, PCF-NFP, 23 040 (63,08 %) ; Isabelle Le Coz, LR-RN, 13 485 (36,92 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 64 476 - V : 38 845 - A : 39,75 % - E : 37 849 - B. : 955 -

Lecoq

, 16 205 (42,81 %) ;

Le Coz

, 11 855 (31,32 %) ;

Debons

, 8 040 (21,24 %) ;

Naous

, 1 245 (3,29 %) ;

Cauchois

, 504 (1,33 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 65 792 - V : 24 480 - A : 62,79 % - E : 22 989 - B. : 1 410 -

Lecoq

, 15 117 (65,76 %) ;

Echchenna

, 7 872 (34,24 %).

Fécamp (9e)

Marie-Agnès Poussier-Winsback(Hor.-Ensemble) Réélue

I : 95 448 - V : 65 989 - A : 30,86 % E : 62 668 - B : 2 519 - N : 802

Marie-Agnès Poussier-Winsback

, Hor.-Ensemble, 31 548 (50,34 %) ; Douglas Potier, RN, 31 120 (49,66 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 95 433 - V : 65 959 - A : 30,88 % - E : 63 998 - B. : 1 553 -

Potier

, 28 528 (44,58 %) ;

Poussier-Winsback

, 20 528 (32,08 %) ;

Rouxel

, 11 845 (18,51 %) ;

Pinato

, 1 122 (1,75 %) ;

Bucourt

, 967 (1,51 %) ;

Ros

, 615 (0,96 %) ;

De Castet

, 392 (0,61 %) ;

Morel

, 1 (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 95 673 - V : 45 920 - A : 52,00 % - E : 41 996 - B. : 2 978 -

Poussier-Winsback

, 21 352 (50,84 %) ;

Goury

, 20 644 (49,16 %).

Yvetot (10e)

Robert Le Bourgeois (RN) Élu

I : 110 887 - V : 78 545 - A : 29,17 % E : 74 718 - B : 2 968 - N : 859

Robert Le Bourgeois

, RN, 38 603 (51,66 %) ; Xavier Batut, Hor.-Ensemble, 36 115 (48,34 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 110 885 - V : 78 319 - A : 29,37 % - E : 76 018 - B. : 1 694 -

Le Bourgeois

, 34 431 (45,29 %) ;

Batut

, 19 420 (25,55 %) ;

Barré

, 13 254 (17,44 %) ;

Rousseau

, 6 089 (8,01 %) ;

Rivière

, 1 033 (1,36 %) ;

Dumas

, 901 (1,19 %) ;

Lecuyer

, 890 (1,17 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 110 317 - V : 55 362 - A : 49,82 % - E : 50 736 - B. : 3 553 -

Batut

, 25 900 (51,05 %) ;

Thomas

, 24 836 (48,95 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 471 mots, p. SPA16

971 || Guadeloupe 4 sièges 976 || Mayotte 2 sièges 975 || Saint-Pierre- et-Miquelon 1 siège 987 || Polynésie-Française 3 sièges 986 || Wallis-et-futuna 1 siège 977 || Saint-Barthélemy 978 || Saint-Martin 1 siège 974 || La Réunion 7 sièges 973 || Guyane 2 sièges 972 || Martinique 4 sièges

988 || Nouvelle-Calédonie 2 sièges

Sortants Philippe Dunoyer (UL-Ensemble) ; Nicolas Metzdorf (UL-Ensemble).

A l’issue d’un scrutin marqué par une participation record de 71 %, les indépendantistes font le plein, avec plus de 10 000 voix de plus que les non-indépendantistes (83 123, contre 72 897). Emmanuel Tjibaou, fils du président du Front de libération nationale kanak et socialiste assassiné en 1989, Jean-Marie Tjibaou, devient le premier député indépendantiste depuis le redécoupage électoral de 1986.

Dans la 2e circonscription, il obtient 57,44 % des voix face à Alcide Ponga (union Loyalistes et Rassemblement-LR). Dans la 1re circonscription, qui compte Nouméa, le sortant Nicolas Metzdorf, député rapporteur du projet de réforme du corps électoral à l’origine de l’insurrection du 13 mai, est réélu avec 52,41 % face à Omayra Lisa Meun Naisseline (indépendantiste, Union calédonienne), une avance de seulement 3 000 voix.

Nouméa, îles Loyauté (1re)

Nicolas Metzdorf (div. d.) Élu

I : 97 162 - V : 67 175 - A : 30,86 % E : 65 976 - B : 837 - N : 362

Nicolas Metzdorf

, div. d., 34 577 (52,41 %) ; Omayra Lisa Meun Naisseline, rég., 31 399 (47,59 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 97 163 - V : 56 916 - A : 41,42 % - E : 56 050 - B. : 472 -

Metzdorf

, 22 316 (39,81 %) ;

Naisseline

, 20 370 (36,34 %) ;

Dunoyer

, 5 791 (10,33 %) ;

Falaeo

, 2 731 (4,87 %) ;

Loueckhote

, 2 562 (4,57 %) ;

Haocas

, 1 229 (2,19 %) ;

Angexetine Ép Railati

, 344 (0,61 %) ;

Devaud

, 235 (0,42 %) ;

Cuenot

, 173 (0,31 %) ;

Nasri

, 158 (0,28 %) ;

Nemia Ép Bishop

, 78 (0,14 %) ;

Millar

, 63 (0,11 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 96 932 - V : 39 727 - A : 59,02 % - E : 38 631 - B. : 771 -

Dunoyer

, 25 652 (66,40 %) ;

Wahetra

, 12 979 (33,60 %).

Grande-Terre (2e)

Emmanuel Tjibaou (div. g.) Élu

I : 124 939 - V : 91 285 - A : 26,94 % E : 90 044 - B : 752 - N : 489

Emmanuel Tjibaou

, div. g., 51 724 (57,44 %) ; Alcide Ponga, div. d., 38 320 (42,56 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 124 951 - V : 76 389 - A : 38,86 % - E : 74 738 - B. : 1 046 -

Tjibaou

, 32 926 (44,06 %) ;

Ponga

,27 038 (36,18 %) ;

Tukumuli

, 8 906 (11,92 %) ;

Poadja

, 3 946 (5,28 %) ;

Voudjo

, 1 114 (1,49 %) ;

Frere

, 808 (1,08 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 122 222 - V : 59 231 - A : 51,54 % - E : 57 898 - B. : 808 -

Metzdorf

, 31 398 (54,23 %) ;

Reignier

, 26 500 (45,77 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 428 mots, p. SPA6

Corse 2A || Corse-du-Sud 2 sièges

2B || Haute-Corse 2 sièges

Sortants Michel Castellani (Femu-RPS) ; Jean-Félix Acquaviva (Femu-RPS).

Dans la 1re circonscription (Bastia), le député sortant, Michel Castellani (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), est réélu dans un fauteuil (64,33 %) face au candidat du Rassemblement national (RN), Jean-Michel Marchal. Ce dernier ne disposait pas de réserves de voix suffisantes face à la mobilisation contre le parti d’extrême droite. M. Castellani est le seul député du parti de Gilles Simeoni qui sauve son siège.

Dans la 2 circonscription (Corte, Calvi), en revanche, le sortant, Jean-Félix Acquaviva, est battu par le président de la fédération Les Républicains du département, qui partait sans étiquette, François-Xavier Ceccoli (54,48 %). Dans cette circonscription, la candidate RN, arrivée en troisième position le soir du premier tour, Sylvie Jouart-Fernandez, avait été écartée par son propre parti, laissant un boulevard à la droite.

Bastia (1re)

Michel Castellani (Femu) Réélu

I : 62 119 - V : 40 168 - A : 35,34 % E : 38 344 - B : 1 158 - N : 666

Michel Castellani

, Femu, 24 667 (64,33 %) ; Jean-Michel Marchal, RN, 13 677 (35,67 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 62 114 - V : 38 553 - A : 37,93 % - E : 37 690 - B. : 499 -

Castellani

, 11 962 (31,74 %) ;

Marchal

, 10 855 (28,80 %) ;

Morganti

, 5 436 (14,42 %) ;

Bastelica

, 3 352 (8,89 %) ;

Paoli

, 2 045 (5,43 %) ;

Battini

, 1 603 (4,25 %) ;

Lucciardi

, 1 471 (3,90 %) ;

Fernandez

, 393 (1,04 %) ;

Lamberti

, 370 (0,98 %) ;

Josué

, 203 (0,54 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 61 520 - V : 23 617 - A : 61,61 % - E : 21 779 - B. : 1 219 -

Castellani

, 13 747 (63,12 %) ;

Morganti

, 8 032 (36,88 %).

Corte, Calvi (2e)

François-Xavier Ceccoli (div. d.) Élu

I : 67 921 - V : 46 913 - A : 30,93 % E : 44 894 - B : 1 287 - N : 732

François-Xavier Ceccoli

, div. d., 24 458 (54,48 %) ; Jean-Félix Acquaviva, Femu, 20 436 (45,52 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 67 927 - V : 45 181 - A : 33,49 % - E : 44 348 - B. : 440 -

Ceccoli

, 15 100 (34,05 %) ;

Acquaviva

, 12 698 (28,63 %) ;

Jouart

, 11 275 (25,42 %) ;

Sanchez

, 2 668 (6,02 %) ;

Carli

, 2 277 (5,13 %) ;

Rongione

, 280 (0,63 %) ;

Baronne Marie-Louise Mariani

, 50 (0,11 %) ;

Giacomi

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 67 924 - V : 35 090 - A : 48,34 % - E : 33 398 - B. : 1 178 -

Acquaviva

, 16 777 (50,23 %) ;

Ceccoli

, 16 621 (49,77 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 1424 mots, p. 6
Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

La gauche au défi de sa majorité relative

Le Nouveau Front populaire doit s’entendre et constituer des alliances pour pouvoir prétendre gouverner

Julie Carriat et Sandrine Cassini Julie Carriat et Sandrine Cassini

Des cris de joie, mais chacun chez soi. Jusqu’à 20 heures, dimanche 7 juillet, personne à gauche ne plaçait ce Nouveau Front populaire (NFP) en tête du second tour des élections législatives. Alors quand tombent les premières estimations sur les écrans de télévision disposés pour l’occasion à La Bellevilloise, dans le 20e arrondissement de Paris, où se tient la soirée électorale du Parti socialiste (PS), l’heure est aux effusions. « C’est la fin de Jupiter et de la Macronie », se félicite le député européen Christophe Clergeau.

Au même moment, à La Rotonde Stalingrad, dans le 19e arrondissement, chez les « insoumis », Jean-Luc Mélenchon est le premier à prendre la parole à gauche. Il salue un « magnifique élan de mobilisation ». « Notre peuple a clairement écarté la solution du pire », se félicite-t-il. Devant le bassin de La Villette, le fondateur de La France insoumise (LFI) tient la dragée haute au gouvernement sortant : « le président de la République doit s’incliner, le premier ministre doit s’en aller ». Et la gauche, gouverner. Signe que la réconciliation n’est pas scellée au sein de l’alliance, chaque parti a fêté séparément les résultats, et aucune prise de parole commune n’était programmée.

En réalité, si ce résultat est inespéré, la marche reste haute pour matérialiser un gouvernement du NFP : l’alliance obtient 182 sièges de députés, contre 168pour Ensemble et 143 pourle Rassemblement national (RN) et ses alliés. Elle reste loin de la majorité absolue, 289 députés sur 577. Comment le NFP pourrait-il gouverner alors qu’il disposera d’une majorité relative, encore plus faible que la coalition macroniste qui comptait 246 députés ? Après les manifestations de joie, vient le temps des calculs. Pour le moment, Emmanuel Macron n’a pas annoncé vouloir nommer un premier ministre qui serait issu des rangs du NFP. Et certaines des composantes de la coalition présidentielle, Edouard Philippe le premier, continuent de la scinder, en distinguant entre les « fréquentables » – Les Ecologistes, le PS – et ceux avec qui toute coalition reste impossible, LFI.

Dimanche soir, ces tentatives de division rencontraient un NFP plutôt uni, quoique pas tout à fait unanime. Les chefs des partis s’étaient accordés sur un principe : pas question de nouer d’alliance avec le camp présidentiel. « Aucun subterfuge, aucun arrangement ne serait acceptable », a dit le fondateur de LFI. Un même mot d’ordre répété à La Bellevilloise par le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. « Nous ne nous prêterons pas à une coalition des contraires qui trahirait le vote des Français », a-t-il martelé devant les militants, assurant n’avoir « qu’une seule boussole », celle du « programme du NFP ». L’« insoumis » et le socialiste ont annoncé parmi les premières mesures l’abrogation de la réforme des retraites, possible, selon eux, par un simple décret.

Même l’ancien président François Hollande, élu en Corrèze, martèle les fondamentaux du programme de la gauche, vantant la hausse du smic à 1 600 euros. Dans l’euphorie du résultat, l’attelage des gauches tient bon… pour le moment. « On nous disait depuis quatre semaines que Jean-Luc Mélenchon allait tout casser dès dimanche soir, il ne l’a pas fait », remarque l’ancien numéro un des écologistes David Cormand. Des nuances apparaissent, certes, sur l’appréciation de ces résultats. Ainsi, le député européen Place publique Raphaël Glucksmann, dans le viseur des macronistes comme héraut d’une gauche « modérée »avec laquelle il serait possible de discuter, a estimé qu’il allait « falloir se comporter en adulte », évoquant un nécessaire « changement de culture politique ».

Depuis Amiens, où il fêtait sa victoire contre le RN, François Ruffin, ancien proche des « insoumis » en rupture avec Jean-Luc Mélenchon, se montrait lui aussi prudent sur la signification : « A nous de parler à la France tout entière. Si nous gouvernons, nous ne devons pas le faire comme Emmanuel Macron, mais avec la conscience que, dans l’Hémicycle, nous n’aurons qu’une majorité très très relative, et une minorité dans le pays. »

« A la hauteur »

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes, a quant à elle posé ses conditions : « La question maintenant est simple : qui, dans les forces républicaines, est prêt à soutenir notre programme ? »L’écologiste souligne aussi l’autre victoire de la soirée : celle d’un front républicain dont la gauche a eu l’initiative, et qui a bénéficié aussi bien à son camp qu’à la coalition présidentielle : « Nous avons été collectivement à la hauteur, grâce à une politique très claire de désistement. Les électeurs ont été au rendez-vous du barrage républicain, merci ! »

Pour éviter le blocage, Olivier Faure jette la balle dans le camp d’Emmanuel Macron, en demandant à « ceux qui ont perdu à trois reprises de s’engager à ne pas apporter leurs voix à l’extrême droite », afin d’empêcher la gauche de gouverner. Autrement dit, il espère que la majorité sortante votera en leur faveur, et non avec l’extrême droite. Mais est-il réaliste de requérir des macronistes qu’ils valident sans condition le programme du NFP ? Corinne Narassiguin, sénatrice PS, voit sur cette question « un point de désaccord avec Mélenchon ». « Il faut de la solidarité au sein de la gauche, mais il faut des majorités de projet », indique-t-elle, invitant non pas à « appliquer tout le programme » mais à choisir « des propositions »qui répondent « aux attentes des Français », de gauche, mais aussi du RN, sur le pouvoir d’achat… et la sécurité, un sujet que « la gauche doit entendre ».

Pour trancher ces choix, l’équilibre des forces à gauche est d’une importance cruciale. L’hypothèse d’un groupe unique paraît très éloignée. A La Bellevilloise, le maire socialiste de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, hostile au rapprochement avec les « insoumis », ne voyait pas l’intérêt de fusionner les partis de gauche dans un seul groupe. En 2022, la proposition avait été faite par Jean-Luc Mélenchon, sans succès. LFI est en mesure de conserver le premier groupe à l’intérieur de l’alliance, même s’il n’est pas à l’abri d’une vague de défections emmenée par ses frondeurs réélus. Alexis Corbière, Danielle Simonnet, Hendrik Davi, François Ruffin et Clémentine Autain ont déjà annoncé qu’ils ne siégeront plus chez les « insoumis ». Cette dernière, réélue au premier tour en Seine-Saint-Denis, a expliqué sur LCI avoir compris qu’elle ne faisait plus partie du groupe, Ruffin en a claqué la porte dans l’entre-deux-tours et le parti a refusé l’investiture aux trois premiers.

Alors que les « insoumis » dominaient la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), avec la moitié des députés (75 membres sur 151), ils plafonnent à 74, et ne sont plus majoritaires au sein d’un NFP victorieux. Les socialistes doublent leurs effectifs, avec 59 députés contre 31 lors de la dernière législature. Les Ecologistes progressent (28 députés, contre 23 élus en 2022).

Question qui fâche

Ils fêtent notamment le retour dans l’arène nationale de Dominique Voynet, ex (ministre élue dans le Doubs. Les communistes, avec 9 élus, et la défaite de figures du groupe comme Sébastien Jumel ou Pierre Dharréville, devront compter sur des élus apparentés, notamment ultramarins, pour espérer former un groupe. A moins qu’ils ne reçoivent le renfort des frondeurs LFI…

La question qui fâche devra alors être abordée, celle du choix du premier ministre. Le NFP doit présenter « dans la semaine » une candidature pour Matignon, a assuré sur franceinfo le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, lundi matin. Clémentine Autain a appelé, dimanche, les élus de l’alliance à se réunir dès lundi « en assemblée plénière » pour proposer, à l’issue d’un vote, un chef de gouvernement qui ne serait « ni François Hollande ni Jean-Luc Mélenchon ». Le premier a affirmé dimanche soir qu’il n’était pas candidat à Matignon. Le second n’a prétendu à rien dimanche soir.

Après une première réunion, dimanche soir, avec les socialistes, les communistes et les « insoumis » pour « analyser » les résultats, Marine Tondelier a précisé, lundi 8 juillet, sur RTL, que « le travail va continuer, toute la journée, sans doute demain et les jours qui suivront ».

Les manœuvres des prochains jours pour définir le visage de cette Assemblée seront cruciales pour faire émerger, ou non, une gauche capable de faire de cette première place dans les urnes un chemin pour sortir de l’opposition. « Ce vote doit ouvrir une refondation, il doit y avoir un avant et un après-7 juillet » , mesurait Olivier Faure. Un message qui vaut aussi pour sa famille politique.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 700 mots, p. SPA11

Nouvelle-Aquitaine 16 || Charente 3 sièges 17 || Charente-Maritime 5 sièges 19 || Corrèze 2 sièges 23 || Creuse 1 siège 33 || Gironde 12 sièges 40 || Landes 3 sièges 47 || Lot-et-Garonne 3 sièges 64 || Pyrénées-Atlantiques 6 sièges 79 || Deux-Sèvres 3 sièges 86 || Vienne 4 sièges 87 || Haute-Vienne 3 sièges

24 || Dordogne 4 sièges

Sortants Pascale Martin (LFI-Nupes) ; Serge Muller (RN) ; Jean-Pierre Cubertafon (MoDem-Ensemble) ; Sébastien Peytavie (Gen.-Nupes).

En Dordogne, les électeurs ont envoyé trois députés Rassemblement national (RN) à l’Assemblée. Sur les quatre circonscriptions, seule la 4e (Sarlat-la-Canéda), traditionnellement à gauche, est restée acquise au député sortant écologiste, Sébastien Peytavie. Sur la 1re circonscription (Périgueux) et la 3e (Nontron), les candidats d’extrême droite ont gagné leur duel avec moins d’une centaine de voix d’avance. Seul le député sortant RN du Bergeracois, Serge Muller, a su conserver une avance confortable de 2 000 voix sur le candidat du Nouveau Front populaire, Christophe Cathus. La gauche a pâti de l’explosion du nombre de bulletins blancs et nuls, notamment là où les représentants de la majorité présidentielle, qualifiés pour le second tour, s’étaient retirés.

Périgueux (1re)

Nadine Lechon (RN) Élue

I : 78 107 - V : 54 682 - A : 29,99 % E : 48 268 - B : 4 310 - N : 2 104

Nadine Lechon

, RN, 24 180 (50,10 %) ; Pascale Martin, LFI-NFP, 24 088 (49,90 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 78 107 - V : 54 982 - A : 29,61 % - E : 52 815 - B. : 1 245 -

Lechon

, 20 199 (38,24 %) ;

Martin

, 15 540 (29,42 %) ;

Tonon

, 12 835 (24,30 %) ;

Desport Namur

, 2 789 (5,28 %) ;

Almosnino

, 751 (1,42 %) ;

Coutou

, 572 (1,08 %) ;

Lambert

, 129 (0,24 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 77 823 - V : 39 949 - A : 48,67 % - E : 35 419 - B. : 2 671 -

Martin

, 18 366 (51,85 %) ;

Chassaing

, 17 053 (48,15 %).

Bergerac (2e)

Serge Muller (RN) Réélu

I : 84 284 - V : 59 430 - A : 29,49 % E : 54 283 - B : 3 402 - N : 1 745

Serge Muller

, RN, 28 256 (52,05 %) ; Christophe Cathus, PS-NFP, 26 027 (47,95 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 84 286 - V : 59 059 - A : 29,93 % - E : 57 068 - B. : 1 134 -

Muller

, 24 374 (42,71 %) ;

Cathus

, 16 131 (28,27 %) ;

Delpon

, 11 173 (19,58 %) ;

Bayle

, 4 574 (8,01 %) ;

Khelfaoui

, 816 (1,43 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 84 297 - V : 42 635 - A : 49,42 % - E : 37 452 - B. : 3 502 -

Muller

, 18 891 (50,44 %) ;

Delpon

, 18 561 (49,56 %).

Nontron (3e)

Florence Joubert (RN) Élue

I : 66 951 - V : 49 886 - A : 25,49 % E : 45 102 - B : 3 095 - N : 1 689

Florence Joubert

, RN, 22 588 (50,08 %) ; Christelle Druillole, PS-NFP, 22 514 (49,92 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 66 947 - V : 49 474 - A : 26,1 % - E : 47 581 - B. : 995 -

Joubert

, 19 093 (40,13 %) ;

Druillole

, 13 600 (28,58 %) ;

Cubertafon

, 11 103 (23,33 %) ;

Thomasson

, 3 104 (6,52 %) ;

Decoupy

, 681 (1,43 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 67 369 - V : 40 726 - A : 39,55 % - E : 39 110 - B. : 970 -

Cubertafon

, 14 284 (36,52 %) ;

Girardeau

, 13 335 (34,10 %) ;

Joubert

, 11 491 (29,38 %).

Sarlat-la-Canéda (4e)

Sébastien Peytavie (EELV-NFP) Réélu

I : 89 951 - V : 66 109 - A : 26,51 % E : 59 934 - B : 4 215 - N : 1 960

Sébastien Peytavie

, EELV-NFP, 32 750 (54,64 %) ; Dominique-Louise Marchaudon, RN, 27 184 (45,36 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 89 941 - V : 65 770 - A : 26,87 % - E : 63 216 - B. : 1 483 -

Marchaudon

, 22 767 (36,01 %) ;

Peytavie

, 21 801 (34,49 %) ;

Peyrat

, 10 521 (16,64 %) ;

Balland

, 4 836 (7,65 %) ;

Tourne

, 1 904 (3,01 %) ;

Ballerand

, 730 (1,15 %) ;

Green-Madeo

, 657 (1,04 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 89 793 - V : 49 035 - A : 45,39 % - E : 43 678 - B. : 3 231 -

Peytavie

, 24 233 (55,48 %) ;

Dubois

, 19 445 (44,52 %).

Le Figaro, no. 24844
Le Figaro, mardi 9 juillet 2024 1308 mots, p. 2

Politique

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8 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Minoritaire, le camp Macron veut garder la main

Devant une Assemblée sans majorité claire, les macronistes sont prêts à partager le pouvoir, pas à le laisser totalement.

Boichot, Loris, Hausalter, Louis

On conduit avec des antibrouillards.» L'expression est d'un familier de l'Élysée pour illustrer le grand flou du moment. Au lendemain du second tour des élections législatives, dimanche, le camp présidentiel compte ses pertes (quelque 80 élus) et se demande comment dessiner la suite. Comme il le théorisait dès dimanche soir devant des proches conviés à l'Élysée, Emmanuel Macron a choisi de laisser du temps au temps. Lundi matin, alors que Gabriel Attal lui apporte sa lettre de démission, le président lui demande officiellement «de rester premier ministre pour le moment afin d'assurer la stabilité du pays», selon l'Élysée.

En parallèle, le chef de l'État donne des coups de sonde en tous sens, en espérant bien rester au centre du jeu, avec 168 députés - dont 102 de Renaissance, 35 du Mouvement démocrate (MoDem) et 26 d'Horizons, sans compter quelques élus UDI et membres du Parti radical. «Pour l'instant, le président s'oriente vers une coalition allant des communistes à la droite» , glisse l'un de ses proches. Sans le Rassemblement national (RN), en tête des suffrages, mais troisième bloc de l'Hémicycle avec 143 députés, ni La France insoumise (LFI). Une gageure : jamais le chef de l'État n'a réussi à élargir sa majorité depuis les législatives de 2022.

Reste que les différents cercles présidentiels s'agitent. L'ex-président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand et l'ancien ministre de l'Agriculture Julien Denormandie - compagnons de la première heure et présents à l'Élysée dimanche soir - activent leurs contacts à gauche. Tandis que le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, ancien des Républicains (LR), est l'un des agents traitants auprès des élus de son ancien parti, coincés entre la macronie et le RN. Le centriste François Bayrou a échangé par téléphone avec François Hollande, avant même le second tour, et a pris date avec la chef de file des Écologistes, Marine Tondelier.

« La France est à droite »

Dans un camp Macron où, depuis la dissolution, plus grand monde n'est au garde-à-vous devant le général en chef, ils sont nombreux à vouloir jouer leur propre carte. Fait peu habituel, l'aile droite n'a pas attendu pour se mobiliser d'un bloc ce lundi, de la ministre Catherine Vautrin (Travail) jusqu'à Aurore Bergé (Égalité femmes-hommes). Quand Gérald Darmanin réunit plusieurs dizaines de députés pour déjeuner au ministère de l'Intérieur, l'objectif est clair : empêcher le Nouveau Front populaire (NFP), bloc renforcé à l'Assemblée avec le plus grand nombre de sièges (184) de s'emparer du pouvoir, alors que les partis de gauche comptent proposer dans la semaine un nom pour Matignon.

«Il ne faut pas se tromper de diagnostic: la France est à droite», martèle un participant. «Personne n'a gagné. Le RN a perdu et le Front populaire également», assure un peu plus tard Gérald Darmanin, venu à l'Assemblée récupérer sa mallette de député. Projeté par certains de ses soutiens comme président des députés Horizons, le nom du parti d'Édouard Philippe, il s'est finalement rattaché lundi au groupe Renaissance, où il entend marquer une ligne d'ouverture vers la droite. Pour le ministre de l'Intérieur, «il est hors de question de soutenir une coalition qui aurait un lien quelconque avec LFI».

Bruno Le Maire, qui devait lui aussi recevoir des élus en fin de journée, plaide dans le même sens. «Il y a un risque de prendre le Nouveau Front populaire pour des idiots, redoute l'un des interlocuteurs du ministre de l'Économie . Ce sont eux qui ont le plus envie du pouvoir, ils vont tout faire pour ne pas qu'il leur échappe. Ce sera dur pour le président de résister.» Dans des réunions avec des cadres macronistes à l'Élysée, lundi, plusieurs figures de l'aile droite ont donc mis en garde Emmanuel Macron contre la tentation de procrastiner. «Nous avons plaidé pour accélérer», glisse un participant, qui redoute que le chef de l'État se retrouve piégé par le NFP.

Les dirigeants des partis de son camp - Stéphane Séjourné, Édouard Philippe, François Bayrou, Hervé Marseille et Laurent Hénart - se sont entendus, au palais présidentiel, pour préparer une « déclaration de principes ». Parmi les points évoqués : la construction européenne, le soutien à l'effort de défense, le souci de l'équilibre dans les comptes...

Un socle d' « accord technique » , a résumé Édouard Philippe. Un « programme d'intérêt national » , selon le patron du Parti radical, Laurent Hénart, « afin de bâtir un gouvernement de continuité républicaine ». Et de contrecarrer la volonté de toute-puissance de l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon : «Le NFP nous refait mai 1981(mois de l'élection de François Mitterrand à l'Élysée, NDLR) au rabais, avec trois fois moins de députés! » « Face à la gauche, qui explique qu'elle est prête à gouverner, il faut montrer qu'il existe un nombre au moins égal ou supérieur de députés qui n'en veulent pas, en mettant des LR et des modérés dans le coup, appuie le président de l'UDI, Hervé Marseille. Il y a une alternative, même si les conditions restent à préciser. » Le président, lui, est prêt à patienter. «Le rôle des formations politiques est de clarifier les rapports de force et l'organisation au sein de l'Assemblée nationale, ce n'est pas au président de le faire» , a-t-il déclaré lundi midi devant les chefs de parti. Alors, il observe. Histoire de voir si la gauche se divise. Si des députés de droite «constructifs» acceptent de composer avec d'autres. Si Laurent Wauquiez, bien qu'entêté dans un refus d'accord, consent toutefois à ne pas censurer un éventuel gouvernement de coalition.

Sur l'aile gauche aussi, certains tentent de s'organiser pour rompre définitivement avec un macronisme qui aurait trop dérivé à droite. Dans un message envoyé à ses collègues de Renaissance et révélé par Franceinfo, l'ex-président de la commission des lois Sacha Houlié, qui s'était opposé à la loi immigration, a appelé à former un nouveau groupe «social-démocrate» et jugé «suicidaire de continuer comme avant».

« Cela va prendre plusieurs semaines »

La main tendue à la gauche et à la droite de l'Assemblée nationale, selon plusieurs macronistes, doit prolonger le « barrage » anti-RN mis en place dans l'entre-deux-tours, avec plus de 210 désistements réciproques. Résultat, sur les quelque 168 députés Renaissance, MoDem et Horizons, environ la moitié ont été élus grâce à des reports de voix, après le retrait d'un candidat. « S'il n'y a pas d'accusé de réception à l'égard de ces électeurs, nous allons au-devant d'un très gros problème » , alerte un conseiller de l'aile gauche du camp Macron, en regrettant « l'obsession visant à faire barrage au NFP » depuis le second tour.

Cet après-élections dessine une macronie où chaque rivière pourrait rentrer dans son lit. « La vraie question n'est pas: « Est-ce qu'on veut être plus à gauche ou plus à droite » , mais: « Voulons-nous gouverner ou être dans l'opposition »?, rectifie l'ex-chef de file des députés Renaissance Sylvain Maillard. Nous voulons être majoritaires et nous pensons que c'est à nous de construire cette alliance. » Même si, prévient-il, « cela va prendre plusieurs semaines ». Les députés du parti présidentiel ont rendez-vous mardi matin au Palais Bourbon pour débattre de la stratégie à suivre.

Quant à Emmanuel Macron, il doit s'envoler mardi en fin de journée pour le sommet de l'Otan à Washington, qui le retiendra deux jours, pendant qu'en France chaque camp continuera à manoeuvrer tous azimuts. De quoi perdre la main ? «L'Élysée souhaite croire depuis deux ans qu'il a le leadership. On a vu que c'était rarement vrai, et désormais ce sera toujours faux», cingle un député Renaissance réélu, qui tourne plutôt ses yeux vers Gabriel Attal : «Il a une popularité nationale et il a mouillé la chemise pendant la campagne.» L.B. ET L.H.

Libération
mardi 9 juillet 2024 921 mots, p. 8,9

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

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8 juillet 2024 - Libération (site web)

RASSEMBLEMENT NATIONAL Qui portera le chapeaude l’échec ?

NICOLAS MASSOL

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

En général, quand le Rassemblement national rate une élection, ses dirigeants du moment se réunissent en séminaire pour dresser le bilan de leur échec. La plupart du temps il n’en ressort pas grand-chose et la stratégie ne s’en trouve guère modifiée mais cela permet, occasionnellement, de purger le bouc émissaire sur lequel on se sera accordé. En 2016, les hiérarques du parti d’extrême droite s’étaient creusé la tête pour comprendre les raisons du plafond de verre qui les avait empêchés de décrocher une région, malgré des scores élevés aux seconds tours. La sortie de l’euro, alors proposition phare du programme, avait été pointée du doigt comme repoussoir pour les électorats retraité et CSP +, réfractaires au FN. A l’été 2017, après l’échec à la présidentielle, rebelote. Les gradés du parti d’extrême droite s’étaient retrouvés en «séminaire de la refondation», actant les lignes de fractures sans les résoudre. La réunion de famille préparait surtout la mise au rebut de Florian Philippot, qui claqua la porte quelques mois plus tard.

Qui portera cette fois le chapeau de la contre-performance du RN aux législatives ? Annoncé vainqueur des législatives, persuadé d’obtenir la majorité absolue des sièges à l’Assemblée ou, dans le pire des cas, une historique majorité relative, le parti d’extrême droite se retrouve finalement troisième avec 142 députés, contre 88 lors de la précédente mandature. Si aucun séminaire n’est pour l’instant prévu, l’ambiance était, lundi, à l’examen de conscience. «On commet tous des erreurs, j’en ai commis et je prends ma part de responsabilité dans ce résultat», a reconnu le président du RN, quand Marine Le Pen a invité les siens sur X (ex-Twitter) à «faire aussi le bilan de ce qui peut être, incontestablement, amélioré dans l’avenir».

«Efforts à faire» Le matin même, auprès du Monde, un très proche de la patronne, Bruno Bilde, député du Pas-de-Calais, avait mis les pieds dans le plat, repoussant les faciles attaques contre les «magouilles électorales», ressassées depuis la veille par les porte-parole de son mouvement sur les plateaux télé. «On ne peut plus continuer comme ça […] On peut disserter sur le fait que le mode de scrutin est injuste, qu’on aurait dû avoir plus de sièges, mais quand vous avez beaucoup de circonscriptions qui se perdent à plus de 48 %… La crédibilité des candidats est un élément très important. Il y a clairement un problème dans nos fédé rations départementales», pointe cet ancien homme fort de l’appareil frontiste, écarté de toutes les instances du parti, notamment de la Commission nationale d’investiture après l’élection de Bardella à la présidence du RN en 2022. Et d’inviter l’actuelle direction à se pencher «sur ce problème qui a parasité l’intégralité de la campagne, et surtout l’entre-deux-tours».

Mis en cause par Bilde, le chef de parti a reconnu «des efforts à faire, à la fois sur la professionnalisation de notre implantation locale, peutêtre sur le choix d’un certain nombre de candidats». «Je le dis clairement, sur quelques circonscriptions, les choix que nous avons faits n’étaient pas les bons et je prends ma part de responsabilité aussi», a-t-il de nouveau ajouté.

Au casse-pipe Si on peut douter que Bardella fasse les frais de la séquence, deux cadres d’importance pourraient se faire tirer les oreilles. A commencer par le directeur général du parti, Gilles Pennelle, exproche du courant racialiste de Pierre Vial, responsable du fameux «plan Matignon», en investissant les candidats ou les délégués départementaux, chargés de repérer les possibles champions et de séparer le bon grain de l’ivraie. Dans le Calvados, par exemple, le passé très radical du délégué frontiste, ancien d’Ordre nouveau (ce qu’il revendiquait avec fierté dans un reportage exhumé par Quotidien), a sans doute endormi sa vigilance sur plusieurs profils de candidats ou suppléants problématiques.

Elu député européen, Pennelle devrait s’éloigner de la gestion de l’appareil. A côté des «erreurs de casting», de multiples débats télévisés ont jeté une lumière crue sur le grave problème de formation au sein du mouvement. Ce sont les oreilles du sondeur Jérôme Sainte-Marie qui, cette fois, devraient siffler. Chargé de la formation théorique du parti, cet ancien chevènementiste a créé en grande pompe l’école des cadres du parti au très pompeux nom de «campus Héméra», qui se résume pour le moment à un site internet pourvu en cours professés par des cadres du mouvement, parfois sans micro-cravate, et en quelques weekends de formation réservés à une élite de militants, souvent salariés. Aucun contenu, ou presque, sur le programme lepéniste, aucun argumentaire disponible pour le défendre mais une histoire de l’extrême gauche trotskiste et une introduction à Antonio Gramsci et au combat culturel. Malgré les moyens exceptionnels dont dispose le RN depuis l’élection de 89 députés en 2022 (l’élection de la RN Anne-Sophie Frigout a ensuite été annulée), la professionnalisation du parti n’a guère avancé et les candidats sont toujours envoyés au casse-pipe, sans préparation. S’il est assez puni par sa défaite aux législatives dans les Hautes-Alpes, Sainte-Marie est déjà la cible du flanc libéral-réactionnaire de l’extrême droite qui ne lui pardonne pas son analyse jugée marxiste des rapports de force politiques. A moins que la direction du RN ne trouve un autre bouc émissaire. Réponse au prochain séminaire.

Si aucun séminaire n’est prévu, l’ambiance était, lundi, à l’examen de conscience.

La Croix, no. 42965
Événement, mardi 9 juillet 2024 1045 mots, p. 2,3
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8 juillet 2024 - La Croix (site web)

Une Assemblée nationaleaussi puissante que friable

Pierre Januel

Jamais, sous la Ve République, l’Assemblée nationale n’a paru si divisée et en même temps aussi puissante.

Face à un président

de la République très affaibli, elle sera dans les mois à venir le cœur du pouvoir.

Il faudra toutefois

que les députés réussissent

à s’entendre pour qu’un gouvernement émerge.

L’ancien député écologiste Noël Mamère avait coutume de dire que « dans la Ve République, le président préside, le gouvernement gouverne et le Parlement parle ». Les résultats de dimanche changent considérablement la donne et font de l’Assemblée le centre du pouvoir, à l’instar de ce qui prévalait sous les IIIe et IVe Républiques. Cette Assemblée est d’abord légitimée par la forte hausse de la participation. Dimanche 7 juillet, les deux tiers (66,6 %) des électeurs se sont rendus aux urnes. Si cela reste inférieur au second tour d’une élection présidentielle, cela représente 20 points de plus qu’aux législatives de 2022.

La dernière mandature avait montré que, en l’absence de majorité absolue, le Parlement pouvait plus facilement dicter sa loi au gouvernement. Conscient de cette importance, le leader LR Laurent Wauquiez a d’ailleurs préféré quitter la présidence de la région Auvergne-Rhône-Alpes pour redevenir député.

L’Assemblée fera également face à un président de la République très affaibli juridiquement et politiquement. Selon la Constitution, Emmanuel Macron ne pourra pas se présenter à un troisième mandat, ni enclencher de nouvelle dissolution avant un an. Politiquement, son camp a perdu une centaine de députés, et ses principaux leaders, d’Édouard Philippe à Gabriel Attal, en passant par Bruno Le Maire, Gérald Darmanin et Yaël Braun-Pivet, ont tous pris leurs distances avec lui.

Le choix du gouvernement sera le premier casse-tête. Selon l’article 8 de la Constitution, il revient au président de la République de nommer le premier ministre. En vertu de la coutume constitutionnelle, il serait attendu qu’il sollicite d’abord le principal groupe du premier bloc, c’est-à-dire le Nouveau Front populaire (NFP). Au sein de cette alliance, savoir qui sera le premier groupe, entre les Insoumis et les socialistes, a donc de l’importance. Le NFP a promis qu’il proposerait un nom d’ici à la fin de semaine.

Puis il faudra qu’un nouveau gouvernement trouve une majorité, afin d’éviter de tomber dès la première motion de censure. Or, le NFP a moins de 200 députés. Il lui en faudrait presque 100 de plus pour atteindre la majorité absolue. Il devra donc passer des compromis avec au moins une partie des députés du centre. Si les deux camps se sont rejoints dans un front républicain au second tour des législatives, leurs programmes restent très éloignés.

Après la nomination s’engagera une cohabitation, qui promet d’être très différente de celles de 1986, 1993 et 1997. Du fait de son affaiblissement politique, le « domaine réservé » d’Emmanuel Macron sera considérablement réduit. Comme le rappelle la professeure de droit public Pauline Türk, «la lettre de la Constitution n’est pas si avantageuse pour le président de la République». Car la plupart des décisions qu’il pourrait prendre seront soumises à validation du gouvernement et il ne dispose pas de l’administration.

Les difficultés institutionnelles ne s’arrêtent pas là. Car si la cohabitation aboutit à des tractations permanentes entre premier ministre et président, l’absence de majorité oblige aussi le gouvernement à négocier constamment avec le Parlement, sur chaque texte .

Difficulté supplémentaire : parmi les leaders de la gauche, ni Jean-Luc Mélenchon (LFI), ni Marine Tondelier (Les Écologistes), ni Raphaël Glucksmann (Place publique), ni Fabien Roussel (PCF) ne siégeront à l’Assemblée. Chefs de quatre des composantes du NFP, ils seront donc en dehors des éventuels compromis. Enfin, la discipline au sein des groupes parlementaires français est faible. Or, comment négocier un compromis s’il suffit d’une dizaine de parlementaires dissidents pour le faire chuter ?

Pour que les groupes acceptent de passer des compromis, il faudrait aussi que les députés ne soient pas focalisés sur l’élection présidentielle, qui détermine leur réélection. « Est-ce l’intérêt de Jean-Luc Mélenchon ou d’Édouard Philippe de passer des compromis avec le camp d’en face ? », s’interroge ainsi un cadre socialiste.

L’attribution des principaux postes de l’Assemblée nationale, qui aura lieu la semaine prochaine, sera un premier test. Les groupes devront se mettre d’accord sur celui de président, la composition du bureau et les présidences de commission. L’absence de majorité pourrait aboutir à une répartition large, comme cela se fait dans d’autres démocraties parlementaires.

Second test : les débats sur le budget 2025, qui se feront cet automne sous surveillance européenne. La Commission envisage l’ouverture d’une procédure pour déficits excessifs contre la France. Paris devra présenter le 20 septembre un plan de réduction des déficits. Or le NFP s’est fait élire sur un programme très dépensier. Si le gouvernement laisse l’Assemblée se déterminer sur chaque article et mission budgétaire, le budget 2025 risque vite de devenir ingérable, les députés ayant tendance à supprimer des recettes en augmentant fortement les dépenses.

En cas d’impasse, un gouvernement technique pourrait être une piste. Il ne serait acceptable que si les solutions politiques ont toutes échoué. « Inédit en France, un gouvernement de techniciens a déjà été mis en place en Belgique et Italie,précise Julien Bonnet, président de l’Association française de droit constitutionnel. Mais ces deux pays sont beaucoup plus parlementaristes. En France, le gouvernement dispose de plus de pouvoirs pour contraindre le Parlement, comme le 49.3. La légitimité d’un gouvernement technique aux pouvoirs forts ne tiendrait qu’à un fil. »

Hors budget, un accord se ferait alors pour chaque projet de loi. Le Sénat pourrait également retrouver son rôle de modérateur, et être la chambre où naissent les textes, afin de limiter les points d’accroche à l’Assemblée. Pour Julien Bonnet, « nous allons être obligés de passer d’une culture présidentialiste à une culture parlementariste. Ce n’est ni anormal, ni pathologique, et cela fonctionne ainsi dans presque toutes les démocraties contemporaines. Mais c’est une autre culture de gouvernement ».

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 146 mots, p. SPA6
Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Corse 2B || Haute-Corse 2 sièges

2A || Corse-du-Sud 2 sièges

Sortants Laurent Marcangeli (Hor.-Ensemble) ; Paul-André Colombani (PNC-RPS).

Le Rassemblement national rate son pari et voit ses deux candidats éliminés. Laurent Marcangeli (Horizons-Ensemble) sort largement gagnant de ce second tour dans la 1re circonscription (Ajaccio) avec 63,20 % face à une inconnue, Ariane Quarena (RN). Entre les deux tours, le député sortant a gagné 10 682 voix, confirmant la bonne santé du vote de barrage, lancé par les candidats de gauche et les trois courants nationalistes. Dans le Sud (Sartène, 2e), malmené au premier tour, le député sortant, le nationaliste Paul-André Colombani (LIOT), renverse la vapeur (59,21 %) en battant le candidat du RN, François Filoni (40,79 %). Là aussi, le « front républicain nustrale [local] », que M. Colombani appelait de ses vœux, a fonctionné. Les deux députés sortants avaient tenu un meeting commun dans l’entre-deux-tours.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 548 mots, p. SPA5

Centre-Val de Loire 28 || Eure-et-Loir 4 sièges 36 || Indre 2 sièges 37 || Indre-et-Loire 5 sièges 41 || Loir-et-Cher 3 sièges 45 || Loiret 6 sièges

18 || Cher 3 sièges

Sortants François Cormier Bouligeon (LRM-Ensemble) ; Nicolas Sansu (PCF-Nupes) ; Loïc Kervran (Hor.-Ensemble).

Le Rassemblement national (RN) n’obtient aucun siège dans le département du Cher, alors que le parti d’extrême droite était en tête dans les trois circonscriptions, au soir du premier tour. Ainsi dans la 1re circonscription (Bourges II, IV, V), le sortant (Renaissance-Ensemble), François Cormier-Bouligeon, est réélu avec 56,82 % des voix. Dans la 2e (Bourges I, Vierzon), Nicolas Sansu, député (Parti communiste français) sortant et candidat pour le Nouveau Front populaire, est réélu avec 50,63 % des voix face au RN. Dans la 3e (Bourges III, Saint-Amand-Monrond), le député sortant Loïc Kervran (Horizons-Ensemble) est réélu avec 52,79 % des voix, face à l’avocat Pierre Gentillet, chroniqueur sur CNews et candidat du RN.

Bourges II, IV, V (1re)

François Cormier-Bouligeon (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 70 391 - V : 47 607 - A : 32,37 % E : 45 047 - B : 2 116 - N : 444

François Cormier-Bouligeon

, Ren.-Ensemble, 25 595 (56,82 %) ; Ugo Iannuzzi, RN, 19 452 (43,18 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 70 401 - V : 46 954 - A : 33,3 % - E : 45 322 - B. : 1 326 -

Iannuzzi

, 18 100 (39,94 %) ;

Cormier-Bouligeon

, 14 961 (33,01 %) ;

Lefelle

, 11 432 (25,22 %) ;

Cerveau

, 680 (1,50 %) ;

Bellon

, 149 (0,33 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 71 165 - V : 33 381 - A : 53,09 % - E : 29 957 - B. : 2 610 -

Cormier Bouligeon

, 17 117 (57,14 %) ;

Charpentier

, 12 840 (42,86 %).

Bourges I, Vierzon (2e)

Nicolas Sansu (PCF-NFP) Réélu

I : 68 481 - V : 44 699 - A : 34,73 % E : 40 957 - B : 2 786 - N : 956

Nicolas Sansu

, PCF-NFP, 20 738 (50,63 %) ; Bastian Duenas, RN, 20 219 (49,37 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 68 476 - V : 43 996 - A : 35,75 % - E : 42 517 - B. : 949 -

Duenas

, 17 246 (40,56 %) ;

Sansu

, 12 621 (29,68 %) ;

Behaghel

, 8 857 (20,83 %) ;

Bulteau

, 2 705 (6,36 %) ;

Robin

, 580 (1,36 %) ;

Jaulin

, 508 (1,19 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 68 858 - V : 30 437 - A : 55,80 % - E : 26 546 - B. : 2 918 -

Sansu

, 14 433 (54,37 %) ;

Poly

, 12 113 (45,63 %).

Bourges III, Saint-Amand-Montrond (3e)

Loïc Kervran (Hor.-Ensemble) Réélu

I : 83 666 - V : 56 682 - A : 32,25 % E : 54 177 - B : 1 878 - N : 627

Loïc Kervran

, Hor.-Ensemble, 28 581 (52,75 %) ; Pierre Gentillet, RN, 25 596 (47,25 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 83 645 - V : 56 126 - A : 32,9 % - E : 54 461 - B. : 1 215 -

Gentillet

, 23 501 (43,15 %) ;

Kervran

, 16 991 (31,20 %) ;

Moreira

, 9 334 (17,14 %) ;

De Choulot

, 3 178 (5,84 %) ;

Lougnon

, 599 (1,10 %) ;

Bellet

, 568 (1,04 %) ;

Chartier

, 290 (0,53 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 84 503 - V : 40 664 - A : 51,88 % - E : 37 202 - B. : 2 686 -

Kervran

, 20 435 (54,93 %) ;

de La Tocnaye

, 16 767 (45,07 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 443 mots, p. SPA4

Bourgogne- Franche-Comté 21 || Côte-d’Or 5 sièges 25 || Doubs 5 sièges 39 || Jura 3 sièges 58 || Nièvre 2 sièges 70 || Haute-Saône 2 sièges 71 || Saône-et-Loire 5 sièges 89 || Yonne 3 sièges

90 || Territoire de Belfort 2 sièges

Sortants Ian Boucard (LR) ; Florian Chauche (LFI-Nupes).

Ian Boucard, député Les Républicains (LR) sortant de la 1re circonscription (Belfort-Centre-Est), n’avait obtenu que 23,99 % des voix au premier tour face à Carine Manck, candidate Rassemblement national (RN) arrivée en tête avec 39,73 %. Mais les reports des électeurs du Parti socialiste-Nouveau Front populaire (NFP), dont la candidate Marie-Eve Belorgey s’était désistée malgré ses 22,59 %, et de ceux du MoDem, dont la représentante Maggy Grosdidier n’avait rassemblé que 11,33 % des voix, lui ont permis une spectaculaire remontée. Il est réélu avec 55,38 % des suffrages. A l’inverse, dans la 2e circonscription (Belfort Nord-Ouest-Sud), le député sortant La France insoumise-NFP, Florian Chauche, a perdu son siège, réunissant 49,41 % des électeurs. Son adversaire investi par le RN, l’ancien chevénementiste Guillaume Bigot, politologue et chroniqueur pour la télévision, a obtenu 50,59 %.

Belfort Centre, Est (1re)

Ian Boucard (LR) Réélu

I : 47 560 - V : 33 110 - A : 30,38 % E : 31 620 - B : 1 052 - N : 438

Ian Boucard

, LR, 17 512 (55,38 %) ; Carine Manck, RN, 14 108 (44,62 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 47 553 - V : 32 769 - A : 31,09 % - E : 32 014 - B. : 479 -

Manck

, 12 718 (39,73 %) ;

Boucard

, 7 679 (23,99 %) ;

Belorgey

, 7 233 (22,59 %) ;

Grosdidier

, 3 608 (11,27 %) ;

Petitot

, 426 (1,33 %) ;

Kemps Houver

, 350 (1,09 %) ;

Merlini

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 47 739 - V : 21 653 - A : 54,64 % - E : 19 537 - B. : 1 528 -

Boucard

, 12 037 (61,61 %) ;

Soustelle

, 7 500 (38,39 %).

Belfort Nord, Ouest, Sud (2e)

Guillaume Bigot (RN) Élu

I : 46 434 - V : 32 208 - A : 30,64 % E : 28 755 - B : 2 521 - N : 932

Guillaume Bigot

, RN, 14 546 (50,59 %) ; Florian Chauche, LFI-NFP, 14 209 (49,41 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 46 507 - V : 32 261 - A : 30,63 % - E : 31 400 - B. : 533 -

Bigot

, 11 888 (37,86 %) ;

Chauche

, 8 799 (28,02 %) ;

Vallverdu

, 5 422 (17,27 %) ;

Martinez

, 4 794 (15,27 %) ;

Pheulpin

, 497 (1,58 %) ;

Keck

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 46 506 - V : 22 117 - A : 52,44 % - E : 18 447 - B. : 2 736 -

Chauche

, 9 476 (51,37 %) ;

Carnicer

, 8 971 (48,63 %).

L'Humanité
mardi 9 juillet 2024 679 mots, p. 9

À Rieux, les électeurs de l'extrême droite ont la vague brune à l'âme

Lisa Guillemin

L'Humanité a passé la soirée électorale chez les militants RN de cette commune de l'Oise, où le vote lepéniste est majoritaire. Bien que leur candidat, David Magnier, ait conquis la circonscription, la victoire de la gauche est la preuve à leurs yeux d'un double péril, « communiste » et « islamiste ».

Rieux (Oise), envoyée spéciale.

Avec ses quatre affiches au mètre carré, la salle des fêtes de Rieux (Oise) n'aurait pu être plus bariolée. Sur celles-ci, le candidat local du RN, David Magnier, pose tout sourires aux côtés de celui qu'il espère devenir le futur premier ministre, Jordan Bardella. Au crépuscule du « grand soir », les 12 militants présents voient enfin leur heure arriver. Au niveau national comme local. Ici, dans la 7e circonscription de l'Oise, leur candidat est arrivé en tête au premier tour avec 40,43 % des voix, loin devant le représentant du Nouveau Front populaire (27,28 %), Loïc Pen, et celui des « Républicains », Maxime Minot, député sortant. L'issue du scrutin se jouera entre eux, en triangulaire.

tension et silence

On branche le projecteur sur TF1 pour suivre l'incontournable décompte à 20 heures. Une militante joint les mains devant son visage en guise de prière. Suspense, tension et silence. Puis les « Oh, putain ! » fusent de tous côtés. Entre 120 à 150 sièges pour le RN. Et 150 à 180 pour le NFP. « Les gens n'ont rien compris », se désole une femme. Les militants ont les regards perdus. Quelques-uns s'effondrent sur les chaises alignées le long des murs.

Un seul reste debout et fixe l'écran les yeux grand ouverts. Quentin, 27 ans, milite depuis deux ans pour le RN. À la ville, il travaille dans le BTP. Selon lui, cela promet une catastrophe économique : « C'est le communisme. Je me casse le cul depuis que j'ai 15 ans pour me retrouver à devenir smicard ! » Mécaniquement, le relèvement du Smic à 1 600 euros net ferait de lui un travailleur au salaire minimum, puisque c'est ce qu'il touche déjà, croit savoir celui qui cauchemarde face au programme du NFP depuis deux semaines : « S'ils touchent à mon livret A, je quitte le pays ! »

En attendant les résultats de leur protégé, qui se font largement désirer, des huées transpercent le silence. François Ruffin l'a emporté dans la Somme alors qu'il était en ballottage défavorable. Élisabeth Borne aussi, dans le Calvados. La télé fait l'inventaire d'un barrage qui a tenu. « Les gens sont complètement masos », soupire une voix. Maigre consolation aux yeux des militants : le sortant LR Victor Habert-Dassault est défait de peu dans la « circo » voisine. La fin d'une dynastie dans le fief historique de la famille Dassault.

21 heures. La préfecture égraine les scores des bureaux de vote de la circonscription. Résultat ? « Ouf, c'est pour nous ! » s'exclame un militant en veste bleu satiné. Le candidat RN souffle finalement un siège de député, avec 4 600 voix sur le NFP. Un soulagement pour Mme Gravier, 76 ans, encartée en début d'année au RN : « Je suis chrétienne, je ne veux pas que notre civilisation se fasse remplacer par l'islam ! » L'élégante dame est si préoccupée par la question qu'elle a écrit à Jordan Bardella, deux semaines auparavant, pour l'alerter sur « notre culture occidentale ancestrale (...) en danger sous l'invasion des migrants musulmans intégristes qui augmente de mois en mois ».

l'Oise bleu marine

Finalement, le vainqueur de la soirée entre en scène. Parce qu'il faut bien fêter ça, une musique épique retentit, des confettis sont lancés. Malgré la désillusion nationale, qui se lit sur son visage, David Magnier tient à rappeler la victoire de ses militants au niveau local. Car l'Oise s'est presque entièrement recouverte de bleu marine, rappelle-t-il. À l'exception de la 4e circonscription, gagnée par le macroniste Éric Woerth. « Il y a de la déception avec Macron qui a pactisé avec le diable FI en appelant à faire barrage au RN. Car, finalement, c'est son seul programme ! » cingle le nouvel élu. Deux militantes s'effondrent en sanglots. L'impression de s'être fait berner par les magouilles des partis traditionnels prédomine. Un futur carburant pour le vote RN.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 972 mots, p. SPA6

Centre-Val de Loire 18 || Cher 3 sièges 28 || Eure-et-Loir 4 sièges 36 || Indre 2 sièges 37 || Indre-et-Loire 5 sièges 41 || Loir-et-Cher 3 sièges

45 || Loiret 6 sièges

Sortants Stéphanie Rist (LRM-Ensemble) ; Caroline Janvier (LRM-Ensemble) ; Mathilde Paris (RN) ; Thomas Ménagé (RN) ; Anthony Brosse (LRM-Ensemble) ; Richard Ramos (MoDem-Ensemble).

Trois députés de la coalition présidentielle sont réélus : Stéphanie Rist dans la 1re circonscription (Orléans sud), Anthony Brosse dans la 5e(Fleury-les-Aubrais), tous deux Renaissance, et Richard Ramos (MoDem) dans la 6e (Orléans est). Dans la 4e (Montargis), le député Thomas Ménagé (RN) est aussi réélu.En revanche, dans la 2e (Orléans ouest), Emmanuel Duplessy(Génération.s-Nouveau Front populaire) devient le premier député de gauche élu dans cette circonscription depuis 1981, avec 56,15 % des voix. M. Duplessy a sans doute profité de l’absence totale de campagne de sa rivale (RN), Elodie Babin. Dans la 3e circonscription (Briare), grâce au report de la gauche, la divers droite Constance de Pélichy va faire son entrée à l’Assemblée nationale après avoir battu (51,11 % des voix) la sortante Mathilde Paris (RN).

Orléans Sud (1re)

Stéphanie Rist (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 78 282 - V : 54 165 - A : 30,81 % E : 51 576 - B : 1 972 - N : 617

Stéphanie Rist

, Ren.-Ensemble, 34 909 (67,68 %) ; Tiffanie Rabault, RN, 16 667 (32,32 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 78 309 - V : 54 164 - A : 30,83 % - E : 53 079 - B. : 803 -

Rist

, 16 775 (31,60 %) ;

Kounowski

, 16 706 (31,47 %) ;

Rabault

, 14 880 (28,03 %) ;

Chassang

, 3 620 (6,82 %) ;

Maurice

, 659 (1,24 %) ;

Trepka

, 439 (0,83 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 77 594 - V : 37 840 - A : 51,23 % - E : 35 243 - B. : 1 870 -

Rist

, 20 163 (57,21 %) ;

Kounowski

, 15 080 (42,79 %).

Orléans Ouest (2e)

Emmanuel Duplessy (Gen.-NFP) Élu

I : 88 623 - V : 58 903 - A : 33,54 % E : 53 309 - B : 4 330 - N : 1 264

Emmanuel Duplessy

, Gen.-NFP, 29 934 (56,15 %) ; Elodie Babin, RN, 23 375 (43,85 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 88 601 - V : 58 836 - A : 33,59 % - E : 57 602 - B. : 836 -

Babin

, 18 957 (32,91 %) ;

Duplessy

, 16 148 (28,03 %) ;

Janvier

, 13 263 (23,03 %) ;

Colas

, 4 527 (7,86 %) ;

Chaillou

, 1 951 (3,39 %) ;

Carrani

, 1 474 (2,56 %) ;

Duvillard

, 716 (1,24 %) ;

Megdoud

, 388 (0,67 %) ;

Aachboun

, 178 (0,31 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 87 297 - V : 40 429 - A : 53,69 % - E : 36 815 - B. : 2 498 -

Janvier

, 20 535 (55,78 %) ;

Duplessy

, 16 280 (44,22 %).

Briare (3e)

Constance De Pélichy (div. d.) Élue

I : 70 459 - V : 48 618 - A : 31,00 % E : 46 690 - B : 1 427 - N : 501

Constance De Pélichy

, div. d., 23 863 (51,11 %) ; Mathilde Paris, RN, 22 827 (48,89 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 70 445 - V : 48 330 - A : 31,39 % - E : 46 943 - B. : 1 005 -

Paris

, 21 373 (45,53 %) ;

De Pélichy

, 15 041 (32,04 %) ;

Verde

, 9 089 (19,36 %) ;

Maurice

, 792 (1,69 %) ;

Naulin

, 648 (1,38 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 70 881 - V : 35 056 - A : 50,54 % - E : 32 262 - B. : 2 163 -

Paris

, 16 846 (52,22 %) ;

Barbier

, 15 416 (47,78 %).

Montargis (4e)

Thomas Ménagé (RN) Réélu

I : 74 113 - V : 47 517 - A : 35,89 % E : 43 051 - B : 3 419 - N : 1 047

Thomas Ménagé

, RN, 26 947 (62,59 %) ; Bruno Nottin, PCF-NFP, 16 104 (37,41 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 74 099 - V : 48 045 - A : 35,16 % - E : 46 785 - B. : 955 -

Ménagé

, 23 231 (49,65 %) ;

Nottin

, 9 889 (21,14 %) ;

Harlé

, 7 029 (15,02 %) ;

Lévy

, 5 537 (11,83 %) ;

Clergue

, 551 (1,18 %) ;

Loubert

, 535 (1,14 %) ;

Roche

, 13 (0,03 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 74 837 - V : 34 465 - A : 53,95 % - E : 30 124 - B. : 3 218 -

Ménagé

, 19 087 (63,36 %) ;

Nottin

, 11 037 (36,64 %).

Fleury-les-Aubrais (5e)

Anthony Brosse (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 73 605 - V : 49 571 - A : 32,65 % E : 47 333 - B : 1 643 - N : 595

Anthony Brosse

, Ren.-Ensemble, 23 999 (50,70 %) ; Jean-Lin Lacapelle, RN, 23 334 (49,30 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 581 - V : 49 335 - A : 32,95 % - E : 48 177 - B. : 793 -

Lacapelle

, 20 893 (43,37 %) ;

Brosse

, 10 604 (22,01 %) ;

Boutet

, 9 524 (19,77 %) ;

Quelin

, 4 817 (10,00 %) ;

Biardeau

, 1 259 (2,61 %) ;

Robert

, 651 (1,35 %) ;

Sottejeau

, 429 (0,89 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 681 - V : 34 318 - A : 53,42 % - E : 31 483 - B. : 2 156 -

Brosse

, 15 747 (50,02 %) ;

Manent

, 15 736 (49,98 %).

Orléans Est (6e)

Richard Ramos (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 76 104 - V : 52 335 - A : 31,23 % E : 50 129 - B : 1 673 - N : 533

Richard Ramos

, MoDem-Ensemble, 31 737 (63,31 %) ; Anthony Zeller, RN, 18 392 (36,69 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 76 084 - V : 52 297 - A : 31,26 % - E : 51 090 - B. : 867 -

Zeller

, 16 253 (31,81 %) ;

Ramos

, 15 635 (30,60 %) ;

Lavialle

, 15 176 (29,70 %) ;

Poisson

, 2 239 (4,38 %) ;

Lamarque

, 664 (1,30 %) ;

Berthault-Korzhyk

, 595 (1,16 %) ;

Choquel

, 528 (1,03 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 188 - V : 36 005 - A : 52,11 % - E : 32 938 - B. : 2 202 -

Ramos

, 18 865 (57,27 %) ;

Hicter

, 14 073 (42,73 %).

L'Humanité
mardi 9 juillet 2024 472 mots, p. 5

Quel avenir pour le groupe GDR ?

Aurélien Soucheyre

Les scénarios sont ouverts pour la Gauche démocrate et républicaine, où siègent les communistes aux côtés d'élus ultramarins. Alors que plusieurs sortants ont été battus, des pertes comme des renforts sont possibles sur fond de recomposition.

Y aura-t-il toujours un groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR) demain à l'Assemblée nationale ? « Je n'ai pas d'inquiétude. A priori, il n'y a aucune difficulté et le maintien semble assuré », explique André Chassaigne, qui préside depuis 2012 le groupe parlementaire dans lequel siègent les députés communistes aux côtés d'élus ultramarins. Alors que la gauche a enregistré de nombreuses conquêtes, dimanche, lors du second tour des élections législatives partielles, le groupe GDR a pour sa part connu plusieurs pertes. Du côté des élus PCF, Fabien Roussel, Jean-Marc Tellier, Sébastien Jumel et Pierre Dharréville n'ont pas été réélus, tous défaits par le Rassemblement national. Deux autres membres du groupe GDR ont aussi été battus : les Polynésiens Tematai Le Gayic et Steve Chailloux.

Des ultramarins sollicités par les insoumis et les socialistes

De 22 membres, le groupe GDR pourrait tomber à 17. Les communistes Stéphane Peu, Elsa Faucillon, André Chassaigne, Nicolas Sansu, Yannick Monnet, Jean-Paul Lecoq, Soumya Bourouaha, Édouard Benard ont été réélus et le député GRS Emmanuel Maurel fait son entrée au Palais Bourbon. Les Ultramarins Jean-Victor Castor, Davy Rimane, Mereana Reid Arbelot, Jiovanny William, Marcellin Nadeau, Karine Lebon, Emeline K/Bidi et Frédéric Maillot ont également été reconduits dans leur mandat. Le Kanak Emmanuel Tjibaou pourrait rejoindre ce groupe. Mais de nombreux élus d'outre-mer sont également sollicités par la France insoumise et les socialistes. « Ces deux groupes sont engagés dans une course l'un contre l'autre pour être dominants à gauche, quitte à venir affaiblir le groupe GDR, qui pourrait même disparaître », note un député.

Le groupe GDR pourrait toutefois bénéficier du concours de députés FI purgés par la direction de leur mouvement, tels François Ruffin, Clémentine Autain, Danielle Simonnet, Alexis Corbière et Hendrik Davi. « Le groupe GDR y gagnerait en nombre et verrait son aura renforcée. Il pourrait peser davantage dans la recomposition de la gauche. À condition que ces anciens députés FI ne préfèrent pas siéger avec les Écologistes, et que les plus identitaires de la direction du PCF acceptent de les accueillir, au risque de voir la parole communiste diluée », souffle un autre élu.

Un temps de parole garanti, des questions au gouvernement...

La constitution d'un groupe parlementaire assure à la fois des moyens de travail consacrés, un temps de parole garanti dans l'Hémicycle lors des questions au gouvernement et lors des explications de vote, ainsi que la possibilité de présenter des textes de loi lors des niches parlementaires, en plus de pouvoir déposer la création de commissions d'enquête. Le groupe communiste, présent depuis 1924 et rebaptisé GDR en 2007, fête du reste cette année son centenaire.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 453 mots, p. SPA4

Bourgogne- Franche-Comté 21 || Côte-d’Or 5 sièges 25 || Doubs 5 sièges 39 || Jura 3 sièges 58 || Nièvre 2 sièges 70 || Haute-Saône 2 sièges 71 || Saône-et-Loire 5 sièges 90 || Territoire de Belfort 2 sièges

89 || Yonne 3 sièges

Sortants Daniel Grenon (RN) ; André Villiers (Hor.-Ensemble) ; Julien Odoul (RN).

L’Yonne, comme le répète le chef du Rassemblement national (RN) régional Julien Odoul, député sortant dans la 3e circonscription (Sens) réélu dès le premier tour, était en rivalité avec la Haute-Saône pour le titre de « département le plus RN possible en Bourgogne-Franche-Comté ». Elle a aussi réussi son grand chelem local. Seul député sortant de la majorité, André Villiers (Horizons-Ensemble) n’a rassemblé que 49,58 % des suffrages au second tour, battu de peu dans la 2e circonscription (Avallon) par la candidate RN Sophie-Laurence Roy, qui en a obtenu 50,42 %. Daniel Grenon, autre sortant RN dans la 1re (Auxerre), en dépit de récents propos jugés racistes par le PS, qui en a saisi le procureur de la République, a conservé son siège avec 51,38 % des voix face à Florence Loury (Les Ecologistes-Nouveau Front populaire).

élu du premier tour Julien Odoul - RN - 3e

Auxerre (1re)

Daniel Grenon (RN) Réélu

I : 74 976 - V : 51 577 - A : 31,21 % E : 46 195 - B : 4 289 - N : 1 093

Daniel Grenon

, RN, 23 736 (51,38 %) ; Florence Loury, EELV-NFP, 22 459 (48,62 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 74 973 - V : 51 997 - A : 30,65 % - E : 50 707 - B. : 933 -

Grenon

, 20 486 (40,40 %) ;

Loury

, 12 851 (25,34 %) ;

Albrecht

, 8 871 (17,49 %) ;

Bähr

, 7 303 (14,40 %) ;

Manigaut

, 654 (1,29 %) ;

Letierce

, 542 (1,07 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 760 - V : 37 728 - A : 50,20 % - E : 33 000 - B. : 3 744 -

Grenon

, 16 865 (51,11 %) ;

Loury

, 16 135 (48,89 %).

Avallon (2e)

Sophie-Laurence Roy (LR-RN) Élue

I : 72 260 - V : 49 366 - A : 31,68 % E : 47 077 - B : 1 623 - N : 666

Sophie-Laurence Roy

, LR-RN, 23 736 (50,42 %) ; André Villiers, Hor.-Ensemble, 23 341 (49,58 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 72 260 - V : 48 837 - A : 32,41 % - E : 47 173 - B. : 1 015 -

Roy

, 20 997 (44,51 %) ;

Villiers

, 13 837 (29,33 %) ;

Veyssiere

, 9 197 (19,50 %) ;

Nakov

, 1 019 (2,16 %) ;

Verhegge

, 895 (1,90 %) ;

Demussy

, 620 (1,31 %) ;

Carrasco

, 608 (1,29 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 481 - V : 35 675 - A : 51,45 % - E : 32 643 - B. : 2 323 -

Villiers

, 16 760 (51,34 %) ;

Lopez

, 15 883 (48,66 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1520 mots, p. SPA8

Ile-de-France 75 || Paris 18 sièges 78 || Yvelines 12 sièges 91 || Essonne 10 sièges 92 || Hauts-de-Seine 13 sièges 93 || Seine-Saint-Denis 12 sièges 94 || Val-de-Marne 11 sièges 95 || Val-d’Oise 10 sièges

77 || Seine-et-Marne 11 sièges

Sortants Aude Luquet (MoDem-Ensemble) ; Frédéric Valletoux (Hor.-Ensemble) ; Jean-Louis Thiériot (LR) ; Isabelle Périgault (LR) ; Franck Riester (Agir-Ensemble) ; Béatrice Roullaud (RN) ; Ersilia Soudais (LFI-Nupes) ; Hadrien Ghomi (LRM-Ensemble) ; Michèle Peyron (LRM-Ensemble) ; Maxime Laisney (LFI-Nupes) ; Olivier Faure (PS-Nupes).

Au premier tour, le Rassemblement national (RN) était arrivé en tête dans sept circonscriptions sur onze. Au second, il n’a réussi à en conquérir que deux : la 4e (Provins, où est élu Julien Limongi) et la 6e (Meaux, où est élue Béatrice Roullaud). Dans ce département où la gauche unie avait réussi à ravir sept sièges en 2022, le Nouveau Front populaire en gagne six cette année, dont celui remporté dès le premier tour par Olivier Faure, député sortant de la 11e (Savigny-le-Temple) et premier secrétaire du Parti socialiste. La coalition présidentielle gagne dans la 2e (Fontainebleau) et dans la 5e (Coulommiers), offrant un mandat de député à deux ministres : Frédéric Valletoux (à la santé) et Franck Riester (au commerce extérieur et à la francophonie).

élu du premier tour Olivier Faure - PS-NFP - 11e

Melun (1re)

Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP) Élu

I : 71 353 - V : 46 112 - A : 35,37 % E : 44 967 - B : 860 - N : 285

Arnaud Saint-Martin

, LFI-NFP, 16 957 (37,71 %) ; Théo Michel, LR-RN, 16 110 (35,83 %) ; Aude Luquet, MoDem-Ensemble, 11 900 (26,46 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 71 339 - V : 45 578 - A : 36,11 % - E : 44 130 - B. : 1 048 -

Saint-Martin

, 14 701 (33,31 %) ;

Michel

, 14 542 (32,95 %) ;

Luquet

, 12 816 (29,04 %) ;

Lapeyronie

, 794 (1,80 %) ;

Guerrier

, 742 (1,68 %) ;

Djolegbehou

, 298 (0,68 %) ;

Aichi

, 234 (0,53 %) ;

Meimouni

, 3 (0,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 71 939 - V : 30 594 - A : 57,47 % - E : 28 260 - B. : 1 693 -

Luquet

, 14 994 (53,06 %) ;

Saint-Martin

, 13 266 (46,94 %).

Fontainebleau (2e)

Frédéric Valletoux (Hor.-Ensemble) Élu

I : 80 460 - V : 54 755 - A : 31,95 % E : 52 497 - B : 1 714 - N : 544

Frédéric Valletoux

, Hor.-Ensemble, 31 470 (59,95 %) ; Ivanka Dimitrova, RN, 21 027 (40,05 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 80 444 - V : 55 156 - A : 31,44 % - E : 53 872 - B. : 926 -

Dimitrova

, 18 887 (35,06 %) ;

Valletoux

, 18 171 (33,73 %) ;

Benaïssa Watbot

, 12 765 (23,70 %) ;

Rousselle

, 2 102 (3,90 %) ;

Cazauran

, 991 (1,84 %) ;

Broch

, 419 (0,78 %) ;

Faury

, 377 (0,70 %) ;

Lapkoff

, 152 (0,28 %) ;

Balastre

, 8 (0,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 935 - V : 38 116 - A : 52,32 % - E : 34 893 - B. : 2 349 -

Valletoux

, 20 037 (57,42 %) ;

Molina

, 14 856 (42,58 %).

Montereau-Fault-Yonne (3e)

Jean-Louis Thieriot (LR) Réélu

I : 77 929 - V : 51 012 - A : 34,54 % E : 48 810 - B : 1 825 - N : 377

Jean-Louis Thieriot

, LR, 28 560 (58,51 %) ; Davy Brun, RN, 20 250 (41,49 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 77 914 - V : 51 492 - A : 33,91 % - E : 50 230 - B. : 983 -

Brun

, 19 153 (38,13 %) ;

Thieriot

, 15 914 (31,68 %) ;

Vallée-Hans

, 14 267 (28,40 %) ;

Van Cauteren

, 896 (1,78 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 77 071 - V : 34 551 - A : 55,17 % - E : 32 494 - B. : 1 541 -

Thiériot

, 18 422 (56,69 %) ;

Gérôme-Delgado

, 14 072 (43,31 %).

Provins (4e)

Julien Limongi (RN) Élu

I : 88 715 - V : 58 651 - A : 33,89 % E : 56 321 - B : 1 737 - N : 593

Julien Limongi

, RN, 29 118 (51,70 %) ; Isabelle Perigault, LR, 27 203 (48,30 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 88 697 - V : 58 917 - A : 33,57 % - E : 57 340 - B. : 1 178 -

Limongi

, 27 317 (47,64 %) ;

Perigault

, 16 060 (28,01 %) ;

Garnier

, 11 986 (20,90 %) ;

Gaudey

, 1 070 (1,87 %) ;

Fauveau

, 907 (1,58 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 88 843 - V : 39 959 - A : 55,02 % - E : 36 873 - B. : 2 426 -

Perigault

, 18 866 (51,16 %) ;

Durox

, 18 007 (48,84 %).

Coulommiers (5e)

Franck Riester (Ren.-Ensemble) Élu

I : 89 815 - V : 57 917 - A : 35,52 % E : 55 213 - B : 2 158 - N : 546

Franck Riester

, Ren.-Ensemble, 30 038 (54,40 %) ; Philippe Fontana, LR-RN, 25 175 (45,60 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 89 794 - V : 58 601 - A : 34,74 % - E : 57 029 - B. : 1 197 -

Fontana

, 23 820 (41,77 %) ;

Riester

, 17 923 (31,43 %) ;

Caenbergs

, 13 985 (24,52 %) ;

Quenot

, 1 011 (1,77 %) ;

Larregain-Feller

, 288 (0,51 %) ;

Durand

, 2 (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 88 370 - V : 36 874 - A : 58,27 % - E : 33 731 - B. : 2 525 -

Riester

, 17 949 (53,21 %) ;

Lenormand

, 15 782 (46,79 %).

Meaux (6e)

Béatrice Roullaud (RN) Réélue

I : 82 921 - V : 52 036 - A : 37,25 % E : 46 403 - B : 4 553 - N : 1 080

Béatrice Roullaud

, RN, 24 362 (52,50 %) ; Amal Bentounsi, LFI-NFP, 22 041 (47,50 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 82 904 - V : 52 910 - A : 36,18 % - E : 51 448 - B. : 1 116 -

Roullaud

, 20 994 (40,81 %) ;

Bentounsi

, 15 548 (30,22 %) ;

Sarazin

, 13 739 (26,70 %) ;

Rieupet

, 1 167 (2,27 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 81 567 - V : 33 324 - A : 59,15 % - E : 29 544 - B. : 3 089 -

Roullaud

, 15 400 (52,13 %) ;

Delage

, 14 144 (47,87 %).

Claye-Souilly (7e)

Ersilia Soudais (LFI-NFP) Réélue

I : 89 267 - V : 56 855 - A : 36,31 % E : 51 200 - B : 4 514 - N : 1 141

Ersilia Soudais

, LFI-NFP, 27 137 (53,00 %) ; Agnès Laffite, RN, 24 063 (47,00 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 89 223 - V : 57 968 - A : 35,03 % - E : 56 489 - B. : 1 056 -

Laffite

, 20 179 (35,72 %) ;

Soudais

, 18 557 (32,85 %) ;

Robache

, 10 611 (18,78 %) ;

Kokouendo

, 3 345 (5,92 %) ;

Moghir

, 1 872 (3,31 %) ;

Yu-Yueng

, 678 (1,20 %) ;

Carlino

, 657 (1,16 %) ;

Frija

, 587 (1,04 %) ;

Louro

, 3 (0,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 87 857 - V : 36 936 - A : 57,96 % - E : 32 612 - B. : 3 542 -

Soudais

, 16 732 (51,31 %) ;

Bernard

, 15 880 (48,69 %).

Torcy (8e)

Arnaud Bonnet (EELV-NFP) Élu

I : 97 719 - V : 64 665 - A : 33,83 % E : 63 369 - B : 1 009 - N : 287

Arnaud Bonnet

, EELV-NFP, 24 892 (39,28 %) ; Hadrien Ghomi, Ren.-Ensemble, 21 411 (33,79 %) ; Manon Mourgeres, RN, 17 066 (26,93 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 97 664 - V : 64 141 - A : 34,32 % - E : 62 442 - B. : 1 320 -

Bonnet

, 22 663 (36,29 %) ;

Ghomi

, 20 622 (33,03 %) ;

Mourgeres

, 17 465 (27,97 %) ;

Moskowicz

, 869 (1,39 %) ;

Renault

, 822 (1,32 %) ;

Sauvage

, 1 (0,00 %) ;

Duchaussoy

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 95 210 - V : 41 024 - A : 56,91 % - E : 38 642 - B. : 1 752 -

Ghomi

, 19 323 (50,01 %) ;

Bonnet

, 19 319 (49,99 %).

Pontault-Combault (9e)

Céline Thiébault-Martinez (PS-NFP) Élue

I : 87 773 - V : 56 510 - A : 35,62 % E : 51 684 - B : 3 915 - N : 911

Céline Thiébault-Martinez

, PS-NFP, 27 726 (53,65 %) ; Morgann Vanacker, RN, 23 958 (46,35 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 87 735 - V : 56 990 - A : 35,04 % - E : 55 727 - B. : 980 -

Vanacker

, 19 781 (35,50 %) ;

Thiébault-Martinez

, 16 521 (29,65 %) ;

Peyron

, 12 023 (21,57 %) ;

Denion

, 3 834 (6,88 %) ;

Chevallier

, 1 745 (3,13 %) ;

Valcin

, 775 (1,39 %) ;

Delalandre

, 622 (1,12 %) ;

Woods

, 426 (0,76 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 86 253 - V : 36 062 - A : 58,19 % - E : 33 163 - B. : 2 181 -

Peyron

, 17 454 (52,63 %) ;

Novais

, 15 709 (47,37 %).

Chelles (10e)

Maxime Laisney (LFI-NFP) Réélu

I : 83 015 - V : 51 443 - A : 38,03 % E : 46 742 - B : 3 749 - N : 952

Maxime Laisney

, LFI-NFP, 32 080 (68,63 %) ; Pryscillia Brach, RN, 14 662 (31,37 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 82 992 - V : 52 455 - A : 36,8 % - E : 51 341 - B. : 787 -

Laisney

, 22 558 (43,94 %) ;

Brach

, 11 625 (22,64 %) ;

Do

, 7 445 (14,50 %) ;

Colas

, 5 722 (11,15 %) ;

Sangaré

, 2 707 (5,27 %) ;

Cayard

, 688 (1,34 %) ;

Dervaux

, 596 (1,16 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 81 517 - V : 34 521 - A : 57,65 % - E : 32 604 - B. : 1 334 -

Laisney

, 17 724 (54,36 %) ;

Do

, 14 880 (45,64 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 1072 mots, p. 9
Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

La poussée du RN à Nice rassure Ciotti pour les municipales

L’extrême droite et ses alliés ont conquis six sièges sur neuf dans les Alpes-Maritimes

Sofia Fischer

Nice - correspondante - Nice a définitivement entériné son virage à l’extrême droite. Malgré des résultats moins bons qu’espérés au niveau national, le Rassemblement national (RN) et ses alliés raflent six sièges sur neuf dans les Alpes-Maritimes à l’issue du second tour des élections législatives, dimanche 7 juillet. La « vague bleu Marine » annoncée, puis avortée à l’échelle du pays, aura en tout cas englouti le département.

Après avoir noué une alliance avec le RN, le président contesté du parti Les Républicains (LR), Eric Ciotti, et ses candidats sont parvenus à déstabiliser plusieurs fiefs historiques de LR. La stratégie de choisir une ligne de droite extrême pour reconquérir la ville n’est pas nouvelle de la part du camp d’Eric Ciotti, aidé localement par Christelle D’Intorni, seule députée LR sortante l’ayant suivi dans son ralliement au RN. L’offensive aurait dû être menée lors des municipales en 2026, si la dissolution annoncée par Emmanuel Macron n’avait pas tout précipité.

Le camp de l’actuel maire, Christian Estrosi, avait d’ailleurs commencé à réajuster ses pions cet hiver. En janvier, ce dernier avait embauché Olivier Bettati, vieux loup de mer d’extrême droite. Ancien directeur de campagne de Marion Maréchal et ex-directeur de cabinet de Jean-Marie le Pen, cet ancien ennemi juré d’Estrosi devait aider l’édile de Nice à préparer la bataille contre Eric Ciotti aux municipales de 2026.

Ainsi, depuis février, M. Bettati œuvrait à faire remonter sans filtre les sujets de préoccupation des Niçois au quotidien, serrait des mains et réchauffait les liens entre les vieux électeurs de la droite dure et la mairie. Mais la tenue d’élections législatives anticipées a fait exploser en plein vol la stratégie finement menée. En s’alliant avec le RN, Eric Ciotti a pris de vitesse Christian Estrosi, rendant caduc le plan visant à contrer son adversaire par la droite. «Sortie de route », résume un proche du maire.

Nice a toujours été le thermomètre d’une certaine droite, aisée, et souvent plutôt âgée, l’une des rares grandes villes à résister encore et toujours à la gauche, et longtemps un paradoxe pour l’extrême droite, terre où elle était implantée de longue date, mais où elle n’avait aucun élu. Dimanche 7 juillet, la ville a finalement glissévers l’extrême droite dans une relative indolence.

« Très bon indicateur »

Cette fois-ci, à la forte proportion de retraités traditionnellement à droite sont venus s’additionner les votes de jeunes séduits par le président du RN, Jordan Bardella. Dans le quartier populaire de Las Planas comme sur le marché du cours Saleya, il n’était pas rare de croiser des électeurs issus de l’immigration disant avoir voté en faveur du parti lepéniste « pour voir ».

Dans la cour de l’école des Baumettes, bureau de vote d’Eric Ciotti, Jeannine Duhamel, 97 ans, et Solène Bernard, 78 ans, étaient en brushing et robes du dimanche matin. Elles représentent ce ventre mou des électeurs et électrices niçois qui estiment que la droite traditionnelle « s’est ramollie ». Alors elles sont venues toutes endimanchées pour féliciter le « courage » et la « clairvoyance » dont Eric Ciotti a fait preuve, selon elles, en décidant de s’allier avec le RN. « C’est tout sauf un traître, c’est un homme prévoyant », dit Solène Bernard. Mais déjà, dès midi, les deux femmes craignent le pire. Malgré les excellents scores du parti d’extrême droite au premier tour, Solène prophétisait qu’ailleurs sur le territoire « ce ne soit pas encore complètement l’heure pour le RN ».

Dans les rues de Nice, très peu de personnes acceptaient de parler de leur vote et préféraient hausser les épaules. Les chiffres l’attestent pourtant : plus de 22 500 Niçois ont déposé un bulletin en faveur de M. Ciotti dans l’urne au second tour. « C’est privé », explique un commerçant. « C’est dangereux », estime un cafetier.

La tentation niçoise de virer à l’extrême droite ne date pas d’hier. Jacques Peyrat, maire (Rassemblement pour la République, puis Union pour un mouvement populaire) de la ville de 1995 à 2008, a toujours tenté d’œuvrer pour « un rassemblement des droites », en commençant à Nice. Attablé en famille à l’Opéra plage, cet ami de Jean-Marie Le Pen a salué dimanche, auprès du Monde, le choix de l’alliance de M. Ciotti avec le RN.

Aujourd’hui, comme en 1996, il refuse de qualifier ce parti comme étant d’extrême droite. Depuis plusieurs semaines, cette figure locale désormais âgée de 92 ans compte parmi les membres du comité de soutien d’Eric Ciotti. Dans les réunions en faveur de ce dernier, beaucoup d’élus locaux figurent. « C’est un très bon indicateur pour les municipales », estime l’ancien homme fort des Alpes-Maritimes. Lequel nourrit l’espoir d’enfin inscrire Nice comme première grande ville française dirigée par le RN.

« C’est gagné pour 2026 »

Cette journée aurait pu avoir un air de revanche. Mais la stratégie gagnante à Nice s’avère être un échec à l’échelle nationale. A l’annonce des premiers résultats, à 20 heures, la stupeur est totale devant le QG du candidat LR-RN. Sur le port, les mines sont graves. Des hommes et des femmes pleurent, appellent leurs proches. «Attention, maman, tu vas passer sur “Quotidien” », prévient une fille à sa mère en larmes. Une autre tient des propos ouvertement racistes à propos d’une jeune femme noire interviewée par la presse.

« On ne fait plus rien, le pays part en couilles ! », hurle Christian, désabusé. «Je devais faire des travaux chez moi, j’annule tout, ça ne sert à rien de construire », dit-il de manière confuse, avant de partir. « Pays de tapettes ! », renchérit-il, furieux.

Même la défaite cuisante du candidat local soutenu par Christian Estrosi, et ennemi juré d’Eric Ciotti, ne parvient pas à calmer les esprits. Dans la première circonscription, Graig Monetti (Ensemble) n’a rassemblé que 22,7 % des voix, loin derrière Eric Ciotti (45,1 %) et le candidat du Nouveau Front populaire, Olivier Salerno (32,1 %). « C’est la fin d’Estrosi », veulent croire des partisans du nouvel allié de Marine Le Pen. Le champagne réchauffe. Seule Christelle D’Intorni semble réussir à trouver les mots justes pour regonfler les troupes : « Là, c’est sûr, c’est gagné pour 2026. »

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 600 mots, p. SPA11

Nouvelle-Aquitaine 17 || Charente-Maritime 5 sièges 19 || Corrèze 2 sièges 23 || Creuse 1 siège 24 || Dordogne 4 sièges 33 || Gironde 12 sièges 40 || Landes 3 sièges 47 || Lot-et-Garonne 3 sièges 64 || Pyrénées-Atlantiques 6 sièges 79 || Deux-Sèvres 3 sièges 86 || Vienne 4 sièges 87 || Haute-Vienne 3 sièges

16 || Charente 3 sièges

Sortants René Pilato (LFI-Nupes) ; Sandra Marsaud (LRM-Ensemble) ; Caroline Colombier (RN).

En Charente, Caroline Colombier (Rassemblement national, RN) conserve son siège de députée, en remportant la 3e circonscription face à Virginie Lebraud (Nouveau Front populaire, NFP). Dans la 2e circonscription, qui comprend Cognac, la sortante Sandra Marsaud (Renaissance-Ensemble) est réélue, avec 2 697 voix de plus que le candidat issu de l’union Les Républicains-RN, Barthélémy Martin. L’enjeu de la 1re circonscription était de taille, avec le duel entre Thomas Mesnier (Horizons-Ensemble) et René Pilato (La France insoumise-NFP) : le premier avait emporté le scrutin de 24 voix en 2022, mais le second avait contesté le résultat et été vainqueur de la législative partielle en 2023. Cette fois, le RN, avec Marion Latus, s’est invité dans une triangulaire. Mais M. Pilato l’emporte avec 1 882 voix de plus que M. Mesnier, qui est 345 voix devant le RN.

Angoulême (1re)

René Pilato (LFI-NFP) Réélu

I : 84 238 - V : 58 268 - A : 30,83 % E : 56 755 - B : 1 064 - N : 449

René Pilato

, LFI-NFP, 20 288 (35,75 %) ; Thomas Mesnier, Hor.-Ensemble, 18 406 (32,43 %) ; Marion Latus, RN, 18 061 (31,82 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 84 158 - V : 56 976 - A : 32,3 % - E : 55 388 - B. : 1 084 -

Pilato

, 18 166 (32,80 %) ;

Mesnier

, 16 784 (30,30 %) ;

Latus

, 16 761 (30,26 %) ;

Boivin

, 2 226 (4,02 %) ;

Nicolas

, 818 (1,48 %) ;

Bernard

, 633 (1,14 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 83 763 - V : 40 782 - A : 51,31 % - E : 37 684 - B. : 2 012 -

Mesnier

, 18 854 (50,03 %) ;

Pilato

, 18 830 (49,97 %).

Cognac (2e)

Sandra Marsaud (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 83 330 - V : 57 376 - A : 31,15 % E : 54 003 - B : 2 305 - N : 1 068

Sandra Marsaud

, Ren.-Ensemble, 28 350 (52,50 %) ; Barthélemy Martin, LR-RN, 25 653 (47,50 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 83 360 - V : 57 196 - A : 31,39 % - E : 55 105 - B. : 1 306 -

Martin

, 21 440 (38,91 %) ;

Marsaud

, 15 091 (27,39 %) ;

Ballu

, 11 208 (20,34 %) ;

Jobit

, 4 829 (8,76 %) ;

Bessas

, 832 (1,51 %) ;

Janot

, 737 (1,34 %) ;

De Clisson

, 509 (0,92 %) ;

Vinsonneau

, 457 (0,83 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 83 709 - V : 39 964 - A : 52,26 % - E : 36 193 - B. : 2 622 -

Marsaud

, 19 965 (55,16 %) ;

Rappasse

, 16 228 (44,84 %).

Confolens (3e)

Caroline Colombier (RN) Réélue

I : 90 676 - V : 63 492 - A : 29,98 % E : 57 658 - B : 3 890 - N : 1 944

Caroline Colombier

, RN, 30 110 (52,22 %) ; Virginie Lebraud, PS-NFP, 27 548 (47,78 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 90 666 - V : 63 059 - A : 30,45 % - E : 60 484 - B. : 1 456 -

Colombier

, 25 976 (42,95 %) ;

Lebraud

, 15 653 (25,88 %) ;

François

, 14 829 (24,52 %) ;

Souchaud

, 2 293 (3,79 %) ;

Touzé

, 889 (1,47 %) ;

Curgali

, 844 (1,40 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 90 899 - V : 45 312 - A : 50,15 % - E : 39 767 - B. : 3 669 -

Colombier

, 19 980 (50,24 %) ;

Mocoeur

, 19 787 (49,76 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1345 mots, p. SPA10

77 || Seine-et-Marne 11 sièges Ile-de-France 75 || Paris 18 sièges 78 || Yvelines 12 sièges 91 || Essonne 10 sièges 92 || Hauts-de-Seine 13 sièges 93 || Seine-Saint-Denis 12 sièges 94 || Val-de-Marne 11 sièges

95 || Val-d’Oise 10 sièges

Sortants Emilie Chandler (Agir-Ensemble) ; Guillaume Vuilletet (LRM-Ensemble) ; Cécile Rilhac (LRM-Ensemble) ; Naïma Moutchou (Hor.-Ensemble) ; Paul Vannier (LFI-Nupes) ; Estelle Folest (MoDem-Ensemble) ; Dominique Da Silva (LRM-Ensemble) ; Carlos Martens Bilongo (LFI-Nupes) ; Arnaud Le Gall (LFI-Nupes) ; Aurélien Taché (div. g.-Nupes).

Le Val-d’Oise a basculé à gauche. Dans ce département où la coalition présidentielle disposait de la majorité des sièges (six sur dix) durant la précédente législature, le Nouveau Front populaire s’impose largement à l’issue du second tour. Aux deux députés élus dès le premier tour (Paul Vannier et Carlos Martens Bilongo), six supplémentaires se sont ajoutés, dont le sortant Aurélien Taché (dans la 10e circonscription, Cergy Nord). Il n’y a plus qu’une seule représentante macroniste : Naïma Moutchou, pour Horizons, le mouvement de l’ancien premier ministre Edouard Philippe, dans la 4e (Franconville). Le Rassemblement national est parvenu, au bénéfice d’une triangulaire, à faire élire une députée, Anne Sicard (1re, Pontoise).

élus du premier tour Paul Vannier - LFI-NFP - 5eCarlos Martens Bilongo - LFI-NFP - 8e

Pontoise (1re)

Anne Sicard (RN) Élue

I : 84 034 - V : 57 719 - A : 31,31 % E : 56 053 - B : 1 326 - N : 340

Anne Sicard

, RN, 21 025 (37,51 %) ; Maximillien Jules-Arthur, LFI-NFP, 20 534 (36,63 %) ; Emilie Chandler, Ren.-Ensemble, 14 494 (25,86 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 84 016 - V : 57 474 - A : 31,59 % - E : 55 941 - B. : 1 147 -

Sicard

, 18 823 (33,65 %) ;

Jules-Arthur

, 17 230 (30,80 %) ;

Chandler

, 14 244 (25,46 %) ;

Richard

, 3 468 (6,20 %) ;

Géhan

, 826 (1,48 %) ;

Lessaint

, 755 (1,35 %) ;

De Garils

, 574 (1,03 %) ;

Lah

, 21 (0,04 %) ;

Soussi

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 82 738 - V : 39 061 - A : 52,79 % - E : 35 746 - B. : 2 486 -

Chandler

, 18 777 (52,53 %) ;

Ivorra

, 16 969 (47,47 %).

Cergy Sud (2e)

Ayda Hadizadeh (PS-NFP) Élue

I : 78 796 - V : 51 986 - A : 34,02 % E : 47 623 - B : 3 568 - N : 795

Ayda Hadizadeh

, PS-NFP, 28 342 (59,51 %) ; Nadejda Remy, RN, 19 281 (40,49 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 78 781 - V : 52 689 - A : 33,12 % - E : 51 453 - B. : 866 -

Hadizadeh

, 17 221 (33,47 %) ;

Remy

, 15 544 (30,21 %) ;

Vuilletet

, 13 044 (25,35 %) ;

Pain

, 3 214 (6,25 %) ;

Oubairouk

, 818 (1,59 %) ;

Ivanaj

, 621 (1,21 %) ;

Chanzy

, 529 (1,03 %) ;

Cassan

, 456 (0,89 %) ;

Lessaint

, 6 (0,01 %) ;

Gaultier

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 78 171 - V : 35 404 - A : 54,71 % - E : 32 795 - B. : 1 858 -

Vuilletet

, 17 462 (53,25 %) ;

Geoffroy-Martin

, 15 333 (46,75 %).

Taverny (3e)

Emmanuel Maurel (div. g.-NFP) Élu

I : 96 317 - V : 63 885 - A : 33,67 % E : 58 349 - B : 4 531 - N : 1 005

Emmanuel Maurel

, div. g.-NFP, 36 489 (62,54 %) ; Kimberley Lelaidier, RN, 21 860 (37,46 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 96 306 - V : 65 131 - A : 32,37 % - E : 63 827 - B. : 930 -

Maurel

, 22 742 (35,63 %) ;

Lelaidier

, 17 608 (27,59 %) ;

Rilhac

, 15 013 (23,52 %) ;

Vincent

, 4 816 (7,55 %) ;

Herbal

, 1 290 (2,02 %) ;

Guébin

, 1 046 (1,64 %) ;

Simonnot

, 837 (1,31 %) ;

Munoz

, 468 (0,73 %) ;

Blaser

, 7 (0,01 %) ;

Belmokhtar

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 94 579 - V : 43 389 - A : 54,12 % - E : 40 642 - B. : 1 954 -

Rilhac

, 21 200 (52,16 %) ;

Pelegrin

, 19 442 (47,84 %).

Franconville (4e)

Naïma Moutchou (Hor.-Ensemble) Réélue

I : 76 259 - V : 48 508 - A : 36,39 % E : 44 848 - B : 2 780 - N : 880

Naïma Moutchou

, Hor.-Ensemble, 24 840 (55,39 %) ; Karine Lacouture, LFI-NFP, 20 008 (44,61 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 76 262 - V : 51 482 - A : 32,49 % - E : 50 492 - B. : 728 -

Lacouture

, 17 498 (34,65 %) ;

Moutchou

, 14 084 (27,89 %) ;

Meurant

, 13 238 (26,22 %) ;

Rodsphon

, 3 003 (5,95 %) ;

Berthault

, 2 132 (4,22 %) ;

L'Hommedet

, 485 (0,96 %) ;

Durand

, 52 (0,10 %) ;

Martin

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 566 - V : 35 705 - A : 52,75 % - E : 33 444 - B. : 1 671 -

Moutchou

, 17 869 (53,43 %) ;

Lacouture

, 15 575 (46,57 %).

Enghien-les-Bains (6e)

Gabrielle Cathala (LFI-NFP) Élue

I : 75 779 - V : 49 825 - A : 34,25 % E : 48 864 - B : 738 - N : 223

Gabrielle Cathala

, LFI-NFP, 21 326 (43,64 %) ; Estelle Folest, MoDem-Ensemble, 16 149 (33,05 %) ; Annika Bruna, RN, 11 389 (23,31 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 75 753 - V : 50 321 - A : 33,57 % - E : 49 435 - B. : 626 -

Cathala

, 18 603 (37,63 %) ;

Folest

, 12 745 (25,78 %) ;

Bruna

, 10 911 (22,07 %) ;

Guilbaud

, 3 737 (7,56 %) ;

Eléloué-Valmar

, 1 049 (2,12 %) ;

Mikael

, 910 (1,84 %) ;

Lasmarrigues

, 683 (1,38 %) ;

Celestin

, 427 (0,86 %) ;

Reinmann

, 370 (0,75 %) ;

Dageville

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 352 - V : 34 203 - A : 54,61 % - E : 32 251 - B. : 1 388 -

Folest

, 17 245 (53,47 %) ;

Cathala

, 15 006 (46,53 %).

Domont, Sarcelles Sud (7e)

Romain Eskenazi (PS-NFP) Élu

I : 68 578 - V : 44 078 - A : 35,73 % E : 40 801 - B : 2 650 - N : 627

Romain Eskenazi

, PS-NFP, 24 713 (60,57 %) ; David Quentin, RN, 16 088 (39,43 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 68 539 - V : 45 277 - A : 33,94 % - E : 44 271 - B. : 712 -

Eskenazi

, 16 797 (37,94 %) ;

Quentin

, 12 065 (27,25 %) ;

Da Silva

, 10 241 (23,13 %) ;

Yalcin

, 3 891 (8,79 %) ;

Vieville

, 696 (1,57 %) ;

Suarez

, 578 (1,31 %) ;

Chastaing

, 3 (0,01 %) ;

Uzan

, (0,00 %) ;

Gavois

, (0,00 %) ;

Arnal

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 69 386 - V : 29 450 - A : 57,56 % - E : 27 668 - B. : 1 285 -

Da Silva

, 13 936 (50,37 %) ;

Eskenazi

, 13 732 (49,63 %).

Goussainville (9e)

Arnaud Le Gall (LFI-NFP) Réélu

I : 71 644 - V : 42 982 - A : 40,01 % E : 39 682 - B : 2 560 - N : 740

Arnaud Le Gall

, LFI-NFP, 23 918 (60,27 %) ; Agnès Marion, RN, 15 764 (39,73 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 71 614 - V : 43 168 - A : 39,72 % - E : 42 126 - B. : 711 -

Le Gall

, 17 157 (40,73 %) ;

Marion

, 12 872 (30,56 %) ;

Demir

, 6 149 (14,60 %) ;

Arciero

, 4 789 (11,37 %) ;

Hanryon

, 621 (1,47 %) ;

Said

, 381 (0,90 %) ;

Wassa

, 157 (0,37 %) ;

Ronchini

, (0,00 %) ;

Najib

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 70 504 - V : 26 481 - A : 62,44 % - E : 23 809 - B. : 2 034 -

Le Gall

, 13 432 (56,42 %) ;

Marly

, 10 377 (43,58 %).

Cergy Nord (10e)

Aurélien Taché (LFI-NFP) Réélu

I : 66 806 - V : 42 750 - A : 36,01 % E : 38 568 - B : 3 583 - N : 599

Aurélien Taché

, LFI-NFP, 26 852 (69,62 %) ; Lisbeth Macé, RN, 11 716 (30,38 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 66 773 - V : 43 585 - A : 34,73 % - E : 42 442 - B. : 906 -

Taché

, 18 306 (43,13 %) ;

Macé

, 9 667 (22,78 %) ;

Krimi

, 8 129 (19,15 %) ;

Étoré-Manika

, 4 249 (10,01 %) ;

Saint-Jean

, 1 107 (2,61 %) ;

Flaux

, 489 (1,15 %) ;

De La Faye

, 488 (1,15 %) ;

Caillot

, 7 (0,02 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 67 953 - V : 28 010 - A : 58,78 % - E : 26 249 - B. : 1 363 -

Taché

, 14 636 (55,76 %) ;

Lachas

, 11 613 (44,24 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1144 mots, p. SPA13

Pays de la Loire 53 || Mayenne 3 sièges 85 || Vendée 5 sièges 72 || Sarthe 5 sièges

49 || Maine-et-Loire 7 sièges

Sortants François Gernigon (Hor.-Ensemble) ; Stella Dupont (LRM-Ensemble) ; Anne-Laure Blin (LR) ; Laetitia Saint-Paul (LRM-Ensemble) ; Denis Masseglia (LRM-Ensemble) ; Nicole Dubré-Chirat (LRM-Ensemble) ; Philippe Bolo (MoDem-Ensemble).

Pour la première fois de son histoire, le dimanche 30 juin, le Maine-et-Loire avait qualifié des candidats Rassemblement national (RN) pour le second tour. Mais, fidèle à sa tradition de modération, il n’en a élu aucun : malgré trois situations de triangulaire, les sept candidats RN ont été balayés par les députés sortants. Parmi ces derniers, six sont issus de la coalition présidentielle (Renaissance, MoDem, En commun et Horizons) et une des Républicains (LR). Anne-Laure Blin (LR) était dans la situation la plus précaire – en retard de 14 points et près de 7 000 voix à l’issue du premier tour –, mais elle a renversé Edouard Bourgeault (RN), bénéficiant notamment du retrait de Patrick Alexandre (La France insoumise-Nouveau Front populaire) pour réunir 57,17 % des voix. Elle est la seule députée LR issue des Pays de la Loire.

Angers - Centre, Est, Nord-Est (1re)

François Gernigon (Hor.-Ensemble) Réélu

I : 88 699 - V : 62 275 - A : 29,79 % E : 60 969 - B : 973 - N : 333

François Gernigon

, Hor.-Ensemble, 24 719 (40,54 %) ; Elsa Richard, EELV-NFP, 21 621 (35,46 %) ; Hugo Louvigne, RN, 14 629 (23,99 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 88 675 - V : 62 074 - A : 30 % - E : 60 540 - B. : 1 016 -

Gernigon

, 21 087 (34,83 %) ;

Richard

, 20 475 (33,82 %) ;

Louvigne

, 13 995 (23,12 %) ;

Lécuyer

, 3 736 (6,17 %) ;

Dupas

, 642 (1,06 %) ;

Pruniere

, 432 (0,71 %) ;

Gouas

, 173 (0,29 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 88 017 - V : 43 572 - A : 50,50 % - E : 40 931 - B. : 1 950 -

Gernigon

, 22 724 (55,52 %) ;

Saeidi

, 18 207 (44,48 %).

Angers - Sud, Trélazé (2e)

Stella Dupont (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 95 603 - V : 67 876 - A : 29,00 % E : 65 846 - B : 1 538 - N : 492

Stella Dupont

, Ren.-Ensemble, 30 214 (45,89 %) ; Léo Metayer, LFI-NFP, 18 315 (27,81 %) ; Thomas Brisseau, RN, 17 317 (26,30 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 95 583 - V : 67 613 - A : 29,26 % - E : 65 744 - B. : 1 325 -

Dupont

, 21 761 (33,10 %) ;

Metayer

, 18 621 (28,32 %) ;

Brisseau

, 15 945 (24,25 %) ;

Triot

, 5 864 (8,92 %) ;

Salquain

, 2 719 (4,14 %) ;

Lebrun

, 834 (1,27 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 94 035 - V : 46 912 - A : 50,11 % - E : 44 055 - B. : 2 007 -

Dupont

, 25 005 (56,76 %) ;

Bessat

, 19 050 (43,24 %).

Longué-Jumelles (3e)

Anne-Laure Blin (LR) Réélue

I : 72 772 - V : 49 661 - A : 31,76 % E : 46 820 - B : 2 139 - N : 702

Anne-Laure Blin

, LR, 26 768 (57,17 %) ; Edouard Bourgeault, RN, 20 052 (42,83 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 72 748 - V : 49 869 - A : 31,45 % - E : 48 481 - B. : 918 -

Bourgeault

, 18 344 (37,84 %) ;

Blin

, 11 572 (23,87 %) ;

Alexandre

, 9 656 (19,92 %) ;

Holley

, 8 168 (16,85 %) ;

Peillon

, 741 (1,53 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 72 583 - V : 33 671 - A : 53,61 % - E : 31 362 - B. : 1 730 -

Blin

, 19 020 (60,65 %) ;

Roudévitch

, 12 342 (39,35 %).

Saumur - Sud, Thouarcé (4e)

Laëtitia Saint-Paul (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 76 142 - V : 53 351 - A : 29,93 % E : 50 765 - B : 1 946 - N : 640

Laëtitia Saint-Paul

, Ren.-Ensemble, 30 476 (60,03 %) ; Aurore Lahondès, RN, 20 289 (39,97 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 76 126 - V : 53 292 - A : 30 % - E : 51 621 - B. : 1 085 -

Lahondès

, 18 014 (34,90 %) ;

Saint-Paul

, 18 001 (34,87 %) ;

Bouvet

, 10 629 (20,59 %) ;

Mortier

, 3 455 (6,69 %) ;

Hamon

, 769 (1,49 %) ;

Geret

, 750 (1,45 %) ;

Vitasse

, 3 (0,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 76 249 - V : 35 960 - A : 52,84 % - E : 33 006 - B. : 2 120 -

Saint-Paul

, 19 913 (60,33 %) ;

Rabault

, 13 093 (39,67 %).

Cholet (5e)

Denis Masseglia (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 80 125 - V : 53 689 - A : 32,99 % E : 50 596 - B : 2 254 - N : 839

Denis Masseglia

, Ren.-Ensemble, 33 204 (65,63 %) ; Gilles Bourdouleix, LR-RN, 17 310 (34,21 %) ; France Moreau, LFI-NFP, 82 (0,16 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 80 097 - V : 54 340 - A : 32,16 % - E : 52 604 - B. : 1 207 -

Masseglia

, 17 730 (33,70 %) ;

Bourdouleix

, 16 066 (30,54 %) ;

Moreau

, 11 220 (21,33 %) ;

Ligot

, 5 362 (10,19 %) ;

Guyard

, 822 (1,56 %) ;

Testu

, 821 (1,56 %) ;

Estang

, 583 (1,11 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 446 - V : 34 435 - A : 56,66 % - E : 31 920 - B. : 1 749 -

Masseglia

, 19 395 (60,76 %) ;

Airaud

, 12 525 (39,24 %).

Angers - Ouest (6e)

Nicole Dubre Chirat (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 99 679 - V : 69 519 - A : 30,26 % E : 65 180 - B : 3 175 - N : 1 164

Nicole Dubre Chirat

, Ren.-Ensemble, 43 226 (66,32 %) ; Tim Pavageau, RN, 21 954 (33,68 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 99 656 - V : 69 773 - A : 29,99 % - E : 67 389 - B. : 1 618 -

Dubre Chirat

, 23 776 (35,28 %) ;

Pavageau

, 19 422 (28,82 %) ;

Gabin

, 16 707 (24,79 %) ;

Chaussivert

, 5 142 (7,63 %) ;

Mercier

, 1 243 (1,84 %) ;

Le Diagon

, 1 099 (1,63 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 98 400 - V : 46 049 - A : 53,20 % - E : 42 736 - B. : 2 102 -

Dubre-Chirat

, 24 616 (57,60 %) ;

Amghar

, 18 120 (42,40 %).

Angers - Nord, Segré (7e)

Philippe Bolo (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 84 497 - V : 59 853 - A : 29,17 % E : 58 284 - B : 1 157 - N : 412

Philippe Bolo

, MoDem-Ensemble, 24 319 (41,73 %) ; Clémence Lascaud, RN, 17 389 (29,83 %) ; Guillaume Jouanneau, PS-NFP, 16 576 (28,44 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 84 491 - V : 59 565 - A : 29,5 % - E : 57 716 - B. : 1 305 -

Bolo

, 19 541 (33,86 %) ;

Jouanneau

, 16 778 (29,07 %) ;

Lascaud

, 15 802 (27,38 %) ;

Boullais Challier

, 3 320 (5,75 %) ;

L'Huillier

, 810 (1,40 %) ;

Crespin

, 750 (1,30 %) ;

Gorioux

, 715 (1,24 %) ;

De La Salmoniere

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 82 877 - V : 39 936 - A : 51,81 % - E : 37 557 - B. : 1 707 -

Bolo

, 20 865 (55,56 %) ;

Jouanneau

, 16 692 (44,44 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 971 mots, p. SPA6

Grand-Est 08 || Ardennes 3 sièges 10 || Aube 3 sièges 51 || Marne 5 sièges 52 || Haute-Marne 2 sièges 55 || Meuse 2 sièges 57 || Moselle 9 sièges 67 || Bas-Rhin 9 sièges 68|| Haut-Rhin 6 sièges 88 || Vosges 4 sièges

54 || Meurthe-et-Moselle 6 sièges

Sortants Carole Grandjean (LRM-Ensemble) ; Emmanuel Lacresse (MoDem-Ensemble) ; Martine Etienne (LFI-Nupes) ; Thibault Bazin (LR) ; Dominique Potier (div. g.) ; Caroline Fiat (LFI-Nupes).

La dissolution n’a pas profité aux sortants, puisque seuls deux députés sur six conservent leur siège dans ce département qui ressemble à une mosaïque politique. Le front républicain a permis à Estelle Mercier (Nouveau Front populaire) de l’emporter dans la 1re (Nancy est, nord, sud) et à Thibault Bazin le sortant (LR) dans la 4e (Lunéville). Dans la 2e (Vandœuvre-lès-Nancy), la candidate Rassemblement national (RN) arrivée troisième s’était maintenue et le rapport de force a joué en faveur de Stéphane Hablot (PS-NFP). L’ancien syndicaliste d’Hayange Frédéric Weber (RN) l’emporte dans la 3 (Longwy) contre la députée LFI-NFP sortante. Même issue dans la 6 (Pont-à-Mousson) pour Caroline Fiat (LFI-NFP) qui perd son siège face à Anthony Boulogne (RN). Dans la 5, Dominique Potier, sortant (PS-NFP) bat le candidat désinvesti par Eric Ciotti.

Nancy Est, Nord, Sud (1re)

Estelle Mercier (PS-NFP) Élue

I : 83 273 - V : 55 635 - A : 33,19 % E : 50 864 - B : 3 842 - N : 929

Estelle Mercier

, PS-NFP, 32 530 (63,95 %) ; Patricia Melet, RN, 18 334 (36,05 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 83 269 - V : 55 877 - A : 32,9 % - E : 54 722 - B. : 798 -

Mercier

, 20 645 (37,73 %) ;

Melet

, 14 719 (26,90 %) ;

Guillemard

, 14 435 (26,38 %) ;

Arnould

, 3 518 (6,43 %) ;

Nimsgern

, 741 (1,35 %) ;

Nespolo

, 664 (1,21 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 82 448 - V : 39 023 - A : 52,67 % - E : 36 537 - B. : 1 850 -

Grandjean

, 19 520 (53,43 %) ;

Jouira

, 17 017 (46,57 %).

Vandœuvre-lès-Nancy (2e)

Stéphane Hablot (PS-NFP) Élu

I : 67 924 - V : 46 548 - A : 31,47 % E : 45 581 - B : 738 - N : 229

Stéphane Hablot

, PS-NFP, 20 588 (45,17 %) ; Emmanuel Lacresse, Ren.-Ensemble, 14 284 (31,34 %) ; Geneviève Maillot, RN, 10 709 (23,49 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 67 916 - V : 45 885 - A : 32,44 % - E : 45 120 - B. : 548 -

Hablot

, 18 008 (39,91 %) ;

Lacresse

, 13 869 (30,74 %) ;

Maillot

, 10 131 (22,45 %) ;

Fromont

, 2 325 (5,15 %) ;

Georges

, 422 (0,94 %) ;

Destombes

, 365 (0,81 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 67 509 - V : 33 001 - A : 51,12 % - E : 31 213 - B. : 1 314 -

Lacresse

, 15 689 (50,26 %) ;

Hablot

, 15 524 (49,74 %).

Longwy (3e)

Frédéric Weber (RN) Élu

I : 80 358 - V : 47 599 - A : 40,77 % E : 43 353 - B : 3 273 - N : 973

Frédéric Weber

, RN, 23 253 (53,64 %) ; Martine Etienne, LFI-NFP, 20 100 (46,36 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 80 382 - V : 47 136 - A : 41,36 % - E : 45 875 - B. : 896 -

Weber

, 19 938 (43,46 %) ;

Etienne

, 13 068 (28,49 %) ;

Maurice

, 8 248 (17,98 %) ;

Servagi

, 3 599 (7,85 %) ;

Boury

, 1 022 (2,23 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 80 750 - V : 28 981 - A : 64,11 % - E : 26 737 - B. : 1 579 -

Etienne

, 13 886 (51,94 %) ;

Paluszkiewicz

, 12 851 (48,06 %).

Lunéville (4e)

Thibault Bazin (div. d.) Réélu

I : 96 419 - V : 65 759 - A : 31,80 % E : 63 342 - B : 1 809 - N : 608

Thibault Bazin

, div. d., 33 129 (52,30 %) ; Dominique Bilde, RN, 30 213 (47,70 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 96 430 - V : 64 805 - A : 32,8 % - E : 63 194 - B. : 1 105 -

Bilde

, 27 618 (43,70 %) ;

Bazin

, 20 984 (33,21 %) ;

Bertozzi-Biévelot

, 13 009 (20,59 %) ;

Heilliette

, 864 (1,37 %) ;

Cantiget

, 719 (1,14 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 97 544 - V : 42 823 - A : 56,10 % - E : 40 127 - B. : 2 035 -

Bazin

, 24 952 (62,18 %) ;

Bilde

, 15 175 (37,82 %).

Toul (5e)

Dominique Potier (div. g.) Réélu

I : 78 691 - V : 53 697 - A : 31,76 % E : 51 289 - B : 1 846 - N : 562

Dominique Potier

, div. g., 28 073 (54,73 %) ; Louis-Joseph Pecher, LR-RN, 23 216 (45,27 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 78 674 - V : 53 180 - A : 32,4 % - E : 51 565 - B. : 1 163 -

Potier

, 22 415 (43,47 %) ;

Pecher

, 15 704 (30,45 %) ;

Vinot

, 7 220 (14,00 %) ;

Nups

, 5 190 (10,06 %) ;

Aubert

, 792 (1,54 %) ;

Mathieu

, 244 (0,47 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 78 482 - V : 36 157 - A : 53,93 % - E : 34 510 - B. : 1 239 -

Potier

, 21 782 (63,12 %) ;

Morenvillier

, 12 728 (36,88 %).

Pont-à-Mousson (6e)

Anthony Boulogne (RN) Élu

I : 87 576 - V : 56 002 - A : 36,05 % E : 51 286 - B : 3 679 - N : 1 037

Anthony Boulogne

, RN, 28 024 (54,64 %) ; Caroline Fiat, LFI-NFP, 23 262 (45,36 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 87 566 - V : 55 700 - A : 36,39 % - E : 54 168 - B. : 1 090 -

Boulogne

, 24 121 (44,53 %) ;

Fiat

, 14 479 (26,73 %) ;

Toparslan

, 8 353 (15,42 %) ;

Simon

, 4 700 (8,68 %) ;

Nowak

, 1 133 (2,09 %) ;

Barbin

, 718 (1,33 %) ;

Thirion

, 664 (1,23 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 87 300 - V : 36 335 - A : 58,38 % - E : 32 117 - B. : 3 370 -

Fiat

, 16 133 (50,23 %) ;

Boulogne

, 15 984 (49,77 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 556 mots, p. SPA10

Normandie 14 || Calvados 6 sièges 76 || Seine-Maritime 10 sièges 27 || Eure 5 sièges 50 || Manche 4 sièges

61 || Orne 3 sièges

Sortants Chantal Jourdan (PS-Nupes) ; Véronique Louwagie (LR) ; Jérôme Nury (LR).

L’Orne, historiquement marquée à droite, a reconduit ses trois députés sortants, tous victorieux face au Rassemblement national (RN). Dans la 3e circonscription (Argentan, Flers), Jérôme Nury (divers droite-LR), qui a bénéficié du retrait du candidat du Nouveau Front populaire, l’emporte facilement (64,73 %), avec plus de 13 500 voix d’avance sur la candidate RN, Ludmila Petchenina. Dans la 2e (L’Aigle), Véronique Louwagie (divers droite-LR) était en ballottage défavorable à l’issue du premier tour, mais elle bat finalement le candidat RN, Gérard Vienne, avec 54,43 % des suffrages exprimés. Le duel a été encore plus serré dans la 1re (Alençon). Avec 53,89 % des voix, la députée sortante Chantal Jourdan (Parti socialiste-NFP), qui a profité du désistement de la candidate Ensemble, y devance Nadine Belzidsky (RN).

Alençon (1re)

Chantal Jourdan (PS-NFP) Réélue

I : 68 189 - V : 46 296 - A : 32,11 % E : 42 315 - B : 3 083 - N : 898

Chantal Jourdan

, PS-NFP, 22 804 (53,89 %) ; Nadine Belzidsky, RN, 19 511 (46,11 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 68 184 - V : 46 227 - A : 32,2 % - E : 44 869 - B. : 941 -

Belzidsky

, 15 783 (35,18 %) ;

Jourdan

, 12 264 (27,33 %) ;

Chapelotte

, 9 658 (21,52 %) ;

Chevalier

, 5 405 (12,05 %) ;

Géniteau

, 570 (1,27 %) ;

Perchet

, 476 (1,06 %) ;

Lecomte

, 450 (1,00 %) ;

Durandy

, 263 (0,59 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 68 543 - V : 32 514 - A : 52,56 % - E : 29 437 - B. : 2 229 -

Jourdan

, 14 776 (50,20 %) ;

Duhard

, 14 661 (49,80 %).

L'Aigle (2e)

Véronique Louwagie (div. d.) Réélue

I : 64 536 - V : 44 722 - A : 30,70 % E : 43 054 - B : 1 256 - N : 412

Véronique Louwagie

, div. d., 23 433 (54,43 %) ; Gérard Vienne, RN, 19 621 (45,57 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 64 536 - V : 44 724 - A : 30,7 % - E : 43 739 - B. : 719 -

Vienne

, 17 502 (40,01 %) ;

Louwagie

, 14 411 (32,95 %) ;

Sacriste

, 7 336 (16,77 %) ;

El Khaledi

, 3 060 (7,00 %) ;

Velly

, 470 (1,07 %) ;

Prehu

, 456 (1,04 %) ;

Herbreteau

, 455 (1,04 %) ;

Levacher

, 49 (0,11 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 66 067 - V : 32 101 - A : 51,41 % - E : 29 797 - B. : 1 811 -

Louwagie

, 18 118 (60,80 %) ;

Morel

, 11 679 (39,20 %).

Argentan, Flers (3e)

Jérôme Nury (div. d.) Réélu

I : 70 646 - V : 47 896 - A : 32,20 % E : 46 008 - B : 1 428 - N : 460

Jérôme Nury

, div. d., 29 782 (64,73 %) ; Ludmila Petchenina, RN, 16 226 (35,27 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 70 653 - V : 48 503 - A : 31,35 % - E : 47 398 - B. : 795 -

Nury

, 20 701 (43,67 %) ;

Petchenina

, 15 364 (32,41 %) ;

Helloco

, 9 988 (21,07 %) ;

Gautier

, 857 (1,81 %) ;

Henot

, 488 (1,03 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 71 129 - V : 33 710 - A : 52,61 % - E : 31 014 - B. : 2 135 -

Nury

, 21 603 (69,66 %) ;

Frémont

, 9 411 (30,34 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 814 mots, p. SPA14

Pays de la Loire 49 || Maine-et-Loire 7 sièges 53 || Mayenne 3 sièges 85 || Vendée 5 sièges

72 || Sarthe 5 sièges

Comme dans le Maine-et-Loire voisin, le Rassemblement national (RN) comptait des candidats dans chacune des cinq circonscriptions de la Sarthe pour ce second tour. Et, comme en Anjou, aucun n’a été élu. Même Marie-Caroline Le Pen, pourtant arrivée largement en tête au premier tour, n’a pu l’emporter sur la députée sortante Elise Leboucher (LFI-NFP, 50,23 %) dans la 4e circonscription (Le Mans ouest, Sablé-sur-Sarthe), longtemps détenue par François Fillon. La grande sœur de Marine Le Pen y est battue de 225 voix. Dans la 3e (La Flèche), Eric Martineau (MoDem-Ensemble, 51,44 %) s’en sort lui aussi de justesse face à Renaud Lemoigne (RN). Les cinq députés sortants (dont trois sont issus de la coalition présidentielle) ont tous remporté leurs duels, les désistements républicains ayant évité toute triangulaire.

Le Mans Centre, Nord-Ouest (1re)

Julie Delpech (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 73 786 - V : 50 659 - A : 31,34 % E : 47 696 - B : 2 479 - N : 484

Julie Delpech

, Ren.-Ensemble, 29 050 (60,91 %) ; Céline de Cossé Brissac, RN, 18 646 (39,09 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 766 - V : 50 635 - A : 31,36 % - E : 49 003 - B. : 1 213 -

de Cossé Brissac

, 16 465 (33,60 %) ;

Delpech

, 15 111 (30,84 %) ;

Bonnet

, 12 258 (25,01 %) ;

Coulon

, 4 459 (9,10 %) ;

Maillet

, 710 (1,45 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 503 - V : 34 842 - A : 52,60 % - E : 31 513 - B. : 2 656 -

Delpech

, 17 300 (54,90 %) ;

Bonnet

, 14 213 (45,10 %).

Le Mans Est, Sud (2e)

Marietta Karamanli (PS-NFP) Réélue

I : 83 779 - V : 53 793 - A : 35,79 % E : 50 008 - B : 3 221 - N : 564

Marietta Karamanli

, PS-NFP, 28 659 (57,31 %) ; François Fevre, LR-RN, 21 349 (42,69 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 83 764 - V : 53 643 - A : 35,96 % - E : 51 811 - B. : 1 510 -

Karamanli

, 20 700 (39,95 %) ;

Fevre

, 18 282 (35,29 %) ;

Chevallier

, 11 962 (23,09 %) ;

Hubert

, 776 (1,50 %) ;

Cheuret

, 91 (0,18 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 83 278 - V : 35 962 - A : 56,82 % - E : 32 351 - B. : 3 039 -

Karamanli

, 20 399 (63,06 %) ;

Furet

, 11 952 (36,94 %).

La Flèche (3e)

Eric Martineau (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 85 834 - V : 58 032 - A : 32,39 % E : 55 190 - B : 1 981 - N : 861

Eric Martineau

, MoDem-Ensemble, 28 391 (51,44 %) ; Romain Lemoigne, RN, 26 799 (48,56 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 85 878 - V : 57 523 - A : 33,02 % - E : 55 559 - B. : 1 317 -

Lemoigne

, 23 637 (42,54 %) ;

Martineau

, 16 209 (29,17 %) ;

Jack

, 10 320 (18,57 %) ;

Gruau

, 2 819 (5,07 %) ;

De Malherbe

, 1 131 (2,04 %) ;

Brutout

, 885 (1,59 %) ;

Trochon

, 558 (1,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 86 555 - V : 39 819 - A : 54,00 % - E : 36 086 - B. : 2 692 -

Martineau

, 18 394 (50,97 %) ;

Pinçon

, 17 692 (49,03 %).

Le Mans Ouest, Sablé-sur-Sarthe (4e)

Elise Leboucher (LFI-NFP) Réélue

I : 81 458 - V : 53 906 - A : 33,82 % E : 48 047 - B : 4 692 - N : 1 167

Elise Leboucher

, LFI-NFP, 24 136 (50,23 %) ; Marie-Caroline Le Pen, RN, 23 911 (49,77 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 81 439 - V : 54 143 - A : 33,52 % - E : 52 424 - B. : 1 247 -

Le Pen

, 20 584 (39,26 %) ;

Leboucher

, 13 600 (25,94 %) ;

Casenave-Péré

, 13 565 (25,88 %) ;

Brisard

, 2 316 (4,42 %) ;

Barbet

, 1 546 (2,95 %) ;

Nouchy

, 596 (1,14 %) ;

Brugade

, 217 (0,41 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 80 893 - V : 35 929 - A : 55,58 % - E : 29 695 - B. : 5 119 -

Leboucher

, 14 891 (50,15 %) ;

de Malherbe

, 14 804 (49,85 %).

Le Mans Nord, La Ferté-Bernard (5e)

Jean-Carles Grelier (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 88 004 - V : 59 171 - A : 32,76 % E : 56 108 - B : 2 430 - N : 633

Jean-Carles Grelier

, Ren.-Ensemble, 32 006 (57,04 %) ; Pierre Vaugarny, RN, 24 102 (42,96 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 87 980 - V : 59 077 - A : 32,85 % - E : 57 213 - B. : 1 367 -

Vaugarny

, 21 870 (38,23 %) ;

Grelier

, 17 898 (31,28 %) ;

Rouillon

, 15 261 (26,67 %) ;

Bayle De Jessé

, 1 285 (2,25 %) ;

Fouquet

, 899 (1,57 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 87 884 - V : 39 474 - A : 55,08 % - E : 35 578 - B. : 3 276 -

Grelier

, 21 174 (59,51 %) ;

de Vigneral

, 14 404 (40,49 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 826 mots, p. SPA14

Pays de la Loire 49 || Maine-et-Loire 7 sièges 53 || Mayenne 3 sièges 72 || Sarthe 5 sièges

85 || Vendée 5 sièges

Sortants Philippe Latombe (MoDem-Ensemble) ; Béatrice Bellamy (Hor.-Ensemble) ; Stéphane Buchou (LRM-Ensemble) ; Véronique Besse (div. d.) ; Pierre Henriet (LRM-Ensemble).

L’une des deux seules quadrangulaires de ces élections législatives anticipées se jouait sur la 4e circonscription de la Vendée (Mortagne-sur-Sèvre). Le suspense s’arrête là : la députée sortante Véronique Besse (divers droite) va retrouver son siège (43,36 %). Tout comme les quatre députés sortants de la majorité présidentielle, qui ont bénéficié d’un large report de voix de la part des électeurs du Nouveau Front populaire pour l’emporter. Philippe Latombe (MoDem-Ensemble, 60,90 %) sur la 1re circonscription (La Roche-sur-Yon-Nord), Béatrice Bellamy (Horizons-Ensemble, 60,23 %) sur la 2e (La Roche-sur-Yon-Sud), Stéphane Buchou (Renaissance-Ensemble, 56,43 %) sur la 3e (Les Sables-d’Olonne), et Pierre Henriet (Horizons-Ensemble, 57,49 %) sur la 5e (Fontenay-le-Comte), vont pouvoir rejoindre le bloc macroniste sur les bancs de l’Assemblée.

La Roche-sur-Yon - Nord (1re)

Philippe Latombe (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 120 759 - V : 84 256 - A : 30,23 % E : 79 598 - B : 3 251 - N : 1 407

Philippe Latombe

, MoDem-Ensemble, 48 477 (60,90 %) ; Simon-Pierre Paulin, LR-RN, 31 121 (39,10 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 120 711 - V : 83 977 - A : 30,43 % - E : 81 151 - B. : 1 879 -

Paulin

, 26 105 (32,17 %) ;

Latombe

, 23 136 (28,51 %) ;

Etonno

, 18 929 (23,33 %) ;

Caillaud

, 10 606 (13,07 %) ;

Barial

, 1 433 (1,77 %) ;

Robin

, 942 (1,16 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 118 663 - V : 53 457 - A : 54,95 % - E : 49 153 - B. : 2 770 -

Latombe

, 27 885 (56,73 %) ;

Etonno

, 21 268 (43,27 %).

La Roche-sur-Yon - Sud (2e)

Béatrice Bellamy (Hor.-Ensemble) Réélue

I : 114 097 - V : 80 614 - A : 29,35 % E : 76 777 - B : 2 768 - N : 1 069

Béatrice Bellamy

, Hor.-Ensemble, 46 240 (60,23 %) ; Marie-Christine Ebran, RN, 30 537 (39,77 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 114 084 - V : 80 610 - A : 29,34 % - E : 78 115 - B. : 1 703 -

Bellamy

, 30 262 (38,74 %) ;

Ebran

, 28 538 (36,53 %) ;

Helary

, 18 234 (23,34 %) ;

Barillot

, 1 081 (1,38 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 112 172 - V : 53 967 - A : 51,89 % - E : 49 163 - B. : 3 200 -

Bellamy

, 28 722 (58,42 %) ;

Helary

, 20 441 (41,58 %).

Les Sables-d'Olonne (3e)

Stéphane Buchou (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 136 887 - V : 97 929 - A : 28,46 % E : 93 026 - B : 3 381 - N : 1 522

Stéphane Buchou

, Ren.-Ensemble, 52 496 (56,43 %) ; Pascal Dubin, LR-RN, 40 530 (43,57 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 136 893 - V : 97 098 - A : 29,07 % - E : 94 261 - B. : 1 882 -

Dubin

, 33 545 (35,59 %) ;

Buchou

, 32 889 (34,89 %) ;

Marchand

, 15 466 (16,41 %) ;

Faucher

, 8 221 (8,72 %) ;

Mauvoisin-Delavaud

, 1 895 (2,01 %) ;

Guénolé

, 1 428 (1,51 %) ;

Festien

, 817 (0,87 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 135 259 - V : 63 925 - A : 52,74 % - E : 58 789 - B. : 3 676 -

Buchou

, 36 145 (61,48 %) ;

Fillet

, 22 644 (38,52 %).

Mortagne-sur-Sèvre (4e)

Véronique Besse (div. d.) Réélue

I : 104 729 - V : 73 130 - A : 30,17 % E : 71 647 - B : 1 108 - N : 375

Véronique Besse

, div. d., 31 068 (43,36 %) ; Jacques Proux, RN, 17 613 (24,58 %) ; Julie Mariel-Godard, PCF-NFP, 12 170 (16,99 %) ; Ilias Nagnonhou, Ren.-Ensemble, 10 796 (15,07 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 104 717 - V : 73 428 - A : 29,88 % - E : 71 453 - B. : 1 442 -

Besse

, 28 086 (39,31 %) ;

Proux

, 16 345 (22,88 %) ;

Nagnonhou

, 13 192 (18,46 %) ;

Mariel-Godard

, 13 164 (18,42 %) ;

Bour

, 666 (0,93 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 102 698 - V : 42 875 - A : 58,25 % - E : 39 097 - B. : 2 910 -

Besse

, 23 336 (59,69 %) ;

Leguille-Balloy

, 15 761 (40,31 %).

Fontenay-le-Comte (5e)

Pierre Henriet (Hor.-Ensemble) Réélu

I : 83 993 - V : 58 472 - A : 30,38 % E : 55 806 - B : 1 874 - N : 792

Pierre Henriet

, Hor.-Ensemble, 32 085 (57,49 %) ; Stéphane Buffetaut, RN, 23 721 (42,51 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 84 008 - V : 57 982 - A : 30,98 % - E : 56 270 - B. : 1 061 -

Buffetaut

, 21 309 (37,87 %) ;

Henriet

, 19 606 (34,84 %) ;

Fourage

, 11 321 (20,12 %) ;

Galand

, 2 633 (4,68 %) ;

Le Theix

, 742 (1,32 %) ;

Ruault

, 659 (1,17 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 84 119 - V : 39 971 - A : 52,48 % - E : 36 587 - B. : 2 497 -

Henriet

, 22 296 (60,94 %) ;

Magnin

, 14 291 (39,06 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 410 mots, p. SPA14

06 || Alpes-Maritimes 9 sièges 04 || Alpes-de-Haute- Provence 2 sièges Provence-Alpes-Côte d’Azur 13 || Bouches-du-Rhône 16 sièges 84 || Vaucluse 5 sièges 83 || Var 8 sièges

05 || Hautes-Alpes 2 sièges

Sortants Pascale Boyer (LRM-Ensemble) ; Joël Giraud (PRV-Ensemble).

Entièrement dominées par le camp macroniste depuis 2017, les Hautes-Alpes rebasculent à gauche avec les victoires de deux candidates socialistes investies par le Nouveau Front populaire (NFP). Le report des voix de la députée sortante Ensemble, Pascale Boyer, dans la 1re circonscription (Gap), a fonctionné en faveur de Marie-José Allemand. La candidate NFP a rattrapé ses 16 points de retard du premier tour sur le candidat RN Jérôme Sainte-Marie et termine à 51,64 % (et même 55,15 % à Gap). Dans la 2e circonscription (Briançon), où l’écart était plus serré, l’efficacité des reports a également permis à la candidate NFP Valérie Rossi de faire une nette différence (56,35 %) sur Louis Albrand (RN). A Briançon, la principale ville de la circonscription, elle cumule même 60,44 % des scrutins.

Gap (1re)

Marie-José Allemand (PS-NFP) Élue

I : 60 057 - V : 42 900 - A : 28,57 % E : 39 197 - B : 2 698 - N : 1 005

Marie-José Allemand

, PS-NFP, 20 242 (51,64 %) ; Jérôme Sainte-Marie, RN, 18 955 (48,36 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 60 047 - V : 42 516 - A : 29,2 % - E : 41 244 - B. : 815 -

Sainte-Marie

, 15 772 (38,24 %) ;

Allemand

, 12 568 (30,47 %) ;

Boyer

, 9 312 (22,58 %) ;

Deininger

, 2 949 (7,15 %) ;

Buisson

, 643 (1,56 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 59 647 - V : 30 527 - A : 48,82 % - E : 27 336 - B. : 2 170 -

Boyer

, 13 767 (50,36 %) ;

Philippo

, 13 569 (49,64 %).

Briançon (2e)

Valérie Rossi (PS-NFP) Élue

I : 54 530 - V : 39 971 - A : 26,70 % E : 36 396 - B : 2 784 - N : 791

Valérie Rossi

, PS-NFP, 20 509 (56,35 %) ; Louis Albrand, RN, 15 887 (43,65 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 54 517 - V : 39 716 - A : 27,15 % - E : 38 714 - B. : 701 -

Albrand

, 13 115 (33,88 %) ;

Rossi

, 12 661 (32,70 %) ;

Fine

, 10 338 (26,70 %) ;

Mondain

, 2 206 (5,70 %) ;

Guignard

, 394 (1,02 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 54 278 - V : 28 601 - A : 47,31 % - E : 26 608 - B. : 1 368 -

Giraud

, 15 056 (56,58 %) ;

Mounal

, 11 552 (43,42 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 1184 mots, p. 3

Forte mobilisation : « Les gens se sentent très concernés »

La participation a été de 66,7 % , un niveau qui n’avait pas été atteint, depuis les années 1990, pour des législatives à enjeux décisifs

Benoît Floc’h (à Paris), Benjamin Keltz, Jordan Pouille, Robin Richardot (à Paris), Benjamin Keltz, Jordan Pouille, Robin Richardot (à Paris), Benjamin Keltz, Jordan Pouille, Robin Richardot (à Paris), et Gilles Rof

Blois,Marseille, Rennes - correspondants - On savait qu’ils seraient nombreux à se rendre aux urnes, pour le second tour des législatives, le 7 juillet. Les Français n’ont pas déçu les attentes : la participation a, en effet, atteint 66,7 %, soit autant qu’au premier tour, le 30 juin. Certains observateurs anticipaient une mobilisation accrue entre les deux tours, compte tenu de la dramatisation du scrutin. Cela ne s’est pas produit.

Il n’en reste pas moins qu’un tel niveau n’avait pas été vu depuis les années 1990, lors d’élections législatives à l’enjeu aigu. En 1997, après que le président de la République Jacques Chirac avait dissous l’Assemblée nationale, les Français s’étaient mobilisés : 71,1 % avaient participé au second tour. En 1993, au terme du mandat normal des députés élus en 1988 dans la foulée de la réélection de François Mitterrand, les Français étaient également nombreux à voter (67,6 %). L’envie était grande, alors, de sanctionner un pouvoir socialiste acculé par les difficultés économiques, les scandales et l’usure au pouvoir.

Le scrutin des 30 juin et 7 juillet sont donc bien « les premières vraies législatives depuis le début du XXIe siècle », comme le déclarait dans Le Monde, fin juin, le professeur Pierre Allorant, historien et politiste à l’université d’Orléans. Car, depuis 2002, le passage au quinquennat et l’organisation des législatives après la présidentielle, les Français délaissent l’élection des députés. La participation au second tour du scrutin de 2017 est même tombée à 42,6 %.

En 2024, ces législatives étaient lestées d’un double enjeu que les Français ont parfaitement identifié. D’une part, dans un climat de défiance marquée à l’égard des macronistes, faut-il confier la responsabilité de la politique du pays à quelqu’un d’autre, et ce, sans attendre 2027 ? D’autre part, cela peut-il être le Rassemblement national, ce qui reviendrait à porter l’extrême droite au pouvoir, une première depuis 1940 ?

La forte participation et les nombreux désistements destinés à faire barrage au RN ont montré que les Français ne voulaient pas de cette option. Mais l’absence de majorité absolue ne tranche pas clairement la question de savoir qui doit gouverner le pays dans les trois ans qui viennent.

Il y a quelques jours, le directeur général opinion de l’IFOP, Frédéric Dabi, notait que ces législatives n’avaient rien d’un « scrutin tranquille », constatant : « Les gens ont la trouille. » Partout en France, en effet, on a voté dimanche, mais non sans une certaine fébrilité. « Les gens se sentent très concernés. Et pour cette élection, la démocratie est en jeu. Ils se mobilisent, on le voit », témoigne le maire du 6e arrondissement de Lyon, Pascal Blache (Les Républicains, LR).

« Ça va impacter nos vies »

C’est le duel du RN et alliés (arrivés nationalement en tête le 30 juin avec 33,3 % des voix) contre le Nouveau Front populaire (second, avec 28,3 %) qui domine la journée de vote. Dans la cité Air-Bel, à Marseille (11e arrondissement), qui a massivement voté « insoumis » aux élections européennes du 9 juin, la motivation des électeurs semble claire : « On ne veut pas que le RN passe, parce qu’on sait que ça va impacter nos vies », souffle Naïma Ali, aide-soignante de 32 ans.

Elle est venue avec son frère Azhar, 29 ans, né comme elle à Marseille de parents d’origine comorienne. Ils ont voté contre le RN, donc pour la candidate divers gauche-NFP de la 1re circonscription des Bouches-du-Rhône, Pascaline Lécorché. Et tous deux reconnaissent une « vraie peur ». « Je travaille en tant que livreur. Et cette semaine, un client m’a dit qu’il allait voter RN pour que les gens comme moi partent », raconte-t-il, inquiet.

Conseiller d’insertion professionnelle, Adel, 23 ans, n’est pas venu voter au premier tour, mais s’est déplacé dimanche, « pour contrer la montée en puissance du racisme ». La veille, raconte-t-il, son petit frère de 18 ans a été agressé, pas très loin de la cité. Et il n’a aucun doute sur la nature xénophobe de l’attaque. Sa sœur, Soaila, 25 ans, qui travaille dans l’immobilier, se dit « choquée »par l’ambiance de la campagne. « Sur les réseaux sociaux, la haine attise la haine », déplore-t-elle.

C’est pour s’opposer au « parti raciste » qu’est le RN, selon lui, qu’Azzeddine, 21 ans, étudiant en commerce international, a voté pour Lyes Louffok. Le candidat (La France insoumise, LFI) du NFP a été battu dans la 1re circonscription du Val-de-Marne par Sylvain Berrios (divers droite). Mais le choix d’Azzeddine, qui votait à Bonneuil-sur-Marne, était également motivé par « la reconnaissance de l’Etat de Palestine, le smic à 1 600 euros, la retraite à 60 ans ».

Les macronistes ont connu les mêmes affres, mais pour des raisons différentes. Ils ont souvent dû choisir, cette fois-ci, entre le RN et le NFP. Bruno Berty, 65 ans, a voté à Goven (Ille-et-Vilaine). « Je n’ai jamais eu autant de mal à voter, explique le médecin à la retraite . Je ne veux surtout pas du RN. J’ai refusé de voter blanc. J’ai décidé d’aller au-delà de la figure de Jean-Luc Mélenchon et de soutenir la députée sortante, qui me semble avoir fait un travail sérieux. »

David Ktorza, 25 ans, étudiant en gestion, a voté à l’école maternelle Jean-Mermoz, dans le 8e arrondissement de Marseille. Au premier tour, il avait choisila sortante, Claire Pitollat (Renaissance-Ensemble). Arrivée troisième, celle-ci s’est désistée et a fait campagne pour le candidat socialiste représentant le NFP, Laurent Lhardit, qui sera finalement élu contre son adversaire LR-RN, Olivier Rioult. « J’ai été un peu déçu de sa démarche, j’aurais préféré qu’elle se maintienne, explique David Ktorza . Pour moi, voter RN est impensable. Mais la présence de LFI, un parti pour moi intrinsèquement antisémite, dans le NFP me bloque aussi. »Il a voté blanc.

« Copains comme cochons »

Côté RN, beaucoup pensaient la victoire à portée de main. Ce qui n’a pas empêché, ici ou là, une certaine résignation. Au bar-tabac PMU voisin de la salle des fêtes de Veuzain-sur-Loire, dans la 3e circonscription du Loir-et-Cher, les clients enchaînent les Amigo, les jeux de grattage et le rosé frais. Un colosse aux chaussures de chantier, le visage fendu par un doux sourire, paie sa tournée. Dès l’ouverture du bureau, avant d’aller arracher des ronces, il a voté pour la candidate RN, mais impossible pour lui aussi de se souvenir de son nom.

« Au final, c’est encore Le Pen contre les autres de toute façon, tranche-t-il . Il y a une semaine, ils nous disaient qu’avec Mélenchon, ça serait le chaos, la guerre civile. Maintenant, ils sont copains comme cochons. » Il gratte un deuxième ticket Cash, perd et lâche : « Comment vous dire… La politique, qu’ils soient de droite ou de gauche, pour eux là-haut, ce n’est qu’un jeu. » p

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 818 mots, p. SPA10

Normandie 14 || Calvados 6 sièges 61 || Orne 3 sièges 76 || Seine-Maritime 10 sièges 50 || Manche 4 sièges

27 || Eure 5 sièges

Sortants Christine Loir (RN) ; Katiana Levavasseur (RN) ; Kévin Mauvieux (RN) ; Philippe Brun (PS-Nupes) ; Timothée Houssin (RN).

Dans ce département rural, les scrutins législatifs se suivent et se ressemblent. Comme en 2022, c’est un raz-de-marée pour le Rassemblement national (RN). Le parti décroche quatre des cinq circonscriptions. Dans la 1re, la députée sortante RN, Christine Loir, l’emporte sur le fil (50,83 %) face à Julien Canin (Renaissance-Ensemble), malgré le désistement du Nouveau Front populaire (NFP). Avec 51,13 %, Timothée Houssin (RN) va retrouver son siège dans la 5e, en battant Frédéric Duché (Horizons-Ensemble), proche du ministre des armées et ex-président du conseil départemental Sébastien Lecornu. En conservant la 4e, Philippe Brun (PS-NFP), vainqueur avec 52,83 % des suffrages face au RN Patrice Pauper (47,17 %), empêche le parti d’extrême droite de réaliser un grand chelem.

Évreux Est, Sud (1re)

Christine Loir (RN) Réélue

I : 87 405 - V : 57 456 - A : 34,26 % E : 54 866 - B : 1 946 - N : 644

Christine Loir

, RN, 27 886 (50,83 %) ; Julien Canin, Ren.-Ensemble, 26 980 (49,17 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 87 391 - V : 57 249 - A : 34,49 % - E : 55 556 - B. : 1 205 -

Loir

, 25 853 (46,54 %) ;

Canin

, 15 837 (28,51 %) ;

Le Bonté

, 11 991 (21,58 %) ;

Ducamp

, 1 009 (1,82 %) ;

Thalmann

, 866 (1,56 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 86 792 - V : 39 756 - A : 54,19 % - E : 36 691 - B. : 2 399 -

Loir

, 18 629 (50,77 %) ;

Gipson

, 18 062 (49,23 %).

Évreux Nord, Ouest (2e)

Katiana Levavasseur (RN) Réélue

I : 79 125 - V : 53 827 - A : 31,97 % E : 49 468 - B : 3 459 - N : 900

Katiana Levavasseur

, RN, 26 895 (54,37 %) ; Timour Veyri, PS-NFP, 22 573 (45,63 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 79 112 - V : 54 069 - A : 31,66 % - E : 52 634 - B. : 1 097 -

Levavasseur

, 22 951 (43,60 %) ;

Veyri

, 11 184 (21,25 %) ;

Collin

, 9 225 (17,53 %) ;

Auger

, 6 202 (11,78 %) ;

Baude

, 1 658 (3,15 %) ;

Peyraud

, 614 (1,17 %) ;

Brély

, 558 (1,06 %) ;

Godard

, 242 (0,46 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 055 - V : 38 460 - A : 51,35 % - E : 35 204 - B. : 2 531 -

Levavasseur

, 17 990 (51,10 %) ;

Gouttefarde

, 17 214 (48,90 %).

Bernay (3e)

Kévin Mauvieux (RN) Réélu

I : 85 653 - V : 58 740 - A : 31,42 % E : 55 308 - B : 2 563 - N : 869

Kévin Mauvieux

, RN, 31 416 (56,80 %) ; Marie Tamarelle Verhaeghe, Ren.-Ensemble, 23 892 (43,20 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 85 635 - V : 58 863 - A : 31,26 % - E : 57 308 - B. : 1 159 -

Mauvieux

, 28 011 (48,88 %) ;

Tamarelle Verhaeghe

, 12 238 (21,35 %) ;

Turpin

, 9 146 (15,96 %) ;

Elexhauser

, 6 259 (10,92 %) ;

Huard

, 963 (1,68 %) ;

Daric

, 691 (1,21 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 85 740 - V : 42 565 - A : 50,36 % - E : 39 150 - B. : 2 647 -

Mauvieux

, 21 161 (54,05 %) ;

Tamarelle-Verhaeghe

, 17 989 (45,95 %).

Louviers (4e)

Philippe Brun (PS-NFP) Réélu

I : 93 488 - V : 63 580 - A : 31,99 % E : 60 409 - B : 2 480 - N : 691

Philippe Brun

, PS-NFP, 31 914 (52,83 %) ; Patrice Pauper, RN, 28 495 (47,17 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 93 502 - V : 63 112 - A : 32,5 % - E : 61 695 - B. : 1 034 -

Pauper

, 25 688 (41,64 %) ;

Brun

, 21 144 (34,27 %) ;

Terlez

, 10 774 (17,46 %) ;

Istin

, 2 861 (4,64 %) ;

Solal

, 693 (1,12 %) ;

Blondel

, 536 (0,87 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 92 593 - V : 44 125 - A : 52,35 % - E : 39 300 - B. : 3 944 -

Brun

, 19 825 (50,45 %) ;

Saulière

, 19 475 (49,55 %).

Vernon (5e)

Timothée Houssin (RN) Réélu

I : 89 826 - V : 60 143 - A : 33,04 % E : 57 372 - B : 2 129 - N : 642

Timothée Houssin

, RN, 29 337 (51,13 %) ; Frédéric Duché, Hor.-Ensemble, 28 035 (48,87 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 89 812 - V : 60 193 - A : 32,98 % - E : 58 773 - B. : 1 042 -

Houssin

, 26 601 (45,26 %) ;

Duché

, 14 332 (24,39 %) ;

Jourdain

, 12 506 (21,28 %) ;

Daverton

, 3 233 (5,50 %) ;

Mazure

, 911 (1,55 %) ;

Blitman

, 671 (1,14 %) ;

Beaujouan

, 517 (0,88 %) ;

Prévoteau Du Clary

, 2 (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 89 577 - V : 42 251 - A : 52,83 % - E : 38 818 - B. : 2 761 -

Houssin

, 19 654 (50,63 %) ;

Ouzilleau

, 19 164 (49,37 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1569 mots, p. SPA9

77 || Seine-et-Marne 11 sièges Ile-de-France 75 || Paris 18 sièges 78 || Yvelines 12 sièges 92 || Hauts-de-Seine 13 sièges 93 || Seine-Saint-Denis 12 sièges 94 || Val-de-Marne 11 sièges 95 || Val-d’Oise 10 sièges

91 || Essonne 10 sièges

Sortants Farida Amrani (LFI-Nupes) ; Nathalie Da Conceicao Carvalho (RN) ; Alexis Izard (LRM-Ensemble) ; Marie-Pierre Rixain (LRM-Ensemble) ; Paul Midy (LRM-Ensemble) ; Jérôme Guedj (PS-Nupes) ; Robin Reda (LRM-Ensemble) ; Nicolas Dupont-Aignan (DLF) ; Marie Guévenoux (LRM-Ensemble) ; Antoine Léaument (LFI-Nupes).

Le Nouveau Front populaire (NFP) avait placé cinq candidats en tête du premier tour, le 30 juin, dans l’Essonne. A l’issue du second, six sont parvenus à se faire élire (quatre de La France insoumise, deux écologistes). S’y ajoute le socialiste Jérôme Guedj, élu dans la 6e circonscription (Massy), qui avait refusé de rallier le NFP. Dans l’Assemblée nationale dissoute, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ne comptait que quatre députés sur les dix du département.

La coalition présidentielle ne peut plus s’appuyer que sur deux élus (Marie-Pierre Rixain et Paul Midy) sur les quatre qu’elle avait depuis 2022. Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) n’a pas réussi à se faire réélire dans la 8 circonscription (Brunoy). Et le Rassemblement national parvient à conserver sa députée, Nathalie Da Conceicao Carvalho.

Corbeil-Essonnes (1re)

Farida Amrani (LFI-NFP) Réélue

I : 69 850 - V : 42 634 - A : 38,96 % E : 41 809 - B : 590 - N : 235

Farida Amrani

, LFI-NFP, 21 311 (50,97 %) ; Stéphane Beaudet, div., 11 256 (26,92 %) ; Thiebauld Vega, RN, 9 242 (22,11 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 69 794 - V : 42 528 - A : 39,07 % - E : 41 475 - B. : 703 -

Amrani

, 19 109 (46,07 %) ;

Beaudet

, 11 506 (27,74 %) ;

Vega

, 9 264 (22,34 %) ;

Camonin

, 565 (1,36 %) ;

Berenger

, 539 (1,30 %) ;

Galand

, 405 (0,98 %) ;

Eyang

, 87 (0,21 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 488 - V : 27 783 - A : 62,19 % - E : 25 857 - B. : 1 378 -

Amrani

, 15 471 (59,83 %) ;

Zeghouf

, 10 386 (40,17 %).

Étampes (2e)

Nathalie Da Conceicao Carvalho (RN) Réélue

I : 92 964 - V : 61 562 - A : 33,78 % E : 55 088 - B : 5 115 - N : 1 359

Nathalie Da Conceicao Carvalho

, RN, 28 897 (52,46 %) ; Mathieu Hillaire, LFI-NFP, 26 191 (47,54 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 92 918 - V : 62 833 - A : 32,38 % - E : 61 064 - B. : 1 276 -

Da Conceicao Carvalho

, 24 608 (40,30 %) ;

Hillaire

, 16 207 (26,54 %) ;

Sifer

, 13 490 (22,09 %) ;

Mayeur

, 2 054 (3,36 %) ;

Lienhard

, 1 754 (2,87 %) ;

Borie

, 1 389 (2,27 %) ;

Tarcy

, 1 045 (1,71 %) ;

Phan Hieu

, 517 (0,85 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 91 963 - V : 42 595 - A : 53,68 % - E : 36 810 - B. : 4 597 -

Da Conceicao Carvalho

, 19 607 (53,27 %) ;

Hillaire

, 17 203 (46,73 %).

Arpajon (3e)

Steevy Gustave (EELV-NFP) Élu

I : 99 150 - V : 68 560 - A : 30,85 % E : 62 357 - B : 4 992 - N : 1 211

Steevy Gustave

, EELV-NFP, 35 363 (56,71 %) ; Stefan Milosevic, RN, 26 994 (43,29 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 99 134 - V : 69 270 - A : 30,12 % - E : 67 526 - B. : 1 293 -

Milosevic

, 22 290 (33,01 %) ;

Gustave

, 20 874 (30,91 %) ;

Izard

, 20 189 (29,90 %) ;

Bompard

, 2 453 (3,63 %) ;

Tranier

, 925 (1,37 %) ;

Lopès-Venot

, 713 (1,06 %) ;

Ribeiro

, 82 (0,12 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 98 728 - V : 48 204 - A : 51,17 % - E : 44 365 - B. : 2 761 -

Izard

, 22 706 (51,18 %) ;

Gustave

, 21 659 (48,82 %).

Longjumeau (4e)

Marie-Pierre Rixain (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 99 632 - V : 69 059 - A : 30,69 % E : 65 656 - B : 2 729 - N : 674

Marie-Pierre Rixain

, Ren.-Ensemble, 42 391 (64,57 %) ; Jérôme Carbriand, LR-RN, 23 265 (35,43 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 99 613 - V : 70 297 - A : 29,43 % - E : 68 148 - B. : 1 656 -

Rixain

, 23 108 (33,91 %) ;

Carbriand

, 21 144 (31,03 %) ;

Deme

, 21 010 (30,83 %) ;

Gomes

, 1 177 (1,73 %) ;

Pohyer

, 790 (1,16 %) ;

Ricois

, 500 (0,73 %) ;

Marty

, 419 (0,61 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 98 723 - V : 48 260 - A : 51,12 % - E : 44 853 - B. : 2 531 -

Rixain

, 24 962 (55,65 %) ;

Deme

, 19 891 (44,35 %).

Orsay (5e)

Paul Midy (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 68 718 - V : 48 152 - A : 29,93 % E : 44 931 - B : 2 407 - N : 814

Paul Midy

, Ren.-Ensemble, 23 248 (51,74 %) ; Pierre Larrouturou, div. g.-NFP, 21 683 (48,26 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 68 706 - V : 51 109 - A : 25,61 % - E : 50 381 - B. : 501 -

Larrouturou

, 19 107 (37,93 %) ;

Midy

, 16 362 (32,48 %) ;

Horvelin

, 7 692 (15,27 %) ;

Trébulle

, 4 998 (9,92 %) ;

Billoir

, 898 (1,78 %) ;

Lonchampt

, 627 (1,24 %) ;

Odille

, 380 (0,75 %) ;

Paxion

, 317 (0,63 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 68 469 - V : 38 952 - A : 43,11 % - E : 37 356 - B. : 1 145 -

Midy

, 18 687 (50,02 %) ;

Villani

, 18 669 (49,98 %).

Massy (6e)

Jérôme Guedj (PS) Réélu

I : 83 346 - V : 55 244 - A : 33,72 % E : 52 506 - B : 2 194 - N : 544

Jérôme Guedj

, PS, 38 991 (74,26 %) ; Natacha Goupy, RN, 13 515 (25,74 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 83 324 - V : 57 031 - A : 31,56 % - E : 55 983 - B. : 817 -

Guedj

, 19 280 (34,44 %) ;

Kribi - Romdhane

, 14 124 (25,23 %) ;

Goupy

, 11 650 (20,81 %) ;

Lacarriere Farges

, 8 119 (14,50 %) ;

Lang-Rousseau

, 1 455 (2,60 %) ;

Monnier

, 1 075 (1,92 %) ;

Vayssière

, 280 (0,50 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 83 269 - V : 41 760 - A : 49,85 % - E : 39 756 - B. : 1 434 -

Guedj

, 21 213 (53,36 %) ;

de Montchalin

, 18 543 (46,64 %).

Viry-Châtillon (7e)

Claire Lejeune (LFI-NFP) Élue

I : 74 187 - V : 47 763 - A : 35,62 % E : 46 893 - B : 640 - N : 230

Claire Lejeune

, LFI-NFP, 20 780 (44,31 %) ; Robin Reda, Ren.-Ensemble, 15 581 (33,23 %) ; Audrey Guibert, RN, 10 532 (22,46 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 74 148 - V : 47 632 - A : 35,76 % - E : 46 565 - B. : 760 -

Lejeune

, 19 012 (40,83 %) ;

Reda

, 14 000 (30,07 %) ;

Guibert

, 11 676 (25,07 %) ;

Vagneux

, 694 (1,49 %) ;

Villette

, 606 (1,30 %) ;

Cormier

, 577 (1,24 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 554 - V : 33 394 - A : 54,60 % - E : 31 656 - B. : 1 175 -

Reda

, 15 935 (50,34 %) ;

Lejeune

, 15 721 (49,66 %).

Brunoy (8e)

Bérenger Cernon (LFI-NFP) Élu

I : 76 578 - V : 50 759 - A : 33,72 % E : 49 817 - B : 737 - N : 205

Bérenger Cernon

, LFI-NFP, 20 185 (40,52 %) ; Nicolas Dupont-Aignan, DLF, 18 672 (37,48 %) ; François Durovray, LR, 10 960 (22,00 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 76 565 - V : 50 558 - A : 33,97 % - E : 49 422 - B. : 818 -

Cernon

, 16 986 (34,37 %) ;

Dupont-Aignan

, 16 288 (32,96 %) ;

Durovray

, 13 532 (27,38 %) ;

Bouatlaoui

, 1 683 (3,41 %) ;

Duboulay

, 432 (0,87 %) ;

Duquenoy

, 283 (0,57 %) ;

Taofifenua

, 218 (0,44 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 988 - V : 36 120 - A : 52,47 % - E : 33 719 - B. : 1 881 -

Dupont-Aignan

, 19 306 (57,26 %) ;

Chazette-Guillet

, 14 413 (42,74 %).

Draveil (9e)

Julie Ozenne (EELV-NFP) Élue

I : 79 812 - V : 51 885 - A : 34,99 % E : 47 517 - B : 3 498 - N : 870

Julie Ozenne

, EELV-NFP, 29 460 (62,00 %) ; Paul-Henri Merrien, RN, 18 057 (38,00 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 79 787 - V : 52 672 - A : 33,98 % - E : 51 296 - B. : 1 057 -

Ozenne

, 19 288 (37,60 %) ;

Merrien

, 15 449 (30,12 %) ;

Guévenoux

, 13 908 (27,11 %) ;

Chamberlin

, 1 652 (3,22 %) ;

Grisaud

, 831 (1,62 %) ;

Boran

, 168 (0,33 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 78 755 - V : 35 508 - A : 54,91 % - E : 33 169 - B. : 1 703 -

Guévenoux

, 17 005 (51,27 %) ;

Beletreche

, 16 164 (48,73 %).

Morsang-sur-Orge (10e)

Antoine Léaument (LFI-NFP) Réélu

I : 62 852 - V : 38 069 - A : 39,43 % E : 34 611 - B : 2 750 - N : 708

Antoine Léaument

, LFI-NFP, 22 551 (65,16 %) ; Michael Amand, RN, 12 060 (34,84 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 62 824 - V : 38 703 - A : 38,39 % - E : 37 763 - B. : 596 -

Léaument

, 16 242 (43,01 %) ;

Amand

, 9 784 (25,91 %) ;

Monet

, 7 137 (18,90 %) ;

De Boishue

, 2 207 (5,84 %) ;

Deneuve

, 694 (1,84 %) ;

Kecer

, 622 (1,65 %) ;

Hamon

, 373 (0,99 %) ;

Leclerc

, 317 (0,84 %) ;

Deckel

, 257 (0,68 %) ;

Mando

, 70 (0,19 %) ;

Kabama

, 60 (0,16 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 61 842 - V : 25 770 - A : 58,33 % - E : 24 130 - B. : 1 114 -

Léaument

, 13 321 (55,21 %) ;

Carcasset

, 10 809 (44,79 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 425 mots, p. SPA16

971 || Guadeloupe 4 sièges 976 || Mayotte 2 sièges 975 || Saint-Pierre- et-Miquelon 1 siège 988 || Nouvelle-Calédonie 2 sièges 986 || Wallis-et-futuna 1 siège 977 || Saint-Barthélemy 978 || Saint-Martin 1 siège 974 || La Réunion 7 sièges 973 || Guyane 2 sièges 972 || Martinique 4 sièges

987 || Polynésie-Française 3 sièges

Sortants Tematai Le Gayic (Tavini-Nupes) ; Steve Chailloux (Tavini-Nupes) ; Moetai Brotherson (Tavini-Nupes).

Coup dur pour les indépendantistes du Tavini, qui tenaient les trois sièges du territoire, défaits face à l’unité retrouvée des autonomistes. Seule la députée sortante Mereana Reid Arbelot, soutenue par le Nouveau Front populaire, est parvenue à conserver son siège, avec 50,87 % des voix face à Pascale Haiti-Flosse, l’épouse de l’ancien président polynésien Gaston Flosse. Mais Steve Chailloux est battu par l’autonomiste Nicole Sanquer (55,88 %). Et Tematai Le Gayic avait été éliminé dès le premier tour par Moerani Frebault, un Marquisien nouveau venu en politique. Les autonomistes polynésiens ont d’ores et déjà affirmé qu’ils « ne siégeraient pas chez les extrêmes » à l’Assemblée nationale.

élu du premier tour Moerani Frebault - div. c. - 1re

Polynésie Est (2e)

Nicole Sanquer (div. c.) Élue

I : 69 257 - V : 32 403 - A : 53,21 % E : 31 924 - B : 241 - N : 238

Nicole Sanquer

, div. c., 17 838 (55,88 %) ; Steve Chailloux, Tavini-NFP, 14 086 (44,12 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 69 245 - V : 26 833 - A : 61,25 % - E : 26 454 - B. : 208 -

Sanquer

, 12 986 (49,09 %) ;

Chailloux

, 11 162 (42,19 %) ;

Tetuanui

, 1 240 (4,69 %) ;

Salmon

, 1 047 (3,96 %) ;

Tara

, 19 (0,07 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 67 260 - V : 34 659 - A : 48,47 % - E : 33 924 - B. : 349 -

Chailloux

, 19 977 (58,89 %) ;

Teriitahi

, 13 947 (41,11 %).

Bora-Bora (3e)

Mereana Reid Aberlot (Tavini) Élue

I : 69 038 - V : 34 656 - A : 49,80 % E : 34 024 - B : 382 - N : 250

Mereana Reid Aberlot

, Tavini, 17 308 (50,87 %) ; Pascale Haiti Epouse Flosse, div. d., 16 716 (49,13 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 69 028 - V : 29 801 - A : 56,83 % - E : 29 226 - B. : 349 -

Reid Aberlot

, 12 483 (42,71 %) ;

Haiti Epouse Flosse

, 12 006 (41,08 %) ;

Mihuraa

, 3 230 (11,05 %) ;

Hauata

, 1 507 (5,16 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 66 921 - V : 36 549 - A : 45,38 % - E : 35 774 - B. : 399 -

Brotherson

, 21 937 (61,32 %) ;

Tumahai

, 13 837 (38,68 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1095 mots, p. SPA5

35 || Ille-et-Vilaine 8 sièges

Sortants Frédéric Mathieu (LFI-Nupes) ; Laurence Maillart-Méhaignerie (LRM-Ensemble) ; Claudia Rouaux (PS-Nupes) ; Mathilde Hignet (LFI-Nupes) ; Christine Le Nabour-Cloarec (LRM-Ensemble) ; Thierry Benoit (Hor.-Ensemble) ; Jean-Luc Bourgeaux (LR) ; Mickaël Bouloux (PS-Nupes).

A Rennes et dans ses alentours, la gauche a réussi un carton plein en s’imposant dans les cinq circonscriptions. Elu au premier tour, le socialiste Mickaël Bouloux a vu l’autre socialiste du territoire, Claudia Rouaux, renouveler son mandat de parlementaire. Les députées sortantes de La France insoumise, Mathilde Hignet et Marie Mesmeur, ont maintenu leurs circonscriptions à gauche. Dans le nord de la cité, Tristan Lahais (Génération. s) a renversé la députée sortante Renaissance, Laurence Maillart-Méhaignerie, élue depuis 2017. Ailleurs dans le département, pas de surprise. Les députés de la coalition présidentielle, Thierry Benoit et Christine Le Nabour, gagnent avec plus de 66 % des voix. Jean-Luc Bourgeaux tient aussi une réélection sans encombre à Saint-Malo face à un candidat RN.

élu du premier tour Mickaël Bouloux - PS-NFP - 8e

Rennes Sud (1re)

Marie Mesmeur (LFI-NFP) Élue

I : 94 366 - V : 67 772 - A : 28,18 % E : 66 125 - B : 1 216 - N : 431

Marie Mesmeur

, LFI-NFP, 30 190 (45,66 %) ; Nicolas Boucher, Ren.-Ensemble, 24 181 (36,57 %) ; Jeanne Rey Du Boissieu, RN, 11 754 (17,78 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 94 338 - V : 68 834 - A : 27,03 % - E : 67 287 - B. : 1 089 -

Mesmeur

, 28 467 (42,31 %) ;

Boucher

, 21 453 (31,88 %) ;

Rey Du Boissieu

, 11 878 (17,65 %) ;

Le Gall

, 3 372 (5,01 %) ;

Girard

, 887 (1,32 %) ;

Hamon

, 875 (1,30 %) ;

Vasquez

, 347 (0,52 %) ;

Mathieu

, 8 (0,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 93 501 - V : 50 682 - A : 45,80 % - E : 47 896 - B. : 1 950 -

Mathieu

, 25 205 (52,62 %) ;

Saoud

, 22 691 (47,38 %).

Rennes Nord-Est (2e)

Tristan Lahais (Gen.-NFP) Élu

I : 99 915 - V : 75 940 - A : 24,00 % E : 74 426 - B : 1 111 - N : 403

Tristan Lahais

, Gen.-NFP, 32 489 (43,65 %) ; Laurence Maillart-Méhaignerie, Ren.-Ensemble, 29 342 (39,42 %) ; Bérénice Vanhaecke, RN, 12 595 (16,92 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 99 900 - V : 76 790 - A : 23,13 % - E : 75 318 - B. : 1 022 -

Lahais

, 30 361 (40,31 %) ;

Maillart-Méhaignerie

, 25 792 (34,24 %) ;

Vanhaecke

, 13 130 (17,43 %) ;

Decourcelle

, 5 218 (6,93 %) ;

Defrance

, 746 (0,99 %) ;

Hanne

, 71 (0,09 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 98 271 - V : 56 718 - A : 42,28 % - E : 54 355 - B. : 1 627 -

Maillart-Méhaignerie

, 28 165 (51,82 %) ;

Lahais

, 26 190 (48,18 %).

Rennes Nord-Ouest (3e)

Claudia Rouaux (PS-NFP) Réélue

I : 93 393 - V : 68 601 - A : 26,55 % E : 67 083 - B : 1 083 - N : 435

Claudia Rouaux

, PS-NFP, 27 165 (40,49 %) ; Charlotte Faillé, Hor.-Ensemble, 20 552 (30,64 %) ; Virginie D'Orsanne, RN, 19 366 (28,87 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 93 374 - V : 68 848 - A : 26,27 % - E : 67 040 - B. : 1 162 -

Rouaux

, 24 649 (36,77 %) ;

Faillé

, 19 919 (29,71 %) ;

D'Orsanne

, 18 850 (28,12 %) ;

Roulet

, 1 688 (2,52 %) ;

Guihard

, 1 132 (1,69 %) ;

Amisse

, 802 (1,20 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 91 858 - V : 49 076 - A : 46,57 % - E : 46 159 - B. : 1 905 -

Rouaux

, 23 784 (51,53 %) ;

Martins

, 22 375 (48,47 %).

Redon (4e)

Mathilde Hignet (LFI-NFP) Réélue

I : 97 711 - V : 70 243 - A : 28,11 % E : 62 866 - B : 5 563 - N : 1 814

Mathilde Hignet

, LFI-NFP, 36 195 (57,57 %) ; Jacques François, RN, 26 671 (42,43 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 97 688 - V : 70 928 - A : 27,39 % - E : 68 965 - B. : 1 420 -

François

, 22 275 (32,30 %) ;

Hignet

, 22 139 (32,10 %) ;

Patault

, 16 595 (24,06 %) ;

Gilbert

, 6 103 (8,85 %) ;

Hubert

, 985 (1,43 %) ;

Chirazi

, 868 (1,26 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 95 818 - V : 48 788 - A : 49,08 % - E : 45 384 - B. : 2 261 -

Hignet

, 22 856 (50,36 %) ;

Patault

, 22 528 (49,64 %).

Vitré (5e)

Christine Le Nabour (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 111 552 - V : 78 689 - A : 29,46 % E : 74 224 - B : 3 273 - N : 1 192

Christine Le Nabour

, Ren.-Ensemble, 50 296 (67,76 %) ; Françoise Gilois, RN, 23 928 (32,24 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 111 588 - V : 80 910 - A : 27,49 % - E : 78 138 - B. : 1 902 -

Le Nabour

, 33 147 (42,42 %) ;

Gilois

, 23 298 (29,82 %) ;

Renault

, 20 200 (25,85 %) ;

Jarny

, 1 493 (1,91 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 109 735 - V : 54 201 - A : 50,61 % - E : 50 609 - B. : 2 411 -

Le Nabour-Cloarec

, 29 688 (58,66 %) ;

Renault

, 20 921 (41,34 %).

Fougères (6e)

Thierry Benoit (Hor.-Ensemble) Réélu

I : 90 660 - V : 64 689 - A : 28,65 % E : 61 639 - B : 2 162 - N : 888

Thierry Benoit

, Hor.-Ensemble, 40 987 (66,50 %) ; Tangi Marion, RN, 20 652 (33,50 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 90 648 - V : 66 186 - A : 26,99 % - E : 64 509 - B. : 1 141 -

Benoit

, 26 968 (41,81 %) ;

Marion

, 19 960 (30,94 %) ;

Lafaye

, 16 209 (25,13 %) ;

Hubert

, 839 (1,30 %) ;

Thevenet

, 402 (0,62 %) ;

De Staërck

, 131 (0,20 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 90 292 - V : 45 571 - A : 49,53 % - E : 42 844 - B. : 1 842 -

Benoit

, 26 431 (61,69 %) ;

Mocquard

, 16 413 (38,31 %).

Saint-Malo (7e)

Jean-Luc Bourgeaux (LR) Réélu

I : 106 644 - V : 75 581 - A : 29,13 % E : 72 397 - B : 2 329 - N : 855

Jean-Luc Bourgeaux

, LR, 50 058 (69,14 %) ; Dylan Lemoine, RN, 22 339 (30,86 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 106 649 - V : 76 646 - A : 28,13 % - E : 75 114 - B. : 1 095 -

Bourgeaux

, 32 549 (43,33 %) ;

Lemoine

, 21 184 (28,20 %) ;

Guivarc'H

, 16 701 (22,23 %) ;

Fichet

, 3 665 (4,88 %) ;

Descottes

, 1 015 (1,35 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 105 141 - V : 50 497 - A : 51,97 % - E : 45 386 - B. : 3 748 -

Bourgeaux

, 23 705 (52,23 %) ;

Le Gagne

, 21 681 (47,77 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 448 mots, p. SPA13

Occitanie 09 || Ariège 2 sièges 11 || Aude 3 sièges 12 || Aveyron 3 sièges 30 || Gard 6 sièges 31 || Haute-Garonne 10 sièges 65 || Hautes-Pyrénées 2 sièges 66 || Pyrénées-Orientales 4 sièges 81 || Tarn 3 sièges 48 || Lozère 1 siège 32 || Gers 2 sièges 34 || Hérault 9 sièges 46 || Lot 2 sièges

82 || Tarn-et-Garonne 2 sièges

Sortants Valérie Rabault (PS-Nupes) ; Marine Hamelet (RN).

Dans la 1re circonscription, Brigitte Barèges (LR-RN, 51,25 %) retrouve son siège perdu en 2012 face son adversaire historique, Valérie Rabault (PS-NFP, 48,75 %). La maire Les Républicains de Montauban, qui s’est alliée avec le Rassemblement national et le courant d’Eric Ciotti, récupère, semble-t-il, des voix de la candidate Ensemble, Catherine Simon-Benazet, qui avait obtenu 15,49 % des suffrages au premier tour. C’est un petit coup de tonnerre pour Valérie Rabault, qui fut vice-présidente de l’Assemblée nationale. Dans la 2e circonscription, la députée sortante RN Marine Hamelet est largement élue (61,51 %), après avoir raté de peu son élection dès le premier tour. Même si elle double quasiment son score du premier tour, la candidate du Nouveau Front populaire, Claudie Chrétien (38,49 %), doit s’incliner.

Montauban (1re)

Brigitte Barèges (LR-RN) Élue

I : 93 423 - V : 66 770 - A : 28,53 % E : 63 207 - B : 2 457 - N : 1 106

Brigitte Barèges

, LR-RN, 32 394 (51,25 %) ; Valérie Rabault, PS-NFP, 30 813 (48,75 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 93 424 - V : 66 118 - A : 29,23 % - E : 63 220 - B. : 1 991 -

Barèges

, 27 772 (43,93 %) ;

Rabault

, 23 271 (36,81 %) ;

Simonin-Benazet

, 9 791 (15,49 %) ;

Blanco

, 1 178 (1,86 %) ;

Grilhault Des Fontaines

, 769 (1,22 %) ;

Bru

, 439 (0,69 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 93 022 - V : 47 400 - A : 49,04 % - E : 43 448 - B. : 2 779 -

Rabault

, 25 327 (58,29 %) ;

Poma

, 18 121 (41,71 %).

Castelsarrasin (2e)

Marine Hamelet (RN) Réélue

I : 97 199 - V : 68 101 - A : 29,94 % E : 60 181 - B : 5 654 - N : 2 266

Marine Hamelet

, RN, 37 015 (61,51 %) ; Claudie Chretien, LFI-NFP, 23 166 (38,49 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 97 194 - V : 68 608 - A : 29,41 % - E : 66 252 - B. : 1 538 -

Hamelet

, 32 578 (49,17 %) ;

Chretien

, 12 286 (18,54 %) ;

Duffaut

, 10 335 (15,60 %) ;

Ius

, 9 952 (15,02 %) ;

Ratsimba

, 791 (1,19 %) ;

Aymes

, 310 (0,47 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 96 326 - V : 48 118 - A : 50,05 % - E : 43 062 - B. : 3 553 -

Hamelet

, 23 678 (54,99 %) ;

Astruc

, 19 384 (45,01 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1872 mots, p. SPA9

77 || Seine-et-Marne 11 sièges Ile-de-France 75 || Paris 18 sièges 91 || Essonne 10 sièges 92 || Hauts-de-Seine 13 sièges 93 || Seine-Saint-Denis 12 sièges 94 || Val-de-Marne 11 sièges 95 || Val-d’Oise 10 sièges

78 || Yvelines 12 sièges

Sortants Charles Rodwell (Agir-Ensemble) ; Anne Bergantz (MoDem-Ensemble) ; Béatrice Piron (LRM-Ensemble) ; Denis Bernaert (LRM-Ensemble) ; Yaël Braun-Pivet (LRM-Ensemble) ; Natalia Pouzyreff (LRM-Ensemble) ; Nadia Hai (LRM-Ensemble) ; Benjamin Lucas-Lundy (Gen.-Nupes) ; Bruno Millienne (MoDem-Ensemble) ; Philippe Emmanuel (LRM-Ensemble) ; William Martinet (LFI-Nupes) ; Karl Olive (LRM-Ensemble).

La coalition présidentielle tient le choc dans les Yvelines. Sur les dix députés qu’elle comptait dans ce département dans la précédente législature, elle parvient à en conserver neuf, parmi lesquelles Yaël Braun-Pivet (49,10 %), la présidente de l’Assemblée nationale dissoute, les ministres de l’Europe Jean-Noël Barrot (72,69 %) ou des relations avec le Parlement Marie Lebec (50,67 %).

Le Nouveau Front populaire (NFP) remporte un siège supplémentaire, et en compte désormais trois. L’ancien ministre de la santé du gouvernement d’Elisabeth Borne, Aurélien Rousseau, a été élu dimanche dans la 7 circonscription (Conflans-Sainte-Honorine) sous l’étiquette du NFP. Il affrontait une autre ancienne ministre macroniste, restée fidèle à la coalition présidentielle : la députée sortante Nadia Hai.

Versailles (1re)

Charles Rodwell (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 84 214 - V : 59 796 - A : 29,00 % E : 58 424 - B : 1 092 - N : 280

Charles Rodwell

, Ren.-Ensemble, 27 403 (46,90 %) ; Sébastien Ramage, LFI-NFP, 16 828 (28,80 %) ; Anne Jacqmin, RN, 14 193 (24,29 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 84 208 - V : 61 290 - A : 27,22 % - E : 60 315 - B. : 744 -

Rodwell

, 20 235 (33,55 %) ;

Ramage

, 17 073 (28,31 %) ;

Jacqmin

, 11 686 (19,37 %) ;

Poulain

, 9 783 (16,22 %) ;

Clement

, 868 (1,44 %) ;

Leroux

, 523 (0,87 %) ;

Carlier

, 147 (0,24 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 83 352 - V : 43 891 - A : 47,34 % - E : 40 605 - B. : 2 450 -

Rodwell

, 25 707 (63,31 %) ;

Ramage

, 14 898 (36,69 %).

Vélizy-Villacoublay (2e)

Jean-Noël Barrot (MoDem-Ensemble) Élu

I : 86 991 - V : 62 891 - A : 27,70 % E : 59 989 - B : 2 318 - N : 584

Jean-Noël Barrot

, MoDem-Ensemble, 43 607 (72,69 %) ; Gaetan Brault, RN, 16 382 (27,31 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 86 979 - V : 65 241 - A : 24,99 % - E : 64 265 - B. : 701 -

Barrot

, 22 500 (35,01 %) ;

Carrive-Bédouani

, 16 893 (26,29 %) ;

Brault

, 14 013 (21,81 %) ;

Thevenot

, 9 327 (14,51 %) ;

Loire

, 893 (1,39 %) ;

Saulnier

, 486 (0,76 %) ;

Hugon

, 153 (0,24 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 86 404 - V : 47 522 - A : 45,00 % - E : 44 439 - B. : 2 301 -

Barrot

, 28 559 (64,27 %) ;

Carrive-Bedouani

, 15 880 (35,73 %).

Le Chesnay (3e)

Béatrice Piron (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 83 538 - V : 58 833 - A : 29,57 % E : 56 469 - B : 1 876 - N : 488

Béatrice Piron

, Ren.-Ensemble, 38 824 (68,75 %) ; Valentin Salvino, LR-RN, 17 645 (31,25 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 83 521 - V : 61 055 - A : 26,9 % - E : 60 221 - B. : 592 -

Piron

, 20 768 (34,49 %) ;

Salvino

, 13 725 (22,79 %) ;

Ciano

, 12 557 (20,85 %) ;

Nasrou

, 10 211 (16,96 %) ;

Bizet

, 1 679 (2,79 %) ;

Le Coq

, 998 (1,66 %) ;

Augustin

, 283 (0,47 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 83 457 - V : 42 740 - A : 48,79 % - E : 39 674 - B. : 2 250 -

Piron

, 28 327 (71,40 %) ;

Brody

, 11 347 (28,60 %).

Houilles (4e)

Marie Lebec (Ren.-Ensemble) Élue

I : 80 881 - V : 57 141 - A : 29,35 % E : 55 857 - B : 998 - N : 286

Marie Lebec

, Ren.-Ensemble, 28 305 (50,67 %) ; Céline Bourdon, LFI-NFP, 15 066 (26,97 %) ; Jean-François Mourtoux, LR-RN, 12 486 (22,35 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 80 858 - V : 59 129 - A : 26,87 % - E : 58 027 - B. : 833 -

Lebec

, 23 932 (41,24 %) ;

Bourdon

, 15 787 (27,21 %) ;

Mourtoux

, 11 599 (19,99 %) ;

Ho Massat

, 5 383 (9,28 %) ;

Bardy

, 835 (1,44 %) ;

Maurel

, 489 (0,84 %) ;

Poggia

, 2 (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 80 177 - V : 41 957 - A : 47,67 % - E : 39 410 - B. : 1 845 -

Lebec

, 25 888 (65,69 %) ;

Bourdon

, 13 522 (34,31 %).

Sartrouville (5e)

Yaël Braun-Pivet (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 76 785 - V : 52 765 - A : 31,28 % E : 51 727 - B : 812 - N : 226

Yaël Braun-Pivet

, Ren.-Ensemble, 25 400 (49,10 %) ; Yassine Benyettou, LFI-NFP, 14 564 (28,16 %) ; Jacques Myard, LR-RN, 11 763 (22,74 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 76 766 - V : 54 635 - A : 28,83 % - E : 53 451 - B. : 949 -

Braun-Pivet

, 22 874 (42,79 %) ;

Benyettou

, 14 600 (27,31 %) ;

Myard

, 12 241 (22,90 %) ;

Guille

, 1 826 (3,42 %) ;

Lepage

, 942 (1,76 %) ;

Lépicier

, 454 (0,85 %) ;

Larose

, 430 (0,80 %) ;

Looky

, 84 (0,16 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 656 - V : 38 456 - A : 49,17 % - E : 36 115 - B. : 1 710 -

Braun-Pivet

, 23 336 (64,62 %) ;

Thevenet

, 12 779 (35,38 %).

Saint-Germain-en-Laye (6e)

Natalia Pouzyreff (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 77 122 - V : 52 118 - A : 32,42 % E : 50 852 - B : 955 - N : 311

Natalia Pouzyreff

, Ren.-Ensemble, 24 322 (47,83 %) ; Mélinda Sauger, LFI-NFP, 14 837 (29,18 %) ; Sophie Lelandais, RN, 11 693 (22,99 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 77 096 - V : 53 582 - A : 30,5 % - E : 52 726 - B. : 623 -

Pouzyreff

, 20 212 (38,33 %) ;

Sauger

, 14 247 (27,02 %) ;

Lelandais

, 10 781 (20,45 %) ;

Torrez

, 4 028 (7,64 %) ;

Suzé

, 1 668 (3,16 %) ;

Sild

, 760 (1,44 %) ;

Coueignas

, 533 (1,01 %) ;

Perraudin

, 222 (0,42 %) ;

Armède

, 120 (0,23 %) ;

Hernot

, 84 (0,16 %) ;

Philipot

, 71 (0,13 %) ;

Müllbacher

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 950 - V : 36 821 - A : 51,52 % - E : 34 475 - B. : 1 701 -

Pouzyreff

, 22 244 (64,52 %) ;

Sauger

, 12 231 (35,48 %).

Conflans-Sainte-Honorine (7e)

Aurélien Rousseau (div. g.-NFP) Élu

I : 81 635 - V : 55 019 - A : 32,60 % E : 53 758 - B : 989 - N : 272

Aurélien Rousseau

, div. g.-NFP, 21 043 (39,14 %) ; Nadia Hai, Ren.-Ensemble, 17 711 (32,95 %) ; Babette De Rozieres, LR-RN, 15 004 (27,91 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 81 613 - V : 55 407 - A : 32,11 % - E : 54 231 - B. : 893 -

Rousseau

, 18 810 (34,68 %) ;

Hai

, 15 903 (29,32 %) ;

De Rozieres

, 13 987 (25,79 %) ;

Fréjabue

, 4 142 (7,64 %) ;

Aubree

, 516 (0,95 %) ;

Kaya

, 498 (0,92 %) ;

Lefebvre

, 375 (0,69 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 80 658 - V : 38 165 - A : 52,68 % - E : 35 659 - B. : 1 859 -

Hai

, 19 889 (55,78 %) ;

Christophoul

, 15 770 (44,22 %).

Mantes-la-Jolie (8e)

Benjamin Lucas (Gen.-NFP) Élu

I : 75 365 - V : 46 605 - A : 38,16 % E : 43 748 - B : 2 237 - N : 620

Benjamin Lucas

, Gen.-NFP, 27 801 (63,55 %) ; Cyril Nauth, RN, 15 947 (36,45 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 75 347 - V : 46 651 - A : 38,09 % - E : 45 452 - B. : 810 -

Lucas

, 20 416 (44,92 %) ;

Nauth

, 14 076 (30,97 %) ;

Costa

, 6 436 (14,16 %) ;

Champagne

, 2 592 (5,70 %) ;

El Asri

, 1 208 (2,66 %) ;

Gonnot

, 526 (1,16 %) ;

Mangani

, 187 (0,41 %) ;

Bovaere

, 8 (0,02 %) ;

Chevalier

, 3 (0,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 74 523 - V : 30 168 - A : 59,52 % - E : 28 095 - B. : 1 465 -

Lucas

, 15 849 (56,41 %) ;

Hervieux

, 12 246 (43,59 %).

Aubergenville (9e)

Dieynaba Diop (PS-NFP) Élue

I : 94 147 - V : 63 407 - A : 32,65 % E : 57 517 - B : 4 863 - N : 1 027

Dieynaba Diop

, PS-NFP, 31 040 (53,97 %) ; Laurent Morin, RN, 26 477 (46,03 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 94 123 - V : 63 911 - A : 32,1 % - E : 62 493 - B. : 1 037 -

Morin

, 21 551 (34,49 %) ;

Diop

, 18 520 (29,64 %) ;

Millienne

, 13 340 (21,35 %) ;

Riou

, 5 563 (8,90 %) ;

Zerouali

, 1 780 (2,85 %) ;

Le Hot

, 802 (1,28 %) ;

Gommard

, 601 (0,96 %) ;

Djearamane

, 336 (0,54 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 92 997 - V : 41 018 - A : 55,89 % - E : 37 083 - B. : 3 187 -

Millienne

, 21 452 (57,85 %) ;

Morin

, 15 631 (42,15 %).

Rambouillet (10e)

Aurore Bergé (Ren.-Ensemble) Élue

I : 92 504 - V : 67 064 - A : 27,50 % E : 65 338 - B : 1 338 - N : 388

Aurore Bergé

, Ren.-Ensemble, 32 048 (49,05 %) ; Thomas Du Chalard, RN, 21 035 (32,19 %) ; Cédric Briolais, LFI-NFP, 12 255 (18,76 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 92 480 - V : 67 791 - A : 26,7 % - E : 66 593 - B. : 872 -

Bergé

, 22 367 (33,59 %) ;

Du Chalard

, 18 795 (28,22 %) ;

Briolais

, 14 918 (22,40 %) ;

Barbotin

, 5 797 (8,71 %) ;

Gautrelet

, 2 260 (3,39 %) ;

Fournier-Campion

, 1 141 (1,71 %) ;

Gousseau

, 894 (1,34 %) ;

Janisset

, 421 (0,63 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 91 550 - V : 48 218 - A : 47,33 % - E : 44 524 - B. : 2 675 -

Bergé

, 28 169 (63,27 %) ;

Briolais

, 16 355 (36,73 %).

Trappes (11e)

Laurent Mazaury (UDI-Ensemble) Élu

I : 70 651 - V : 46 610 - A : 34,03 % E : 44 210 - B : 1 840 - N : 560

Laurent Mazaury

, UDI-Ensemble, 22 175 (50,16 %) ; William Martinet, LFI-NFP, 22 035 (49,84 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 70 630 - V : 48 127 - A : 31,86 % - E : 47 011 - B. : 816 -

Martinet

, 20 395 (43,38 %) ;

Mazaury

, 13 752 (29,25 %) ;

Doucet

, 10 243 (21,79 %) ;

Nicos

, 1 048 (2,23 %) ;

Machuca

, 900 (1,91 %) ;

Planque

, 507 (1,08 %) ;

Lutz

, 166 (0,35 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 69 381 - V : 33 453 - A : 51,78 % - E : 31 404 - B. : 1 471 -

Martinet

, 15 760 (50,18 %) ;

Piacenza

, 15 644 (49,82 %).

Poissy (12e)

Karl Olive (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 72 353 - V : 50 756 - A : 29,85 % E : 49 819 - B : 728 - N : 209

Karl Olive

, Ren.-Ensemble, 22 452 (45,07 %) ; Christophe Massiaux, EELV-NFP, 15 375 (30,86 %) ; Jean-Louis Mettelet, RN, 11 992 (24,07 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 72 340 - V : 51 665 - A : 28,58 % - E : 50 577 - B. : 820 -

Olive

, 20 610 (40,75 %) ;

Massiaux

, 15 333 (30,32 %) ;

Mettelet

, 12 585 (24,88 %) ;

Jay

, 743 (1,47 %) ;

Mercier

, 537 (1,06 %) ;

Scieller

, 400 (0,79 %) ;

Kamara

, 369 (0,73 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 71 168 - V : 35 732 - A : 49,79 % - E : 33 483 - B. : 1 694 -

Olive

, 20 069 (59,94 %) ;

Legris

, 13 414 (40,06 %).

Le Figaro, no. 24844
Le Figaro, mardi 9 juillet 2024 875 mots, p. 11

Politique

Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Moins renouvelée qu'en 2022, l'Assemblée accueil lera un quart de nouveaux députés

Le RN a conquis 60 nouvelles circonscriptions et en a perdu 7. Autre gagnant du scrutin, le NFP a remporté près de 70 sièges, ess entiellement ravis à la majorité sortante, qui a enregistré la défaite de 91 de ses sortants.

Tabard, Guillaume

Après l'avoir emporté dès le premier tour dans 39 circonscriptions - contre 32 pour le Nouveau Front populaire -, le Rassemblement national et ses alliés étaient en compétition dans 431 batailles, sur 501 sièges restant à pouvoir. Ils ne l'ont emporté que 105 fois, soit dans moins d'un quart des fois, dont 94 fois en duel et dans 11 triangulaires, soit une sur dix seulement. Ce taux d'échec souligne la force du barrage dont ils ont été victimes. Le parti de Jordan Bardella a subi 7 pertes : Grégoire de Fournas en Gironde et Pierrick Berteloot dans le Nord ont perdu leur siège à moins d'un point. Autre perte dans la 5e du Nord où le LR Sébastien Huyghe fait son retour. Le RN perd également un siège dans le Lot-et-Garonne, le Tarn, le Loiret et la 1re du Vaucluse où le sortant est battu par le LFI Raphaël Arnault qui a fait parler de lui parce que triplement fiché S.

Mais, s'il est le perdant politique de ce scrutin, le Rassemblement national n'en est pas moins le vainqueur arithmétique avec 60 circonscriptions conquises, dans la majorité des cas sur la majorité sor-tante. Et dans une dizaine de cas au profit de candidats d'Éric Ciotti. Il renforce ses zones traditionnelles de force en gagnant 5 sièges dans les Bouches-du-Rhône, dont deux dans la partie est de la ville de Marseille, 4 sièges dans le Pas-de-Calais, dont celui du LR Pierre-Henri Dumont, 3 dans l'Oise et dans le Nord, dont celui du patron du PC, Fabien Roussel, dès le premier tour, 3 également dans l'Hérault, dont celle d'Emmanuelle Ménard. Mais le RN s'implante aussi dans des terres de mission pour lui : 2 sièges en Dordogne, dans l'Isère, le Rhône, en Seine-Maritime, en Meurthe-et-Moselle, dont celui de l'Insoumise Carole Fiat. On notera que 12 de ces victoires sont remportées avec moins de 51 % des voix (moins de 100 voix d'avance dans les deux bascules en Dordogne).

Le Nouveau Front populaire gagne un peu plus de sièges que le RN (69), mais il en perd également plus (22). Ses défaites, la gauche les a subies trois fois sur quatre contre le RN ; dans l'Allier, la Creuse, les Alpes-de-Haute-Provence, la Meurthe-et-Moselle, la Somme, la Saône-et-Loire ou le Territoire de Belfort. Dans le Tarn-et-Garonne, la PS Valérie Rabaut est battue par l'ancienne maire de Montauban Brigitte Barèges qui portait cette fois l'étiquette des amis d'Éric Ciotti. La gauche a perdu deux fois face à Ensemble (Yvelines et Moselle) et deux fois contre le LR, notamment dans le Val-de-Marne, où le maire de L'Haÿ-les-Roses, Vincent Jeanbrun a battu l'Insoumise Rachel Keke.

Et s'il a perdu essentiellement contre le RN, le NFP a battu avant tout des sortants de l'ex-majorité. C'est le cas notamment dans 3 circonscriptions du Rhône, dont celle de l'ex-LR Alexandre Vincendet, passé à Horizons il y a quatre mois, et 3 également à Paris, celles de Clément Beaune, Stanislas Guerini et Maud Gatel, 2 en Charente-Maritime, dans les Hautes-Alpes et en Côte d'Or. Un écologiste NFP fait tomber à Chamalières (Puy-de-Dôme) l'ex-écologiste devenue MoDem Laurence Vichnievsky. L'ancienne patronne des Verts Dominique Voynet fait son retour dans le Doubs. À Nantes, un PS a battu la ministre MoDem Sarah El Haïry. Dans l'Essonne, le maintien du président LR du département, François Durovray, a fait passer à LFI la circonscription de Nicolas Dupont-Aignan.

Grande perdante de ces législatives, l'alliance Ensemble a malgré tout gagné 3 circonscriptions : dans le Tarn contre le RN, à Wallis-et-Futuna et la 8e des Français de l'étranger (Israël, Italie, Grèce, Turquie) où Meyer Habib est battu par Caroline Yadan, députée sortante de Paris en tant que suppléante de Stanislas Guerini, lequel a été battu. Mais pour les soutiens d'Emmanuel Macron, la dissolution décidée par le chef de l'État se solde par la perte de 91 sièges, répartis à peu près à égalité entre le Nouveau Front populaire et le RN. Le parti de Jordan Bardella a battu la majorité macroniste à Marseille et à Nice, en Charente-Maritime, dans la Nièvre, dans le Bas-Rhin, la Seine-Maritime, les Ardennes ou - première pour le RN - dans le Val-d'Oise. Et c'est la gauche qui a ravi des sièges aux macronistes dans le Sud-Ouest (Haute-Garonne, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées), en Île-de-France (Yvelines, Essonne, 3 circonscriptions en Seine-et-Marne). Ainsi qu'à Marseille, Bordeaux, Strasbourg et Nantes.

Les Républicains, enfin, ont subi une quinzaine de pertes, essentiellement au profit du RN, notamment dans 3 circonscriptions de l'Oise, Maxime Minot finissant même troisième dans la 7e. Défaite la plus emblématique dans la 1re de la Corrèze, récupérée par François Hollande. Mais LR a gagné 5 circonscriptions dont 4 en Île-de-France : outre Vincent Jeanbrun, Sylvain Berrios dans la 1re du Val-de-Marne où le sortant Renaissance avait été éliminé au premier tour, Thomas Lam à Asnières et le maire de Clamart, Jean-Didier Berger, qui prenait la suite, avec son soutien, du MoDem Jean-Didier Berger qui ne se représentait pas. G. T.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 723 mots, p. SPA12

Nouvelle-Aquitaine 16 || Charente 3 sièges 17 || Charente-Maritime 5 sièges 19 || Corrèze 2 sièges 23 || Creuse 1 siège 24 || Dordogne 4 sièges 33 || Gironde 12 sièges 40 || Landes 3 sièges 47 || Lot-et-Garonne 3 sièges 64 || Pyrénées-Atlantiques 6 sièges 79 || Deux-Sèvres 3 sièges 87 || Haute-Vienne 3 sièges

86 || Vienne 4 sièges

Sortants Lisa Belluco (EELV-Nupes) ; Sacha Houlié (LRM-Ensemble) ; Pascal Lecamp (MoDem-Ensemble) ; Nicolas Turquois (MoDem-Ensemble).

La prime au sortant a pleinement joué dans la Vienne. Les quatre députés y ont sauvé leur siège. « Le front républicain a fonctionné » , s’est félicité Sacha Houlié, député de la majorité présidentielle, réélu dans la 2e circonscription (41,90 %). Une partie de sa victoire sur Valérie Soumaille (La France insoumise-Nouveau Front populaire, NFP) et Estelle Chevalier (Rassemblement national, RN) semble liée aux soutiens du dissident socialiste et du candidat divers droite à l’issue du premier tour. Dans la 1re circonscription, où se jouait une autre triangulaire, Lisa Belluco (Europe Ecologie-Les Verts-NFP) l’a emporté avec 40,64 % des voix. Dans les 3e (Montmorillon) et 4e (Châtellerault) circonscriptions, où le RN était arrivé en tête le 30 juin, le désistement de la gauche a profité aux candidats Ensemble Pascal Lecamp (54,41 %) et Nicolas Turquois (53,95 %).

Poitiers I, II, VII (1re)

Lisa Belluco (EELV-NFP) Réélue

I : 81 069 - V : 57 223 - A : 29,41 % E : 55 762 - B : 1 043 - N : 418

Lisa Belluco

, EELV-NFP, 22 660 (40,64 %) ; Emmanuelle Darles, RN, 16 858 (30,23 %) ; Séverine Saint-Pé, div. d.-Ensemble, 16 244 (29,13 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 81 053 - V : 56 645 - A : 30,11 % - E : 55 023 - B. : 1 045 -

Belluco

, 18 232 (33,14 %) ;

Darles

, 15 918 (28,93 %) ;

Saint-Pé

, 15 875 (28,85 %) ;

Tricot

, 4 399 (7,99 %) ;

Gaillard

, 599 (1,09 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 80 591 - V : 39 758 - A : 50,67 % - E : 36 835 - B. : 1 984 -

Belluco

, 18 918 (51,36 %) ;

Ballet-Blu

, 17 917 (48,64 %).

Poitiers III, IV, V, VI (2e)

Sacha Houlié (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 80 219 - V : 58 540 - A : 27,02 % E : 57 031 - B : 1 044 - N : 465

Sacha Houlié

, Ren.-Ensemble, 23 895 (41,90 %) ; Valérie Soumaille, LFI-NFP, 18 665 (32,73 %) ; Estelle Chevallier, RN, 14 471 (25,37 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 80 207 - V : 58 179 - A : 27,46 % - E : 56 767 - B. : 896 -

Houlié

, 18 855 (33,21 %) ;

Soumaille

, 16 254 (28,63 %) ;

Chevallier

, 13 864 (24,42 %) ;

Bourdier

, 5 723 (10,08 %) ;

Augay

, 1 658 (2,92 %) ;

Chauvin

, 413 (0,73 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 522 - V : 42 321 - A : 46,78 % - E : 39 592 - B. : 1 877 -

Houlié

, 20 267 (51,19 %) ;

Soumaille

, 19 325 (48,81 %).

Montmorillon (3e)

Pascal Lecamp (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 72 423 - V : 50 904 - A : 29,71 % E : 47 968 - B : 2 017 - N : 919

Pascal Lecamp

, MoDem-Ensemble, 26 100 (54,41 %) ; Eric Soulat, RN, 21 868 (45,59 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 72 419 - V : 50 665 - A : 30,04 % - E : 48 716 - B. : 1 182 -

Soulat

, 19 887 (40,82 %) ;

Lecamp

, 14 704 (30,18 %) ;

Jean

, 13 020 (26,73 %) ;

Jouan

, 688 (1,41 %) ;

Gouverneur

, 417 (0,86 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 004 - V : 36 312 - A : 50,26 % - E : 32 319 - B. : 2 930 -

Lecamp

, 17 496 (54,14 %) ;

Soulat

, 14 823 (45,86 %).

Châtellerault (4e)

Nicolas Turquois (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 73 685 - V : 48 871 - A : 33,68 % E : 46 619 - B : 1 501 - N : 751

Nicolas Turquois

, MoDem-Ensemble, 25 152 (53,95 %) ; Hager Jacquemin, RN, 21 467 (46,05 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 679 - V : 48 536 - A : 34,13 % - E : 46 951 - B. : 945 -

Jacquemin

, 19 268 (41,04 %) ;

Turquois

, 15 076 (32,11 %) ;

Trousselle

, 9 901 (21,09 %) ;

Minot

, 1 263 (2,69 %) ;

Bortolotti

, 752 (1,60 %) ;

Villeret

, 691 (1,47 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 885 - V : 34 061 - A : 53,90 % - E : 31 036 - B. : 2 160 -

Turquois

, 16 938 (54,58 %) ;

Latus

, 14 098 (45,42 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 825 mots, p. SPA4

Bourgogne- Franche-Comté 21 || Côte-d’Or 5 sièges 25 || Doubs 5 sièges 39 || Jura 3 sièges 58 || Nièvre 2 sièges 70 || Haute-Saône 2 sièges 89 || Yonne 3 sièges 90 || Territoire de Belfort 2 sièges

71 || Saône-et-Loire 5 sièges

Sortants Benjamin Dirx (LRM-Ensemble) ; Josiane Corneloup (LR) ; Rémy Rebeyrotte (LRM-Ensemble) ; Cécile Untermaier (PS-Nupes) ; Louis Margueritte (LRM-Ensemble).

Deux sortants ont été réélus : Benjamin Dirx (Renaissance-Ensemble), avec 60,55 % des voix dans la 1re (Mâcon), face à la RN Rachel Drevet ; et Josiane Corneloup, sortante Les Républicains, dans la 2e (Paray-le-Monial), qui a devancé le RN Olivier Damien, avec 58,39 %. A l’inverse, le député sortant (Renaissance-Ensemble) de la 3e (Autun, Le Creusot), Rémy Rebeyrotte, a perdu face à Aurélien Dutremble (RN), avec 50,06 % des suffrages. La sortante PS Cécile Untermaier a aussi vu la victoire lui échapper dans la 4e (Cuiseaux, Louhans), au profit du candidat RN Eric Michoux, qui a réuni 54,66 % des électeurs. Enfin, dans la 5e (Chalon-sur-Saône, Montceau-les-Mines), le candidat RN Arnaud Sanvert a gagné la triangulaire, avec 40,57 %, face à Fatima Kouriche (LFI-NFP), à 31,5 %.

Mâcon (1re)

Benjamin Dirx (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 75 273 - V : 52 410 - A : 30,37 % E : 49 783 - B : 2 051 - N : 576

Benjamin Dirx

, Ren.-Ensemble, 30 146 (60,55 %) ; Rachel Drevet, RN, 19 637 (39,45 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 75 260 - V : 52 176 - A : 30,67 % - E : 50 798 - B. : 934 -

Drevet

, 17 602 (34,65 %) ;

Dirx

, 15 546 (30,60 %) ;

Delpeuch

, 14 017 (27,59 %) ;

Belville

, 2 368 (4,66 %) ;

Roy

, 836 (1,65 %) ;

Springaux

, 429 (0,84 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 74 581 - V : 34 815 - A : 53,32 % - E : 32 051 - B. : 2 016 -

Dirx

, 18 349 (57,25 %) ;

Monin

, 13 702 (42,75 %).

Paray-le-Monial (2e)

Josiane Corneloup (LR) Réélue

I : 76 630 - V : 53 865 - A : 29,71 % E : 51 339 - B : 1 801 - N : 725

Josiane Corneloup

, LR, 29 978 (58,39 %) ; Olivier Damien, RN, 21 361 (41,61 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 76 621 - V : 53 570 - A : 30,08 % - E : 52 144 - B. : 894 -

Damien

, 19 738 (37,85 %) ;

Corneloup

, 17 511 (33,58 %) ;

Gautheron

, 9 124 (17,50 %) ;

Zekpa

, 5 094 (9,77 %) ;

Berthelot

, 677 (1,30 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 77 217 - V : 36 387 - A : 52,88 % - E : 34 242 - B. : 1 491 -

Corneloup

, 22 823 (66,65 %) ;

Vinauger

, 11 419 (33,35 %).

Autun, Le Creusot (3e)

Aurélien Dutremble (RN) Élu

I : 80 879 - V : 56 484 - A : 30,16 % E : 52 981 - B : 2 431 - N : 1 072

Aurélien Dutremble

, RN, 26 523 (50,06 %) ; Rémy Rebeyrotte, Ren.-Ensemble, 26 458 (49,94 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 80 901 - V : 56 166 - A : 30,57 % - E : 54 201 - B. : 1 232 -

Dutremble

, 23 130 (42,67 %) ;

Rebeyrotte

, 13 606 (25,10 %) ;

Beninger

, 10 375 (19,14 %) ;

Landre

, 5 384 (9,93 %) ;

Robert

, 783 (1,44 %) ;

Lucotte

, 730 (1,35 %) ;

Granado

, 193 (0,36 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 81 180 - V : 38 382 - A : 52,72 % - E : 34 593 - B. : 2 811 -

Rebeyrotte

, 18 593 (53,75 %) ;

Baroin

, 16 000 (46,25 %).

Cuiseaux, Louhans (4e)

Eric Michoux (LR-RN) Élu

I : 82 638 - V : 57 399 - A : 30,54 % E : 53 555 - B : 2 840 - N : 1 004

Eric Michoux

, LR-RN, 29 272 (54,66 %) ; Cécile Untermaier, PS-NFP, 24 283 (45,34 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 82 625 - V : 56 630 - A : 31,46 % - E : 54 744 - B. : 1 299 -

Michoux

, 24 276 (44,34 %) ;

Untermaier

, 16 403 (29,96 %) ;

Vadot

, 12 222 (22,33 %) ;

Couratier

, 1 115 (2,04 %) ;

Bellest

, 728 (1,33 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 83 089 - V : 37 998 - A : 54,27 % - E : 34 493 - B. : 2 635 -

Untermaier

, 19 421 (56,30 %) ;

Deloge

, 15 072 (43,70 %).

Chalon-sur-Saône, Montceau-les-Mines (5e)

Arnaud Sanvert (RN) Élu

I : 85 972 - V : 58 606 - A : 31,83 % E : 55 841 - B : 2 015 - N : 750

Arnaud Sanvert

, RN, 22 657 (40,57 %) ; Fatima Kouriche, LFI-NFP, 17 591 (31,50 %) ; Gilles Platret, div. d., 15 593 (27,92 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 85 943 - V : 57 910 - A : 32,62 % - E : 56 392 - B. : 945 -

Sanvert

, 19 807 (35,12 %) ;

Kouriche

, 13 130 (23,28 %) ;

Margueritte

, 11 699 (20,75 %) ;

Platret

, 10 746 (19,06 %) ;

Dufraigne

, 885 (1,57 %) ;

Cadiot

, 125 (0,22 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 88 048 - V : 38 326 - A : 56,47 % - E : 33 978 - B. : 2 936 -

Margueritte

, 17 893 (52,66 %) ;

Riboulet

, 16 085 (47,34 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 698 mots, p. SPA10

Normandie 14 || Calvados 6 sièges 61 || Orne 3 sièges 76 || Seine-Maritime 10 sièges 27 || Eure 5 sièges

50 || Manche 4 sièges

Sortants Philippe Gosselin (LR) ; Bertrand Sorre (LRM-Ensemble) ; Stéphane Travert (LRM-Ensemble) ; Anna Pic (PS-Nupes).

Dans la Manche, les quatre députés sortants sont réélus, tous face à un candidat Rassemblement national (RN) ou Les Républicains (LR)-RN. Dans la 4e circonscription (Cherbourg-en-Cotentin), Anna Pic (Parti socialiste-Nouveau Front populaire, 59,64 %) bat facilement un candidat LR-RN et améliore son score de 2022. Dans la 3e (Valognes), l’ancien ministre Stéphane Travert (Renaissance-Ensemble, 58,67 %) l’emporte face au candidat LR-RN, améliorant aussi son score de 2022. Député depuis 2012, d’abord avec l’étiquette PS, il était arrivé second au premier tour, à la différence des trois autres sortants, arrivés en tête. Dans la 2e (Avranches), Bertrand Sorre (Ren.-Ens., 62,90 %) réalise un score élevé face à la candidate RN. Dans la 1re (Saint-Lô), Philippe Gosselin (LR, 63,45 %) est facilement réélu face au RN pour son 5e mandat.

Saint-Lô (1re)

Philippe Gosselin (LR) Réélu

I : 86 729 - V : 59 816 - A : 31,03 % E : 57 575 - B : 1 689 - N : 552

Philippe Gosselin

, LR, 36 531 (63,45 %) ; Franck Simon, RN, 21 044 (36,55 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 86 727 - V : 60 035 - A : 30,78 % - E : 58 778 - B. : 929 -

Gosselin

, 22 513 (38,30 %) ;

Simon

, 19 333 (32,89 %) ;

Hedouin

, 10 792 (18,36 %) ;

Masson

, 4 723 (8,04 %) ;

Lewi

, 578 (0,98 %) ;

Besagny

, 418 (0,71 %) ;

Rajaut

, 250 (0,43 %) ;

Poisson

, 171 (0,29 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 87 541 - V : 41 467 - A : 52,63 % - E : 39 497 - B. : 1 427 -

Gosselin

, 27 166 (68,78 %) ;

Hédouin

, 12 331 (31,22 %).

Avranches (2e)

Bertrand Sorre (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 96 785 - V : 67 627 - A : 30,13 % E : 64 338 - B : 2 436 - N : 853

Bertrand Sorre

, Ren.-Ensemble, 40 471 (62,90 %) ; Marie-Françoise Kurdziel, RN, 23 867 (37,10 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 96 780 - V : 68 259 - A : 29,47 % - E : 66 541 - B. : 1 193 -

Sorre

, 26 555 (39,91 %) ;

Kurdziel

, 21 186 (31,84 %) ;

Grimbert

, 11 529 (17,33 %) ;

Barenton Guillas

, 5 739 (8,62 %) ;

Tran

, 811 (1,22 %) ;

Retailleau

, 721 (1,08 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 96 983 - V : 47 582 - A : 50,94 % - E : 43 881 - B. : 2 573 -

Sorre

, 28 279 (64,44 %) ;

Grimbert

, 15 602 (35,56 %).

Valognes (3e)

Stéphane Travert (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 111 091 - V : 78 504 - A : 29,33 % E : 74 627 - B : 2 947 - N : 930

Stéphane Travert

, Ren.-Ensemble, 43 784 (58,67 %) ; Pierre Giry, LR-RN, 30 843 (41,33 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 111 098 - V : 77 863 - A : 29,92 % - E : 75 904 - B. : 1 454 -

Giry

, 25 725 (33,89 %) ;

Travert

, 25 232 (33,24 %) ;

Verove

, 15 191 (20,01 %) ;

Maubé

, 6 951 (9,16 %) ;

Quesnel

, 945 (1,24 %) ;

Guyot

, 842 (1,11 %) ;

Ayouti

, 629 (0,83 %) ;

Verleyen

, 389 (0,51 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 110 859 - V : 54 213 - A : 51,10 % - E : 49 580 - B. : 3 337 -

Travert

, 27 829 (56,13 %) ;

Verove

, 21 751 (43,87 %).

Cherbourg (4e)

Anna Pic (PS-NFP) Réélue

I : 88 677 - V : 59 782 - A : 32,58 % E : 54 913 - B : 3 844 - N : 1 025

Anna Pic

, PS-NFP, 32 748 (59,64 %) ; Nicolas Conquer, LR-RN, 22 165 (40,36 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 88 663 - V : 59 740 - A : 32,62 % - E : 58 259 - B. : 1 082 -

Pic

, 19 940 (34,23 %) ;

Conquer

, 17 481 (30,01 %) ;

Lepetit

, 10 417 (17,88 %) ;

Margueritte

, 8 637 (14,83 %) ;

Benramdane

, 900 (1,54 %) ;

Da Cruz-Legeleux

, 884 (1,52 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 89 416 - V : 42 495 - A : 52,47 % - E : 39 686 - B. : 2 040 -

Pic

, 20 482 (51,61 %) ;

Krimi

, 19 204 (48,39 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 422 mots, p. SPA14

06 || Alpes-Maritimes 9 sièges 05 || Hautes-Alpes 2 sièges Provence-Alpes-Côte d’Azur 13 || Bouches-du-Rhône 16 sièges 84 || Vaucluse 5 sièges 83 || Var 8 sièges

04 || Alpes-de-Haute- Provence 2 sièges

Sortants Christian Girard (RN) ; Léo Walter (LFI-Nupes).

Le Rassemblement national (RN) remporte les deux circonscriptions des Alpes-de-Haute-Provence, malgré les désistements des candidats de la majorité présidentielle arrivés troisièmes au premier tour. Le front républicain n’a pas fonctionné, et les candidats du parti de Jordan Bardella ont creusé l’écart dans les petites villes et villages. Sortant dans la 1re circonscription (Digne-les-Bains), le député RN Christian Girard est ainsi largement réélu (54,19 %), face à l’écologiste Félix Blanc (Nouveau Front populaire) – même si le RN n’est pas en tête à Digne-les-Bains. La victoire de la candidate investie par le RN, ancienne adhérente Les Républicains, Sophie Vaginay-Ricourt, est plus serrée (50,97 %) dans la 2e circonscription (Manosque), détenue jusqu’alors par la gauche et l’« insoumis » Léo Walter (49,03 %, tombeur de Christophe Castaner en 2022).

Digne (1re)

Christian Girard (RN) Réélu

I : 61 472 - V : 43 510 - A : 29,22 % E : 39 739 - B : 2 801 - N : 970

Christian Girard

, RN, 21 533 (54,19 %) ; Felix Blanc, EELV-NFP, 18 206 (45,81 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 61 473 - V : 43 279 - A : 29,6 % - E : 42 026 - B. : 871 -

Girard

, 18 616 (44,30 %) ;

Blanc

, 11 457 (27,26 %) ;

Gauvan

, 8 132 (19,35 %) ;

Raponi

, 2 956 (7,03 %) ;

Campart

, 468 (1,11 %) ;

Ros

, 396 (0,94 %) ;

Lakhlef Tsalamlal

, 1 (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 61 975 - V : 32 503 - A : 47,55 % - E : 28 893 - B. : 2 635 -

Girard

, 14 791 (51,19 %) ;

Bagarry

, 14 102 (48,81 %).

Manosque (2e)

Sophie Vaginay (RN) Élue

I : 66 674 - V : 46 869 - A : 29,70 % E : 42 489 - B : 3 412 - N : 968

Sophie Vaginay

, RN, 21 655 (50,97 %) ; Léo Walter, LFI-NFP, 20 834 (49,03 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 66 671 - V : 46 560 - A : 30,16 % - E : 44 785 - B. : 1 295 -

Vaginay

, 18 314 (40,89 %) ;

Walter

, 14 774 (32,99 %) ;

Blanc

, 10 162 (22,69 %) ;

Cadenel

, 585 (1,31 %) ;

Reynaud

, 512 (1,14 %) ;

Cyvoct

, 438 (0,98 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 66 651 - V : 34 527 - A : 48,20 % - E : 31 200 - B. : 2 376 -

Walter

, 16 063 (51,48 %) ;

Castaner

, 15 137 (48,52 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 560 mots, p. SPA6

Grand-Est 10 || Aube 3 sièges 51 || Marne 5 sièges 52 || Haute-Marne 2 sièges 54 || Meurthe-et-Moselle 6 sièges 55 || Meuse 2 sièges 57 || Moselle 9 sièges 67 || Bas-Rhin 9 sièges 68|| Haut-Rhin 6 sièges 88 || Vosges 4 sièges

08 || Ardennes 3 sièges

Sortants Lionel Vuibert (Agir-Ensemble) ; Pierre Cordier (div. d.) ; Jean-Luc Warsmann (div. d.).

A la veille du second tour, la situation s’annonçait dangereuse pour la droite, dont les trois sièges étaient menacés par le Rassemblement national (RN). A l’issue du scrutin, la droite ne concède qu’une circonscription au parti d’extrême droite. Dans la 1re circonscription (Charleville-Mézières), Flavien Termet (RN) l’emporte face à Lionel Vuibert (Renaissance-Ensemble) en dépit de la stratégie de front républicain. Dans la deuxième (Givet), Pierre Cordier (Les Républicains), devancé de 10 points au premier tour, renverse la vapeur pour finir en tête avec 10 points de plus que Pauline Mester (RN). Dans la troisième circonscription (Sedan), Jean-Luc Warsmann (divers droite) conserve son siège de député avec 9 points d’avance sur Isabelle Roger (RN), mais un score en forte baisse par rapport à 2022.

Charleville (1re)

Flavien Termet (RN) Élu

I : 70 667 - V : 47 699 - A : 32,50 % E : 45 642 - B : 1 524 - N : 533

Flavien Termet

, RN, 24 184 (52,99 %) ; Lionel Vuibert, Ren.-Ensemble, 21 458 (47,01 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 70 664 - V : 47 551 - A : 32,71 % - E : 46 480 - B. : 660 -

Termet

, 17 817 (38,33 %) ;

Vuibert

, 12 157 (26,16 %) ;

Lerouge

, 8 127 (17,48 %) ;

Charvet

, 4 257 (9,16 %) ;

Misset

, 1 782 (3,83 %) ;

Rennesson

, 998 (2,15 %) ;

D'Orgeville

, 956 (2,06 %) ;

Octave

, 386 (0,83 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 70 967 - V : 32 022 - A : 54,88 % - E : 29 526 - B. : 1 869 -

Vuibert

, 14 862 (50,34 %) ;

Richard

, 14 664 (49,66 %).

Givet (2e)

Pierre Cordier (LR) Réélu

I : 60 275 - V : 37 874 - A : 37,16 % E : 36 695 - B : 853 - N : 326

Pierre Cordier

, LR, 20 415 (55,63 %) ; Pauline Mester, RN, 16 280 (44,37 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 60 281 - V : 37 569 - A : 37,68 % - E : 36 971 - B. : 375 -

Mester

, 15 097 (40,83 %) ;

Cordier

, 11 147 (30,15 %) ;

Loyez

, 6 688 (18,09 %) ;

Mathot

, 3 467 (9,38 %) ;

Takawe

, 308 (0,83 %) ;

Benyoucef

, 264 (0,71 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 60 754 - V : 24 433 - A : 59,78 % - E : 23 026 - B. : 1 001 -

Cordier

, 15 977 (69,39 %) ;

Philippo

, 7 049 (30,61 %).

Sedan (3e)

Jean-Luc Warsmann (div. d.) Réélu

I : 54 491 - V : 36 596 - A : 32,84 % E : 35 824 - B : 520 - N : 252

Jean-Luc Warsmann

, div. d., 19 503 (54,44 %) ; Isabelle Roger, RN, 16 321 (45,56 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 54 484 - V : 35 870 - A : 34,16 % - E : 35 263 - B. : 349 -

Warsmann

, 15 362 (43,56 %) ;

Roger

, 15 296 (43,38 %) ;

Perrin

, 4 139 (11,74 %) ;

Augier

, 466 (1,32 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 55 262 - V : 24 163 - A : 56,28 % - E : 22 990 - B. : 816 -

Warsmann

, 15 575 (67,75 %) ;

Lemoine

, 7 415 (32,25 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 439 mots, p. SPA11

Nouvelle-Aquitaine 16 || Charente 3 sièges 17 || Charente-Maritime 5 sièges 23 || Creuse 1 siège 24 || Dordogne 4 sièges 33 || Gironde 12 sièges 40 || Landes 3 sièges 47 || Lot-et-Garonne 3 sièges 64 || Pyrénées-Atlantiques 6 sièges 79 || Deux-Sèvres 3 sièges 86 || Vienne 4 sièges 87 || Haute-Vienne 3 sièges

19 || Corrèze 2 sièges

Sortants Francis Dubois (LR) ; Frédérique Meunier (LR).

La première triangulaire jamais vécue par la 1re circonscription de la Corrèze a permis d’ouvrir à François Hollande un cinquième mandat à l’Assemblée nationale. L’ancien chef de l’Etat, ancien maire de Tulle, ancien président du conseil départemental, a réussi son retour sur la scène politique en battant largement la candidate Rassemblement national (RN), Maïtey Pouget, et Francis Dubois, le député Les Républicains (LR) sortant, arrivé en troisième position au premier tour. Ce dernier avait décidé de se maintenir. Un calcul qui a rendu service à François Hollande, en fixant la partie des votes LR qui aurait pu partir au RN. Sur la circonscription de Brive, la sortante LR, Frédérique Meunier, l’a emporté facilement en profitant à plein des reports de la candidate écologiste Amandine Dewaele (Nouveau Front populaire).

Tulle (1re)

François Hollande (PS-NFP) Élu

I : 91 753 - V : 68 981 - A : 24,82 % E : 66 713 - B : 1 317 - N : 951

François Hollande

, PS-NFP, 28 751 (43,10 %) ; Maïtey Pouget, RN, 21 141 (31,69 %) ; Francis Dubois, LR, 16 821 (25,21 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 91 732 - V : 68 505 - A : 25,32 % - E : 65 699 - B. : 1 563 -

Hollande

, 24 720 (37,63 %) ;

Pouget

, 20 297 (30,89 %) ;

Dubois

, 18 816 (28,64 %) ;

Coinaud

, 1 303 (1,98 %) ;

Oguinena

, 563 (0,86 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 92 424 - V : 52 766 - A : 42,91 % - E : 47 998 - B. : 2 815 -

Dubois

, 25 825 (53,80 %) ;

Deveaud

, 22 173 (46,20 %).

Brive (2e)

Frédérique Meunier (LR) Réélue

I : 93 279 - V : 66 763 - A : 28,43 % E : 62 314 - B : 2 764 - N : 1 685

Frédérique Meunier

, LR, 37 354 (59,94 %) ; Valéry Elophe, RN, 24 960 (40,06 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 93 265 - V : 66 771 - A : 28,41 % - E : 64 078 - B. : 1 488 -

Elophe

, 23 250 (36,28 %) ;

Meunier

, 22 456 (35,04 %) ;

Dewaele

, 17 063 (26,63 %) ;

Sicard

, 1 309 (2,04 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 93 152 - V : 48 521 - A : 47,91 % - E : 44 314 - B. : 2 536 -

Meunier

, 25 881 (58,40 %) ;

Herzhaft

, 18 433 (41,60 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 271 mots, p. SPA16

971 || Guadeloupe 4 sièges 976 || Mayotte 2 sièges 975 || Saint-Pierre- et-Miquelon 1 siège 988 || Nouvelle-Calédonie 2 sièges 987 || Polynésie-Française 3 sièges 986 || Wallis-et-futuna 1 siège 974 || La Réunion 7 sièges 973 || Guyane 2 sièges 972 || Martinique 4 sièges

977 || Saint-Barthélemy 978 || Saint-Martin 1 siège

Sortants Frantz Gumbs (LRM-Ensemble).

Le second tour des élections législatives anticipées voit le retour sur son siège de député du candidat MoDem-Ensemble Frantz Gumbs (56,05 % des voix), opposé à la centriste Alexandra Questel. C’est notamment grâce aux votes des électeurs de l’île de Saint-Martin que le sortant a pu l’emporter, avec 3 942 voix. L’île voisine de Saint-Barthélemy a voté massivement pour son adversaire, présidente locale du comité du tourisme. Elle remporte un total de 3 095 voix, soit 43,98 % des suffrages, dont près de la moitié sur Saint-Barthélemy.

Circonscription unique

Frantz Gumbs (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 25 234 - V : 7 299 - A : 71,07 % E : 7 037 - B : 177 - N : 85

Frantz Gumbs

, MoDem-Ensemble, 3 942 (56,02 %) ; Alexandra Questel, div. c., 3 095 (43,98 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 25 227 - V : 7 232 - A : 71,33 % - E : 6 919 - B. : 214 -

Gumbs

, 2 867 (41,44 %) ;

Questel

, 1 378 (19,92 %) ;

Philidor

, 1 170 (16,91 %) ;

Chapdelaine

, 680 (9,83 %) ;

Bethel

, 399 (5,77 %) ;

Meunier

, 230 (3,32 %) ;

Krimi

, 102 (1,47 %) ;

Felix

, 93 (1,34 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 24 567 - V : 6 034 - A : 75,44 % - E : 5 834 - B. : 122 -

Gumbs

, 3 921 (67,21 %) ;

Gibbs

, 1 913 (32,79 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 473 mots, p. SPA13

Occitanie 09 || Ariège 2 sièges 11 || Aude 3 sièges 12 || Aveyron 3 sièges 30 || Gard 6 sièges 31 || Haute-Garonne 10 sièges 65 || Hautes-Pyrénées 2 sièges 66 || Pyrénées-Orientales 4 sièges 81 || Tarn 3 sièges 82 || Tarn-et-Garonne 2 sièges 48 || Lozère 1 siège 34 || Hérault 9 sièges 46 || Lot 2 sièges

32 || Gers 2 sièges

Sortants Jean-René Cazeneuve (LRM-Ensemble) ; David Taupiac (PS dis.).

Dans le Gers, les deux députés sortants sont reconduits. Dans la 1re circonscription (Auch), Jean-René Cazeneuve (Renaissance-Ensemble), en grande difficulté face au Rassemblement national (RN) en tête au premier tour, devance (58,48 %) le candidat d’extrême droite, avec un bond de plus de 27 points et 13 110 voix par rapport au premier tout, grâce à l’apport massif des électeurs du candidat LFI-Nouveau Front populaire, qui s’était retiré. Un report de gauche sur une « figure » du camp macroniste, très symbolique du barrage anti-RN. Sur la 2e (Condom), le front républicain s’était constitué dès le premier tour autour du député sortant David Taupiac (Parti socialiste hors NFP), sans aucun concurrent macroniste ou La France insoumise. En pole position dès le premier tour, ce socialiste atypique progresse encore (+ 6 727 voix), pour conforter sa victoire (59,37 %) face au RN.

Auch (1re)

Jean-René Cazeneuve (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 73 224 - V : 54 075 - A : 26,15 % E : 49 901 - B : 2 912 - N : 1 262

Jean-René Cazeneuve

, Ren.-Ensemble, 29 182 (58,48 %) ; Jean-Luc Yelma, RN, 20 719 (41,52 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 258 - V : 54 160 - A : 26,07 % - E : 52 009 - B. : 1 382 -

Yelma

, 18 575 (35,71 %) ;

Cazeneuve

, 16 072 (30,90 %) ;

Levieux

, 14 129 (27,17 %) ;

Boudaud Anduaga

, 1 375 (2,64 %) ;

Larré

, 959 (1,84 %) ;

Cazes

, 587 (1,13 %) ;

Chareton

, 296 (0,57 %) ;

Aymes

, 16 (0,03 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 808 - V : 40 367 - A : 45,31 % - E : 35 847 - B. : 3 060 -

Cazeneuve

, 18 822 (52,51 %) ;

Levieux

, 17 025 (47,49 %).

Condom (2e)

David Taupiac (PS) Réélu

I : 73 653 - V : 54 436 - A : 26,09 % E : 52 066 - B : 1 670 - N : 700

David Taupiac

, PS, 30 912 (59,37 %) ; Alice Cendré, RN, 21 154 (40,63 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 646 - V : 54 324 - A : 26,24 % - E : 52 806 - B. : 1 082 -

Taupiac

, 24 185 (45,80 %) ;

Cendré

, 18 739 (35,49 %) ;

Neto

, 7 416 (14,04 %) ;

Davezac

, 1 293 (2,45 %) ;

Arnaudy

, 679 (1,29 %) ;

Martin

, 481 (0,91 %) ;

Lazorat

, 13 (0,02 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 848 - V : 38 865 - A : 47,37 % - E : 35 255 - B. : 2 380 -

Taupiac

, 22 203 (62,98 %) ;

Bourcier

, 13 052 (37,02 %).

Le Figaro, no. 24844
Le Figaro, mardi 9 juillet 2024 804 mots, p. 2

Politique

Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Obligé de patienter à Matignon, Gabriel Attal s'active pour préparer l'après

Quinault-Maupoil, Tristan

C'est comme premier ministre « démissionnaire » que Gabriel Attal passe ce mardi le cap symbolique des six mois de présence à Matignon. Dans les jardins de la Rue de Varenne, il doit recevoir à un apéro dînatoire tous les macronistes élus et battus dimanche. Un moment pour «prendre le pouls des troupes après une dissolution violente et brutale», narre un proche. La veille, «fidèle à la tradition républicaine» , il s'est rendu à l'Élysée pour proposer son départ, après des législatives anticipées où son camp a perdu 82 sièges. Dans une lettre sobre, il insiste sur sa fierté d'avoir été chef du gouvernement tout en prenant acte, une nouvelle fois, de la dissolution décidée par Emmanuel Macron.

Lors de son entretien avec le chef de l'État, celui-ci lui a demandé de rester en poste «pour le moment» afin «d'assurer la stabilité du pays». «J'assumerai bien évidemment mes fonctions. Aussi longtemps que le devoir l'exigera», avait déjà prévenu Gabriel Attal dimanche soir lors de son allocution prononcée sur le perron de Matignon. Devant l'absence d'une majorité claire au Palais Bourbon, le provisoire pourrait durer. Jusqu'à la clôture des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 cet été, voire jusqu'à la rentrée ? Ce scénario ne ferait pas les affaires du trentenaire, ainsi empêché de se déployer à l'Assemblée nationale alors que les principaux postes clés seront pourvus par les députés à partir du 18 juillet. Gabriel Attal, qui a conservé sans mal son siège dans son fief des Hauts-de-Seine, se verrait bien prendre la tête du groupe du parti présidentiel.

Bienveillance de circonstance

Les grandes manoeuvres ont commencé, en particulier face à Gérald Darmanin, réélu dans le Nord, qui a déjà commencé à recevoir à tour de bras et s'est précipité à l'Assemblée nationale, lundi, pour recevoir sa serviette de député au vu et au su de tous. Lui aussi entend jouer un rôle de premier plan dans l'Hémicycle, bien qu'il soit confronté à la même contrainte de se maintenir à Beauvau le temps de l'intérim. «Ses gros sabots, ce n'est pas très fin. Ce n'est pas lui que les candidats sont venus chercher pour faire campagne matin midi et soir. Il faut remettre l'église au centre du village, c'est à Gabriel Attal qu'ils doivent beaucoup», grince un ami du locataire de Matignon. Le premier ministre démissionnaire et le numéro trois du gouvernement sortant ne s'entendent pas davantage sur les contours d'une éventuelle coalition. Le patron de Beauvau voudrait voir un représentant de la droite être rapidement propulsé à Matignon pour forcer LR à gouverner avec les macronistes et barrer ainsi la route au Nouveau Front populaire. «Il ne faut pas être aussi radical. Gabriel Attal veut être celui qui maintient l'unité des troupes où existe une pluralité d'opinions», rétorque un de ses conseillers.

Outre ces spéculations, les macronistes de droite retiennent d'abord la dureté des mots du premier ministre contre le président de la République. «Avoir une relation dégradée avec le président et l'avoir comme ennemi pendant trois ans, c'est risqué (s'il ambitionne de lui succéder)», s'interroge-t-on à voix haute au sommet de l'État, encore surpris par la tonalité de l'intervention de Gabriel Attal dimanche soir. «Cette dissolution, je ne l'ai pas choisie, mais j'ai refusé de la subir», a-t-il lâché, persuadé que c'est à lui que doit revenir la mise en échec du RN. Au prix d'une bienveillance de circonstance avec LFI, qu'il conspuait autrefois. Le pouvoir à portée de mains de la gauche fait dire aujourd'hui à Bercy comme à Beauvau que le premier ministre est allé trop loin dans la stratégie du retrait républicain systématique. «Quand lui nous disait qu'il n'y avait aucun risque que la gauche obtienne une majorité, nous avions raison de continuer à prévenir du danger de la victoire de la gauche», insiste-t-on dans le sillage d'un ministre qui ne veut pas entendre parler d'un quelconque accord avec le NFP. Bruno Le Maire a lui-même réaffirmé son hostilité à une telle alliance lundi. Même si Gabriel Attal a juré que «là où (il) sera, (il) aurait toujours le même objectif: apaiser, unir et agir. Avec une méthode claire, ne jamais trahir nos valeurs, ne jamais nous allier avec ceux avec qui nous ne partageons rien».

Lundi, il a compté ses soutiens en s'entretenant avec l'ancienne présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et la ministre déléguée Agnès Pannier-Runacher (Agriculture). Puis avec Olivia Grégoire (Entreprises), qui a également partagé la table de Gérald Darmanin. Toutes réélues et sensibles aux arguments de l'aile gauche. Malgré des résultats meilleurs qu'escomptés et l'opportunité arithmétique de ne pas s'éloigner du pouvoir, les macronistes sont donc traversés par de grandes divergences stratégiques. Prémices, aussi, des aventures personnelles qui s'affirment au lendemain d'un scrutin qui aura scellé l'isolement du chef de l'État. T.Q.-M.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 826 mots, p. SPA11

Nouvelle-Aquitaine 16 || Charente 3 sièges 19 || Corrèze 2 sièges 23 || Creuse 1 siège 24 || Dordogne 4 sièges 33 || Gironde 12 sièges 40 || Landes 3 sièges 47 || Lot-et-Garonne 3 sièges 64 || Pyrénées-Atlantiques 6 sièges 79 || Deux-Sèvres 3 sièges 86 || Vienne 4 sièges 87 || Haute-Vienne 3 sièges

17 || Charente-Maritime 5 sièges

Sortants Olivier Falorni (PRG) ; Anne-Laure Babault (MoDem-Ensemble) ; Jean-Philippe Ardouin (LRM-Ensemble) ; Raphaël Gérard (LRM-Ensemble) ; Christophe Plassard (Hor.-Ensemble).

Un député sur cinq, c’est déjà une première pour le Rassemblement national (RN) en Charente-Maritime, mais c’est une déception pour l’extrême droite. A Saintes (3e circonscription), Fabrice Barusseau (PS-Nouveau Front populaire) s’impose de 63 voix face à Stéphane Morin (RN). A Royan-Ouest (5e), Christophe Plassard (Ensemble-Horizon) sauve son siège contre Aymeric Mongelous (RN). A Rochefort (2e), l’écologiste Benoît Biteau passera du Parlement européen au Palais-Bourbon grâce à sa victoire sur Karen Bertholom (RN). A La Rochelle (1re), sans surprise, Olivier Falorni (Renaissance-Ensemble) est réélu, avec l’un des plus gros scores de la soirée (74,71 %) face à Emma Chauveau (RN). Royan Est (4e) fait exception : Pascal Markowsky (RN) l’emporte sur le sortant, Raphäel Gérard (Renaissance-Ensemble), de 1,48 point.

La Rochelle (1re)

Olivier Falorni (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 111 891 - V : 75 941 - A : 32,13 % E : 72 748 - B : 2 338 - N : 855

Olivier Falorni

, Ren.-Ensemble, 54 352 (74,71 %) ; Emma Chauveau, RN, 18 396 (25,29 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 111 882 - V : 77 735 - A : 30,52 % - E : 76 297 - B. : 1 055 -

Falorni

, 34 824 (45,64 %) ;

Soubeste

, 22 618 (29,64 %) ;

Chauveau

, 17 278 (22,65 %) ;

Francois

, 975 (1,28 %) ;

Colin

, 430 (0,56 %) ;

Pere

, 170 (0,22 %) ;

Samri

, 2 (0,00 %) ;

Ramel

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 110 470 - V : 54 546 - A : 50,62 % - E : 52 297 - B. : 1 602 -

Falorni

, 34 576 (66,11 %) ;

Soubeste

, 17 721 (33,89 %).

Rochefort (2e)

Benoît Biteau (EELV-NFP) Élu

I : 113 648 - V : 79 710 - A : 29,86 % E : 71 140 - B : 6 581 - N : 1 989

Benoît Biteau

, EELV-NFP, 37 985 (53,39 %) ; Karen Bertholom, RN, 33 155 (46,61 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 113 630 - V : 80 018 - A : 29,58 % - E : 78 062 - B. : 1 379 -

Bertholom

, 26 862 (34,41 %) ;

Biteau

, 21 027 (26,94 %) ;

Babault

, 19 773 (25,33 %) ;

Blanché

, 9 651 (12,36 %) ;

Castello

, 749 (0,96 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 112 184 - V : 54 529 - A : 51,39 % - E : 49 970 - B. : 3 244 -

Babault

, 25 863 (51,76 %) ;

Raymond

, 24 107 (48,24 %).

Saintes (3e)

Fabrice Barusseau (PS-NFP) Élu

I : 83 738 - V : 57 964 - A : 30,78 % E : 52 819 - B : 3 655 - N : 1 490

Fabrice Barusseau

, PS-NFP, 26 441 (50,06 %) ; Stéphane Morin, RN, 26 378 (49,94 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 83 726 - V : 57 709 - A : 31,07 % - E : 55 715 - B. : 1 304 -

Morin

, 22 759 (40,85 %) ;

Barusseau

, 15 637 (28,07 %) ;

Ardouin

, 15 536 (27,88 %) ;

Godde

, 1 196 (2,15 %) ;

Dahan-Berthelot

, 587 (1,05 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 84 195 - V : 40 277 - A : 52,16 % - E : 35 747 - B. : 3 263 -

Ardouin

, 18 295 (51,18 %) ;

Collard

, 17 452 (48,82 %).

Royan - Est (4e)

Pascal Markowsky (RN) Élu

I : 94 554 - V : 65 337 - A : 30,90 % E : 61 803 - B : 2 568 - N : 966

Pascal Markowsky

, RN, 31 356 (50,74 %) ; Raphaël Gerard, Ren.-Ensemble, 30 447 (49,26 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 94 544 - V : 65 045 - A : 31,2 % - E : 63 065 - B. : 1 370 -

Markowsky

, 28 510 (45,21 %) ;

Gerard

, 17 625 (27,95 %) ;

Desselles

, 10 972 (17,40 %) ;

Drouillard

, 5 251 (8,33 %) ;

Tripelon

, 707 (1,12 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 94 408 - V : 46 189 - A : 51,08 % - E : 42 132 - B. : 2 975 -

Gérard

, 21 447 (50,90 %) ;

Markowsky

, 20 685 (49,10 %).

Royan - Ouest (5e)

Christophe Plassard (Hor.-Ensemble) Réélu

I : 120 317 - V : 85 870 - A : 28,63 % E : 81 984 - B : 2 713 - N : 1 173

Christophe Plassard

, Hor.-Ensemble, 42 725 (52,11 %) ; Aymeric Mongelous, RN, 39 259 (47,89 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 120 296 - V : 85 100 - A : 29,26 % - E : 82 815 - B. : 1 609 -

Mongelous

, 36 296 (43,83 %) ;

Plassard

, 27 124 (32,75 %) ;

Brachet

, 18 344 (22,15 %) ;

Cassette

, 1 051 (1,27 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 119 750 - V : 59 506 - A : 50,31 % - E : 54 569 - B. : 3 686 -

Plassard

, 28 233 (51,74 %) ;

Werbrouck

, 26 336 (48,26 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 498 mots, p. 5
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8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Stanislas Guerini battu à Paris par le NFP

Le ministre n’est pas parvenu à rattraper son retard sur l’écologiste Léa Balage El Mariky

Thibaud Métais

Stanislas Guerini n’aura pas résisté à la vague du Nouveau Front populaire à Paris. Elu depuis 2017 dans la 3e circonscription de la capitale (qui recouvre une partie des 17e et 18e arrondissements), le ministre de la transformation et de la fonction publiques a perdu son duel, dimanche 7 juillet, lors du second tour des législatives, contre la candidate écologiste Léa Balage El Mariky, qui recueille 53,6 % des suffrages.

Ce macroniste de la première heure était en ballottage défavorable puisqu’il avait failli être évincé dès le premier tour, avec seulement 34 % des voix, loin derrière sa rivale (46,2 %). L’élue écologiste, adjointe au maire du 18e arrondissement, prend ainsi sa revanche après avoir été battue de justesse par M. Guerini en 2022. L’ancien délégué général de La République en marche (de 2018 à 2022), avait déjà été devancé au premier tour par l’écologiste, mais il avait ensuite rattrapé son retard avec 51 % des voix au second tour.

La Macronie perd l’un de ses plus fidèles lieutenants et un ministre de poids, Stanislas Guerini faisant partie des vingt-quatre membres du gouvernement de Gabriel Attal candidats aux élections législatives anticipées. Seule Sarah El Haïry, ministre déléguée en charge de l’enfance, de la jeunesse et des familles, perd également son siège à l’Assemblée nationale.

Ce proche d’Emmanuel Macron portait, avec la réforme de la fonction publique, l’un des textes les plus importants du second mandat du chef de l’Etat. Le projet du gouvernement visait à rendre plus attractive la fonction publique, en proie à de grandes difficultés de recrutement.

Le « tabou du licenciement »

Mais le texte avait reçu l’opposition des organisations syndicales, et le ministre avait multiplié les déclarations susceptibles de braquer les agents publics. Il envisageait, par exemple, de supprimer les catégories A, B et C de la fonction publique. En mai, il avait également émis le souhait « qu’on lève le tabou du licenciement dans la fonction publique ». Autre mesure polémique, le projet de loi prévoyait une rémunération au mérite des fonctionnaires afin, selon Stanislas Guerini, de « récompenser les agents qui sont engagés et de sanctionner ceux qui ne font pas suffisamment leur travail ».

Ancien strauss-kahnien diplômé de l’école de commerce HEC en 2006, Stanislas Guerini s’était engagé en politique avec la naissance du mouvement En marche ! Il avait participé à l’élaboration de la stratégie menant Emmanuel Macron à la victoire en 2017, avant d’être élu, dans la foulée, député de Paris pour la première fois. « Je veux remercier les habitants des 17e et 18e arrondissements que j’ai été si fier de servir depuis 2017. Je ne change rien à mes convictions ni à ma fidélité des débuts », a-t-il écrit sur X, dimanche soir, après sa défaite, promettant de « rest[er] un militant parmi les militants ».

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mardi 9 juillet 2024 879 mots, p. AUJM6
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8 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
9 juillet 2024 - Le Parisien

Macron cherche comment rebondir

Avant de s'envoler mercredi pour le sommet de l'Otan, le président va continuer de consulter autour de lui. Discret depuis le résultat de dimanche, en profitera-t-il pour s'exprimer ce mardi ?

Olivier Beaumont (avec Q.L.)

La journée suspendu à son téléphone, à recevoir les chapeaux à plumes de son parti et du gouvernement... tout en jetant un oeil sur les discussions en cours côté Nouveau Front populaire. Au lendemain du second tour des élections législatives qui lui a permis de limiter la casse, mais pas de clarifier la situation du pays, Emmanuel Macron n'était au fond pas plus avancé que lorsqu'il a annoncé la dissolution de l'Assemblée nationale il y a tout juste un mois. Une expression a cependant changé dans la bouche de ses collaborateurs : celui de « majorité » remplacé par « camp présidentiel ». Pour la première fois depuis 2017, le chef de l'État n'est plus vraiment maître de son destin.

Et une inquiétude, formulée dès dimanche, tard dans la nuit, alors qu'il recevait plusieurs ministres et amis pour éplucher depuis la terrasse du palais les résultats circonscription par circonscription : la peur des règlements de comptes, propices aux divisions internes.

« Il faut absolument préserver notre unité, encore plus essentielle que d'habitude. Notre capacité à conserver cette unité peut préfigurer notre capacité à peser dans la future Assemblée », a-t-il lâché, selon des propos rapportés par un des participants. Point de champagne, comme au soir du premier tour, où l'anniversaire de Richard Ferrand avait été prétexte à trinquer malgré les perspectives sombres du moment. « On est lucides sur la situation. Ce n'est pas la fête », y va un des conseillers.

Construire une alternative face au NFP

Avant de s'envoler mercredi matin pour le sommet de l'Otan à Washington, le président de la République va continuer de consulter autour de lui. Discret depuis le résultat des législatives, en profitera-t-il pour s'exprimer ce mardi ? « C'est possible, mais rien n'est calé à ce stade. Ça dépend pour dire quoi », appuie-t-on dans son entourage. Lundi matin, alors qu'il recevait les cadres de son mouvement, dont Gabriel Attal (reconduit dans ses fonctions malgré sa démission), Stéphane Séjourné, Gérald Darmanin, Yaël Braun-Pivet, Sylvain Maillard, et Aurore Bergé, plusieurs points de vue se sont affrontés sur l'opportunité de parvenir ou non à une coalition.

« Tant que les gens ne lui ont pas dit non, il pense que c'est jouable », raconte un de ses confidents. L'Élysée exhumant par ailleurs des propos présidentiels de juin 2022, quand, pour acter à l'époque la majorité relative, Emmanuel Macron avait déjà formulé le désir « d'élargir », en essayant de bâtir « un contrat de coalition ». « Ce qu'il n'a pas réussi à faire 2022, on va peut-être réussir à le faire en 2024 », croit son entourage, persuadé qu'une alternative crédible au Nouveau Front populaire est possible, sur la base d'un bloc central qui s'associerait avec des LR et des divers gauche.

Selon nos informations, pour pousser son avantage, certains pressent d'ailleurs le chef de l'État à prendre une initiative dans les prochaines heures pour couper l'herbe sous le pied du NFP : à savoir mandater des émissaires chargés de mener les négociations avec les différentes composantes de l'Assemblée, hors RN et LFI, pour former un gouvernement de coalition. « On a besoin de construire une alliance, sur la base d'un projet précis pour les Français. Mais cela va néanmoins demander du temps, au moins plusieurs semaines », décrypte un parlementaire.

À l'Élysée, on a par ailleurs accueilli avec beaucoup d'intérêt un sondage Harris pour M 6 et RTL publié lundi soir, selon lequel 61 % des Français estiment indispensable que différentes formations s'allient afin de constituer une majorité.

De fait, en coulisses, et malgré la ligne officielle de leur parti, des députés LR plus ou moins approchés ces derniers jours ne disent pas non. Notamment Sylvain Berrios, Thomas Lam, Jean-Louis Thiériot ou encore Virginie Duby-Muller. Mais autour d'Emmanuel Macron, l'initiative rend quelques-uns sceptiques. « On n'a jamais réussi à agréger les LR quand on était fort, je ne vois pas comment on pourrait y parvenir maintenant qu'on est faibles », lâche un pilier de l'exécutif.

« Tout cela est un peu lunaire... »

Un autre considère que la balle est surtout dans le camp de Jean-Luc Mélenchon et de ses associés : « Le principe de la démocratie, c'est de donner le pouvoir au vainqueur de l'élection. Qui plus est quand celui-ci veut le pouvoir. Si d'ici à la fin de la semaine, le NFP parvient à s'entendre sur le nom d'un Premier ministre, je ne vois pas comment on pourra aller contre, les empêcher de gouverner. » C'était d'ailleurs le son de cloche partagé par une partie des 32 députés Renaissance conviés lundi à la mi-journée pour un déjeuner autour de Gérald Darmanin à Beauvau.

Encore en poste, pour gérer les affaires courantes, Gabriel Attal recevra ce mardi soir les nouveaux députés Renaissance, mais aussi les battus, à Matignon. Bref, une situation plus que jamais incertaine. « Et pour le défilé du 14 Juillet, on va avoir sur l'estrade un gouvernement dont le résultat des urnes a démontré que les Français voulaient son remplacement. Tout cela est un peu lunaire... » soupire un député de l'ex-majorité.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, mardi 9 juillet 2024 539 mots, p. AUJM9
Aussi paru dans
9 juillet 2024 - Le Parisien

Quel rôle pour Éric Ciotti désormais ?

À la tête d'un groupe qui devrait compter 17 députés, l'élu des Alpes-Maritimes devra trouver sa place.

Alexandre Sulzer avec Q.L.

Avant le second tour, Éric Ciotti avait un espoir : avoir son propre groupe à l'Assemblée face à un groupe LR « canal historique » réduit à une trentaine de membres et sans cohésion. Avec 17 élus, le député des Alpes-Maritimes a réussi son pari mais dans une configuration bien moins favorable qu'espérée. Les Républicains résistent mieux que prévu et gardent la possibilité de peser tandis que le RN est loin de la majorité, même relative, qui aurait propulsé les « Républicains à droite », comme ils s'appellent, en force d'appoint incontournable.

« Éric Ciotti était dans un groupe de 60 députés LR, auquel il faut ajouter de nombreux sénateurs. Il se retrouve avec un groupe de 17 élus, le RN qui n'accède pas au pouvoir et ne pourra pas lui proposer de poste. Il a fait un pari et il a perdu », tranche un haut dirigeant de LR. Ce mardi à 11 h 30 à la questure, Éric Ciotti doit réunir ses troupes qui ne se connaissent pas, venus d'horizons différents, et ont au mieux participé à des visios pendant la campagne.

« Au moins, les choses sont clarifiées. Le groupe LR est un groupe du camp macroniste dont les élus l'ont été sur la base de désistements de la part de la macronie », juge Maxime Michelet, néodéputé de la Marne et ancienne plume du Niçois. « Certes, LR se maintient mais au prix de compromissions avec l'ennemi ! » attaque Hanane Mansouri, élue en Isère, en ciblant le Nouveau Front populaire (NFP). Les LR, d'où la plupart des ciottistes ont leurs origines, seraient-ils devenus des ennemis ? « Ce sera au cas par cas. Certains d'entre eux ont été élus avec le logo Ensemble mais j'espère que d'autres nous rejoindront », répond la jeune femme de 23 ans.

« Je ne serai pas en opposition avec le groupe LR, dont le président reste d'ailleurs Éric Ciotti, estime au contraire Marc Chavent, fraîchement élu dans l'Ain. J'ai toujours réclamé l'union, je ne vais pas commencer maintenant à diviser. Sur beaucoup de sujets, on travaillera ensemble avec LR, et même au-delà. » « J'ai une carte LR, je la garde », abonde Charles-Henri Alloncle (Hérault). Il espère lui aussi que des LR « canal historique » pourraient les rejoindre : « Ils vont subir la pression des Français sur le terrain. »

La présidence du groupe

« Éric Ciotti va se retrouver piégé comme LR dans un entre-deux, estime au contraire un candidat ciottiste battu. Il va devoir exister en se distanciant du RN. Il va être comme Horizons avec la macronie. Il va exister dans les médias mais qu'est-ce qu'il incarne ? Et puis, il a été élu président de LR pour lancer Wauquiez à la présidentielle. Et là, il va se retrouver face à lui dans l'hémicycle... »

« Avec son groupe, Ciotti n'aura plus beaucoup de moyens et seulement une ou deux questions au gouvernement chaque semaine», anticipe une source qui le connaît bien. Il aurait déjà fait savoir à Marine Le Pen qu'il compte sur elle pour garder le poste de questeur de l'Assemblée. Un scénario qu'Éric Ciotti dément catégoriquement auprès de notre journal, préférant la présidence de son groupe.

L'Humanité
mardi 9 juillet 2024 702 mots, p. 8

Groggy mais puissant, le RN prépare 2027

Benjamin König

Écarté du pouvoir par le front républicain, le parti d'extrême droite a pourtant obtenu le meilleur résultat de son histoire. Il fourbit ses armes pour la présidentielle, en misant sur le désarroi du peuple.

Une claque ? Pas vraiment, à peine un soufflet. Mais une défaite tout de même, une vraie. Jordan Bardella se voyait déjà à Matignon, le Rassemblement national (RN) au pouvoir avec une majorité, fût-elle relative. Le gouvernement était prêt, les ministres désignés. Mais les Français, dans un nouveau sursaut républicain, ont une fois encore dit non à l'extrême droite, à ses idées rances, à ses candidats racistes et à son programme autoritaire.

Comme à leur habitude, militants et chefs du parti à la flamme ont réagi par le déni et l'invective envers ces Français qui ne votent pas comme il faudrait. « Ils vont payer le prix de cette soumission. Ils vont payer le prix de ce non-choix », fulminait le député - réélu - Julien Odoul. Un coutumier des saillies xénophobes, comme bon nombre de ses collègues, dont certains ont été élus malgré tout, à l'instar de Daniel Grenon, qui avait osé dire durant la campagne électorale : « Des Maghrébins sont arrivés au pouvoir en 2016, ces gens-là n'ont pas leur place dans les hauts lieux. » Jordan Bardella a assuré qu'il ne siégerait pas dans le groupe du RN. À voir.

les Français ont fait la différence

À quel point les révélations incessantes sur les candidats racistes, antisémites, sexistes et homophobes ont-elles contribué à mobiliser contre le RN ? Il ne sera jamais temps pour un parti d'extrême droite de se poser cette question. Les « brebis galeuses » évoquées par Jordan Bardella ne le sont pas : elles sont consubstantielles à ce qu'est cette formation. Malgré les accusations envers la gauche, diabolisée comme jamais par le RN et une partie de la Macronie, les Français ont fait la différence. Il est notable que Grégoire de Fournas, l'élu de Gironde qui s'était fait connaître pour sa sortie raciste « Qu'ils retournent en Afrique ! », a été battu, comme sept autres députés sortants.

Pour l'heure, les chefs du parti d'extrême droite préfèrent accuser pêle-mêle « l'extrême gauche », « les magouilles électorales » ou « l'alliance contre-nature » du front républicain. Dimanche soir, Jordan Bardella fustigeait « le parti unique qui s'étend de Philippe Poutou à Édouard Philippe ». Une rhétorique qui permet de s'ériger en « seule alternance ». Pour le président du RN en pleine réalité alternative, les électeurs ont empêché « des millions de Français (d'avoir) la possibilité de voir leurs idées au pouvoir ». L'extrême droite ne change jamais : quand elle perd, elle n'accepte pas le vote démocratique.

143 députés

Mais ce récit s'appuie sur une réelle montée en puissance, fondée sur les victoires des européennes, le 9 juin, et du premier tour des législatives, avec respectivement 31,37 % puis 33,22 % des voix. Le RN compte désormais 143 députés, alliés satellites venus notamment de LR-Ciotti inclus. Un score inédit pour l'extrême droite dans toute l'histoire des Républiques. « J'ai trop d'expérience pour être déçue par un résultat où nous doublons notre nombre de députés », s'égosillait Marine Le Pen après l'annonce des résultats, qui ne donnent pourtant au RN qu'une hausse de moitié du nombre de sièges. Reste que jusqu'à 2022, il ne comptait que huit élus, et qu'il est de loin le parti ayant le plus progressé par rapport à cette date. Il sera le groupe le plus important de l'Hémicycle, d'autant que les élus LR-Ciotti pourraient ne pas être en mesure de constituer un groupe. Celui qui est toujours président de LR s'en est pris au résultat avec une violence séditieuse, dénonçant « un coup d'État politique et institutionnel ».

Défait mais plus puissant que jamais, le RN prépare déjà l'élection clé, « mère de toutes les élections » pour Marine Le Pen : la présidentielle. Elle pourrait supprimer de son programme la mesure visant à interdire certains postes aux binationaux, après les polémiques à ce sujet. Mais elle mise surtout sur le malheur : « Les choses vont se dégrader, les Français vont comprendre qu'il faut une vraie alternance. La France sera dans un bourbier total, les gens voudront en sortir », a déclaré son conseiller spécial, Philippe Olivier. L'extrême droite, en vautour de la politique, se nourrit toujours de la misère et la désespérance.

Le Monde
International, mardi 9 juillet 2024 1129 mots, p. 15
Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Au Pérou, des auteurs de crimes contre l’humanité protégés par la loi

Le Congrès a approuvé, le 4 juillet, un texte empêchant les poursuites pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis avant 2002

Angeline Montoya

Pour la deuxième fois en six mois, les autorités péruviennes ont défié la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Le Congrès a approuvé, jeudi 4 juillet, en seconde lecture, une loi empêchant les poursuites pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis avant 2002. « Personne ne sera poursuivi, condamné ni puni pour crimes contre l’humanité ou crimes de guerre pour des faits commis avant le 1er juillet 2002 » , établit le texte, qui doit encore être ratifié par la présidente, Dina Boluarte. En 2002, le Pérou avait pourtant ratifié le statut de Rome et la convention sur l’imprescriptibilité de ces crimes.

La loi permet donc d’amnistier les crimes commis pendant le conflit armé interne qui, entre 1980 et 2000, avait opposé les forces de sécurité à l’organisation maoïste du Sentier lumineux, faisant 70 000 morts, selon la Commission de la vérité et de la réconciliation. Le texte a été présenté par les partis Fuerza Popular, dirigé par Keiko Fujimori, la fille de l’ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), et l’ultraconservateur Renovacion Popular, formés en partie par d’anciens chefs des forces armées.

« Il y a des centaines de policiers et de militaires, beaucoup d’entre eux octogénaires et nonagénaires, injustement en prison ou soumis à la torture de procès interminables, à cause de l’application illégale du critère de lèse-humanité », a assuré en conférence de presse le député de Fuerza Popular Fernando Rospigliosi, qui a qualifié la Cour interaméricaine des droits de l’homme de « tentacule de la mafia caviar » qui « s’immisce dans les affaires internes du pays ».

600 enquêtes en cours

Deux jours plus tôt, la CIDH avait réclamé que le Pérou s’abstienne de voter la loi 6 951, afin de « garantir le droit à l’accès à la justice des victimes », notamment des massacres de Barrios Altos (1991) et de la Cantuta (1992), au cours desquels vingt-cinq personnes avaient été tuées par le commando paramilitaire Colina, sous les ordres d’Alberto Fujimori. La CIDH avait établi en 2001 la responsabilité de l’Etat péruvien dans ces massacres, et l’ex-autocrate avait été condamné à vingt-cinq ans de prison en 2007.

M. Fujimori a été libéré en décembre 2023 après une décision du Tribunal constitutionnel de rétablir une grâce présidentielle controversée accordée en décembre 2017 et révoquée un an plus tard par la Cour suprême. Là encore, le Pérou avait ignoré un autre avis de la CIDH, qui avait enjoint aux autorités de « s’abstenir de sa libération ».Les avis de la CIDH sont, en principe, contraignants, mais la Cour n’a pas les moyens de les faire appliquer.

Selon le parquet, la loi d’amnistie pourrait mettre un terme aux 600 enquêtes en cours sur les violations des droits humains commises pendant le conflit. Plusieurs observateurs et parlementaires de l’opposition ont signalé que le texte vise avant tout à protéger M. Fujimori d’un retour en prison. Il est en effet toujours poursuivi pour un autre massacre, en 1992, de six villageois à Pativilca, au nord de Lima, commis également par le commando Colina.

La loi semble d’autant plus écrite pour l’ancien président que, le 24 juin, une juge de la Cour suprême du Chili – où il avait été arrêté en 2005 – a accepté d’élargir l’accord d’extradition grâce auquel M. Fujimori avait été renvoyé au Pérou en 2007 pour y être jugé. Il n’avait alors été extradé que pour corruption et pour les massacres de Barrios Altos et de la Cantuta.

Pour tout autre chef d’accusation, il fallait un élargissement des causes d’extradition. La justice chilienne a donc permis, le 24 juin, qu’il soit jugé au Pérou pour cinq autres faits, notamment pour les stérilisations forcées de milliers de femmes pendant son mandat. Mais M. Fujimori pourrait désormais être définitivement mis à l’abri de nouveaux procès.

Stérilisations forcées

La loi 6 951 pourrait aussi bénéficier à l’ancien capitaine Daniel Urresti – par la suite ministre de l’intérieur entre 2014 et 2015 –, condamné à douze ans de prison en 2023 pour l’assassinat du journaliste Hugo Bustios en 1988, ou encore à Vladimiro Montesinos, conseiller et ex-chef des renseignements d’Alberto Fujimori, condamné lui aussi à vingt-cinq ans de prison en 2010, pour le massacre de Barrios Altos. Le plus surprenant est que cette loi, si elle est appliquée, bénéficierait également aux responsables du Sentier lumineux, accusés par la Commission de la vérité et de la réconciliation d’être à l’origine de 54 % des victimes du conflit armé.

« Les législateurs n’ont aucune limite, ils veulent garantir l’impunité de Daniel Urresti, qui sera libéré dès que la loi sera ratifiée, du commando Colina, de Fujimori, de Montesinos, pas plus de 50 ou 100 personnes, mais ils se fichent des conséquences, et ils ne les comprennent peut-être même pas, s’est indignée l’avocate et journaliste Rosa Maria Palacios. Le Congrès protège des assassins. »

La présidente, Dina Boluarte, qui ne s’est pas adressée à la presse depuis trois mois, ne s’est pas non plus exprimée. Mais son premier ministre, Gustavo Adrianzén, n’a pas écarté la possibilité que le Pérou se retire de la Cour interaméricaine des droits de l’homme : « Nous estimons qu’il existe une cour de justice supranationale qui outrepasse ses pouvoirs de manière inhabituelle et qui entrave les pouvoirs de l’Etat, a-t-il déclaré à Canal N. Et cela, un Etat souverain régi par la séparation des pouvoirs ne peut l’accepter. »

Juanita Goebertus, directrice des Amériques de l’organisation Human Rights Watch, a, elle, regretté que le Pérou, « comme le Nicaragua et le Venezuela, s’éloigne du système interaméricain des droits humains ». « Les Péruviens ne sont pas protégés », a-t-elle ajouté.

Le 19 juin, dans une décision historique, dix anciens militaires péruviens avaient été condamnés à des peines allant de six à douze années d’incarcération pour le viol de neuf paysannes des communautés de Manta et Vilca, dans la région de Huancavelica (Sud), en 1984. Pour la première fois au Pérou, un verdict qualifiait des viols, commis dans le contexte du conflit armé, de crimes contre l’humanité.

Ces violences sexuelles avaient été consignées dans le rapport de la Commission de la vérité et de la réconciliation de 2003, identifiant vingt-quatre victimes dans ces deux communautés, et plus de 5 300 dans tout le pays. Quarante ans après les faits, il est possible que les condamnés ne soient jamais incarcérés, et que plus aucun procès de cette nature n’ait lieu au Pérou.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 664 mots, p. SPA7

Grand-Est 08 || Ardennes 3 sièges 10 || Aube 3 sièges 51 || Marne 5 sièges 52 || Haute-Marne 2 sièges 54 || Meurthe-et-Moselle 6 sièges 55 || Meuse 2 sièges 57 || Moselle 9 sièges 67 || Bas-Rhin 9 sièges 68|| Haut-Rhin 6 sièges

88 || Vosges 4 sièges

Sortants Stéphane Viry (LR) ; David Valence (PRV-Ensemble) ; Christophe Naegelen (UDI) ; Jean-Jacques Gaultier (LR).

A l’issue du second tour, le Rassemblement national (RN) remporte deux des quatre circonscriptions du département, alors que le parti de Marine Le Pen n’en avait décroché aucune en 2022. Le député sortant de la majorité présidentielle, David Valence, perd la 2e (Saint-Dié) et laisse la place à Gaëtan Dussausaye (RN), qui enregistre 52,77 % des voix. Dans la 4e (Neufchâteau), Sébastien Humbert (RN) recueille 53,18 % des suffrages, face à Jean-Jacques Gaultier (Les Républicains, LR), élu à l’Assemblée depuis 2017. Dans la 3e circonscription (Remiremont), le divers droite sortant, Christophe Naegelen, arrive largement en tête avec 64,67 % des voix, et dans la 1re (Epinal), Stéphane Viry (LR) fait aussi la différence, avec 58,73 % des suffrages.

Épinal (1re)

Stéphane Viry (LR) Réélu

I : 75 993 - V : 51 409 - A : 32,35 % E : 49 831 - B : 1 092 - N : 486

Stéphane Viry

, LR, 29 264 (58,73 %) ; Pierre François, RN, 20 567 (41,27 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 75 984 - V : 50 747 - A : 33,21 % - E : 49 478 - B. : 761 -

Viry

, 21 200 (42,85 %) ;

François

, 18 886 (38,17 %) ;

Perrin

, 8 655 (17,49 %) ;

Abbot

, 737 (1,49 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 76 780 - V : 33 916 - A : 55,83 % - E : 31 898 - B. : 1 508 -

Viry

, 21 445 (67,23 %) ;

Moons

, 10 453 (32,77 %).

Saint-Dié (2e)

Gaëtan Dussausaye (RN) Élu

I : 71 910 - V : 49 628 - A : 30,99 % E : 47 470 - B : 1 475 - N : 683

Gaëtan Dussausaye

, RN, 25 048 (52,77 %) ; David Valence, Ren.-Ensemble, 22 422 (47,23 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 71 896 - V : 48 623 - A : 32,37 % - E : 47 315 - B. : 850 -

Dussausaye

, 22 788 (48,16 %) ;

Valence

, 14 592 (30,84 %) ;

Xicola

, 7 312 (15,45 %) ;

Gateau

, 1 202 (2,54 %) ;

Thiebaut

, 925 (1,95 %) ;

Langlade

, 486 (1,03 %) ;

Chambrot

, 10 (0,02 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 72 550 - V : 33 964 - A : 53,19 % - E : 31 304 - B. : 1 871 -

Valence

, 15 823 (50,55 %) ;

Dussausaye

, 15 481 (49,45 %).

Remiremont (3e)

Christophe Naegelen (UDI) Réélu

I : 63 361 - V : 43 521 - A : 31,31 % E : 42 275 - B : 860 - N : 386

Christophe Naegelen

, UDI, 27 341 (64,67 %) ; Pauline Fresse, RN, 14 934 (35,33 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 63 350 - V : 43 543 - A : 31,27 % - E : 42 733 - B. : 543 -

Naegelen

, 20 652 (48,33 %) ;

Fresse

, 14 287 (33,43 %) ;

Bachelart

, 7 283 (17,04 %) ;

Bailly

, 511 (1,20 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 63 943 - V : 29 720 - A : 53,52 % - E : 28 323 - B. : 1 021 -

Naegelen

, 21 035 (74,27 %) ;

François

, 7 288 (25,73 %).

Neufchâteau (4e)

Sébastien Humbert (RN) Élu

I : 64 121 - V : 45 032 - A : 29,77 % E : 42 869 - B : 1 423 - N : 740

Sébastien Humbert

, RN, 22 796 (53,18 %) ; Jean-Jacques Gaultier, LR, 20 073 (46,82 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 64 121 - V : 44 245 - A : 31 % - E : 42 755 - B. : 1 019 -

Humbert

, 20 529 (48,02 %) ;

Gaultier

, 13 644 (31,91 %) ;

Wein

, 6 851 (16,02 %) ;

Bailly

, 674 (1,58 %) ;

Hubert

, 538 (1,26 %) ;

Beni

, 519 (1,21 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 65 292 - V : 32 448 - A : 50,30 % - E : 29 743 - B. : 1 899 -

Gaultier

, 15 441 (51,91 %) ;

Humbert

, 14 302 (48,09 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1544 mots, p. SPA2,SPA3

Auvergne- Rhône-Alpes 01 || Ain 5 sièges 03 || Allier 3 sièges 07 || Ardèche 3 sièges 15 || cantal 2 sièges 26 || drôme 4 sièges 42 || Loire 6 sièges 43 || Haute-Loire 2 sièges 63 || Puy-de-Dôme 5 sièges 69 || Rhône 14 sièges 73 || Savoie 4 sièges 74 || Haute-Savoie 6 sièges

38 || Isère 10 sièges

Sortants Olivier Véran (LRM-Ensemble) ; Cyrielle Chatelain (EELV-Nupes) ; Elisa Martin (LFI-Nupes) ; Marie-Noëlle Battistel (PS-Nupes) ; Jérémie Iordanoff (EELV-Nupes) ; Alexis Jolly (RN) ; Yannick Neuder (LR) ; Caroline Abadie (LRM-Ensemble) ; Elodie Jacquier-Laforge (MoDem-Ensemble) ; Marjolaine Meynier-Millefert (LRM-Ensemble).

L’ex-ministre de la santé Olivier Véran est battu dans la 1re circonscription (Grenoble I, II et IV), devancé de 1 318 voix par Hugo Prevost (LFI-Nouveau Front populaire), tandis que le candidat d’extrême droite est relégué loin derrière. Dans la circonscription voisine (Echirolles), l’écologiste Cyrielle Chatelain est largement réélue, avec 62,07 % des suffrages, face au représentant du Rassemblement national (RN). Elisa Martin (LFI-Nouveau Front populaire) écrase son concurrent d’extrême droite, en recueillant 69,61 % à l’issue d’un duel disputé dans la 3e (Grenoble III, V et VI). Au total, le NFP obtient six sièges sur dix dans le département. L’extrême droite passe de un à trois députés, et le seul député Les Républicains sortant conserve son fauteuil : Yannick Neuder, proche de Laurent Wauquiez, obtient 54,33 %, en baisse de 5 points par rapport à 2022.

Grenoble I, II, IV (1re)

Hugo Prevost (LFI-NFP) Élu

I : 83 946 - V : 63 523 - A : 24,33 % E : 62 423 - B : 826 - N : 274

Hugo Prevost

, LFI-NFP, 26 438 (42,35 %) ; Olivier Véran, Ren.-Ensemble, 25 120 (40,24 %) ; Alexandre Lacroix, LR-RN, 10 865 (17,41 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 83 879 - V : 63 632 - A : 24,14 % - E : 62 720 - B. : 675 -

Prevost

, 25 207 (40,19 %) ;

Véran

, 21 089 (33,62 %) ;

Lacroix

, 11 504 (18,34 %) ;

Béranger

, 4 379 (6,98 %) ;

Adam

, 541 (0,86 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 85 737 - V : 47 861 - A : 44,18 % - E : 45 939 - B. : 1 461 -

Véran

, 25 512 (55,53 %) ;

Robin

, 20 427 (44,47 %).

Echirolles (2e)

Cyrielle Chatelain (EELV-NFP) Réélue

I : 79 236 - V : 53 584 - A : 32,37 % E : 49 709 - B : 3 139 - N : 736

Cyrielle Chatelain

, EELV-NFP, 30 855 (62,07 %) ; Edouard Robert, RN, 18 854 (37,93 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 79 215 - V : 53 800 - A : 32,08 % - E : 52 607 - B. : 898 -

Chatelain

, 22 185 (42,17 %) ;

Robert

, 16 043 (30,50 %) ;

Carrière

, 10 114 (19,23 %) ;

De Carvalho

, 3 064 (5,82 %) ;

Gomez

, 661 (1,26 %) ;

Lafeuille

, 540 (1,03 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 78 601 - V : 34 686 - A : 55,87 % - E : 32 596 - B. : 1 544 -

Chatelain

, 16 992 (52,13 %) ;

Colas-Roy

, 15 604 (47,87 %).

Grenoble III, V, VI (3e)

Élisa Martin (LFI-NFP) Réélue

I : 57 526 - V : 39 371 - A : 31,56 % E : 35 681 - B : 2 898 - N : 792

Élisa Martin

, LFI-NFP, 24 837 (69,61 %) ; Christel Dupré, RN, 10 844 (30,39 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 57 458 - V : 40 226 - A : 29,99 % - E : 39 530 - B. : 446 -

Martin

, 16 933 (42,84 %) ;

Dupré

, 8 989 (22,74 %) ;

Chalas

, 7 908 (20,01 %) ;

Gemmani

, 3 059 (7,74 %) ;

Genevois

, 1 103 (2,79 %) ;

Benharouga

, 370 (0,94 %) ;

Boubeker

, 289 (0,73 %) ;

Fassion

, 251 (0,63 %) ;

Brun

, 223 (0,56 %) ;

Clot

, 181 (0,46 %) ;

Anglade

, 142 (0,36 %) ;

Le Fourn

, 82 (0,21 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 60 402 - V : 28 018 - A : 53,61 % - E : 26 664 - B. : 986 -

Martin

, 15 326 (57,48 %) ;

Chalas

, 11 338 (42,52 %).

Vif (4e)

Marie-Noëlle Battistel (PS-NFP) Réélue

I : 92 613 - V : 66 154 - A : 28,57 % E : 61 997 - B : 3 358 - N : 799

Marie-Noëlle Battistel

, PS-NFP, 37 148 (59,92 %) ; Anne-Marie Malandrino, LR-RN, 24 849 (40,08 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 92 601 - V : 66 216 - A : 28,49 % - E : 64 787 - B. : 1 100 -

Battistel

, 27 548 (42,52 %) ;

Malandrino

, 20 812 (32,12 %) ;

De Caro

, 7 751 (11,96 %) ;

Veyret

, 7 219 (11,14 %) ;

Babut

, 838 (1,29 %) ;

Ziegler

, 619 (0,96 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 91 894 - V : 44 026 - A : 52,09 % - E : 41 366 - B. : 1 945 -

Battistel

, 24 016 (58,06 %) ;

Lacroix

, 17 350 (41,94 %).

Saint-Égrève (5e)

Jérémie Iordanoff (EELV-NFP) Réélu

I : 106 962 - V : 78 229 - A : 26,86 % E : 72 195 - B : 5 005 - N : 1 029

Jérémie Iordanoff

, EELV-NFP, 43 281 (59,95 %) ; Frédérique Schreiber, RN, 28 914 (40,05 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 106 920 - V : 78 561 - A : 26,52 % - E : 76 863 - B. : 1 296 -

Iordanoff

, 27 991 (36,42 %) ;

Schreiber

, 23 674 (30,80 %) ;

Colas-Roy

, 15 783 (20,53 %) ;

Escaron

, 7 250 (9,43 %) ;

Garrigos

, 791 (1,03 %) ;

Tulipe

, 755 (0,98 %) ;

Lacrouts

, 619 (0,81 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 106 050 - V : 53 099 - A : 49,93 % - E : 49 590 - B. : 2 593 -

Iordanoff

, 25 010 (50,43 %) ;

Jay

, 24 580 (49,57 %).

Bourgoin-Jallieu Nord (6e)

Alexis Jolly (RN) Réélu

I : 91 071 - V : 62 074 - A : 31,84 % E : 54 884 - B : 5 988 - N : 1 202

Alexis Jolly

, RN, 34 116 (62,16 %) ; Yaqine Di Spigno, LFI-NFP, 20 768 (37,84 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 91 054 - V : 62 852 - A : 30,97 % - E : 61 335 - B. : 1 201 -

Jolly

, 29 167 (47,55 %) ;

Di Spigno

, 12 791 (20,85 %) ;

Motin

, 10 712 (17,46 %) ;

Pourtier

, 7 816 (12,74 %) ;

Gomez

, 664 (1,08 %) ;

Fabre

, 185 (0,30 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 89 161 - V : 39 519 - A : 55,68 % - E : 36 661 - B. : 2 259 -

Jolly

, 18 667 (50,92 %) ;

Motin

, 17 994 (49,08 %).

Beaurepaire (7e)

Yannick Neuder (LR) Réélu

I : 97 024 - V : 69 442 - A : 28,43 % E : 67 057 - B : 1 825 - N : 560

Yannick Neuder

, LR, 36 434 (54,33 %) ; Benoît Auguste, RN, 30 623 (45,67 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 97 000 - V : 69 193 - A : 28,67 % - E : 67 773 - B. : 1 033 -

Auguste

, 28 531 (42,10 %) ;

Neuder

, 18 678 (27,56 %) ;

Dichard

, 13 427 (19,81 %) ;

Chesser

, 6 507 (9,60 %) ;

Perrodin

, 630 (0,93 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 96 144 - V : 43 751 - A : 54,49 % - E : 39 733 - B. : 3 121 -

Neuder

, 23 678 (59,59 %) ;

Moulin-Comte

, 16 055 (40,41 %).

Vienne (8e)

Hanane Mansouri (LR-RN) Élue

I : 82 869 - V : 58 645 - A : 29,23 % E : 53 596 - B : 4 059 - N : 990

Hanane Mansouri

, LR-RN, 28 995 (54,10 %) ; Cécile Michel, EELV-NFP, 24 601 (45,90 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 82 842 - V : 58 594 - A : 29,27 % - E : 57 232 - B. : 1 026 -

Mansouri

, 22 847 (39,92 %) ;

Michel

, 14 021 (24,50 %) ;

Abadie

, 11 727 (20,49 %) ;

Lassalle

, 7 923 (13,84 %) ;

Lacaille

, 623 (1,09 %) ;

Galves

, 91 (0,16 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 82 512 - V : 37 293 - A : 54,80 % - E : 34 033 - B. : 2 566 -

Abadie

, 18 251 (53,63 %) ;

Auguste

, 15 782 (46,37 %).

Voiron (9e)

Sandrine Nosbé (LFI-NFP) Élue

I : 101 341 - V : 72 379 - A : 28,58 % E : 63 272 - B : 7 600 - N : 1 507

Sandrine Nosbé

, LFI-NFP, 33 299 (52,63 %) ; Cécile Bene, RN, 29 973 (47,37 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 101 320 - V : 72 581 - A : 28,36 % - E : 70 825 - B. : 1 447 -

Bene

, 24 106 (34,04 %) ;

Nosbé

, 19 825 (27,99 %) ;

Jacquier-Laforge

, 19 307 (27,26 %) ;

Baradel

, 5 468 (7,72 %) ;

Offranc Piret

, 833 (1,18 %) ;

Detroyat

, 756 (1,07 %) ;

Vero

, 397 (0,56 %) ;

Radlo

, 124 (0,18 %) ;

Vassal

, 9 (0,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 100 653 - V : 49 243 - A : 51,08 % - E : 45 400 - B. : 2 938 -

Jacquier-Laforge

, 24 427 (53,80 %) ;

Nosbé

, 20 973 (46,20 %).

Bourgoin-Jallieu Sud (10e)

Thierry Perez (RN) Élu

I : 99 416 - V : 67 744 - A : 31,86 % E : 60 317 - B : 6 119 - N : 1 308

Thierry Perez

, RN, 33 413 (55,40 %) ; Joëlle Richol, LFI-NFP, 26 904 (44,60 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 99 395 - V : 67 718 - A : 31,87 % - E : 66 186 - B. : 1 149 -

Perez

, 28 348 (42,83 %) ;

Richol

, 16 833 (25,43 %) ;

Meynier-Millefert

, 14 688 (22,19 %) ;

Lepretre

, 5 318 (8,03 %) ;

Bordes

, 999 (1,51 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 98 834 - V : 42 251 - A : 57,25 % - E : 38 627 - B. : 2 882 -

Meynier-Millefert

, 20 282 (52,51 %) ;

Germain

, 18 345 (47,49 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 299 mots, p. SPA6

Grand-Est 08 || Ardennes 3 sièges 10 || Aube 3 sièges 51 || Marne 5 sièges 54 || Meurthe-et-Moselle 6 sièges 55 || Meuse 2 sièges 57 || Moselle 9 sièges 67 || Bas-Rhin 9 sièges 68|| Haut-Rhin 6 sièges 88 || Vosges 4 sièges

52 || Haute-Marne 2 sièges

Sortants Christophe Bentz (RN) ; Laurence Robert-Dehault (RN).

Les deux députés Rassemblement national (RN) sortants vont reprendre le chemin de l’Assemblée nationale. Dans la 2e circonscription (Saint-Dizier), Laurence Robert-Dehault avait emporté la mise face à Nicolas Lacroix (Les Républicains) dès le premier tour. Christophe Bentz, qui avait raté sa réélection à quelques centaines de voix dans la 1re circonscription (Chaumont) rectifie le tir.

La mobilisation des électeurs de gauche en faveur de Bérangère Abba (Horizons-Ensemble) n’a pas suffi à combler l’écart avec le député sortant. Toutefois, Bérangère Abba peut se prévaloir de devancer Christophe Bentz à Chaumont (58,27 %) et Langres (55,73 %). Il n’en a pas été de même dans de nombreuses communes rurales, où le RN est désormais bien enraciné.

élue du premier tour Laurence Robert-Dehault - RN - 2e

Chaumont (1re)

Christophe Bentz (RN) Réélu

I : 69 173 - V : 46 768 - A : 32,39 % E : 44 102 - B : 1 829 - N : 837

Christophe Bentz

, RN, 23 770 (53,90 %) ; Bérangère Abba, Hor.-Ensemble, 20 332 (46,10 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 69 171 - V : 46 594 - A : 32,64 % - E : 44 672 - B. : 1 159 -

Bentz

, 21 815 (48,83 %) ;

Abba

, 12 529 (28,05 %) ;

Lambert

, 9 104 (20,38 %) ;

Demay

, 869 (1,95 %) ;

Gallet

, 355 (0,79 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 69 998 - V : 34 729 - A : 50,39 % - E : 31 613 - B. : 2 193 -

Bentz

, 16 201 (51,25 %) ;

Abba

, 15 412 (48,75 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 278 mots, p. SPA16

971 || Guadeloupe 4 sièges 976 || Mayotte 2 sièges 988 || Nouvelle-Calédonie 2 sièges 987 || Polynésie-Française 3 sièges 986 || Wallis-et-futuna 1 siège 977 || Saint-Barthélemy 978 || Saint-Martin 1 siège 974 || La Réunion 7 sièges 973 || Guyane 2 sièges 972 || Martinique 4 sièges

975 || Saint-Pierre- et-Miquelon 1 siège

Sortants Stéphane Lenormand (div. d.).

Le second tour s’annonçait serré mais les reports de voix de la gauche n’ont finalement pas entaché sa victoire : Stéphane Lenormand (divers droite) a été largement réélu, avec 61,74 % des voix, dans la circonscription de Saint-Pierre-et-Miquelon, contre son adversaire socialiste Frédéric Beaumont (38,26 %). Le député sortant, ancien président de la petite collectivité territoriale de l’Atlantique, siégeait depuis 2022 au groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) et présidait le groupe d’amitié France-Québec. L’archipel affiche sur les derniers scrutins un taux de participation d’une grande stabilité. Il s’est établi à 55,45 % pour ce second tour, quasi équivalent à celui de 2022.

Circonscription unique

Stéphane Lenormand (div. d.) Réélu

I : 5 068 - V : 2 810 - A : 44,55 % E : 2 697 - B : 69 - N : 44

Stéphane Lenormand

, div. d., 1 665 (61,74 %) ; Frédéric Beaumont, PS, 1 032 (38,26 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 5 069 - V : 2 807 - A : 44,62 % - E : 2 748 - B. : 37 -

Lenormand

, 1 184 (43,09 %) ;

Beaumont

, 464 (16,89 %) ;

Letournel

, 409 (14,88 %) ;

Lebailly

, 400 (14,56 %) ;

Chagnon

, 291 (10,59 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 5 049 - V : 2 825 - A : 44,05 % - E : 2 639 - B. : 121 -

Lenormand

, 1 329 (50,36 %) ;

Gaston

, 1 310 (49,64 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 1096 mots, p. 9
Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

LR veut affirmer son autonomie à l’Assemblée

La droite qui n’a pas suivi Eric Ciotti pourrait maintenir un groupe d’au moins une cinquantaine de députés

Alexandre Pedro

Au siège parisien du parti Les Républicains (LR), l’heure aurait presque pu être à la fête. Du moins si une soirée y avait été organisée, dimanche 7 juillet. Quelques bouchons de champagne ont bien sauté à droite à l’issue du second tour des élections législatives, mais surtout dans les permanences des différents candidats élus.

Dimanche soir, selon un décompte interne au parti, 56 députés estampillés LR (lundi matin, LeMonde en comptait 45, et 15 divers droite) allaient prendre leurs quartiers à l’Assemblée nationale cette semaine, dont 44 sortants. Les troupes LR devraient donc retrouver un étiage assez comparable à celui d’avant la dissolution (61 députés).

Un petit miracle pour une formation partie en campagne divisée et toujours à la recherche du mode d’emploi juridique pour exclure son président, coupable d’avoir pactisé avec le Rassemblement national (RN). Sans jamais citer le nom d’Eric Ciotti, Laurent Wauquiez a tenu à « rendre hommage » aux soldats LR « restés droits contre toutes les manœuvres »,dans son allocution après sa victoire dans la Haute-Loire. Si l’élection du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes à la députation n’est pas une surprise, d’autres LR apparaissent comme de véritables miraculés politiques.

Dans l’Aisne, Julien Dive est réélu dans un département où les quatre autres circonscriptions ont été enlevées par le RN dès le premier tour. Clin d’œil de l’histoire, ce proche de Xavier Bertrand a remonté un retard de douze points face à Philippe Torre (50,6 % contre 49,4 %), candidat de l’extrême droite et… avocat d’Eric Ciotti. A l’image d’autres sortants, M. Dive a fait campagne sans mettre en avant une marque LR démonétisée, mais plutôt sur son ancrage territorial, celle d’un « gars du cru qui connaît par cœur son territoire ». Mais sa remontée a aussi été rendue possible par l’appel au barrage républicain lancé notamment par la candidate du Nouveau Front populaire, Anne-Sophie Dujancourt (LFI), arrivée troisième au premier tour et non qualifiée pour le second.

« Gouvernement provisoire »

D’autres survivants ont aussi profité du retrait, voire du soutien de leur adversaire de gauche du 30 juin. C’est le cas d’Olivier Marleix. En ballottage très défavorable, l’ancien président du groupe LR à l’Assemblée a remporté son duel en Eure-et-Loir contre un autre adversaire RN, Olivier Dubois. « Le RN fait perdre la droite et fait perdre la France », estime le vainqueur du soir, qui regrette dans un message sur X que « certaines rédactions aient décidé de ne plus appeler le RN extrême droite ».

Pourtant, Les Républicains n’ont jamais appelé à barrer la route à l’extrême droite durant l’entre-deux-tours. Un RN mis sur le même pied que le Nouveau Front populaire (NFP), qualifié d’ « extrême gauche » et « dominé par La France insoumise »dans un communiqué du parti, après le premier tour. Les chiffres sont néanmoins têtus. La droite a crié au « ni-ni » (ni RN ni NFP) toute la semaine au niveau national, mais a bénéficié localement du front républicain. Selon l’institut de sondage Ipsos, 70 % de ceux qui ont voté à gauche au premier tour, et même 79 % des électeurs de la coalition présidentielle Ensemble, se sont reportés au second sur un candidat LR dans les duels avec l’extrême droite.

Dans un premier temps, Les Républicains vont devoir se compter et voir si des élus divers droite veulent rejoindre leur groupe. Puis ils devront déterminer la place de ce groupe dans cette Assemblée à la configuration inédite. Dans la précédente législature, la droite a joué un rôle pivot pour la coalition présidentielle – ou un rôle de « béquille » pour ses détracteurs. « L’ancienne majorité n’a pas arrêté de mettre ses échecs sur notre dos, mais elle était bien contente de nous trouver pour voter la plupart des textes », soupire Olivier Marleix.

Dans la nouvelle Assemblée, l’addition des élus Ensemble et LR ne suffira pas à permettre de voter des textes. Mais la droite pourrait-elle participer à une large coalition avec une partie de la gauche et des macronistes, sortis moins affaiblis que prévu de ces législatives ? Président LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand plaide dans ce sens avec son idée de « gouvernement provisoire de la République ». « Certains chez nous n’attendent que cela », souffle un cadre, qui vise les « Macron-compatibles »comme Nicolas Forissier (Indre) ou Philippe Juvin (Hauts-de-Seine).

Laurent Wauquiez a un autre agenda en tête. S’il a conduit une campagne très locale en Haute-Loire, il espère que ce retour au Palais-Bourbon le mènera vers la présidentielle en 2027 avec le statut de champion de la droite. « Je vois bien la tentation des tractations, des combinaisons, pour échafauder des majorités contre-nature. Ce sera sans nous », prévient-il.

Ambitions contrariées

Une ligne d’autonomie aussi revendiquée par Aurélien Pradié, qui a récemment quitté LR. « Il y a quelques jours, j’ai pris le risque de reprendre ma liberté. Ce risque-là, je ne l’ai pas pris pour l’abandonner », assure le député du Lot, facilement réélu lors d’une triangulaire (53,8 %). Le trublion de la droite cherchera-t-il à former son propre groupe ? La tâche s’annonce difficile, surtout avec les pertes, dans la bataille électorale, de certains de ses proches, comme Pierre-Henri Dumont (dans le Pas-de-Calais) ou Maxime Minot (dans l’Oise).

Pour l’instant, les survivants LR s’accordent presque tous sur un point : leur ressentiment à l’égard d’Eric Ciotti. Malgré sa réélection dans les Alpes-Maritimes, le président contesté des Républicains a échoué à rallier à lui d’autres députés LR, à part sa voisine des Alpes-Maritimes Christelle d’Intorni. Si le Niçois paraît en mesure d’avoir les 15 élus nécessaires pour former un groupe « Les Républicains à droite », il ne sera pas une force d’attraction pour les députés LR « canal historique ».

Avant le second tour, Olivier Marleix se délectait déjà des ambitions contrariées du nouvel allié de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. « Il rêvait d’être ministre et il va se retrouver à la tête d’un petit groupe sans importance à côté du RN. J’espère pour lui que ses nouveaux amis lui laisseront au moins la questure » , ironisait l’élu d’Eure-et-Loir, le 4 juillet. Les retrouvailles s’annoncent très fraîches sur les bancs de l’Assemblée nationale entre les rescapés LR et celui qui était persuadé que l’union des droites le mènerait enfin au pouvoir.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 316 mots, p. SPA4

Bourgogne- Franche-Comté 21 || Côte-d’Or 5 sièges 25 || Doubs 5 sièges 39 || Jura 3 sièges 58 || Nièvre 2 sièges 71 || Saône-et-Loire 5 sièges 89 || Yonne 3 sièges 90 || Territoire de Belfort 2 sièges

70 || Haute-Saône 2 sièges

Sortants Antoine Villedieu (RN) ; Emeric Salmon (RN).

Sans surprise, puisqu’il y progresse de façon régulière depuis des années, le Rassemblement national (RN) a conservé ses deux sièges de député en Haute-Saône. Emeric Salmon, parachuté de Bretagne en 2022 dans ce département à dominante rurale qu’il ne connaissait pas, a réussi son implantation puisqu’il a été réélu dès le premier tour dans la 2e circonscription (Lure, Luxeuil-les-Bains). Son collègue Antoine Villedieu, lui, a dû attendre le second tour pour faire de même dans la 1re circonscription (Vesoul), où il a recueilli 53,52 % des suffrages exprimés face au maire de Vesoul, Alain Chrétien (Horizons), proche de longue date d’Edouard Philippe, qui n’a obtenu que 46,48 % des voix. A noter toutefois sa remontée significative : il n’en avait engrangé que 29,99 % le dimanche 30 juin.

élu du premier tour Emeric Salmon - RN - 2e

Vesoul (1re)

Antoine Villedieu (RN) Réélu

I : 88 348 - V : 63 011 - A : 28,68 % E : 59 849 - B : 2 043 - N : 1 119

Antoine Villedieu

, RN, 32 032 (53,52 %) ; Alain Chrétien, Hor.-Ensemble, 27 817 (46,48 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 88 355 - V : 62 510 - A : 29,25 % - E : 60 336 - B. : 1 227 -

Villedieu

, 29 458 (48,82 %) ;

Chrétien

, 18 093 (29,99 %) ;

Poyard

, 10 362 (17,17 %) ;

Zelfa

, 906 (1,50 %) ;

Fischer

, 816 (1,35 %) ;

Ghiles

, 701 (1,16 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 88 324 - V : 45 666 - A : 48,30 % - E : 41 279 - B. : 2 825 -

Villedieu

, 22 498 (54,50 %) ;

Bessot Ballot

, 18 781 (45,50 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 344 mots, p. 7
Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Le retour de Dominique Voynet à l’Assemblée

L’ancienne ministre écologiste de Jospin a été élue face à un candidat du RN dans le Doubs

S. Z.

Dominique Voynet revient sur les bancs de l’Assemblée nationale. L’ancienne ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement de Lionel Jospin (1997 à 2001) a été élue avec près de 60 % des voix dans la 2e circonscription du Doubs face au candidat du Rassemblement national (RN), Eric Fusis. Elle a bénéficié du désistement du candidat de la majorité présidentielle sortante, Benoît Vuillemin, lors du second tour. Avec François Hollande (qui était alors premier secrétaire du Parti socialiste), l’écologiste historique est la deuxième figure symbolique de la « gauche plurielle », qui avait accédé au pouvoir en 1997, à revenir à l’Assemblée nationale.

Retirée de la vie politique nationale depuis la fin de son mandat de sénatrice de Seine-Saint-Denis en 2011, l’ex-candidate aux présidentielles de 1995 et de 2007 avait repris, depuis deux ans, les commandes des instances locales des Ecologistes dans sa Franche-Comté natale, avant d’être investie candidate sous l’étiquette du Nouveau Front populaire. Au grand dam de plusieurs féministes qui ne lui pardonnent pas son soutien à son ancien bras droit Denis Baupin, mis en cause pour violences sexuelles par plusieurs militantes des Verts en 2016.

Posture de « résistance »

Pas de quoi déstabiliser l’ancienne patronne du parti, qui avait la voie libre après que le député sortant Renaissance Eric Alauzet, un ancien de ses proches, avait renoncé à se représenter. A 65 ans, la candidate écologiste a adopté une posture de « résistance »face à la menace du RN qui lui a valu la sympathie des électeurs de gauche dès le premier tour, rassurés par son long CV politique d’ancienne élue locale (elle a été maire de Montreuil de 2008 à 2014) et d’ex-ministre.

Ses anciens combats locaux (contre le canal Rhin-Rhône) et nationaux (sortie du nucléaire, limitation des jours de chasse, etc.) ont laissé un souvenir certain sur ces terres où les écologistes ont une implantation réelle.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1034 mots, p. SPA11

Nouvelle-Aquitaine 16 || Charente 3 sièges 17 || Charente-Maritime 5 sièges 19 || Corrèze 2 sièges 23 || Creuse 1 siège 24 || Dordogne 4 sièges 33 || Gironde 12 sièges 40 || Landes 3 sièges 47 || Lot-et-Garonne 3 sièges 79 || Deux-Sèvres 3 sièges 86 || Vienne 4 sièges 87 || Haute-Vienne 3 sièges

64 || Pyrénées-Atlantiques 6 sièges

Sortants Josy Poueyto (MoDem-Ensemble) ; Jean-Paul Mattei (MoDem-Ensemble) ; David Habib (PS dis.) ; Inaki Echaniz (PS-Nupes) ; Florence Lasserre (MoDem-Ensemble) ; Vincent Bru (MoDem-Ensemble).

Les Pyrénées-Atlantiques n’envoient à l’Assemblée aucun représentant du RN, alors que ce parti s’était qualifié pour le deuxième tour dans les six circonscriptions. A Pau, les duels face à l’extrême droite tournent au profit des sortants MoDem. Même chose pour le député divers gauche David Habib, à Orthez. A Oloron-Sainte-Marie, dans la triangulaire de la 4e circonscription « basco-béarnaise », Jean Lassalle n’a pas pu rattraper son retard sur le socialiste sortant, Iñaki Echaniz. Si la socialiste Colette Capdevielle retrouve à Bayonne (5e circonscription) un siège qu’elle a occupé de 2012 à 2017, la surprise vient du sud de la côte basque : dans une triangulaire, Peio Dufau (Euskal Herria Bai-Nouveau Front populaire) a arraché la circonscription qui fut celle de la gaulliste Michèle Alliot-Marie.

Pau - Centre, Nord, Ouest (1re)

Josy Poueyto (MoDem-Ensemble) Réélue

I : 69 454 - V : 49 356 - A : 28,94 % E : 46 397 - B : 2 128 - N : 831

Josy Poueyto

, MoDem-Ensemble, 30 942 (66,69 %) ; François Verriere, RN, 15 455 (33,31 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 69 447 - V : 49 408 - A : 28,86 % - E : 48 244 - B. : 813 -

Verriere

, 13 490 (27,96 %) ;

Poueyto

, 12 939 (26,82 %) ;

Lalanne

, 9 625 (19,95 %) ;

Sanroman

, 6 305 (13,07 %) ;

Lafargue

, 4 304 (8,92 %) ;

Zen

, 1 215 (2,52 %) ;

Hegoburu

, 366 (0,76 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 69 016 - V : 36 225 - A : 47,51 % - E : 33 341 - B. : 1 871 -

Poueyto

, 16 929 (50,78 %) ;

Lalanne

, 16 412 (49,22 %).

Pau - Est, Sud (2e)

Jean-Paul Matteï (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 84 677 - V : 62 179 - A : 26,57 % E : 58 589 - B : 2 583 - N : 1 007

Jean-Paul Matteï

, MoDem-Ensemble, 37 347 (63,74 %) ; Monique Becker, RN, 21 242 (36,26 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 84 672 - V : 62 356 - A : 26,36 % - E : 60 718 - B. : 1 130 -

Becker

, 18 910 (31,14 %) ;

Matteï

, 17 972 (29,60 %) ;

Brunel

, 16 083 (26,49 %) ;

Labat

, 4 647 (7,65 %) ;

Mauhourat

, 1 497 (2,47 %) ;

Cescau

, 1 079 (1,78 %) ;

Marconi

, 530 (0,87 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 83 109 - V : 43 519 - A : 47,64 % - E : 39 700 - B. : 2 599 -

Mattei

, 21 720 (54,71 %) ;

Faure

, 17 980 (45,29 %).

Jurançon (3e)

David Habib (div. g.) Réélu

I : 83 930 - V : 60 364 - A : 28,08 % E : 57 833 - B : 1 804 - N : 727

David Habib

, div. g., 37 305 (64,50 %) ; Nicolas Cresson, RN, 20 528 (35,50 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 83 929 - V : 60 557 - A : 27,85 % - E : 59 181 - B. : 974 -

Habib

, 22 271 (37,63 %) ;

Cresson

, 18 670 (31,55 %) ;

Losson

, 10 255 (17,33 %) ;

Mardelle

, 5 998 (10,14 %) ;

Briolais

, 1 154 (1,95 %) ;

Armand Mège

, 475 (0,80 %) ;

Missier

, 358 (0,60 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 84 067 - V : 43 457 - A : 48,31 % - E : 39 691 - B. : 2 565 -

Habib

, 26 414 (66,55 %) ;

Baby

, 13 277 (33,45 %).

Oloron-Sainte-Marie (4e)

Iñaki Echaniz (PS-NFP) Réélu

I : 80 798 - V : 59 667 - A : 26,15 % E : 57 934 - B : 1 304 - N : 429

Iñaki Echaniz

, PS-NFP, 27 762 (47,92 %) ; Sylviane Lopez, RN, 16 753 (28,92 %) ; Jean Lassalle, div. d., 13 419 (23,16 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 80 792 - V : 59 145 - A : 26,79 % - E : 57 795 - B. : 928 -

Echaniz

, 21 968 (38,01 %) ;

Lopez

, 14 806 (25,62 %) ;

Lassalle

, 10 434 (18,05 %) ;

Cachenaut

, 8 983 (15,54 %) ;

Mirande Bec

, 1 128 (1,95 %) ;

Ribeiro

, 476 (0,82 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 80 815 - V : 44 143 - A : 45,38 % - E : 39 782 - B. : 2 923 -

Echaniz

, 19 936 (50,11 %) ;

Trounday

, 19 846 (49,89 %).

Anglet, Bayonne (5e)

Colette Capdevielle (PS-NFP) Élue

I : 101 137 - V : 71 520 - A : 29,28 % E : 64 828 - B : 5 253 - N : 1 439

Colette Capdevielle

, PS-NFP, 40 607 (62,64 %) ; Serge Rosso, RN, 24 221 (37,36 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 101 136 - V : 71 670 - A : 29,14 % - E : 70 109 - B. : 1 073 -

Capdevielle

, 22 643 (32,30 %) ;

Rosso

, 19 308 (27,54 %) ;

Lasserre

, 18 667 (26,63 %) ;

Castrec

, 4 198 (5,99 %) ;

Grateloup

, 1 567 (2,24 %) ;

Erramuzpe

, 1 414 (2,02 %) ;

Labadie

, 1 010 (1,44 %) ;

Cayuela

, 671 (0,96 %) ;

Bardanouve

, 477 (0,68 %) ;

Susbielle

, 154 (0,22 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 99 411 - V : 48 636 - A : 51,08 % - E : 44 453 - B. : 2 987 -

Lasserre

, 24 184 (54,40 %) ;

Pereira-Ostanel

, 20 269 (45,60 %).

Biarritz, Hendaye (6e)

Peio Dufau (rég.-NFP) Élu

I : 106 621 - V : 76 932 - A : 27,85 % E : 74 742 - B : 1 634 - N : 556

Peio Dufau

, rég.-NFP, 27 117 (36,28 %) ; Christian Devèze, MoDem-Ensemble, 26 403 (35,33 %) ; Victor Lastécouères, LR-RN, 21 222 (28,39 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 106 617 - V : 75 530 - A : 29,16 % - E : 73 578 - B. : 1 390 -

Dufau

, 21 650 (29,42 %) ;

Devèze

, 19 806 (26,92 %) ;

Lastécouères

, 18 610 (25,29 %) ;

Brisson

, 8 546 (11,61 %) ;

Tellechea

, 3 712 (5,04 %) ;

Uhart

, 844 (1,15 %) ;

Pernet

, 248 (0,34 %) ;

Berthelot

, 161 (0,22 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 105 506 - V : 51 284 - A : 51,39 % - E : 46 491 - B. : 3 364 -

Bru

, 27 994 (60,21 %) ;

Dubois-Robin

, 18 497 (39,79 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1385 mots, p. SPA13

44 || Loire-Atlantique 10 sièges

Sortants Mounir Belhamiti (LRM-Ensemble) ; Andy Kerbrat (LFI-Nupes) ; Ségolène Amiot (LFI-Nupes) ; Julie Laernoes (EELV-Nupes) ; Sarah El Hairy (MoDem-Ensemble) ; Jean-Claude Raux (EELV-Nupes) ; Sandrine Josso (MoDem-Ensemble) ; Matthias Tavel (LFI-Nupes) ; Yannick Haury (LRM-Ensemble) ; Sophie Errante (LRM-Ensemble).

Le Nouveau Front populaire fait recette en Loire-Atlantique. Après Andy Kerbrat (LFI-NFP), réélu au premier tour, les « insoumis » Ségolène Amiot dans la 3e circonscription, avec 50,13 %, et Matthias Tavel dans la 8e, avec61,68 %, conservent leurs sièges au Palais Bourbon, tout comme les candidats Les Ecologistes Julie Laernoes (4e, 53,40 %) et Jean-Claude Raux (6e, 40,06 %). Dans la 5e, Fabrice Roussel (PS-NFP,) s’impose face à la ministre Sarah El Haïry (MoDem-Ensemble) ; Karim Benbrahim (PS-NFP,) conquiert la 1re. Restent la 7e et la 10e circonscriptions, où les députées Sandrine Josso (MoDem-Ensemble) et Sophie Errante (Renaissance-Ensemble) sont réélues. Jean-Michel Brard (divers droite-Ensemble), maire de Pornic, devient député de la 9e.

élu du premier tour Andy Kerbrat - LFI-NFP - 2e

Nantes I, VI, VII (1re)

Karim Benbrahim (PS-NFP) Élu

I : 77 345 - V : 55 132 - A : 28,72 % E : 54 074 - B : 910 - N : 148

Karim Benbrahim

, PS-NFP, 24 963 (46,16 %) ; Mounir Belhamiti, Ren.-Ensemble, 20 610 (38,11 %) ; Bryan Pecqueur, RN, 8 501 (15,72 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 77 342 - V : 56 172 - A : 27,37 % - E : 54 798 - B. : 1 193 -

Benbrahim

, 23 671 (43,20 %) ;

Belhamiti

, 20 488 (37,39 %) ;

Pecqueur

, 9 937 (18,13 %) ;

Defrance

, 521 (0,95 %) ;

Collober

, 181 (0,33 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 77 128 - V : 41 391 - A : 46,33 % - E : 39 106 - B. : 1 913 -

Belhamiti

, 20 367 (52,08 %) ;

Benbrahim

, 18 739 (47,92 %).

Nantes V, XI, Saint-Herblain (3e)

Ségolène Amiot (LFI-NFP) Réélue

I : 97 410 - V : 66 097 - A : 32,15 % E : 64 261 - B : 1 572 - N : 264

Ségolène Amiot

, LFI-NFP, 32 216 (50,13 %) ; Matthieu Annereau, Ren.-Ensemble, 18 099 (28,16 %) ; Laurie Arc, RN, 13 946 (21,70 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 97 389 - V : 67 273 - A : 30,92 % - E : 65 728 - B. : 1 242 -

Amiot

, 29 285 (44,55 %) ;

Annereau

, 16 147 (24,57 %) ;

Arc

, 13 425 (20,43 %) ;

Van Goethem

, 4 143 (6,30 %) ;

Perrot

, 1 896 (2,88 %) ;

Dolidon

, 832 (1,27 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 96 753 - V : 47 293 - A : 51,12 % - E : 44 589 - B. : 2 169 -

Amiot

, 24 837 (55,70 %) ;

Brunet

, 19 752 (44,30 %).

Nantes X, Rezé (4e)

Julie Laernoes (EELV-NFP) Réélue

I : 93 258 - V : 65 805 - A : 29,44 % E : 64 168 - B : 1 216 - N : 421

Julie Laernoes

, EELV-NFP, 34 265 (53,40 %) ; Aude Amadou, Ren.-Ensemble, 16 225 (25,29 %) ; Gaëlle Pineau, RN, 13 678 (21,32 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 93 228 - V : 66 788 - A : 28,36 % - E : 65 381 - B. : 984 -

Laernoes

, 30 619 (46,83 %) ;

Amadou

, 14 815 (22,66 %) ;

Pineau

, 13 116 (20,06 %) ;

Lusson

, 5 450 (8,34 %) ;

Pellegrini

, 788 (1,21 %) ;

Olléon

, 593 (0,91 %) ;

Gauvin

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 93 281 - V : 47 905 - A : 48,64 % - E : 45 516 - B. : 1 652 -

Laernoes

, 26 411 (58,03 %) ;

Amadou

, 19 105 (41,97 %).

Nantes VIII, Carquefou (5e)

Fabrice Roussel (PS-NFP) Élu

I : 128 010 - V : 94 253 - A : 26,37 % E : 92 133 - B : 1 642 - N : 478

Fabrice Roussel

, PS-NFP, 36 774 (39,91 %) ; Sarah El Haïry, MoDem-Ensemble, 34 441 (37,38 %) ; Bruno Comby, LR-RN, 20 918 (22,70 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 127 978 - V : 94 366 - A : 26,26 % - E : 91 897 - B. : 1 830 -

Roussel

, 34 673 (37,73 %) ;

El Haïry

, 33 241 (36,17 %) ;

Comby

, 22 722 (24,73 %) ;

Clopeau

, 1 261 (1,37 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 125 919 - V : 65 969 - A : 47,61 % - E : 62 182 - B. : 2 766 -

El Hairy

, 33 834 (54,41 %) ;

Lalande

, 28 348 (45,59 %).

Châteaubriant (6e)

Jean-Claude Raux (EELV-NFP) Réélu

I : 117 326 - V : 82 520 - A : 29,67 % E : 80 337 - B : 1 628 - N : 555

Jean-Claude Raux

, EELV-NFP, 32 186 (40,06 %) ; Julio Pichon, RN, 27 738 (34,53 %) ; Alain Hunault, div. d., 20 413 (25,41 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 117 288 - V : 81 491 - A : 30,52 % - E : 78 794 - B. : 1 919 -

Raux

, 26 919 (34,16 %) ;

Pichon

, 25 886 (32,85 %) ;

Hunault

, 22 993 (29,18 %) ;

Lejau

, 1 671 (2,12 %) ;

Catheline

, 1 325 (1,68 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 115 404 - V : 54 955 - A : 52,38 % - E : 50 813 - B. : 2 803 -

Raux

, 26 874 (52,89 %) ;

Esnault

, 23 939 (47,11 %).

Guérande (7e)

Sandrine Josso (MoDem-Ensemble) Réélue

I : 118 962 - V : 85 759 - A : 27,91 % E : 80 956 - B : 3 751 - N : 1 052

Sandrine Josso

, MoDem-Ensemble, 48 531 (59,95 %) ; Michel Hunault, LR-RN, 32 425 (40,05 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 118 946 - V : 85 563 - A : 28,07 % - E : 82 445 - B. : 2 478 -

Josso

, 23 489 (28,49 %) ;

Hunault

, 23 210 (28,15 %) ;

Mahé

, 19 881 (24,11 %) ;

Plouvier

, 11 616 (14,09 %) ;

Bourdeau

, 1 595 (1,93 %) ;

Corbin

, 1 426 (1,73 %) ;

Belin

, 1 228 (1,49 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 117 322 - V : 59 203 - A : 49,54 % - E : 54 455 - B. : 3 566 -

Josso

, 31 074 (57,06 %) ;

Mahé

, 23 381 (42,94 %).

Saint-Nazaire (8e)

Matthias Tavel (LFI-NFP) Réélu

I : 91 169 - V : 60 012 - A : 34,17 % E : 53 376 - B : 5 002 - N : 1 634

Matthias Tavel

, LFI-NFP, 32 922 (61,68 %) ; Gauthier Bouchet, RN, 20 454 (38,32 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 91 147 - V : 60 452 - A : 33,68 % - E : 59 115 - B. : 945 -

Tavel

, 18 317 (30,99 %) ;

Bouchet

, 17 065 (28,87 %) ;

Dufeu

, 11 991 (20,28 %) ;

Perrin

, 8 327 (14,09 %) ;

Beuvelet

, 2 525 (4,27 %) ;

Le Beller

, 890 (1,51 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 90 161 - V : 42 275 - A : 53,11 % - E : 39 659 - B. : 1 809 -

Tavel

, 21 596 (54,45 %) ;

Dufeu

, 18 063 (45,55 %).

Paimboeuf, Pornic (9e)

Jean-Michel Brard (div. d.-Ensemble) Élu

I : 132 667 - V : 94 382 - A : 28,86 % E : 89 130 - B : 4 045 - N : 1 207

Jean-Michel Brard

, div. d.-Ensemble, 56 024 (62,86 %) ; Bastian Maldiney, RN, 33 106 (37,14 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 132 667 - V : 94 622 - A : 28,68 % - E : 91 804 - B. : 1 943 -

Brard

, 29 952 (32,63 %) ;

Maldiney

, 29 841 (32,51 %) ;

Macon

, 24 197 (26,36 %) ;

Le Gal La Salle

, 2 713 (2,96 %) ;

Papot

, 1 636 (1,78 %) ;

Chomard

, 1 209 (1,32 %) ;

Hervo

, 1 134 (1,24 %) ;

Bizien

, 1 122 (1,22 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 129 930 - V : 64 341 - A : 50,48 % - E : 59 533 - B. : 3 311 -

Haury

, 31 625 (53,12 %) ;

Macon

, 27 908 (46,88 %).

Vertou (10e)

Sophie Errante (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 126 356 - V : 93 588 - A : 25,93 % E : 90 782 - B : 2 097 - N : 709

Sophie Errante

, Ren.-Ensemble, 38 983 (42,94 %) ; Maxime Viancin, LFI-NFP, 25 973 (28,61 %) ; Stéphanie Cotrel, RN, 25 826 (28,45 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 126 331 - V : 92 675 - A : 26,64 % - E : 90 124 - B. : 1 807 -

Errante

, 27 555 (30,57 %) ;

Viancin

, 25 055 (27,80 %) ;

Cotrel

, 23 574 (26,16 %) ;

Rineau

, 8 889 (9,86 %) ;

Chevalier

, 2 947 (3,27 %) ;

Cousin

, 1 211 (1,34 %) ;

Gardair

, 893 (0,99 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 123 775 - V : 62 075 - A : 49,85 % - E : 58 126 - B. : 2 665 -

Errante

, 32 852 (56,52 %) ;

Cailleteau

, 25 274 (43,48 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 851 mots, p. 4
Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

Gabriel Attal promet de bâtir une « offre politique nouvelle »

Le premier ministre devait présenter sa démission au chef de l’Etat, lundi, mais il pourrait rester en poste encore quelques semaines

Claire Gatinois

Le camp présidentiel ressort affaibli du second tour des élections législatives. Mais ce dimanche 7 juillet, le premier ministre, Gabriel Attal, savoure une victoire : la sienne, pense-t-il. Les résultats ont déjoué tous les pronostics. Le Rassemblement national (RN), un temps imaginé capable d’obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale, n’est finalement qu’en troisième position, derrière l’alliance de gauche du Nouveau Front populaire (NFP) et le camp macroniste. L’ancienne majorité, bien que décimée, parvient à sauver une bonne partie de ses candidats.

N’est-ce pas le fruit du travail acharné de Gabriel Attal, chef de file d’une campagne perdue d’avance, et de ses troupes ? « On a bien fait de se battre jusqu’au bout ! », lance le chef du gouvernement, depuis le salon des ambassadeurs, à l’Elysée, à la lecture des premiers résultats, dimanche soir. Emmanuel Macron, à ses côtés, acquiesce, sans mot dire.

Contrairement à toutes les précédentes campagnes, le chef de l’Etat a été soigneusement tenu à l’écart de cette bataille menée tambour battant par son premier ministre âgé de 35 ans. Sans craindre de froisser celui qui l’a promu à Matignon, Gabriel Attal avait expliqué sans détour à Emmanuel Macron qu’il ne devait pas apparaître. Ou le moins possible. Le trentenaire s’estimait capable de pallier, par sa popularité, le rejet suscité par ce président mal-aimé. L’avant-veille du scrutin, les proches du chef du gouvernement s’étaient fixé un seul objectif : empêcher l’extrême droite de conquérir Matignon. C’est chose faite.

Gabriel Attal, dont Emmanuel Macron s’agace, depuis des mois, du « manque de maturité », n’a pas le triomphe modeste. Après avoir quitté le palais présidentiel, le premier ministre s’exprime sur le perron de Matignon, dimanche, peu après 21 heures, pour souligner, à la première personne du singulier, la performance réalisée ces trois dernières semaines.

« Dès le début de cette campagne, j’ai alerté sur trois risques : le risque d’une majorité absolue dominée par La France insoumise, le risque d’une majorité absolue dominée par le RN et le risque d’une disparition du mouvement qui incarne nos idées. Ces trois risques, aujourd’hui, ont été écartés par les Français », observe Gabriel Attal. Et si les députés Renaissance, Horizons et MoDem perdent plus de 80 sièges au Palais-Bourbon, « nous avons tenu. Et nous sommes debout », fait-il remarquer.

Plus jeune premier ministre de la Ve République et sans doute l’un des plus éphémères aussi, Gabriel Attal devait remettre dès lundi sa démission au président de la République, respectant la tradition républicaine. Le camp qu’il représente n’est plus majoritaire à l’Assemblée nationale.

Tous les torts rejetés sur Macron

Mais est-ce de sa faute ? Ce dimanche soir, le premier ministre rejette tous les torts sur Emmanuel Macron, qui, le 9 juin, a souhaité organiser des élections législatives anticipées sans l’en avertir. « Cette dissolution, je ne l’ai pas choisie, mais j’ai refusé de la subir. Et avec nos candidats Ensemble pour la République, nous avons décidé de nous battre »,lance-t-il non sans rancœur.

Et s’il annonce son départ de Matignon, Gabriel Attal promet déjà de rester. Non pas pour servir M. Macron, dont le nom n’est pas cité, mais pour rassurer « bon nombre de Français[qui] ressentent une forme d’incertitude sur l’avenir », dit-il. « Notre pays connaît une situation politique sans précédent et se prépare à accueillir le monde dans quelques semaines. Aussi, j’assumerai bien évidemment mes fonctions », clame-t-il .

Gabriel Attal, ainsi que les ministres actuels, pourraient rester en poste pour assurer la bonne marche des Jeux olympiques et le temps d’y voir plus clair sur les rapports de force à l’Assemblée nationale. Emmanuel Macron veut notamment savoir qui prendra la présidence des différents groupes politiques au Palais-Bourbon d’ici au 18 juillet. Gabriel Attal lorgne la présidence du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale. Et pourrait rater cette fonction s’il devait rester premier ministre trop longtemps. Mais l’ancien socialiste entend surtout mettre la main sur le parti présidentiel à l’automne. « Une nouvelle ère commence aussi pour les valeurs que nos candidats ont incarnées. Il faudra inventer quelque chose de neuf, de grand, d’utile »,lance le député des Hauts-de-Seine, dimanche soir, promettant de bâtir «une offre politique nouvelle ».

Si l’héritage d’Emmanuel Macron n’est pas renié, Gabriel Attal veut écrire une nouvelle page sans le président de la République. Comme le président d’Horizons, Edouard Philippe, ou son ministre de l’intérieur, Gérald Darmamin, le locataire de Matignon veut assumer de regarder vers l’élection présidentielle de 2027. La dissolution a fait l’effet d’un « accélérateur de particules »,admet un proche du premier ministre. « Gabriel Attal a été le contributeur principal du résultat “honorable” de la majorité. Il est désormais incontournable pour l’après-Macron » , juge Frédéric Dabi, directeur de l’institut de sondage IFOP.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 717 mots, p. SPA2

Auvergne- Rhône-Alpes 01 || Ain 5 sièges 03 || Allier 3 sièges 07 || Ardèche 3 sièges 15 || cantal 2 sièges 38 || Isère 10 sièges 42 || Loire 6 sièges 43 || Haute-Loire 2 sièges 63 || Puy-de-Dôme 5 sièges 69 || Rhône 14 sièges 73 || Savoie 4 sièges 74 || Haute-Savoie 6 sièges

26 || drôme 4 sièges

Sortants Mireille Clapot (LRM-Ensemble) ; Lisette Pollet (RN) ; Marie Pochon (EELV-Nupes) ; Emmanuelle Anthoine (LR).

Le maintien d’Emmanuelle Anthoine (Les Républicains, LR) dans la triangulaire de la 4e circonscription a favorisé l’élection du candidat d’extrême droite. Thibaut Monnier (Rassemblement national, RN) a gagné avec 41,96 % des voix dans cet ancien fief du socialiste Pierre Jouvet. L’élu d’extrême droite devance Isabelle Pagani (PS-Nouveau Front populaire), qui a obtenu 32,08 % des suffrages. Le département compte un second député RN, avec la réélection de Lisette Pollet, qui améliore d’un point son score de 2022 dans la 2e. Dans la 3e, l’écologiste Marie Pochon l’emporte largement, en recueillant 56,59 % dans son duel face au RN, après le désistement du candidat d’Ensemble. Le résultat est quasiment identique (56,24 %) pour Paul Christophle (PS-NFP) dans la 1re.

Valence (1re)

Paul Christophle (PS-NFP) Élu

I : 77 660 - V : 53 194 - A : 31,50 % E : 48 790 - B : 3 443 - N : 961

Paul Christophle

, PS-NFP, 27 439 (56,24 %) ; Jean-Paul Vallon, RN, 21 351 (43,76 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 77 635 - V : 53 048 - A : 31,67 % - E : 51 947 - B. : 751 -

Christophle

, 16 835 (32,41 %) ;

Vallon

, 16 144 (31,08 %) ;

Pugeat

, 9 292 (17,89 %) ;

Clapot

, 8 635 (16,62 %) ;

Aoustet

, 551 (1,06 %) ;

Kopff

, 490 (0,94 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 77 957 - V : 35 625 - A : 54,30 % - E : 32 653 - B. : 2 028 -

Clapot

, 17 769 (54,42 %) ;

Chkeri

, 14 884 (45,58 %).

Montélimar (2e)

Lisette Pollet (RN) Réélue

I : 97 164 - V : 65 642 - A : 32,44 % E : 57 914 - B : 5 874 - N : 1 854

Lisette Pollet

, RN, 33 755 (58,28 %) ; Karim Chkeri, LFI-NFP, 24 159 (41,72 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 97 115 - V : 66 048 - A : 31,99 % - E : 64 200 - B. : 1 192 -

Pollet

, 27 507 (42,85 %) ;

Chkeri

, 14 642 (22,81 %) ;

Michel

, 12 158 (18,94 %) ;

Lagier

, 6 684 (10,41 %) ;

Oumeddour

, 1 795 (2,80 %) ;

Gaillard

, 710 (1,11 %) ;

Rat

, 704 (1,10 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 95 930 - V : 43 840 - A : 54,30 % - E : 37 755 - B. : 4 577 -

Pollet

, 21 566 (57,12 %) ;

Reynaud

, 16 189 (42,88 %).

Nyons (3e)

Marie Pochon (EELV-NFP) Réélue

I : 110 848 - V : 83 527 - A : 24,65 % E : 76 843 - B : 5 087 - N : 1 597

Marie Pochon

, EELV-NFP, 43 483 (56,59 %) ; Adhémar Autrand, LR-RN, 33 360 (43,41 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 110 847 - V : 83 018 - A : 25,11 % - E : 80 649 - B. : 1 566 -

Pochon

, 30 618 (37,96 %) ;

Autrand

, 26 019 (32,26 %) ;

Marchionni

, 15 396 (19,09 %) ;

Picard

, 6 855 (8,50 %) ;

Champmartin

, 908 (1,13 %) ;

Simoncini

, 853 (1,06 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 110 921 - V : 62 032 - A : 44,08 % - E : 56 755 - B. : 3 727 -

Pochon

, 29 636 (52,22 %) ;

de Lavergne

, 27 119 (47,78 %).

Romans-sur-Isère (4e)

Thibaut Monnier (RN) Élu

I : 100 717 - V : 72 635 - A : 27,88 % E : 71 137 - B : 1 045 - N : 453

Thibaut Monnier

, RN, 29 846 (41,96 %) ; Isabelle Pagani, PS-NFP, 22 818 (32,08 %) ; Emmanuelle Anthoine, LR, 18 473 (25,97 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 100 702 - V : 70 937 - A : 29,56 % - E : 69 374 - B. : 1 024 -

Monnier

, 26 621 (38,37 %) ;

Pagani

, 18 222 (26,27 %) ;

Anthoine

, 16 635 (23,98 %) ;

Gafa

, 5 762 (8,31 %) ;

Bermond

, 798 (1,15 %) ;

Reybert

, 702 (1,01 %) ;

Bernard

, 634 (0,91 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 99 201 - V : 48 874 - A : 50,73 % - E : 46 763 - B. : 1 517 -

Anthoine

, 27 077 (57,90 %) ;

Jouvet

, 19 686 (42,10 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1470 mots, p. SPA9

77 || Seine-et-Marne 11 sièges Ile-de-France 75 || Paris 18 sièges 78 || Yvelines 12 sièges 91 || Essonne 10 sièges 93 || Seine-Saint-Denis 12 sièges 94 || Val-de-Marne 11 sièges 95 || Val-d’Oise 10 sièges

92 || Hauts-de-Seine 13 sièges

Sortants Elsa Faucillon (PCF-Nupes) ; Francesca Pasquini (EELV-Nupes) ; Philippe Juvin (LR) ; Sabrina Sebaihi (EELV-Nupes) ; Céline Calvez (LRM-Ensemble) ; Constance Le Grip (LRM-Ensemble) ; Pierre Cazeneuve (LRM-Ensemble) ; Prisca Thevenot (LRM-Ensemble) ; Emmanuel Pellerin (LRM-Ensemble) ; Gabriel Attal (LRM-Ensemble) ; Aurélien Saintoul (LFI-Nupes) ; Jean-Louis Bourlanges (MoDem-Ensemble) ; Maud Bregeon (LRM-Ensemble).

Avec huit députés sur treize, les Hauts-de-Seine étaient un bastion de la coalition présidentielle dans l’Assemblée nationale dissoute. Après le second tour, elle en sauve sept. Parmi les élus, le premier ministre, Gabriel Attal (10e circonscription, Issy-les-Moulineaux), le ministre des affaires étrangères, Stéphane Séjourné (9e, Boulogne-Billancourt), et la porte-parole du gouvernement, Prisca Thevenot (8e, Meudon). Les deux députés Nouveau Front populaire désignés dès le premier tour accueillent une nouvelle alliée, l’écologisteSabrina Sebaihi (4e, Nanterre). Cet ancien fief de droite n’avait réussi jusqu’à présent à conserver qu’un seul député (Philippe Juvin, Les Républicains, élu dès le premier tour). Deux autres l’ont rejoint : Thomas Lam et Jean-Didier Berger.

élus du premier tour Elsa Faucillon - PCF-NFP - 1rePhilippe Juvin - LR - 3ePierre Cazeneuve - Ren.-Ensemble - 7eAurélien Saintoul - LFI-NFP - 11e

Asnières, Colombes - Sud (2e)

Thomas Lam (LR) Élu

I : 71 712 - V : 50 768 - A : 29,21 % E : 49 300 - B : 1 206 - N : 262

Thomas Lam

, LR, 27 036 (54,84 %) ; Francesca Pasquini, EELV-NFP, 22 264 (45,16 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 71 691 - V : 53 289 - A : 25,67 % - E : 52 326 - B. : 777 -

Lam

, 21 760 (41,59 %) ;

Pasquini

, 20 683 (39,53 %) ;

Gallimard

, 6 817 (13,03 %) ;

Phan

, 1 188 (2,27 %) ;

Pettitt

, 637 (1,22 %) ;

Lakrafi

, 564 (1,08 %) ;

Puertas

, 360 (0,69 %) ;

Duroulle

, 317 (0,61 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 69 751 - V : 40 215 - A : 42,34 % - E : 39 362 - B. : 690 -

Pasquini

, 13 995 (35,55 %) ;

Achidi

, 13 464 (34,21 %) ;

Aeschlimann

, 11 903 (30,24 %).

Nanterre (4e)

Sabrina Sebaihi (EELV-NFP) Réélue

I : 81 091 - V : 50 871 - A : 37,27 % E : 48 343 - B : 2 170 - N : 358

Sabrina Sebaihi

, EELV-NFP, 28 034 (57,99 %) ; Isabelle De Crecy, Hor.-Ensemble, 20 309 (42,01 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 81 078 - V : 54 883 - A : 32,31 % - E : 53 677 - B. : 1 002 -

Sebaihi

, 26 373 (49,13 %) ;

De Crecy

, 15 899 (29,62 %) ;

Bravo

, 8 185 (15,25 %) ;

Vonsy

, 1 086 (2,02 %) ;

Valette

, 758 (1,41 %) ;

Strumanne

, 425 (0,79 %) ;

Eisenberg

, 391 (0,73 %) ;

Barny

, 297 (0,55 %) ;

Mc Coy

, 263 (0,49 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 80 993 - V : 38 098 - A : 52,96 % - E : 36 315 - B. : 1 544 -

Sebaihi

, 18 520 (51,00 %) ;

Florennes

, 17 795 (49,00 %).

Levallois-Perret (5e)

Céline Calvez (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 77 514 - V : 51 903 - A : 33,04 % E : 49 318 - B : 1 850 - N : 735

Céline Calvez

, Ren.-Ensemble, 27 642 (56,05 %) ; Raphaël Pitti, div. g.-NFP, 21 676 (43,95 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 77 488 - V : 55 227 - A : 28,73 % - E : 54 572 - B. : 423 -

Pitti

, 19 939 (36,54 %) ;

Calvez

, 17 255 (31,62 %) ;

Pinçon

, 7 869 (14,42 %) ;

Deschiens

, 6 935 (12,71 %) ;

Bakhti

, 891 (1,63 %) ;

Botet

, 571 (1,05 %) ;

Dewhurst

, 542 (0,99 %) ;

Lambert

, 343 (0,63 %) ;

Riu

, 227 (0,42 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 584 - V : 37 987 - A : 49,74 % - E : 36 138 - B. : 1 330 -

Calvez

, 21 584 (59,73 %) ;

Druet

, 14 554 (40,27 %).

Neuilly-sur-Seine, Puteaux (6e)

Constance Le Grip (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 76 451 - V : 52 481 - A : 31,35 % E : 51 003 - B : 1 170 - N : 308

Constance Le Grip

, Ren.-Ensemble, 22 960 (45,02 %) ; Geoffroy Didier, LR, 17 802 (34,90 %) ; Sihame Muscianisi, LFI-NFP, 10 241 (20,08 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 76 447 - V : 57 224 - A : 25,15 % - E : 56 366 - B. : 702 -

Le Grip

, 22 627 (40,14 %) ;

Didier

, 11 217 (19,90 %) ;

Muscianisi

, 10 857 (19,26 %) ;

Pany

, 9 512 (16,88 %) ;

Messiha

, 1 776 (3,15 %) ;

Marcel

, 352 (0,62 %) ;

Deroche

, 25 (0,04 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 76 272 - V : 40 114 - A : 47,41 % - E : 37 320 - B. : 2 092 -

Le Grip

, 27 688 (74,19 %) ;

Barbaux

, 9 632 (25,81 %).

Meudon (8e)

Prisca Thevenot (Ren.-Ensemble) Élue

I : 68 222 - V : 47 527 - A : 30,33 % E : 43 969 - B : 3 031 - N : 527

Prisca Thevenot

, Ren.-Ensemble, 27 453 (62,44 %) ; Salomé Nicolas-Chavance, PS-NFP, 16 516 (37,56 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 68 205 - V : 51 597 - A : 24,35 % - E : 50 793 - B. : 687 -

Thevenot

, 20 274 (39,91 %) ;

Nicolas-Chavance

, 15 392 (30,30 %) ;

Veissiere

, 7 979 (15,71 %) ;

Richez

, 4 959 (9,76 %) ;

Cusa

, 968 (1,91 %) ;

Motte

, 626 (1,23 %) ;

Brahimi-Semper

, 350 (0,69 %) ;

Hénique

, 196 (0,39 %) ;

Layly

, 49 (0,10 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 68 055 - V : 38 023 - A : 44,13 % - E : 35 635 - B. : 2 061 -

Thevenot

, 23 431 (65,75 %) ;

Larroque-Comoy

, 12 204 (34,25 %).

Boulogne-Billancourt (9e)

Stéphane Séjourné (Ren.-Ensemble) Élu

I : 63 476 - V : 41 835 - A : 34,09 % E : 38 521 - B : 3 314 - N :

Stéphane Séjourné

, Ren.-Ensemble, 27 978 (72,63 %) ; Pauline Rapilly-Ferniot, EELV-NFP, 10 543 (27,37 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 63 463 - V : 47 665 - A : 24,89 % - E : 46 869 - B. : 796 -

Séjourné

, 21 593 (46,07 %) ;

Rapilly-Ferniot

, 10 024 (21,39 %) ;

Mathot

, 7 108 (15,17 %) ;

Carrasco

, 6 528 (13,93 %) ;

Samoun

, 840 (1,79 %) ;

Mustafic

, 459 (0,98 %) ;

Chaudon

, 225 (0,48 %) ;

Narboni

, 92 (0,20 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 63 461 - V : 31 793 - A : 49,90 % - E : 29 380 - B. : 2 413 -

Pellerin

, 15 838 (53,91 %) ;

Louap

, 13 542 (46,09 %).

Issy-les-Moulineaux (10e)

Gabriel Attal (Ren.-Ensemble) Élu

I : 80 263 - V : 55 047 - A : 31,42 % E : 51 390 - B : 3 358 - N : 299

Gabriel Attal

, Ren.-Ensemble, 29 924 (58,23 %) ; Cécile Soubelet, PS-NFP, 21 466 (41,77 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 80 243 - V : 59 663 - A : 25,65 % - E : 58 553 - B. : 1 034 -

Attal

, 25 675 (43,85 %) ;

Soubelet

, 20 806 (35,53 %) ;

Laye

, 7 732 (13,21 %) ;

Perrin

, 2 972 (5,08 %) ;

Ferreira Do Amaral

, 766 (1,31 %) ;

Viguié

, 315 (0,54 %) ;

Guillemet

, 150 (0,26 %) ;

Lemesle

, 109 (0,19 %) ;

Ygouf

, 28 (0,05 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 543 - V : 42 610 - A : 46,43 % - E : 40 177 - B. : 2 251 -

Attal

, 24 047 (59,85 %) ;

Soubelet

, 16 130 (40,15 %).

Châtillon (12e)

Jean-Didier Berger (LR) Élu

I : 93 833 - V : 66 052 - A : 29,61 % E : 63 440 - B : 1 909 - N : 703

Jean-Didier Berger

, LR, 34 455 (54,31 %) ; Lounes Adjroud, PS-NFP, 28 985 (45,69 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 93 823 - V : 69 129 - A : 26,32 % - E : 67 943 - B. : 827 -

Berger

, 26 790 (39,43 %) ;

Adjroud

, 26 034 (38,32 %) ;

Versini

, 11 710 (17,24 %) ;

Legrand

, 1 762 (2,59 %) ;

Houplain

, 736 (1,08 %) ;

Bernard

, 444 (0,65 %) ;

Chinan

, 444 (0,65 %) ;

Benharkat

, 23 (0,03 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 93 387 - V : 50 335 - A : 46,10 % - E : 47 607 - B. : 2 002 -

Bourlanges

, 27 386 (57,53 %) ;

Thomas

, 20 221 (42,47 %).

Antony, Sceaux (13e)

Maud Bregeon (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 89 348 - V : 62 934 - A : 29,56 % E : 59 354 - B : 3 339 - N : 241

Maud Bregeon

, Ren.-Ensemble, 33 310 (56,12 %) ; Brice Gaillard, PS-NFP, 26 044 (43,88 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 89 338 - V : 66 990 - A : 25,02 % - E : 65 652 - B. : 1 251 -

Bregeon

, 25 721 (39,18 %) ;

Gaillard

, 24 798 (37,77 %) ;

Yvars

, 9 629 (14,67 %) ;

Isnard

, 3 613 (5,50 %) ;

Preto

, 770 (1,17 %) ;

Tounsi

, 736 (1,12 %) ;

Martin

, 385 (0,59 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 90 066 - V : 50 088 - A : 44,39 % - E : 47 136 - B. : 2 705 -

Bregeon

, 27 864 (59,11 %) ;

Gaillard

, 19 272 (40,89 %).

L'Humanité
mardi 9 juillet 2024 1889 mots, p. 10

« Nous continuerons à rassembler pour éviter un hold-up démocratique »

Entretien réalisé par Naïm Sakhi

Après la « victoire incroyable » de la gauche, Sophie Binet exige du président de la République qu'il respecte le verdict des urnes. La secrétaire générale de la CGT revient sur l'urgence de répondre aux revendications sociales. Une intersyndicale doit avoir lieu ce 9 juillet.

Au second tour, le barrage républicain a empêché le RN de faire main basse sur Matignon. Est-ce une satisfaction ? La CGT a soutenu le programme du Nouveau Front populaire (NFP). La gauche, en majorité relative, devra faire des compromis. Quelles sont vos lignes rouges ? Quelles places pour les questions industrielles ? Quel profil doit aller à Matignon ? Vous craignez des manoeuvres de l'Élysée pour empêcher la gauche de gouverner ? Quelles initiatives la CGT va-t-elle prendre ces prochains jours ? La société civile a maintenu une pression populaire sur les partis de gauche. Cet attelage doit-il perdurer ? Le 7 juillet, le RN et ses alliés ont recueilli plus de 10 millions de voix. Le vote d'extrême droite progresse inexorablement dans le salariat. Comment inverser cette tendance ? Les formations de gauche sont-elles encore audibles dans le monde du travail ? La question du travail doit-elle être centrale pour reconquérir les classes populaires ? Peut-on parler d'une même voix aux classes populaires de Seine-Saint-Denis, de Flixecourt ou de Saint-Amand-les-Eaux ? Comment analysez-vous le rôle de la CGT dans cette séquence ?

Au second tour, le barrage républicain a empêché le RN de faire main basse sur Matignon. Est-ce une satisfaction ?

C'est une victoire incroyable. La mobilisation citoyenne a réussi à déjouer tous les scénarios catastrophes préparés depuis l'Élysée. Emmanuel Macron organise le chaos pour dérouler le tapis rouge à Jordan Bardella. La gauche a su s'unir sur un programme de rupture avec le macronisme malgré des divergences fortes. La majorité des syndicats, CGT et CFDT en tête, ont pris leurs responsabilités en appelant à barrer la route de Matignon à l'extrême droite. La clarté des désistements a contribué à battre en brèche la stratégie du « ni, ni » de la Macronie. Nous avons forcé la droite et le centre à reconstruire un barrage républicain, même fragile. Les électeurs ont pris leurs responsabilités. Le peuple français a réaffirmé que notre République, ce n'était pas l'extrême droite.

La CGT a soutenu le programme du Nouveau Front populaire (NFP). La gauche, en majorité relative, devra faire des compromis. Quelles sont vos lignes rouges ?

Les exigences sociales doivent être entendues. La CGT scrutera de près les contenus sociaux du prochain exécutif. À commencer par l'abrogation de la réforme des retraites. C'est un point majeur. L'opposition à cette réforme a pesé lourd dans ce scrutin. Grâce à la pugnacité des organisations syndicales, nous avons déjà gagné l'abandon de la réforme de l'assurance-chômage. Ce n'est pas une petite victoire. La CGT veut des réponses claires sur l'augmentation des salaires, du point d'indice des fonctionnaires et des pensions. Le Smic à 1 600 euros était dans le programme du NFP. Cela correspond aux revendications de la CGT. Un calendrier doit préciser sa mise en oeuvre. L'indexation des salaires est un impératif, car le RN prospère sur le déclassement du travail. Enfin, des moyens doivent être débloqués pour nos services publics.

Quelles places pour les questions industrielles ?

Quand on ferme une usine, c'est un député du RN qui est élu. Les aides versées aux entreprises doivent être remises à plat et conditionnées. Le septennat d'Emmanuel Macron a été extrêmement profitable aux grandes entreprises. Elles ont bénéficié d'au moins 60 milliards de cadeaux supplémentaires en termes de baisse d'impôts et profitent chaque année de 170 milliards d'aides sans condition, ni contrepartie. Il faut une autre répartition des richesses. Le patronat doit passer à la caisse. La CGT attend des actes forts et rapides, notamment dans les luttes sociales en cours. L'avenir des centrales de Cordemais et Gardanne, mais aussi de la papeterie Chapelle Darblay, doit être garanti. La CGT réclame un moratoire sur les licenciements en cours. Enfin, la privatisation de Fret SNCF doit cesser, avec un moratoire sur le plan de discontinuité. La CGT se tient prête à proposer un plan de développement du ferroviaire au prochain gouvernement.

Quel profil doit aller à Matignon ?

La CGT n'a pas à faire le casting du futur exécutif. Mais une aspiration au renouvellement a émergé dans cette dynamique populaire. La gauche est en situation de cohabitation avec Emmanuel Macron. Jusqu'au bout, le président essayera d'empêcher une politique de justice sociale, avec la complicité du patronat. Il continuera à jouer les pyromanes. Le futur gouvernement doit se donner les moyens de durer, il doit être composé de personnalités qui rassemblent et répondent aux exigences sociales du monde du travail. Le pays est fracturé. Nous avons besoin d'une gauche de rupture capable de gouverner et d'apaiser le pays. La stratégie de clivage, du bruit et de la fureur, de polarisation, profite in fine à l'extrême droite. Nous n'avons pas besoin de jeter du sel en permanence sur le débat public. Le NFP a une obligation de réussite, il ne doit ni trahir ni décevoir.

Vous craignez des manoeuvres de l'Élysée pour empêcher la gauche de gouverner ?

Par son silence, Emmanuel Macron cherche à s'asseoir sur le résultat des urnes. Le chef de l'État souhaite un gouvernement technique dans la continuité de sa politique néolibérale. Le résultat, nous le connaissons par avance et nous l'avons vu en Italie. Une coalition sans contenu social propulsera Marine Le Pen à l'Élysée en 2027. Il serait irresponsable de repartir sur une majorité relative composée des macronistes et des LR.

Quelles initiatives la CGT va-t-elle prendre ces prochains jours ?

Une intersyndicale se tiendra ce mardi soir. Avec les autres organisations syndicales, nous continuerons à chercher à rassembler le pays autour de nos revendications sociales et à empêcher un hold-up démocratique. Le patronat a brillé par sa complaisance envers l'extrême droite. Il n'est pas question qu'il bloque de futures avancées sociales.

La société civile a maintenu une pression populaire sur les partis de gauche. Cet attelage doit-il perdurer ?

La CGT rencontrera tous les députés élus, sauf ceux de l'extrême droite. Sans la mobilisation de la société civile, des députés républicains de tous bords n'auraient jamais été élus. Durant ce mois de campagne, une repolitisation de la société s'est opérée : la jeunesse, le mouvement ouvrier, les intellectuels, une partie du monde de la culture et du sport, des journalistes... Les initiatives se sont multipliées. Il ne faut surtout pas laisser la politique aux politiciens. Ce souffle ne doit pas retomber, sinon Emmanuel Macron jouera avec le RN pour créer le chaos. La CGT continuera à se mêler des affaires politiques.

Le 7 juillet, le RN et ses alliés ont recueilli plus de 10 millions de voix. Le vote d'extrême droite progresse inexorablement dans le salariat. Comment inverser cette tendance ?

Nous sommes en sursis d'une arrivée du RN au pouvoir. La CGT alertait, souvent seule, de la progression de l'extrême droite chez les travailleurs. On ne pourra pas lutter contre le racisme sans lutter contre l'antisémitisme, car ces discriminations prennent des formes distinctes mais ont des ressorts communs. Attention à ne minimiser ni l'un ni l'autre de ces fléaux et à surtout cesser de les mettre en opposition. Les actes racistes et islamophobes ont explosé ces dernières semaines sur les lieux de travail. Par exemple, à Enedis, une salariée s'est fait traiter de sale négresse. La CGT va interpeller le patronat : quelle politique va-t-il mettre sur pied pour lutter contre le racisme ? Nous proposerons à l'intersyndicale de se saisir de ces enjeux.

Les formations de gauche sont-elles encore audibles dans le monde du travail ?

C'est un axe de travail que nous devons aborder avec la gauche politique. Des bastions ouvriers, comme dans les Bouches-du-Rhône, l'Est, le Nord, la Seine-Maritime basculent à l'extrême droite. Ce n'est pas qu'un vote sanction vis-à-vis d'Emmanuel Macron. Dans une grande partie du salariat, l'extrême droite est un vote d'adhésion. Dans des duels face à la gauche, des salariés ont choisi le bulletin RN. La déstructuration du travail et l'explosion des collectifs de travail sont des accélérateurs de la progression du RN.

La question du travail doit-elle être centrale pour reconquérir les classes populaires ?

Oui. La gauche a trop délaissé le travail, tout comme les enjeux industriels. La gauche qui a gouverné sous François Hollande a démissionné face à la finance et a organisé le partage de la pénurie au sein du salariat, en opposant les cadres et les ouvriers. Des partis de gouvernement ont eu pour seule proposition aux présidentielles le revenu universel. Au lieu de parler de salaire, la gauche a parlé de pouvoir d'achat. Des formations ont abandonné le combat pour l'amélioration collective des conditions de travail, en apportant des réponses segmentées pour la seule frange de celles et de ceux les plus en difficulté, en développant les aides sociales, tout en renonçant à affronter le capital. La gauche doit redevenir le parti du monde du travail.

Peut-on parler d'une même voix aux classes populaires de Seine-Saint-Denis, de Flixecourt ou de Saint-Amand-les-Eaux ?

C'est l'enjeu qui est devant nous. Sous le poids des mutations du travail, les catégories populaires sont devenues diverses. Ces dernières sont profondément clivées par le vote RN. La question sociale rassemble largement. Nous devons faire comprendre aux travailleurs l'importance d'une expression de classe. Sinon, le patronat continuera de dérouler son projet antisocial. C'est en ce sens que l'extrême droite est le pire ennemi des travailleurs : elle les fracture en les mettant en opposition selon la religion, la couleur de peau, la nationalité ; pendant ce temps-là le patronat a une paix royale et se frotte les mains ! Cependant, l'abstention reste le premier parti des ouvriers. Nous devons aussi les convaincre de l'utilité de voter.

Comment analysez-vous le rôle de la CGT dans cette séquence ?

Je suis très fière du déploiement de la CGT depuis l'annonce de la dissolution. Plus de 3 000 adhésions ont été réalisées. La CGT aurait pu agir comme d'autres, en faisant primer ses intérêts électoraux, et ne pas affronter certains salariés. De nombreuses circonscriptions ont été gagnées à une poignée de voix. Sans l'investissement de la CGT, le résultat des urnes aurait été différent. Nous sommes restés fidèles à notre histoire. À chaque fois qu'une menace fasciste planait, la CGT a pris ses responsabilités. Nous avons tenté d'être à la hauteur de l'héritage de Benoît Frachon, Georges Séguy, Martha Desrumaux et Henri Krasucki.

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_Le Fait du jour, mardi 9 juillet 2024 1059 mots, p. AUJM10
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9 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

« Macron voulait une clarification, il nous offre un grand bazar »

Au lendemain des résultats du second tour, les Français sont plongés dans le flou. Pronostics, inquiétude, peur de l'avenir... D'Arras à Tulle, nous sommes allés à leur rencontre.

Elsa Mari et Victor Tassel Envoyés Spéciaux À Tulle (corrèze) Et Arras (pas-De-Calais)

Michel entre dans la boulangerie, à deux pas de la Grand-Place d'Arras (Pas-de-Calais), et interpelle son ami Arnaud, juste devant lui. « Tiens, j'ai vu une annonce d'emploi pour toi sur Internet ! Premier ministre, ça te tente ? » L'échange, savoureux, en dit long sur l'état d'esprit des Français, au lendemain de législatives dont le Nouveau Front populaire (NFP) est ressorti vainqueur, à la surprise générale, devant la majorité présidentielle et le Rassemblement national.

Sans majorité absolue pour aucun des trois blocs, la situation reste floue. L'esprit des électeurs, aussi. « Macron voulait une grande clarification, il nous offre un grand bazar », pouffe Michel, dans son imper beige. Viennoiseries à la main, il disserte au milieu de la rue avec Arnaud sur « l'équation insoluble ».

Inquiets d'une guerre d'ego entre leaders politiques

À Arras, la ministre Agnès Pannier-Runacher l'a emporté sur le fil face au candidat RN, Alban Heusèle. « Votre fameux barrage républicain a bien marché. C'est injuste. Nous étions 10 millions d'électeurs », s'exaspère Arnaud, demandeur d'emploi et partisan du RN. « Oui, mais les députés macronistes vont devoir se rappeler qu'ils ont gagné grâce à la gauche et inversement », enchaîne Michel. Il aimerait voir émerger une « grande coalition », sans LFI ni le RN. « Avec Glucksmann Premier ministre ? Il est sobre et responsable, il m'irait bien », avance Michel. « Tu rêves, mon vieux, en rit Arnaud. Tout ce beau monde n'arrivera jamais à se mettre d'accord. »

À Amiens (Somme), l'électorat de gauche a les idées claires sur le nom du futur Premier ministre. « François Ruffin ! » clament Marie et Benjamin, commerciaux dans le nord d'Amiens. En guerre ouverte avec Jean-Luc Mélenchon, il a rattrapé son retard sur la candidate RN, Nathalie Ribeiro-Billet, pour l'emporter d'un cheveu. « Je la considère comme une semi-victoire, vu qu'on a gagné grâce au report des voix des macronistes, grimace Benjamin. Au moins, on a évité le pire, ici et au niveau national ! »

Conscients que le NFP ne dispose que d'une majorité (très) relative, les deux collègues plaident pour amender le programme. « Il faudra bien aller chercher quelques-uns de bonne volonté pour éviter la paralysie », juge Marie. Une perspective vertement rejetée par Alice et Étienne, sacs cabas sur les épaules dans le centre-ville. « Le NFP a gagné, le programme doit s'appliquer », tranche Étienne, chargé de recherches.

Les deux trentenaires restent arc-boutés sur les « grandes mesures », comme le smic à 1 600 €. Avant cela, il faudra trouver un Premier ministre « rassembleur » susceptible de convenir à toutes les forces de gauche. « François Ruffin ou Marine Tondelier me paraissent pas mal », lance Étienne, inquiet de voir les leaders « se livrer à une guerre d'ego ». « Les Français attendent la gauche au tournant, relève Alice, médecin généraliste. Si les responsables politiques se tapent dessus, ils offriront un boulevard à l'extrême droite pour 2027... »

« La haine ne l'a pas emporté »

À l'autre bout de la France, Tulle, terre de gauche, a le coeur à la fête après la victoire inespérée du Nouveau Front populaire. Un petit monsieur à casquette balade sa joie d'une rue à l'autre. « Que je suis content ! » s'exclame cet éboueur alors que François Hollande vient d'être élu député de Corrèze. Le passé heureux ressurgit. « Il a fait tant pour nous ! » Gaie dans sa robe blanche, Virginie exulte, les mains sur le coeur : « La haine ne l'a pas emporté ! »

Derrière le soulagement, l'incertitude affleure. L'adhésion de la jeunesse à Bardella inquiète l'enseignante. Comment les « raisonner » ? Cette année, les opinions de ses élèves de BTS ont failli lui faire jeter l'éponge. « Quand je leur parlais des migrants qui se noyaient en Méditerranée, ils me répondaient : Ça en fait moins en France, se désole-t-elle. Tout reste à faire. Ces élections sont un nouveau départ. » Avec qui à la manoeuvre ? La question est une colle. Devant la cathédrale gothique, les yeux écarquillés des passants en témoignent. Virginie réfléchit : « Pourquoi pas François (Hollande) Premier ministre ? » Jean, retraité volubile, ne se fait guère d'illusions. Lui aussi, il aime Hollande, il engueulerait volontiers « Cyril Hanouna qui le critique à la radio », mais cette fois, il lui a été infidèle, angoissé par l'insécurité. « J'ai peur de l'avenir... » À l'écouter, il ne prédit rien de bon.

« On va être bloqués jusqu'à la prochaine dissolution »

Le spectre de Mélenchon à la tête du gouvernement fait sourciller beaucoup d'électeurs, même chez les socialistes qui ne pardonnent pas à la gauche « ses manigances » : « On ne mange pas avec le diable. Même avec une grande cuillère, tonne Dominique. La France va être ingouvernable. » Un peu plus loin, dans un troquet, des copains rêvent d'un nouveau monde. Le temps est venu. Presque 11 heures. Jean regarde sa montre. « Dans dix secondes, Attal n'est plus Premier ministre. » Ses copains pro-LFI se marrent. Ils ne savent pas que, plus tard dans la journée, le président demandera à son Premier ministre de rester « pour la stabilité du pays » jusqu'à la formation du nouveau gouvernement. Qu'importe, tous parient sur la secrétaire nationale des écologistes « Marine Tondelier ». « Elle a les reins solides ! » « Bonne idée. » Mais le groupe en convient : « Ça ne sera pas un cadeau. »

À Brive-la-Gaillarde, à 30 km de Tulle, Pierre, Bernard et Roger ont un autre candidat en tête. « Moi, je verrais bien François Ruffin », dit le premier. Pas Mélenchon. Les copains l'aiment mais le savent ô combien clivant. Roger a une idée : « Un Premier ministre ? Y en a un pas loin. Le scooter peut repartir », moque-t-il, en référence à François Hollande qui l'utilisait en 2014 pour rendre visite incognito à sa nouvelle compagne, Julie Gayet.

« Peu importe qui sera choisi », balaye Meryl, 30 ans, le Rassemblement national n'est pas passé. C'est ce qui compte. Elle s'en amuse : « Adieu Bardella ! » Les autres habitants n'ont pas envie de rire. Brive, ville bourgeoise et à droite, a le visage fermé. Dans les rues, c'est la déconfiture. « On va être bloqués jusqu'à la prochaine dissolution », grince Michel. Deux autres habitantes « anti-extrêmes » lèvent les yeux au ciel : « Ils vont tous finir de s'étriper à l'Assemblée nationale. On leur souhaite bien du courage. »

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1169 mots, p. SPA9

77 || Seine-et-Marne 11 sièges Ile-de-France 75 || Paris 18 sièges 78 || Yvelines 12 sièges 91 || Essonne 10 sièges 92 || Hauts-de-Seine 13 sièges 93 || Seine-Saint-Denis 12 sièges 95 || Val-d’Oise 10 sièges

94 || Val-de-Marne 11 sièges

Sortants Frédéric Descrozaille (LRM-Ensemble) ; Clémence Guetté (LFI-Nupes) ; Louis Boyard (LFI-Nupes) ; Maud Petit (MoDem-Ensemble) ; Mathieu Lefèvre (LRM-Ensemble) ; Guillaume Gouffier Valente (LRM-Ensemble) ; Rachel Keke (LFI-Nupes) ; Michel Herbillon (LR) ; Isabelle Santiago (PS-Nupes) ; Mathilde Panot (LFI-Nupes) ; Sophie Taillé-Polian (Gen.-Nupes).

Le Nouveau Front populaire (NFP) remporte cinq sièges sur onze, dont quatre dès le premier tour (Clémence Guetté et Mathilde Panot pour La France insoumise, les socialistes Isabelle Santiago et Sophie Taillé-Polian). Louis Boyard (LFI) s’est ajouté à la liste en gagnant dans la 3e circonscription (Villeneuve-Saint-Georges) au second tour. La gauche perd cependant un élu par rapport à la précédente législature. Rachel Keke (LFI) est battue par le maire Les Républicains (LR) de L’Haÿ-les-Roses, Vincent Jeanbrun, dont la maison avait été violemment attaquée pendant les émeutes de l’été 2023. LR obtient même un troisième député, contre un seul jusqu’à présent. La coalition présidentielle sauve trois mandats sur quatre.

élus du premier tour Clémence Guetté - LFI-NFP - 2eIsabelle Santiago - PS-NFP - 9eMathilde Panot - LFI-NFP - 10eSophie Taillé-Polian - Gen.-NFP - 11e

Créteil - Nord (1re)

Sylvain Berrios (LR) Élu

I : 85 972 - V : 60 657 - A : 29,45 % E : 59 777 - B : 622 - N : 258

Sylvain Berrios

, LR, 29 142 (48,75 %) ; Lyes Louffok, LFI-NFP, 21 897 (36,63 %) ; Anne-Gaëlle Sabourin, RN, 8 738 (14,62 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 85 940 - V : 61 412 - A : 28,54 % - E : 60 471 - B. : 665 -

Louffok

, 19 974 (33,03 %) ;

Berrios

, 16 916 (27,97 %) ;

Descrozaille

, 11 232 (18,57 %) ;

Sabourin

, 11 100 (18,36 %) ;

Morel

, 682 (1,13 %) ;

De Pierrepont

, 567 (0,94 %) ;

Cavat

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 85 157 - V : 43 045 - A : 49,45 % - E : 40 530 - B. : 1 798 -

Descrozaille

, 23 949 (59,09 %) ;

Guintrand

, 16 581 (40,91 %).

Villeneuve-Saint-Georges (3e)

Louis Boyard (LFI-NFP) Réélu

I : 74 405 - V : 47 133 - A : 36,65 % E : 45 809 - B : 1 015 - N : 309

Louis Boyard

, LFI-NFP, 21 492 (46,92 %) ; Arnaud Barbotin, LR-RN, 13 810 (30,15 %) ; Loïc Signor, Ren.-Ensemble, 10 507 (22,94 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 74 372 - V : 47 374 - A : 36,3 % - E : 45 740 - B. : 1 249 -

Boyard

, 19 290 (42,17 %) ;

Barbotin

, 12 491 (27,31 %) ;

Signor

, 10 871 (23,77 %) ;

Telle

, 870 (1,90 %) ;

Noaile

, 651 (1,42 %) ;

Poncet

, 650 (1,42 %) ;

Agossa

, 602 (1,32 %) ;

Gougougnan-Zadigue

, 315 (0,69 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 74 047 - V : 31 199 - A : 57,87 % - E : 29 027 - B. : 1 665 -

Boyard

, 15 087 (51,98 %) ;

Saint-Martin

, 13 940 (48,02 %).

Villiers-sur-Marne (4e)

Maud Petit (MoDem-Ensemble) Réélue

I : 74 910 - V : 51 415 - A : 31,36 % E : 50 383 - B : 760 - N : 272

Maud Petit

, MoDem-Ensemble, 18 454 (36,63 %) ; Adel Amara, LFI-NFP, 18 140 (36,00 %) ; Alain Philippet, RN, 13 789 (27,37 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 74 883 - V : 51 212 - A : 31,61 % - E : 49 989 - B. : 898 -

Amara

, 16 505 (33,02 %) ;

Petit

, 15 287 (30,58 %) ;

Philippet

, 13 474 (26,95 %) ;

Chaussegros

, 1 292 (2,58 %) ;

Perru

, 820 (1,64 %) ;

Benslimane

, 624 (1,25 %) ;

Bohbot

, 594 (1,19 %) ;

Moulin

, 557 (1,11 %) ;

Sobral

, 543 (1,09 %) ;

Dambreville

, 293 (0,59 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 74 068 - V : 34 497 - A : 53,43 % - E : 32 242 - B. : 1 648 -

Petit

, 18 050 (55,98 %) ;

Lemaire

, 14 192 (44,02 %).

Champigny-sur-Marne (5e)

Mathieu Lefevre (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 91 708 - V : 61 485 - A : 32,96 % E : 60 452 - B : 821 - N : 212

Mathieu Lefevre

, Ren.-Ensemble, 26 159 (43,27 %) ; Julien Leger, PCF-NFP, 23 845 (39,44 %) ; Isabelle Huguenin-Richard, RN, 10 448 (17,28 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 91 674 - V : 62 177 - A : 32,18 % - E : 60 786 - B. : 1 075 -

Lefevre

, 23 416 (38,52 %) ;

Leger

, 22 657 (37,27 %) ;

Huguenin-Richard

, 12 401 (20,40 %) ;

Benouadah

, 853 (1,40 %) ;

Molinari

, 717 (1,18 %) ;

Joslin

, 563 (0,93 %) ;

Angele

, 179 (0,29 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 90 294 - V : 42 852 - A : 52,54 % - E : 40 749 - B. : 1 627 -

Lefevre

, 23 010 (56,47 %) ;

Leger

, 17 739 (43,53 %).

Fontenay-sous-Bois, Vincennes (6e)

Guillaume Gouffier Valente (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 82 442 - V : 57 446 - A : 30,32 % E : 54 883 - B : 1 941 - N : 622

Guillaume Gouffier Valente

, Ren.-Ensemble, 28 834 (52,54 %) ; May Bouhada, EELV-NFP, 26 049 (47,46 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 82 431 - V : 60 992 - A : 26,01 % - E : 60 097 - B. : 608 -

Bouhada

, 24 417 (40,63 %) ;

Gouffier Valente

, 22 464 (37,38 %) ;

Gabelica

, 8 347 (13,89 %) ;

Gaonach

, 2 325 (3,87 %) ;

Longetti

, 1 099 (1,83 %) ;

Renault

, 979 (1,63 %) ;

Hunaut

, 290 (0,48 %) ;

Morand

, 176 (0,29 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 82 124 - V : 44 946 - A : 45,27 % - E : 43 077 - B. : 1 329 -

Gouffier-Cha

, 23 416 (54,36 %) ;

Bouhada

, 19 661 (45,64 %).

L'Haÿ-les-Roses (7e)

Vincent Jeanbrun (LR) Élu

I : 66 811 - V : 42 347 - A : 36,62 % E : 40 721 - B : 1 239 - N : 387

Vincent Jeanbrun

, LR, 20 633 (50,67 %) ; Rachel Keke, LFI-NFP, 20 088 (49,33 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 66 790 - V : 43 921 - A : 34,24 % - E : 42 927 - B. : 716 -

Keke

, 18 736 (43,65 %) ;

Jeanbrun

, 14 869 (34,64 %) ;

Ledion

, 8 111 (18,89 %) ;

Maury

, 623 (1,45 %) ;

De La Ruelle

, 493 (1,15 %) ;

Castin

, 95 (0,22 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 66 273 - V : 30 711 - A : 53,66 % - E : 29 149 - B. : 1 152 -

Keke

, 14 663 (50,30 %) ;

Maracineanu

, 14 486 (49,70 %).

Maisons-Alfort (8e)

Michel Herbillon (LR) Réélu

I : 77 020 - V : 53 757 - A : 30,20 % E : 52 311 - B : 1 037 - N : 409

Michel Herbillon

, LR, 30 568 (58,44 %) ; Joao Martins Pereira, PS-NFP, 21 743 (41,56 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 77 040 - V : 56 778 - A : 26,3 % - E : 56 020 - B. : 528 -

Herbillon

, 24 722 (44,13 %) ;

Martins Pereira

, 20 658 (36,88 %) ;

Turpin

, 9 085 (16,22 %) ;

Buclin

, 1 009 (1,80 %) ;

Cheyns

, 546 (0,97 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 78 529 - V : 41 916 - A : 46,62 % - E : 40 525 - B. : 1 027 -

Herbillon

, 25 641 (63,27 %) ;

Pagès

, 14 884 (36,73 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1199 mots, p. SPA16

971 || Guadeloupe 4 sièges 976 || Mayotte 2 sièges 975 || Saint-Pierre- et-Miquelon 1 siège 988 || Nouvelle-Calédonie 2 sièges 987 || Polynésie-Française 3 sièges 986 || Wallis-et-futuna 1 siège 977 || Saint-Barthélemy 978 || Saint-Martin 1 siège 973 || Guyane 2 sièges 972 || Martinique 4 sièges

974 || La Réunion 7 sièges

Sortants Philippe Naillet (PS-Nupes) ; Karine Lebon (PLR-Nupes) ; Nathalie Bassire (LR dis.) ; Emeline K/Bidi (LFI-Nupes) ; Jean-Hugues Ratenon (LFI-Nupes) ; Frédéric Maillot (div. g.-Nupes) ; Perceval Gaillard (LFI-Nupes).

La Réunion offre au Rassemblement national (RN) un de ses deux sièges ultramarins, avec Mayotte. Joseph Rivière est élu dans la 3e circonscription (Saint-Louis, Le Tampon) avec 51,43 % des voix contre le candidat LFI-Nouveau Front populaire Alexis Chaussalet. Le parti de Marine le Pen avait pour la première fois qualifié des candidats pour le second tour dans les sept circonscriptions de l’île, et espérait trois sièges. Mais les sortants de la gauche ont bien résisté, y compris Jean-Hugues Ratenon, qui était menacé par le RN Joan Doro dans la 5e circonscription (Saint-André). L’île a déjà compté un député d’extrême droite, Jean Fontaine, mais il n’avait rallié le Front national (FN) en 1984 qu’en cours de législature et avait ensuite siégé comme non-inscrit jusqu’en 1986.

Saint-Denis I, II, III, IV, V, VI, VIII (1re)

Philippe Naillet (PS-NFP) Réélu

I : 88 571 - V : 45 089 - A : 49,09 % E : 42 144 - B : 1 858 - N : 1 087

Philippe Naillet

, PS-NFP, 27 276 (64,72 %) ; Jean Jacques Morel, RN, 14 868 (35,28 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 88 547 - V : 43 425 - A : 50,96 % - E : 41 482 - B. : 1 134 -

Naillet

, 19 186 (46,25 %) ;

Morel

, 11 451 (27,60 %) ;

Victoria

, 5 670 (13,67 %) ;

Sautron

, 2 126 (5,13 %) ;

Lebon

, 1 693 (4,08 %) ;

Ponin Ballom

, 699 (1,69 %) ;

Techer

, 450 (1,08 %) ;

Mitra

, 148 (0,36 %) ;

Sawoo

, 59 (0,14 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 85 938 - V : 27 304 - A : 68,23 % - E : 24 516 - B. : 1 564 -

Naillet

, 14 876 (60,68 %) ;

Morel

, 9 640 (39,32 %).

Saint-Paul I, II, III (2e)

Karine Lebon (LFI-NFP) Réélue

I : 101 744 - V : 45 932 - A : 54,86 % E : 42 249 - B : 2 017 - N : 1 666

Karine Lebon

, LFI-NFP, 28 500 (67,46 %) ; Christelle Begue, RN, 13 749 (32,54 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 101 743 - V : 42 862 - A : 57,87 % - E : 39 957 - B. : 1 504 -

Lebon

, 19 068 (47,72 %) ;

Begue

, 8 513 (21,31 %) ;

Fontaine

, 6 406 (16,03 %) ;

Morel

, 3 415 (8,55 %) ;

Moutouallaguin

, 750 (1,88 %) ;

Mera

, 699 (1,75 %) ;

Actif

, 617 (1,54 %) ;

Faldon

, 489 (1,22 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 98 988 - V : 28 874 - A : 70,83 % - E : 26 177 - B. : 1 205 -

Lebon

, 18 164 (69,39 %) ;

Fontaine

, 8 013 (30,61 %).

Saint-Louis, Le Tampon (3e)

Joseph Riviere (RN) Élu

I : 98 871 - V : 48 819 - A : 50,62 % E : 44 389 - B : 2 379 - N : 2 051

Joseph Riviere

, RN, 22 831 (51,43 %) ; Alexis Chaussalet, LFI-NFP, 21 558 (48,57 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 98 835 - V : 45 353 - A : 54,11 % - E : 42 334 - B. : 1 490 -

Riviere

, 13 360 (31,56 %) ;

Chaussalet

, 10 076 (23,80 %) ;

Bassire

, 9 718 (22,96 %) ;

Benard

, 4 207 (9,94 %) ;

Vlody

, 2 121 (5,01 %) ;

Hoareau

, 2 083 (4,92 %) ;

Legentil

, 540 (1,28 %) ;

Theine

, 229 (0,54 %) ;

Fontaine

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 96 233 - V : 34 218 - A : 64,44 % - E : 29 277 - B. : 2 215 -

Bassire

, 15 186 (51,87 %) ;

Thien-Ah-Koon

, 14 091 (48,13 %).

Saint-Joseph, Saint-Pierre (4e)

Emeline Kbidi (LFI-NFP) Élue

I : 111 500 - V : 58 125 - A : 47,87 % E : 53 480 - B : 2 352 - N : 2 293

Emeline Kbidi

, LFI-NFP, 32 405 (60,59 %) ; Jonathan Riviere, RN, 21 075 (39,41 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 111 483 - V : 56 975 - A : 48,89 % - E : 53 680 - B. : 1 577 -

Kbidi

, 22 696 (42,28 %) ;

Riviere

, 14 797 (27,57 %) ;

Lorion

, 13 171 (24,54 %) ;

Moullan

, 1 594 (2,97 %) ;

Latchoumanin

, 1 189 (2,21 %) ;

Dijoux

, 233 (0,43 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 108 941 - V : 48 129 - A : 55,82 % - E : 44 895 - B. : 1 395 -

K/Bidi

, 27 532 (61,33 %) ;

Lorion

, 17 363 (38,67 %).

Saint-André (5e)

Jean-Hugues Ratenon (LFI-NFP) Réélu

I : 90 674 - V : 40 575 - A : 55,25 % E : 37 741 - B : 1 242 - N : 1 592

Jean-Hugues Ratenon

, LFI-NFP, 20 285 (53,75 %) ; Joan Doro, RN, 17 456 (46,25 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 90 636 - V : 36 891 - A : 59,3 % - E : 34 768 - B. : 955 -

Ratenon

, 11 536 (33,18 %) ;

Doro

, 10 456 (30,07 %) ;

Chane-Kaye-Bone

, 5 757 (16,56 %) ;

Settama-Vidon

, 3 655 (10,51 %) ;

Payet

, 989 (2,84 %) ;

Laup

, 800 (2,30 %) ;

Duchemane Araye

, 443 (1,27 %) ;

Ramassamy

, 413 (1,19 %) ;

Sautron

, 300 (0,86 %) ;

Picard

, 287 (0,83 %) ;

Limbe

, 132 (0,38 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 87 703 - V : 30 450 - A : 65,28 % - E : 28 258 - B. : 923 -

Ratenon

, 17 748 (62,81 %) ;

Issa

, 10 510 (37,19 %).

Saint-Denis VII, IX (6e)

Frédéric Maillot (LFI-NFP) Réélu

I : 84 791 - V : 40 255 - A : 52,52 % E : 37 738 - B : 1 320 - N : 1 197

Frédéric Maillot

, LFI-NFP, 21 974 (58,23 %) ; Valérie Legros, RN, 15 764 (41,77 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 84 755 - V : 38 120 - A : 55,02 % - E : 36 352 - B. : 854 -

Maillot

, 10 818 (29,76 %) ;

Legros

, 9 790 (26,93 %) ;

Laï-Kane-Cheong

, 9 083 (24,99 %) ;

Ramassamy

, 3 667 (10,09 %) ;

Lechat

, 1 688 (4,64 %) ;

Adekalom

, 581 (1,60 %) ;

Lombard

, 475 (1,31 %) ;

Pounia

, 250 (0,69 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 82 050 - V : 26 007 - A : 68,30 % - E : 23 888 - B. : 1 146 -

Maillot

, 12 659 (52,99 %) ;

Laï-Kane-Cheong

, 11 229 (47,01 %).

Saint-Leu, Saint-Paul IV, V (7e)

Perceval Gaillard (LFI-NFP) Réélu

I : 121 201 - V : 56 398 - A : 53,47 % E : 50 915 - B : 2 861 - N : 2 622

Perceval Gaillard

, LFI-NFP, 29 190 (57,33 %) ; Jean-Luc Poudroux, RN, 21 725 (42,67 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 121 146 - V : 53 859 - A : 55,54 % - E : 50 261 - B. : 1 806 -

Gaillard

, 14 851 (29,55 %) ;

Poudroux

, 12 853 (25,57 %) ;

Robert

, 11 083 (22,05 %) ;

Hamilcaro

, 3 754 (7,47 %) ;

Juhoor

, 2 854 (5,68 %) ;

Tronc

, 2 651 (5,27 %) ;

Payet

, 724 (1,44 %) ;

De Boisvilliers

, 551 (1,10 %) ;

Catherine

, 479 (0,95 %) ;

Moukine

, 461 (0,92 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 118 287 - V : 40 310 - A : 65,92 % - E : 35 962 - B. : 2 234 -

Gaillard

, 18 425 (51,23 %) ;

Robert

, 17 537 (48,77 %).

Libération
mardi 9 juillet 2024 386 mots, p. 15

Autre

Fréquences TNT : C8 et CNews dans le viseur de l’Arcom

ADRIEN FRANQUE

Autre

La procédure ne donnera-telle lieu qu’à un «renouvellement automatique», comme le prédisait Xavier Niel au printemps lors d’auditions devant l’Assemblée nationale ? Depuis lundi, l’Arcom auditionne les 24 candidats qui se présentent pour les 15 canaux de télévision numérique terrestre (TNT) remis en jeu depuis le printemps. Le verdict est attendu fin juillet. Le régulateur de l’audiovisuel entend les postulants jusqu’au 17 juillet. La question principale : sanc tionnées à de multiples reprises, C8 et CNews garderont-elles leur fréquence télé ? Les chaînes dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, qui attire en effet tous les regards. La première a reçu une pluie de sanctions de l’Arcom à cause des dérapages de son animateur vedette, Cyril Hanouna. Ses responsables seront auditionnés mardi matin. La deuxième est régulièrement accusée de promouvoir des opinions d’extrême droite, ce qu’elle conteste. Leur cas a largement occupé les débats de la commission d’enquête parlementaire sur les fréquences TNT en début d’année.

DDE «Nous avons très peu de doutes sur notre renouvellement puisque nous répondons à tous les critères», avait assuré Serge Nedjar, directeur général de CNews, début juin à l’AFP. Emmenée par ses vedettes Pascal Praud, Laurence Ferrari ou Sonia Mabrouk, la chaîne a marqué des points symboliques en pleine procédure de renouvellement.

ROIT SUITE En mai puis juin, elle a ravi à BFMTV la place de leader des chaînes d’information en continu (en parts de marché). Pour sa part, C8 a reçu ces dernières années un total de plus de 7,5 millions d’euros d’amendes en raison des polémiques provoquées par Cyril Hanouna. La plus grosse partie de ce total vient d’une amende record de 3,5 millions d’euros en février 2023, à cause d’insultes lancées par l’animateur au député LFI Louis Boyard dans l’émission Touche pas à mon poste. La dernière amende en date, de 50 000 euros, remonte à mijuin. En cause, une émission où des personnes handicapées étaient présentées à tort comme des toxicomanes.

Comme C8 et CNews, toutes les chaînes sortantes postulent au renouvellement de leur fréquence. C’est par exemple le cas de BFM TV, récemment rachetée par l’armateur CMA CGM.

DROIT DE SUITE

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1146 mots, p. SPA13

Occitanie 09 || Ariège 2 sièges 11 || Aude 3 sièges 12 || Aveyron 3 sièges 30 || Gard 6 sièges 31 || Haute-Garonne 10 sièges 65 || Hautes-Pyrénées 2 sièges 66 || Pyrénées-Orientales 4 sièges 81 || Tarn 3 sièges 82 || Tarn-et-Garonne 2 sièges 48 || Lozère 1 siège 32 || Gers 2 sièges 46 || Lot 2 sièges

34 || Hérault 9 sièges

Sortants Patricia Miralles (LRM-Ensemble) ; Nathalie Oziol (LFI-Nupes) ; Laurence Cristol (LRM-Ensemble) ; Sébastien Rome (LFI-Nupes) ; Stéphanie Galzy (RN) ; Emmanuelle Ménard (ext. d.) ; Aurélien Lopez-Liguori (RN) ; Sylvain Carrière (LFI-Nupes) ; Patrick Vignal (LRM-Ensemble).

Sur les neuf circonscriptions de l’Hérault, deux avaient réélu leur député au premier tour, Nathalie Oziol (LFI-NFP, 2e circonscription) et Aurélien Lopez-Liguori (RN, 7e circonscription). Il restait sept sièges à pourvoir et quinze candidats en lice, six duels et une triangulaire. Au soir du second tour, l’Hérault compte quatre députés du NFP et cinq du RN, soit deux de plus qu’en 2022. La progression du RN est flagrante, notamment dans la région de Béziers : Emmanuelle Ménard, étiquetée très à droite, est malgré tout débordée sur sa droite dans la 6e circonscription, battue par le candidat du RN, Julien Gabarron. Seul Montpellier confirme son ancrage à gauche, en choisissant de nouveau l’écologiste Jean-Louis Roumégas, qui siégeait à l’Assemblée de 2012 à 2017.

élus du premier tour Nathalie Oziol - LFI-NFP - 2eAurélien Lopez-Liguori - RN - 7e

Montpellier V, VI, VIII (1re)

Jean-Louis Roumegas (EELV-NFP) Élu

I : 91 374 - V : 62 200 - A : 31,93 % E : 57 732 - B : 3 534 - N : 934

Jean-Louis Roumegas

, EELV-NFP, 31 864 (55,19 %) ; Josyan Oliva, LR-RN, 25 868 (44,81 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 91 368 - V : 62 611 - A : 31,47 % - E : 61 248 - B. : 1 024 -

Oliva

, 20 891 (34,11 %) ;

Roumegas

, 20 851 (34,04 %) ;

Miralles

, 13 806 (22,54 %) ;

Chaveroche

, 2 626 (4,29 %) ;

Lévy

, 1 479 (2,41 %) ;

Arguel

, 1 104 (1,80 %) ;

Lachiver

, 491 (0,80 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 90 106 - V : 40 527 - A : 55,02 % - E : 36 801 - B. : 2 731 -

Miralles

, 19 338 (52,55 %) ;

Colet

, 17 463 (47,45 %).

Montpellier II, Castelnau-le-Lez (3e)

Fanny Dombre-Coste (PS-NFP) Élue

I : 94 060 - V : 68 584 - A : 27,08 % E : 63 239 - B : 4 227 - N : 1 118

Fanny Dombre-Coste

, PS-NFP, 36 860 (58,29 %) ; Lauriane Troise, RN, 26 379 (41,71 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 94 056 - V : 69 401 - A : 26,21 % - E : 67 755 - B. : 1 164 -

Dombre-Coste

, 22 968 (33,90 %) ;

Troise

, 21 872 (32,28 %) ;

Cristol

, 19 714 (29,10 %) ;

Dalmau

, 2 049 (3,02 %) ;

Segura

, 793 (1,17 %) ;

Gachon

, 359 (0,53 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 92 308 - V : 47 046 - A : 49,03 % - E : 43 136 - B. : 2 718 -

Cristol

, 22 907 (53,10 %) ;

Mignacca

, 20 229 (46,90 %).

Lodève (4e)

Manon Bouquin (RN) Élue

I : 120 420 - V : 87 792 - A : 27,10 % E : 79 594 - B : 6 321 - N : 1 877

Manon Bouquin

, RN, 40 186 (50,49 %) ; Sébastien Rome, LFI-NFP, 39 408 (49,51 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 120 416 - V : 88 269 - A : 26,7 % - E : 85 354 - B. : 2 111 -

Bouquin

, 35 216 (41,26 %) ;

Rome

, 28 171 (33,00 %) ;

Eliaou

, 19 260 (22,56 %) ;

Simon

, 1 822 (2,13 %) ;

Larue

, 886 (1,04 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 119 182 - V : 59 953 - A : 49,70 % - E : 51 908 - B. : 6 150 -

Rome

, 26 291 (50,65 %) ;

Bouquin

, 25 617 (49,35 %).

Bédarieux (5e)

Stéphanie Galzy (RN) Réélue

I : 100 019 - V : 69 850 - A : 30,16 % E : 65 343 - B : 3 296 - N : 1 211

Stéphanie Galzy

, RN, 36 171 (55,36 %) ; Aurélien Manenc, PS-NFP, 29 172 (44,64 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 100 010 - V : 69 578 - A : 30,43 % - E : 67 066 - B. : 1 736 -

Galzy

, 32 781 (48,88 %) ;

Manenc

, 21 640 (32,27 %) ;

Huppé

, 9 369 (13,97 %) ;

Bourrie

, 1 346 (2,01 %) ;

Groussard

, 1 121 (1,67 %) ;

Chesnard

, 809 (1,21 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 98 965 - V : 49 950 - A : 49,53 % - E : 43 685 - B. : 4 654 -

Galzy

, 23 695 (54,24 %) ;

Polard

, 19 990 (45,76 %).

Béziers (6e)

Julien Gabarron (RN) Élu

I : 94 990 - V : 63 708 - A : 32,93 % E : 61 971 - B : 1 318 - N : 419

Julien Gabarron

, RN, 29 288 (47,26 %) ; Emmanuelle Ménard, ext. d., 18 091 (29,19 %) ; Magali Crozier, LFI-NFP, 14 592 (23,55 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 94 941 - V : 63 582 - A : 33,03 % - E : 62 278 - B. : 941 -

Gabarron

, 25 563 (41,05 %) ;

Ménard

, 16 968 (27,25 %) ;

Crozier

, 13 126 (21,08 %) ;

Daudé-Allaoui

, 6 149 (9,87 %) ;

Gilhodes

, 472 (0,76 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 93 917 - V : 40 669 - A : 56,70 % - E : 37 596 - B. : 2 286 -

Ménard

, 26 255 (69,83 %) ;

Crozier-Daniel

, 11 341 (30,17 %).

Montpellier X, Frontignan (8e)

Sylvain Carriere (LFI-NFP) Réélu

I : 95 661 - V : 65 053 - A : 32,00 % E : 59 287 - B : 4 314 - N : 1 452

Sylvain Carriere

, LFI-NFP, 29 841 (50,33 %) ; Cédric Delapierre, RN, 29 446 (49,67 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 95 644 - V : 66 064 - A : 30,93 % - E : 64 381 - B. : 1 112 -

Delapierre

, 25 831 (40,12 %) ;

Carriere

, 21 061 (32,71 %) ;

Autier

, 10 854 (16,86 %) ;

Dubus

, 4 083 (6,34 %) ;

Bouallaga

, 2 019 (3,14 %) ;

Garnier

, 533 (0,83 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 94 363 - V : 43 739 - A : 53,65 % - E : 38 508 - B. : 3 911 -

Carriere

, 19 483 (50,59 %) ;

Delapierre

, 19 025 (49,41 %).

Montpellier IV, Mauguio (9e)

Charles Alloncle (LR-RN) Élu

I : 90 654 - V : 60 485 - A : 33,28 % E : 54 786 - B : 4 301 - N : 1 398

Charles Alloncle

, LR-RN, 28 433 (51,90 %) ; Nadia Belaouni, LFI-NFP, 26 353 (48,10 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 90 642 - V : 61 371 - A : 32,29 % - E : 59 666 - B. : 1 124 -

Alloncle

, 21 734 (36,43 %) ;

Belaouni

, 17 463 (29,27 %) ;

Vignal

, 14 918 (25,00 %) ;

Belin

, 2 046 (3,43 %) ;

Bort

, 1 481 (2,48 %) ;

Viste

, 899 (1,51 %) ;

Boccadifuoco

, 584 (0,98 %) ;

Peiro

, 459 (0,77 %) ;

Laly

, 82 (0,14 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 89 433 - V : 39 859 - A : 55,43 % - E : 35 904 - B. : 2 659 -

Vignal

, 19 520 (54,37 %) ;

Belaouni

, 16 384 (45,63 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 967 mots, p. SPA10

Normandie 61 || Orne 3 sièges 76 || Seine-Maritime 10 sièges 27 || Eure 5 sièges 50 || Manche 4 sièges

14 || Calvados 6 sièges

Sortants Fabrice Le Vigoureux (LRM-Ensemble) ; Arthur Delaporte (PS-Nupes) ; Jérémie Patrier-Leitus (Hor.-Ensemble) ; Christophe Blanchet (MoDem-Ensemble) ; Bertrand Bouyx (LRM-Ensemble) ; Elisabeth Borne (LRM-Ensemble).

Le Calvados compte un nouveau député dans la 1re circonscription, où le maire de Caen, Joël Bruneau (divers droite, 59,87 %), bat Emma Fourreau (La France insoumise-Nouveau Front populaire, NFP). Il succède ainsi à Fabrice Le Vigoureux (Renaissance), qui ne se représentait pas. Les cinq autres députés sortants sont réélus face au Rassemblement national (RN). Dans la 6e (Vire), l’ancienne première ministre Elisabeth Borne (Renaissance-Ensemble, 56,36 %) améliore son score de 2022, bénéficiant du retrait du candidat LFI. Même scénario dans la 4e (Trouville) et la 5e (Bayeux), où les deux députés, Christophe Blanchet (MoDem-Ensemble) et Bertrand Bouyx (Horizons-Ensemble), sont réélus, les candidats NFP s’étant désistés. Dans la 3e (Falaise-Lisieux), Jérémie Patrier-Leitus (Horizons-Ensemble, 54,78 %) est réélu. Dans la 2e, Arthur Delaporte (PS-NFP), retrouve son mandat sans difficulté (68,28 %).

Caen I, II, III, VIII, IX (1re)

Joël Bruneau (div. d.) Élu

I : 73 292 - V : 51 018 - A : 30,39 % E : 47 920 - B : 2 342 - N : 756

Joël Bruneau

, div. d., 28 691 (59,87 %) ; Emma Fourreau, LFI-NFP, 19 229 (40,13 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 296 - V : 53 478 - A : 27,04 % - E : 52 418 - B. : 663 -

Bruneau

, 22 596 (43,11 %) ;

Fourreau

, 18 250 (34,82 %) ;

Daoudi

, 10 458 (19,95 %) ;

Leloup

, 604 (1,15 %) ;

Casevitz

, 510 (0,97 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 72 799 - V : 39 030 - A : 46,39 % - E : 36 792 - B. : 1 598 -

Le Vigoureux

, 18 496 (50,27 %) ;

Fourreau

, 18 296 (49,73 %).

Caen IV, V, VI, VII, X (2e)

Arthur Delaporte (PS-NFP) Réélu

I : 69 029 - V : 47 024 - A : 31,88 % E : 43 584 - B : 2 387 - N : 1 053

Arthur Delaporte

, PS-NFP, 29 761 (68,28 %) ; Josseline Liban, RN, 13 823 (31,72 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 69 012 - V : 47 438 - A : 31,26 % - E : 46 436 - B. : 626 -

Delaporte

, 19 662 (42,34 %) ;

Liban

, 11 999 (25,84 %) ;

Brou

, 7 159 (15,42 %) ;

Berkovicz

, 6 503 (14,00 %) ;

Bazincourt

, 566 (1,22 %) ;

Garcia

, 547 (1,18 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 68 628 - V : 33 534 - A : 51,14 % - E : 31 679 - B. : 1 190 -

Delaporte

, 18 963 (59,86 %) ;

Dumont Prieux

, 12 716 (40,14 %).

Falaise, Lisieux (3e)

Jérémie Patrier-Leitus (Hor.-Ensemble) Réélu

I : 79 972 - V : 54 206 - A : 32,22 % E : 52 107 - B : 1 497 - N : 602

Jérémie Patrier-Leitus

, Hor.-Ensemble, 28 545 (54,78 %) ; Edouard Fauvage, RN, 23 562 (45,22 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 79 965 - V : 53 903 - A : 32,59 % - E : 52 502 - B. : 939 -

Fauvage

, 21 575 (41,09 %) ;

Patrier-Leitus

, 19 144 (36,46 %) ;

Truffaut

, 9 959 (18,97 %) ;

Mafiodo

, 1 080 (2,06 %) ;

Langevin

, 732 (1,39 %) ;

Valette

, 12 (0,02 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 782 - V : 37 986 - A : 52,39 % - E : 34 666 - B. : 2 450 -

Patrier-Leitus

, 18 546 (53,50 %) ;

Vilmet

, 16 120 (46,50 %).

Trouville-sur-Mer (4e)

Christophe Blanchet (MoDem-Ensemble) Réélu

I : 104 867 - V : 73 653 - A : 29,77 % E : 70 609 - B : 2 230 - N : 814

Christophe Blanchet

, MoDem-Ensemble, 41 981 (59,46 %) ; Chantal Henry, RN, 28 628 (40,54 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 104 874 - V : 73 505 - A : 29,91 % - E : 72 013 - B. : 1 000 -

Henry

, 24 230 (33,65 %) ;

Blanchet

, 23 622 (32,80 %) ;

Mouraret

, 14 247 (19,78 %) ;

Gaugain

, 7 847 (10,90 %) ;

Deutsch

, 878 (1,22 %) ;

Buisson

, 747 (1,04 %) ;

Poirot-Bourdain

, 442 (0,61 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 104 666 - V : 51 042 - A : 51,23 % - E : 47 349 - B. : 2 564 -

Blanchet

, 28 922 (61,08 %) ;

Mouraret

, 18 427 (38,92 %).

Bayeux (5e)

Bertrand Bouyx (Hor.-Ensemble) Réélu

I : 92 950 - V : 67 065 - A : 27,85 % E : 63 894 - B : 2 402 - N : 769

Bertrand Bouyx

, Hor.-Ensemble, 39 408 (61,68 %) ; Philippe Chapron, RN, 24 486 (38,32 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 92 946 - V : 67 318 - A : 27,57 % - E : 65 913 - B. : 952 -

Chapron

, 21 001 (31,86 %) ;

Bouyx

, 16 208 (24,59 %) ;

Dupont-Federici

, 16 124 (24,46 %) ;

Nouvelot

, 10 655 (16,17 %) ;

Géreux

, 775 (1,18 %) ;

Desclos

, 662 (1,00 %) ;

Peltre

, 488 (0,74 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 92 542 - V : 47 324 - A : 48,86 % - E : 43 528 - B. : 2 685 -

Bouyx

, 24 237 (55,68 %) ;

Harel

, 19 291 (44,32 %).

Vire (6e)

Elisabeth Borne (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 96 357 - V : 68 551 - A : 28,86 % E : 63 813 - B : 3 388 - N : 1 350

Elisabeth Borne

, Ren.-Ensemble, 35 962 (56,36 %) ; Nicolas Calbrix, RN, 27 851 (43,64 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 96 333 - V : 68 699 - A : 28,69 % - E : 66 402 - B. : 1 589 -

Calbrix

, 24 077 (36,26 %) ;

Borne

, 19 213 (28,93 %) ;

Gauchard

, 15 376 (23,16 %) ;

Lahalle

, 5 080 (7,65 %) ;

Ambourg

, 1 128 (1,70 %) ;

Caillemer

, 650 (0,98 %) ;

Georget

, 616 (0,93 %) ;

Lareynie

, 262 (0,39 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 96 463 - V : 48 557 - A : 49,66 % - E : 44 670 - B. : 2 602 -

Borne

, 23 437 (52,47 %) ;

Gauchard

, 21 233 (47,53 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1685 mots, p. SPA8

77 || Seine-et-Marne 11 sièges Ile-de-France 78 || Yvelines 12 sièges 91 || Essonne 10 sièges 92 || Hauts-de-Seine 13 sièges 93 || Seine-Saint-Denis 12 sièges 94 || Val-de-Marne 11 sièges 95 || Val-d’Oise 10 sièges

75 || Paris 18 sièges

Sortants Sylvain Maillard (LRM-Ensemble) ; Gilles Le Gendre (LRM-Ensemble) ; Stanislas Guerini (LRM-Ensemble) ; Astrid Panosyan-Bouvet (LRM-Ensemble) ; Julien Bayou (EELV-Nupes) ; Sophia Chikirou (LFI-Nupes) ; Clément Beaune (LRM-Ensemble) ; Eva Sas (EELV-Nupes) ; Sandrine Rousseau (EELV-Nupes) ; Rodrigo Arenas (LFI-Nupes) ; Maud Gatel (MoDem-Ensemble) ; Olivia Gregoire (LRM-Ensemble) ; David Amiel (LRM-Ensemble) ; Benjamin Haddad (LRM-Ensemble) ; Danielle Simonnet (LFI-Nupes) ; Sarah Legrain (LFI-Nupes) ; Danièle Obono (LFI-Nupes) ; Aymeric Caron (LFI-Nupes).

Jusqu’ici, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) et la coalition présidentielle se partageaient Paris : neuf députés chacune. C’est désormais la gauche unie qui domine, retrouvant son niveau de 2012 : douze de ses candidats ont été élus, dont la dissidente de La France insoumise (LFI) Danielle Simonnet, qui affrontait une LFI investie par le Nouveau Front populaire. L’écologiste Léa Balage El Mariky a même battu le ministre Stanislas Guerini. Les macronistes ne seront plus que six, dont la ministre Olivia Grégoire. Dans la 2e circonscription, le député Renaissance sortant Gilles Le Gendre n’avait pas été réinvesti afin de réserver une circonscription à l’adjoint de Rachida Dati à la mairie du 7e arrondissement, Jean Laussucq. Arrivé troisième au premier tour, Gilles Le Gendre s’est désisté, annonçant qu’il voterait pour la candidate socialiste. Mais c’est M. Laussucq qui a été élu.

élus du premier tour Pouria Amirshahi - EELV-NFP - 5eSophia Chikirou - LFI-NFP - 6eEmmanuel Gregoire - PS-NFP - 7eEva Sas - EELV-NFP - 8eSandrine Rousseau - EELV-NFP - 9eRodrigo Arenas - LFI-NFP - 10eSarah Legrain - LFI-NFP - 16eDanièle Obono - LFI-NFP - 17eAymeric Caron - LFI-NFP - 18e

1er, 2e, 8e et partie du 9e arr. (1er)

Sylvain Maillard (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 84 312 - V : 57 900 - A : 31,33 % E : 55 370 - B : 1 934 - N : 596

Sylvain Maillard

, Ren.-Ensemble, 35 238 (63,64 %) ; Raphaël Kempf, LFI-NFP, 20 132 (36,36 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 84 309 - V : 63 421 - A : 24,78 % - E : 62 753 - B. : 495 -

Maillard

, 28 048 (44,70 %) ;

Kempf

, 20 138 (32,09 %) ;

Voirin

, 6 303 (10,04 %) ;

Sailliet

, 3 469 (5,53 %) ;

Maurin

, 2 883 (4,59 %) ;

Chiaberto

, 991 (1,58 %) ;

Pineau

, 598 (0,95 %) ;

Boulinier

, 231 (0,37 %) ;

Contensou

, 89 (0,14 %) ;

Metzker

, 3 (0,00 %) ;

Gautreau

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 84 577 - V : 45 794 - A : 45,86 % - E : 43 702 - B. : 1 539 -

Maillard

, 28 656 (65,57 %) ;

Luquet

, 15 046 (34,43 %).

5e et parties du 6e et du 7e arr. (2e)

Jean Laussucq (Ren.-Ensemble) Élu

I : 74 576 - V : 52 309 - A : 29,86 % E : 50 077 - B : 1 655 - N : 577

Jean Laussucq

, Ren.-Ensemble, 28 294 (56,50 %) ; Marine Rosset, PS-NFP, 21 783 (43,50 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 74 579 - V : 56 908 - A : 23,69 % - E : 56 418 - B. : 337 -

Rosset

, 18 845 (33,40 %) ;

Laussucq

, 13 325 (23,62 %) ;

Le Gendre

, 11 071 (19,62 %) ;

De Witte

, 6 206 (11,00 %) ;

Herzog De Cossé Brissac

, 3 792 (6,72 %) ;

Marsily

, 1 229 (2,18 %) ;

Evangelista

, 778 (1,38 %) ;

Lorans

, 512 (0,91 %) ;

Mauriange

, 430 (0,76 %) ;

Joliveau

, 168 (0,30 %) ;

Magne

, 60 (0,11 %) ;

Sacasa

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 74 773 - V : 42 420 - A : 43,27 % - E : 40 182 - B. : 1 641 -

Le Gendre

, 25 472 (63,39 %) ;

Rosset

, 14 710 (36,61 %).

Parties du 17e et du 18e arr. (3e)

Léa Balage El Mariky (EELV-NFP) Élue

I : 73 025 - V : 50 357 - A : 31,04 % E : 48 358 - B : 1 482 - N : 517

Léa Balage El Mariky

, EELV-NFP, 25 914 (53,59 %) ; Stanislas Guerini, Ren.-Ensemble, 22 444 (46,41 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 178 - V : 53 662 - A : 26,67 % - E : 52 962 - B. : 464 -

Balage El Mariky

, 24 441 (46,15 %) ;

Guerini

, 18 001 (33,99 %) ;

Podolskaia

, 4 709 (8,89 %) ;

Hatte

, 4 118 (7,78 %) ;

Courtois

, 486 (0,92 %) ;

Citroen

, 433 (0,82 %) ;

Burtaire

, 232 (0,44 %) ;

Fernandes

, 151 (0,29 %) ;

Laporte

, 116 (0,22 %) ;

Baïliche

, 102 (0,19 %) ;

Semat

, 92 (0,17 %) ;

Alquier

, 81 (0,15 %) ;

Gasarian

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 145 - V : 40 137 - A : 45,13 % - E : 38 456 - B. : 1 234 -

Guerini

, 19 613 (51,00 %) ;

Balage El Mariky

, 18 843 (49,00 %).

Parties du 16e et du 17e arr. (4e)

Astrid Panosyan-Bouvet (Ren.-Ensemble) Réélue

I : 73 130 - V : 48 054 - A : 34,29 % E : 46 258 - B : 1 432 - N : 364

Astrid Panosyan-Bouvet

, Ren.-Ensemble, 24 023 (51,93 %) ; Geoffroy Boulard, LR, 22 235 (48,07 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 73 204 - V : 53 371 - A : 27,09 % - E : 52 905 - B. : 313 -

Panosyan-Bouvet

, 19 677 (37,19 %) ;

Boulard

, 14 048 (26,55 %) ;

Foudrinier

, 9 474 (17,91 %) ;

Dassier

, 8 227 (15,55 %) ;

Courtois

, 1 135 (2,15 %) ;

Levenard

, 105 (0,20 %) ;

Britel

, 99 (0,19 %) ;

Lauron

, 84 (0,16 %) ;

Cardon

, 56 (0,11 %) ;

Mahieu

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 72 986 - V : 36 222 - A : 50,37 % - E : 34 548 - B. : 1 377 -

Panosyan-Bouvet

, 19 159 (55,46 %) ;

Kuster

, 15 389 (44,54 %).

Parties du 6e et du 14e arr. (11e)

Céline Hervieu (PS-NFP) Élue

I : 72 851 - V : 51 828 - A : 28,86 % E : 49 843 - B : 1 459 - N : 526

Céline Hervieu

, PS-NFP, 25 212 (50,58 %) ; Maud Gatel, MoDem-Ensemble, 24 631 (49,42 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 72 872 - V : 55 981 - A : 23,18 % - E : 55 368 - B. : 451 -

Hervieu

, 24 195 (43,70 %) ;

Gatel

, 19 295 (34,85 %) ;

Fischer

, 5 632 (10,17 %) ;

Alexandre

, 3 888 (7,02 %) ;

Taranne

, 749 (1,35 %) ;

Lasne

, 715 (1,29 %) ;

Vick

, 387 (0,70 %) ;

Camp

, 259 (0,47 %) ;

Vinciguerra

, 223 (0,40 %) ;

Clemente

, 25 (0,05 %) ;

Lavire

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 73 058 - V : 43 904 - A : 39,91 % - E : 42 213 - B. : 1 251 -

Gatel

, 23 407 (55,45 %) ;

Polski

, 18 806 (44,55 %).

Parties du 7e et du 15e arr. (12e)

Olivia Gregoire (Ren.-Ensemble) Élue

I : 75 510 - V : 52 052 - A : 31,07 % E : 48 819 - B : 2 426 - N : 807

Olivia Gregoire

, Ren.-Ensemble, 31 811 (65,16 %) ; Celine Malaisé, PCF-NFP, 17 008 (34,84 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 75 515 - V : 56 860 - A : 24,7 % - E : 56 268 - B. : 406 -

Gregoire

, 22 145 (39,36 %) ;

Malaisé

, 16 294 (28,96 %) ;

Attia

, 8 111 (14,41 %) ;

Loriau

, 7 297 (12,97 %) ;

Cuignache D'Apreval

, 947 (1,68 %) ;

Billault Harle

, 850 (1,51 %) ;

De Gontaut Biron

, 449 (0,80 %) ;

Monchal

, 156 (0,28 %) ;

Ferréol

, 19 (0,03 %) ;

Mileschi

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 75 816 - V : 42 012 - A : 44,59 % - E : 39 276 - B. : 2 079 -

Gregoire

, 26 908 (68,51 %) ;

Malaisé

, 12 368 (31,49 %).

Partie du 15e arr. (13e)

David Amiel (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 77 750 - V : 53 112 - A : 31,69 % E : 50 159 - B : 2 184 - N : 769

David Amiel

, Ren.-Ensemble, 27 969 (55,76 %) ; Aminata Niakaté, EELV-NFP, 22 190 (44,24 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 77 751 - V : 56 593 - A : 27,21 % - E : 55 845 - B. : 515 -

Amiel

, 21 698 (38,85 %) ;

Niakaté

, 20 722 (37,11 %) ;

Rostan

, 7 818 (14,00 %) ;

Jacquot

, 3 419 (6,12 %) ;

Chrzanowski

, 824 (1,48 %) ;

Allorant

, 811 (1,45 %) ;

Poupon

, 234 (0,42 %) ;

Roethlisberger

, 226 (0,40 %) ;

Delinot

, 85 (0,15 %) ;

Paine

, 7 (0,01 %) ;

Sando

, 1 (0,00 %) ;

Oudiou

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 78 188 - V : 42 346 - A : 45,84 % - E : 40 063 - B. : 1 720 -

Amiel

, 23 982 (59,86 %) ;

Niakaté

, 16 081 (40,14 %).

Partie du 16e arr. (14e)

Benjamin Haddad (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 76 384 - V : 49 838 - A : 34,75 % E : 48 002 - B : 1 498 - N : 338

Benjamin Haddad

, Ren.-Ensemble, 34 721 (72,33 %) ; Louis Piquet, LR-RN, 13 281 (27,67 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 76 408 - V : 55 719 - A : 27,08 % - E : 55 235 - B. : 340 -

Haddad

, 26 351 (47,71 %) ;

Dray

, 9 775 (17,70 %) ;

Piquet

, 9 702 (17,56 %) ;

Rota

, 7 693 (13,93 %) ;

Culerrier

, 1 177 (2,13 %) ;

Molinari

, 414 (0,75 %) ;

Bourdy

, 123 (0,22 %) ;

Zaouati

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 76 071 - V : 38 585 - A : 49,28 % - E : 37 089 - B. : 1 206 -

Haddad

, 19 742 (53,23 %) ;

Szpiner

, 17 347 (46,77 %).

Partie du 20e arr. (15e)

Danielle Simonnet (LFI dis.) Réélue

I : 79 583 - V : 44 639 - A : 43,91 % E : 38 897 - B : 4 443 - N : 1 299

Danielle Simonnet

, LFI dis., 28 858 (74,19 %) ; Céline Verzeletti, LFI-NFP, 10 039 (25,81 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 79 598 - V : 56 095 - A : 29,53 % - E : 55 178 - B. : 605 -

Simonnet

, 23 103 (41,87 %) ;

Verzeletti

, 12 619 (22,87 %) ;

Gassama

, 8 948 (16,22 %) ;

Guery

, 4 969 (9,01 %) ;

Didier

, 1 968 (3,57 %) ;

Aragon

, 1 634 (2,96 %) ;

Pourchet

, 943 (1,71 %) ;

Guillot

, 558 (1,01 %) ;

Charvillat

, 275 (0,50 %) ;

Augros

, 128 (0,23 %) ;

Chrétien Marquet

, 32 (0,06 %) ;

Lepage

, 1 (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 108 - V : 37 907 - A : 52,08 % - E : 35 754 - B. : 1 643 -

Simonnet

, 20 897 (58,45 %) ;

El Aaraje

, 14 857 (41,55 %).

Le Monde
élections législatives, mardi 9 juillet 2024 2253 mots, p. 10,11
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8 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Anatomie d’un front républicain

Grâce aux désistements, l’extrême droite termine très loin de la majorité absolue. Le Nouveau Front populaire devient le premier bloc à l’Assemblée

Matthieu Goar

Dans un mélange de suspense, de fébrilité et d’angoisse pour une grande partie des Français après la dissolution décidée par Emmanuel Macron au soir des élections européennes, le second tour des élections législatives a abouti, dimanche 7 juillet, à une nouvelle étape de la recomposition politique. Malgré une poussée inédite de l’extrême droite, avec la constitution du plus gros groupe de l’histoire pour le Rassemblement national (RN), le front républicain a tenu dans de nombreuses circonscriptions, ce qui a permis à l’alliance de gauche, le Nouveau Front populaire (NFP), et à la majorité présidentielle sortante, Ensemble, de faire mentir les sondages en devenant les deux premiers blocs de cette nouvelle Assemblée nationale. Un Hémicycle qui écarte l’hypothèse d’un gouvernement brun mais qui n’éclaircit en rien les mois à venir puisqu’aucune majorité absolue ne se dégage, malgré l’élan démocratique.

Dimanche 7 juillet, la participation a en effet été massive, un peu supérieure à celle du premier tour dans les 501 circonscriptions où des candidats étaient encore en lice. Au total, 66,6 % des électeurs inscrits se sont déplacés. Il s’agit d’un record, depuis les législatives anticipées de 1997 (71,1 % des votants au second tour) organisées elles aussi après une dissolution qui avait mené la gauche plurielle de Lionel Jospin à Matignon. Un taux très supérieur à tous les scrutins de ce type organisé au XXIe siècle. En 2017, 57,4 % des électeurs s’étaient déplacés au second tour. En 2022, à peine 53,8 % avaient glissé un bulletin dans l’urne, quelques semaines après la seconde élection présidentielle d’Emmanuel Macron.

Comme en 2022, mais de façon encore plus accentuée, aucun camp politique n’arrive à franchir le seuil des 289 députés. Dimanche soir, le Nouveau Front populaire a fait élire 182 députés (142 pour la Nouvelle union populaire écologique et sociale, Nupes, en 2022) ; Ensemble atterrit à 168 élus (246 en 2022) ; le RN et ses alliés Les Républicains (LR) qui ont suivi Eric Ciotti ont finalement réussi à faire élire 143 députés (89 en 2022). Une confirmation de la tripartition de la vie politique française, à l’œuvre depuis l’irruption d’Emmanuel Macron en 2017, qui a, cette fois-ci, tourné à l’avantage de la gauche. Dans ce magma en recomposition permanente, seul le parti LR historique opposé à la stratégie ciottiste arrive à surnager, avec 45 élus et 15 divers droite qui pourraient les rejoindre ou aller renforcer un autre groupe dans les jours à venir en fonction des tractations à venir au Palais-Bourbon.

Défaites du RN en duel

Ce résultat est l’aboutissement d’un entre-deux tours où planaient de nombreux doutes sur la solidité du barrage républicain face à l’extrême droite. Au soir du dimanche 30 juin, le RN et ses alliés avaient déjà fait élire 39 députéset étaient en tête dans 258 circonscriptions encore à départager. Grâce aux désistements qui ont réduit le nombre de triangulaires de 306 à 89, l’extrême droite termine très loin de la majorité absolue. Lors de la prochaine mandature, 126 députés RN siégeront ainsi que 17 alliés ciottistes, ce qui permet à cette extrême droite de constituer un bloc de 143 élus, avant d’éventuels ralliements.

L’entre-deux tours, avec son lot de retraits républicains, a été crucial. Les candidats RN et LR-RN n’ont en effet été élus que dans dix triangulaires sur les 69 dans lesquels ils étaient présents et ils ont gagné « seulement »94 duels sur les 353 où ils étaient représentés, dimanche 7 juillet. Dans le détail, les face-à-face se sont principalement soldés par des défaites pour les représentants de Marine Le Pen : que ce soit face au Nouveau Front populaire (90 perdus sur 150), face au camp présidentiel (111 perdus sur 132) ouface à LR (38 perdus sur 45). Par contre, les dix triangulaires sur les onze où le RN était en tête ont été remportés par l’extrême droite. Mais, finalement, 154 candidats du RN en tête au soir du premier tour ont finalement perdu.

Un bilan qui montre que les retraits de candidats, quasiment automatiques de la part de la gauche et suivis du côté de la majorité présidentielle, malgré le « ni-ni » de l’aile droite du macronisme, ont joué un rôle majeur. Dans de nombreuses circonscriptions, le front républicain a également été réel, dans un contexte de tensions alors que cette élection a longtemps été décrite comme la première où l’extrême droite pouvait s’imposer dans les urnes au niveau national. Parmi les adversaires de l’extrême droite devancés au soir du premier tour par les lepénistes, 89 candidats macronistes, 71 NFP et 24 LR ont finalement été élus. Et 56 candidats du RN qui avaient obtenu plus de 40 % des voix au premier tour n’ont finalement pas réussi à gagner.

Pas de conquête de l’Ouest

Si le RN a été contenu dans de nombreuses circonscriptions, la poussée de l’extrême droite est loin d’être anodine. Dans 76 circonscriptions, les candidats du RN et ses alliés ciottistes ont échoué entre 45 et 50 % des suffrages et 157 d’entre eux ont terminé à plus de 40 %. Des scores inimaginables il y a quelques années. Avec 143 représentants, le groupe RN et alliés va atteindre un niveau totalement inédit. Il a réussi à faire élire 80 de ses députés sortants, signe que l’irruption massive de députés RN à l’Assemblée nationale en 2022 n’a pas refroidi de nombreux électeurs.

Et le cordon sanitaire n’existe plus dans de nombreux endroits de France. Ainsi, dix départements deviennent bruns dans la totalité de leurs circonscriptions. Ils sont situés dans les zones de force historiques de l’extrême droite, notamment dans l’arc méditerranéen (le Gard, les Alpes-de-Haute-Provence, l’Aude, les Pyrénées-Orientales…). Dans le Vaucluse, seule une des circonscriptions, celle d’Avignon, a vu la victoire d’un candidat du NFP. Certains départements de l’Est ont aussi 100 % d’élus RN, comme la Meuse, la Haute-Saône et la Haute-Marne. Dans le Nord, les zones en dehors des grandes agglomérations sont quasiment toutes accaparées par l’extrême droite. Ainsi, seulement deux des douze circonscriptions du Pas-de-Calais échappent au RN. Par contre, la conquête de l’Ouest tant espérée par Marine Le Pen n’est pas encore à l’ordre du jour. Les lepénistes n’arrivent à obtenir aucun élu dans les départements des Pays de la Loire, ni dans ceux de la Bretagne. Mais quelques percées sont à signaler avec des députés en Dordogne, en Charente-Maritime, en Charente… Une façade atlantique à surveiller pour la future élection présidentielle.

Ce front républicain a bénéficié à l’union de la gauche décidée très vite après la dissolution de l’Assemblée nationale. Le NFP arrive à faire élire 40 députés de plus que la Nupes. Dans le détail La France insoumise (LFI) est toujours le premier groupe avec 74 élus, devant les 59 députés du Parti socialiste (PS), les 28 écologistes ou encore les 9 élus du Parti communiste français (PCF), qui ne peut pas pour le moment constituer un groupe à l’Assemblée nationale (il faut pour cela 15 députés au minimum). En 2022, les « insoumis » dominaient avec environ la moitié des députés de la Nupes. Ils n’ont pas étendu leur pouvoir au sein de ce bloc alors que les socialistes doublent leurs effectifs et que les écologistes progressent aussi.

L’évolution de ce nouveau rapport de force dépendra aussi des discussions et des mouvements dans les jours à venir. François Ruffin, réélu avec 53 % des suffrages dans la première circonscription de la Somme alors qu’il avait sept points de retard sur le RN au premier tour, a ainsi déjà annoncé qu’il ne souhaitait pas siéger dans le groupe des partisans de Jean-Luc Mélenchon. Idem pour Alexis Corbière, Danielle Simonnet, Hendrik Davi et Clémentine Autain, tous élus dimanche soir. Parmi les autres figures de ce bloc de gauche, François Hollande a été réélu dans son fief de Tulle, en Corrèze (43,1 % des voix, contre 31,7 % pour le candidat du RN et 25,2 % pour le candidat LR). Dans les Yvelines, Aurélien Rousseau, l’ancien ministre de la santé et directeur de cabinet d’Elisabeth Borne qui a rejoint le NFP, a été élu devant lors d’une triangulaire très surveillée (39,1 %).

Rôle charnière des macronistes

Sans surprise, la gauche performe dans les grandes agglomérations. Ainsi, les cinq circonscriptions lyonnaises ont toutes porté un candidat ou une candidate du NFP à l’Assemblée nationale. Douze circonscriptions sur les dix-huit de Paris seront représentées par des candidats de gauche. Et toutes celles de Seine-Saint-Denis ainsi que de l’agglomération nantaise sont aussi NFP. Dans le Sud-Ouest, une zone où la gauche a historiquement des fiefs, le NFP et les dissidents gagnent toutes les circonscriptions des Hautes-Pyrénées, de l’Ariège et seulement deux députés de la majorité sortante arrivent à gagner dans les dix circonscriptions de Haute-Garonne, les huit autres l’étant par le NFP.

Alors que les projections en siège avaient donné des sueurs froides à l’exécutif pendant ce mois de campagne, la majorité présidentielle limite la casse tout en étant en très net recul à l’Assemblée nationale. Alors qu’en 2022, le bloc macroniste avait réussi à faire élire 246 députés, Ensemble n’est plus constitué que de 168 élus. Dans le détail, le parti d’Emmanuel Macron obtient 102 députés ; le MoDem de François Bayrou atterrit à 33 élus et Horizons, la formation de l’ancien premier ministre Edouard Philippe, qui a des velléités d’autonomie, aura 25 représentants au sein de l’Assemblée nationale. Si les troupes macronistes arrivent à rester unies, leur position de deuxième bloc de l’Assemblée nationale devant l’extrême droite lui assurera, au minimum, un rôle charnière ou même une fonction cruciale si l’Elysée arrive à nouer des alliances dans les semaines à venir.

En bénéficiant très largement des retraits des représentants de la gauche, des ministres, des anciens membres du gouvernement et d’autres figures de la Macronie ont réussi à sauver leur siège. Sans surprise, le premier ministre, Gabriel Attal, a gagné avec 58,2 % des voix dans la 10e circonscription des Hauts-de-Seine. Dans le même département, le ministre des affaires étrangères, Stéphane Séjourné, l’emporte avec 72,6 % des voix dans un duel face à une candidate écologiste. Dans le Calvados, l’ancienne première ministre Elisabeth Borne a été réélue (56,4 %) grâce au retrait d’une candidature NFP. Idem pour le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, dans la dixième circonscription du Nord (61,4 %). L’ancienne présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a, elle aussi, gagné (49,1 %) lors d’une triangulaire dans son département des Yvelines.

LR miraculé

Par contre, d’autres figures sont battues. En Isère, Olivier Véran, l’ancien ministre de la santé pendant une grande partie de la crise du Covid et ex-porte-parole du gouvernement, obtient 40,2 % des voix, devancé par le candidat « insoumis » du Nouveau Front populaire, Hugo Prevost (42,4 %) dans le cadre d’une triangulaire. Dans la 3e circonscription de Paris, le ministre de la transformation et de la fonction publiques, Stanislas Guerini, échoue avec 46,4 % des voix contre l’écologiste Léa Balage El Mariky (53,6 %). Dans la 5e circonscription de Loire-Atlantique, la ministre déléguée chargée de l’enfance, de la jeunesse et des familles, Sarah El Haïry, n’est pas parvenue à s’imposer avec 37,4 % des voix à l’issue d’une triangulaire l’opposant au socialiste Fabrice Roussel (40 %).

En pleine crise existentielle depuis le crash de François Fillon à l’élection présidentielle de 2017, le parti LR ressort miraculé de ces élections législatives. Comparé aux 17 élus de son président Eric Ciotti, qui a fait alliance avec le RN, LR « canal historique » arrive à faire élire 45 députés. Moins que les 61 sortants, mais des ralliements pourraient arriver dans les jours à venir, notamment venus des rangs des divers droite (15). Alors qu’il se rêve un destin présidentiel depuis de nombreuses années, Laurent Wauquiez a été élu dans son fief de Haute-Loire avec 61,6 % des suffrages face à un candidat RN et après le désistement d’une candidate écologiste. Il espère avoir un rôle central au sein de la nouvelle Assemblée. Par contre, le député LR pro-Netanyahou, Meyer Habib, a été battu (47,3 %) dans la huitième circonscription des Français de l’étranger. Idem pour Nicolas Dupont-Aignan, ancien membre de la droite qui avait rallié Marine Le Pen en 2022 avec son parti Debout la France. Après vingt-sept ans à la tête de la 8e circonscription de l’Essonne, il a été battu (37,5 %) par une candidate NFP lors d’une triangulaire.

Dans cette Assemblée fracturée, la place des femmes n’a pas augmenté. Loin de la parité, le taux de députées n’est que de 36 %. Un ratio en très léger repli par rapport à celui de la précédente mandature (37 %), au cours de laquelle 215 femmes siégeaient au Palais-Bourbon, pour 362 hommes. Reste à savoir maintenant comment les trois blocs vont réussir à cohabiter et surtout comment le paysage politique va évoluer pour tenter de trouver une majorité de gouvernement. Un scénario totalement flou au lendemain de ces élections législatives qui ont un peu plus fracturé la vie politique française.

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 633 mots, p. SPA2

Auvergne- Rhône-Alpes 01 || Ain 5 sièges 03 || Allier 3 sièges 15 || cantal 2 sièges 26 || drôme 4 sièges 38 || Isère 10 sièges 42 || Loire 6 sièges 43 || Haute-Loire 2 sièges 63 || Puy-de-Dôme 5 sièges 69 || Rhône 14 sièges 73 || Savoie 4 sièges 74 || Haute-Savoie 6 sièges

07 || Ardèche 3 sièges

Sortants Hervé Saulignac (PS-Nupes) ; Olivier Dussopt (LRM-Ensemble) ; Fabrice Brun (LR).

Tout un symbole. Non qualifié pour le second tour, le parti présidentiel perd son siège ardéchois au profit de l’extrême droite dans la 2e circonscription (Tournon-Annonay), celle de l’ancien ministre du travail Olivier Dussopt : Vincent Trébuchet (Rassemblement national, RN) est élu avec 52,76 % des voix. Dans la 3e circonscription (Aubenas), le député sortant a remonté le retard qu’il accusait le 30 juin. Arrivé en troisième position au premier tour, Fabrice Brun (Les Républicains) remporte finalement l’élection, avec 34,65 % des suffrages au second. Après avoir joué avec le feu en se maintenant dans une triangulaire, il l’emporte de justesse, devançant de 37 voix le candidat RN, qui avait viré en tête lors du premier tour. Dans la 1re (Privas), le sortant a bénéficié de la mobilisation contre le RN : Hervé Saulignac (Parti socialiste-Nouveau Front populaire) gagne son duel, avec 52,69 % des voix.

Privas (1re)

Hervé Saulignac (PS-NFP) Réélu

I : 79 598 - V : 56 948 - A : 28,46 % E : 53 717 - B : 2 298 - N : 933

Hervé Saulignac

, PS-NFP, 28 302 (52,69 %) ; Céline Porquet, RN, 25 415 (47,31 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 79 596 - V : 55 991 - A : 29,66 % - E : 54 412 - B. : 1 072 -

Porquet

, 21 736 (39,95 %) ;

Saulignac

, 20 809 (38,24 %) ;

Gineys

, 6 651 (12,22 %) ;

Chaix

, 3 067 (5,64 %) ;

Dorne

, 651 (1,20 %) ;

Vander Donckt

, 518 (0,95 %) ;

Leclerc

, 506 (0,93 %) ;

Chambonnet

, 474 (0,87 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 79 312 - V : 39 205 - A : 50,57 % - E : 35 879 - B. : 2 422 -

Saulignac

, 21 540 (60,04 %) ;

Porquet

, 14 339 (39,96 %).

Tournon-Annonay (2e)

Vincent Trebuchet (LR-RN) Élu

I : 97 152 - V : 70 630 - A : 27,30 % E : 64 284 - B : 4 848 - N : 1 498

Vincent Trebuchet

, LR-RN, 33 914 (52,76 %) ; Michèle Victory, PS-NFP, 30 370 (47,24 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 97 138 - V : 70 404 - A : 27,52 % - E : 68 290 - B. : 1 420 -

Trebuchet

, 24 417 (35,75 %) ;

Victory

, 17 051 (24,97 %) ;

Heydel Grillere

, 11 904 (17,43 %) ;

Vallon

, 10 509 (15,39 %) ;

Nodin

, 2 197 (3,22 %) ;

Montreynaud

, 777 (1,14 %) ;

Ritz

, 613 (0,90 %) ;

Gaillard

, 609 (0,89 %) ;

Julien

, 213 (0,31 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 96 581 - V : 47 945 - A : 50,36 % - E : 43 639 - B. : 3 109 -

Dussopt

, 25 684 (58,86 %) ;

Goulouzelle

, 17 955 (41,14 %).

Aubenas (3e)

Fabrice Brun (div. d.) Réélu

I : 81 011 - V : 60 042 - A : 25,88 % E : 58 916 - B : 780 - N : 346

Fabrice Brun

, div. d., 20 414 (34,65 %) ; Cyrille Grangier, RN, 20 377 (34,59 %) ; Florence Pallot, LFI-NFP, 18 125 (30,76 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 81 022 - V : 58 687 - A : 27,57 % - E : 57 371 - B. : 845 -

Grangier

, 18 328 (31,95 %) ;

Pallot

, 16 239 (28,31 %) ;

Brun

, 15 194 (26,48 %) ;

Bonnetain

, 5 984 (10,43 %) ;

Marchisio

, 482 (0,84 %) ;

Marcesse

, 479 (0,83 %) ;

Touzet

, 331 (0,58 %) ;

Faure

, 327 (0,57 %) ;

Zaguedoun-Reynaud

, 7 (0,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 80 836 - V : 46 134 - A : 42,93 % - E : 43 594 - B. : 1 782 -

Brun

, 24 890 (57,10 %) ;

Pallot

, 18 704 (42,90 %).

Le Monde
Législatives 2024 - second tour, mardi 9 juillet 2024 1013 mots, p. SPA8

Hauts-de-France 02 || Aisne 5 sièges 59 || Nord 21 sièges 60 || Oise 7 sièges 80 || Somme 5 sièges

62 || Pas-de-Calais 12 sièges

Sortants Emmanuel Blairy (RN) ; Jacqueline Maquet (LRM-Ensemble) ; Jean-Marc Tellier (PCF-Nupes) ; Philippe Fait (LRM-Ensemble) ; Jean-Pierre Pont (LRM-Ensemble) ; Christine Engrand (RN) ; Pierre-Henri Dumont (LR) ; Bertrand Petit (PS dis.) ; Caroline Parmentier (RN) ; Thierry Frappé (RN) ; Marine Le Pen (RN) ; Bruno Bilde (RN).

La majorité présidentielle sauve deux circonscriptions sur les douze que compte le département. La 4e (Berck-Etaples), celle où vote Emmanuel Macron, est gagnée par le sortant Philippe Fait (Renaissance-Ensemble), avec un écart d’un peu plus de 1 000 voix. Plus facile pour la ministre Agnès Pannier-Runacher dans la 2e (Arras). Elle y écarte le candidat Rassemblement national (RN), le devançant de 6 614 voix. Mais dans le Pas-de-Calais, le grand gagnant est le RN, passant de six circonscriptions en 2022 à dix. Le sortant de gauche, Bertrand Petit, perd la 8e (Saint-Omer). Dans la seule triangulaire, le candidat du Nouveau Front populaire, en faveur duquel s’était désisté le sortant Ensemble, ne sauve pas la 5e (Boulogne-sur-Mer). Avec la défaite du sortant LR Pierre-Henri Dumont, Calais (7e) a désormais un député d’extrême droite, Marc de Fleurian.

éluS du premier tour Emmanuel Blairy - RN - 1reBruno Clavet - RN - 3eChristine Engrand - RN - 6eThierry Frappé - RN - 10eMarine Le Pen - RN - 11eBruno Bilde - RN - 12e

Arras (2e)

Agnès Pannier-Runacher (Ren.-Ensemble) Élue

I : 88 606 - V : 59 675 - A : 32,65 % E : 56 670 - B : 1 960 - N : 1 045

Agnès Pannier-Runacher

, Ren.-Ensemble, 31 642 (55,84 %) ; Alban Heusèle, RN, 25 028 (44,16 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 88 596 - V : 61 068 - A : 31,07 % - E : 59 603 - B. : 981 -

Heusèle

, 22 239 (37,31 %) ;

Pannier-Runacher

, 12 838 (21,54 %) ;

Cousin

, 11 991 (20,12 %) ;

Desfachelle

, 8 303 (13,93 %) ;

Dhifallah

, 2 180 (3,66 %) ;

Ladsous

, 946 (1,59 %) ;

Leblanc

, 697 (1,17 %) ;

Bouffart

, 409 (0,69 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 87 622 - V : 42 850 - A : 51,10 % - E : 38 316 - B. : 2 901 -

Maquet

, 20 971 (54,73 %) ;

Heusèle

, 17 345 (45,27 %).

Berck, Étaples (4e)

Philippe Fait (Ren.-Ensemble) Réélu

I : 89 959 - V : 62 063 - A : 31,01 % E : 59 465 - B : 1 717 - N : 881

Philippe Fait

, Ren.-Ensemble, 30 237 (50,85 %) ; Benoît Dolle, RN, 29 228 (49,15 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 89 963 - V : 61 308 - A : 31,85 % - E : 59 718 - B. : 1 089 -

Dolle

, 25 286 (42,34 %) ;

Fait

, 18 309 (30,66 %) ;

Drain

, 8 794 (14,73 %) ;

Lambert

, 5 501 (9,21 %) ;

Durand

, 935 (1,57 %) ;

Judek

, 445 (0,75 %) ;

Hericourt

, 442 (0,74 %) ;

Sergent

, 6 (0,01 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 89 977 - V : 44 799 - A : 50,21 % - E : 41 394 - B. : 2 289 -

Fait

, 23 331 (56,36 %) ;

Vanpeene

, 18 063 (43,64 %).

Boulogne-sur-Mer (5e)

Antoine Golliot (RN) Élu

I : 90 922 - V : 57 004 - A : 37,30 % E : 53 860 - B : 2 306 - N : 838

Antoine Golliot

, RN, 27 174 (50,45 %) ; Olivier Barbarin, PS-NFP, 26 686 (49,55 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 90 906 - V : 56 784 - A : 37,54 % - E : 55 564 - B. : 869 -

Golliot

, 23 974 (43,15 %) ;

Barbarin

, 16 095 (28,97 %) ;

Pont

, 11 601 (20,88 %) ;

Viudes

, 2 596 (4,67 %) ;

Langlet

, 1 298 (2,34 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 90 607 - V : 38 860 - A : 57,11 % - E : 35 474 - B. : 2 346 -

Pont

, 18 102 (51,03 %) ;

Golliot

, 17 372 (48,97 %).

Calais (7e)

Marc De Fleurian (RN) Élu

I : 94 682 - V : 58 220 - A : 38,51 % E : 56 459 - B : 1 112 - N : 649

Marc De Fleurian

, RN, 29 282 (51,86 %) ; Pierre-Henri Dumont, LR, 27 177 (48,14 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 94 659 - V : 57 610 - A : 39,14 % - E : 56 408 - B. : 779 -

De Fleurian

, 26 995 (47,86 %) ;

Dumont

, 19 036 (33,75 %) ;

Moussally

, 9 184 (16,28 %) ;

Carraud

, 701 (1,24 %) ;

Judek

, 492 (0,87 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 94 080 - V : 38 459 - A : 59,12 % - E : 36 062 - B. : 1 570 -

Dumont

, 20 132 (55,83 %) ;

de Fleurian

, 15 930 (44,17 %).

Saint-Omer (8e)

Auguste Evrard (RN) Élu

I : 92 392 - V : 59 746 - A : 35,33 % E : 56 961 - B : 1 772 - N : 1 013

Auguste Evrard

, RN, 29 775 (52,27 %) ; Bertrand Petit, PS dis., 27 186 (47,73 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 92 388 - V : 60 046 - A : 35,01 % - E : 58 485 - B. : 934 -

Evrard

, 27 164 (46,45 %) ;

Petit

, 18 697 (31,97 %) ;

Potterie

, 9 824 (16,80 %) ;

Ruffin

, 1 199 (2,05 %) ;

Atassi

, 984 (1,68 %) ;

Weber

, 617 (1,05 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 92 206 - V : 43 873 - A : 52,42 % - E : 40 849 - B. : 1 931 -

Petit

, 22 801 (55,82 %) ;

Evrard

, 18 048 (44,18 %).

Béthune (9e)

Caroline Parmentier (RN) Réélue

I : 80 773 - V : 52 694 - A : 34,76 % E : 49 990 - B : 1 764 - N : 940

Caroline Parmentier

, RN, 27 316 (54,64 %) ; Hadrien Coisne, Ren.-Ensemble, 22 674 (45,36 %).

1er tour leg. 2024 :

I : 80 762 - V : 54 081 - A : 33,04 % - E : 52 558 - B. : 1 009 -

Parmentier

, 25 674 (48,85 %) ;

Coisne

, 10 394 (19,78 %) ;

Harremoes

, 8 881 (16,90 %) ;

Elazouzi

, 6 985 (13,29 %) ;

Deflandre

, 624 (1,19 %) ;

Guaquier

, (0,00 %).

2e tour leg. 2022 :

I : 80 131 - V : 37 793 - A : 52,84 % - E : 34 866 - B. : 1 956 -

Parmentier

, 18 587 (53,31 %) ;

Deprez-Audebert

, 16 279 (46,69 %).

Libération
mardi 9 juillet 2024 758 mots, p. 10,11

ÉDITOS/

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8 juillet 2024 - Libération (site web)

Le coup passa si près

ANNE SINCLAIR

ÉDITOS/

Pour une fois, réjouissons-nous. Après le mois que nous venons de vivre et après le choc du premier tour, notre soulagement est à la mesure de nos frayeurs, immense. Deux Français sur trois ont en effet refusé que le Rassemblement national et ses candidats racistes, antisémites, complotistes et prorusses soient aux commandes de la France. Le RN n’est toujours pas un parti comme un autre pour les Français. En tout cas, pas encore. Et ce n’était pas gagné. L’amertume de Louis Alliot ou Sébastien Chenu devant leur place de troisième compensait un peu l’angoisse qui nous a étreints encore toute la journée de dimanche devant le risque de grand remplacement de notre Etat de droit.

A l’inverse, la première place occupée par le Nouveau Front populaire est la revanche de ceux qui ont une vraie demande de justice. De la crise des gilets jaunes escamotée, aux soignants du Covid oubliés sitôt la crise passée, des profits indécents accumulés par certains, au sentiment de déclassement ressenti par beaucoup de Français, il était temps qu’ils soient écoutés. Enfin, de nombreux citoyens ont voté pour l’adversaire de leur famille politique pour entraîner la défaite d’un ennemi plus grand encore. Cette attitude est un formidable progrès de maturité politique. Il n’était pas facile à beaucoup d’électeurs de droite de permettre l’élection de François Ruffin. Et il a fallu un certain sens civique à des électeurs de gauche pour aider Laurent Wauquiez ou Gérald Darmanin à retrouver leurs sièges de député. Rien pour autant n’est tranché politiquement. La difficulté de trouver une majorité de gouvernement est entière. Et ne nous leurrons pas, nous n’évi- lll terons le danger du RN demain, dans un an, dans trois ans, que si la classe politique se montre à la hauteur.

Peut-être pouvons-nous demander au Président, qui a perdu une centaine de députés, d’éviter d’admirer à l’avenir ses propres pirouettes, de ne pas se féliciter une fois de plus de sa centralité et de ne plus se complaire dans le petit jeu politique. Le discours de belle facture de Gabriel Attal, qui prend date pour le futur, montrait qu’il avait compris que le jeu de bonneteau des anciens compagnons de Macron, un coup à droite, un coup à gauche, était devenu inaudible.

Quant à la gauche, il lui faut réapprendre à séduire et à trancher. J’avoue que vendredi dernier, j’ai envié les Britanniques. Trop jeune pour avoir connu Churchill et le courage des Anglais sous les bombes en 1940, souvent indignée par Mme Thatcher, pas vraiment attirée par le blairisme, je n’avais que sarcasmes pour ces «abrutis de brexiters». Ils viennent de donner une leçon d’humilité à ceux qui croient encore que seule la radicalité sait convaincre. L’austère Keir Starmer a peu promis, et s’est attelé à quelques objectifs limités en nombre – mais sacrément ambitieux – comme améliorer les conditions de vie de ses concitoyens et réparer le système de santé. Et il a su faire le ménage dans ses rangs. Il va falloir que la gauche franlll çaise choisisse entre Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann. Le vieux leader de LFI est devenu un repoussoir pour la majorité de ses concitoyens. Il est plus que temps que la gauche se dote d’une figure nouvelle qui entraîne au-delà de son camp, et qui parle vrai, sans outrances, sans violence. A la Mendès, à la Rocard, à la Delors, à la Starmer. Quant à l’éléphant dans la pièce, comme disent les Anglo- Saxons, c’est le sujet brûlant de l’antisémitisme qu’on ne peut plus éviter. Au XIXe siècle, la gauche a eu des tentations antijuives, mais a su, notamment grâce à Jaurès, prendre le virage du combat dreyfusard. Depuis cent trente ans, elle se confondait avec la lutte contre l’antisémitisme.

Jean-Luc Mélenchon vient de soumettre une partie de la gauche à un demi-tour historique. Ne pas le dire est une démission. Ne pas le combattre, une régression. La mauvaise pièce qui s’est jouée depuis un mois à la suite de la décision irresponsable du Président de dissoudre l’Assemblée a failli très mal se terminer. Depuis 2002, on aura crié au loup une fois, deux fois, quatre fois. C’est la dernière. Michel Rocard avait coutume de dire, quand la situation politique était compliquée, que les Français étaient d’une intelligence confondante. Ils viennent de le montrer. Aux politiques maintenant d’être à leur niveau.

L'Humanité
lundi 8 juillet 2024 3335 mots, p. 10

Des circonscriptions à la loupe

Guadeloupe 4e circonscription Élie Califer (PS-NFP) : réélu Martinique 2e circonscription Marcellin Nadeau (NFP) : élu Guyane 2e circonscription Davy Rimane (NFP) : réélu Seine-Maritime 8e circonscription Jean-Paul Lecoq (NFP-PCF) : réélu Seine-Maritime 3e circonscription Édouard Bénard (NFP-PCF) largement : réélu Lot 1re circonscription Aurélien Pradié (LR) : réélu Somme 1re circonscription François Ruffin (NFP) : réélu Oise 1re circonscription Victor Habert-Dassault (LR) : battu Finistère 3e circonscription Didier Le Gac (ENS) : élu Seine-Maritime 6e circonscription Sébastien Jumel (NFP-PCF) : battu Finistère 5e circonscription Graziella Melchior (Ensemble) : élue Pas-de-Calais 2e circonscription Agnès Pannier-Runacher (Ensemble) : en tête Vosges 1re circonscription Stéphane Viry (LR) : réélu Nouvelle-Calédonie 2e circonscription Emmanuel Tjibaou (Indépendantiste) : élu Guyane 1re circonscription Jean-Victor Castor (NFP) : réélu Corrèze 1re circonscription François Hollande (NFP-PS) : élu Eure 4e circonscription Philippe Brun (PS-NFP) : réélu Cher 2e circonscription Nicolas Sansu (NFP-PCF) : éélu Landes 4e circonscription Boris Vallaud (NFP-PS) : réélu Nièvre 2e circonscription Christian Paul (NFP) : battu Bouches-du-Rhône 13e circonscription Pierre Dharréville (NFP-PCF) : battu Allier 1re circonscription Yannick Monnet (NFP-PCF) : réélu Dordogne 4e circonscription Sébastien Peytavie (NFP-Générations) : réélu Puy-de-Dôme 5e circonscription André Chassaigne (NFP-PCF) : réélu Aude 1re circonscription Philippe Poutou (NFP-NPA) : battu, Christophe Barthès (RN) : réélu Isère 1re circonscription Olivier Véran (Ensemble) : réélu Oise 7e circonscription David Magnier (RN) : élu Calvados 6e circonscription Élisabeth Borne (Ensemble) : réélue Haut-Rhin 1re circonscription Brigitte Klinkert (Ensemble) : réélue Bouches-du-Rhône 15e circonscription Romain Baubry (RN) : réélu Isère 2e circonscription Cyrielle Chatelain (NFP-les Écologistes) : réélue Nord 1re circonscription Aurélien Le Coq (NFP-LFI) : élu Drôme 3e circonscription Marie Pochon (NFP-les Écologistes) : réélue Nord 2e circonscription Ugo Bernalicis (NFP-FI) : réélu Meurthe-et-Moselle 6e circonscription Caroline Fiat (NFP-FI) : battue Isère 4e circonscription Marie-Noëlle Battistel (NFP-PS) : réélue Oise 4e circonscription Éric Woerth (Ensemble) : réélu Pyrénées-Atlantiques 6e circonscription Peio Dufau (NFP) : élu Isère, 5e circonscription Jérémie Iordanoff (NFP- Les Écologistes) : réélu Marne 5e circonscription Charles de Courson (Liot) : réélu Aveyron 2e circonscription Laurent Alexandre (NFP-FI) : réélu Seine-Saint-Denis 7e circonscription Alexis Corbière (DVG) : réélu Paris 15e circonscription Danielle Simonnet (DVG) : réélue Meurthe-et-Moselle 1re circonscription Estelle Mercier (NFP-PS) : élue Seine-Maritime 4e circonscription Alma Dufour (NFP-FI) : réélue Paris 3e circonscription Stanislas Guerini (Ensemble) : battu Seine-Saint-Denis 4e circonscription Soumya Bourouaha (NFP-PCF) : réélue Doubs 2e circonscription Dominique Voynet (NFP) : élue Paris 3e circonscription Stanislas Guerini (Ensemble) : battu Val-d'Oise 3e circonscription Emmanuel Maurel (NFP-app. PCF) : élu Alpes-Maritimes 1re circonscription Éric Ciotti (LR-RN) : réélu Ille-et-Vilaine 4e circonscription Mathilde Hignet (NFP-FI) : élue Français de l'étranger 8e circonscription Meyer Habi (LR) : battu

Guadeloupe 4e circonscription Élie Califer (PS-NFP) : réélu

Dans la 4e circonscription de la Guadeloupe, le député sortant socialiste soutenu par le Nouveau Front populaire Élie Califer est confortablement réélu avec 71,09 % des voix. Son adversaire, Jennifer Linon (Divers centre), a été battue avec 28,91 % des suffrages.

Martinique 2e circonscription Marcellin Nadeau (NFP) : élu

Le député sortant Marcellin Nadeau (NFP) est élu à 65,7 %, face à Yan Monplaisir (DVD), 34,3 %. Au premier tour, ils avaient obtenu respectivement 48,31 % et 27,06 % des suffrages exprimés.

Guyane 2e circonscription Davy Rimane (NFP) : réélu

Dans la 2e circonscription de Guyane, le député sortant Davy Rimane, soutenu par le NFP, a été réélu sans souci, après le désistement de la candidate sans étiquette Sophie Charles. Il était membre, dans la précédente mandature, du groupe GDR, où siégeaient notamment les élus communistes.

Seine-Maritime 8e circonscription Jean-Paul Lecoq (NFP-PCF) : réélu

Selon les premiers décomptes, le député PCF Jean-Paul Lecoq l'emporterait largement, avec plus de 60 % des suffrages. Il affrontait un candidat RN. Jean-Paul Lecoq avait reçu le soutien du maire du Havre, l'ancien premier ministre Édouard Philippe.

Seine-Maritime 3e circonscription Édouard Bénard (NFP-PCF) largement : réélu

Selon les premiers décomptes, le député PCF Édouard Bénard l'emporterait largement, avec plus de 65 % des suffrages. Le successeur d'Hubert Wulfranc avait obtenu 48,64 % des suffrages au premier tour. Il affrontait un candidat RN.

Lot 1re circonscription Aurélien Pradié (LR) : réélu

Aurélien Pradié, candidat « Les Républicains » dans la première circonscription du Lot, a été réélu avec 53,78 % des voix, face à la candidate du Nouveau Front populaire (FI), Elsa Bougeard (23,26 %).

Somme 1re circonscription François Ruffin (NFP) : réélu

Le candidat Nouveau Front populaire qui a annoncé son départ de la France insoumise a été réélu dans la 1re circonscription de la Somme avec 51,21 % des voix.

Oise 1re circonscription Victor Habert-Dassault (LR) : battu

Le député sortant Victor Habert-Dassault, qui avait succédé à son oncle Olivier en 2021, a été battu avec 48,31 %, contre 51,69 % à Claire Marais-Beuil (RN).

Finistère 3e circonscription Didier Le Gac (ENS) : élu

Didier Le Gac (ENS) est élu à 68,99 % face à Martine Donval (RN), selon les résultats partiels.

Seine-Maritime 6e circonscription Sébastien Jumel (NFP-PCF) : battu

Avec 48,89 % des suffrages, à 99,55 % des bulletins dépouillés, Sébastien Jumel serait battu de 550 voix. Le député communiste cède son siège au candidat RN Patrice Martin. L'ancien maire de Dieppe accusait 10,41 % de retard au premier tour.

Finistère 5e circonscription Graziella Melchior (Ensemble) : élue

Graziella Melchior (ENS) l'emporte dans le Finistère à 68,06 % sur la candidate RN Renée Thomaïdis (31,94 %), selon les résultats partiels du ministère de l'Intérieur.

Pas-de-Calais 2e circonscription Agnès Pannier-Runacher (Ensemble) : en tête

Selon des résultats provisoires, la ministre Agnès Pannier-Runacher était en passe de l'emporter. elle obtiendrait 53,60 % des voix contre 46,40 % au candidat RN Alban Heusèle. La candidate d'Ensemble !, qui était distancée par le candidat d'extrême droite au premier tour (21,54 % contre 37,31 %), bénéfice du front républicain.

Vosges 1re circonscription Stéphane Viry (LR) : réélu

Stéphane Viry (LR) conserve son siège à l'Assemblée nationale avec 58,73 % des voix exprimées dans la 1re circonscription des Vosges. Il distance de 17 points le candidat du Rassemblement national Pierre François en seconde position avec seulement 41,27 % des suffrages.

Nouvelle-Calédonie 2e circonscription Emmanuel Tjibaou (Indépendantiste) : élu

Emmanuel Tjibaou est élu à l'Assemblée nationale pour y représenter la 2e circonscription. Le fils de Jean-Marie Tjibaou devient le premier député indépendantiste de la Nouvelle-Calédonie depuis 1986. L'enfant de Hienghène, personnalité emblématique, l'emporte face à Alcide Ponga, président du Rassemblement soutenu par le groupe Loyalistes : il a reçu 57,33 % des suffrages exprimés, contre 42,67 % à son adversaire.

Guyane 1re circonscription Jean-Victor Castor (NFP) : réélu

Le député sortant régionaliste Jean-Victor Castor, soutenu par le Nouveau Front populaire, a été élu avec 76,11 % des voix, face à Boris Chong-Sit, candidat sans étiquette. Jean-Victor Castor, dans la précédente mandature, appartenait au groupe de la Gauche démocrate et républicaine, où siégeaient aussi les députés communistes.

Corrèze 1re circonscription François Hollande (NFP-PS) : élu

Selon les premiers décomptes, l'ancien chef de l'État s'impose, avec 43,29 %, dans une triangulaire. La candidate RN Maïtey Pouget obtient (31,43 %) des suffrages et le député LR sortant Francis Dubois, 25,28 %.

Eure 4e circonscription Philippe Brun (PS-NFP) : réélu

Renversement de tendance dans la 4e circonscription de l'Eure. Le député sortant socialiste, soutenu par le Nouveau Front populaire, Philippe Brun, est réélu avec 52, 83 des voix, d'après les premières estimations. En tête lors du premier tour, son opposant, Patrice Pauper (RN) est arrivé en deuxième place avec 47, 17 % des suffrages.

Cher 2e circonscription Nicolas Sansu (NFP-PCF) : éélu

À 97,7 % des bulletins dépouillés, le communiste Nicolas Sansu l'emporterait avec 50,97 % des suffrages. Le député sortant affrontait Bastian Duenas, du RN. Au premier tour, l'ex-maire de Vierzon avait 10 points de retard sur le candidat d'extrême droite.

Landes 4e circonscription Boris Vallaud (NFP-PS) : réélu

Le président du groupe socialiste l'emporte avec 56,65 % des suffrages. Boris Vallaud devance la candidate du Rassemblement national, Sylvie Franceschini (43,35 %).

Nièvre 2e circonscription Christian Paul (NFP) : battu

Avec 44,2 % des suffrages exprimés, le candidat PS du Nouveau Front populaire, Christian Paul, a été largement devancé par le candidat RN Julien Guibert, qui obtient 55,18 %. Il succède au macroniste Patrice Perrot, qui ne se représentait pas.

Bouches-du-Rhône 13e circonscription Pierre Dharréville (NFP-PCF) : battu

Le député PCF de la 13e circonscription des Bouches-du-Rhône est défait avec 46 % des suffrages. Le RN Emmanuel Fouquart s'impose. Pierre Dharréville accusait un retard de 11,51 % après le premier tour.

Allier 1re circonscription Yannick Monnet (NFP-PCF) : réélu

Le député PCF sortant de la 1re circonscription de l'Allier (50,6 %) s'impose de 690 voix face à la candidate RN, Anne-Marie Thès. Yannick Monnet accusait un retard de 9,77 % à l'issue du premier tour.

Dordogne 4e circonscription Sébastien Peytavie (NFP-Générations) : réélu

Sébastien Peytavie (Générations-NFP), le député sortant, s'impose avec 54,64 % des voix, soit 10 points d'avance sur son adversaire du second tour, Dominique-Louise Marchaudon (RN), qui obtient 45,36 % des suffrages.

Puy-de-Dôme 5e circonscription André Chassaigne (NFP-PCF) : réélu

Selon les premiers décomptes, le député communiste André Chassaigne serait réélu dans la circonscription du Puy-de-Dôme. Il obtiendrait au moins 55 % des suffrages. Au premier tour, le président du groupe GDR (37,77 %) devançait de justesse la candidate RN Brigitte Carletto (37,02 %).

Aude 1re circonscription Philippe Poutou (NFP-NPA) : battu, Christophe Barthès (RN) : réélu

Le pari était quasi impossible à tenir : le candidat du NPA Philippe Poutou n'a obtenu que 38,20 % des voix dans la première circonscription de l'Aude. Il a été battu par le député RN sortant Christophe Barthès, qui remporte 61,80 % des voix. Le député sortant avait obtenu 49,3 % des voix au premier tour. Philippe Poutou avait recueilli 18,70 % des voix au premier tour.

Isère 1re circonscription Olivier Véran (Ensemble) : réélu

L'ancien ministre de la Santé et député Renaissance sortant Olivier Véran remporte l'élection 50,36 % des votes. Hugo Prevost, du Nouveau Front populaire, arrivé en tête au premier tour, réunit 29,37 % des électeurs, tandis que le candidat Rassemblement national, Alexandre Lacroix, arrive 3e avec 20,27 % des suffrages.

Oise 7e circonscription David Magnier (RN) : élu

David Magnier (RN) l'emporte avec 43,85 % des voix. Loïc Pen, candidat PCF investi par le Nouveau Front populaire, arrive en deuxième position avec un score de 34,41 %, soit 4 600 voix de plus qu'au premier tour. Enfin, le député sortant Maxime Minot (LR) obtient presque le même score qu'au premier tour, avec 21,73 % des voix.

Calvados 6e circonscription Élisabeth Borne (Ensemble) : réélue

L'ancienne première ministre Élisabeth Borne a été réélue dans la 6e circonscription du Calvados avec environ 56 % des voix. Elle devance le candidat du Rassemblement national Nicolas Calbrix, qui a obtenu près de 44 % des suffrages, selon les premières estimations. Une victoire qu'elle doit en partie au retrait du candidat insoumis Noé Gauchard, qualifié à l'issue du premier tour.

Haut-Rhin 1re circonscription Brigitte Klinkert (Ensemble) : réélue

La députée macroniste Brigitte Klinkert réélue largement dans la 1re circonscription du Haut-Rhin avec 58,24 % des suffrages, contre 41,76 % pour le candidat du Rassemblement national, Laurent Gnaedig. Il était arrivé en tête, à quatre points d'écart de son adversaire, lors du premier tour des législatives.

Bouches-du-Rhône 15e circonscription Romain Baubry (RN) : réélu

Sans surprise, l'ancien policier Romain Baubry (RN) conserve son mandat. Déjà loti de plus de 49 % des suffrages au premier tour, il l'emporte avec plus de 65 % des voix sur la candidate de la France insoumise, Wassila Aïdarous. Romain Baubry est sous le coup d'une plainte de son assistante parlementaire pour violence.

Isère 2e circonscription Cyrielle Chatelain (NFP-les Écologistes) : réélue

La députée écologiste sortante Cyrielle Chatelain est réélue sous la bannière du Nouveau Front populaire avec 62,07 % des votes face à Édouard Robert, Rassemblement national, qui obtient 37,93 % des suffrages.

Nord 1re circonscription Aurélien Le Coq (NFP-LFI) : élu

Aurélien Le Coq succède à l'ancien numéro 1 de la France insoumise, Adrien Quatennens. Il obtient 61,78 % des voix, contre 38,22 % à la candidate d'extrême droite, Carole Leclercq.

Drôme 3e circonscription Marie Pochon (NFP-les Écologistes) : réélue

La députée écologiste sortante Marie Pochon conserve son siège de députée en remportant l'élection avec 56,59 % des voix, contre 43,41 % pour Adhémar Autrand, candidat LR allié avec le RN, qui défendait notamment les chasseurs et les viticulteurs.

Nord 2e circonscription Ugo Bernalicis (NFP-FI) : réélu

Avec 50,31 % des suffrages, l'insoumis Ugo Bernalicis s'impose dans la seconde circonscription du Nord. Il devance Violette Salanon (Ensemble, 25,63 %) et Philippe Guérard, (24,06 %).

Meurthe-et-Moselle 6e circonscription Caroline Fiat (NFP-FI) : battue

La députée sortante Caroline Fiat (la France insoumise), réinvestie sous la bannière du Nouveau Front populaire, perd son siège à l'Assemblée nationale face au candidat du Rassemblement national, Anthony Boulogne, à 45,36 % contre 54,64 % des voix exprimées dans la 6e circonscription de Meurthe-et-Moselle.

Isère 4e circonscription Marie-Noëlle Battistel (NFP-PS) : réélue

La députée socialiste sortante Marie-Noëlle Battistel, arrivée largement en tête lors du premier tour, est réélue avec 59,76 % des voix. Elle affrontait Anne-Marie Malandrino (LR), qui avait fait alliance avec le RN, celle-ci recueille 40,24 % des suffrages.

Oise 4e circonscription Éric Woerth (Ensemble) : réélu

Éric Woerth, député de cette circonscription depuis 2007, conserve son siège de député grâce à un score de 53,44 %, contre 46,56 % pour le candidat d'extrême droite Matthieu Grimpret.

Pyrénées-Atlantiques 6e circonscription Peio Dufau (NFP) : élu

Peio Dufau, candidat du Nouveau Front populaire, l'emporte avec 36,28 % des suffrages. Il était face à Christian Devèze (Ensemble), qui obtient 35,33 %, et Victor Lastécouères (RN), qui rassemble 28,39 % des suffrages.

Isère, 5e circonscription Jérémie Iordanoff (NFP- Les Écologistes) : réélu

Le député écologiste sortant Jérémie Iordanoff remporte 58,83 % des votes dans la 5e circonscription de l'Isère et bat sa rivale RN Frédérique Schreiber, qui rassemble 41,17 % des suffrages. Ce duel était le fruit du retrait du troisième, Jean-Charles Colas-Roy (Ensemble), qui avait choisi de se désister, « pour faire barrage à l'extrême droite ».

Marne 5e circonscription Charles de Courson (Liot) : réélu

Le centriste Charles de Courson conserve son siège à l'Assemblée nationale de justesse avec 50,42 % des voix exprimées, contre 49,58 % en faveur du candidat du Rassemblement national, Thierry Besson. Les deux candidats s'étaient qualifiés au second tour dans un duel serré à 46,99 %, contre 42,66 %.

Aveyron 2e circonscription Laurent Alexandre (NFP-FI) : réélu

Le député sortant insoumis Laurent Alexandre a été réélu dans sa circonscription, avec 55,70 % des voix, face à la candidate RN Marie-Christine Parolin, qui n'a recueilli que 44,30 % des voix. Il était investi par le Nouveau Front populaire.

Seine-Saint-Denis 7e circonscription Alexis Corbière (DVG) : réélu

L'ex-insoumis Alexis Corbière a annoncé sa réélection dans la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis. Soutenu par la gauche locale, dont le maire PCF de Montreuil Patrice Bessac, l'ancien proche de Jean-Luc Mélenchon, depuis tombé en disgrâce, affrontait l'insoumise Sabrina Ali-Benali.

Paris 15e circonscription Danielle Simonnet (DVG) : réélue

Après 10 000 bulletins dépouillés, l'ex-insoumise Danielle Simonnet devrait conserver son siège dans la 15e circonscription de Paris. Avec 75 % des suffrages, selon des premiers décomptes, la candidate soutenue par toute la gauche du 20e arrondissement parisien devance largement Céline Verzeletti. L'ex-dirigeante cégétiste avait été investie par la FI.

Meurthe-et-Moselle 1re circonscription Estelle Mercier (NFP-PS) : élue

Sur 78,45 % des votes dépouillés, la candidate du Nouveau Front populaire Estelle Mercier devance de loin son adversaire du Rassemblement national, Patricia Melet, à 61,58 % contre 38,42 % des suffrages. Le candidat macroniste Philippe Guillemard, qualifié au second tour, s'était désisté de la triangulaire pour faire barrage à l'extrême droite.

Seine-Maritime 4e circonscription Alma Dufour (NFP-FI) : réélue

La députée insoumise sortante de la 4e circonscription de la Seine-Maritime, Alma Dufour, a été réélue avec 52,51 % des voix au second tour, devant Guillaume Pennelle (47, 49 %), son adversaire du Rassemblement national. L'ancienne porte-parole des Amis de la Terre retrouve ainsi le Palais Bourbon après avoir été en ballottage défavorable lors du premier tour.

Paris 3e circonscription Stanislas Guerini (Ensemble) : battu

La gauche parisienne poursuit sa moisson. Sur près de 80 % des bulletins dépouillés, Stanislas Guerini (Ensemble) perd son duel contre la candidate du (NFP) Léa Balage El Mariky, qui recueille 55,44 % des voix. Elle concrétise ainsi l'avance acquise au premier tour dans cette circonscription qui s'étend sur les 17e et 18e arrondissements.

Seine-Saint-Denis 4e circonscription Soumya Bourouaha (NFP-PCF) : réélue

Soumya Bourouaha, députée PCF sortante, s'impose dans la 4e circonscription de Seine-Saint-Denis. Elle affrontait, au second tour, un candidat dissident de la France insoumise, Mohamed Awad.

Doubs 2e circonscription Dominique Voynet (NFP) : élue

L'ancienne ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement de Lionel Jospin, ex-maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), fait son grand retour l'Assemblée nationale. Élue avec 59,95 % des suffrages exprimés, l'écologiste bat le candidat RN Éric Fusis, qui obtient 40,05 %.

Paris 3e circonscription Stanislas Guerini (Ensemble) : battu

La gauche parisienne poursuit sa moisson. Sur près de 80 % des bulletins dépouillés, Stanislas Guerini (Ensemble) perd son duel contre la candidate du (NFP) Léa Balage El Mariky qui recueille 55,44 % des voix. Elle concrétise ainsi l'avance acquise au premier tour dans cette circonscription qui s'étend sur les 17e et 18e arrondissements.

Val-d'Oise 3e circonscription Emmanuel Maurel (NFP-app. PCF) : élu

Le dirigeant de GRS allié du PCF a été élu dans le Val d'Oise face au Rn dans une circonscription jusque-là détenue par Ensemble.

Alpes-Maritimes 1re circonscription Éric Ciotti (LR-RN) : réélu

Dans la triangulaire l'opposant à Olivier Salerno (NFP) et à Graig Monetti (Ensemble !), le président de LR, Éric Ciotti serait élu avec 43 % des voix contre 35 % au candidat de gauche et 21 % à celui de la majorité présidentielle qui ne s'est pas désisté malgré sa troisième place.

Ille-et-Vilaine 4e circonscription Mathilde Hignet (NFP-FI) : élue

La députée insoumise sortante et ouvrière agricole Mathilde Hignet est élue à 57,57 % des voix, l'emportant sur le candidat RN Jacques François (42,43 % des votes).

Français de l'étranger 8e circonscription Meyer Habi (LR) : battu

Il n'a cessé de tempêter et de répandre la haine et des idées nauséabondes : le député sortant Meyer Habib est battu au second tour, dans la 8e circonscription des Français de l'étranger, par Caroline Yadan, la représentante de la majorité présidentielle. C'est la candidate NFP, Yaël Lerer, qui s'est désistée en faveur de Caroline Yadan.

L'Humanité
lundi 8 juillet 2024 887 mots, p. 11

Edition 2 circos 2

Cyprien Boganda

Meurthe-et-Moselle, 6 e circonscription Caroline Fiat (NFP-FI) battue Isère, 4 e circonscription Marie-Noëlle Battistel (NFP-PS) réélue Oise, 4 e circonscription Éric Woerth (Renaissance) réélu Pyrénées-Atlantiques, 6 e circonscription Peio Dufau (NFP) élu Isère, 5 e circonscription Jérémie Iordanoff (NFP-Les Écologistes) réélu Marne, 5 e circonscription Charles de Courson réélu Aveyron, 2 e circonscription Laurent Alexandre (NFP-FI) réélu Seine-Saint-Denis, 7 e circonscription Alexis Corbière (DVG) réélu Paris, 15 e circonscription Danielle Simonnet (DVG) réélue Meurthe-et-Moselle, 1 re circonscription Estelle Mercier (NFP-PS) élue Seine-Maritime, 4 e circonscription Alma Dufour (NFP-FI) réélue Paris, 3 e circonscription Stanislas Guerini (Ensemble) battu Seine-Saint-Denis, 4 e circonscription Soumya Bourouaha (NFP-PCF) réélue

Meurthe-et-Moselle, 6 e circonscription Caroline Fiat (NFP-FI) battue

La députée sortante Caroline Fiat (la France insoumise), réinvestie sous la bannière du Nouveau Front populaire, perd son siège à l'Assemblée nationale face au candidat du Rassemblement national, Anthony Boulogne, à 45,36 % contre 54,64 % des voix exprimées dans la 6 e circonscription de Meurthe-et-Moselle.

Isère, 4 e circonscription Marie-Noëlle Battistel (NFP-PS) réélue

La députée socialiste sortante Marie-Noëlle Battistel, arrivée largement en tête lors du premier tour, est réélue avec 59,76 % des voix. Elle affrontait Anne-Marie Malandrino (LR), qui avait fait alliance avec le RN, celle-ci recueille 40,24 % des suffrages.

Oise, 4 e circonscription Éric Woerth (Renaissance) réélu

Éric Woerth, député de cette circonscription depuis 2007, conserve son siège de député grâce à un score de 53,44 %, contre 46,56 % pour le candidat d'extrême droite Matthieu Grimpret.

Pyrénées-Atlantiques, 6 e circonscription Peio Dufau (NFP) élu

Peio Dufau, candidat du Nouveau Front populaire, l'emporte avec 36,28 % des suffrages. Il était face à Christian Devèze (Ensemble), qui obtient 35,33 %, et Victor Lastécouères (RN), qui rassemble 28,39 % des suffrages.

Isère, 5 e circonscription Jérémie Iordanoff (NFP-Les Écologistes) réélu

Le député écologiste sortant Jérémie Iordanoff remporte 58,83 % des votes et bat sa rivale RN Frédérique Schreiber, qui rassemble 41,17 % des suffrages. Ce duel était le fruit du retrait du troisième, Jean-Charles Colas-Roy (Ensemble), qui avait choisi de se désister, « pour faire barrage à l'extrême droite ».

Marne, 5 e circonscription Charles de Courson réélu

Le centriste Charles de Courson conserve son siège à l'Assemblée nationale de justesse avec 50,42 % des voix exprimées, contre 49,58 % en faveur du candidat du Rassemblement national, Thierry Besson. Les deux candidats s'étaient qualifiés au second tour dans un duel serré à 46,99 %, contre 42,66 %.

Aveyron, 2 e circonscription Laurent Alexandre (NFP-FI) réélu

Le député sortant insoumis Laurent Alexandre a été réélu dans sa circonscription, avec 55,70 % des voix, face à la candidate RN Marie-Christine Parolin, qui n'a recueilli que 44,30 % des voix. Il était investi par le Nouveau Front populaire.

Seine-Saint-Denis, 7 e circonscription Alexis Corbière (DVG) réélu

L'ex-insoumis Alexis Corbière a annoncé sa réélection dans la 7 e circonscription de Seine-Saint-Denis. Soutenu par la gauche locale, dont le maire PCF de Montreuil Patrice Bessac, l'ancien proche de Jean-Luc Mélenchon, depuis tombé en disgrâce, affrontait l'insoumise Sabrina Ali-Benali.

Paris, 15 e circonscription Danielle Simonnet (DVG) réélue

Après 10 000 bulletins dépouillés, l'ex-insoumise Danielle Simonnet devrait conserver son siège dans la 15 e circonscription de Paris. Avec 75 % des suffrages, selon des premiers décomptes, la candidate soutenue par toute la gauche du 20 e arrondissement parisien devance largement Céline Verzeletti. L'ex-dirigeante cégétiste avait été investie par la FI.

Meurthe-et-Moselle, 1 re circonscription Estelle Mercier (NFP-PS) élue

Sur 78,45 % des votes dépouillés, la candidate du Nouveau Front populaire Estelle Mercier devance de loin son adversaire du Rassemblement national, Patricia Melet, à 61,58 % contre 38,42 % des suffrages. Le candidat macroniste Philippe Guillemard, qualifié au second tour, s'était désisté de la triangulaire pour faire barrage à l'extrême droite.

Seine-Maritime, 4 e circonscription Alma Dufour (NFP-FI) réélue

La députée insoumise sortante de la 4 e circonscription de la Seine-Maritime, Alma Dufour, a été réélue avec 52,51 % des voix au second tour, devant Guillaume Pennelle (47, 49 %), son adversaire du Rassemblement national. L'ancienne porte-parole des Amis de la Terre retrouve ainsi le Palais Bourbon après avoir été en ballottage défavorable lors du premier tour.

Paris, 3 e circonscription Stanislas Guerini (Ensemble) battu

La gauche parisienne poursuit sa moisson. Sur près de 80 % des bulletins dépouillés, Stanislas Guerini (Ensemble) perd son duel contre la candidate du (NFP) Léa Balage El Mariky, qui recueille 55,44 % des voix. Elle concrétise ainsi l'avance acquise au premier tour dans cette circonscription qui s'étend sur les 17 e et 18 e arrondissements.

Seine-Saint-Denis, 4 e circonscription Soumya Bourouaha (NFP-PCF) réélue

Soumya Bourouaha, députée PCF sortante, s'impose dans la 4 e circonscription de Seine-Saint-Denis. Elle affrontait, au second tour, un candidat dissident de la France insoumise, Mohamed Awad.

La Croix, no. 42964
Événement, lundi 8 juillet 2024 1911 mots, p. 2,3

Dans les Landes, le désarroi des élus face au vote RN

Youna Rivallain

Dans ce département du Sud-Ouest, le vote Rassemblement national a enregistré des scores historiques aux élections européennes et au premier tour des législatives anticipées, le 30 juin.

Maires et députés tentent de comprendre le message envoyé par leurs concitoyens.

Mont-de-Marsan (Landes)

De notre envoyée spéciale

Ce mois de juin 2024 restera de sinistre mémoire pour Jean-Yves Montus. À Soustons, ville tranquille de la côte landaise dont il a été maire socialiste pendant vingt-sept ans, le Rassemblement national (RN) a passé la barre des 30 % au premier tour des élections législatives. Du jamais-vu. Sur les murs de son bureau, installé dans la véranda de sa maison landaise, Jean-Yves Montus a gardé les souvenirs encadrés de ses rencontres avec Jacques Delors, Lionel Jospin, Mikhaïl Gorbatchev aussi, tous passés par la maison des Mitterrand à Latche, située sur le territoire de la commune. « Le socialisme était un ciment ici. C’est peut-être un peu fort de dire ça, mais on sent ses racines s’étioler. »

Les Landes sont un département habitué aux vagues. Pourtant, celle du RN en a surpris beaucoup. Sur les trois circonscriptions, deux ont placé le RN en tête au premier tour des législatives, à 37 et 32 %. « Le 30 juin, c’était la première fois que je pleurais pour des élections », explique Romain, de la librairie Caractères à Mont-de-Marsan, engagé à gauche. Le raz-de-marée Rassemblement national, certains voyaient encore les Landes passer au travers.

Parce qu’ici, de mémoire d’élu, on vote à gauche, un héritage politique du système de métayage rural et forestier. Plantée à l’initiative de Napoléon III pour assécher les marécages et rendre les Landes habitables, la forêt de pins emploie des gemmeurs et des résiniers. Privés à 93 % et profitant à une bourgeoisie foncière, ces bois ont été le théâtre de luttes sociales historiques. « Les Landes étaient très marquées par le métayage, majoritaire dans les zones rurales, avec des relations très dures entre les maîtres et les métayers », explique Alain Pécastaing, historien spécialiste des Landes. Une lutte partagée par les ouvriers des forges, notamment celles de l’embouchure de l’Adour, sur la côte . « C’est par ces luttes sociales communes que la gauche s’est installée ici », estime Alain Vidalies, ancien ministre des transports et député socialiste des Landes pendant plus de vingt ans. Entrecoupés de quelques alternances avec des députés de droite ou macronistes, les socialistes landais se succèdent sur les fauteuils du Palais- Bourbon.

Le plus connu d’entre eux, aussi président du conseil général pendant plus de trente ans et ancien président de l’Assemblée nationale, c’est bien sûr Henri Emmanuelli, décédé en 2017. Son ombre plane dès que l’on parle politique dans le département. La photo de celui qui incarnait l’aile gauche du Parti socialiste est bien sûr en bonne place dans la véranda de Jean-Yves Montus. « Il allait à la réunion du conseil général à 18 heures et il repartait à Paris en avion à minuit. C’était un vrai homme d’État, qui n’avait pas peur d’aller au combat, et qui entraînait tout le monde avec lui », se souvient son ami.

La circonscription historique d’Henri Emmanuelli est la seule des trois à avoir placé en tête au premier tour un candidat du Nouveau Front populaire (NFP). En l’occurrence, Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée, élu dans la 3e circonscription depuis 2017 et dont la maison de famille est à Hontanx, où il s’est marié. « Si on est aujourd’hui un département de gauche, c’est avant tout parce qu’Emmanuelli y a porté une politique de gauche,résume le député sortant. Les transports publics gratuits, les Ehpad publics, l’eau publique… Tout ça, c’est Henri. »

Alors parmi les élus, beaucoup restent médusés devant la montée du vote RN, qui progresse lentement mais sûrement depuis une dizaine d’années et a atteint des records lors des élections de juin. « D’autant qu’on se bat contre un adversaire fantôme », déplore Fabien Lainé, le maire de Sanguinet, qui a multiplié ces derniers jours les tractages sur les marchés en tant que suppléant de la députée MoDem sortante, Geneviève Darrieussecq. « Nous, on est tous élus locaux depuis longtemps, on a gagné et perdu des élections, on vit avec nos concitoyens dans les associations, les entreprises, les administrations, on a les mains dans le cambouis… et il y a des gens qui sont à neuf points devant nous sans faire campagne. Personne ne les connaît, ils ont refusé tous les débats, on ne connaît même pas leurs visages ! »

Parmi les trois candidats RN des trois circonscriptions des Landes contactés par La Croix,seule Véronique Fossey, de la première circonscription, a répondu à nos sollicitations. « C’est vrai que je n’ai pas fait campagne, je n’ai pas été sur les marchés. Je n’avais pas envie de matraquer les gens, ils en ont déjà assez à la télé. »

De leur côté, les candidats Renaissance ou NFP sont pourtant toujours bien accueillis sur les marchés… Mais de moins en moins dans les urnes. Lors des législatives de 2022, aucun candidat Rassemblement national ne s’était qualifié au second tour. Deux ans plus tard, ils l’étaient tous les trois, dont deux en tête au soir du 30 juin. « Quand on demande aux électeurs pourquoi ils votent RN, ils peinent souvent à le formuler, c’est plus un mécontentement global », avance Fabien Lainé.

À force de poser des questions, l’élu a quand même fini par identifier ce qu’il appelle « le syndrome de l’A63 », du nom de l’autoroute qui relie Bordeaux à Bayonne, pour expliquer le vote RN dans le nord des Landes. « Beaucoup de gens travaillent à Bordeaux mais n’ont pas les moyens de s’y loger. Alors ils construisent en campagne le long de cette autoroute, s’endettent à 33 %, font 40-50 minutes de route pour aller travailler, et subissent de plein fouet l’augmentation des prix du carburant… Dans les communes près de cet axe, le vote RN atteint des pics à 50 %. » Un phénomène dont peut témoigner la candidate RN Véronique Fossey, qui vit à Parentis-en-Born, petite ville du nord du département. Là, le RN a fait 43 % au premier tour. « Chez nous, il n’y a rien, pas de train, pas de transport, les gens sont obligés de prendre la voiture pour tout », déplore cette ancienne cadre dans un grand groupe de coiffure en région parisienne, venue s’installer en bordure du bassin d’Arcachon pour sa retraite, en 2019.

Le nord des Landes et la côte, très prisés, ont toujours été plus conservateurs que le reste du département, plus rural. « Beaucoup de gens vivant vers Biscarrosse ou Sanguinet sont landais sans l’être, c’est un déversoir du bassin d’Arcachon,explique Alain Vidalies. Là-bas, le vote RN peut s’apparenter à une radicalisation de l’électorat bourgeois par absorption de la droite républicaine, un peu comme dans le Var. »

Mais le RN a aussi su capter les électeurs historiques de la gauche dans les zones rurales. « Dans ces villages, tout ce qui faisait société se délite, s’éloigne : le curé, le conseiller général, le médecin, les commerçants, la gendarmerie, le tissu associatif.Beaucoup se sentent abandonnés », observe Alain Vidalies, qui habite le village de Laglorieuse, à l’est de Mont-de-Marsan. « Avant, ma commune votait pour moi à 70 %. Maintenant c’est 40 % pour le Rassemblement national. »Certains coins ruraux des Landes, comme l’Armagnac, à l’est, où la population est installée depuis longtemps, résistent pourtant encore au vote d’extrême droite.

« Toutefois, les Landes n’échappent pas à un phénomène national, qui s’inscrit lui-même dans une dynamique européenne et mondiale, insiste l’historien Alain Pécastaing. Partout on retrouve les mêmes thèmes : l’insécurité, la peur du déclassement, l’immigration. » En France, le discours de certains médias nationaux et l’influence des réseaux sociaux effacent les spécificités électorales de chaque territoire et lisse le vote au niveau national. De fait, les raisons de la colère que Véronique Fossey entend dans son coin des Landes sont les mêmes qu’ailleurs. « J’étais chez mon boucher au Super U de Parentis, et il me disait qu’il en avait marre, qu’il espérait que ça allait changer et qu’il allait voter RN. J’étais émue de lui dire que j’étais sa candidate ! Ce qui revient le plus souvent, c’est le pouvoir d’achat et l’insécurité. Les gens en ont assez de la gauche et de la droite, ils veulent du changement ! »

Ce fossé entre les citoyens et les élus, la députée sortante et ancienne ministre Geneviève Darrieussecq le voit au quotidien. « Tout ce qu’on fait en termes politiques n’a plus de résonance, même quand il y a un impact positif pour les gens, ça glisse. On a beau venir avec des résultats, en montrant qu’on a créé de l’emploi, que les salaires ont augmenté, qu’ils ne paient plus de taxe d’habitation, les électeurs n’entendent plus. On est devenus complètement inaudibles. Les Français ne votent plus par rapport à leurs circonstances personnelles,avance-t-elle, mais par rapport à ce qu’ils voient à la télé. »

Le changement, oui, mais pas pour les traditions régionales – la corrida, les courses landaises, le canard, la chasse à l’alouette –, encore bien vivaces. Ici, personne n’a oublié l’interdiction de la chasse à l’ortolan, mets préféré de François Mitterrand, par une directive européenne. « Les Landais vivent mal ce qu’ils perçoivent comme une remise en cause de leurs traditions par les gens des villes, explique Alain Vidalies. C’est pour ça qu’ici les élections européennes font souvent l’objet d’un vote de contestation, et aux élections suivantes ils reviennent vers nous. »

À Luxey, petit village du parc des Landes de Gascogne, la liste de Jean Lassalle est arrivée en deuxième position aux européennes. Le Cercle de l’union, café associatif né en 1897 dans la tradition landaise des cercles de Gascogne, est celui qui compte le plus de chasseurs à la palombe parmi ses adhérents. Ici, c’est dans les statuts, on boit des coups mais on ne parle pas politique. Pourtant elle arrive vite sur la table lorsqu’on parle de la chasse de cette variété de pigeon : beaucoup craignent son interdiction. « Les écolos veulent nous l’interdire mais ils ne comprennent rien, ils ne viennent jamais nous voir »,s’énerve Pierre Pourty, le président du Cercle. Quand on lui parle de palombes, Michel, membre du Cercle, s’émeut. « Moi, ce que j’aime, c’est arriver pour préparer la palombière avant le lever du jour »,souffle-t-il, avant de raconter la brume au petit matin, l’allumage du poêle à bois, les premiers oiseaux dans le ciel… « Pourquoi on nous empêcherait de vivre selon nos traditions ? »

Les parties de chasse à la palombe, Boris Vallaud, seul député socialiste des Landes lors de la précédente législature, y a été initié. Et il n’a pas intérêt à se louper : ici, beaucoup à gauche veulent voir en lui un héritier d’Henri Emmanuelli. « C’est grâce à nos traditions que nous vivons le mieux dans nos différences,assure-t-il devant les halles bondées de Saint-Sever lors d’une réunion publique dans l’entre-deux-tours. Parce que nous sommes attachés à ce que nous sommes et que nous respectons ce que sont les autres. »

Libération
lundi 8 juillet 2024 909 mots, p. 6

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

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7 juillet 2024 - Libération (site web)

Aux portes du pouvoir, le RN rattrapé par le front républicain

NICOLAS MASSOL

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

La marche était trop haute.

L Bien trop haute. Avec entre 134 et 152 députés élus dimanche soir, selon les estimations de l’institut Ipsos, Jordan Bardella voit se fermer devant lui les portes de Matignon. Le poulain de Marine Le Pen n’a même pas eu le temps de poser le pied sur le perron. Promise en haut du podium, la formation d’extrême droite arrive en troisième position, derrière la gauche du Nouveau Front populaire et la majorité présidentielle sortante. Si le Rassemblement national (RN) augmente significa tivement le nombre de ses sièges, ses résultats du second tour des législatives, après un premier tour joué en tête avec plus d’un tiers des voix (33,35 % et 39 élus d’emblée), sonnent comme une cuisante défaite. La mine déconfite et la dent dure, l’ex-aspirant Premier ministre n’a pas ménagé ses attaques contre le front républicain dont ont pâti ses ouailles. «Ce soir, ces accords électoraux jettent la France dans les bras de l’extrême gauche […]. Ces arrangements électoraux entre un président de la République isolé et une extrême gauche incendiaire ne mèneront le pays nulle part», a fustigé Bardella, jetant dans le même sac le NFP et la macronie, «constitués en parti unique, de Philippe Poutou à Edouard Philippe». «La France se voit privée d’une majorité, d’un gouvernement pour agir et donc d’un cap clair», a poursuivi le même.

Devise. Prévenant d’ores et déjà que son parti «n’entrera dans aucune compromission politicienne», et ne participera donc à aucune coalition gouvernementale – ce que personne n’a jamais songé à lui proposer –, le jeune chef de parti a tenté de finir son amer discours sur une note positive. «Ce soir, tout commence, un vieux monde est tombé et rien ne peut arrêter un peuple qui s’est remis à espérer», a requis Bardella, en manière de clin d’oeil à la devise de Jean-Marie Le Pen : l’avenir commence toujours demain. «J’ai trop d’expérience pour être déçue par un résultat où nous doublons notre nombre de députés, a de son côté relativisé Marine Le Pen. La marée monte, elle n’est pas montée assez haut cette fois-ci mais elle continue à monter. En réalité, notre victoire n’est que différée.» Sur les plateaux télé, dimanche soir, les cadres RN n’avaient pas de mots assez durs pour fustiger les «tambouilles électorales» (Laure Lavalette, députée du Var, sur TF1), ou souligner «l’émiettement» de la nouvelle Assemblée (Louis Aliot sur France 2).

Le parti d’extrême droite est mis en face de son échec : malgré ses tentatives de diaboliser l’alliance de gauche, réduite à la seule personnalité présentée comme repoussoir de Jean-Luc Mélenchon, c’est bien le RN qui a essuyé l’efficacité du cordon sanitaire. Les très nombreux désistements ont produit l’effet attendu : sur près de 311 triangulaires prévues le soir du premier tour, plus de 210 candidats se sont retirés pour éviter l’élection d’un candidat RN, et les électeurs ont suivi. Selon les premières estimations Ipsos, près de 72 % des sympathisants de gauche ont glissé un bulletin Ensemble dans l’urne face à un RN ; et près de 54 % d’électeurs macronistes ont voté pour un candidat socialiste, écologiste ou communiste (43 % pour un insoumis). Le front républicain fonctionne encore.

Lumière crue. Il faut dire que la campagne du RN a été scandée par une longue litanie de déclarations racistes, antisémites, complotistes ou homophobes, exhumées ou prononcées récemment par les candidats lepénistes. Investis à la diable alors que Jordan Bardella vantait depuis près de deux ans la préparation de son «plan Matignon», ces champions frontistes ont jeté une lumière crue sur le manque de professionnalisme du «premier parti de France», et sur la réalité de sa nature radicale, parfois antisémite, souvent raciste et toujours xénophobe.

Manifestement tétanisés par la possibilité de se retrouver aux affaires, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont subi les polémiques sur le flou de leur programme ou leurs multiples revirements et n’ont pas su rassurer sur leur volonté de discriminer les binationaux – bien mal aidés, en cela, par les déclarations de leurs propres cadres, comme ce député RN sortant de l’Yonne qui a jugé que les «Maghrébins […] n’ont pas leur place dans les hauts lieux». Le ralliement quasi solitaire d’Eric Ciotti, président de Les Républicains (LR), n’a pas plus produit la dynamique escomptée. Avec entre 12 et 16 sièges pour ses fidèles, le député des Alpes-Maritimes, réélu dimanche, pourrait même avoir du mal à rassembler les 15 parlemen - taires nécessaires à la formation d’un groupe. Passé à l’extrême droite presque sans armes ni bagages, en dehors d’une députée de son département et du président des Jeunes LR, Guilhem Carayon, qui n’a même pas été élu, le Niçois avait eu toutes les peines du monde à aligner la grosse soixantaine de candidats correspondant aux circonscriptions négociées. Et a même dû piocher dans le vivier traditionnel de l’extrême droite, attirant certains proches de Marion Maréchal et réussissant l’exploit de recycler l’un des rejetons de la très radicale famille Gannat, liée par le passé au FN, dont les publications racistes et antisémites ont contraint Ciotti à le désavouer après son investiture. Avec une trentaine de députés prévus, ses anciens compagnons de LR, eux, font plus que survivre.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 560 mots, p. AUJM8
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8 juillet 2024 - Le Parisien

Île-de-FranceiCorbière et Simonnet crient victoire

Les deux députés sortants, respectivement candidats en Seine-Saint-Denis et à Paris, se trouvaient en ballottage favorable à l'issue du 1er tour. Ils ont annoncé avoir été réélus ce dimanche soir.

Alexandre Arlot

Il est peut-être le plus connu des « purgés » de la France insoumise, le plus inattendu aussi puisqu'il est celui dont le compagnonnage avec Jean-Luc Mélenchon remonte le plus loin. Comme Danielle Simonnet et d'autres députés sortants, Alexis Corbière a été contraint de se présenter en dissident à ces élections législatives anticipées. Ces frondeurs ont été privés de l'investiture de leur parti en raison de leurs critiques sur le fonctionnement du mouvement, pas assez démocratique à leur goût.

Malgré ce « choix irresponsable » qu'il a dénoncé en début de campagne, le député sortant de la 7 e circonscription de la Seine-Saint-Denis (Montreuil, Bagnolet) semble parti pour s'imposer ce dimanche soir, comme en 2017 et en 2022. « Je suis élu à plus de 55 % (57,16 % au final), a-t-il annoncé vers 21 h 40. Un duel fratricide et inutile nous avait été imposé. Nous l'avons remporté nettement. »

« Arrêter les mesquineries »

Alexis Corbière a ensuite appelé son parti à « arrêter les choses mesquines ». Il a aussi dessiné les contours d'« un regroupement politique nouveau qui s'inscrira dans le Nouveau Front populaire ». Y participeraient d'autres personnalités mises au ban de la France insoumise comme François Ruffin, Clémentine Autain ou Danielle Simonnet.

Réélu dès le 1 er tour lors des législatives 2022 avec près de 63 % des suffrages exprimés, Alexis Corbière a donc dû cette fois en passer par un 2 d tour piégeux. Dimanche dernier, il avait recueilli 40,19 % des suffrages exprimés, ce qui l'a placé en ballottage favorable face Sabrina Ali Benali (LFI), créditée de 36,38 %. C'est cette dernière, jusqu'alors peu connue du grand public, que la direction de la France insoumise avait choisie à sa place pour représenter le Nouveau Front populaire.

Dans cette circonscription acquise à la gauche, la campagne de l'entre-deux-tours a été marquée par les polémiques. Sabrina Ali Benali a notamment accusé des élus locaux soutenant son concurrent de « cyberharcèlement ». Le député sortant, lui, a dénoncé des inscriptions sur ses affiches le présentant comme un « candidat soutenu par les médias sionistes » et « raciste ».

« Une fête immense »

L'étiquette NFP n'y aura rien fait non plus dans la 15 e circonscription de Paris. Les électeurs ont choisi largement d'élire la dissidente Danielle Simonnet. Elle a recueilli 74,14 % des suffrages au second tour, contre 25,81 % des voix pour son adversaire, Céline Verzeletti (NFP).

La députée sortante était déjà arrivée facilement en tête au 1 er tour, avec 41,87 % des suffrages. L'entre-deux-tours houleux n'aura fait que confirmer son avantage. Danielle Simonnet avait demandé à son adversaire de se retirer, pour leur permettre d'aller battre campagne ailleurs en France et faire barrage contre le Rassemblement national. Mais Céline Verzeletti avait refusé, estimant que les électeurs avaient été trompés par les tracts de son adversaire, faisant figurer le logo du NFP.

Sans parler de son cas personnel, cette dernière s'est réjouie des scores. « Ce résultat est sans appel : la France ne veut pas de cette extrême droite. C'est une fête immense et surtout un résultat au-delà des espérances, on va pouvoir appliquer le programme du NFP. »

Le Monde
France, lundi 8 juillet 2024 1205 mots, p. 4
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5 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Ces « candidats fantômes » de l’extrême droite

Des cadres locaux du RN inciteraient certains aspirants à la députation à ne pas s’exposer sur le terrain

Benjamin Keltz, Brice Laemle, Corentin Lesueur, Gilles Rof et Henri Seckel

Marseille, Rennes - correspondances - De Meymac à Vigeois, de Bugeat à Sainte-Féréole, les électeurs interrogés dans la 1re circonscription de Corrèze se creusent la tête. En vain. Maïtey Pouget ? « Jamais vue », répondent-ils. Faire campagne n’était manifestement pas nécessaire pour cette retraitée de 69 ans qui n’habite pas dans la circonscription qu’elle brigue (30,9 % au premier tour), mais dans celle d’à côté, à Brive-la-Gaillarde. Pas de profession de foi sur ses tracts, mais une photo et un petit texte de Jordan Bardella, « comme si c’est lui qui allait devenir député ici » , dit en soupirant l’ancien président de la République et candidat dans la même circonscription, François Hollande (37,6 %).

La « candidate fantôme », comme l’appelle le député (Les Républicains, LR) sortant, Francis Dubois, arrivé troisième au premier tour, n’a pas de réseaux sociaux ni d’équipe de campagne, elle est simplement épaulée par Valéry Elophe, candidat du Rassemblement national (RN) – autrement aguerri – de la 2e circonscription de Corrèze, qui vole à son secours quand il faut.

Avant le débat télévisé du premier tour face à M. Hollande et M. Dubois, Mme Pouget s’est fait porter pâle – M. Elophe l’a remplacée. Ce dernier lui a rédigé des réponses toutes faites à lire lors du débat de l’entre-deux tours, qui a largement souligné les limites de cette candidate qui s’est signalée, pendant la campagne, en expliquant que les villes de Corrèze commençaient à être « envahies » par les immigrés.

Si le RN a marqué l’entre-deux tours de ces législatives par ses dizaines de candidats racistes, antisémites, homophobes, xénophobes, anciens membres d’organisations nationalistes violentes ou condamnés par la justice, le parti d’extrême droite s’est aussi distingué, à l’inverse, par l’anonymat de plusieurs dizaines d’autres de ses représentants. Des aspirants députés absents parfois physiquement de leurs propres affiches, fuyant la moindre exposition ou expression publique. Point d’orgue de cet évitement : un nombre inédit de candidats d’extrême droite ont balayé cette année les invitations à débattre face à leurs adversaires.

Les radios du réseau France Bleu ont dû composer avec l’absence de trente-cinq candidats venus du RN et de son allié ciottiste, contre cinq d’un autre camp. Consigne de Matthieu Mondoloni, directeur de l’information du réseau France Bleu, à ses équipes face aux annulations ? Transformer le débat en entretiens des candidats présents, pour éviter la « confiscation du débat démocratique ». Une trace écrite du refus est consignée et transmise à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, chargée de vérifier l’équité du temps de parole.

« Manque de temps »

La télévision a elle aussi subi sa valse de « candidats fantômes » : quarante-deux représentants de l’alliance RN-Ciotti ont annulé leur venue sur les chaînes régionales de BFM. « Les consignes ne sont jamais écrites, c’est toujours oralement, de manière informelle, à la volée, rapporte Camille Langlade, directrice des rédactions BFM Régions . En Alsace, l’un des candidats sollicités a cependant expliqué à notre journaliste que le siège du RN avait invité à ne pas trop s’exposer, afin d’éviter tout risque. »

La Bretagne n’a pas échappé au réflexe frontiste de désertion des plateaux. Christel Hénaff, arrivée en troisième position dans la 1re circonscription du Finistère (23,7 %) a refusé de participer au débat programmé, mardi 2 juillet, avec l’écologiste Grégory Lebert et Annaïg Le Meur, députée sortante (Renaissance). « Le plus stupéfiant, c’est que l’on a une candidate que l’on n’a jamais vue, sur le terrain, sur les affiches. Et qui refuse de débattre. Le RN est antiparlementariste », a tancé la candidate, sur le plateau de Tébéo. Dans la 1re circonscription d’Ille-et-Vilaine, Jeanne Rey du Boissieu (RN), troisième le 30 juin (17,7 %), a décliné l’invitation de TVR Bretagne, pour cause de « déménagement », selon les organisateurs.

Officiellement, le refus de participer aux débats ne relève pas d’une consigne édictée par l’état-major du RN. Des cadres locaux auraient cependant incité leurs candidats à ne pas s’exposer. Au risque de révéler, comme à chaque élection, les lacunes ou la radicalité de nombreux concurrents, et l’incapacité du parti à faire émerger son « élite populaire ».

Cette année encore, des candidats du RN (volontaires pour débattre) ont produit leur lot de séquences gênantes, susceptibles parfois de tomber sous le coup de la loi. Dans le Haut-Rhin, Laurent Gnaedig a plusieurs fois nié le caractère antisémite des déclarations de Jean-Marie Le Pen sur le « point de détail » des chambres à gaz, pourtant condamnées par la justice : «C’était une grave erreur de communication et surtout de compréhension du camp adverse. » Dans les Côtes-d’Armor, Jean-Yves Le Boulanger s’est défendu à sa manière de ne pas être « facho », le 18 juin, à l’antenne de Bretagne 5 : « Pas plus tard que dimanche, je suis allé à un rassemblement de motards, il y a eu une bénédiction, et c’est un curé de couleur qui m’a béni. Vous voyez, eh bien, je ne l’ai pas écrasé avec ma moto. »

Mercredi 3 juillet, quatre heures avant le rendez-vous prévu par France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur pour enregistrer le débat entre les trois candidats encore en lice dans la 14e circonscription des Bouches-du-Rhône, Daniel Ielli, rédacteur en chef de l’antenne, a reçu un SMS lapidaire de Gérault Verny, le candidat RN-LR. « Bonjour, je suis navré, mais je suis contraint d’annuler le débat », écrit le candidat d’extrême droite, qui, la veille, avait validé sa participation par un « je serai présent, merci » tout aussi concis. Le chef d’entreprise, qui vient de se lancer en politique à Aix-en-Provence, n’a plus été joignable. Obligeant la chaîne à annuler l’émission.

Dans les Bouches-du-Rhône, la communication est l’affaire du secrétaire départemental, Franck Allisio, qui a justifié cette stratégie de non-participation aux débats télévisés, à France 3 et sur l’antenne locale de BFM, « par un manque de temps » dans une campagne raccourcie à trois semaines. En 2022, déjà, malgré des conditions électorales classiques, les représentants du RN avaient déjà tenté d’éviter la presse et les confrontations avec les autres candidats. Une stratégie d’invisibilité payante pour Gisèle Lelouis, 72 ans, qui avait été élue dans la 3e circonscription et est à nouveau en tête cette fois (42,8 %).

Investie par le RN dans l’est de Marseille, Monique Griseti, tante de Franck Allisio, y a gagné un surnom : « Casper ». « Parce que c’est un fantôme. Personne ne la voit jamais », explique la secrétaire d’Etat à la ville, Sabrina Agresti-Roubache, qui a popularisé l’appellation. Aux abonnées absentes pour la plupart des médias – dont Le Monde –, la candidate du RN accepte parfois des entretiens télévisés sur le terrain. Mais son neveu n’est jamais très loin, quand il ne répond pas à sa place. Une stratégie efficace : la cheffe d’entreprise marseillaise de 63 ans, qui a obtenu 45,5 % des voix au premier tour, a largement devancé la très médiatique membre du gouvernement, arrivée en troisième position et qui s’est désistée au nom du front républicain.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 923 mots, p. AUJM12
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8 juillet 2024 - Le Parisien

La grande déception du RN

Le front républicain a fonctionné si bien que le parti d'extrême droite, en troisième position à l'issue du second tour, s'est une nouvelle fois heurté à son plafond de verre.

Alexandre Sulzer

La marée baisse. Réunis au pavillon Chesnaie du Roy, au Parc floral de Paris, dans le bois de Vincennes, les militants et les huiles du Rassemblement national (RN) ont du mal à cacher leur déception alors que le parti, largement en tête à l'issue du premier tour des législatives, finit à la surprise générale en troisième position du second tour, avec 138 à 145 sièges, dont 14 à 17 pour ses alliés ciottistes.

Alors que la sentence tombe à 20 heures, un « Oh ! la vache ! » désespéré résonne dans la salle de réception. Quelques rares militants se sont dévoués, sans conviction, pour s'afficher drapeaux tricolores en main devant les caméras. Kalissa, une étudiante de Garches (Hauts-de-Seine), la ville de résidence de Jordan Bardella, s'effondre en larmes : « Je suis déçue. Le peuple a choisi mais je ne comprends pas. Ces gens-là (la gauche) n'aiment pas la France. » « J'ai peur pour mon pays. On a gagné aux européennes au premier tour, et eux ont manifesté pour nous empêcher de gagner. Si, nous, on avait fait ça, on nous aurait dit que l'on ne respecte pas la démocratie », ajoute-t-elle, pointant la responsabilité « des journalistes ». « J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, l'interrompt, véhémente, sa copine Carla, de Neuilly-sur-Seine. Le pays passe aux mains de l'extrême gauche. C'est quoi, notre avenir, en France, avec des gens qui aiment le Hamas ? »

À 20 h 30, Jordan Bardella prend la parole. Il dénonce les « caricatures », la « campagne de désinformation » qui auraient marqué l'entre-deux-tours ainsi que des « alliances politiciennes contre-nature » en référence au front républicain. Une « alliance du déshonneur » avec des « fous dangereux » qui « prive la France d'une politique de redressement » et la « jette dans les bras de l'extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon ».

Il double presque le nombre de ses députés...

Mais le président du RN veut voir les verres de chablis devant lui à moitié pleins. Sa formation est désormais « la seule alternance au parti unique qui s'étend de Philippe Poutou (NPA) à Édouard Philippe », saluant la « percée la plus importante » de toute l'histoire du RN. Le parti double presque son nombre de députés en effet. Côté pile, le parti reconduit la grande majorité de ses sortants, à l'exception notable de Frédéric Cabrolier dans le Tarn, d'Annick Cousin dans le Lot-et-Garonne, de Victor Catteau et Pierrick Berteloot dans le Nord, de Mathilde Paris dans le Loiret et surtout de Grégoire de Fournas, « Monsieur Agriculture » du RN. Autre surprise : dans le Vaucluse, la députée sortante Catherine Jaouen perd assez largement face au LFI Raphaël Arnault, pourtant fiché S (et très ciblé par le RN dans l'entre-deux-tours).

Dans de nombreux départements, le RN (parfois avec son allié ciottiste) gagne des élus pour la première fois : Ardèche, Ardennes, Charente-Maritime, Côte-d'Or, Creuse, Marne, Meurthe-et-Moselle, Nièvre, Rhône, Saône-et-Loire, Seine-Maritime, Val-d'Oise, Vosges et Territoire de Belfort. En plus des quatre départements où il avait déjà remporté toutes les circonscriptions en 2022, le RN fait le « grand chelem » dans le Gard, dans la Meuse (dont Maxime Amblard, ingénieur nucléaire, qui bat Bertrand Pancher, président du groupe indépendant Liot) et dans l'Yonne. Pour la première fois également, il remporte un député en Alsace (Théo Bernhardt dans le Bas-Rhin). Plus symbolique, le RN gagne pour la première fois des députés dans les DOM-TOM avec Joseph Rivière à la Réunion et Anchya Bamana à Mayotte.

Parmi les nouveaux visages du RN entrant au Palais-Bourbon, l'avocat et ami personnel de Marine Le Pen Frédéric Pierre Vos dans l'Oise, le directeur de l'Issep, l'école de Marion Maréchal, Thibaut Monnier, dans la Drôme, et Julien Gabarron dans l'Hérault, qui met fin au règne d'Emmanuelle Ménard à Béziers,

Côté déception, le RN échoue à faire le grand chelem dans des départements où il pensait pouvoir le faire : Aisne, Eure, Oise (où l'ancien ministre Éric Woerth est réélu), Pas-de-Calais, Var... Il ne remporte aucun élu dans le Cher où il entretenait un espoir. Autre défaite symbolique, la soeur de Marine Le Pen, Marie-Caroline Le Pen, échoue à un cheveu dans la Sarthe... Cette région des Pays de la Loire, tout comme en Bretagne ou l'ancienne Basse-Normandie, reste vierge de tout député RN.

... mais enregistre plusieurs défaites inattendues

Ultra favori dans le Loiret, l'ex-eurodéputé et ami personnel de Marine Le Pen Jean-Lin Lacapelle se casse les dents, tout comme l'attaché parlementaire de celle-ci, Andrea Kotarac, dans l'Ain, Nathalie Ribeiro-Billet (RN), qui ne parvient pas à renverser François Ruffin dans la Somme, ou le sondeur Jérôme Sainte-Marie dans les Hautes-Alpes.

En revanche, Éric Ciotti a été élu sans surprise dans les Alpes-Maritimes. Plusieurs de ses proches l'emportent comme son conseiller Bartolomé Lenoir dans la Creuse, ou sa « plume », Maxime Michelet, dans la Marne. Parmi les autres ciottistes vainqueurs : Marc Chavent, frère de la sénatrice LR Sylvie Goy-Chavent, dans l'Ain, la maire de Montauban Brigitte Barèges qui bat la socialiste Valérie Rabault. Le maire polémique de Cholet Gilles Bourdouleix échoue, lui, nettement dans le Maine-et-Loire face à un candidat Ensemble ainsi que le magistrat Charles Prats en Haute-Savoie ou l'avocat Philippe Fontana contre le ministre du Commerce extérieur, Franck Riester, en Seine-et-Marne.

« Quand le système se groupe, c'est plus compliqué. Mais rendez-vous dans un an ! » lance, bravache, le conseiller de Marine Le Pen, Philippe Olivier, qui croit à une nouvelle dissolution l'an prochain : « Les Français sont dans un bourbier total sans majorité réelle. L'histoire n'est pas finie... »

Aujourd'hui en France
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_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 779 mots, p. AUJM8
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8 juillet 2024 - Le Parisien

SommeiLa remontada de François Ruffin

Si le député sortant accusait un retard de 7 points au soir du premier tour, il parvient à sauver son siège de justesse avec 53 % des voix face au RN.

Pierre Maurerenvoyé Spécial À Flixecourt (somme)

Les Insoumis espéraient avoir sa tête, François Ruffin a finalement sauvé son siège. Au grand soulagement de ses soutiens. Samedi soir, Rachelle a fait un rêve. Il y avait là Ruffin avec un arc dans les mains. Au-dessus de sa tête, dans les nuages, une cible. « Et François atteignait sa cible ! », exulte sur les coups de 20 heures la jeune femme, militante de Picardie debout, le micro-parti du député Picard, réélu ce dimanche. Songe prémonitoire ?

Dans le centre sportif de Flixecourt (Somme), l'atmosphère est longtemps restée tendue face aux premiers résultats des bureaux de vote de la circonscription s'étendant d'Abbeville aux quartiers nord d'Amiens. « Aïe aïe aïe, murmurait une militante en début de soirée, les calculs ne sont pas bons ! »

« Mélenchon comme obstacle au vote »

C'était avant que les militants, en pleurs, se tombent dans les bras. François Ruffin l'a finalement emporté de peu, avec 52,96 % des voix, dans la 1 re circonscription de la Somme, face à son adversaire du RN, Nathalie Ribeiro-Billet. Une quasi-surprise tant le député était sorti distancé au premier tour, avec 7 points de retard. « Nous l'avons fait ! s'est exclamé François Ruffin vers 21 heures. En quatre semaines, nous avons remonté la pente. Il n'y a pas de fatalité. »

Entre les deux tours, dans ce territoire de briques rouges où la flamme bleu marine s'est allumée au premier tour, l'électron libre de la gauche a joué son va-tout en larguant les amarres de LFI pour tenter de ramener à lui des abstentionnistes et des électeurs du camp présidentiel. La candidate macroniste s'était désistée en sa faveur; les proches de Mélenchon le fustigeaient à chaque intervention.

Dès jeudi matin, le député sortant a donc annoncé sur RTL qu'il ne siégerait pas avec la France insoumise s'il était réélu. Avant d'affirmer haut et fort sa rupture avec Jean-Luc Mélenchon, depuis sa circonscription. « On a vécu trois semaines dures parce qu'on a un boulet », soupirait-il devant les journalistes l'accompagnant : « Vous l'avez entendu. C'est Mélenchon, Mélenchon, Mélenchon, Mélenchon comme obstacle au vote [...] Dans les terres populaires, comme ici, ça bloque. »

Entre les deux hommes, qui ne se sont jamais vraiment compris, la rupture a été nette ces dernières semaines. En 2023, Jean-Luc Mélenchon a un temps cru avoir convaincu François Ruffin que leurs différends stratégiques n'avaient pas lieu d'être. Mais l'éviction des investitures de certaines figures critiques de LFI (comme Raquel Garrido, Alexis Corbière et Danielle Simonnet) a fait dégoupiller François Ruffin, qui a accusé LFI de « sectarisme ». D'autant que sur le fond, Ruffin prône l'apaisement, quand Mélenchon clive, et veut parler à la France « des tours et à celle des bourgs » quand LFI se tourne vers les quartiers populaires. Dimanche soir, il a réaffirmé en creux sa propre ligne, affranchie du leader des Insoumis.

« C'est la troisième fois que nous faisons mentir la logique, les statistiques, a-t-il souligné. Certes le Front de la Somme n'a pas craqué, mais nous avons perdu 8 points en deux ans. Perdre les ouvriers pour la gauche, c'est perdre son âme. » « Les électeurs nous laissent une dernière chance [...] Nous devons apaiser et non brutaliser. Nous devons gouverner avec respect, avec tendresse pour les Françaises et les Français », a-t-il enjoint, marquant une fois de plus la distance avec Jean-Luc Mélenchon.

Dans quel groupe siègera-t-il ?

« Quand une famille se déchire, c'est rarement un moment heureux », regrette un cadre de LFI, qui « comprend » toutefois la stratégie de l'ancien journaliste et sa « volonté d'apaisement ». « Mais il arrive tard. Il aurait dû donner un cap à la gauche avant, faire comme Marine Tondelier. » Dans l'entre-deux-tours, la numéro un des écologistes est apparue comme le visage de la gauche mobilisée face à l'extrême droite, par ses prises de paroles teintées d'émotion.

Désormais, les interrogations demeurent sur le rôle que voudra se donner Ruffin, qui avait lancé l'idée d'un « Front populaire » au lendemain de la dissolution. « Qu'est-ce qu'il offre au pays ? C'est quoi le calendrier ?, interroge, dubitatif, le même cadre de LFI.

Sans groupe à l'Assemblée, François Ruffin va d'abord devoir trouver une nouvelle famille d'accueil. Il pourrait se tourner vers les communistes qui risquent de manquer de députés pour former un groupe. Selon nos informations, un député écologiste s'apprête également à lui proposer, comme à Clémentine Autain et Danielle Simonnet, de siéger avec eux dans un groupe EELV élargi. À Flixecourt, ses partisans, eux, veulent croire que tout commence.

Le Monde
Le Monde l'époque, lundi 8 juillet 2024 623 mots, p. EPH7
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4 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Sur les plateaux télé, la politique à cor et à cri

Hélène Bekmezian

« Je n’aime pas la France et j’aime le Hamas ? Oui ou non ? Parce que, maintenant, ça suffit, les conneries ! » Il est 23 h 38, dimanche 30 juin, sur le plateau de BFM-TV, quand Raquel Garrido, à bout, se met tout à coup à crier sur sa voisine de gauche, Laure Lavalette. La députée sortante « insoumise » de Seine-Saint-Denis a fini par sortir de ses gonds après les accusations répétées de la porte-parole du Rassemblement national (RN), réélue dans le Var, qui considère notamment que son opposante politique se range du côté de « ceux qui aiment le Hamas ». La séquence, d’une rare agressivité, est à l’image de la soirée électorale de ce premier tour des législatives anticipées, dominée par un climat de forte tension sur tous les plateaux de télévision. Une ambiance électrique au terme d’une campagne express de trois semaines où le fond du débat a été noyé dans les invectives, les accusations mutuelles de trahison, d’antisémitisme et de sectarisme.

Plus tôt, sur la même chaîne, c’était Manon Aubry, eurodéputée de La France insoumise (LFI), et Julien Odoul, autre porte-parole du RN, également réélu dès le premier tour, dans l’Yonne, qui s’entraînaient mutuellement dans une spirale de logorrhée acerbe, se traitant réciproquement d’ « escroc » et d’ « antirépublicain », tandis que les deux journalistes sur le plateau peinaient à réguler les échanges. Le même Julien Odoul qui, ensuite, assénait tranquillement à Clémentine Autain, réélue en Seine-Saint-Denis sous la bannière du Nouveau Front populaire, que la République qu’elle défend, « c’est la République islamique ». Réponse outrée de l’intéressée : « Non, mais ça va bien ? Vous allez bien ? Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? »

On se demande, nous aussi, si certains responsables politiques qui s’expriment ces jours-ci mesurent bien la teneur et la portée de leurs propos, tant les frontières du dicible dans le débat public semblent complètement perdues de vue. « Traître », « QI de poule »…, les noms d’oiseaux volent bas aussi sur les réseaux, où certains alliés du camp macroniste se lâchent d’autant plus qu’ils ne sont pas en course pour une circonscription. Ainsi, Benjamin Griveaux (qui a officiellement quitté la politique après la divulgation de vidéos à caractère sexuel en février 2020) ne se prive pas de distribuer les insultes sur son compte X à destination de LFI.

Ou encore Anne-Yvonne Le Dain, députée socialiste de 2012 à 2017 avant de se rallier au camp Macron, qui dégaine aveuglément des injures sur X à l’attention de l’eurodéputée LFI Rima Hassan, sans se rendre compte qu’elle s’adresse en fait à Rima Abdul Malak, ex-ministre de la culture, pourtant du même bord qu’elle – un message supprimé dans la demi-heure, son autrice plaidant une « erreur de Rima ».

Comme si l’on n’avait pas assez entendu d’insultes en tout genre, CNews, la chaîne d’info en continu de Vincent Bolloré, a passé deux jours à s’offusquer du morceau de rap réalisé par une vingtaine de rappeurs contre l’extrême droite, No pasaran, en citant à l’envi les passages les plus vulgaires (« je baise la mère de Bardella », « Marine Le Pen et Marion Maréchal sont des putes », etc.), histoire de continuer à jeter de l’huile sur le feu.

Tandis que le débat politique s’enfonce de plus en plus dans une animosité stérile, Emmanuel Macron, lui, se garde bien d’intervenir directement, ou même de se montrer. Pour mieux laisser imprimées dans la rétine des électeurs les images hors sol de sa déambulation flegmatique dans les rues du Touquet-Paris-Plage (Pas-de-Calais), dimanche 30 juin, en blouson en cuir, casquette et lunettes de soleil, tout sourire.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 538 mots, p. AUJM11
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8 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

CalvadosiBorne échappe au vote sanction

L'ex-Première ministre a été reconduite à son poste de députée dans la sixième circonscription du Calvados au second tour des élections législatives. Le candidat du Nouveau Front populaire s'était désisté en sa faveur.

Robin Korda Envoyé Spécial À Vire-Normandie (calvados)

Tout un symbole. Élisabeth Borne a été réélue députée, ce dimanche, dans la 6 e circonscription du Calvados. L'ancienne Première ministre obtient 56 % des voix face à son adversaire du Rassemblement national, Nicolas Calbrix (44 %). Le vote sanction tant annoncé des Français à l'égard du second mandat d'Emmanuel Macron ménage finalement sa porte-drapeau, à la tête du gouvernement de mai 2022 à janvier 2024.

L'ex-locataire de Matignon, associée durant toute la campagne aux 49.3 et à ses réformes impopulaires, est arrivée tout sourire, vers 20 h 30, au sein de l'hôtel de ville de Vire Normandie. Des applaudissements et quelques bises l'accueillent. « Cela n'aurait pas été possible sans vous, lance-t-elle à l'égard des militants présents. Je sais que vous avez mouillé la chemise, ce n'était pas gagné d'avance, alors un grand merci à tous. »

Isaac, 68 ans, frappe des mains dès les premières estimations du soir. Ce directeur d'Ehpad franco-algérien est venu d'un village voisin pour dire à l'ex-cheffe de gouvernement qu'il avait bataillé pour elle, sans tractage mais à grand renfort de discours auprès de ses proches. « Élisabeth Borne n'a pas tout réussi, mais je sais qu'elle ne nous fera pas de mal, souligne-t-il. Je me sens bien en France. Là, je craignais de devenir inférieur à cause de ma binationalité ! »

En mauvaise posture après le 1 er tour

Une célèbre cigarette électronique a dû chauffer ces derniers jours. Celle qui fût aussi ministre des Transports, de la Transition écologique et solidaire ou encore du Travail paraissait en mauvaise posture après le premier tour (29 % des voix, contre 36 % pour son concurrent d'extrême droite). Cette vapoteuse invétérée a pu bénéficier du soutien d'une partie des électeurs de gauche. Arrivé troisième le week-end dernier, l'Insoumis Noé Gauchard s'était désisté, conformément aux consignes de son parti. « C'est la tambouille habituelle, persifle le candidat RN Nicolas Calbrix. Des personnes qui n'ont rien en commun appellent à faire barrage : c'est un peu court comme ambition pour le pays. Et ça ne permet pas de gouverner la France. » Le président du parti d'extrême droite, Jordan Bardella, avait d'ailleurs brocardé ce retrait, qualifié d'« alliance contre-nature ».

Élue dans la circonscription depuis 2022, Élisabeth Borne, 63 ans, a elle-même évoqué le risque non négligeable d'une assemblée ingouvernable, déchirée en trois blocs irréconciliables. Son expérience, argue-t-elle, l'a aidée à « bâtir des compromis avec les uns et les autres ». « On peut rassembler toutes les personnes qui partagent des valeurs républicaines et veulent agir dans l'intérêt de nos concitoyens », appuie-t-elle.

Cette conseillère de Lionel Jospin, cadre chez la SNCF et préfète du Poitou-Charentes et de la Vienne a pris soin de remercier tous « les électeurs, notamment ceux du Front populaire qui ont reporté leur voix sur [sa] candidature ». Avant de glisser, comme l'aveu d'être revenue de loin : « Je sais que pour certains, ce n'était pas évident. »

Libération
lundi 8 juillet 2024 287 mots, p. 11

autre

DOUBS ANNIE GENEVARD MET L’EXTRÊME DROITE AU TAPIS

V.Bo

autre

Devançant d’une courte tête l’extrême droite au premier tour, Annie Genevard s’en sort dans son fief du Doubs. Avec 62,69 % au second tour, la patronne par intérim des Républicains (LR) va retrouver son siège au Palais-Bourbon. Elue depuis 2012, la députée sortante avait recueilli 35,20 % au premier tour, titillée par la candidate du RN, Floriane Jeandenand. Invisible lors du début de campagne, mais récoltant 33,73 % au premier tour, la prétendante frontiste à un siège de députée est sortie de sa réserve au second tour. Sans succès. Annie Genevard l’avait distancée de seulement 851 voix au premier tour.

Dans cette campagne éclair, Genevard a mené de concert sa campagne locale et les bisbilles internes au parti. Ancienne proche de François Fillon, tenante d’une ligne conservatrice, elle a refusé l’alliance avec le RN. C’est elle qui a pris la parole à la sortie du bureau politique du parti, mardi 12 juin, fustigeant les «négociations secrètes» d’Eric Ciotti, «sans concertation avec notre famille politique et ses militants» et annonçant son éviction du parti. Avec François-Xavier Bellamy, elle occupe la présidence du mouvement par intérim. Figure de sagesse chez LR, l’ancienne maire de Morteau a affronté la forte poussée de l’extrême droite dans sa circonscription. Dans ce bastion historique de la droite, du RPR chiraquien à l’UMP, Genevard a vu le Rassemblement national engranger des voix à chaque scrutin. En 2022, elle était arrivée largement en tête du premier tour, avec 42,1 % des voix, devant le candidat Horizons Philippe Alpy (19,5 %) – avant d’écraser son concurrent au second tour, à plus de 72 % des voix.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 534 mots, p. AUJM7,AUJM8
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7 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
8 juillet 2024 - Le Parisien

YvelinesiL'ex-ministre Aurélien Rousseau s'impose

Sur les terres de Michel Rocard, les militants ont retenu leur souffle jusqu'au bout mais la gauche vient de retrouver son socle, avec la victoire de l'ancien ministre de la Santé, devant la députée sortante (Ensemble) Nadia Hai et Babette de Rozières, la candidate LR/RN.

Élisabeth Gardet

C'est la liesse à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) dans le QG de campagne d'Aurélien Rousseau, ancien ministre de la Santé et candidat du Nouveau Front populaire (NFP) dans la 7 e circonscription. Les résultats à l'échelle nationale ont donné le NFP en tête. Et à 22 h 30, Aurélien Rousseau a pu savourer sa victoire (39,14 %), devant les chiffres qui défilaient sur les téléphones.

Au coeur d'une triangulaire, l'ancien ministre du gouvernement Borne affrontait la députée (Ensemble) sortante Nadia Hai, ancienne ministre déléguée à la Ville, et Babette de Rozières (LR-RN), la médiatique animatrice culinaire. Avec les résultats nationaux, la pression était retombée dès 20 heures au QG.

« On l'a fait »

« C'est dingo, lâche l'ancien ministre au milieu des sympathisants. On l'a fait. » Quelques minutes pour savourer, avant de produire cette analyse : « C'est un immense soulagement vis-à-vis du résultat du RN, même s'il est haut. C'est la première fois que nous aurons autant de députés RN à l'Assemblée nationale et personne ne peut banaliser cette donnée. »

« Il faut être modeste, commente encore Aurélien Rousseau. Les résultats du NFP sont aussi le fruit du sens des responsabilités des citoyens : un certain nombre de votes sont des votes de barrage, pas forcément des votes d'adhésion. Le NFP est désormais le centre de gravité des forces républicaines dans ce pays. Notre responsabilité à gauche est de prendre le temps d'écouter et de comprendre ce qui nous a été dit. Il faut éviter toute précipitation. »

Trente minutes avant l'annonce des résultats nationaux, les militants avaient tous le nez sur leur téléphone, pour scruter les estimations émanant d'un site belge, glaner des informations sur les réseaux sociaux... Les soutiens d'Aurélien Rousseau, en pleine conversation sur les fauteuils rouges du QG, retenaient leur souffle.

Et la profession de foi de Nadia Hai, l'adversaire du camp présidentiel, était sur toutes les lèvres. « Comment a-t-elle pu dire que la gauche voulait désarmer la police ? C'est fort de café », souffle une vieille dame. Son interlocuteur lève les bras au ciel, pour signifier sa consternation.

Fin de campagne tendue

Entre le buffet et la courette extérieure, Aurélien Rousseau fait les cent pas, les yeux rivés sur son téléphone. Il jette son dévolu sur un paquet de bâtonnets au chocolat. Vers 21 heures, il tente quand même de plaisanter, alors que les résultats locaux sont loin d'être représentatifs : « Sur 2 % des inscrits, on est en tête. C'est déjà ça », lâche-t-il.

Entre les trois candidats de la circonscription, la campagne d'entre-deux-tours a été rude et parsemée d'échanges musclés sur les réseaux sociaux. Une profession de foi de la candidate Ensemble jugée « malhonnête ». Une fausse pétition réclamant son désistement avec un classement erroné. Un mystérieux coup de fil en pleine nuit à la candidate LR-RN... C'est fini. Dans le vieux fief de Michel Rocard, la gauche vient de retrouver son socle.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 752 mots, p. AUJM7
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7 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
8 juillet 2024 - Le Parisien

CorrèzeiHollande reprend du service

L'ancien chef de l'État l'a emporté largement avec plus de 43 % des voix dans la première circonscription de la Corrèze. Mais une autre bataille l'attend : réunir le Nouveau Front populaire. Il faut se mettre au travail, clame-t-il. Et certains le voient déjà président de l'Assemblée nationale.

Elsa Mari, Envoyée Spéciale À Tulle (corrèze)

Tulle a l'habitude de voir François Hollande de belle humeur, saluant les habitants par leur prénom, avec toujours un trait d'humour qui sème des rires sur son passage. « Vous vous croyez à la plage ? », lance l'ancien chef de l'État à quelques connaissances à la terrasse ensoleillée d'un bistrot. Au moment de voter, ce dimanche matin, dans son fief corrézien aux 14 000 boîtes aux lettres, il s'amuse aussi d'une bourde devant les journalistes : « Cette fois-ci, je l'ai », sourit-il, passeport à la main alors qu'au premier tour, l'ex-président « normal » l'avait oublié.

Quelques heures plus tard, son sourire ne s'est pas fait la malle. Visage ouvert, regard concentré, le candidat de 69 ans, qui a repris du service à la surprise générale, sous la bannière du Nouveau Front populaire, l'emporte haut la main. Dans la première circonscription de la Corrèze, il récolte plus de 43 % des suffrages, soit 5 points de plus par rapport au premier tour. « La victoire a été au rendez-vous », lance-t-il, son épouse Julie Gayet, à ses côtés, devant plusieurs dizaines de militants, criant « vive le Front populaire ».

Loin devant ses concurrents

François Hollande a balayé ses deux adversaires. Sa concurrente RN, Maïtey Pouget (31,7 %), dont seuls les panneaux électoraux connaissent le visage. « On ne la voit jamais », ont grincé, toute la campagne, ses détracteurs, qui décrivent une femme aux déclarations lunaires, retranchée à Brive-la-Gaillarde. Puis le député sortant LR Francis Dubois (25,2 %), bien implanté, qui a refusé de suivre les consignes du président du parti, Éric Ciotti, et de se retirer au second tour au profit du Rassemblement national. Lui aussi a perdu. Tant pis, il ira à la pêche.

La Corrèze lui a préféré « François », député du département durant presque vingt ans, président du conseil général (2008-2012), maire de Tulle pendant sept ans, qui a encore sa maison ici. Dehors, les voitures klaxonnent comme un jour de mariage. Mais Hollande ne pavoise pas. La percée du RN en France lui donne des sueurs froides. Et loin de cette terre ouvrière, patriote, fabricante d'accordéon, une autre bataille, plus âpre encore, l'attend à plus de 450 km de là, à l'Assemblée nationale.

« L'agneau Hollande va vite être dévoré »

Quel sera son rôle précis au sein du Nouveau Front populaire ? Comment va-t-il manoeuvrer dans ce camp désuni face à l'extrême droite ? La question fait pouffer l'ancien député LR Francis Dubois : « Au milieu de cette horde de loups, l'agneau Hollande va vite être dévoré. » François le bien-aimé sera-t-il aussi un homme à poigne ? « Il n'a pas l'image de quelqu'un qui s'impose... » juge Marion, 46 ans.

Pierrette, 70 ans, cheveux argentés voit, au contraire, dans sa « sincérité » un atout. L'ancienne professeure des écoles égrène ses qualités : attentif, posé, réfléchi. « Il va être à l'écoute de toutes les positions pour en dégager une ligne commune. Je le vois en rassembleur. » Premier ministre ? Ah non, Pierrette croit savoir que François Hollande n'aime pas les honneurs. Elle a raison. Malgré sa victoire, il le répète : « Je ne demande rien. Je n'ai pas de carrière, ni de destin à rêver. » Lui veut être au service du pays. Maintenant que « le chemin de l'espoir est ouvert », « Le Nouveau Front populaire doit prendre conscience de ce qu'il a à faire ».

Pas de temps à perdre, faut se mettre au travail. Ses priorités : blocage du prix du gaz, hausse du smic, rétablissement de l'impôt sur la fortune, retour sur la réforme des retraites... Devant les Tullistes, Hollande ne dit pas comment il compte peser.

La suite reste à écrire

En étant président de l'Assemblée nationale ? Ce poste lui conviendrait mieux, juge Pascal Cavitte, adjoint au maire de Tulle, Bernard Combes, qui a convaincu l'ancien président de se présenter aux législatives. Ce dernier, le précise : son ami François Hollande sera dès ce lundi soir à Paris. Il le concède : « Il va y avoir du travail... » Les électeurs, eux, aussi mesurent l'immense tâche de réconcilier ce Front de gauche. Dès l'annonce des résultats, on pense à l'après. « T'as vu, on a gagné, lance une dame au téléphone. C'est une première victoire mais faut pas s'arrêter là. Ça va être chaud... »

L'Humanité
lundi 8 juillet 2024 1316 mots, p. 8

(p8) Ils elles ont dit

Pierre Chaillan

Sophie Binet Secrétaire générale de la CGT « C'est une victoire incroyable ce soir. La République et la démocratie ont gagné face à l'extrême droite malgré le chaos créé par Macron. Il faut du changement dans nos vies : abrogation de la réforme des retraites, augmentation des salaires et des pensions. On lâche rien. » Ian Brossat Sénateur de Paris, porte-parole du PCF « Un immense soulagement, une immense responsabilité. Ils nous avaient récité la chronique de la victoire annoncée du RN depuis des semaines. Morale de l'histoire : à la fin, ce sont les Français qui tranchent et qui déjouent les scénarios écrits d'avance. Merci à eux. Soyons maintenant à la hauteur des attentes. » Marylise Léon Secrétaire générale de la CFDT « Merci, merci, merci ! Grâce à la mobilisation de toutes et tous, nous avons évité le pire. Le prochain gouvernement devra associer tous les acteurs de la société civile pour entendre enfin les vraies préoccupations des citoyens et changer la vie de toutes et tous ! » Olivier Faure Premier secrétaire du PS « La France a dit non à l'arrivée du RN au pouvoir. Ce vote doit ouvrir à une véritable refondation autour de grands axes qui permettent à nouveau de faire nation. Le NFP doit prendre en main cette nouvelle page de notre histoire. Dans cette démarche nous n'aurons qu'une seule boussole, celle du programme du NFP. Je demande à ceux qui ont été désavoués à trois reprises d'annoncer clairement qu'ils reconnaissent leur défaite, et que pendant l'année qui vient ils ne mêleront jamais leurs voix à celles de l'extrême droite pour empêcher le NFP de gouverner. Le pouvoir du Parlement doit s'affirmer. » Aurore Bergé Député Ensemble des Yvelines « Les Français ont dit qu'ils ne voulaient pas donner une majorité au Rassemblement national. C'est une grande satisfaction républicaine. Personne n'a de majorité absolue ce soir. Chacun va donc devoir accepter une forme de coalition. » François Bayrou Président du Modem « La seule question posée, qui était répétée, était : "Est-ce que le Rassemblement national va avoir une majorité absolue ?" Les craintes des gens étaient que cette majorité absolue leur enlève quelque chose de précieux : leurs valeurs. Ils ont voté parce qu'ils ne voulaient pas de cette hypothèse. Les électeurs de notre famille politique, qui ont voté contre le RN, n'ont pas voté pour le programme du Nouveau Front populaire. Ils ont voté contre leur programme. » Jean-François Copé Maire LR de Meaux « Nous avons coupé nos liens avec Ciotti. Je vous mets en garde : si on appliquait le programme de monsieur Mélenchon, avec le soutien de Faure, la France serait endettée dans l'année. Les Français ne voulaient ni de l'extrême droite ni de l'extrême gauche. »

Sophie Binet Secrétaire générale de la CGT « C'est une victoire incroyable ce soir. La République et la démocratie ont gagné face à l'extrême droite malgré le chaos créé par Macron. Il faut du changement dans nos vies : abrogation de la réforme des retraites, augmentation des salaires et des pensions. On lâche rien. » Ian Brossat Sénateur de Paris, porte-parole du PCF « Un immense soulagement, une immense responsabilité. Ils nous avaient récité la chronique de la victoire annoncée du RN depuis des semaines. Morale de l'histoire : à la fin, ce sont les Français qui tranchent et qui déjouent les scénarios écrits d'avance. Merci à eux. Soyons maintenant à la hauteur des attentes. » Marylise Léon Secrétaire générale de la CFDT « Merci, merci, merci ! Grâce à la mobilisation de toutes et tous, nous avons évité le pire. Le prochain gouvernement devra associer tous les acteurs de la société civile pour entendre enfin les vraies préoccupations des citoyens et changer la vie de toutes et tous ! » Olivier Faure Premier secrétaire du PS « La France a dit non à l'arrivée du RN au pouvoir. Ce vote doit ouvrir à une véritable refondation autour de grands axes qui permettent à nouveau de faire nation. Le NFP doit prendre en main cette nouvelle page de notre histoire. Dans cette démarche nous n'aurons qu'une seule boussole, celle du programme du NFP. Je demande à ceux qui ont été désavoués à trois reprises d'annoncer clairement qu'ils reconnaissent leur défaite, et que pendant l'année qui vient ils ne mêleront jamais leurs voix à celles de l'extrême droite pour empêcher le NFP de gouverner. Le pouvoir du Parlement doit s'affirmer. » Aurore Bergé Député Ensemble des Yvelines « Les Français ont dit qu'ils ne voulaient pas donner une majorité au Rassemblement national. C'est une grande satisfaction républicaine. Personne n'a de majorité absolue ce soir. Chacun va donc devoir accepter une forme de coalition. » François Bayrou Président du Modem « La seule question posée, qui était répétée, était : "Est-ce que le Rassemblement national va avoir une majorité absolue ?" Les craintes des gens étaient que cette majorité absolue leur enlève quelque chose de précieux : leurs valeurs. Ils ont voté parce qu'ils ne voulaient pas de cette hypothèse. Les électeurs de notre famille politique, qui ont voté contre le RN, n'ont pas voté pour le programme du Nouveau Front populaire. Ils ont voté contre leur programme. » Jean-François Copé Maire LR de Meaux « Nous avons coupé nos liens avec Ciotti. Je vous mets en garde : si on appliquait le programme de monsieur Mélenchon, avec le soutien de Faure, la France serait endettée dans l'année. Les Français ne voulaient ni de l'extrême droite ni de l'extrême gauche. »

L'Humanité
lundi 8 juillet 2024 945 mots, p. 2

[Fabien Roussel Secrétaire national du PCF...]

Fabien Roussel Secrétaire national du PCF Marine Tondelier Secrétaire nationale des Écologistes Sophie Binet Secrétaire générale de la CGT « C'est une victoire incroyable. La République et la démocratie ont gagné face à l'extrême droite malgré le chaos créé par Macron. Il faut du changement dans nos vies : abrogation de la réforme des retraites, hausse des salaires et des pensions. On lâche rien. » Jean-Luc Mélenchon Fondateur de la France insoumise Raphaël Glucksmann Député européen Place publique-PS « Les électeurs ont fait un effort pour barrer la route au RN. Il faut leur dire merci. Ils ont sauvé cette France humaniste. Des gens de gauche ont voté pour des candidats de droite et inversement. Cela nous oblige. Il n'y a pas de majorité absolue. Oui, nous sommes en tête, mais dans une Assemblée divisée. Il faut accepter que l'Assemblée nationale devienne le coeur du pouvoir. » Marylise Léon Secrétaire générale de la CFDT « Merci, merci, merci ! Grâce à la mobilisation de toutes et tous, nous avons évité le pire. Le prochain gouvernement devra associer tous les acteurs de la société civile pour entendre enfin les vraies préoccupations des citoyens et changer la vie de toutes et tous ! »

Fabien Roussel Secrétaire national du PCF

« Ce 7 juillet restera dans l'histoire. Depuis des semaines, les médias annonçaient l'arrivée inexorable d'une majorité absolue du RN. Les Françaises, les Français dans la diversité de leur vote ont déjoué ce scénario. C'est le Nouveau Front populaire qui arrive en tête. Je voudrais remercier les millions d'électeurs qui ont mis toute leur énergie pour empêcher un désastre démocratique. Nos concitoyens ont rejeté le chemin de l'imposture sociale et ont fait le choix de l'espoir et de la construction de jours meilleurs. Cette progression de l'extrême droite s'exprime par la libération de la parole raciste, antisémite et xénophobe. Nous devons rester vigilants. Le président de la République est défait. Les électrices et électeurs ont sanctionné une politique dévouée aux intérêts des marchés financiers. La gauche et les écologistes rassemblés au sein du Nouveau Front populaire ont été les principaux artisans du sursaut républicain. Nous sommes en capacité de gouverner et de répondre aux aspirations de nos concitoyens. Notre pays entre dans une nouvelle période. »

Marine Tondelier Secrétaire nationale des Écologistes

« La justice sociale a gagné. Ce soir, la justice environnementale a gagné et, ce soir, le peuple a gagné. Pourquoi ? Parce qu'il le fallait, tout simplement. Parce que laisser notre nation aux mains de l'extrême droite sans jeter toutes nos forces dans la bataille n'était clairement pas une option pour nous. Et nous n'étions pas les seuls dans ce cas. Alors, merci. C'est aux électrices et aux électeurs que le mérite revient. Ils ont rarement, dans l'histoire de notre pays, été aussi nombreuses et aussi nombreux à se passionner pour une élection. »

Sophie Binet Secrétaire générale de la CGT « C'est une victoire incroyable. La République et la démocratie ont gagné face à l'extrême droite malgré le chaos créé par Macron. Il faut du changement dans nos vies : abrogation de la réforme des retraites, hausse des salaires et des pensions. On lâche rien. » Jean-Luc Mélenchon Fondateur de la France insoumise

« Un magnifique élan de mobilisation civique s'est affirmé. Le RN est loin d'avoir la majorité absolue. Notre peuple a voté en conscience. Il a clairement écarté la solution du pire pour lui. La volonté du peuple doit être respectée. Aucun subterfuge ne serait acceptable : en effet, les leçons du vote sont sans appel, la défaite du président de la République et de sa coalition est clairement confirmée. Le président doit s'incliner et admettre sa défaite sans tenter de la contourner de quelque façon que ce soit. Le premier ministre doit s'en aller. Le Nouveau Front populaire doit gouverner. Il appliquera son programme. Rien que son programme, mais tout son programme. »

Raphaël Glucksmann Député européen Place publique-PS « Les électeurs ont fait un effort pour barrer la route au RN. Il faut leur dire merci. Ils ont sauvé cette France humaniste. Des gens de gauche ont voté pour des candidats de droite et inversement. Cela nous oblige. Il n'y a pas de majorité absolue. Oui, nous sommes en tête, mais dans une Assemblée divisée. Il faut accepter que l'Assemblée nationale devienne le coeur du pouvoir. » Marylise Léon Secrétaire générale de la CFDT « Merci, merci, merci ! Grâce à la mobilisation de toutes et tous, nous avons évité le pire. Le prochain gouvernement devra associer tous les acteurs de la société civile pour entendre enfin les vraies préoccupations des citoyens et changer la vie de toutes et tous ! »

L'Humanité
lundi 8 juillet 2024 743 mots, p. 9

Au Havre, Jean-Paul Lecoq défait le RN

Maël Galisson

Dans la 8e circonscription de Seine-Maritime, l'élu communiste, confronté à une puissante montée de l'extrême droite, a été reconduit avec plus de 60 % des suffrages.

Harfleur, Le Havre (Seine-Maritime), envoyé spécial.

Accompagnée de sa fille, Stella sort du premier bureau de vote de la Forge, à Harfleur (Seine-Maritime), commune limitrophe du Havre. L'accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH) vote à chaque élection, mais cette fois, face à la vague du Rassemblement national (RN), l'enjeu est d'une autre dimension selon elle. « Je pense à mes enfants, explique-t-elle , je vois ce que l'avenir pourrait leur réserver et je ne veux pas ça pour eux. » Véronique, qui vient également de voter, se dit très « inquiète ». Cette psychanalyste à la retraite estime que « les leçons de l'histoire ont été oubliées par une partie des gens, notamment les jeunes » et considère que « le vivre-ensemble est menacé ». « On est en 2024 et on en est là », se désole-t-elle, avant de rentrer chez elle.

Au premier tour des législatives, les électeurs d'Harfleur, dans la 8e circonscription de Seine-Maritime, ont placé la candidate du RN, Isabelle Le Coz, en tête du scrutin avec 43,05 % des voix, devant le député sortant et candidat du Nouveau Front populaire (NFP), Jean-Paul Lecoq, arrivé en deuxième position avec 36,94 %. Le score du parti d'extrême droite dans cette municipalité communiste de l'estuaire de la Seine ne reflète toutefois pas les résultats globaux à l'échelle de la circonscription, dans laquelle le député PCF est arrivé en tête avec 42,81 % des votes contre 31,32 % pour la candidate lepéniste. La vague RN n'en reste pas moins forte : entre les premiers tours des législatives de 2022 et 2024, le parti de Jordan Bardella est ici passé de 4 636 à 11 855 voix.

La bataille continue au Parlement

« Il y a une colère qui s'exprime dans les urnes », constate la maire d'Harfleur, Christine Morel, qui tient le second bureau de vote de la Forge. L'élue, en poste à la mairie depuis 2015, craint que l'arrivée de l'extrême droite ne fasse déborder cette colère pour la transformer en haine : « On voit déjà des agressions verbales ou physiques de personnes de couleur, qu'en sera-t-il s'ils gagnent ? »

Ici, comme dans nombre de circonscriptions, la clé du second tour était détenue par l'électorat du candidat Horizons-Ensemble, Régis Debons, arrivé troisième dimanche 30 juin avec 21,24 %. Édouard Philippe, le maire du Havre, a apporté dans l'entre-deux-tours son soutien à Jean-Paul Lecoq, déclarant qu'il « voterait pour un candidat communiste dimanche ». Rien ne garantissait cependant que les électeurs suivent la consigne de vote de l'ancien premier ministre d'Emmanuel Macron.

En cas de « regain de participation qui se traduirait par davantage de voix pour le RN, et donc la possibilité d'une majorité absolue RN », le député sortant, Jean-Paul Lecoq, prévient déjà qu'il « se battra » au Parlement. Il estime par ailleurs que l'hypothèse d'un gouvernement d'union nationale, en cas de majorité relative, et auquel participerait la gauche, ne serait viable que « si c'est pour y appliquer un vrai programme de partage des richesses ».

« Quoi qu'il arrive, le nombre de députés RN à l'Assemblée va augmenter », tranche François Brisot, secrétaire général adjoint de la Confédération générale du travail (CGT) du Havre. À l'échelle de son syndicat comme dans le cadre de dynamique unitaire, le syndicaliste mène bataille localement contre le parti d'extrême droite, preuve en est le concert organisé une semaine avant le premier tour par un collectif d'associations et de syndicats avec en tête d'affiche le rappeur havrais Médine.

« Ce que nous prépare l'extrême droite, c'est un programme de casse de la solidarité nationale et de destruction des services publics », déplore François Brisot. Le syndicaliste fustige la vitrine « faussement sociale » du parti lepéniste qui, dans les faits, « joue le jeu du patronat » selon lui. « On connaît les votes de l'extrême droite au Parlement, rappelle de son côté Jean-Paul Lecoq, le RN s'est opposé à toutes les propositions sociales d'augmentation des salaires et des retraites portées par la gauche ; un jour ou l'autre, les masques vont tomber. »

« L'arrivée de l'extrême droite au pouvoir, c'est inquiétant », s'alarme Odile (1), retraitée, qui sort du bureau de vote n° 62, situé à l'école élémentaire Pierre-et-Marie-Curie du Havre. « Le candidat pour qui j'ai voté ne défend pas mes idées, ajoute-t-elle, mais je suis quand même venue afin de faire barrage. » À l'Assemblée comme dans les urnes, le combat contre le RN ne fait que commencer.

Le Monde
France, lundi 8 juillet 2024 1210 mots, p. 2
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6 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

En Isère, le tourment des électeurs s’apprêtant à faire barrage au RN

En 2022, seule une circonscription avait basculé Rassemblement national. Deux ans plus tard, le parti pourrait en gagner davantage

Camille Bordenet

Beaurepaire, Chasse-sur-Rhône, Vienne(Isère) - envoyée spéciale - D’ordinaire, les mercredis sont paisibles sur la place du marché de Beaurepaire, 4 800 habitants, en Isère. On papote entre les étals, on boit un café. Mais mercredi 3 juillet, le fond de l’air est âcre. « Avant, jamais on les aurait laissés tracter ici ! »,s’agace David Dubois, sapeur-pompier, « socialiste depuis toujours » et rugbyman « génération black-blanc-beur »: « Là regardez-les, ils se sentent à l’aise, pas gênés de propager leurs idées. Ça me tend. »

« Ils »,c’est l’extrême droite. Le porte-parole du Rassemblement national (RN), Sébastien Chenu, est descendu de Paris pour soutenir son candidat et ancien assistant parlementaire. Les habitants ne sont pas nombreux à identifier ce dernier parmi le bataillon de blazers : Benoît Auguste, 44 ans, est directeur d’école « en disponibilité »et conseiller régional d’opposition. « Un parachuté de Lyon qui a pris un meublé dans le coin y a trois semaines » , s’agace-t-on en face.

« La 7e » de l’Isère fait partie des circonscriptions serrées que le RN espère ajouter à son tableau de chasse : il y a fait 42,1 % au premier tour, contre 27,6 % pour le député Les Républicains (LR) sortant, Yannick Neuder. Troisième, la candidatedu Nouveau Front populaire - Parti communiste français (NFP-PCF) s’est désistée en sa faveur.

Combien, sur les dix circonscriptions du département, éliront un député RN dimanche 7 juillet ? En 2022, seule la 6e avait basculé – le candidat sortant y a une grosse avance. Deux ans plus tard, le RN semble en bonne position pour en gagner davantage. Une situation qui préoccupe nombre d’électeurs, de droite comme de gauche, tourmentés de devoir voter pour l’autre bord au nom du barrage.

A Beaurepaire, terre auparavant socialiste,des élus locaux de tous bords sont venus serrer les rangs autour de M. Neuder. Ils sont 110 à lui apporter leur soutien républicain dans les pages du Dauphiné libéré.Conseiller régional LR et président des LR d’Isère, ce cardiologue a voté pour l’exclusion du président contesté du parti, Eric Ciotti.

« Il est de droite, mais c’est avant tout un élu engagé, humaniste, qui accompagne des projets structurants », salue André Mondange, maire PCF de Péage-de-Roussillon. Tous s’inquiètent qu’un « parachuté » puisse « prendre en otage le territoire ».M. Neuder est, quant à lui, conscient du tiraillement des électeurs à gauche à l’idée de voter à droite : « Mais c’est notre socle de valeurs communes qui est en jeu. »

Ouvrière en maroquinerie, électrice écologiste, Anna J. (qui, comme d’autres, souhaite conserver l’anonymat), 30 ans, se sent « désespérée et apeurée ».Désespérée de constater que les collègues, les copains, ne se « bougent pas » davantage. De devoir « encore faire barrage »: « Je passe par des phases où je me dis que je ne vais pas y aller. Mais on n’a pas le choix. »

Marie-Noëlle Sabre a les nerfs en pelote. D’autant plus quand elle en voit faire des selfies avec M. Chenu.L’ex-« éduc’spé », gauche tendance « PCF - [Arlette] Laguillier » rembarre les militants du RN : « Avec vous, c’est le fascisme qui arrive ! Vous votez toutes les mesures antisociales. Les gens ne se rendent pas compte. » Droits dans leurs blazers, MM. Auguste et Chenu font bonne figure. Dimanche 7 juillet ? La septuagénaire a la gorge qui se noue. « Je voterai à droite pour la première fois de ma vie. » Pour Jacques Chirac et Emmanuel Macron, elle n’avait « pas pu ». Mais là, « est-ce qu’[elle a] le choix »?

« On se retrouve toujours acculés,se désole Virgine Charbonnier, qui tracte, elle, pour son spectacle de danse.  Voter pour la droite de[Laurent] Wauquiez, c’est pas non plus de gaieté de cœur. »Derrière son étal de gâteaux orientaux, Jafar Kouidri a bien vu qu’ « ils » (le RN) ont hésité avant de lui tendre leur tract. De gauche, lui aussi votera pour M. Neuder : « Déjà que je galère pour bouffer, déjà qu’on est mal vus, et vas-y les bicots. Alors si eux passent, on est foutus. »

Espérer déjouer l’arithmétique

Direction la 8e circonscription, plus au nord. Un territoire périurbain dans le couloir rhodanien de la chimie.. Ici aussi la bataille est serrée. Ici aussi les élus font corps autour d’une candidate, celle du NFP cette fois, Cécile Michel, 43 ans, co-présidente des Verts au conseil régional. Ils appellent à faire barrage à l’extrême droite, incarnée par une LR ralliée au RN, Hanane Mansouri, 23 ans, étudiante en droit à Grenoble, ex-présidente des Jeunes Républicains 38. La candidate Renaissances’est désistée.

Il reste deux jours pour toquer, tracter et espérer déjouer l’arithmétique. Chaque voix compte. Des centristes, des abstentionnistes, de la droite républicaine… « Je comprends leurs tiraillements, je les ai vécus, dit Cécile Michel. Je me sentirai encore plus redevable à tous. »

Quartiers HLM de Chasse-sur-Rhône. « Je n’y suis pas allé dimanche dernier et j’ai regretté », s’excuse Farid Chabi, maçon de 44 ans. Les tractations sont plus rudes dans le centre-ville de Vienne. Une femme balaie le tract vert : « Je vote RN ! »Cécile Michel discute avec un jeune barman, Sylvain N., bras tatoués, « du côté de[Jordan] Bardella normalement ».Mais « la dame »l’a « convaincu sur plein de choses ».

« Quelle est la position de Thierry[Kovacs] ? », s’enquiert un patron de PME à propos du maire LR de Vienne : il a condamné l’alliance LR-RN. Le chef d’entreprise, tendance droite républicaine , ne donnera donc pas sa voix à Mme Mansouri, qui a « vendu son âme au diable ». De là à voter à gauche ? Il hésite avec blanc.Cette question, encore une fois : « Est-ce qu’on a le choix ? »

Voilà justement la candidate, talonnée par sa jeune garde masculine. Des étudiants en institut d’études politiques, un responsable de syndicat étudiant de droite, un conseiller municipal Reconquête.Mme Mansouri ne se départit pas de son sourire lorsqu’elle s’entend direpar des passants : « Mais vous n’avez pas honte ? », « J’espère pour vous, Mademoiselle, que vous n’aurez pas besoin d’avorter. ».

Quand Eric Ciotti a proposé à Hanane Mansouri de rallier le RN, elle a « tout de suite dit oui, favorable à l’union des droites ». Les attaques racistes en ligne dont elle affirme avoir fait l’objet – les imputant à la gauche – et dont elle s’est émue au micro de Cyril Hanouna sur Europe 1 ? « Ça me motive encore plus. » Elle balaie les procès en racisme et misogynie faits au RN. « Je pense être assez bien placée ».Elle fait valoir « l’assimilation »de sa famille immigrée du Maroc, son milieu populaire… Et la « fausse bienveillance gauchiste »dont lui aurait témoigné le système scolaire.

La passante qui l’avait interpellée sur l’interruption volontaire de grossesse tente de s’expliquer « ce mystère» : « Pour cette génération, c’est un parti comme les autres. La Waffen SS, ils ne font pas le lien. »Un écho à David Dubois, le pompier de Beaurepaire, qui confiait sa « honte »pour le pays. Et sa tristesse de voir des jeunes du coin se faire « manipuler par l’extrême droite », notamment après le drame de Crépol (Drôme), situé à 30 kilomètres.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 679 mots, p. AUJM13
Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
8 juillet 2024 - Le Parisien

Alpes-maritimesi Victoire amère pour Éric Ciotti à Nice

Stupeur et tremblement à Nice, lors de l'annonce de la troisième place de l'alliance entre le RN et une partie des LR, organisée par Éric Ciotti.

Benoît Daragon

Le sourire crispé d'Éric Ciotti s'observe des quatre coins du port de Nice (Alpes-Maritimes). Sa photo en gros plan est collée sur la vitrine de sa permanence, qui longe les pontons, quai des Deux-Emmanuels. Devant la boutique blanc et bleu marine, l'estrade des grands jours a été installée ce dimanche après-midi. Au soleil couchant, une centaine de sympathisants rivés devant le grand écran qui retransmet la soirée électorale de CNews, comme un soir de match. Leur mine se déconfit à l'annonce des résultats. « On est foutus », lance un passant qui quitte immédiatement le quai. « Les gens ont exprimé leur colère au premier tour sur l'insécurité grandissante, et puis ils ont eu peur », regrette Corinne, « ancienne électrice de gauche » passée au RN.

Il dénonce « un coup d'État institutionnel »

L'enfant du pays n'a qu'à moitié réussi son pari. Bien sûr, il est réélu député de la 1 re circonscription de son département, avec 45,14 % des voix. Il va retrouver l'Assemblée nationale et le siège qu'il occupe sans discontinuer depuis 2007. Sans surprise, puisque Éric Ciotti abordait une triangulaire favorable. Arrivé largement en tête au 1 er tour, il a bénéficié du refus de ses deux rivaux de se désister : Olivier Salerno (Nouveau Front populaire), s'est maintenu, tout comme Graig Monetti (majorité présidentielle), soutenu par Christian Estrosi, meilleur ennemi de Ciotti. La victoire a un goût amer pour le patron des Républicains. Sur le plan national, le RN, avec qui il s'est allié en provoquant une crise ouverte dans sa formation politique, enregistre une lourde défaite. La stratégie de Ciotti semble ratée : à l'heure de notre bouclage, le président des LR n'était pas assuré de pouvoir compter sur un groupe de plus de quinze députés à l'Assemblée.

Le leader des Républicains est apparu vers 21 h 30, une fois sa victoire acquise. Devant trois drapeaux, celui de la ville, de la France et de l'Union européenne, le Niçois de 58 ans a dénoncé une « alliance de la honte qui a additionné les macronistes, les écologistes, les Insoumis, les socialistes et les communistes ». Se renier n'est pas à l'ordre du jour. « Ce soir, c'est la preuve que quand la gauche est unie, elle gagne et que quand une partie de la droite refuse de s'unir, elle reste aux portes du pouvoir », a-t-il ajouté, dénonçant « un coup d'État institutionnel ».

Cette déconvenue semblait prévisible à écouter les nombreux électeurs croisés au fil de la journée. Tous ont un avis sur son alliance avec le parti de Marine Le Pen. « La liste de François-Xavier Bellamy a fait un très mauvais score aux dernières européennes, ici, à Nice, où Jordan Bardella est arrivé largement en tête. Le choix de Ciotti traduit juste son opportunisme pour garder son poste », siffle Vincent, en sortant à 18 heures de l'hôtel de ville, carte d'électeur à la main. Sévère, le sexagénaire au débit mitraillette reproche notamment à son député de ne pas avoir voté la dernière réforme des retraites. « On ne comprend pas bien ce qu'il pense sur l'âge de départ à la retraite, sur laquelle il a fait des promesses contradictoires. Idem sur la sécurité... C'est facile de critiquer et de faire des effets de manche, mais quelles sont ses solutions... ? »

« Ce soir, c'est la fête des abrutis »

« Tant que Ciotti était républicain, ça allait. Mais là, pour moi, il est grillé à jamais », appuie Daniel, sympathisant communiste de 75 ans. Sa femme, Marie Hélène, de trois ans sa cadette, acquiesce. Mais la retraitée ne crie pas victoire, car elle « redoute » beaucoup les conséquences d'un « pays sans gouvernement ».

« Je préfère un pays ingouvernable qu'un pays ruiné », lance Vincent, 60 ans, « anti-extrêmes avec un s ». Mariem, infirmière dans la région, elle, est plus dubitative. « Ce soir, c'est la fête des abrutis. Les Français seront tous perdants », souffle cette infirmière de 52 ans qui craint « les voitures cassées » à l'issue de cette élection sous tension...

Libération
lundi 8 juillet 2024 255 mots, p. 10

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

NORD À TOURCOING, GÉRALD DARMANIN EN BOUCHE UN COIN

LILIAN ALEMAGNA

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

Le député Darmanin reviendra bien à l’Assemblée pour un quatrième mandat. Elu à Tourcoing sans discontinuer depuis 2012, d’abord sous l’étiquette UMP puis avec le soutien de la macronie, le toujours ministre de l’Intérieur, tenant de la dissolution, a réussi à conserver son siège après des semaines de labourage dans la 10e circonscription du Nord, obtenant 61,37 % des voix contre 38,63 % pour son adversaire, le candidat RN, Bastien Verbrugghe, au second tour dimanche.

La partie n’était pourtant pas gagnée d’avance pour Darmanin, certes en tête au premier tour, mais avec 36,03 % des voix contre 34,31 % pour le RN. A fortiori avec la perspective d’une triangulaire, la candidate NFP, Leslie Mortreux, investie par le parti Révolution écologique pour le vivant affilié à LFI, ayant réuni 24,82 % des voix au premier tour. Le risque d’élire un nouveau député RN était tel que cette dernière n’a pas barguigné avant de se désister, en dépit du statut d’épouvantail du patron de Beauvau aux yeux de la gauche. Réélu sans triomphe, que va devenir le ministre ? Il avait averti qu’il quitterait Beauvau en cas de cohabitation avec la gauche ou l’extrême droite. Aucune formation n’ayant obtenu de majorité absolue, les cartes sont-elles rebattues ? «J’avais prévu de partir après les Jeux», rappelait-il à Libération en pleine campagne. Le gouvernement de bric et de broc qui s’annonce ne l’exclut pas.

Libération
lundi 8 juillet 2024 278 mots, p. 10

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

CORRÈZE FRANÇOIS HOLLANDE, LE PARLEMENT C’EST MAINTENANT

SACHA NELKEN

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

Douze ans plus tard, François Hollande va retrouver l’Assemblée nationale. L’ancien président, candidat pour le Nouveau Front populaire, a remporté dimanche le second tour de l’élection législative dans la 1re circonscription de Corrèze. Avec 43,10 % des suffrages, il devance nettement la candidate du Rassemblement national Maïtey Pouget (31,69 %) et le député sortant Les Républicains, Francis Dubois (25,21 %). Après Valéry Giscard d’Estaing, l’exmaire de Tulle est donc le deuxième ancien chef de l’Etat de la Ve République à redevenir député après son mandat présidentiel. Durant sa carrière, le sexagénaire a déjà siégé au Palais-Bourbon pendant presque vingt ans (de 1988 à 1993, puis de 1997 à 2012). Déjà arrivé en tête du premier tour avec 37,63 % des voix le 30 juin, l’ex-Premier secrétaire du PS a profité de la triangulaire. Un désistement du candidat LR poussant ses électeurs vers le Rassemblement national aurait pu être fatal pour François Hollande. Mais le sortant Francis Dubois a refusé d’envisager tout retrait, misant sur un sursaut du peuple de droite pour l’emporter. «Voter Pouget, c’est faire élire François Hollande», grinçait-il. Pour le socialiste, la victoire n’avait rien d’acquis. Non seulement parce que le redécoupage des circonscriptions en 2012 a fusionné son ancienne terre d’élection avec celle de Chirac, plutôt favorable à la droite. Mais aussi parce que l’extrême droite, encore marginale il y a peu en Corrèze, s’est implantée petit à petit. Aux européennes, le 9 juin, le RN a été plébiscité dans la 1re circonscription du département, avec 31,64 % des voix.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 1273 mots, p. 7

Politique

Les Républicains résistent malgré tout

En se maintenant à l'Assemblée, la droite a su dépasser la violence de ses crises internes depuis la décision solitaire du président du parti, Éric Ciotti, d'une alliance avec le RN.

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Il s'agissait pour Les Républicains (LR) d'éviter l'effondrement. Divisée, la droite sauve cependant la face, recueillant entre 59 et 64 sièges, selon le sondage Ifop pour LCI, publié à 20 heures dimanche soir.

Tout au long de la campagne des législatives, et depuis l'âpre bataille des élections européennes, le parti LR subit des déchirements internes que l'alliance d'Éric Ciotti avec le Rassemblement national (RN) a transformés en fracture ouverte. L'enjeu n'était pas seulement de se maintenir à l'Assemblée. La droite était plongée dans l'inconnu, en se demandant comment survivre à la vague RN. Un député devisait ainsi, quelques jours avant le scrutin : «Dimanche soir, on doit commencer un nouveau chapitre.»Tourner la page du roman tragique des Républicains dont le sort politique est, depuis 2017, arrimé à celui qui a théorisé la fin du clivage gauche-droite en même temps que la poussée du Rassemblement national. Ces législatives, estiment les plus convaincus à droite, marquent la fin du macronisme. «Il faudra reprendre notre destin en main» , soutenait un cadre, quand les équipes de Laurent Wauquiez avaient compris que le temps était venu d'accélérer la préparation de la présidentielle. Et de résister à une forme de fatalité qui, depuis trop longtemps, empoisonnait un parti systématiquement ciblé par le camp présidentiel.

La droite est entrée dans cette bataille des législatives avec une sérieuse épine dans le pied : la stratégie personnelle d'Éric Ciotti faisant le pari de la dynamique RN - qui s'est finalement soldée dimanche soir par une poussée de la gauche (entre 175 et 215 sièges contre 130 à 160 pour le RN, en troisième position derrière le camp macroniste, entre 150 et 170). La poussée lepéniste avait inquiété la droite notamment dans ses bastions historiques. Certaines figures étaient sérieusement bousculées au premier tour, comme Olivier Marleix, président du groupe LR à l'Assemblée, ou encore Michèle Tabarot dans les Alpes-Maritimes. «Même à Versailles, c'est impressionnant... Il y a eu une explosion de vote RN» ,soufflait-on. Au lendemain de la dissolution et face au péril qui guettait la droite, certains se sont lancés dans une bataille qui n'était pas au menu de leur agenda. C'est le cas de Laurent Wauquiez, qui a finalement décidé de se présenter dans son fief, en Haute-Loire. Et qui, talonné par son adversaire du RN, a abordé un combat difficile, sans doute rendu plus facile par le désistement de la candidate écologiste-Nouveau Front populaire (NFP).

D'autres espéraient tirer profit de l'émergence de l' « axe Macron-Mélenchon » , illustrant le danger de la gauche radicale au pouvoir. Éric Ciotti n'a pas cessé de marteler ce message, en ciblant le NFP comme principal adversaire. Dimanche soir, son message n'a pas empêché l'irruption de l'union de la gauche en pole position. Le député des Alpes-Maritimes en avait fait l'un des moteurs de son argumentaire favorable à l'union des droites.

Parallèlement, les partisans de la reconstruction de la droite et du centre, se projetant au-delà du résultat de dimanche, plaidaient pour un rapprochement avec les anciens constructifs LR qui avaient choisi Emmanuel Macron dès 2017. «On peut dire que le « en même temps » , c'est terminé. Mais parmi ceux qui ont cédé aux sirènes du macronisme, il y en a qui reviendront aux origines» ,remarque un sénateur LR de poids. «On sait que les Darmanin et compagnie travaillent de nombreux élus, en coulisses. Que feront les Pradié, demain? Beaucoup d'élus à droite n'ont pas eu de Renaissance face à eux au premier tour et certains ont profité des désistements au second. Seront-ils redevables? J'ai peur qu'ils ne s'appartiennent plus» ,juge un parlementaire en pointant une éventuelle difficulté de taille pour Laurent Wauquiez qui, selon lui, sera confronté à la difficulté de maintenir la cohésion du groupe LR.

Quand certains, chez LR, se consolent en revendiquant un rôle de « groupe pivot » dans une Assemblée éclatée et où le RN n'a pas de majorité absolue, d'autres, au contraire, le déplorent. «Est-ce pour autant qu'on a de l'influence?,se soucie un cadre. Il y a un risque que notre identité soit brouillée...» À droite, certains espèrent parer cette difficulté en misant sur certains visages. Dont celui de Laurent Wauquiez, qu'on croit assez «identifié»pour créer une forme d'incarnation dans un contexte nouveau de retour du clivage gauche-droite.

Dans la foulée du scrutin de juillet, les déchirures des Républicains devraient inévitablement se retrouver devant les juges. En prenant la décision solitaire d'engager son parti dans une alliance avec le Rassemblement national, Éric Ciotti a déclenché une guerre juridique dont on peine aujourd'hui à deviner l'issue. Ce qui semble certain, c'est que ses opposants LR rassemblés autour de Laurent Wauquiez ont pris la résolution de le priver de ses fonctions et de l'exclure du mouvement dès que possible. Ils avaient espéré une décision en référé avant le premier tour, mais, après trois tentatives infructueuses, ils seront obligés d'attendre le 14 octobre pour l'examen au fond par le tribunal judiciaire. Le juge concerné aura beaucoup de travail pour essayer de démêler cette affaire où chacun fait valoir ses arguments.

Toujours président des Républicains sur le plan juridique, Éric Ciotti se voit reprocher une décision d'alliance avec le RN, prise sans consultation du bureau politique alors que ce même bureau politique, soulignent-ils, est doté d'un pouvoir de sanction contre tous les adhérents LR, président compris, ce qui comprend l'exclusion définitive et la révocation des mandats. De son côté, Ciotti soutient que ses opposants n'ont aucun droit pour contester sa présidence, l'exclure, voire organiser une commission nationale d'investiture sans lui. Ses avocats auraient également identifié des irrégularités dans le dossier des anticiottistes.

Outre les travaux ardus du tribunal judiciaire, on s'attend également à des batailles sur deux autres niveaux. D'abord auprès du Conseil constitutionnel, l'autorité concernée en cas de contestation des résultats électoraux. En effet, il n'est pas impossible que certains candidats battus (surtout s'ils sont battus de peu) réclament l'invalidation d'un scrutin au motif, par exemple, que l'utilisation du logo LR serait irrecevable dès lors qu'un candidat n'est pas reconnu par la présidence officielle du parti, attribuée à Éric Ciotti au moment du vote.

Enfin, il n'est pas impossible que Les Républicains s'affrontent aussi sur le terrain du droit parlementaire régissant l'organisation des Assemblées. Il est probable, là encore, que les LR se battent pour la paternité du groupe LR, auquel ils voudront être rattachés.

À ce brouillard juridique l'on peut ajouter les interrogations pesant sur l'avenir de la droite. Au fond, entre les ciottistes et les anticiottistes, ce sont deux visions de la reconstruction de la droite qui n'ont pas cessé de s'affronter depuis la dissolution. Les uns jugent urgent d'installer dans l'esprit des Français, et loin des extrêmes, l'idée selon laquelle l'alternative au macronisme se situerait sur une ligne de droite autonome et indépendante, suffisamment convaincante pour se doter d'un pouvoir d'attraction en vue de la présidentielle de 2027. Ce camp-là a, incontestablement, marqué des points dimanche soir. Les autres voudront défendre, avec Éric Ciotti et contre les fortes résistances d'un « front républicain » , la perspective d'une grande union nationale à droite, à l'image de ce que le Nouveau Front populaire a réussi à faire avec tous les courants de la gauche, des Insoumis aux Écologistes, des socialistes aux communistes.

Les résultats de dimanche ont peut-être offert une évaluation comptable des rivalités LR mais la question de la ligne politique n'est pas tranchée. Jusqu'à l'élection suprême de mai 2027, Les Républicains ont vingt-trois mois pour y voir plus clair. ET E.G.

Libération
lundi 8 juillet 2024 332 mots, p. 13

AUTRE

Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Libération (site web)

LANDES BORIS VALLAUD RÉSISTE À LA VAGUE RASSEMBLEMENT NATIONAL

LUCIE ALEXANDRE

AUTRE

Le duel était risqué, mais c’est gagné. Boris Vallaud sauve son siège de député dans la 3e circonscription des Landes, avec 56,65 % des voix, contre la candidate du Rassemblement national, Sylvie Franceschini, 43,35 % des voix. Elu député depuis 2017 dans ce coin du Sud-Ouest qui fut le fief du ministre de François Mitterrand Henri Emmanuelli, le chef de file du groupe socialiste à l’Assemblée nationale affrontait pour la première fois le Rassemblement national au second tour, après avoir obtenu 37,10 % au premier, un petit point à peine devant l’extrême droite à 35,59 %. Le candidat macroniste, Tom Gillet Duffrechou, a été d’emblée balayé par la vague du parti de Marine Le Pen, inédite dans ce coin de France, avec seulement 16 % des voix. Mais dans ces terres acquises à la social-démocratie, le front républicain a fonctionné, offrant le report des voix du camp présidentiel à Vallaud. L’élection se présentait pourtant de façon périlleuse pour les candidats de gauche dans les territoires ruraux et périurbains, alors que le patron du Parti communiste français, Fabien Roussel, a été sanctionné par le Rassemblement national dans sa circonscription du Nord, perdue dès le premier tour. Déjà en 2022, Boris Vallaud avait été effrayé par la façon dont la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), qui promettait l’accession de Jean-Luc Mélenchon à Matignon, pouvait être perçue dans des campagnes célébrant la chasse, la corrida et le foie gras. Fuyant les caméras, l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée sous Hollande avait filé dans un train labourer sa circonscription sitôt l’accord de coalition noué à Paris entre les partenaires de gauche. Cette fois-ci aussi, Boris Vallaud est reparti dans les Landes sans demander son reste pour arpenter les fêtes de village et les barbecues pendant les quatre semaines d’une offensive express. Avec succès.

Libération
lundi 8 juillet 2024 302 mots, p. 12

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

HAUTS-DE-SEINE GABRIEL ATTAL SAUVE (AU MOINS) SA CIRCO

SASCHA GARCIA

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

EUTERS R S’il remettra sa démission de Premier ministre ce lundi (tout en affirmant qu’il assumera ses fonctions «aussi longtemps que le devoir l’exigera»), il peut au moins se réjouir de ne pas quitter les bancs de l’Assemblée. Gabriel Attal a été réélu dans son fief de la 10e circonscription des Hauts-de-Seine, pour laquelle il siège depuis 2017. Avec 60,33 % des suffrages obtenus au second tour, selon les premiers résultats, il devance largement la socialiste Cécile Soubelet, investie par le Nouveau Front populaire, qui récolte 39,67 % des voix dans cette circonscription historiquement de droite. Elu à deux reprises député, le trentenaire avait tutoyé les 60 % au second tour en 2017 et 2022.

Gabriel Attal s’était aisément qualifié lors du premier tour du scrutin (43,85 %). Soutenu par les quatre maires de sa circonscription (Boulogne, Vanves, Issy-les-Moulineaux et Meudon), le chef du gouvernement avait négocié un «pacte de non-agression» avec le président LR du conseil départemental, Georges Siffredi. Mais l’accord local avait été contesté, au niveau national, par Les Républicains de François-Xavier Bellamy qui ont investi Clément Perrin (5,08 % des voix). La faction ciottiste de LR – qui a prêté allégeance au Rassemblement national – avait, elle, présenté un candidat, Sébastien Laye (13,21 %). S’il réussit à convaincre localement, le député n’a pas permis au camp présidentiel de sortir gagnant de ces élections législatives, malgré la multiplication des débats et autres apparitions médiatiques. Les macronistes deviennent, de peu, la deuxième force politique de l’Assemblée national, derrière le Nouveau Front populaire et devant le Rassemblement national. Dans une allocution, Gabriel Attal a annoncé sa démission, qu’il présentera à Emmanuel Macron lundi. Une défaite pour l’homme, et une de plus pour son camp.

Libération
lundi 8 juillet 2024 247 mots, p. 12

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

SEINE-SAINT-DENIS ALEXIS CORBIÈRE, UNE VICTOIRE PRESQUE SANS PRESSION

ANTOINE RONDEL

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

EUTERS R Dissidence gagnante pour Alexis Corbière, qui a annoncé sa victoire sur X (anciennement Twitter) puis sur BFM TV avec «sans doute plus de 57 % des voix» face à son adversaire Sabrina Ali Benali. Il n’avait pas la partie facile sur sa circonscription embrassant Bagnolet et Montreuil. Terre de gauche par excellence, elle lui était cette fois disputée par la candidate officielle de La France insoumise, qui avait refusé de se désister à l’issue du premier tour, malgré les similitudes des projets. Alexis Corbière était arrivé en tête avec 40 % des voix, contre 36 % à sa poursuivante. En 2022, Alexis Corbière avait été le député le mieux élu de France, dès le premier tour des législatives, en rassemblant 62,94 % des suffrages exprimés. Mais ce compagnon de longue route de Jean-Luc Mélenchon, qui avait été éloigné de la direction de La France insoumise en 2022, a découvert le 14 juin qu’il n’était cette fois-ci pas investi par son parti dans le cadre de l’alliance électorale du Nouveau Front populaire. Le même traitement était appliqué à sa compagne Raquel Garrido, à la Parisienne Danielle Simonnet et au Marseillais Hendrik Davi, tous critiques du fonctionnement interne de La France insoumise. Tous ont dénoncé une «purge» et maintenu leur candidature. Dimanche soir, le député a estimé que «ce que disent les électeurs avec moi, c’est que le Nouveau Front populaire devra être démocratique».

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 1287 mots, p. 6

Politique

En net reflux, le camp Macron cherche des alliés pour conserver le pouvoir

Le « front républicain » a permis à la majorité sortante d'enrayer la dynamique du RN, mais elle doit composer avec une gauche renforcée.

Boichot, Loris, Quinault-Maupoil, Tristan, Hausalter, Louis

Battus mais incontournables. Malgré l'amère défaite, les macronistes ont réceptionné avec un certain soulagement les premiers résultats du second tour des élections législatives anticipées. Avec 161 à 169 sièges dans la nouvelle Assemblée nationale, selon les estimations de l'Ifop, Renaissance et ses alliés perdent moins de 100 députés. Mais ils s'assurent d'obtenir voix au chapitre dans la 17e législature, alors que beaucoup craignaient l'effacement pur et simple.

La « clarification » qu'Emmanuel Macron a appelée de ses voeux en annonçant la dissolution fracture finalement l'Hémicycle de manière inédite. Avec toutefois une possibilité mathématique pour constituer une majorité absolue (289), qu'aucun camp ne détient à lui seul : former une coalition rassemblant la macronie et la gauche modérée du Nouveau Front populaire (NFP), cartel qui obtient au total 187 à 198 sièges. À condition d'en décrocher les écologistes, les socialistes, une partie des communistes et pourquoi pas certains frondeurs Insoumis, ce qui semble loin d'être garanti.

Le Rassemblement national (RN) et ses alliés, troisième bloc à l'Assemblée en nombre de sièges (135 à 143), s'éloignent de toutes les équations imaginées ces derniers jours. Contrairement à ce que laissaient présager les projections nées du premier tour du scrutin, quand le camp nationaliste pensait pouvoir prétendre à Matignon après s'être hissé pour la première fois en tête d'élections législatives avec un tiers des voix.

Dimanche, dès l'annonce des résultats, Emmanuel Macron a tiré un premier enseignement : laisser du temps au temps. « La campagne a été virulente, violente à la fin. Il faut laisser décanter » , a-t-il lancé aux chefs des partis de la majorité réunis à l'Élysée, alors que les premières estimations suscitaient la surprise. Gabriel Attal, qui a indiqué qu'il remettrait sa démission lundi matin, devrait donc rester à Matignon le temps de trouver une solution politique. La période pourrait se prolonger « jusqu'au mois d'août » , selon un visiteur du Palais, peut-être au-delà des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.

Le président a ensuite reçu plusieurs proches pour analyser les résultats et assister aux interventions des leaders des différents camps. Outre le secrétaire général de l'Élysée, Alexis Kohler, étaient présents l'ex-président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, l'ancien ministre de l'Agriculture Julien Denormandie, le patron des sénateurs macronistes François Patriat, l'ancien député Thierry Solère, ou encore l'ex-patron de la communication présidentielle Clément Léonarduzzi. L'occasion de scruter les prises de parole des uns et des autres, dans une atmosphère de soulagement.

« Lui, il nous rend service » , a lancé Emmanuel Macron en voyant apparaître sur la télévision Jean-Luc Mélenchon, premier à réagir aux résultats. Le président, qui ne croyait pas en prononçant la dissolution que la gauche reconstituerait une alliance aussi vite sur les ruines de la Nupes, compte sur les tensions au sein du Nouveau Front populaire pour arrimer à lui la partie la plus modérée. « Il faut que la poutre travaille. On va laisser la gauche exploser » , pariait un participant à la soirée. De l'autre côté, le chef de l'État compte relancer ses assauts sur LR. Les calculs allaient bon train en macronie dimanche soir, bousculés par des projections en sièges sans cesse mouvantes. « Si on additionne les députés Ensemble, les LR et des socio-démocrates, ça peut être une piste » , esquisse un cadre de la majorité.

C'est donc bel et bien avec les autres forces de gouvernement représentées au Palais Bourbon que des macronistes espèrent maintenant s'entendre pour participer à une coalition. Mais le périmètre de cette alliance fait débat. Édouard Philippe a appelé à « la création d'un accord » sans le RN ni LFI, qui « permettra au mieux de gérer le pays » sans toutefois être « durable ».

Pour leur part, les membres de l'aile gauche macroniste se tournent vers le camp arrivé en tête. Le ministre sortant Roland Lescure (Industrie), réélu député des Français d'Amérique du Nord, a évoqué sur France 2 un large accord, y compris avec « une partie de La France insoumise ». Mais cet attelage est encore très hypothétique, tant il sera difficile de concilier des programmes antagonistes.

« Il faudra inventer quelque chose de neuf »

Emmanuel Macron n'a-t-il pas fustigé le projet « immigrationniste » des « fous » de l'alliance de gauche, quand Gabriel Attal a pointé des propositions économiques qui conduiraient le pays « à la ruine » ? Le premier ministre l'a rappelé avant le vote : il souhaite être ferme sur le maintien de sa politique fiscale quand la gauche réclame le retour de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). « Je ne participerai à aucune majorité de circonstance, qui allierait des positions et des valeurs irréconciliables au détriment de notre cohérence » , a déjà prévenu Bruno Le Maire. Mais le coeur de la macronie se prend déjà à rêver d'un accord avec les socialistes, pour garder un pied dans le nouvel attelage.

Car dans l'Hexagone, plusieurs batailles incertaines ont tenu en haleine la majorité sortante. Dans le Calvados, Élisabeth Borne a dû affronter le RN arrivé en tête une semaine auparavant. L'ancienne première ministre a profité du désistement du candidat LFI pour éviter une triangulaire et l'emporter. Comme Gérald Darmanin dans le Nord, où il a largement battu le RN.

Une chose est sûre : le centre de gravité du pouvoir devrait basculer de l'Élysée au Parlement, au grand dam d'Emmanuel Macron. « Le président n'est tenu par aucun délai pour nommer un premier ministre, qui lui-même n'est pas tenu de démissionner, précise le constitutionnaliste Benjamin Morel. La motion de censure est la seule condition qui oblige juridiquement le premier ministre à la démission. Gabriel Attal peut donc tenir tant que 289députés ne s'entendent pas pour le chasser. »

Tout au long de l'entre-deux-tours, Emmanuel Macron a soupesé plusieurs options. À commencer par celle d'une grande coalition allant des écologistes aux Républicains (LR) qui refusent l'alliance d'Éric Ciotti avec le RN, idée qui aurait notamment les faveurs du centriste François Bayrou. Tandis que dans les administrations, on couchait déjà sur le papier des noms de hauts fonctionnaires ou de personnalités politiques d'expérience en vue d'un hypothétique gouvernement technique.

L.B. ET T.Q.-M. ET L.H.De cet épisode, Emmanuel Macron retiendra enfin l'émancipation de ses troupes. Les rescapés de ce scrutin ne lui font aucun crédit du sursaut dont ils ont bénéficié dimanche. « Cette dissolution je ne l'ai pas choisie, mais j'ai refusé de la subir » , a d'ailleurs lâché le premier ministre lors de son allocution, s'attribuant en creux les mérites de sa stratégie, et sans dire un mot du chef de l'État. Il remettra sa démission ce lundi, « fidèle à la tradition républicaine ». Il a surtout prévenu qu'une « nouvelle ère commence » et qu'il compte y prendre sa part. « Là où je serai, j'aurai toujours le même objectif : apaiser, unir et agir » , a-t-il dit, en affirmant à moins de trois ans de la prochaine élection présidentielle qu'il « faudra inventer quelque chose de neuf ».

Avant lui, son lointain prédécesseur à Matignon, Édouard Philippe, n'a pas dit autre chose : « Nous allons devoir écouter le pays, regarder le monde et la réalité en face, travailler d'arrache-pied afin de proposer un projet cohérent et solide. Ce travail, j'y suis prêt. Il ne peut pas être l'oeuvre d'un homme seul, ou d'un petit groupe d'experts ». « Je me tiens à la disposition de ceux qui veulent, dès ce soir, participer à la reconstruction d'un espoir » , a ajouté le président du parti Horizons. Pour le président de la République, la défiance siégera sur tous les bancs du nouvel hémicycle.

Le Monde
France, lundi 8 juillet 2024 976 mots, p. 5

Débat autour de la désobéissance dans la fonction publique

Des fonctionnaires se disent prêts à ne pas appliquer les ordres si le RN arrive au pouvoir

Bertrand Bissuel et Thibaud Métais

Si le Rassemblement national (RN) prend le pouvoir à l’issue des législatives, leur position est claire : « Nous n’obéirons pas. » Cet avertissement a été lancé par une quarantaine de cadres de l’éducation nationale (chefs d’établissement, inspecteurs généraux de l’administration), à travers une pétition qui a commencé à circuler le 14 juin. L’initiative traduit les interrogations qui taraudent des milliers de fonctionnaires : dans l’hypothèse où l’extrême droite prenait les commandes du pays, est-il possible de s’affranchir des directives qu’elle adressera aux agents publics ?

Le texte, diffusé par des hauts gradés de l’éducation nationale, avait recueilli 3 171 signatures, samedi 6 juillet au matin. Ceux qui l’ont rédigé justifient leur démarche par le refus d’appliquer des « mesures qui contreviendraient aux valeurs de la République ».

En écho à cette pétition, le politiste Thomas Guénolé, ex-membre de La France insoumise (LFI), a annoncé, lundi 1er juillet, la création d’un « réseau de résistance à l’extrême droite ». « Constitué essentiellement de fonctionnaires », et dont l’une des « principales méthodes » consistera à dire non à « certains ordres » donnés aux agents. Un « manuel » sera publié, d’après M. Guénolé.

Règles impérieuses

Le RN s’étrangle de colère face à de telles prises de position. Marine Le Pen les a dénoncées, le 26 juin, dans un entretien au quotidien breton Le Télégramme, y voyant « une forme de caricature permanente ». « Les gens qui ne sont pas contents, il faut qu’ils sachent qu’ils peuvent partir », a déclaré, de son côté, Fabrice Leggeri, député européen du parti à la flamme, dans une interview accordée le 25 juin à Reuters.

Député RN sortant du Loir-et-Cher et candidat à sa réélection, Roger Chudeau, souvent dépeint comme le « monsieur éducation » de sa formation, s’est montré carrément menaçant, le 24 juin sur BFM-TV, à l’égard des auteurs de la pétition : « Si nous arrivons au pouvoir et si j’ai quelque chose à voir dans l’éducation, j’écrirai à ces gens-là pour leur dire “vous avez une semaine pour vous rétracter. Excusez-vous publiquement parce que vous avez violé tous les principes de la déontologie de votre fonction et sinon vous passerez en conseil de discipline”. »

L’âpreté de la controverse rappelle que les agents sont assujettis à des règles impérieuses. Selon le code général de la fonction publique, ils doivent « se conformer aux instructions »de leur supérieur hiérarchique, sauf si celles-ci sont « manifestement illégal[les] »et de nature à « compromettre gravement un intérêt public ».

Formulée dans des termes généraux, la législation n’est pas évidente à appréhender. « Deux situations se présentent, décrypte Me Lorène Carrère, avocate spécialiste en droit du contentieux administratif. S’il s’agit de mettre en application une loi qui est passée par le filtre du Conseil constitutionnel, le fonctionnaire n’a pas d’autre choix que d’exécuter l’ordre donné. En revanche, il dispose d’une marge de manœuvre pour les décisions administratives d’une valeur inférieure à celle de la loi. » Mais, dans ce cas de figure, « l’obéissance demeure la règle et la désobéissance l’exception », affirme Me Carrère. Dans des litiges mettant aux prises un agent qui a refusé de suivre une directive de son chef, le juge administratif a rarement donné raison au premier au cours des quatre-vingts années écoulées, selon l’avocate. « L’interprétation des textes et de la jurisprudence est très restrictive et n’offre guère de latitude au fonctionnaire », conclut-elle.

« Importante part de risque »

Dans une note rendue publique en juin, le groupe de réflexion Le Sens du service public plaide d’ailleurs en faveur d’une forme de retenue : « Le seul désaccord, si important soit-il, avec les priorités politiques d’un gouvernement d’extrême droite ne saurait(…) constituer le fondement d’un acte de désobéissance », écrit-il. Et d’ajouter qu’il convient de « se garder d’une approche simpliste ou encore moralisatrice de la désobéissance », qui ne prendrait pas en compte le devoir de loyauté des agents et des enjeux de continuité de l’Etat et du service public.

Cofondateur de ce laboratoire d’idées, Johan Theuret souligne que le fait de ne pas se plier à une instruction de la hiérarchie « comporte une importante part de risque »: « Cela peut déboucher sur une mesure de sanction à l’égard de l’agent, si son attitude est considérée comme infondée, c’est-à-dire si elle ne remplit pas les conditions posées par le code général de la fonction publique. »

C’est pour cette raison que les syndicats marchent sur des œufs. « Nous invitons les agents à ne pas agir seuls et privilégions la réflexion collective, précise Mylène Jacquot, responsable de la CFDT-Fonctions publiques. Il nous faut regarder attentivement quels sont les voies et moyens pour pouvoir contester, le cas échéant, des décisions émanant d’un gouvernement si celui-ci est dirigé par le RN. » Luc Farré, numéro un de l’UNSA-Fonction publique, revendique, lui aussi, d’être « extrêmement prudent ». « La question est devant nous, soit à partir du 7 juillet, soit plus tard, prophétise-t-il. Il faut donc y travailler pleinement dès à présent. »Avec pour premier objectif de définir le soutien qui peut être apporté aux agents, pour les défendre, les accompagner, et ne pas les laisser seuls face à des injonctions qui seraient contraires à l’éthique.

Co-porte-parole du collectif Nos services publics, Arnaud Bontemps tient à mettre en exergue que les fonctionnaires ont la possibilité, et même le devoir, de ne pas se conformer à un ordre de leur chef s’il est manifestement illégal et porte gravement atteinte à un intérêt public. Il ne s’agit pas d’inciter « à la désobéissance de manière irraisonnée », mais de « rappeler le droit et uniquement le droit » , argue-t-il.

Libération
lundi 8 juillet 2024 227 mots, p. 10

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

PUY-DE-DÔME ANDRÉ CHASSAIGNE, FORT D’AMBERT

ELÉNA RONEY

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

Soulagement pour André Chassaigne qui va pouvoir retrouver son siège à l’Assemblée nationale et entamer son sixième mandat de député (il avait été élu pour la première fois en 2002). Avec 55,27 % des voix, le député communiste sortant l’a emporté dimanche lors du second tour des législatives devançant la candidate Rassemblement national, Brigitte Carletto, qui a obtenu 44,73 % des suffrages. Les résultats à l’issue du premier tour étaient très serrés, Chassaigne et Carletto n’étant séparés que par 542 voix (37,78 % contre 37,02 %). Cette circonscription, qui comprend notamment les villes de Thiers et Ambert, avait déjà connu la même affiche de second tour lors des législatives de 2022. André Chassaigne avait remporté le duel haut la main, avec 69,43 %.

Aucune consigne de vote claire n’avait été donnée durant l’entre-deux-tours par les candidats éliminés dimanche dernier. Si Véronique Bastet, candidate de la majorité présidentielle, martelait «pas une seule voix ne doit aller au Rassemblement national, il est impératif pour la France de faire barrage au RN», elle n’appelait pas sans ambiguïté à voter pour André Chassaigne. Yves Courthaliac, LR, affirmait quant à lui ne donner «aucune consigne de vote» : «Les citoyens sont libres de s’exprimer en conscience.» Malgré tout, André Chassaigne conserve la main sur ce territoire auvergnat.

Libération
lundi 8 juillet 2024 472 mots, p. 7

autre

Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Libération (site web)

Malgré la scission,LR tire son épingle du jeu

VICTOR BOITEAU

autre

«U ne petite quarantaine, ça serait déjà pas mal…» Empilant les déconfitures ces dernières années, la droite a appris à avoir l’ambition modeste, à l’image de ce dirigeant LR sondé dans l’entredeux tours des législatives. Chez Les Républicains, personne n’avait prévu de champagne pour le second tour. La droite a pourtant de quoi souffler, avec une «presque performance», dixit Jean- François Copé sur le plateau de France 2.

Selon les estimations Ipsos à 21 h 30, LR obtiendrait entre 63 et 68 sièges à l’Assemblée nationale. Soit quelques sièges de plus, comparé aux 61 sortants – 59 si l’on retire Eric Ciotti, le patron contesté du parti ayant scellé une alliance avec le Rassemblement national, et Christelle d’Intorni, seule députée sortante l’ayant suivi.

Opposés à des candidats RN dans l’écrasante majorité des cas, les candidats LR élus savent ce qu’ils doivent aux désistements de candidats du Nouveau Front populaire et de la majorité, et aux reports de voix d’électeurs de gauche acquis au front républicain. En Eure-et-Loir, malgré ses 13 points de retard au premier tour, Olivier Marleix, ancien chef des députés LR, sauve ainsi son siège. Candidat dans son fief de la Haute- Loire, Laurent Wauquiez est également élu avec plus de 60 % des voix. Dans l’Aisne, Julien Dive se sauve de 520 voix face à Philippe Torre, candidat RN et avocat… d’Eric Ciotti. Aurélien Pradié est lui aussi réélu dans le Lot. Le parti essuie aussi quelques pertes symboliques, comme en Corrèze, où François Hollande bat le sortant Francis Dubois. Ou dans le Pas-de-Calais, où Pierre- Henri Dumont est battu par le RN.

Parti sous la bannière mariniste, Ciotti, lui, sauve son siège à Nice. Mais son flirt avec l’extrême droite vire à la douche froide pour certains de ses fidèles, à l’image du patron des Jeunes LR, Guilhem Carayon, défait dans le Tarn. Pour Ciotti, l’enjeu sera de savoir s’il dispose d’au moins 15 députés, seuil minimal pour constituer un groupe au Palais-Bourbon. Pour les républicains non alignés sur lui, la sortie du potau-noir est encore lointaine. Toujours étourdies par l’alliance scellée par le patron du parti avec le RN, les troupes LR feront l’objet, dans la nouvelle législature, de convoitises accrues.

Se cramponneront-elles à leur ligne «d’indépendance» arrêtée en 2022, confortées dans l’idée que le macronisme est entré dans sa pente déclinante ? Ou se rapprocheront elles d’anciens LR, comme Edouard Philippe ou Gérald Darmanin, qui réfléchissent tous deux à structurer une aile droite parlementaire en vue de 2027 ? Depuis la Haute-Loire, Wauquiez a fixé la ligne : «Pour nous, il n’y aura ni coalition ni compromission.»

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 80 mots, p. 7

Politique

[Alexandra martin - réélue...]

Service politique du Figaro, Service politique du Figaro

Alexandra martin - réélue

8e circonscription des Alpes-Maritimes

Députée sortante, Alexandra Martin a remporté la bataille de peu face à l'inconnue du RN, Dorette Landerer (57,26% contre 48,48 %). Cette victoire est aussi une bonne nouvelle pour son suppléant, David Lisnard. La force de l'ancrage du maire LR de Cannes, qui est aussi président de l'Association des maires de France et président du parti Nouvelle Energie, a visiblement suffi pour protéger l'élue de la vague RN.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 77 mots, p. 7

Politique

[Michèle tabarot - réélue...]

Laubacher, Paul

Michèle tabarot - réélue

9e circonscription des Alpes-Maritimes

Élue historique des Alpes-Maritimes, Michèle Tabarot s'était qualifiée au second tour malgré un retard sur son adversaire lepéniste. Elle est finalement réélue députée à 52,99 %. Si elle se savait menacée dans son fief, la présidente de la commission nationale d'investiture des LR avait refusé de suivre Éric Ciotti dans son alliance avec le Rassemblement national, préférant rester fidèle à la tradition d'indépendance de la droite.

Libération
lundi 8 juillet 2024 1501 mots, p. 16,17

MONDE

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7 juillet 2024 - Libération (site web)

Royaume-Uni L’équipe Starmer déjà au labeur

JULIETTE DÉMAS

MONDE

Sans perdre de temps dès sa victoire confirmée aux législatives, le nouveau Premier ministre a constitué son gouvernement, aussitôt réuni samedi en conseil exceptionnel. Les chantiers ne manquent pas, et les travaillistes savent qu’il n’y aura pas de lune de miel.

ans les jours qui suivent les élections britanniques, les nominations arrivent D habituellement au comptegoutte, le nouveau Premier ministre prenant généralement le temps du week-end pour peaufiner ses choix de collaborateurs. Mais pas cette fois. Quoi que lui réserve l’avenir, les débuts de l’administration travailliste Starmer resteront dans les annales pour la rapidité avec laquelle elle s’est mise au travail. Dès vendredi après-midi, tous les postes majeurs étaient attribués et Keir Starmer reléguait aux oubliettes le projet controversé de ses prédécesseurs, qui visait à déporter vers le Rwanda les demandeurs d’asile arrivés illégalement sur le territoire britannique. Un premier geste symbolique, car les conservateurs s’étaient arc-boutés sur le projet malgré les revers législatifs et les avertissements de la communauté internationale. Le message est clair : l’heure n’est plus à l’idéologie et aux déclarations à l’emporte-pièce. Place aux solutions concrètes et chiffrées.

Pour les choix de ministres, il n’y a pas eu matière à hésitation. Le gouvernement de Starmer reprend des collaborateurs déjà installés à ses côtés dans l’opposition, des experts et aussi d’anciens alliés de Tony Blair et de Gordon Brown. Il devient le plus féminin de l’histoire du pays. En plus du trio Angela Rayner, Rachel Reeves et David Lammy (lire ci-contre), on retrouve Yvette Cooper, députée depuis 1997, qui prend le poste de ministre de l’Intérieur, ainsi que l’ancien chef du parti Ed Miliband qui arrive à l’Environnement, sujet dont il s’est fait porte-parole au cours des dernières années.

ÉCOSSE Océan Atlantique IRL. DU N.

Ce gouvernement compte aussi le plus grand nombre de ministres ayant fait leur scolarité dans le public. A titre de comparaison, les deux tiers du gouvernement de Boris Johnson avaient été éduqués dans le privé, et David Cameron s’était attiré des critiques au sein de son propre parti pour s’être entouré de millionnaires et de nombreux anciens d’Eton, ce pensionnat privé pour les garçons de l’élite britannique. Interrogé à ce sujet, Keir Starmer s’est dit fier d’être entouré de personnes «qui n’ont pas eu le début de vie le plus facile», et affirme que son équipe reflète «l’aspiration qui se trouve au coeur de notre pays».

IRLANDE ROY PAYS DE GALLES Londres 100 DOSSIERS URGENTS Son premier Conseil des ministres, qu’il a accueilli en répétant qu’il y «avait énormément de travail» à abattre, s’est déroulé dès samedi matin : un fait rarissime dans la vie politique britannique, qui atteste de sa volonté de changer les choses au plus vite – les déménageurs n’avaient même pas fini de vider les appartements de ses prédécesseurs. L’image qui se dégage est celle d’un gouvernement qualifié, qui maîtrise ses dossiers et ne compte pas sur une période de lune de miel, préférant s’attaquer aux multiples crises pour pouvoir prétendre à un deuxième mandat dans quelques années.

Mer du Nord UMEUNI ANGLETERRE Manche Ils avaient eu tout le temps de se préparer. La possibilité d’une victoire du Labour était dans tous les esprits depuis au moins deux ans, lorsque la popularité des conservateurs s’était effondrée sous Boris Johnson, avant de continuer à se dégrader sous ses successeurs, Liz Truss et Rishi Sunak. Au cours de la campagne, tout donnait déjà Starmer gagnant, l’incitant à faire preuve de prudence et à ne rien promettre de trop ambitieux. Au cours de sa première conférence de presse de Premier ministre, lors de laquelle il s’est dit parfaitement heureux qu’on l’appelle simplement «Keir», il a donc souligné que ses équipes s’étaient «préparées pendant des mois» pour «être immédiatement opérationnelles». Déjà plus à l’aise, moins rigide et plus souriant qu’au cours de ces derniers mois, le nouveau Premier ministre veut avancer vite, mais avec précaution. Le changement ne se fera pas «en appuyant sur un interrupteur» mais prendra du temps. Plusieurs dossiers urgents l’attendent : la crise du système de santé, celle des universités, celle des prisons sur le point de déborder, ou encore les négociations de salaires dans le secteur public. Il devra aussi se pencher sur la quasi-faillite de plusieurs villes majeures, dont les budgets réduits sous l’austérité ne permettent plus d’assurer les services minimums d’aide sociale, notamment pour les enfants et adultes vulnérables.

Les nouveaux ministres font preuve d’un grand empressement. Wes Streeting, secrétaire à la Santé, devra trouver une solution à la crise du NHS alors que près de 7 millions de Britanniques sont inscrits sur ses listes d’attente et que les internes sont en grève depuis des mois. Il a déjà pris contact avec ces derniers pour lancer des négociations dans les jours à venir. David Lammy, le ministre des Affaires étrangères, s’est pour sa part rendu dès dimanche en Allemagne – et non en France, pour cause d’élections – pour plaider le rapprochement avec l’Union européenne. Si un retour dans l’UE n’est pas envisagé, Starmer comme Lammy avaient fait campagne contre le Brexit et souhaitent un réalignement et une amélioration des relations avec leur plus proche partenaire économique.

SOMMET DE L’OTAN En 1997, Tony Blair héritait d’une économie dynamique et surfait sur une vague d’optimisme en l’avenir. Keir Starmer est le premier depuis ce jour à faire gagner les travaillistes face à un gouvernement conservateur. Pour autant, la comparaison s’arrête là : il se sait élu en raison d’un ras-le-bol généralisé des conservateurs après quatorze années d’austérité, de scandales et de crises – la flambée du coût de la vie, les grèves à répétition, les fêtes illégales des proches de Boris Johnson en plein confinement, le Brexit, l’incendie de la tour Grenfell, le scandale Windrush… Le système électoral britannique, uninominal majoritaire à un tour, favorise les deux principaux partis. C’est donc un vote à la fois stratégique et divisé à droite – en raison de la montée du parti d’extrême droite Reform UK – qui a facilité la victoire du Labour. La faiblesse du taux de participation et la volatilité de l’électorat ne sont pas passées inaperçues, et les travaillistes refusent de se laisser emporter par l’euphorie de leur très confortable majorité. Starmer, pour se montrer digne de la confiance qui a été placée en lui, a promis «un gouvernement de service» pour les Britanniques qui l’ont soutenu, mais aussi et surtout pour ceux qui n’ont pas voté pour lui. Décidé à «prendre des décisions difficiles» et à «gouverner pour le pays entier», il veut éviter les logiques partisanes, et a déjà souligné que le Labour n’avait pas «le monopole des bonnes idées». A peine ses priorités établies, il s’est lancé dans un tour des nations dévolues pour «rétablir» les relations avec les gouvernements locaux dans une logique de «coopération» basée sur «le respect». Sa première destination a été l’Ecosse, où son parti a fait son grand retour au détriment des nationalistes du SNP. Il doit aussi se rendre en Irlande du Nord et au Pays de Galles, avant de rencontrer mardi les maires des grandes métropoles puis de s’envoler pour Washington pour le sommet de l’Otan, qui fêtera ses 75 ans. Ce sera son premier sommet international et l’occasion pour lui d’échanger avec Joe Biden, qui l’a appelé depuis Air Force One pour le féliciter de sa victoire. Il enchaînera le 18 juillet avec l’accueil d’une cinquantaine de chefs d’Etat près d’Oxford, pour la quatrième réunion de la Communauté politique européenne. Keir Starmer a déjà échangé avec un grand nombre de chefs d’Etat et de gouvernement, et notamment avec le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, à qui il a rappelé «la nécessité claire et urgente d’un cessez-le-feu, la libération des otages et une augmentation immédiate du volume d’aide humanitaire» à Gaza.

Dans les prochaines semaines, le nouveau gouvernement présentera son programme législatif au Parlement, et assistera à l’ouverture officielle de celui-ci par le roi Charles III. Il pourrait envisager le recrutement de davantage d’enseignants, proposer de lever 7 milliards de livres (8,3 milliards d’euros) en réformant le statut de non-résident fiscal et en luttant contre la fraude, d’annuler l’exonération fiscale de TVA pour les écoles privées, ou encore de créer une entreprise publique dédiée à l’énergie verte. Les semaines à venir s’annoncent très chargées, il n’y aura pas de trêve estivale.

Si un retour dans l’UE n’est pas envisagé, Keir Starmer avait fait campagne contre le Brexit et souhaite un réalignement et une amélioration des relations avec le plus proche partenaire économique de Londres.

Libération
lundi 8 juillet 2024 289 mots, p. 13

AUTRE

SARTHE MARIE-CAROLINE LE PEN, LA SOEUR EN EST JETÉE

ELÉNA RONEY

AUTRE

FP A Défaite pour la soeur cadette de Marine Le Pen, qui ne sera donc pas parvenue à faire son grand retour en politique. En ballottage défavorable à l’issue du premier tour, la candidate insoumise investie par le Nouveau Front populaire, Elise Leboucher, a su rattraper son retard et battre sa concurrente d’extrême droite, en récoltant 50,23 % des voix dans la 4e circonscription de la Sarthe.

Le désistement de Sylvie Casenave-Péré, candidate Ensemble, qui avait obtenu 35 voix de moins que la députée sortante au premier tour, a semble-t-il bénéficié à cette dernière, qui gagne avec plus de 200 voix d’avance au second. En 2022, l’insoumise était déjà sortie victorieuse d’une bataille serrée contre un autre candidat Rassemblement national, Raymond de Malherbe, qui a depuis été exclu du parti, avec un écart de seulement 87 voix.

Marie-Caroline Le Pen avait quitté le Front national en 1999, au moment de sa scission, pour rejoindre le tout nouveau Mouvement national républicain, créé par le numéro 2 du Front national de l’époque, Bruno Mégret, s’attirant l’ire de son père, Jean-Marie Le Pen. Elle s’était ensuite retirée de la vie politique au début des années 2000, avant que sa soeur, Marine Le Pen, ne reprenne progressivement contact avec elle, et la réintègre pleinement au parti. En 2021, elle obtient une place éligible sur la liste de Jordan Bardella pour les élections régionales d’Ile-de-France. Première étape avant d’être parachutée trois ans plus tard pour dans l’ancien fief de François Fillon, où elle était pourtant arrivée en tête à l’issue du premier tour, avec 39,26 % des votants. Une opération ratée.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 82 mots, p. 6

Politique

[Élisabeth BORNE...]

Service politique du Figaro, Service politique du Figaro

Élisabeth BORNE

4e circonscription du Calvados

Élue députée de justesse en 2022, l'ancienne première ministre a conservé son siège avec 56 % des voix face au candidat RN, Nicolas Calbrix. Son concurrent de La France insoumise, Noé Gauchard, lui avait facilité la tâche en se désistant après le premier tour. « Je suis persuadée qu'on doit pouvoir rassembler toutes les personnes qui partagent des valeurs républicaines » , a-t-elle déclaré, dimanche soir, à propos de la configuration incertaine de la nouvelle Assemblée nationale.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 941 mots, p. AUJM6
Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
8 juillet 2024 - Le Parisien

Le Front populaire « prêt à gouverner »

Créant la surprise totale, l'alliance des gauches est arrivée en tête. Malgré une majorité relative, ses quatre composantes revendiquent Matignon, sans que le nom d'un Premier ministre ne se dégage.

Julien Duffé

L'immense clameur s'est élevée pour accompagner le coup de tonnerre, à 20 heures, sous la coupole de la Rotonde de Stalingrad, dans le nord de Paris, QG d'un soir de la France insoumise (LFI). Des larmes de joie coulent sur les joues des militants. « Tu ne vas pas pleurer, frère ? » s'enquiert l'un d'eux à l'adresse de son voisin. « Finalement, le pays n'est pas perdu », lui répond-il. L'impensable vient de se produire pour le Nouveau Front populaire (NFP), cette alliance bâtie à la hâte au lendemain de la dissolution surprise entre Insoumis, socialistes, écologistes et communistes. Déjouant tous les pronostics, l'union de la gauche est sortie en tête du second tour des législatives anticipées, surclassant l'ex-majorité présidentielle et le Rassemblement national, neutralisé par le front républicain.

Certes, avec un nombre estimé de 171 à 192 sièges (selon l'estimation Ipsos à 22 h 19), le cartel ne dispose que d'une majorité relative, loin des 289 députés nécessaires pour une majorité absolue. Mais pour Jean-Luc Mélenchon, qui a rapidement pris la parole après 20 heures, ce résultat ouvre à la gauche le chemin de Matignon. « Notre peuple a clairement écarté la solution du pire pour lui », s'est réjoui le triple candidat à la présidentielle, évoquant « un immense soulagement ». Très vite, l'Insoumis a demandé au Premier ministre de « s'en aller » et estimé que le président de la République a « le devoir d'appeler le Nouveau Front populaire à gouverner ». Et de mettre en garde : « La volonté du peuple doit être dorénavant strictement respectée. Aucun subterfuge, arrangement ou combinaison ne seraient acceptables. »

« Les Français nous demandent de réussir »

En descendant de l'estrade, le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, enfonce le clou. « La logique, c'est que le président nomme un Premier ministre issu du NFP pour former un gouvernement. Nous sommes prêts à appliquer le programme du Nouveau Front populaire. » À quelques centaines de mètres, au siège des Verts où s'est nouée l'union il y a quelques semaines, la patronne des Écologistes, Marine Tondelier, veste verte de rigueur, est sur la même longueur d'onde. « Ce soir, le peuple a gagné et ça ne fait que commencer », lance-t-elle, se déclarant « déterminée à mettre en place [leur] programme de rupture ». Peu après, le patron du PS confirme : « Nous n'aurons qu'une seule boussole celle du programme du NFP. »

Balayée, donc, l'idée d'une grande coalition anti-RN mêlant députés de gauche et du centre, dont la petite musique revenait lancinante ces derniers jours. « Je le dis ce soir, nous ne nous prêterons à aucune coalition des contraires qui viendrait trahir le vote des Français et prolonger les politiques macronistes », a prévenu Faure. « Les Français nous demandent de réussir », a insisté le patron du PCF, Fabien Roussel. Un proche d'Olivier Faure se réjouit que les quatre partenaires du NFP aient parlé d'une même voix. « On s'est retrouvés sur la même ligne : c'est à nous de conduire les affaires. » Mais comment appliquer un programme avec une majorité très relative ? « Si nous proposons demain par décret d'augmenter le smic à 1 600 € qui va s'y opposer ? Interroge Bompard. Chacun prendra ses responsabilités. » Plus explicite, Olivier Faure a appelé les députés de l'ex-majorité présidentielle à ce que, « pendant l'année qui vient, ils ne mêlent jamais leurs voix à celles de l'extrême droite pour empêcher le NFP de gouverner ».

« Ni Hollande ni Mélenchon »

Beaucoup de questions restaient en suspens ce dimanche soir alors qu'Emmanuel Macron appelait à « la prudence » quant aux leçons du vote. L'alliance de gauche, qui va de François Hollande, élu en Corrèze, aux Insoumis, est pour le moins hétérogène.

Sur France 2, l'eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann, très critique sur LFI et son chef, a tempéré l'enthousiasme général. « Il n'y a pas de majorité absolue, donc il va y avoir des discussions. Ne pas admettre cela, c'est ne pas admette la réalité », a-t-il souligné. François Hollande a suggéré d'« agréger d'autres familles politiques » au NFP. Le choix d'un futur Premier ministre s'avère également très délicat. La députée Clémentine Autain, une Insoumise critique de la direction, a appelé la gauche à se réunir ce lundi « en assemblée plénière » pour proposer un Premier ministre qui ne serait « ni François Hollande ni Jean-Luc Mélenchon ».

« Mélenchon a été plutôt modéré ce soir, mais ça ne fait pas de lui le Premier ministre idéal », prévient en écho un cadre socialiste. Lequel fait valoir que le scrutin a rééquilibré l'union de la gauche au profit du PS, qui doublerait son nombre de sièges (de 60 à 64, selon Ipsos), se rapprochant du contingent LFI, créditée de 73 à 80 sièges. « On a très largement rééquilibré le rapport de force, donc on va être plus présent, explique celui-ci. On va avoir un groupe considérablement renforcé. »

Refroidis par l'expérience de la Nupes, socialistes comme écologistes ont également mis en garde les Insoumis contre toute tentative d'hégémonie. « Avancer ensemble suppose de la démocratie en notre sein. [...] Il n'y a pas de paroles extérieures qui viendront s'imposer à nous », a prévenu Olivier Faure. « Ce soir, ce n'est pas le moment des postures. Ce n'est pas le moment non plus de proposer un ou une Première ministre », a mis en garde Marine Tondelier. Dans une situation inédite, les heures qui viennent seront décisives. Dans la soirée, les discussions débutaient entre les chefs de parti. « Tout va se passer à partir de demain (lundi) et mardi à l'Assemblée nationale », souffle un socialiste. Manuel Bompard prévient déjà : « On prendra le temps qu'il faudra. »

Libération
lundi 8 juillet 2024 274 mots, p. 13

AUTRE

PAS-DE-CALAIS PARACHUTÉE, AGNÈS PANNIER-RUNACHER REBONDIT

E.R

AUTRE

Largement devancée au premier tour par le candidat d’extrême droite Alban Heusèle (37,31 %), Agnès Pannier-Runacher, qui n’avait récolté que 21,54 % des voix, a pu profiter du désistement du candidat écologiste du Nouveau Front populaire Alexandre Cousin et l’emporte avec 55,84 % des voix au second tour des législatives dimanche. Le parachutage de la ministre déléguée à l’Agriculture dans cette circonscription qui rassemble notamment les cantons d’Arras Nord, Arras Ouest et Arras Sud aurait pu lui jouer des tours. Il avait en effet provoqué la colère d’élus macronistes locaux. Nicolas Desfachelle, ancien suppléant de la députée Renaissance sortante Jacqueline Maquet, avait ainsi présenté une candidature dissidente sous l’étiquette divers centre et obtenu 13,93 % des voix.

FP A C’est la troisième fois depuis 2017 que le Rassemblement national se qualifie au second tour des élections législatives dans ce territoire, et ses scores sont de plus en plus importants : 34,49 % en 2017, 45,27 % en 2022, mais 44,16 % en 2024. Aux élections européennes, la liste du Rassemblement national menée par Jordan Bardella avait obtenu plus de 47 % des voix dans cet ancien bassin minier, contre un peu plus de 12 % pour la liste de Valérie Hayer, pourtant arrivée en deuxième position. En campagne sur un marché mercredi, la ministre, candidate pour la première fois à des élections législatives, avait martelé au micro de France 2 : «J’entends partout qu’on n’a pas essayé le Rassemblement national. Mais si, on a déjà essayé, ça s’appelle Pétain, ça s’appelle Vichy, et ça s’est très mal passé.»

Libération
lundi 8 juillet 2024 399 mots, p. 11

autre

DOUBS DOMINIQUE VOYNET, BISONTINE FUTÉE

COPPÉLIA PICCOLO

autre

Un retour en politique victorieux. Dominique Voynet, candidate du Nouveau Front populaire, reprend sa place de députée dans ses terres bisontines. L’ancienne ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement dans le gouvernement de Lionel Jospin de 1997 à 2001 s’est hissée en tête du second tour des élections législatives dans la 2e circonscription du Doubs, avec 59,95 % des voix.

Au premier tour, la candidate écologiste était déjà arrivée en première position avec une petite marge, à 34,16 % des voix, devançant le Rassemblement national, Eric Fusis, de quatre points. Benoît Vuillemin, candidat Renaissance arrivé troisième avec 26,79 % des voix, avait finalement fait le choix de se désister «face au risque d’avoir une majorité absolue de députés d’extrême droite à l’Assemblée nationale». Il avait notamment fustigé l’attitude du parti Les Républicains, qui n’avait pas appelé à voter pour lui en cas de maintien. «Cette décision était difficile à prendre […], son geste témoigne de son sens des responsabilités et symbolise la gravité de la situation», avait alors estimé l’ancienne ministre.

Médecin anesthésiste du Jura devenue une figure écolo en combattant le «ni-ni» et en ancrant les Verts à gauche, première ministre écologiste de Lionel Jospin en 1997 slalomant, à 38 ans, entre les couleuvres, Dominique Voynet était sortie politiquement fatiguée de son mandat de maire à Montreuil en 2014, après sa candidature inaudible à la présidentielle de 2007. L’ancienne directrice de l’Agence régionale de santé de Mayotte (de 2020 à 2021) – par ailleurs contestée pour son soutien à Denis Baupin, mis en cause pour violences sexuelles en 2016 – avait effectué son retour en politique le 13 juin, lorsqu’elle était annoncée comme candidate aux élections législatives dans la 2e circonscription du Doubs, sous la bannière du Nouveau Front populaire.

En 2013, elle déclarait à Libération : «Je ne me retrouve plus dans une vie politique dans laquelle les élus qui refusent le cumul des mandats sont traités par les citoyens avec autant de suspicion et de distance que ceux qui cumulent ; dans laquelle il n’y a pas de valeur ajoutée pour les élus qui refusent la corruption, le clientélisme, le communautarisme et le “câlinage” des intérêts particuliers dans le sens du poil.» La voilà réconciliée avec la chose politique.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 70 mots, p. 5

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[Jérôme Sainte-Marie - battu...]

Service politique du Figaro, Service politique du Figaro

Jérôme Sainte-Marie - battu

1re circonscription des Hautes-Alpes

L'ancien sondeur n'aura pas réussi sa reconversion professionnelle. Dans la circonscription de Gap, Jérôme Sainte-Marie a perdu avec 48,36 % face à son adversaire socialiste investie par le Nouveau Front populaire, Marie-José Allemand (51,64 %). Après le retrait de la députée sortante macroniste, Pascale Boyer, le match s'annonçait compliqué pour celui qui avait obtenu 38,24 % au premier tour.

L'Humanité
lundi 8 juillet 2024 419 mots, p. 7

La droite conserve son influence

Jessica Stephan

La formation maintient son poids à l'Assemblée nationale à l'issue du second tour des législatives. Elle entend rester dans son rôle d'opposition face à une gauche en situation de gouverner.

Une stabilisation inespérée. Sur les 76 candidats « Les Républicains » encore présents au second tour, dont 62 sortants, le parti de droite pourrait obtenir 63 sièges avec les divers droite, selon les estimations de l'Ifop à 21 h 30. Dans le chaos qui a suivi la dissolution, la formation de droite s'était trouvée confrontée à ses divisions, rendues criantes par l'alliance d'Éric Ciotti avec le Rassemblement national. Pour la majorité des dirigeants LR, qui l'ont refusée, la nécessité d'exister sans se transformer en satellites du RN ou de la Macronie a sans doute pesé autant que les barrières idéologiques.

Dans une assemblée fractionnée, où aucune force n'obtient de majorité absolue à l'issue du second tour, mais où la gauche arrive en tête, les enjeux sont à présent bien différents pour la formation de droite, qui sauve les meubles et conserve son influence. « Le choix de l'indépendance était le bon », a publié sur X la formation de droite. L'ex-président de LR, Laurent Wauquiez fait son retour dans l'Hémicycle.

sans ambiguïté concernant la FI

La position des « Républicains » était sans ambiguïté concernant la FI, qualifiée de « danger absolu » par le parti de droite dans un communiqué au soir du premier tour. La plupart des candidats LR en troisième position se sont maintenus, au mépris du barrage républicain. Là où le parti ne pouvait pas maintenir de candidat, il a refusé de donner des consignes de vote, alors qu'il a lui-même bénéficié de désistements des candidats du Nouveau Front populaire (NFP). Dans le Doubs, Annie Genevard, députée sortante et secrétaire générale de LR, s'est ainsi distanciée de l'appel du candidat NFP, éliminé au premier tour, à voter pour elle face au RN. « Il peut faire les déclarations qu'il veut, je n'ai absolument rien de commun avec la FI », a-t-elle expliqué. LR estimait également au soir du premier tour que le RN « n'est pas non plus la solution ».

Entre les deux tours, Xavier Bertrand avait appelé à former un « gouvernement provisoire », « sans la FI ni le RN ». Le parti de droite exclut à présent toute participation à une majorité. Encore faut-il que tous suivent cette ligne... Face à une gauche en situation de gouverner, LR tentera d'user de son influence, en jouant de son poids au Sénat, pour faire entrave aux avancées sociales défendues par le Nouveau Front populaire.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 572 mots, p. AUJM13
Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Parisien

SartheiMarie-Caroline Le Pen battue sur le fil

La soeur aînée de Marine Le Pen a perdu - de très peu - son duel dans la quatrième circonscription de la Sarthe. Sous la bannière du Rassemblement National, elle n'a remporté que 49,77 % des suffrages alors que la candidate du Nouveau Front Populaire en a recueilli 50,23 %.

Catherine Balle

Envoyée spéciale dans la Sarthe

Et de cinq ! Après quatre scrutins ratés dans les Hauts-de-Seine et les Yvelines, Marie-Caroline Le Pen a encore échoué à devenir députée, ce dimanche. À 64 ans, la soeur aînée de Marine Le Pen se présentait sous la bannière du RN dans la 4 e circonscription de la Sarthe, l'ancienne de François Fillon. Élise Leboucher, candidate du NFP, a été reconduite avec 50,23 % des suffrages. Seules 225 voix séparent les deux candidates.

« Nous continuerons à nous battre, comme nous l'avons fait, seuls contre tous dans cette élection où nous avons été victimes de tambouilles politiciennes assez abjectes, a déclaré Marie- Caroline Le Pen en arrivant à la préfecture de la Sarthe hier, peu avant 21 h 30. Je constate, nous prenons acte des résultats et, pour ma part, je continuerai à venir me battre ici. »

Un « parachutage » qui a agacé certains

Discrète, celle que tout le monde appelle Caro est l'aînée des filles de Jean-Marie Le Pen. Celle qui est née huit ans avant Marine et deux ans avant Yann, la mère de Marion Maréchal, s'est engagée en politique dès 1985, en se présentant aux cantonales à Neuilly-sur-Seine. Fâchée avec sa famille lorsqu'elle a choisi de suivre le dissident Bruno Mégret, en 1998, elle s'est réconciliée avec Marine à la fin des années 2000 et a été omniprésente auprès de sa soeur lors de la présidentielle de 2022. Son mari, Philippe Olivier, est conseiller spécial de Marine Le Pen et leur fille, Nolwenn, s'est mise en couple avec Jordan Bardella en 2020 (la rumeur les dit aujourd'hui séparés).

Ce dimanche, dans la circonscription où Marie-Caroline Le Pen était candidate, certains habitants s'agaçaient de son « parachutage ». « Elle n'a rien à faire ici », déclare Eugénie, 69 ans, devant l'hôtel de ville de Sablé, où elle vient de voter. Comme son mari, Philippe, la retraitée n'a jamais croisé la soeur Le Pen dans la ville. Le couple « ne comprend pas » la montée du RN dans le département. « On a peu de chômage, pas d'immigration massive... Et puis, sans les immigrés, comment tourneraient les entreprises agroalimentaires de la région ? », soupirent-ils.

À la terrasse du bistrot d'en face, une demi-douzaine d'artisans grillent des cigarettes. Les critiques fusent contre la candidate RN (« Économiquement, elle ne tient pas la route », « Elle promet la lune »...). Pourtant, plusieurs dressent le même constat : « Les gens veulent le RN, il faut leur donner. » De l'autre côté de la Sarthe, le restaurant la Flambée, a servi vendredi midi Marie-Caroline Le Pen... puis Élise Leboucher. Jean-Hugues, le patron, assure que son vote est « privé », mais il lâche : « Je veux des fezou et pas des disou (des actes et pas des promesses, en patois morbihannais). » « Je ne vote pas pour une solution, mais pour un espoir », tranche le restaurateur, « en guerre » contre le maire à propos de la pollution de son eau et du ramassage des poubelles... et contre Élise Leboucher, qui n'a « jamais accepté de (le) recevoir ». Devant l'église, des jeunes finissent leurs frites. Peu importe le nom de la candidate, ces garçons d'origine turque veulent « faire barrage au RN ».

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 80 mots, p. 7

Politique

[Alexandra martin...]

Service politique du Figaro, Service politique du Figaro

Alexandra martin

8e circonscription des Alpes-Maritimes

La partie était difficile pour la députée sortante. Malgré le renfort de David Lisnard - en tant que suppléant -, Alexandra Martin avait été devancée au premier tour par son adversaire RN. Membre de l'équipe dirigeante du parti Nouvelle Énergie, dont le patron de l'Association des maires de France veut faire une rampe de lancement, la candidate a misé sur l'ancrage du maire de Cannes pour tenter d'endiguer la dynamique lepéniste.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 1343 mots, p. 5

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La défaite surprise du Rassemblement national

Jordan Bardella et Marine Le Pen obtiennent entre 120 et 150 députés au soir du second tour. Un résultat en deçà des espoirs des deux figures nationalistes.

Laubacher, Paul

Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), voit la majorité qu'il désirait tant, et qu'il prétendait obtenir, lui échapper. Le parti nationaliste subit une large défaite ce dimanche, au soir du second tour des élections législatives anticipées. Selon les estimations de l'Ifop à 20 heures, Marine Le Pen et son héritier n'obtiendraient qu'entre 120 et 150 députés. L'Assemblée nationale voit une vague « bleu marine » déferler, mais elle arrive largement derrière les autres. Le parti nationaliste est, en termes de sièges, derrière la gauche réunie sous les couleurs du Nouveau Front populaire, qui est en tête avec entre 180 et 215 députés, et la majorité présidentielle sortante, regroupant Ensemble, le MoDem et le parti d'Édouard Philippe, Horizons, qui récolte environ entre 150 et 180 élus.

Pour Marine Le Pen et Jordan Bardella, c'est un lourd et surprenant échec alors que les deux figures nationalistes s'étaient donné pour objectif d'obtenir au moins une majorité relative, si ce n'est une majorité absolue qui lui ouvrait les portes du pouvoir. Malgré tout, c'est tout de même un nouveau record historique, après l'élection surprise de près de 90 députés aux législatives de 2022. Jamais le parti lepéniste n'a fait entrer d'autant d'élus à l'Assemblée nationale. Une maigre consolation pour les deux figures nationalistes.

Les portes de Matignon, elles, sont définitivement fermées pour celui qui avait prétendu pouvoir devenir premier ministre, à 28 ans seulement. Jordan Bardella avait prévenu qu'en cas de majorité relative il refuserait de former un gouvernement. C'était une manière pour lui de mobiliser ses électeurs, mais aussi de reconnaître que son gouvernement tomberait à la première motion de censure, votée par les oppositions. Seulement, il n'avait pas prévu d'échouer si largement. «Il faut conjurer le spectre d'une majorité relative parce qu'on ne peut pas prendre le risque d'arrêter la France pendant trois ans, alors que le monde continue d'avancer», disait-il au Figaro, quelques jours avant le scrutin. En vain, donc.

Jordan Bardella croyait pourtant dur comme fer à la capacité de son parti de faire élire 289 députés ou plus. Le premier ministrable nationaliste, qui dit souvent à qui veut l'entendre que la politique est une «affaire de vague», pensait que celle qui portait le RN pouvait tout emporter : le front républicain, le procès en crédibilité et la faiblesse structurelle de son parti, englué dans des polémiques sans fin sur ses candidats. L'état-major frontiste avait tout préparé en cas de conquête du pouvoir : le casting des ministres, celui des cabinets... Mais aussi, dans la précipitation, les mesures que Jordan Bardella premier ministre pourrait prendre une fois au pouvoir.

Mais la marche était donc beaucoup trop haute pour le national-populisme de Marine Le Pen, confronté à un nouveau plafond de verre, cette fois-ci en béton armé. Clairement, au vu des résultats, le front républicain a fonctionné à plein. Pourtant, jamais dans les esprits des stratèges marinistes ce procédé qualifié de «tambouille» et de «magouilles» n'aurait pu les empêcher d'arriver en tête. Au contraire, même, il était même analysé comme un repoussoir pour des électeurs «perdus» par les incohérences de «cette alliance du déshonneur» entre la majorité présidentielle sortante et la gauche unie.

Marine Le Pen et Jordan Bardella ne sont pas parvenus non plus à neutraliser le procès en crédibilité, et surtout après deux semaines de flou sur leur programme législatif. C'est aussi l'échec de tout une structure : celle du RN comme parti politique. Le «plan Matignon», qui devait aider le mouvement nationaliste à investir vite des candidats en cas de dissolution, a surtout démontré la faiblesse du RN à proposer des candidats sérieux et «normalisés». La litanie de polémiques, entre racisme et antisémitisme, provenant de prétendants lepénistes a surtout prouvé que la « normalisation » nationaliste n'était pas arrivée jusqu'à la base du parti.

Un proche de Marine Le Pen, qui imaginait son parti n'obtenir qu'une majorité relative, avait cette formule : «Face, je gagne. Pile, ils perdent.»Ce soir, clairement, le RN perd. Le trait d'esprit de ce proche était facile, optimiste, mais il résumait parfaitement la patience et la persévérance qui se sont installées dans les têtes des stratèges du mouvement nationaliste depuis deux ans. Les législatives anticipées de 2024 sont des élections qui sont arrivées bien trop tôt pour le RN, mais elles devaient accélérer, selon eux, la conquête du pouvoir. L'objectif de Marine Le Pen n'a pas varié, et a même été conforté par la dissolution de l'Assemblée nationale : la conquête de l'Élysée en 2027. Mais c'était avant l'échec nationaliste aux législatives. Une défaite qui posera beaucoup de questions.

Le second tour des élections législatives n'a clairement pas conforté les résultats du premier tour des législatives. Dimanche dernier, une lueur d'espoir s'était allumée dans les yeux de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. Après avoir porté leur parti à 33,15 % des suffrages, soit plus de 10,6 millions de voix en comptant celles des candidats d'Éric Ciotti, président contesté des Républicains, les deux figures du Rassemblement national (RN) s'étaient mises à chercher la stratégie qui leur permettrait d'obtenir la majorité absolue.

Lors de cet entre-deux-tours qui n'a duré qu'une petite semaine, Marine Le Pen et Jordan Bardella avaient voulu faire passer deux messages. Le premier était très simple. «Pour faire voter mon projet de redressement national, j'ai besoin d'une majorité absolue», avait déclaré le président du RN dans un long entretien au Figaropublié mercredi. Dans la tête des stratèges marinistes, un fait historique les avait marqués : jamais un parti qui avait plus de 30 % au premier tour des élections législatives n'avait pu obtenir de majorité absolue. Est-ce que cela allait s'appliquer au RN ? Beaucoup de cadres en étaient persuadés.

Le second message était plus offensif. Pour les deux figures nationalistes, il fallait à tout prix désamorcer le front républicain qui s'était mis en place rapidement, en deux jours, et avec force, provoquant de nombreux désistements à gauche et chez les candidats de la majorité présidentielle sortante. «Je trouve regrettable de voir un président de la République qui mettait en accusation l'antisémitisme et le communautarisme de LFI se jeter dans les bras de Jean-Luc Mélenchon» ,avait lancé dans notre journal Jordan Bardella, évoquant même un «déshonneur».

Le jeune patron nationaliste voulait profiter de la diabolisation du leader de La France insoumise, considéré par les stratèges marinistes comme le meilleur repoussoir possible pour les électeurs de droite, mais aussi du centre. Le tribun serait alors, expliquait-il, le chef d'une «alliance du pire - celle de l'extrême gauche-, avec l'horizon d'un Jean-Luc Mélenchon premier ministre, le désarmement de la police, une ambiguïté à l'égard de l'antisémitisme, la volonté de libérer des détenus, l'enfer fiscal, le désordre et l'insurrection». Marine Le Pen, quant à elle, avait trouvé sa formule, voulant pointer l'irresponsabilité du programme économique de l'union de la gauche : «Voter Nupes, c'est voter pour le FMI.»

Le RN avait tout de même tiré plusieurs enseignements dès le soir du premier tour, à l'issue duquel le parti nationaliste a réussi à faire élire 39 députés d'un coup. Pour les lieutenants de Marine Le Pen, cette bonne nouvelle devait être la meilleure preuve que la stratégie adoptée au lendemain des législatives de 2022 était la plus pertinente. Celle-ci a reposé sur deux piliers : d'un côté, à l'Assemblée nationale, le respect des institutions face «au bruit et à la fureur» des députés de La France insoumise, la volonté de pouvoir voter n'importe quel texte législatif «s'il va dans le bon sens» , et de l'autre, un activisme sans borne des députés RN dans leurs circonscriptions respectives. Chaque député était - fortement - invité à participer à tous les événements de son territoire, à développer de bonnes relations avec le préfet en place et avec les maires de sa communes. Pour les proches de Marine Le Pen, c'était la clé du succès. Ce dimanche soir, Jordan Bardella et Marine Le Pen n'ont pas trouvé la serrure pour entrer à Matignon. P. L.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 1395 mots, p. 4

Politique

La gauche crée la surprise et s'impose première force de l'Assemblée

Le Nouveau Front populaire compte davantage de députés que le Rassemblement national. La constitution d'un gouvernement dépend de lui.

Lepelletier, Pierre, Flurin, Richard

Le coup de théâtre est donc signé par la gauche. Contre toute attente, le Nouveau Front populaire (NFP) est parvenu à s'imposer comme la première force politique du pays à l'issue du second tour de ces élections législatives anticipées. En faisant le choix de se rassembler, mettant sous le tapis de profondes divergences et des tensions encore vives entre les principaux partis, la gauche ambitionnait initialement d'empêcher le RN d'obtenir une majorité absolue. Le rejet du parti nationaliste a été tel que le NFP a déjoué tous les pronostics. Hormis le cercle rapproché de Jean-Luc Mélenchon, peu à gauche osaient rêver d'un tel scénario durant la campagne. La mission est plus qu'accomplie : la surprise est totale. «Il doit y avoir un avant et un après 7juillet» , a exhorté le patron du PS, Olivier Faure.

Selon les premières projections de l'Ifop, le NFP aurait obtenu entre 180 et 215 sièges. Une progression par rapport à 2022, où la Nupes avait permis à la gauche d'obtenir 151 députés. Mais un exploit par rapport à il y a cinq ans, après la puissante vague macroniste de 2017, où la gauche avait quasiment disparu de l'Assemblée nationale. Quatorze ans après le raz-de-marée socialiste de 2012, qui avait suivi l'élection de François Hollande à l'Élysée, voilà donc la gauche redevenue majoritaire au Palais Bourbon.

Décrochant une majorité, certes, mais relative, la gauche plonge - non sans joie - dans l'inconnu. Si elles ne souhaitent pas être systématiquement bloquées à l'Assemblée nationale, les forces du Nouveau Front populaire devront a minima nouer des alliances avec des macronistes pour légiférer et gouverner. Ce qui impliquera sans doute de faire des concessions sur le programme de « rupture ». Pendant toute cette campagne éclair, Emmanuel Macron et ses troupes avaient dénoncé un programme économique de «fou» qui mènerait le pays à la ruine, voire à la «guerre civile». «Le programme est un délire total. C'est l'assurance du déclassement, du chômage de masse et de la sortie de l'Union européenne», critiquait Bruno Le Maire, ministre de l'Économie.

En cas d'union élargie aux macronistes, les Insoumis ne représenteraient sans doute pas la principale force de cette coalition : Jean-Luc Mélenchon a immédiatement considéré qu' «aucun arrangement ne serait acceptable» avec Emmanuel Macron, dont il a pointé la «défaite sans appel». Le groupe qui serait le pivot de ce « front républicain » pourrait être plus central, comme celui des socialistes - qui refusent néanmoins toute «coalition des contraires» - ou des écologistes. Le futur premier ministre devrait ainsi venir de leurs rangs. Ces derniers jours, de premiers noms circulaient déjà, comme celui de Carole Delga, la présidente PS de la région Occitanie, ou encore Valérie Rabault, ex-vice présidente PS de l'Assemblée nationale, qui se trouvait en ballottage défavorable dans sa circonscription du Tarn-et-Garonne, face à une candidate RN. Ces options restaient toutefois complètement hypothétiques. Une chose semble certaine : le nom de Jean-Luc Mélenchon ne devrait pas réunir le consensus nécessaire pour Matignon. Tout au long de la campagne, les responsables non Insoumis du NFP n'ont d'ailleurs cessé de répéter qu'il ne serait pas le futur premier ministre.

Les Insoumis participeraient-ils pour autant au gouvernement ? Rien n'est moins sûr, à en croire en tout cas l'intervention offensive de Jean-Luc Mélenchon dimanche soir. Jusqu'à présent, LFI avait de toute façon prévenu que le mouvement refuserait de s'enrôler dans toute autre coalition que le NFP. «Les Insoumis ne gouverneront que pour appliquer leur programme, rien que leur programme», a prévenu le coordinateur national Manuel Bompard. Même inflexibilité affichée du côté d'Emmanuel Macron, qui a fait savoir dans l'entre-deux-tours qu'il «ne gouvernera pas avec LFI». À défaut d'être partie prenante, les mélenchonistes ont assuré qu'ils ne se livreront pas à une opposition systématique à l'Assemblée et pourraient même voter des projets de loi qui leur conviennent. Ils pourraient a minima faire bénéficier la coalition, qui devra passer sous les fourches caudines d'un vote de confiance, d'une «neutralité» bienveillante. Mais ils pourraient tout aussi bien faire, de fait, planer des menaces de motion de censure pour renverser le gouvernement.

Difficile, pour l'heure, de dessiner donc le périmètre du futur exécutif. D'autant que, ces derniers jours, certaines figures de gauche ont ouvert la porte à l'idée d'un gouvernement élargi. C'est le cas de l'écologiste Marine Tondelier, qui a glissé qu'il «faudra sûrement faire des choses que personne n'a jamais faites auparavant dans ce pays» après les législatives. La secrétaire nationale des Écologistes ne refuse donc pas de participer à un gouvernement de coalition, si la gauche s'emparait de Matignon. Et pourquoi pas elle ? «Elle s'y verrait bien», confiait jeudi un écologiste de premier plan. Lors d'un conseil fédéral très récent, Marine Tondelier a rappelé à dessein le souvenir de Marie-Christine Blandin. Cette élue écologiste est devenue en 1992 présidente de la région Nord-Pas-de-Calais par un trou de souris. Largement minoritaire au sein de la coalition de gauche victorieuse à l'époque, cette représentante des Verts avait été préférée à un socialiste pour éviter les rivalités et pour le symbole, à l'époque, de porter une femme à ce niveau de responsabilités.

En réalité, bien que portée par la dynamique de l'union, la victoire de la gauche ce dimanche soir n'en demeure pas moins essentiellement liée au « front républicain » qui s'est bâti contre le Rassemblement national. Dans de nombreuses circonscriptions, les députés macronistes ont connu la désagréable expérience d'échouer à la dernière marche du podium. Ceux d'entre eux dont la troisième place n'avait pas été synonyme d'élimination ont été priés de se retirer derrière le candidat de gauche pour limiter les chances de victoire du parti de Marine Le Pen. Les railleries n'avaient dès lors pas manqué. Car du jour au lendemain, des figures du mouvement présidentiel ont dû appeler à voter pour le Nouveau Front populaire, après avoir passé toute la campagne du premier tour à déclarer que leur projet faisait craindre le pire pour la France. Même Jean-Luc Mélenchon, dont tous assuraient qu'il était le manoeuvrier caché de l'alliance, ne semblait plus les gêner tant que cela.

Dès lors, des situations impensables ces dernières années se sont donc réalisées en quelques heures. En ballottage défavorable face au RN dans la 1re circonscription de la Somme, François Ruffin, figure anti-Macron s'il en est, a profité du retrait de la candidate macroniste Albane Branlant, et d'un appel de sa part à voter pour lui. Pour convaincre ses électeurs de se reporter sur lui, le député sortant a acté jeudi sa rupture avec La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon, devenu à ses yeux «un boulet». En parallèle, il affichait sur un de ses tracts une photo... de François Bayrou, le patron du MoDem, allié au président. Ce dernier était cité : «Je n'ai aucun problème avec François Ruffin.»

La dynamique des désistements ne s'est donc pas limitée aux états-majors : elle s'est largement vérifiée dans les urnes. Pendant toute la semaine d'entre-deux-tours, les responsables du Nouveau Front populaire avaient tendu la main aux électeurs du bloc central. «Ce qui doit nous obséder, c'est que peut-être, nous aurons un premier ministre du RN dans six jours. Tout ça est un cheminement. Je leur dis: « Prenez le temps. » C'est normal qu'on ne soit pas prêt le lundi, qu'on y réfléchisse le mardi, qu'on commence à s'y faire le mercredi... On se repose un peu le week-end et puis le dimanche, on le fait», avait exposé Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Écologistes, au « 20 Heures » de TF1 mardi.

Dans les prochains jours - et peut-être est-ce le principal défi -, le Nouveau Front populaire devra véritablement mettre ses tensions de côté pour montrer sa capacité à gouverner le pays. La coalition, montée en urgence pour répondre à la dissolution, semblait uniquement conçue pour durer le temps de la campagne. Elle devra se prolonger au-delà, si la gauche veut montrer qu'elle est, comme elle le promettait depuis le soir de la dissolution, «à la hauteur de l'histoire». «La guerre entre nous n'a pas cessé» , admettait toutefois un cadre Insoumis ces derniers jours. P.L. ET R.F.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 81 mots, p. 6

Politique

[Gabriel ATTAL...]

Lagrave, Martin

Gabriel ATTAL

10e circonscription des Hauts-de-Seine

Le chef du gouvernement sortant a conservé sans difficulté son siège de député, décroché en 2017 dans son fief des Hauts-de-Seine, à Vanves et Issy-les-Moulineaux. Avec 60,33 % des voix, il a battu la candidate de gauche, Cécile Soubelet (39,67 %) selon des résultats partiels. L'issue ne laissait guère de place au doute pour Gabriel Attal, élu dans l'une des circonscriptions les plus favorables pour les macronistes, longtemps détenue par la droite.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 510 mots, p. AUJM14
Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
8 juillet 2024 - Le Parisien

Ces députés RN élus malgré leurs dérapages

Plusieurs dizaines de candidats du parti d'extrême droite ont été épinglés pendant la campagne.

Julie Cloris

La bannière, plus forte que la personnalité ? Une poignée de candidats du Rassemblement national épinglés ces derniers jours pour leurs dérapages ont été élus ou réélus au second tour. Le sortant Roger Chudeau (Loir-et-Cher) avait déclaré le 28 juin qu'un membre du gouvernement ne pouvait pas être binational, prenant l'exemple de l'ex-ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem. Même Marine Le Pen l'avait critiqué. Il a été réélu dimanche soir avec 52,15 % des voix. Autre sortant chanceux, Daniel Grenon a déclaré lors d'un débat le 2 juillet, que « des Maghrébins sont arrivés au pouvoir en 2016, ces gens-là n'ont pas leur place dans les hauts lieux ». La justice a été saisie. Qu'importe, le député de l'Yonne a été réélu, avec 51,38 % des voix.

Sur le fil aussi, René Lioret a remporté la 5 e circonscription de la Côte-d'Or par 42 voix d'avance sur son adversaire Ensemble. Sur son compte X, le conseiller régional du RN, antivax, climatosceptique, pointe depuis des années les « racailles africaines ». Florence Joubert, responsable RN en Dordogne, a devancé de 74 voix son adversaire socialiste Christelle Druillole. Celle-ci dernière a porté plainte entre les deux tours après la distribution de tracts avec sa photo accusant l'alliance de gauche d'« appels à la violence, à la haine de la police, à la haine des juifs » notamment.

D'autres largement battus

À l'inverse, des candidats très embarrassants ont été largement battus. C'est le cas d'Annie Bell, en Mayenne, cette femme qui en 1995 avait été condamnée à dix mois de prison ferme et vingt-six mois avec sursis pour avoir séquestré un fonctionnaire. Elle a été largement battue en Mayenne (31,1 % des voix), tout comme sa voisine Paule Veyre de Soras, qui a suscité moqueries et indignation pour s'être défendue d'être raciste en ayant « comme ophtalmo un juif » et « comme dentiste un musulman » (31,86 %).

Ancienne collaboratrice de Marine Le Pen, Sophie Dumont, adepte des sorties antisémites et théories du complot, n'a pas été élue dans la 4 e circonscription de Côte-d'Or, pas plus que Tony Bihouée dans la 4 e du Finistère. Lui avait notamment écrit sur X : « Dehors les merdes et avec les parents qui sont incapables de les éduquer ! » Louis Joseph Pecher, de son vrai nom Gannat, ciottiste auteur de tweets racistes, antisémites, homophobes publiés sous pseudo, a perdu avec 45,27 % des voix en Meurthe-et-Moselle. Dans les Hautes-Pyrénées, Marie-Christine Sorin n'hésitait pas, elle, à déclarer sur les réseaux que « non, toutes les civilisations ne se valent pas », précisant que certaines « sont juste restées au-dessus de la bestialité ». Elle sort battue, avec 46,89 % des voix.

D'autres ont brillé par leur absence. Élodie Babin, arrivée en tête dans la 2 e circonscription du Loiret sans le moindre tract ou porte-à-porte, a échoué au 2 d tour, engrangeant tout de même 45,85 %. En Ille-et-Vilaine, Françoise Gilois, qui a passé la campagne dans son exploitation agricole, y restera, n'atteignant que 32,05 % des voix.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 1324 mots, p. 6

Politique

Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

En net reflux, le camp Macron cherche des alliés pour conserver le pouvoir

Le « front républicain » a permis à la majorité sortante d'enrayer la dynamique du RN, mais elle doit composer avec une gauche renforcée.

Boichot, Loris, Quinault-Maupoil, Tristan, Hausalter, Louis

Dimanche soir, Emmanuel Macron n'a pas seulement appelé des battus de son camp pour tenter de les réconforter. Le chef de l'État a essayé de joindre François Hollande pour le féliciter. Son prédécesseur a retrouvé un mandat politique dans son ancienne circonscription de Corrèze, à l'issue du second tour des élections législatives anticipées. Mais la conversation n'a pas eu lieu : l'ex-président socialiste intervenait à la télévision quand Emmanuel Macron a cherché à l'appeler... Comme un avant-goût des jours qui viennent, où l'on scrutera qui répondra ou non aux appels dans les laborieuses négociations qui s'annoncent pour dégager une solution politique.

Le Rassemblement national (RN) et ses alliés, troisième bloc à l'Assemblée en nombre de sièges (135 à 143, selon les estimations de l'Ifop), s'éloignent de toutes les équations imaginées ces derniers jours, après l'arrivée du camp nationale en tête au premier tour des législatives, une première. La « clarification » qu'Emmanuel Macron a appelée de ses voeux, en annonçant la dissolution, fracture finalement l'Hémicycle de manière inédite. Malgré leur amère défaite, les troupes présidentielles ont réceptionné les résultats avec un certain soulagement, aidés par des désistements réciproques avec la gauche, au nom du « front républicain » anti-RN. Avec 161 à 169 sièges dans la nouvelle Assemblée nationale, Renaissance et ses alliés Mouvement démocrate (MoDem) et Horizons perdent près de 100 députés, mais ils sauvent les meubles. Battus, mais incontournables.

Alors que le camp Macron craignait l'effacement pur et simple, il s'assure d'obtenir une voix au chapitre. Avec une possibilité mathématique pour constituer une majorité absolue (fixée à 289 sièges), qu'aucun camp ne détient à lui seul : former une coalition avec une partie des Républicains (LR, 63 sièges) et avec la gauche modérée du Nouveau Front populaire (NFP), cartel qui obtient au total 187 à 198 sièges. À condition de décrocher les écologistes et les socialistes des Insoumis, ce qui semble loin d'être garanti.

Dimanche, dès l'annonce des résultats, Emmanuel Macron a tiré un premier enseignement : laisser du temps au temps. « La campagne a été virulente, violente à la fin. Il faut laisser décanter » , a-t-il lancé aux chefs des partis de la majorité réunis à l'Élysée, alors que les premières estimations suscitaient la surprise. « Conformément à la tradition républicaine,(Emmanuel Macron) attendra la structuration de la nouvelle Assemblée nationale pour prendre les décisions nécessaires », a précisé l'Élysée, où l'on se réjouit, autour du chef de l'État que « le bloc central est bien vivant ».

Le premier ministre, Gabriel Attal, qui a indiqué qu'il remettrait sa démission lundi matin, devrait donc rester à Matignon le temps de trouver une solution politique. La période pourrait se prolonger « jusqu'au mois d'août » , selon un visiteur du Palais, peut-être au-delà des Jeux olympiques de Paris 2024. « La motion de censure est la seule condition qui oblige juridiquement le premier ministre à la démission, précise le constitutionnaliste Benjamin Morel. Attal peut donc tenir tant que 289députés ne s'entendent pas pour le chasser. »

Le président a reçu plusieurs proches dimanche soir au palais présidentiel. Outre le secrétaire général de l'Élysée, Alexis Kohler, étaient présents l'ex-président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, l'ancien ministre de l'Agriculture Julien Denormandie, le patron des sénateurs macronistes François Patriat, l'ancien député Thierry Solère, ou encore l'ex-patron de la communication présidentielle Clément Léonarduzzi. L'occasion de scruter les prises de parole des uns et des autres, dans une atmosphère de soulagement.

« Lui, il nous rend service » , a lancé Emmanuel Macron en voyant apparaître à la télévision Jean-Luc Mélenchon, premier à réagir aux résultats. Le président, qui ne croyait pas, en prononçant la dissolution, que la gauche reconstituerait une alliance aussi vite sur les ruines de la Nupes, compte sur les tensions au sein du NFP pour arrimer à lui la partie la plus modérée.

« Il faut inventer quelque chose de neuf »

« Il faut que la poutre travaille. On va laisser la gauche exploser » , pariait un participant à la soirée. De l'autre côté, le chef de l'État compte relancer ses assauts sur LR. Ce à quoi s'est employé son ministre Gérald Darmanin (Intérieur), à peine reconduit dans son fief de Tourcoing (Nord), en invitant la « droite républicaine » à une « alliance politique ». Laurent Wauquiez, élu au Puy-en-Velay (Haute-Loire), a fermé la porte à cette option.

Les calculs allaient bon train en macronie dimanche soir, sans qu'une majorité absolue, même au terme d'une large alliance, soit assurée. D'autant que le périmètre d'une éventuelle coalition fait débat. Édouard Philippe a appelé à « la création d'un accord » sans le RN ni LFI, qui « permettra au mieux de gérer le pays » sans toutefois être « durable ». Le patron de Renaissance, Stéphane Séjourné, a promis de présenter des « conditions préalables à toute discussion ». Pour leur part, les membres de l'aile gauche macroniste se tournent vers le camp arrivé en tête. Le ministre sortant Roland Lescure (Industrie) a évoqué sur France 2 une large coalition, y compris avec « une partie de La France insoumise ».

Si l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon a demandé à Emmanuel Macron «ou bien(à) s'en aller, ou(à) nommer un premier ministre dans nos rangs», Raphaël Glucksmann (Place publique) s'est montré plus ouvert et assuré de la volonté de ses troupes de « se comporter en adultes ». Mais cet attelage est encore hypothétique, tant il sera difficile de concilier des programmes antagonistes.

Emmanuel Macron n'a-t-il pas fustigé le projet « immigrationniste » des « fous » de l'alliance de gauche, quand Gabriel Attal a pointé des propositions économiques qui conduiraient « à la ruine » ? « Je ne participerai à aucune majorité de circonstance, qui allierait des positions et des valeurs irréconciliables au détriment de notre cohérence » , a déjà prévenu Bruno Le Maire.

Dans l'Hexagone, plusieurs batailles incertaines ont tenu en haleine la majorité sortante. Dans le Calvados, l'ex-première ministre Élisabeth Borne a profité du désistement du candidat LFI pour l'emporter face au RN, à l'image de la ministre Agnès Pannier-Runacher (déléguée à l'Agriculture), qui décroche son premier mandat à Arras (Pas-de-Calais). Dure épreuve en revanche pour Stanislas Guerini (Fonction publique), battu à Paris face à la gauche, tout comme les anciens ministres Olivier Véran à Grenoble (Isère) et Nadia Hai à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), défaite par l'ancien ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, rallié à la gauche.

Après cet épisode, Emmanuel Macron s'apprête à voir le centre de gravité du pouvoir basculer de l'Élysée au Parlement. Il L.B. ET T.Q.-M. ET L.H.en retiendra aussi l'émancipation de ses troupes. Les rescapés de ce scrutin ne lui font aucun crédit du sursaut dont ils ont bénéficié dimanche. « Cette dissolution, je ne l'ai pas choisie, mais j'ai refusé de la subir » , a d'ailleurs lâché le premier ministre lors de son allocution diffusée depuis Matignon, s'attribuant en creux les mérites de sa stratégie, et sans dire un mot du chef de l'État. Il remettra sa démission ce lundi, « fidèle à la tradition républicaine ». Il a surtout prévenu qu'une « nouvelle ère commence » et qu'il compte y prendre sa part. « Là où je serai, j'aurai toujours le même objectif : apaiser, unir et agir » , a-t-il dit, en affirmant à moins de trois ans de la prochaine présidentielle qu'il « faudra inventer quelque chose de neuf ».

Avant lui, son lointain prédécesseur à Matignon, Édouard Philippe, n'a pas dit autre chose : « Nous allons devoir écouter le pays, regarder le monde et la réalité en face, travailler d'arrache-pied afin de proposer un projet cohérent et solide. Ce travail, j'y suis prêt. » « Je me tiens à la disposition de ceux qui veulent, dès ce soir, participer à la reconstruction d'un espoir » , a ajouté le patron de Horizons. Pour le président, la défiance siégera sur tous les bancs du nouvel Hémicycle.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 74 mots, p. 4

Politique

[Jérôme Guedj - réélu...]

figaro.fr, Le

Jérôme Guedj - réélu

6e circonscription de l'Essonne

Investi par le Parti socialiste, le député sortant Jérôme Guedj a refusé de partir en campagne sous la bannière du Nouveau Front populaire en raison de son opposition totale avec Jean-Luc Mélenchon, qui fut pourtant son mentor politique. Un pari risqué, mais gagnant, puisqu'il l'a emporté au second tour avec 73,9 % des voix face à la candidate du Rassemblement national, Natacha Goupy.

La Croix, no. 42964
Monde, lundi 8 juillet 2024 721 mots, p. 8
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7 juillet 2024 - La Croix (site web)

Le retour d’une « cohabitation » à l’iranienne

Julie Connan

Massoud Pezeshkian

est devenu vendredi 5 juillet le premier président réformateur depuis deux décennies en Iran.

Si sa marge

de manœuvre est ténue

face au guide suprême

et aux Gardiens de la révolution, son élection illustre une soif de changement et d’ouverture.

Quasi inconnu du grand public en Iran, Massoud Pezeshkian est devenu le premier président réformateur de la République islamique depuis près de vingt ans. Ce chirurgien cardiaque, député de Tabriz, grande ville du nord-ouest, a créé la surprise en battant vendredi 5 juillet le candidat conservateur Saïd Jalili par 53,6 % des voix contre 44,3 %, avec une participation faible, mais plus élevée qu’au premier tour, de 49,8 %.

Même si les 16 millions de voix que Massoud Pezeshkian a réunies en son nom sont loin des 21 millions récoltées en son temps par Mohammad Khatami (1997-2005), « c’est une victoire des urnes à l’issue d’une campagne très suivie, avec des débats qui n’ont pas éludé les questions les plus taboues »,se félicite l’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah, chercheuse au Ceri-Sciences Po (lire aussi p. 20). « C’est une heure de vérité, après quarante-cinq ans d’un régime qui a mis la main sur les institutions. Le peuple et même les abstentionnistes ont parlé. Et cette fois, les absents n’avaient pas tort. »

Cette forte abstention, y compris dans les rangs conservateurs, est « unavertissement clair envoyé à l’élite au pouvoir »,tranche Trita Parsi du groupe de réflexion américain Quincy Institute. « La question de savoir si le guide suprême et ceux qui l’entourent le liront correctement est une autre histoire. »

Dans une logique de rassemblement, l’ayatollah Khamenei a félicité Massoud Pezeshkian, 69 ans, qui sera investi début août neuvième président de la République islamique, succédant à l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, tué dans un accident d’hélicoptère en mai.

Cette élection inaugure une sorte de « cohabitation » à l’iranienne, entre le nouvel élu réformateur, plus tolérant sur le plan sociétal et partisan d’une ouverture à l’Occident, et un guide suprême conservateur, chef de l’État depuis trente-cinq ans. Mais les prérogatives du président, deuxième poste le plus important de la République islamique, sont limitées : il peut certes avoir une influence en matière de politique intérieure et étrangère, mais les Gardiens de la révolution, armée idéologique du régime et d’autres puissantes entités, comme le Parlement conservateur renouvelé en mars, gardent d’importantes prérogatives dans ces deux domaines.

« On prête beaucoup de place aux Gardiens de la révolution, mais ils ne sont pas coupés de la société. Massoud Pezeshkian n’aurait pas rassemblé 16 millions de voix s’ils avaient tous été derrière Saïd Jalili. Ils sont plus partagés qu’on ne l’imagine, tempère Fariba Adelkhah. Mais il y aura une “cohabitation” de l’ombre, dont la difficulté sera de gérer les tensions, en essayant de répondre à une société qui s’est mobilisée malgré la crise économique. »

Davantage que le mouvement « Femme, vie, liberté » et la question du hidjab obligatoire, la campagne a surtout porté sur l’inflation et l’état de l’économie de ce pays pétrolier frappé par des sanctions internationales, première préoccupation des Iraniens. Massoud Pezeshkian a reconnu que le « chemin serait difficile » et nécessiterait la « collaboration » de tous. Celui qui se présente comme la « voix des sans-voix » a promis de négocier avec Washington pour relancer les pourparlers sur le nucléaire iranien. Celui-ci est à l’arrêt depuis le retrait des États-Unis, avec Donald Trump en 2018, de l’accord international (JCPOA) conclu trois ans plus tôt.

« Tout le monde sait que les négociations avec l’Occident sont indispensables pour l’économie et que le pays ne peut pas continuer à vivre dans l’isolement, cette question n’est pas taboue,assure la chercheuse franco-iranienne. On a parfois l’impression que la République ne change pas, c’est faux ; le pays est capable de revoir ses plans, de se réformer de l’intérieur. C’estpour cela que le temps de l’élection, qui offre une opportunité de changement, est si important. » Si le régime décide d’emprunter cette voie, il dispose à présent de Massoud Pezeshkian pour l’accompagner.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 1046 mots, p. 3

Politique

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7 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Quel calendrier politique après le second tour ?

Gentilhomme, Célestine

Le brouillard devrait encore persister quelque temps. Après leur victoire surprise au second tour des élections législatives, dimanche soir, les principaux dirigeants du Nouveau Front populaire se sont déjà dits prêts à tenir le gouvernail. Selon les dernières estimations de l'Ifop, l'union des gauches devrait décrocher entre 187 et 198 députés, devant le camp présidentiel et le Rassemblement national. Trop loin pour obtenir la majorité absolue, mais assez pour devenir la première force du Parlement. « Le président de la République doit appeler le Front populaire à gouverner » , a pressé Jean-Luc Mélenchon depuis le QG des Insoumis. Mais face à un Hémicycle éclaté en trois blocs, Emmanuel Macron reste le maître des horloges. Même la démission prochaine de Gabriel Attal, annoncée dimanche soir par l'intéressé, ne l'oblige à renommer dans l'immédiat un nouveau gouvernement.

Réélu facilement dans les Hauts-de-Seine, le chef du gouvernement s'est surtout plié à la tradition républicaine, selon laquelle un premier ministre doit quitter son poste au lendemain des élections législatives « Il pourrait être renommé dans la foulée », décrypte le politologue Benjamin Morel. Depuis le perron de Matignon, Gabriel Attal a toutefois glissé vouloir « assumer (ses) fonctions aussi longtemps que le devoir l'exigera ». Le chef de l'État veut quant à lui prendre le temps d'analyser la situation, fait-on savoir à l'Élysée. Il doit d'ailleurs s'envoler mardi soir pour le sommet de l'Otan à Washington, dont il ne reviendra que 48 heures plus tard, le 11 juillet.

Le calendrier devrait donc s'étirer au moins jusqu'à la fin de semaine. Même victorieuse, la gauche unie doit encore s'accorder sur le nom d'un premier ministre pour bâtir une équipe gouvernementale. Un choix repoussé à plusieurs reprises pendant les vingt jours de campagne, faute d'accords entre les quatre partis de l'alliance. Il leur faudra aussi chercher d'autres alliés dans l'Hémicycle, alors que leur majorité relative risque de les exposer très vite à une motion de censure. Autant d'équations à résoudre avant d'espérer la nomination d'un chef de gouvernement. Le dernier mot revient dans tous les cas au président, qui pourrait même choisir un autre premier ministre sur les bancs de la gauche que celui désigné par le NFP.

Difficile donc d'imaginer à ce stade un débouché aussi rapide que celui des élections législatives anticipées de 1997, au bout desquelles un gouvernement de cohabitation avait été trouvé en quatre jours seulement. Il n'empêche, Emmanuel Macron et les siens ne pourront pas éternellement jouer la montre : les députés siégeront dès le 18 juillet prochain et pourraient essayer de renverser d'entrée le gouvernement.

Avant cela, les parlementaires s'élanceront dans une nouvelle bataille stratégique : la répartition très politique des postes clés au Palais Bourbon. Là encore, un bras de fer devrait s'enclencher entre les trois principaux blocs pour respecter le rapport de force tiré des urnes. Dans l'après-midi du jeudi 18 juillet, les députés devront d'abord élire à bulletins secrets le nouveau président de l'Assemblée nationale, traditionnellement issu de la première force sortie des urnes. Pour devenir le quatrième personnage de l'État, qui a notamment le pouvoir de proposer le nom d'une personnalité pour intégrer le Conseil constitutionnel, un candidat doit obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés à l'un des deux premiers tours du scrutin. Si aucun nom ne fait consensus au bout de trois jours, une simple majorité relative permet de trancher entre les prétendants encore en lice lors d'un troisième tour - le plus âgé d'entre eux étant élu en cas d'égalité des voix.

Plusieurs députés de gauche devraient faire acte de candidature. D'autres pourraient s'avancer sur la ligne de départ, dont la titulaire du perchoir depuis deux ans, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), qui a déjà fait part de son souhait d'être reconduite. La patronne par intérim de LR, Annie Genevard, pourrait elle aussi se faufiler dans un trou de souris, après avoir incarné la fronde contre le patron contesté de son parti, Éric Ciotti.

Dans la foulée de cette élection tactique, le même jour, chaque camp devra transmettre avant 18 heures les déclarations politiques de leurs groupes, leur composition et le nom de leur président. Il leur faudra avant cela réunir au moins 15 députés pour bâtir une formation parlementaire, indispensable pour peser dans les débats et sur le fonctionnement de la Chambre basse. Dans le camp présidentiel, Gabriel Attal pourrait être tenté de ravir la présidence du groupe Renaissance, comme son collègue Gérald Darmanin, qui a déjà prévenu qu'il ne retournerait pas au ministère de l'Intérieur après les élections législatives.

Le lendemain, le 19 juillet, les six vice-présidents du Palais Bourbon seront à leur tour désignés par leurs collègues à la majorité absolue. Ils sont surtout chargés de remplacer au perchoir le président en son absence. Dans la même journée, les élus choisiront trois questeurs, dont l'un forcément issu des bancs de l'opposition, qui veilleront sur les finances de l'institution.

La vingtaine de députés, propulsés à des postes convoités, composera le bureau de l'Assemblée, sa plus haute instance exécutive. C'est ce collège d'élus qui décide notamment des sanctions contre leurs pairs lorsque des incidents perturbent une séance. À l'instar du député Insoumis Sébastien Delogu, exclu temporairement après avoir brandi en mai dernier un drapeau palestinien dans l'Hémicycle.

Les tractations se poursuivront jusqu'au 20 juillet avec la répartition des parlementaires dans l'une des huit commissions permanentes. Pour chacune d'entre elles, un président devra ensuite être désigné parmi ses membres. La bataille s'annonce déjà acharnée pour prendre la tête de la très convoitée commission des finances, qui revient selon l'usage à un élu d'opposition. Le patron de cette instance peut notamment auditionner les ministres et les contraindre à rendre des comptes devant sa commission. Un siège prestigieux jusque-là détenu par l'Insoumis Éric Coquerel, dont l'élection avait à l'époque provoqué l'émoi de la droite et des nationalistes.

Le même jour, une première conférence des présidents se penchera sur le calendrier parlementaire des prochaines semaines, bousculé par la dissolution. En attendant d'y voir plus clair, les députés tout juste élus resteront sur les bancs de l'Assemblée pendant au moins quinze jours jusqu'au 2 août, en plein Jeux olympiques dans la capitale. La session pourrait encore être prolongée par décret du président de la République à la demande du premier ministre ou de la majorité des membres de la Chambre basse. C.G.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 82 mots, p. 4

Politique

[françois Hollande - élu...]

Flurin, Richard

françois Hollande - élu

1re circonscription de la Corrèze

L'éléphant est revenu se frotter au terrain. Bien qu'engagé dans une triangulaire, où il affrontait un adversaire RN et le député LR sortant, François Hollande a fini par gagner dimanche soir. Il siégera donc à l'Assemblée nationale. Dans ses terres de Corrèze, passées à droite en 2017, l'ancien président de la République souhaite faire de ce fief historique la base arrière d'un retour sur le devant de la scène politique.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 77 mots, p. 6

Politique

[Gabriel ATTAL...]

Lagrave, Martin

Gabriel ATTAL

10e circonscription des Hauts-de-Seine

Le chef du gouvernement sortant s'attendait à conserver sans difficulté son siège de député, décroché en 2017 dans son fief des Hauts-de-Seine à Vanves et Issy-les-Moulineaux. Une des circonscriptions les plus favorables pour les macronistes, longtemps détenue par la droite. L'issue ne laissait guère de place au doute pour Gabriel Attal, arrivé en tête du premier tour avec 43,85 % des voix, face à la gauche (35,53 %).

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 537 mots, p. AUJM16
Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
8 juillet 2024 - Le Parisien

Haute-Loirei Laurent Wauquiez élu face au RN

Candidat dans la première circonscription de la Haute-Loire, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes a été élu dimanche par 61,61 % des voix, bénéficiant du désistement de la candidate NFP.

Véronique Hunsinger

Envoyée spéciale au Puy-en-Velay (Haute-Loire)

Sans grande surprise, Laurent Wauquiez a été élu dans la 1 re circonscription de la Haute-Loire. Victorieux par 61,61 % des voix dans un duel face à un candidat RN parachuté, ce n'est pourtant pas dans un QG rempli de militants qu'il a pris la parole. Vers 20 h 30, il a prononcé une allocution de trois minutes, devant une dizaine de journalistes et de caméras télévision, depuis le rooftop de la Cité numérique du Puy-en-Velay, un incubateur de start-up et espace de coworking, soutenu par l'agglomération dont il a été le maire entre 2008 et 2016 et par la région qu'il préside depuis. « J'ai toujours veillé à tenir une ligne claire, a-t-il commencé. Les résultats sont qu'ici nous avons protégé une qualité de vie qui montre ce que pourrait être demain une France apaisée. »

Tant pis pour les sons d'ambiance des soirs de victoire, la silhouette de Laurent Wauquiez se détache sur un fond de ciel d'été et de la cathédrale romane surplombé de sa Vierge noire, pendant que son rival s'exprimait exactement au même moment à la préfecture. Au premier tour, Laurent Wauquiez était arrivé en tête avec 36,8 %. Mais il avait été talonné par Alexandre Heuzey (RN), qui bien qu'inconnu dans la circonscription, avait réussi à rassembler 34,18 % des suffrages. En troisième position (18,7 %), Celline Gacon, la candidate écolo pour le Nouveau Front populaire (NFP) s'était désistée de la triangulaire dès le lendemain. « Je ne regrette pas mon choix même si je n'ai jamais appelé à voter pour Laurent Wauquiez », confiait-elle en début de soirée.

« Il n'y aura ni coalition ni compromission »

Le reste du barrage républicain, dans cette ville acquise à la droite, s'est probablement aussi construit avec les voix des presque 10 % des d'électeurs qui s'étaient portés sur la candidate de la majorité présidentielle, la MoDem Cécile Gallien. « Ici ce soir, c'est la victoire d'une droite claire et indépendante, a appuyé Laurent Wauquiez. [...] On ne perd jamais à rester fidèle à ses convictions. » Déjà député de la circonscription entre 2004 et 2007 puis entre 2012 et 2017, Laurent Wauquiez va retrouver à l'Assemblée nationale un groupe parlementaire LR dont il n'a pas dit s'il compte briguer la tête. Mais la présidentielle de 2027 est déjà dans son viseur. « Pour nous il n'y aura ni coalition ni compromission, a-t-il insisté. Je suis convaincu que nous pouvons retrouver le chemin de l'espoir mais la droite a tout à reconstruire pour l'incarner et je vais y consacrer toute mon énergie. »

Avec un retour aux fondamentaux. « Pour rassembler les Français, nous avons besoin de deux axes fondateurs simples : la revalorisation du travail plutôt que l'assistanat et le retour du respect et de l'autorité. » Un discours à l'unisson de ses électeurs de Haute-Loire. « J'attends que ce ne soit pas le grand bazar, que le RN n'arrive pas à la majorité et que LFI se calme », nous résumait en fin d'après-midi Christian, 71 ans, professeur de trompette à la retraite.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 1347 mots, p. 5

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7 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

La défaite surprise du Rassemblement national

Jordan Bardella et Marine Le Pen obtiennent entre 121 et 128 députés au soir du second tour. Un résultat en deçà des espoirs des deux figures nationalistes.

Laubacher, Paul

Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), voit la majorité qu'il désirait tant, et qu'il prétendait obtenir, lui échapper. Le parti nationaliste subit une large défaite ce dimanche, au soir du second tour des élections législatives anticipées. Selon les estimations de l'Ifop à 21 h 20, Marine Le Pen et son héritier n'obtiendraient qu'entre 135 et 143 députés, en comptant les députés de l'alliance avec Éric Ciotti, président contesté de LR, qui a lui aussi raté son pari. L'Assemblée nationale voit certes arriver une vague « bleu marine » , mais elle est largement derrière les autres. Le parti nationaliste est, en termes de sièges, derrière la gauche réunie sous les couleurs du Nouveau Front populaire, qui est en tête avec entre 188 et 199 députés, et la majorité présidentielle sortante, regroupant Ensemble, le MoDem et le parti d'Édouard Philippe, Horizons, qui récolte environ entre 164 et 169 élus.

Pour Marine Le Pen et Jordan Bardella, c'est un lourd et surprenant échec alors que les deux figures nationalistes s'étaient données pour objectif d'obtenir au moins une majorité relative, si ce n'est une majorité absolue qui lui ouvrait les portes du pouvoir. Malgré tout, c'est tout de même un nouveau record historique, après l'élection surprise de près de 90 députés aux législatives de 2022. Jamais le parti lepéniste n'a fait entrer autant d'élus à l'Assemblée nationale. Une maigre consolation pour les deux figures nationalistes.

Devant ses militants, Jordan Bardella a, à peine, concédé sa défaite. « Ce soir, tout commence, un vieux monde est tombé, rien ne peut arrêter un peuple qui s'est remis à espérer », a-t-il déclaré. Il a dénoncé « l'alliance du déshonneur » qui aurait privé les Français « d'une politique de redressement ». « Le Rassemblement national incarne plus que jamais la seule alternance », a-t-il dit.

Marine Le Pen, elle, a joué le « calme des vieilles troupes », une partition qu'elle connaît bien. « La marée monte. Elle n'est pas montée assez haut cette fois-ci, mais elle continue à monter et, par conséquent, notre victoire n'est que différée », a-t-elle affirmé sur TF1. « J'ai trop d'expérience pour être déçue par un résultat où nous doublons notre nombre de députés », a-t-elle assuré, alors que le RN n'augmente son nombre de sièges que de moitié.

Les portes de Matignon, elles, sont définitivement fermées pour celui qui avait prétendu pouvoir devenir premier ministre, à 28 ans seulement. Jordan Bardella avait prévenu qu'en cas de majorité relative il refuserait de former un gouvernement. Seulement, il n'avait pas prévu d'échouer si largement. «Il faut conjurer le spectre d'une majorité relative parce qu'on ne peut pas prendre le risque d'arrêter la France pendant trois ans, alors que le monde continue d'avancer», disait-il au Figaro, quelques jours avant le scrutin. En vain, donc.

Jordan Bardella croyait dur comme fer à la capacité de son parti de faire élire 289 députés ou plus. Le premier ministrable nationaliste, qui dit souvent à qui veut l'entendre que la politique est une «affaire de vague», pensait que celle qui portait le RN pouvait tout emporter : le front républicain, le procès en crédibilité et la faiblesse structurelle de son parti, englué dans des polémiques sans fin sur ses candidats. L'état-major frontiste avait tout préparé en cas de conquête du pouvoir : le casting des ministres, celui des cabinets... Mais aussi, dans la précipitation, les mesures que Jordan Bardella premier ministre pourrait prendre une fois au pouvoir.

Mais la marche était donc beaucoup trop haute pour le national-populisme de Marine Le Pen, confronté à un nouveau plafond de verre, cette fois-ci en béton armé. Clairement, au vu des résultats, le front républicain a fonctionné à plein. Pourtant, jamais dans les esprits des stratèges marinistes ce procédé qualifié de «tambouille» et de «magouilles» n'aurait pu les empêcher d'arriver en tête. Au contraire, même, il était même analysé comme un repoussoir pour des électeurs «perdus» par les incohérences de «cette alliance du déshonneur» entre la majorité présidentielle sortante et la gauche unie.

Marine Le Pen et Jordan Bardella ne sont pas parvenus non plus à neutraliser le procès en crédibilité, et surtout après deux semaines de flou sur leur programme législatif. C'est aussi l'échec de tout une structure : celle du RN comme parti politique. Le « plan Matignon » , qui devait aider le mouvement nationaliste à investir vite des candidats en cas de dissolution, a surtout démontré la faiblesse du RN à proposer des candidats sérieux et «normalisés», ou même « dédiabolisés ». La litanie de polémiques, entre racisme et antisémitisme, provenant de prétendants lepénistes a surtout prouvé que la « normalisation » nationaliste n'était pas arrivée jusqu'à la base du parti.

Un proche de Marine Le Pen, qui imaginait son parti n'obtenir qu'une majorité relative, avait cette formule : «Face, je gagne. Pile, ils perdent.»Ce dimanche soir, clairement, le RN a perdu. Le trait d'esprit de ce proche était facile, optimiste, mais il résumait parfaitement la patience et la persévérance qui se sont installées dans les têtes des stratèges du mouvement nationaliste depuis deux ans. Les législatives anticipées de 2024 sont des élections qui sont arrivées bien trop tôt pour le RN, mais elles devaient accélérer, selon eux, la conquête du pouvoir. L'objectif de Marine Le Pen n'a pas varié, et a même été conforté par la dissolution de l'Assemblée nationale : la conquête de l'Élysée en 2027. Mais c'était avant l'échec nationaliste aux législatives. C'est une défaite qui posera beaucoup de questions à l'état-major mariniste.

Le second tour des élections législatives n'a clairement pas conforté les résultats du premier tour. Dimanche dernier, une lueur d'espoir s'était allumée dans les yeux de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. Après avoir porté leur parti à 33,15 % des suffrages, soit plus de 10,6 millions de voix en comptant celles des candidats d'Éric Ciotti, les deux figures du Rassemblement national (RN) s'étaient mises à chercher la stratégie qui leur permettrait d'obtenir la majorité absolue.

Lors de cet entre-deux-tours qui n'a duré qu'une petite semaine, Marine Le Pen et Jordan Bardella avaient voulu faire passer deux messages. Le premier était très simple : avoir une majorité absolue. Dans la tête des stratèges marinistes, un fait historique les avait marqués : jamais un parti qui avait plus de 30 % au premier tour des élections législatives n'avait pu obtenir de majorité absolue.

Le second message était plus offensif. Pour les deux figures nationalistes, il fallait à tout prix désamorcer le front républicain qui s'était mis en place rapidement, en deux jours, et avec force. «Je trouve regrettable de voir un président de la République qui mettait en accusation l'antisémitisme et le communautarisme de LFI se jeter dans les bras de Jean-Luc Mélenchon» ,avait lancé dans notre journal Jordan Bardella, évoquant même un «déshonneur».

Le jeune patron nationaliste voulait profiter de la diabolisation du leader de La France insoumise, considéré par les stratèges marinistes comme le meilleur repoussoir possible pour les électeurs de droite, mais aussi du centre.

Le RN avait tout de même tiré plusieurs enseignements dès le soir du premier tour, à l'issue duquel le parti nationaliste a réussi à faire élire 39 députés d'un coup. Pour les lieutenants de Marine Le Pen, cette bonne nouvelle devait être la meilleure preuve que la stratégie adoptée au lendemain des législatives de 2022 était la plus pertinente. Celle-ci a reposé sur deux piliers : d'un côté, à l'Assemblée nationale, le respect des institutions face «au bruit et à la fureur» des députés de La France insoumise, la volonté de pouvoir voter n'importe quel texte législatif «s'il va dans le bon sens» , et de l'autre, un activisme sans borne des députés RN dans leurs circonscriptions respectives. Chaque député était fortement invité à participer à tous les événements de son territoire, à développer de bonnes relations avec le préfet en place et avec les maires de sa commune. Pour les proches de Marine Le Pen, c'était la clé du succès. Mais ce dimanche soir, Jordan Bardella et Marine Le Pen n'ont pas trouvé la serrure pour entrer à Matignon. P. L.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 91 mots, p. 5

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[Guilhem Carayon...]

Laubacher, Paul

Guilhem Carayon

3e circonscription du Tarn

Guilhem Carayon est l'un des rares soutiens du président contesté de LR, Éric Ciotti. Le patron - lui aussi contesté - des Jeunes LR a fait le pari de l'alliance avec le RN de Jordan Bardella et de Marine Le Pen. Candidat dans le Tarn, il avait récolté 43,51 % des voix au premier tour, ce qui le plaçait en bonne position pour l'emporter. Avec 49,01 %, il a finalement été battu par Jean Terlier, député sortant de la majorité (50,99 %).

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 674 mots, p. AUJM10
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7 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
8 juillet 2024 - Le Parisien

MatignoniAttal prêt à démissionner... et à prendre date

Le Premier ministre doit présenter sa démission au chef de l'État, ce lundi. Mais il en appelle à « reprendre le flambeau de nos idéaux » tout en assumant une prise de distance notable avec Emmanuel Macron.

Marcelo Wesfreid

Gabriel Attal l'a annoncé : il va remettre sa démission au gouvernement, ce lundi 8 juillet au matin. Soit cinq mois et trente jours après son arrivée à Matignon. « Il ne voulait pas donner l'impression de s'accrocher », explique-t-on dans son entourage. Le plus jeune Premier ministre de la V e République (35 ans) n'aura donc eu le temps ni de planter son arbre à Matignon, comme le veut la coutume, ni, autre usage, d'être élevé après six mois à Matignon à la dignité de grand-croix de l'ordre national du Mérite.

Institutionnellement, le chef de l'État n'est pas tenu d'accepter. Si Emmanuel Macron l'accepte, Gabriel Attal va gérer les affaires courantes jusqu'à la passation de pouvoirs. Gabriel Attal s'est dit prêt à rester à Matignon « aussi longtemps que le devoir l'exigera » dans le contexte des Jeux olympiques, car la France « se prépare à accueillir le monde dans quelques semaines ». Mardi dernier, Matignon avait prévenu les directeurs de cabinet des ministres que cette période d'intérim pourrait durer si les tractations sont compliquées...

« Assumer de tout remettre en question »

« Attal a reçu un vote de défiance populaire massif, il doit s'en aller », a tonné dimanche soir Jean-Luc Mélenchon, qui a pressé Emmanuel Macron de nommer un Premier ministre issu de la gauche. Quoi qu'il en soit, pour le député des Hauts-de-Seine (réélu haut la main avec 58,23 % des voix à Vanves), une page se tourne. Mais une autre s'ouvre, veut-il croire.

« Une nouvelle ère commence », a lancé Gabriel Attal, ce dimanche soir, depuis Matignon. Il estime qu'il faut « reprendre le flambeau de nos idéaux », ne « jamais trahir nos valeurs », rebâtir « notre espace politique », « apaiser » et « unir ». « Pour cela, nous devrons assumer de tout remettre en question », a-t-il ajouté, en assumant une prise de distance notable avec le chef de l'État. Des propos en forme de déclaration de candidature pour prendre le leadership du bloc central.

Un rôle qu'il devrait essayer de jouer depuis les bancs du Palais-Bourbon. « Le centre de gravité sera plus que jamais entre les mains du parlement » et « donc entre les mains de nos concitoyens », a souligné Gabriel Attal dans sa déclaration. « Il va vouloir jouer les faiseurs de roi, en étant à la tête du groupe Renaissance. Il deviendra un acteur incontournable si la gauche veut constituer des majorités sur des projets, dit un cadre de Renaissance. Au final, il sera resté quasiment six mois à Matignon, c'est peu mais il en aura fait un tremplin pour préparer tranquillement 2027. »

Mais que deviendra Bruno Le Maire ?

Avant le second tour, Gabriel Attal balayait toutes les supputations sur son avenir : « Mon sort personnel importe peu ce dimanche. La semaine prochaine, je ne sais pas ce que je ferai ni où je le ferai », écrivait-il le 5 juillet sur X. « Il pourrait aussi vouloir reprendre le parti Renaissance », anticipe un ex-membre du gouvernement.

Le Premier ministre s'est en tout cas beaucoup investi dans la bataille des législatives, tout en glissant à maintes reprises qu'il n'avait pas été partisan de la dissolution. De quoi tisser activement sa toile... « Il y a peu de membres de la majorité qui ont fait preuve d'autant de capacité d'entraînement que lui, vante l'un de ses soutiens. On se retrouve ce soir avec plus d'élus que ce que nous donnaient les sondages, c'est une satisfaction. »

À l'Assemblée, Gabriel Attal devrait retrouver un autre pilier de son camp, lui aussi dans les starting-blocks pour la suite : Gérald Darmanin (lire ci-contre). En revanche, ni Édouard Philippe ni Bruno Le Maire - deux autres prétendants à la fonction suprême - ne seront de la partie, ne s'étant pas présentés aux législatives.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 90 mots, p. 5

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[Guilhem Carayon...]

Laubacher, Paul

Guilhem Carayon

3e circonscription du Tarn

Guilhem Carayon est l'un des rares soutiens du président contesté de LR, Éric Ciotti. Le patron - lui aussi contesté - des Jeunes LR a fait le pari de l'alliance avec le RN de Jordan Bardella et de Marine Le Pen. Candidat dans le Tarn, il avait récolté 43,51 % des voix au premier tour, le plaçant en bonne position pour l'emporter. Il devait faire face à Jean Terlier, député sortant de la majorité, après le désistement de Julien Lassalle (NFP)..

La Croix, no. 42964
Monde, lundi 8 juillet 2024 170 mots, p. 10

repères

Les nouveaux membres du gouvernement britannique

Une femme aux finances. L’économiste Rachel Reeves, 45 ans, est la première à occuper ce poste. Elle a travaillé pour la Banque d’Angleterre et est une experte reconnue.

Une vice-première ministre chargée du logement. Numéro deux du Labour, Angela Rayner, 44 ans, incarne l’aile gauche du Parti travailliste.

Un chef de la diplomatie descendant d’esclaves. Avocat de 51 ans, issu d’une famille immigrée du Guyana, descendant d’esclaves, David Lammy est connu pour son franc-parler.

Un centriste pour la santé. Représentant de l’aile centriste du Labour, Wes Streeting, 41 ans, sera chargé de redresser un système public de santé mis à genoux après des années d’austérité et la pandémie.

Une dame de fer à l’intérieur. Représentante de la génération Blair, Yvette Cooper, 55 ans, récolte le très sensible portefeuille de l’immigration.

L’expérience à la défense. John Healey, 64 ans, a été élu député en 1997 et a enchaîné des postes dans plusieurs ministères.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 715 mots, p. AUJM16
Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
8 juillet 2024 - Le Parisien

Soupir de soulagement pour les Républicains

Le parti de droite pourrait revenir avec le même nombre d'élus à l'Assemblée nationale au terme de ce second tour. Et ce, malgré la trahison d'Éric Ciotti.

Quentin Laurent

L'Assemblée nationale s'apprête à changer de visage, à l'aune des résultats d'élections législatives inédites, qui ont accouché de résultats que peu de monde attendait. Toute l'Assemblée nationale ? Non, un groupe parlementaire semble avoir ce dimanche résisté à tous les vents et devrait peu ou prou se retrouver tel qu'il avait été dissous il y a un mois. Les Républicains avaient pourtant pris le pli, ces dernières années, de diviser leur nombre par deux d'un vote à l'autre. Pas cette fois.

Dimanche soir, selon les estimations de notre sondeur Ipsos, plus d'une soixantaine de députés LR ou classés divers droite devaient ainsi faire leur rentrée au Palais-Bourbon, soit potentiellement quelques élus de plus que depuis 2022. La droite se paye même le luxe de faire mentir les sondages puisque ces derniers ne leur en donnaient pas 50 il y a quelques jours encore. Il faut croire que le jeu des désistements et de la mobilisation contre le RN aura aussi porté cette famille politique qui, elle, avait refusé de donner des consignes de vote.

Réélection des ténors

Au menu de la soirée de la droite, des attendus et quelques surprises. Largement réélu en Haute-Loire, Laurent Wauquiez devrait bien abandonner la présidence de la région Auvergne - Rhône-Alpes et retrouver un siège à Paris. Du côté des figures de LR, la secrétaire générale Annie Genevard repasse aussi confortablement dans le Doubs, tout comme l'ancien chef des députés, Olivier Marleix, en Eure-et-Loir. Bousculée par le RN dans les Alpes-Maritimes, Michèle Tabarot reverra aussi la capitale, tout comme Aurélien Pradié dans le Lot, ce qui était attendu.

À la page des surprises : le député de l'Aisne Julien Dive, protégé de Xavier Bertrand, sauve son siège de justesse, quand l'avance considérable prise par son adversaire RN au 1 er tour laissait penser que ce serait un pari impossible. « Remontada », a commenté par texto ce président de club de foot, à la fin des dépouillements. Les Républicains disparaissent aussi de certains territoires comme le Pas-de-Calais ou l'historique fief de l'Oise; au total on dénombre une douzaine de pertes. Mais dans le même temps, les LR engrangent un nombre quasiment identique de conquêtes. Par exemple, le maire de Caen, Joël Bruneau, ou celui de L'Haÿ-les-Roses, Vincent Jeanbrun, tombeur de la médiatique insoumise Rachel Keke dans le Val-de-Marne.

« Une ligne indépendante »

« Les LR sont restés debout, ils ne se sont pas laissés démobiliser par Éric Ciotti », s'est félicitée la secrétaire générale du parti, Annie Genevard en début de soirée. Au bout du fil, les LR ont tous un sourire contenu dans la voix. Un tsunami est passé mais il ne s'est pas abattu sur eux. Une pointe de regret, parfois : « Si Ciotti ne nous avait pas fait ça... on aurait même augmenté notre nombre de députés », veut croire un de ces LR rescapés. Celui qui est toujours légalement président des LR, mais rentré en coalition avec Marine Le Pen, pourrait avoir une petite quinzaine de députés ciottistes à l'Assemblée.

« Le premier tour a exprimé la colère des Français, et il faut l'entendre, sinon elle ne fera que grossir. Quant au second, il a montré qu'ils ne faisaient pas confiance au RN pour gouverner le pays. Ils n'ont pas voulu tenter le saut dans l'inconnu », analyse Annie Genevard. « Si on n'arrive pas à trouver des solutions pour répondre au sentiment d'injustice et aux colères qui se sont exprimées, Marine Le Pen sera élue présidente en 2027 », avertit de son côté Antoine Vermorel-Marques, réélu dans la Loire.

La plupart des cadres LR en appellent à maintenir une « ligne indépendante » des autres blocs macronistes ou frontiste. Rester soi-même pour rester vivant, comme ils le martèlent depuis des années. En vie mais dans quel état ? Les députés LR élus dimanche ne seront-ils pas tentés pour certains de rejoindre le pôle macroniste, affaibli mais plus nombreux ? Quant à Aurélien Pradié, il affirme, en restant vague, qu'« autre chose va se construire ». La droite à nouveau survit. Mais elle donne toujours l'impression de rester en sursis.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 80 mots, p. 6

Politique

Yaël BRAUN-PIVEt - réélue 9e circonscription des Yvelines

Service politique du Figaro, Service politique du Figaro

Yaël Braun-Pivet n'avait pas caché son amertume d'en revenir aux urnes. La présidente sortante de l'Assemblée nationale, qui rêve d'un retour au perchoir et d'une large « coalition » allant de la droite modérée aux communistes, n'a pas trébuché (48,68 % des voix) face à son opposant de gauche, l'Insoumis Yassine Benyettou (28,53 %), et le maire de Maisons-Laffitte, Jacques Myard (22,79 %, LR-RN), ancien député qu'elle a battu en 2017.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 530 mots, p. AUJM10
Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
8 juillet 2024 - Le Parisien

TourcoingiDarmanin très haut avec les voix de gauche

Le ministre de l'Intérieur, qui labourait le terrain depuis plusieurs mois, a profité du désistement en sa faveur de la candidate LFI.

Matthieu Pelloli Envoyé Spécial À Tourcoing (nord)

C'est l'un des barons de la macronie qui sauve sa tête. Gérald Darmanin préserve l'un des sièges dans l'hémicycle de l'ex-majorité présidentielle en ne perdant pas le Nord. Il est réélu avec 61,37 % des voix, contre 38,63 % pour le RN Bastien Verbrugghe.

À l'annonce des résultats à l'hôtel de ville de Tourcoing - « sa » ville, dont il a été maire de 2014 à 2017 -, les 300 personnes présentes se lèvent et l'acclament. « On a gagné ! On a gagné ! », scandent-ils, avant d'enchaîner avec des « Gérald ! Gérald ! ».

L'intéressé a le triomphe modeste. Pas de déclaration au pupitre, juste un pouce levé suivi d'un V de la victoire. Il prend cependant quelques minutes pour s'exprimer aux micros des chaînes de télé. « Je ne serai pas de ceux qui disent que, finalement, nous avons gagné, insiste-t-il. Il y a eu un électrochoc et aujourd'hui personne n'a gagné, même si la majorité est restée solide. »

Ces derniers temps, « Darmalin », comme l'appellent affectueusement ses amis, s'est concentré sur la préparation des JO et la crise en Nouvelle-Calédonie, mais cela fait plusieurs mois qu'il passait la quasi-totalité de ses week-ends à Tourcoing. Serrer des mains, arpenter sa circonscription de brique rouge : l'investissement s'est révélé payant.

Le ministre de l'Intérieur avait besoin des voix de la gauche pour l'emporter au second tour. Le 30 juin, moins d'un millier de voix le séparaient de Bastien Verbrugghe (36 %, contre 34,3 %). Les choses semblaient cependant bien engagées depuis que Leslie Mortreux, la candidate LFI (24,8 %), s'était désistée pour éviter une triangulaire. Les enseignements ? « Peut-être faut-il plus de partage, de solidarité, de respect pour les travailleurs », lâche-t-il, comme un message envoyé aux électeurs de gauche.

Du baume au coeur

« C'est un petit gars du coin, je n'avais aucun doute qu'il l'emporterait », se réjouit Marcel, cigarillo au bec et veste élimée, un retraité « appauvri par Macron mais qui n'allai[t] quand même pas voter RN ». Au P'tit Quinquin, place de la République, les conversations vont bon train. « Ça va lui faire du bien », lâchent deux électeurs du cru. En effet, « les blessures narcissiques » se succédaient les unes aux autres, croit savoir un élu local. Motion de rejet à l'Assemblée contre son projet de loi Immigration en décembre, absence de proposition pour Matignon, dont il rêvait...

Ce dimanche, l'amour-propre s'est regonflé. Dans la 10 e circonscription du Nord, Gérald Darmanin fait encore mieux qu'en 2022, lorsqu'il s'était imposé avec 57,52 % des suffrages. Le ministre de l'Intérieur, qui a fait ses débuts à l'UMP auprès de Nicolas Sarkozy, « s'est déblayé le terrain pour la suite », estime Martine, une électrice. À quoi pense-t-il en se rasant ? « Pas à l'Élysée selon moi, répond Marcel. Mais il y a une place à prendre pour incarner la droite républicaine. » « Je me tiens à disposition du président de la République », a-t-il assuré.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 388 mots, p. AUJM11
Aussi paru dans
8 juillet 2024 - Le Parisien

ParisiGuerini, Marcheur de la première heure, trébuche

Stanislas Guerini, l'un des hommes de confiance du président Macron, qui comptait 12 points de retard au 1er tour, n'a pas réussi à renverser la vapeur, battu par une candidate écologiste dans la 3e circonscription de Paris.

Vincent Mongaillard

Au café le Bloc, à Paris (XVII e), ce dimanche soir, les supporters de Stanislas Guerini, candidat dans la 3 e circonscription, se serrent les coudes, unis dans la défaite. Il est 22 h 20, l'heure du verdict des urnes. Leur poulain du camp présidentiel, ministre de la Fonction publique et Marcheur de la première heure, qui a l'oreille d'Emmanuel Macron, vient de trébucher face à la candidate écologiste investie par le Nouveau Front populaire, Léa Balage El Mariky.

« C'est un grand talent, il reviendra »

Ce dimanche à 23 heures, il récoltait 46,41 % des voix, contre 53,59 % pour son adversaire qui, à 34 ans, s'est adjugé la revanche après avoir été battue d'une courte tête lors du scrutin précédent, il y a deux ans. « C'est un grand talent, il reviendra », veut croire Alfred, 50 ans, employé dans la logistique. Denis, ingénieur du son de 42 ans, regrette le départ, par la force du suffrage universel, de cette « parole équilibrée, raisonnable, dans la tempérance au moment où les extrêmes prennent le dessus ». « Avec des discours à gauche dans la démesure et à l'extrême droite dangereux », note-t-il.

« Stan », comme l'appellent les militants, n'a pas réussi à combler les douze points de retard qui, à l'issue du premier tour, le séparaient de l'élue EELV, adjointe au maire du XVIII e chargée de la vie associative et de l'alimentation durable. « Malgré une belle remontada », positive sa suppléante, Olga Johnson.

Après avoir passé le début de la soirée au calme à son ministère, il devait rejoindre ses troupes en fin de soirée. C'est un revers pour celui qui, jusque-là, avait l'habitude de triompher à l'issue d'un vote, que ce soit pour être élu délégué de classe, président du BDE quand il était étudiant à HEC, patron en 2018 du parti présidentiel ou encore député haut la main en 2017 (65 % des suffrages) et sur le fil en 2022 (51 % de voix).

Libération
lundi 8 juillet 2024 302 mots, p. 13

AUTRE

AUDE PHILIPPE POUTOU AURA TENTÉ LE TOUT POUR LE TOUT

NOA JACQUET

AUTRE

FP A Fin de parcours pour Philippe Poutou : le candidat parachuté du Nouveau Front populaire dans la 1re circonscription de l’Aude est battu par le député sortant du RN, Christophe Barthès. Il n’a recueilli que 38,56 % des voix, contre 61,44 % dimanche, lors du second tour des législatives. Aux résultats du premier tour, Philippe Poutou avait fait vivre un ascenseur émotionnel aux électeurs de gauche, après avoir été, dans un premier temps, annoncé éliminé, puis qualifié de justesse pour le second tour avec 18,7 % des voix. Le candidat n’aura pas réitéré son exploit. Le report des voix de son adversaire divers gauche Aurélien Turchetto n’a pas été suffisant pour resserrer l’écart. Ni la vidéo de soutien tournée dans l’entre-deux-tours par le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. A l’issue du premier tour, le candidat RN avait recueilli 49,33 % des voix, passant à un cheveu d’être élu dès le 30 juin. Un temps bastion du PS, la première circonscription de l’Aude confirme donc sa tentation pour l’extrême droite exprimée en 2022 : Christophe Barthès va enchaîner un deuxième mandat dans la circonscription. Triple candidat à la présidentielle, Philippe Poutou bénéficie d’un capital sympathie auprès d’une partie des électeurs de gauche, ce qui lui a notamment permis d’entrer au conseil municipal de Bordeaux en 2020. L’habitué des petits scores a réalisé une campagne éclair dans l’Aude, toutefois violemment critiquée par l’extrême droite audoise. En ligne de mire : son souhait de désarmer les forces de l’ordre, alors qu’il était candidat dans une circonscription marquée par l’attentat de Trèbes, en 2018, au cours duquel l’officier de gendarmerie Arnaud Beltrame avait trouvé la mort.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 909 mots, p. 4

Politique

La gauche crée la surprise et s'impose en première force de l'Assemblée

Le Nouveau Front populaire compte davantage de députés que le Rassemblement national. La constitution d'un gouvernement dépend de lui.

Lepelletier, Pierre, Flurin, Richard

Le coup de théâtre est donc venu de la gauche. Contre toute attente, le Nouveau Front populaire (NFP) est parvenu à s'imposer comme la première force politique du pays à l'issue du second tour de ces élections législatives anticipées. En faisant le choix de se rassembler, mettant sous le tapis de profondes divergences et des tensions encore vives entre les principaux partis, la gauche ambitionnait initialement d'empêcher le RN d'obtenir une majorité absolue. Le rejet du parti nationaliste dans les urnes a été tel que le NFP a déjoué tous les pronostics. Hormis le cercle rapproché de Jean-Luc Mélenchon, peu à gauche osaient rêver d'un tel scénario durant la campagne. La mission est plus qu'accomplie : la surprise est totale. « Il doit y avoir un avant et un après 7juillet » , a exhorté le patron du PS, Olivier Faure.

Selon les projections de l'Ifop, le NFP aurait obtenu entre 187 et 198 sièges. Une progression par rapport à 2022, où la Nupes avait permis à la gauche d'obtenir 151 députés. Mais un exploit par rapport à 2017, après la puissante vague macroniste, où la gauche avait été réduite à la portion congrue à l'Assemblée nationale. Quatorze ans après le raz-de-marée socialiste de 2012, qui avait suivi l'élection de François Hollande à l'Élysée, voilà donc les gauches redevenues majoritaires au Palais Bourbon. L'ensemble des cadres des partis de ce cartel se sont félicités de cette victoire. « C'est l'espoir immense suscité par l'union de la gauche et des écologistes qui est le fait majeur de cette élection », a déclaré tout sourire la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, dimanche soir. « Notre peuple a clairement écarté la solution du pire », a quant à lui jugé Jean-Luc Mélenchon, qui a pris la parole le premier au cours de la soirée électorale, comme lors du premier tour.

Les dirigeants de gauche ont unanimement conclu que le Nouveau Front populaire doit accéder aux responsabilités. Tous l'ont martelé au fil de la soirée. « Nous allons gouverner », a promis Marine Tondelier. « Nous sommes prêts » , a déclaré en écho le communiste Fabien Roussel. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, s'est quant à lui fixé comme objectif de « refonder un projet collectif pour notre pays et de fédérer une majorité de Françaises et de Français ». Dans le camp macroniste, on douchait cet enthousiasme.

En réalité, bien que portée par la dynamique de l'union, la victoire de la gauche ce dimanche soir n'en demeure pas moins essentiellement liée au « front républicain » qui s'est bâti contre le Rassemblement national. Dans de nombreuses circonscriptions, les députés macronistes ont connu la désagréable expérience d'échouer à la dernière marche du podium. Et ceux d'entre eux dont la troisième place n'avait pas été synonyme d'élimination ont été priés de se retirer derrière le candidat de gauche pour limiter les chances de victoire du parti de Marine Le Pen. Les railleries n'avaient dès lors pas manqué. Car du jour au lendemain, des figures du mouvement présidentiel ont dû appeler à voter pour le Nouveau Front populaire, après avoir passé toute la campagne du premier tour à déclarer que leur projet faisait craindre le pire pour la France. Même Jean-Luc Mélenchon, dont tous assuraient qu'il était le manoeuvrier caché de l'alliance, ne semblait plus les gêner tant que cela.

Dès lors, des situations impensables ces dernières années se sont donc réalisées en quelques heures. En ballottage défavorable face au RN dans la 1re circonscription de la Somme, François Ruffin, figure anti-Macron s'il en est, a profité du retrait de la candidate macroniste Albane Branlant, et d'un appel de sa part à voter pour lui. Pour convaincre ses électeurs de se reporter sur lui, le député sortant a acté jeudi sa rupture avec La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon, devenu à ses yeux « un boulet ». En parallèle, il affichait sur un de ses tracts une photo de François Bayrou, le patron du MoDem. Ce dernier était cité : «Je n'ai aucun problème avec François Ruffin.»

Loin de se limiter aux seuls états-majors, la dynamique du « barrage » s'est largement vérifiée dans les urnes. «Ce qui doit nous obséder, c'est que peut-être, nous aurons un premier ministre du RN dans six jours. Tout ça est un cheminement. Je leur dis: « Prenez le temps. » C'est normal qu'on ne soit pas prêt le lundi, qu'on y réfléchisse le mardi, qu'on commence à s'y faire le mercredi... On se repose un peu le week-end et puis le dimanche, on le fait », avait exposé Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Écologistes, au « 20 heures » de TF1 mardi.

Dans les prochains jours - et peut-être est-ce le principal défi -, le Nouveau Front populaire devra véritablement mettre ses tensions de côté pour montrer sa capacité à gouverner le pays. La coalition, montée en urgence pour répondre à la dissolution, semblait uniquement conçue pour durer le temps de la campagne. Elle devra se prolonger au-delà, si la gauche veut montrer qu'elle est, comme elle le promettait depuis le soir de la dissolution, « à la hauteur de l'histoire ». « La guerre entre nous n'a pas cessé » , admettait toutefois un cadre Insoumis ces derniers jours. P.L. ET R.F.

Le Monde
Le Monde l'époque, lundi 8 juillet 2024 840 mots, p. EPH3
Aussi paru dans
3 juillet 2024 - Le Monde (site web)

« Je ne suis pas déçu par Macron. Il est ce qu’il est, et c’est un boulot de chien d’être à l’Elysée »

Propos recueillis par Tiphaine Thuillier

Dans ma circonscription, Pierre Cazeneuve, notre jeune député [Renaissance] de 30 ans, a été réélu dès le premier tour. Alors, bien sûr, on est à Saint-Cloud, et il n’y avait pas de candidat LR [Les Républicains], mais c’est pas mal pour la majorité présidentielle. Je me suis engagé dans cette campagne, moins en tractant pour lui qu’en lui écrivant des chansons. J’aime bien gratter la guitare et j’ai enregistré des reprises de Francis Cabrel et de Nino Ferrer avec des paroles politiques. Ça donne par exemple “Est-ce Macron qui a fait le con ou le génie d’une fine stratégie ?” sur l’air du Téléfon. Je l’ai envoyé sur le groupe WhatsApp des militants de Saint-Cloud.

Lors des précédentes élections, j’ai beaucoup tracté pour le camp Macron. Ça m’a permis de prendre conscience que le vote c’est quelque chose d’assez tripal. Il y a ceux qui ne veulent pas vous voir, ceux qui vous lancent un regard hostile ou qui viennent vous dire des choses désagréables. “Macron le banquier”, “Macron engeance du mal” : ah, j’en ai entendu ! Heureusement, vous croisez aussi des gens capables de discuter tranquillement, plutôt profil social-démocrate.

J’ai toujours été très surpris de la détestation irrationnelle que suscite Macron, notamment chez les sympathisants de droite. Peut-être qu’ils pensent qu’il a pris la place de [François] Fillon [à la présidentielle 2017] et aussi à cause de son profil un peu hors norme. Je continue de garder un avis favorable sur le président. Il est hyperbrillant, même si le coup de la dissolution, je ne dirais pas que c’est une idée brillante… Disons que c’est dans la lignée de son logiciel transgressif. Je ne suis pas déçu. Il est ce qu’il est, et c’est un boulot de chien d’être à l’Elysée. En sept ans, il a fait face à tellement de difficultés, et la France n’a pas été mal gérée. Le chômage et certaines taxes ont baissé. Certes, le pays est plus endetté, mais il y a eu la crise du Covid. Je ne le trouve pas arrogant. Il va beaucoup au contact des gens. Je ne sais pas s’il les écoute suffisamment, mais il est sur le terrain.

Si j’ai voté à nouveau pour son camp, c’est que je considère qu’il n’y a pas vraiment le choix. Nous sommes dans une recomposition à trois blocs, et je ne peux pas voter pour LFI [La France insoumise] dont je déteste la violence. J’en ai voulu aux socialistes de cette alliance avec eux. Il y a [Jean-Luc] Mélenchon, et je trouve que son attitude d’intimidation dans le débat public est assez odieuse. J’en ai parlé avec mes frères et sœurs sur le groupe de conversation familiale en leur disant que je ne comprenais pas qu’ils puissent voter pour le Nouveau Front populaire et LFI.

On vient d’une famille catholique plutôt de droite, mais nos votes sont divers. Certains ont toujours voté à gauche. J’ai des neveux quadragénaires qui ont probablement voté Mélenchon. Quant à mes deux enfants, je ne sais pas trop où se porte leur choix. J’ai juste appelé mon fils, qui vit à l’étranger depuis trois ans, pour lui dire qu’il devait absolument faire une procuration. Je trouve que l’évolution des échanges politiques reflète un manque d’écoute et de respect de l’altérité. Il nous faudrait plus de compromis, qui n’est pas synonyme de compromission.

Quant au RN [Rassemblement national], je ne les trouve absolument pas au niveau. Je pense qu’ils ne feront rien, car ils ont intérêt à ne rien faire. Et puis peut-être que les électeurs se rendront compte qu’ils sont incompétents et que ça pourrait éviter que Marine Le Pen soit présidente de la République en 2027. En revanche, je ne considère pas le RN comme un parti fasciste. A mes yeux, on se trouve plus face à du populisme qu’à de l’extrémisme. Pareil pour leurs électeurs. Je ne pense pas comme eux, mais le mépris qu’ils suscitent est insupportable.

On peut peut-être essayer de se mettre à leur place.Certains ont voté pour des raisons éthiques, par rejet de certaines décisions, notamment sur la fin de vie. Et puis, il y a la question de l’insécurité, qui n’est pas qu’un fantasme, et les attentats terroristes. Samuel Paty, Dominique Bernard… Ces événements sont tout sauf anodins. Mais rien n’est facile à traiter, et il faut avoir l’humilité de le reconnaître. Je suis d’un naturel optimiste. Si cette épreuve nous arrive, c’est qu’elle devait nous arriver. Il faudra sortir de nos postures et remonter la pente. »

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 1348 mots, p. 7

Politique

Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Le Figaro (site web)

Les Républicains résistent malgré tout

En se maintenant à l'Assemblée, la droite a su dépasser la violence de ses crises internes depuis la décision solitaire du président du parti, Éric Ciotti, d'une alliance avec le RN.

Conruyt, Claire, Galiero, Emmanuel

Les Républicains (LR) voulaient éviter l'effondrement. Ils ont finalement réussi à traverser ces élections législatives en qualifiant 63 députés, selon les projections de l'Ifop dimanche soir. «Le « en même temps » est mort ce soir, et tous ceux qui voudront le prolonger dans le dos des électeurs seront discrédités demain», a déclaré Laurent Wauquiez, dans la foulée de sa victoire en Haute-Loire (1re circonscription), où il l'a emporté au second tour avec 61,61 % des suffrages. Tout en reconnaissant la « campagne la plus difficile » qu'il ait eue à mener, l'ex-président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, s'est aussitôt projeté dans la réalité de la nouvelle Assemblée nationale en prenant un engagement fort au nom de sa famille politique. « Je vois la tentation des tractations, des combinaisons pour échafauder des majorités contre-nature. Ce sera sans nous... Pour nous, il n'y aura ni coalition ni compromission » , a-t-il insisté.

Sans jamais citer le nom d'Éric Ciotti dans son allocution, Laurent Wauquiez a voulu « rendre hommage » aux soldats LR « restés droits contre toutes les manoeuvres ». Plusieurs d'entre eux, députés sortants, ont été réélus. Ce fut le cas par exemple pour Annie Genevard (Doubs), Nicolas Forissier (Indre), Fabien Di Filippo (Moselle), Philippe Gosselin (Manche), Véronique Louwagie (Orne). Même les trois sudistes en position délicate, Michèle Tabarot, Alexandra Martin et Éric Pauget ont été sauvés. « On ne perd jamais à être fidèle à ses convictions » ,a salué Wauquiez . Des mots perçus aussi par certains comme une critique visant directement Éric Ciotti, le président des Républicains, ciblé par les ténors LR depuis son alliance avec le RN décidée de manière solitaire. Olivier Marleix, le président du groupe LR qui a pu sauver son mandat en Eure-et-Loir avec un bon score, a déclaré : « Le RN fait perdre la droite et fait perdre la France. »

Pour sa part, Ciotti, partisan de l'union des droites, a dénoncé un « coup d'État institutionnel et politique ». Vainqueur dans son fief des Alpes-Maritimes, pas loin de pouvoir constituer un groupe parlementaire (entre 14 et 15 sièges selon l'Ifop), il n'a pu que constater l'impossibilité pour le RN et ses alliés d'arriver en tête du scrutin. Mais, pour lui, ce résultat est une conséquence directe des désistements d'entre-deux-tours. Ainsi que l'illustre la défaite de son allié Guilhem Carayon face à un candidat macroniste dans le Tarn. Dénonçant une « alliance de la honte qui a additionné les macronistes, les écologistes, les Insoumis, les socialistes et les communistes, les amis de M. Bertrand qui se sont compromis », Éric Ciotti a continué à défendre sa stratégie. « Plus que jamais, cette alliance constitue le seul espoir pour la France... J'ai construit une alliance politique inédite. Ce soir, c'est la preuve que lorsque la gauche s'unit, elle gagne. Ce soir c'est aussi la preuve que lorsqu'une partie de la droite refuse de s'unir, elle reste indéfiniment aux portes du pouvoir », a-t-il conclu.

Aussi, celui qui entend rester président des LR avait pointé le risque de la gauche radicale comme le principal danger de ces élections. Sur ce point, d'autres élus ont exprimé leur inquiétude, dès dimanche soir, à l'instar du sénateur Stéphane Le Rudulier qui a dénoncé une élection « volée »: « Les magouilles auront donné la gauche radicale en tête, alors même que le pays n'aura jamais été aussi à droite. »

Tout au long de la campagne des législatives, et depuis l'âpre bataille des élections européennes, LR a subi des déchirements internes que l'alliance d'Éric Ciotti avec le RN a transformés en fracture ouverte. La droite s'était lancée dans cette bataille législative comme l'on plonge dans l'inconnu, en se demandant comment survivre à la vague RN.

Un député devisait ainsi, quelques jours avant le scrutin : « Dimanche soir, on doit commencer un nouveau chapitre. »Dimanche soir, Laurent Wauquiez, appelé à rebâtir sa famille politique alors que l'échéance de la présidentielle demeure un objectif pour lui, a déclaré : « La droite a tout à reconstruire pour incarner cet espoir. » Et, sans doute, tourner la page du roman tragique des Républicains dont le sort politique est, depuis 2017, arrimé à celui qui a théorisé la fin du clivage gauche-droite.

Ces législatives, estiment les plus convaincus à droite, marqueraient ainsi la fin du macronisme. « Il faudra reprendre notre destin en main » ,soutenait un cadre. Les messages d'alerte d'Éric Ciotti n'ont pas empêché l'irruption de l'union de la gauche en pole position. Parallèlement, les partisans de la reconstruction de la droite et du centre, se projetant au-delà du résultat de dimanche, plaidaient pour un rapprochement avec les anciens constructifs LR qui avaient choisi Emmanuel Macron dès 2017. « On peut dire que le « en même temps » , c'est terminé. Mais parmi ceux qui ont cédé aux sirènes du macronisme, il y en a qui reviendront aux origines» ,remarque un sénateur LR de poids. «On sait que les Darmanin et compagnie travaillent de nombreux élus, en coulisses. Que feront les Pradié, demain ? Beaucoup d'élus à droite n'ont pas eu de Renaissance face à eux au premier tour et certains ont profité des désistements au second. Seront-ils redevables? J'ai peur qu'ils ne s'appartiennent plus» ,juge un parlementaire en pointant une éventuelle difficulté de taille pour Laurent Wauquiez.

Dans la foulée du scrutin de juillet, les déchirures des Républicains devraient inévitablement se retrouver devant les juges. En prenant la décision solitaire d'engager son parti dans une alliance avec le Rassemblement national, Éric Ciotti a déclenché une guerre juridique dont on peine aujourd'hui à deviner l'issue. Ce qui semble certain, c'est que ses opposants LR rassemblés autour de Laurent Wauquiez ont pris la résolution de le priver de ses fonctions et de l'exclure du mouvement dès que possible. Ils avaient espéré une décision en référé avant le premier tour, mais, après trois tentatives infructueuses, ils seront obligés d'attendre le 14 octobre pour l'examen au fond par le tribunal judiciaire.

Toujours président des Républicains sur le plan juridique, Éric Ciotti se voit reprocher une décision d'alliance avec le RN, prise sans consultation du bureau politique. Pourtant, selon ses opposants, le bureau politique est doté d'un pouvoir de sanction contre tous les adhérents LR, président compris, ce qui comprend l'exclusion définitive et la révocation des mandats. De son côté, l'élu de Nice soutient que ses opposants n'ont aucun droit pour contester sa présidence, l'exclure, voire organiser une commission nationale d'investiture sans lui. Ses avocats auraient également identifié des irrégularités dans le dossier des anticiottistes.

Outre les travaux ardus du tribunal judiciaire, on s'attend également à des batailles sur deux autres niveaux. D'abord auprès du Conseil constitutionnel, l'autorité concernée en cas de contestation des résultats électoraux. Enfin, il n'est pas impossible que Les Républicains s'affrontent aussi sur le terrain du droit parlementaire régissant l'organisation des Assemblées. Il est probable, là encore, que les LR se battent pour la paternité du groupe, auquel ils voudront être rattachés.

À ce brouillard juridique, l'on peut ajouter les interrogations pesant sur l'avenir de la droite. Au fond, entre les ciottistes et les anticiottistes, ce sont deux visions de la reconstruction de la droite qui n'ont pas cessé de s'affronter depuis la dissolution. Les uns jugent urgent d'installer dans l'esprit des Français, et loin des extrêmes, l'idée selon laquelle l'alternative au macronisme se situerait sur une ligne de droite autonome et indépendante, suffisamment convaincante pour se doter d'un pouvoir d'attraction en vue de la présidentielle de 2027. Ce camp-là a, incontestablement, marqué des points dimanche soir. Les autres voudront défendre, avec Éric Ciotti et contre les fortes résistances d'un « front républicain » , la perspective d'une grande union nationale à droite, à l'image de ce que le Nouveau Front populaire a réussi à faire avec tous les courants de la gauche, des Insoumis aux Écologistes, des socialistes aux communistes.

Les résultats de dimanche ont peut-être offert une évaluation comptable des rivalités LR mais la question de la ligne politique n'est pas tranchée. Jusqu'à l'élection suprême de mai 2027, Les Républicains ont trente-trois mois pour y voir plus clair. ET E.G.

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 71 mots, p. 4

Politique

[françois RUFFIn - réélu...]

Flurin, Richard

françois RUFFIn - réélu

1re circonscription de la Somme

En ballottage défavorable, François Ruffin a fini par vaincre son adversaire RN, Nathalie Ribeiro-Billet. La lepéniste avait rassemblé 40,69 % des voix au premier tour, contre 33,92 % pour le député sortant. Arrivée troisième, la candidate macroniste s'était, elle, désistée pour « faire barrage ». Ses électeurs centristes ont donc fini par se reporter sur l'électron libre de la gauche radicale.

L'Humanité
lundi 8 juillet 2024 228 mots, p. 22

[André Hediger est décédé le 2 juillet...]

André Hediger est décédé le 2 juillet à l'âge de 83 ans. L'ancien secrétaire national du Parti suisse du travail (PST) est né le 28 avril 1941 en France, à Pontoise, d'une mère alsacienne tuée dans les bombardements quand il avait 6 mois et d'un père suisse. André s'installe à Genève (Suisse) en 1954. Ouvrier métallurgiste, il milite dès 1956 à la Fédération des ouvriers de la métallurgie et de l'horlogerie. En 1959, il adhère au PST. Député au parlement du canton de Genève de 2001 à 2005, conseiller municipal de Genève en 1967, élu au conseil administratif de la ville en 1987 à 2007, il sera maire cinq fois (mandat d'un an). Il a oeuvré pour le développement du sport pour toutes et tous. Le PST a salué « un militant engagé pour la justice sociale, un magistrat proche de ses administrés et de la population, fidèle à la classe ouvrière ». La cérémonie d'adieu aura lieu mardi 9 juillet, à 14 h 45, à la chapelle des Rois, au cimetière des Rois, à Genève.

Michel Hubaut est décédé le 2 juillet à l'âge de 79 ans. Ancien agent EDF, militant de la FNME-CGT, il était secrétaire de la section du PCF de Wattrelos (Nord). Ses obsèques ont lieu ce 8 juillet, à 14 h 15, au crématorium de Wattrelos.

L'Humanité présente ses condoléances aux familles et aux proches.

Le Monde
France, lundi 8 juillet 2024 3192 mots, p. 2,3
Aussi paru dans
7 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde

A la veille du second tour, une France entre angoisse et espoir

Les électeurs sont suspendus aux résultats des législatives, dimanche 7 juillet

Christophe Ayad, Camille Bordenet, Solène Cordier, Béatrice Jérôme, Franck Johannès, Samuel Laurent, Eléa Pommiers, Frédéric Potet, Jordan Pouille (correspondant à Blois), Robin Richardot, Pascale Robert-Diard et Henri Seckel Christophe Ayad, Camille Bordenet, Solène Cordier, Béatrice Jérôme, Franck Johannès, Samuel Laurent, Eléa Pommiers, Frédéric Potet, Jordan Pouille (correspondant à Blois), Robin Richardot, Pascale Robert-Diard et Henri Seckel

C’est une France pleine comme un ballon sur le point d’éclater, de joie, de colère ou en sanglots. Seule certitude du moment, quelque chose va crever dimanche 7 juillet au soir après 20 heures : un abcès, une époque, un système ? Entre surexcitation et dépression, la France retient son souffle en attendant les résultats du second tour des élections législatives convoquées au lendemain du score historique du Rassemblement national (RN) aux européennes du 9 juin. Chacun, à sa manière, a l’impression d’être à la veille d’un tournant historique. Alors que l’extrême droite est en capacité de remporter une majorité − sinon absolue, au moins relative − à l’Assemblée nationale, certains parlent de « mai 1981 à l’envers », d’autres de « contre-mai 1968 ».

Tout un pays se tient au bord du vide, de l’inconnu, comme saisi de vertige. Croisée sur le marché d’Orvault (Loire-Atlantique), Marie-Agnès (qui n’a pas voulu indiquer son nom) se dit « horrifiée »à l’idée que le RN arrive au pouvoir. « La nuit j’y pense. Cela me réveille »,dit-elle. A 73 ans, elle regarde France 5 et Arte parce que les autres chaînes « ne vont pas au fond des sujets ».

«[Elle] voit dans les reportages à quelle vitesse la parole raciste se libère »et cela aussi « perturbe[s] es nuits », dit-elle. « Cela me dépasse qu’on puisse vouloir s’en prendre à tous les étrangers, Ils vont être maltraités, c’est sûr », s’alarme cette ancienne secrétaire dans un centre médico-social d’un quartier défavorisé de Nantes. « Je ne peux pas comprendre que des gens votent RN en disant“on ne les a pas essayés” et en ayant uniquement regardé TikTok,poursuit cette électrice de gauche. J’ai de la chance de vivre là où les gens n’ont pas majoritairement voté RN. Cela ne me rassure pas pour autant sur ce qui va se passer en France. Parce que nous sommes minoritaires. »

Depuis les élections européennes, un sentiment de peur sédimente lentement en Alain Bouakkaz, 67 ans, kabyle d’origine par son père, qui combattit dans la 2e division blindée française du général Leclerc, rencontré à Sancoins (Cher). « Ils vont faire un mal fou à la société, confie-t-il en parlant des futurs élus du RN. Ils vont supprimer toutes les associations qui leur sont hostiles, mettre la main sur les médias, inciter la police à multiplier des contrôles au faciès, placer les magistrats sous séquestre. » Sa crainte la plus directe : « Les atteintes qu’ils ne manqueront de porter aux libertés individuelles. »

« Je suis plus qu’inquiète, je suis traumatisée », lâche Béatrice Moulin-Martin, professeure des écoles retraitée et première adjointe à la mairie de Beaurepaire (Isère), la poitrine serrée, le visage de Simone Veil fièrement imprimé sur son tee-shirt. Elle voudrait « ne pas connaître » ce dimanche 7 juillet : « Ce qui m’inquiète, c’est le climat de suspicion qui s’installe déjà entre les gens. » Elle a deux garçons, deux belles-filles. Trois sont binationaux.

Pour d’autres, c’est au contraire l’enthousiasme qui grandit au fil des jours. « Non seulement j’ai espoir mais j’attends avec impatience dimanche », lance, fébrile, Christelle (qui n’a pas souhaité donner son nom), infirmière en hôpital croisée dans les rues de Vienne (Isère). Elle vient de serrer dans ses bras la candidate Les Républicains-RN Hanane Mansouri, a pris un selfie tout sourire avec elle et surtout le tract bleu montrant les visages de Jordan Bardella et d’Eric Ciotti. La mère de famille agite le tract comme si elle tenait une revanche. Son espoir, c’est celui qu’ « enfin on en finisse avec tous ces flux migratoires », qu’ « enfin on arrête de ponctionner les classes moyennes ». Son mari est dans l’informatique, ils ont deux enfants, elle « gagne bien sa vie ». Avant elle votait RPR et UMP, puis a commencé à voter « Marine » sous le quinquennat de François Hollande. « Et puis il y en a marre qu’on associe systématiquement le RN à des racistes. Voyez, ça montre qu’ils ont aussi des gens de couleur », dit-elle en désignant la jeune candidate. « Lâchez rien ! Et même si vous gagnez pas cette fois-là, ce sera la prochaine fois à coup sûr. »

Cette fébrilité qui s’est emparée de la Franceest palpable jusque dans les consultations des psychologues, où les allusions à « ce qui se passe » sont fréquentes. « Mais quand je leur demande ce que cela leur fait, la plupart disent ne pas être là pour ça. Ils ne sont pas encore prêts à en parler », remarque Joël Mabila, un psychothérapeute qui reçoit étudiants et personnels de l’université de Pau et des Pays-de-l’Adour, dans les Pyrénées-Atlantique. Au contraire, Karine Teepe note chez les patients aux profils variés de son cabinet parisien du quartier des Olympiades « un soulagement de pouvoir dire ce qu’ils ressentent : plutôt de la peur, et une certaine forme de sidération, même si quelques-uns sont passés à l’action, pour aller tracter en faveur d’un candidat, par exemple ».

« Inquiétude » et « tristesse »

L’inquiétude est encore plus vive et concrète pour celles qu’elle reçoit au sein de la Maison des femmes, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), une structure destinée aux plus défavorisées : « Celles qui sont étrangères se demandent si elles pourront renouveler leur titre de séjour. Elles perçoivent déjà une recrudescence des actes racistes. Elles ont peur pour leurs enfants ».« Il y a chez beaucoup de l’inquiétude pour l’avenir du pays, et de la tristesse devant la non-tolérance des uns et des autres », perçoit aussi Gladys Mondière, présidente de la Fédération française des psychologues et de psychologie, qui exerce en libéral à Lille.

Mattéo Mulas, 19 ans, militant du RN croisé sur le marché de Gisors (Eure), n’a aucun doute, et la fougue de son jeune âge : « J’ai pris ma carte il y a à peine quelques mois. Je me suis décidé à sauter le pas car le parti me paraît aujourd’hui prêt à gouverner. Nous nous renouvelons avec Jordan Bardella, alors que la gauche s’est déchiré lors des européennes. »Jérôme Delamare, retraité et sympathisant RN rencontré sur le même marché, se montre plus circonspect : « Pour moi, Marine Le Pen et Jordan Bardella se complètent, même si j’ai tendance à penser que 28 ans, c’est peut-être un peu jeune pour être premier ministre. » Mais il en faudrait plus pour le faire vaciller dans ses convictions : « Cela fait des années que je vote pour le Rassemblement national. La raison ? L’immigration. »L’immigration, un leitmotiv, une obsession.

C’est elle aussi qui motive le vote de Thierry et Bénédicte (les prénoms ont été changés), venus de l’Allier pour écouter le candidat RN Pierre Gentillet, qui tient une réunion publique à Saint-Amand-Montrond (Cher), dont Maurice Papon avait été le maire entre 1971 et 1983, avant sa condamnation, en 1998, pour complicité de crimes contre l’humanité. Ils l’admirent depuis ses prises de paroles hostiles à la vaccination contre le Covid-19 sur CNews. Lui, 52 ans, est agriculteur et elle, 49 ans, gérante d’entreprise. Ils avancent des gages de tolérance vis-à-vis des étrangers, invoquant ici « un grand-père italien », là une « employée marocaine irréprochable sur le plan du travail », plus loin « la parfaite intégration des immigrés portugais venus travailler dans le bâtiment ».

Mais une majorité absolue du RN à l’Assemblée nationale permettrait de juguler l’immigration et ce qu’ils décrivent comme un phénomène de lente substitution de l’identité française, proche de la – fausse, mais omniprésente – théorie du grand remplacement. « Notre pays accueille beaucoup d’étrangers. Il ne faudrait pas, à la longue, qu’ils transforment ce que nous sommes. C’est à eux de s’adapter à notre culture, et non l’inverse », estime Thierry. Leur fille a récemment passé un examen d’entrée en faculté de médecine : « On lui a demandé d’attacher ses cheveux afin de ne pas cacher une oreillette qui lui aurait permis de tricher. Mais les candidates voilées, en revanche, peuvent garder leur voile. Ce sont ces inégalités qui nous sont insupportables. »Jordan Bardella à Matignon ? Ils y croient de moins en moins depuis la mise en place du front républicain.

Au collège Oum-Kalthoum de Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui compte parmi les 10 % les plus défavorisés du pays, niché sur les hauteurs de la ville entre les cités du Bel Air et celle des Grands Pêchers, l’éventualité d’une victoire du RN affole. Au lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale, Benjamin Marol, professeur d’histoire-géographie depuis plus de vingt ans, a retrouvé des adolescents « paniqués ». « Comme en 2002, ils m’ont dit :“Ils vont nous renvoyer d’où on vient” », rapporte cet enseignant dont l’immense majorité des élèves est issue de l’immigration.

« Nos élèves seraient la cible d’un potentiel gouvernement d’extrême droite », s’alarme-t-il, effaré par les propositions visant les binationaux ou les étrangers autant que par celles visant à mettre fin au collège unique et à conférer à l’éducation prioritaire une mission d’ « assimilation » des élèves.

« On en parle beaucoup avec les collègues depuis trois semaines, on sait que l’école serait une tête de pont politique pour le RN et on se dit qu’on va morfler », souffle l’enseignant. Dans la salle des professeurs − dont plusieurs sont binationaux −, la pétition signée par plus de 3 000 cadres de l’éducation nationale affirmant qu’ils « n’obéiron[t] pas » à des politiques « en opposition avec les valeurs républicaines qui fondent nos métiers et justifient nos engagements » a été imprimée et placardée au mur.

A la veille du second tour, il partage avec plusieurs de ses collègues la sensation de « subir » : « J’ai face à moi des élèves qui ne votent pas, je suis dans une circonscription acquise à la gauche. Je me sens inutile », souffle-t-il. Quant au scénario alternatif d’une majorité introuvable, il l’inquiète à peine moins : « Vu l’état de l’éducation nationale et d’autres services publics aujourd’hui, on ne peut pas se payer le luxe de l’inaction. »

Comprendre la vague RN

Mercredi 3 juillet au soir, des Maliens se réunissaient dans un local de Bobigny pour parler élections, surtout celles au Haut Conseil des Maliens de France, instance représentative de la diaspora, qui ont eu lieu le dimanche 30 juin. Mais le sujet du RN émerge. « Ça m’étonnerait que le RN ait la majorité,relativise Karamoko Dembele, ingénieur informaticien de 35 ans, naturalisé en 2019. Leur programme est irréalisable. Peut-être que les gens vont davantage assumer leur phobie des étrangers, mais la France est un Etat de droit et on ne va pas se mettre de côté. »« Les immigrés ne doivent pas s’inquiéter », renchérit Kounady Sakiliba, une Franco-Malienne de 70 ans, qui a vu le « racisme » envers les immigrés supplanter les sentiments de « solidarité » et de « pitié » qui prévalaient, selon elle, à son arrivée en France en 1967. Pour autant, quand son mari lui assure qu’il faudra « plier bagage » en cas de victoire du RN, elle n’y croit pas.

Fille d’un réfugié politique espagnol, militante Parti socialiste séduite par Emmanuel Macron, Isabelle Soirat est la maire de Marolles, commune rurale de plus de 730 habitants du Loir-et-Cher : « Mon médecin traitant roumain, une femme formidable, m’a appelé l’autre jour pour savoir ce qui allait se passer pour elle et ses enfants si le RN arrivait au pouvoir ! Elle semblait vraiment inquiète. J’ai voulu la rassurer : on manque tellement de médecins en Loir-et-Cher que l’extrême droite n’arrivera jamais à la ficher dehors. » Le village est entouré des champs de quatre agriculteurs céréaliers. Blois est à 10 kilomètres à peine. Le bus ne circule pas dans Marolles en dehors du ramassage scolaire. « Quand je me dis qu’un votant sur trois dans ma commune a choisi le RN, ça me fait tout bizarre », avoue Isabelle Soirat.

Depuis le premier tour, la maire de Marolles se triture les méninges pour comprendre les raisons d’une telle vague. « J’ai une commune très calme, avec un seul cambriolage cette année et c’était notre local technique. Je n’ai déploré aucune dégradation, pas même un tag. Nous vivons face à une réserve naturelle classée, nous disposons d’un club d’athlétisme, d’un club de foot, d’un club de yoga et d’une belle école maternelle, raconte-t-elle. Il me semble qu’on a deux familles musulmanes, dont une femme voilée. Ces personnes votent et sont parfaitement intégrées, donc je m’interroge. »

« En réalité, poursuit-elle, on a aussi toute une part de la population, des trentenaires ou quarantenaires, qui ne s’intéressent pas du tout à la vie locale, sont centrés sur eux-mêmes, leurs désirs, se plaignent régulièrement de l’absence de petits commerces. Le dernier restaurant du village a fermé il y a vingt ans et le dernier boulanger, qui avait trois enfants, ne se versait pas un smic[salaire minimum de croissance] . A ces habitants, je dis :“Allez-y, lancez-vous, ouvrez un bar ou un restaurant et on vous soutiendra !” Mais ils ne font rien et attendent ce gouvernement prophétique qui réglera tout. L’avenir nous le dira. »

Derrière le comptoir de son café, dans un quartier sensible de Béziers (Hérault), Katia (le prénom a été modifié) fronce les sourcils dès qu’on lui parle politique. Elle ne veut pas donner son identité ni être prise en photo, « de peur des représailles ». Elle n’a pas voté aux européennes mais s’est déplacée pour les législatives. « Forcément à gauche », en tant que « Maghrébine et musulmane ». « Faut voter Bardella ! », lui lance un client franco-turc. Katia lui fait les gros yeux comme on gronde un enfant puis l’envoie gentiment balader d’un « t’es bête ». Il a en réalité voté La France insoumise « par dépit ».

Les deux se rejoignent sur leur ras-le-bol des propos antimusulmans. Katia serre les dents quand elle entend les propos racistes de certains clients. « On me dit :“Oui mais vous, c’est pas pareil.” J’ai entendu ça toute ma vie. Ça fait toujours aussi mal », témoigne-t-elle. La serveuse trouve que la situation empire ces derniers temps. La faute, selon elle, « au lavage de cerveau avec les médias ». L’après-midi, la télé du café diffuse habituellement les courses hippiques mais le patron oblige ses équipes à mettre BFM-TV le matin et le soir. Katia fait parfois de la résistance : « Le matin, je mets souvent des dessins animés. Je préfère. »

Un autre café, à Nîmes, dans le Gard. En fin de soirée, Stéphane, serveur dans une prestigieuse brasserie du centre-ville, raconte ses envies de partir pour Perpignan, « se rapprocher de la mer ». Puis le jeune homme, qui vit en couple avec son compagnon, se livre peu à peu sur son vote résolu en faveur de Jordan Bardella, le signe que « le RN a changé » et que le parti est surtout « le seul qu’on n’a pas essayé », le seul aussi à « pouvoir remettre de l’ordre » face à une France « qui part en vrille » : dictature des minorités, gauchisme omniprésent dans les médias et à l’Assemblée nationale, immigration incontrôlée, justice laxiste, criminalité qui explose… Stéphane récite une à une les obsessions de CNews, « la seule chaîne qui n’est pas totalement infestée par la gauche ». Il regarde la chaîne contrôlée par le milliardaire Vincent Bolloré plusieurs heures par jour, au point d’interdire à son compagnon de toucher à la télécommande pour mettre autre chose, un sujet fréquent de querelles dans leur couple.

Rencontré au centre LGBTQIA + de Paris et d’Ile-de-France, un lieu d’accueil et d’information situé dans le quartier du Marais de la capitale, Maxime, 34 ans, est inquiet, surtout « pour les autres ». Dans sa famille et son entourage d’origine, beaucoup votent RN. « Depuis le mariage pour tous, les homosexuels dérangent moins. Mais une petite musique est en train de monter sur les personnes transgenres, et l’éducation à la sexualité à l’école », observe-t-il. « Les gens mélangent beaucoup de choses », se désole ce cadre en entreprise.

Il voit monter autour de lui « une demande d’ordre, d’autorité », mais note aussi « des ambivalences » qui le rassurent, et le laissent « persuadé que même si le RN passe, ils n’auront pas le mandat pour déconstruire tout ce que notre histoire a construit ». Une petite dizaine de personnes patiente dans la salle d’attente du centre ; les uns attendent d’être reçus par une assistante sociale qui tient une permanence tous les jeudis, d’autres sont venus pour boire un café, partager un moment dans ce lieu d’accueil inconditionnel.

Revanche contre les élites

Ce grand ébranlement à venir renvoie chaque Français, quelles que soient ses convictions politiques, ses engagements ou ses fonctions précédentes, même les plus hautes, à une introspection. A Meymac (Corrèze), le candidat François Hollande s’est isolé à un bout de la place de l’église après avoir passé une heure à serrer des mains sur un marché. « C’est une campagne douloureuse parce que l’extrême droite est là, mais vous ne la voyez pas,dit l’ex-président de la République en montrant la foule. Parmi tous ces gens, il y en a un tiers qui a voté pour l’extrême droite. Dans certaines zones où je pouvais faire 70 % au premier tour par le passé, on voit parfois le RN à 40 %. » François Hollande se fait d’un coup songeur, et médite à voix haute : « Je me demande : quand est-ce qu’un pays bascule ? A quel moment un changement s’opère ? A quel moment on se dit : ‘‘Ce n’est plus possible d’avoir ouvert nos portes, et de vivre avec des gens différents’’ ? A quel moment on accepte de se donner, comme ça, à une autorité brutale ? Avant, on votait pour un candidat qui faisait une bonne campagne, ou qui avait un bon bilan si c’était le candidat sortant ».

Il y a dans l’air comme un air de revanche contre les élites, ceux qui décident de tout depuis Paris. Nathalie et Valérie sont attablées à la terrasse de La K’Bane, petit restaurant de Donzenac (Corrèze), quand débarque Francis Dubois, député (LR) sortant de la 1re circonscription de Corrèze qui s’est pris une claque au premier tour : troisième derrière François Hollande et une candidate RN inconnue qui n’a même pas fait campagne. « J’aimerais comprendre… », interroge-t-il. Nathalie : « Bah… Les gens se servent de cette élection pour faire passer un message, comme aux européennes quoi. Ils expriment un ras-le-bol. » Valérie, un peu gênée, ne dit pas un mot. On comprend pourquoi une fois Francis Dubois parti : elle avait voté pour lui en 2022, elle a voté RN cette fois. « Déception généralisée », « faut essayer », bredouille cette retoucheuse de 54 ans, avant de se carapater dans sa boutique pour ne plus avoir à nous répondre. Matthieu, 37 ans, rencontré dans le quartier populaire de la Morlande, à Avallon, résume cela d’une formule à la Coluche : « On aimerait remuer la merde en bas pour que ceux d’en haut la sentent un peu. »

L'Humanité
lundi 8 juillet 2024 190 mots, p. 5

Parti communiste En difficulté, le PCF sauve des députés

Diego Chauvet

« L es Français ont déjoué le scénario annoncé », s'est félicité Fabien Roussel. Le PCF sauve plusieurs de ses députés sortants, après un premier tour qui s'avérait difficile. Il obtiendrait 9 à 10 sièges, selon l'Ifop. Le président sortant du groupe GDR, André Chassaigne, est ainsi réélu face au RN. Au premier tour, il était arrivé en tête avec 37,7 % des suffrages, contre 37,02 % pour l'extrême droite.

En Seine-Maritime, Sébastien Jumel a été battu. Le député communiste sortant était arrivé second le 30 juin, à 34,5 %, contre 44,91 % pour le RN.

Sur une autre circonscription difficile, Pierre Dharréville perd également son siège dans les Bouches-du-Rhône face à l'extrême droite.

Au Havre en revanche, le communiste Jean-Paul Lecoq est réélu. Il était en ballottage favorable à l'issue du premier tour. Édouard Bénard, à Saint-Étienne-du-Rouvray, est lui aussi réélu. Nicolas Sansu, dans le Cher, conserve son siège.

Dans l'Allier, le sortant Yannick Monnet retrouve le Palais-Bourbon. Autres bonnes nouvelles pour le PCF, la communiste Soumya Bourouaha remporte une victoire en Seine-Saint-Denis, tandis qu'Emmanuel Maurel (GRS) est élu dans le Val-d'Oise.

L'Humanité
lundi 8 juillet 2024 782 mots, p. 15

Massoud Pezeshkian, un réformateur aux pouvoirs limités

Lina Sankari

Iran Élu avec 53,7 %, le nouveau président entend mener une diplomatie ouverte et desserrer l'étau sur les femmes. Sa marge de manoeuvre demeure limitée alors que les conservateurs ont la main sur l'essentiel des institutions.

L'élection de Massoud Pezeshkian à la présidence fera-t-elle l'effet d'une soupape pour la société iranienne ? La victoire de ce réformateur (53,7 %), un chirurgien, ex-ministre de la Santé (2001-2005), face à son concurrent conservateur Saïd Jalili (44,3 %), dont le camp était en proie à de fortes divisions, a créé la surprise. Si le pays a connu un regain de participation par rapport au premier tour (49,8 % contre 39,9 %), un Iranien sur deux n'a toutefois pas jugé utile de se déplacer, signe d'un profond malaise et d'une défiance persistante vis-à-vis du pouvoir. Les appels du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, à se rendre massivement aux urnes sont restés lettre morte. À cet égard, lors de son discours de victoire ce 6 juillet, Massoud Pezeshkian a envoyé un message d'unité, assurant vouloir « tendre la main de l'amitié à tout le monde ».

« sortir l'Iran de son isolement »

Ce scrutin, précipité par la disparition de l'ancien président Ebrahim Raïssi dans un accident d'hélicoptère le 19 mai, intervient dans un contexte explosif sur le plan économique et social, en particulier depuis la mort, le 16 septembre 2022, de Mahsa Jina Amini, cette étudiante décédée en détention après avoir été arrêtée par la police des moeurs pour « port de vêtements inappropriés ». Sa mort avait déclenché le mouvement Femme, vie, liberté et des mois d'intenses manifestations à travers le pays réprimées dans le sang. « Nous nous opposons à tout comportement violent et inhumain (...) notamment envers nos soeurs et nos filles, et nous ne permettrons pas que de tels actes se produisent », a-t-il martelé durant la campagne, laissant entrevoir un desserrement de l'étau sur les femmes au quotidien. Lors des débats télévisés, Massoud Pezeshkian, qui se présente comme la « voix des sans-voix », avait appelé à « régler » la question du voile obligatoire. La situation n'est guère plus reluisante sur le plan social. Le 20 juin, les travailleurs de plus de 90 sites de l'industrie pétrolière et gazière se sont ainsi mis en grève pour réclamer des hausses de salaire.

Le député de Tabriz (nord-ouest) s'est également dit en faveur d'une résolution du dossier du nucléaire iranien avec les États-Unis, qui s'étaient retirés de l'accord en 2018, trois années après sa signature. Le nouveau président entend renouer des « relations constructives » avec Washington et l'Europe afin de « sortir l'Iran de son isolement » et ainsi obtenir la levée des sanctions qui étouffent l'économie et maintiennent 40 % de la population dans le chômage. Vice-ministre de la Santé en 1997, il avait fait valoir sa détermination en soulignant : « Quand j'étais étudiant, je giflais le président de l'université. Quand je suis devenu président d'université, je giflais le président. Maintenant que je suis devenu ministre, je vais gifler Clinton. » Une déclaration qui avait suscité de nombreuses moqueries.

la mise en garde de Khamenei

Dans les faits, le guide suprême garde la main sur de nombreux dossiers, dont celui du nucléaire. La perspective d'une victoire de Donald Trump lors de la présidentielle de novembre aux États-Unis pourrait également doucher les espoirs de Massoud Pezeshkian. Sur le plan régional, en particulier vis-à-vis d'Israël, l'élection de ce dernier permet à Ali Khamenei d'apparaître plus souple sans toutefois faire de réelles concessions aux yeux des conservateurs et des gardiens de la révolution.

De quelles marges de manoeuvre dispose le nouveau président alors que l'essentiel des institutions du pays (judiciaires, sécuritaires et législatives) demeurent aux mains des conservateurs ? À l'issue des élections, le commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique, Hossein Salami, a expliqué vouloir renforcer sa coopération avec le nouvel exécutif. L'ayatollah Khamenei, qui a laissé le candidat réformateur concourir à la présidentielle afin de faire retomber la colère populaire, a quant à lui adressé un message en forme de mise en garde : « Je recommande à tous de coopérer et de bien réfléchir au progrès et à la dignité croissante du pays. (...) Je recommande également au président élu Dr Pezeshkian d'envisager des horizons brillants avec confiance en Dieu, et dans la poursuite du chemin du martyr Raïssi, et de tirer le meilleur profit des nombreuses capacités du pays, en particulier des ressources humaines jeunes, révolutionnaires et pieuses, pour le confort du peuple et le progrès du pays. »

Le parti communiste Tudeh, qui avait appelé au boycott du scrutin, présente Massoud Pezeshkian comme l'autre face du régime tout entier dévoué à la survie de ce dernier. Pour cette organisation, ce « spectacle électoral » n'est que le symbole d'une « République islamique en état de décomposition ».

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 1135 mots, p. AUJM4,AUJM5,AUJM5,AUJM6
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7 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
8 juillet 2024 - Le Parisien

Le grand flou du futur gouvernement

Faute de majorité absolue, aucun des trois blocs n'est en mesure de gouverner seul. La gauche, arrivée en tête ce dimanche, revendique le pouvoir, tandis qu'Emmanuel Macron n'a pas renoncé à son projet de grande coalition.

Olivier Beaumont

Emmanuel Macron avait fait la promesse d'un grand « moment de clarification » en organisant des élections législatives anticipées. Mais c'est pour l'instant le grand flou, même « un grand moment d'indétermination », selon les mots d'un Édouard Philippe désormais en rupture de ban avec le chef de l'État, qui prédominait dimanche à l'issue du second tour. Un scrutin sans vainqueur net, puisque aucun bloc n'a obtenu la majorité absolue, mais sans véritable vaincu non plus. Et deux camps qui s'affrontent désormais pour espérer gouverner le pays : d'un côté, le Nouveau Front populaire (NFP), arrivé en tête, et de l'autre, celui de la majorité sortante Ensemble qui rêve encore de pouvoir constituer une coalition avec des alliés venus des LR jusqu'aux divers gauche. Qui l'emportera ?

Tout va se jouer dans les prochains jours, au gré d'âpres discussions qui vont avoir lieu dans les états-majors des partis. Et plus encore à l'Assemblée nationale où les députés vont dès ce lundi prendre possession de leurs nouveaux bureaux, avant de passer quelques jours à former les nouveaux groupes parlementaires, puis procéder aux élections des présidents de groupes et aux nominations des postes clés. « Une fois que cette scénographie sera stabilisée, on saura plus précisément qui est prêt à travailler avec qui dans le cadre d'une future majorité gouvernementale », explique un observateur de la vie parlementaire. « La partie à l'Assemblée, c'est le premier round. Là où on va voir où sont les joueurs », enchérit un député Renaissance réélu.

Dimanche soir, l'Élysée a d'ailleurs fait savoir que « conformément à la tradition républicaine », Emmanuel Macron « attendra la structuration de la nouvelle Assemblée nationale pour prendre les décisions nécessaires ». Rien ne pourrait bouger, au mieux, d'ici la fin de cette semaine. D'autant qu'Emmanuel Macron doit s'envoler mardi en fin de journée, pour un déplacement de quarante-huit heures à Washington.

« On l'a fait, on a gagné, on va gouverner »

Mais le NFP ne l'entend pas de cette oreille et compte bien pousser son avantage. À peine les premiers résultats étaient tombés après 20 heures que Jean-Luc Mélenchon estimait que le président de la République avait « le devoir d'appeler le Nouveau Front populaire à gouverner », tout en réclamant la démission de Gabriel Attal. « Notre groupe est le premier groupe du socle républicain. Donc, c'est à partir de son projet que va se construire une majorité », a rebondi le sénateur écologiste Yannick Jadot. « On l'a fait, on a gagné, on va gouverner », a tranché sur le plateau de TF 1 la patronne des Verts Marine Tondelier. En clair, le NFP veut gouverner sur la base de son programme, celui présenté pendant la campagne législative. Mais avec quelle majorité, puisque avec 177 à 192 sièges dans l'hémicycle, il est loin des 289 nécessaires pour faire passer des lois ? « Sur les retraites (il réclame l'abrogation de la dernière réforme), je pense qu'on peut trouver une majorité. Sur le pouvoir d'achat, la transition écologique et les mesures fiscales, aussi », a avancé l'Insoumis Éric Coquerel, laissant entendre qu'il ne dirait pas non au soutien du RN au cas par cas...

Sauf que tous ne partagent pas cette analyse à gauche. En interne, l'inquiétude de voir LFI en situation hégémonique au sein d'une majorité gouvernementale monte déjà. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a ainsi réclamé dès dimanche soir « plus de démocratie » en interne. L'eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann s'est également démultiplié sur les plateaux télé pour dire : « C'est fini, Jupiter, mais il n'y aura pas Robespierre non plus ». Manière de renvoyer dos à dos Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Un trou de souris pour Macron et son projet

L'incapacité de la gauche à s'entendre sur une gouvernance, et sa propension naturelle à vite sombrer dans les divisions, voilà au fond le pari du chef de l'État pour espérer concrétiser - dans un trou de souris ? - son projet de coalition. Lors d'une réunion organisée en début de soirée à l'Élysée avec Gabriel Attal et les chefs de la majorité sortante, Emmanuel Macron a fixé son objectif : « Il faut réussir à faire dans les prochains jours et les prochaines semaines, ce que nous n'avons pas réussi à faire en 2022 ». À savoir poursuivre le dépassement politique et élargir sa majorité au-delà des simples rives macronistes. Puis d'inviter les siens à « garder en tête que cette élection peut permettre la constitution d'une coalition d'idées ». Avec un calcul assez simple à ses yeux : « En l'état, le bloc Nouveau Front populaire est certes en tête, mais sans réserve de voix dans l'hémicycle. Alors que le bloc central, s'il parvenait à s'entendre, pourrait dépasser les 289 sièges », calcule un de ses exégètes. « La seule question qui vaille, c'est qui peut atteindre une majorité en évitant une motion de censure », appuie un autre soutien, en pensant forcément à Ensemble et à de potentiels alliés... venus essentiellement de LR. Pas si simple cependant.

Larcher se tient à l'écart de cette « tambouille »

À peine élu en Haute-Loire, Laurent Wauquiez (LR) a déjà formulé une fin de non-recevoir : « Je vois bien la tentation des tractations, des combinaisons, pour échafauder des majorités contre-nature. Ce sera sans nous. Notre démocratie a trop souffert de cela. C'est cette confusion et ce flou permanent qui ont mené la France là où elle est aujourd'hui ». Emmanuel Macron ne pourra pas non plus compter sur un appui du président du Sénat Gérard Larcher pour l'aider dans cette entreprise. « Il se tient loin de toute cette tambouille. Dans ce bordel ambiant, le facteur de stabilité reste le Sénat. Il veut donc protéger le Sénat », précise son entourage, confirmant, par ailleurs, qu'il n'avait « pas l'intention d'aller à Matignon ».

Car une autre question reste aussi en suspens : qui pour succéder à Gabriel Attal en cas de coalition ? Le Premier ministre, qui remettra ce lundi matin sa démission au président de la République, pourrait se la voir refuser pour gérer quelques jours (ou semaines) encore la période de transition « aussi longtemps que le devoir l'exigera », a-t-il réagi, alors que les Jeux olympiques se profilent. Mais il n'ira pas plus loin. « Il ne veut pas donner l'impression de s'accrocher, même dans le cadre d'un nouveau gouvernement », explique un proche. Le profil du successeur reste un mystère. Mais un pilier de fixer au moins un critère : « Vu la cote de désamour d'Emmanuel Macron dans les sondages d'opinion, le futur Premier ministre devra être le plus éloigné possible de lui s'il veut réussir dans sa mission ». Le feuilleton continue. Le grand flou encore plus.

Libération
lundi 8 juillet 2024 314 mots, p. 12

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

EURE-ET-LOIR GRÂCE AU FRONT RÉPUBLICAIN, OLIVIER MARLEIX ÉLU DÉPUTÉ DE L’ANET

VICTOR BOITEAU

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

FP Un survivant. Sonné par le score de son adversaire RN au premier tour – 38,3 % –, Olivier Marleix a sauvé son siège dans la 2e circonscription de l’Eureet-Loir (Centre-Val de Loire). L’ex-chef des députés LR a rattrapé ses 5 889 voix de retard du premier tour et coiffé Olivier Dubois, le prétendant RN (42,74 %), avec 57,26 % au second tour.

A Chez Les Républicains, peu d’élus pensaient la remontée réalisable, dans ce territoire où le RN a particulièrement le vent en poupe. «Marleix, c’est mal barré», lâchait, fataliste, un cadre LR dans l’entre-deux tours. Et pourtant… L’ancien maire d’Anet a pu compter sur sa notoriété locale mais surtout sur les voix de la gauche et des macronistes. A l’issue du premier tour, la candidate du Nouveau Front populaire, Nadia Faveris, s’est désistée et a appelé à faire barrage à l’extrême droite. Tout comme le candidat de la majorité présidentielle, Florent Mazy. Figure d’une droite raide, Marleix s’est bien gardé de cogner sur la gauche durant cette semaine de campagne. Il n’avait pas non plus signé le communiqué des barons du parti, au soir du premier tour, appelant au «ni-ni» : ni le RN, ni le bloc de gauche.

Patron d’une PME francilienne, inconnu dans le département, le candidat d’extrême droite a, lui, surfé sur les bons scores de son camp dans le département. Aux européennes, la liste de Jordan Bardella y a recueilli près de 38 %, 10 points de plus qu’en 2019. Une poussée qui ne se concrétise pas dimanche, puisque le département n’envoie aucun élu Rassemblement national à l’Assemblée. En 2022, Marleix s’était déjà largement imposé au second tour (62,33 %) face à un candidat mariniste, Aleksandar Nikolic (37,67 %).

Le Figaro, no. 24843
Le Figaro, lundi 8 juillet 2024 80 mots, p. 6

Politique

Yaël BRAUN-PIVET 9e circonscription des Yvelines

Service politique du Figaro, Service politique du Figaro

Yaël Braun-Pivet n'avait pas caché son amertume d'en revenir aux urnes. La présidente sortante de l'Assemblée nationale, qui rêve d'un retour au perchoir et d'une large « coalition » allant de la droite modérée aux communistes, ne devait pas trébucher, après avoir largement distancé (42,76 %) au premier tour son rival Insoumis Yassine Benyettou (27,31 %) et le maire de Maisons-Laffitte, Jacques Myard (22,90 %, LR-RN), ancien député qu'elle a battu en 2017.

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Edition Principale
_Le Fait du jour, lundi 8 juillet 2024 665 mots, p. AUJM17
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8 juillet 2024 - Le Parisien

Xavier Bertrand veut continuer de peser à droite

Le président LR de la région Hauts-de-France a été très présent pendant la campagne, médiatiquement et sur le terrain, avec une volonté non dissimulée de jouer les premiers rôles.

Quentin Laurent

On l'a vu dans le Nord, le Pas-de-Calais, l'Aisne, à Paris ou en Essonne. Et aussi, de manière quasi quotidienne ou presque dans des médias locaux ou nationaux depuis bientôt un mois. C'est simple : depuis l'annonce de la dissolution par Emmanuel Macron au soir des européennes, le 9 juin, jusqu'à ce dimanche de second tour des législatives, Xavier Bertrand était partout. Le président (LR) de la région Hauts-de-France s'est démultiplié pendant cette campagne imprévue pour aller soutenir çà et là les candidats de la droite de sa région, souvent en posture difficile, ou d'autres dont il est proche.

Alors que la quasi-totalité des ténors de la famille Les Républicains était concentrée sur sa propre circonscription, d'Annie Genevard à Laurent Wauquiez en passant par Aurélien Pradié, l'ancien ministre de la Santé, non-candidat lui-même, s'est installé dans le costume laissé vacant de figure de proue de la droite républicaine opposée à toute union avec le RN. « Je n'ai jamais aimé Xavier Bertrand. Mais il mouille la chemise », reconnaissait un député LR en campagne, quand d'autres ont salué son activisme sur la boucle WhatsApp des candidats.

« Une voix de la sagesse »

« J'appelle les Françaises et les Français à voter pour les candidats des Républicains et des Indépendants [...]. Ils sont les seuls capables de nous éviter à la fois le RN, le Front populaire et le statu quo macroniste », avait écrit l'élu picard dans une lettre publiée par « le Figaro » avant le premier tour. Il refusait alors à Emmanuel Macron la qualité de seul rempart contre l'extrême droite, et l'a accusé à de nombreuses reprises ces derniers jours d'avoir « perdu pied », lui demandant de tirer les leçons du scrutin des législatives qui ont sanctionné l'ex-majorité présidentielle. Tant pis si sa région a perdu des députés LR à l'aune de ce nouveau scrutin.

Surtout, la semaine précédent le second tour, Xavier Bertrand a essaimé dans les médias pour affirmer qu'il y avait « d'autres alternatives qu'un gouvernement RN ou une coalition d'arrière-boutique d'hier » qui verrait des partis différents s'allier pour bloquer le passage à Jordan Bardella et Marine Le Pen. Et d'esquisser les contours d'un « gouvernement provisoire de la République pour reconstruire notre pays », « rassemblant les hommes et les femmes de bonne volonté capables de s'ouvrir sur un projet concret »; le tout sans les Insoumis ou le RN. C'est le « temps de la démocratie parlementaire », prévenait-il dès vendredi sur Franceinfo, en souhaitant porter dans ce temps politique chahuté « une voix de la sagesse », indique un proche.

Le match déjà lancé avec Wauquiez

Donnant une impression : que Xavier Bertrand était en train de dessiner un profil de poste inédit pour une crise qui ne l'est pas moins, et surtout taillé à sa mesure, à lui. Une offre d'emploi au président de la République ? « Je ne suis pas venu ici à 7 h 55 vous dire : Je suis à la recherche d'un emploi, ce n'est pas le genre de la maison Bertrand. Ça se décidera au sein de l'Assemblée », a-t-il répondu sur France Inter.

Pourtant sèchement battu au premier tour de la primaire de la droite en 2021, le chef de région n'a jamais renoncé à jouer les premiers rôles. L'homme l'a encore redit début 2024, il faudra compter sur lui pour la prochaine présidentielle. « Il sait que Laurent Wauquiez le bloque sur la droite historique, mais peut viser le leadership sur la droite macroniste qui peut chercher un successeur qui ne soit pas comptable (ou coupable) du bilan », phosphore un wauquieziste. De retour à l'Assemblée, le patron de la région Auvergne - Rhône-Alpes ne lui fera aucun cadeau. Le match des ambitieux pour 2027 est déjà relancé.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, dimanche 7 juillet 2024 1882 mots, p. AUJM10,AUJM11,AUJM11,AUJM12
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6 juillet 2024 - Le Parisien (site web)
7 juillet 2024 - Le Parisien

Les points chauds du scrutin

Ce dimanche, pour bon nombre de personnalités, les triangulaires et les hypothétiques reports de voix laissent planer le suspense sur la possibilité d'être élu ou non.

Victor Tassel

Le moment de vérité est venu. Les Français sont appelés aux urnes, ce dimanche, pour le second tour des élections législatives. Un vote présenté comme le plus important de l'histoire de la V e République. Au-delà des enjeux nationaux de ce scrutin historique, entre l'hypothèse d'une majorité relative ou absolue du RN et l'affaiblissement de la majorité présidentielle, le sort de plusieurs personnalités politiques est en suspens.

De François Ruffin, qui a acté cette semaine son « divorce à l'amiable », selon lui, avec Jean-Luc Mélenchon, à Laurent Wauquiez, talonné par le RN, en passant par Élisabeth Borne, dont le bilan à Matignon pourrait lui coûter la victoire, ou Philippe Poutou, très largement distancé par le RN... Tour d'horizon des points chauds à suivre.

Éric Ciotti

en passe de réussir son pari

Le président officiel des Républicains s'avance vers le second tour avec une certaine sérénité. Son alliance avec le Rassemblement national, tant décriée par les ténors de LR, devrait lui permettre de garder son siège de député dans la première circonscription des Alpes-Maritimes. Éric Ciotti est arrivé en tête (41,04 %) avec une large avance sur ses deux concurrents, Olivier Salerno (NFP, 26,62 %) et Graig Monetti (Horizons, 22,79 %), envoyé par le maire de Nice, et pire ennemi de Ciotti, Christian Estrosi. Aucun désistement n'a eu lieu. Sans report de voix possible pour lui barrer la route, la victoire semble acquise, ou presque.

Gabriel Attal

Un avenir en pointillé

Dans la 10 e circonscription des Hauts-de-Seine, le Premier ministre se présente au second tour dans une position confortable. Sa première place, dimanche dernier (43,85 %), devant la candidate NFP Cécile Soubelet (35,53 %) et le RN (13,21 %) devrait lui permettre de l'emporter. Sur tous les fronts depuis trois semaines, le chef de file de la campagne de la bientôt ex-majorité présidentielle se bat pour rester locataire de Matignon. Au vu des sondages, cette perspective semble s'éloigner. Son avenir dépend des équilibres de l'Assemblée nationale. Sera-t-il délogé, dès la semaine prochaine, par Jordan Bardella en cas de majorité absolue pour le RN ? Ou restera-t-il pour gérer les affaires courantes, en attendant la nomination d'un gouvernement de coalition ? Réponse dimanche soir... ou pas.

François Ruffin

appels du pied aux macronistes

En guerre ouverte avec le leader Insoumis, qu'il accuse d'être un « boulet » pour l'union de la gauche, François Ruffin joue sa survie politique dans la 1 re circonscription de la Somme. Le Picard, aspirant candidat à la présidentielle de 2027, se retrouve en grande difficulté. La candidate RN, Nathalie Ribeiro Billet, l'a largement devancé au premier tour (40,69 % contre 33,92 %). François Ruffin a besoin des voix des électeurs de la candidate macroniste (22,68 %), qui s'est désistée en sa faveur dès dimanche soir dernier.

Ces derniers jours, il semble envoyer des signaux à ces derniers, annonçant par exemple qu'il ne « siégera pas avec LFI » s'il est réélu à l'Assemblée nationale. Sur son tract de campagne, il affiche même une phrase de soutien de François Bayrou. Cela suffira-t-il à inverser la tendance ?

François Hollande

au défi d'une triangulaire

L'ancien président de la République va-t-il réussir son pari ? Il est arrivé en tête au premier tour dans la 1 re circonscription de Corrèze, avec 37,63 % des suffrages, devant la candidate RN Maïtey Pouget (30,89 %) et le député sortant LR Francis Dubois (28,64 %).

Une triangulaire à haut risque se présente ainsi au second tour. Si la dynamique reste la même, François Hollande devrait pouvoir retrouver un mandat de député. Des reports de voix des électeurs LR vers la candidate RN, ou inversement, pour empêcher le président d'empocher la victoire sont également possibles. Une baisse de la participation, très forte au premier tour (75 %), et donc une déperdition de voix pourrait également le desservir.

Laurent Wauquiez

talonné par le RN

Le retour du président de la région Auvergne - Rhône- Alpes sur la scène nationale est plus compliqué que prévu. Dans la 1 re circonscription de Haute-Loire, son fief, Laurent Wauquiez (36,8 %) est au coude-à-coude avec le candidat RN parachuté Alexandre Heuzey (34,18 %). Moins de deux mille voix les séparent. L'issue du vote, dimanche, est plus que jamais indécise. Tout dépendra des reports de voix des électeurs du NFP et de ceux de la majorité présidentielle, mais aussi de l'efficacité, ou pas, des consignes de vote appelant à faire barrage au RN. Une défaite de Laurent Wauquiez, déjà empêtré dans la dislocation des LR, compromettrait grandement une candidature à la présidentielle.

Olivier Marleix

un LR « canal historique » menacé par le RN

Lui aussi paie la décomposition de sa famille politique et subit la vague RN, qui a déferlé sur toute la France lors du premier tour. Élu depuis 2012 dans la 2 e circonscription d'Eure-et-Loir, l'ex-président du groupe LR à l'Assemblée nationale accuse un retard de 13 points. Il n'a obtenu que 25,92 % des suffrages, loin derrière le candidat du RN, Olivier Dubois (38,33 %).

Seul espoir, le désistement de la candidate du NFP Nadia Faveris (25,59 %). Il a ainsi besoin des voix des électeurs de gauche pour garder son siège. Il s'est d'ailleurs abstenu de tenir la même ligne que les ténors LR « canal historique », appelant à ne voter ni pour LFI ni pour le RN.

Élisabeth Borne

réforme des retraites et 49.3 : des boulets aux pieds

L'ancienne Première ministre est en délicate position dans la 6 e circonscription du Calvados. Elle est arrivée deuxième (28,93 %) derrière le candidat RN Nicolas Calbrix (36,26 %). Noé Gauchard (23,16 %), le candidat NFP déjà présent en 2022, s'est désisté conformément aux consignes édictées par la direction de LFI.

Il reste, malgré tout, une grande interrogation sur la volonté des électeurs de gauche de voter pour Élisabeth Borne, eux qui n'ont digéré ni la réforme des retraites, ni la loi Immigration, ni les multiples 49.3. Ce dimanche, son bilan à Matignon pourrait-il peser lourd et lui revenir comme un boomerang ?

Gérald Darmanin

mise sur les électeurs

de gauche pour gagner

Comme son ancienne Première ministre, le bientôt ancien ministre de l'Intérieur compte sur les électeurs du NFP pour ne pas voir son concurrent du RN, Bastien Verbrugghe, l'emporter dans son fief de Tourcoing (Nord). Au premier tour, Gérald Darmanin l'a devancé d'un cheveu (36,03 % contre 34,31 %). Le retrait de Leslie Mortreux (24,82 %, NFP) est censé lui être favorable. Les électeurs de gauche, lassés de « voter contre » ou heurtés par la loi Immigration qu'il a portée, se reporteront-ils comme un seul homme ? Réponse ce dimanche. Une défaite constituerait une claque pour celui qui s'imagine jouer un rôle de premier plan à l'avenir.

Olivier Véran

pris en tenaille entre le NFP et le LR-RN

La situation de l'ancien ministre de la Santé et porte-parole du gouvernement dans la 1 re circonscription de l'Isère ressemble étrangement aux projections de l'Assemblée nationale, avec trois blocs. Olivier Véran est arrivé deuxième (33,62 %), entre le candidat NFP Hugo Prévost (40,19 %) et celui du RN, Alexandre Lacroix (18,34 %). Dans cette triangulaire sans désistement, il est obligé de se démener pour espérer garder son siège. Alors qu'il est pris en tenaille, sa situation apparaît difficile.

Alexis Corbière et Danielle Simonnet

les survivants de la purge

Les deux candidats dissidents du NFP, en disgrâce auprès de la direction de LFI et Jean-Luc Mélenchon, espèrent ressortir gagnants de leurs duels fratricides. Dans des circonscriptions ancrées à gauche et sans risque RN, la 7 e de Seine-Saint-Denis pour Alexis Corbière et la 15 e de Paris pour Danielle Simonnet, ils ont distancé leurs concurrents officiellement investis par le NFP. Lui de 4 points (40,19 %) face à Sabrina Ali-Benali (36,39 %), et elle (41,87 %) de 20 points sur la cégétiste Céline Verzeletti (22,87 %), déterminée à se maintenir coûte que coûte. Les deux parias de LFI semblent en mesure de continuer à tenir tête aux leaders Insoumis à l'Assemblée.

Stanislas Guerini

macroniste de la première heure en voie de disparition

L'élection s'annonçait difficile pour ce proche d'Emmanuel Macron, à ses côtés depuis le premier jour. Elle ressemble à une bérézina. Le ministre de la Fonction publique a été (très) largement distancé par sa rivale du NFP, Léa Balage El Mariky, dans la 3 e circonscription de Paris. Stanislas Guerini doit combler un retard de plus de 12 points (46,15 % contre 33,99 %). Une gageure, alors qu'il ne peut pas compter sur un report de voix massif. Peut-être venus des électeurs de Paul Hatte (LR, 7,78 %) ou quelques-uns de la RN Olga Podolskaia (8,89 %). Mais la victoire semble difficile. En ballottage défavorable, Stanislas Guerini pourrait quitter la scène politique. Signe, s'il en fallait un, de l'ambiance crépusculaire en macronie.

Yaël Braun-Pivet

un probable retour à l'Assemblée nationale... mais pas au perchoir

La présidente de l'Assemblée nationale semble bien partie pour sa réélection. Arrivée en tête (42,79 %) dans sa 5 e circonscription des Yvelines, elle se retrouve dans une triangulaire au second tour, avec un candidat NFP, Yassine Benyettou (27,31 %), et un LR rallié au RN, Jacques Myiard (22,90 %).

Son avance, confortable, de dimanche dernier lui permet d'aborder le second tour avec sérénité. Yaël Braun-Pivet devrait garder son siège de députée mais pas son perchoir, auquel elle est installée depuis 2022. À moins qu'elle apparaisse comme la personnalité idoine d'une hypothétique coalition, allant de la gauche à la droite. Une perspective peu crédible.

Dominique Voynet

un retour en politique contrarié

L'écologiste, investie par le NFP dans la 2 e circonscription du Doubs, a devancé d'un cheveu son rival du RN, Éric Fusis (34,16 % contre 30,12 %), au premier tour dimanche dernier. L'ancienne candidate aux élections présidentielles de 1995 et 2007 peut espérer tirer profit du désistement du représentant de Renaissance, Benoît Vuillemin (26,79 %).

Comme dans de nombreuses autres circonscriptions, le sort de Dominique Voynet dépendra du respect des consignes de vote pour faire barrage au RN. Sans les électeurs macronistes, son retour en politique pourrait virer à l'échec.

Philippe Poutou

veut croire à l'impossible

La victoire du triple candidat à la présidentielle (2012, 2017, 2022) paraît quasi impossible dans la 1 re circonscription de l'Aude. Le leader du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) s'est hissé au second tour de justesse (18,70 %). Son adversaire du RN, Christophe Barthès, était à deux doigts d'être élu au premier tour (49,33 %). Rattraper un tel retard semble bien difficile, d'autant plus avec la forte participation au premier tour (70,01 %).

Même les hypothétiques reports de voix venus du dissident à gauche (12,68 %) et du candidat macroniste (16,86 %) paraissent insuffisants. Ses prises de position controversées sur la police, qu'il souhaite désarmer, l'ont sans doute desservi à Trèbes, là où le colonel Arnaud Beltrame est mort en héros lors d'une attaque terroriste dans un supermarché en mars 2018.

Aujourd'hui en France
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_Le Fait du jour, dimanche 7 juillet 2024 606 mots, p. AUJM9
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7 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

LR ou l'opération « sauver les meubles »

Les Républicains espèrent faire élire une quarantaine de députés, au lieu de 61 dans la précédente Assemblée nationale. Ils doivent aussi éviter l'hémorragie d'élus vers les macronistes ou le RN.

Quentin Laurent(avec M.M.)

Le parti les Républicains a un avantage sur ses adversaires : il s'est déjà trop affaibli ces dernières années pour pouvoir avoir le luxe de tomber de haut. Ainsi en sera-t-il vraisemblablement de ces élections législatives indésirées : il n'a pas les moyens de s'y rendre en ambitieux, mais peut au moins se targuer d'être en position de sauver les meubles. Enfin, il l'espère.

La droite sait qu'elle n'est portée par aucune dynamique, et c'est bien pour cela que tous les candidats LR ont mené une campagne d'hyperproximité, faisant jouer leur seul avantage comparatif : un ancrage local souvent ancien, en espérant que ces racines leur permettraient de résister à la bourrasque RN qui sévit dans tout le pays et a déjà fait tomber de nombreuses têtes. Tout en sachant que, pour certains, ça ne suffirait pas.

Ils étaient 61 députés les Républicains depuis 2022, avant le coup de bonneteau d'Emmanuel Macron. Éric Ciotti et son obligée Christelle D'Intorni ont viré casaque, séduits par la dynamique du RN. Un député sortant a été élu au premier tour tandis qu'un autre y chutait. Les experts les plus optimistes au sein de LR pensent que le parti pourrait sauver un peu moins d'une quarantaine de sièges, et en conquérir une poignée de nouveaux.

Menacé de disparition dans certains territoires

Des pertes sont attendues, et la formation dont Annie Genevard et François-Xavier Bellamy sont les deux figures de proue pourrait disparaître de certains territoires. Il n'y aura peut-être plus de député LR dans les Hauts-de-France, dimanche soir. Mais LR pourra peut-être, en revanche, faire entrer un peu de sang neuf en Île-de-France et via le Calvados. Et ensuite ? De la composition de cette nouvelle Assemblée - majorité absolue, relative pour le RN ? - découlera le rôle de la nouvelle escouade LR. « À très court terme, il faut rester indépendant et être un groupe pilier, des élus qui empêchent les autres de faire n'importe quoi », tente d'esquisser un candidat encore en course. Tenir : ne céder ni aux sirènes frontistes ni aux mains tendues macronistes. « Quand on se fait élire contre le RN, on ne va pas au RN », assure un cadre de LR. L'ancienne majorité présidentielle ne manquera pas elle aussi d'essayer de s'attacher les services d'élus LR Macron compatible, mais sa force d'attraction est devenue bien faible.

Charge incombera alors à Laurent Wauquiez, dont l'élection en Haute-Loire est jugée très probable dimanche soir, de réussir à tenir ce qu'il restera de troupes, et de prouver que LR a encore un rôle à jouer. Le médiatique et ambitieux Aurélien Pradié, qui devrait être réélu dans le Lot, avait déclaré avant le premier tour que « LR est mort » et qu'il décidait avec quelques-uns de ses amis de se présenter sans l'étiquette de son parti. Restera-t-il malgré tout arrimé au futur vaisseau parlementaire que pourrait piloter Wauquiez ?

« Les LR... j'ai le sentiment que ces gens sont dépassés. Ils ont perdu une occasion... », confiait ces jours-ci Éric Ciotti en privé, alors que lui a décidé unilatéralement de nouer une alliance avec le Rassemblement national. Il espère avoir son propre groupe dans la future Assemblée - ce n'est pas encore acquis - mais il n'est pas écrit que son équipe et celle de Wauquiez n'aient de bonnes relations. Ce dernier aspirait à revenir à l'Assemblée nationale comme un premier pas vers la présidentielle de 2027. Tout cela paraît encore bien loin.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, dimanche 7 juillet 2024 848 mots, p. AUJM8
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7 juillet 2024 - Le Parisien

L'avenir incertain du Nouveau Front populaire

Le second tour pourrait dessiner un nouveau rapport de forces, moins favorable aux Insoumis. Et son unité menace de se fracturer sur la participation à un éventuel gouvernement d'union nationale.

Julien Dufféet Pierre Maurer

Monté aussi rapidement qu'une barricade au lendemain de la dissolution, le (tout) Nouveau Front populaire (NFP) s'interroge déjà sur son avenir. Fort de ses 28 % au premier tour et après avoir consenti à quelque 130 désistements (sur les 220 opérés au total) au nom du front républicain, le cartel qui réunit Insoumis, socialistes, écologistes et communistes peut espérer faire mieux que feu la Nupes en 2022. Les dernières projections lui donnent de 145 à 175 sièges, selon un sondage Ispos-Talan publié vendredi pour « le Monde », France Télévisions et Radio France. Devant les députés d'Ensemble mais derrière ceux du RN et de ses alliés qui n'auraient pas de majorité absolue. La mission initiale du NFP pourrait donc être remplie, même si certaines voix à gauche alertent : « La majorité absolue du Rassemblement national n'est pas écartée », prévient l'eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann.

Dans une Assemblée archipélisée où aucun bloc n'aurait de majorité absolue, l'alliance pourrait néanmoins vite se fracturer sur l'hypothèse d'un gouvernement d'union nationale, une coalition anti-RN qui irait de la gauche sociale-démocrate aux LR en passant par les macronistes. Chez les socialistes, les écologistes et les communistes, on ne ferme pas la porte à la condition que la gauche soit aux manettes. « Appeler des députés d'autres bords sur notre centre de gravité, c'est une position à envisager », confie une responsable du PS. « Il faudrait quand même que l'ex-majorité fasse de sacrés bougés sur le fond », prévient une autre. Sauf que pour la France insoumise, qui veut appliquer « tout le programme, rien que le programme » du NFP, c'est niet. « On a vu ce que ce type de gouvernement a donné en Italie : l'arrivée de l'extrême droite de Meloni. Vous vous sauvez une fois mais celle d'après, c'est pire », balaye le député LFI Éric Coquerel.

Érosion chez LFI

Avant même que la question du gouvernement ne se pose, le scrutin de dimanche devrait acter un nouveau rapport de forces à gauche. Avec une possible fin de l'hégémonie de la France insoumise. Un stratège socialiste prédit que son contingent de députés sera « à touche-touche » avec celui de LFI, pariant sur 50 à 75 sièges (contre 31 dans le groupe sortant). « On peut déjà dire que le PS, le PCF et les Écologistes pèseront bien plus que les Insoumis dans la future Assemblée. On va vers un rééquilibrage de l'alliance », se réjouit un cadre PS. Chez LFI, on espère limiter l'érosion. « Même en cas de reports pourris, on aura du mal à descendre sous les 50 sièges (contre 75 dans le groupe sortant) », calcule un responsable, en incluant des défections désormais inévitables.

S'il est réélu dans la Somme, François Ruffin a déjà annoncé qu'il ne siégerait pas avec les Insoumis. Il pourrait emmener dans son sillage d'autres frondeurs : Clémentine Autain, réélue au premier tour, mais aussi les « purgés » de LFI en ballottage favorable (Alexis Corbière, Danielle Simonnet et Hendrik Davi) ou le ruffiniste Christophe Bex, sortant de Haute-Garonne. Un écologiste évoque déjà la possibilité de les intégrer dès lundi dans un groupe parlementaire écologiste élargi, un « nouveau pôle démocratique, écologiste et social ».

Le casse-tête Mélenchon

Coordinateur de LFI, Manuel Bompard a déjà anticipé ces départs. « Ce sera une clarification. Ne siégeront dans notre groupe que des gens en accord avec la stratégie et qui ne font pas des négociations parallèles au détriment du mouvement et des militants », tacle-t-il. « On fera un groupe au carré et soudé », résume Paul Vannier, député réélu dimanche.

Pour ceux qui en doutaient encore, la recomposition à venir à gauche se dessine avec la figure de Jean-Luc Mélenchon comme ligne de clivage et la prochaine présidentielle comme ligne d'horizon. Pour la plupart des socialistes et beaucoup d'écologistes et de communistes, le tribun est jugé pas assez rassembleur, voire carrément repoussoir, et l'avenir doit s'écrire sans lui et ses fidèles. Jeudi soir, sur TF 1, le triple candidat à la présidentielle a évoqué une possible démission du chef de l'État en cas de blocage. En cas de présidentielle anticipée, nul doute qu'il serait prêt à rempiler. « Mélenchon est persuadé que la force va à la force. Mais en physique, la force s'épuise aussi... », met en garde un écologiste.

Dès lundi, la gauche non mélenchoniste cherchera donc à se rassembler en vue d'une candidature commune. Pour l'instant, aucun présidentiable alternatif ne se dégage clairement. François Ruffin ? Sa carrière politique pourrait s'arrêter net dimanche. Clémentine Autain ? Elle y réfléchit depuis des mois. Raphaël Glucksmann ? Vendredi, sur RTL, il a acté « la fin de l'hégémonie culturelle, politique, idéologique de Jean-Luc Mélenchon » et a de nouveau appelé à l'émergence d'une « gauche responsable et qui apaise le pays ». Dimanche soir, un certain François Hollande pourrait également faire son retour à l'Assemblée. « Ça va être un sujet de gestion, anticipe déjà un cadre PS. Vous imaginez la dinguerie ? Hollande qui participe aux questions au gouvernement. » Comme tout le pays, la gauche entre en terra incognita.

Aujourd'hui en France
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_ActuD, dimanche 7 juillet 2024 458 mots, p. AUJM12
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7 juillet 2024 - Le Parisien

Iran : qui est Massoud Pezeshkian, le réformateur élu président ?

Ce chirurgien de profession a créé la surprise en arrivant en tête des élections iraniennes vendredi.

Salomé Vincendon

Nul n'aurait parié sur lui. Le réformateur Massoud Pezeshkian, un député de 69 ans qui plaide pour une ouverture de l'Iran vers l'Occident, a pourtant remporté samedi le second tour de la présidentielle, devant l'ultraconservateur Saïd Jalili. Organisée à la hâte après le décès du président Ebrahim Raïssi dans un accident d'hélicoptère en mai, la présidentielle s'est tenue dans un contexte de mécontentement populaire, notamment dû à l'état de l'économie, frappée par des sanctions internationales.

À l'issue du second tour du scrutin vendredi, Massoud Pezeshkian, surnommé « le Docteur », a recueilli plus de 16 millions de voix. Ce député de Tabriz, ville du nord-ouest de l'Iran, était le seul réformateur dont la candidature avait été acceptée par le Conseil des gardiens, aux côtés de cinq autres candidats, tous conservateurs.

Né le 29 septembre 1954 à Mahabad, une ville de la province de l'Azerbaïdjan occidental, Massoud Pezeshkian parle azéri et kurde. Décrit comme très pieux, il a élevé seul trois enfants après la mort de son épouse et d'un autre enfant dans un accident de voiture en 1993.

La « voix des sans-voix »

Lors de sa campagne, il a cultivé une certaine humilité, tant sur son apparence que dans ses discours, dénués d'envolées et de fortes promesses. Il s'est présenté comme la « voix des sans-voix » et a promis de travailler à améliorer les conditions de vie des plus défavorisés.

Ce chirurgien de profession, surnommé « le Docteur », a une expérience gouvernementale limitée : un poste de ministre de la Santé de 2001 à 2005 dans le gouvernement réformateur de Mohammad Khatami.

Il prône un réchauffement des relations avec les pays occidentaux, États-Unis en tête, afin d'obtenir la levée des sanctions qui affectent durement l'économie. Il a ainsi promis de négocier avec Washington pour la relance des pourparlers sur le nucléaire iranien, au point mort depuis le retrait américain en 2018. « Si nous parvenons à faire lever les sanctions américaines, les gens auront une vie plus confortable », a-t-il estimé.

Sur le plan intérieur, il dénonce le recours à la force par la police pour appliquer l'obligation du port du voile par les femmes. Déjà, en 2022, il s'était élevé contre le manque de transparence des autorités sur l'affaire Mahsa Amini, morte en détention après son arrestation par la police. Mais le président iranien a des pouvoirs restreints : il est chargé d'appliquer, à la tête du gouvernement, la politique fixée par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

« Le chemin devant nous est difficile. Il ne sera facile qu'avec votre collaboration, empathie et confiance. Je vous tends la main », a déclaré le président après sa victoire.

Aujourd'hui en France
Edition Principale
_Le Fait du jour, dimanche 7 juillet 2024 980 mots, p. AUJM6,AUJM7
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7 juillet 2024 - Le Parisien Le Parisien (site web)

Le RN mise sur l'effritement du barrage

Le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen veut croire à la possibilité de prendre le pouvoir.

Alexandre Sulzer

Il était attendu que le mois de juillet soit celui du passage de la flamme en France. Mais c'est surtout celle du RN qui embrasera la carte électorale ce dimanche soir. Avec une question centrale : le parti de Jordan Bardella et son allié ciottiste seront-ils en mesure ou non de remporter une majorité absolue de 289 sièges ou de suffisamment s'en approcher pour pouvoir entamer des discussions avec des députés d'autre bord ?

Se poser la question est déjà une révolution. Qui aurait pu penser il n'y a pas si longtemps que cela que le parti d'extrême droite serait potentiellement le plus important de l'Assemblée nationale ? Sans doute pas Marine Le Pen elle-même, qui réclamait depuis des années l'instauration d'un scrutin proportionnel. La simple obtention d'un groupe par le RN il y a à peine deux ans avait agi comme un électrochoc. À l'issue du premier tour cette année, Marine Le Pen est déjà en mesure d'aligner 38 députés élus.

Dans les 501 circonscriptions qui restent à pourvoir ce dimanche, le RN est arrivé en tête dans 258. Mais la perspective d'une victoire semble s'être éloignée avec les nombreux désistements du front républicain. Dans désormais 197 circonscriptions, le RN, initialement en situation de triangulaire ou en quadrangulaire, fait désormais face à un adversaire unique. Le report des voix sera déterminant.

Les candidats du RN sont engagés dans 147 duels contre le Nouveau Front populaire (NFP), 124 contre la majorité présidentielle et 39 contre LR. Il y a deux ans, le RN avait remporté une petite majorité de ses 59 duels face à la gauche (33 gagnés, 26 perdus) et fait quasiment jeu égal face à la macronie (53 gagnés, 55 perdus). Cette fois, les consignes de vote sont bien plus claires qu'il y a deux ans, lorsque c'était avant tout la faible participation qui expliquait le nombre élevé de duels.

Reste le cas des triangulaires : sur les 89 qui auront lieu ce dimanche, le RN n'est plus en tête que dans 8. « La politique, c'est de la dynamique, pas des additions », veut-on croire dans le premier cercle de Marine Le Pen.

Il faudra peut-être quand même en faire ce dimanche soir. Mais le parti ne semble pas avoir très envie de discuter de chaque virgule de son programme pour élargir sa majorité. « On ne va pas essayer de racheter péniblement des joueurs », prévient-on à l'état-major, où l'on devra déjà composer avec les sensibilités différentes des troupes ciottistes : « Eux, OK, ils ont connu l'épreuve du feu en faisant alliance avec nous dès le premier tour... »

« Soit Macron perd, soit Macron perd »

Le risque pour le RN sera de gérer la déception éventuelle de ses électeurs. « Si on perd, c'est une autoroute pour nous pour 2027. Car le message qui serait envoyé, c'est : On fait des combinaisons d'appareils et on s'assoit sur le vote », veut au contraire croire un député RN déjà confortablement réélu au Palais-Bourbon.

Un refrain de la « victoire volée » qui ne manquera pas d'être fredonné si ce scénario se confirme. « Soit Macron perd, soit Macron perd », résume le premier cercle de Marine Le Pen, en référence à la situation de blocage de l'Assemblée, et donc du pays, qu'une absence de majorité provoquerait. Avec, à la clé, des promesses de lendemains qui chantent pour un RN désormais solidement installé comme un bloc électoral d'alternance.

Le RN peut d'ores et déjà se féliciter de plusieurs bonnes nouvelles. Avec plus de 9 millions de voix au premier tour et la perspective de nombreux députés en plus, le parti de Jordan Bardella, longtemps menacé de banqueroute, est désormais riche. Avec un financement public dont la première tranche s'appuie sur le nombre de bulletins obtenus au premier tour des législatives (1,60 € par voix par an) et la seconde sur le nombre de députés (37 000 € par parlementaire par an), le RN touchera un jackpot de plus de 20 millions d'euros (M€) possibles. De quoi éponger la dette de 17 M€. Et prendre un nouveau siège moins exigu que celui de la porte de Saint-Cloud ? « On ne va pas reprendre le Paquebot (l'ancien siège de Saint-Cloud) qui est devenu une résidence pour seniors. On va le laisser à LR ! » se marre déjà un très proche de Marine Le Pen.

Draguer les patrons

Autre motif de satisfaction : avoir vu son rival Reconquête rejoindre la cohorte des groupuscules d'extrême droite aux ambitions électorales contrariées et le cordon sanitaire sérieusement érodé. Éric Ciotti n'a certes pas, loin s'en faut, réussi son pari à mettre en mouvement les cadres de LR dans une dynamique d'alliance avec le RN. Mais c'est la première fois que le pas est franchi par le président de la droite en exercice. Un symbole lourd qui, face à une gauche en dynamique, va pousser le RN à vouloir incarner la droite de façon hégémonique.

Déjà, Jordan Bardella se présente comme le candidat de la « raison budgétaire ». Assurance de ne pas accentuer la trajectoire déficitaire (un ministre délégué chargé de « remettre en ordre les comptes de l'État » serait même nommé), flou entretenu sur le calendrier de l'abrogation de la réforme des retraites, baisse des impôts de production, accent mis sur le trop-plein de « normes », conditionnalité des mesures présidentielles à un « audit » des finances publiques, dénonciation du « racket fiscal » de la gauche, évolution programmatique sur les droits de succession, mise sous le boisseau de la nationalisation des concessions autoroutières : plus que jamais, le président du RN a adopté un discours plus pro-business qu'auparavant, qui vise à séduire les milieux patronaux, rassurer les seniors et les classes moyennes supérieures. Bref, l'électorat traditionnel de la droite. « C'est comme à moto, se félicite un parlementaire RN favorable à cette évolution. Pour ne pas se planter dans les virages, faut savoir bien se pencher ! »

Le Monde
élections législatives, samedi 6 juillet 2024 1229 mots, p. 7
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5 juillet 2024 - Le Monde (site web)

Contre LFI, l’autre barrage de certains macronistes

Des candidats ont proposé à leurs concurrents d’extrême droite de se désister afin de battre le NFP

Robin D’Angelo

Dimanche 30 juin, dans les heures qui suivent les résultats du premier tour. Le téléphone de Sébastien Meurant, candidat dans la 4e circonscription du Val-d’Oise, se met à vibrer. Au bout du fil, la députée sortante Naïma Moutchou. Les chiffres ne sont pas bons pour la candidate Horizons. Cette proche d’Edouard Philippe se classe deuxième, avec 27,9 %, loin derrière Karine Lacouture, la candidate « insoumise » du Nouveau Front populaire (NFP), qui obtient 34,6 % des voix. Sous étiquette Les Républicains-Rassemblement national (LR-RN), Sébastien Meurant et ses 26,2 % deviennent objet de convoitise. « A votre avis, pourquoi elle m’a appelé ?, s’amuse ce dernier. Elle m’a expliqué que si l’on se maintenait tous les deux au second tour, nous faisions élire La France insoumise. »

Il écoute son interlocutrice, dont il interprète l’appel comme une demande de désistement pour faire barrage au NFP. Les deux concurrents partagent peu ou prou la même analyse. Pour Mme Moutchou, la coalition des gauches « abîme notre cohésion nationale », écrit-elle dans un communiqué. Pour M. Meurant, elle est « l’attelage de l’islamo-gauchisme et du “wokisme” qui veut détruire notre nation. »Mardi, peu avant la date de fin du dépôt des candidatures, il annonce se désister « face au danger grave que représente la possible élection d’une candidate LFI »et appelle à voter Naïma Moutchou.

Sollicitée par Le Monde, cette dernière n’a pas donné suite. « Que ce soit clair, il n’y a jamais eu d’accord ou de compromission avec qui que ce soit », jure-t-elle, le même jour sur X. Car le désistement de M. Meurant, conjugué à son soutien, fait tache. Sénateur de 2017 à 2023, il est l’un des rares LR à rejoindre Eric Zemmour lors de la présidentielle de 2022. Relais au Sénat de la mouvance catholique conservatrice, il s’est opposé à la constitutionnalisation de l’IVG, en 2023, ainsi qu’à l’extension de la PMA aux couples de lesbiennes, en 2018.

« Vents contraires »

Combien sont-ils parmi les candidats de la majorité sortante à avoir sondé leurs concurrents d’extrême droite pour les inciter à se désister afin de « faire barrage »au NFP ? Peu après les résultats du premier tour, le député sortant Renaissance Robin Reda le reconnaît : il a composé le numéro de son collègue à l’Assemblée, le député RN sortant de la Somme, Jean-Philippe Tanguy. La configuration est critique dans sa circonscription de l’Essonne, où M. Reda compte plus de 10 points de retard sur sa concurrente insoumise du NFP, qui obtient 40,8 % des voix contre 30 % pour le candidat de la coalition présidentielle.

Les 25 % obtenus par la représentante du RN, Audrey Guibert, constituent sa seule réserve de voix, avec les abstentionnistes. Mais les consignes de Marine Le Pen sont claires, précise son interlocuteur : il n’y aura aucun désistement en faveur de candidats issus de la majorité sortante, renvoyés dos à dos avec ceux du NFP. Et qu’importe que MM. Reda et Tanguy aient développé une certaine complicité pendant la dernière mandature.

Pour le second tour, Robin Reda est donc « à fond sur le barrage à LFI »et s’adresse aux électeurs du RN, pour lesquels il n’a « pas de mépris, loin de là ». « Ils sont arrimés à un projet qui n’est pas le mien, mais ils peuvent s’opposer à un projet qui est encore plus loin du leur et éviter de faire élire une agente de Mélenchon dans la circonscription », plaide-t-il. Mais l’ancien plus jeune maire de France sous pavillon UMP à Juvisy-sur-Orge (Essonne), de 2014 à 2017, doit affronter « des vents contraires ». En l’occurrence les déclarations de Gabriel Attal, qui a appelé, mercredi sur France Inter, à faire barrage au RN, même avec un bulletin LFI. « Ça, c’est le discours de ceux qui n’ont pas à affronter les “insoumis”, déplore-t-il. Cela dessert mon positionnement et la cohérence de notre ligne, qui consiste à dire que LFI est autant un danger pour la République que le RN. »

Dans la 7e circonscription des Yvelines, l’ancienne ministre déléguée chargée de la ville et animatrice de l’autoproclamée « aile gauche » de Renaissance, Nadia Hai, le promet : elle n’était « pas du tout » au courant des démarches entreprises par Matignon pour sonder son adversaire LR-RN, Babette de Rozières. Dès dimanche soir, le conseiller spécial du premier ministre, Maxime Cordier, envoie un SMS à la ciotto-lepéniste pour lui demander ce qu’elle « compte faire sur sa circo », selon une information de L’Express. Elle avait déjà reçu un coup de fil de Thierry Solère, un des conseillers officieux d’Emmanuel Macron, qui lui aurait demandé ce qu’elle souhaitait contre son désistement. M. Solère dément la proposition, mais convient qu’il lui a expliqué qu’elle ne pourrait plus siéger au sein du « bloc central » à la région Ile-de-France, où elle est élue, si elle maintenait sa candidature.

« Rassemblons-nous »

Toujours dans les Yvelines, Laurent Mazaury (UDI) n’a pas eu besoin d’en passer par là. Il a constaté que la représentante fantôme du RN, sa seule réserve de voix dans la 11e circonscription, n’avait pas déposé sa candidature pour le second tour. « On est très heureux, car ça nous remet dans une position favorable, et l’on est très content d’accueillir les électeurs perdus du RN qui voudraient se réorienter vers nous », explique celui qui écrit, sur X, qu’ « aucune voix ne doit manquer pour faire barrage à l’extrémisme de LFI ».

Dans les Hauts-de-Seine, Maud Bregeon bat campagne sur le même mot d’ordre : « Rassemblons-nous pour faire barrage à l’extrême gauche, qui nuirait à nos intérêts et à l’avenir de nos communes. »Elle fait pourtant face à un candidat investi par le Parti socialiste, Brice Gaillard, peu suspect d’accointances radicales. Là aussi, les 14,7 % obtenus par le candidat d’extrême droite Patrick Yvars, ajoutés aux 5,5 % de LR, peuvent faciliter l’élection de Mme Bregeon, qui, avec ses 39,2 %, bénéficie d’une petite avance sur son adversaire (37,8 %).

Dans le Val-de-Marne, Sylvain Berrios, candidat LR soutenu par Edouard Philippe et par le député sortant Renaissance Frédéric Descrozaille, va plus loin. Dans son tract du second tour, il interpelle les électeurs du RN, qui pèsent pour 18,4 % des voix : « Nos choix sont différents. Pour autant, nous ne pouvons pas laisser notre circonscription et notre pays à La France insoumise, à ses relents antisémites, au chaos permanent et au laxisme assumé. »Avec 27,8 %, M. Berrios doit rattraper Lyes Louffok (33 %), défenseur des enfants placés dans un foyer.

Mais nul besoin d’affronter un candidat du NFP pour appeler au contre-barrage. A Paris, la députée sortante Astrid Panosyan-Bouvet a bénéficié du retrait de la candidate NFP dans son duel avec le maire LR du 17e arrondissement, Geoffroy Boulard. Ce qui ne l’empêche pas de prendre une « position légèrement différente du reste de la majorité » en s’opposant à la consigne de faire barrage au RN, quitte à voter pour un NFP-LFI. Pour sa dernière réunion publique de campagne, jeudi, Mme Panosyan-Bouvet recevait l’éditorialiste Raphaël Enthoven, qui, en juin 2021, avait déclaré qu’il préférait voter Marine Le Pen plutôt que Jean-Luc Mélenchon.

Le Monde
élections législatives, samedi 6 juillet 2024 1218 mots, p. 5
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5 juillet 2024 - Le Monde (site web) La Matinale du Monde MSN (France) (site web réf.)

A Béziers, les Ménard fragilisés dans leur fief par le vote RN

Le candidat d’extrême droite, Julien Gabarron, a fini largement en têteau premier tour, devant Emmanuelle Ménard, députée depuis 2017

Robin Richardot

Béziers (Hérault) - envoyé spécial - Jacques et Christiane Barthès sont fiers d’avoir été mariés par Robert Ménard en personne, il y a sept ans. «Il ne fait pas souvent les mariages», glisse avec un sourire ce retraité de 79 ans, anciennement dans l’immobilier, en parlant du maire de Béziers (Hérault) depuis 2014. Alors forcément, Jacques a « voté Ménard » au premier tour des élections législatives, dimanche 30 juin. Pas Robert, mais Emmanuelle Ménard, sa femme, députée sortante de la 6e circonscription de l’Hérault (divers droite, selon la préfecture). « Et toi Bardella, t’as cédé » , taquine-t-il son épouse Christiane, 74 ans, ex-professeure de géographie touristique et d’histoire de l’art.

Plus précisément, Christiane Barthès a voté pour Julien Gabarron, le candidat du Rassemblement national (RN) dans la circonscription. « C’était purement stratégique,reconnaît-elle. Pour éviter la gauche, vaut mieux conforter l’extrême droite et leur donner la majorité. »

D’ailleurs, Christiane qualifie facilement Emmanuelle Ménard de « femme brillante » et elle votera pour elle au second tour, dimanche 7 juillet, « pour la soutenir », parce que «l’autre[Julien Gabarron] est sûr d’être élu de toute façon ». La retraitée ne comprend pas pourquoi la députée sortante ne s’est pas alliée avec le RN comme aux élections législatives de 2022. « Ils ont fait une connerie,déplore-t-elle , en parlant du couple Ménard. Là, elle partait d’emblée au fiasco. »

« Pas ces traîtres ! »

C’est un petit tremblement de terre qui a frappé Béziers, ce soir du 30 juin. Le candidat RN Julien Gabarron a terminé largement en tête avec 41,1 % des voix, devançant Emmanuelle Ménard (27,3 %) et la candidate du Nouveau Front populaire (La France insoumise) Magali Crozier (21 %). Pourtant, la députée sortante, à l’Assemblée nationale depuis 2017, avait été élue avec près de 70 % des voixau second tour en 2022avec le soutien du parti d’extrême droite qui n’avait présenté personne face à elle. Mais cette fois, la vague nationale RN était trop forte. Emmanuelle Ménard a été distancé dans les dix-sept communes de la circonscription, y compris dans le fief historique du couple à Béziers, où elle a été devancée d’environ 1 800 voix.

Au marché paysan de la place Jean-Jaurès, à deux pas de la permanence d’Emmanuelle Ménard, Elisabeth (qui a requis l’anonymat) tracte pour la candidate. A 66 ans, cette conseillère financière dans une banque de la ville, « toujours pas à la retraite », sait que le second tour sera délicat, même dans la cité biterroise. « C’est une bosseuse, mais elle ne reçoit pas d’ordre d’un parti. Ça peut jouer contre elle », analyse-t-elle.

Comme pour illustrer son propos, un homme rejette un papier tendu : « Non, pas ces traîtres ! »« Le couple Ménard a toujours fait croire qu’ils étaient proches des idées du RN. C’est comme ça qu’ils se sont fait élire. Et maintenant ils leur crachent à la gueule», développe cet ancien maraîcher, à l’écart du marché.

Emmanuelle Ménard est bien consciente de cette réalité. « J’ai payé le prix de ma liberté,reconnaît-elle . Ça a des inconvénients, ça demande beaucoup d’efforts, mais aussi un avantage : je suis libre de mes décisions.» La députée sortante paie tout autant les sorties de son mari, ses critiques envers Marine Le Pen et Jordan Bardella et son rapprochement avec le camp macroniste. Après tout, on se perd facilement au fil des discussions biterroises. On ne sait plus trop si le Ménard mentionné dans une phrase, par les uns ou les autres,correspond à Robert ou Emmanuelle. Et le bilan du maire, qui a transformé le centre-ville ces dernières années, est souvent loué et gage d’adhésion pour le vote aux législatives.

Sentiment de déclin

Assis à son bureau de l’hôtel de ville, Robert Ménard a d’ailleurs le « on » facile. « Je dis “on” parce qu’on a les mêmes positions », simplifie l’élu. Passé de la gauche socialiste à l’extrême droite (étiquette qu’il rejette, comme son épouse, et qui ne définit pas non plus, selon lui, la position du RN, malgré l’avis du Conseil d’Etat), l’édile, tout comme son épouse, ne regrette en rien « la liberté de refuser cette logique des clans ».

Selon le couple Ménard, ces législatives dans la circonscription ne sont qu’un « vote pour une étiquette ». « Dans les bureaux de vote, j’ai rencontré un certain nombre de gens dimanche[30 juin] qui me demandaient où était le “bulletin Bardella” », raconte Robert Ménard, critiquant au passage le candidat RN qu’il dit n’avoir « jamais croisé » en dix ans et qui « n’a rien à proposer à part “qu’il faut un député de plus pour nommer Bardella premier ministre” ».

De son côté, Julien Gabarron estime mener « une campagne active » et d’être « clairement identifié à Béziers » en tant qu’ancien gérant d’un bar de la ville pendant dix ans. Lui-même a été «agréablement surpris »par son score dans la cité biterroise. « On a longtemps valorisé la “marque” Ménard, mais les derniers résultats montrent que c’est nous qui les avons aidés à se faire élire,se défend le candidat en tête, comparant un vote Ménard à un vote pro-Macron. Au vu des scores aux européennes[40,5 % pour le RN à Béziers] ,on devait avoir une candidature pour représenter les électeurs du Rassemblement national. C’est un vote de clarification et d’adhésion à notre programme national. »

Comme dans le reste de la France, les idées du parti d’extrême droite trouvent de plus en plus d’écho dans la population locale. A Béziers, ce vote raconte une précarité, un sentiment de déclin, de mépris et d’insécurité, dans une ville où le taux de pauvreté s’élève à 36 % selon les derniers chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques et celui du chômage à 21,8 %. « Il y a une impression de déclassement qui est énorme ici, analyse Laurent Galy, 55 ans, professeur d’histoire-géographie au lycée Jean-Moulin de la ville. Il y a une nostalgie de ce qu’était Béziers avant. » Lui a fait son mémoire de maîtrise sur les heures de gloire du club de rugby, l’Association sportive de Béziers Hérault, multiple champion de France dans les années 1970 et aujourd’hui stagnant en deuxième division sans avoir su prendre le virage du rugby moderne. Tout un symbole.

Face à l’émotionnel, tout discours rationnel devient inaudible, disent les Ménard. « J’essaye d’argumenter et de faire valoir mon bilan qui malheureusement n’a pas pesé au premier tour », déplore Emmanuelle. Aucun électeur du RN croisé ne critique d’ailleurs ce bilan – souvent mêlé à celui de son mari –, qui est plutôt salué dans la ville. «Forcément on est déçu et on se sent impuissant, déplore Robert. La politique est injuste, mais on le savait déjà.»

Le second tour n’a pas encore rendu son verdict que déjà les rumeurs se propagent pour évoquer les élections municipales de 2026. Interrogé par le quotidien régional Midi libre , Julien Gabarron n’a pas fermé la porte à une candidature du RN pour écarter définitivement le clan Ménard de Béziers.

Libération
samedi 6 juillet 2024 1101 mots, p. 10,11

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

De Ruffin à Hollande, six scrutins à suivre à gauche

DAMIEN DOLE; NOA JACQUET; SACHA NELKEN ; COPPÉLIA PICCOLO

ÉVÉNEMENT LÉGISLATIVES

Plusieurs figures du Nouveau Front populaire sont en ballottage dimanche. Issus des différents partis qui composent le mouvement unitaire, ils livrent un combat difficile face à des candidats du Rassemblement national.

I ls sont près de 280 candidats aux couleurs du Nouveau Front populaire à concourir au second tour des élections législatives dimanche. Et si un certain nombre, du fait des désistements opérés notamment par des candidats Ensemble (majorité sortante), sont à peu près assurés d’être élus ou réélus, pour d’autres, le défi est autrement plus corsé. Il est aussi particulièrement crucial dans des situations où le RN est en position de conquérir une nouvelle circonscription, parfois au détriment de la gauche. En voici six exemples, avec un ancien président de la République, deux anciens ministres, ou encore un vétéran communiste de l’Assemblée.

François Ruffin, l’insoumis qui ne veut plus être insoumis Fin avril, François Ruffin se voyait après les européennes «comme un pont» entre les gauches en vue de la présidentielle de 2027. Après la dissolution et les législatives, le député de la Somme va-t-il tout perdre en trois semaines ? Il a commencé sa campagne en réagissant vivement contre la décision de LFI de ne pas réinvestir plusieurs députés sor- tants proches de lui, notamment Alexis Corbière, Raquel Garrido ou encore Danielle Simonnet. Et jeudi, il a même acté être «parti de LFI». Mais le fondateur de Fakir s’est également retrouvé en difficulté sur ses terres. Au premier tour, avec 33,9 % des voix, il est arrivé deuxième, sept points derrière la RN Nathalie Ribeiro-Billet. Mais l’espoir subsiste, notamment grâce au désistement sans circonvolution, dès dimanche soir, d’Albane Branlant, la candidate Renaissance. De quoi poursuivre sa route parlementaire en dehors de son ancienne famille politique ? François Hollande, un député normal à l’Assemblée ? François Hollande vat-il retrouver l’Assemblée nationale douze ans après ? En cas de victoire ce dimanche dans la 1re circonscription de Corrèze, le socialiste serait, après Valéry Giscard d’Estaing, le deuxième ancien chef de l’Etat de la Ve République à redevenir député après son mandat présidentiel – il a quitté l’Elysée en 2017. Mais ça, c’est à condition de gagner dans un territoire où l’extrême droite, encore marginale il y a peu, s’est implantée petit à petit.

Certes, Hollande est arrivé en tête du premier tour avec 37,63 % des voix dimanche dernier, mais il est pris dans une triangulaire avec le RN, arrivé deuxième avec 30,9 % des voix, et LR (28,6 %) dont le candidat s’est maintenu en prétendant incarner «la seule droite capable de battre François Hollande». Ce qui s’avérera peut-être la meilleure option pour le socialiste, car un désistement de LR aurait pu pousser ses électeurs directement dans les bras du RN.

André Chassaigne, «cheval de labour» du PCF L’une des figures parlementaires du PCF est en danger dans une terre rurale historiquement à gauche. A l’issue du premier tour, seules 542 voix séparaient André Chassaigne, cinq mandats à son actif depuis 2022, de sa poursuivante, la candidate RN Brigitte Carletto, les deux caracolant à 37 %. La 5e circonscription du Puy-de-Dôme a pourtant été à gauche pendant 57 des 62 dernières années. Mais si le Nouveau Front populaire est en ballotage favorable dans quatre circonscriptions sur cinq, le département a lui aussi subi la poussée de l’extrême droite. «Je ne suis pas un étalon, mais un cheval de labour, alors je laboure le terrain», a assuré Chassaigne à l’Huma mercredi, en pleine campagne de l’entre-deux tours. Histoire de ne pas subir le même sort que le chef du parti, Fabien Roussel, éliminé dans le Nord.

Caroline Fiat loin d’être hors de danger La victoire est loin d’être assurée pour Caroline Fiat, la première aide-soignante élue en 2022 au Palais- Bourbon. Dans la 6e circonscription de Meurthe-et-Moselle, qui comprend notamment Pont-à-Mousson et vote historiquement à gauche, la députée sortante, investie par le Nouveau Front populaire, fait face à un candidat RN fort de 44,5 % des suffrages exprimés au premier tour, quand elle approchait seulement les 27 %. Près de 10 000 voix d’écart, que la quatrième vice-présidente de l’Assemblée nationale va devoir combler dans une répétition du duel qu’avaient tranché les électeurs en 2022. De justesse : Caroline Fiat avait alors été élue avec 50,23 % des voix. Le soutien de Yaël Braun-Pivet lui sera-t-il profi- table ? «Au sein de LFI, je ne traite pas de la même façon Caroline Fiat et David Guiraud», expliquait cette semaine la présidente Renaissance de l’Assemblée nationale.

Aurélien Rousseau va-t-il marquer contre son ex-camp ? Ministre macroniste il y a encore sept mois, Aurélien Rousseau va-t-il devenir député d’un rassemblement de gauche dimanche soir ? Dans la 7e circonscription des Yvelines, l’ancien ministre de la Santé a récolté 34,7 % des voix au premier tour. Il affrontera dans une triangulaire les candidates Renaissance Nadia Hai et RN Babette de Rozières, qui ont obtenu respectivement 29,3 % et 25,8 %. Particulièrement visé selon lui par l’exécutif pendant la campagne, Aurélien Rousseau a dénoncé le fait qu’«ici, pour me faire battre, on a tenté un piteux et déshonorant arrangement avec la candidate RN. L’extrême droite n’était donc pas le seul adversaire ?» L’ancien directeur de cabinet d’Elisabeth Borne à Matignon, jadis encarté au Parti communiste mais devenu, en 2023, l’un des artisans de la réforme des retraites, avait de quoi crisper une partie du Nouveau Front populaire. Mais le PS et Place publique ont fait appel à lui. Pari gagnant ? Dominique Voynet, un retour après une longue absence ? Elle avait fait un passage éphémère par l’Assemblée nationale en 1997, avant d’intégrer le gouvernement de Lionel Jospin comme ministre de l’Ecologie. Dominique Voynet, en retrait de la vie politique ces dernières années, tente un come-back sous les couleurs du Nouveau Front populaire dans la 2e circonscription du Doubs, celle où elle fut jadis élue. Si elle n’est pas conquise dimanche soir par Voynet, forte de 34 % des voix au premier tour, cette circonscription, aux mains depuis sept ans d’un député écolo passé à la macronie, tombera dimanche soir dans l’escarcelle du RN, arrivé 2 points derrière. Toute la question est de savoir si les 27 % d’électeurs du candidat Renaissance, Benoît Vuillemin, qui s’est désisté «face au risque d’avoir une majorité absolue de députés d’extrême droite à l’Assemblée nationale», se reporteront bien majoritairement sur l’ancienne maire de Montreuil.